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Fonctionnement d'un ordinateur/Langage machine et assembleur
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Mewtow
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/* Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées */
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text/x-wiki
Ce chapitre va aborder le langage machine, à savoir un standard qui définit les instructions du processeur, le nombre de registres, etc.
Dans ce chapitre, on considérera que le processeur est une boîte noire au fonctionnement interne inconnu.
Nous verrons le fonctionnement interne d'un processeur dans quelques chapitres.
Les concepts que nous allons aborder ne sont rien d'autre que les bases nécessaires pour apprendre l'assembleur.
Nous allons surtout parler des instructions du processeur.
Pour simplifier, on peut classer les instructions en quatre grands types :
* les échanges de données entre mémoires ;
* les calculs et autres opérations arithmétiques ;
* les instructions de comparaison ;
* les instructions de branchement.
À côté de ceux-ci, on peut trouver d'autres types d'instructions plus exotiques, pour gérer du texte, pour modifier la consommation en électricité de l'ordinateur, pour chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe, générer des nombres aléatoires, etc. Dans ce chapitre, nous allons voir un aperçu assez large des instructions qui existent. Nous n'allons pas nous limiter aux instructions les plus importantes, mais nous allons aussi parler d'instructions assez exotiques, soit présentes uniquement sur d'anciens ordinateurs, soit très rares, soit franchement tordues. Et certaines de ces instructions exotiques sont assez impressionnantes et risquent de vous surprendre !
==Les instructions entières==
Les '''instructions arithmétiques''' sont les plus courantes et comprennent au minimum l'addition, la soustraction, la multiplication, plus rarement la division. Précisons qu'une opération mathématique ne se fait pas de la même manière suivant la représentation utilisée pour coder ces nombres : on ne manipule pas de la même façon des nombres entiers binaires, des entiers codés en BCD et des nombres flottants. Aussi, dans ce qui va suivre, nous allons séparer les opérations entières, les opérations flottantes et les opérations en BCD.
Les processeurs modernes utilisent des nombres encodés soit en binaire normal, soit en complément à deux. L'avantage est que les opérations arithmétiques se font de la même manière dans les deux encodages. Il y a quelques différences, mais elles sont suffisamment mineures, pas besoin d'avoir une instruction dédiée pour les nombres signés. Les anciens processeurs utilisaient eux des entiers signés en signe-magnitude ou en complément à 1, ou d'autres représentations. Et avec ces représentations, les calculs ne sont pas exactement les mêmes pour les nombres signés et non-signés. Ils avaient donc des instructions séparées pour l'addition signée et l'addition non-signée, idem pour la soustraction, la multiplication, etc.
De nos jours, les ordinateurs utilisent des entiers de taille fixe, qui tiennent dans un registre. J'ai dit qui tiennent dans un registre, car la taille des données à manipuler peut dépendre de l'instruction. Ainsi, un processeur peut avoir des instructions pour traiter des nombres entiers de 8 bits, et d'autres instructions pour traiter des nombres entiers de 32 bits, par exemple. Mais la taille d'une opérande ne dépasse pas la taille d'un registre entier.
===La ou les instructions d'addition entière===
Un processeur implémente au minimum une opération d'addition, même s'il existe de rares exemples de processeurs qui s'en passent. Mieux : certains processeurs implémentent plusieurs instructions d'addition, qui se distinguent par de subtiles différences.
La première différence est la gestion des débordements d'entier. Pour gérer les débordements d'entier, certains processeurs disposent d'un '''registre de débordement''', de 1 bit, qui indique si une instruction arithmétique a généré un débordement d'entier ou non. Il est mis à 1 en cas de débordement, mais reste à 0 sinon. Il est mis à jour à chaque addition/multiplication/soustraction.
Pour rappel, les débordements d'entiers sont différents selon que l'addition est signée ou non, et il faut en tenir compte au niveau du jeu d'instruction. La solution la plus simple est l'existence de deux instructions dédiées : une pour les additions de nombres signés et une autre pour les nombres non-signés. Le circuit additionneur est le même pour ces deux instruction, mais le calcul du bit de débordement est différent. D'autres processeurs s'en sortent autrement, en ayant deux bits de débordement : un si le résultat est signé, l'autre pour les résultats non-signés. Mais nous reparlerons de cela plus tard.
Une autre différence, présente sur les vieux processeurs, tient dans la gestion de la retenue. À l'époque, les processeurs ne pouvaient gérer que des nombres de 4 à 8 bits, guère plus. Pourtant, la plupart des applications logicielles demandait d'utiliser des entiers de 16 bits. Les opérations comme l'addition ou la soustraction étaient alors réalisées en plusieurs fois. Par exemple, on additionnait les 8 bits de poids faible, puis les 8 bits de poids fort. Dans un cas pareil, il fallait aussi gérer la retenue dans l'addition des 8 bits de poids fort.
Pour cela, la retenue en question était mémorisée dans un registre de 1 bit dédié, semblable au registre de débordement, appelé le '''bit de retenue'''. De plus, les processeurs incorporaient une instruction d'addition qui additionnait les deux opérandes avec la retenue en question, instruction souvent appelée ADDC (''ADD with Carry''). Niveau circuits, cela ne changeait pas grand chose, tous les additionneurs ayant une entrée pour la retenue (qui est utilisée pour implémenter la soustraction, rappelez-vous). L'implémentation de l'instruction ADDC était très simple, n'utilisait presque pas de circuits, et rendait de fiers services aux programmeurs de l'époque. Nous parlons là des vieux processeurs 4 et 8, mais certains processeurs 16, 32, voire 64 bits, sont capables d'effectuer ce genre d'opération, même si ils sont rares.
: Il existe parfois des instructions pour mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. C'est le cas sur l'architecture x86. Mais son utilité est marginale, car toutes les instructions arithmétiques modifient le bit de retenue.
La même chose a lieu pour la soustraction, qui demande qu'une "retenue" soit propagée d'une colonne à l'autre (bien que la "retenue" soit utilisée différemment : elle n'est pas additionnée, mais soustraite du résultat de la colonne). Pour cela, les processeurs implémentent l'opération SUBC (''Substract with Carry''). Et pour mettre en œuvre cette opération, ils ont deux options. La première est d'ajouter un bit pour la "retenue" de la soustraction. Pour une soustraction qui calcule a-b, elle vaut 0 si a>=b et 1 si a<b. Elle est utilisée telle qu'elle par le circuit qui effectue la soustraction, généralement un soustracteur. L'autre option est d'utiliser le but de retenue de l'addition, sans rien modifier. Pour comprendre pourquoi, rappelons que la soustraction est implémentée en complément à deux par le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + 1</math>
Il s'agit d'une addition, qui a donc une retenue lors d'un débordement. On peut alors réutiliser le bit de retenue de l'addition pour la soustraction, en modifiant quelque peu la soustraction à effectuer. Pour comprendre comment faire la modification, précisons tout d'abord que les règles du complément à deux nous disent qu'on a un débordement quand a>=b. Passons maintenant à l'étude d'un exemple théorique : le cas où on veut soustraire deux nombres de 16 bits avec deux opérations SUBC qui travaillent sur 8 bits. Appelons les deux opérandes A et B, <math>a_h</math> et <math>b_h</math> les 8 bits de poids forts de ces opérandes, et <math>a_l</math> et <math>b_l</math> leurs 8 bits de poids faible. Voyons ce qui se passe suivant que la retenue soit de 0 ou 1.
* Si la retenue de l'addition est de 1, on a <math>a_l \geq b_l</math>, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>.
* À l'inverse, si la retenue de l'addition est de 0, on a <math>a_l \leq b_l</math>. Cela veut dire que si on posait la soustraction, alors une retenue devrait être propagée à la colonne suivante, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1 - \text{retenue de 1}</math>.
Récapitulons dans un tableau.
{|class="wikitable"
|-
! Retenue
! Opération à effectuer pour la seconde soustraction
|-
! 0
| <math>a_h + \overline{b_h} + 0</math>
|-
! 1
| <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>
|}
On voit que ce qu'il faut ajouter à <math>a_h + \overline{b_h}</math> est égal à la retenue. L'opération SUBC fait donc le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + \text{retenue}</math>
La plupart des processeurs 8 et 16 bits avaient deux instructions de soustraction séparées : une sans gestion de la retenue, une avec. Mais certains processeurs comme le 6502 n'avaient qu'une seule instruction de soustraction : celle qui tient compte de la retenue ! Il n'y avait pas de soustraction normale. Pour éviter tout problème, les programmeurs devaient faire attention. Ils disposaient d'une instruction mettre à 0 ou à 1 le bit de retenue pour éviter tout problème, qu'ils utilisaient avant toute soustraction simple.
===Les instructions de division entière===
Il faut savoir que la division est une opération très lourde pour le processeur : une instruction de division dédiée met au mieux une dizaine de cycles d'horloge pour fournir un résultat, parfois plus de 50 à 70 cycles d’horloge. Et elle est facilement 10 à 50 fois plus lente qu'une opération de multiplication. De plus, son implémentation matérielle utilise beaucoup de portes logiques/transistors. Son cout globalement le même que pour un circuit multiplieur, parfois un peu plus. Mais on a de la chance : c'est aussi une opération assez rare, peu utilisée.
De plus, les divisions les plus courantes sont des divisions par une constante : un programme devant manipuler des nombres décimaux aura tendance à effectuer des divisions par 10, un programme manipulant des durées pourra faire des divisions par 60 (gestion des minutes/secondes) ou 24 (gestion des heures). Or, diverses astuces permettent de les remplacer par des suites d'instructions plus simples, qui donnent le même résultat (l'usage de décalages, la multiplication par un entier réciproque, etc). Et la suite d'instruction équivalent est beaucoup plus rapide qu'une implémentation matérielle, car on profite qu'une opérande est constante. En-dehors de ce cas, l'usage des divisions est assez rare.
Sachant cela, certains processeurs ne possèdent pas d'instruction de division, car les gains de performance seraient modérés et le coût en transistors élevé. Les divisions sont alors émulées en logiciel, par une suite de soustractions ou tout autre code équivalent. D'autres processeurs implémentent toutefois la division dans une instruction machine, avec un circuit dédié, mais c'est signe que le coût en transistors n'est pas un problème pour le concepteur de la puce.
===Les instructions de multiplication entière===
Contrairement à la division, l'opération de multiplication entière est très courante, presque tous les processeurs modernes en ont une. Les multiplications sont plus fréquentes dans le code des programmes, sans compter que c'est une opération pas trop lourde à implémenter en circuit. Il en existe parfois plusieurs versions sur un même processeur. Ces différentes versions servent à résoudre un problème quant à la taille du résultat d'une multiplication. En effet, la multiplication de deux opérandes de <math>n</math> bits donne un résultat de <math>n \times 2</math>, ce qui ne tient donc pas dans un registre. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions.
Dans sa version la plus simple, l'instruction de multiplication se contente de garder les <math>n</math> bits de poids faible, ce qui peut entraîner l'apparition de débordements d'entiers.
Une autre solution est de calculer soit les bits de poids fort, soit les bits de poids faible, le choix étant laissé au programmeur. Des processeurs disposent de deux instructions de multiplication : une instruction pour calculer les bits de poids fort du résultat et une autre pour les bits de poids faible. Certains processeurs disposent d'une instruction de multiplication configurable, qui permet de choisir quels bits conserver : poids fort ou poids faible.
Une autre version mémorise le résultat dans deux registres : un pour les bits de poids faible et un autre pour les bits de poids fort. Il faut noter que certains processeurs disposent de registres spécialisés pour cela. Par spécialisés, on veut dire qu'ils sont séparés des autres registres. Les autres registres, appelés les registres généraux, mémorisent n'importe quelle opérande entière et sont utilisables pour toutes les opérations. Mais la multiplication mémorise son résultat dans deux registres à part, qu'on nommera HO et LO. Seule l'instruction de multiplication peut écrire un résultat dans ces deux registres, avec HO pour les bits de poids fort, et LO pour les bits de poids faibles. Par contre, n'importe quelle instruction peut les lire, pour récupérer une opérande dans ces deux registres.
==Les instructions sur les entiers BCD==
Parlons maintenant des '''instructions BCD''', qui agissent sur des opérandes codées en BCD. Devenues très rares avec la disparition du BCD dans l'informatique grand-public, elles étaient quasiment essentielles sur les tous premiers processeurs 8 bits.
===Les ordinateurs décimaux===
Au tout début de l'informatique, il a existé des processeurs qui travaillaient uniquement en BCD, appelés des '''processeurs décimaux'''. Ils avaient uniquement des instructions BCD, pas d'instruction sur des opérandes codées en binaire. Ils étaient assez courants entre les années 60 et 70, même s'ils ne représentent pas la majorité des architectures de l'époque. Il y avait une vraie séparation entre processeurs décimaux et processeurs binaires, sans intermédiaires notables.
Les tous premiers ordinateurs décimaux pouvaient manipuler des entiers BCD de taille arbitraire. Ils stockaient leurs nombres dans des chaines de caractères ou des tableaux encodés en BCD. Le processeur faisait les calculs chiffre par chiffre, caractère BCD par caractère BCD. Les ordinateur décimaux qui ont abandonné ce fonctionnement. À la place, ils ont intégré des registres capables de mémoriser des entiers BCD de taille fixe.
Le grand avantage des processeurs décimaux est leur très bonne performance dans les tâches de bureautique, de comptabilité, et autres. Les processeurs de l'époque recevaient des entiers codés en BCD de la part des entrées-sorties, et devaient les traiter. Les processeurs binaires devaient faire des conversion BCD-binaire pour communiquer avec les entrées-sorties, mais pas les processeurs décimaux. Le gain en performance pouvait être substantiel dans certaines applications.
===Les instructions BCD des processeurs binaires===
Par la suite, dans les années 80, l'augmentation des performances a favorisé les processeurs binaires. Faire des conversions binaires-BCD n'était plus un problème, les conversions étaient suffisamment rapides. Par contre, faire les calculs en BCD était plus lent que faire les calculs en binaire, ce qui fait que le compromis technologique de l'époque favorisaient le binaire. Mais pour obtenir le meilleur des deux mondes, les processeurs binaires ont ajouté un support du BCD. C'était l'époque des architectures 8 bits, puis 16 bits.
Intuitivement, on se dit que, les processeurs de l'époque des 8 bits avaient leurs instructions de calcul en double : une instruction pour les calculs entier et une autre pour les calculs BCD. Mais d'autres processeurs faisaient autrement. À l'époque des processeurs 8-16 bits, certains processeurs ne géraient pas d'instructions BCD proprement dit, mais géraient quand même les calculs en BCD grâce à des instructions spéciales. Concrètement, les programmeurs utilisaient une instruction d'addition ou de soustraction binaire, mais il était possible de corriger ce résultat pour obtenir le bon résultat codé en BCD. Les processeurs de l'époque disposaient d'une instruction pour faire la correction, souvent appelée ''Decimal Adjust After Addition''.
Avant d'aller plus loin, nous devons préciser que les processeurs 8 bits de l'époque pouvaient gérer deux formats de BCD. Le premier est le '''format ''Packed''''', où deux chiffres sont mémorisé dans un octet. Le premier nibble (4bits) mémorise un chiffre BCD, le second nibble mémorise le second. Il s'agit d'un format qui remplit au maximum les bits de l'octet avec des données utiles. L'autre format, appelé '''''Unpacked''''', ne mémorise qu'un seul chiffre BCD dans un octet. Le chiffre est quasi- tout le temps dans le nibble de poids faible. Il se trouve que la manière de corriger le résultat d'une opération n'est pas la même suivant que le nombre est codé en BCD ''packed'' et ''unpacked''.
Pour commencer, étudions le cas des nombres BCD ''unpacked'', plus simples à comprendre. Lors d'une addition, il se peut que le résultat ne soit pas représentable en BCD ''unpacked''. Par exemple, si je fais le calcul 5 + 8, le résultat sera 13 : il tient dans un nibble en décimal, mais pas en BCD ! Cette situation survient quand le résultat d'une addition de deux entiers BCD ''unpacked'' dépasse 9, la limite de débordement en BCD ''unpacked''. Nous avons vu dans le chapitre sur les circuits d'addition que la correction est alors toute simple : si le résultat dépasse 9, on ajoute 6. De plus, on doit prévenir que le résultat a débordé et ne tient pas sur un nibble en BCD. Pour cela, on ajoute un bit spécialisé, appelé le '''''half carry flag''''', indicateur de demi-retenue en français, qui joue le même rôle que le bit de débordement, mais pour le BCD ''unpacked''. Sur les processeurs x86, tout cela est réalisé par une instruction appelée ''ASCII adjust after addition''.
: Pour la soustraction, il faut faire la même chose, sauf qu'il faut soustraire 6, pas l'ajouter. Et il y a aussi une instruction pour cela : ''ASCII adjust after substraction''.
Pour les nombres BCD ''packed'', la procédure est globalement la même, sauf qu'il faut traiter les deux ''nibbles'' : on ajoute 6 si le nibble de poids faible dépasse 9, puis on fait la même chose avec le ''nibble'' de poids fort. Le bit ''half carry flag'' n'est pas mis à jour et est tout simplement ignoré. Notons qu'on modifie d'abord le ''nibble'' de poids faible, avant de traiter celui de poids fort. En effet, si on corrige celui de poids faible, la retenue obtenue en ajoutant 6 se propage au nibble suivant, ce qui fait que ce dernier peut voir sa valeur augmenter. Une fois cela fait, le bit de retenue est mis à 1. La procédure est différente, vu qu'il faut traiter deux ''nibles'' au lieu d'un, et que le bit ''half-carry'' est ignoré au profit du bit de retenue normal. D'où l'existence d'une instruction séparée pour l'addition des nombres BCD ''packed'', appelée ''Décimal adjust after addition'' sur les processeurs x86.
Les processeurs modernes ne supportent plus le BCD, car il est très peu utilisé. Les processeurs ARM et MIPS ont toujours fait sans instructions BCD. Les processeurs x86 des PC désactivent les instructions BCD en mode 64 bits, mais conservent des opérations BCD en mode 32 bits, pour des raisons de compatibilité. Le support du codage BCD est surtout quelque chose qu'on trouve sur les anciens processeurs.
==Les instructions flottantes==
Passons maintenant au support des nombres flottants. Avant les années 60, les processeurs n'était pas encore capables de faire de calculs avec des nombres flottants. Les calculs flottants étaient émulés soit par une bibliothèque logicielle, soit par le système d'exploitation. Pour améliorer les performances, les concepteurs de processeurs ont conçus des '''coprocesseurs arithmétiques''', des processeurs secondaires spécialisés dans les calculs flottants, qui complémentaient le processeur principal, et avaient leur propre emplacement sur la carte mère. Par la suite, les concepteurs de processeurs ont incorporé des instructions de calculs sur des nombres flottants, rendant le coprocesseur inutile.
Pour supporter les nombres flottants, il y a deux écoles. La première utilise des instructions flottantes séparées des instructions entières. La seconde utilise des instructions d'addition/soustraction/multiplication généralistes, capables de traiter indifféremment entiers et flottants, voire les encodages BCD.
===Les architectures taguées===
Le second cas correspond à certaines machines assez anciennes, datant des années 50 à 70. Ces processeurs n'avaient qu'une seule instruction d'addition, qui pouvait traiter indifféremment flottants, nombres entiers codés en BCD, en complément à deux, etc. Pour cela, les opérandes étaient associés à un type qui précisait s'il s'agissait d'un opérande flottant, entier, BCD, d'un pointeur, ou autre. Le traitement effectué par une instruction dépendait des ''tag'' associés aux opérandes. Par exemple, si les deux opérandes avaient un ''tag'' "entier", l'instruction faisait un calcul entier. Si les deux opérandes avaient un ''tag'' "flottant", l'instruction faisait un calcul flottant.
Le type de l'opérande était encodé avec un ''tag'', une sorte de numéro codé en binaire. Le ''tag'' était stocké en mémoire à côté de l'opérande, un mot mémoire contenait la donnée et le ''tag'' concaténés l'un à la suite de l'autre. Le défaut est que la mémoire devait être conçue pour gérer le ''tag'', de même que le processeur. Des processeurs de ce type s'appellent des ''architectures à tags'', ou '''tagged architectures''', en référence au ''tag'' ajouté dans la mémoire.
Mais les processeurs modernes n'utilisent pas cette technique, du fait de son cout en mémoire. À la place, le processeur dispose d'une instruction par type à manipuler : une instruction de multiplication pour les flottants, une autre pour les entiers codés en complément à deux, etc.
===Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées===
Les processeurs modernes disposent d'instructions de calculs sur des nombres flottants, qui sont standardisées. Le standard IEEE 754 standardise aussi quelques instructions sur les flottants : les quatre opérations arithmétiques de base, les comparaisons et la racine carrée. Certains processeurs vont plus loin et implémentent aussi d'autres instructions sur les flottants qui ne sont pas supportées par la norme IEEE 754. Par exemple, certaines fonctions mathématiques telles que sinus, cosinus, tangente, arctangente et d'autres. Le seul problème, c'est que ces instructions peuvent mener à des erreurs de calcul incompatibles avec la norme IEEE 754. Heureusement, les compilateurs peuvent mitiger ces désagréments.
Il faut néanmoins préciser que le support de la norme IEEE 754 n'est pas une obligation : certains processeurs ne la supportent que partiellement. Par exemple, certains processeurs ne supportent que les flottants simple précision, mais pas les double précision (ou inversement). Exemple : les premiers processeurs Intel ne géraient que les flottants double précision étendue. D'autres processeurs ne gèrent pas les underflow, overflow, les NaN, les infinis, ou même les flottants dénormaux. Précisons que même lorsque la gestion des dénormaux est implémentée en hardware (comme c'est le cas sur certains processeurs AMD), celle-ci reste malgré tout très lente.
Si les exceptions ne sont pas supportées, le processeur peut être configuré de façon à soit ignorer les exceptions en fournissant un résultat, soit déclencher une exception matérielle (à ne pas confondre avec les exceptions de la norme). Le choix du mode d'arrondi ou la gestion des exceptions flottantes se fait en configurant un registre dédié, intégré dans le processeur.
Plus rarement, il arrive que certains processeurs gèrent des formats de flottants spéciaux qui ne font pas partie de la norme IEEE 754. Par exemple, certains processeurs utilisent des formats de flottants différents de la norme IEEE 754, avec par exemple des flottants codés sur 8 ou 16 bits, qui sont très utiles pour les applications qui se contentent très bien d'un résultat approché.
==Les instructions logiques==
À côté des instructions de calcul, on trouve des '''instructions logiques''' qui travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les opérations bit à bit ont déjà été vues dans les premiers chapitres, ceux sur l'électronique. Pour rappel, les plus courantes sont :
* La négation, ou encore le NON bit à bit, inverse tous les bits d'un nombre : les 1 deviennent des 0 et les 0 deviennent des 1.
* Le ET bit à bit, qui agit sur deux nombres : il va prendre les bits qui sont à la même place et va effectuer un ET (l’opération effectuée par la porte logique ET). Exemple : 1100·1010=1000.
* Les instructions similaires avec le OU ou le XOR.
Mais d'autres instructions sont intéressantes à étudier.
===Les instructions de décalage et de rotation===
Les '''instructions de décalage''' décalent tous les bits d'un nombre vers la gauche ou la droite. Pour rappel, il existe plusieurs types de décalages : les rotations, les décalages logiques, et les décalages arithmétiques. Nous avions déjà vu ces trois opérations dans le chapitre sur les circuits de décalage et de rotation, ce qui fait que nous allons simplement faire un rappel dans le tableau suivant. Pour résumer, voici la différence entre les trois opérations :
{|class="wikitable"
|-
!
! Schéma
! Gestion des bits sortants
! Remplissage des vides laissés par le décalage
|-
! Rotation
|[[File:Rotation de bits.png|Rotations de bits.]]
| Réinjectés dans les vides laissés par le décalage
| Remplis par les bits sortants
|-
! Décalage logique
|[[File:Décalage logique.png|Décalage logique.]]
| rowspan="2" | Les bits sortants sont oubliés
| Remplis par des zéros
|-
|-
! Décalage arithmétique
|[[File:Décalage arithmétique.png|Décalage arithmétique.]]
| Remplis par :
* le bit de signe pour les bits de poids fort ;
* des zéros pour les bits de poids faible .
|}
Pour rappel, les décalages de n rangs sont équivalents à une multiplication/division par 2^n. Un décalage à gauche est une multiplication par 2^n, alors qu'un décalage à droite est une division par 2^n. Les décalages logiques effectuent la multiplication/division pour un nombre non-signé (positif), alors que les décalages arithmétiques sont utilisés pour les nombres signés. Précisons cependant que pour ce qui est des décalages à droite, les décalages logiques et arithmétiques n'arrondissent pas le résultat de la même manière. Les décalages logiques à droite arrondissent vers zéro, alors que les décalages arithmétiques arrondissent vers la valeur inférieure (vers moins l'infini). De plus, les décalages à gauche entraînent des débordements d'entiers qui ne se gèrent pas de la même manière entre décalage logique et décalage arithmétique.
La plupart des processeurs stockent le bit sortant dans un registre, généralement le registre qui stocke le bit de retenue des additions qui est réutilisé pour cette optique. Ils possèdent aussi une variante des instructions de décalage où le bit de retenue est utilisé pour remplir le bit libéré au lieu de mettre un zéro. Cela permet d'enchaîner les décalages sur un nombre de bits plus grand que celui supporté par les instructions en procédant par morceaux. Par exemple, pour un processeur supportant les décalages sur 8 et 16 bits, il peut enchaîner deux décalages de 16 bits pour décaler un nombre de 32 bits ; ou bien un décalage de 8 bits et un autre de 16 bits pour décaler un nombre de 24 bits.
[[File:Shift Arithmetic Right.svg|centre|vignette|Décalage arithmétique à droite, où le bit sortant est mémorisé dans le bit de retenue (CF pour ''Carry Flag'').]]
Ils existe une variante des instructions de rotation où le bit de retenue est utilisé. Un bon exemple est celui des instructions LRCY (''Left Rotate Through Carry'') et RRCY (''Right Rotate Through Carry''). La première est un décalage/rotation à gauche, l'autre est un décalage/rotation à droite. Les deux décalent un registre de 16 bits, mais on pourrait imaginer la même chose avec des registres de taille différente. Lors du décalage, le bit sortant est mémorisé dans le registre de retenue, alors que le bit de retenue précédent est lui envoyé dans le vide laissé par le décalage. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une rotation, sauf que le nombre décalé/rotaté est composé du registre concaténé au bit de retenue, le bit de retenue étant le bit de poids fort pour un décalage à gauche, de poids faible pour un décalage à droite.
====Le cas particuliers des processeurs ARM====
Sur les processeurs ARM, il n'y a pas d'instruction de décalage à proprement parler, ni de rotations. Par contre, les décalages sont fusionnés avec la plupart des opérations arithmétiques ! Toute opération arithmétique prend deux registres d'opérandes et un registre de destination, ainsi qu'un décalage facultatif. Le décalage est appliqué sur la seconde opérande automatiquement, sans avoir à faire une instruction séparée. À l'intérieur de l'instruction, deux bits précisent quel type de décalage effectuer (logique à droite, arithmétique à droite, à gauche, rotation à droite). Le nombre de rangs dont il faut décaler est soit encodé directement dans l'instruction sur 5-6 bits, soit précisé dans un registre.
Toutes les instructions ne permettent pas de faire un décalage automatique. Seules les opérations simples peuvent le faire, à savoir les additions, soustractions, copies d'un registre à un autre, les opérations logiques, et quelques autres. Et cela se marie très bien avec le fait qu'on applique le décalage sur la seconde opérande fait qu'il se marie très bien avec les calculs d'adresse. En effet, quand un programmeur manipule une structure de données, notamment un tableau, il arrive souvent qu'il fasse des calculs d'adresse cachés. La majeure partie de ces calculs d'adresse sont de la forme : adresse de base + (indice * taille de la donnée). Vu que les données ont très souvent une taille qui est une puissance de deux, le second terme se calcule en décalant l'indice, le calcul total demande une simple addition avec une opérande décalée, ce qui prend une seule instruction sur les processeur ARM.
===Les instructions de manipulation de bits===
D'autres opérations effectuent des calculs non pas bit à bit (on traite en parallèle les bits sur la même colonne), mais qui manipulent les bits à l'intérieur d'un nombre. les plus simples d'entre elles comptent sur les bits.
Une instruction très commune de ce type est l'instruction '''''population count''''', qui compte le nombre de bits d'un nombre qui sont à 1. Par exemple, pour le nombre 0100 1100 (sur 8 bits), la ''population count'' est de 3. Il s'agit d'une instruction utile dans les codes correcteurs d'erreur, très utilisés pour tout et n'importe quoi (trames réseau, sommes de contrôle des secteurs des disques dur, et bien d'autres). De plus, elle permet de calculer facilement le bit de parité d'un nombre, ce qui est utile pour les codes de détection d'erreur. En soi, l'instruction est facultative et l'implémenter est un choix qui n'est pas trivial. Mais cette instruction est très simple à implémenter en circuits, sans compter que son implémentation utilise assez peu de transistors. Le circuit de calcul est ridiculement simple, utilise peu de transistors.
Les processeurs gèrent aussi assez souvent des instructions pour compter les zéros ou les uns après le bit de poids fort/faible. Pour rappel, voici les quatre possibilités :
* '''''Count Trailing Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à droite du 1 de poids faible.
* '''''Count Leading Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à gauche du 1 de poids fort.
* '''''Count Trailing Ones''''' donnent le nombre de 1 situés à gauche du 0 de poids fort.
* '''''Count Leading Ones''''' donne le nombre de 1 situés à droite du 0 de poids faible.
[[File:Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.png|centre|upright=2.0|vignette|Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.]]
Comme vous le voyez sur le schéma du dessus, ces quatre opérations de comptage sont liées à quatre autres opérations. Ces dernières donnent la position du 0 ou du 1 de poids faible/fort :
* '''''Find First Set''''', donne la position du 1 de poids faible.
* '''''Find highest set''''' donne la position du 1 de poids fort.
* '''''Find First Zero''''' donne la position du 0 de poids faible.
* '''''Find Highest Zero''''' donne la position du 0 de poids fort.
Il est rare que des processeurs s’implémentent toutes ces opérations. En effet, le résultat de certaines opérations se calcule à partir des autres. Pour donner un exemple, les processeurs x86 modernes incorporent une extension, appelée '''''Bit manipulation instructions sets (BMI sets)''''', qui ajoute quelques instructions de ce type. Pour le moment, seules les instructions ''Count Trailing Zeros'' et ''Count Leading Zeros'' sont supportées.
Et il existe bien d'autres instructions de ce type. On peut citer, par exemple, l'instruction BLSI, qui ne garde que le 1 de poids faible et met à zéro tous les autres bits. L'instruction BLSR quant à elle, met à 0 ce 1 de poids faible. Et il y en a bien d'autres, qui impliquent le 1 de poids fort, le 0 de poids faible, le 1 de poids faible, etc.
===Les instructions d'extension de registres===
Certains processeurs sont capables de gérer des données de taille diverses. Ils peuvent par exemple gérer des données codées sur 16 bits ou sur 32 bits comme c'est le cas sur certains processeurs anciens. Comme autre exemple, les processeurs x86 modernes peuvent gérer des données de 8, 16 et 32 bits. Pour cela, ils disposent généralement de registres de taille différentes, certains font 8 bits, d'autres 16, d'autres 32, etc. Dans ce cas, il est courant que l'on ait à faire des conversions vers un nombre de taille plus grande. Par exemple, convertir un nombre de 8 bits en un nombre de 16 bits, ou un nombre de 8 bits en 32 bits. Les processeurs de ce type incorporent des instructions pour ce faire, qui s'appellent les '''instructions d'extension de nombres'''.
La seule difficulté de ces instructions tient à la manière dont on remplit les bits de poids forts. Par exemple, si l'on passe de 8 bits à 16 bits, les 8 bits de poids forts sont inconnus. Pareil si on passe de 16 bits à 32 bits : quelle doit être la valeur des 16 bits de poids fort ? Intuitivement, on se dit qu'il suffit de les remplir par des zéros. Faire ainsi marche très bien, mais à condition que le nombre soit un nombre positif ou nul. Mais dans le cas d'un nombre négatif, cela ne marche pas (le résultat n'est pas bon). Pour les nombres codés en complément à deux, il faut remplir les bits manquants par le bit de signe, le bit de poids fort. On a donc deux choix : soit on remplit les bits manquants par des 0, ou par le bit de poids fort. Globalement, les deux choix possibles correspondent à deux instructions : une pour les nombres non-signés et une autre pour les nombres codés en complément à deux. On parle respectivement d''''instruction de ''zero extension''''' et '''instruction d'extension de signe'''.
Formellement, les instructions d'extension de nombre sont des copies entre registres : le contenu d'un registre est copié dans un autre plus grand. L'extension de signe est couplée avec cette copie, les deux étant effectués en une instruction. Du moins, c'est le cas sur la plupart des processeurs. On pourrait imaginer séparer les deux en deux instructions séparées, une instruction MOV (qui copie un registre dans un autre, comme on le verra plus bas) et une instruction d'extension de signe/zéro. Dans ce cas, l'instruction d'extension de signe/zéro prend un registre de grande taille et étend la donnée dans ce registre. Par exemple, pour une extension de signe de 16 à 32 bits, l'instruction prendrait un registre de 32 bits, ne considérerait que les 16 bits de poids faible et effectuerait l'extension de signe/zéro à partir de ces derniers. En soi, l'extension avec des zéros est un simple masque, réalisable avec des opérations bit à bit et cette instruction n'a pas besoin d'être implémentée. Par contre, les instructions d'extension de signe sont elles très utiles.
De plus, une instruction d'extension de signe séparée a l'avantage d'être utilisable même sur des architecture avec des registres de taille identique. Mais quel intérêt, me direz-vous ? Il faut savoir que certaines langages de programmation permettent de travailler sur des entiers dont on peut préciser la taille. Un même programme peut ainsi manipuler des entiers de 16 bits et de 32 bits, ou des entiers de 8, d'autres de 16, d'autres de 32, et d'autres de 64. L'intérêt n'est as évident, mais un bon exemple est celui de la rétrocompatibilité entre programmes. Par exemple, un programme 64 bits qui utilise une librairie 32 bits, ou un programme codé en 64 bits qui émule une console 16 bits. Ou encore, la communication entre un programme codé en 16 bits avec un capteur qui mesure des données de 8 bits. Bref, les possibilités sont nombreuses. Imaginons que tout se passe dans des registres de 32 bits. Le processeur peut incorporer des instructions de calcul sur 16 bits, en plus des instructions 32 bits. Dans ce cas, l'extension de signe sert à faire des conversions entre entiers de taille différentes.
===Les instructions de permutation d'octets===
Les instructions de ''byte swap'', aussi appelée '''instructions de permutation d'octets''', échangent de place les octets d'un nombre. Leur implémentation varie grandement selon la taille des entiers. Le cas le plus simple est celui des instructions qui travaillent sur des entiers de 16 bits, soit deux octets. Il n'y a alors qu'une seule solution pour échanger les octets : l'octet de poids fort devient l'octet de poids faible et réciproquement. Les deux octets échangent leur place.
Pour les nombres de 32 bits, soit 4 octets, il y a plusieurs possibilités. La première inverse l'ordre des octets dans le nombre : on échange l'octet de poids faible et de poids fort, mais on échange aussi les deux octets restant entre eux. Une autre solution découpe l'entier en deux morceaux de 16 bits : l'un avec les deux octets de poids fort, l'autre avec les deux octets de poids faible. Les octets sont inversés dans ces blocs de 16 bitzs, mais on n'effectue pas d'autres échanges. On peut aussi échanger les deux morceaux de 16 bits, mais sans changer l'ordre des octets dans les blocs.
[[File:Instruction de permutation d'octets.png|centre|vignette|upright=2|Instruction de permutation d'octets]]
L'utilité de ces instructions n'est pas évidente au premier abord, mais elle sert beaucoup dans les opérations de conversion de données. Tout cela devrait devenir plus clair dans le chapitre sur le boutisme.
==Les instructions d'accès mémoire==
Les instructions d’accès mémoire permettent de copier ou d'échanger des données entre le processeur et la RAM. On peut ainsi copier le contenu d'un registre en mémoire, charger une donnée de la RAM dans un registre, initialiser un registre à une valeur bien précise, etc. Il en existe plusieurs, les plus connues étant les suivantes : LOAD, STORE et MOV. D'autres processeurs utilisent une instruction d'accès mémoire généraliste, plus complexe.
===Les instructions d'accès à la RAM : LOAD et STORE===
Les instructions LOAD et STORE sont deux instructions qui permettent d'échanger des données entre la mémoire RAM et les registres. Elles copient le contenu d'un registre dans la mémoire, ou au contraire une portion de mémoire RAM dans un registre.
* L''''instruction LOAD''' est une instruction de lecture : elle copie le contenu d'un ou plusieurs mots mémoire consécutifs dans un registre. Le contenu du registre est remplacé par le contenu des mots mémoire de la mémoire RAM.
* L''''instruction STORE''' fait l'inverse : elle copie le contenu d'un registre dans un ou plusieurs mots mémoire consécutifs en mémoire RAM.
{|class="wikitable"
|[[File:Instruction LOAD.png|300px|Instruction LOAD.]]
|[[File:Instruction STORE.png|300px|Instruction STORE.]]
|}
En théorie, une variante de l'instruction STORE peut enregistrer une constante en mémoire RAM. Il est en théorie possible pour une instruction STORE modifiée de stocker la valeur 9 dans l'adresse X, par exemple. La constante est fournie par l'instruction, elle n'est pas stockée dans un registre, mais carrément intégrée à l'instruction. Cela sera plus clair quand nous verrons les modes d'adressage, notamment le mode d'adressage immédiat. Mais si c'est une possibilité théorique, aucun processeur connu n'a de telle instruction, qui serait peu utilisée.
D'autres instructions d'accès mémoire plus complexes existent. Pour en donner un exemple, citons les instructions de transferts par bloc sur les premiers processeurs ARM. Ces instructions permettent de copier plusieurs registres en mémoire RAM, en une seule instruction. Sur l'ARM1, il y a 16 registres en tout. Les instructions de transfert de bloc peuvent sélectionner n'importe quel sous-ensemble de ces 16 registres, pour les copier en mémoire : on peut sélectionner tous les registres, une partie des registres (5 registres sur 16, ou 7, ou 8, ...), voire aucun registre.
===Les instructions de transfert entre registres : MOV et XCHG===
L''''instruction MOV''' copie le contenu d'un registre dans un autre sans passer par la mémoire. C'est donc un échange de données entre registres, qui n'implique en rien la mémoire RAM, mais MOV est quand même considérée comme une instruction d'accès mémoire. Les données sont copiées d'un registre source vers un registre de destination. Le contenu du registre source est conservé, alors que le contenu du registre de destination est écrasé (il est remplacé par la valeur copiée). Cette instruction est utile pour gérer les registres, notamment sur les architectures avec peu de registres et/ou sur les architectures avec des registres spécialisés.
[[File:Instruction MOV.png|centre|300px|Instruction MOV.]]
Mais quelques rares architectures ne disposent pas d'instruction MOV, qui n'est formellement pas nécessaire, même si bien utile. En effet, on peut émuler une instruction MOV avec des instructions logiques utilisées convenablement. L'idée est de faire une opération dont le résultat est l'opérande envoyée, et d'enregistrer le résultat dans le registre de destination. Par exemple, on peut faire un OU entre le registre opérande et 0 : le résultat sera l'opérande. Idem avec un ET et la valeur adéquate. Ou encore, on peut imaginer faire un ET/OU entre un registre et lui-même : le résultat est égal au contenu du registre opérande.
Quelques processeurs assez rares ont des instructions pour échanger le contenu de deux registres. Par exemple, on peut citer l''''instruction XCHG''' sur les processeurs x86 des PC anciens et actuels. Elle permet d'échanger le contenu de deux registres, quel qu'ils soient, il n'y a pas de restrictions sur le registre source et sur le registre de destination. Mais d'autres processeurs ont des restrictions sur les registres source et destination. Par exemple, le processeur Z80 a des instructions d'échanges assez restrictives, comme on le verra dans quelques chapitres.
Sur les processeurs ARM, l'instruction MOV fait partie des instructions qui permettent d'effectuer un décalage sur la seconde opérande. Il s'agit en réalité de décalages/rotations décalées, qui sont fusionnées avec une instruction MOV. L'instruction MOV des processeurs ARM fait soit un MOV normal, soit un décalage.
===Les instructions d'accès mémoire complexes===
Nous venons de voir les instructions LOAD, STORE et les transferts entre registres. Elles sont présentes sur tous les processeurs, modernes comme anciens. Mais quelques processeurs gèrent des instructions mémoire plus complexes. Elles ont tendance à effectuer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les '''instructions de copie mémoire''' copient une donnée d'une adresse vers une autre. Les copies en mémoire sont des opérations très fréquentes, il est très fréquent qu'un programme copie un bloc de mémoire dans un autre et beaucoup de programmeurs ont déjà été confronté à un tel cas. Aussi, les processeurs ajoutent des instructions multi-accès pour accélérer ces copies, ce qui fait un bon compromis entre performance et simplicité d'implémentation.
Sur certains processeurs, il n'y a pas d'instruction LOAD ou STORE, ni même MOV . À la place, on trouve une '''instruction d'accès mémoire généraliste''', qui fusionne les trois. Elle est capable de faire une lecture, une écriture, ou une copie entre registres, et parfois une copie d'une adresse mémoire vers une autre. Les trois premières opérations sont presque toujours supportées, mais la copie d'une adresse mémoire vers une autre est beaucoup plus rare. Sur les processeurs x86, l'instruction généraliste s'appelle l'instruction MOV. Elle gère la lecture en RAM, l'écriture en RAM, la copie d'un registre vers un autre, l'écriture d'une constante dans un registre ou une adresse. Par contre, elle ne gère pas la copie d'une adresse mémoire vers une autre ; pour un transfert de mémoire à mémoire, il faut utiliser les instructions MOVS* ('''''Mov'''e '''S'''tring'' ; MOVSB : par octets, MOVSW : par mots de 16-bits, ...).
D'autres instructions mémoires effectuent des opérations à l'utilité moins évidente. Sur certains processeurs, on trouve notamment des instructions pour vider la mémoire cache de son contenu, pour la réinitialiser. L'utilité ne vous est pas évidente, mais cela peut servir dans certains scénarios, notamment sur les architectures avec plusieurs processeurs pour synchroniser ces derniers. Cela sert aussi pour le système d'exploitation, qui doit remettre à zéro certains caches (comme la TLB qu'on verra dans le chapitre sur la mémoire virtuelle) quand on exécute plusieurs programmes en même temps.
==Les instructions de contrôle (branchements et tests)==
Un processeur serait sacrément inflexible s'il ne faisait qu'exécuter des instructions dans l'ordre. Certains processeurs ne savent pas faire autre chose, comme le Harvard Mark I, et il est difficile, voire impossible, de coder certains programmes sur de tels ordinateurs. Mais rassurez-vous : il existe de quoi permettre au processeur de faire des choses plus évoluées. Pour rendre notre ordinateur "plus intelligent", on peut par exemple souhaiter que celui-ci n'exécute une suite d'instructions que si une certaine condition est remplie. Ou faire mieux : on peut demander à notre ordinateur de répéter une suite d'instructions tant qu'une condition bien définie est respectée. Diverses '''structures de contrôle''' de ce type ont donc étés inventées.
Voici les plus utilisées et les plus courantes : ce sont celles qui reviennent de façon récurrente dans un grand nombre de langages de programmation actuels. Concevoir un programme (dans certains langages de programmation), c'est simplement créer une suite d'instructions, et utiliser ces fameuses structures de contrôle pour l'organiser. D'ailleurs, ceux qui savent déjà programmer auront reconnu ces fameuses structures de contrôle. On peut bien sur en inventer d’autres, en spécialisant certaines structures de contrôle à des cas un peu plus particuliers ou en combinant plusieurs de ces structures de contrôles de base, mais cela dépasse le cadre de ce cours : on ne va pas vous apprendre à programmer.
{|class="wikitable"
|-
! Nom de la structure de contrôle
! Description
|-
! SI...ALORS
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée
|-
! SI...ALORS...SINON
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée ou exécute une autre suite d'instructions si elle ne l'est pas.
|-
! Boucle WHILE...DO
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée.
|-
! Boucle DO...WHILE aussi appelée REPEAT UNTIL
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée. La différence, c'est que la boucle DO...WHILE exécute au moins une fois cette suite d'instructions.
|-
! Boucle FOR
| Répète un nombre fixé de fois une suite d'instructions.
|}
Les '''conditions''' à respecter pour qu'une structure de contrôle fasse son office sont généralement très simples.
Elles se calculent le plus souvent en comparant deux opérandes (des adresses, ou des nombres entiers ou à virgule flottante).
Elles correspondent le plus souvent aux comparaisons suivantes :
* A == B (est-ce que A est égal à B ?) ;
* A != B (est-ce que A est différent de B ?) ;
* A > B (est-ce que A est supérieur à B ?) ;
* A < B (est-ce que A est inférieur à B ?) ;
* A >= B (est-ce que A est supérieur ou égal à B ?) ;
* A <= B (est-ce que A est inférieur ou égal à B ?).
Il est également possible de tester si le bit d'un registre ou octet mémoire est à 1 ou 0.
Notamment le registre des indicateurs est testé après une instruction arithmétique (est-ce que le calcul a généré une retenue, ...).
Pour implémenter ces structures de contrôle, on a besoin d'une instruction qui saute en avant ou en arrière dans le programme, suivant le résultat d'une condition. Par exemple, un SI...ALORS zappera une suite d'instruction si une condition n'est pas respectée, ce qui demande de sauter après cette suite d’instruction cas échéant. Répéter une suite d'instruction demande juste de revenir en arrière et de redémarrer l’exécution du programme au début de la suite d'instruction. Nous verrons comment sont implémentées les structures de contrôle plus bas, mais toujours est-il que cela implique de faire des sauts dans le programme. Faire un saut en avant ou en arrière dans le programme est assez simple : il suffit de modifier la valeur stockée dans le ''program counter'', ce qui permet de sauter directement à une instruction et de poursuivre l'exécution à partir de celle-ci. Et un tel saut est réalisé par des instructions spécialisées. Dans ce qui va suivre, nous allons appeler '''instructions de branchement''' les instructions qui sautent à un autre endroit du programme. Ce n'est pas la terminologie la plus adaptée, mais elle conviendra pour les explications.
L'implémentation des structures de contrôle demande donc de calculer une condition, puis de faire un saut. Mais il faut savoir que l'implémentation demande parfois de faire un saut, sans avoir à tester de condition. Dans ce cas, l'instruction qui fait un saut sans faire de test de condition est elle aussi une instruction de branchement. Cela nous amène à faire la différence entre un branchement conditionnel et non-conditionnel. La différence entre les deux est simple. Une instruction de '''branchement conditionnel''' effectue deux opérations : un test qui vérifie si la condition adéquate est respectée, et un saut dans le programme aussi appelé branchement. Une instruction de '''branchement inconditionnelle''' ne teste pas de condition et ne fait qu'un saut dans le programme.
===Les structures de contrôle===
Le IF permet d’exécuter une suite d'instructions si et seulement si une certaine condition est remplie.
[[File:Codage d'un if.. en assembleur.jpg|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS en assembleur.]]
Le IF...ELSE sert à effectuer une suite d'instructions différente selon que la condition est respectée ou non : c'est un SI…ALORS contenant un second cas. Une boucle consiste à répéter une suite d'instructions machine tant qu'une condition est valide (ou fausse).
[[File:Codage d'un IF.ELSE en assembleur.png|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS..SINON en assembleur.]]
Les boucles sont une variante du IF dont le branchement renvoie le processeur sur une instruction précédente. Commençons par la boucle DO…WHILE : la suite d'instructions est exécutée au moins une fois, et est répétée tant qu'une certaine condition est vérifiée. Pour cela, la suite d'instructions à exécuter est placée avant les instructions de test et de branchement, le branchement permettant de répéter la suite d'instructions si la condition est remplie. Si jamais la condition testée est fausse, on passe tout simplement à la suite du programme.
[[File:DO...WHILE.jpg|centre|vignette|upright=2|DO...WHILE.]]
Une boucle WHILE…DO est identique à une boucle DO…WHILE à un détail près : la suite d'instructions de la boucle n'a pas forcément besoin d'être exécutée au moins une fois. On peut donc adapter une boucle DO…WHILE pour en faire une boucle WHILE…DO : il suffit de tester si la boucle doit être exécutée au moins une fois avec un IF, et exécuter une boucle DO…WHILE équivalente si c'est le cas.
[[File:WHILE...DO.png|centre|vignette|upright=2|WHILE...DO.]]
===Les branchements conditionnels et leur implémentation ===
Il existe de nombreuses manières de mettre en œuvre les branchements conditionnels et tous les processeurs ne font pas de la même manière. Sur la plupart des processeurs, les branchements conditionnels sont séparés en deux instructions : une instruction de test qui vérifie si la condition voulue est respectée, et une instruction de saut conditionnelle. D'autres processeurs effectuent le test et le saut en une seule instruction machine.
[[File:Implémentations possibles des branchements conditionnels.png|centre|vignette|upright=3|Implémentations possibles des branchements conditionnels]]
: Plus surprenant, sur quelques rares processeurs, le ''program counter'' est un registre qui peut être modifié comme tous les autres. Cela permet de remplacer les branchements par une simple écriture dans le ''program counter'', avec une instruction MOV. Un bon exemple est le processeur ARM1, un des tout premiers processeur ARM. Cette dernière solution n'est presque jamais utilisée, mais elle reste surprenante !
Dans les faits, la solution la plus simple est clairement d'implémenter le tout avec une seule instruction. Mais beaucoup de processeurs anciens utilisent la première méthode, celle qui sépare le branchement conditionnel en deux instructions. Le branchement prend le résultat de l'instruction de test et décide s'il faut passer à l'instruction suivante ou sauter à une autre adresse. Il faut donc mémoriser le résultat de l'instruction de test dans un registre spécialisé, afin qu'il soit disponible pour l'instruction de branchement. L'usage d'un registre intermédiaire pour mémoriser le résultat de l'instruction de test demande d'ajouter un registre au processeur. De plus, le résultat de l'instruction de test varie grandement suivant le processeur, suivant la manière dont on répartit les responsabilités entre test et branchements.
Il existe, dans les grandes lignes, deux techniques pour séparer test et branchement conditionnel. La première impose une séparation stricte entre calcul de la condition et saut : l'instruction de test calcule la condition, le branchement fait ou non le saut dans le programme suivant le résultat de la condition. On a alors une instruction de test proprement dit, qui vérifie si une condition est valide et fournit un résultat sur 1 bit. Nous appellerons ces dernières des comparaisons, car de telles instruction effectuent réellement une comparaison. La seconde méthode procède autrement, avec un calcul de la condition qui est réalisé en partie par l'instruction de test, en partie par le branchement. Cela peut paraitre surprenant, mais il y a de bonnes raisons à cette séparation peu intuitive. La raison est que l'instruction de test est une soustraction déguisée, qui fournit un résultat de plusieurs bits, qui est ensuite utilisé pour calculer la condition voulue par le branchement. l'instruction de test ne fait pas une comparaison proprement dit, mais leur résultat permet de déterminer le résultat d'une comparaison avec quelques manipulations simples.
====Les instructions de test proprement dit====
Les premières sont réellement des instructions de test, qui effectuent une comparaison et disent si deux nombres sont égaux, différents, lequel est supérieur, inférieur, etc. En clair, elles implémentent directement les comparaisons vues précédemment. Au total, on s'attend à ce que les 6 comparaisons précédentes soient implémentées avec 6 instructions de test différentes : une pour l'égalité, une pour la différence, une autre pour la supériorité stricte, etc. Mais certaines de ces comparaisons sont en deux versions : une qui compare des entiers non-signés, et une autre pour les entiers signés. La raison est que comparer deux nombres entiers ne se fait pas de la même manière selon que les opérandes soient signées ou non. Nous avions vu cela dans le chapitre sur les comparateurs, mais un petit rappel ne fait pas de mal. Pour comparer deux entiers signés, il faut tenir compte de leurs signes, et le circuit utilisé n'est pas le même. Cela a des conséquences au niveau des instructions du processeur, ce qui impose d'avoir des opérations séparées pour les entiers signés et non-signés.
Dans les faits, les processeurs actuels utilisent le complément à deux pour les entiers signés, ce qui fait que les comparaisons d'égalité ou de différence A == B et A != B ne sont présentes qu'en un seul exemplaire. En complément à deux, l'égalité se détermine avec la même règle que pour les entiers non-signés : deux nombres sont égaux s'ils ont la même représentation binaire, ils sont différents sinon. Ce ne serait pas le cas avec les entiers en signe-magnitude ou en complément à un, du fait de la présence de deux zéros : un zéro positif et un zéro négatif. Les circuits de comparaison d'égalité et de différence seraient alors légèrement différents pour les entiers signés ou non. Au total, en complément à deux, on trouve donc 10 comparaisons usuelles, vu que les comparaisons de supériorité/infériorité sont en double.
Le résultat d'une comparaison est un bit, qui dit si la condition testée est vraie ou fausse. Dans la majorité des cas, ce bit vaut 1 si la comparaison est vérifiée, et 0 sinon. Une fois que l'instruction a fait son travail, il reste à stocker son résultat quelque part. Pour cela, le processeur utilise un ou plusieurs '''registres à prédicats''', des registres de 1 bit qui peuvent stocker n'importe quel résultat de comparaison. Une comparaison peut enregistrer son résultat dans n'importe quel registre à prédicats : elle a juste à préciser lequel avec son nom de registre.
Les registres à prédicats sont utiles pour accumuler les résultats de plusieurs comparaisons et les combiner par la suite. Par exemple, cela permet d'émuler une instruction qui teste si A >= B à partir de deux instructions qui calculent respectivement A > B et A == B. Pour cela, certains processeurs incorporent des instructions pour faire des opérations logiques sur les registres à prédicats. Ces opérations permettent de faire un ET, OU, XOR entre deux registres à prédicats et de stocker le résultat dans un registre à prédicat quelconque.
D'autres instructions permettent de lire le résultat d'un registre à prédicat, de calculer une condition, de combiner son résultat avec la valeur lue et d'altérer le registre à prédicat sélectionné. Par exemple, sur l'architecture IA-64, il existe une instruction cmp.eq.or, qui calcule une condition, lit un registre à prédicat fait un OU logique entre le registre lu et le résultat de la condition, et enregistre le tout dans un autre registre à prédicat. De telles instructions facilitent grandement le codage de certaines fonctions, qui demandent que plusieurs conditions soient vérifiées pour exécuter un morceau de code.
====Les instructions de test qui sont des soustractions déguisées====
Le second type d'instruction de test ne calcule pas ces conditions directement, mais elle fournit un résultat de quelques bits qui permet de les calculer avec quelques manipulations simples. Sur ces processeurs, il n'y a qu'une seule instruction de comparaison, qui est une soustraction déguisée. Le résultat de la soustraction n'est pas sauvegardé dans un registre et est simplement perdu. C'est le cas sur certains processeurs ARM ou sur les processeurs x86. Par exemple, un processeur x86 possède une instruction CMP qui n'est qu'une soustraction déguisée dans un opcode différent.
Le résultat de cette soustraction déguisée est un résultat portant sur 4 bits, qui donne des informations sur le résultat de la soustraction. Le premier bit, appelé bit ''null'', indique si le résultat est nul ou non. Le second bit indique le signe du résultat, s'il est positif ou négatif. Enfin, deux autres bits précisent si la soustraction a donné lieu à un débordement d'entier. Il y a deux bits, car on vérifie deux types de débordement : un débordement non-signé (une retenue sortante de l'additionneur), et le débordement signé (débordement en complément à deux). Pour mémoriser le résultat d'une soustraction déguisée, le processeur incorpore un '''registre d'état'''. Le registre d'état stocke des bits qui ont chacun une signification prédéterminée lors de la conception du processeur et il sert à beaucoup de choses. Dans le cas qui nous intéresse, le registre d'état mémorise les résultats de l'instruction de test : les deux bit de débordement, le bit qui précise que le résultat d'une instruction vaut zéro, le bit de retenue pour le bit de signe.
La condition en elle-même est réalisée par le branchement. L'instruction de branchement fait donc deux choses : calculer la condition à partir du registre d'état, et effectuer le saut si la condition est valide. Le calcul des conditions se fait à partir des 4 bits de résultat. Le bit ''null'' permet de savoir si les deux opérandes sont égales ou non : si le résultat d'une soustraction est nul, cela implique que les deux opérandes sont égales. Le bit de signe permet de déterminer si le première opérande est supérieur ou inférieure à la seconde : le résultat de la soustraction est positif si A >= B, négatif sinon. Les bits de débordements permettent de faire la différence entre infériorité stricte ou non. Tout cela sera expliqué plus en détail dans le paragraphe suivant.
[[File:Branchements et tests avec un registre d'état.png|centre|vignette|upright=1.5|Branchements et tests avec un registre d'état]]
La conséquence est qu'il y a autant d'instructions de branchements que de conditions possibles. Aussi, on a une instruction de test, mais environ une dizaine d'instructions de branchements. C'est l'inverse de ce qu'on a avec des instructions de test proprement dites, où on a autant d'instructions de test que de conditions, mais un seul branchement. Un bon exemple est celui des processeurs x86. Le registre d'état des CPU x86 contient 5 bits appelés OF, SF, ZF, CF et PF : ZF indique que le résultat de la soustraction vaut 0, SF indique son signe, CF est le bit de retenue et de débordement non-signé, OF le bit de débordement signé, et PF le bit qui donne la parité du résultat. Il existe plusieurs branchements, certains testant un seul bit du registre d'état, et d'autres une combinaison de plusieurs bits.
{|class="wikitable"
|-
! Instruction de branchement
! Bit du registre d'état testé
! Condition testée si on compare deux nombres A et B avec une instruction de test
|-
! JS (Jump if Sign)
| SF = 1
| Le résultat est négatif
|-
! JNS (Jump if not Sign)
| SF = 0
| Le résultat est positif
|-
! JO (Jump if Overflow)
| OF = 1
| Le calcul arithmétique précédent a généré un débordement signé
|-
! JNO (Jump if Not Overflow)
| OF = 0
| Le calcul arithmétique précédent n'a pas généré de débordement signé
|-
! JNE (Jump if Not equal)
| ZF = 1
| Les deux nombres A et B sont égaux
|-
! JE (Jump if Equal)
| ZF = 0
| Les deux nombres A et B sont différents
|-
! JB (Jump if below)
| CF = 1
| A < B, avec A et B non-signés
|-
! JAE (Jump if Above or Equal)
| CF = 0
| A >= B, avec A et B non-signés
|-
! (JBE) Jump if below or equal
| CF OU ZF = 1
| A >= B si A et B sont non-signés
|-
! JA (Jump if above)
| CF ET ZF = 0
| A > B si A et B sont non-signés
|-
! JL (Jump if less)
| SF != OF
| si A < B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater or Equal)
| SF = OF
| si A >= B, si A et B sont signés
|-
! JLE (Jump if less or equal)
| (SF != OF) OU ZF = 1
| si A <= B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater)
| (SF = OF) ET (NOT ZF) = 1
| si A > B, si A et B sont signés
|}
===Les instructions à prédicat===
Les '''instructions à prédicat''' sont des instructions qui ne font quelque chose que si une condition est respectée, et se comportent comme un NOP (une instruction qui ne fait rien) sinon. Elles lisent le résultat d'une comparaison, dans le registre d'état ou un registre à prédicat, et s’exécutent ou non suivant sa valeur.
En général, les instructions à prédicats sont des instructions en plus des instructions normales, pas à prédicat. L'instruction à prédicat la plus représentative, présente sur de nombreux processeurs, est l'instruction CMOV, qui copie un registre dans un autre si une condition est remplie. Elle permet de faire certaines opérations assez simples, comme calculer la valeur absolue d'un nombre, le maximum de deux nombres, etc.
Pour gérer les instructions à prédicat, les instructions de test s'adaptent sur plusieurs points. Le premier est que les instructions de test préfèrent utiliser des registres à prédicats, au lieu d'un registre d'état. Une des raisons à cela est la suivante : avec des registres à prédicats, on peut ajouter des instructions pour faire un ET/OU/XOR entre registres à prédicats, ce qui permet de tester des combinaisons de conditions sans faire appel au moindre branchement. Et ces conditions complexes ne sont pas rares, ce qui rend l'usage de registres à prédicats très utiles avec les instructions à prédicats.
Une autre adaptation est que les instructions de test tendent à fournir deux résultats : le résultat de la condition, et le résultat de la condition inverse. Ils sont fournis dans deux registres à prédicats distincts. Faire ainsi facilite grandement l'implémentation des structures de contrôle SI...ALORS simples. Pour rappel, elles ont deux morceaux de code : un qui s’exécute si une condition est remplie, l'autre si la condition inverse est remplie. Avec ce système, les instructions du premier et du second morceau de code testerons deux bits distincts.
L'usage d'instructions à prédicat séparées des autres instructions porte le nom de '''prédication partielle'''. C'est de loin l'implémentation la plus courante. Mais sur certains processeurs, assez rares, toutes les instructions sont des instructions à prédicat : on parle de '''prédication totale'''. Les anciens processeurs ARM 32 bits étaient dans ce cas, par exemple.
Cela peut paraitre étrange, vu que certaines instructions ne sont pas dans une structure de contrôle et doivent toujours s’exécuter, peu importe les conditions testées avant. Mais rassurez-vous, sur les processeurs à prédication totale, il y a toujours un moyen pour spécifier que certaines instructions doivent toujours s’exécuter, de manière inconditionnelle. Par exemple, sur les processeurs d'architecture HP IA-64, un des registre à prédicat, le tout premier, contient la valeur 1 et ne peut pas être modifié. Si on veut une instruction inconditionnelle, il suffit qu'elle précise que le registre à prédicat à lire est ce registre.
: Les processeurs avec un registre d'état n'ont généralement que de la prédication partielle, le plus souvent limitée à une seule instruction CMOV. Alors que qui dit prédication totale dit systématiquement registres à prédicats.
Les processeurs ARM disposent d'une prédication totale, du moins pour le jeu d'instruction ARM 32 bits. Mais il supportent une second jeu d’instruction optionnel, le ''thumb'', qui est plus compact. Au lieu d'encoder ses instructions sur 32-64 bits, ses instructions font seulement 16 bits. Et pour compacter ce jeu d'instruction, la prédication totale a été supprimée. À la place, ''thumb'' incorpore une '''instruction IT''', qui active l’exécution conditionnelle des instructions suivantes.
L'instruction teste une condition et calcule un prédicat, qui est ensuite utilisé pour décider de l'exécution des instructions suivantes. L'exécution conditionnelle marche jusqu'à 4 instructions consécutives. Le nombre exact est configurable et va de 1 à 4 instructions consécutives après l'instruction IT. La condition est configurable pour les 1 à 4 instructions : chaque instruction peut s'exécuter si la condition est vraie, ou au contraire fausse. Un masque de 4 bits décide de quelle condition utiliser pour chaque instruction. Il y a un bit par instruction, qui vaut 1 si la condition doit être vérifiée, 0 si on veut la condition inverse.
===L'instruction SKIP===
L''''instruction SKIP''' permet de zapper l'instruction suivante si une condition testée est fausse. Il en existe deux versions. La première est fusionnée avec l'instruction de test. La condition est calculée par l'instruction SKIP, qui décide s'il faut sauter l'instruction suivante. Dans un autre cas, l'instruction SKIP est précédée d'une instruction de test, récupère son résultat dans un registre de prédicat ou dans le registre d'état, et effectue le saut. On peut la voir comme une forme particulière de branchement conditionnel, qui brancherait deux instructions plus loin.
Son utilité n'est pas évidente, mais on peut classer ses utilisations en trois catégories. La première permet d'émuler une instruction de branchement conditionnel en combinant une instruction SKIP avec un branchement inconditionnel. Le branchement inconditionnel est skippé si la condition est remplie/fausse, mais éxecuté dans le cas contraire : c'est le comportement d'un branchement conditionnel. Une autre utilisation permet d'émuler une instruction à prédicat en faisant précéder une instruction normale par une instruction SKIP. Enfin, elles servent à implémenter des structures de controle IF à condition que le code du IF se résume à une vulgaire instruction. C'est assez rare, mais certains calculs comme la valeur absolue ou le calcul du minimum peuvent se calculer ainsi.
[[File:Skip instruction.png|centre|vignette|upright=3|Skip instruction]]
Vous pourriez imaginer des versions améliorées de l'instruction, qui permettent de zapper plusieurs instructions, mais de telles instructions ne sont autres que des instructions de branchement conditionnelles spécifiques, comme nous le verrons dans le chapitre sur les modes d'adressage.
==Les méta-instructions REPEAT et EXECUTE==
Enfin, il faut aussi citer les '''méta-instructions''', des instructions qui agissent sur l’exécution d'autres instructions. Il en existe deux : REPEAT et EXECUTE. Elles servent techniquement à manipuler le flot de contrôle d'un programme, et ont quelques ressemblances avec les branchements ou les boucles. Elles sont extrêmement rares et on ne les trouve que sur des anciens processeurs (généralement micro-codés), ou sur certaines processeurs spécialisés dans le traitement de signal appelés des DSP, qui feront l'objet d'un chapitre à eux seuls.
===L’instruction REPEAT et le ''Zero-overhead looping''===
La première est la '''méta-instruction REPEAT''', qui permet de simplifier l'implémentation des boucles. Dans sa version la plus simple, elle fait en sorte que l'instruction qui la suit soit répétée plusieurs fois. Le nombre de répétition est soit un nombre fixe, toujours le même, soit l'instruction se répète tant qu'une condition n'est pas remplie. Les deux situations ne se rencontrent pas sur les mêmes processeurs. Par exemple, l'UNIVAC 1103 possède une instruction REPEAT très simple, qui répète l'instruction cible un nombre fixe de fois, mais ne gère pas les conditions.
Le GE-600/Honeywell 6000 series incorpore trois instructions REPEAT de ce type. La première répète l'instruction suivante soit un nombre fixe de fois, soit quand une condition est remplie. La seconde répète les deux instructions suivantes, l'une après l'autre. Enfin, la dernière répète l'instruction suivante jusqu'à : soit qu'une condition soit remplie, soit qu'une adresse bien précise soit atteinte. Elle servait sans doute à implémenter le parcours d'une liste chainée pour trouver un item bien précis.
Une version améliorée de l'instruction REPEAT permet de répéter un bloc de plusieurs instructions, ce qui permet d'implémenter une boucle en une seule instruction. Elles sont fréquentes sur certains processeurs de traitement de signal, qui doivent exécuter en permanence de petites boucles. Typiquement, elles permettent d'implémenter des boucles FOR dont le nombre d’exécution est fixe. La répétition de la boucle est contrôlée par un registre de boucle, qui mémorise le nombre de répétitions, et qui est décrémenté à chaque itération, sans avoir à utiliser d'instruction d'incrémentation/décrémentation.
Une variante précise deux adresses, qui délimitent les instructions de la boucle : une adresse pour le début de la boucle, une adresse pour la fin. L'implémentation hardware est alors assez simple : quand le ''program counter'' atteint l'adresse de fin, il est réinitialisé à l'adresse de début. La gestion du ''program counter'' se fait alors sans utiliser d'instructions de branchement. les deux registres sont initialisés avec une isntruction LOPP, spécialement dédiée pour cela.
Les deux techniques précédentes permettent d'implémenter des boucles sans utiliser de branchements, ou presque. Elles rendent l'exécution des boucles tellement rapides qu'elles portent le nom de '''''Zero-overhead looping'''''.
: Les instructions REP mentionnées plus haut, ne sont PAS des exemples d'instruction REPEAT. Le préfixe REP des processeurs x86 est une instruction qui se répète elle-même. Mais l'instruction REPEAT force la répétition de l'instruction suivante ! Elle agit sur une autre instruction, d'où son caractère de méta-instruction.
===L'instruction EXECUTE===
La '''méta-instruction EXECUTE''' fournit l'adresse d'une instruction cible, qui est exécutée en lieu et place de l'instruction EXECUTE. Quand le processeur exécute l'instruction EXECUTE, il prend l'adresse cible, charge l'instruction dans l'adresse cible, et l’exécute à la place de l'instruction EXECUTE. Il est possible de comprendre l'instruction EXECUTE comme un branchement spécial. Tout se passe comme si l'instruction EXECUTE effectuait un branchement vers l'instruction cible, mais que le processeur ne poursuivait pas l’exécution à la suite de l’instruction cible, et revenait à la suite de l'instruction cible.
Il y a souvent des contraintes sur l'instruction cible, qui est pointée par l'adresse cible. Généralement, il n'est pas possible que l'instruction cible soit elle-même une autre instruction EXECUTE. De même, beaucoup de processeurs interdisent que l’instruction cible soit un branchement. Mais d'autres processeurs n'ont pas ces contraintes et autorisent à utiliser des branchements pour l'instruction cible.
L'utilité d'une telle instruction est tout sauf évidente. Elle servait pourtant à beaucoup de choses sur les processeurs où elle était implémentée. Précisons qu'elle était surtout présente sur des vieux ordinateurs, dans les années 50-60, et quelques processeurs des années 70. Elle a disparu dès les années 80 et n'est présentée que par souci d'exhaustivité et intérêt historique pour les curieux. Cette précision permet de comprendre que cette instruction servait pour résoudre des problèmes qui sont actuellement résolus autrement.
L'adresse cible peut être soit intégrée dans l'instruction, soit dans un registre. Dans le second cas, l'adresse peut être incrémentée ou modifiée afin que l'instruction EXECUTE change de cible à chaque exécution. Tout se passe comme si le registre contenant l'adresse cible servait à émuler un ''program counter''. En mettant une instruction EXECUTE dans une boucle et en complétant le tout avec du code annexe, on peut exécuter du code extérieur sans modifier le véritable ''program counter''. L'utilité est de faciliter l'implémentation des logiciels debuggers, des émulateurs, ou d'autres programmes dans le même genre.
Les autres utilisations sont assez nombreuses, mais aussi difficiles à expliquer pour qui n'a pas de connaissances poussées en programmation. La première utilité est l'implémentation de certaines fonctionnalités des langages de programmation évolués, à savoir le ''late binding'', les fonctions virtuelles, et quelques autres. Elle facilite aussi l'implémentation des compilateurs à la volée, en permettant d’exécuter du code produit à volée sans faire tiquer les mécanismes de protection mémoire implémentés dans le processeur. Elle permet d'émuler du code automodifiant pour les logiciels qui gagnaient autrefois à l'utiliser. Et il y en a d'autres.
==Les instructions d'arrêt et de mise en veille==
Les processeurs gèrent souvent des '''instructions de mise en veille''' le processeur. Une fois mis en veille, le processeur ne peut être réveillé que si un signal de sortie de veille survient. Les signaux de sortie de veille sont envoyés par les périphériques, les entrées-sorties, le ''chipset'' de la carte mère, etc. Ils sont rarement mis totalement en veille, ce qui leur permet de générer ce signal de sortie si nécessaire. Le processeur attend alors qu'un périphérique lui envoie un signal de sortie de veille, mais ne fait rien en attendant. De telles instructions ne sont exécutables qu'en mode noyau, par le système d'exploitation.
: Le signal de sortie de veille est techniquement une interruption matérielle, comme on le verra plus tard.
Il existe aussi des '''instructions d'arrêt''', qui éteignent le processeur complétement. Le processeur peut redémarrer, mais pas reprendre là où il en était. Pour redémarrer, il faut qu'il reçoive un signal RESET, envoyé sur une entrée du processeur. Lorsque l'entrée RESET du processeur est mise à 1, le processeur redémarre. Typiquement, l'alimentation du processeur est suspendue.
===Les exemples sur les processeurs les plus connus===
Sur les processeurs ARM, les instructions WFI et WFE sont utiles pour les systèmes embarqués, pour mettre le processeur en mode basse consommation. Lorsqu'une instruction de ce type est exécutée, le processeur continue d'être alimenté, mais il ne tient pas compte du signal d'horloge. Le signal d'horloge est clock gaté dès l'entrée dans le CPU. La différence entre les deux instructions est que WFI s'exécute inconditionnellement, alors que WFE ne s’exécute que un registre spécifique, le registre d'évènement, est à 0.
Sur les processeurs Motorola 6502 et ses dérivés, l'instruction WAI est une instruction de mise en veille, alors que l'instruction STP éteint l'ordinateur. La différence est qu'avec l'instruction STP, le processeur ne réagit qu'au signal RESET, qui fait redémarrer le processeur, mais ne réagit pas aux signaux de sortie de veille. L'exécution du processeur ne reprend alors pas là où le processeur s'est arrêté, le ''program counter'' est réinitialisé.
Sur les CPU x86 avant le 486, l'instruction HLT ne mettait pas le processeur en mode basse consommation. Aucune technique n'était prévue pour réduire la consommation du processeur pendant la veille. Le 8086 se contentait de se déconnecter du bus et n'incrémentait pas son ''program counter''. Au passage, l'implémentation exacte au niveau des circuits de l'instruction HLT sur le 8086 est détaillée dans cet article de blog :
* [https://www.righto.com/2023/01/reverse-engineering-intel-8086.html Reverse-engineering the Intel 8086 processor's HALT circuits]
C'est avec le 486 que la mise en veille s'est accompagnée d'une extinction partielle du processeur. Le processeur passait en mode basse consommation, ce qui permettait des économies d'énergie de 5 à 10%. Cependant, les premiers CPU sortis d'usine avaient un bug : le CPU stoppé via l'instruction HLT ne pouvait pas redémarrer de manière logicielle, il fallait lui envoyer le signal de RESET directement via le matériel.
{|class="wikitable"
|-
! x86
| HLT (HALT)
|-
! ARM
|
* WFI (Wait For Interrupt)
* WFE (Wait For Event).
|-
! Motorola 6502 et plus
|
* WAI (WAit for Interrupt)
* STP (SToP)
|}
===Les instructions ''Halt And Catch Fire''===
Le bug n'est pas spécifique aux processeurs 486, de nombreux CPU ont des instructions non-documentées qui bloquent l'ordinateur, si exécutées. Le processeur ne peut alors pas sortir de la mise en veille et soit s'arrête, soit doit être RESET. Les instructions ne sont souvent pas voulues par les concepteurs et sont souvent des bugs. De telles instructions illégales devraient lever une exception matérielle "instruction non reconnue", mais ne le font pas en raison d'un bug quelconque. Elles sont appelées, non sans humour, des '''instructions ''Halt And Catch Fire''''' (stoppe et prend feu).
Un exemple classique est celle du bug du Pentium F00F. Le responsable est une instruction non-documentée, encodée en binaire comme suit F0 0F C7 C8. Il s'agit d'une instruction dont l'encodage est invalide. Elle correspond à une instruction cmpxchg8b qui agit sur une valeur 64 bits obtenue en concaténant les deux registres (EAX et EDX). Elle compare cette valeur 64 bits avec une donnée en mémoire RAM. Mais avec l'encodage F0 0F C7 C8, l'adresse mémoire est remplacée par un nom de registre, du fait de l'encodage des modes d'adressage sur ce CPU. En théorie, le processeur devrait lever une exception matérielle ''opcode invalide''. Seulement, l'instruction est associée à un préfixe LOCK, qu'on ne détaillera pas ici, qui empêche la levée de l'exception.
Elle agissait comme une instruction ''Halt And Catch Fire'' classique. Un problème est que cette instruction n'était pas une instruction en mode noyau, mais une instruction accessible en espace utilisateur. N'importe quel programme invalide, voire un programme malicieux, pouvait bloquer l'ordinateur. La situation a été prise an sérieux, les systèmes d'exploitation fournissant des mitigations logicielles. Intel corrigea le problème, dans une seconde fournée sortie d'usine, avec la version B2 du 486.
==Résumé==
Pour résumer, les instructions les plus courantes sont les suivantes :
{|class="wikitable"
|-
!Instruction
!Utilité
|-
!Instructions arithmétiques
|Elles font des calculs sur des nombres. Les plus communes sont l'addition, la soustraction, la multiplication, la division, le modulo. Pour les instructions flottantes, la racine carrée est souvent supportée, parfois avec les opérations trigonométriques, les logarithmes et l'exponentielle.
|-
!Instructions logiques
|Elles travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les plus communes sont ;
* Les opérations bit à bit, à savoir le ET logique, le OU logique, le OU exclusif (XOR) et le NON logique.
* Les instructions de décalage à droite et à gauche, qui vont décaler tous les bits d'un nombre d'un cran vers la gauche ou la droite. Les bits qui sortent du nombre sont considérés comme perdus.
* Les instructions de rotation, qui font la même chose que les instructions de décalage, à la différence près que les bits qui "sortent d'un côté du nombre" après le décalage rentrent de l'autre.
|-
!Instructions de test et de contrôle (branchements)
|Elles permettent de contrôler la façon dont notre programme s’exécute sur notre ordinateur. Elles permettent notamment de choisir la prochaine instruction à exécuter, histoire de répéter des suites d'instructions, de ne pas exécuter des blocs d'instructions dans certains cas, et bien d'autres choses.
|-
!Instructions d’accès mémoire
|Elles permettent d'échanger des données entre le processeur et la mémoire, ou encore permettent de gérer la mémoire et son adressage. Les deux les plus courantes sont les suivantes :
* LOAD : charge une donnée dans un registre ;
* STORE : copie le contenu d'un registre dans une adresse mémoire.
|}
En plus de ces instructions, beaucoup de processeurs ajoutent d'autres instructions. La plupart sont utilisées par le système d'exploitation pour configurer certaines fonctionnalités importante : la protection mémoire, la mémoire virtuelle, les modes de compatibilité du processeur, la gestion de l'alimentation, l'arrêt ou la mise en veille, etc.
On peut aussi trouver des instructions spécialisées dans les calculs cryptographiques : certaines instructions permettent de chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe. De même, certains processeurs ont une instruction permettant de générer des nombres aléatoires. Et on peut trouver bien d'autres exemples...
Mais d'autres sont franchement exotiques. Par exemple, certains processeurs sont capables d'effectuer des instructions sur du texte directement. Pour stocker du texte, la technique la plus simple utilise une suite de lettres, stockées les unes à la suite des autres dans la mémoire, dans l'ordre dans lesquelles elles sont placées dans le texte. Quelques ordinateurs disposent d'instructions pour traiter ces suites de lettres. D'ailleurs, n'importe quel PC x86 actuel dispose de telles instructions, bien qu'elles ne soient pas utilisées car paradoxalement trop lente comparé aux solutions logicielles ! Cela peut paraître surprenant, mais il y a une explication assez simple qui sera compréhensible dans quelques chapitres (les instructions en question sont microcodées).
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les mémoires FIFO et LIFO
| prevText=Les mémoires FIFO et LIFO
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Mewtow
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/* Les instructions d'accès mémoire complexes */
773465
wikitext
text/x-wiki
Ce chapitre va aborder le langage machine, à savoir un standard qui définit les instructions du processeur, le nombre de registres, etc.
Dans ce chapitre, on considérera que le processeur est une boîte noire au fonctionnement interne inconnu.
Nous verrons le fonctionnement interne d'un processeur dans quelques chapitres.
Les concepts que nous allons aborder ne sont rien d'autre que les bases nécessaires pour apprendre l'assembleur.
Nous allons surtout parler des instructions du processeur.
Pour simplifier, on peut classer les instructions en quatre grands types :
* les échanges de données entre mémoires ;
* les calculs et autres opérations arithmétiques ;
* les instructions de comparaison ;
* les instructions de branchement.
À côté de ceux-ci, on peut trouver d'autres types d'instructions plus exotiques, pour gérer du texte, pour modifier la consommation en électricité de l'ordinateur, pour chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe, générer des nombres aléatoires, etc. Dans ce chapitre, nous allons voir un aperçu assez large des instructions qui existent. Nous n'allons pas nous limiter aux instructions les plus importantes, mais nous allons aussi parler d'instructions assez exotiques, soit présentes uniquement sur d'anciens ordinateurs, soit très rares, soit franchement tordues. Et certaines de ces instructions exotiques sont assez impressionnantes et risquent de vous surprendre !
==Les instructions entières==
Les '''instructions arithmétiques''' sont les plus courantes et comprennent au minimum l'addition, la soustraction, la multiplication, plus rarement la division. Précisons qu'une opération mathématique ne se fait pas de la même manière suivant la représentation utilisée pour coder ces nombres : on ne manipule pas de la même façon des nombres entiers binaires, des entiers codés en BCD et des nombres flottants. Aussi, dans ce qui va suivre, nous allons séparer les opérations entières, les opérations flottantes et les opérations en BCD.
Les processeurs modernes utilisent des nombres encodés soit en binaire normal, soit en complément à deux. L'avantage est que les opérations arithmétiques se font de la même manière dans les deux encodages. Il y a quelques différences, mais elles sont suffisamment mineures, pas besoin d'avoir une instruction dédiée pour les nombres signés. Les anciens processeurs utilisaient eux des entiers signés en signe-magnitude ou en complément à 1, ou d'autres représentations. Et avec ces représentations, les calculs ne sont pas exactement les mêmes pour les nombres signés et non-signés. Ils avaient donc des instructions séparées pour l'addition signée et l'addition non-signée, idem pour la soustraction, la multiplication, etc.
De nos jours, les ordinateurs utilisent des entiers de taille fixe, qui tiennent dans un registre. J'ai dit qui tiennent dans un registre, car la taille des données à manipuler peut dépendre de l'instruction. Ainsi, un processeur peut avoir des instructions pour traiter des nombres entiers de 8 bits, et d'autres instructions pour traiter des nombres entiers de 32 bits, par exemple. Mais la taille d'une opérande ne dépasse pas la taille d'un registre entier.
===La ou les instructions d'addition entière===
Un processeur implémente au minimum une opération d'addition, même s'il existe de rares exemples de processeurs qui s'en passent. Mieux : certains processeurs implémentent plusieurs instructions d'addition, qui se distinguent par de subtiles différences.
La première différence est la gestion des débordements d'entier. Pour gérer les débordements d'entier, certains processeurs disposent d'un '''registre de débordement''', de 1 bit, qui indique si une instruction arithmétique a généré un débordement d'entier ou non. Il est mis à 1 en cas de débordement, mais reste à 0 sinon. Il est mis à jour à chaque addition/multiplication/soustraction.
Pour rappel, les débordements d'entiers sont différents selon que l'addition est signée ou non, et il faut en tenir compte au niveau du jeu d'instruction. La solution la plus simple est l'existence de deux instructions dédiées : une pour les additions de nombres signés et une autre pour les nombres non-signés. Le circuit additionneur est le même pour ces deux instruction, mais le calcul du bit de débordement est différent. D'autres processeurs s'en sortent autrement, en ayant deux bits de débordement : un si le résultat est signé, l'autre pour les résultats non-signés. Mais nous reparlerons de cela plus tard.
Une autre différence, présente sur les vieux processeurs, tient dans la gestion de la retenue. À l'époque, les processeurs ne pouvaient gérer que des nombres de 4 à 8 bits, guère plus. Pourtant, la plupart des applications logicielles demandait d'utiliser des entiers de 16 bits. Les opérations comme l'addition ou la soustraction étaient alors réalisées en plusieurs fois. Par exemple, on additionnait les 8 bits de poids faible, puis les 8 bits de poids fort. Dans un cas pareil, il fallait aussi gérer la retenue dans l'addition des 8 bits de poids fort.
Pour cela, la retenue en question était mémorisée dans un registre de 1 bit dédié, semblable au registre de débordement, appelé le '''bit de retenue'''. De plus, les processeurs incorporaient une instruction d'addition qui additionnait les deux opérandes avec la retenue en question, instruction souvent appelée ADDC (''ADD with Carry''). Niveau circuits, cela ne changeait pas grand chose, tous les additionneurs ayant une entrée pour la retenue (qui est utilisée pour implémenter la soustraction, rappelez-vous). L'implémentation de l'instruction ADDC était très simple, n'utilisait presque pas de circuits, et rendait de fiers services aux programmeurs de l'époque. Nous parlons là des vieux processeurs 4 et 8, mais certains processeurs 16, 32, voire 64 bits, sont capables d'effectuer ce genre d'opération, même si ils sont rares.
: Il existe parfois des instructions pour mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. C'est le cas sur l'architecture x86. Mais son utilité est marginale, car toutes les instructions arithmétiques modifient le bit de retenue.
La même chose a lieu pour la soustraction, qui demande qu'une "retenue" soit propagée d'une colonne à l'autre (bien que la "retenue" soit utilisée différemment : elle n'est pas additionnée, mais soustraite du résultat de la colonne). Pour cela, les processeurs implémentent l'opération SUBC (''Substract with Carry''). Et pour mettre en œuvre cette opération, ils ont deux options. La première est d'ajouter un bit pour la "retenue" de la soustraction. Pour une soustraction qui calcule a-b, elle vaut 0 si a>=b et 1 si a<b. Elle est utilisée telle qu'elle par le circuit qui effectue la soustraction, généralement un soustracteur. L'autre option est d'utiliser le but de retenue de l'addition, sans rien modifier. Pour comprendre pourquoi, rappelons que la soustraction est implémentée en complément à deux par le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + 1</math>
Il s'agit d'une addition, qui a donc une retenue lors d'un débordement. On peut alors réutiliser le bit de retenue de l'addition pour la soustraction, en modifiant quelque peu la soustraction à effectuer. Pour comprendre comment faire la modification, précisons tout d'abord que les règles du complément à deux nous disent qu'on a un débordement quand a>=b. Passons maintenant à l'étude d'un exemple théorique : le cas où on veut soustraire deux nombres de 16 bits avec deux opérations SUBC qui travaillent sur 8 bits. Appelons les deux opérandes A et B, <math>a_h</math> et <math>b_h</math> les 8 bits de poids forts de ces opérandes, et <math>a_l</math> et <math>b_l</math> leurs 8 bits de poids faible. Voyons ce qui se passe suivant que la retenue soit de 0 ou 1.
* Si la retenue de l'addition est de 1, on a <math>a_l \geq b_l</math>, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>.
* À l'inverse, si la retenue de l'addition est de 0, on a <math>a_l \leq b_l</math>. Cela veut dire que si on posait la soustraction, alors une retenue devrait être propagée à la colonne suivante, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1 - \text{retenue de 1}</math>.
Récapitulons dans un tableau.
{|class="wikitable"
|-
! Retenue
! Opération à effectuer pour la seconde soustraction
|-
! 0
| <math>a_h + \overline{b_h} + 0</math>
|-
! 1
| <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>
|}
On voit que ce qu'il faut ajouter à <math>a_h + \overline{b_h}</math> est égal à la retenue. L'opération SUBC fait donc le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + \text{retenue}</math>
La plupart des processeurs 8 et 16 bits avaient deux instructions de soustraction séparées : une sans gestion de la retenue, une avec. Mais certains processeurs comme le 6502 n'avaient qu'une seule instruction de soustraction : celle qui tient compte de la retenue ! Il n'y avait pas de soustraction normale. Pour éviter tout problème, les programmeurs devaient faire attention. Ils disposaient d'une instruction mettre à 0 ou à 1 le bit de retenue pour éviter tout problème, qu'ils utilisaient avant toute soustraction simple.
===Les instructions de division entière===
Il faut savoir que la division est une opération très lourde pour le processeur : une instruction de division dédiée met au mieux une dizaine de cycles d'horloge pour fournir un résultat, parfois plus de 50 à 70 cycles d’horloge. Et elle est facilement 10 à 50 fois plus lente qu'une opération de multiplication. De plus, son implémentation matérielle utilise beaucoup de portes logiques/transistors. Son cout globalement le même que pour un circuit multiplieur, parfois un peu plus. Mais on a de la chance : c'est aussi une opération assez rare, peu utilisée.
De plus, les divisions les plus courantes sont des divisions par une constante : un programme devant manipuler des nombres décimaux aura tendance à effectuer des divisions par 10, un programme manipulant des durées pourra faire des divisions par 60 (gestion des minutes/secondes) ou 24 (gestion des heures). Or, diverses astuces permettent de les remplacer par des suites d'instructions plus simples, qui donnent le même résultat (l'usage de décalages, la multiplication par un entier réciproque, etc). Et la suite d'instruction équivalent est beaucoup plus rapide qu'une implémentation matérielle, car on profite qu'une opérande est constante. En-dehors de ce cas, l'usage des divisions est assez rare.
Sachant cela, certains processeurs ne possèdent pas d'instruction de division, car les gains de performance seraient modérés et le coût en transistors élevé. Les divisions sont alors émulées en logiciel, par une suite de soustractions ou tout autre code équivalent. D'autres processeurs implémentent toutefois la division dans une instruction machine, avec un circuit dédié, mais c'est signe que le coût en transistors n'est pas un problème pour le concepteur de la puce.
===Les instructions de multiplication entière===
Contrairement à la division, l'opération de multiplication entière est très courante, presque tous les processeurs modernes en ont une. Les multiplications sont plus fréquentes dans le code des programmes, sans compter que c'est une opération pas trop lourde à implémenter en circuit. Il en existe parfois plusieurs versions sur un même processeur. Ces différentes versions servent à résoudre un problème quant à la taille du résultat d'une multiplication. En effet, la multiplication de deux opérandes de <math>n</math> bits donne un résultat de <math>n \times 2</math>, ce qui ne tient donc pas dans un registre. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions.
Dans sa version la plus simple, l'instruction de multiplication se contente de garder les <math>n</math> bits de poids faible, ce qui peut entraîner l'apparition de débordements d'entiers.
Une autre solution est de calculer soit les bits de poids fort, soit les bits de poids faible, le choix étant laissé au programmeur. Des processeurs disposent de deux instructions de multiplication : une instruction pour calculer les bits de poids fort du résultat et une autre pour les bits de poids faible. Certains processeurs disposent d'une instruction de multiplication configurable, qui permet de choisir quels bits conserver : poids fort ou poids faible.
Une autre version mémorise le résultat dans deux registres : un pour les bits de poids faible et un autre pour les bits de poids fort. Il faut noter que certains processeurs disposent de registres spécialisés pour cela. Par spécialisés, on veut dire qu'ils sont séparés des autres registres. Les autres registres, appelés les registres généraux, mémorisent n'importe quelle opérande entière et sont utilisables pour toutes les opérations. Mais la multiplication mémorise son résultat dans deux registres à part, qu'on nommera HO et LO. Seule l'instruction de multiplication peut écrire un résultat dans ces deux registres, avec HO pour les bits de poids fort, et LO pour les bits de poids faibles. Par contre, n'importe quelle instruction peut les lire, pour récupérer une opérande dans ces deux registres.
==Les instructions sur les entiers BCD==
Parlons maintenant des '''instructions BCD''', qui agissent sur des opérandes codées en BCD. Devenues très rares avec la disparition du BCD dans l'informatique grand-public, elles étaient quasiment essentielles sur les tous premiers processeurs 8 bits.
===Les ordinateurs décimaux===
Au tout début de l'informatique, il a existé des processeurs qui travaillaient uniquement en BCD, appelés des '''processeurs décimaux'''. Ils avaient uniquement des instructions BCD, pas d'instruction sur des opérandes codées en binaire. Ils étaient assez courants entre les années 60 et 70, même s'ils ne représentent pas la majorité des architectures de l'époque. Il y avait une vraie séparation entre processeurs décimaux et processeurs binaires, sans intermédiaires notables.
Les tous premiers ordinateurs décimaux pouvaient manipuler des entiers BCD de taille arbitraire. Ils stockaient leurs nombres dans des chaines de caractères ou des tableaux encodés en BCD. Le processeur faisait les calculs chiffre par chiffre, caractère BCD par caractère BCD. Les ordinateur décimaux qui ont abandonné ce fonctionnement. À la place, ils ont intégré des registres capables de mémoriser des entiers BCD de taille fixe.
Le grand avantage des processeurs décimaux est leur très bonne performance dans les tâches de bureautique, de comptabilité, et autres. Les processeurs de l'époque recevaient des entiers codés en BCD de la part des entrées-sorties, et devaient les traiter. Les processeurs binaires devaient faire des conversion BCD-binaire pour communiquer avec les entrées-sorties, mais pas les processeurs décimaux. Le gain en performance pouvait être substantiel dans certaines applications.
===Les instructions BCD des processeurs binaires===
Par la suite, dans les années 80, l'augmentation des performances a favorisé les processeurs binaires. Faire des conversions binaires-BCD n'était plus un problème, les conversions étaient suffisamment rapides. Par contre, faire les calculs en BCD était plus lent que faire les calculs en binaire, ce qui fait que le compromis technologique de l'époque favorisaient le binaire. Mais pour obtenir le meilleur des deux mondes, les processeurs binaires ont ajouté un support du BCD. C'était l'époque des architectures 8 bits, puis 16 bits.
Intuitivement, on se dit que, les processeurs de l'époque des 8 bits avaient leurs instructions de calcul en double : une instruction pour les calculs entier et une autre pour les calculs BCD. Mais d'autres processeurs faisaient autrement. À l'époque des processeurs 8-16 bits, certains processeurs ne géraient pas d'instructions BCD proprement dit, mais géraient quand même les calculs en BCD grâce à des instructions spéciales. Concrètement, les programmeurs utilisaient une instruction d'addition ou de soustraction binaire, mais il était possible de corriger ce résultat pour obtenir le bon résultat codé en BCD. Les processeurs de l'époque disposaient d'une instruction pour faire la correction, souvent appelée ''Decimal Adjust After Addition''.
Avant d'aller plus loin, nous devons préciser que les processeurs 8 bits de l'époque pouvaient gérer deux formats de BCD. Le premier est le '''format ''Packed''''', où deux chiffres sont mémorisé dans un octet. Le premier nibble (4bits) mémorise un chiffre BCD, le second nibble mémorise le second. Il s'agit d'un format qui remplit au maximum les bits de l'octet avec des données utiles. L'autre format, appelé '''''Unpacked''''', ne mémorise qu'un seul chiffre BCD dans un octet. Le chiffre est quasi- tout le temps dans le nibble de poids faible. Il se trouve que la manière de corriger le résultat d'une opération n'est pas la même suivant que le nombre est codé en BCD ''packed'' et ''unpacked''.
Pour commencer, étudions le cas des nombres BCD ''unpacked'', plus simples à comprendre. Lors d'une addition, il se peut que le résultat ne soit pas représentable en BCD ''unpacked''. Par exemple, si je fais le calcul 5 + 8, le résultat sera 13 : il tient dans un nibble en décimal, mais pas en BCD ! Cette situation survient quand le résultat d'une addition de deux entiers BCD ''unpacked'' dépasse 9, la limite de débordement en BCD ''unpacked''. Nous avons vu dans le chapitre sur les circuits d'addition que la correction est alors toute simple : si le résultat dépasse 9, on ajoute 6. De plus, on doit prévenir que le résultat a débordé et ne tient pas sur un nibble en BCD. Pour cela, on ajoute un bit spécialisé, appelé le '''''half carry flag''''', indicateur de demi-retenue en français, qui joue le même rôle que le bit de débordement, mais pour le BCD ''unpacked''. Sur les processeurs x86, tout cela est réalisé par une instruction appelée ''ASCII adjust after addition''.
: Pour la soustraction, il faut faire la même chose, sauf qu'il faut soustraire 6, pas l'ajouter. Et il y a aussi une instruction pour cela : ''ASCII adjust after substraction''.
Pour les nombres BCD ''packed'', la procédure est globalement la même, sauf qu'il faut traiter les deux ''nibbles'' : on ajoute 6 si le nibble de poids faible dépasse 9, puis on fait la même chose avec le ''nibble'' de poids fort. Le bit ''half carry flag'' n'est pas mis à jour et est tout simplement ignoré. Notons qu'on modifie d'abord le ''nibble'' de poids faible, avant de traiter celui de poids fort. En effet, si on corrige celui de poids faible, la retenue obtenue en ajoutant 6 se propage au nibble suivant, ce qui fait que ce dernier peut voir sa valeur augmenter. Une fois cela fait, le bit de retenue est mis à 1. La procédure est différente, vu qu'il faut traiter deux ''nibles'' au lieu d'un, et que le bit ''half-carry'' est ignoré au profit du bit de retenue normal. D'où l'existence d'une instruction séparée pour l'addition des nombres BCD ''packed'', appelée ''Décimal adjust after addition'' sur les processeurs x86.
Les processeurs modernes ne supportent plus le BCD, car il est très peu utilisé. Les processeurs ARM et MIPS ont toujours fait sans instructions BCD. Les processeurs x86 des PC désactivent les instructions BCD en mode 64 bits, mais conservent des opérations BCD en mode 32 bits, pour des raisons de compatibilité. Le support du codage BCD est surtout quelque chose qu'on trouve sur les anciens processeurs.
==Les instructions flottantes==
Passons maintenant au support des nombres flottants. Avant les années 60, les processeurs n'était pas encore capables de faire de calculs avec des nombres flottants. Les calculs flottants étaient émulés soit par une bibliothèque logicielle, soit par le système d'exploitation. Pour améliorer les performances, les concepteurs de processeurs ont conçus des '''coprocesseurs arithmétiques''', des processeurs secondaires spécialisés dans les calculs flottants, qui complémentaient le processeur principal, et avaient leur propre emplacement sur la carte mère. Par la suite, les concepteurs de processeurs ont incorporé des instructions de calculs sur des nombres flottants, rendant le coprocesseur inutile.
Pour supporter les nombres flottants, il y a deux écoles. La première utilise des instructions flottantes séparées des instructions entières. La seconde utilise des instructions d'addition/soustraction/multiplication généralistes, capables de traiter indifféremment entiers et flottants, voire les encodages BCD.
===Les architectures taguées===
Le second cas correspond à certaines machines assez anciennes, datant des années 50 à 70. Ces processeurs n'avaient qu'une seule instruction d'addition, qui pouvait traiter indifféremment flottants, nombres entiers codés en BCD, en complément à deux, etc. Pour cela, les opérandes étaient associés à un type qui précisait s'il s'agissait d'un opérande flottant, entier, BCD, d'un pointeur, ou autre. Le traitement effectué par une instruction dépendait des ''tag'' associés aux opérandes. Par exemple, si les deux opérandes avaient un ''tag'' "entier", l'instruction faisait un calcul entier. Si les deux opérandes avaient un ''tag'' "flottant", l'instruction faisait un calcul flottant.
Le type de l'opérande était encodé avec un ''tag'', une sorte de numéro codé en binaire. Le ''tag'' était stocké en mémoire à côté de l'opérande, un mot mémoire contenait la donnée et le ''tag'' concaténés l'un à la suite de l'autre. Le défaut est que la mémoire devait être conçue pour gérer le ''tag'', de même que le processeur. Des processeurs de ce type s'appellent des ''architectures à tags'', ou '''tagged architectures''', en référence au ''tag'' ajouté dans la mémoire.
Mais les processeurs modernes n'utilisent pas cette technique, du fait de son cout en mémoire. À la place, le processeur dispose d'une instruction par type à manipuler : une instruction de multiplication pour les flottants, une autre pour les entiers codés en complément à deux, etc.
===Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées===
Les processeurs modernes disposent d'instructions de calculs sur des nombres flottants, qui sont standardisées. Le standard IEEE 754 standardise aussi quelques instructions sur les flottants : les quatre opérations arithmétiques de base, les comparaisons et la racine carrée. Certains processeurs vont plus loin et implémentent aussi d'autres instructions sur les flottants qui ne sont pas supportées par la norme IEEE 754. Par exemple, certaines fonctions mathématiques telles que sinus, cosinus, tangente, arctangente et d'autres. Le seul problème, c'est que ces instructions peuvent mener à des erreurs de calcul incompatibles avec la norme IEEE 754. Heureusement, les compilateurs peuvent mitiger ces désagréments.
Il faut néanmoins préciser que le support de la norme IEEE 754 n'est pas une obligation : certains processeurs ne la supportent que partiellement. Par exemple, certains processeurs ne supportent que les flottants simple précision, mais pas les double précision (ou inversement). Exemple : les premiers processeurs Intel ne géraient que les flottants double précision étendue. D'autres processeurs ne gèrent pas les underflow, overflow, les NaN, les infinis, ou même les flottants dénormaux. Précisons que même lorsque la gestion des dénormaux est implémentée en hardware (comme c'est le cas sur certains processeurs AMD), celle-ci reste malgré tout très lente.
Si les exceptions ne sont pas supportées, le processeur peut être configuré de façon à soit ignorer les exceptions en fournissant un résultat, soit déclencher une exception matérielle (à ne pas confondre avec les exceptions de la norme). Le choix du mode d'arrondi ou la gestion des exceptions flottantes se fait en configurant un registre dédié, intégré dans le processeur.
Plus rarement, il arrive que certains processeurs gèrent des formats de flottants spéciaux qui ne font pas partie de la norme IEEE 754. Par exemple, certains processeurs utilisent des formats de flottants différents de la norme IEEE 754, avec par exemple des flottants codés sur 8 ou 16 bits, qui sont très utiles pour les applications qui se contentent très bien d'un résultat approché.
==Les instructions logiques==
À côté des instructions de calcul, on trouve des '''instructions logiques''' qui travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les opérations bit à bit ont déjà été vues dans les premiers chapitres, ceux sur l'électronique. Pour rappel, les plus courantes sont :
* La négation, ou encore le NON bit à bit, inverse tous les bits d'un nombre : les 1 deviennent des 0 et les 0 deviennent des 1.
* Le ET bit à bit, qui agit sur deux nombres : il va prendre les bits qui sont à la même place et va effectuer un ET (l’opération effectuée par la porte logique ET). Exemple : 1100·1010=1000.
* Les instructions similaires avec le OU ou le XOR.
Mais d'autres instructions sont intéressantes à étudier.
===Les instructions de décalage et de rotation===
Les '''instructions de décalage''' décalent tous les bits d'un nombre vers la gauche ou la droite. Pour rappel, il existe plusieurs types de décalages : les rotations, les décalages logiques, et les décalages arithmétiques. Nous avions déjà vu ces trois opérations dans le chapitre sur les circuits de décalage et de rotation, ce qui fait que nous allons simplement faire un rappel dans le tableau suivant. Pour résumer, voici la différence entre les trois opérations :
{|class="wikitable"
|-
!
! Schéma
! Gestion des bits sortants
! Remplissage des vides laissés par le décalage
|-
! Rotation
|[[File:Rotation de bits.png|Rotations de bits.]]
| Réinjectés dans les vides laissés par le décalage
| Remplis par les bits sortants
|-
! Décalage logique
|[[File:Décalage logique.png|Décalage logique.]]
| rowspan="2" | Les bits sortants sont oubliés
| Remplis par des zéros
|-
|-
! Décalage arithmétique
|[[File:Décalage arithmétique.png|Décalage arithmétique.]]
| Remplis par :
* le bit de signe pour les bits de poids fort ;
* des zéros pour les bits de poids faible .
|}
Pour rappel, les décalages de n rangs sont équivalents à une multiplication/division par 2^n. Un décalage à gauche est une multiplication par 2^n, alors qu'un décalage à droite est une division par 2^n. Les décalages logiques effectuent la multiplication/division pour un nombre non-signé (positif), alors que les décalages arithmétiques sont utilisés pour les nombres signés. Précisons cependant que pour ce qui est des décalages à droite, les décalages logiques et arithmétiques n'arrondissent pas le résultat de la même manière. Les décalages logiques à droite arrondissent vers zéro, alors que les décalages arithmétiques arrondissent vers la valeur inférieure (vers moins l'infini). De plus, les décalages à gauche entraînent des débordements d'entiers qui ne se gèrent pas de la même manière entre décalage logique et décalage arithmétique.
La plupart des processeurs stockent le bit sortant dans un registre, généralement le registre qui stocke le bit de retenue des additions qui est réutilisé pour cette optique. Ils possèdent aussi une variante des instructions de décalage où le bit de retenue est utilisé pour remplir le bit libéré au lieu de mettre un zéro. Cela permet d'enchaîner les décalages sur un nombre de bits plus grand que celui supporté par les instructions en procédant par morceaux. Par exemple, pour un processeur supportant les décalages sur 8 et 16 bits, il peut enchaîner deux décalages de 16 bits pour décaler un nombre de 32 bits ; ou bien un décalage de 8 bits et un autre de 16 bits pour décaler un nombre de 24 bits.
[[File:Shift Arithmetic Right.svg|centre|vignette|Décalage arithmétique à droite, où le bit sortant est mémorisé dans le bit de retenue (CF pour ''Carry Flag'').]]
Ils existe une variante des instructions de rotation où le bit de retenue est utilisé. Un bon exemple est celui des instructions LRCY (''Left Rotate Through Carry'') et RRCY (''Right Rotate Through Carry''). La première est un décalage/rotation à gauche, l'autre est un décalage/rotation à droite. Les deux décalent un registre de 16 bits, mais on pourrait imaginer la même chose avec des registres de taille différente. Lors du décalage, le bit sortant est mémorisé dans le registre de retenue, alors que le bit de retenue précédent est lui envoyé dans le vide laissé par le décalage. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une rotation, sauf que le nombre décalé/rotaté est composé du registre concaténé au bit de retenue, le bit de retenue étant le bit de poids fort pour un décalage à gauche, de poids faible pour un décalage à droite.
====Le cas particuliers des processeurs ARM====
Sur les processeurs ARM, il n'y a pas d'instruction de décalage à proprement parler, ni de rotations. Par contre, les décalages sont fusionnés avec la plupart des opérations arithmétiques ! Toute opération arithmétique prend deux registres d'opérandes et un registre de destination, ainsi qu'un décalage facultatif. Le décalage est appliqué sur la seconde opérande automatiquement, sans avoir à faire une instruction séparée. À l'intérieur de l'instruction, deux bits précisent quel type de décalage effectuer (logique à droite, arithmétique à droite, à gauche, rotation à droite). Le nombre de rangs dont il faut décaler est soit encodé directement dans l'instruction sur 5-6 bits, soit précisé dans un registre.
Toutes les instructions ne permettent pas de faire un décalage automatique. Seules les opérations simples peuvent le faire, à savoir les additions, soustractions, copies d'un registre à un autre, les opérations logiques, et quelques autres. Et cela se marie très bien avec le fait qu'on applique le décalage sur la seconde opérande fait qu'il se marie très bien avec les calculs d'adresse. En effet, quand un programmeur manipule une structure de données, notamment un tableau, il arrive souvent qu'il fasse des calculs d'adresse cachés. La majeure partie de ces calculs d'adresse sont de la forme : adresse de base + (indice * taille de la donnée). Vu que les données ont très souvent une taille qui est une puissance de deux, le second terme se calcule en décalant l'indice, le calcul total demande une simple addition avec une opérande décalée, ce qui prend une seule instruction sur les processeur ARM.
===Les instructions de manipulation de bits===
D'autres opérations effectuent des calculs non pas bit à bit (on traite en parallèle les bits sur la même colonne), mais qui manipulent les bits à l'intérieur d'un nombre. les plus simples d'entre elles comptent sur les bits.
Une instruction très commune de ce type est l'instruction '''''population count''''', qui compte le nombre de bits d'un nombre qui sont à 1. Par exemple, pour le nombre 0100 1100 (sur 8 bits), la ''population count'' est de 3. Il s'agit d'une instruction utile dans les codes correcteurs d'erreur, très utilisés pour tout et n'importe quoi (trames réseau, sommes de contrôle des secteurs des disques dur, et bien d'autres). De plus, elle permet de calculer facilement le bit de parité d'un nombre, ce qui est utile pour les codes de détection d'erreur. En soi, l'instruction est facultative et l'implémenter est un choix qui n'est pas trivial. Mais cette instruction est très simple à implémenter en circuits, sans compter que son implémentation utilise assez peu de transistors. Le circuit de calcul est ridiculement simple, utilise peu de transistors.
Les processeurs gèrent aussi assez souvent des instructions pour compter les zéros ou les uns après le bit de poids fort/faible. Pour rappel, voici les quatre possibilités :
* '''''Count Trailing Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à droite du 1 de poids faible.
* '''''Count Leading Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à gauche du 1 de poids fort.
* '''''Count Trailing Ones''''' donnent le nombre de 1 situés à gauche du 0 de poids fort.
* '''''Count Leading Ones''''' donne le nombre de 1 situés à droite du 0 de poids faible.
[[File:Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.png|centre|upright=2.0|vignette|Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.]]
Comme vous le voyez sur le schéma du dessus, ces quatre opérations de comptage sont liées à quatre autres opérations. Ces dernières donnent la position du 0 ou du 1 de poids faible/fort :
* '''''Find First Set''''', donne la position du 1 de poids faible.
* '''''Find highest set''''' donne la position du 1 de poids fort.
* '''''Find First Zero''''' donne la position du 0 de poids faible.
* '''''Find Highest Zero''''' donne la position du 0 de poids fort.
Il est rare que des processeurs s’implémentent toutes ces opérations. En effet, le résultat de certaines opérations se calcule à partir des autres. Pour donner un exemple, les processeurs x86 modernes incorporent une extension, appelée '''''Bit manipulation instructions sets (BMI sets)''''', qui ajoute quelques instructions de ce type. Pour le moment, seules les instructions ''Count Trailing Zeros'' et ''Count Leading Zeros'' sont supportées.
Et il existe bien d'autres instructions de ce type. On peut citer, par exemple, l'instruction BLSI, qui ne garde que le 1 de poids faible et met à zéro tous les autres bits. L'instruction BLSR quant à elle, met à 0 ce 1 de poids faible. Et il y en a bien d'autres, qui impliquent le 1 de poids fort, le 0 de poids faible, le 1 de poids faible, etc.
===Les instructions d'extension de registres===
Certains processeurs sont capables de gérer des données de taille diverses. Ils peuvent par exemple gérer des données codées sur 16 bits ou sur 32 bits comme c'est le cas sur certains processeurs anciens. Comme autre exemple, les processeurs x86 modernes peuvent gérer des données de 8, 16 et 32 bits. Pour cela, ils disposent généralement de registres de taille différentes, certains font 8 bits, d'autres 16, d'autres 32, etc. Dans ce cas, il est courant que l'on ait à faire des conversions vers un nombre de taille plus grande. Par exemple, convertir un nombre de 8 bits en un nombre de 16 bits, ou un nombre de 8 bits en 32 bits. Les processeurs de ce type incorporent des instructions pour ce faire, qui s'appellent les '''instructions d'extension de nombres'''.
La seule difficulté de ces instructions tient à la manière dont on remplit les bits de poids forts. Par exemple, si l'on passe de 8 bits à 16 bits, les 8 bits de poids forts sont inconnus. Pareil si on passe de 16 bits à 32 bits : quelle doit être la valeur des 16 bits de poids fort ? Intuitivement, on se dit qu'il suffit de les remplir par des zéros. Faire ainsi marche très bien, mais à condition que le nombre soit un nombre positif ou nul. Mais dans le cas d'un nombre négatif, cela ne marche pas (le résultat n'est pas bon). Pour les nombres codés en complément à deux, il faut remplir les bits manquants par le bit de signe, le bit de poids fort. On a donc deux choix : soit on remplit les bits manquants par des 0, ou par le bit de poids fort. Globalement, les deux choix possibles correspondent à deux instructions : une pour les nombres non-signés et une autre pour les nombres codés en complément à deux. On parle respectivement d''''instruction de ''zero extension''''' et '''instruction d'extension de signe'''.
Formellement, les instructions d'extension de nombre sont des copies entre registres : le contenu d'un registre est copié dans un autre plus grand. L'extension de signe est couplée avec cette copie, les deux étant effectués en une instruction. Du moins, c'est le cas sur la plupart des processeurs. On pourrait imaginer séparer les deux en deux instructions séparées, une instruction MOV (qui copie un registre dans un autre, comme on le verra plus bas) et une instruction d'extension de signe/zéro. Dans ce cas, l'instruction d'extension de signe/zéro prend un registre de grande taille et étend la donnée dans ce registre. Par exemple, pour une extension de signe de 16 à 32 bits, l'instruction prendrait un registre de 32 bits, ne considérerait que les 16 bits de poids faible et effectuerait l'extension de signe/zéro à partir de ces derniers. En soi, l'extension avec des zéros est un simple masque, réalisable avec des opérations bit à bit et cette instruction n'a pas besoin d'être implémentée. Par contre, les instructions d'extension de signe sont elles très utiles.
De plus, une instruction d'extension de signe séparée a l'avantage d'être utilisable même sur des architecture avec des registres de taille identique. Mais quel intérêt, me direz-vous ? Il faut savoir que certaines langages de programmation permettent de travailler sur des entiers dont on peut préciser la taille. Un même programme peut ainsi manipuler des entiers de 16 bits et de 32 bits, ou des entiers de 8, d'autres de 16, d'autres de 32, et d'autres de 64. L'intérêt n'est as évident, mais un bon exemple est celui de la rétrocompatibilité entre programmes. Par exemple, un programme 64 bits qui utilise une librairie 32 bits, ou un programme codé en 64 bits qui émule une console 16 bits. Ou encore, la communication entre un programme codé en 16 bits avec un capteur qui mesure des données de 8 bits. Bref, les possibilités sont nombreuses. Imaginons que tout se passe dans des registres de 32 bits. Le processeur peut incorporer des instructions de calcul sur 16 bits, en plus des instructions 32 bits. Dans ce cas, l'extension de signe sert à faire des conversions entre entiers de taille différentes.
===Les instructions de permutation d'octets===
Les instructions de ''byte swap'', aussi appelée '''instructions de permutation d'octets''', échangent de place les octets d'un nombre. Leur implémentation varie grandement selon la taille des entiers. Le cas le plus simple est celui des instructions qui travaillent sur des entiers de 16 bits, soit deux octets. Il n'y a alors qu'une seule solution pour échanger les octets : l'octet de poids fort devient l'octet de poids faible et réciproquement. Les deux octets échangent leur place.
Pour les nombres de 32 bits, soit 4 octets, il y a plusieurs possibilités. La première inverse l'ordre des octets dans le nombre : on échange l'octet de poids faible et de poids fort, mais on échange aussi les deux octets restant entre eux. Une autre solution découpe l'entier en deux morceaux de 16 bits : l'un avec les deux octets de poids fort, l'autre avec les deux octets de poids faible. Les octets sont inversés dans ces blocs de 16 bitzs, mais on n'effectue pas d'autres échanges. On peut aussi échanger les deux morceaux de 16 bits, mais sans changer l'ordre des octets dans les blocs.
[[File:Instruction de permutation d'octets.png|centre|vignette|upright=2|Instruction de permutation d'octets]]
L'utilité de ces instructions n'est pas évidente au premier abord, mais elle sert beaucoup dans les opérations de conversion de données. Tout cela devrait devenir plus clair dans le chapitre sur le boutisme.
==Les instructions d'accès mémoire==
Les instructions d’accès mémoire permettent de copier ou d'échanger des données entre le processeur et la RAM. On peut ainsi copier le contenu d'un registre en mémoire, charger une donnée de la RAM dans un registre, initialiser un registre à une valeur bien précise, etc. Il en existe plusieurs, les plus connues étant les suivantes : LOAD, STORE et MOV. D'autres processeurs utilisent une instruction d'accès mémoire généraliste, plus complexe.
===Les instructions d'accès à la RAM : LOAD et STORE===
Les instructions LOAD et STORE sont deux instructions qui permettent d'échanger des données entre la mémoire RAM et les registres. Elles copient le contenu d'un registre dans la mémoire, ou au contraire une portion de mémoire RAM dans un registre.
* L''''instruction LOAD''' est une instruction de lecture : elle copie le contenu d'un ou plusieurs mots mémoire consécutifs dans un registre. Le contenu du registre est remplacé par le contenu des mots mémoire de la mémoire RAM.
* L''''instruction STORE''' fait l'inverse : elle copie le contenu d'un registre dans un ou plusieurs mots mémoire consécutifs en mémoire RAM.
{|class="wikitable"
|[[File:Instruction LOAD.png|300px|Instruction LOAD.]]
|[[File:Instruction STORE.png|300px|Instruction STORE.]]
|}
En théorie, une variante de l'instruction STORE peut enregistrer une constante en mémoire RAM. Il est en théorie possible pour une instruction STORE modifiée de stocker la valeur 9 dans l'adresse X, par exemple. La constante est fournie par l'instruction, elle n'est pas stockée dans un registre, mais carrément intégrée à l'instruction. Cela sera plus clair quand nous verrons les modes d'adressage, notamment le mode d'adressage immédiat. Mais si c'est une possibilité théorique, aucun processeur connu n'a de telle instruction, qui serait peu utilisée.
D'autres instructions d'accès mémoire plus complexes existent. Pour en donner un exemple, citons les instructions de transferts par bloc sur les premiers processeurs ARM. Ces instructions permettent de copier plusieurs registres en mémoire RAM, en une seule instruction. Sur l'ARM1, il y a 16 registres en tout. Les instructions de transfert de bloc peuvent sélectionner n'importe quel sous-ensemble de ces 16 registres, pour les copier en mémoire : on peut sélectionner tous les registres, une partie des registres (5 registres sur 16, ou 7, ou 8, ...), voire aucun registre.
===Les instructions de transfert entre registres : MOV et XCHG===
L''''instruction MOV''' copie le contenu d'un registre dans un autre sans passer par la mémoire. C'est donc un échange de données entre registres, qui n'implique en rien la mémoire RAM, mais MOV est quand même considérée comme une instruction d'accès mémoire. Les données sont copiées d'un registre source vers un registre de destination. Le contenu du registre source est conservé, alors que le contenu du registre de destination est écrasé (il est remplacé par la valeur copiée). Cette instruction est utile pour gérer les registres, notamment sur les architectures avec peu de registres et/ou sur les architectures avec des registres spécialisés.
[[File:Instruction MOV.png|centre|300px|Instruction MOV.]]
Mais quelques rares architectures ne disposent pas d'instruction MOV, qui n'est formellement pas nécessaire, même si bien utile. En effet, on peut émuler une instruction MOV avec des instructions logiques utilisées convenablement. L'idée est de faire une opération dont le résultat est l'opérande envoyée, et d'enregistrer le résultat dans le registre de destination. Par exemple, on peut faire un OU entre le registre opérande et 0 : le résultat sera l'opérande. Idem avec un ET et la valeur adéquate. Ou encore, on peut imaginer faire un ET/OU entre un registre et lui-même : le résultat est égal au contenu du registre opérande.
Quelques processeurs assez rares ont des instructions pour échanger le contenu de deux registres. Par exemple, on peut citer l''''instruction XCHG''' sur les processeurs x86 des PC anciens et actuels. Elle permet d'échanger le contenu de deux registres, quel qu'ils soient, il n'y a pas de restrictions sur le registre source et sur le registre de destination. Mais d'autres processeurs ont des restrictions sur les registres source et destination. Par exemple, le processeur Z80 a des instructions d'échanges assez restrictives, comme on le verra dans quelques chapitres.
Sur les processeurs ARM, l'instruction MOV fait partie des instructions qui permettent d'effectuer un décalage sur la seconde opérande. Il s'agit en réalité de décalages/rotations décalées, qui sont fusionnées avec une instruction MOV. L'instruction MOV des processeurs ARM fait soit un MOV normal, soit un décalage.
===Les instructions d'accès mémoire complexes===
Nous venons de voir les instructions LOAD, STORE et les transferts entre registres. Elles sont présentes sur tous les processeurs, modernes comme anciens. Mais quelques processeurs gèrent des instructions mémoire plus complexes. Elles ont tendance à effectuer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les '''instructions de copie mémoire''' copient une donnée d'une adresse vers une autre. Les copies en mémoire sont des opérations très fréquentes, il est très fréquent qu'un programme copie un bloc de mémoire dans un autre et beaucoup de programmeurs ont déjà été confronté à un tel cas. Aussi, les processeurs ajoutent des instructions multi-accès pour accélérer ces copies, ce qui fait un bon compromis entre performance et simplicité d'implémentation.
Sur certains processeurs, il n'y a pas d'instruction LOAD ou STORE, ni même MOV . À la place, on trouve une '''instruction d'accès mémoire généraliste''', qui fusionne les trois. Elle est capable de faire une lecture, une écriture, ou une copie entre registres, et parfois une copie d'une adresse mémoire vers une autre. Les trois premières opérations sont presque toujours supportées, mais la copie d'une adresse mémoire vers une autre est beaucoup plus rare. Sur les processeurs x86, l'instruction généraliste s'appelle l'instruction MOV. Elle gère la lecture en RAM, l'écriture en RAM, la copie d'un registre vers un autre, l'écriture d'une constante dans un registre ou une adresse. Par contre, elle ne gère pas la copie d'une adresse mémoire vers une autre ; pour un transfert de mémoire à mémoire, il faut utiliser les instructions MOVS* ('''''Mov'''e '''S'''tring'' ; MOVSB : par octets, MOVSW : par mots de 16-bits, ...).
D'autres instructions mémoires effectuent des opérations à l'utilité moins évidente. Sur certains processeurs, on trouve notamment des instructions pour vider la mémoire cache de son contenu, pour la réinitialiser. L'utilité ne vous est pas évidente, mais cela peut servir dans certains scénarios, notamment sur les architectures avec plusieurs processeurs pour synchroniser ces derniers. Cela sert aussi pour le système d'exploitation, qui doit remettre à zéro certains caches (comme la TLB qu'on verra dans le chapitre sur la mémoire virtuelle) quand on exécute plusieurs programmes en même temps.
===Les instructions mémoire flottantes===
Plus haut, j'ai parlé du fait que certaines processeurs savaient faire des calculs sur des nombres flottants. En général, les processeurs utilisent des registres séparés pour les nombres flottants. Ils ont d'un côté des '''registres généraux''' pour les opérandes entiers et les adresses mémoire, de l'autre des '''registres flottants''' pour les nombres flottants. Les instructions de calcul flottants utilisent ces ''registres flottants'' uniquement, elles ne peuvent pas lire les registres généraux, sauf pour quelques exceptions. Les calculs flottants lisent leurs opérandes dans ces registres flottants et écrivent le résultat dans un autre registre.
Mais encore faut-il pouvoir les remplir, ces registres. Et cela implique de charger des opérandes depuis la mémoire RAM à un moment où un autre. Pour lire ou écrire ces registres, le processeur utilise des instructions mémoire séparées, distinctes des instructions LOAD et STORE vues plus haut. Pour faire la différence, ces instructions sont appelées '''FLOAD''' et '''FSTORE'''.
Elles sont séparées des LOAD/STORE normaux pour plusieurs raisons. La première est évidemment que les registres utilisés ne sont pas les mêmes : registres "généraux" pour LOAD/STORE, registres flottants pour FLOAD et FSTORE. La seconde raison est que les nombres flottants et entiers n'ont pas forcément la même taille. Et cela impacte à la fois la taille des registres, mais aussi les transferts mémoire.
Un nombre flottant fait 32 ou 64 bits, suivant qu'on parle d'un flottant simple ou double précision. Sur un processeur 32 bits, les flottants simple précision ont la même taille qu'un entier, les flottant double précision sont deux fois plus gros. Mais sur un processeur 64 bits, c'est l'inverse : les flottants double précision font la même taille qu'un entier, les simples précision sont deux fois plus petits. Et ne parlons pas du cas de certaines architectures 16 bits qui supportent quand même les nombres flottants ! Elles sont très rares, mais elles existent. Pour le moment, concentrons-nous sur les processeurs 32 et 64 bits.
En général, les registres flottants font 64 bits (parfois 80, mais je passe cela sous silence), afin de mémoriser des flottants double précision. Et ce, même sur les processeurs 32 bits. La gestion des nombres flottants est en effet apparue sur les architectures 32 bits et elles supportaient les calculs en double précision dès le départ. Et cette différence entre 32 et 64 bits a posé quelques problèmes. Les registres flottants n'avaient pas la même taille que les registres généraux : 32 pour les registres généraux, 64 pour les registres flottants. Mais ce n'était pas un énorme problème.
Le vrai problème est que les lectures/écritures flottantes faisaient des transferts de 64 bits entre les registres flottants et la mémoire RAM. Or, le bus de données de ces processeurs faisait 32 bits, vu que c'était des architectures 32 bits. Lire/écrire un flottant demandait donc de faire deux accès mémoire consécutifs. Par exemple, lire un flottant depuis la RAM demandait de lire deux morceaux de 32 bits, le flottant était chargé en deux fois. Cette différence fait qu'il est préférable d'utiliser des instructions FSTORE/FLOAD séparées des instructions LOAD/STORE. Leur comportement n'est pas le même : LOAD/STORE lisent un seul mot mémoire, FLOAD/FSTORE en lisent deux pour la double précision.
Un autre détail est qu'il existe des instructions FLOAD et FSTORE spécialisées pour les flottants simple précision. Par exemple, une instruction FLOAD en simple précision ne lit que 32 bits en mémoire, puis le flottant est convertit en double précision 64 bits, avant d'être enregistré dans les registres. Pour l'écriture, c'est l'inverse : un flottant double précision est convertit en simple précision 32 bits, avant d'être écrit en mémoire. Le comportement est alors différent : FLOAD/FSTORE ne lisent/écrivent qu'un seul mot mémoire, de 32 bits, mais doivent faire une conversion entre simple et double précision.
Il faut noter que c'est l'inverse sur les processeurs 64 bits. Là, un flottant double précision peut être lu/écrit en un seul accès mémoire, vu que le bus de données fait 64 bits. Par contre, les flottants simples précision sont gérés un peu autrement. Concrètement, l'instruction FLOAD lit un mot de 64 bits, mais n'en garde que la moitié adéquate. L'instruction d'écriture fait elle plus de traail : elle doit lire un mot de 64 bits, en modifier la moitié, et réécrire le tout en mémoire RAM.
Vu qu'il y a des registres flottants séparés, il y aussi des instructions de copie de registre séparées pour les registres flottants. L'instruction XCHG a son équivalent flottant '''FXCHG''', l'instruction MOV a une '''instruction FMOV''' séparées, etc.
De plus, il y a des instructions qui font des transferts entre registres généraux et flottants. Attention, il ne s'agit pas d'instruction MOV qui copient un registre général dans un flottant ou inversement. Elles font plus des conversions entre une valeur entière et une valeur flottante.
==Les instructions de contrôle (branchements et tests)==
Un processeur serait sacrément inflexible s'il ne faisait qu'exécuter des instructions dans l'ordre. Certains processeurs ne savent pas faire autre chose, comme le Harvard Mark I, et il est difficile, voire impossible, de coder certains programmes sur de tels ordinateurs. Mais rassurez-vous : il existe de quoi permettre au processeur de faire des choses plus évoluées. Pour rendre notre ordinateur "plus intelligent", on peut par exemple souhaiter que celui-ci n'exécute une suite d'instructions que si une certaine condition est remplie. Ou faire mieux : on peut demander à notre ordinateur de répéter une suite d'instructions tant qu'une condition bien définie est respectée. Diverses '''structures de contrôle''' de ce type ont donc étés inventées.
Voici les plus utilisées et les plus courantes : ce sont celles qui reviennent de façon récurrente dans un grand nombre de langages de programmation actuels. Concevoir un programme (dans certains langages de programmation), c'est simplement créer une suite d'instructions, et utiliser ces fameuses structures de contrôle pour l'organiser. D'ailleurs, ceux qui savent déjà programmer auront reconnu ces fameuses structures de contrôle. On peut bien sur en inventer d’autres, en spécialisant certaines structures de contrôle à des cas un peu plus particuliers ou en combinant plusieurs de ces structures de contrôles de base, mais cela dépasse le cadre de ce cours : on ne va pas vous apprendre à programmer.
{|class="wikitable"
|-
! Nom de la structure de contrôle
! Description
|-
! SI...ALORS
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée
|-
! SI...ALORS...SINON
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée ou exécute une autre suite d'instructions si elle ne l'est pas.
|-
! Boucle WHILE...DO
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée.
|-
! Boucle DO...WHILE aussi appelée REPEAT UNTIL
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée. La différence, c'est que la boucle DO...WHILE exécute au moins une fois cette suite d'instructions.
|-
! Boucle FOR
| Répète un nombre fixé de fois une suite d'instructions.
|}
Les '''conditions''' à respecter pour qu'une structure de contrôle fasse son office sont généralement très simples.
Elles se calculent le plus souvent en comparant deux opérandes (des adresses, ou des nombres entiers ou à virgule flottante).
Elles correspondent le plus souvent aux comparaisons suivantes :
* A == B (est-ce que A est égal à B ?) ;
* A != B (est-ce que A est différent de B ?) ;
* A > B (est-ce que A est supérieur à B ?) ;
* A < B (est-ce que A est inférieur à B ?) ;
* A >= B (est-ce que A est supérieur ou égal à B ?) ;
* A <= B (est-ce que A est inférieur ou égal à B ?).
Il est également possible de tester si le bit d'un registre ou octet mémoire est à 1 ou 0.
Notamment le registre des indicateurs est testé après une instruction arithmétique (est-ce que le calcul a généré une retenue, ...).
Pour implémenter ces structures de contrôle, on a besoin d'une instruction qui saute en avant ou en arrière dans le programme, suivant le résultat d'une condition. Par exemple, un SI...ALORS zappera une suite d'instruction si une condition n'est pas respectée, ce qui demande de sauter après cette suite d’instruction cas échéant. Répéter une suite d'instruction demande juste de revenir en arrière et de redémarrer l’exécution du programme au début de la suite d'instruction. Nous verrons comment sont implémentées les structures de contrôle plus bas, mais toujours est-il que cela implique de faire des sauts dans le programme. Faire un saut en avant ou en arrière dans le programme est assez simple : il suffit de modifier la valeur stockée dans le ''program counter'', ce qui permet de sauter directement à une instruction et de poursuivre l'exécution à partir de celle-ci. Et un tel saut est réalisé par des instructions spécialisées. Dans ce qui va suivre, nous allons appeler '''instructions de branchement''' les instructions qui sautent à un autre endroit du programme. Ce n'est pas la terminologie la plus adaptée, mais elle conviendra pour les explications.
L'implémentation des structures de contrôle demande donc de calculer une condition, puis de faire un saut. Mais il faut savoir que l'implémentation demande parfois de faire un saut, sans avoir à tester de condition. Dans ce cas, l'instruction qui fait un saut sans faire de test de condition est elle aussi une instruction de branchement. Cela nous amène à faire la différence entre un branchement conditionnel et non-conditionnel. La différence entre les deux est simple. Une instruction de '''branchement conditionnel''' effectue deux opérations : un test qui vérifie si la condition adéquate est respectée, et un saut dans le programme aussi appelé branchement. Une instruction de '''branchement inconditionnelle''' ne teste pas de condition et ne fait qu'un saut dans le programme.
===Les structures de contrôle===
Le IF permet d’exécuter une suite d'instructions si et seulement si une certaine condition est remplie.
[[File:Codage d'un if.. en assembleur.jpg|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS en assembleur.]]
Le IF...ELSE sert à effectuer une suite d'instructions différente selon que la condition est respectée ou non : c'est un SI…ALORS contenant un second cas. Une boucle consiste à répéter une suite d'instructions machine tant qu'une condition est valide (ou fausse).
[[File:Codage d'un IF.ELSE en assembleur.png|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS..SINON en assembleur.]]
Les boucles sont une variante du IF dont le branchement renvoie le processeur sur une instruction précédente. Commençons par la boucle DO…WHILE : la suite d'instructions est exécutée au moins une fois, et est répétée tant qu'une certaine condition est vérifiée. Pour cela, la suite d'instructions à exécuter est placée avant les instructions de test et de branchement, le branchement permettant de répéter la suite d'instructions si la condition est remplie. Si jamais la condition testée est fausse, on passe tout simplement à la suite du programme.
[[File:DO...WHILE.jpg|centre|vignette|upright=2|DO...WHILE.]]
Une boucle WHILE…DO est identique à une boucle DO…WHILE à un détail près : la suite d'instructions de la boucle n'a pas forcément besoin d'être exécutée au moins une fois. On peut donc adapter une boucle DO…WHILE pour en faire une boucle WHILE…DO : il suffit de tester si la boucle doit être exécutée au moins une fois avec un IF, et exécuter une boucle DO…WHILE équivalente si c'est le cas.
[[File:WHILE...DO.png|centre|vignette|upright=2|WHILE...DO.]]
===Les branchements conditionnels et leur implémentation ===
Il existe de nombreuses manières de mettre en œuvre les branchements conditionnels et tous les processeurs ne font pas de la même manière. Sur la plupart des processeurs, les branchements conditionnels sont séparés en deux instructions : une instruction de test qui vérifie si la condition voulue est respectée, et une instruction de saut conditionnelle. D'autres processeurs effectuent le test et le saut en une seule instruction machine.
[[File:Implémentations possibles des branchements conditionnels.png|centre|vignette|upright=3|Implémentations possibles des branchements conditionnels]]
: Plus surprenant, sur quelques rares processeurs, le ''program counter'' est un registre qui peut être modifié comme tous les autres. Cela permet de remplacer les branchements par une simple écriture dans le ''program counter'', avec une instruction MOV. Un bon exemple est le processeur ARM1, un des tout premiers processeur ARM. Cette dernière solution n'est presque jamais utilisée, mais elle reste surprenante !
Dans les faits, la solution la plus simple est clairement d'implémenter le tout avec une seule instruction. Mais beaucoup de processeurs anciens utilisent la première méthode, celle qui sépare le branchement conditionnel en deux instructions. Le branchement prend le résultat de l'instruction de test et décide s'il faut passer à l'instruction suivante ou sauter à une autre adresse. Il faut donc mémoriser le résultat de l'instruction de test dans un registre spécialisé, afin qu'il soit disponible pour l'instruction de branchement. L'usage d'un registre intermédiaire pour mémoriser le résultat de l'instruction de test demande d'ajouter un registre au processeur. De plus, le résultat de l'instruction de test varie grandement suivant le processeur, suivant la manière dont on répartit les responsabilités entre test et branchements.
Il existe, dans les grandes lignes, deux techniques pour séparer test et branchement conditionnel. La première impose une séparation stricte entre calcul de la condition et saut : l'instruction de test calcule la condition, le branchement fait ou non le saut dans le programme suivant le résultat de la condition. On a alors une instruction de test proprement dit, qui vérifie si une condition est valide et fournit un résultat sur 1 bit. Nous appellerons ces dernières des comparaisons, car de telles instruction effectuent réellement une comparaison. La seconde méthode procède autrement, avec un calcul de la condition qui est réalisé en partie par l'instruction de test, en partie par le branchement. Cela peut paraitre surprenant, mais il y a de bonnes raisons à cette séparation peu intuitive. La raison est que l'instruction de test est une soustraction déguisée, qui fournit un résultat de plusieurs bits, qui est ensuite utilisé pour calculer la condition voulue par le branchement. l'instruction de test ne fait pas une comparaison proprement dit, mais leur résultat permet de déterminer le résultat d'une comparaison avec quelques manipulations simples.
====Les instructions de test proprement dit====
Les premières sont réellement des instructions de test, qui effectuent une comparaison et disent si deux nombres sont égaux, différents, lequel est supérieur, inférieur, etc. En clair, elles implémentent directement les comparaisons vues précédemment. Au total, on s'attend à ce que les 6 comparaisons précédentes soient implémentées avec 6 instructions de test différentes : une pour l'égalité, une pour la différence, une autre pour la supériorité stricte, etc. Mais certaines de ces comparaisons sont en deux versions : une qui compare des entiers non-signés, et une autre pour les entiers signés. La raison est que comparer deux nombres entiers ne se fait pas de la même manière selon que les opérandes soient signées ou non. Nous avions vu cela dans le chapitre sur les comparateurs, mais un petit rappel ne fait pas de mal. Pour comparer deux entiers signés, il faut tenir compte de leurs signes, et le circuit utilisé n'est pas le même. Cela a des conséquences au niveau des instructions du processeur, ce qui impose d'avoir des opérations séparées pour les entiers signés et non-signés.
Dans les faits, les processeurs actuels utilisent le complément à deux pour les entiers signés, ce qui fait que les comparaisons d'égalité ou de différence A == B et A != B ne sont présentes qu'en un seul exemplaire. En complément à deux, l'égalité se détermine avec la même règle que pour les entiers non-signés : deux nombres sont égaux s'ils ont la même représentation binaire, ils sont différents sinon. Ce ne serait pas le cas avec les entiers en signe-magnitude ou en complément à un, du fait de la présence de deux zéros : un zéro positif et un zéro négatif. Les circuits de comparaison d'égalité et de différence seraient alors légèrement différents pour les entiers signés ou non. Au total, en complément à deux, on trouve donc 10 comparaisons usuelles, vu que les comparaisons de supériorité/infériorité sont en double.
Le résultat d'une comparaison est un bit, qui dit si la condition testée est vraie ou fausse. Dans la majorité des cas, ce bit vaut 1 si la comparaison est vérifiée, et 0 sinon. Une fois que l'instruction a fait son travail, il reste à stocker son résultat quelque part. Pour cela, le processeur utilise un ou plusieurs '''registres à prédicats''', des registres de 1 bit qui peuvent stocker n'importe quel résultat de comparaison. Une comparaison peut enregistrer son résultat dans n'importe quel registre à prédicats : elle a juste à préciser lequel avec son nom de registre.
Les registres à prédicats sont utiles pour accumuler les résultats de plusieurs comparaisons et les combiner par la suite. Par exemple, cela permet d'émuler une instruction qui teste si A >= B à partir de deux instructions qui calculent respectivement A > B et A == B. Pour cela, certains processeurs incorporent des instructions pour faire des opérations logiques sur les registres à prédicats. Ces opérations permettent de faire un ET, OU, XOR entre deux registres à prédicats et de stocker le résultat dans un registre à prédicat quelconque.
D'autres instructions permettent de lire le résultat d'un registre à prédicat, de calculer une condition, de combiner son résultat avec la valeur lue et d'altérer le registre à prédicat sélectionné. Par exemple, sur l'architecture IA-64, il existe une instruction cmp.eq.or, qui calcule une condition, lit un registre à prédicat fait un OU logique entre le registre lu et le résultat de la condition, et enregistre le tout dans un autre registre à prédicat. De telles instructions facilitent grandement le codage de certaines fonctions, qui demandent que plusieurs conditions soient vérifiées pour exécuter un morceau de code.
====Les instructions de test qui sont des soustractions déguisées====
Le second type d'instruction de test ne calcule pas ces conditions directement, mais elle fournit un résultat de quelques bits qui permet de les calculer avec quelques manipulations simples. Sur ces processeurs, il n'y a qu'une seule instruction de comparaison, qui est une soustraction déguisée. Le résultat de la soustraction n'est pas sauvegardé dans un registre et est simplement perdu. C'est le cas sur certains processeurs ARM ou sur les processeurs x86. Par exemple, un processeur x86 possède une instruction CMP qui n'est qu'une soustraction déguisée dans un opcode différent.
Le résultat de cette soustraction déguisée est un résultat portant sur 4 bits, qui donne des informations sur le résultat de la soustraction. Le premier bit, appelé bit ''null'', indique si le résultat est nul ou non. Le second bit indique le signe du résultat, s'il est positif ou négatif. Enfin, deux autres bits précisent si la soustraction a donné lieu à un débordement d'entier. Il y a deux bits, car on vérifie deux types de débordement : un débordement non-signé (une retenue sortante de l'additionneur), et le débordement signé (débordement en complément à deux). Pour mémoriser le résultat d'une soustraction déguisée, le processeur incorpore un '''registre d'état'''. Le registre d'état stocke des bits qui ont chacun une signification prédéterminée lors de la conception du processeur et il sert à beaucoup de choses. Dans le cas qui nous intéresse, le registre d'état mémorise les résultats de l'instruction de test : les deux bit de débordement, le bit qui précise que le résultat d'une instruction vaut zéro, le bit de retenue pour le bit de signe.
La condition en elle-même est réalisée par le branchement. L'instruction de branchement fait donc deux choses : calculer la condition à partir du registre d'état, et effectuer le saut si la condition est valide. Le calcul des conditions se fait à partir des 4 bits de résultat. Le bit ''null'' permet de savoir si les deux opérandes sont égales ou non : si le résultat d'une soustraction est nul, cela implique que les deux opérandes sont égales. Le bit de signe permet de déterminer si le première opérande est supérieur ou inférieure à la seconde : le résultat de la soustraction est positif si A >= B, négatif sinon. Les bits de débordements permettent de faire la différence entre infériorité stricte ou non. Tout cela sera expliqué plus en détail dans le paragraphe suivant.
[[File:Branchements et tests avec un registre d'état.png|centre|vignette|upright=1.5|Branchements et tests avec un registre d'état]]
La conséquence est qu'il y a autant d'instructions de branchements que de conditions possibles. Aussi, on a une instruction de test, mais environ une dizaine d'instructions de branchements. C'est l'inverse de ce qu'on a avec des instructions de test proprement dites, où on a autant d'instructions de test que de conditions, mais un seul branchement. Un bon exemple est celui des processeurs x86. Le registre d'état des CPU x86 contient 5 bits appelés OF, SF, ZF, CF et PF : ZF indique que le résultat de la soustraction vaut 0, SF indique son signe, CF est le bit de retenue et de débordement non-signé, OF le bit de débordement signé, et PF le bit qui donne la parité du résultat. Il existe plusieurs branchements, certains testant un seul bit du registre d'état, et d'autres une combinaison de plusieurs bits.
{|class="wikitable"
|-
! Instruction de branchement
! Bit du registre d'état testé
! Condition testée si on compare deux nombres A et B avec une instruction de test
|-
! JS (Jump if Sign)
| SF = 1
| Le résultat est négatif
|-
! JNS (Jump if not Sign)
| SF = 0
| Le résultat est positif
|-
! JO (Jump if Overflow)
| OF = 1
| Le calcul arithmétique précédent a généré un débordement signé
|-
! JNO (Jump if Not Overflow)
| OF = 0
| Le calcul arithmétique précédent n'a pas généré de débordement signé
|-
! JNE (Jump if Not equal)
| ZF = 1
| Les deux nombres A et B sont égaux
|-
! JE (Jump if Equal)
| ZF = 0
| Les deux nombres A et B sont différents
|-
! JB (Jump if below)
| CF = 1
| A < B, avec A et B non-signés
|-
! JAE (Jump if Above or Equal)
| CF = 0
| A >= B, avec A et B non-signés
|-
! (JBE) Jump if below or equal
| CF OU ZF = 1
| A >= B si A et B sont non-signés
|-
! JA (Jump if above)
| CF ET ZF = 0
| A > B si A et B sont non-signés
|-
! JL (Jump if less)
| SF != OF
| si A < B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater or Equal)
| SF = OF
| si A >= B, si A et B sont signés
|-
! JLE (Jump if less or equal)
| (SF != OF) OU ZF = 1
| si A <= B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater)
| (SF = OF) ET (NOT ZF) = 1
| si A > B, si A et B sont signés
|}
===Les instructions à prédicat===
Les '''instructions à prédicat''' sont des instructions qui ne font quelque chose que si une condition est respectée, et se comportent comme un NOP (une instruction qui ne fait rien) sinon. Elles lisent le résultat d'une comparaison, dans le registre d'état ou un registre à prédicat, et s’exécutent ou non suivant sa valeur.
En général, les instructions à prédicats sont des instructions en plus des instructions normales, pas à prédicat. L'instruction à prédicat la plus représentative, présente sur de nombreux processeurs, est l'instruction CMOV, qui copie un registre dans un autre si une condition est remplie. Elle permet de faire certaines opérations assez simples, comme calculer la valeur absolue d'un nombre, le maximum de deux nombres, etc.
Pour gérer les instructions à prédicat, les instructions de test s'adaptent sur plusieurs points. Le premier est que les instructions de test préfèrent utiliser des registres à prédicats, au lieu d'un registre d'état. Une des raisons à cela est la suivante : avec des registres à prédicats, on peut ajouter des instructions pour faire un ET/OU/XOR entre registres à prédicats, ce qui permet de tester des combinaisons de conditions sans faire appel au moindre branchement. Et ces conditions complexes ne sont pas rares, ce qui rend l'usage de registres à prédicats très utiles avec les instructions à prédicats.
Une autre adaptation est que les instructions de test tendent à fournir deux résultats : le résultat de la condition, et le résultat de la condition inverse. Ils sont fournis dans deux registres à prédicats distincts. Faire ainsi facilite grandement l'implémentation des structures de contrôle SI...ALORS simples. Pour rappel, elles ont deux morceaux de code : un qui s’exécute si une condition est remplie, l'autre si la condition inverse est remplie. Avec ce système, les instructions du premier et du second morceau de code testerons deux bits distincts.
L'usage d'instructions à prédicat séparées des autres instructions porte le nom de '''prédication partielle'''. C'est de loin l'implémentation la plus courante. Mais sur certains processeurs, assez rares, toutes les instructions sont des instructions à prédicat : on parle de '''prédication totale'''. Les anciens processeurs ARM 32 bits étaient dans ce cas, par exemple.
Cela peut paraitre étrange, vu que certaines instructions ne sont pas dans une structure de contrôle et doivent toujours s’exécuter, peu importe les conditions testées avant. Mais rassurez-vous, sur les processeurs à prédication totale, il y a toujours un moyen pour spécifier que certaines instructions doivent toujours s’exécuter, de manière inconditionnelle. Par exemple, sur les processeurs d'architecture HP IA-64, un des registre à prédicat, le tout premier, contient la valeur 1 et ne peut pas être modifié. Si on veut une instruction inconditionnelle, il suffit qu'elle précise que le registre à prédicat à lire est ce registre.
: Les processeurs avec un registre d'état n'ont généralement que de la prédication partielle, le plus souvent limitée à une seule instruction CMOV. Alors que qui dit prédication totale dit systématiquement registres à prédicats.
Les processeurs ARM disposent d'une prédication totale, du moins pour le jeu d'instruction ARM 32 bits. Mais il supportent une second jeu d’instruction optionnel, le ''thumb'', qui est plus compact. Au lieu d'encoder ses instructions sur 32-64 bits, ses instructions font seulement 16 bits. Et pour compacter ce jeu d'instruction, la prédication totale a été supprimée. À la place, ''thumb'' incorpore une '''instruction IT''', qui active l’exécution conditionnelle des instructions suivantes.
L'instruction teste une condition et calcule un prédicat, qui est ensuite utilisé pour décider de l'exécution des instructions suivantes. L'exécution conditionnelle marche jusqu'à 4 instructions consécutives. Le nombre exact est configurable et va de 1 à 4 instructions consécutives après l'instruction IT. La condition est configurable pour les 1 à 4 instructions : chaque instruction peut s'exécuter si la condition est vraie, ou au contraire fausse. Un masque de 4 bits décide de quelle condition utiliser pour chaque instruction. Il y a un bit par instruction, qui vaut 1 si la condition doit être vérifiée, 0 si on veut la condition inverse.
===L'instruction SKIP===
L''''instruction SKIP''' permet de zapper l'instruction suivante si une condition testée est fausse. Il en existe deux versions. La première est fusionnée avec l'instruction de test. La condition est calculée par l'instruction SKIP, qui décide s'il faut sauter l'instruction suivante. Dans un autre cas, l'instruction SKIP est précédée d'une instruction de test, récupère son résultat dans un registre de prédicat ou dans le registre d'état, et effectue le saut. On peut la voir comme une forme particulière de branchement conditionnel, qui brancherait deux instructions plus loin.
Son utilité n'est pas évidente, mais on peut classer ses utilisations en trois catégories. La première permet d'émuler une instruction de branchement conditionnel en combinant une instruction SKIP avec un branchement inconditionnel. Le branchement inconditionnel est skippé si la condition est remplie/fausse, mais éxecuté dans le cas contraire : c'est le comportement d'un branchement conditionnel. Une autre utilisation permet d'émuler une instruction à prédicat en faisant précéder une instruction normale par une instruction SKIP. Enfin, elles servent à implémenter des structures de controle IF à condition que le code du IF se résume à une vulgaire instruction. C'est assez rare, mais certains calculs comme la valeur absolue ou le calcul du minimum peuvent se calculer ainsi.
[[File:Skip instruction.png|centre|vignette|upright=3|Skip instruction]]
Vous pourriez imaginer des versions améliorées de l'instruction, qui permettent de zapper plusieurs instructions, mais de telles instructions ne sont autres que des instructions de branchement conditionnelles spécifiques, comme nous le verrons dans le chapitre sur les modes d'adressage.
==Les méta-instructions REPEAT et EXECUTE==
Enfin, il faut aussi citer les '''méta-instructions''', des instructions qui agissent sur l’exécution d'autres instructions. Il en existe deux : REPEAT et EXECUTE. Elles servent techniquement à manipuler le flot de contrôle d'un programme, et ont quelques ressemblances avec les branchements ou les boucles. Elles sont extrêmement rares et on ne les trouve que sur des anciens processeurs (généralement micro-codés), ou sur certaines processeurs spécialisés dans le traitement de signal appelés des DSP, qui feront l'objet d'un chapitre à eux seuls.
===L’instruction REPEAT et le ''Zero-overhead looping''===
La première est la '''méta-instruction REPEAT''', qui permet de simplifier l'implémentation des boucles. Dans sa version la plus simple, elle fait en sorte que l'instruction qui la suit soit répétée plusieurs fois. Le nombre de répétition est soit un nombre fixe, toujours le même, soit l'instruction se répète tant qu'une condition n'est pas remplie. Les deux situations ne se rencontrent pas sur les mêmes processeurs. Par exemple, l'UNIVAC 1103 possède une instruction REPEAT très simple, qui répète l'instruction cible un nombre fixe de fois, mais ne gère pas les conditions.
Le GE-600/Honeywell 6000 series incorpore trois instructions REPEAT de ce type. La première répète l'instruction suivante soit un nombre fixe de fois, soit quand une condition est remplie. La seconde répète les deux instructions suivantes, l'une après l'autre. Enfin, la dernière répète l'instruction suivante jusqu'à : soit qu'une condition soit remplie, soit qu'une adresse bien précise soit atteinte. Elle servait sans doute à implémenter le parcours d'une liste chainée pour trouver un item bien précis.
Une version améliorée de l'instruction REPEAT permet de répéter un bloc de plusieurs instructions, ce qui permet d'implémenter une boucle en une seule instruction. Elles sont fréquentes sur certains processeurs de traitement de signal, qui doivent exécuter en permanence de petites boucles. Typiquement, elles permettent d'implémenter des boucles FOR dont le nombre d’exécution est fixe. La répétition de la boucle est contrôlée par un registre de boucle, qui mémorise le nombre de répétitions, et qui est décrémenté à chaque itération, sans avoir à utiliser d'instruction d'incrémentation/décrémentation.
Une variante précise deux adresses, qui délimitent les instructions de la boucle : une adresse pour le début de la boucle, une adresse pour la fin. L'implémentation hardware est alors assez simple : quand le ''program counter'' atteint l'adresse de fin, il est réinitialisé à l'adresse de début. La gestion du ''program counter'' se fait alors sans utiliser d'instructions de branchement. les deux registres sont initialisés avec une isntruction LOPP, spécialement dédiée pour cela.
Les deux techniques précédentes permettent d'implémenter des boucles sans utiliser de branchements, ou presque. Elles rendent l'exécution des boucles tellement rapides qu'elles portent le nom de '''''Zero-overhead looping'''''.
: Les instructions REP mentionnées plus haut, ne sont PAS des exemples d'instruction REPEAT. Le préfixe REP des processeurs x86 est une instruction qui se répète elle-même. Mais l'instruction REPEAT force la répétition de l'instruction suivante ! Elle agit sur une autre instruction, d'où son caractère de méta-instruction.
===L'instruction EXECUTE===
La '''méta-instruction EXECUTE''' fournit l'adresse d'une instruction cible, qui est exécutée en lieu et place de l'instruction EXECUTE. Quand le processeur exécute l'instruction EXECUTE, il prend l'adresse cible, charge l'instruction dans l'adresse cible, et l’exécute à la place de l'instruction EXECUTE. Il est possible de comprendre l'instruction EXECUTE comme un branchement spécial. Tout se passe comme si l'instruction EXECUTE effectuait un branchement vers l'instruction cible, mais que le processeur ne poursuivait pas l’exécution à la suite de l’instruction cible, et revenait à la suite de l'instruction cible.
Il y a souvent des contraintes sur l'instruction cible, qui est pointée par l'adresse cible. Généralement, il n'est pas possible que l'instruction cible soit elle-même une autre instruction EXECUTE. De même, beaucoup de processeurs interdisent que l’instruction cible soit un branchement. Mais d'autres processeurs n'ont pas ces contraintes et autorisent à utiliser des branchements pour l'instruction cible.
L'utilité d'une telle instruction est tout sauf évidente. Elle servait pourtant à beaucoup de choses sur les processeurs où elle était implémentée. Précisons qu'elle était surtout présente sur des vieux ordinateurs, dans les années 50-60, et quelques processeurs des années 70. Elle a disparu dès les années 80 et n'est présentée que par souci d'exhaustivité et intérêt historique pour les curieux. Cette précision permet de comprendre que cette instruction servait pour résoudre des problèmes qui sont actuellement résolus autrement.
L'adresse cible peut être soit intégrée dans l'instruction, soit dans un registre. Dans le second cas, l'adresse peut être incrémentée ou modifiée afin que l'instruction EXECUTE change de cible à chaque exécution. Tout se passe comme si le registre contenant l'adresse cible servait à émuler un ''program counter''. En mettant une instruction EXECUTE dans une boucle et en complétant le tout avec du code annexe, on peut exécuter du code extérieur sans modifier le véritable ''program counter''. L'utilité est de faciliter l'implémentation des logiciels debuggers, des émulateurs, ou d'autres programmes dans le même genre.
Les autres utilisations sont assez nombreuses, mais aussi difficiles à expliquer pour qui n'a pas de connaissances poussées en programmation. La première utilité est l'implémentation de certaines fonctionnalités des langages de programmation évolués, à savoir le ''late binding'', les fonctions virtuelles, et quelques autres. Elle facilite aussi l'implémentation des compilateurs à la volée, en permettant d’exécuter du code produit à volée sans faire tiquer les mécanismes de protection mémoire implémentés dans le processeur. Elle permet d'émuler du code automodifiant pour les logiciels qui gagnaient autrefois à l'utiliser. Et il y en a d'autres.
==Les instructions d'arrêt et de mise en veille==
Les processeurs gèrent souvent des '''instructions de mise en veille''' le processeur. Une fois mis en veille, le processeur ne peut être réveillé que si un signal de sortie de veille survient. Les signaux de sortie de veille sont envoyés par les périphériques, les entrées-sorties, le ''chipset'' de la carte mère, etc. Ils sont rarement mis totalement en veille, ce qui leur permet de générer ce signal de sortie si nécessaire. Le processeur attend alors qu'un périphérique lui envoie un signal de sortie de veille, mais ne fait rien en attendant. De telles instructions ne sont exécutables qu'en mode noyau, par le système d'exploitation.
: Le signal de sortie de veille est techniquement une interruption matérielle, comme on le verra plus tard.
Il existe aussi des '''instructions d'arrêt''', qui éteignent le processeur complétement. Le processeur peut redémarrer, mais pas reprendre là où il en était. Pour redémarrer, il faut qu'il reçoive un signal RESET, envoyé sur une entrée du processeur. Lorsque l'entrée RESET du processeur est mise à 1, le processeur redémarre. Typiquement, l'alimentation du processeur est suspendue.
===Les exemples sur les processeurs les plus connus===
Sur les processeurs ARM, les instructions WFI et WFE sont utiles pour les systèmes embarqués, pour mettre le processeur en mode basse consommation. Lorsqu'une instruction de ce type est exécutée, le processeur continue d'être alimenté, mais il ne tient pas compte du signal d'horloge. Le signal d'horloge est clock gaté dès l'entrée dans le CPU. La différence entre les deux instructions est que WFI s'exécute inconditionnellement, alors que WFE ne s’exécute que un registre spécifique, le registre d'évènement, est à 0.
Sur les processeurs Motorola 6502 et ses dérivés, l'instruction WAI est une instruction de mise en veille, alors que l'instruction STP éteint l'ordinateur. La différence est qu'avec l'instruction STP, le processeur ne réagit qu'au signal RESET, qui fait redémarrer le processeur, mais ne réagit pas aux signaux de sortie de veille. L'exécution du processeur ne reprend alors pas là où le processeur s'est arrêté, le ''program counter'' est réinitialisé.
Sur les CPU x86 avant le 486, l'instruction HLT ne mettait pas le processeur en mode basse consommation. Aucune technique n'était prévue pour réduire la consommation du processeur pendant la veille. Le 8086 se contentait de se déconnecter du bus et n'incrémentait pas son ''program counter''. Au passage, l'implémentation exacte au niveau des circuits de l'instruction HLT sur le 8086 est détaillée dans cet article de blog :
* [https://www.righto.com/2023/01/reverse-engineering-intel-8086.html Reverse-engineering the Intel 8086 processor's HALT circuits]
C'est avec le 486 que la mise en veille s'est accompagnée d'une extinction partielle du processeur. Le processeur passait en mode basse consommation, ce qui permettait des économies d'énergie de 5 à 10%. Cependant, les premiers CPU sortis d'usine avaient un bug : le CPU stoppé via l'instruction HLT ne pouvait pas redémarrer de manière logicielle, il fallait lui envoyer le signal de RESET directement via le matériel.
{|class="wikitable"
|-
! x86
| HLT (HALT)
|-
! ARM
|
* WFI (Wait For Interrupt)
* WFE (Wait For Event).
|-
! Motorola 6502 et plus
|
* WAI (WAit for Interrupt)
* STP (SToP)
|}
===Les instructions ''Halt And Catch Fire''===
Le bug n'est pas spécifique aux processeurs 486, de nombreux CPU ont des instructions non-documentées qui bloquent l'ordinateur, si exécutées. Le processeur ne peut alors pas sortir de la mise en veille et soit s'arrête, soit doit être RESET. Les instructions ne sont souvent pas voulues par les concepteurs et sont souvent des bugs. De telles instructions illégales devraient lever une exception matérielle "instruction non reconnue", mais ne le font pas en raison d'un bug quelconque. Elles sont appelées, non sans humour, des '''instructions ''Halt And Catch Fire''''' (stoppe et prend feu).
Un exemple classique est celle du bug du Pentium F00F. Le responsable est une instruction non-documentée, encodée en binaire comme suit F0 0F C7 C8. Il s'agit d'une instruction dont l'encodage est invalide. Elle correspond à une instruction cmpxchg8b qui agit sur une valeur 64 bits obtenue en concaténant les deux registres (EAX et EDX). Elle compare cette valeur 64 bits avec une donnée en mémoire RAM. Mais avec l'encodage F0 0F C7 C8, l'adresse mémoire est remplacée par un nom de registre, du fait de l'encodage des modes d'adressage sur ce CPU. En théorie, le processeur devrait lever une exception matérielle ''opcode invalide''. Seulement, l'instruction est associée à un préfixe LOCK, qu'on ne détaillera pas ici, qui empêche la levée de l'exception.
Elle agissait comme une instruction ''Halt And Catch Fire'' classique. Un problème est que cette instruction n'était pas une instruction en mode noyau, mais une instruction accessible en espace utilisateur. N'importe quel programme invalide, voire un programme malicieux, pouvait bloquer l'ordinateur. La situation a été prise an sérieux, les systèmes d'exploitation fournissant des mitigations logicielles. Intel corrigea le problème, dans une seconde fournée sortie d'usine, avec la version B2 du 486.
==Résumé==
Pour résumer, les instructions les plus courantes sont les suivantes :
{|class="wikitable"
|-
!Instruction
!Utilité
|-
!Instructions arithmétiques
|Elles font des calculs sur des nombres. Les plus communes sont l'addition, la soustraction, la multiplication, la division, le modulo. Pour les instructions flottantes, la racine carrée est souvent supportée, parfois avec les opérations trigonométriques, les logarithmes et l'exponentielle.
|-
!Instructions logiques
|Elles travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les plus communes sont ;
* Les opérations bit à bit, à savoir le ET logique, le OU logique, le OU exclusif (XOR) et le NON logique.
* Les instructions de décalage à droite et à gauche, qui vont décaler tous les bits d'un nombre d'un cran vers la gauche ou la droite. Les bits qui sortent du nombre sont considérés comme perdus.
* Les instructions de rotation, qui font la même chose que les instructions de décalage, à la différence près que les bits qui "sortent d'un côté du nombre" après le décalage rentrent de l'autre.
|-
!Instructions de test et de contrôle (branchements)
|Elles permettent de contrôler la façon dont notre programme s’exécute sur notre ordinateur. Elles permettent notamment de choisir la prochaine instruction à exécuter, histoire de répéter des suites d'instructions, de ne pas exécuter des blocs d'instructions dans certains cas, et bien d'autres choses.
|-
!Instructions d’accès mémoire
|Elles permettent d'échanger des données entre le processeur et la mémoire, ou encore permettent de gérer la mémoire et son adressage. Les deux les plus courantes sont les suivantes :
* LOAD : charge une donnée dans un registre ;
* STORE : copie le contenu d'un registre dans une adresse mémoire.
|}
En plus de ces instructions, beaucoup de processeurs ajoutent d'autres instructions. La plupart sont utilisées par le système d'exploitation pour configurer certaines fonctionnalités importante : la protection mémoire, la mémoire virtuelle, les modes de compatibilité du processeur, la gestion de l'alimentation, l'arrêt ou la mise en veille, etc.
On peut aussi trouver des instructions spécialisées dans les calculs cryptographiques : certaines instructions permettent de chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe. De même, certains processeurs ont une instruction permettant de générer des nombres aléatoires. Et on peut trouver bien d'autres exemples...
Mais d'autres sont franchement exotiques. Par exemple, certains processeurs sont capables d'effectuer des instructions sur du texte directement. Pour stocker du texte, la technique la plus simple utilise une suite de lettres, stockées les unes à la suite des autres dans la mémoire, dans l'ordre dans lesquelles elles sont placées dans le texte. Quelques ordinateurs disposent d'instructions pour traiter ces suites de lettres. D'ailleurs, n'importe quel PC x86 actuel dispose de telles instructions, bien qu'elles ne soient pas utilisées car paradoxalement trop lente comparé aux solutions logicielles ! Cela peut paraître surprenant, mais il y a une explication assez simple qui sera compréhensible dans quelques chapitres (les instructions en question sont microcodées).
<noinclude>
{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les mémoires FIFO et LIFO
| prevText=Les mémoires FIFO et LIFO
| next=Les registres du processeur
| nextText=Les registres du processeur
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2026-09-28T16:42:10Z
Mewtow
31375
/* Les instructions d'accès à la RAM : LOAD et STORE */
773466
wikitext
text/x-wiki
Ce chapitre va aborder le langage machine, à savoir un standard qui définit les instructions du processeur, le nombre de registres, etc.
Dans ce chapitre, on considérera que le processeur est une boîte noire au fonctionnement interne inconnu.
Nous verrons le fonctionnement interne d'un processeur dans quelques chapitres.
Les concepts que nous allons aborder ne sont rien d'autre que les bases nécessaires pour apprendre l'assembleur.
Nous allons surtout parler des instructions du processeur.
Pour simplifier, on peut classer les instructions en quatre grands types :
* les échanges de données entre mémoires ;
* les calculs et autres opérations arithmétiques ;
* les instructions de comparaison ;
* les instructions de branchement.
À côté de ceux-ci, on peut trouver d'autres types d'instructions plus exotiques, pour gérer du texte, pour modifier la consommation en électricité de l'ordinateur, pour chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe, générer des nombres aléatoires, etc. Dans ce chapitre, nous allons voir un aperçu assez large des instructions qui existent. Nous n'allons pas nous limiter aux instructions les plus importantes, mais nous allons aussi parler d'instructions assez exotiques, soit présentes uniquement sur d'anciens ordinateurs, soit très rares, soit franchement tordues. Et certaines de ces instructions exotiques sont assez impressionnantes et risquent de vous surprendre !
==Les instructions entières==
Les '''instructions arithmétiques''' sont les plus courantes et comprennent au minimum l'addition, la soustraction, la multiplication, plus rarement la division. Précisons qu'une opération mathématique ne se fait pas de la même manière suivant la représentation utilisée pour coder ces nombres : on ne manipule pas de la même façon des nombres entiers binaires, des entiers codés en BCD et des nombres flottants. Aussi, dans ce qui va suivre, nous allons séparer les opérations entières, les opérations flottantes et les opérations en BCD.
Les processeurs modernes utilisent des nombres encodés soit en binaire normal, soit en complément à deux. L'avantage est que les opérations arithmétiques se font de la même manière dans les deux encodages. Il y a quelques différences, mais elles sont suffisamment mineures, pas besoin d'avoir une instruction dédiée pour les nombres signés. Les anciens processeurs utilisaient eux des entiers signés en signe-magnitude ou en complément à 1, ou d'autres représentations. Et avec ces représentations, les calculs ne sont pas exactement les mêmes pour les nombres signés et non-signés. Ils avaient donc des instructions séparées pour l'addition signée et l'addition non-signée, idem pour la soustraction, la multiplication, etc.
De nos jours, les ordinateurs utilisent des entiers de taille fixe, qui tiennent dans un registre. J'ai dit qui tiennent dans un registre, car la taille des données à manipuler peut dépendre de l'instruction. Ainsi, un processeur peut avoir des instructions pour traiter des nombres entiers de 8 bits, et d'autres instructions pour traiter des nombres entiers de 32 bits, par exemple. Mais la taille d'une opérande ne dépasse pas la taille d'un registre entier.
===La ou les instructions d'addition entière===
Un processeur implémente au minimum une opération d'addition, même s'il existe de rares exemples de processeurs qui s'en passent. Mieux : certains processeurs implémentent plusieurs instructions d'addition, qui se distinguent par de subtiles différences.
La première différence est la gestion des débordements d'entier. Pour gérer les débordements d'entier, certains processeurs disposent d'un '''registre de débordement''', de 1 bit, qui indique si une instruction arithmétique a généré un débordement d'entier ou non. Il est mis à 1 en cas de débordement, mais reste à 0 sinon. Il est mis à jour à chaque addition/multiplication/soustraction.
Pour rappel, les débordements d'entiers sont différents selon que l'addition est signée ou non, et il faut en tenir compte au niveau du jeu d'instruction. La solution la plus simple est l'existence de deux instructions dédiées : une pour les additions de nombres signés et une autre pour les nombres non-signés. Le circuit additionneur est le même pour ces deux instruction, mais le calcul du bit de débordement est différent. D'autres processeurs s'en sortent autrement, en ayant deux bits de débordement : un si le résultat est signé, l'autre pour les résultats non-signés. Mais nous reparlerons de cela plus tard.
Une autre différence, présente sur les vieux processeurs, tient dans la gestion de la retenue. À l'époque, les processeurs ne pouvaient gérer que des nombres de 4 à 8 bits, guère plus. Pourtant, la plupart des applications logicielles demandait d'utiliser des entiers de 16 bits. Les opérations comme l'addition ou la soustraction étaient alors réalisées en plusieurs fois. Par exemple, on additionnait les 8 bits de poids faible, puis les 8 bits de poids fort. Dans un cas pareil, il fallait aussi gérer la retenue dans l'addition des 8 bits de poids fort.
Pour cela, la retenue en question était mémorisée dans un registre de 1 bit dédié, semblable au registre de débordement, appelé le '''bit de retenue'''. De plus, les processeurs incorporaient une instruction d'addition qui additionnait les deux opérandes avec la retenue en question, instruction souvent appelée ADDC (''ADD with Carry''). Niveau circuits, cela ne changeait pas grand chose, tous les additionneurs ayant une entrée pour la retenue (qui est utilisée pour implémenter la soustraction, rappelez-vous). L'implémentation de l'instruction ADDC était très simple, n'utilisait presque pas de circuits, et rendait de fiers services aux programmeurs de l'époque. Nous parlons là des vieux processeurs 4 et 8, mais certains processeurs 16, 32, voire 64 bits, sont capables d'effectuer ce genre d'opération, même si ils sont rares.
: Il existe parfois des instructions pour mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. C'est le cas sur l'architecture x86. Mais son utilité est marginale, car toutes les instructions arithmétiques modifient le bit de retenue.
La même chose a lieu pour la soustraction, qui demande qu'une "retenue" soit propagée d'une colonne à l'autre (bien que la "retenue" soit utilisée différemment : elle n'est pas additionnée, mais soustraite du résultat de la colonne). Pour cela, les processeurs implémentent l'opération SUBC (''Substract with Carry''). Et pour mettre en œuvre cette opération, ils ont deux options. La première est d'ajouter un bit pour la "retenue" de la soustraction. Pour une soustraction qui calcule a-b, elle vaut 0 si a>=b et 1 si a<b. Elle est utilisée telle qu'elle par le circuit qui effectue la soustraction, généralement un soustracteur. L'autre option est d'utiliser le but de retenue de l'addition, sans rien modifier. Pour comprendre pourquoi, rappelons que la soustraction est implémentée en complément à deux par le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + 1</math>
Il s'agit d'une addition, qui a donc une retenue lors d'un débordement. On peut alors réutiliser le bit de retenue de l'addition pour la soustraction, en modifiant quelque peu la soustraction à effectuer. Pour comprendre comment faire la modification, précisons tout d'abord que les règles du complément à deux nous disent qu'on a un débordement quand a>=b. Passons maintenant à l'étude d'un exemple théorique : le cas où on veut soustraire deux nombres de 16 bits avec deux opérations SUBC qui travaillent sur 8 bits. Appelons les deux opérandes A et B, <math>a_h</math> et <math>b_h</math> les 8 bits de poids forts de ces opérandes, et <math>a_l</math> et <math>b_l</math> leurs 8 bits de poids faible. Voyons ce qui se passe suivant que la retenue soit de 0 ou 1.
* Si la retenue de l'addition est de 1, on a <math>a_l \geq b_l</math>, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>.
* À l'inverse, si la retenue de l'addition est de 0, on a <math>a_l \leq b_l</math>. Cela veut dire que si on posait la soustraction, alors une retenue devrait être propagée à la colonne suivante, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1 - \text{retenue de 1}</math>.
Récapitulons dans un tableau.
{|class="wikitable"
|-
! Retenue
! Opération à effectuer pour la seconde soustraction
|-
! 0
| <math>a_h + \overline{b_h} + 0</math>
|-
! 1
| <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>
|}
On voit que ce qu'il faut ajouter à <math>a_h + \overline{b_h}</math> est égal à la retenue. L'opération SUBC fait donc le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + \text{retenue}</math>
La plupart des processeurs 8 et 16 bits avaient deux instructions de soustraction séparées : une sans gestion de la retenue, une avec. Mais certains processeurs comme le 6502 n'avaient qu'une seule instruction de soustraction : celle qui tient compte de la retenue ! Il n'y avait pas de soustraction normale. Pour éviter tout problème, les programmeurs devaient faire attention. Ils disposaient d'une instruction mettre à 0 ou à 1 le bit de retenue pour éviter tout problème, qu'ils utilisaient avant toute soustraction simple.
===Les instructions de division entière===
Il faut savoir que la division est une opération très lourde pour le processeur : une instruction de division dédiée met au mieux une dizaine de cycles d'horloge pour fournir un résultat, parfois plus de 50 à 70 cycles d’horloge. Et elle est facilement 10 à 50 fois plus lente qu'une opération de multiplication. De plus, son implémentation matérielle utilise beaucoup de portes logiques/transistors. Son cout globalement le même que pour un circuit multiplieur, parfois un peu plus. Mais on a de la chance : c'est aussi une opération assez rare, peu utilisée.
De plus, les divisions les plus courantes sont des divisions par une constante : un programme devant manipuler des nombres décimaux aura tendance à effectuer des divisions par 10, un programme manipulant des durées pourra faire des divisions par 60 (gestion des minutes/secondes) ou 24 (gestion des heures). Or, diverses astuces permettent de les remplacer par des suites d'instructions plus simples, qui donnent le même résultat (l'usage de décalages, la multiplication par un entier réciproque, etc). Et la suite d'instruction équivalent est beaucoup plus rapide qu'une implémentation matérielle, car on profite qu'une opérande est constante. En-dehors de ce cas, l'usage des divisions est assez rare.
Sachant cela, certains processeurs ne possèdent pas d'instruction de division, car les gains de performance seraient modérés et le coût en transistors élevé. Les divisions sont alors émulées en logiciel, par une suite de soustractions ou tout autre code équivalent. D'autres processeurs implémentent toutefois la division dans une instruction machine, avec un circuit dédié, mais c'est signe que le coût en transistors n'est pas un problème pour le concepteur de la puce.
===Les instructions de multiplication entière===
Contrairement à la division, l'opération de multiplication entière est très courante, presque tous les processeurs modernes en ont une. Les multiplications sont plus fréquentes dans le code des programmes, sans compter que c'est une opération pas trop lourde à implémenter en circuit. Il en existe parfois plusieurs versions sur un même processeur. Ces différentes versions servent à résoudre un problème quant à la taille du résultat d'une multiplication. En effet, la multiplication de deux opérandes de <math>n</math> bits donne un résultat de <math>n \times 2</math>, ce qui ne tient donc pas dans un registre. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions.
Dans sa version la plus simple, l'instruction de multiplication se contente de garder les <math>n</math> bits de poids faible, ce qui peut entraîner l'apparition de débordements d'entiers.
Une autre solution est de calculer soit les bits de poids fort, soit les bits de poids faible, le choix étant laissé au programmeur. Des processeurs disposent de deux instructions de multiplication : une instruction pour calculer les bits de poids fort du résultat et une autre pour les bits de poids faible. Certains processeurs disposent d'une instruction de multiplication configurable, qui permet de choisir quels bits conserver : poids fort ou poids faible.
Une autre version mémorise le résultat dans deux registres : un pour les bits de poids faible et un autre pour les bits de poids fort. Il faut noter que certains processeurs disposent de registres spécialisés pour cela. Par spécialisés, on veut dire qu'ils sont séparés des autres registres. Les autres registres, appelés les registres généraux, mémorisent n'importe quelle opérande entière et sont utilisables pour toutes les opérations. Mais la multiplication mémorise son résultat dans deux registres à part, qu'on nommera HO et LO. Seule l'instruction de multiplication peut écrire un résultat dans ces deux registres, avec HO pour les bits de poids fort, et LO pour les bits de poids faibles. Par contre, n'importe quelle instruction peut les lire, pour récupérer une opérande dans ces deux registres.
==Les instructions sur les entiers BCD==
Parlons maintenant des '''instructions BCD''', qui agissent sur des opérandes codées en BCD. Devenues très rares avec la disparition du BCD dans l'informatique grand-public, elles étaient quasiment essentielles sur les tous premiers processeurs 8 bits.
===Les ordinateurs décimaux===
Au tout début de l'informatique, il a existé des processeurs qui travaillaient uniquement en BCD, appelés des '''processeurs décimaux'''. Ils avaient uniquement des instructions BCD, pas d'instruction sur des opérandes codées en binaire. Ils étaient assez courants entre les années 60 et 70, même s'ils ne représentent pas la majorité des architectures de l'époque. Il y avait une vraie séparation entre processeurs décimaux et processeurs binaires, sans intermédiaires notables.
Les tous premiers ordinateurs décimaux pouvaient manipuler des entiers BCD de taille arbitraire. Ils stockaient leurs nombres dans des chaines de caractères ou des tableaux encodés en BCD. Le processeur faisait les calculs chiffre par chiffre, caractère BCD par caractère BCD. Les ordinateur décimaux qui ont abandonné ce fonctionnement. À la place, ils ont intégré des registres capables de mémoriser des entiers BCD de taille fixe.
Le grand avantage des processeurs décimaux est leur très bonne performance dans les tâches de bureautique, de comptabilité, et autres. Les processeurs de l'époque recevaient des entiers codés en BCD de la part des entrées-sorties, et devaient les traiter. Les processeurs binaires devaient faire des conversion BCD-binaire pour communiquer avec les entrées-sorties, mais pas les processeurs décimaux. Le gain en performance pouvait être substantiel dans certaines applications.
===Les instructions BCD des processeurs binaires===
Par la suite, dans les années 80, l'augmentation des performances a favorisé les processeurs binaires. Faire des conversions binaires-BCD n'était plus un problème, les conversions étaient suffisamment rapides. Par contre, faire les calculs en BCD était plus lent que faire les calculs en binaire, ce qui fait que le compromis technologique de l'époque favorisaient le binaire. Mais pour obtenir le meilleur des deux mondes, les processeurs binaires ont ajouté un support du BCD. C'était l'époque des architectures 8 bits, puis 16 bits.
Intuitivement, on se dit que, les processeurs de l'époque des 8 bits avaient leurs instructions de calcul en double : une instruction pour les calculs entier et une autre pour les calculs BCD. Mais d'autres processeurs faisaient autrement. À l'époque des processeurs 8-16 bits, certains processeurs ne géraient pas d'instructions BCD proprement dit, mais géraient quand même les calculs en BCD grâce à des instructions spéciales. Concrètement, les programmeurs utilisaient une instruction d'addition ou de soustraction binaire, mais il était possible de corriger ce résultat pour obtenir le bon résultat codé en BCD. Les processeurs de l'époque disposaient d'une instruction pour faire la correction, souvent appelée ''Decimal Adjust After Addition''.
Avant d'aller plus loin, nous devons préciser que les processeurs 8 bits de l'époque pouvaient gérer deux formats de BCD. Le premier est le '''format ''Packed''''', où deux chiffres sont mémorisé dans un octet. Le premier nibble (4bits) mémorise un chiffre BCD, le second nibble mémorise le second. Il s'agit d'un format qui remplit au maximum les bits de l'octet avec des données utiles. L'autre format, appelé '''''Unpacked''''', ne mémorise qu'un seul chiffre BCD dans un octet. Le chiffre est quasi- tout le temps dans le nibble de poids faible. Il se trouve que la manière de corriger le résultat d'une opération n'est pas la même suivant que le nombre est codé en BCD ''packed'' et ''unpacked''.
Pour commencer, étudions le cas des nombres BCD ''unpacked'', plus simples à comprendre. Lors d'une addition, il se peut que le résultat ne soit pas représentable en BCD ''unpacked''. Par exemple, si je fais le calcul 5 + 8, le résultat sera 13 : il tient dans un nibble en décimal, mais pas en BCD ! Cette situation survient quand le résultat d'une addition de deux entiers BCD ''unpacked'' dépasse 9, la limite de débordement en BCD ''unpacked''. Nous avons vu dans le chapitre sur les circuits d'addition que la correction est alors toute simple : si le résultat dépasse 9, on ajoute 6. De plus, on doit prévenir que le résultat a débordé et ne tient pas sur un nibble en BCD. Pour cela, on ajoute un bit spécialisé, appelé le '''''half carry flag''''', indicateur de demi-retenue en français, qui joue le même rôle que le bit de débordement, mais pour le BCD ''unpacked''. Sur les processeurs x86, tout cela est réalisé par une instruction appelée ''ASCII adjust after addition''.
: Pour la soustraction, il faut faire la même chose, sauf qu'il faut soustraire 6, pas l'ajouter. Et il y a aussi une instruction pour cela : ''ASCII adjust after substraction''.
Pour les nombres BCD ''packed'', la procédure est globalement la même, sauf qu'il faut traiter les deux ''nibbles'' : on ajoute 6 si le nibble de poids faible dépasse 9, puis on fait la même chose avec le ''nibble'' de poids fort. Le bit ''half carry flag'' n'est pas mis à jour et est tout simplement ignoré. Notons qu'on modifie d'abord le ''nibble'' de poids faible, avant de traiter celui de poids fort. En effet, si on corrige celui de poids faible, la retenue obtenue en ajoutant 6 se propage au nibble suivant, ce qui fait que ce dernier peut voir sa valeur augmenter. Une fois cela fait, le bit de retenue est mis à 1. La procédure est différente, vu qu'il faut traiter deux ''nibles'' au lieu d'un, et que le bit ''half-carry'' est ignoré au profit du bit de retenue normal. D'où l'existence d'une instruction séparée pour l'addition des nombres BCD ''packed'', appelée ''Décimal adjust after addition'' sur les processeurs x86.
Les processeurs modernes ne supportent plus le BCD, car il est très peu utilisé. Les processeurs ARM et MIPS ont toujours fait sans instructions BCD. Les processeurs x86 des PC désactivent les instructions BCD en mode 64 bits, mais conservent des opérations BCD en mode 32 bits, pour des raisons de compatibilité. Le support du codage BCD est surtout quelque chose qu'on trouve sur les anciens processeurs.
==Les instructions flottantes==
Passons maintenant au support des nombres flottants. Avant les années 60, les processeurs n'était pas encore capables de faire de calculs avec des nombres flottants. Les calculs flottants étaient émulés soit par une bibliothèque logicielle, soit par le système d'exploitation. Pour améliorer les performances, les concepteurs de processeurs ont conçus des '''coprocesseurs arithmétiques''', des processeurs secondaires spécialisés dans les calculs flottants, qui complémentaient le processeur principal, et avaient leur propre emplacement sur la carte mère. Par la suite, les concepteurs de processeurs ont incorporé des instructions de calculs sur des nombres flottants, rendant le coprocesseur inutile.
Pour supporter les nombres flottants, il y a deux écoles. La première utilise des instructions flottantes séparées des instructions entières. La seconde utilise des instructions d'addition/soustraction/multiplication généralistes, capables de traiter indifféremment entiers et flottants, voire les encodages BCD.
===Les architectures taguées===
Le second cas correspond à certaines machines assez anciennes, datant des années 50 à 70. Ces processeurs n'avaient qu'une seule instruction d'addition, qui pouvait traiter indifféremment flottants, nombres entiers codés en BCD, en complément à deux, etc. Pour cela, les opérandes étaient associés à un type qui précisait s'il s'agissait d'un opérande flottant, entier, BCD, d'un pointeur, ou autre. Le traitement effectué par une instruction dépendait des ''tag'' associés aux opérandes. Par exemple, si les deux opérandes avaient un ''tag'' "entier", l'instruction faisait un calcul entier. Si les deux opérandes avaient un ''tag'' "flottant", l'instruction faisait un calcul flottant.
Le type de l'opérande était encodé avec un ''tag'', une sorte de numéro codé en binaire. Le ''tag'' était stocké en mémoire à côté de l'opérande, un mot mémoire contenait la donnée et le ''tag'' concaténés l'un à la suite de l'autre. Le défaut est que la mémoire devait être conçue pour gérer le ''tag'', de même que le processeur. Des processeurs de ce type s'appellent des ''architectures à tags'', ou '''tagged architectures''', en référence au ''tag'' ajouté dans la mémoire.
Mais les processeurs modernes n'utilisent pas cette technique, du fait de son cout en mémoire. À la place, le processeur dispose d'une instruction par type à manipuler : une instruction de multiplication pour les flottants, une autre pour les entiers codés en complément à deux, etc.
===Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées===
Les processeurs modernes disposent d'instructions de calculs sur des nombres flottants, qui sont standardisées. Le standard IEEE 754 standardise aussi quelques instructions sur les flottants : les quatre opérations arithmétiques de base, les comparaisons et la racine carrée. Certains processeurs vont plus loin et implémentent aussi d'autres instructions sur les flottants qui ne sont pas supportées par la norme IEEE 754. Par exemple, certaines fonctions mathématiques telles que sinus, cosinus, tangente, arctangente et d'autres. Le seul problème, c'est que ces instructions peuvent mener à des erreurs de calcul incompatibles avec la norme IEEE 754. Heureusement, les compilateurs peuvent mitiger ces désagréments.
Il faut néanmoins préciser que le support de la norme IEEE 754 n'est pas une obligation : certains processeurs ne la supportent que partiellement. Par exemple, certains processeurs ne supportent que les flottants simple précision, mais pas les double précision (ou inversement). Exemple : les premiers processeurs Intel ne géraient que les flottants double précision étendue. D'autres processeurs ne gèrent pas les underflow, overflow, les NaN, les infinis, ou même les flottants dénormaux. Précisons que même lorsque la gestion des dénormaux est implémentée en hardware (comme c'est le cas sur certains processeurs AMD), celle-ci reste malgré tout très lente.
Si les exceptions ne sont pas supportées, le processeur peut être configuré de façon à soit ignorer les exceptions en fournissant un résultat, soit déclencher une exception matérielle (à ne pas confondre avec les exceptions de la norme). Le choix du mode d'arrondi ou la gestion des exceptions flottantes se fait en configurant un registre dédié, intégré dans le processeur.
Plus rarement, il arrive que certains processeurs gèrent des formats de flottants spéciaux qui ne font pas partie de la norme IEEE 754. Par exemple, certains processeurs utilisent des formats de flottants différents de la norme IEEE 754, avec par exemple des flottants codés sur 8 ou 16 bits, qui sont très utiles pour les applications qui se contentent très bien d'un résultat approché.
==Les instructions logiques==
À côté des instructions de calcul, on trouve des '''instructions logiques''' qui travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les opérations bit à bit ont déjà été vues dans les premiers chapitres, ceux sur l'électronique. Pour rappel, les plus courantes sont :
* La négation, ou encore le NON bit à bit, inverse tous les bits d'un nombre : les 1 deviennent des 0 et les 0 deviennent des 1.
* Le ET bit à bit, qui agit sur deux nombres : il va prendre les bits qui sont à la même place et va effectuer un ET (l’opération effectuée par la porte logique ET). Exemple : 1100·1010=1000.
* Les instructions similaires avec le OU ou le XOR.
Mais d'autres instructions sont intéressantes à étudier.
===Les instructions de décalage et de rotation===
Les '''instructions de décalage''' décalent tous les bits d'un nombre vers la gauche ou la droite. Pour rappel, il existe plusieurs types de décalages : les rotations, les décalages logiques, et les décalages arithmétiques. Nous avions déjà vu ces trois opérations dans le chapitre sur les circuits de décalage et de rotation, ce qui fait que nous allons simplement faire un rappel dans le tableau suivant. Pour résumer, voici la différence entre les trois opérations :
{|class="wikitable"
|-
!
! Schéma
! Gestion des bits sortants
! Remplissage des vides laissés par le décalage
|-
! Rotation
|[[File:Rotation de bits.png|Rotations de bits.]]
| Réinjectés dans les vides laissés par le décalage
| Remplis par les bits sortants
|-
! Décalage logique
|[[File:Décalage logique.png|Décalage logique.]]
| rowspan="2" | Les bits sortants sont oubliés
| Remplis par des zéros
|-
|-
! Décalage arithmétique
|[[File:Décalage arithmétique.png|Décalage arithmétique.]]
| Remplis par :
* le bit de signe pour les bits de poids fort ;
* des zéros pour les bits de poids faible .
|}
Pour rappel, les décalages de n rangs sont équivalents à une multiplication/division par 2^n. Un décalage à gauche est une multiplication par 2^n, alors qu'un décalage à droite est une division par 2^n. Les décalages logiques effectuent la multiplication/division pour un nombre non-signé (positif), alors que les décalages arithmétiques sont utilisés pour les nombres signés. Précisons cependant que pour ce qui est des décalages à droite, les décalages logiques et arithmétiques n'arrondissent pas le résultat de la même manière. Les décalages logiques à droite arrondissent vers zéro, alors que les décalages arithmétiques arrondissent vers la valeur inférieure (vers moins l'infini). De plus, les décalages à gauche entraînent des débordements d'entiers qui ne se gèrent pas de la même manière entre décalage logique et décalage arithmétique.
La plupart des processeurs stockent le bit sortant dans un registre, généralement le registre qui stocke le bit de retenue des additions qui est réutilisé pour cette optique. Ils possèdent aussi une variante des instructions de décalage où le bit de retenue est utilisé pour remplir le bit libéré au lieu de mettre un zéro. Cela permet d'enchaîner les décalages sur un nombre de bits plus grand que celui supporté par les instructions en procédant par morceaux. Par exemple, pour un processeur supportant les décalages sur 8 et 16 bits, il peut enchaîner deux décalages de 16 bits pour décaler un nombre de 32 bits ; ou bien un décalage de 8 bits et un autre de 16 bits pour décaler un nombre de 24 bits.
[[File:Shift Arithmetic Right.svg|centre|vignette|Décalage arithmétique à droite, où le bit sortant est mémorisé dans le bit de retenue (CF pour ''Carry Flag'').]]
Ils existe une variante des instructions de rotation où le bit de retenue est utilisé. Un bon exemple est celui des instructions LRCY (''Left Rotate Through Carry'') et RRCY (''Right Rotate Through Carry''). La première est un décalage/rotation à gauche, l'autre est un décalage/rotation à droite. Les deux décalent un registre de 16 bits, mais on pourrait imaginer la même chose avec des registres de taille différente. Lors du décalage, le bit sortant est mémorisé dans le registre de retenue, alors que le bit de retenue précédent est lui envoyé dans le vide laissé par le décalage. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une rotation, sauf que le nombre décalé/rotaté est composé du registre concaténé au bit de retenue, le bit de retenue étant le bit de poids fort pour un décalage à gauche, de poids faible pour un décalage à droite.
====Le cas particuliers des processeurs ARM====
Sur les processeurs ARM, il n'y a pas d'instruction de décalage à proprement parler, ni de rotations. Par contre, les décalages sont fusionnés avec la plupart des opérations arithmétiques ! Toute opération arithmétique prend deux registres d'opérandes et un registre de destination, ainsi qu'un décalage facultatif. Le décalage est appliqué sur la seconde opérande automatiquement, sans avoir à faire une instruction séparée. À l'intérieur de l'instruction, deux bits précisent quel type de décalage effectuer (logique à droite, arithmétique à droite, à gauche, rotation à droite). Le nombre de rangs dont il faut décaler est soit encodé directement dans l'instruction sur 5-6 bits, soit précisé dans un registre.
Toutes les instructions ne permettent pas de faire un décalage automatique. Seules les opérations simples peuvent le faire, à savoir les additions, soustractions, copies d'un registre à un autre, les opérations logiques, et quelques autres. Et cela se marie très bien avec le fait qu'on applique le décalage sur la seconde opérande fait qu'il se marie très bien avec les calculs d'adresse. En effet, quand un programmeur manipule une structure de données, notamment un tableau, il arrive souvent qu'il fasse des calculs d'adresse cachés. La majeure partie de ces calculs d'adresse sont de la forme : adresse de base + (indice * taille de la donnée). Vu que les données ont très souvent une taille qui est une puissance de deux, le second terme se calcule en décalant l'indice, le calcul total demande une simple addition avec une opérande décalée, ce qui prend une seule instruction sur les processeur ARM.
===Les instructions de manipulation de bits===
D'autres opérations effectuent des calculs non pas bit à bit (on traite en parallèle les bits sur la même colonne), mais qui manipulent les bits à l'intérieur d'un nombre. les plus simples d'entre elles comptent sur les bits.
Une instruction très commune de ce type est l'instruction '''''population count''''', qui compte le nombre de bits d'un nombre qui sont à 1. Par exemple, pour le nombre 0100 1100 (sur 8 bits), la ''population count'' est de 3. Il s'agit d'une instruction utile dans les codes correcteurs d'erreur, très utilisés pour tout et n'importe quoi (trames réseau, sommes de contrôle des secteurs des disques dur, et bien d'autres). De plus, elle permet de calculer facilement le bit de parité d'un nombre, ce qui est utile pour les codes de détection d'erreur. En soi, l'instruction est facultative et l'implémenter est un choix qui n'est pas trivial. Mais cette instruction est très simple à implémenter en circuits, sans compter que son implémentation utilise assez peu de transistors. Le circuit de calcul est ridiculement simple, utilise peu de transistors.
Les processeurs gèrent aussi assez souvent des instructions pour compter les zéros ou les uns après le bit de poids fort/faible. Pour rappel, voici les quatre possibilités :
* '''''Count Trailing Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à droite du 1 de poids faible.
* '''''Count Leading Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à gauche du 1 de poids fort.
* '''''Count Trailing Ones''''' donnent le nombre de 1 situés à gauche du 0 de poids fort.
* '''''Count Leading Ones''''' donne le nombre de 1 situés à droite du 0 de poids faible.
[[File:Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.png|centre|upright=2.0|vignette|Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.]]
Comme vous le voyez sur le schéma du dessus, ces quatre opérations de comptage sont liées à quatre autres opérations. Ces dernières donnent la position du 0 ou du 1 de poids faible/fort :
* '''''Find First Set''''', donne la position du 1 de poids faible.
* '''''Find highest set''''' donne la position du 1 de poids fort.
* '''''Find First Zero''''' donne la position du 0 de poids faible.
* '''''Find Highest Zero''''' donne la position du 0 de poids fort.
Il est rare que des processeurs s’implémentent toutes ces opérations. En effet, le résultat de certaines opérations se calcule à partir des autres. Pour donner un exemple, les processeurs x86 modernes incorporent une extension, appelée '''''Bit manipulation instructions sets (BMI sets)''''', qui ajoute quelques instructions de ce type. Pour le moment, seules les instructions ''Count Trailing Zeros'' et ''Count Leading Zeros'' sont supportées.
Et il existe bien d'autres instructions de ce type. On peut citer, par exemple, l'instruction BLSI, qui ne garde que le 1 de poids faible et met à zéro tous les autres bits. L'instruction BLSR quant à elle, met à 0 ce 1 de poids faible. Et il y en a bien d'autres, qui impliquent le 1 de poids fort, le 0 de poids faible, le 1 de poids faible, etc.
===Les instructions d'extension de registres===
Certains processeurs sont capables de gérer des données de taille diverses. Ils peuvent par exemple gérer des données codées sur 16 bits ou sur 32 bits comme c'est le cas sur certains processeurs anciens. Comme autre exemple, les processeurs x86 modernes peuvent gérer des données de 8, 16 et 32 bits. Pour cela, ils disposent généralement de registres de taille différentes, certains font 8 bits, d'autres 16, d'autres 32, etc. Dans ce cas, il est courant que l'on ait à faire des conversions vers un nombre de taille plus grande. Par exemple, convertir un nombre de 8 bits en un nombre de 16 bits, ou un nombre de 8 bits en 32 bits. Les processeurs de ce type incorporent des instructions pour ce faire, qui s'appellent les '''instructions d'extension de nombres'''.
La seule difficulté de ces instructions tient à la manière dont on remplit les bits de poids forts. Par exemple, si l'on passe de 8 bits à 16 bits, les 8 bits de poids forts sont inconnus. Pareil si on passe de 16 bits à 32 bits : quelle doit être la valeur des 16 bits de poids fort ? Intuitivement, on se dit qu'il suffit de les remplir par des zéros. Faire ainsi marche très bien, mais à condition que le nombre soit un nombre positif ou nul. Mais dans le cas d'un nombre négatif, cela ne marche pas (le résultat n'est pas bon). Pour les nombres codés en complément à deux, il faut remplir les bits manquants par le bit de signe, le bit de poids fort. On a donc deux choix : soit on remplit les bits manquants par des 0, ou par le bit de poids fort. Globalement, les deux choix possibles correspondent à deux instructions : une pour les nombres non-signés et une autre pour les nombres codés en complément à deux. On parle respectivement d''''instruction de ''zero extension''''' et '''instruction d'extension de signe'''.
Formellement, les instructions d'extension de nombre sont des copies entre registres : le contenu d'un registre est copié dans un autre plus grand. L'extension de signe est couplée avec cette copie, les deux étant effectués en une instruction. Du moins, c'est le cas sur la plupart des processeurs. On pourrait imaginer séparer les deux en deux instructions séparées, une instruction MOV (qui copie un registre dans un autre, comme on le verra plus bas) et une instruction d'extension de signe/zéro. Dans ce cas, l'instruction d'extension de signe/zéro prend un registre de grande taille et étend la donnée dans ce registre. Par exemple, pour une extension de signe de 16 à 32 bits, l'instruction prendrait un registre de 32 bits, ne considérerait que les 16 bits de poids faible et effectuerait l'extension de signe/zéro à partir de ces derniers. En soi, l'extension avec des zéros est un simple masque, réalisable avec des opérations bit à bit et cette instruction n'a pas besoin d'être implémentée. Par contre, les instructions d'extension de signe sont elles très utiles.
De plus, une instruction d'extension de signe séparée a l'avantage d'être utilisable même sur des architecture avec des registres de taille identique. Mais quel intérêt, me direz-vous ? Il faut savoir que certaines langages de programmation permettent de travailler sur des entiers dont on peut préciser la taille. Un même programme peut ainsi manipuler des entiers de 16 bits et de 32 bits, ou des entiers de 8, d'autres de 16, d'autres de 32, et d'autres de 64. L'intérêt n'est as évident, mais un bon exemple est celui de la rétrocompatibilité entre programmes. Par exemple, un programme 64 bits qui utilise une librairie 32 bits, ou un programme codé en 64 bits qui émule une console 16 bits. Ou encore, la communication entre un programme codé en 16 bits avec un capteur qui mesure des données de 8 bits. Bref, les possibilités sont nombreuses. Imaginons que tout se passe dans des registres de 32 bits. Le processeur peut incorporer des instructions de calcul sur 16 bits, en plus des instructions 32 bits. Dans ce cas, l'extension de signe sert à faire des conversions entre entiers de taille différentes.
===Les instructions de permutation d'octets===
Les instructions de ''byte swap'', aussi appelée '''instructions de permutation d'octets''', échangent de place les octets d'un nombre. Leur implémentation varie grandement selon la taille des entiers. Le cas le plus simple est celui des instructions qui travaillent sur des entiers de 16 bits, soit deux octets. Il n'y a alors qu'une seule solution pour échanger les octets : l'octet de poids fort devient l'octet de poids faible et réciproquement. Les deux octets échangent leur place.
Pour les nombres de 32 bits, soit 4 octets, il y a plusieurs possibilités. La première inverse l'ordre des octets dans le nombre : on échange l'octet de poids faible et de poids fort, mais on échange aussi les deux octets restant entre eux. Une autre solution découpe l'entier en deux morceaux de 16 bits : l'un avec les deux octets de poids fort, l'autre avec les deux octets de poids faible. Les octets sont inversés dans ces blocs de 16 bitzs, mais on n'effectue pas d'autres échanges. On peut aussi échanger les deux morceaux de 16 bits, mais sans changer l'ordre des octets dans les blocs.
[[File:Instruction de permutation d'octets.png|centre|vignette|upright=2|Instruction de permutation d'octets]]
L'utilité de ces instructions n'est pas évidente au premier abord, mais elle sert beaucoup dans les opérations de conversion de données. Tout cela devrait devenir plus clair dans le chapitre sur le boutisme.
==Les instructions d'accès mémoire==
Les instructions d’accès mémoire permettent de copier ou d'échanger des données entre le processeur et la RAM. On peut ainsi copier le contenu d'un registre en mémoire, charger une donnée de la RAM dans un registre, initialiser un registre à une valeur bien précise, etc. Il en existe plusieurs, les plus connues étant les suivantes : LOAD, STORE et MOV. D'autres processeurs utilisent une instruction d'accès mémoire généraliste, plus complexe.
===Les instructions d'accès à la RAM : LOAD et STORE===
Les instructions LOAD et STORE sont deux instructions qui permettent d'échanger des données entre la mémoire RAM et les registres. Elles copient le contenu d'un registre dans la mémoire, ou au contraire une portion de mémoire RAM dans un registre.
* L''''instruction LOAD''' est une instruction de lecture : elle copie le contenu d'un ou plusieurs mots mémoire consécutifs dans un registre. Le contenu du registre est remplacé par le contenu des mots mémoire de la mémoire RAM.
* L''''instruction STORE''' fait l'inverse : elle copie le contenu d'un registre dans un ou plusieurs mots mémoire consécutifs en mémoire RAM.
{|class="wikitable"
|[[File:Instruction LOAD.png|300px|Instruction LOAD.]]
|[[File:Instruction STORE.png|300px|Instruction STORE.]]
|}
En théorie, une variante de l'instruction STORE peut enregistrer une constante en mémoire RAM. Il est en théorie possible pour une instruction STORE modifiée de stocker la valeur 9 dans l'adresse X, par exemple. La constante est fournie par l'instruction, elle n'est pas stockée dans un registre, mais carrément intégrée à l'instruction. Cela sera plus clair quand nous verrons les modes d'adressage, notamment le mode d'adressage immédiat.
Plus haut dans le chapitre, j'ai dit qu'un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs dédiées, certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Et bien il en est de même pour les instructions LOAD et STORE, qui ont chacune une variante pour les entiers 8, 16, 32, 64 bits.
De telles instructions ne font pas que lire ou écrire des données. Pour comprendre pourquoi, prenons un processeur 64 bits. Il dispose d'un bus de 64 bits, pour lire ou écrire des mots mémoire de 64 bits chacun. Pour des lectures de 8, 16 ou 32 bits, un mot mémoire entier est lu, puis seuls les octets adéquats sont conservés. Par exemple, pour une lecture 32 bits, un mot mémoire de 64 bits est lu, puis une opération de masquage (ET bit à bit) met à zéro le 32 bits inutiles. Ce sont souvent les 32 bits de poids faible ou de poids fort qui sont mis à zéro. Il en est de mêma vec les lectures 16 bits, sauf que les 48 bits inutiles sont alors mis à zéro, idem avec les lectures 8 bits.
Pour les écritures, les choses sont encore plus compliquées. Imaginez que je veuille modifier 32 bits. Les 32 bits à modifier font partie d'un mot mémoire de 64 bits, qui contient les 32 bits utiles, et 32 bits supplémentaires. l'écriture ne doit pas effacer les 32 bits supplémentaires, seulement les 32 bits utiles. Pour cela, le processeur n'a pas le : il doit lire un mot mémoire de 64 bits, modifier le 32 bits utiles, puis réécrire le tout en mémoire RAM. L'écriture demande de faire une lecture, une modification, puis une écriture. Le mot mémoire de 64 bits est copié dans un registre, la modification se fait dans ce registre, vient une opération de masquage complexe, puis l'écriture est effectuée.
D'autres instructions d'accès mémoire plus complexes existent. Pour en donner un exemple, citons les instructions de transferts par bloc sur les premiers processeurs ARM. Ces instructions permettent de copier plusieurs registres en mémoire RAM, en une seule instruction. Sur l'ARM1, il y a 16 registres en tout. Les instructions de transfert de bloc peuvent sélectionner n'importe quel sous-ensemble de ces 16 registres, pour les copier en mémoire : on peut sélectionner tous les registres, une partie des registres (5 registres sur 16, ou 7, ou 8, ...), voire aucun registre.
===Les instructions de transfert entre registres : MOV et XCHG===
L''''instruction MOV''' copie le contenu d'un registre dans un autre sans passer par la mémoire. C'est donc un échange de données entre registres, qui n'implique en rien la mémoire RAM, mais MOV est quand même considérée comme une instruction d'accès mémoire. Les données sont copiées d'un registre source vers un registre de destination. Le contenu du registre source est conservé, alors que le contenu du registre de destination est écrasé (il est remplacé par la valeur copiée). Cette instruction est utile pour gérer les registres, notamment sur les architectures avec peu de registres et/ou sur les architectures avec des registres spécialisés.
[[File:Instruction MOV.png|centre|300px|Instruction MOV.]]
Mais quelques rares architectures ne disposent pas d'instruction MOV, qui n'est formellement pas nécessaire, même si bien utile. En effet, on peut émuler une instruction MOV avec des instructions logiques utilisées convenablement. L'idée est de faire une opération dont le résultat est l'opérande envoyée, et d'enregistrer le résultat dans le registre de destination. Par exemple, on peut faire un OU entre le registre opérande et 0 : le résultat sera l'opérande. Idem avec un ET et la valeur adéquate. Ou encore, on peut imaginer faire un ET/OU entre un registre et lui-même : le résultat est égal au contenu du registre opérande.
Quelques processeurs assez rares ont des instructions pour échanger le contenu de deux registres. Par exemple, on peut citer l''''instruction XCHG''' sur les processeurs x86 des PC anciens et actuels. Elle permet d'échanger le contenu de deux registres, quel qu'ils soient, il n'y a pas de restrictions sur le registre source et sur le registre de destination. Mais d'autres processeurs ont des restrictions sur les registres source et destination. Par exemple, le processeur Z80 a des instructions d'échanges assez restrictives, comme on le verra dans quelques chapitres.
Sur les processeurs ARM, l'instruction MOV fait partie des instructions qui permettent d'effectuer un décalage sur la seconde opérande. Il s'agit en réalité de décalages/rotations décalées, qui sont fusionnées avec une instruction MOV. L'instruction MOV des processeurs ARM fait soit un MOV normal, soit un décalage.
===Les instructions d'accès mémoire complexes===
Nous venons de voir les instructions LOAD, STORE et les transferts entre registres. Elles sont présentes sur tous les processeurs, modernes comme anciens. Mais quelques processeurs gèrent des instructions mémoire plus complexes. Elles ont tendance à effectuer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les '''instructions de copie mémoire''' copient une donnée d'une adresse vers une autre. Les copies en mémoire sont des opérations très fréquentes, il est très fréquent qu'un programme copie un bloc de mémoire dans un autre et beaucoup de programmeurs ont déjà été confronté à un tel cas. Aussi, les processeurs ajoutent des instructions multi-accès pour accélérer ces copies, ce qui fait un bon compromis entre performance et simplicité d'implémentation.
Sur certains processeurs, il n'y a pas d'instruction LOAD ou STORE, ni même MOV . À la place, on trouve une '''instruction d'accès mémoire généraliste''', qui fusionne les trois. Elle est capable de faire une lecture, une écriture, ou une copie entre registres, et parfois une copie d'une adresse mémoire vers une autre. Les trois premières opérations sont presque toujours supportées, mais la copie d'une adresse mémoire vers une autre est beaucoup plus rare. Sur les processeurs x86, l'instruction généraliste s'appelle l'instruction MOV. Elle gère la lecture en RAM, l'écriture en RAM, la copie d'un registre vers un autre, l'écriture d'une constante dans un registre ou une adresse. Par contre, elle ne gère pas la copie d'une adresse mémoire vers une autre ; pour un transfert de mémoire à mémoire, il faut utiliser les instructions MOVS* ('''''Mov'''e '''S'''tring'' ; MOVSB : par octets, MOVSW : par mots de 16-bits, ...).
D'autres instructions mémoires effectuent des opérations à l'utilité moins évidente. Sur certains processeurs, on trouve notamment des instructions pour vider la mémoire cache de son contenu, pour la réinitialiser. L'utilité ne vous est pas évidente, mais cela peut servir dans certains scénarios, notamment sur les architectures avec plusieurs processeurs pour synchroniser ces derniers. Cela sert aussi pour le système d'exploitation, qui doit remettre à zéro certains caches (comme la TLB qu'on verra dans le chapitre sur la mémoire virtuelle) quand on exécute plusieurs programmes en même temps.
===Les instructions mémoire flottantes===
Plus haut, j'ai parlé du fait que certaines processeurs savaient faire des calculs sur des nombres flottants. En général, les processeurs utilisent des registres séparés pour les nombres flottants. Ils ont d'un côté des '''registres généraux''' pour les opérandes entiers et les adresses mémoire, de l'autre des '''registres flottants''' pour les nombres flottants. Les instructions de calcul flottants utilisent ces ''registres flottants'' uniquement, elles ne peuvent pas lire les registres généraux, sauf pour quelques exceptions. Les calculs flottants lisent leurs opérandes dans ces registres flottants et écrivent le résultat dans un autre registre.
Mais encore faut-il pouvoir les remplir, ces registres. Et cela implique de charger des opérandes depuis la mémoire RAM à un moment où un autre. Pour lire ou écrire ces registres, le processeur utilise des instructions mémoire séparées, distinctes des instructions LOAD et STORE vues plus haut. Pour faire la différence, ces instructions sont appelées '''FLOAD''' et '''FSTORE'''.
Elles sont séparées des LOAD/STORE normaux pour plusieurs raisons. La première est évidemment que les registres utilisés ne sont pas les mêmes : registres "généraux" pour LOAD/STORE, registres flottants pour FLOAD et FSTORE. La seconde raison est que les nombres flottants et entiers n'ont pas forcément la même taille. Et cela impacte à la fois la taille des registres, mais aussi les transferts mémoire.
Un nombre flottant fait 32 ou 64 bits, suivant qu'on parle d'un flottant simple ou double précision. Sur un processeur 32 bits, les flottants simple précision ont la même taille qu'un entier, les flottant double précision sont deux fois plus gros. Mais sur un processeur 64 bits, c'est l'inverse : les flottants double précision font la même taille qu'un entier, les simples précision sont deux fois plus petits. Et ne parlons pas du cas de certaines architectures 16 bits qui supportent quand même les nombres flottants ! Elles sont très rares, mais elles existent. Pour le moment, concentrons-nous sur les processeurs 32 et 64 bits.
En général, les registres flottants font 64 bits (parfois 80, mais je passe cela sous silence), afin de mémoriser des flottants double précision. Et ce, même sur les processeurs 32 bits. La gestion des nombres flottants est en effet apparue sur les architectures 32 bits et elles supportaient les calculs en double précision dès le départ. Et cette différence entre 32 et 64 bits a posé quelques problèmes. Les registres flottants n'avaient pas la même taille que les registres généraux : 32 pour les registres généraux, 64 pour les registres flottants. Mais ce n'était pas un énorme problème.
Le vrai problème est que les lectures/écritures flottantes faisaient des transferts de 64 bits entre les registres flottants et la mémoire RAM. Or, le bus de données de ces processeurs faisait 32 bits, vu que c'était des architectures 32 bits. Lire/écrire un flottant demandait donc de faire deux accès mémoire consécutifs. Par exemple, lire un flottant depuis la RAM demandait de lire deux morceaux de 32 bits, le flottant était chargé en deux fois. Cette différence fait qu'il est préférable d'utiliser des instructions FSTORE/FLOAD séparées des instructions LOAD/STORE. Leur comportement n'est pas le même : LOAD/STORE lisent un seul mot mémoire, FLOAD/FSTORE en lisent deux pour la double précision.
Un autre détail est qu'il existe des instructions FLOAD et FSTORE spécialisées pour les flottants simple précision. Par exemple, une instruction FLOAD en simple précision ne lit que 32 bits en mémoire, puis le flottant est convertit en double précision 64 bits, avant d'être enregistré dans les registres. Pour l'écriture, c'est l'inverse : un flottant double précision est convertit en simple précision 32 bits, avant d'être écrit en mémoire. Le comportement est alors différent : FLOAD/FSTORE ne lisent/écrivent qu'un seul mot mémoire, de 32 bits, mais doivent faire une conversion entre simple et double précision.
Il faut noter que c'est l'inverse sur les processeurs 64 bits. Là, un flottant double précision peut être lu/écrit en un seul accès mémoire, vu que le bus de données fait 64 bits. Par contre, les flottants simples précision sont gérés un peu autrement. Concrètement, l'instruction FLOAD lit un mot de 64 bits, mais n'en garde que la moitié adéquate. L'instruction d'écriture fait elle plus de traail : elle doit lire un mot de 64 bits, en modifier la moitié, et réécrire le tout en mémoire RAM.
Vu qu'il y a des registres flottants séparés, il y aussi des instructions de copie de registre séparées pour les registres flottants. L'instruction XCHG a son équivalent flottant '''FXCHG''', l'instruction MOV a une '''instruction FMOV''' séparées, etc.
De plus, il y a des instructions qui font des transferts entre registres généraux et flottants. Attention, il ne s'agit pas d'instruction MOV qui copient un registre général dans un flottant ou inversement. Elles font plus des conversions entre une valeur entière et une valeur flottante.
==Les instructions de contrôle (branchements et tests)==
Un processeur serait sacrément inflexible s'il ne faisait qu'exécuter des instructions dans l'ordre. Certains processeurs ne savent pas faire autre chose, comme le Harvard Mark I, et il est difficile, voire impossible, de coder certains programmes sur de tels ordinateurs. Mais rassurez-vous : il existe de quoi permettre au processeur de faire des choses plus évoluées. Pour rendre notre ordinateur "plus intelligent", on peut par exemple souhaiter que celui-ci n'exécute une suite d'instructions que si une certaine condition est remplie. Ou faire mieux : on peut demander à notre ordinateur de répéter une suite d'instructions tant qu'une condition bien définie est respectée. Diverses '''structures de contrôle''' de ce type ont donc étés inventées.
Voici les plus utilisées et les plus courantes : ce sont celles qui reviennent de façon récurrente dans un grand nombre de langages de programmation actuels. Concevoir un programme (dans certains langages de programmation), c'est simplement créer une suite d'instructions, et utiliser ces fameuses structures de contrôle pour l'organiser. D'ailleurs, ceux qui savent déjà programmer auront reconnu ces fameuses structures de contrôle. On peut bien sur en inventer d’autres, en spécialisant certaines structures de contrôle à des cas un peu plus particuliers ou en combinant plusieurs de ces structures de contrôles de base, mais cela dépasse le cadre de ce cours : on ne va pas vous apprendre à programmer.
{|class="wikitable"
|-
! Nom de la structure de contrôle
! Description
|-
! SI...ALORS
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée
|-
! SI...ALORS...SINON
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée ou exécute une autre suite d'instructions si elle ne l'est pas.
|-
! Boucle WHILE...DO
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée.
|-
! Boucle DO...WHILE aussi appelée REPEAT UNTIL
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée. La différence, c'est que la boucle DO...WHILE exécute au moins une fois cette suite d'instructions.
|-
! Boucle FOR
| Répète un nombre fixé de fois une suite d'instructions.
|}
Les '''conditions''' à respecter pour qu'une structure de contrôle fasse son office sont généralement très simples.
Elles se calculent le plus souvent en comparant deux opérandes (des adresses, ou des nombres entiers ou à virgule flottante).
Elles correspondent le plus souvent aux comparaisons suivantes :
* A == B (est-ce que A est égal à B ?) ;
* A != B (est-ce que A est différent de B ?) ;
* A > B (est-ce que A est supérieur à B ?) ;
* A < B (est-ce que A est inférieur à B ?) ;
* A >= B (est-ce que A est supérieur ou égal à B ?) ;
* A <= B (est-ce que A est inférieur ou égal à B ?).
Il est également possible de tester si le bit d'un registre ou octet mémoire est à 1 ou 0.
Notamment le registre des indicateurs est testé après une instruction arithmétique (est-ce que le calcul a généré une retenue, ...).
Pour implémenter ces structures de contrôle, on a besoin d'une instruction qui saute en avant ou en arrière dans le programme, suivant le résultat d'une condition. Par exemple, un SI...ALORS zappera une suite d'instruction si une condition n'est pas respectée, ce qui demande de sauter après cette suite d’instruction cas échéant. Répéter une suite d'instruction demande juste de revenir en arrière et de redémarrer l’exécution du programme au début de la suite d'instruction. Nous verrons comment sont implémentées les structures de contrôle plus bas, mais toujours est-il que cela implique de faire des sauts dans le programme. Faire un saut en avant ou en arrière dans le programme est assez simple : il suffit de modifier la valeur stockée dans le ''program counter'', ce qui permet de sauter directement à une instruction et de poursuivre l'exécution à partir de celle-ci. Et un tel saut est réalisé par des instructions spécialisées. Dans ce qui va suivre, nous allons appeler '''instructions de branchement''' les instructions qui sautent à un autre endroit du programme. Ce n'est pas la terminologie la plus adaptée, mais elle conviendra pour les explications.
L'implémentation des structures de contrôle demande donc de calculer une condition, puis de faire un saut. Mais il faut savoir que l'implémentation demande parfois de faire un saut, sans avoir à tester de condition. Dans ce cas, l'instruction qui fait un saut sans faire de test de condition est elle aussi une instruction de branchement. Cela nous amène à faire la différence entre un branchement conditionnel et non-conditionnel. La différence entre les deux est simple. Une instruction de '''branchement conditionnel''' effectue deux opérations : un test qui vérifie si la condition adéquate est respectée, et un saut dans le programme aussi appelé branchement. Une instruction de '''branchement inconditionnelle''' ne teste pas de condition et ne fait qu'un saut dans le programme.
===Les structures de contrôle===
Le IF permet d’exécuter une suite d'instructions si et seulement si une certaine condition est remplie.
[[File:Codage d'un if.. en assembleur.jpg|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS en assembleur.]]
Le IF...ELSE sert à effectuer une suite d'instructions différente selon que la condition est respectée ou non : c'est un SI…ALORS contenant un second cas. Une boucle consiste à répéter une suite d'instructions machine tant qu'une condition est valide (ou fausse).
[[File:Codage d'un IF.ELSE en assembleur.png|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS..SINON en assembleur.]]
Les boucles sont une variante du IF dont le branchement renvoie le processeur sur une instruction précédente. Commençons par la boucle DO…WHILE : la suite d'instructions est exécutée au moins une fois, et est répétée tant qu'une certaine condition est vérifiée. Pour cela, la suite d'instructions à exécuter est placée avant les instructions de test et de branchement, le branchement permettant de répéter la suite d'instructions si la condition est remplie. Si jamais la condition testée est fausse, on passe tout simplement à la suite du programme.
[[File:DO...WHILE.jpg|centre|vignette|upright=2|DO...WHILE.]]
Une boucle WHILE…DO est identique à une boucle DO…WHILE à un détail près : la suite d'instructions de la boucle n'a pas forcément besoin d'être exécutée au moins une fois. On peut donc adapter une boucle DO…WHILE pour en faire une boucle WHILE…DO : il suffit de tester si la boucle doit être exécutée au moins une fois avec un IF, et exécuter une boucle DO…WHILE équivalente si c'est le cas.
[[File:WHILE...DO.png|centre|vignette|upright=2|WHILE...DO.]]
===Les branchements conditionnels et leur implémentation ===
Il existe de nombreuses manières de mettre en œuvre les branchements conditionnels et tous les processeurs ne font pas de la même manière. Sur la plupart des processeurs, les branchements conditionnels sont séparés en deux instructions : une instruction de test qui vérifie si la condition voulue est respectée, et une instruction de saut conditionnelle. D'autres processeurs effectuent le test et le saut en une seule instruction machine.
[[File:Implémentations possibles des branchements conditionnels.png|centre|vignette|upright=3|Implémentations possibles des branchements conditionnels]]
: Plus surprenant, sur quelques rares processeurs, le ''program counter'' est un registre qui peut être modifié comme tous les autres. Cela permet de remplacer les branchements par une simple écriture dans le ''program counter'', avec une instruction MOV. Un bon exemple est le processeur ARM1, un des tout premiers processeur ARM. Cette dernière solution n'est presque jamais utilisée, mais elle reste surprenante !
Dans les faits, la solution la plus simple est clairement d'implémenter le tout avec une seule instruction. Mais beaucoup de processeurs anciens utilisent la première méthode, celle qui sépare le branchement conditionnel en deux instructions. Le branchement prend le résultat de l'instruction de test et décide s'il faut passer à l'instruction suivante ou sauter à une autre adresse. Il faut donc mémoriser le résultat de l'instruction de test dans un registre spécialisé, afin qu'il soit disponible pour l'instruction de branchement. L'usage d'un registre intermédiaire pour mémoriser le résultat de l'instruction de test demande d'ajouter un registre au processeur. De plus, le résultat de l'instruction de test varie grandement suivant le processeur, suivant la manière dont on répartit les responsabilités entre test et branchements.
Il existe, dans les grandes lignes, deux techniques pour séparer test et branchement conditionnel. La première impose une séparation stricte entre calcul de la condition et saut : l'instruction de test calcule la condition, le branchement fait ou non le saut dans le programme suivant le résultat de la condition. On a alors une instruction de test proprement dit, qui vérifie si une condition est valide et fournit un résultat sur 1 bit. Nous appellerons ces dernières des comparaisons, car de telles instruction effectuent réellement une comparaison. La seconde méthode procède autrement, avec un calcul de la condition qui est réalisé en partie par l'instruction de test, en partie par le branchement. Cela peut paraitre surprenant, mais il y a de bonnes raisons à cette séparation peu intuitive. La raison est que l'instruction de test est une soustraction déguisée, qui fournit un résultat de plusieurs bits, qui est ensuite utilisé pour calculer la condition voulue par le branchement. l'instruction de test ne fait pas une comparaison proprement dit, mais leur résultat permet de déterminer le résultat d'une comparaison avec quelques manipulations simples.
====Les instructions de test proprement dit====
Les premières sont réellement des instructions de test, qui effectuent une comparaison et disent si deux nombres sont égaux, différents, lequel est supérieur, inférieur, etc. En clair, elles implémentent directement les comparaisons vues précédemment. Au total, on s'attend à ce que les 6 comparaisons précédentes soient implémentées avec 6 instructions de test différentes : une pour l'égalité, une pour la différence, une autre pour la supériorité stricte, etc. Mais certaines de ces comparaisons sont en deux versions : une qui compare des entiers non-signés, et une autre pour les entiers signés. La raison est que comparer deux nombres entiers ne se fait pas de la même manière selon que les opérandes soient signées ou non. Nous avions vu cela dans le chapitre sur les comparateurs, mais un petit rappel ne fait pas de mal. Pour comparer deux entiers signés, il faut tenir compte de leurs signes, et le circuit utilisé n'est pas le même. Cela a des conséquences au niveau des instructions du processeur, ce qui impose d'avoir des opérations séparées pour les entiers signés et non-signés.
Dans les faits, les processeurs actuels utilisent le complément à deux pour les entiers signés, ce qui fait que les comparaisons d'égalité ou de différence A == B et A != B ne sont présentes qu'en un seul exemplaire. En complément à deux, l'égalité se détermine avec la même règle que pour les entiers non-signés : deux nombres sont égaux s'ils ont la même représentation binaire, ils sont différents sinon. Ce ne serait pas le cas avec les entiers en signe-magnitude ou en complément à un, du fait de la présence de deux zéros : un zéro positif et un zéro négatif. Les circuits de comparaison d'égalité et de différence seraient alors légèrement différents pour les entiers signés ou non. Au total, en complément à deux, on trouve donc 10 comparaisons usuelles, vu que les comparaisons de supériorité/infériorité sont en double.
Le résultat d'une comparaison est un bit, qui dit si la condition testée est vraie ou fausse. Dans la majorité des cas, ce bit vaut 1 si la comparaison est vérifiée, et 0 sinon. Une fois que l'instruction a fait son travail, il reste à stocker son résultat quelque part. Pour cela, le processeur utilise un ou plusieurs '''registres à prédicats''', des registres de 1 bit qui peuvent stocker n'importe quel résultat de comparaison. Une comparaison peut enregistrer son résultat dans n'importe quel registre à prédicats : elle a juste à préciser lequel avec son nom de registre.
Les registres à prédicats sont utiles pour accumuler les résultats de plusieurs comparaisons et les combiner par la suite. Par exemple, cela permet d'émuler une instruction qui teste si A >= B à partir de deux instructions qui calculent respectivement A > B et A == B. Pour cela, certains processeurs incorporent des instructions pour faire des opérations logiques sur les registres à prédicats. Ces opérations permettent de faire un ET, OU, XOR entre deux registres à prédicats et de stocker le résultat dans un registre à prédicat quelconque.
D'autres instructions permettent de lire le résultat d'un registre à prédicat, de calculer une condition, de combiner son résultat avec la valeur lue et d'altérer le registre à prédicat sélectionné. Par exemple, sur l'architecture IA-64, il existe une instruction cmp.eq.or, qui calcule une condition, lit un registre à prédicat fait un OU logique entre le registre lu et le résultat de la condition, et enregistre le tout dans un autre registre à prédicat. De telles instructions facilitent grandement le codage de certaines fonctions, qui demandent que plusieurs conditions soient vérifiées pour exécuter un morceau de code.
====Les instructions de test qui sont des soustractions déguisées====
Le second type d'instruction de test ne calcule pas ces conditions directement, mais elle fournit un résultat de quelques bits qui permet de les calculer avec quelques manipulations simples. Sur ces processeurs, il n'y a qu'une seule instruction de comparaison, qui est une soustraction déguisée. Le résultat de la soustraction n'est pas sauvegardé dans un registre et est simplement perdu. C'est le cas sur certains processeurs ARM ou sur les processeurs x86. Par exemple, un processeur x86 possède une instruction CMP qui n'est qu'une soustraction déguisée dans un opcode différent.
Le résultat de cette soustraction déguisée est un résultat portant sur 4 bits, qui donne des informations sur le résultat de la soustraction. Le premier bit, appelé bit ''null'', indique si le résultat est nul ou non. Le second bit indique le signe du résultat, s'il est positif ou négatif. Enfin, deux autres bits précisent si la soustraction a donné lieu à un débordement d'entier. Il y a deux bits, car on vérifie deux types de débordement : un débordement non-signé (une retenue sortante de l'additionneur), et le débordement signé (débordement en complément à deux). Pour mémoriser le résultat d'une soustraction déguisée, le processeur incorpore un '''registre d'état'''. Le registre d'état stocke des bits qui ont chacun une signification prédéterminée lors de la conception du processeur et il sert à beaucoup de choses. Dans le cas qui nous intéresse, le registre d'état mémorise les résultats de l'instruction de test : les deux bit de débordement, le bit qui précise que le résultat d'une instruction vaut zéro, le bit de retenue pour le bit de signe.
La condition en elle-même est réalisée par le branchement. L'instruction de branchement fait donc deux choses : calculer la condition à partir du registre d'état, et effectuer le saut si la condition est valide. Le calcul des conditions se fait à partir des 4 bits de résultat. Le bit ''null'' permet de savoir si les deux opérandes sont égales ou non : si le résultat d'une soustraction est nul, cela implique que les deux opérandes sont égales. Le bit de signe permet de déterminer si le première opérande est supérieur ou inférieure à la seconde : le résultat de la soustraction est positif si A >= B, négatif sinon. Les bits de débordements permettent de faire la différence entre infériorité stricte ou non. Tout cela sera expliqué plus en détail dans le paragraphe suivant.
[[File:Branchements et tests avec un registre d'état.png|centre|vignette|upright=1.5|Branchements et tests avec un registre d'état]]
La conséquence est qu'il y a autant d'instructions de branchements que de conditions possibles. Aussi, on a une instruction de test, mais environ une dizaine d'instructions de branchements. C'est l'inverse de ce qu'on a avec des instructions de test proprement dites, où on a autant d'instructions de test que de conditions, mais un seul branchement. Un bon exemple est celui des processeurs x86. Le registre d'état des CPU x86 contient 5 bits appelés OF, SF, ZF, CF et PF : ZF indique que le résultat de la soustraction vaut 0, SF indique son signe, CF est le bit de retenue et de débordement non-signé, OF le bit de débordement signé, et PF le bit qui donne la parité du résultat. Il existe plusieurs branchements, certains testant un seul bit du registre d'état, et d'autres une combinaison de plusieurs bits.
{|class="wikitable"
|-
! Instruction de branchement
! Bit du registre d'état testé
! Condition testée si on compare deux nombres A et B avec une instruction de test
|-
! JS (Jump if Sign)
| SF = 1
| Le résultat est négatif
|-
! JNS (Jump if not Sign)
| SF = 0
| Le résultat est positif
|-
! JO (Jump if Overflow)
| OF = 1
| Le calcul arithmétique précédent a généré un débordement signé
|-
! JNO (Jump if Not Overflow)
| OF = 0
| Le calcul arithmétique précédent n'a pas généré de débordement signé
|-
! JNE (Jump if Not equal)
| ZF = 1
| Les deux nombres A et B sont égaux
|-
! JE (Jump if Equal)
| ZF = 0
| Les deux nombres A et B sont différents
|-
! JB (Jump if below)
| CF = 1
| A < B, avec A et B non-signés
|-
! JAE (Jump if Above or Equal)
| CF = 0
| A >= B, avec A et B non-signés
|-
! (JBE) Jump if below or equal
| CF OU ZF = 1
| A >= B si A et B sont non-signés
|-
! JA (Jump if above)
| CF ET ZF = 0
| A > B si A et B sont non-signés
|-
! JL (Jump if less)
| SF != OF
| si A < B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater or Equal)
| SF = OF
| si A >= B, si A et B sont signés
|-
! JLE (Jump if less or equal)
| (SF != OF) OU ZF = 1
| si A <= B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater)
| (SF = OF) ET (NOT ZF) = 1
| si A > B, si A et B sont signés
|}
===Les instructions à prédicat===
Les '''instructions à prédicat''' sont des instructions qui ne font quelque chose que si une condition est respectée, et se comportent comme un NOP (une instruction qui ne fait rien) sinon. Elles lisent le résultat d'une comparaison, dans le registre d'état ou un registre à prédicat, et s’exécutent ou non suivant sa valeur.
En général, les instructions à prédicats sont des instructions en plus des instructions normales, pas à prédicat. L'instruction à prédicat la plus représentative, présente sur de nombreux processeurs, est l'instruction CMOV, qui copie un registre dans un autre si une condition est remplie. Elle permet de faire certaines opérations assez simples, comme calculer la valeur absolue d'un nombre, le maximum de deux nombres, etc.
Pour gérer les instructions à prédicat, les instructions de test s'adaptent sur plusieurs points. Le premier est que les instructions de test préfèrent utiliser des registres à prédicats, au lieu d'un registre d'état. Une des raisons à cela est la suivante : avec des registres à prédicats, on peut ajouter des instructions pour faire un ET/OU/XOR entre registres à prédicats, ce qui permet de tester des combinaisons de conditions sans faire appel au moindre branchement. Et ces conditions complexes ne sont pas rares, ce qui rend l'usage de registres à prédicats très utiles avec les instructions à prédicats.
Une autre adaptation est que les instructions de test tendent à fournir deux résultats : le résultat de la condition, et le résultat de la condition inverse. Ils sont fournis dans deux registres à prédicats distincts. Faire ainsi facilite grandement l'implémentation des structures de contrôle SI...ALORS simples. Pour rappel, elles ont deux morceaux de code : un qui s’exécute si une condition est remplie, l'autre si la condition inverse est remplie. Avec ce système, les instructions du premier et du second morceau de code testerons deux bits distincts.
L'usage d'instructions à prédicat séparées des autres instructions porte le nom de '''prédication partielle'''. C'est de loin l'implémentation la plus courante. Mais sur certains processeurs, assez rares, toutes les instructions sont des instructions à prédicat : on parle de '''prédication totale'''. Les anciens processeurs ARM 32 bits étaient dans ce cas, par exemple.
Cela peut paraitre étrange, vu que certaines instructions ne sont pas dans une structure de contrôle et doivent toujours s’exécuter, peu importe les conditions testées avant. Mais rassurez-vous, sur les processeurs à prédication totale, il y a toujours un moyen pour spécifier que certaines instructions doivent toujours s’exécuter, de manière inconditionnelle. Par exemple, sur les processeurs d'architecture HP IA-64, un des registre à prédicat, le tout premier, contient la valeur 1 et ne peut pas être modifié. Si on veut une instruction inconditionnelle, il suffit qu'elle précise que le registre à prédicat à lire est ce registre.
: Les processeurs avec un registre d'état n'ont généralement que de la prédication partielle, le plus souvent limitée à une seule instruction CMOV. Alors que qui dit prédication totale dit systématiquement registres à prédicats.
Les processeurs ARM disposent d'une prédication totale, du moins pour le jeu d'instruction ARM 32 bits. Mais il supportent une second jeu d’instruction optionnel, le ''thumb'', qui est plus compact. Au lieu d'encoder ses instructions sur 32-64 bits, ses instructions font seulement 16 bits. Et pour compacter ce jeu d'instruction, la prédication totale a été supprimée. À la place, ''thumb'' incorpore une '''instruction IT''', qui active l’exécution conditionnelle des instructions suivantes.
L'instruction teste une condition et calcule un prédicat, qui est ensuite utilisé pour décider de l'exécution des instructions suivantes. L'exécution conditionnelle marche jusqu'à 4 instructions consécutives. Le nombre exact est configurable et va de 1 à 4 instructions consécutives après l'instruction IT. La condition est configurable pour les 1 à 4 instructions : chaque instruction peut s'exécuter si la condition est vraie, ou au contraire fausse. Un masque de 4 bits décide de quelle condition utiliser pour chaque instruction. Il y a un bit par instruction, qui vaut 1 si la condition doit être vérifiée, 0 si on veut la condition inverse.
===L'instruction SKIP===
L''''instruction SKIP''' permet de zapper l'instruction suivante si une condition testée est fausse. Il en existe deux versions. La première est fusionnée avec l'instruction de test. La condition est calculée par l'instruction SKIP, qui décide s'il faut sauter l'instruction suivante. Dans un autre cas, l'instruction SKIP est précédée d'une instruction de test, récupère son résultat dans un registre de prédicat ou dans le registre d'état, et effectue le saut. On peut la voir comme une forme particulière de branchement conditionnel, qui brancherait deux instructions plus loin.
Son utilité n'est pas évidente, mais on peut classer ses utilisations en trois catégories. La première permet d'émuler une instruction de branchement conditionnel en combinant une instruction SKIP avec un branchement inconditionnel. Le branchement inconditionnel est skippé si la condition est remplie/fausse, mais éxecuté dans le cas contraire : c'est le comportement d'un branchement conditionnel. Une autre utilisation permet d'émuler une instruction à prédicat en faisant précéder une instruction normale par une instruction SKIP. Enfin, elles servent à implémenter des structures de controle IF à condition que le code du IF se résume à une vulgaire instruction. C'est assez rare, mais certains calculs comme la valeur absolue ou le calcul du minimum peuvent se calculer ainsi.
[[File:Skip instruction.png|centre|vignette|upright=3|Skip instruction]]
Vous pourriez imaginer des versions améliorées de l'instruction, qui permettent de zapper plusieurs instructions, mais de telles instructions ne sont autres que des instructions de branchement conditionnelles spécifiques, comme nous le verrons dans le chapitre sur les modes d'adressage.
==Les méta-instructions REPEAT et EXECUTE==
Enfin, il faut aussi citer les '''méta-instructions''', des instructions qui agissent sur l’exécution d'autres instructions. Il en existe deux : REPEAT et EXECUTE. Elles servent techniquement à manipuler le flot de contrôle d'un programme, et ont quelques ressemblances avec les branchements ou les boucles. Elles sont extrêmement rares et on ne les trouve que sur des anciens processeurs (généralement micro-codés), ou sur certaines processeurs spécialisés dans le traitement de signal appelés des DSP, qui feront l'objet d'un chapitre à eux seuls.
===L’instruction REPEAT et le ''Zero-overhead looping''===
La première est la '''méta-instruction REPEAT''', qui permet de simplifier l'implémentation des boucles. Dans sa version la plus simple, elle fait en sorte que l'instruction qui la suit soit répétée plusieurs fois. Le nombre de répétition est soit un nombre fixe, toujours le même, soit l'instruction se répète tant qu'une condition n'est pas remplie. Les deux situations ne se rencontrent pas sur les mêmes processeurs. Par exemple, l'UNIVAC 1103 possède une instruction REPEAT très simple, qui répète l'instruction cible un nombre fixe de fois, mais ne gère pas les conditions.
Le GE-600/Honeywell 6000 series incorpore trois instructions REPEAT de ce type. La première répète l'instruction suivante soit un nombre fixe de fois, soit quand une condition est remplie. La seconde répète les deux instructions suivantes, l'une après l'autre. Enfin, la dernière répète l'instruction suivante jusqu'à : soit qu'une condition soit remplie, soit qu'une adresse bien précise soit atteinte. Elle servait sans doute à implémenter le parcours d'une liste chainée pour trouver un item bien précis.
Une version améliorée de l'instruction REPEAT permet de répéter un bloc de plusieurs instructions, ce qui permet d'implémenter une boucle en une seule instruction. Elles sont fréquentes sur certains processeurs de traitement de signal, qui doivent exécuter en permanence de petites boucles. Typiquement, elles permettent d'implémenter des boucles FOR dont le nombre d’exécution est fixe. La répétition de la boucle est contrôlée par un registre de boucle, qui mémorise le nombre de répétitions, et qui est décrémenté à chaque itération, sans avoir à utiliser d'instruction d'incrémentation/décrémentation.
Une variante précise deux adresses, qui délimitent les instructions de la boucle : une adresse pour le début de la boucle, une adresse pour la fin. L'implémentation hardware est alors assez simple : quand le ''program counter'' atteint l'adresse de fin, il est réinitialisé à l'adresse de début. La gestion du ''program counter'' se fait alors sans utiliser d'instructions de branchement. les deux registres sont initialisés avec une isntruction LOPP, spécialement dédiée pour cela.
Les deux techniques précédentes permettent d'implémenter des boucles sans utiliser de branchements, ou presque. Elles rendent l'exécution des boucles tellement rapides qu'elles portent le nom de '''''Zero-overhead looping'''''.
: Les instructions REP mentionnées plus haut, ne sont PAS des exemples d'instruction REPEAT. Le préfixe REP des processeurs x86 est une instruction qui se répète elle-même. Mais l'instruction REPEAT force la répétition de l'instruction suivante ! Elle agit sur une autre instruction, d'où son caractère de méta-instruction.
===L'instruction EXECUTE===
La '''méta-instruction EXECUTE''' fournit l'adresse d'une instruction cible, qui est exécutée en lieu et place de l'instruction EXECUTE. Quand le processeur exécute l'instruction EXECUTE, il prend l'adresse cible, charge l'instruction dans l'adresse cible, et l’exécute à la place de l'instruction EXECUTE. Il est possible de comprendre l'instruction EXECUTE comme un branchement spécial. Tout se passe comme si l'instruction EXECUTE effectuait un branchement vers l'instruction cible, mais que le processeur ne poursuivait pas l’exécution à la suite de l’instruction cible, et revenait à la suite de l'instruction cible.
Il y a souvent des contraintes sur l'instruction cible, qui est pointée par l'adresse cible. Généralement, il n'est pas possible que l'instruction cible soit elle-même une autre instruction EXECUTE. De même, beaucoup de processeurs interdisent que l’instruction cible soit un branchement. Mais d'autres processeurs n'ont pas ces contraintes et autorisent à utiliser des branchements pour l'instruction cible.
L'utilité d'une telle instruction est tout sauf évidente. Elle servait pourtant à beaucoup de choses sur les processeurs où elle était implémentée. Précisons qu'elle était surtout présente sur des vieux ordinateurs, dans les années 50-60, et quelques processeurs des années 70. Elle a disparu dès les années 80 et n'est présentée que par souci d'exhaustivité et intérêt historique pour les curieux. Cette précision permet de comprendre que cette instruction servait pour résoudre des problèmes qui sont actuellement résolus autrement.
L'adresse cible peut être soit intégrée dans l'instruction, soit dans un registre. Dans le second cas, l'adresse peut être incrémentée ou modifiée afin que l'instruction EXECUTE change de cible à chaque exécution. Tout se passe comme si le registre contenant l'adresse cible servait à émuler un ''program counter''. En mettant une instruction EXECUTE dans une boucle et en complétant le tout avec du code annexe, on peut exécuter du code extérieur sans modifier le véritable ''program counter''. L'utilité est de faciliter l'implémentation des logiciels debuggers, des émulateurs, ou d'autres programmes dans le même genre.
Les autres utilisations sont assez nombreuses, mais aussi difficiles à expliquer pour qui n'a pas de connaissances poussées en programmation. La première utilité est l'implémentation de certaines fonctionnalités des langages de programmation évolués, à savoir le ''late binding'', les fonctions virtuelles, et quelques autres. Elle facilite aussi l'implémentation des compilateurs à la volée, en permettant d’exécuter du code produit à volée sans faire tiquer les mécanismes de protection mémoire implémentés dans le processeur. Elle permet d'émuler du code automodifiant pour les logiciels qui gagnaient autrefois à l'utiliser. Et il y en a d'autres.
==Les instructions d'arrêt et de mise en veille==
Les processeurs gèrent souvent des '''instructions de mise en veille''' le processeur. Une fois mis en veille, le processeur ne peut être réveillé que si un signal de sortie de veille survient. Les signaux de sortie de veille sont envoyés par les périphériques, les entrées-sorties, le ''chipset'' de la carte mère, etc. Ils sont rarement mis totalement en veille, ce qui leur permet de générer ce signal de sortie si nécessaire. Le processeur attend alors qu'un périphérique lui envoie un signal de sortie de veille, mais ne fait rien en attendant. De telles instructions ne sont exécutables qu'en mode noyau, par le système d'exploitation.
: Le signal de sortie de veille est techniquement une interruption matérielle, comme on le verra plus tard.
Il existe aussi des '''instructions d'arrêt''', qui éteignent le processeur complétement. Le processeur peut redémarrer, mais pas reprendre là où il en était. Pour redémarrer, il faut qu'il reçoive un signal RESET, envoyé sur une entrée du processeur. Lorsque l'entrée RESET du processeur est mise à 1, le processeur redémarre. Typiquement, l'alimentation du processeur est suspendue.
===Les exemples sur les processeurs les plus connus===
Sur les processeurs ARM, les instructions WFI et WFE sont utiles pour les systèmes embarqués, pour mettre le processeur en mode basse consommation. Lorsqu'une instruction de ce type est exécutée, le processeur continue d'être alimenté, mais il ne tient pas compte du signal d'horloge. Le signal d'horloge est clock gaté dès l'entrée dans le CPU. La différence entre les deux instructions est que WFI s'exécute inconditionnellement, alors que WFE ne s’exécute que un registre spécifique, le registre d'évènement, est à 0.
Sur les processeurs Motorola 6502 et ses dérivés, l'instruction WAI est une instruction de mise en veille, alors que l'instruction STP éteint l'ordinateur. La différence est qu'avec l'instruction STP, le processeur ne réagit qu'au signal RESET, qui fait redémarrer le processeur, mais ne réagit pas aux signaux de sortie de veille. L'exécution du processeur ne reprend alors pas là où le processeur s'est arrêté, le ''program counter'' est réinitialisé.
Sur les CPU x86 avant le 486, l'instruction HLT ne mettait pas le processeur en mode basse consommation. Aucune technique n'était prévue pour réduire la consommation du processeur pendant la veille. Le 8086 se contentait de se déconnecter du bus et n'incrémentait pas son ''program counter''. Au passage, l'implémentation exacte au niveau des circuits de l'instruction HLT sur le 8086 est détaillée dans cet article de blog :
* [https://www.righto.com/2023/01/reverse-engineering-intel-8086.html Reverse-engineering the Intel 8086 processor's HALT circuits]
C'est avec le 486 que la mise en veille s'est accompagnée d'une extinction partielle du processeur. Le processeur passait en mode basse consommation, ce qui permettait des économies d'énergie de 5 à 10%. Cependant, les premiers CPU sortis d'usine avaient un bug : le CPU stoppé via l'instruction HLT ne pouvait pas redémarrer de manière logicielle, il fallait lui envoyer le signal de RESET directement via le matériel.
{|class="wikitable"
|-
! x86
| HLT (HALT)
|-
! ARM
|
* WFI (Wait For Interrupt)
* WFE (Wait For Event).
|-
! Motorola 6502 et plus
|
* WAI (WAit for Interrupt)
* STP (SToP)
|}
===Les instructions ''Halt And Catch Fire''===
Le bug n'est pas spécifique aux processeurs 486, de nombreux CPU ont des instructions non-documentées qui bloquent l'ordinateur, si exécutées. Le processeur ne peut alors pas sortir de la mise en veille et soit s'arrête, soit doit être RESET. Les instructions ne sont souvent pas voulues par les concepteurs et sont souvent des bugs. De telles instructions illégales devraient lever une exception matérielle "instruction non reconnue", mais ne le font pas en raison d'un bug quelconque. Elles sont appelées, non sans humour, des '''instructions ''Halt And Catch Fire''''' (stoppe et prend feu).
Un exemple classique est celle du bug du Pentium F00F. Le responsable est une instruction non-documentée, encodée en binaire comme suit F0 0F C7 C8. Il s'agit d'une instruction dont l'encodage est invalide. Elle correspond à une instruction cmpxchg8b qui agit sur une valeur 64 bits obtenue en concaténant les deux registres (EAX et EDX). Elle compare cette valeur 64 bits avec une donnée en mémoire RAM. Mais avec l'encodage F0 0F C7 C8, l'adresse mémoire est remplacée par un nom de registre, du fait de l'encodage des modes d'adressage sur ce CPU. En théorie, le processeur devrait lever une exception matérielle ''opcode invalide''. Seulement, l'instruction est associée à un préfixe LOCK, qu'on ne détaillera pas ici, qui empêche la levée de l'exception.
Elle agissait comme une instruction ''Halt And Catch Fire'' classique. Un problème est que cette instruction n'était pas une instruction en mode noyau, mais une instruction accessible en espace utilisateur. N'importe quel programme invalide, voire un programme malicieux, pouvait bloquer l'ordinateur. La situation a été prise an sérieux, les systèmes d'exploitation fournissant des mitigations logicielles. Intel corrigea le problème, dans une seconde fournée sortie d'usine, avec la version B2 du 486.
==Résumé==
Pour résumer, les instructions les plus courantes sont les suivantes :
{|class="wikitable"
|-
!Instruction
!Utilité
|-
!Instructions arithmétiques
|Elles font des calculs sur des nombres. Les plus communes sont l'addition, la soustraction, la multiplication, la division, le modulo. Pour les instructions flottantes, la racine carrée est souvent supportée, parfois avec les opérations trigonométriques, les logarithmes et l'exponentielle.
|-
!Instructions logiques
|Elles travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les plus communes sont ;
* Les opérations bit à bit, à savoir le ET logique, le OU logique, le OU exclusif (XOR) et le NON logique.
* Les instructions de décalage à droite et à gauche, qui vont décaler tous les bits d'un nombre d'un cran vers la gauche ou la droite. Les bits qui sortent du nombre sont considérés comme perdus.
* Les instructions de rotation, qui font la même chose que les instructions de décalage, à la différence près que les bits qui "sortent d'un côté du nombre" après le décalage rentrent de l'autre.
|-
!Instructions de test et de contrôle (branchements)
|Elles permettent de contrôler la façon dont notre programme s’exécute sur notre ordinateur. Elles permettent notamment de choisir la prochaine instruction à exécuter, histoire de répéter des suites d'instructions, de ne pas exécuter des blocs d'instructions dans certains cas, et bien d'autres choses.
|-
!Instructions d’accès mémoire
|Elles permettent d'échanger des données entre le processeur et la mémoire, ou encore permettent de gérer la mémoire et son adressage. Les deux les plus courantes sont les suivantes :
* LOAD : charge une donnée dans un registre ;
* STORE : copie le contenu d'un registre dans une adresse mémoire.
|}
En plus de ces instructions, beaucoup de processeurs ajoutent d'autres instructions. La plupart sont utilisées par le système d'exploitation pour configurer certaines fonctionnalités importante : la protection mémoire, la mémoire virtuelle, les modes de compatibilité du processeur, la gestion de l'alimentation, l'arrêt ou la mise en veille, etc.
On peut aussi trouver des instructions spécialisées dans les calculs cryptographiques : certaines instructions permettent de chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe. De même, certains processeurs ont une instruction permettant de générer des nombres aléatoires. Et on peut trouver bien d'autres exemples...
Mais d'autres sont franchement exotiques. Par exemple, certains processeurs sont capables d'effectuer des instructions sur du texte directement. Pour stocker du texte, la technique la plus simple utilise une suite de lettres, stockées les unes à la suite des autres dans la mémoire, dans l'ordre dans lesquelles elles sont placées dans le texte. Quelques ordinateurs disposent d'instructions pour traiter ces suites de lettres. D'ailleurs, n'importe quel PC x86 actuel dispose de telles instructions, bien qu'elles ne soient pas utilisées car paradoxalement trop lente comparé aux solutions logicielles ! Cela peut paraître surprenant, mais il y a une explication assez simple qui sera compréhensible dans quelques chapitres (les instructions en question sont microcodées).
<noinclude>
{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les mémoires FIFO et LIFO
| prevText=Les mémoires FIFO et LIFO
| next=Les registres du processeur
| nextText=Les registres du processeur
}}
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2026-09-28T16:43:02Z
Mewtow
31375
/* Les instructions d'accès mémoire */
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wikitext
text/x-wiki
Ce chapitre va aborder le langage machine, à savoir un standard qui définit les instructions du processeur, le nombre de registres, etc.
Dans ce chapitre, on considérera que le processeur est une boîte noire au fonctionnement interne inconnu.
Nous verrons le fonctionnement interne d'un processeur dans quelques chapitres.
Les concepts que nous allons aborder ne sont rien d'autre que les bases nécessaires pour apprendre l'assembleur.
Nous allons surtout parler des instructions du processeur.
Pour simplifier, on peut classer les instructions en quatre grands types :
* les échanges de données entre mémoires ;
* les calculs et autres opérations arithmétiques ;
* les instructions de comparaison ;
* les instructions de branchement.
À côté de ceux-ci, on peut trouver d'autres types d'instructions plus exotiques, pour gérer du texte, pour modifier la consommation en électricité de l'ordinateur, pour chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe, générer des nombres aléatoires, etc. Dans ce chapitre, nous allons voir un aperçu assez large des instructions qui existent. Nous n'allons pas nous limiter aux instructions les plus importantes, mais nous allons aussi parler d'instructions assez exotiques, soit présentes uniquement sur d'anciens ordinateurs, soit très rares, soit franchement tordues. Et certaines de ces instructions exotiques sont assez impressionnantes et risquent de vous surprendre !
==Les instructions entières==
Les '''instructions arithmétiques''' sont les plus courantes et comprennent au minimum l'addition, la soustraction, la multiplication, plus rarement la division. Précisons qu'une opération mathématique ne se fait pas de la même manière suivant la représentation utilisée pour coder ces nombres : on ne manipule pas de la même façon des nombres entiers binaires, des entiers codés en BCD et des nombres flottants. Aussi, dans ce qui va suivre, nous allons séparer les opérations entières, les opérations flottantes et les opérations en BCD.
Les processeurs modernes utilisent des nombres encodés soit en binaire normal, soit en complément à deux. L'avantage est que les opérations arithmétiques se font de la même manière dans les deux encodages. Il y a quelques différences, mais elles sont suffisamment mineures, pas besoin d'avoir une instruction dédiée pour les nombres signés. Les anciens processeurs utilisaient eux des entiers signés en signe-magnitude ou en complément à 1, ou d'autres représentations. Et avec ces représentations, les calculs ne sont pas exactement les mêmes pour les nombres signés et non-signés. Ils avaient donc des instructions séparées pour l'addition signée et l'addition non-signée, idem pour la soustraction, la multiplication, etc.
De nos jours, les ordinateurs utilisent des entiers de taille fixe, qui tiennent dans un registre. J'ai dit qui tiennent dans un registre, car la taille des données à manipuler peut dépendre de l'instruction. Ainsi, un processeur peut avoir des instructions pour traiter des nombres entiers de 8 bits, et d'autres instructions pour traiter des nombres entiers de 32 bits, par exemple. Mais la taille d'une opérande ne dépasse pas la taille d'un registre entier.
===La ou les instructions d'addition entière===
Un processeur implémente au minimum une opération d'addition, même s'il existe de rares exemples de processeurs qui s'en passent. Mieux : certains processeurs implémentent plusieurs instructions d'addition, qui se distinguent par de subtiles différences.
La première différence est la gestion des débordements d'entier. Pour gérer les débordements d'entier, certains processeurs disposent d'un '''registre de débordement''', de 1 bit, qui indique si une instruction arithmétique a généré un débordement d'entier ou non. Il est mis à 1 en cas de débordement, mais reste à 0 sinon. Il est mis à jour à chaque addition/multiplication/soustraction.
Pour rappel, les débordements d'entiers sont différents selon que l'addition est signée ou non, et il faut en tenir compte au niveau du jeu d'instruction. La solution la plus simple est l'existence de deux instructions dédiées : une pour les additions de nombres signés et une autre pour les nombres non-signés. Le circuit additionneur est le même pour ces deux instruction, mais le calcul du bit de débordement est différent. D'autres processeurs s'en sortent autrement, en ayant deux bits de débordement : un si le résultat est signé, l'autre pour les résultats non-signés. Mais nous reparlerons de cela plus tard.
Une autre différence, présente sur les vieux processeurs, tient dans la gestion de la retenue. À l'époque, les processeurs ne pouvaient gérer que des nombres de 4 à 8 bits, guère plus. Pourtant, la plupart des applications logicielles demandait d'utiliser des entiers de 16 bits. Les opérations comme l'addition ou la soustraction étaient alors réalisées en plusieurs fois. Par exemple, on additionnait les 8 bits de poids faible, puis les 8 bits de poids fort. Dans un cas pareil, il fallait aussi gérer la retenue dans l'addition des 8 bits de poids fort.
Pour cela, la retenue en question était mémorisée dans un registre de 1 bit dédié, semblable au registre de débordement, appelé le '''bit de retenue'''. De plus, les processeurs incorporaient une instruction d'addition qui additionnait les deux opérandes avec la retenue en question, instruction souvent appelée ADDC (''ADD with Carry''). Niveau circuits, cela ne changeait pas grand chose, tous les additionneurs ayant une entrée pour la retenue (qui est utilisée pour implémenter la soustraction, rappelez-vous). L'implémentation de l'instruction ADDC était très simple, n'utilisait presque pas de circuits, et rendait de fiers services aux programmeurs de l'époque. Nous parlons là des vieux processeurs 4 et 8, mais certains processeurs 16, 32, voire 64 bits, sont capables d'effectuer ce genre d'opération, même si ils sont rares.
: Il existe parfois des instructions pour mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. C'est le cas sur l'architecture x86. Mais son utilité est marginale, car toutes les instructions arithmétiques modifient le bit de retenue.
La même chose a lieu pour la soustraction, qui demande qu'une "retenue" soit propagée d'une colonne à l'autre (bien que la "retenue" soit utilisée différemment : elle n'est pas additionnée, mais soustraite du résultat de la colonne). Pour cela, les processeurs implémentent l'opération SUBC (''Substract with Carry''). Et pour mettre en œuvre cette opération, ils ont deux options. La première est d'ajouter un bit pour la "retenue" de la soustraction. Pour une soustraction qui calcule a-b, elle vaut 0 si a>=b et 1 si a<b. Elle est utilisée telle qu'elle par le circuit qui effectue la soustraction, généralement un soustracteur. L'autre option est d'utiliser le but de retenue de l'addition, sans rien modifier. Pour comprendre pourquoi, rappelons que la soustraction est implémentée en complément à deux par le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + 1</math>
Il s'agit d'une addition, qui a donc une retenue lors d'un débordement. On peut alors réutiliser le bit de retenue de l'addition pour la soustraction, en modifiant quelque peu la soustraction à effectuer. Pour comprendre comment faire la modification, précisons tout d'abord que les règles du complément à deux nous disent qu'on a un débordement quand a>=b. Passons maintenant à l'étude d'un exemple théorique : le cas où on veut soustraire deux nombres de 16 bits avec deux opérations SUBC qui travaillent sur 8 bits. Appelons les deux opérandes A et B, <math>a_h</math> et <math>b_h</math> les 8 bits de poids forts de ces opérandes, et <math>a_l</math> et <math>b_l</math> leurs 8 bits de poids faible. Voyons ce qui se passe suivant que la retenue soit de 0 ou 1.
* Si la retenue de l'addition est de 1, on a <math>a_l \geq b_l</math>, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>.
* À l'inverse, si la retenue de l'addition est de 0, on a <math>a_l \leq b_l</math>. Cela veut dire que si on posait la soustraction, alors une retenue devrait être propagée à la colonne suivante, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1 - \text{retenue de 1}</math>.
Récapitulons dans un tableau.
{|class="wikitable"
|-
! Retenue
! Opération à effectuer pour la seconde soustraction
|-
! 0
| <math>a_h + \overline{b_h} + 0</math>
|-
! 1
| <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>
|}
On voit que ce qu'il faut ajouter à <math>a_h + \overline{b_h}</math> est égal à la retenue. L'opération SUBC fait donc le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + \text{retenue}</math>
La plupart des processeurs 8 et 16 bits avaient deux instructions de soustraction séparées : une sans gestion de la retenue, une avec. Mais certains processeurs comme le 6502 n'avaient qu'une seule instruction de soustraction : celle qui tient compte de la retenue ! Il n'y avait pas de soustraction normale. Pour éviter tout problème, les programmeurs devaient faire attention. Ils disposaient d'une instruction mettre à 0 ou à 1 le bit de retenue pour éviter tout problème, qu'ils utilisaient avant toute soustraction simple.
===Les instructions de division entière===
Il faut savoir que la division est une opération très lourde pour le processeur : une instruction de division dédiée met au mieux une dizaine de cycles d'horloge pour fournir un résultat, parfois plus de 50 à 70 cycles d’horloge. Et elle est facilement 10 à 50 fois plus lente qu'une opération de multiplication. De plus, son implémentation matérielle utilise beaucoup de portes logiques/transistors. Son cout globalement le même que pour un circuit multiplieur, parfois un peu plus. Mais on a de la chance : c'est aussi une opération assez rare, peu utilisée.
De plus, les divisions les plus courantes sont des divisions par une constante : un programme devant manipuler des nombres décimaux aura tendance à effectuer des divisions par 10, un programme manipulant des durées pourra faire des divisions par 60 (gestion des minutes/secondes) ou 24 (gestion des heures). Or, diverses astuces permettent de les remplacer par des suites d'instructions plus simples, qui donnent le même résultat (l'usage de décalages, la multiplication par un entier réciproque, etc). Et la suite d'instruction équivalent est beaucoup plus rapide qu'une implémentation matérielle, car on profite qu'une opérande est constante. En-dehors de ce cas, l'usage des divisions est assez rare.
Sachant cela, certains processeurs ne possèdent pas d'instruction de division, car les gains de performance seraient modérés et le coût en transistors élevé. Les divisions sont alors émulées en logiciel, par une suite de soustractions ou tout autre code équivalent. D'autres processeurs implémentent toutefois la division dans une instruction machine, avec un circuit dédié, mais c'est signe que le coût en transistors n'est pas un problème pour le concepteur de la puce.
===Les instructions de multiplication entière===
Contrairement à la division, l'opération de multiplication entière est très courante, presque tous les processeurs modernes en ont une. Les multiplications sont plus fréquentes dans le code des programmes, sans compter que c'est une opération pas trop lourde à implémenter en circuit. Il en existe parfois plusieurs versions sur un même processeur. Ces différentes versions servent à résoudre un problème quant à la taille du résultat d'une multiplication. En effet, la multiplication de deux opérandes de <math>n</math> bits donne un résultat de <math>n \times 2</math>, ce qui ne tient donc pas dans un registre. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions.
Dans sa version la plus simple, l'instruction de multiplication se contente de garder les <math>n</math> bits de poids faible, ce qui peut entraîner l'apparition de débordements d'entiers.
Une autre solution est de calculer soit les bits de poids fort, soit les bits de poids faible, le choix étant laissé au programmeur. Des processeurs disposent de deux instructions de multiplication : une instruction pour calculer les bits de poids fort du résultat et une autre pour les bits de poids faible. Certains processeurs disposent d'une instruction de multiplication configurable, qui permet de choisir quels bits conserver : poids fort ou poids faible.
Une autre version mémorise le résultat dans deux registres : un pour les bits de poids faible et un autre pour les bits de poids fort. Il faut noter que certains processeurs disposent de registres spécialisés pour cela. Par spécialisés, on veut dire qu'ils sont séparés des autres registres. Les autres registres, appelés les registres généraux, mémorisent n'importe quelle opérande entière et sont utilisables pour toutes les opérations. Mais la multiplication mémorise son résultat dans deux registres à part, qu'on nommera HO et LO. Seule l'instruction de multiplication peut écrire un résultat dans ces deux registres, avec HO pour les bits de poids fort, et LO pour les bits de poids faibles. Par contre, n'importe quelle instruction peut les lire, pour récupérer une opérande dans ces deux registres.
==Les instructions sur les entiers BCD==
Parlons maintenant des '''instructions BCD''', qui agissent sur des opérandes codées en BCD. Devenues très rares avec la disparition du BCD dans l'informatique grand-public, elles étaient quasiment essentielles sur les tous premiers processeurs 8 bits.
===Les ordinateurs décimaux===
Au tout début de l'informatique, il a existé des processeurs qui travaillaient uniquement en BCD, appelés des '''processeurs décimaux'''. Ils avaient uniquement des instructions BCD, pas d'instruction sur des opérandes codées en binaire. Ils étaient assez courants entre les années 60 et 70, même s'ils ne représentent pas la majorité des architectures de l'époque. Il y avait une vraie séparation entre processeurs décimaux et processeurs binaires, sans intermédiaires notables.
Les tous premiers ordinateurs décimaux pouvaient manipuler des entiers BCD de taille arbitraire. Ils stockaient leurs nombres dans des chaines de caractères ou des tableaux encodés en BCD. Le processeur faisait les calculs chiffre par chiffre, caractère BCD par caractère BCD. Les ordinateur décimaux qui ont abandonné ce fonctionnement. À la place, ils ont intégré des registres capables de mémoriser des entiers BCD de taille fixe.
Le grand avantage des processeurs décimaux est leur très bonne performance dans les tâches de bureautique, de comptabilité, et autres. Les processeurs de l'époque recevaient des entiers codés en BCD de la part des entrées-sorties, et devaient les traiter. Les processeurs binaires devaient faire des conversion BCD-binaire pour communiquer avec les entrées-sorties, mais pas les processeurs décimaux. Le gain en performance pouvait être substantiel dans certaines applications.
===Les instructions BCD des processeurs binaires===
Par la suite, dans les années 80, l'augmentation des performances a favorisé les processeurs binaires. Faire des conversions binaires-BCD n'était plus un problème, les conversions étaient suffisamment rapides. Par contre, faire les calculs en BCD était plus lent que faire les calculs en binaire, ce qui fait que le compromis technologique de l'époque favorisaient le binaire. Mais pour obtenir le meilleur des deux mondes, les processeurs binaires ont ajouté un support du BCD. C'était l'époque des architectures 8 bits, puis 16 bits.
Intuitivement, on se dit que, les processeurs de l'époque des 8 bits avaient leurs instructions de calcul en double : une instruction pour les calculs entier et une autre pour les calculs BCD. Mais d'autres processeurs faisaient autrement. À l'époque des processeurs 8-16 bits, certains processeurs ne géraient pas d'instructions BCD proprement dit, mais géraient quand même les calculs en BCD grâce à des instructions spéciales. Concrètement, les programmeurs utilisaient une instruction d'addition ou de soustraction binaire, mais il était possible de corriger ce résultat pour obtenir le bon résultat codé en BCD. Les processeurs de l'époque disposaient d'une instruction pour faire la correction, souvent appelée ''Decimal Adjust After Addition''.
Avant d'aller plus loin, nous devons préciser que les processeurs 8 bits de l'époque pouvaient gérer deux formats de BCD. Le premier est le '''format ''Packed''''', où deux chiffres sont mémorisé dans un octet. Le premier nibble (4bits) mémorise un chiffre BCD, le second nibble mémorise le second. Il s'agit d'un format qui remplit au maximum les bits de l'octet avec des données utiles. L'autre format, appelé '''''Unpacked''''', ne mémorise qu'un seul chiffre BCD dans un octet. Le chiffre est quasi- tout le temps dans le nibble de poids faible. Il se trouve que la manière de corriger le résultat d'une opération n'est pas la même suivant que le nombre est codé en BCD ''packed'' et ''unpacked''.
Pour commencer, étudions le cas des nombres BCD ''unpacked'', plus simples à comprendre. Lors d'une addition, il se peut que le résultat ne soit pas représentable en BCD ''unpacked''. Par exemple, si je fais le calcul 5 + 8, le résultat sera 13 : il tient dans un nibble en décimal, mais pas en BCD ! Cette situation survient quand le résultat d'une addition de deux entiers BCD ''unpacked'' dépasse 9, la limite de débordement en BCD ''unpacked''. Nous avons vu dans le chapitre sur les circuits d'addition que la correction est alors toute simple : si le résultat dépasse 9, on ajoute 6. De plus, on doit prévenir que le résultat a débordé et ne tient pas sur un nibble en BCD. Pour cela, on ajoute un bit spécialisé, appelé le '''''half carry flag''''', indicateur de demi-retenue en français, qui joue le même rôle que le bit de débordement, mais pour le BCD ''unpacked''. Sur les processeurs x86, tout cela est réalisé par une instruction appelée ''ASCII adjust after addition''.
: Pour la soustraction, il faut faire la même chose, sauf qu'il faut soustraire 6, pas l'ajouter. Et il y a aussi une instruction pour cela : ''ASCII adjust after substraction''.
Pour les nombres BCD ''packed'', la procédure est globalement la même, sauf qu'il faut traiter les deux ''nibbles'' : on ajoute 6 si le nibble de poids faible dépasse 9, puis on fait la même chose avec le ''nibble'' de poids fort. Le bit ''half carry flag'' n'est pas mis à jour et est tout simplement ignoré. Notons qu'on modifie d'abord le ''nibble'' de poids faible, avant de traiter celui de poids fort. En effet, si on corrige celui de poids faible, la retenue obtenue en ajoutant 6 se propage au nibble suivant, ce qui fait que ce dernier peut voir sa valeur augmenter. Une fois cela fait, le bit de retenue est mis à 1. La procédure est différente, vu qu'il faut traiter deux ''nibles'' au lieu d'un, et que le bit ''half-carry'' est ignoré au profit du bit de retenue normal. D'où l'existence d'une instruction séparée pour l'addition des nombres BCD ''packed'', appelée ''Décimal adjust after addition'' sur les processeurs x86.
Les processeurs modernes ne supportent plus le BCD, car il est très peu utilisé. Les processeurs ARM et MIPS ont toujours fait sans instructions BCD. Les processeurs x86 des PC désactivent les instructions BCD en mode 64 bits, mais conservent des opérations BCD en mode 32 bits, pour des raisons de compatibilité. Le support du codage BCD est surtout quelque chose qu'on trouve sur les anciens processeurs.
==Les instructions flottantes==
Passons maintenant au support des nombres flottants. Avant les années 60, les processeurs n'était pas encore capables de faire de calculs avec des nombres flottants. Les calculs flottants étaient émulés soit par une bibliothèque logicielle, soit par le système d'exploitation. Pour améliorer les performances, les concepteurs de processeurs ont conçus des '''coprocesseurs arithmétiques''', des processeurs secondaires spécialisés dans les calculs flottants, qui complémentaient le processeur principal, et avaient leur propre emplacement sur la carte mère. Par la suite, les concepteurs de processeurs ont incorporé des instructions de calculs sur des nombres flottants, rendant le coprocesseur inutile.
Pour supporter les nombres flottants, il y a deux écoles. La première utilise des instructions flottantes séparées des instructions entières. La seconde utilise des instructions d'addition/soustraction/multiplication généralistes, capables de traiter indifféremment entiers et flottants, voire les encodages BCD.
===Les architectures taguées===
Le second cas correspond à certaines machines assez anciennes, datant des années 50 à 70. Ces processeurs n'avaient qu'une seule instruction d'addition, qui pouvait traiter indifféremment flottants, nombres entiers codés en BCD, en complément à deux, etc. Pour cela, les opérandes étaient associés à un type qui précisait s'il s'agissait d'un opérande flottant, entier, BCD, d'un pointeur, ou autre. Le traitement effectué par une instruction dépendait des ''tag'' associés aux opérandes. Par exemple, si les deux opérandes avaient un ''tag'' "entier", l'instruction faisait un calcul entier. Si les deux opérandes avaient un ''tag'' "flottant", l'instruction faisait un calcul flottant.
Le type de l'opérande était encodé avec un ''tag'', une sorte de numéro codé en binaire. Le ''tag'' était stocké en mémoire à côté de l'opérande, un mot mémoire contenait la donnée et le ''tag'' concaténés l'un à la suite de l'autre. Le défaut est que la mémoire devait être conçue pour gérer le ''tag'', de même que le processeur. Des processeurs de ce type s'appellent des ''architectures à tags'', ou '''tagged architectures''', en référence au ''tag'' ajouté dans la mémoire.
Mais les processeurs modernes n'utilisent pas cette technique, du fait de son cout en mémoire. À la place, le processeur dispose d'une instruction par type à manipuler : une instruction de multiplication pour les flottants, une autre pour les entiers codés en complément à deux, etc.
===Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées===
Les processeurs modernes disposent d'instructions de calculs sur des nombres flottants, qui sont standardisées. Le standard IEEE 754 standardise aussi quelques instructions sur les flottants : les quatre opérations arithmétiques de base, les comparaisons et la racine carrée. Certains processeurs vont plus loin et implémentent aussi d'autres instructions sur les flottants qui ne sont pas supportées par la norme IEEE 754. Par exemple, certaines fonctions mathématiques telles que sinus, cosinus, tangente, arctangente et d'autres. Le seul problème, c'est que ces instructions peuvent mener à des erreurs de calcul incompatibles avec la norme IEEE 754. Heureusement, les compilateurs peuvent mitiger ces désagréments.
Il faut néanmoins préciser que le support de la norme IEEE 754 n'est pas une obligation : certains processeurs ne la supportent que partiellement. Par exemple, certains processeurs ne supportent que les flottants simple précision, mais pas les double précision (ou inversement). Exemple : les premiers processeurs Intel ne géraient que les flottants double précision étendue. D'autres processeurs ne gèrent pas les underflow, overflow, les NaN, les infinis, ou même les flottants dénormaux. Précisons que même lorsque la gestion des dénormaux est implémentée en hardware (comme c'est le cas sur certains processeurs AMD), celle-ci reste malgré tout très lente.
Si les exceptions ne sont pas supportées, le processeur peut être configuré de façon à soit ignorer les exceptions en fournissant un résultat, soit déclencher une exception matérielle (à ne pas confondre avec les exceptions de la norme). Le choix du mode d'arrondi ou la gestion des exceptions flottantes se fait en configurant un registre dédié, intégré dans le processeur.
Plus rarement, il arrive que certains processeurs gèrent des formats de flottants spéciaux qui ne font pas partie de la norme IEEE 754. Par exemple, certains processeurs utilisent des formats de flottants différents de la norme IEEE 754, avec par exemple des flottants codés sur 8 ou 16 bits, qui sont très utiles pour les applications qui se contentent très bien d'un résultat approché.
==Les instructions logiques==
À côté des instructions de calcul, on trouve des '''instructions logiques''' qui travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les opérations bit à bit ont déjà été vues dans les premiers chapitres, ceux sur l'électronique. Pour rappel, les plus courantes sont :
* La négation, ou encore le NON bit à bit, inverse tous les bits d'un nombre : les 1 deviennent des 0 et les 0 deviennent des 1.
* Le ET bit à bit, qui agit sur deux nombres : il va prendre les bits qui sont à la même place et va effectuer un ET (l’opération effectuée par la porte logique ET). Exemple : 1100·1010=1000.
* Les instructions similaires avec le OU ou le XOR.
Mais d'autres instructions sont intéressantes à étudier.
===Les instructions de décalage et de rotation===
Les '''instructions de décalage''' décalent tous les bits d'un nombre vers la gauche ou la droite. Pour rappel, il existe plusieurs types de décalages : les rotations, les décalages logiques, et les décalages arithmétiques. Nous avions déjà vu ces trois opérations dans le chapitre sur les circuits de décalage et de rotation, ce qui fait que nous allons simplement faire un rappel dans le tableau suivant. Pour résumer, voici la différence entre les trois opérations :
{|class="wikitable"
|-
!
! Schéma
! Gestion des bits sortants
! Remplissage des vides laissés par le décalage
|-
! Rotation
|[[File:Rotation de bits.png|Rotations de bits.]]
| Réinjectés dans les vides laissés par le décalage
| Remplis par les bits sortants
|-
! Décalage logique
|[[File:Décalage logique.png|Décalage logique.]]
| rowspan="2" | Les bits sortants sont oubliés
| Remplis par des zéros
|-
|-
! Décalage arithmétique
|[[File:Décalage arithmétique.png|Décalage arithmétique.]]
| Remplis par :
* le bit de signe pour les bits de poids fort ;
* des zéros pour les bits de poids faible .
|}
Pour rappel, les décalages de n rangs sont équivalents à une multiplication/division par 2^n. Un décalage à gauche est une multiplication par 2^n, alors qu'un décalage à droite est une division par 2^n. Les décalages logiques effectuent la multiplication/division pour un nombre non-signé (positif), alors que les décalages arithmétiques sont utilisés pour les nombres signés. Précisons cependant que pour ce qui est des décalages à droite, les décalages logiques et arithmétiques n'arrondissent pas le résultat de la même manière. Les décalages logiques à droite arrondissent vers zéro, alors que les décalages arithmétiques arrondissent vers la valeur inférieure (vers moins l'infini). De plus, les décalages à gauche entraînent des débordements d'entiers qui ne se gèrent pas de la même manière entre décalage logique et décalage arithmétique.
La plupart des processeurs stockent le bit sortant dans un registre, généralement le registre qui stocke le bit de retenue des additions qui est réutilisé pour cette optique. Ils possèdent aussi une variante des instructions de décalage où le bit de retenue est utilisé pour remplir le bit libéré au lieu de mettre un zéro. Cela permet d'enchaîner les décalages sur un nombre de bits plus grand que celui supporté par les instructions en procédant par morceaux. Par exemple, pour un processeur supportant les décalages sur 8 et 16 bits, il peut enchaîner deux décalages de 16 bits pour décaler un nombre de 32 bits ; ou bien un décalage de 8 bits et un autre de 16 bits pour décaler un nombre de 24 bits.
[[File:Shift Arithmetic Right.svg|centre|vignette|Décalage arithmétique à droite, où le bit sortant est mémorisé dans le bit de retenue (CF pour ''Carry Flag'').]]
Ils existe une variante des instructions de rotation où le bit de retenue est utilisé. Un bon exemple est celui des instructions LRCY (''Left Rotate Through Carry'') et RRCY (''Right Rotate Through Carry''). La première est un décalage/rotation à gauche, l'autre est un décalage/rotation à droite. Les deux décalent un registre de 16 bits, mais on pourrait imaginer la même chose avec des registres de taille différente. Lors du décalage, le bit sortant est mémorisé dans le registre de retenue, alors que le bit de retenue précédent est lui envoyé dans le vide laissé par le décalage. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une rotation, sauf que le nombre décalé/rotaté est composé du registre concaténé au bit de retenue, le bit de retenue étant le bit de poids fort pour un décalage à gauche, de poids faible pour un décalage à droite.
====Le cas particuliers des processeurs ARM====
Sur les processeurs ARM, il n'y a pas d'instruction de décalage à proprement parler, ni de rotations. Par contre, les décalages sont fusionnés avec la plupart des opérations arithmétiques ! Toute opération arithmétique prend deux registres d'opérandes et un registre de destination, ainsi qu'un décalage facultatif. Le décalage est appliqué sur la seconde opérande automatiquement, sans avoir à faire une instruction séparée. À l'intérieur de l'instruction, deux bits précisent quel type de décalage effectuer (logique à droite, arithmétique à droite, à gauche, rotation à droite). Le nombre de rangs dont il faut décaler est soit encodé directement dans l'instruction sur 5-6 bits, soit précisé dans un registre.
Toutes les instructions ne permettent pas de faire un décalage automatique. Seules les opérations simples peuvent le faire, à savoir les additions, soustractions, copies d'un registre à un autre, les opérations logiques, et quelques autres. Et cela se marie très bien avec le fait qu'on applique le décalage sur la seconde opérande fait qu'il se marie très bien avec les calculs d'adresse. En effet, quand un programmeur manipule une structure de données, notamment un tableau, il arrive souvent qu'il fasse des calculs d'adresse cachés. La majeure partie de ces calculs d'adresse sont de la forme : adresse de base + (indice * taille de la donnée). Vu que les données ont très souvent une taille qui est une puissance de deux, le second terme se calcule en décalant l'indice, le calcul total demande une simple addition avec une opérande décalée, ce qui prend une seule instruction sur les processeur ARM.
===Les instructions de manipulation de bits===
D'autres opérations effectuent des calculs non pas bit à bit (on traite en parallèle les bits sur la même colonne), mais qui manipulent les bits à l'intérieur d'un nombre. les plus simples d'entre elles comptent sur les bits.
Une instruction très commune de ce type est l'instruction '''''population count''''', qui compte le nombre de bits d'un nombre qui sont à 1. Par exemple, pour le nombre 0100 1100 (sur 8 bits), la ''population count'' est de 3. Il s'agit d'une instruction utile dans les codes correcteurs d'erreur, très utilisés pour tout et n'importe quoi (trames réseau, sommes de contrôle des secteurs des disques dur, et bien d'autres). De plus, elle permet de calculer facilement le bit de parité d'un nombre, ce qui est utile pour les codes de détection d'erreur. En soi, l'instruction est facultative et l'implémenter est un choix qui n'est pas trivial. Mais cette instruction est très simple à implémenter en circuits, sans compter que son implémentation utilise assez peu de transistors. Le circuit de calcul est ridiculement simple, utilise peu de transistors.
Les processeurs gèrent aussi assez souvent des instructions pour compter les zéros ou les uns après le bit de poids fort/faible. Pour rappel, voici les quatre possibilités :
* '''''Count Trailing Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à droite du 1 de poids faible.
* '''''Count Leading Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à gauche du 1 de poids fort.
* '''''Count Trailing Ones''''' donnent le nombre de 1 situés à gauche du 0 de poids fort.
* '''''Count Leading Ones''''' donne le nombre de 1 situés à droite du 0 de poids faible.
[[File:Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.png|centre|upright=2.0|vignette|Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.]]
Comme vous le voyez sur le schéma du dessus, ces quatre opérations de comptage sont liées à quatre autres opérations. Ces dernières donnent la position du 0 ou du 1 de poids faible/fort :
* '''''Find First Set''''', donne la position du 1 de poids faible.
* '''''Find highest set''''' donne la position du 1 de poids fort.
* '''''Find First Zero''''' donne la position du 0 de poids faible.
* '''''Find Highest Zero''''' donne la position du 0 de poids fort.
Il est rare que des processeurs s’implémentent toutes ces opérations. En effet, le résultat de certaines opérations se calcule à partir des autres. Pour donner un exemple, les processeurs x86 modernes incorporent une extension, appelée '''''Bit manipulation instructions sets (BMI sets)''''', qui ajoute quelques instructions de ce type. Pour le moment, seules les instructions ''Count Trailing Zeros'' et ''Count Leading Zeros'' sont supportées.
Et il existe bien d'autres instructions de ce type. On peut citer, par exemple, l'instruction BLSI, qui ne garde que le 1 de poids faible et met à zéro tous les autres bits. L'instruction BLSR quant à elle, met à 0 ce 1 de poids faible. Et il y en a bien d'autres, qui impliquent le 1 de poids fort, le 0 de poids faible, le 1 de poids faible, etc.
===Les instructions d'extension de registres===
Certains processeurs sont capables de gérer des données de taille diverses. Ils peuvent par exemple gérer des données codées sur 16 bits ou sur 32 bits comme c'est le cas sur certains processeurs anciens. Comme autre exemple, les processeurs x86 modernes peuvent gérer des données de 8, 16 et 32 bits. Pour cela, ils disposent généralement de registres de taille différentes, certains font 8 bits, d'autres 16, d'autres 32, etc. Dans ce cas, il est courant que l'on ait à faire des conversions vers un nombre de taille plus grande. Par exemple, convertir un nombre de 8 bits en un nombre de 16 bits, ou un nombre de 8 bits en 32 bits. Les processeurs de ce type incorporent des instructions pour ce faire, qui s'appellent les '''instructions d'extension de nombres'''.
La seule difficulté de ces instructions tient à la manière dont on remplit les bits de poids forts. Par exemple, si l'on passe de 8 bits à 16 bits, les 8 bits de poids forts sont inconnus. Pareil si on passe de 16 bits à 32 bits : quelle doit être la valeur des 16 bits de poids fort ? Intuitivement, on se dit qu'il suffit de les remplir par des zéros. Faire ainsi marche très bien, mais à condition que le nombre soit un nombre positif ou nul. Mais dans le cas d'un nombre négatif, cela ne marche pas (le résultat n'est pas bon). Pour les nombres codés en complément à deux, il faut remplir les bits manquants par le bit de signe, le bit de poids fort. On a donc deux choix : soit on remplit les bits manquants par des 0, ou par le bit de poids fort. Globalement, les deux choix possibles correspondent à deux instructions : une pour les nombres non-signés et une autre pour les nombres codés en complément à deux. On parle respectivement d''''instruction de ''zero extension''''' et '''instruction d'extension de signe'''.
Formellement, les instructions d'extension de nombre sont des copies entre registres : le contenu d'un registre est copié dans un autre plus grand. L'extension de signe est couplée avec cette copie, les deux étant effectués en une instruction. Du moins, c'est le cas sur la plupart des processeurs. On pourrait imaginer séparer les deux en deux instructions séparées, une instruction MOV (qui copie un registre dans un autre, comme on le verra plus bas) et une instruction d'extension de signe/zéro. Dans ce cas, l'instruction d'extension de signe/zéro prend un registre de grande taille et étend la donnée dans ce registre. Par exemple, pour une extension de signe de 16 à 32 bits, l'instruction prendrait un registre de 32 bits, ne considérerait que les 16 bits de poids faible et effectuerait l'extension de signe/zéro à partir de ces derniers. En soi, l'extension avec des zéros est un simple masque, réalisable avec des opérations bit à bit et cette instruction n'a pas besoin d'être implémentée. Par contre, les instructions d'extension de signe sont elles très utiles.
De plus, une instruction d'extension de signe séparée a l'avantage d'être utilisable même sur des architecture avec des registres de taille identique. Mais quel intérêt, me direz-vous ? Il faut savoir que certaines langages de programmation permettent de travailler sur des entiers dont on peut préciser la taille. Un même programme peut ainsi manipuler des entiers de 16 bits et de 32 bits, ou des entiers de 8, d'autres de 16, d'autres de 32, et d'autres de 64. L'intérêt n'est as évident, mais un bon exemple est celui de la rétrocompatibilité entre programmes. Par exemple, un programme 64 bits qui utilise une librairie 32 bits, ou un programme codé en 64 bits qui émule une console 16 bits. Ou encore, la communication entre un programme codé en 16 bits avec un capteur qui mesure des données de 8 bits. Bref, les possibilités sont nombreuses. Imaginons que tout se passe dans des registres de 32 bits. Le processeur peut incorporer des instructions de calcul sur 16 bits, en plus des instructions 32 bits. Dans ce cas, l'extension de signe sert à faire des conversions entre entiers de taille différentes.
===Les instructions de permutation d'octets===
Les instructions de ''byte swap'', aussi appelée '''instructions de permutation d'octets''', échangent de place les octets d'un nombre. Leur implémentation varie grandement selon la taille des entiers. Le cas le plus simple est celui des instructions qui travaillent sur des entiers de 16 bits, soit deux octets. Il n'y a alors qu'une seule solution pour échanger les octets : l'octet de poids fort devient l'octet de poids faible et réciproquement. Les deux octets échangent leur place.
Pour les nombres de 32 bits, soit 4 octets, il y a plusieurs possibilités. La première inverse l'ordre des octets dans le nombre : on échange l'octet de poids faible et de poids fort, mais on échange aussi les deux octets restant entre eux. Une autre solution découpe l'entier en deux morceaux de 16 bits : l'un avec les deux octets de poids fort, l'autre avec les deux octets de poids faible. Les octets sont inversés dans ces blocs de 16 bitzs, mais on n'effectue pas d'autres échanges. On peut aussi échanger les deux morceaux de 16 bits, mais sans changer l'ordre des octets dans les blocs.
[[File:Instruction de permutation d'octets.png|centre|vignette|upright=2|Instruction de permutation d'octets]]
L'utilité de ces instructions n'est pas évidente au premier abord, mais elle sert beaucoup dans les opérations de conversion de données. Tout cela devrait devenir plus clair dans le chapitre sur le boutisme.
==Les instructions d'accès mémoire==
Les instructions d’accès mémoire permettent de copier ou d'échanger des données entre le processeur et la RAM. On peut ainsi copier le contenu d'un registre en mémoire, charger une donnée de la RAM dans un registre, initialiser un registre à une valeur bien précise, etc. Il en existe plusieurs, les plus connues étant les suivantes : LOAD, STORE et MOV. D'autres processeurs utilisent une instruction d'accès mémoire généraliste, plus complexe.
===Les instructions d'accès à la RAM : LOAD et STORE===
Les instructions LOAD et STORE sont deux instructions qui permettent d'échanger des données entre la mémoire RAM et les registres. Elles copient le contenu d'un registre dans la mémoire, ou au contraire une portion de mémoire RAM dans un registre.
* L''''instruction LOAD''' est une instruction de lecture : elle copie le contenu d'un ou plusieurs mots mémoire consécutifs dans un registre. Le contenu du registre est remplacé par le contenu des mots mémoire de la mémoire RAM.
* L''''instruction STORE''' fait l'inverse : elle copie le contenu d'un registre dans un ou plusieurs mots mémoire consécutifs en mémoire RAM.
{|class="wikitable"
|[[File:Instruction LOAD.png|300px|Instruction LOAD.]]
|[[File:Instruction STORE.png|300px|Instruction STORE.]]
|}
En théorie, une variante de l'instruction STORE peut enregistrer une constante en mémoire RAM. Il est en théorie possible pour une instruction STORE modifiée de stocker la valeur 9 dans l'adresse X, par exemple. La constante est fournie par l'instruction, elle n'est pas stockée dans un registre, mais carrément intégrée à l'instruction. Cela sera plus clair quand nous verrons les modes d'adressage, notamment le mode d'adressage immédiat.
Plus haut dans le chapitre, j'ai dit qu'un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs dédiées, certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Et bien il en est de même pour les instructions LOAD et STORE, qui ont chacune une variante pour les entiers 8, 16, 32, 64 bits.
De telles instructions ne font pas que lire ou écrire des données. Pour comprendre pourquoi, prenons un processeur 64 bits. Il dispose d'un bus de 64 bits, pour lire ou écrire des mots mémoire de 64 bits chacun. Pour des lectures de 8, 16 ou 32 bits, un mot mémoire entier est lu, puis seuls les octets adéquats sont conservés. Par exemple, pour une lecture 32 bits, un mot mémoire de 64 bits est lu, puis une opération de masquage (ET bit à bit) met à zéro le 32 bits inutiles. Ce sont souvent les 32 bits de poids faible ou de poids fort qui sont mis à zéro. Il en est de mêma vec les lectures 16 bits, sauf que les 48 bits inutiles sont alors mis à zéro, idem avec les lectures 8 bits.
Pour les écritures, les choses sont encore plus compliquées. Imaginez que je veuille modifier 32 bits. Les 32 bits à modifier font partie d'un mot mémoire de 64 bits, qui contient les 32 bits utiles, et 32 bits supplémentaires. l'écriture ne doit pas effacer les 32 bits supplémentaires, seulement les 32 bits utiles. Pour cela, le processeur n'a pas le : il doit lire un mot mémoire de 64 bits, modifier le 32 bits utiles, puis réécrire le tout en mémoire RAM. L'écriture demande de faire une lecture, une modification, puis une écriture. Le mot mémoire de 64 bits est copié dans un registre, la modification se fait dans ce registre, vient une opération de masquage complexe, puis l'écriture est effectuée.
===Les instructions de transfert entre registres : MOV et XCHG===
L''''instruction MOV''' copie le contenu d'un registre dans un autre sans passer par la mémoire. C'est donc un échange de données entre registres, qui n'implique en rien la mémoire RAM, mais MOV est quand même considérée comme une instruction d'accès mémoire. Les données sont copiées d'un registre source vers un registre de destination. Le contenu du registre source est conservé, alors que le contenu du registre de destination est écrasé (il est remplacé par la valeur copiée). Cette instruction est utile pour gérer les registres, notamment sur les architectures avec peu de registres et/ou sur les architectures avec des registres spécialisés.
[[File:Instruction MOV.png|centre|300px|Instruction MOV.]]
Mais quelques rares architectures ne disposent pas d'instruction MOV, qui n'est formellement pas nécessaire, même si bien utile. En effet, on peut émuler une instruction MOV avec des instructions logiques utilisées convenablement. L'idée est de faire une opération dont le résultat est l'opérande envoyée, et d'enregistrer le résultat dans le registre de destination. Par exemple, on peut faire un OU entre le registre opérande et 0 : le résultat sera l'opérande. Idem avec un ET et la valeur adéquate. Ou encore, on peut imaginer faire un ET/OU entre un registre et lui-même : le résultat est égal au contenu du registre opérande.
Quelques processeurs assez rares ont des instructions pour échanger le contenu de deux registres. Par exemple, on peut citer l''''instruction XCHG''' sur les processeurs x86 des PC anciens et actuels. Elle permet d'échanger le contenu de deux registres, quel qu'ils soient, il n'y a pas de restrictions sur le registre source et sur le registre de destination. Mais d'autres processeurs ont des restrictions sur les registres source et destination. Par exemple, le processeur Z80 a des instructions d'échanges assez restrictives, comme on le verra dans quelques chapitres.
Sur les processeurs ARM, l'instruction MOV fait partie des instructions qui permettent d'effectuer un décalage sur la seconde opérande. Il s'agit en réalité de décalages/rotations décalées, qui sont fusionnées avec une instruction MOV. L'instruction MOV des processeurs ARM fait soit un MOV normal, soit un décalage.
===L'instruction mémoire généraliste : une alternative à LOAD et STORE===
Sur certains processeurs, il n'y a pas d'instruction LOAD ou STORE, ni même MOV . À la place, on trouve une '''instruction d'accès mémoire généraliste''', qui fusionne les trois. Elle est capable de faire une lecture, une écriture, ou une copie entre registres, et parfois une copie d'une adresse mémoire vers une autre. Les trois premières opérations sont presque toujours supportées, mais la copie d'une adresse mémoire vers une autre est beaucoup plus rare.
Sur les processeurs x86, l'instruction généraliste s'appelle l'instruction MOV. Elle gère la lecture en RAM, l'écriture en RAM, la copie d'un registre vers un autre, l'écriture d'une constante dans un registre ou une adresse. Par contre, elle ne gère pas la copie d'une adresse mémoire vers une autre ; pour un transfert de mémoire à mémoire, il faut utiliser les instructions MOVS* ('''''Mov'''e '''S'''tring'' ; MOVSB : par octets, MOVSW : par mots de 16-bits, ...).
===Les instructions d'accès mémoire complexes===
Nous venons de voir les instructions LOAD, STORE et les transferts entre registres. Elles sont présentes sur tous les processeurs, modernes comme anciens. Mais quelques processeurs gèrent des instructions mémoire plus complexes. Elles ont tendance à effectuer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les '''instructions de copie mémoire''' copient une donnée d'une adresse vers une autre. Les copies en mémoire sont des opérations très fréquentes, il est très fréquent qu'un programme copie un bloc de mémoire dans un autre et beaucoup de programmeurs ont déjà été confronté à un tel cas. Aussi, les processeurs ajoutent des instructions multi-accès pour accélérer ces copies, ce qui fait un bon compromis entre performance et simplicité d'implémentation.
D'autres instructions d'accès mémoire plus complexes existent. Pour en donner un exemple, citons les instructions de transferts par bloc sur les premiers processeurs ARM. Ces instructions permettent de copier plusieurs registres en mémoire RAM, en une seule instruction. Sur l'ARM1, il y a 16 registres en tout. Les instructions de transfert de bloc peuvent sélectionner n'importe quel sous-ensemble de ces 16 registres, pour les copier en mémoire : on peut sélectionner tous les registres, une partie des registres (5 registres sur 16, ou 7, ou 8, ...), voire aucun registre.
D'autres instructions mémoires effectuent des opérations à l'utilité moins évidente. Sur certains processeurs, on trouve notamment des instructions pour vider la mémoire cache de son contenu, pour la réinitialiser. L'utilité ne vous est pas évidente, mais cela peut servir dans certains scénarios, notamment sur les architectures avec plusieurs processeurs pour synchroniser ces derniers. Cela sert aussi pour le système d'exploitation, qui doit remettre à zéro certains caches (comme la TLB qu'on verra dans le chapitre sur la mémoire virtuelle) quand on exécute plusieurs programmes en même temps.
===Les instructions mémoire flottantes===
Plus haut, j'ai parlé du fait que certaines processeurs savaient faire des calculs sur des nombres flottants. En général, les processeurs utilisent des registres séparés pour les nombres flottants. Ils ont d'un côté des '''registres généraux''' pour les opérandes entiers et les adresses mémoire, de l'autre des '''registres flottants''' pour les nombres flottants. Les instructions de calcul flottants utilisent ces ''registres flottants'' uniquement, elles ne peuvent pas lire les registres généraux, sauf pour quelques exceptions. Les calculs flottants lisent leurs opérandes dans ces registres flottants et écrivent le résultat dans un autre registre.
Mais encore faut-il pouvoir les remplir, ces registres. Et cela implique de charger des opérandes depuis la mémoire RAM à un moment où un autre. Pour lire ou écrire ces registres, le processeur utilise des instructions mémoire séparées, distinctes des instructions LOAD et STORE vues plus haut. Pour faire la différence, ces instructions sont appelées '''FLOAD''' et '''FSTORE'''.
Elles sont séparées des LOAD/STORE normaux pour plusieurs raisons. La première est évidemment que les registres utilisés ne sont pas les mêmes : registres "généraux" pour LOAD/STORE, registres flottants pour FLOAD et FSTORE. La seconde raison est que les nombres flottants et entiers n'ont pas forcément la même taille. Et cela impacte à la fois la taille des registres, mais aussi les transferts mémoire.
Un nombre flottant fait 32 ou 64 bits, suivant qu'on parle d'un flottant simple ou double précision. Sur un processeur 32 bits, les flottants simple précision ont la même taille qu'un entier, les flottant double précision sont deux fois plus gros. Mais sur un processeur 64 bits, c'est l'inverse : les flottants double précision font la même taille qu'un entier, les simples précision sont deux fois plus petits. Et ne parlons pas du cas de certaines architectures 16 bits qui supportent quand même les nombres flottants ! Elles sont très rares, mais elles existent. Pour le moment, concentrons-nous sur les processeurs 32 et 64 bits.
En général, les registres flottants font 64 bits (parfois 80, mais je passe cela sous silence), afin de mémoriser des flottants double précision. Et ce, même sur les processeurs 32 bits. La gestion des nombres flottants est en effet apparue sur les architectures 32 bits et elles supportaient les calculs en double précision dès le départ. Et cette différence entre 32 et 64 bits a posé quelques problèmes. Les registres flottants n'avaient pas la même taille que les registres généraux : 32 pour les registres généraux, 64 pour les registres flottants. Mais ce n'était pas un énorme problème.
Le vrai problème est que les lectures/écritures flottantes faisaient des transferts de 64 bits entre les registres flottants et la mémoire RAM. Or, le bus de données de ces processeurs faisait 32 bits, vu que c'était des architectures 32 bits. Lire/écrire un flottant demandait donc de faire deux accès mémoire consécutifs. Par exemple, lire un flottant depuis la RAM demandait de lire deux morceaux de 32 bits, le flottant était chargé en deux fois. Cette différence fait qu'il est préférable d'utiliser des instructions FSTORE/FLOAD séparées des instructions LOAD/STORE. Leur comportement n'est pas le même : LOAD/STORE lisent un seul mot mémoire, FLOAD/FSTORE en lisent deux pour la double précision.
Un autre détail est qu'il existe des instructions FLOAD et FSTORE spécialisées pour les flottants simple précision. Par exemple, une instruction FLOAD en simple précision ne lit que 32 bits en mémoire, puis le flottant est convertit en double précision 64 bits, avant d'être enregistré dans les registres. Pour l'écriture, c'est l'inverse : un flottant double précision est convertit en simple précision 32 bits, avant d'être écrit en mémoire. Le comportement est alors différent : FLOAD/FSTORE ne lisent/écrivent qu'un seul mot mémoire, de 32 bits, mais doivent faire une conversion entre simple et double précision.
Il faut noter que c'est l'inverse sur les processeurs 64 bits. Là, un flottant double précision peut être lu/écrit en un seul accès mémoire, vu que le bus de données fait 64 bits. Par contre, les flottants simples précision sont gérés un peu autrement. Concrètement, l'instruction FLOAD lit un mot de 64 bits, mais n'en garde que la moitié adéquate. L'instruction d'écriture fait elle plus de traail : elle doit lire un mot de 64 bits, en modifier la moitié, et réécrire le tout en mémoire RAM.
Vu qu'il y a des registres flottants séparés, il y aussi des instructions de copie de registre séparées pour les registres flottants. L'instruction XCHG a son équivalent flottant '''FXCHG''', l'instruction MOV a une '''instruction FMOV''' séparées, etc.
De plus, il y a des instructions qui font des transferts entre registres généraux et flottants. Attention, il ne s'agit pas d'instruction MOV qui copient un registre général dans un flottant ou inversement. Elles font plus des conversions entre une valeur entière et une valeur flottante.
==Les instructions de contrôle (branchements et tests)==
Un processeur serait sacrément inflexible s'il ne faisait qu'exécuter des instructions dans l'ordre. Certains processeurs ne savent pas faire autre chose, comme le Harvard Mark I, et il est difficile, voire impossible, de coder certains programmes sur de tels ordinateurs. Mais rassurez-vous : il existe de quoi permettre au processeur de faire des choses plus évoluées. Pour rendre notre ordinateur "plus intelligent", on peut par exemple souhaiter que celui-ci n'exécute une suite d'instructions que si une certaine condition est remplie. Ou faire mieux : on peut demander à notre ordinateur de répéter une suite d'instructions tant qu'une condition bien définie est respectée. Diverses '''structures de contrôle''' de ce type ont donc étés inventées.
Voici les plus utilisées et les plus courantes : ce sont celles qui reviennent de façon récurrente dans un grand nombre de langages de programmation actuels. Concevoir un programme (dans certains langages de programmation), c'est simplement créer une suite d'instructions, et utiliser ces fameuses structures de contrôle pour l'organiser. D'ailleurs, ceux qui savent déjà programmer auront reconnu ces fameuses structures de contrôle. On peut bien sur en inventer d’autres, en spécialisant certaines structures de contrôle à des cas un peu plus particuliers ou en combinant plusieurs de ces structures de contrôles de base, mais cela dépasse le cadre de ce cours : on ne va pas vous apprendre à programmer.
{|class="wikitable"
|-
! Nom de la structure de contrôle
! Description
|-
! SI...ALORS
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée
|-
! SI...ALORS...SINON
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée ou exécute une autre suite d'instructions si elle ne l'est pas.
|-
! Boucle WHILE...DO
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée.
|-
! Boucle DO...WHILE aussi appelée REPEAT UNTIL
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée. La différence, c'est que la boucle DO...WHILE exécute au moins une fois cette suite d'instructions.
|-
! Boucle FOR
| Répète un nombre fixé de fois une suite d'instructions.
|}
Les '''conditions''' à respecter pour qu'une structure de contrôle fasse son office sont généralement très simples.
Elles se calculent le plus souvent en comparant deux opérandes (des adresses, ou des nombres entiers ou à virgule flottante).
Elles correspondent le plus souvent aux comparaisons suivantes :
* A == B (est-ce que A est égal à B ?) ;
* A != B (est-ce que A est différent de B ?) ;
* A > B (est-ce que A est supérieur à B ?) ;
* A < B (est-ce que A est inférieur à B ?) ;
* A >= B (est-ce que A est supérieur ou égal à B ?) ;
* A <= B (est-ce que A est inférieur ou égal à B ?).
Il est également possible de tester si le bit d'un registre ou octet mémoire est à 1 ou 0.
Notamment le registre des indicateurs est testé après une instruction arithmétique (est-ce que le calcul a généré une retenue, ...).
Pour implémenter ces structures de contrôle, on a besoin d'une instruction qui saute en avant ou en arrière dans le programme, suivant le résultat d'une condition. Par exemple, un SI...ALORS zappera une suite d'instruction si une condition n'est pas respectée, ce qui demande de sauter après cette suite d’instruction cas échéant. Répéter une suite d'instruction demande juste de revenir en arrière et de redémarrer l’exécution du programme au début de la suite d'instruction. Nous verrons comment sont implémentées les structures de contrôle plus bas, mais toujours est-il que cela implique de faire des sauts dans le programme. Faire un saut en avant ou en arrière dans le programme est assez simple : il suffit de modifier la valeur stockée dans le ''program counter'', ce qui permet de sauter directement à une instruction et de poursuivre l'exécution à partir de celle-ci. Et un tel saut est réalisé par des instructions spécialisées. Dans ce qui va suivre, nous allons appeler '''instructions de branchement''' les instructions qui sautent à un autre endroit du programme. Ce n'est pas la terminologie la plus adaptée, mais elle conviendra pour les explications.
L'implémentation des structures de contrôle demande donc de calculer une condition, puis de faire un saut. Mais il faut savoir que l'implémentation demande parfois de faire un saut, sans avoir à tester de condition. Dans ce cas, l'instruction qui fait un saut sans faire de test de condition est elle aussi une instruction de branchement. Cela nous amène à faire la différence entre un branchement conditionnel et non-conditionnel. La différence entre les deux est simple. Une instruction de '''branchement conditionnel''' effectue deux opérations : un test qui vérifie si la condition adéquate est respectée, et un saut dans le programme aussi appelé branchement. Une instruction de '''branchement inconditionnelle''' ne teste pas de condition et ne fait qu'un saut dans le programme.
===Les structures de contrôle===
Le IF permet d’exécuter une suite d'instructions si et seulement si une certaine condition est remplie.
[[File:Codage d'un if.. en assembleur.jpg|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS en assembleur.]]
Le IF...ELSE sert à effectuer une suite d'instructions différente selon que la condition est respectée ou non : c'est un SI…ALORS contenant un second cas. Une boucle consiste à répéter une suite d'instructions machine tant qu'une condition est valide (ou fausse).
[[File:Codage d'un IF.ELSE en assembleur.png|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS..SINON en assembleur.]]
Les boucles sont une variante du IF dont le branchement renvoie le processeur sur une instruction précédente. Commençons par la boucle DO…WHILE : la suite d'instructions est exécutée au moins une fois, et est répétée tant qu'une certaine condition est vérifiée. Pour cela, la suite d'instructions à exécuter est placée avant les instructions de test et de branchement, le branchement permettant de répéter la suite d'instructions si la condition est remplie. Si jamais la condition testée est fausse, on passe tout simplement à la suite du programme.
[[File:DO...WHILE.jpg|centre|vignette|upright=2|DO...WHILE.]]
Une boucle WHILE…DO est identique à une boucle DO…WHILE à un détail près : la suite d'instructions de la boucle n'a pas forcément besoin d'être exécutée au moins une fois. On peut donc adapter une boucle DO…WHILE pour en faire une boucle WHILE…DO : il suffit de tester si la boucle doit être exécutée au moins une fois avec un IF, et exécuter une boucle DO…WHILE équivalente si c'est le cas.
[[File:WHILE...DO.png|centre|vignette|upright=2|WHILE...DO.]]
===Les branchements conditionnels et leur implémentation ===
Il existe de nombreuses manières de mettre en œuvre les branchements conditionnels et tous les processeurs ne font pas de la même manière. Sur la plupart des processeurs, les branchements conditionnels sont séparés en deux instructions : une instruction de test qui vérifie si la condition voulue est respectée, et une instruction de saut conditionnelle. D'autres processeurs effectuent le test et le saut en une seule instruction machine.
[[File:Implémentations possibles des branchements conditionnels.png|centre|vignette|upright=3|Implémentations possibles des branchements conditionnels]]
: Plus surprenant, sur quelques rares processeurs, le ''program counter'' est un registre qui peut être modifié comme tous les autres. Cela permet de remplacer les branchements par une simple écriture dans le ''program counter'', avec une instruction MOV. Un bon exemple est le processeur ARM1, un des tout premiers processeur ARM. Cette dernière solution n'est presque jamais utilisée, mais elle reste surprenante !
Dans les faits, la solution la plus simple est clairement d'implémenter le tout avec une seule instruction. Mais beaucoup de processeurs anciens utilisent la première méthode, celle qui sépare le branchement conditionnel en deux instructions. Le branchement prend le résultat de l'instruction de test et décide s'il faut passer à l'instruction suivante ou sauter à une autre adresse. Il faut donc mémoriser le résultat de l'instruction de test dans un registre spécialisé, afin qu'il soit disponible pour l'instruction de branchement. L'usage d'un registre intermédiaire pour mémoriser le résultat de l'instruction de test demande d'ajouter un registre au processeur. De plus, le résultat de l'instruction de test varie grandement suivant le processeur, suivant la manière dont on répartit les responsabilités entre test et branchements.
Il existe, dans les grandes lignes, deux techniques pour séparer test et branchement conditionnel. La première impose une séparation stricte entre calcul de la condition et saut : l'instruction de test calcule la condition, le branchement fait ou non le saut dans le programme suivant le résultat de la condition. On a alors une instruction de test proprement dit, qui vérifie si une condition est valide et fournit un résultat sur 1 bit. Nous appellerons ces dernières des comparaisons, car de telles instruction effectuent réellement une comparaison. La seconde méthode procède autrement, avec un calcul de la condition qui est réalisé en partie par l'instruction de test, en partie par le branchement. Cela peut paraitre surprenant, mais il y a de bonnes raisons à cette séparation peu intuitive. La raison est que l'instruction de test est une soustraction déguisée, qui fournit un résultat de plusieurs bits, qui est ensuite utilisé pour calculer la condition voulue par le branchement. l'instruction de test ne fait pas une comparaison proprement dit, mais leur résultat permet de déterminer le résultat d'une comparaison avec quelques manipulations simples.
====Les instructions de test proprement dit====
Les premières sont réellement des instructions de test, qui effectuent une comparaison et disent si deux nombres sont égaux, différents, lequel est supérieur, inférieur, etc. En clair, elles implémentent directement les comparaisons vues précédemment. Au total, on s'attend à ce que les 6 comparaisons précédentes soient implémentées avec 6 instructions de test différentes : une pour l'égalité, une pour la différence, une autre pour la supériorité stricte, etc. Mais certaines de ces comparaisons sont en deux versions : une qui compare des entiers non-signés, et une autre pour les entiers signés. La raison est que comparer deux nombres entiers ne se fait pas de la même manière selon que les opérandes soient signées ou non. Nous avions vu cela dans le chapitre sur les comparateurs, mais un petit rappel ne fait pas de mal. Pour comparer deux entiers signés, il faut tenir compte de leurs signes, et le circuit utilisé n'est pas le même. Cela a des conséquences au niveau des instructions du processeur, ce qui impose d'avoir des opérations séparées pour les entiers signés et non-signés.
Dans les faits, les processeurs actuels utilisent le complément à deux pour les entiers signés, ce qui fait que les comparaisons d'égalité ou de différence A == B et A != B ne sont présentes qu'en un seul exemplaire. En complément à deux, l'égalité se détermine avec la même règle que pour les entiers non-signés : deux nombres sont égaux s'ils ont la même représentation binaire, ils sont différents sinon. Ce ne serait pas le cas avec les entiers en signe-magnitude ou en complément à un, du fait de la présence de deux zéros : un zéro positif et un zéro négatif. Les circuits de comparaison d'égalité et de différence seraient alors légèrement différents pour les entiers signés ou non. Au total, en complément à deux, on trouve donc 10 comparaisons usuelles, vu que les comparaisons de supériorité/infériorité sont en double.
Le résultat d'une comparaison est un bit, qui dit si la condition testée est vraie ou fausse. Dans la majorité des cas, ce bit vaut 1 si la comparaison est vérifiée, et 0 sinon. Une fois que l'instruction a fait son travail, il reste à stocker son résultat quelque part. Pour cela, le processeur utilise un ou plusieurs '''registres à prédicats''', des registres de 1 bit qui peuvent stocker n'importe quel résultat de comparaison. Une comparaison peut enregistrer son résultat dans n'importe quel registre à prédicats : elle a juste à préciser lequel avec son nom de registre.
Les registres à prédicats sont utiles pour accumuler les résultats de plusieurs comparaisons et les combiner par la suite. Par exemple, cela permet d'émuler une instruction qui teste si A >= B à partir de deux instructions qui calculent respectivement A > B et A == B. Pour cela, certains processeurs incorporent des instructions pour faire des opérations logiques sur les registres à prédicats. Ces opérations permettent de faire un ET, OU, XOR entre deux registres à prédicats et de stocker le résultat dans un registre à prédicat quelconque.
D'autres instructions permettent de lire le résultat d'un registre à prédicat, de calculer une condition, de combiner son résultat avec la valeur lue et d'altérer le registre à prédicat sélectionné. Par exemple, sur l'architecture IA-64, il existe une instruction cmp.eq.or, qui calcule une condition, lit un registre à prédicat fait un OU logique entre le registre lu et le résultat de la condition, et enregistre le tout dans un autre registre à prédicat. De telles instructions facilitent grandement le codage de certaines fonctions, qui demandent que plusieurs conditions soient vérifiées pour exécuter un morceau de code.
====Les instructions de test qui sont des soustractions déguisées====
Le second type d'instruction de test ne calcule pas ces conditions directement, mais elle fournit un résultat de quelques bits qui permet de les calculer avec quelques manipulations simples. Sur ces processeurs, il n'y a qu'une seule instruction de comparaison, qui est une soustraction déguisée. Le résultat de la soustraction n'est pas sauvegardé dans un registre et est simplement perdu. C'est le cas sur certains processeurs ARM ou sur les processeurs x86. Par exemple, un processeur x86 possède une instruction CMP qui n'est qu'une soustraction déguisée dans un opcode différent.
Le résultat de cette soustraction déguisée est un résultat portant sur 4 bits, qui donne des informations sur le résultat de la soustraction. Le premier bit, appelé bit ''null'', indique si le résultat est nul ou non. Le second bit indique le signe du résultat, s'il est positif ou négatif. Enfin, deux autres bits précisent si la soustraction a donné lieu à un débordement d'entier. Il y a deux bits, car on vérifie deux types de débordement : un débordement non-signé (une retenue sortante de l'additionneur), et le débordement signé (débordement en complément à deux). Pour mémoriser le résultat d'une soustraction déguisée, le processeur incorpore un '''registre d'état'''. Le registre d'état stocke des bits qui ont chacun une signification prédéterminée lors de la conception du processeur et il sert à beaucoup de choses. Dans le cas qui nous intéresse, le registre d'état mémorise les résultats de l'instruction de test : les deux bit de débordement, le bit qui précise que le résultat d'une instruction vaut zéro, le bit de retenue pour le bit de signe.
La condition en elle-même est réalisée par le branchement. L'instruction de branchement fait donc deux choses : calculer la condition à partir du registre d'état, et effectuer le saut si la condition est valide. Le calcul des conditions se fait à partir des 4 bits de résultat. Le bit ''null'' permet de savoir si les deux opérandes sont égales ou non : si le résultat d'une soustraction est nul, cela implique que les deux opérandes sont égales. Le bit de signe permet de déterminer si le première opérande est supérieur ou inférieure à la seconde : le résultat de la soustraction est positif si A >= B, négatif sinon. Les bits de débordements permettent de faire la différence entre infériorité stricte ou non. Tout cela sera expliqué plus en détail dans le paragraphe suivant.
[[File:Branchements et tests avec un registre d'état.png|centre|vignette|upright=1.5|Branchements et tests avec un registre d'état]]
La conséquence est qu'il y a autant d'instructions de branchements que de conditions possibles. Aussi, on a une instruction de test, mais environ une dizaine d'instructions de branchements. C'est l'inverse de ce qu'on a avec des instructions de test proprement dites, où on a autant d'instructions de test que de conditions, mais un seul branchement. Un bon exemple est celui des processeurs x86. Le registre d'état des CPU x86 contient 5 bits appelés OF, SF, ZF, CF et PF : ZF indique que le résultat de la soustraction vaut 0, SF indique son signe, CF est le bit de retenue et de débordement non-signé, OF le bit de débordement signé, et PF le bit qui donne la parité du résultat. Il existe plusieurs branchements, certains testant un seul bit du registre d'état, et d'autres une combinaison de plusieurs bits.
{|class="wikitable"
|-
! Instruction de branchement
! Bit du registre d'état testé
! Condition testée si on compare deux nombres A et B avec une instruction de test
|-
! JS (Jump if Sign)
| SF = 1
| Le résultat est négatif
|-
! JNS (Jump if not Sign)
| SF = 0
| Le résultat est positif
|-
! JO (Jump if Overflow)
| OF = 1
| Le calcul arithmétique précédent a généré un débordement signé
|-
! JNO (Jump if Not Overflow)
| OF = 0
| Le calcul arithmétique précédent n'a pas généré de débordement signé
|-
! JNE (Jump if Not equal)
| ZF = 1
| Les deux nombres A et B sont égaux
|-
! JE (Jump if Equal)
| ZF = 0
| Les deux nombres A et B sont différents
|-
! JB (Jump if below)
| CF = 1
| A < B, avec A et B non-signés
|-
! JAE (Jump if Above or Equal)
| CF = 0
| A >= B, avec A et B non-signés
|-
! (JBE) Jump if below or equal
| CF OU ZF = 1
| A >= B si A et B sont non-signés
|-
! JA (Jump if above)
| CF ET ZF = 0
| A > B si A et B sont non-signés
|-
! JL (Jump if less)
| SF != OF
| si A < B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater or Equal)
| SF = OF
| si A >= B, si A et B sont signés
|-
! JLE (Jump if less or equal)
| (SF != OF) OU ZF = 1
| si A <= B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater)
| (SF = OF) ET (NOT ZF) = 1
| si A > B, si A et B sont signés
|}
===Les instructions à prédicat===
Les '''instructions à prédicat''' sont des instructions qui ne font quelque chose que si une condition est respectée, et se comportent comme un NOP (une instruction qui ne fait rien) sinon. Elles lisent le résultat d'une comparaison, dans le registre d'état ou un registre à prédicat, et s’exécutent ou non suivant sa valeur.
En général, les instructions à prédicats sont des instructions en plus des instructions normales, pas à prédicat. L'instruction à prédicat la plus représentative, présente sur de nombreux processeurs, est l'instruction CMOV, qui copie un registre dans un autre si une condition est remplie. Elle permet de faire certaines opérations assez simples, comme calculer la valeur absolue d'un nombre, le maximum de deux nombres, etc.
Pour gérer les instructions à prédicat, les instructions de test s'adaptent sur plusieurs points. Le premier est que les instructions de test préfèrent utiliser des registres à prédicats, au lieu d'un registre d'état. Une des raisons à cela est la suivante : avec des registres à prédicats, on peut ajouter des instructions pour faire un ET/OU/XOR entre registres à prédicats, ce qui permet de tester des combinaisons de conditions sans faire appel au moindre branchement. Et ces conditions complexes ne sont pas rares, ce qui rend l'usage de registres à prédicats très utiles avec les instructions à prédicats.
Une autre adaptation est que les instructions de test tendent à fournir deux résultats : le résultat de la condition, et le résultat de la condition inverse. Ils sont fournis dans deux registres à prédicats distincts. Faire ainsi facilite grandement l'implémentation des structures de contrôle SI...ALORS simples. Pour rappel, elles ont deux morceaux de code : un qui s’exécute si une condition est remplie, l'autre si la condition inverse est remplie. Avec ce système, les instructions du premier et du second morceau de code testerons deux bits distincts.
L'usage d'instructions à prédicat séparées des autres instructions porte le nom de '''prédication partielle'''. C'est de loin l'implémentation la plus courante. Mais sur certains processeurs, assez rares, toutes les instructions sont des instructions à prédicat : on parle de '''prédication totale'''. Les anciens processeurs ARM 32 bits étaient dans ce cas, par exemple.
Cela peut paraitre étrange, vu que certaines instructions ne sont pas dans une structure de contrôle et doivent toujours s’exécuter, peu importe les conditions testées avant. Mais rassurez-vous, sur les processeurs à prédication totale, il y a toujours un moyen pour spécifier que certaines instructions doivent toujours s’exécuter, de manière inconditionnelle. Par exemple, sur les processeurs d'architecture HP IA-64, un des registre à prédicat, le tout premier, contient la valeur 1 et ne peut pas être modifié. Si on veut une instruction inconditionnelle, il suffit qu'elle précise que le registre à prédicat à lire est ce registre.
: Les processeurs avec un registre d'état n'ont généralement que de la prédication partielle, le plus souvent limitée à une seule instruction CMOV. Alors que qui dit prédication totale dit systématiquement registres à prédicats.
Les processeurs ARM disposent d'une prédication totale, du moins pour le jeu d'instruction ARM 32 bits. Mais il supportent une second jeu d’instruction optionnel, le ''thumb'', qui est plus compact. Au lieu d'encoder ses instructions sur 32-64 bits, ses instructions font seulement 16 bits. Et pour compacter ce jeu d'instruction, la prédication totale a été supprimée. À la place, ''thumb'' incorpore une '''instruction IT''', qui active l’exécution conditionnelle des instructions suivantes.
L'instruction teste une condition et calcule un prédicat, qui est ensuite utilisé pour décider de l'exécution des instructions suivantes. L'exécution conditionnelle marche jusqu'à 4 instructions consécutives. Le nombre exact est configurable et va de 1 à 4 instructions consécutives après l'instruction IT. La condition est configurable pour les 1 à 4 instructions : chaque instruction peut s'exécuter si la condition est vraie, ou au contraire fausse. Un masque de 4 bits décide de quelle condition utiliser pour chaque instruction. Il y a un bit par instruction, qui vaut 1 si la condition doit être vérifiée, 0 si on veut la condition inverse.
===L'instruction SKIP===
L''''instruction SKIP''' permet de zapper l'instruction suivante si une condition testée est fausse. Il en existe deux versions. La première est fusionnée avec l'instruction de test. La condition est calculée par l'instruction SKIP, qui décide s'il faut sauter l'instruction suivante. Dans un autre cas, l'instruction SKIP est précédée d'une instruction de test, récupère son résultat dans un registre de prédicat ou dans le registre d'état, et effectue le saut. On peut la voir comme une forme particulière de branchement conditionnel, qui brancherait deux instructions plus loin.
Son utilité n'est pas évidente, mais on peut classer ses utilisations en trois catégories. La première permet d'émuler une instruction de branchement conditionnel en combinant une instruction SKIP avec un branchement inconditionnel. Le branchement inconditionnel est skippé si la condition est remplie/fausse, mais éxecuté dans le cas contraire : c'est le comportement d'un branchement conditionnel. Une autre utilisation permet d'émuler une instruction à prédicat en faisant précéder une instruction normale par une instruction SKIP. Enfin, elles servent à implémenter des structures de controle IF à condition que le code du IF se résume à une vulgaire instruction. C'est assez rare, mais certains calculs comme la valeur absolue ou le calcul du minimum peuvent se calculer ainsi.
[[File:Skip instruction.png|centre|vignette|upright=3|Skip instruction]]
Vous pourriez imaginer des versions améliorées de l'instruction, qui permettent de zapper plusieurs instructions, mais de telles instructions ne sont autres que des instructions de branchement conditionnelles spécifiques, comme nous le verrons dans le chapitre sur les modes d'adressage.
==Les méta-instructions REPEAT et EXECUTE==
Enfin, il faut aussi citer les '''méta-instructions''', des instructions qui agissent sur l’exécution d'autres instructions. Il en existe deux : REPEAT et EXECUTE. Elles servent techniquement à manipuler le flot de contrôle d'un programme, et ont quelques ressemblances avec les branchements ou les boucles. Elles sont extrêmement rares et on ne les trouve que sur des anciens processeurs (généralement micro-codés), ou sur certaines processeurs spécialisés dans le traitement de signal appelés des DSP, qui feront l'objet d'un chapitre à eux seuls.
===L’instruction REPEAT et le ''Zero-overhead looping''===
La première est la '''méta-instruction REPEAT''', qui permet de simplifier l'implémentation des boucles. Dans sa version la plus simple, elle fait en sorte que l'instruction qui la suit soit répétée plusieurs fois. Le nombre de répétition est soit un nombre fixe, toujours le même, soit l'instruction se répète tant qu'une condition n'est pas remplie. Les deux situations ne se rencontrent pas sur les mêmes processeurs. Par exemple, l'UNIVAC 1103 possède une instruction REPEAT très simple, qui répète l'instruction cible un nombre fixe de fois, mais ne gère pas les conditions.
Le GE-600/Honeywell 6000 series incorpore trois instructions REPEAT de ce type. La première répète l'instruction suivante soit un nombre fixe de fois, soit quand une condition est remplie. La seconde répète les deux instructions suivantes, l'une après l'autre. Enfin, la dernière répète l'instruction suivante jusqu'à : soit qu'une condition soit remplie, soit qu'une adresse bien précise soit atteinte. Elle servait sans doute à implémenter le parcours d'une liste chainée pour trouver un item bien précis.
Une version améliorée de l'instruction REPEAT permet de répéter un bloc de plusieurs instructions, ce qui permet d'implémenter une boucle en une seule instruction. Elles sont fréquentes sur certains processeurs de traitement de signal, qui doivent exécuter en permanence de petites boucles. Typiquement, elles permettent d'implémenter des boucles FOR dont le nombre d’exécution est fixe. La répétition de la boucle est contrôlée par un registre de boucle, qui mémorise le nombre de répétitions, et qui est décrémenté à chaque itération, sans avoir à utiliser d'instruction d'incrémentation/décrémentation.
Une variante précise deux adresses, qui délimitent les instructions de la boucle : une adresse pour le début de la boucle, une adresse pour la fin. L'implémentation hardware est alors assez simple : quand le ''program counter'' atteint l'adresse de fin, il est réinitialisé à l'adresse de début. La gestion du ''program counter'' se fait alors sans utiliser d'instructions de branchement. les deux registres sont initialisés avec une isntruction LOPP, spécialement dédiée pour cela.
Les deux techniques précédentes permettent d'implémenter des boucles sans utiliser de branchements, ou presque. Elles rendent l'exécution des boucles tellement rapides qu'elles portent le nom de '''''Zero-overhead looping'''''.
: Les instructions REP mentionnées plus haut, ne sont PAS des exemples d'instruction REPEAT. Le préfixe REP des processeurs x86 est une instruction qui se répète elle-même. Mais l'instruction REPEAT force la répétition de l'instruction suivante ! Elle agit sur une autre instruction, d'où son caractère de méta-instruction.
===L'instruction EXECUTE===
La '''méta-instruction EXECUTE''' fournit l'adresse d'une instruction cible, qui est exécutée en lieu et place de l'instruction EXECUTE. Quand le processeur exécute l'instruction EXECUTE, il prend l'adresse cible, charge l'instruction dans l'adresse cible, et l’exécute à la place de l'instruction EXECUTE. Il est possible de comprendre l'instruction EXECUTE comme un branchement spécial. Tout se passe comme si l'instruction EXECUTE effectuait un branchement vers l'instruction cible, mais que le processeur ne poursuivait pas l’exécution à la suite de l’instruction cible, et revenait à la suite de l'instruction cible.
Il y a souvent des contraintes sur l'instruction cible, qui est pointée par l'adresse cible. Généralement, il n'est pas possible que l'instruction cible soit elle-même une autre instruction EXECUTE. De même, beaucoup de processeurs interdisent que l’instruction cible soit un branchement. Mais d'autres processeurs n'ont pas ces contraintes et autorisent à utiliser des branchements pour l'instruction cible.
L'utilité d'une telle instruction est tout sauf évidente. Elle servait pourtant à beaucoup de choses sur les processeurs où elle était implémentée. Précisons qu'elle était surtout présente sur des vieux ordinateurs, dans les années 50-60, et quelques processeurs des années 70. Elle a disparu dès les années 80 et n'est présentée que par souci d'exhaustivité et intérêt historique pour les curieux. Cette précision permet de comprendre que cette instruction servait pour résoudre des problèmes qui sont actuellement résolus autrement.
L'adresse cible peut être soit intégrée dans l'instruction, soit dans un registre. Dans le second cas, l'adresse peut être incrémentée ou modifiée afin que l'instruction EXECUTE change de cible à chaque exécution. Tout se passe comme si le registre contenant l'adresse cible servait à émuler un ''program counter''. En mettant une instruction EXECUTE dans une boucle et en complétant le tout avec du code annexe, on peut exécuter du code extérieur sans modifier le véritable ''program counter''. L'utilité est de faciliter l'implémentation des logiciels debuggers, des émulateurs, ou d'autres programmes dans le même genre.
Les autres utilisations sont assez nombreuses, mais aussi difficiles à expliquer pour qui n'a pas de connaissances poussées en programmation. La première utilité est l'implémentation de certaines fonctionnalités des langages de programmation évolués, à savoir le ''late binding'', les fonctions virtuelles, et quelques autres. Elle facilite aussi l'implémentation des compilateurs à la volée, en permettant d’exécuter du code produit à volée sans faire tiquer les mécanismes de protection mémoire implémentés dans le processeur. Elle permet d'émuler du code automodifiant pour les logiciels qui gagnaient autrefois à l'utiliser. Et il y en a d'autres.
==Les instructions d'arrêt et de mise en veille==
Les processeurs gèrent souvent des '''instructions de mise en veille''' le processeur. Une fois mis en veille, le processeur ne peut être réveillé que si un signal de sortie de veille survient. Les signaux de sortie de veille sont envoyés par les périphériques, les entrées-sorties, le ''chipset'' de la carte mère, etc. Ils sont rarement mis totalement en veille, ce qui leur permet de générer ce signal de sortie si nécessaire. Le processeur attend alors qu'un périphérique lui envoie un signal de sortie de veille, mais ne fait rien en attendant. De telles instructions ne sont exécutables qu'en mode noyau, par le système d'exploitation.
: Le signal de sortie de veille est techniquement une interruption matérielle, comme on le verra plus tard.
Il existe aussi des '''instructions d'arrêt''', qui éteignent le processeur complétement. Le processeur peut redémarrer, mais pas reprendre là où il en était. Pour redémarrer, il faut qu'il reçoive un signal RESET, envoyé sur une entrée du processeur. Lorsque l'entrée RESET du processeur est mise à 1, le processeur redémarre. Typiquement, l'alimentation du processeur est suspendue.
===Les exemples sur les processeurs les plus connus===
Sur les processeurs ARM, les instructions WFI et WFE sont utiles pour les systèmes embarqués, pour mettre le processeur en mode basse consommation. Lorsqu'une instruction de ce type est exécutée, le processeur continue d'être alimenté, mais il ne tient pas compte du signal d'horloge. Le signal d'horloge est clock gaté dès l'entrée dans le CPU. La différence entre les deux instructions est que WFI s'exécute inconditionnellement, alors que WFE ne s’exécute que un registre spécifique, le registre d'évènement, est à 0.
Sur les processeurs Motorola 6502 et ses dérivés, l'instruction WAI est une instruction de mise en veille, alors que l'instruction STP éteint l'ordinateur. La différence est qu'avec l'instruction STP, le processeur ne réagit qu'au signal RESET, qui fait redémarrer le processeur, mais ne réagit pas aux signaux de sortie de veille. L'exécution du processeur ne reprend alors pas là où le processeur s'est arrêté, le ''program counter'' est réinitialisé.
Sur les CPU x86 avant le 486, l'instruction HLT ne mettait pas le processeur en mode basse consommation. Aucune technique n'était prévue pour réduire la consommation du processeur pendant la veille. Le 8086 se contentait de se déconnecter du bus et n'incrémentait pas son ''program counter''. Au passage, l'implémentation exacte au niveau des circuits de l'instruction HLT sur le 8086 est détaillée dans cet article de blog :
* [https://www.righto.com/2023/01/reverse-engineering-intel-8086.html Reverse-engineering the Intel 8086 processor's HALT circuits]
C'est avec le 486 que la mise en veille s'est accompagnée d'une extinction partielle du processeur. Le processeur passait en mode basse consommation, ce qui permettait des économies d'énergie de 5 à 10%. Cependant, les premiers CPU sortis d'usine avaient un bug : le CPU stoppé via l'instruction HLT ne pouvait pas redémarrer de manière logicielle, il fallait lui envoyer le signal de RESET directement via le matériel.
{|class="wikitable"
|-
! x86
| HLT (HALT)
|-
! ARM
|
* WFI (Wait For Interrupt)
* WFE (Wait For Event).
|-
! Motorola 6502 et plus
|
* WAI (WAit for Interrupt)
* STP (SToP)
|}
===Les instructions ''Halt And Catch Fire''===
Le bug n'est pas spécifique aux processeurs 486, de nombreux CPU ont des instructions non-documentées qui bloquent l'ordinateur, si exécutées. Le processeur ne peut alors pas sortir de la mise en veille et soit s'arrête, soit doit être RESET. Les instructions ne sont souvent pas voulues par les concepteurs et sont souvent des bugs. De telles instructions illégales devraient lever une exception matérielle "instruction non reconnue", mais ne le font pas en raison d'un bug quelconque. Elles sont appelées, non sans humour, des '''instructions ''Halt And Catch Fire''''' (stoppe et prend feu).
Un exemple classique est celle du bug du Pentium F00F. Le responsable est une instruction non-documentée, encodée en binaire comme suit F0 0F C7 C8. Il s'agit d'une instruction dont l'encodage est invalide. Elle correspond à une instruction cmpxchg8b qui agit sur une valeur 64 bits obtenue en concaténant les deux registres (EAX et EDX). Elle compare cette valeur 64 bits avec une donnée en mémoire RAM. Mais avec l'encodage F0 0F C7 C8, l'adresse mémoire est remplacée par un nom de registre, du fait de l'encodage des modes d'adressage sur ce CPU. En théorie, le processeur devrait lever une exception matérielle ''opcode invalide''. Seulement, l'instruction est associée à un préfixe LOCK, qu'on ne détaillera pas ici, qui empêche la levée de l'exception.
Elle agissait comme une instruction ''Halt And Catch Fire'' classique. Un problème est que cette instruction n'était pas une instruction en mode noyau, mais une instruction accessible en espace utilisateur. N'importe quel programme invalide, voire un programme malicieux, pouvait bloquer l'ordinateur. La situation a été prise an sérieux, les systèmes d'exploitation fournissant des mitigations logicielles. Intel corrigea le problème, dans une seconde fournée sortie d'usine, avec la version B2 du 486.
==Résumé==
Pour résumer, les instructions les plus courantes sont les suivantes :
{|class="wikitable"
|-
!Instruction
!Utilité
|-
!Instructions arithmétiques
|Elles font des calculs sur des nombres. Les plus communes sont l'addition, la soustraction, la multiplication, la division, le modulo. Pour les instructions flottantes, la racine carrée est souvent supportée, parfois avec les opérations trigonométriques, les logarithmes et l'exponentielle.
|-
!Instructions logiques
|Elles travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les plus communes sont ;
* Les opérations bit à bit, à savoir le ET logique, le OU logique, le OU exclusif (XOR) et le NON logique.
* Les instructions de décalage à droite et à gauche, qui vont décaler tous les bits d'un nombre d'un cran vers la gauche ou la droite. Les bits qui sortent du nombre sont considérés comme perdus.
* Les instructions de rotation, qui font la même chose que les instructions de décalage, à la différence près que les bits qui "sortent d'un côté du nombre" après le décalage rentrent de l'autre.
|-
!Instructions de test et de contrôle (branchements)
|Elles permettent de contrôler la façon dont notre programme s’exécute sur notre ordinateur. Elles permettent notamment de choisir la prochaine instruction à exécuter, histoire de répéter des suites d'instructions, de ne pas exécuter des blocs d'instructions dans certains cas, et bien d'autres choses.
|-
!Instructions d’accès mémoire
|Elles permettent d'échanger des données entre le processeur et la mémoire, ou encore permettent de gérer la mémoire et son adressage. Les deux les plus courantes sont les suivantes :
* LOAD : charge une donnée dans un registre ;
* STORE : copie le contenu d'un registre dans une adresse mémoire.
|}
En plus de ces instructions, beaucoup de processeurs ajoutent d'autres instructions. La plupart sont utilisées par le système d'exploitation pour configurer certaines fonctionnalités importante : la protection mémoire, la mémoire virtuelle, les modes de compatibilité du processeur, la gestion de l'alimentation, l'arrêt ou la mise en veille, etc.
On peut aussi trouver des instructions spécialisées dans les calculs cryptographiques : certaines instructions permettent de chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe. De même, certains processeurs ont une instruction permettant de générer des nombres aléatoires. Et on peut trouver bien d'autres exemples...
Mais d'autres sont franchement exotiques. Par exemple, certains processeurs sont capables d'effectuer des instructions sur du texte directement. Pour stocker du texte, la technique la plus simple utilise une suite de lettres, stockées les unes à la suite des autres dans la mémoire, dans l'ordre dans lesquelles elles sont placées dans le texte. Quelques ordinateurs disposent d'instructions pour traiter ces suites de lettres. D'ailleurs, n'importe quel PC x86 actuel dispose de telles instructions, bien qu'elles ne soient pas utilisées car paradoxalement trop lente comparé aux solutions logicielles ! Cela peut paraître surprenant, mais il y a une explication assez simple qui sera compréhensible dans quelques chapitres (les instructions en question sont microcodées).
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les mémoires FIFO et LIFO
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2026-09-28T16:47:34Z
Mewtow
31375
/* Les instructions mémoire flottantes */
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wikitext
text/x-wiki
Ce chapitre va aborder le langage machine, à savoir un standard qui définit les instructions du processeur, le nombre de registres, etc.
Dans ce chapitre, on considérera que le processeur est une boîte noire au fonctionnement interne inconnu.
Nous verrons le fonctionnement interne d'un processeur dans quelques chapitres.
Les concepts que nous allons aborder ne sont rien d'autre que les bases nécessaires pour apprendre l'assembleur.
Nous allons surtout parler des instructions du processeur.
Pour simplifier, on peut classer les instructions en quatre grands types :
* les échanges de données entre mémoires ;
* les calculs et autres opérations arithmétiques ;
* les instructions de comparaison ;
* les instructions de branchement.
À côté de ceux-ci, on peut trouver d'autres types d'instructions plus exotiques, pour gérer du texte, pour modifier la consommation en électricité de l'ordinateur, pour chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe, générer des nombres aléatoires, etc. Dans ce chapitre, nous allons voir un aperçu assez large des instructions qui existent. Nous n'allons pas nous limiter aux instructions les plus importantes, mais nous allons aussi parler d'instructions assez exotiques, soit présentes uniquement sur d'anciens ordinateurs, soit très rares, soit franchement tordues. Et certaines de ces instructions exotiques sont assez impressionnantes et risquent de vous surprendre !
==Les instructions entières==
Les '''instructions arithmétiques''' sont les plus courantes et comprennent au minimum l'addition, la soustraction, la multiplication, plus rarement la division. Précisons qu'une opération mathématique ne se fait pas de la même manière suivant la représentation utilisée pour coder ces nombres : on ne manipule pas de la même façon des nombres entiers binaires, des entiers codés en BCD et des nombres flottants. Aussi, dans ce qui va suivre, nous allons séparer les opérations entières, les opérations flottantes et les opérations en BCD.
Les processeurs modernes utilisent des nombres encodés soit en binaire normal, soit en complément à deux. L'avantage est que les opérations arithmétiques se font de la même manière dans les deux encodages. Il y a quelques différences, mais elles sont suffisamment mineures, pas besoin d'avoir une instruction dédiée pour les nombres signés. Les anciens processeurs utilisaient eux des entiers signés en signe-magnitude ou en complément à 1, ou d'autres représentations. Et avec ces représentations, les calculs ne sont pas exactement les mêmes pour les nombres signés et non-signés. Ils avaient donc des instructions séparées pour l'addition signée et l'addition non-signée, idem pour la soustraction, la multiplication, etc.
De nos jours, les ordinateurs utilisent des entiers de taille fixe, qui tiennent dans un registre. J'ai dit qui tiennent dans un registre, car la taille des données à manipuler peut dépendre de l'instruction. Ainsi, un processeur peut avoir des instructions pour traiter des nombres entiers de 8 bits, et d'autres instructions pour traiter des nombres entiers de 32 bits, par exemple. Mais la taille d'une opérande ne dépasse pas la taille d'un registre entier.
===La ou les instructions d'addition entière===
Un processeur implémente au minimum une opération d'addition, même s'il existe de rares exemples de processeurs qui s'en passent. Mieux : certains processeurs implémentent plusieurs instructions d'addition, qui se distinguent par de subtiles différences.
La première différence est la gestion des débordements d'entier. Pour gérer les débordements d'entier, certains processeurs disposent d'un '''registre de débordement''', de 1 bit, qui indique si une instruction arithmétique a généré un débordement d'entier ou non. Il est mis à 1 en cas de débordement, mais reste à 0 sinon. Il est mis à jour à chaque addition/multiplication/soustraction.
Pour rappel, les débordements d'entiers sont différents selon que l'addition est signée ou non, et il faut en tenir compte au niveau du jeu d'instruction. La solution la plus simple est l'existence de deux instructions dédiées : une pour les additions de nombres signés et une autre pour les nombres non-signés. Le circuit additionneur est le même pour ces deux instruction, mais le calcul du bit de débordement est différent. D'autres processeurs s'en sortent autrement, en ayant deux bits de débordement : un si le résultat est signé, l'autre pour les résultats non-signés. Mais nous reparlerons de cela plus tard.
Une autre différence, présente sur les vieux processeurs, tient dans la gestion de la retenue. À l'époque, les processeurs ne pouvaient gérer que des nombres de 4 à 8 bits, guère plus. Pourtant, la plupart des applications logicielles demandait d'utiliser des entiers de 16 bits. Les opérations comme l'addition ou la soustraction étaient alors réalisées en plusieurs fois. Par exemple, on additionnait les 8 bits de poids faible, puis les 8 bits de poids fort. Dans un cas pareil, il fallait aussi gérer la retenue dans l'addition des 8 bits de poids fort.
Pour cela, la retenue en question était mémorisée dans un registre de 1 bit dédié, semblable au registre de débordement, appelé le '''bit de retenue'''. De plus, les processeurs incorporaient une instruction d'addition qui additionnait les deux opérandes avec la retenue en question, instruction souvent appelée ADDC (''ADD with Carry''). Niveau circuits, cela ne changeait pas grand chose, tous les additionneurs ayant une entrée pour la retenue (qui est utilisée pour implémenter la soustraction, rappelez-vous). L'implémentation de l'instruction ADDC était très simple, n'utilisait presque pas de circuits, et rendait de fiers services aux programmeurs de l'époque. Nous parlons là des vieux processeurs 4 et 8, mais certains processeurs 16, 32, voire 64 bits, sont capables d'effectuer ce genre d'opération, même si ils sont rares.
: Il existe parfois des instructions pour mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. C'est le cas sur l'architecture x86. Mais son utilité est marginale, car toutes les instructions arithmétiques modifient le bit de retenue.
La même chose a lieu pour la soustraction, qui demande qu'une "retenue" soit propagée d'une colonne à l'autre (bien que la "retenue" soit utilisée différemment : elle n'est pas additionnée, mais soustraite du résultat de la colonne). Pour cela, les processeurs implémentent l'opération SUBC (''Substract with Carry''). Et pour mettre en œuvre cette opération, ils ont deux options. La première est d'ajouter un bit pour la "retenue" de la soustraction. Pour une soustraction qui calcule a-b, elle vaut 0 si a>=b et 1 si a<b. Elle est utilisée telle qu'elle par le circuit qui effectue la soustraction, généralement un soustracteur. L'autre option est d'utiliser le but de retenue de l'addition, sans rien modifier. Pour comprendre pourquoi, rappelons que la soustraction est implémentée en complément à deux par le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + 1</math>
Il s'agit d'une addition, qui a donc une retenue lors d'un débordement. On peut alors réutiliser le bit de retenue de l'addition pour la soustraction, en modifiant quelque peu la soustraction à effectuer. Pour comprendre comment faire la modification, précisons tout d'abord que les règles du complément à deux nous disent qu'on a un débordement quand a>=b. Passons maintenant à l'étude d'un exemple théorique : le cas où on veut soustraire deux nombres de 16 bits avec deux opérations SUBC qui travaillent sur 8 bits. Appelons les deux opérandes A et B, <math>a_h</math> et <math>b_h</math> les 8 bits de poids forts de ces opérandes, et <math>a_l</math> et <math>b_l</math> leurs 8 bits de poids faible. Voyons ce qui se passe suivant que la retenue soit de 0 ou 1.
* Si la retenue de l'addition est de 1, on a <math>a_l \geq b_l</math>, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>.
* À l'inverse, si la retenue de l'addition est de 0, on a <math>a_l \leq b_l</math>. Cela veut dire que si on posait la soustraction, alors une retenue devrait être propagée à la colonne suivante, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1 - \text{retenue de 1}</math>.
Récapitulons dans un tableau.
{|class="wikitable"
|-
! Retenue
! Opération à effectuer pour la seconde soustraction
|-
! 0
| <math>a_h + \overline{b_h} + 0</math>
|-
! 1
| <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>
|}
On voit que ce qu'il faut ajouter à <math>a_h + \overline{b_h}</math> est égal à la retenue. L'opération SUBC fait donc le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + \text{retenue}</math>
La plupart des processeurs 8 et 16 bits avaient deux instructions de soustraction séparées : une sans gestion de la retenue, une avec. Mais certains processeurs comme le 6502 n'avaient qu'une seule instruction de soustraction : celle qui tient compte de la retenue ! Il n'y avait pas de soustraction normale. Pour éviter tout problème, les programmeurs devaient faire attention. Ils disposaient d'une instruction mettre à 0 ou à 1 le bit de retenue pour éviter tout problème, qu'ils utilisaient avant toute soustraction simple.
===Les instructions de division entière===
Il faut savoir que la division est une opération très lourde pour le processeur : une instruction de division dédiée met au mieux une dizaine de cycles d'horloge pour fournir un résultat, parfois plus de 50 à 70 cycles d’horloge. Et elle est facilement 10 à 50 fois plus lente qu'une opération de multiplication. De plus, son implémentation matérielle utilise beaucoup de portes logiques/transistors. Son cout globalement le même que pour un circuit multiplieur, parfois un peu plus. Mais on a de la chance : c'est aussi une opération assez rare, peu utilisée.
De plus, les divisions les plus courantes sont des divisions par une constante : un programme devant manipuler des nombres décimaux aura tendance à effectuer des divisions par 10, un programme manipulant des durées pourra faire des divisions par 60 (gestion des minutes/secondes) ou 24 (gestion des heures). Or, diverses astuces permettent de les remplacer par des suites d'instructions plus simples, qui donnent le même résultat (l'usage de décalages, la multiplication par un entier réciproque, etc). Et la suite d'instruction équivalent est beaucoup plus rapide qu'une implémentation matérielle, car on profite qu'une opérande est constante. En-dehors de ce cas, l'usage des divisions est assez rare.
Sachant cela, certains processeurs ne possèdent pas d'instruction de division, car les gains de performance seraient modérés et le coût en transistors élevé. Les divisions sont alors émulées en logiciel, par une suite de soustractions ou tout autre code équivalent. D'autres processeurs implémentent toutefois la division dans une instruction machine, avec un circuit dédié, mais c'est signe que le coût en transistors n'est pas un problème pour le concepteur de la puce.
===Les instructions de multiplication entière===
Contrairement à la division, l'opération de multiplication entière est très courante, presque tous les processeurs modernes en ont une. Les multiplications sont plus fréquentes dans le code des programmes, sans compter que c'est une opération pas trop lourde à implémenter en circuit. Il en existe parfois plusieurs versions sur un même processeur. Ces différentes versions servent à résoudre un problème quant à la taille du résultat d'une multiplication. En effet, la multiplication de deux opérandes de <math>n</math> bits donne un résultat de <math>n \times 2</math>, ce qui ne tient donc pas dans un registre. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions.
Dans sa version la plus simple, l'instruction de multiplication se contente de garder les <math>n</math> bits de poids faible, ce qui peut entraîner l'apparition de débordements d'entiers.
Une autre solution est de calculer soit les bits de poids fort, soit les bits de poids faible, le choix étant laissé au programmeur. Des processeurs disposent de deux instructions de multiplication : une instruction pour calculer les bits de poids fort du résultat et une autre pour les bits de poids faible. Certains processeurs disposent d'une instruction de multiplication configurable, qui permet de choisir quels bits conserver : poids fort ou poids faible.
Une autre version mémorise le résultat dans deux registres : un pour les bits de poids faible et un autre pour les bits de poids fort. Il faut noter que certains processeurs disposent de registres spécialisés pour cela. Par spécialisés, on veut dire qu'ils sont séparés des autres registres. Les autres registres, appelés les registres généraux, mémorisent n'importe quelle opérande entière et sont utilisables pour toutes les opérations. Mais la multiplication mémorise son résultat dans deux registres à part, qu'on nommera HO et LO. Seule l'instruction de multiplication peut écrire un résultat dans ces deux registres, avec HO pour les bits de poids fort, et LO pour les bits de poids faibles. Par contre, n'importe quelle instruction peut les lire, pour récupérer une opérande dans ces deux registres.
==Les instructions sur les entiers BCD==
Parlons maintenant des '''instructions BCD''', qui agissent sur des opérandes codées en BCD. Devenues très rares avec la disparition du BCD dans l'informatique grand-public, elles étaient quasiment essentielles sur les tous premiers processeurs 8 bits.
===Les ordinateurs décimaux===
Au tout début de l'informatique, il a existé des processeurs qui travaillaient uniquement en BCD, appelés des '''processeurs décimaux'''. Ils avaient uniquement des instructions BCD, pas d'instruction sur des opérandes codées en binaire. Ils étaient assez courants entre les années 60 et 70, même s'ils ne représentent pas la majorité des architectures de l'époque. Il y avait une vraie séparation entre processeurs décimaux et processeurs binaires, sans intermédiaires notables.
Les tous premiers ordinateurs décimaux pouvaient manipuler des entiers BCD de taille arbitraire. Ils stockaient leurs nombres dans des chaines de caractères ou des tableaux encodés en BCD. Le processeur faisait les calculs chiffre par chiffre, caractère BCD par caractère BCD. Les ordinateur décimaux qui ont abandonné ce fonctionnement. À la place, ils ont intégré des registres capables de mémoriser des entiers BCD de taille fixe.
Le grand avantage des processeurs décimaux est leur très bonne performance dans les tâches de bureautique, de comptabilité, et autres. Les processeurs de l'époque recevaient des entiers codés en BCD de la part des entrées-sorties, et devaient les traiter. Les processeurs binaires devaient faire des conversion BCD-binaire pour communiquer avec les entrées-sorties, mais pas les processeurs décimaux. Le gain en performance pouvait être substantiel dans certaines applications.
===Les instructions BCD des processeurs binaires===
Par la suite, dans les années 80, l'augmentation des performances a favorisé les processeurs binaires. Faire des conversions binaires-BCD n'était plus un problème, les conversions étaient suffisamment rapides. Par contre, faire les calculs en BCD était plus lent que faire les calculs en binaire, ce qui fait que le compromis technologique de l'époque favorisaient le binaire. Mais pour obtenir le meilleur des deux mondes, les processeurs binaires ont ajouté un support du BCD. C'était l'époque des architectures 8 bits, puis 16 bits.
Intuitivement, on se dit que, les processeurs de l'époque des 8 bits avaient leurs instructions de calcul en double : une instruction pour les calculs entier et une autre pour les calculs BCD. Mais d'autres processeurs faisaient autrement. À l'époque des processeurs 8-16 bits, certains processeurs ne géraient pas d'instructions BCD proprement dit, mais géraient quand même les calculs en BCD grâce à des instructions spéciales. Concrètement, les programmeurs utilisaient une instruction d'addition ou de soustraction binaire, mais il était possible de corriger ce résultat pour obtenir le bon résultat codé en BCD. Les processeurs de l'époque disposaient d'une instruction pour faire la correction, souvent appelée ''Decimal Adjust After Addition''.
Avant d'aller plus loin, nous devons préciser que les processeurs 8 bits de l'époque pouvaient gérer deux formats de BCD. Le premier est le '''format ''Packed''''', où deux chiffres sont mémorisé dans un octet. Le premier nibble (4bits) mémorise un chiffre BCD, le second nibble mémorise le second. Il s'agit d'un format qui remplit au maximum les bits de l'octet avec des données utiles. L'autre format, appelé '''''Unpacked''''', ne mémorise qu'un seul chiffre BCD dans un octet. Le chiffre est quasi- tout le temps dans le nibble de poids faible. Il se trouve que la manière de corriger le résultat d'une opération n'est pas la même suivant que le nombre est codé en BCD ''packed'' et ''unpacked''.
Pour commencer, étudions le cas des nombres BCD ''unpacked'', plus simples à comprendre. Lors d'une addition, il se peut que le résultat ne soit pas représentable en BCD ''unpacked''. Par exemple, si je fais le calcul 5 + 8, le résultat sera 13 : il tient dans un nibble en décimal, mais pas en BCD ! Cette situation survient quand le résultat d'une addition de deux entiers BCD ''unpacked'' dépasse 9, la limite de débordement en BCD ''unpacked''. Nous avons vu dans le chapitre sur les circuits d'addition que la correction est alors toute simple : si le résultat dépasse 9, on ajoute 6. De plus, on doit prévenir que le résultat a débordé et ne tient pas sur un nibble en BCD. Pour cela, on ajoute un bit spécialisé, appelé le '''''half carry flag''''', indicateur de demi-retenue en français, qui joue le même rôle que le bit de débordement, mais pour le BCD ''unpacked''. Sur les processeurs x86, tout cela est réalisé par une instruction appelée ''ASCII adjust after addition''.
: Pour la soustraction, il faut faire la même chose, sauf qu'il faut soustraire 6, pas l'ajouter. Et il y a aussi une instruction pour cela : ''ASCII adjust after substraction''.
Pour les nombres BCD ''packed'', la procédure est globalement la même, sauf qu'il faut traiter les deux ''nibbles'' : on ajoute 6 si le nibble de poids faible dépasse 9, puis on fait la même chose avec le ''nibble'' de poids fort. Le bit ''half carry flag'' n'est pas mis à jour et est tout simplement ignoré. Notons qu'on modifie d'abord le ''nibble'' de poids faible, avant de traiter celui de poids fort. En effet, si on corrige celui de poids faible, la retenue obtenue en ajoutant 6 se propage au nibble suivant, ce qui fait que ce dernier peut voir sa valeur augmenter. Une fois cela fait, le bit de retenue est mis à 1. La procédure est différente, vu qu'il faut traiter deux ''nibles'' au lieu d'un, et que le bit ''half-carry'' est ignoré au profit du bit de retenue normal. D'où l'existence d'une instruction séparée pour l'addition des nombres BCD ''packed'', appelée ''Décimal adjust after addition'' sur les processeurs x86.
Les processeurs modernes ne supportent plus le BCD, car il est très peu utilisé. Les processeurs ARM et MIPS ont toujours fait sans instructions BCD. Les processeurs x86 des PC désactivent les instructions BCD en mode 64 bits, mais conservent des opérations BCD en mode 32 bits, pour des raisons de compatibilité. Le support du codage BCD est surtout quelque chose qu'on trouve sur les anciens processeurs.
==Les instructions flottantes==
Passons maintenant au support des nombres flottants. Avant les années 60, les processeurs n'était pas encore capables de faire de calculs avec des nombres flottants. Les calculs flottants étaient émulés soit par une bibliothèque logicielle, soit par le système d'exploitation. Pour améliorer les performances, les concepteurs de processeurs ont conçus des '''coprocesseurs arithmétiques''', des processeurs secondaires spécialisés dans les calculs flottants, qui complémentaient le processeur principal, et avaient leur propre emplacement sur la carte mère. Par la suite, les concepteurs de processeurs ont incorporé des instructions de calculs sur des nombres flottants, rendant le coprocesseur inutile.
Pour supporter les nombres flottants, il y a deux écoles. La première utilise des instructions flottantes séparées des instructions entières. La seconde utilise des instructions d'addition/soustraction/multiplication généralistes, capables de traiter indifféremment entiers et flottants, voire les encodages BCD.
===Les architectures taguées===
Le second cas correspond à certaines machines assez anciennes, datant des années 50 à 70. Ces processeurs n'avaient qu'une seule instruction d'addition, qui pouvait traiter indifféremment flottants, nombres entiers codés en BCD, en complément à deux, etc. Pour cela, les opérandes étaient associés à un type qui précisait s'il s'agissait d'un opérande flottant, entier, BCD, d'un pointeur, ou autre. Le traitement effectué par une instruction dépendait des ''tag'' associés aux opérandes. Par exemple, si les deux opérandes avaient un ''tag'' "entier", l'instruction faisait un calcul entier. Si les deux opérandes avaient un ''tag'' "flottant", l'instruction faisait un calcul flottant.
Le type de l'opérande était encodé avec un ''tag'', une sorte de numéro codé en binaire. Le ''tag'' était stocké en mémoire à côté de l'opérande, un mot mémoire contenait la donnée et le ''tag'' concaténés l'un à la suite de l'autre. Le défaut est que la mémoire devait être conçue pour gérer le ''tag'', de même que le processeur. Des processeurs de ce type s'appellent des ''architectures à tags'', ou '''tagged architectures''', en référence au ''tag'' ajouté dans la mémoire.
Mais les processeurs modernes n'utilisent pas cette technique, du fait de son cout en mémoire. À la place, le processeur dispose d'une instruction par type à manipuler : une instruction de multiplication pour les flottants, une autre pour les entiers codés en complément à deux, etc.
===Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées===
Les processeurs modernes disposent d'instructions de calculs sur des nombres flottants, qui sont standardisées. Le standard IEEE 754 standardise aussi quelques instructions sur les flottants : les quatre opérations arithmétiques de base, les comparaisons et la racine carrée. Certains processeurs vont plus loin et implémentent aussi d'autres instructions sur les flottants qui ne sont pas supportées par la norme IEEE 754. Par exemple, certaines fonctions mathématiques telles que sinus, cosinus, tangente, arctangente et d'autres. Le seul problème, c'est que ces instructions peuvent mener à des erreurs de calcul incompatibles avec la norme IEEE 754. Heureusement, les compilateurs peuvent mitiger ces désagréments.
Il faut néanmoins préciser que le support de la norme IEEE 754 n'est pas une obligation : certains processeurs ne la supportent que partiellement. Par exemple, certains processeurs ne supportent que les flottants simple précision, mais pas les double précision (ou inversement). Exemple : les premiers processeurs Intel ne géraient que les flottants double précision étendue. D'autres processeurs ne gèrent pas les underflow, overflow, les NaN, les infinis, ou même les flottants dénormaux. Précisons que même lorsque la gestion des dénormaux est implémentée en hardware (comme c'est le cas sur certains processeurs AMD), celle-ci reste malgré tout très lente.
Si les exceptions ne sont pas supportées, le processeur peut être configuré de façon à soit ignorer les exceptions en fournissant un résultat, soit déclencher une exception matérielle (à ne pas confondre avec les exceptions de la norme). Le choix du mode d'arrondi ou la gestion des exceptions flottantes se fait en configurant un registre dédié, intégré dans le processeur.
Plus rarement, il arrive que certains processeurs gèrent des formats de flottants spéciaux qui ne font pas partie de la norme IEEE 754. Par exemple, certains processeurs utilisent des formats de flottants différents de la norme IEEE 754, avec par exemple des flottants codés sur 8 ou 16 bits, qui sont très utiles pour les applications qui se contentent très bien d'un résultat approché.
==Les instructions logiques==
À côté des instructions de calcul, on trouve des '''instructions logiques''' qui travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les opérations bit à bit ont déjà été vues dans les premiers chapitres, ceux sur l'électronique. Pour rappel, les plus courantes sont :
* La négation, ou encore le NON bit à bit, inverse tous les bits d'un nombre : les 1 deviennent des 0 et les 0 deviennent des 1.
* Le ET bit à bit, qui agit sur deux nombres : il va prendre les bits qui sont à la même place et va effectuer un ET (l’opération effectuée par la porte logique ET). Exemple : 1100·1010=1000.
* Les instructions similaires avec le OU ou le XOR.
Mais d'autres instructions sont intéressantes à étudier.
===Les instructions de décalage et de rotation===
Les '''instructions de décalage''' décalent tous les bits d'un nombre vers la gauche ou la droite. Pour rappel, il existe plusieurs types de décalages : les rotations, les décalages logiques, et les décalages arithmétiques. Nous avions déjà vu ces trois opérations dans le chapitre sur les circuits de décalage et de rotation, ce qui fait que nous allons simplement faire un rappel dans le tableau suivant. Pour résumer, voici la différence entre les trois opérations :
{|class="wikitable"
|-
!
! Schéma
! Gestion des bits sortants
! Remplissage des vides laissés par le décalage
|-
! Rotation
|[[File:Rotation de bits.png|Rotations de bits.]]
| Réinjectés dans les vides laissés par le décalage
| Remplis par les bits sortants
|-
! Décalage logique
|[[File:Décalage logique.png|Décalage logique.]]
| rowspan="2" | Les bits sortants sont oubliés
| Remplis par des zéros
|-
|-
! Décalage arithmétique
|[[File:Décalage arithmétique.png|Décalage arithmétique.]]
| Remplis par :
* le bit de signe pour les bits de poids fort ;
* des zéros pour les bits de poids faible .
|}
Pour rappel, les décalages de n rangs sont équivalents à une multiplication/division par 2^n. Un décalage à gauche est une multiplication par 2^n, alors qu'un décalage à droite est une division par 2^n. Les décalages logiques effectuent la multiplication/division pour un nombre non-signé (positif), alors que les décalages arithmétiques sont utilisés pour les nombres signés. Précisons cependant que pour ce qui est des décalages à droite, les décalages logiques et arithmétiques n'arrondissent pas le résultat de la même manière. Les décalages logiques à droite arrondissent vers zéro, alors que les décalages arithmétiques arrondissent vers la valeur inférieure (vers moins l'infini). De plus, les décalages à gauche entraînent des débordements d'entiers qui ne se gèrent pas de la même manière entre décalage logique et décalage arithmétique.
La plupart des processeurs stockent le bit sortant dans un registre, généralement le registre qui stocke le bit de retenue des additions qui est réutilisé pour cette optique. Ils possèdent aussi une variante des instructions de décalage où le bit de retenue est utilisé pour remplir le bit libéré au lieu de mettre un zéro. Cela permet d'enchaîner les décalages sur un nombre de bits plus grand que celui supporté par les instructions en procédant par morceaux. Par exemple, pour un processeur supportant les décalages sur 8 et 16 bits, il peut enchaîner deux décalages de 16 bits pour décaler un nombre de 32 bits ; ou bien un décalage de 8 bits et un autre de 16 bits pour décaler un nombre de 24 bits.
[[File:Shift Arithmetic Right.svg|centre|vignette|Décalage arithmétique à droite, où le bit sortant est mémorisé dans le bit de retenue (CF pour ''Carry Flag'').]]
Ils existe une variante des instructions de rotation où le bit de retenue est utilisé. Un bon exemple est celui des instructions LRCY (''Left Rotate Through Carry'') et RRCY (''Right Rotate Through Carry''). La première est un décalage/rotation à gauche, l'autre est un décalage/rotation à droite. Les deux décalent un registre de 16 bits, mais on pourrait imaginer la même chose avec des registres de taille différente. Lors du décalage, le bit sortant est mémorisé dans le registre de retenue, alors que le bit de retenue précédent est lui envoyé dans le vide laissé par le décalage. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une rotation, sauf que le nombre décalé/rotaté est composé du registre concaténé au bit de retenue, le bit de retenue étant le bit de poids fort pour un décalage à gauche, de poids faible pour un décalage à droite.
====Le cas particuliers des processeurs ARM====
Sur les processeurs ARM, il n'y a pas d'instruction de décalage à proprement parler, ni de rotations. Par contre, les décalages sont fusionnés avec la plupart des opérations arithmétiques ! Toute opération arithmétique prend deux registres d'opérandes et un registre de destination, ainsi qu'un décalage facultatif. Le décalage est appliqué sur la seconde opérande automatiquement, sans avoir à faire une instruction séparée. À l'intérieur de l'instruction, deux bits précisent quel type de décalage effectuer (logique à droite, arithmétique à droite, à gauche, rotation à droite). Le nombre de rangs dont il faut décaler est soit encodé directement dans l'instruction sur 5-6 bits, soit précisé dans un registre.
Toutes les instructions ne permettent pas de faire un décalage automatique. Seules les opérations simples peuvent le faire, à savoir les additions, soustractions, copies d'un registre à un autre, les opérations logiques, et quelques autres. Et cela se marie très bien avec le fait qu'on applique le décalage sur la seconde opérande fait qu'il se marie très bien avec les calculs d'adresse. En effet, quand un programmeur manipule une structure de données, notamment un tableau, il arrive souvent qu'il fasse des calculs d'adresse cachés. La majeure partie de ces calculs d'adresse sont de la forme : adresse de base + (indice * taille de la donnée). Vu que les données ont très souvent une taille qui est une puissance de deux, le second terme se calcule en décalant l'indice, le calcul total demande une simple addition avec une opérande décalée, ce qui prend une seule instruction sur les processeur ARM.
===Les instructions de manipulation de bits===
D'autres opérations effectuent des calculs non pas bit à bit (on traite en parallèle les bits sur la même colonne), mais qui manipulent les bits à l'intérieur d'un nombre. les plus simples d'entre elles comptent sur les bits.
Une instruction très commune de ce type est l'instruction '''''population count''''', qui compte le nombre de bits d'un nombre qui sont à 1. Par exemple, pour le nombre 0100 1100 (sur 8 bits), la ''population count'' est de 3. Il s'agit d'une instruction utile dans les codes correcteurs d'erreur, très utilisés pour tout et n'importe quoi (trames réseau, sommes de contrôle des secteurs des disques dur, et bien d'autres). De plus, elle permet de calculer facilement le bit de parité d'un nombre, ce qui est utile pour les codes de détection d'erreur. En soi, l'instruction est facultative et l'implémenter est un choix qui n'est pas trivial. Mais cette instruction est très simple à implémenter en circuits, sans compter que son implémentation utilise assez peu de transistors. Le circuit de calcul est ridiculement simple, utilise peu de transistors.
Les processeurs gèrent aussi assez souvent des instructions pour compter les zéros ou les uns après le bit de poids fort/faible. Pour rappel, voici les quatre possibilités :
* '''''Count Trailing Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à droite du 1 de poids faible.
* '''''Count Leading Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à gauche du 1 de poids fort.
* '''''Count Trailing Ones''''' donnent le nombre de 1 situés à gauche du 0 de poids fort.
* '''''Count Leading Ones''''' donne le nombre de 1 situés à droite du 0 de poids faible.
[[File:Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.png|centre|upright=2.0|vignette|Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.]]
Comme vous le voyez sur le schéma du dessus, ces quatre opérations de comptage sont liées à quatre autres opérations. Ces dernières donnent la position du 0 ou du 1 de poids faible/fort :
* '''''Find First Set''''', donne la position du 1 de poids faible.
* '''''Find highest set''''' donne la position du 1 de poids fort.
* '''''Find First Zero''''' donne la position du 0 de poids faible.
* '''''Find Highest Zero''''' donne la position du 0 de poids fort.
Il est rare que des processeurs s’implémentent toutes ces opérations. En effet, le résultat de certaines opérations se calcule à partir des autres. Pour donner un exemple, les processeurs x86 modernes incorporent une extension, appelée '''''Bit manipulation instructions sets (BMI sets)''''', qui ajoute quelques instructions de ce type. Pour le moment, seules les instructions ''Count Trailing Zeros'' et ''Count Leading Zeros'' sont supportées.
Et il existe bien d'autres instructions de ce type. On peut citer, par exemple, l'instruction BLSI, qui ne garde que le 1 de poids faible et met à zéro tous les autres bits. L'instruction BLSR quant à elle, met à 0 ce 1 de poids faible. Et il y en a bien d'autres, qui impliquent le 1 de poids fort, le 0 de poids faible, le 1 de poids faible, etc.
===Les instructions d'extension de registres===
Certains processeurs sont capables de gérer des données de taille diverses. Ils peuvent par exemple gérer des données codées sur 16 bits ou sur 32 bits comme c'est le cas sur certains processeurs anciens. Comme autre exemple, les processeurs x86 modernes peuvent gérer des données de 8, 16 et 32 bits. Pour cela, ils disposent généralement de registres de taille différentes, certains font 8 bits, d'autres 16, d'autres 32, etc. Dans ce cas, il est courant que l'on ait à faire des conversions vers un nombre de taille plus grande. Par exemple, convertir un nombre de 8 bits en un nombre de 16 bits, ou un nombre de 8 bits en 32 bits. Les processeurs de ce type incorporent des instructions pour ce faire, qui s'appellent les '''instructions d'extension de nombres'''.
La seule difficulté de ces instructions tient à la manière dont on remplit les bits de poids forts. Par exemple, si l'on passe de 8 bits à 16 bits, les 8 bits de poids forts sont inconnus. Pareil si on passe de 16 bits à 32 bits : quelle doit être la valeur des 16 bits de poids fort ? Intuitivement, on se dit qu'il suffit de les remplir par des zéros. Faire ainsi marche très bien, mais à condition que le nombre soit un nombre positif ou nul. Mais dans le cas d'un nombre négatif, cela ne marche pas (le résultat n'est pas bon). Pour les nombres codés en complément à deux, il faut remplir les bits manquants par le bit de signe, le bit de poids fort. On a donc deux choix : soit on remplit les bits manquants par des 0, ou par le bit de poids fort. Globalement, les deux choix possibles correspondent à deux instructions : une pour les nombres non-signés et une autre pour les nombres codés en complément à deux. On parle respectivement d''''instruction de ''zero extension''''' et '''instruction d'extension de signe'''.
Formellement, les instructions d'extension de nombre sont des copies entre registres : le contenu d'un registre est copié dans un autre plus grand. L'extension de signe est couplée avec cette copie, les deux étant effectués en une instruction. Du moins, c'est le cas sur la plupart des processeurs. On pourrait imaginer séparer les deux en deux instructions séparées, une instruction MOV (qui copie un registre dans un autre, comme on le verra plus bas) et une instruction d'extension de signe/zéro. Dans ce cas, l'instruction d'extension de signe/zéro prend un registre de grande taille et étend la donnée dans ce registre. Par exemple, pour une extension de signe de 16 à 32 bits, l'instruction prendrait un registre de 32 bits, ne considérerait que les 16 bits de poids faible et effectuerait l'extension de signe/zéro à partir de ces derniers. En soi, l'extension avec des zéros est un simple masque, réalisable avec des opérations bit à bit et cette instruction n'a pas besoin d'être implémentée. Par contre, les instructions d'extension de signe sont elles très utiles.
De plus, une instruction d'extension de signe séparée a l'avantage d'être utilisable même sur des architecture avec des registres de taille identique. Mais quel intérêt, me direz-vous ? Il faut savoir que certaines langages de programmation permettent de travailler sur des entiers dont on peut préciser la taille. Un même programme peut ainsi manipuler des entiers de 16 bits et de 32 bits, ou des entiers de 8, d'autres de 16, d'autres de 32, et d'autres de 64. L'intérêt n'est as évident, mais un bon exemple est celui de la rétrocompatibilité entre programmes. Par exemple, un programme 64 bits qui utilise une librairie 32 bits, ou un programme codé en 64 bits qui émule une console 16 bits. Ou encore, la communication entre un programme codé en 16 bits avec un capteur qui mesure des données de 8 bits. Bref, les possibilités sont nombreuses. Imaginons que tout se passe dans des registres de 32 bits. Le processeur peut incorporer des instructions de calcul sur 16 bits, en plus des instructions 32 bits. Dans ce cas, l'extension de signe sert à faire des conversions entre entiers de taille différentes.
===Les instructions de permutation d'octets===
Les instructions de ''byte swap'', aussi appelée '''instructions de permutation d'octets''', échangent de place les octets d'un nombre. Leur implémentation varie grandement selon la taille des entiers. Le cas le plus simple est celui des instructions qui travaillent sur des entiers de 16 bits, soit deux octets. Il n'y a alors qu'une seule solution pour échanger les octets : l'octet de poids fort devient l'octet de poids faible et réciproquement. Les deux octets échangent leur place.
Pour les nombres de 32 bits, soit 4 octets, il y a plusieurs possibilités. La première inverse l'ordre des octets dans le nombre : on échange l'octet de poids faible et de poids fort, mais on échange aussi les deux octets restant entre eux. Une autre solution découpe l'entier en deux morceaux de 16 bits : l'un avec les deux octets de poids fort, l'autre avec les deux octets de poids faible. Les octets sont inversés dans ces blocs de 16 bitzs, mais on n'effectue pas d'autres échanges. On peut aussi échanger les deux morceaux de 16 bits, mais sans changer l'ordre des octets dans les blocs.
[[File:Instruction de permutation d'octets.png|centre|vignette|upright=2|Instruction de permutation d'octets]]
L'utilité de ces instructions n'est pas évidente au premier abord, mais elle sert beaucoup dans les opérations de conversion de données. Tout cela devrait devenir plus clair dans le chapitre sur le boutisme.
==Les instructions d'accès mémoire==
Les instructions d’accès mémoire permettent de copier ou d'échanger des données entre le processeur et la RAM. On peut ainsi copier le contenu d'un registre en mémoire, charger une donnée de la RAM dans un registre, initialiser un registre à une valeur bien précise, etc. Il en existe plusieurs, les plus connues étant les suivantes : LOAD, STORE et MOV. D'autres processeurs utilisent une instruction d'accès mémoire généraliste, plus complexe.
===Les instructions d'accès à la RAM : LOAD et STORE===
Les instructions LOAD et STORE sont deux instructions qui permettent d'échanger des données entre la mémoire RAM et les registres. Elles copient le contenu d'un registre dans la mémoire, ou au contraire une portion de mémoire RAM dans un registre.
* L''''instruction LOAD''' est une instruction de lecture : elle copie le contenu d'un ou plusieurs mots mémoire consécutifs dans un registre. Le contenu du registre est remplacé par le contenu des mots mémoire de la mémoire RAM.
* L''''instruction STORE''' fait l'inverse : elle copie le contenu d'un registre dans un ou plusieurs mots mémoire consécutifs en mémoire RAM.
{|class="wikitable"
|[[File:Instruction LOAD.png|300px|Instruction LOAD.]]
|[[File:Instruction STORE.png|300px|Instruction STORE.]]
|}
En théorie, une variante de l'instruction STORE peut enregistrer une constante en mémoire RAM. Il est en théorie possible pour une instruction STORE modifiée de stocker la valeur 9 dans l'adresse X, par exemple. La constante est fournie par l'instruction, elle n'est pas stockée dans un registre, mais carrément intégrée à l'instruction. Cela sera plus clair quand nous verrons les modes d'adressage, notamment le mode d'adressage immédiat.
Plus haut dans le chapitre, j'ai dit qu'un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs dédiées, certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Et bien il en est de même pour les instructions LOAD et STORE, qui ont chacune une variante pour les entiers 8, 16, 32, 64 bits.
De telles instructions ne font pas que lire ou écrire des données. Pour comprendre pourquoi, prenons un processeur 64 bits. Il dispose d'un bus de 64 bits, pour lire ou écrire des mots mémoire de 64 bits chacun. Pour des lectures de 8, 16 ou 32 bits, un mot mémoire entier est lu, puis seuls les octets adéquats sont conservés. Par exemple, pour une lecture 32 bits, un mot mémoire de 64 bits est lu, puis une opération de masquage (ET bit à bit) met à zéro le 32 bits inutiles. Ce sont souvent les 32 bits de poids faible ou de poids fort qui sont mis à zéro. Il en est de mêma vec les lectures 16 bits, sauf que les 48 bits inutiles sont alors mis à zéro, idem avec les lectures 8 bits.
Pour les écritures, les choses sont encore plus compliquées. Imaginez que je veuille modifier 32 bits. Les 32 bits à modifier font partie d'un mot mémoire de 64 bits, qui contient les 32 bits utiles, et 32 bits supplémentaires. l'écriture ne doit pas effacer les 32 bits supplémentaires, seulement les 32 bits utiles. Pour cela, le processeur n'a pas le : il doit lire un mot mémoire de 64 bits, modifier le 32 bits utiles, puis réécrire le tout en mémoire RAM. L'écriture demande de faire une lecture, une modification, puis une écriture. Le mot mémoire de 64 bits est copié dans un registre, la modification se fait dans ce registre, vient une opération de masquage complexe, puis l'écriture est effectuée.
===Les instructions de transfert entre registres : MOV et XCHG===
L''''instruction MOV''' copie le contenu d'un registre dans un autre sans passer par la mémoire. C'est donc un échange de données entre registres, qui n'implique en rien la mémoire RAM, mais MOV est quand même considérée comme une instruction d'accès mémoire. Les données sont copiées d'un registre source vers un registre de destination. Le contenu du registre source est conservé, alors que le contenu du registre de destination est écrasé (il est remplacé par la valeur copiée). Cette instruction est utile pour gérer les registres, notamment sur les architectures avec peu de registres et/ou sur les architectures avec des registres spécialisés.
[[File:Instruction MOV.png|centre|300px|Instruction MOV.]]
Mais quelques rares architectures ne disposent pas d'instruction MOV, qui n'est formellement pas nécessaire, même si bien utile. En effet, on peut émuler une instruction MOV avec des instructions logiques utilisées convenablement. L'idée est de faire une opération dont le résultat est l'opérande envoyée, et d'enregistrer le résultat dans le registre de destination. Par exemple, on peut faire un OU entre le registre opérande et 0 : le résultat sera l'opérande. Idem avec un ET et la valeur adéquate. Ou encore, on peut imaginer faire un ET/OU entre un registre et lui-même : le résultat est égal au contenu du registre opérande.
Quelques processeurs assez rares ont des instructions pour échanger le contenu de deux registres. Par exemple, on peut citer l''''instruction XCHG''' sur les processeurs x86 des PC anciens et actuels. Elle permet d'échanger le contenu de deux registres, quel qu'ils soient, il n'y a pas de restrictions sur le registre source et sur le registre de destination. Mais d'autres processeurs ont des restrictions sur les registres source et destination. Par exemple, le processeur Z80 a des instructions d'échanges assez restrictives, comme on le verra dans quelques chapitres.
Sur les processeurs ARM, l'instruction MOV fait partie des instructions qui permettent d'effectuer un décalage sur la seconde opérande. Il s'agit en réalité de décalages/rotations décalées, qui sont fusionnées avec une instruction MOV. L'instruction MOV des processeurs ARM fait soit un MOV normal, soit un décalage.
===L'instruction mémoire généraliste : une alternative à LOAD et STORE===
Sur certains processeurs, il n'y a pas d'instruction LOAD ou STORE, ni même MOV . À la place, on trouve une '''instruction d'accès mémoire généraliste''', qui fusionne les trois. Elle est capable de faire une lecture, une écriture, ou une copie entre registres, et parfois une copie d'une adresse mémoire vers une autre. Les trois premières opérations sont presque toujours supportées, mais la copie d'une adresse mémoire vers une autre est beaucoup plus rare.
Sur les processeurs x86, l'instruction généraliste s'appelle l'instruction MOV. Elle gère la lecture en RAM, l'écriture en RAM, la copie d'un registre vers un autre, l'écriture d'une constante dans un registre ou une adresse. Par contre, elle ne gère pas la copie d'une adresse mémoire vers une autre ; pour un transfert de mémoire à mémoire, il faut utiliser les instructions MOVS* ('''''Mov'''e '''S'''tring'' ; MOVSB : par octets, MOVSW : par mots de 16-bits, ...).
===Les instructions d'accès mémoire complexes===
Nous venons de voir les instructions LOAD, STORE et les transferts entre registres. Elles sont présentes sur tous les processeurs, modernes comme anciens. Mais quelques processeurs gèrent des instructions mémoire plus complexes. Elles ont tendance à effectuer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les '''instructions de copie mémoire''' copient une donnée d'une adresse vers une autre. Les copies en mémoire sont des opérations très fréquentes, il est très fréquent qu'un programme copie un bloc de mémoire dans un autre et beaucoup de programmeurs ont déjà été confronté à un tel cas. Aussi, les processeurs ajoutent des instructions multi-accès pour accélérer ces copies, ce qui fait un bon compromis entre performance et simplicité d'implémentation.
D'autres instructions d'accès mémoire plus complexes existent. Pour en donner un exemple, citons les instructions de transferts par bloc sur les premiers processeurs ARM. Ces instructions permettent de copier plusieurs registres en mémoire RAM, en une seule instruction. Sur l'ARM1, il y a 16 registres en tout. Les instructions de transfert de bloc peuvent sélectionner n'importe quel sous-ensemble de ces 16 registres, pour les copier en mémoire : on peut sélectionner tous les registres, une partie des registres (5 registres sur 16, ou 7, ou 8, ...), voire aucun registre.
D'autres instructions mémoires effectuent des opérations à l'utilité moins évidente. Sur certains processeurs, on trouve notamment des instructions pour vider la mémoire cache de son contenu, pour la réinitialiser. L'utilité ne vous est pas évidente, mais cela peut servir dans certains scénarios, notamment sur les architectures avec plusieurs processeurs pour synchroniser ces derniers. Cela sert aussi pour le système d'exploitation, qui doit remettre à zéro certains caches (comme la TLB qu'on verra dans le chapitre sur la mémoire virtuelle) quand on exécute plusieurs programmes en même temps.
===Les instructions mémoire flottantes===
Plus haut, j'ai parlé du fait que certaines processeurs savaient faire des calculs sur des nombres flottants. En général, les processeurs utilisent des registres séparés pour les nombres flottants. Ils ont d'un côté des '''registres généraux''' pour les opérandes entiers et les adresses mémoire, de l'autre des '''registres flottants''' pour les nombres flottants. Les instructions de calcul flottants utilisent ces ''registres flottants'' uniquement, elles ne peuvent pas lire les registres généraux, sauf pour quelques exceptions. Les calculs flottants lisent leurs opérandes dans ces registres flottants et écrivent le résultat dans un autre registre.
Mais encore faut-il pouvoir les remplir, ces registres. Et cela implique de charger des opérandes depuis la mémoire RAM à un moment où un autre. Pour lire ou écrire ces registres, le processeur utilise des instructions mémoire séparées, distinctes des instructions LOAD et STORE vues plus haut. Pour faire la différence, ces instructions sont appelées '''FLOAD''' et '''FSTORE'''.
Elles sont séparées des LOAD/STORE normaux pour plusieurs raisons. La première est évidemment que les registres utilisés ne sont pas les mêmes : registres "généraux" pour LOAD/STORE, registres flottants pour FLOAD et FSTORE. La seconde raison est que les nombres flottants et entiers n'ont pas forcément la même taille. Et cela impacte à la fois la taille des registres, mais aussi les transferts mémoire.
Un nombre flottant fait 32 ou 64 bits, suivant qu'on parle d'un flottant simple ou double précision. Sur un processeur 32 bits, les flottants simple précision ont la même taille qu'un entier, les flottant double précision sont deux fois plus gros. Mais sur un processeur 64 bits, c'est l'inverse : les flottants double précision font la même taille qu'un entier, les simples précision sont deux fois plus petits. Et ne parlons pas du cas de certaines architectures 16 bits qui supportent quand même les nombres flottants ! Elles sont très rares, mais elles existent. Pour le moment, concentrons-nous sur les processeurs 32 et 64 bits.
En général, les registres flottants font 64 bits (parfois 80, mais je passe cela sous silence), afin de mémoriser des flottants double précision. Et ce, même sur les processeurs 32 bits. La gestion des nombres flottants est en effet apparue sur les architectures 32 bits et elles supportaient les calculs en double précision dès le départ. Et cette différence entre 32 et 64 bits a posé quelques problèmes. Les registres flottants n'avaient pas la même taille que les registres généraux : 32 pour les registres généraux, 64 pour les registres flottants. Mais ce n'était pas un énorme problème.
Le vrai problème est que les lectures/écritures flottantes faisaient des transferts de 64 bits entre les registres flottants et la mémoire RAM. Or, le bus de données de ces processeurs faisait 32 bits, vu que c'était des architectures 32 bits. Lire/écrire un flottant demandait donc de faire deux accès mémoire consécutifs. Par exemple, lire un flottant depuis la RAM demandait de lire deux morceaux de 32 bits, le flottant était chargé en deux fois. Cette différence fait qu'il est préférable d'utiliser des instructions FSTORE/FLOAD séparées des instructions LOAD/STORE. Leur comportement n'est pas le même : LOAD/STORE lisent un seul mot mémoire, FLOAD/FSTORE en lisent deux pour la double précision.
Un autre détail est qu'il existe des instructions FLOAD et FSTORE spécialisées pour les flottants simple précision. Par exemple, une instruction FLOAD en simple précision ne lit que 32 bits en mémoire, puis le flottant est convertit en double précision 64 bits, avant d'être enregistré dans les registres. Pour l'écriture, c'est l'inverse : un flottant double précision est convertit en simple précision 32 bits, avant d'être écrit en mémoire. Le comportement est alors différent : FLOAD/FSTORE ne lisent/écrivent qu'un seul mot mémoire, de 32 bits, mais doivent faire une conversion entre simple et double précision.
Il faut noter que c'est l'inverse sur les processeurs 64 bits. Là, un flottant double précision peut être lu/écrit en un seul accès mémoire, vu que le bus de données fait 64 bits. Par contre, les flottants simples précision sont gérés un peu autrement. Concrètement, l'instruction FLOAD lit un mot de 64 bits, mais n'en garde que la moitié adéquate. L'instruction d'écriture fait elle plus de traail : elle doit lire un mot de 64 bits, en modifier la moitié, et réécrire le tout en mémoire RAM.
Vu qu'il y a des registres flottants séparés, il y aussi des instructions de copie de registre séparées pour les registres flottants. L'instruction XCHG a son équivalent flottant '''FXCHG''', l'instruction MOV a une '''instruction FMOV''' séparées, etc.
Un autre moyen de remplir un registre flottant est d'obtenir sa valeur depuis un registre général. Attention, je ne parle pas de copier un registre général dans un flottant, ou inversement. Je parle de convertir une opérande entière en un nombre flottant. Et il y a des instructions dédiées pour cela. Par exemple, il y a une instruction prend un registre entier, convertit sa valeur en flottant 64 bits, et écrit le résultat dans un registre flottant. Idem avec la conversion inverse, de flottant vers entier, qui a sa propre instruction dédiée. Et ces deux instructions ont deux variantes, suivant que le flottant soit simple ou double précision. De telles '''instructions de conversion entier-flottant''' ne sont pas à proprement parler des instructions de copie entre registre, ce sont plus un intermédiaire entre copie entre registres et opération de calcul.
==Les instructions de contrôle (branchements et tests)==
Un processeur serait sacrément inflexible s'il ne faisait qu'exécuter des instructions dans l'ordre. Certains processeurs ne savent pas faire autre chose, comme le Harvard Mark I, et il est difficile, voire impossible, de coder certains programmes sur de tels ordinateurs. Mais rassurez-vous : il existe de quoi permettre au processeur de faire des choses plus évoluées. Pour rendre notre ordinateur "plus intelligent", on peut par exemple souhaiter que celui-ci n'exécute une suite d'instructions que si une certaine condition est remplie. Ou faire mieux : on peut demander à notre ordinateur de répéter une suite d'instructions tant qu'une condition bien définie est respectée. Diverses '''structures de contrôle''' de ce type ont donc étés inventées.
Voici les plus utilisées et les plus courantes : ce sont celles qui reviennent de façon récurrente dans un grand nombre de langages de programmation actuels. Concevoir un programme (dans certains langages de programmation), c'est simplement créer une suite d'instructions, et utiliser ces fameuses structures de contrôle pour l'organiser. D'ailleurs, ceux qui savent déjà programmer auront reconnu ces fameuses structures de contrôle. On peut bien sur en inventer d’autres, en spécialisant certaines structures de contrôle à des cas un peu plus particuliers ou en combinant plusieurs de ces structures de contrôles de base, mais cela dépasse le cadre de ce cours : on ne va pas vous apprendre à programmer.
{|class="wikitable"
|-
! Nom de la structure de contrôle
! Description
|-
! SI...ALORS
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée
|-
! SI...ALORS...SINON
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée ou exécute une autre suite d'instructions si elle ne l'est pas.
|-
! Boucle WHILE...DO
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée.
|-
! Boucle DO...WHILE aussi appelée REPEAT UNTIL
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée. La différence, c'est que la boucle DO...WHILE exécute au moins une fois cette suite d'instructions.
|-
! Boucle FOR
| Répète un nombre fixé de fois une suite d'instructions.
|}
Les '''conditions''' à respecter pour qu'une structure de contrôle fasse son office sont généralement très simples.
Elles se calculent le plus souvent en comparant deux opérandes (des adresses, ou des nombres entiers ou à virgule flottante).
Elles correspondent le plus souvent aux comparaisons suivantes :
* A == B (est-ce que A est égal à B ?) ;
* A != B (est-ce que A est différent de B ?) ;
* A > B (est-ce que A est supérieur à B ?) ;
* A < B (est-ce que A est inférieur à B ?) ;
* A >= B (est-ce que A est supérieur ou égal à B ?) ;
* A <= B (est-ce que A est inférieur ou égal à B ?).
Il est également possible de tester si le bit d'un registre ou octet mémoire est à 1 ou 0.
Notamment le registre des indicateurs est testé après une instruction arithmétique (est-ce que le calcul a généré une retenue, ...).
Pour implémenter ces structures de contrôle, on a besoin d'une instruction qui saute en avant ou en arrière dans le programme, suivant le résultat d'une condition. Par exemple, un SI...ALORS zappera une suite d'instruction si une condition n'est pas respectée, ce qui demande de sauter après cette suite d’instruction cas échéant. Répéter une suite d'instruction demande juste de revenir en arrière et de redémarrer l’exécution du programme au début de la suite d'instruction. Nous verrons comment sont implémentées les structures de contrôle plus bas, mais toujours est-il que cela implique de faire des sauts dans le programme. Faire un saut en avant ou en arrière dans le programme est assez simple : il suffit de modifier la valeur stockée dans le ''program counter'', ce qui permet de sauter directement à une instruction et de poursuivre l'exécution à partir de celle-ci. Et un tel saut est réalisé par des instructions spécialisées. Dans ce qui va suivre, nous allons appeler '''instructions de branchement''' les instructions qui sautent à un autre endroit du programme. Ce n'est pas la terminologie la plus adaptée, mais elle conviendra pour les explications.
L'implémentation des structures de contrôle demande donc de calculer une condition, puis de faire un saut. Mais il faut savoir que l'implémentation demande parfois de faire un saut, sans avoir à tester de condition. Dans ce cas, l'instruction qui fait un saut sans faire de test de condition est elle aussi une instruction de branchement. Cela nous amène à faire la différence entre un branchement conditionnel et non-conditionnel. La différence entre les deux est simple. Une instruction de '''branchement conditionnel''' effectue deux opérations : un test qui vérifie si la condition adéquate est respectée, et un saut dans le programme aussi appelé branchement. Une instruction de '''branchement inconditionnelle''' ne teste pas de condition et ne fait qu'un saut dans le programme.
===Les structures de contrôle===
Le IF permet d’exécuter une suite d'instructions si et seulement si une certaine condition est remplie.
[[File:Codage d'un if.. en assembleur.jpg|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS en assembleur.]]
Le IF...ELSE sert à effectuer une suite d'instructions différente selon que la condition est respectée ou non : c'est un SI…ALORS contenant un second cas. Une boucle consiste à répéter une suite d'instructions machine tant qu'une condition est valide (ou fausse).
[[File:Codage d'un IF.ELSE en assembleur.png|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS..SINON en assembleur.]]
Les boucles sont une variante du IF dont le branchement renvoie le processeur sur une instruction précédente. Commençons par la boucle DO…WHILE : la suite d'instructions est exécutée au moins une fois, et est répétée tant qu'une certaine condition est vérifiée. Pour cela, la suite d'instructions à exécuter est placée avant les instructions de test et de branchement, le branchement permettant de répéter la suite d'instructions si la condition est remplie. Si jamais la condition testée est fausse, on passe tout simplement à la suite du programme.
[[File:DO...WHILE.jpg|centre|vignette|upright=2|DO...WHILE.]]
Une boucle WHILE…DO est identique à une boucle DO…WHILE à un détail près : la suite d'instructions de la boucle n'a pas forcément besoin d'être exécutée au moins une fois. On peut donc adapter une boucle DO…WHILE pour en faire une boucle WHILE…DO : il suffit de tester si la boucle doit être exécutée au moins une fois avec un IF, et exécuter une boucle DO…WHILE équivalente si c'est le cas.
[[File:WHILE...DO.png|centre|vignette|upright=2|WHILE...DO.]]
===Les branchements conditionnels et leur implémentation ===
Il existe de nombreuses manières de mettre en œuvre les branchements conditionnels et tous les processeurs ne font pas de la même manière. Sur la plupart des processeurs, les branchements conditionnels sont séparés en deux instructions : une instruction de test qui vérifie si la condition voulue est respectée, et une instruction de saut conditionnelle. D'autres processeurs effectuent le test et le saut en une seule instruction machine.
[[File:Implémentations possibles des branchements conditionnels.png|centre|vignette|upright=3|Implémentations possibles des branchements conditionnels]]
: Plus surprenant, sur quelques rares processeurs, le ''program counter'' est un registre qui peut être modifié comme tous les autres. Cela permet de remplacer les branchements par une simple écriture dans le ''program counter'', avec une instruction MOV. Un bon exemple est le processeur ARM1, un des tout premiers processeur ARM. Cette dernière solution n'est presque jamais utilisée, mais elle reste surprenante !
Dans les faits, la solution la plus simple est clairement d'implémenter le tout avec une seule instruction. Mais beaucoup de processeurs anciens utilisent la première méthode, celle qui sépare le branchement conditionnel en deux instructions. Le branchement prend le résultat de l'instruction de test et décide s'il faut passer à l'instruction suivante ou sauter à une autre adresse. Il faut donc mémoriser le résultat de l'instruction de test dans un registre spécialisé, afin qu'il soit disponible pour l'instruction de branchement. L'usage d'un registre intermédiaire pour mémoriser le résultat de l'instruction de test demande d'ajouter un registre au processeur. De plus, le résultat de l'instruction de test varie grandement suivant le processeur, suivant la manière dont on répartit les responsabilités entre test et branchements.
Il existe, dans les grandes lignes, deux techniques pour séparer test et branchement conditionnel. La première impose une séparation stricte entre calcul de la condition et saut : l'instruction de test calcule la condition, le branchement fait ou non le saut dans le programme suivant le résultat de la condition. On a alors une instruction de test proprement dit, qui vérifie si une condition est valide et fournit un résultat sur 1 bit. Nous appellerons ces dernières des comparaisons, car de telles instruction effectuent réellement une comparaison. La seconde méthode procède autrement, avec un calcul de la condition qui est réalisé en partie par l'instruction de test, en partie par le branchement. Cela peut paraitre surprenant, mais il y a de bonnes raisons à cette séparation peu intuitive. La raison est que l'instruction de test est une soustraction déguisée, qui fournit un résultat de plusieurs bits, qui est ensuite utilisé pour calculer la condition voulue par le branchement. l'instruction de test ne fait pas une comparaison proprement dit, mais leur résultat permet de déterminer le résultat d'une comparaison avec quelques manipulations simples.
====Les instructions de test proprement dit====
Les premières sont réellement des instructions de test, qui effectuent une comparaison et disent si deux nombres sont égaux, différents, lequel est supérieur, inférieur, etc. En clair, elles implémentent directement les comparaisons vues précédemment. Au total, on s'attend à ce que les 6 comparaisons précédentes soient implémentées avec 6 instructions de test différentes : une pour l'égalité, une pour la différence, une autre pour la supériorité stricte, etc. Mais certaines de ces comparaisons sont en deux versions : une qui compare des entiers non-signés, et une autre pour les entiers signés. La raison est que comparer deux nombres entiers ne se fait pas de la même manière selon que les opérandes soient signées ou non. Nous avions vu cela dans le chapitre sur les comparateurs, mais un petit rappel ne fait pas de mal. Pour comparer deux entiers signés, il faut tenir compte de leurs signes, et le circuit utilisé n'est pas le même. Cela a des conséquences au niveau des instructions du processeur, ce qui impose d'avoir des opérations séparées pour les entiers signés et non-signés.
Dans les faits, les processeurs actuels utilisent le complément à deux pour les entiers signés, ce qui fait que les comparaisons d'égalité ou de différence A == B et A != B ne sont présentes qu'en un seul exemplaire. En complément à deux, l'égalité se détermine avec la même règle que pour les entiers non-signés : deux nombres sont égaux s'ils ont la même représentation binaire, ils sont différents sinon. Ce ne serait pas le cas avec les entiers en signe-magnitude ou en complément à un, du fait de la présence de deux zéros : un zéro positif et un zéro négatif. Les circuits de comparaison d'égalité et de différence seraient alors légèrement différents pour les entiers signés ou non. Au total, en complément à deux, on trouve donc 10 comparaisons usuelles, vu que les comparaisons de supériorité/infériorité sont en double.
Le résultat d'une comparaison est un bit, qui dit si la condition testée est vraie ou fausse. Dans la majorité des cas, ce bit vaut 1 si la comparaison est vérifiée, et 0 sinon. Une fois que l'instruction a fait son travail, il reste à stocker son résultat quelque part. Pour cela, le processeur utilise un ou plusieurs '''registres à prédicats''', des registres de 1 bit qui peuvent stocker n'importe quel résultat de comparaison. Une comparaison peut enregistrer son résultat dans n'importe quel registre à prédicats : elle a juste à préciser lequel avec son nom de registre.
Les registres à prédicats sont utiles pour accumuler les résultats de plusieurs comparaisons et les combiner par la suite. Par exemple, cela permet d'émuler une instruction qui teste si A >= B à partir de deux instructions qui calculent respectivement A > B et A == B. Pour cela, certains processeurs incorporent des instructions pour faire des opérations logiques sur les registres à prédicats. Ces opérations permettent de faire un ET, OU, XOR entre deux registres à prédicats et de stocker le résultat dans un registre à prédicat quelconque.
D'autres instructions permettent de lire le résultat d'un registre à prédicat, de calculer une condition, de combiner son résultat avec la valeur lue et d'altérer le registre à prédicat sélectionné. Par exemple, sur l'architecture IA-64, il existe une instruction cmp.eq.or, qui calcule une condition, lit un registre à prédicat fait un OU logique entre le registre lu et le résultat de la condition, et enregistre le tout dans un autre registre à prédicat. De telles instructions facilitent grandement le codage de certaines fonctions, qui demandent que plusieurs conditions soient vérifiées pour exécuter un morceau de code.
====Les instructions de test qui sont des soustractions déguisées====
Le second type d'instruction de test ne calcule pas ces conditions directement, mais elle fournit un résultat de quelques bits qui permet de les calculer avec quelques manipulations simples. Sur ces processeurs, il n'y a qu'une seule instruction de comparaison, qui est une soustraction déguisée. Le résultat de la soustraction n'est pas sauvegardé dans un registre et est simplement perdu. C'est le cas sur certains processeurs ARM ou sur les processeurs x86. Par exemple, un processeur x86 possède une instruction CMP qui n'est qu'une soustraction déguisée dans un opcode différent.
Le résultat de cette soustraction déguisée est un résultat portant sur 4 bits, qui donne des informations sur le résultat de la soustraction. Le premier bit, appelé bit ''null'', indique si le résultat est nul ou non. Le second bit indique le signe du résultat, s'il est positif ou négatif. Enfin, deux autres bits précisent si la soustraction a donné lieu à un débordement d'entier. Il y a deux bits, car on vérifie deux types de débordement : un débordement non-signé (une retenue sortante de l'additionneur), et le débordement signé (débordement en complément à deux). Pour mémoriser le résultat d'une soustraction déguisée, le processeur incorpore un '''registre d'état'''. Le registre d'état stocke des bits qui ont chacun une signification prédéterminée lors de la conception du processeur et il sert à beaucoup de choses. Dans le cas qui nous intéresse, le registre d'état mémorise les résultats de l'instruction de test : les deux bit de débordement, le bit qui précise que le résultat d'une instruction vaut zéro, le bit de retenue pour le bit de signe.
La condition en elle-même est réalisée par le branchement. L'instruction de branchement fait donc deux choses : calculer la condition à partir du registre d'état, et effectuer le saut si la condition est valide. Le calcul des conditions se fait à partir des 4 bits de résultat. Le bit ''null'' permet de savoir si les deux opérandes sont égales ou non : si le résultat d'une soustraction est nul, cela implique que les deux opérandes sont égales. Le bit de signe permet de déterminer si le première opérande est supérieur ou inférieure à la seconde : le résultat de la soustraction est positif si A >= B, négatif sinon. Les bits de débordements permettent de faire la différence entre infériorité stricte ou non. Tout cela sera expliqué plus en détail dans le paragraphe suivant.
[[File:Branchements et tests avec un registre d'état.png|centre|vignette|upright=1.5|Branchements et tests avec un registre d'état]]
La conséquence est qu'il y a autant d'instructions de branchements que de conditions possibles. Aussi, on a une instruction de test, mais environ une dizaine d'instructions de branchements. C'est l'inverse de ce qu'on a avec des instructions de test proprement dites, où on a autant d'instructions de test que de conditions, mais un seul branchement. Un bon exemple est celui des processeurs x86. Le registre d'état des CPU x86 contient 5 bits appelés OF, SF, ZF, CF et PF : ZF indique que le résultat de la soustraction vaut 0, SF indique son signe, CF est le bit de retenue et de débordement non-signé, OF le bit de débordement signé, et PF le bit qui donne la parité du résultat. Il existe plusieurs branchements, certains testant un seul bit du registre d'état, et d'autres une combinaison de plusieurs bits.
{|class="wikitable"
|-
! Instruction de branchement
! Bit du registre d'état testé
! Condition testée si on compare deux nombres A et B avec une instruction de test
|-
! JS (Jump if Sign)
| SF = 1
| Le résultat est négatif
|-
! JNS (Jump if not Sign)
| SF = 0
| Le résultat est positif
|-
! JO (Jump if Overflow)
| OF = 1
| Le calcul arithmétique précédent a généré un débordement signé
|-
! JNO (Jump if Not Overflow)
| OF = 0
| Le calcul arithmétique précédent n'a pas généré de débordement signé
|-
! JNE (Jump if Not equal)
| ZF = 1
| Les deux nombres A et B sont égaux
|-
! JE (Jump if Equal)
| ZF = 0
| Les deux nombres A et B sont différents
|-
! JB (Jump if below)
| CF = 1
| A < B, avec A et B non-signés
|-
! JAE (Jump if Above or Equal)
| CF = 0
| A >= B, avec A et B non-signés
|-
! (JBE) Jump if below or equal
| CF OU ZF = 1
| A >= B si A et B sont non-signés
|-
! JA (Jump if above)
| CF ET ZF = 0
| A > B si A et B sont non-signés
|-
! JL (Jump if less)
| SF != OF
| si A < B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater or Equal)
| SF = OF
| si A >= B, si A et B sont signés
|-
! JLE (Jump if less or equal)
| (SF != OF) OU ZF = 1
| si A <= B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater)
| (SF = OF) ET (NOT ZF) = 1
| si A > B, si A et B sont signés
|}
===Les instructions à prédicat===
Les '''instructions à prédicat''' sont des instructions qui ne font quelque chose que si une condition est respectée, et se comportent comme un NOP (une instruction qui ne fait rien) sinon. Elles lisent le résultat d'une comparaison, dans le registre d'état ou un registre à prédicat, et s’exécutent ou non suivant sa valeur.
En général, les instructions à prédicats sont des instructions en plus des instructions normales, pas à prédicat. L'instruction à prédicat la plus représentative, présente sur de nombreux processeurs, est l'instruction CMOV, qui copie un registre dans un autre si une condition est remplie. Elle permet de faire certaines opérations assez simples, comme calculer la valeur absolue d'un nombre, le maximum de deux nombres, etc.
Pour gérer les instructions à prédicat, les instructions de test s'adaptent sur plusieurs points. Le premier est que les instructions de test préfèrent utiliser des registres à prédicats, au lieu d'un registre d'état. Une des raisons à cela est la suivante : avec des registres à prédicats, on peut ajouter des instructions pour faire un ET/OU/XOR entre registres à prédicats, ce qui permet de tester des combinaisons de conditions sans faire appel au moindre branchement. Et ces conditions complexes ne sont pas rares, ce qui rend l'usage de registres à prédicats très utiles avec les instructions à prédicats.
Une autre adaptation est que les instructions de test tendent à fournir deux résultats : le résultat de la condition, et le résultat de la condition inverse. Ils sont fournis dans deux registres à prédicats distincts. Faire ainsi facilite grandement l'implémentation des structures de contrôle SI...ALORS simples. Pour rappel, elles ont deux morceaux de code : un qui s’exécute si une condition est remplie, l'autre si la condition inverse est remplie. Avec ce système, les instructions du premier et du second morceau de code testerons deux bits distincts.
L'usage d'instructions à prédicat séparées des autres instructions porte le nom de '''prédication partielle'''. C'est de loin l'implémentation la plus courante. Mais sur certains processeurs, assez rares, toutes les instructions sont des instructions à prédicat : on parle de '''prédication totale'''. Les anciens processeurs ARM 32 bits étaient dans ce cas, par exemple.
Cela peut paraitre étrange, vu que certaines instructions ne sont pas dans une structure de contrôle et doivent toujours s’exécuter, peu importe les conditions testées avant. Mais rassurez-vous, sur les processeurs à prédication totale, il y a toujours un moyen pour spécifier que certaines instructions doivent toujours s’exécuter, de manière inconditionnelle. Par exemple, sur les processeurs d'architecture HP IA-64, un des registre à prédicat, le tout premier, contient la valeur 1 et ne peut pas être modifié. Si on veut une instruction inconditionnelle, il suffit qu'elle précise que le registre à prédicat à lire est ce registre.
: Les processeurs avec un registre d'état n'ont généralement que de la prédication partielle, le plus souvent limitée à une seule instruction CMOV. Alors que qui dit prédication totale dit systématiquement registres à prédicats.
Les processeurs ARM disposent d'une prédication totale, du moins pour le jeu d'instruction ARM 32 bits. Mais il supportent une second jeu d’instruction optionnel, le ''thumb'', qui est plus compact. Au lieu d'encoder ses instructions sur 32-64 bits, ses instructions font seulement 16 bits. Et pour compacter ce jeu d'instruction, la prédication totale a été supprimée. À la place, ''thumb'' incorpore une '''instruction IT''', qui active l’exécution conditionnelle des instructions suivantes.
L'instruction teste une condition et calcule un prédicat, qui est ensuite utilisé pour décider de l'exécution des instructions suivantes. L'exécution conditionnelle marche jusqu'à 4 instructions consécutives. Le nombre exact est configurable et va de 1 à 4 instructions consécutives après l'instruction IT. La condition est configurable pour les 1 à 4 instructions : chaque instruction peut s'exécuter si la condition est vraie, ou au contraire fausse. Un masque de 4 bits décide de quelle condition utiliser pour chaque instruction. Il y a un bit par instruction, qui vaut 1 si la condition doit être vérifiée, 0 si on veut la condition inverse.
===L'instruction SKIP===
L''''instruction SKIP''' permet de zapper l'instruction suivante si une condition testée est fausse. Il en existe deux versions. La première est fusionnée avec l'instruction de test. La condition est calculée par l'instruction SKIP, qui décide s'il faut sauter l'instruction suivante. Dans un autre cas, l'instruction SKIP est précédée d'une instruction de test, récupère son résultat dans un registre de prédicat ou dans le registre d'état, et effectue le saut. On peut la voir comme une forme particulière de branchement conditionnel, qui brancherait deux instructions plus loin.
Son utilité n'est pas évidente, mais on peut classer ses utilisations en trois catégories. La première permet d'émuler une instruction de branchement conditionnel en combinant une instruction SKIP avec un branchement inconditionnel. Le branchement inconditionnel est skippé si la condition est remplie/fausse, mais éxecuté dans le cas contraire : c'est le comportement d'un branchement conditionnel. Une autre utilisation permet d'émuler une instruction à prédicat en faisant précéder une instruction normale par une instruction SKIP. Enfin, elles servent à implémenter des structures de controle IF à condition que le code du IF se résume à une vulgaire instruction. C'est assez rare, mais certains calculs comme la valeur absolue ou le calcul du minimum peuvent se calculer ainsi.
[[File:Skip instruction.png|centre|vignette|upright=3|Skip instruction]]
Vous pourriez imaginer des versions améliorées de l'instruction, qui permettent de zapper plusieurs instructions, mais de telles instructions ne sont autres que des instructions de branchement conditionnelles spécifiques, comme nous le verrons dans le chapitre sur les modes d'adressage.
==Les méta-instructions REPEAT et EXECUTE==
Enfin, il faut aussi citer les '''méta-instructions''', des instructions qui agissent sur l’exécution d'autres instructions. Il en existe deux : REPEAT et EXECUTE. Elles servent techniquement à manipuler le flot de contrôle d'un programme, et ont quelques ressemblances avec les branchements ou les boucles. Elles sont extrêmement rares et on ne les trouve que sur des anciens processeurs (généralement micro-codés), ou sur certaines processeurs spécialisés dans le traitement de signal appelés des DSP, qui feront l'objet d'un chapitre à eux seuls.
===L’instruction REPEAT et le ''Zero-overhead looping''===
La première est la '''méta-instruction REPEAT''', qui permet de simplifier l'implémentation des boucles. Dans sa version la plus simple, elle fait en sorte que l'instruction qui la suit soit répétée plusieurs fois. Le nombre de répétition est soit un nombre fixe, toujours le même, soit l'instruction se répète tant qu'une condition n'est pas remplie. Les deux situations ne se rencontrent pas sur les mêmes processeurs. Par exemple, l'UNIVAC 1103 possède une instruction REPEAT très simple, qui répète l'instruction cible un nombre fixe de fois, mais ne gère pas les conditions.
Le GE-600/Honeywell 6000 series incorpore trois instructions REPEAT de ce type. La première répète l'instruction suivante soit un nombre fixe de fois, soit quand une condition est remplie. La seconde répète les deux instructions suivantes, l'une après l'autre. Enfin, la dernière répète l'instruction suivante jusqu'à : soit qu'une condition soit remplie, soit qu'une adresse bien précise soit atteinte. Elle servait sans doute à implémenter le parcours d'une liste chainée pour trouver un item bien précis.
Une version améliorée de l'instruction REPEAT permet de répéter un bloc de plusieurs instructions, ce qui permet d'implémenter une boucle en une seule instruction. Elles sont fréquentes sur certains processeurs de traitement de signal, qui doivent exécuter en permanence de petites boucles. Typiquement, elles permettent d'implémenter des boucles FOR dont le nombre d’exécution est fixe. La répétition de la boucle est contrôlée par un registre de boucle, qui mémorise le nombre de répétitions, et qui est décrémenté à chaque itération, sans avoir à utiliser d'instruction d'incrémentation/décrémentation.
Une variante précise deux adresses, qui délimitent les instructions de la boucle : une adresse pour le début de la boucle, une adresse pour la fin. L'implémentation hardware est alors assez simple : quand le ''program counter'' atteint l'adresse de fin, il est réinitialisé à l'adresse de début. La gestion du ''program counter'' se fait alors sans utiliser d'instructions de branchement. les deux registres sont initialisés avec une isntruction LOPP, spécialement dédiée pour cela.
Les deux techniques précédentes permettent d'implémenter des boucles sans utiliser de branchements, ou presque. Elles rendent l'exécution des boucles tellement rapides qu'elles portent le nom de '''''Zero-overhead looping'''''.
: Les instructions REP mentionnées plus haut, ne sont PAS des exemples d'instruction REPEAT. Le préfixe REP des processeurs x86 est une instruction qui se répète elle-même. Mais l'instruction REPEAT force la répétition de l'instruction suivante ! Elle agit sur une autre instruction, d'où son caractère de méta-instruction.
===L'instruction EXECUTE===
La '''méta-instruction EXECUTE''' fournit l'adresse d'une instruction cible, qui est exécutée en lieu et place de l'instruction EXECUTE. Quand le processeur exécute l'instruction EXECUTE, il prend l'adresse cible, charge l'instruction dans l'adresse cible, et l’exécute à la place de l'instruction EXECUTE. Il est possible de comprendre l'instruction EXECUTE comme un branchement spécial. Tout se passe comme si l'instruction EXECUTE effectuait un branchement vers l'instruction cible, mais que le processeur ne poursuivait pas l’exécution à la suite de l’instruction cible, et revenait à la suite de l'instruction cible.
Il y a souvent des contraintes sur l'instruction cible, qui est pointée par l'adresse cible. Généralement, il n'est pas possible que l'instruction cible soit elle-même une autre instruction EXECUTE. De même, beaucoup de processeurs interdisent que l’instruction cible soit un branchement. Mais d'autres processeurs n'ont pas ces contraintes et autorisent à utiliser des branchements pour l'instruction cible.
L'utilité d'une telle instruction est tout sauf évidente. Elle servait pourtant à beaucoup de choses sur les processeurs où elle était implémentée. Précisons qu'elle était surtout présente sur des vieux ordinateurs, dans les années 50-60, et quelques processeurs des années 70. Elle a disparu dès les années 80 et n'est présentée que par souci d'exhaustivité et intérêt historique pour les curieux. Cette précision permet de comprendre que cette instruction servait pour résoudre des problèmes qui sont actuellement résolus autrement.
L'adresse cible peut être soit intégrée dans l'instruction, soit dans un registre. Dans le second cas, l'adresse peut être incrémentée ou modifiée afin que l'instruction EXECUTE change de cible à chaque exécution. Tout se passe comme si le registre contenant l'adresse cible servait à émuler un ''program counter''. En mettant une instruction EXECUTE dans une boucle et en complétant le tout avec du code annexe, on peut exécuter du code extérieur sans modifier le véritable ''program counter''. L'utilité est de faciliter l'implémentation des logiciels debuggers, des émulateurs, ou d'autres programmes dans le même genre.
Les autres utilisations sont assez nombreuses, mais aussi difficiles à expliquer pour qui n'a pas de connaissances poussées en programmation. La première utilité est l'implémentation de certaines fonctionnalités des langages de programmation évolués, à savoir le ''late binding'', les fonctions virtuelles, et quelques autres. Elle facilite aussi l'implémentation des compilateurs à la volée, en permettant d’exécuter du code produit à volée sans faire tiquer les mécanismes de protection mémoire implémentés dans le processeur. Elle permet d'émuler du code automodifiant pour les logiciels qui gagnaient autrefois à l'utiliser. Et il y en a d'autres.
==Les instructions d'arrêt et de mise en veille==
Les processeurs gèrent souvent des '''instructions de mise en veille''' le processeur. Une fois mis en veille, le processeur ne peut être réveillé que si un signal de sortie de veille survient. Les signaux de sortie de veille sont envoyés par les périphériques, les entrées-sorties, le ''chipset'' de la carte mère, etc. Ils sont rarement mis totalement en veille, ce qui leur permet de générer ce signal de sortie si nécessaire. Le processeur attend alors qu'un périphérique lui envoie un signal de sortie de veille, mais ne fait rien en attendant. De telles instructions ne sont exécutables qu'en mode noyau, par le système d'exploitation.
: Le signal de sortie de veille est techniquement une interruption matérielle, comme on le verra plus tard.
Il existe aussi des '''instructions d'arrêt''', qui éteignent le processeur complétement. Le processeur peut redémarrer, mais pas reprendre là où il en était. Pour redémarrer, il faut qu'il reçoive un signal RESET, envoyé sur une entrée du processeur. Lorsque l'entrée RESET du processeur est mise à 1, le processeur redémarre. Typiquement, l'alimentation du processeur est suspendue.
===Les exemples sur les processeurs les plus connus===
Sur les processeurs ARM, les instructions WFI et WFE sont utiles pour les systèmes embarqués, pour mettre le processeur en mode basse consommation. Lorsqu'une instruction de ce type est exécutée, le processeur continue d'être alimenté, mais il ne tient pas compte du signal d'horloge. Le signal d'horloge est clock gaté dès l'entrée dans le CPU. La différence entre les deux instructions est que WFI s'exécute inconditionnellement, alors que WFE ne s’exécute que un registre spécifique, le registre d'évènement, est à 0.
Sur les processeurs Motorola 6502 et ses dérivés, l'instruction WAI est une instruction de mise en veille, alors que l'instruction STP éteint l'ordinateur. La différence est qu'avec l'instruction STP, le processeur ne réagit qu'au signal RESET, qui fait redémarrer le processeur, mais ne réagit pas aux signaux de sortie de veille. L'exécution du processeur ne reprend alors pas là où le processeur s'est arrêté, le ''program counter'' est réinitialisé.
Sur les CPU x86 avant le 486, l'instruction HLT ne mettait pas le processeur en mode basse consommation. Aucune technique n'était prévue pour réduire la consommation du processeur pendant la veille. Le 8086 se contentait de se déconnecter du bus et n'incrémentait pas son ''program counter''. Au passage, l'implémentation exacte au niveau des circuits de l'instruction HLT sur le 8086 est détaillée dans cet article de blog :
* [https://www.righto.com/2023/01/reverse-engineering-intel-8086.html Reverse-engineering the Intel 8086 processor's HALT circuits]
C'est avec le 486 que la mise en veille s'est accompagnée d'une extinction partielle du processeur. Le processeur passait en mode basse consommation, ce qui permettait des économies d'énergie de 5 à 10%. Cependant, les premiers CPU sortis d'usine avaient un bug : le CPU stoppé via l'instruction HLT ne pouvait pas redémarrer de manière logicielle, il fallait lui envoyer le signal de RESET directement via le matériel.
{|class="wikitable"
|-
! x86
| HLT (HALT)
|-
! ARM
|
* WFI (Wait For Interrupt)
* WFE (Wait For Event).
|-
! Motorola 6502 et plus
|
* WAI (WAit for Interrupt)
* STP (SToP)
|}
===Les instructions ''Halt And Catch Fire''===
Le bug n'est pas spécifique aux processeurs 486, de nombreux CPU ont des instructions non-documentées qui bloquent l'ordinateur, si exécutées. Le processeur ne peut alors pas sortir de la mise en veille et soit s'arrête, soit doit être RESET. Les instructions ne sont souvent pas voulues par les concepteurs et sont souvent des bugs. De telles instructions illégales devraient lever une exception matérielle "instruction non reconnue", mais ne le font pas en raison d'un bug quelconque. Elles sont appelées, non sans humour, des '''instructions ''Halt And Catch Fire''''' (stoppe et prend feu).
Un exemple classique est celle du bug du Pentium F00F. Le responsable est une instruction non-documentée, encodée en binaire comme suit F0 0F C7 C8. Il s'agit d'une instruction dont l'encodage est invalide. Elle correspond à une instruction cmpxchg8b qui agit sur une valeur 64 bits obtenue en concaténant les deux registres (EAX et EDX). Elle compare cette valeur 64 bits avec une donnée en mémoire RAM. Mais avec l'encodage F0 0F C7 C8, l'adresse mémoire est remplacée par un nom de registre, du fait de l'encodage des modes d'adressage sur ce CPU. En théorie, le processeur devrait lever une exception matérielle ''opcode invalide''. Seulement, l'instruction est associée à un préfixe LOCK, qu'on ne détaillera pas ici, qui empêche la levée de l'exception.
Elle agissait comme une instruction ''Halt And Catch Fire'' classique. Un problème est que cette instruction n'était pas une instruction en mode noyau, mais une instruction accessible en espace utilisateur. N'importe quel programme invalide, voire un programme malicieux, pouvait bloquer l'ordinateur. La situation a été prise an sérieux, les systèmes d'exploitation fournissant des mitigations logicielles. Intel corrigea le problème, dans une seconde fournée sortie d'usine, avec la version B2 du 486.
==Résumé==
Pour résumer, les instructions les plus courantes sont les suivantes :
{|class="wikitable"
|-
!Instruction
!Utilité
|-
!Instructions arithmétiques
|Elles font des calculs sur des nombres. Les plus communes sont l'addition, la soustraction, la multiplication, la division, le modulo. Pour les instructions flottantes, la racine carrée est souvent supportée, parfois avec les opérations trigonométriques, les logarithmes et l'exponentielle.
|-
!Instructions logiques
|Elles travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les plus communes sont ;
* Les opérations bit à bit, à savoir le ET logique, le OU logique, le OU exclusif (XOR) et le NON logique.
* Les instructions de décalage à droite et à gauche, qui vont décaler tous les bits d'un nombre d'un cran vers la gauche ou la droite. Les bits qui sortent du nombre sont considérés comme perdus.
* Les instructions de rotation, qui font la même chose que les instructions de décalage, à la différence près que les bits qui "sortent d'un côté du nombre" après le décalage rentrent de l'autre.
|-
!Instructions de test et de contrôle (branchements)
|Elles permettent de contrôler la façon dont notre programme s’exécute sur notre ordinateur. Elles permettent notamment de choisir la prochaine instruction à exécuter, histoire de répéter des suites d'instructions, de ne pas exécuter des blocs d'instructions dans certains cas, et bien d'autres choses.
|-
!Instructions d’accès mémoire
|Elles permettent d'échanger des données entre le processeur et la mémoire, ou encore permettent de gérer la mémoire et son adressage. Les deux les plus courantes sont les suivantes :
* LOAD : charge une donnée dans un registre ;
* STORE : copie le contenu d'un registre dans une adresse mémoire.
|}
En plus de ces instructions, beaucoup de processeurs ajoutent d'autres instructions. La plupart sont utilisées par le système d'exploitation pour configurer certaines fonctionnalités importante : la protection mémoire, la mémoire virtuelle, les modes de compatibilité du processeur, la gestion de l'alimentation, l'arrêt ou la mise en veille, etc.
On peut aussi trouver des instructions spécialisées dans les calculs cryptographiques : certaines instructions permettent de chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe. De même, certains processeurs ont une instruction permettant de générer des nombres aléatoires. Et on peut trouver bien d'autres exemples...
Mais d'autres sont franchement exotiques. Par exemple, certains processeurs sont capables d'effectuer des instructions sur du texte directement. Pour stocker du texte, la technique la plus simple utilise une suite de lettres, stockées les unes à la suite des autres dans la mémoire, dans l'ordre dans lesquelles elles sont placées dans le texte. Quelques ordinateurs disposent d'instructions pour traiter ces suites de lettres. D'ailleurs, n'importe quel PC x86 actuel dispose de telles instructions, bien qu'elles ne soient pas utilisées car paradoxalement trop lente comparé aux solutions logicielles ! Cela peut paraître surprenant, mais il y a une explication assez simple qui sera compréhensible dans quelques chapitres (les instructions en question sont microcodées).
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Mewtow
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/* Les instructions entières */
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wikitext
text/x-wiki
Ce chapitre va aborder le langage machine, à savoir un standard qui définit les instructions du processeur, le nombre de registres, etc.
Dans ce chapitre, on considérera que le processeur est une boîte noire au fonctionnement interne inconnu.
Nous verrons le fonctionnement interne d'un processeur dans quelques chapitres.
Les concepts que nous allons aborder ne sont rien d'autre que les bases nécessaires pour apprendre l'assembleur.
Nous allons surtout parler des instructions du processeur.
Pour simplifier, on peut classer les instructions en quatre grands types :
* les échanges de données entre mémoires ;
* les calculs et autres opérations arithmétiques ;
* les instructions de comparaison ;
* les instructions de branchement.
À côté de ceux-ci, on peut trouver d'autres types d'instructions plus exotiques, pour gérer du texte, pour modifier la consommation en électricité de l'ordinateur, pour chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe, générer des nombres aléatoires, etc. Dans ce chapitre, nous allons voir un aperçu assez large des instructions qui existent. Nous n'allons pas nous limiter aux instructions les plus importantes, mais nous allons aussi parler d'instructions assez exotiques, soit présentes uniquement sur d'anciens ordinateurs, soit très rares, soit franchement tordues. Et certaines de ces instructions exotiques sont assez impressionnantes et risquent de vous surprendre !
==Les instructions entières==
Les '''instructions arithmétiques''' sont les plus courantes et comprennent au minimum l'addition, la soustraction, la multiplication, plus rarement la division. Précisons qu'une opération mathématique ne se fait pas de la même manière suivant la représentation utilisée pour coder ces nombres : on ne manipule pas de la même façon des nombres entiers binaires, des entiers codés en BCD et des nombres flottants. Aussi, dans ce qui va suivre, nous allons séparer les opérations entières, les opérations flottantes et les opérations en BCD.
Les processeurs modernes utilisent des nombres encodés soit en binaire normal, soit en complément à deux. L'avantage est que les opérations arithmétiques se font de la même manière dans les deux encodages. Il y a quelques différences, mais elles sont suffisamment mineures, pas besoin d'avoir une instruction dédiée pour les nombres signés. Les anciens processeurs utilisaient eux des entiers signés en signe-magnitude ou en complément à 1, ou d'autres représentations. Et avec ces représentations, les calculs ne sont pas exactement les mêmes pour les nombres signés et non-signés. Ils avaient donc des instructions séparées pour l'addition signée et l'addition non-signée, idem pour la soustraction, la multiplication, etc.
De nos jours, les ordinateurs utilisent des entiers de taille fixe, qui tiennent dans un registre. J'ai dit qui tiennent dans un registre, car la taille des opérandes dépend de l'instruction. Un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs pour chaque taille : certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Mais la taille d'une opérande ne dépasse pas la taille d'un registre entier.
===La ou les instructions d'addition entière===
Un processeur implémente au minimum une opération d'addition, même s'il existe de rares exemples de processeurs qui s'en passent. Mieux : certains processeurs implémentent plusieurs instructions d'addition, qui se distinguent par de subtiles différences.
La première différence est la gestion des débordements d'entier. Pour gérer les débordements d'entier, certains processeurs disposent d'un '''registre de débordement''', de 1 bit, qui indique si une instruction arithmétique a généré un débordement d'entier ou non. Il est mis à 1 en cas de débordement, mais reste à 0 sinon. Il est mis à jour à chaque addition/multiplication/soustraction.
Pour rappel, les débordements d'entiers sont différents selon que l'addition est signée ou non, et il faut en tenir compte au niveau du jeu d'instruction. La solution la plus simple est l'existence de deux instructions dédiées : une pour les additions de nombres signés et une autre pour les nombres non-signés. Le circuit additionneur est le même pour ces deux instruction, mais le calcul du bit de débordement est différent. D'autres processeurs s'en sortent autrement, en ayant deux bits de débordement : un si le résultat est signé, l'autre pour les résultats non-signés. Mais nous reparlerons de cela plus tard.
Une autre différence, présente sur les vieux processeurs, tient dans la gestion de la retenue. À l'époque, les processeurs ne pouvaient gérer que des nombres de 4 à 8 bits, guère plus. Pourtant, la plupart des applications logicielles demandait d'utiliser des entiers de 16 bits. Les opérations comme l'addition ou la soustraction étaient alors réalisées en plusieurs fois. Par exemple, on additionnait les 8 bits de poids faible, puis les 8 bits de poids fort. Dans un cas pareil, il fallait aussi gérer la retenue dans l'addition des 8 bits de poids fort.
Pour cela, la retenue en question était mémorisée dans un registre de 1 bit dédié, semblable au registre de débordement, appelé le '''bit de retenue'''. De plus, les processeurs incorporaient une instruction d'addition qui additionnait les deux opérandes avec la retenue en question, instruction souvent appelée ADDC (''ADD with Carry''). Niveau circuits, cela ne changeait pas grand chose, tous les additionneurs ayant une entrée pour la retenue (qui est utilisée pour implémenter la soustraction, rappelez-vous). L'implémentation de l'instruction ADDC était très simple, n'utilisait presque pas de circuits, et rendait de fiers services aux programmeurs de l'époque. Nous parlons là des vieux processeurs 4 et 8, mais certains processeurs 16, 32, voire 64 bits, sont capables d'effectuer ce genre d'opération, même si ils sont rares.
: Il existe parfois des instructions pour mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. C'est le cas sur l'architecture x86. Mais son utilité est marginale, car toutes les instructions arithmétiques modifient le bit de retenue.
La même chose a lieu pour la soustraction, qui demande qu'une "retenue" soit propagée d'une colonne à l'autre (bien que la "retenue" soit utilisée différemment : elle n'est pas additionnée, mais soustraite du résultat de la colonne). Pour cela, les processeurs implémentent l'opération SUBC (''Substract with Carry''). Et pour mettre en œuvre cette opération, ils ont deux options. La première est d'ajouter un bit pour la "retenue" de la soustraction. Pour une soustraction qui calcule a-b, elle vaut 0 si a>=b et 1 si a<b. Elle est utilisée telle qu'elle par le circuit qui effectue la soustraction, généralement un soustracteur. L'autre option est d'utiliser le but de retenue de l'addition, sans rien modifier. Pour comprendre pourquoi, rappelons que la soustraction est implémentée en complément à deux par le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + 1</math>
Il s'agit d'une addition, qui a donc une retenue lors d'un débordement. On peut alors réutiliser le bit de retenue de l'addition pour la soustraction, en modifiant quelque peu la soustraction à effectuer. Pour comprendre comment faire la modification, précisons tout d'abord que les règles du complément à deux nous disent qu'on a un débordement quand a>=b. Passons maintenant à l'étude d'un exemple théorique : le cas où on veut soustraire deux nombres de 16 bits avec deux opérations SUBC qui travaillent sur 8 bits. Appelons les deux opérandes A et B, <math>a_h</math> et <math>b_h</math> les 8 bits de poids forts de ces opérandes, et <math>a_l</math> et <math>b_l</math> leurs 8 bits de poids faible. Voyons ce qui se passe suivant que la retenue soit de 0 ou 1.
* Si la retenue de l'addition est de 1, on a <math>a_l \geq b_l</math>, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>.
* À l'inverse, si la retenue de l'addition est de 0, on a <math>a_l \leq b_l</math>. Cela veut dire que si on posait la soustraction, alors une retenue devrait être propagée à la colonne suivante, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1 - \text{retenue de 1}</math>.
Récapitulons dans un tableau.
{|class="wikitable"
|-
! Retenue
! Opération à effectuer pour la seconde soustraction
|-
! 0
| <math>a_h + \overline{b_h} + 0</math>
|-
! 1
| <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>
|}
On voit que ce qu'il faut ajouter à <math>a_h + \overline{b_h}</math> est égal à la retenue. L'opération SUBC fait donc le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + \text{retenue}</math>
La plupart des processeurs 8 et 16 bits avaient deux instructions de soustraction séparées : une sans gestion de la retenue, une avec. Mais certains processeurs comme le 6502 n'avaient qu'une seule instruction de soustraction : celle qui tient compte de la retenue ! Il n'y avait pas de soustraction normale. Pour éviter tout problème, les programmeurs devaient faire attention. Ils disposaient d'une instruction mettre à 0 ou à 1 le bit de retenue pour éviter tout problème, qu'ils utilisaient avant toute soustraction simple.
===Les instructions de division entière===
Il faut savoir que la division est une opération très lourde pour le processeur : une instruction de division dédiée met au mieux une dizaine de cycles d'horloge pour fournir un résultat, parfois plus de 50 à 70 cycles d’horloge. Et elle est facilement 10 à 50 fois plus lente qu'une opération de multiplication. De plus, son implémentation matérielle utilise beaucoup de portes logiques/transistors. Son cout globalement le même que pour un circuit multiplieur, parfois un peu plus. Mais on a de la chance : c'est aussi une opération assez rare, peu utilisée.
De plus, les divisions les plus courantes sont des divisions par une constante : un programme devant manipuler des nombres décimaux aura tendance à effectuer des divisions par 10, un programme manipulant des durées pourra faire des divisions par 60 (gestion des minutes/secondes) ou 24 (gestion des heures). Or, diverses astuces permettent de les remplacer par des suites d'instructions plus simples, qui donnent le même résultat (l'usage de décalages, la multiplication par un entier réciproque, etc). Et la suite d'instruction équivalent est beaucoup plus rapide qu'une implémentation matérielle, car on profite qu'une opérande est constante. En-dehors de ce cas, l'usage des divisions est assez rare.
Sachant cela, certains processeurs ne possèdent pas d'instruction de division, car les gains de performance seraient modérés et le coût en transistors élevé. Les divisions sont alors émulées en logiciel, par une suite de soustractions ou tout autre code équivalent. D'autres processeurs implémentent toutefois la division dans une instruction machine, avec un circuit dédié, mais c'est signe que le coût en transistors n'est pas un problème pour le concepteur de la puce.
===Les instructions de multiplication entière===
Contrairement à la division, l'opération de multiplication entière est très courante, presque tous les processeurs modernes en ont une. Les multiplications sont plus fréquentes dans le code des programmes, sans compter que c'est une opération pas trop lourde à implémenter en circuit. Il en existe parfois plusieurs versions sur un même processeur. Ces différentes versions servent à résoudre un problème quant à la taille du résultat d'une multiplication. En effet, la multiplication de deux opérandes de <math>n</math> bits donne un résultat de <math>n \times 2</math>, ce qui ne tient donc pas dans un registre. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions.
Dans sa version la plus simple, l'instruction de multiplication se contente de garder les <math>n</math> bits de poids faible, ce qui peut entraîner l'apparition de débordements d'entiers.
Une autre solution est de calculer soit les bits de poids fort, soit les bits de poids faible, le choix étant laissé au programmeur. Des processeurs disposent de deux instructions de multiplication : une instruction pour calculer les bits de poids fort du résultat et une autre pour les bits de poids faible. Certains processeurs disposent d'une instruction de multiplication configurable, qui permet de choisir quels bits conserver : poids fort ou poids faible.
Une autre version mémorise le résultat dans deux registres : un pour les bits de poids faible et un autre pour les bits de poids fort. Il faut noter que certains processeurs disposent de registres spécialisés pour cela. Par spécialisés, on veut dire qu'ils sont séparés des autres registres. Les autres registres, appelés les registres généraux, mémorisent n'importe quelle opérande entière et sont utilisables pour toutes les opérations. Mais la multiplication mémorise son résultat dans deux registres à part, qu'on nommera HO et LO. Seule l'instruction de multiplication peut écrire un résultat dans ces deux registres, avec HO pour les bits de poids fort, et LO pour les bits de poids faibles. Par contre, n'importe quelle instruction peut les lire, pour récupérer une opérande dans ces deux registres.
==Les instructions sur les entiers BCD==
Parlons maintenant des '''instructions BCD''', qui agissent sur des opérandes codées en BCD. Devenues très rares avec la disparition du BCD dans l'informatique grand-public, elles étaient quasiment essentielles sur les tous premiers processeurs 8 bits.
===Les ordinateurs décimaux===
Au tout début de l'informatique, il a existé des processeurs qui travaillaient uniquement en BCD, appelés des '''processeurs décimaux'''. Ils avaient uniquement des instructions BCD, pas d'instruction sur des opérandes codées en binaire. Ils étaient assez courants entre les années 60 et 70, même s'ils ne représentent pas la majorité des architectures de l'époque. Il y avait une vraie séparation entre processeurs décimaux et processeurs binaires, sans intermédiaires notables.
Les tous premiers ordinateurs décimaux pouvaient manipuler des entiers BCD de taille arbitraire. Ils stockaient leurs nombres dans des chaines de caractères ou des tableaux encodés en BCD. Le processeur faisait les calculs chiffre par chiffre, caractère BCD par caractère BCD. Les ordinateur décimaux qui ont abandonné ce fonctionnement. À la place, ils ont intégré des registres capables de mémoriser des entiers BCD de taille fixe.
Le grand avantage des processeurs décimaux est leur très bonne performance dans les tâches de bureautique, de comptabilité, et autres. Les processeurs de l'époque recevaient des entiers codés en BCD de la part des entrées-sorties, et devaient les traiter. Les processeurs binaires devaient faire des conversion BCD-binaire pour communiquer avec les entrées-sorties, mais pas les processeurs décimaux. Le gain en performance pouvait être substantiel dans certaines applications.
===Les instructions BCD des processeurs binaires===
Par la suite, dans les années 80, l'augmentation des performances a favorisé les processeurs binaires. Faire des conversions binaires-BCD n'était plus un problème, les conversions étaient suffisamment rapides. Par contre, faire les calculs en BCD était plus lent que faire les calculs en binaire, ce qui fait que le compromis technologique de l'époque favorisaient le binaire. Mais pour obtenir le meilleur des deux mondes, les processeurs binaires ont ajouté un support du BCD. C'était l'époque des architectures 8 bits, puis 16 bits.
Intuitivement, on se dit que, les processeurs de l'époque des 8 bits avaient leurs instructions de calcul en double : une instruction pour les calculs entier et une autre pour les calculs BCD. Mais d'autres processeurs faisaient autrement. À l'époque des processeurs 8-16 bits, certains processeurs ne géraient pas d'instructions BCD proprement dit, mais géraient quand même les calculs en BCD grâce à des instructions spéciales. Concrètement, les programmeurs utilisaient une instruction d'addition ou de soustraction binaire, mais il était possible de corriger ce résultat pour obtenir le bon résultat codé en BCD. Les processeurs de l'époque disposaient d'une instruction pour faire la correction, souvent appelée ''Decimal Adjust After Addition''.
Avant d'aller plus loin, nous devons préciser que les processeurs 8 bits de l'époque pouvaient gérer deux formats de BCD. Le premier est le '''format ''Packed''''', où deux chiffres sont mémorisé dans un octet. Le premier nibble (4bits) mémorise un chiffre BCD, le second nibble mémorise le second. Il s'agit d'un format qui remplit au maximum les bits de l'octet avec des données utiles. L'autre format, appelé '''''Unpacked''''', ne mémorise qu'un seul chiffre BCD dans un octet. Le chiffre est quasi- tout le temps dans le nibble de poids faible. Il se trouve que la manière de corriger le résultat d'une opération n'est pas la même suivant que le nombre est codé en BCD ''packed'' et ''unpacked''.
Pour commencer, étudions le cas des nombres BCD ''unpacked'', plus simples à comprendre. Lors d'une addition, il se peut que le résultat ne soit pas représentable en BCD ''unpacked''. Par exemple, si je fais le calcul 5 + 8, le résultat sera 13 : il tient dans un nibble en décimal, mais pas en BCD ! Cette situation survient quand le résultat d'une addition de deux entiers BCD ''unpacked'' dépasse 9, la limite de débordement en BCD ''unpacked''. Nous avons vu dans le chapitre sur les circuits d'addition que la correction est alors toute simple : si le résultat dépasse 9, on ajoute 6. De plus, on doit prévenir que le résultat a débordé et ne tient pas sur un nibble en BCD. Pour cela, on ajoute un bit spécialisé, appelé le '''''half carry flag''''', indicateur de demi-retenue en français, qui joue le même rôle que le bit de débordement, mais pour le BCD ''unpacked''. Sur les processeurs x86, tout cela est réalisé par une instruction appelée ''ASCII adjust after addition''.
: Pour la soustraction, il faut faire la même chose, sauf qu'il faut soustraire 6, pas l'ajouter. Et il y a aussi une instruction pour cela : ''ASCII adjust after substraction''.
Pour les nombres BCD ''packed'', la procédure est globalement la même, sauf qu'il faut traiter les deux ''nibbles'' : on ajoute 6 si le nibble de poids faible dépasse 9, puis on fait la même chose avec le ''nibble'' de poids fort. Le bit ''half carry flag'' n'est pas mis à jour et est tout simplement ignoré. Notons qu'on modifie d'abord le ''nibble'' de poids faible, avant de traiter celui de poids fort. En effet, si on corrige celui de poids faible, la retenue obtenue en ajoutant 6 se propage au nibble suivant, ce qui fait que ce dernier peut voir sa valeur augmenter. Une fois cela fait, le bit de retenue est mis à 1. La procédure est différente, vu qu'il faut traiter deux ''nibles'' au lieu d'un, et que le bit ''half-carry'' est ignoré au profit du bit de retenue normal. D'où l'existence d'une instruction séparée pour l'addition des nombres BCD ''packed'', appelée ''Décimal adjust after addition'' sur les processeurs x86.
Les processeurs modernes ne supportent plus le BCD, car il est très peu utilisé. Les processeurs ARM et MIPS ont toujours fait sans instructions BCD. Les processeurs x86 des PC désactivent les instructions BCD en mode 64 bits, mais conservent des opérations BCD en mode 32 bits, pour des raisons de compatibilité. Le support du codage BCD est surtout quelque chose qu'on trouve sur les anciens processeurs.
==Les instructions flottantes==
Passons maintenant au support des nombres flottants. Avant les années 60, les processeurs n'était pas encore capables de faire de calculs avec des nombres flottants. Les calculs flottants étaient émulés soit par une bibliothèque logicielle, soit par le système d'exploitation. Pour améliorer les performances, les concepteurs de processeurs ont conçus des '''coprocesseurs arithmétiques''', des processeurs secondaires spécialisés dans les calculs flottants, qui complémentaient le processeur principal, et avaient leur propre emplacement sur la carte mère. Par la suite, les concepteurs de processeurs ont incorporé des instructions de calculs sur des nombres flottants, rendant le coprocesseur inutile.
Pour supporter les nombres flottants, il y a deux écoles. La première utilise des instructions flottantes séparées des instructions entières. La seconde utilise des instructions d'addition/soustraction/multiplication généralistes, capables de traiter indifféremment entiers et flottants, voire les encodages BCD.
===Les architectures taguées===
Le second cas correspond à certaines machines assez anciennes, datant des années 50 à 70. Ces processeurs n'avaient qu'une seule instruction d'addition, qui pouvait traiter indifféremment flottants, nombres entiers codés en BCD, en complément à deux, etc. Pour cela, les opérandes étaient associés à un type qui précisait s'il s'agissait d'un opérande flottant, entier, BCD, d'un pointeur, ou autre. Le traitement effectué par une instruction dépendait des ''tag'' associés aux opérandes. Par exemple, si les deux opérandes avaient un ''tag'' "entier", l'instruction faisait un calcul entier. Si les deux opérandes avaient un ''tag'' "flottant", l'instruction faisait un calcul flottant.
Le type de l'opérande était encodé avec un ''tag'', une sorte de numéro codé en binaire. Le ''tag'' était stocké en mémoire à côté de l'opérande, un mot mémoire contenait la donnée et le ''tag'' concaténés l'un à la suite de l'autre. Le défaut est que la mémoire devait être conçue pour gérer le ''tag'', de même que le processeur. Des processeurs de ce type s'appellent des ''architectures à tags'', ou '''tagged architectures''', en référence au ''tag'' ajouté dans la mémoire.
Mais les processeurs modernes n'utilisent pas cette technique, du fait de son cout en mémoire. À la place, le processeur dispose d'une instruction par type à manipuler : une instruction de multiplication pour les flottants, une autre pour les entiers codés en complément à deux, etc.
===Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées===
Les processeurs modernes disposent d'instructions de calculs sur des nombres flottants, qui sont standardisées. Le standard IEEE 754 standardise aussi quelques instructions sur les flottants : les quatre opérations arithmétiques de base, les comparaisons et la racine carrée. Certains processeurs vont plus loin et implémentent aussi d'autres instructions sur les flottants qui ne sont pas supportées par la norme IEEE 754. Par exemple, certaines fonctions mathématiques telles que sinus, cosinus, tangente, arctangente et d'autres. Le seul problème, c'est que ces instructions peuvent mener à des erreurs de calcul incompatibles avec la norme IEEE 754. Heureusement, les compilateurs peuvent mitiger ces désagréments.
Il faut néanmoins préciser que le support de la norme IEEE 754 n'est pas une obligation : certains processeurs ne la supportent que partiellement. Par exemple, certains processeurs ne supportent que les flottants simple précision, mais pas les double précision (ou inversement). Exemple : les premiers processeurs Intel ne géraient que les flottants double précision étendue. D'autres processeurs ne gèrent pas les underflow, overflow, les NaN, les infinis, ou même les flottants dénormaux. Précisons que même lorsque la gestion des dénormaux est implémentée en hardware (comme c'est le cas sur certains processeurs AMD), celle-ci reste malgré tout très lente.
Si les exceptions ne sont pas supportées, le processeur peut être configuré de façon à soit ignorer les exceptions en fournissant un résultat, soit déclencher une exception matérielle (à ne pas confondre avec les exceptions de la norme). Le choix du mode d'arrondi ou la gestion des exceptions flottantes se fait en configurant un registre dédié, intégré dans le processeur.
Plus rarement, il arrive que certains processeurs gèrent des formats de flottants spéciaux qui ne font pas partie de la norme IEEE 754. Par exemple, certains processeurs utilisent des formats de flottants différents de la norme IEEE 754, avec par exemple des flottants codés sur 8 ou 16 bits, qui sont très utiles pour les applications qui se contentent très bien d'un résultat approché.
==Les instructions logiques==
À côté des instructions de calcul, on trouve des '''instructions logiques''' qui travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les opérations bit à bit ont déjà été vues dans les premiers chapitres, ceux sur l'électronique. Pour rappel, les plus courantes sont :
* La négation, ou encore le NON bit à bit, inverse tous les bits d'un nombre : les 1 deviennent des 0 et les 0 deviennent des 1.
* Le ET bit à bit, qui agit sur deux nombres : il va prendre les bits qui sont à la même place et va effectuer un ET (l’opération effectuée par la porte logique ET). Exemple : 1100·1010=1000.
* Les instructions similaires avec le OU ou le XOR.
Mais d'autres instructions sont intéressantes à étudier.
===Les instructions de décalage et de rotation===
Les '''instructions de décalage''' décalent tous les bits d'un nombre vers la gauche ou la droite. Pour rappel, il existe plusieurs types de décalages : les rotations, les décalages logiques, et les décalages arithmétiques. Nous avions déjà vu ces trois opérations dans le chapitre sur les circuits de décalage et de rotation, ce qui fait que nous allons simplement faire un rappel dans le tableau suivant. Pour résumer, voici la différence entre les trois opérations :
{|class="wikitable"
|-
!
! Schéma
! Gestion des bits sortants
! Remplissage des vides laissés par le décalage
|-
! Rotation
|[[File:Rotation de bits.png|Rotations de bits.]]
| Réinjectés dans les vides laissés par le décalage
| Remplis par les bits sortants
|-
! Décalage logique
|[[File:Décalage logique.png|Décalage logique.]]
| rowspan="2" | Les bits sortants sont oubliés
| Remplis par des zéros
|-
|-
! Décalage arithmétique
|[[File:Décalage arithmétique.png|Décalage arithmétique.]]
| Remplis par :
* le bit de signe pour les bits de poids fort ;
* des zéros pour les bits de poids faible .
|}
Pour rappel, les décalages de n rangs sont équivalents à une multiplication/division par 2^n. Un décalage à gauche est une multiplication par 2^n, alors qu'un décalage à droite est une division par 2^n. Les décalages logiques effectuent la multiplication/division pour un nombre non-signé (positif), alors que les décalages arithmétiques sont utilisés pour les nombres signés. Précisons cependant que pour ce qui est des décalages à droite, les décalages logiques et arithmétiques n'arrondissent pas le résultat de la même manière. Les décalages logiques à droite arrondissent vers zéro, alors que les décalages arithmétiques arrondissent vers la valeur inférieure (vers moins l'infini). De plus, les décalages à gauche entraînent des débordements d'entiers qui ne se gèrent pas de la même manière entre décalage logique et décalage arithmétique.
La plupart des processeurs stockent le bit sortant dans un registre, généralement le registre qui stocke le bit de retenue des additions qui est réutilisé pour cette optique. Ils possèdent aussi une variante des instructions de décalage où le bit de retenue est utilisé pour remplir le bit libéré au lieu de mettre un zéro. Cela permet d'enchaîner les décalages sur un nombre de bits plus grand que celui supporté par les instructions en procédant par morceaux. Par exemple, pour un processeur supportant les décalages sur 8 et 16 bits, il peut enchaîner deux décalages de 16 bits pour décaler un nombre de 32 bits ; ou bien un décalage de 8 bits et un autre de 16 bits pour décaler un nombre de 24 bits.
[[File:Shift Arithmetic Right.svg|centre|vignette|Décalage arithmétique à droite, où le bit sortant est mémorisé dans le bit de retenue (CF pour ''Carry Flag'').]]
Ils existe une variante des instructions de rotation où le bit de retenue est utilisé. Un bon exemple est celui des instructions LRCY (''Left Rotate Through Carry'') et RRCY (''Right Rotate Through Carry''). La première est un décalage/rotation à gauche, l'autre est un décalage/rotation à droite. Les deux décalent un registre de 16 bits, mais on pourrait imaginer la même chose avec des registres de taille différente. Lors du décalage, le bit sortant est mémorisé dans le registre de retenue, alors que le bit de retenue précédent est lui envoyé dans le vide laissé par le décalage. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une rotation, sauf que le nombre décalé/rotaté est composé du registre concaténé au bit de retenue, le bit de retenue étant le bit de poids fort pour un décalage à gauche, de poids faible pour un décalage à droite.
====Le cas particuliers des processeurs ARM====
Sur les processeurs ARM, il n'y a pas d'instruction de décalage à proprement parler, ni de rotations. Par contre, les décalages sont fusionnés avec la plupart des opérations arithmétiques ! Toute opération arithmétique prend deux registres d'opérandes et un registre de destination, ainsi qu'un décalage facultatif. Le décalage est appliqué sur la seconde opérande automatiquement, sans avoir à faire une instruction séparée. À l'intérieur de l'instruction, deux bits précisent quel type de décalage effectuer (logique à droite, arithmétique à droite, à gauche, rotation à droite). Le nombre de rangs dont il faut décaler est soit encodé directement dans l'instruction sur 5-6 bits, soit précisé dans un registre.
Toutes les instructions ne permettent pas de faire un décalage automatique. Seules les opérations simples peuvent le faire, à savoir les additions, soustractions, copies d'un registre à un autre, les opérations logiques, et quelques autres. Et cela se marie très bien avec le fait qu'on applique le décalage sur la seconde opérande fait qu'il se marie très bien avec les calculs d'adresse. En effet, quand un programmeur manipule une structure de données, notamment un tableau, il arrive souvent qu'il fasse des calculs d'adresse cachés. La majeure partie de ces calculs d'adresse sont de la forme : adresse de base + (indice * taille de la donnée). Vu que les données ont très souvent une taille qui est une puissance de deux, le second terme se calcule en décalant l'indice, le calcul total demande une simple addition avec une opérande décalée, ce qui prend une seule instruction sur les processeur ARM.
===Les instructions de manipulation de bits===
D'autres opérations effectuent des calculs non pas bit à bit (on traite en parallèle les bits sur la même colonne), mais qui manipulent les bits à l'intérieur d'un nombre. les plus simples d'entre elles comptent sur les bits.
Une instruction très commune de ce type est l'instruction '''''population count''''', qui compte le nombre de bits d'un nombre qui sont à 1. Par exemple, pour le nombre 0100 1100 (sur 8 bits), la ''population count'' est de 3. Il s'agit d'une instruction utile dans les codes correcteurs d'erreur, très utilisés pour tout et n'importe quoi (trames réseau, sommes de contrôle des secteurs des disques dur, et bien d'autres). De plus, elle permet de calculer facilement le bit de parité d'un nombre, ce qui est utile pour les codes de détection d'erreur. En soi, l'instruction est facultative et l'implémenter est un choix qui n'est pas trivial. Mais cette instruction est très simple à implémenter en circuits, sans compter que son implémentation utilise assez peu de transistors. Le circuit de calcul est ridiculement simple, utilise peu de transistors.
Les processeurs gèrent aussi assez souvent des instructions pour compter les zéros ou les uns après le bit de poids fort/faible. Pour rappel, voici les quatre possibilités :
* '''''Count Trailing Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à droite du 1 de poids faible.
* '''''Count Leading Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à gauche du 1 de poids fort.
* '''''Count Trailing Ones''''' donnent le nombre de 1 situés à gauche du 0 de poids fort.
* '''''Count Leading Ones''''' donne le nombre de 1 situés à droite du 0 de poids faible.
[[File:Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.png|centre|upright=2.0|vignette|Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.]]
Comme vous le voyez sur le schéma du dessus, ces quatre opérations de comptage sont liées à quatre autres opérations. Ces dernières donnent la position du 0 ou du 1 de poids faible/fort :
* '''''Find First Set''''', donne la position du 1 de poids faible.
* '''''Find highest set''''' donne la position du 1 de poids fort.
* '''''Find First Zero''''' donne la position du 0 de poids faible.
* '''''Find Highest Zero''''' donne la position du 0 de poids fort.
Il est rare que des processeurs s’implémentent toutes ces opérations. En effet, le résultat de certaines opérations se calcule à partir des autres. Pour donner un exemple, les processeurs x86 modernes incorporent une extension, appelée '''''Bit manipulation instructions sets (BMI sets)''''', qui ajoute quelques instructions de ce type. Pour le moment, seules les instructions ''Count Trailing Zeros'' et ''Count Leading Zeros'' sont supportées.
Et il existe bien d'autres instructions de ce type. On peut citer, par exemple, l'instruction BLSI, qui ne garde que le 1 de poids faible et met à zéro tous les autres bits. L'instruction BLSR quant à elle, met à 0 ce 1 de poids faible. Et il y en a bien d'autres, qui impliquent le 1 de poids fort, le 0 de poids faible, le 1 de poids faible, etc.
===Les instructions d'extension de registres===
Certains processeurs sont capables de gérer des données de taille diverses. Ils peuvent par exemple gérer des données codées sur 16 bits ou sur 32 bits comme c'est le cas sur certains processeurs anciens. Comme autre exemple, les processeurs x86 modernes peuvent gérer des données de 8, 16 et 32 bits. Pour cela, ils disposent généralement de registres de taille différentes, certains font 8 bits, d'autres 16, d'autres 32, etc. Dans ce cas, il est courant que l'on ait à faire des conversions vers un nombre de taille plus grande. Par exemple, convertir un nombre de 8 bits en un nombre de 16 bits, ou un nombre de 8 bits en 32 bits. Les processeurs de ce type incorporent des instructions pour ce faire, qui s'appellent les '''instructions d'extension de nombres'''.
La seule difficulté de ces instructions tient à la manière dont on remplit les bits de poids forts. Par exemple, si l'on passe de 8 bits à 16 bits, les 8 bits de poids forts sont inconnus. Pareil si on passe de 16 bits à 32 bits : quelle doit être la valeur des 16 bits de poids fort ? Intuitivement, on se dit qu'il suffit de les remplir par des zéros. Faire ainsi marche très bien, mais à condition que le nombre soit un nombre positif ou nul. Mais dans le cas d'un nombre négatif, cela ne marche pas (le résultat n'est pas bon). Pour les nombres codés en complément à deux, il faut remplir les bits manquants par le bit de signe, le bit de poids fort. On a donc deux choix : soit on remplit les bits manquants par des 0, ou par le bit de poids fort. Globalement, les deux choix possibles correspondent à deux instructions : une pour les nombres non-signés et une autre pour les nombres codés en complément à deux. On parle respectivement d''''instruction de ''zero extension''''' et '''instruction d'extension de signe'''.
Formellement, les instructions d'extension de nombre sont des copies entre registres : le contenu d'un registre est copié dans un autre plus grand. L'extension de signe est couplée avec cette copie, les deux étant effectués en une instruction. Du moins, c'est le cas sur la plupart des processeurs. On pourrait imaginer séparer les deux en deux instructions séparées, une instruction MOV (qui copie un registre dans un autre, comme on le verra plus bas) et une instruction d'extension de signe/zéro. Dans ce cas, l'instruction d'extension de signe/zéro prend un registre de grande taille et étend la donnée dans ce registre. Par exemple, pour une extension de signe de 16 à 32 bits, l'instruction prendrait un registre de 32 bits, ne considérerait que les 16 bits de poids faible et effectuerait l'extension de signe/zéro à partir de ces derniers. En soi, l'extension avec des zéros est un simple masque, réalisable avec des opérations bit à bit et cette instruction n'a pas besoin d'être implémentée. Par contre, les instructions d'extension de signe sont elles très utiles.
De plus, une instruction d'extension de signe séparée a l'avantage d'être utilisable même sur des architecture avec des registres de taille identique. Mais quel intérêt, me direz-vous ? Il faut savoir que certaines langages de programmation permettent de travailler sur des entiers dont on peut préciser la taille. Un même programme peut ainsi manipuler des entiers de 16 bits et de 32 bits, ou des entiers de 8, d'autres de 16, d'autres de 32, et d'autres de 64. L'intérêt n'est as évident, mais un bon exemple est celui de la rétrocompatibilité entre programmes. Par exemple, un programme 64 bits qui utilise une librairie 32 bits, ou un programme codé en 64 bits qui émule une console 16 bits. Ou encore, la communication entre un programme codé en 16 bits avec un capteur qui mesure des données de 8 bits. Bref, les possibilités sont nombreuses. Imaginons que tout se passe dans des registres de 32 bits. Le processeur peut incorporer des instructions de calcul sur 16 bits, en plus des instructions 32 bits. Dans ce cas, l'extension de signe sert à faire des conversions entre entiers de taille différentes.
===Les instructions de permutation d'octets===
Les instructions de ''byte swap'', aussi appelée '''instructions de permutation d'octets''', échangent de place les octets d'un nombre. Leur implémentation varie grandement selon la taille des entiers. Le cas le plus simple est celui des instructions qui travaillent sur des entiers de 16 bits, soit deux octets. Il n'y a alors qu'une seule solution pour échanger les octets : l'octet de poids fort devient l'octet de poids faible et réciproquement. Les deux octets échangent leur place.
Pour les nombres de 32 bits, soit 4 octets, il y a plusieurs possibilités. La première inverse l'ordre des octets dans le nombre : on échange l'octet de poids faible et de poids fort, mais on échange aussi les deux octets restant entre eux. Une autre solution découpe l'entier en deux morceaux de 16 bits : l'un avec les deux octets de poids fort, l'autre avec les deux octets de poids faible. Les octets sont inversés dans ces blocs de 16 bitzs, mais on n'effectue pas d'autres échanges. On peut aussi échanger les deux morceaux de 16 bits, mais sans changer l'ordre des octets dans les blocs.
[[File:Instruction de permutation d'octets.png|centre|vignette|upright=2|Instruction de permutation d'octets]]
L'utilité de ces instructions n'est pas évidente au premier abord, mais elle sert beaucoup dans les opérations de conversion de données. Tout cela devrait devenir plus clair dans le chapitre sur le boutisme.
==Les instructions d'accès mémoire==
Les instructions d’accès mémoire permettent de copier ou d'échanger des données entre le processeur et la RAM. On peut ainsi copier le contenu d'un registre en mémoire, charger une donnée de la RAM dans un registre, initialiser un registre à une valeur bien précise, etc. Il en existe plusieurs, les plus connues étant les suivantes : LOAD, STORE et MOV. D'autres processeurs utilisent une instruction d'accès mémoire généraliste, plus complexe.
===Les instructions d'accès à la RAM : LOAD et STORE===
Les instructions LOAD et STORE sont deux instructions qui permettent d'échanger des données entre la mémoire RAM et les registres. Elles copient le contenu d'un registre dans la mémoire, ou au contraire une portion de mémoire RAM dans un registre.
* L''''instruction LOAD''' est une instruction de lecture : elle copie le contenu d'un ou plusieurs mots mémoire consécutifs dans un registre. Le contenu du registre est remplacé par le contenu des mots mémoire de la mémoire RAM.
* L''''instruction STORE''' fait l'inverse : elle copie le contenu d'un registre dans un ou plusieurs mots mémoire consécutifs en mémoire RAM.
{|class="wikitable"
|[[File:Instruction LOAD.png|300px|Instruction LOAD.]]
|[[File:Instruction STORE.png|300px|Instruction STORE.]]
|}
En théorie, une variante de l'instruction STORE peut enregistrer une constante en mémoire RAM. Il est en théorie possible pour une instruction STORE modifiée de stocker la valeur 9 dans l'adresse X, par exemple. La constante est fournie par l'instruction, elle n'est pas stockée dans un registre, mais carrément intégrée à l'instruction. Cela sera plus clair quand nous verrons les modes d'adressage, notamment le mode d'adressage immédiat.
Plus haut dans le chapitre, j'ai dit qu'un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs dédiées, certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Et bien il en est de même pour les instructions LOAD et STORE, qui ont chacune une variante pour les entiers 8, 16, 32, 64 bits.
De telles instructions ne font pas que lire ou écrire des données. Pour comprendre pourquoi, prenons un processeur 64 bits. Il dispose d'un bus de 64 bits, pour lire ou écrire des mots mémoire de 64 bits chacun. Pour des lectures de 8, 16 ou 32 bits, un mot mémoire entier est lu, puis seuls les octets adéquats sont conservés. Par exemple, pour une lecture 32 bits, un mot mémoire de 64 bits est lu, puis une opération de masquage (ET bit à bit) met à zéro le 32 bits inutiles. Ce sont souvent les 32 bits de poids faible ou de poids fort qui sont mis à zéro. Il en est de mêma vec les lectures 16 bits, sauf que les 48 bits inutiles sont alors mis à zéro, idem avec les lectures 8 bits.
Pour les écritures, les choses sont encore plus compliquées. Imaginez que je veuille modifier 32 bits. Les 32 bits à modifier font partie d'un mot mémoire de 64 bits, qui contient les 32 bits utiles, et 32 bits supplémentaires. l'écriture ne doit pas effacer les 32 bits supplémentaires, seulement les 32 bits utiles. Pour cela, le processeur n'a pas le : il doit lire un mot mémoire de 64 bits, modifier le 32 bits utiles, puis réécrire le tout en mémoire RAM. L'écriture demande de faire une lecture, une modification, puis une écriture. Le mot mémoire de 64 bits est copié dans un registre, la modification se fait dans ce registre, vient une opération de masquage complexe, puis l'écriture est effectuée.
===Les instructions de transfert entre registres : MOV et XCHG===
L''''instruction MOV''' copie le contenu d'un registre dans un autre sans passer par la mémoire. C'est donc un échange de données entre registres, qui n'implique en rien la mémoire RAM, mais MOV est quand même considérée comme une instruction d'accès mémoire. Les données sont copiées d'un registre source vers un registre de destination. Le contenu du registre source est conservé, alors que le contenu du registre de destination est écrasé (il est remplacé par la valeur copiée). Cette instruction est utile pour gérer les registres, notamment sur les architectures avec peu de registres et/ou sur les architectures avec des registres spécialisés.
[[File:Instruction MOV.png|centre|300px|Instruction MOV.]]
Mais quelques rares architectures ne disposent pas d'instruction MOV, qui n'est formellement pas nécessaire, même si bien utile. En effet, on peut émuler une instruction MOV avec des instructions logiques utilisées convenablement. L'idée est de faire une opération dont le résultat est l'opérande envoyée, et d'enregistrer le résultat dans le registre de destination. Par exemple, on peut faire un OU entre le registre opérande et 0 : le résultat sera l'opérande. Idem avec un ET et la valeur adéquate. Ou encore, on peut imaginer faire un ET/OU entre un registre et lui-même : le résultat est égal au contenu du registre opérande.
Quelques processeurs assez rares ont des instructions pour échanger le contenu de deux registres. Par exemple, on peut citer l''''instruction XCHG''' sur les processeurs x86 des PC anciens et actuels. Elle permet d'échanger le contenu de deux registres, quel qu'ils soient, il n'y a pas de restrictions sur le registre source et sur le registre de destination. Mais d'autres processeurs ont des restrictions sur les registres source et destination. Par exemple, le processeur Z80 a des instructions d'échanges assez restrictives, comme on le verra dans quelques chapitres.
Sur les processeurs ARM, l'instruction MOV fait partie des instructions qui permettent d'effectuer un décalage sur la seconde opérande. Il s'agit en réalité de décalages/rotations décalées, qui sont fusionnées avec une instruction MOV. L'instruction MOV des processeurs ARM fait soit un MOV normal, soit un décalage.
===L'instruction mémoire généraliste : une alternative à LOAD et STORE===
Sur certains processeurs, il n'y a pas d'instruction LOAD ou STORE, ni même MOV . À la place, on trouve une '''instruction d'accès mémoire généraliste''', qui fusionne les trois. Elle est capable de faire une lecture, une écriture, ou une copie entre registres, et parfois une copie d'une adresse mémoire vers une autre. Les trois premières opérations sont presque toujours supportées, mais la copie d'une adresse mémoire vers une autre est beaucoup plus rare.
Sur les processeurs x86, l'instruction généraliste s'appelle l'instruction MOV. Elle gère la lecture en RAM, l'écriture en RAM, la copie d'un registre vers un autre, l'écriture d'une constante dans un registre ou une adresse. Par contre, elle ne gère pas la copie d'une adresse mémoire vers une autre ; pour un transfert de mémoire à mémoire, il faut utiliser les instructions MOVS* ('''''Mov'''e '''S'''tring'' ; MOVSB : par octets, MOVSW : par mots de 16-bits, ...).
===Les instructions d'accès mémoire complexes===
Nous venons de voir les instructions LOAD, STORE et les transferts entre registres. Elles sont présentes sur tous les processeurs, modernes comme anciens. Mais quelques processeurs gèrent des instructions mémoire plus complexes. Elles ont tendance à effectuer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les '''instructions de copie mémoire''' copient une donnée d'une adresse vers une autre. Les copies en mémoire sont des opérations très fréquentes, il est très fréquent qu'un programme copie un bloc de mémoire dans un autre et beaucoup de programmeurs ont déjà été confronté à un tel cas. Aussi, les processeurs ajoutent des instructions multi-accès pour accélérer ces copies, ce qui fait un bon compromis entre performance et simplicité d'implémentation.
D'autres instructions d'accès mémoire plus complexes existent. Pour en donner un exemple, citons les instructions de transferts par bloc sur les premiers processeurs ARM. Ces instructions permettent de copier plusieurs registres en mémoire RAM, en une seule instruction. Sur l'ARM1, il y a 16 registres en tout. Les instructions de transfert de bloc peuvent sélectionner n'importe quel sous-ensemble de ces 16 registres, pour les copier en mémoire : on peut sélectionner tous les registres, une partie des registres (5 registres sur 16, ou 7, ou 8, ...), voire aucun registre.
D'autres instructions mémoires effectuent des opérations à l'utilité moins évidente. Sur certains processeurs, on trouve notamment des instructions pour vider la mémoire cache de son contenu, pour la réinitialiser. L'utilité ne vous est pas évidente, mais cela peut servir dans certains scénarios, notamment sur les architectures avec plusieurs processeurs pour synchroniser ces derniers. Cela sert aussi pour le système d'exploitation, qui doit remettre à zéro certains caches (comme la TLB qu'on verra dans le chapitre sur la mémoire virtuelle) quand on exécute plusieurs programmes en même temps.
===Les instructions mémoire flottantes===
Plus haut, j'ai parlé du fait que certaines processeurs savaient faire des calculs sur des nombres flottants. En général, les processeurs utilisent des registres séparés pour les nombres flottants. Ils ont d'un côté des '''registres généraux''' pour les opérandes entiers et les adresses mémoire, de l'autre des '''registres flottants''' pour les nombres flottants. Les instructions de calcul flottants utilisent ces ''registres flottants'' uniquement, elles ne peuvent pas lire les registres généraux, sauf pour quelques exceptions. Les calculs flottants lisent leurs opérandes dans ces registres flottants et écrivent le résultat dans un autre registre.
Mais encore faut-il pouvoir les remplir, ces registres. Et cela implique de charger des opérandes depuis la mémoire RAM à un moment où un autre. Pour lire ou écrire ces registres, le processeur utilise des instructions mémoire séparées, distinctes des instructions LOAD et STORE vues plus haut. Pour faire la différence, ces instructions sont appelées '''FLOAD''' et '''FSTORE'''.
Elles sont séparées des LOAD/STORE normaux pour plusieurs raisons. La première est évidemment que les registres utilisés ne sont pas les mêmes : registres "généraux" pour LOAD/STORE, registres flottants pour FLOAD et FSTORE. La seconde raison est que les nombres flottants et entiers n'ont pas forcément la même taille. Et cela impacte à la fois la taille des registres, mais aussi les transferts mémoire.
Un nombre flottant fait 32 ou 64 bits, suivant qu'on parle d'un flottant simple ou double précision. Sur un processeur 32 bits, les flottants simple précision ont la même taille qu'un entier, les flottant double précision sont deux fois plus gros. Mais sur un processeur 64 bits, c'est l'inverse : les flottants double précision font la même taille qu'un entier, les simples précision sont deux fois plus petits. Et ne parlons pas du cas de certaines architectures 16 bits qui supportent quand même les nombres flottants ! Elles sont très rares, mais elles existent. Pour le moment, concentrons-nous sur les processeurs 32 et 64 bits.
En général, les registres flottants font 64 bits (parfois 80, mais je passe cela sous silence), afin de mémoriser des flottants double précision. Et ce, même sur les processeurs 32 bits. La gestion des nombres flottants est en effet apparue sur les architectures 32 bits et elles supportaient les calculs en double précision dès le départ. Et cette différence entre 32 et 64 bits a posé quelques problèmes. Les registres flottants n'avaient pas la même taille que les registres généraux : 32 pour les registres généraux, 64 pour les registres flottants. Mais ce n'était pas un énorme problème.
Le vrai problème est que les lectures/écritures flottantes faisaient des transferts de 64 bits entre les registres flottants et la mémoire RAM. Or, le bus de données de ces processeurs faisait 32 bits, vu que c'était des architectures 32 bits. Lire/écrire un flottant demandait donc de faire deux accès mémoire consécutifs. Par exemple, lire un flottant depuis la RAM demandait de lire deux morceaux de 32 bits, le flottant était chargé en deux fois. Cette différence fait qu'il est préférable d'utiliser des instructions FSTORE/FLOAD séparées des instructions LOAD/STORE. Leur comportement n'est pas le même : LOAD/STORE lisent un seul mot mémoire, FLOAD/FSTORE en lisent deux pour la double précision.
Un autre détail est qu'il existe des instructions FLOAD et FSTORE spécialisées pour les flottants simple précision. Par exemple, une instruction FLOAD en simple précision ne lit que 32 bits en mémoire, puis le flottant est convertit en double précision 64 bits, avant d'être enregistré dans les registres. Pour l'écriture, c'est l'inverse : un flottant double précision est convertit en simple précision 32 bits, avant d'être écrit en mémoire. Le comportement est alors différent : FLOAD/FSTORE ne lisent/écrivent qu'un seul mot mémoire, de 32 bits, mais doivent faire une conversion entre simple et double précision.
Il faut noter que c'est l'inverse sur les processeurs 64 bits. Là, un flottant double précision peut être lu/écrit en un seul accès mémoire, vu que le bus de données fait 64 bits. Par contre, les flottants simples précision sont gérés un peu autrement. Concrètement, l'instruction FLOAD lit un mot de 64 bits, mais n'en garde que la moitié adéquate. L'instruction d'écriture fait elle plus de traail : elle doit lire un mot de 64 bits, en modifier la moitié, et réécrire le tout en mémoire RAM.
Vu qu'il y a des registres flottants séparés, il y aussi des instructions de copie de registre séparées pour les registres flottants. L'instruction XCHG a son équivalent flottant '''FXCHG''', l'instruction MOV a une '''instruction FMOV''' séparées, etc.
Un autre moyen de remplir un registre flottant est d'obtenir sa valeur depuis un registre général. Attention, je ne parle pas de copier un registre général dans un flottant, ou inversement. Je parle de convertir une opérande entière en un nombre flottant. Et il y a des instructions dédiées pour cela. Par exemple, il y a une instruction prend un registre entier, convertit sa valeur en flottant 64 bits, et écrit le résultat dans un registre flottant. Idem avec la conversion inverse, de flottant vers entier, qui a sa propre instruction dédiée. Et ces deux instructions ont deux variantes, suivant que le flottant soit simple ou double précision. De telles '''instructions de conversion entier-flottant''' ne sont pas à proprement parler des instructions de copie entre registre, ce sont plus un intermédiaire entre copie entre registres et opération de calcul.
==Les instructions de contrôle (branchements et tests)==
Un processeur serait sacrément inflexible s'il ne faisait qu'exécuter des instructions dans l'ordre. Certains processeurs ne savent pas faire autre chose, comme le Harvard Mark I, et il est difficile, voire impossible, de coder certains programmes sur de tels ordinateurs. Mais rassurez-vous : il existe de quoi permettre au processeur de faire des choses plus évoluées. Pour rendre notre ordinateur "plus intelligent", on peut par exemple souhaiter que celui-ci n'exécute une suite d'instructions que si une certaine condition est remplie. Ou faire mieux : on peut demander à notre ordinateur de répéter une suite d'instructions tant qu'une condition bien définie est respectée. Diverses '''structures de contrôle''' de ce type ont donc étés inventées.
Voici les plus utilisées et les plus courantes : ce sont celles qui reviennent de façon récurrente dans un grand nombre de langages de programmation actuels. Concevoir un programme (dans certains langages de programmation), c'est simplement créer une suite d'instructions, et utiliser ces fameuses structures de contrôle pour l'organiser. D'ailleurs, ceux qui savent déjà programmer auront reconnu ces fameuses structures de contrôle. On peut bien sur en inventer d’autres, en spécialisant certaines structures de contrôle à des cas un peu plus particuliers ou en combinant plusieurs de ces structures de contrôles de base, mais cela dépasse le cadre de ce cours : on ne va pas vous apprendre à programmer.
{|class="wikitable"
|-
! Nom de la structure de contrôle
! Description
|-
! SI...ALORS
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée
|-
! SI...ALORS...SINON
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée ou exécute une autre suite d'instructions si elle ne l'est pas.
|-
! Boucle WHILE...DO
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée.
|-
! Boucle DO...WHILE aussi appelée REPEAT UNTIL
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée. La différence, c'est que la boucle DO...WHILE exécute au moins une fois cette suite d'instructions.
|-
! Boucle FOR
| Répète un nombre fixé de fois une suite d'instructions.
|}
Les '''conditions''' à respecter pour qu'une structure de contrôle fasse son office sont généralement très simples.
Elles se calculent le plus souvent en comparant deux opérandes (des adresses, ou des nombres entiers ou à virgule flottante).
Elles correspondent le plus souvent aux comparaisons suivantes :
* A == B (est-ce que A est égal à B ?) ;
* A != B (est-ce que A est différent de B ?) ;
* A > B (est-ce que A est supérieur à B ?) ;
* A < B (est-ce que A est inférieur à B ?) ;
* A >= B (est-ce que A est supérieur ou égal à B ?) ;
* A <= B (est-ce que A est inférieur ou égal à B ?).
Il est également possible de tester si le bit d'un registre ou octet mémoire est à 1 ou 0.
Notamment le registre des indicateurs est testé après une instruction arithmétique (est-ce que le calcul a généré une retenue, ...).
Pour implémenter ces structures de contrôle, on a besoin d'une instruction qui saute en avant ou en arrière dans le programme, suivant le résultat d'une condition. Par exemple, un SI...ALORS zappera une suite d'instruction si une condition n'est pas respectée, ce qui demande de sauter après cette suite d’instruction cas échéant. Répéter une suite d'instruction demande juste de revenir en arrière et de redémarrer l’exécution du programme au début de la suite d'instruction. Nous verrons comment sont implémentées les structures de contrôle plus bas, mais toujours est-il que cela implique de faire des sauts dans le programme. Faire un saut en avant ou en arrière dans le programme est assez simple : il suffit de modifier la valeur stockée dans le ''program counter'', ce qui permet de sauter directement à une instruction et de poursuivre l'exécution à partir de celle-ci. Et un tel saut est réalisé par des instructions spécialisées. Dans ce qui va suivre, nous allons appeler '''instructions de branchement''' les instructions qui sautent à un autre endroit du programme. Ce n'est pas la terminologie la plus adaptée, mais elle conviendra pour les explications.
L'implémentation des structures de contrôle demande donc de calculer une condition, puis de faire un saut. Mais il faut savoir que l'implémentation demande parfois de faire un saut, sans avoir à tester de condition. Dans ce cas, l'instruction qui fait un saut sans faire de test de condition est elle aussi une instruction de branchement. Cela nous amène à faire la différence entre un branchement conditionnel et non-conditionnel. La différence entre les deux est simple. Une instruction de '''branchement conditionnel''' effectue deux opérations : un test qui vérifie si la condition adéquate est respectée, et un saut dans le programme aussi appelé branchement. Une instruction de '''branchement inconditionnelle''' ne teste pas de condition et ne fait qu'un saut dans le programme.
===Les structures de contrôle===
Le IF permet d’exécuter une suite d'instructions si et seulement si une certaine condition est remplie.
[[File:Codage d'un if.. en assembleur.jpg|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS en assembleur.]]
Le IF...ELSE sert à effectuer une suite d'instructions différente selon que la condition est respectée ou non : c'est un SI…ALORS contenant un second cas. Une boucle consiste à répéter une suite d'instructions machine tant qu'une condition est valide (ou fausse).
[[File:Codage d'un IF.ELSE en assembleur.png|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS..SINON en assembleur.]]
Les boucles sont une variante du IF dont le branchement renvoie le processeur sur une instruction précédente. Commençons par la boucle DO…WHILE : la suite d'instructions est exécutée au moins une fois, et est répétée tant qu'une certaine condition est vérifiée. Pour cela, la suite d'instructions à exécuter est placée avant les instructions de test et de branchement, le branchement permettant de répéter la suite d'instructions si la condition est remplie. Si jamais la condition testée est fausse, on passe tout simplement à la suite du programme.
[[File:DO...WHILE.jpg|centre|vignette|upright=2|DO...WHILE.]]
Une boucle WHILE…DO est identique à une boucle DO…WHILE à un détail près : la suite d'instructions de la boucle n'a pas forcément besoin d'être exécutée au moins une fois. On peut donc adapter une boucle DO…WHILE pour en faire une boucle WHILE…DO : il suffit de tester si la boucle doit être exécutée au moins une fois avec un IF, et exécuter une boucle DO…WHILE équivalente si c'est le cas.
[[File:WHILE...DO.png|centre|vignette|upright=2|WHILE...DO.]]
===Les branchements conditionnels et leur implémentation ===
Il existe de nombreuses manières de mettre en œuvre les branchements conditionnels et tous les processeurs ne font pas de la même manière. Sur la plupart des processeurs, les branchements conditionnels sont séparés en deux instructions : une instruction de test qui vérifie si la condition voulue est respectée, et une instruction de saut conditionnelle. D'autres processeurs effectuent le test et le saut en une seule instruction machine.
[[File:Implémentations possibles des branchements conditionnels.png|centre|vignette|upright=3|Implémentations possibles des branchements conditionnels]]
: Plus surprenant, sur quelques rares processeurs, le ''program counter'' est un registre qui peut être modifié comme tous les autres. Cela permet de remplacer les branchements par une simple écriture dans le ''program counter'', avec une instruction MOV. Un bon exemple est le processeur ARM1, un des tout premiers processeur ARM. Cette dernière solution n'est presque jamais utilisée, mais elle reste surprenante !
Dans les faits, la solution la plus simple est clairement d'implémenter le tout avec une seule instruction. Mais beaucoup de processeurs anciens utilisent la première méthode, celle qui sépare le branchement conditionnel en deux instructions. Le branchement prend le résultat de l'instruction de test et décide s'il faut passer à l'instruction suivante ou sauter à une autre adresse. Il faut donc mémoriser le résultat de l'instruction de test dans un registre spécialisé, afin qu'il soit disponible pour l'instruction de branchement. L'usage d'un registre intermédiaire pour mémoriser le résultat de l'instruction de test demande d'ajouter un registre au processeur. De plus, le résultat de l'instruction de test varie grandement suivant le processeur, suivant la manière dont on répartit les responsabilités entre test et branchements.
Il existe, dans les grandes lignes, deux techniques pour séparer test et branchement conditionnel. La première impose une séparation stricte entre calcul de la condition et saut : l'instruction de test calcule la condition, le branchement fait ou non le saut dans le programme suivant le résultat de la condition. On a alors une instruction de test proprement dit, qui vérifie si une condition est valide et fournit un résultat sur 1 bit. Nous appellerons ces dernières des comparaisons, car de telles instruction effectuent réellement une comparaison. La seconde méthode procède autrement, avec un calcul de la condition qui est réalisé en partie par l'instruction de test, en partie par le branchement. Cela peut paraitre surprenant, mais il y a de bonnes raisons à cette séparation peu intuitive. La raison est que l'instruction de test est une soustraction déguisée, qui fournit un résultat de plusieurs bits, qui est ensuite utilisé pour calculer la condition voulue par le branchement. l'instruction de test ne fait pas une comparaison proprement dit, mais leur résultat permet de déterminer le résultat d'une comparaison avec quelques manipulations simples.
====Les instructions de test proprement dit====
Les premières sont réellement des instructions de test, qui effectuent une comparaison et disent si deux nombres sont égaux, différents, lequel est supérieur, inférieur, etc. En clair, elles implémentent directement les comparaisons vues précédemment. Au total, on s'attend à ce que les 6 comparaisons précédentes soient implémentées avec 6 instructions de test différentes : une pour l'égalité, une pour la différence, une autre pour la supériorité stricte, etc. Mais certaines de ces comparaisons sont en deux versions : une qui compare des entiers non-signés, et une autre pour les entiers signés. La raison est que comparer deux nombres entiers ne se fait pas de la même manière selon que les opérandes soient signées ou non. Nous avions vu cela dans le chapitre sur les comparateurs, mais un petit rappel ne fait pas de mal. Pour comparer deux entiers signés, il faut tenir compte de leurs signes, et le circuit utilisé n'est pas le même. Cela a des conséquences au niveau des instructions du processeur, ce qui impose d'avoir des opérations séparées pour les entiers signés et non-signés.
Dans les faits, les processeurs actuels utilisent le complément à deux pour les entiers signés, ce qui fait que les comparaisons d'égalité ou de différence A == B et A != B ne sont présentes qu'en un seul exemplaire. En complément à deux, l'égalité se détermine avec la même règle que pour les entiers non-signés : deux nombres sont égaux s'ils ont la même représentation binaire, ils sont différents sinon. Ce ne serait pas le cas avec les entiers en signe-magnitude ou en complément à un, du fait de la présence de deux zéros : un zéro positif et un zéro négatif. Les circuits de comparaison d'égalité et de différence seraient alors légèrement différents pour les entiers signés ou non. Au total, en complément à deux, on trouve donc 10 comparaisons usuelles, vu que les comparaisons de supériorité/infériorité sont en double.
Le résultat d'une comparaison est un bit, qui dit si la condition testée est vraie ou fausse. Dans la majorité des cas, ce bit vaut 1 si la comparaison est vérifiée, et 0 sinon. Une fois que l'instruction a fait son travail, il reste à stocker son résultat quelque part. Pour cela, le processeur utilise un ou plusieurs '''registres à prédicats''', des registres de 1 bit qui peuvent stocker n'importe quel résultat de comparaison. Une comparaison peut enregistrer son résultat dans n'importe quel registre à prédicats : elle a juste à préciser lequel avec son nom de registre.
Les registres à prédicats sont utiles pour accumuler les résultats de plusieurs comparaisons et les combiner par la suite. Par exemple, cela permet d'émuler une instruction qui teste si A >= B à partir de deux instructions qui calculent respectivement A > B et A == B. Pour cela, certains processeurs incorporent des instructions pour faire des opérations logiques sur les registres à prédicats. Ces opérations permettent de faire un ET, OU, XOR entre deux registres à prédicats et de stocker le résultat dans un registre à prédicat quelconque.
D'autres instructions permettent de lire le résultat d'un registre à prédicat, de calculer une condition, de combiner son résultat avec la valeur lue et d'altérer le registre à prédicat sélectionné. Par exemple, sur l'architecture IA-64, il existe une instruction cmp.eq.or, qui calcule une condition, lit un registre à prédicat fait un OU logique entre le registre lu et le résultat de la condition, et enregistre le tout dans un autre registre à prédicat. De telles instructions facilitent grandement le codage de certaines fonctions, qui demandent que plusieurs conditions soient vérifiées pour exécuter un morceau de code.
====Les instructions de test qui sont des soustractions déguisées====
Le second type d'instruction de test ne calcule pas ces conditions directement, mais elle fournit un résultat de quelques bits qui permet de les calculer avec quelques manipulations simples. Sur ces processeurs, il n'y a qu'une seule instruction de comparaison, qui est une soustraction déguisée. Le résultat de la soustraction n'est pas sauvegardé dans un registre et est simplement perdu. C'est le cas sur certains processeurs ARM ou sur les processeurs x86. Par exemple, un processeur x86 possède une instruction CMP qui n'est qu'une soustraction déguisée dans un opcode différent.
Le résultat de cette soustraction déguisée est un résultat portant sur 4 bits, qui donne des informations sur le résultat de la soustraction. Le premier bit, appelé bit ''null'', indique si le résultat est nul ou non. Le second bit indique le signe du résultat, s'il est positif ou négatif. Enfin, deux autres bits précisent si la soustraction a donné lieu à un débordement d'entier. Il y a deux bits, car on vérifie deux types de débordement : un débordement non-signé (une retenue sortante de l'additionneur), et le débordement signé (débordement en complément à deux). Pour mémoriser le résultat d'une soustraction déguisée, le processeur incorpore un '''registre d'état'''. Le registre d'état stocke des bits qui ont chacun une signification prédéterminée lors de la conception du processeur et il sert à beaucoup de choses. Dans le cas qui nous intéresse, le registre d'état mémorise les résultats de l'instruction de test : les deux bit de débordement, le bit qui précise que le résultat d'une instruction vaut zéro, le bit de retenue pour le bit de signe.
La condition en elle-même est réalisée par le branchement. L'instruction de branchement fait donc deux choses : calculer la condition à partir du registre d'état, et effectuer le saut si la condition est valide. Le calcul des conditions se fait à partir des 4 bits de résultat. Le bit ''null'' permet de savoir si les deux opérandes sont égales ou non : si le résultat d'une soustraction est nul, cela implique que les deux opérandes sont égales. Le bit de signe permet de déterminer si le première opérande est supérieur ou inférieure à la seconde : le résultat de la soustraction est positif si A >= B, négatif sinon. Les bits de débordements permettent de faire la différence entre infériorité stricte ou non. Tout cela sera expliqué plus en détail dans le paragraphe suivant.
[[File:Branchements et tests avec un registre d'état.png|centre|vignette|upright=1.5|Branchements et tests avec un registre d'état]]
La conséquence est qu'il y a autant d'instructions de branchements que de conditions possibles. Aussi, on a une instruction de test, mais environ une dizaine d'instructions de branchements. C'est l'inverse de ce qu'on a avec des instructions de test proprement dites, où on a autant d'instructions de test que de conditions, mais un seul branchement. Un bon exemple est celui des processeurs x86. Le registre d'état des CPU x86 contient 5 bits appelés OF, SF, ZF, CF et PF : ZF indique que le résultat de la soustraction vaut 0, SF indique son signe, CF est le bit de retenue et de débordement non-signé, OF le bit de débordement signé, et PF le bit qui donne la parité du résultat. Il existe plusieurs branchements, certains testant un seul bit du registre d'état, et d'autres une combinaison de plusieurs bits.
{|class="wikitable"
|-
! Instruction de branchement
! Bit du registre d'état testé
! Condition testée si on compare deux nombres A et B avec une instruction de test
|-
! JS (Jump if Sign)
| SF = 1
| Le résultat est négatif
|-
! JNS (Jump if not Sign)
| SF = 0
| Le résultat est positif
|-
! JO (Jump if Overflow)
| OF = 1
| Le calcul arithmétique précédent a généré un débordement signé
|-
! JNO (Jump if Not Overflow)
| OF = 0
| Le calcul arithmétique précédent n'a pas généré de débordement signé
|-
! JNE (Jump if Not equal)
| ZF = 1
| Les deux nombres A et B sont égaux
|-
! JE (Jump if Equal)
| ZF = 0
| Les deux nombres A et B sont différents
|-
! JB (Jump if below)
| CF = 1
| A < B, avec A et B non-signés
|-
! JAE (Jump if Above or Equal)
| CF = 0
| A >= B, avec A et B non-signés
|-
! (JBE) Jump if below or equal
| CF OU ZF = 1
| A >= B si A et B sont non-signés
|-
! JA (Jump if above)
| CF ET ZF = 0
| A > B si A et B sont non-signés
|-
! JL (Jump if less)
| SF != OF
| si A < B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater or Equal)
| SF = OF
| si A >= B, si A et B sont signés
|-
! JLE (Jump if less or equal)
| (SF != OF) OU ZF = 1
| si A <= B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater)
| (SF = OF) ET (NOT ZF) = 1
| si A > B, si A et B sont signés
|}
===Les instructions à prédicat===
Les '''instructions à prédicat''' sont des instructions qui ne font quelque chose que si une condition est respectée, et se comportent comme un NOP (une instruction qui ne fait rien) sinon. Elles lisent le résultat d'une comparaison, dans le registre d'état ou un registre à prédicat, et s’exécutent ou non suivant sa valeur.
En général, les instructions à prédicats sont des instructions en plus des instructions normales, pas à prédicat. L'instruction à prédicat la plus représentative, présente sur de nombreux processeurs, est l'instruction CMOV, qui copie un registre dans un autre si une condition est remplie. Elle permet de faire certaines opérations assez simples, comme calculer la valeur absolue d'un nombre, le maximum de deux nombres, etc.
Pour gérer les instructions à prédicat, les instructions de test s'adaptent sur plusieurs points. Le premier est que les instructions de test préfèrent utiliser des registres à prédicats, au lieu d'un registre d'état. Une des raisons à cela est la suivante : avec des registres à prédicats, on peut ajouter des instructions pour faire un ET/OU/XOR entre registres à prédicats, ce qui permet de tester des combinaisons de conditions sans faire appel au moindre branchement. Et ces conditions complexes ne sont pas rares, ce qui rend l'usage de registres à prédicats très utiles avec les instructions à prédicats.
Une autre adaptation est que les instructions de test tendent à fournir deux résultats : le résultat de la condition, et le résultat de la condition inverse. Ils sont fournis dans deux registres à prédicats distincts. Faire ainsi facilite grandement l'implémentation des structures de contrôle SI...ALORS simples. Pour rappel, elles ont deux morceaux de code : un qui s’exécute si une condition est remplie, l'autre si la condition inverse est remplie. Avec ce système, les instructions du premier et du second morceau de code testerons deux bits distincts.
L'usage d'instructions à prédicat séparées des autres instructions porte le nom de '''prédication partielle'''. C'est de loin l'implémentation la plus courante. Mais sur certains processeurs, assez rares, toutes les instructions sont des instructions à prédicat : on parle de '''prédication totale'''. Les anciens processeurs ARM 32 bits étaient dans ce cas, par exemple.
Cela peut paraitre étrange, vu que certaines instructions ne sont pas dans une structure de contrôle et doivent toujours s’exécuter, peu importe les conditions testées avant. Mais rassurez-vous, sur les processeurs à prédication totale, il y a toujours un moyen pour spécifier que certaines instructions doivent toujours s’exécuter, de manière inconditionnelle. Par exemple, sur les processeurs d'architecture HP IA-64, un des registre à prédicat, le tout premier, contient la valeur 1 et ne peut pas être modifié. Si on veut une instruction inconditionnelle, il suffit qu'elle précise que le registre à prédicat à lire est ce registre.
: Les processeurs avec un registre d'état n'ont généralement que de la prédication partielle, le plus souvent limitée à une seule instruction CMOV. Alors que qui dit prédication totale dit systématiquement registres à prédicats.
Les processeurs ARM disposent d'une prédication totale, du moins pour le jeu d'instruction ARM 32 bits. Mais il supportent une second jeu d’instruction optionnel, le ''thumb'', qui est plus compact. Au lieu d'encoder ses instructions sur 32-64 bits, ses instructions font seulement 16 bits. Et pour compacter ce jeu d'instruction, la prédication totale a été supprimée. À la place, ''thumb'' incorpore une '''instruction IT''', qui active l’exécution conditionnelle des instructions suivantes.
L'instruction teste une condition et calcule un prédicat, qui est ensuite utilisé pour décider de l'exécution des instructions suivantes. L'exécution conditionnelle marche jusqu'à 4 instructions consécutives. Le nombre exact est configurable et va de 1 à 4 instructions consécutives après l'instruction IT. La condition est configurable pour les 1 à 4 instructions : chaque instruction peut s'exécuter si la condition est vraie, ou au contraire fausse. Un masque de 4 bits décide de quelle condition utiliser pour chaque instruction. Il y a un bit par instruction, qui vaut 1 si la condition doit être vérifiée, 0 si on veut la condition inverse.
===L'instruction SKIP===
L''''instruction SKIP''' permet de zapper l'instruction suivante si une condition testée est fausse. Il en existe deux versions. La première est fusionnée avec l'instruction de test. La condition est calculée par l'instruction SKIP, qui décide s'il faut sauter l'instruction suivante. Dans un autre cas, l'instruction SKIP est précédée d'une instruction de test, récupère son résultat dans un registre de prédicat ou dans le registre d'état, et effectue le saut. On peut la voir comme une forme particulière de branchement conditionnel, qui brancherait deux instructions plus loin.
Son utilité n'est pas évidente, mais on peut classer ses utilisations en trois catégories. La première permet d'émuler une instruction de branchement conditionnel en combinant une instruction SKIP avec un branchement inconditionnel. Le branchement inconditionnel est skippé si la condition est remplie/fausse, mais éxecuté dans le cas contraire : c'est le comportement d'un branchement conditionnel. Une autre utilisation permet d'émuler une instruction à prédicat en faisant précéder une instruction normale par une instruction SKIP. Enfin, elles servent à implémenter des structures de controle IF à condition que le code du IF se résume à une vulgaire instruction. C'est assez rare, mais certains calculs comme la valeur absolue ou le calcul du minimum peuvent se calculer ainsi.
[[File:Skip instruction.png|centre|vignette|upright=3|Skip instruction]]
Vous pourriez imaginer des versions améliorées de l'instruction, qui permettent de zapper plusieurs instructions, mais de telles instructions ne sont autres que des instructions de branchement conditionnelles spécifiques, comme nous le verrons dans le chapitre sur les modes d'adressage.
==Les méta-instructions REPEAT et EXECUTE==
Enfin, il faut aussi citer les '''méta-instructions''', des instructions qui agissent sur l’exécution d'autres instructions. Il en existe deux : REPEAT et EXECUTE. Elles servent techniquement à manipuler le flot de contrôle d'un programme, et ont quelques ressemblances avec les branchements ou les boucles. Elles sont extrêmement rares et on ne les trouve que sur des anciens processeurs (généralement micro-codés), ou sur certaines processeurs spécialisés dans le traitement de signal appelés des DSP, qui feront l'objet d'un chapitre à eux seuls.
===L’instruction REPEAT et le ''Zero-overhead looping''===
La première est la '''méta-instruction REPEAT''', qui permet de simplifier l'implémentation des boucles. Dans sa version la plus simple, elle fait en sorte que l'instruction qui la suit soit répétée plusieurs fois. Le nombre de répétition est soit un nombre fixe, toujours le même, soit l'instruction se répète tant qu'une condition n'est pas remplie. Les deux situations ne se rencontrent pas sur les mêmes processeurs. Par exemple, l'UNIVAC 1103 possède une instruction REPEAT très simple, qui répète l'instruction cible un nombre fixe de fois, mais ne gère pas les conditions.
Le GE-600/Honeywell 6000 series incorpore trois instructions REPEAT de ce type. La première répète l'instruction suivante soit un nombre fixe de fois, soit quand une condition est remplie. La seconde répète les deux instructions suivantes, l'une après l'autre. Enfin, la dernière répète l'instruction suivante jusqu'à : soit qu'une condition soit remplie, soit qu'une adresse bien précise soit atteinte. Elle servait sans doute à implémenter le parcours d'une liste chainée pour trouver un item bien précis.
Une version améliorée de l'instruction REPEAT permet de répéter un bloc de plusieurs instructions, ce qui permet d'implémenter une boucle en une seule instruction. Elles sont fréquentes sur certains processeurs de traitement de signal, qui doivent exécuter en permanence de petites boucles. Typiquement, elles permettent d'implémenter des boucles FOR dont le nombre d’exécution est fixe. La répétition de la boucle est contrôlée par un registre de boucle, qui mémorise le nombre de répétitions, et qui est décrémenté à chaque itération, sans avoir à utiliser d'instruction d'incrémentation/décrémentation.
Une variante précise deux adresses, qui délimitent les instructions de la boucle : une adresse pour le début de la boucle, une adresse pour la fin. L'implémentation hardware est alors assez simple : quand le ''program counter'' atteint l'adresse de fin, il est réinitialisé à l'adresse de début. La gestion du ''program counter'' se fait alors sans utiliser d'instructions de branchement. les deux registres sont initialisés avec une isntruction LOPP, spécialement dédiée pour cela.
Les deux techniques précédentes permettent d'implémenter des boucles sans utiliser de branchements, ou presque. Elles rendent l'exécution des boucles tellement rapides qu'elles portent le nom de '''''Zero-overhead looping'''''.
: Les instructions REP mentionnées plus haut, ne sont PAS des exemples d'instruction REPEAT. Le préfixe REP des processeurs x86 est une instruction qui se répète elle-même. Mais l'instruction REPEAT force la répétition de l'instruction suivante ! Elle agit sur une autre instruction, d'où son caractère de méta-instruction.
===L'instruction EXECUTE===
La '''méta-instruction EXECUTE''' fournit l'adresse d'une instruction cible, qui est exécutée en lieu et place de l'instruction EXECUTE. Quand le processeur exécute l'instruction EXECUTE, il prend l'adresse cible, charge l'instruction dans l'adresse cible, et l’exécute à la place de l'instruction EXECUTE. Il est possible de comprendre l'instruction EXECUTE comme un branchement spécial. Tout se passe comme si l'instruction EXECUTE effectuait un branchement vers l'instruction cible, mais que le processeur ne poursuivait pas l’exécution à la suite de l’instruction cible, et revenait à la suite de l'instruction cible.
Il y a souvent des contraintes sur l'instruction cible, qui est pointée par l'adresse cible. Généralement, il n'est pas possible que l'instruction cible soit elle-même une autre instruction EXECUTE. De même, beaucoup de processeurs interdisent que l’instruction cible soit un branchement. Mais d'autres processeurs n'ont pas ces contraintes et autorisent à utiliser des branchements pour l'instruction cible.
L'utilité d'une telle instruction est tout sauf évidente. Elle servait pourtant à beaucoup de choses sur les processeurs où elle était implémentée. Précisons qu'elle était surtout présente sur des vieux ordinateurs, dans les années 50-60, et quelques processeurs des années 70. Elle a disparu dès les années 80 et n'est présentée que par souci d'exhaustivité et intérêt historique pour les curieux. Cette précision permet de comprendre que cette instruction servait pour résoudre des problèmes qui sont actuellement résolus autrement.
L'adresse cible peut être soit intégrée dans l'instruction, soit dans un registre. Dans le second cas, l'adresse peut être incrémentée ou modifiée afin que l'instruction EXECUTE change de cible à chaque exécution. Tout se passe comme si le registre contenant l'adresse cible servait à émuler un ''program counter''. En mettant une instruction EXECUTE dans une boucle et en complétant le tout avec du code annexe, on peut exécuter du code extérieur sans modifier le véritable ''program counter''. L'utilité est de faciliter l'implémentation des logiciels debuggers, des émulateurs, ou d'autres programmes dans le même genre.
Les autres utilisations sont assez nombreuses, mais aussi difficiles à expliquer pour qui n'a pas de connaissances poussées en programmation. La première utilité est l'implémentation de certaines fonctionnalités des langages de programmation évolués, à savoir le ''late binding'', les fonctions virtuelles, et quelques autres. Elle facilite aussi l'implémentation des compilateurs à la volée, en permettant d’exécuter du code produit à volée sans faire tiquer les mécanismes de protection mémoire implémentés dans le processeur. Elle permet d'émuler du code automodifiant pour les logiciels qui gagnaient autrefois à l'utiliser. Et il y en a d'autres.
==Les instructions d'arrêt et de mise en veille==
Les processeurs gèrent souvent des '''instructions de mise en veille''' le processeur. Une fois mis en veille, le processeur ne peut être réveillé que si un signal de sortie de veille survient. Les signaux de sortie de veille sont envoyés par les périphériques, les entrées-sorties, le ''chipset'' de la carte mère, etc. Ils sont rarement mis totalement en veille, ce qui leur permet de générer ce signal de sortie si nécessaire. Le processeur attend alors qu'un périphérique lui envoie un signal de sortie de veille, mais ne fait rien en attendant. De telles instructions ne sont exécutables qu'en mode noyau, par le système d'exploitation.
: Le signal de sortie de veille est techniquement une interruption matérielle, comme on le verra plus tard.
Il existe aussi des '''instructions d'arrêt''', qui éteignent le processeur complétement. Le processeur peut redémarrer, mais pas reprendre là où il en était. Pour redémarrer, il faut qu'il reçoive un signal RESET, envoyé sur une entrée du processeur. Lorsque l'entrée RESET du processeur est mise à 1, le processeur redémarre. Typiquement, l'alimentation du processeur est suspendue.
===Les exemples sur les processeurs les plus connus===
Sur les processeurs ARM, les instructions WFI et WFE sont utiles pour les systèmes embarqués, pour mettre le processeur en mode basse consommation. Lorsqu'une instruction de ce type est exécutée, le processeur continue d'être alimenté, mais il ne tient pas compte du signal d'horloge. Le signal d'horloge est clock gaté dès l'entrée dans le CPU. La différence entre les deux instructions est que WFI s'exécute inconditionnellement, alors que WFE ne s’exécute que un registre spécifique, le registre d'évènement, est à 0.
Sur les processeurs Motorola 6502 et ses dérivés, l'instruction WAI est une instruction de mise en veille, alors que l'instruction STP éteint l'ordinateur. La différence est qu'avec l'instruction STP, le processeur ne réagit qu'au signal RESET, qui fait redémarrer le processeur, mais ne réagit pas aux signaux de sortie de veille. L'exécution du processeur ne reprend alors pas là où le processeur s'est arrêté, le ''program counter'' est réinitialisé.
Sur les CPU x86 avant le 486, l'instruction HLT ne mettait pas le processeur en mode basse consommation. Aucune technique n'était prévue pour réduire la consommation du processeur pendant la veille. Le 8086 se contentait de se déconnecter du bus et n'incrémentait pas son ''program counter''. Au passage, l'implémentation exacte au niveau des circuits de l'instruction HLT sur le 8086 est détaillée dans cet article de blog :
* [https://www.righto.com/2023/01/reverse-engineering-intel-8086.html Reverse-engineering the Intel 8086 processor's HALT circuits]
C'est avec le 486 que la mise en veille s'est accompagnée d'une extinction partielle du processeur. Le processeur passait en mode basse consommation, ce qui permettait des économies d'énergie de 5 à 10%. Cependant, les premiers CPU sortis d'usine avaient un bug : le CPU stoppé via l'instruction HLT ne pouvait pas redémarrer de manière logicielle, il fallait lui envoyer le signal de RESET directement via le matériel.
{|class="wikitable"
|-
! x86
| HLT (HALT)
|-
! ARM
|
* WFI (Wait For Interrupt)
* WFE (Wait For Event).
|-
! Motorola 6502 et plus
|
* WAI (WAit for Interrupt)
* STP (SToP)
|}
===Les instructions ''Halt And Catch Fire''===
Le bug n'est pas spécifique aux processeurs 486, de nombreux CPU ont des instructions non-documentées qui bloquent l'ordinateur, si exécutées. Le processeur ne peut alors pas sortir de la mise en veille et soit s'arrête, soit doit être RESET. Les instructions ne sont souvent pas voulues par les concepteurs et sont souvent des bugs. De telles instructions illégales devraient lever une exception matérielle "instruction non reconnue", mais ne le font pas en raison d'un bug quelconque. Elles sont appelées, non sans humour, des '''instructions ''Halt And Catch Fire''''' (stoppe et prend feu).
Un exemple classique est celle du bug du Pentium F00F. Le responsable est une instruction non-documentée, encodée en binaire comme suit F0 0F C7 C8. Il s'agit d'une instruction dont l'encodage est invalide. Elle correspond à une instruction cmpxchg8b qui agit sur une valeur 64 bits obtenue en concaténant les deux registres (EAX et EDX). Elle compare cette valeur 64 bits avec une donnée en mémoire RAM. Mais avec l'encodage F0 0F C7 C8, l'adresse mémoire est remplacée par un nom de registre, du fait de l'encodage des modes d'adressage sur ce CPU. En théorie, le processeur devrait lever une exception matérielle ''opcode invalide''. Seulement, l'instruction est associée à un préfixe LOCK, qu'on ne détaillera pas ici, qui empêche la levée de l'exception.
Elle agissait comme une instruction ''Halt And Catch Fire'' classique. Un problème est que cette instruction n'était pas une instruction en mode noyau, mais une instruction accessible en espace utilisateur. N'importe quel programme invalide, voire un programme malicieux, pouvait bloquer l'ordinateur. La situation a été prise an sérieux, les systèmes d'exploitation fournissant des mitigations logicielles. Intel corrigea le problème, dans une seconde fournée sortie d'usine, avec la version B2 du 486.
==Résumé==
Pour résumer, les instructions les plus courantes sont les suivantes :
{|class="wikitable"
|-
!Instruction
!Utilité
|-
!Instructions arithmétiques
|Elles font des calculs sur des nombres. Les plus communes sont l'addition, la soustraction, la multiplication, la division, le modulo. Pour les instructions flottantes, la racine carrée est souvent supportée, parfois avec les opérations trigonométriques, les logarithmes et l'exponentielle.
|-
!Instructions logiques
|Elles travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les plus communes sont ;
* Les opérations bit à bit, à savoir le ET logique, le OU logique, le OU exclusif (XOR) et le NON logique.
* Les instructions de décalage à droite et à gauche, qui vont décaler tous les bits d'un nombre d'un cran vers la gauche ou la droite. Les bits qui sortent du nombre sont considérés comme perdus.
* Les instructions de rotation, qui font la même chose que les instructions de décalage, à la différence près que les bits qui "sortent d'un côté du nombre" après le décalage rentrent de l'autre.
|-
!Instructions de test et de contrôle (branchements)
|Elles permettent de contrôler la façon dont notre programme s’exécute sur notre ordinateur. Elles permettent notamment de choisir la prochaine instruction à exécuter, histoire de répéter des suites d'instructions, de ne pas exécuter des blocs d'instructions dans certains cas, et bien d'autres choses.
|-
!Instructions d’accès mémoire
|Elles permettent d'échanger des données entre le processeur et la mémoire, ou encore permettent de gérer la mémoire et son adressage. Les deux les plus courantes sont les suivantes :
* LOAD : charge une donnée dans un registre ;
* STORE : copie le contenu d'un registre dans une adresse mémoire.
|}
En plus de ces instructions, beaucoup de processeurs ajoutent d'autres instructions. La plupart sont utilisées par le système d'exploitation pour configurer certaines fonctionnalités importante : la protection mémoire, la mémoire virtuelle, les modes de compatibilité du processeur, la gestion de l'alimentation, l'arrêt ou la mise en veille, etc.
On peut aussi trouver des instructions spécialisées dans les calculs cryptographiques : certaines instructions permettent de chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe. De même, certains processeurs ont une instruction permettant de générer des nombres aléatoires. Et on peut trouver bien d'autres exemples...
Mais d'autres sont franchement exotiques. Par exemple, certains processeurs sont capables d'effectuer des instructions sur du texte directement. Pour stocker du texte, la technique la plus simple utilise une suite de lettres, stockées les unes à la suite des autres dans la mémoire, dans l'ordre dans lesquelles elles sont placées dans le texte. Quelques ordinateurs disposent d'instructions pour traiter ces suites de lettres. D'ailleurs, n'importe quel PC x86 actuel dispose de telles instructions, bien qu'elles ne soient pas utilisées car paradoxalement trop lente comparé aux solutions logicielles ! Cela peut paraître surprenant, mais il y a une explication assez simple qui sera compréhensible dans quelques chapitres (les instructions en question sont microcodées).
<noinclude>
{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les mémoires FIFO et LIFO
| prevText=Les mémoires FIFO et LIFO
| next=Les registres du processeur
| nextText=Les registres du processeur
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Mewtow
31375
/* Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées */
773470
wikitext
text/x-wiki
Ce chapitre va aborder le langage machine, à savoir un standard qui définit les instructions du processeur, le nombre de registres, etc.
Dans ce chapitre, on considérera que le processeur est une boîte noire au fonctionnement interne inconnu.
Nous verrons le fonctionnement interne d'un processeur dans quelques chapitres.
Les concepts que nous allons aborder ne sont rien d'autre que les bases nécessaires pour apprendre l'assembleur.
Nous allons surtout parler des instructions du processeur.
Pour simplifier, on peut classer les instructions en quatre grands types :
* les échanges de données entre mémoires ;
* les calculs et autres opérations arithmétiques ;
* les instructions de comparaison ;
* les instructions de branchement.
À côté de ceux-ci, on peut trouver d'autres types d'instructions plus exotiques, pour gérer du texte, pour modifier la consommation en électricité de l'ordinateur, pour chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe, générer des nombres aléatoires, etc. Dans ce chapitre, nous allons voir un aperçu assez large des instructions qui existent. Nous n'allons pas nous limiter aux instructions les plus importantes, mais nous allons aussi parler d'instructions assez exotiques, soit présentes uniquement sur d'anciens ordinateurs, soit très rares, soit franchement tordues. Et certaines de ces instructions exotiques sont assez impressionnantes et risquent de vous surprendre !
==Les instructions entières==
Les '''instructions arithmétiques''' sont les plus courantes et comprennent au minimum l'addition, la soustraction, la multiplication, plus rarement la division. Précisons qu'une opération mathématique ne se fait pas de la même manière suivant la représentation utilisée pour coder ces nombres : on ne manipule pas de la même façon des nombres entiers binaires, des entiers codés en BCD et des nombres flottants. Aussi, dans ce qui va suivre, nous allons séparer les opérations entières, les opérations flottantes et les opérations en BCD.
Les processeurs modernes utilisent des nombres encodés soit en binaire normal, soit en complément à deux. L'avantage est que les opérations arithmétiques se font de la même manière dans les deux encodages. Il y a quelques différences, mais elles sont suffisamment mineures, pas besoin d'avoir une instruction dédiée pour les nombres signés. Les anciens processeurs utilisaient eux des entiers signés en signe-magnitude ou en complément à 1, ou d'autres représentations. Et avec ces représentations, les calculs ne sont pas exactement les mêmes pour les nombres signés et non-signés. Ils avaient donc des instructions séparées pour l'addition signée et l'addition non-signée, idem pour la soustraction, la multiplication, etc.
De nos jours, les ordinateurs utilisent des entiers de taille fixe, qui tiennent dans un registre. J'ai dit qui tiennent dans un registre, car la taille des opérandes dépend de l'instruction. Un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs pour chaque taille : certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Mais la taille d'une opérande ne dépasse pas la taille d'un registre entier.
===La ou les instructions d'addition entière===
Un processeur implémente au minimum une opération d'addition, même s'il existe de rares exemples de processeurs qui s'en passent. Mieux : certains processeurs implémentent plusieurs instructions d'addition, qui se distinguent par de subtiles différences.
La première différence est la gestion des débordements d'entier. Pour gérer les débordements d'entier, certains processeurs disposent d'un '''registre de débordement''', de 1 bit, qui indique si une instruction arithmétique a généré un débordement d'entier ou non. Il est mis à 1 en cas de débordement, mais reste à 0 sinon. Il est mis à jour à chaque addition/multiplication/soustraction.
Pour rappel, les débordements d'entiers sont différents selon que l'addition est signée ou non, et il faut en tenir compte au niveau du jeu d'instruction. La solution la plus simple est l'existence de deux instructions dédiées : une pour les additions de nombres signés et une autre pour les nombres non-signés. Le circuit additionneur est le même pour ces deux instruction, mais le calcul du bit de débordement est différent. D'autres processeurs s'en sortent autrement, en ayant deux bits de débordement : un si le résultat est signé, l'autre pour les résultats non-signés. Mais nous reparlerons de cela plus tard.
Une autre différence, présente sur les vieux processeurs, tient dans la gestion de la retenue. À l'époque, les processeurs ne pouvaient gérer que des nombres de 4 à 8 bits, guère plus. Pourtant, la plupart des applications logicielles demandait d'utiliser des entiers de 16 bits. Les opérations comme l'addition ou la soustraction étaient alors réalisées en plusieurs fois. Par exemple, on additionnait les 8 bits de poids faible, puis les 8 bits de poids fort. Dans un cas pareil, il fallait aussi gérer la retenue dans l'addition des 8 bits de poids fort.
Pour cela, la retenue en question était mémorisée dans un registre de 1 bit dédié, semblable au registre de débordement, appelé le '''bit de retenue'''. De plus, les processeurs incorporaient une instruction d'addition qui additionnait les deux opérandes avec la retenue en question, instruction souvent appelée ADDC (''ADD with Carry''). Niveau circuits, cela ne changeait pas grand chose, tous les additionneurs ayant une entrée pour la retenue (qui est utilisée pour implémenter la soustraction, rappelez-vous). L'implémentation de l'instruction ADDC était très simple, n'utilisait presque pas de circuits, et rendait de fiers services aux programmeurs de l'époque. Nous parlons là des vieux processeurs 4 et 8, mais certains processeurs 16, 32, voire 64 bits, sont capables d'effectuer ce genre d'opération, même si ils sont rares.
: Il existe parfois des instructions pour mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. C'est le cas sur l'architecture x86. Mais son utilité est marginale, car toutes les instructions arithmétiques modifient le bit de retenue.
La même chose a lieu pour la soustraction, qui demande qu'une "retenue" soit propagée d'une colonne à l'autre (bien que la "retenue" soit utilisée différemment : elle n'est pas additionnée, mais soustraite du résultat de la colonne). Pour cela, les processeurs implémentent l'opération SUBC (''Substract with Carry''). Et pour mettre en œuvre cette opération, ils ont deux options. La première est d'ajouter un bit pour la "retenue" de la soustraction. Pour une soustraction qui calcule a-b, elle vaut 0 si a>=b et 1 si a<b. Elle est utilisée telle qu'elle par le circuit qui effectue la soustraction, généralement un soustracteur. L'autre option est d'utiliser le but de retenue de l'addition, sans rien modifier. Pour comprendre pourquoi, rappelons que la soustraction est implémentée en complément à deux par le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + 1</math>
Il s'agit d'une addition, qui a donc une retenue lors d'un débordement. On peut alors réutiliser le bit de retenue de l'addition pour la soustraction, en modifiant quelque peu la soustraction à effectuer. Pour comprendre comment faire la modification, précisons tout d'abord que les règles du complément à deux nous disent qu'on a un débordement quand a>=b. Passons maintenant à l'étude d'un exemple théorique : le cas où on veut soustraire deux nombres de 16 bits avec deux opérations SUBC qui travaillent sur 8 bits. Appelons les deux opérandes A et B, <math>a_h</math> et <math>b_h</math> les 8 bits de poids forts de ces opérandes, et <math>a_l</math> et <math>b_l</math> leurs 8 bits de poids faible. Voyons ce qui se passe suivant que la retenue soit de 0 ou 1.
* Si la retenue de l'addition est de 1, on a <math>a_l \geq b_l</math>, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>.
* À l'inverse, si la retenue de l'addition est de 0, on a <math>a_l \leq b_l</math>. Cela veut dire que si on posait la soustraction, alors une retenue devrait être propagée à la colonne suivante, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1 - \text{retenue de 1}</math>.
Récapitulons dans un tableau.
{|class="wikitable"
|-
! Retenue
! Opération à effectuer pour la seconde soustraction
|-
! 0
| <math>a_h + \overline{b_h} + 0</math>
|-
! 1
| <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>
|}
On voit que ce qu'il faut ajouter à <math>a_h + \overline{b_h}</math> est égal à la retenue. L'opération SUBC fait donc le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + \text{retenue}</math>
La plupart des processeurs 8 et 16 bits avaient deux instructions de soustraction séparées : une sans gestion de la retenue, une avec. Mais certains processeurs comme le 6502 n'avaient qu'une seule instruction de soustraction : celle qui tient compte de la retenue ! Il n'y avait pas de soustraction normale. Pour éviter tout problème, les programmeurs devaient faire attention. Ils disposaient d'une instruction mettre à 0 ou à 1 le bit de retenue pour éviter tout problème, qu'ils utilisaient avant toute soustraction simple.
===Les instructions de division entière===
Il faut savoir que la division est une opération très lourde pour le processeur : une instruction de division dédiée met au mieux une dizaine de cycles d'horloge pour fournir un résultat, parfois plus de 50 à 70 cycles d’horloge. Et elle est facilement 10 à 50 fois plus lente qu'une opération de multiplication. De plus, son implémentation matérielle utilise beaucoup de portes logiques/transistors. Son cout globalement le même que pour un circuit multiplieur, parfois un peu plus. Mais on a de la chance : c'est aussi une opération assez rare, peu utilisée.
De plus, les divisions les plus courantes sont des divisions par une constante : un programme devant manipuler des nombres décimaux aura tendance à effectuer des divisions par 10, un programme manipulant des durées pourra faire des divisions par 60 (gestion des minutes/secondes) ou 24 (gestion des heures). Or, diverses astuces permettent de les remplacer par des suites d'instructions plus simples, qui donnent le même résultat (l'usage de décalages, la multiplication par un entier réciproque, etc). Et la suite d'instruction équivalent est beaucoup plus rapide qu'une implémentation matérielle, car on profite qu'une opérande est constante. En-dehors de ce cas, l'usage des divisions est assez rare.
Sachant cela, certains processeurs ne possèdent pas d'instruction de division, car les gains de performance seraient modérés et le coût en transistors élevé. Les divisions sont alors émulées en logiciel, par une suite de soustractions ou tout autre code équivalent. D'autres processeurs implémentent toutefois la division dans une instruction machine, avec un circuit dédié, mais c'est signe que le coût en transistors n'est pas un problème pour le concepteur de la puce.
===Les instructions de multiplication entière===
Contrairement à la division, l'opération de multiplication entière est très courante, presque tous les processeurs modernes en ont une. Les multiplications sont plus fréquentes dans le code des programmes, sans compter que c'est une opération pas trop lourde à implémenter en circuit. Il en existe parfois plusieurs versions sur un même processeur. Ces différentes versions servent à résoudre un problème quant à la taille du résultat d'une multiplication. En effet, la multiplication de deux opérandes de <math>n</math> bits donne un résultat de <math>n \times 2</math>, ce qui ne tient donc pas dans un registre. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions.
Dans sa version la plus simple, l'instruction de multiplication se contente de garder les <math>n</math> bits de poids faible, ce qui peut entraîner l'apparition de débordements d'entiers.
Une autre solution est de calculer soit les bits de poids fort, soit les bits de poids faible, le choix étant laissé au programmeur. Des processeurs disposent de deux instructions de multiplication : une instruction pour calculer les bits de poids fort du résultat et une autre pour les bits de poids faible. Certains processeurs disposent d'une instruction de multiplication configurable, qui permet de choisir quels bits conserver : poids fort ou poids faible.
Une autre version mémorise le résultat dans deux registres : un pour les bits de poids faible et un autre pour les bits de poids fort. Il faut noter que certains processeurs disposent de registres spécialisés pour cela. Par spécialisés, on veut dire qu'ils sont séparés des autres registres. Les autres registres, appelés les registres généraux, mémorisent n'importe quelle opérande entière et sont utilisables pour toutes les opérations. Mais la multiplication mémorise son résultat dans deux registres à part, qu'on nommera HO et LO. Seule l'instruction de multiplication peut écrire un résultat dans ces deux registres, avec HO pour les bits de poids fort, et LO pour les bits de poids faibles. Par contre, n'importe quelle instruction peut les lire, pour récupérer une opérande dans ces deux registres.
==Les instructions sur les entiers BCD==
Parlons maintenant des '''instructions BCD''', qui agissent sur des opérandes codées en BCD. Devenues très rares avec la disparition du BCD dans l'informatique grand-public, elles étaient quasiment essentielles sur les tous premiers processeurs 8 bits.
===Les ordinateurs décimaux===
Au tout début de l'informatique, il a existé des processeurs qui travaillaient uniquement en BCD, appelés des '''processeurs décimaux'''. Ils avaient uniquement des instructions BCD, pas d'instruction sur des opérandes codées en binaire. Ils étaient assez courants entre les années 60 et 70, même s'ils ne représentent pas la majorité des architectures de l'époque. Il y avait une vraie séparation entre processeurs décimaux et processeurs binaires, sans intermédiaires notables.
Les tous premiers ordinateurs décimaux pouvaient manipuler des entiers BCD de taille arbitraire. Ils stockaient leurs nombres dans des chaines de caractères ou des tableaux encodés en BCD. Le processeur faisait les calculs chiffre par chiffre, caractère BCD par caractère BCD. Les ordinateur décimaux qui ont abandonné ce fonctionnement. À la place, ils ont intégré des registres capables de mémoriser des entiers BCD de taille fixe.
Le grand avantage des processeurs décimaux est leur très bonne performance dans les tâches de bureautique, de comptabilité, et autres. Les processeurs de l'époque recevaient des entiers codés en BCD de la part des entrées-sorties, et devaient les traiter. Les processeurs binaires devaient faire des conversion BCD-binaire pour communiquer avec les entrées-sorties, mais pas les processeurs décimaux. Le gain en performance pouvait être substantiel dans certaines applications.
===Les instructions BCD des processeurs binaires===
Par la suite, dans les années 80, l'augmentation des performances a favorisé les processeurs binaires. Faire des conversions binaires-BCD n'était plus un problème, les conversions étaient suffisamment rapides. Par contre, faire les calculs en BCD était plus lent que faire les calculs en binaire, ce qui fait que le compromis technologique de l'époque favorisaient le binaire. Mais pour obtenir le meilleur des deux mondes, les processeurs binaires ont ajouté un support du BCD. C'était l'époque des architectures 8 bits, puis 16 bits.
Intuitivement, on se dit que, les processeurs de l'époque des 8 bits avaient leurs instructions de calcul en double : une instruction pour les calculs entier et une autre pour les calculs BCD. Mais d'autres processeurs faisaient autrement. À l'époque des processeurs 8-16 bits, certains processeurs ne géraient pas d'instructions BCD proprement dit, mais géraient quand même les calculs en BCD grâce à des instructions spéciales. Concrètement, les programmeurs utilisaient une instruction d'addition ou de soustraction binaire, mais il était possible de corriger ce résultat pour obtenir le bon résultat codé en BCD. Les processeurs de l'époque disposaient d'une instruction pour faire la correction, souvent appelée ''Decimal Adjust After Addition''.
Avant d'aller plus loin, nous devons préciser que les processeurs 8 bits de l'époque pouvaient gérer deux formats de BCD. Le premier est le '''format ''Packed''''', où deux chiffres sont mémorisé dans un octet. Le premier nibble (4bits) mémorise un chiffre BCD, le second nibble mémorise le second. Il s'agit d'un format qui remplit au maximum les bits de l'octet avec des données utiles. L'autre format, appelé '''''Unpacked''''', ne mémorise qu'un seul chiffre BCD dans un octet. Le chiffre est quasi- tout le temps dans le nibble de poids faible. Il se trouve que la manière de corriger le résultat d'une opération n'est pas la même suivant que le nombre est codé en BCD ''packed'' et ''unpacked''.
Pour commencer, étudions le cas des nombres BCD ''unpacked'', plus simples à comprendre. Lors d'une addition, il se peut que le résultat ne soit pas représentable en BCD ''unpacked''. Par exemple, si je fais le calcul 5 + 8, le résultat sera 13 : il tient dans un nibble en décimal, mais pas en BCD ! Cette situation survient quand le résultat d'une addition de deux entiers BCD ''unpacked'' dépasse 9, la limite de débordement en BCD ''unpacked''. Nous avons vu dans le chapitre sur les circuits d'addition que la correction est alors toute simple : si le résultat dépasse 9, on ajoute 6. De plus, on doit prévenir que le résultat a débordé et ne tient pas sur un nibble en BCD. Pour cela, on ajoute un bit spécialisé, appelé le '''''half carry flag''''', indicateur de demi-retenue en français, qui joue le même rôle que le bit de débordement, mais pour le BCD ''unpacked''. Sur les processeurs x86, tout cela est réalisé par une instruction appelée ''ASCII adjust after addition''.
: Pour la soustraction, il faut faire la même chose, sauf qu'il faut soustraire 6, pas l'ajouter. Et il y a aussi une instruction pour cela : ''ASCII adjust after substraction''.
Pour les nombres BCD ''packed'', la procédure est globalement la même, sauf qu'il faut traiter les deux ''nibbles'' : on ajoute 6 si le nibble de poids faible dépasse 9, puis on fait la même chose avec le ''nibble'' de poids fort. Le bit ''half carry flag'' n'est pas mis à jour et est tout simplement ignoré. Notons qu'on modifie d'abord le ''nibble'' de poids faible, avant de traiter celui de poids fort. En effet, si on corrige celui de poids faible, la retenue obtenue en ajoutant 6 se propage au nibble suivant, ce qui fait que ce dernier peut voir sa valeur augmenter. Une fois cela fait, le bit de retenue est mis à 1. La procédure est différente, vu qu'il faut traiter deux ''nibles'' au lieu d'un, et que le bit ''half-carry'' est ignoré au profit du bit de retenue normal. D'où l'existence d'une instruction séparée pour l'addition des nombres BCD ''packed'', appelée ''Décimal adjust after addition'' sur les processeurs x86.
Les processeurs modernes ne supportent plus le BCD, car il est très peu utilisé. Les processeurs ARM et MIPS ont toujours fait sans instructions BCD. Les processeurs x86 des PC désactivent les instructions BCD en mode 64 bits, mais conservent des opérations BCD en mode 32 bits, pour des raisons de compatibilité. Le support du codage BCD est surtout quelque chose qu'on trouve sur les anciens processeurs.
==Les instructions flottantes==
Passons maintenant au support des nombres flottants. Avant les années 60, les processeurs n'était pas encore capables de faire de calculs avec des nombres flottants. Les calculs flottants étaient émulés soit par une bibliothèque logicielle, soit par le système d'exploitation. Pour améliorer les performances, les concepteurs de processeurs ont conçus des '''coprocesseurs arithmétiques''', des processeurs secondaires spécialisés dans les calculs flottants, qui complémentaient le processeur principal, et avaient leur propre emplacement sur la carte mère. Par la suite, les concepteurs de processeurs ont incorporé des instructions de calculs sur des nombres flottants, rendant le coprocesseur inutile.
Pour supporter les nombres flottants, il y a deux écoles. La première utilise des instructions flottantes séparées des instructions entières. La seconde utilise des instructions d'addition/soustraction/multiplication généralistes, capables de traiter indifféremment entiers et flottants, voire les encodages BCD.
===Les architectures taguées===
Le second cas correspond à certaines machines assez anciennes, datant des années 50 à 70. Ces processeurs n'avaient qu'une seule instruction d'addition, qui pouvait traiter indifféremment flottants, nombres entiers codés en BCD, en complément à deux, etc. Pour cela, les opérandes étaient associés à un type qui précisait s'il s'agissait d'un opérande flottant, entier, BCD, d'un pointeur, ou autre. Le traitement effectué par une instruction dépendait des ''tag'' associés aux opérandes. Par exemple, si les deux opérandes avaient un ''tag'' "entier", l'instruction faisait un calcul entier. Si les deux opérandes avaient un ''tag'' "flottant", l'instruction faisait un calcul flottant.
Le type de l'opérande était encodé avec un ''tag'', une sorte de numéro codé en binaire. Le ''tag'' était stocké en mémoire à côté de l'opérande, un mot mémoire contenait la donnée et le ''tag'' concaténés l'un à la suite de l'autre. Le défaut est que la mémoire devait être conçue pour gérer le ''tag'', de même que le processeur. Des processeurs de ce type s'appellent des ''architectures à tags'', ou '''tagged architectures''', en référence au ''tag'' ajouté dans la mémoire.
Mais les processeurs modernes n'utilisent pas cette technique, du fait de son cout en mémoire. À la place, le processeur dispose d'une instruction par type à manipuler : une instruction de multiplication pour les flottants, une autre pour les entiers codés en complément à deux, etc.
===Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées===
Les processeurs modernes disposent d''''instructions de calculs flottants''', qui font des calculs avec des nombres flottants. Nous palerons aussi d'''instructions flottantes'', encore que celle-ci regroupent toutes les instructions flottantes, pas que les calculs flottants.
Le standard IEEE 754 standardise quelques instructions flottantes : les quatre opérations arithmétiques de base, les comparaisons et la racine carrée. Certains processeurs vont plus loin et implémentent aussi d'autres instructions sur les flottants qui ne sont pas supportées par la norme IEEE 754. Par exemple, certaines fonctions mathématiques telles que sinus, cosinus, tangente, arctangente et d'autres. Le seul problème, c'est que ces instructions peuvent mener à des erreurs de calcul incompatibles avec la norme IEEE 754. Heureusement, les compilateurs peuvent mitiger ces désagréments.
Il faut néanmoins préciser que le support de la norme IEEE 754 n'est pas une obligation : certains processeurs ne la supportent que partiellement. Par exemple, certains processeurs ne supportent que les flottants simple précision, mais pas les double précision (ou inversement). Exemple : les premiers processeurs Intel ne géraient que les flottants double précision étendue. D'autres processeurs ne gèrent pas les underflow, overflow, les NaN, les infinis, ou même les flottants dénormaux. Précisons que même lorsque la gestion des dénormaux est implémentée en hardware (comme c'est le cas sur certains processeurs AMD), celle-ci reste malgré tout très lente.
Si les exceptions ne sont pas supportées, le processeur peut être configuré de façon à soit ignorer les exceptions en fournissant un résultat, soit déclencher une exception matérielle (à ne pas confondre avec les exceptions de la norme). Le choix du mode d'arrondi ou la gestion des exceptions flottantes se fait en configurant un registre dédié, intégré dans le processeur.
Plus rarement, il arrive que certains processeurs gèrent des formats de flottants spéciaux qui ne font pas partie de la norme IEEE 754. Par exemple, certains processeurs utilisent des formats de flottants différents de la norme IEEE 754, avec par exemple des flottants codés sur 8 ou 16 bits, qui sont très utiles pour les applications qui se contentent très bien d'un résultat approché.
==Les instructions logiques==
À côté des instructions de calcul, on trouve des '''instructions logiques''' qui travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les opérations bit à bit ont déjà été vues dans les premiers chapitres, ceux sur l'électronique. Pour rappel, les plus courantes sont :
* La négation, ou encore le NON bit à bit, inverse tous les bits d'un nombre : les 1 deviennent des 0 et les 0 deviennent des 1.
* Le ET bit à bit, qui agit sur deux nombres : il va prendre les bits qui sont à la même place et va effectuer un ET (l’opération effectuée par la porte logique ET). Exemple : 1100·1010=1000.
* Les instructions similaires avec le OU ou le XOR.
Mais d'autres instructions sont intéressantes à étudier.
===Les instructions de décalage et de rotation===
Les '''instructions de décalage''' décalent tous les bits d'un nombre vers la gauche ou la droite. Pour rappel, il existe plusieurs types de décalages : les rotations, les décalages logiques, et les décalages arithmétiques. Nous avions déjà vu ces trois opérations dans le chapitre sur les circuits de décalage et de rotation, ce qui fait que nous allons simplement faire un rappel dans le tableau suivant. Pour résumer, voici la différence entre les trois opérations :
{|class="wikitable"
|-
!
! Schéma
! Gestion des bits sortants
! Remplissage des vides laissés par le décalage
|-
! Rotation
|[[File:Rotation de bits.png|Rotations de bits.]]
| Réinjectés dans les vides laissés par le décalage
| Remplis par les bits sortants
|-
! Décalage logique
|[[File:Décalage logique.png|Décalage logique.]]
| rowspan="2" | Les bits sortants sont oubliés
| Remplis par des zéros
|-
|-
! Décalage arithmétique
|[[File:Décalage arithmétique.png|Décalage arithmétique.]]
| Remplis par :
* le bit de signe pour les bits de poids fort ;
* des zéros pour les bits de poids faible .
|}
Pour rappel, les décalages de n rangs sont équivalents à une multiplication/division par 2^n. Un décalage à gauche est une multiplication par 2^n, alors qu'un décalage à droite est une division par 2^n. Les décalages logiques effectuent la multiplication/division pour un nombre non-signé (positif), alors que les décalages arithmétiques sont utilisés pour les nombres signés. Précisons cependant que pour ce qui est des décalages à droite, les décalages logiques et arithmétiques n'arrondissent pas le résultat de la même manière. Les décalages logiques à droite arrondissent vers zéro, alors que les décalages arithmétiques arrondissent vers la valeur inférieure (vers moins l'infini). De plus, les décalages à gauche entraînent des débordements d'entiers qui ne se gèrent pas de la même manière entre décalage logique et décalage arithmétique.
La plupart des processeurs stockent le bit sortant dans un registre, généralement le registre qui stocke le bit de retenue des additions qui est réutilisé pour cette optique. Ils possèdent aussi une variante des instructions de décalage où le bit de retenue est utilisé pour remplir le bit libéré au lieu de mettre un zéro. Cela permet d'enchaîner les décalages sur un nombre de bits plus grand que celui supporté par les instructions en procédant par morceaux. Par exemple, pour un processeur supportant les décalages sur 8 et 16 bits, il peut enchaîner deux décalages de 16 bits pour décaler un nombre de 32 bits ; ou bien un décalage de 8 bits et un autre de 16 bits pour décaler un nombre de 24 bits.
[[File:Shift Arithmetic Right.svg|centre|vignette|Décalage arithmétique à droite, où le bit sortant est mémorisé dans le bit de retenue (CF pour ''Carry Flag'').]]
Ils existe une variante des instructions de rotation où le bit de retenue est utilisé. Un bon exemple est celui des instructions LRCY (''Left Rotate Through Carry'') et RRCY (''Right Rotate Through Carry''). La première est un décalage/rotation à gauche, l'autre est un décalage/rotation à droite. Les deux décalent un registre de 16 bits, mais on pourrait imaginer la même chose avec des registres de taille différente. Lors du décalage, le bit sortant est mémorisé dans le registre de retenue, alors que le bit de retenue précédent est lui envoyé dans le vide laissé par le décalage. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une rotation, sauf que le nombre décalé/rotaté est composé du registre concaténé au bit de retenue, le bit de retenue étant le bit de poids fort pour un décalage à gauche, de poids faible pour un décalage à droite.
====Le cas particuliers des processeurs ARM====
Sur les processeurs ARM, il n'y a pas d'instruction de décalage à proprement parler, ni de rotations. Par contre, les décalages sont fusionnés avec la plupart des opérations arithmétiques ! Toute opération arithmétique prend deux registres d'opérandes et un registre de destination, ainsi qu'un décalage facultatif. Le décalage est appliqué sur la seconde opérande automatiquement, sans avoir à faire une instruction séparée. À l'intérieur de l'instruction, deux bits précisent quel type de décalage effectuer (logique à droite, arithmétique à droite, à gauche, rotation à droite). Le nombre de rangs dont il faut décaler est soit encodé directement dans l'instruction sur 5-6 bits, soit précisé dans un registre.
Toutes les instructions ne permettent pas de faire un décalage automatique. Seules les opérations simples peuvent le faire, à savoir les additions, soustractions, copies d'un registre à un autre, les opérations logiques, et quelques autres. Et cela se marie très bien avec le fait qu'on applique le décalage sur la seconde opérande fait qu'il se marie très bien avec les calculs d'adresse. En effet, quand un programmeur manipule une structure de données, notamment un tableau, il arrive souvent qu'il fasse des calculs d'adresse cachés. La majeure partie de ces calculs d'adresse sont de la forme : adresse de base + (indice * taille de la donnée). Vu que les données ont très souvent une taille qui est une puissance de deux, le second terme se calcule en décalant l'indice, le calcul total demande une simple addition avec une opérande décalée, ce qui prend une seule instruction sur les processeur ARM.
===Les instructions de manipulation de bits===
D'autres opérations effectuent des calculs non pas bit à bit (on traite en parallèle les bits sur la même colonne), mais qui manipulent les bits à l'intérieur d'un nombre. les plus simples d'entre elles comptent sur les bits.
Une instruction très commune de ce type est l'instruction '''''population count''''', qui compte le nombre de bits d'un nombre qui sont à 1. Par exemple, pour le nombre 0100 1100 (sur 8 bits), la ''population count'' est de 3. Il s'agit d'une instruction utile dans les codes correcteurs d'erreur, très utilisés pour tout et n'importe quoi (trames réseau, sommes de contrôle des secteurs des disques dur, et bien d'autres). De plus, elle permet de calculer facilement le bit de parité d'un nombre, ce qui est utile pour les codes de détection d'erreur. En soi, l'instruction est facultative et l'implémenter est un choix qui n'est pas trivial. Mais cette instruction est très simple à implémenter en circuits, sans compter que son implémentation utilise assez peu de transistors. Le circuit de calcul est ridiculement simple, utilise peu de transistors.
Les processeurs gèrent aussi assez souvent des instructions pour compter les zéros ou les uns après le bit de poids fort/faible. Pour rappel, voici les quatre possibilités :
* '''''Count Trailing Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à droite du 1 de poids faible.
* '''''Count Leading Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à gauche du 1 de poids fort.
* '''''Count Trailing Ones''''' donnent le nombre de 1 situés à gauche du 0 de poids fort.
* '''''Count Leading Ones''''' donne le nombre de 1 situés à droite du 0 de poids faible.
[[File:Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.png|centre|upright=2.0|vignette|Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.]]
Comme vous le voyez sur le schéma du dessus, ces quatre opérations de comptage sont liées à quatre autres opérations. Ces dernières donnent la position du 0 ou du 1 de poids faible/fort :
* '''''Find First Set''''', donne la position du 1 de poids faible.
* '''''Find highest set''''' donne la position du 1 de poids fort.
* '''''Find First Zero''''' donne la position du 0 de poids faible.
* '''''Find Highest Zero''''' donne la position du 0 de poids fort.
Il est rare que des processeurs s’implémentent toutes ces opérations. En effet, le résultat de certaines opérations se calcule à partir des autres. Pour donner un exemple, les processeurs x86 modernes incorporent une extension, appelée '''''Bit manipulation instructions sets (BMI sets)''''', qui ajoute quelques instructions de ce type. Pour le moment, seules les instructions ''Count Trailing Zeros'' et ''Count Leading Zeros'' sont supportées.
Et il existe bien d'autres instructions de ce type. On peut citer, par exemple, l'instruction BLSI, qui ne garde que le 1 de poids faible et met à zéro tous les autres bits. L'instruction BLSR quant à elle, met à 0 ce 1 de poids faible. Et il y en a bien d'autres, qui impliquent le 1 de poids fort, le 0 de poids faible, le 1 de poids faible, etc.
===Les instructions d'extension de registres===
Certains processeurs sont capables de gérer des données de taille diverses. Ils peuvent par exemple gérer des données codées sur 16 bits ou sur 32 bits comme c'est le cas sur certains processeurs anciens. Comme autre exemple, les processeurs x86 modernes peuvent gérer des données de 8, 16 et 32 bits. Pour cela, ils disposent généralement de registres de taille différentes, certains font 8 bits, d'autres 16, d'autres 32, etc. Dans ce cas, il est courant que l'on ait à faire des conversions vers un nombre de taille plus grande. Par exemple, convertir un nombre de 8 bits en un nombre de 16 bits, ou un nombre de 8 bits en 32 bits. Les processeurs de ce type incorporent des instructions pour ce faire, qui s'appellent les '''instructions d'extension de nombres'''.
La seule difficulté de ces instructions tient à la manière dont on remplit les bits de poids forts. Par exemple, si l'on passe de 8 bits à 16 bits, les 8 bits de poids forts sont inconnus. Pareil si on passe de 16 bits à 32 bits : quelle doit être la valeur des 16 bits de poids fort ? Intuitivement, on se dit qu'il suffit de les remplir par des zéros. Faire ainsi marche très bien, mais à condition que le nombre soit un nombre positif ou nul. Mais dans le cas d'un nombre négatif, cela ne marche pas (le résultat n'est pas bon). Pour les nombres codés en complément à deux, il faut remplir les bits manquants par le bit de signe, le bit de poids fort. On a donc deux choix : soit on remplit les bits manquants par des 0, ou par le bit de poids fort. Globalement, les deux choix possibles correspondent à deux instructions : une pour les nombres non-signés et une autre pour les nombres codés en complément à deux. On parle respectivement d''''instruction de ''zero extension''''' et '''instruction d'extension de signe'''.
Formellement, les instructions d'extension de nombre sont des copies entre registres : le contenu d'un registre est copié dans un autre plus grand. L'extension de signe est couplée avec cette copie, les deux étant effectués en une instruction. Du moins, c'est le cas sur la plupart des processeurs. On pourrait imaginer séparer les deux en deux instructions séparées, une instruction MOV (qui copie un registre dans un autre, comme on le verra plus bas) et une instruction d'extension de signe/zéro. Dans ce cas, l'instruction d'extension de signe/zéro prend un registre de grande taille et étend la donnée dans ce registre. Par exemple, pour une extension de signe de 16 à 32 bits, l'instruction prendrait un registre de 32 bits, ne considérerait que les 16 bits de poids faible et effectuerait l'extension de signe/zéro à partir de ces derniers. En soi, l'extension avec des zéros est un simple masque, réalisable avec des opérations bit à bit et cette instruction n'a pas besoin d'être implémentée. Par contre, les instructions d'extension de signe sont elles très utiles.
De plus, une instruction d'extension de signe séparée a l'avantage d'être utilisable même sur des architecture avec des registres de taille identique. Mais quel intérêt, me direz-vous ? Il faut savoir que certaines langages de programmation permettent de travailler sur des entiers dont on peut préciser la taille. Un même programme peut ainsi manipuler des entiers de 16 bits et de 32 bits, ou des entiers de 8, d'autres de 16, d'autres de 32, et d'autres de 64. L'intérêt n'est as évident, mais un bon exemple est celui de la rétrocompatibilité entre programmes. Par exemple, un programme 64 bits qui utilise une librairie 32 bits, ou un programme codé en 64 bits qui émule une console 16 bits. Ou encore, la communication entre un programme codé en 16 bits avec un capteur qui mesure des données de 8 bits. Bref, les possibilités sont nombreuses. Imaginons que tout se passe dans des registres de 32 bits. Le processeur peut incorporer des instructions de calcul sur 16 bits, en plus des instructions 32 bits. Dans ce cas, l'extension de signe sert à faire des conversions entre entiers de taille différentes.
===Les instructions de permutation d'octets===
Les instructions de ''byte swap'', aussi appelée '''instructions de permutation d'octets''', échangent de place les octets d'un nombre. Leur implémentation varie grandement selon la taille des entiers. Le cas le plus simple est celui des instructions qui travaillent sur des entiers de 16 bits, soit deux octets. Il n'y a alors qu'une seule solution pour échanger les octets : l'octet de poids fort devient l'octet de poids faible et réciproquement. Les deux octets échangent leur place.
Pour les nombres de 32 bits, soit 4 octets, il y a plusieurs possibilités. La première inverse l'ordre des octets dans le nombre : on échange l'octet de poids faible et de poids fort, mais on échange aussi les deux octets restant entre eux. Une autre solution découpe l'entier en deux morceaux de 16 bits : l'un avec les deux octets de poids fort, l'autre avec les deux octets de poids faible. Les octets sont inversés dans ces blocs de 16 bitzs, mais on n'effectue pas d'autres échanges. On peut aussi échanger les deux morceaux de 16 bits, mais sans changer l'ordre des octets dans les blocs.
[[File:Instruction de permutation d'octets.png|centre|vignette|upright=2|Instruction de permutation d'octets]]
L'utilité de ces instructions n'est pas évidente au premier abord, mais elle sert beaucoup dans les opérations de conversion de données. Tout cela devrait devenir plus clair dans le chapitre sur le boutisme.
==Les instructions d'accès mémoire==
Les instructions d’accès mémoire permettent de copier ou d'échanger des données entre le processeur et la RAM. On peut ainsi copier le contenu d'un registre en mémoire, charger une donnée de la RAM dans un registre, initialiser un registre à une valeur bien précise, etc. Il en existe plusieurs, les plus connues étant les suivantes : LOAD, STORE et MOV. D'autres processeurs utilisent une instruction d'accès mémoire généraliste, plus complexe.
===Les instructions d'accès à la RAM : LOAD et STORE===
Les instructions LOAD et STORE sont deux instructions qui permettent d'échanger des données entre la mémoire RAM et les registres. Elles copient le contenu d'un registre dans la mémoire, ou au contraire une portion de mémoire RAM dans un registre.
* L''''instruction LOAD''' est une instruction de lecture : elle copie le contenu d'un ou plusieurs mots mémoire consécutifs dans un registre. Le contenu du registre est remplacé par le contenu des mots mémoire de la mémoire RAM.
* L''''instruction STORE''' fait l'inverse : elle copie le contenu d'un registre dans un ou plusieurs mots mémoire consécutifs en mémoire RAM.
{|class="wikitable"
|[[File:Instruction LOAD.png|300px|Instruction LOAD.]]
|[[File:Instruction STORE.png|300px|Instruction STORE.]]
|}
En théorie, une variante de l'instruction STORE peut enregistrer une constante en mémoire RAM. Il est en théorie possible pour une instruction STORE modifiée de stocker la valeur 9 dans l'adresse X, par exemple. La constante est fournie par l'instruction, elle n'est pas stockée dans un registre, mais carrément intégrée à l'instruction. Cela sera plus clair quand nous verrons les modes d'adressage, notamment le mode d'adressage immédiat.
Plus haut dans le chapitre, j'ai dit qu'un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs dédiées, certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Et bien il en est de même pour les instructions LOAD et STORE, qui ont chacune une variante pour les entiers 8, 16, 32, 64 bits.
De telles instructions ne font pas que lire ou écrire des données. Pour comprendre pourquoi, prenons un processeur 64 bits. Il dispose d'un bus de 64 bits, pour lire ou écrire des mots mémoire de 64 bits chacun. Pour des lectures de 8, 16 ou 32 bits, un mot mémoire entier est lu, puis seuls les octets adéquats sont conservés. Par exemple, pour une lecture 32 bits, un mot mémoire de 64 bits est lu, puis une opération de masquage (ET bit à bit) met à zéro le 32 bits inutiles. Ce sont souvent les 32 bits de poids faible ou de poids fort qui sont mis à zéro. Il en est de mêma vec les lectures 16 bits, sauf que les 48 bits inutiles sont alors mis à zéro, idem avec les lectures 8 bits.
Pour les écritures, les choses sont encore plus compliquées. Imaginez que je veuille modifier 32 bits. Les 32 bits à modifier font partie d'un mot mémoire de 64 bits, qui contient les 32 bits utiles, et 32 bits supplémentaires. l'écriture ne doit pas effacer les 32 bits supplémentaires, seulement les 32 bits utiles. Pour cela, le processeur n'a pas le : il doit lire un mot mémoire de 64 bits, modifier le 32 bits utiles, puis réécrire le tout en mémoire RAM. L'écriture demande de faire une lecture, une modification, puis une écriture. Le mot mémoire de 64 bits est copié dans un registre, la modification se fait dans ce registre, vient une opération de masquage complexe, puis l'écriture est effectuée.
===Les instructions de transfert entre registres : MOV et XCHG===
L''''instruction MOV''' copie le contenu d'un registre dans un autre sans passer par la mémoire. C'est donc un échange de données entre registres, qui n'implique en rien la mémoire RAM, mais MOV est quand même considérée comme une instruction d'accès mémoire. Les données sont copiées d'un registre source vers un registre de destination. Le contenu du registre source est conservé, alors que le contenu du registre de destination est écrasé (il est remplacé par la valeur copiée). Cette instruction est utile pour gérer les registres, notamment sur les architectures avec peu de registres et/ou sur les architectures avec des registres spécialisés.
[[File:Instruction MOV.png|centre|300px|Instruction MOV.]]
Mais quelques rares architectures ne disposent pas d'instruction MOV, qui n'est formellement pas nécessaire, même si bien utile. En effet, on peut émuler une instruction MOV avec des instructions logiques utilisées convenablement. L'idée est de faire une opération dont le résultat est l'opérande envoyée, et d'enregistrer le résultat dans le registre de destination. Par exemple, on peut faire un OU entre le registre opérande et 0 : le résultat sera l'opérande. Idem avec un ET et la valeur adéquate. Ou encore, on peut imaginer faire un ET/OU entre un registre et lui-même : le résultat est égal au contenu du registre opérande.
Quelques processeurs assez rares ont des instructions pour échanger le contenu de deux registres. Par exemple, on peut citer l''''instruction XCHG''' sur les processeurs x86 des PC anciens et actuels. Elle permet d'échanger le contenu de deux registres, quel qu'ils soient, il n'y a pas de restrictions sur le registre source et sur le registre de destination. Mais d'autres processeurs ont des restrictions sur les registres source et destination. Par exemple, le processeur Z80 a des instructions d'échanges assez restrictives, comme on le verra dans quelques chapitres.
Sur les processeurs ARM, l'instruction MOV fait partie des instructions qui permettent d'effectuer un décalage sur la seconde opérande. Il s'agit en réalité de décalages/rotations décalées, qui sont fusionnées avec une instruction MOV. L'instruction MOV des processeurs ARM fait soit un MOV normal, soit un décalage.
===L'instruction mémoire généraliste : une alternative à LOAD et STORE===
Sur certains processeurs, il n'y a pas d'instruction LOAD ou STORE, ni même MOV . À la place, on trouve une '''instruction d'accès mémoire généraliste''', qui fusionne les trois. Elle est capable de faire une lecture, une écriture, ou une copie entre registres, et parfois une copie d'une adresse mémoire vers une autre. Les trois premières opérations sont presque toujours supportées, mais la copie d'une adresse mémoire vers une autre est beaucoup plus rare.
Sur les processeurs x86, l'instruction généraliste s'appelle l'instruction MOV. Elle gère la lecture en RAM, l'écriture en RAM, la copie d'un registre vers un autre, l'écriture d'une constante dans un registre ou une adresse. Par contre, elle ne gère pas la copie d'une adresse mémoire vers une autre ; pour un transfert de mémoire à mémoire, il faut utiliser les instructions MOVS* ('''''Mov'''e '''S'''tring'' ; MOVSB : par octets, MOVSW : par mots de 16-bits, ...).
===Les instructions d'accès mémoire complexes===
Nous venons de voir les instructions LOAD, STORE et les transferts entre registres. Elles sont présentes sur tous les processeurs, modernes comme anciens. Mais quelques processeurs gèrent des instructions mémoire plus complexes. Elles ont tendance à effectuer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les '''instructions de copie mémoire''' copient une donnée d'une adresse vers une autre. Les copies en mémoire sont des opérations très fréquentes, il est très fréquent qu'un programme copie un bloc de mémoire dans un autre et beaucoup de programmeurs ont déjà été confronté à un tel cas. Aussi, les processeurs ajoutent des instructions multi-accès pour accélérer ces copies, ce qui fait un bon compromis entre performance et simplicité d'implémentation.
D'autres instructions d'accès mémoire plus complexes existent. Pour en donner un exemple, citons les instructions de transferts par bloc sur les premiers processeurs ARM. Ces instructions permettent de copier plusieurs registres en mémoire RAM, en une seule instruction. Sur l'ARM1, il y a 16 registres en tout. Les instructions de transfert de bloc peuvent sélectionner n'importe quel sous-ensemble de ces 16 registres, pour les copier en mémoire : on peut sélectionner tous les registres, une partie des registres (5 registres sur 16, ou 7, ou 8, ...), voire aucun registre.
D'autres instructions mémoires effectuent des opérations à l'utilité moins évidente. Sur certains processeurs, on trouve notamment des instructions pour vider la mémoire cache de son contenu, pour la réinitialiser. L'utilité ne vous est pas évidente, mais cela peut servir dans certains scénarios, notamment sur les architectures avec plusieurs processeurs pour synchroniser ces derniers. Cela sert aussi pour le système d'exploitation, qui doit remettre à zéro certains caches (comme la TLB qu'on verra dans le chapitre sur la mémoire virtuelle) quand on exécute plusieurs programmes en même temps.
===Les instructions mémoire flottantes===
Plus haut, j'ai parlé du fait que certaines processeurs savaient faire des calculs sur des nombres flottants. En général, les processeurs utilisent des registres séparés pour les nombres flottants. Ils ont d'un côté des '''registres généraux''' pour les opérandes entiers et les adresses mémoire, de l'autre des '''registres flottants''' pour les nombres flottants. Les instructions de calcul flottants utilisent ces ''registres flottants'' uniquement, elles ne peuvent pas lire les registres généraux, sauf pour quelques exceptions. Les calculs flottants lisent leurs opérandes dans ces registres flottants et écrivent le résultat dans un autre registre.
Mais encore faut-il pouvoir les remplir, ces registres. Et cela implique de charger des opérandes depuis la mémoire RAM à un moment où un autre. Pour lire ou écrire ces registres, le processeur utilise des instructions mémoire séparées, distinctes des instructions LOAD et STORE vues plus haut. Pour faire la différence, ces instructions sont appelées '''FLOAD''' et '''FSTORE'''.
Elles sont séparées des LOAD/STORE normaux pour plusieurs raisons. La première est évidemment que les registres utilisés ne sont pas les mêmes : registres "généraux" pour LOAD/STORE, registres flottants pour FLOAD et FSTORE. La seconde raison est que les nombres flottants et entiers n'ont pas forcément la même taille. Et cela impacte à la fois la taille des registres, mais aussi les transferts mémoire.
Un nombre flottant fait 32 ou 64 bits, suivant qu'on parle d'un flottant simple ou double précision. Sur un processeur 32 bits, les flottants simple précision ont la même taille qu'un entier, les flottant double précision sont deux fois plus gros. Mais sur un processeur 64 bits, c'est l'inverse : les flottants double précision font la même taille qu'un entier, les simples précision sont deux fois plus petits. Et ne parlons pas du cas de certaines architectures 16 bits qui supportent quand même les nombres flottants ! Elles sont très rares, mais elles existent. Pour le moment, concentrons-nous sur les processeurs 32 et 64 bits.
En général, les registres flottants font 64 bits (parfois 80, mais je passe cela sous silence), afin de mémoriser des flottants double précision. Et ce, même sur les processeurs 32 bits. La gestion des nombres flottants est en effet apparue sur les architectures 32 bits et elles supportaient les calculs en double précision dès le départ. Et cette différence entre 32 et 64 bits a posé quelques problèmes. Les registres flottants n'avaient pas la même taille que les registres généraux : 32 pour les registres généraux, 64 pour les registres flottants. Mais ce n'était pas un énorme problème.
Le vrai problème est que les lectures/écritures flottantes faisaient des transferts de 64 bits entre les registres flottants et la mémoire RAM. Or, le bus de données de ces processeurs faisait 32 bits, vu que c'était des architectures 32 bits. Lire/écrire un flottant demandait donc de faire deux accès mémoire consécutifs. Par exemple, lire un flottant depuis la RAM demandait de lire deux morceaux de 32 bits, le flottant était chargé en deux fois. Cette différence fait qu'il est préférable d'utiliser des instructions FSTORE/FLOAD séparées des instructions LOAD/STORE. Leur comportement n'est pas le même : LOAD/STORE lisent un seul mot mémoire, FLOAD/FSTORE en lisent deux pour la double précision.
Un autre détail est qu'il existe des instructions FLOAD et FSTORE spécialisées pour les flottants simple précision. Par exemple, une instruction FLOAD en simple précision ne lit que 32 bits en mémoire, puis le flottant est convertit en double précision 64 bits, avant d'être enregistré dans les registres. Pour l'écriture, c'est l'inverse : un flottant double précision est convertit en simple précision 32 bits, avant d'être écrit en mémoire. Le comportement est alors différent : FLOAD/FSTORE ne lisent/écrivent qu'un seul mot mémoire, de 32 bits, mais doivent faire une conversion entre simple et double précision.
Il faut noter que c'est l'inverse sur les processeurs 64 bits. Là, un flottant double précision peut être lu/écrit en un seul accès mémoire, vu que le bus de données fait 64 bits. Par contre, les flottants simples précision sont gérés un peu autrement. Concrètement, l'instruction FLOAD lit un mot de 64 bits, mais n'en garde que la moitié adéquate. L'instruction d'écriture fait elle plus de traail : elle doit lire un mot de 64 bits, en modifier la moitié, et réécrire le tout en mémoire RAM.
Vu qu'il y a des registres flottants séparés, il y aussi des instructions de copie de registre séparées pour les registres flottants. L'instruction XCHG a son équivalent flottant '''FXCHG''', l'instruction MOV a une '''instruction FMOV''' séparées, etc.
Un autre moyen de remplir un registre flottant est d'obtenir sa valeur depuis un registre général. Attention, je ne parle pas de copier un registre général dans un flottant, ou inversement. Je parle de convertir une opérande entière en un nombre flottant. Et il y a des instructions dédiées pour cela. Par exemple, il y a une instruction prend un registre entier, convertit sa valeur en flottant 64 bits, et écrit le résultat dans un registre flottant. Idem avec la conversion inverse, de flottant vers entier, qui a sa propre instruction dédiée. Et ces deux instructions ont deux variantes, suivant que le flottant soit simple ou double précision. De telles '''instructions de conversion entier-flottant''' ne sont pas à proprement parler des instructions de copie entre registre, ce sont plus un intermédiaire entre copie entre registres et opération de calcul.
==Les instructions de contrôle (branchements et tests)==
Un processeur serait sacrément inflexible s'il ne faisait qu'exécuter des instructions dans l'ordre. Certains processeurs ne savent pas faire autre chose, comme le Harvard Mark I, et il est difficile, voire impossible, de coder certains programmes sur de tels ordinateurs. Mais rassurez-vous : il existe de quoi permettre au processeur de faire des choses plus évoluées. Pour rendre notre ordinateur "plus intelligent", on peut par exemple souhaiter que celui-ci n'exécute une suite d'instructions que si une certaine condition est remplie. Ou faire mieux : on peut demander à notre ordinateur de répéter une suite d'instructions tant qu'une condition bien définie est respectée. Diverses '''structures de contrôle''' de ce type ont donc étés inventées.
Voici les plus utilisées et les plus courantes : ce sont celles qui reviennent de façon récurrente dans un grand nombre de langages de programmation actuels. Concevoir un programme (dans certains langages de programmation), c'est simplement créer une suite d'instructions, et utiliser ces fameuses structures de contrôle pour l'organiser. D'ailleurs, ceux qui savent déjà programmer auront reconnu ces fameuses structures de contrôle. On peut bien sur en inventer d’autres, en spécialisant certaines structures de contrôle à des cas un peu plus particuliers ou en combinant plusieurs de ces structures de contrôles de base, mais cela dépasse le cadre de ce cours : on ne va pas vous apprendre à programmer.
{|class="wikitable"
|-
! Nom de la structure de contrôle
! Description
|-
! SI...ALORS
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée
|-
! SI...ALORS...SINON
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée ou exécute une autre suite d'instructions si elle ne l'est pas.
|-
! Boucle WHILE...DO
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée.
|-
! Boucle DO...WHILE aussi appelée REPEAT UNTIL
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée. La différence, c'est que la boucle DO...WHILE exécute au moins une fois cette suite d'instructions.
|-
! Boucle FOR
| Répète un nombre fixé de fois une suite d'instructions.
|}
Les '''conditions''' à respecter pour qu'une structure de contrôle fasse son office sont généralement très simples.
Elles se calculent le plus souvent en comparant deux opérandes (des adresses, ou des nombres entiers ou à virgule flottante).
Elles correspondent le plus souvent aux comparaisons suivantes :
* A == B (est-ce que A est égal à B ?) ;
* A != B (est-ce que A est différent de B ?) ;
* A > B (est-ce que A est supérieur à B ?) ;
* A < B (est-ce que A est inférieur à B ?) ;
* A >= B (est-ce que A est supérieur ou égal à B ?) ;
* A <= B (est-ce que A est inférieur ou égal à B ?).
Il est également possible de tester si le bit d'un registre ou octet mémoire est à 1 ou 0.
Notamment le registre des indicateurs est testé après une instruction arithmétique (est-ce que le calcul a généré une retenue, ...).
Pour implémenter ces structures de contrôle, on a besoin d'une instruction qui saute en avant ou en arrière dans le programme, suivant le résultat d'une condition. Par exemple, un SI...ALORS zappera une suite d'instruction si une condition n'est pas respectée, ce qui demande de sauter après cette suite d’instruction cas échéant. Répéter une suite d'instruction demande juste de revenir en arrière et de redémarrer l’exécution du programme au début de la suite d'instruction. Nous verrons comment sont implémentées les structures de contrôle plus bas, mais toujours est-il que cela implique de faire des sauts dans le programme. Faire un saut en avant ou en arrière dans le programme est assez simple : il suffit de modifier la valeur stockée dans le ''program counter'', ce qui permet de sauter directement à une instruction et de poursuivre l'exécution à partir de celle-ci. Et un tel saut est réalisé par des instructions spécialisées. Dans ce qui va suivre, nous allons appeler '''instructions de branchement''' les instructions qui sautent à un autre endroit du programme. Ce n'est pas la terminologie la plus adaptée, mais elle conviendra pour les explications.
L'implémentation des structures de contrôle demande donc de calculer une condition, puis de faire un saut. Mais il faut savoir que l'implémentation demande parfois de faire un saut, sans avoir à tester de condition. Dans ce cas, l'instruction qui fait un saut sans faire de test de condition est elle aussi une instruction de branchement. Cela nous amène à faire la différence entre un branchement conditionnel et non-conditionnel. La différence entre les deux est simple. Une instruction de '''branchement conditionnel''' effectue deux opérations : un test qui vérifie si la condition adéquate est respectée, et un saut dans le programme aussi appelé branchement. Une instruction de '''branchement inconditionnelle''' ne teste pas de condition et ne fait qu'un saut dans le programme.
===Les structures de contrôle===
Le IF permet d’exécuter une suite d'instructions si et seulement si une certaine condition est remplie.
[[File:Codage d'un if.. en assembleur.jpg|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS en assembleur.]]
Le IF...ELSE sert à effectuer une suite d'instructions différente selon que la condition est respectée ou non : c'est un SI…ALORS contenant un second cas. Une boucle consiste à répéter une suite d'instructions machine tant qu'une condition est valide (ou fausse).
[[File:Codage d'un IF.ELSE en assembleur.png|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS..SINON en assembleur.]]
Les boucles sont une variante du IF dont le branchement renvoie le processeur sur une instruction précédente. Commençons par la boucle DO…WHILE : la suite d'instructions est exécutée au moins une fois, et est répétée tant qu'une certaine condition est vérifiée. Pour cela, la suite d'instructions à exécuter est placée avant les instructions de test et de branchement, le branchement permettant de répéter la suite d'instructions si la condition est remplie. Si jamais la condition testée est fausse, on passe tout simplement à la suite du programme.
[[File:DO...WHILE.jpg|centre|vignette|upright=2|DO...WHILE.]]
Une boucle WHILE…DO est identique à une boucle DO…WHILE à un détail près : la suite d'instructions de la boucle n'a pas forcément besoin d'être exécutée au moins une fois. On peut donc adapter une boucle DO…WHILE pour en faire une boucle WHILE…DO : il suffit de tester si la boucle doit être exécutée au moins une fois avec un IF, et exécuter une boucle DO…WHILE équivalente si c'est le cas.
[[File:WHILE...DO.png|centre|vignette|upright=2|WHILE...DO.]]
===Les branchements conditionnels et leur implémentation ===
Il existe de nombreuses manières de mettre en œuvre les branchements conditionnels et tous les processeurs ne font pas de la même manière. Sur la plupart des processeurs, les branchements conditionnels sont séparés en deux instructions : une instruction de test qui vérifie si la condition voulue est respectée, et une instruction de saut conditionnelle. D'autres processeurs effectuent le test et le saut en une seule instruction machine.
[[File:Implémentations possibles des branchements conditionnels.png|centre|vignette|upright=3|Implémentations possibles des branchements conditionnels]]
: Plus surprenant, sur quelques rares processeurs, le ''program counter'' est un registre qui peut être modifié comme tous les autres. Cela permet de remplacer les branchements par une simple écriture dans le ''program counter'', avec une instruction MOV. Un bon exemple est le processeur ARM1, un des tout premiers processeur ARM. Cette dernière solution n'est presque jamais utilisée, mais elle reste surprenante !
Dans les faits, la solution la plus simple est clairement d'implémenter le tout avec une seule instruction. Mais beaucoup de processeurs anciens utilisent la première méthode, celle qui sépare le branchement conditionnel en deux instructions. Le branchement prend le résultat de l'instruction de test et décide s'il faut passer à l'instruction suivante ou sauter à une autre adresse. Il faut donc mémoriser le résultat de l'instruction de test dans un registre spécialisé, afin qu'il soit disponible pour l'instruction de branchement. L'usage d'un registre intermédiaire pour mémoriser le résultat de l'instruction de test demande d'ajouter un registre au processeur. De plus, le résultat de l'instruction de test varie grandement suivant le processeur, suivant la manière dont on répartit les responsabilités entre test et branchements.
Il existe, dans les grandes lignes, deux techniques pour séparer test et branchement conditionnel. La première impose une séparation stricte entre calcul de la condition et saut : l'instruction de test calcule la condition, le branchement fait ou non le saut dans le programme suivant le résultat de la condition. On a alors une instruction de test proprement dit, qui vérifie si une condition est valide et fournit un résultat sur 1 bit. Nous appellerons ces dernières des comparaisons, car de telles instruction effectuent réellement une comparaison. La seconde méthode procède autrement, avec un calcul de la condition qui est réalisé en partie par l'instruction de test, en partie par le branchement. Cela peut paraitre surprenant, mais il y a de bonnes raisons à cette séparation peu intuitive. La raison est que l'instruction de test est une soustraction déguisée, qui fournit un résultat de plusieurs bits, qui est ensuite utilisé pour calculer la condition voulue par le branchement. l'instruction de test ne fait pas une comparaison proprement dit, mais leur résultat permet de déterminer le résultat d'une comparaison avec quelques manipulations simples.
====Les instructions de test proprement dit====
Les premières sont réellement des instructions de test, qui effectuent une comparaison et disent si deux nombres sont égaux, différents, lequel est supérieur, inférieur, etc. En clair, elles implémentent directement les comparaisons vues précédemment. Au total, on s'attend à ce que les 6 comparaisons précédentes soient implémentées avec 6 instructions de test différentes : une pour l'égalité, une pour la différence, une autre pour la supériorité stricte, etc. Mais certaines de ces comparaisons sont en deux versions : une qui compare des entiers non-signés, et une autre pour les entiers signés. La raison est que comparer deux nombres entiers ne se fait pas de la même manière selon que les opérandes soient signées ou non. Nous avions vu cela dans le chapitre sur les comparateurs, mais un petit rappel ne fait pas de mal. Pour comparer deux entiers signés, il faut tenir compte de leurs signes, et le circuit utilisé n'est pas le même. Cela a des conséquences au niveau des instructions du processeur, ce qui impose d'avoir des opérations séparées pour les entiers signés et non-signés.
Dans les faits, les processeurs actuels utilisent le complément à deux pour les entiers signés, ce qui fait que les comparaisons d'égalité ou de différence A == B et A != B ne sont présentes qu'en un seul exemplaire. En complément à deux, l'égalité se détermine avec la même règle que pour les entiers non-signés : deux nombres sont égaux s'ils ont la même représentation binaire, ils sont différents sinon. Ce ne serait pas le cas avec les entiers en signe-magnitude ou en complément à un, du fait de la présence de deux zéros : un zéro positif et un zéro négatif. Les circuits de comparaison d'égalité et de différence seraient alors légèrement différents pour les entiers signés ou non. Au total, en complément à deux, on trouve donc 10 comparaisons usuelles, vu que les comparaisons de supériorité/infériorité sont en double.
Le résultat d'une comparaison est un bit, qui dit si la condition testée est vraie ou fausse. Dans la majorité des cas, ce bit vaut 1 si la comparaison est vérifiée, et 0 sinon. Une fois que l'instruction a fait son travail, il reste à stocker son résultat quelque part. Pour cela, le processeur utilise un ou plusieurs '''registres à prédicats''', des registres de 1 bit qui peuvent stocker n'importe quel résultat de comparaison. Une comparaison peut enregistrer son résultat dans n'importe quel registre à prédicats : elle a juste à préciser lequel avec son nom de registre.
Les registres à prédicats sont utiles pour accumuler les résultats de plusieurs comparaisons et les combiner par la suite. Par exemple, cela permet d'émuler une instruction qui teste si A >= B à partir de deux instructions qui calculent respectivement A > B et A == B. Pour cela, certains processeurs incorporent des instructions pour faire des opérations logiques sur les registres à prédicats. Ces opérations permettent de faire un ET, OU, XOR entre deux registres à prédicats et de stocker le résultat dans un registre à prédicat quelconque.
D'autres instructions permettent de lire le résultat d'un registre à prédicat, de calculer une condition, de combiner son résultat avec la valeur lue et d'altérer le registre à prédicat sélectionné. Par exemple, sur l'architecture IA-64, il existe une instruction cmp.eq.or, qui calcule une condition, lit un registre à prédicat fait un OU logique entre le registre lu et le résultat de la condition, et enregistre le tout dans un autre registre à prédicat. De telles instructions facilitent grandement le codage de certaines fonctions, qui demandent que plusieurs conditions soient vérifiées pour exécuter un morceau de code.
====Les instructions de test qui sont des soustractions déguisées====
Le second type d'instruction de test ne calcule pas ces conditions directement, mais elle fournit un résultat de quelques bits qui permet de les calculer avec quelques manipulations simples. Sur ces processeurs, il n'y a qu'une seule instruction de comparaison, qui est une soustraction déguisée. Le résultat de la soustraction n'est pas sauvegardé dans un registre et est simplement perdu. C'est le cas sur certains processeurs ARM ou sur les processeurs x86. Par exemple, un processeur x86 possède une instruction CMP qui n'est qu'une soustraction déguisée dans un opcode différent.
Le résultat de cette soustraction déguisée est un résultat portant sur 4 bits, qui donne des informations sur le résultat de la soustraction. Le premier bit, appelé bit ''null'', indique si le résultat est nul ou non. Le second bit indique le signe du résultat, s'il est positif ou négatif. Enfin, deux autres bits précisent si la soustraction a donné lieu à un débordement d'entier. Il y a deux bits, car on vérifie deux types de débordement : un débordement non-signé (une retenue sortante de l'additionneur), et le débordement signé (débordement en complément à deux). Pour mémoriser le résultat d'une soustraction déguisée, le processeur incorpore un '''registre d'état'''. Le registre d'état stocke des bits qui ont chacun une signification prédéterminée lors de la conception du processeur et il sert à beaucoup de choses. Dans le cas qui nous intéresse, le registre d'état mémorise les résultats de l'instruction de test : les deux bit de débordement, le bit qui précise que le résultat d'une instruction vaut zéro, le bit de retenue pour le bit de signe.
La condition en elle-même est réalisée par le branchement. L'instruction de branchement fait donc deux choses : calculer la condition à partir du registre d'état, et effectuer le saut si la condition est valide. Le calcul des conditions se fait à partir des 4 bits de résultat. Le bit ''null'' permet de savoir si les deux opérandes sont égales ou non : si le résultat d'une soustraction est nul, cela implique que les deux opérandes sont égales. Le bit de signe permet de déterminer si le première opérande est supérieur ou inférieure à la seconde : le résultat de la soustraction est positif si A >= B, négatif sinon. Les bits de débordements permettent de faire la différence entre infériorité stricte ou non. Tout cela sera expliqué plus en détail dans le paragraphe suivant.
[[File:Branchements et tests avec un registre d'état.png|centre|vignette|upright=1.5|Branchements et tests avec un registre d'état]]
La conséquence est qu'il y a autant d'instructions de branchements que de conditions possibles. Aussi, on a une instruction de test, mais environ une dizaine d'instructions de branchements. C'est l'inverse de ce qu'on a avec des instructions de test proprement dites, où on a autant d'instructions de test que de conditions, mais un seul branchement. Un bon exemple est celui des processeurs x86. Le registre d'état des CPU x86 contient 5 bits appelés OF, SF, ZF, CF et PF : ZF indique que le résultat de la soustraction vaut 0, SF indique son signe, CF est le bit de retenue et de débordement non-signé, OF le bit de débordement signé, et PF le bit qui donne la parité du résultat. Il existe plusieurs branchements, certains testant un seul bit du registre d'état, et d'autres une combinaison de plusieurs bits.
{|class="wikitable"
|-
! Instruction de branchement
! Bit du registre d'état testé
! Condition testée si on compare deux nombres A et B avec une instruction de test
|-
! JS (Jump if Sign)
| SF = 1
| Le résultat est négatif
|-
! JNS (Jump if not Sign)
| SF = 0
| Le résultat est positif
|-
! JO (Jump if Overflow)
| OF = 1
| Le calcul arithmétique précédent a généré un débordement signé
|-
! JNO (Jump if Not Overflow)
| OF = 0
| Le calcul arithmétique précédent n'a pas généré de débordement signé
|-
! JNE (Jump if Not equal)
| ZF = 1
| Les deux nombres A et B sont égaux
|-
! JE (Jump if Equal)
| ZF = 0
| Les deux nombres A et B sont différents
|-
! JB (Jump if below)
| CF = 1
| A < B, avec A et B non-signés
|-
! JAE (Jump if Above or Equal)
| CF = 0
| A >= B, avec A et B non-signés
|-
! (JBE) Jump if below or equal
| CF OU ZF = 1
| A >= B si A et B sont non-signés
|-
! JA (Jump if above)
| CF ET ZF = 0
| A > B si A et B sont non-signés
|-
! JL (Jump if less)
| SF != OF
| si A < B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater or Equal)
| SF = OF
| si A >= B, si A et B sont signés
|-
! JLE (Jump if less or equal)
| (SF != OF) OU ZF = 1
| si A <= B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater)
| (SF = OF) ET (NOT ZF) = 1
| si A > B, si A et B sont signés
|}
===Les instructions à prédicat===
Les '''instructions à prédicat''' sont des instructions qui ne font quelque chose que si une condition est respectée, et se comportent comme un NOP (une instruction qui ne fait rien) sinon. Elles lisent le résultat d'une comparaison, dans le registre d'état ou un registre à prédicat, et s’exécutent ou non suivant sa valeur.
En général, les instructions à prédicats sont des instructions en plus des instructions normales, pas à prédicat. L'instruction à prédicat la plus représentative, présente sur de nombreux processeurs, est l'instruction CMOV, qui copie un registre dans un autre si une condition est remplie. Elle permet de faire certaines opérations assez simples, comme calculer la valeur absolue d'un nombre, le maximum de deux nombres, etc.
Pour gérer les instructions à prédicat, les instructions de test s'adaptent sur plusieurs points. Le premier est que les instructions de test préfèrent utiliser des registres à prédicats, au lieu d'un registre d'état. Une des raisons à cela est la suivante : avec des registres à prédicats, on peut ajouter des instructions pour faire un ET/OU/XOR entre registres à prédicats, ce qui permet de tester des combinaisons de conditions sans faire appel au moindre branchement. Et ces conditions complexes ne sont pas rares, ce qui rend l'usage de registres à prédicats très utiles avec les instructions à prédicats.
Une autre adaptation est que les instructions de test tendent à fournir deux résultats : le résultat de la condition, et le résultat de la condition inverse. Ils sont fournis dans deux registres à prédicats distincts. Faire ainsi facilite grandement l'implémentation des structures de contrôle SI...ALORS simples. Pour rappel, elles ont deux morceaux de code : un qui s’exécute si une condition est remplie, l'autre si la condition inverse est remplie. Avec ce système, les instructions du premier et du second morceau de code testerons deux bits distincts.
L'usage d'instructions à prédicat séparées des autres instructions porte le nom de '''prédication partielle'''. C'est de loin l'implémentation la plus courante. Mais sur certains processeurs, assez rares, toutes les instructions sont des instructions à prédicat : on parle de '''prédication totale'''. Les anciens processeurs ARM 32 bits étaient dans ce cas, par exemple.
Cela peut paraitre étrange, vu que certaines instructions ne sont pas dans une structure de contrôle et doivent toujours s’exécuter, peu importe les conditions testées avant. Mais rassurez-vous, sur les processeurs à prédication totale, il y a toujours un moyen pour spécifier que certaines instructions doivent toujours s’exécuter, de manière inconditionnelle. Par exemple, sur les processeurs d'architecture HP IA-64, un des registre à prédicat, le tout premier, contient la valeur 1 et ne peut pas être modifié. Si on veut une instruction inconditionnelle, il suffit qu'elle précise que le registre à prédicat à lire est ce registre.
: Les processeurs avec un registre d'état n'ont généralement que de la prédication partielle, le plus souvent limitée à une seule instruction CMOV. Alors que qui dit prédication totale dit systématiquement registres à prédicats.
Les processeurs ARM disposent d'une prédication totale, du moins pour le jeu d'instruction ARM 32 bits. Mais il supportent une second jeu d’instruction optionnel, le ''thumb'', qui est plus compact. Au lieu d'encoder ses instructions sur 32-64 bits, ses instructions font seulement 16 bits. Et pour compacter ce jeu d'instruction, la prédication totale a été supprimée. À la place, ''thumb'' incorpore une '''instruction IT''', qui active l’exécution conditionnelle des instructions suivantes.
L'instruction teste une condition et calcule un prédicat, qui est ensuite utilisé pour décider de l'exécution des instructions suivantes. L'exécution conditionnelle marche jusqu'à 4 instructions consécutives. Le nombre exact est configurable et va de 1 à 4 instructions consécutives après l'instruction IT. La condition est configurable pour les 1 à 4 instructions : chaque instruction peut s'exécuter si la condition est vraie, ou au contraire fausse. Un masque de 4 bits décide de quelle condition utiliser pour chaque instruction. Il y a un bit par instruction, qui vaut 1 si la condition doit être vérifiée, 0 si on veut la condition inverse.
===L'instruction SKIP===
L''''instruction SKIP''' permet de zapper l'instruction suivante si une condition testée est fausse. Il en existe deux versions. La première est fusionnée avec l'instruction de test. La condition est calculée par l'instruction SKIP, qui décide s'il faut sauter l'instruction suivante. Dans un autre cas, l'instruction SKIP est précédée d'une instruction de test, récupère son résultat dans un registre de prédicat ou dans le registre d'état, et effectue le saut. On peut la voir comme une forme particulière de branchement conditionnel, qui brancherait deux instructions plus loin.
Son utilité n'est pas évidente, mais on peut classer ses utilisations en trois catégories. La première permet d'émuler une instruction de branchement conditionnel en combinant une instruction SKIP avec un branchement inconditionnel. Le branchement inconditionnel est skippé si la condition est remplie/fausse, mais éxecuté dans le cas contraire : c'est le comportement d'un branchement conditionnel. Une autre utilisation permet d'émuler une instruction à prédicat en faisant précéder une instruction normale par une instruction SKIP. Enfin, elles servent à implémenter des structures de controle IF à condition que le code du IF se résume à une vulgaire instruction. C'est assez rare, mais certains calculs comme la valeur absolue ou le calcul du minimum peuvent se calculer ainsi.
[[File:Skip instruction.png|centre|vignette|upright=3|Skip instruction]]
Vous pourriez imaginer des versions améliorées de l'instruction, qui permettent de zapper plusieurs instructions, mais de telles instructions ne sont autres que des instructions de branchement conditionnelles spécifiques, comme nous le verrons dans le chapitre sur les modes d'adressage.
==Les méta-instructions REPEAT et EXECUTE==
Enfin, il faut aussi citer les '''méta-instructions''', des instructions qui agissent sur l’exécution d'autres instructions. Il en existe deux : REPEAT et EXECUTE. Elles servent techniquement à manipuler le flot de contrôle d'un programme, et ont quelques ressemblances avec les branchements ou les boucles. Elles sont extrêmement rares et on ne les trouve que sur des anciens processeurs (généralement micro-codés), ou sur certaines processeurs spécialisés dans le traitement de signal appelés des DSP, qui feront l'objet d'un chapitre à eux seuls.
===L’instruction REPEAT et le ''Zero-overhead looping''===
La première est la '''méta-instruction REPEAT''', qui permet de simplifier l'implémentation des boucles. Dans sa version la plus simple, elle fait en sorte que l'instruction qui la suit soit répétée plusieurs fois. Le nombre de répétition est soit un nombre fixe, toujours le même, soit l'instruction se répète tant qu'une condition n'est pas remplie. Les deux situations ne se rencontrent pas sur les mêmes processeurs. Par exemple, l'UNIVAC 1103 possède une instruction REPEAT très simple, qui répète l'instruction cible un nombre fixe de fois, mais ne gère pas les conditions.
Le GE-600/Honeywell 6000 series incorpore trois instructions REPEAT de ce type. La première répète l'instruction suivante soit un nombre fixe de fois, soit quand une condition est remplie. La seconde répète les deux instructions suivantes, l'une après l'autre. Enfin, la dernière répète l'instruction suivante jusqu'à : soit qu'une condition soit remplie, soit qu'une adresse bien précise soit atteinte. Elle servait sans doute à implémenter le parcours d'une liste chainée pour trouver un item bien précis.
Une version améliorée de l'instruction REPEAT permet de répéter un bloc de plusieurs instructions, ce qui permet d'implémenter une boucle en une seule instruction. Elles sont fréquentes sur certains processeurs de traitement de signal, qui doivent exécuter en permanence de petites boucles. Typiquement, elles permettent d'implémenter des boucles FOR dont le nombre d’exécution est fixe. La répétition de la boucle est contrôlée par un registre de boucle, qui mémorise le nombre de répétitions, et qui est décrémenté à chaque itération, sans avoir à utiliser d'instruction d'incrémentation/décrémentation.
Une variante précise deux adresses, qui délimitent les instructions de la boucle : une adresse pour le début de la boucle, une adresse pour la fin. L'implémentation hardware est alors assez simple : quand le ''program counter'' atteint l'adresse de fin, il est réinitialisé à l'adresse de début. La gestion du ''program counter'' se fait alors sans utiliser d'instructions de branchement. les deux registres sont initialisés avec une isntruction LOPP, spécialement dédiée pour cela.
Les deux techniques précédentes permettent d'implémenter des boucles sans utiliser de branchements, ou presque. Elles rendent l'exécution des boucles tellement rapides qu'elles portent le nom de '''''Zero-overhead looping'''''.
: Les instructions REP mentionnées plus haut, ne sont PAS des exemples d'instruction REPEAT. Le préfixe REP des processeurs x86 est une instruction qui se répète elle-même. Mais l'instruction REPEAT force la répétition de l'instruction suivante ! Elle agit sur une autre instruction, d'où son caractère de méta-instruction.
===L'instruction EXECUTE===
La '''méta-instruction EXECUTE''' fournit l'adresse d'une instruction cible, qui est exécutée en lieu et place de l'instruction EXECUTE. Quand le processeur exécute l'instruction EXECUTE, il prend l'adresse cible, charge l'instruction dans l'adresse cible, et l’exécute à la place de l'instruction EXECUTE. Il est possible de comprendre l'instruction EXECUTE comme un branchement spécial. Tout se passe comme si l'instruction EXECUTE effectuait un branchement vers l'instruction cible, mais que le processeur ne poursuivait pas l’exécution à la suite de l’instruction cible, et revenait à la suite de l'instruction cible.
Il y a souvent des contraintes sur l'instruction cible, qui est pointée par l'adresse cible. Généralement, il n'est pas possible que l'instruction cible soit elle-même une autre instruction EXECUTE. De même, beaucoup de processeurs interdisent que l’instruction cible soit un branchement. Mais d'autres processeurs n'ont pas ces contraintes et autorisent à utiliser des branchements pour l'instruction cible.
L'utilité d'une telle instruction est tout sauf évidente. Elle servait pourtant à beaucoup de choses sur les processeurs où elle était implémentée. Précisons qu'elle était surtout présente sur des vieux ordinateurs, dans les années 50-60, et quelques processeurs des années 70. Elle a disparu dès les années 80 et n'est présentée que par souci d'exhaustivité et intérêt historique pour les curieux. Cette précision permet de comprendre que cette instruction servait pour résoudre des problèmes qui sont actuellement résolus autrement.
L'adresse cible peut être soit intégrée dans l'instruction, soit dans un registre. Dans le second cas, l'adresse peut être incrémentée ou modifiée afin que l'instruction EXECUTE change de cible à chaque exécution. Tout se passe comme si le registre contenant l'adresse cible servait à émuler un ''program counter''. En mettant une instruction EXECUTE dans une boucle et en complétant le tout avec du code annexe, on peut exécuter du code extérieur sans modifier le véritable ''program counter''. L'utilité est de faciliter l'implémentation des logiciels debuggers, des émulateurs, ou d'autres programmes dans le même genre.
Les autres utilisations sont assez nombreuses, mais aussi difficiles à expliquer pour qui n'a pas de connaissances poussées en programmation. La première utilité est l'implémentation de certaines fonctionnalités des langages de programmation évolués, à savoir le ''late binding'', les fonctions virtuelles, et quelques autres. Elle facilite aussi l'implémentation des compilateurs à la volée, en permettant d’exécuter du code produit à volée sans faire tiquer les mécanismes de protection mémoire implémentés dans le processeur. Elle permet d'émuler du code automodifiant pour les logiciels qui gagnaient autrefois à l'utiliser. Et il y en a d'autres.
==Les instructions d'arrêt et de mise en veille==
Les processeurs gèrent souvent des '''instructions de mise en veille''' le processeur. Une fois mis en veille, le processeur ne peut être réveillé que si un signal de sortie de veille survient. Les signaux de sortie de veille sont envoyés par les périphériques, les entrées-sorties, le ''chipset'' de la carte mère, etc. Ils sont rarement mis totalement en veille, ce qui leur permet de générer ce signal de sortie si nécessaire. Le processeur attend alors qu'un périphérique lui envoie un signal de sortie de veille, mais ne fait rien en attendant. De telles instructions ne sont exécutables qu'en mode noyau, par le système d'exploitation.
: Le signal de sortie de veille est techniquement une interruption matérielle, comme on le verra plus tard.
Il existe aussi des '''instructions d'arrêt''', qui éteignent le processeur complétement. Le processeur peut redémarrer, mais pas reprendre là où il en était. Pour redémarrer, il faut qu'il reçoive un signal RESET, envoyé sur une entrée du processeur. Lorsque l'entrée RESET du processeur est mise à 1, le processeur redémarre. Typiquement, l'alimentation du processeur est suspendue.
===Les exemples sur les processeurs les plus connus===
Sur les processeurs ARM, les instructions WFI et WFE sont utiles pour les systèmes embarqués, pour mettre le processeur en mode basse consommation. Lorsqu'une instruction de ce type est exécutée, le processeur continue d'être alimenté, mais il ne tient pas compte du signal d'horloge. Le signal d'horloge est clock gaté dès l'entrée dans le CPU. La différence entre les deux instructions est que WFI s'exécute inconditionnellement, alors que WFE ne s’exécute que un registre spécifique, le registre d'évènement, est à 0.
Sur les processeurs Motorola 6502 et ses dérivés, l'instruction WAI est une instruction de mise en veille, alors que l'instruction STP éteint l'ordinateur. La différence est qu'avec l'instruction STP, le processeur ne réagit qu'au signal RESET, qui fait redémarrer le processeur, mais ne réagit pas aux signaux de sortie de veille. L'exécution du processeur ne reprend alors pas là où le processeur s'est arrêté, le ''program counter'' est réinitialisé.
Sur les CPU x86 avant le 486, l'instruction HLT ne mettait pas le processeur en mode basse consommation. Aucune technique n'était prévue pour réduire la consommation du processeur pendant la veille. Le 8086 se contentait de se déconnecter du bus et n'incrémentait pas son ''program counter''. Au passage, l'implémentation exacte au niveau des circuits de l'instruction HLT sur le 8086 est détaillée dans cet article de blog :
* [https://www.righto.com/2023/01/reverse-engineering-intel-8086.html Reverse-engineering the Intel 8086 processor's HALT circuits]
C'est avec le 486 que la mise en veille s'est accompagnée d'une extinction partielle du processeur. Le processeur passait en mode basse consommation, ce qui permettait des économies d'énergie de 5 à 10%. Cependant, les premiers CPU sortis d'usine avaient un bug : le CPU stoppé via l'instruction HLT ne pouvait pas redémarrer de manière logicielle, il fallait lui envoyer le signal de RESET directement via le matériel.
{|class="wikitable"
|-
! x86
| HLT (HALT)
|-
! ARM
|
* WFI (Wait For Interrupt)
* WFE (Wait For Event).
|-
! Motorola 6502 et plus
|
* WAI (WAit for Interrupt)
* STP (SToP)
|}
===Les instructions ''Halt And Catch Fire''===
Le bug n'est pas spécifique aux processeurs 486, de nombreux CPU ont des instructions non-documentées qui bloquent l'ordinateur, si exécutées. Le processeur ne peut alors pas sortir de la mise en veille et soit s'arrête, soit doit être RESET. Les instructions ne sont souvent pas voulues par les concepteurs et sont souvent des bugs. De telles instructions illégales devraient lever une exception matérielle "instruction non reconnue", mais ne le font pas en raison d'un bug quelconque. Elles sont appelées, non sans humour, des '''instructions ''Halt And Catch Fire''''' (stoppe et prend feu).
Un exemple classique est celle du bug du Pentium F00F. Le responsable est une instruction non-documentée, encodée en binaire comme suit F0 0F C7 C8. Il s'agit d'une instruction dont l'encodage est invalide. Elle correspond à une instruction cmpxchg8b qui agit sur une valeur 64 bits obtenue en concaténant les deux registres (EAX et EDX). Elle compare cette valeur 64 bits avec une donnée en mémoire RAM. Mais avec l'encodage F0 0F C7 C8, l'adresse mémoire est remplacée par un nom de registre, du fait de l'encodage des modes d'adressage sur ce CPU. En théorie, le processeur devrait lever une exception matérielle ''opcode invalide''. Seulement, l'instruction est associée à un préfixe LOCK, qu'on ne détaillera pas ici, qui empêche la levée de l'exception.
Elle agissait comme une instruction ''Halt And Catch Fire'' classique. Un problème est que cette instruction n'était pas une instruction en mode noyau, mais une instruction accessible en espace utilisateur. N'importe quel programme invalide, voire un programme malicieux, pouvait bloquer l'ordinateur. La situation a été prise an sérieux, les systèmes d'exploitation fournissant des mitigations logicielles. Intel corrigea le problème, dans une seconde fournée sortie d'usine, avec la version B2 du 486.
==Résumé==
Pour résumer, les instructions les plus courantes sont les suivantes :
{|class="wikitable"
|-
!Instruction
!Utilité
|-
!Instructions arithmétiques
|Elles font des calculs sur des nombres. Les plus communes sont l'addition, la soustraction, la multiplication, la division, le modulo. Pour les instructions flottantes, la racine carrée est souvent supportée, parfois avec les opérations trigonométriques, les logarithmes et l'exponentielle.
|-
!Instructions logiques
|Elles travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les plus communes sont ;
* Les opérations bit à bit, à savoir le ET logique, le OU logique, le OU exclusif (XOR) et le NON logique.
* Les instructions de décalage à droite et à gauche, qui vont décaler tous les bits d'un nombre d'un cran vers la gauche ou la droite. Les bits qui sortent du nombre sont considérés comme perdus.
* Les instructions de rotation, qui font la même chose que les instructions de décalage, à la différence près que les bits qui "sortent d'un côté du nombre" après le décalage rentrent de l'autre.
|-
!Instructions de test et de contrôle (branchements)
|Elles permettent de contrôler la façon dont notre programme s’exécute sur notre ordinateur. Elles permettent notamment de choisir la prochaine instruction à exécuter, histoire de répéter des suites d'instructions, de ne pas exécuter des blocs d'instructions dans certains cas, et bien d'autres choses.
|-
!Instructions d’accès mémoire
|Elles permettent d'échanger des données entre le processeur et la mémoire, ou encore permettent de gérer la mémoire et son adressage. Les deux les plus courantes sont les suivantes :
* LOAD : charge une donnée dans un registre ;
* STORE : copie le contenu d'un registre dans une adresse mémoire.
|}
En plus de ces instructions, beaucoup de processeurs ajoutent d'autres instructions. La plupart sont utilisées par le système d'exploitation pour configurer certaines fonctionnalités importante : la protection mémoire, la mémoire virtuelle, les modes de compatibilité du processeur, la gestion de l'alimentation, l'arrêt ou la mise en veille, etc.
On peut aussi trouver des instructions spécialisées dans les calculs cryptographiques : certaines instructions permettent de chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe. De même, certains processeurs ont une instruction permettant de générer des nombres aléatoires. Et on peut trouver bien d'autres exemples...
Mais d'autres sont franchement exotiques. Par exemple, certains processeurs sont capables d'effectuer des instructions sur du texte directement. Pour stocker du texte, la technique la plus simple utilise une suite de lettres, stockées les unes à la suite des autres dans la mémoire, dans l'ordre dans lesquelles elles sont placées dans le texte. Quelques ordinateurs disposent d'instructions pour traiter ces suites de lettres. D'ailleurs, n'importe quel PC x86 actuel dispose de telles instructions, bien qu'elles ne soient pas utilisées car paradoxalement trop lente comparé aux solutions logicielles ! Cela peut paraître surprenant, mais il y a une explication assez simple qui sera compréhensible dans quelques chapitres (les instructions en question sont microcodées).
<noinclude>
{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les mémoires FIFO et LIFO
| prevText=Les mémoires FIFO et LIFO
| next=Les registres du processeur
| nextText=Les registres du processeur
}}
</noinclude>
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2026-09-28T16:53:43Z
Mewtow
31375
/* Les instructions mémoire flottantes */
773471
wikitext
text/x-wiki
Ce chapitre va aborder le langage machine, à savoir un standard qui définit les instructions du processeur, le nombre de registres, etc.
Dans ce chapitre, on considérera que le processeur est une boîte noire au fonctionnement interne inconnu.
Nous verrons le fonctionnement interne d'un processeur dans quelques chapitres.
Les concepts que nous allons aborder ne sont rien d'autre que les bases nécessaires pour apprendre l'assembleur.
Nous allons surtout parler des instructions du processeur.
Pour simplifier, on peut classer les instructions en quatre grands types :
* les échanges de données entre mémoires ;
* les calculs et autres opérations arithmétiques ;
* les instructions de comparaison ;
* les instructions de branchement.
À côté de ceux-ci, on peut trouver d'autres types d'instructions plus exotiques, pour gérer du texte, pour modifier la consommation en électricité de l'ordinateur, pour chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe, générer des nombres aléatoires, etc. Dans ce chapitre, nous allons voir un aperçu assez large des instructions qui existent. Nous n'allons pas nous limiter aux instructions les plus importantes, mais nous allons aussi parler d'instructions assez exotiques, soit présentes uniquement sur d'anciens ordinateurs, soit très rares, soit franchement tordues. Et certaines de ces instructions exotiques sont assez impressionnantes et risquent de vous surprendre !
==Les instructions entières==
Les '''instructions arithmétiques''' sont les plus courantes et comprennent au minimum l'addition, la soustraction, la multiplication, plus rarement la division. Précisons qu'une opération mathématique ne se fait pas de la même manière suivant la représentation utilisée pour coder ces nombres : on ne manipule pas de la même façon des nombres entiers binaires, des entiers codés en BCD et des nombres flottants. Aussi, dans ce qui va suivre, nous allons séparer les opérations entières, les opérations flottantes et les opérations en BCD.
Les processeurs modernes utilisent des nombres encodés soit en binaire normal, soit en complément à deux. L'avantage est que les opérations arithmétiques se font de la même manière dans les deux encodages. Il y a quelques différences, mais elles sont suffisamment mineures, pas besoin d'avoir une instruction dédiée pour les nombres signés. Les anciens processeurs utilisaient eux des entiers signés en signe-magnitude ou en complément à 1, ou d'autres représentations. Et avec ces représentations, les calculs ne sont pas exactement les mêmes pour les nombres signés et non-signés. Ils avaient donc des instructions séparées pour l'addition signée et l'addition non-signée, idem pour la soustraction, la multiplication, etc.
De nos jours, les ordinateurs utilisent des entiers de taille fixe, qui tiennent dans un registre. J'ai dit qui tiennent dans un registre, car la taille des opérandes dépend de l'instruction. Un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs pour chaque taille : certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Mais la taille d'une opérande ne dépasse pas la taille d'un registre entier.
===La ou les instructions d'addition entière===
Un processeur implémente au minimum une opération d'addition, même s'il existe de rares exemples de processeurs qui s'en passent. Mieux : certains processeurs implémentent plusieurs instructions d'addition, qui se distinguent par de subtiles différences.
La première différence est la gestion des débordements d'entier. Pour gérer les débordements d'entier, certains processeurs disposent d'un '''registre de débordement''', de 1 bit, qui indique si une instruction arithmétique a généré un débordement d'entier ou non. Il est mis à 1 en cas de débordement, mais reste à 0 sinon. Il est mis à jour à chaque addition/multiplication/soustraction.
Pour rappel, les débordements d'entiers sont différents selon que l'addition est signée ou non, et il faut en tenir compte au niveau du jeu d'instruction. La solution la plus simple est l'existence de deux instructions dédiées : une pour les additions de nombres signés et une autre pour les nombres non-signés. Le circuit additionneur est le même pour ces deux instruction, mais le calcul du bit de débordement est différent. D'autres processeurs s'en sortent autrement, en ayant deux bits de débordement : un si le résultat est signé, l'autre pour les résultats non-signés. Mais nous reparlerons de cela plus tard.
Une autre différence, présente sur les vieux processeurs, tient dans la gestion de la retenue. À l'époque, les processeurs ne pouvaient gérer que des nombres de 4 à 8 bits, guère plus. Pourtant, la plupart des applications logicielles demandait d'utiliser des entiers de 16 bits. Les opérations comme l'addition ou la soustraction étaient alors réalisées en plusieurs fois. Par exemple, on additionnait les 8 bits de poids faible, puis les 8 bits de poids fort. Dans un cas pareil, il fallait aussi gérer la retenue dans l'addition des 8 bits de poids fort.
Pour cela, la retenue en question était mémorisée dans un registre de 1 bit dédié, semblable au registre de débordement, appelé le '''bit de retenue'''. De plus, les processeurs incorporaient une instruction d'addition qui additionnait les deux opérandes avec la retenue en question, instruction souvent appelée ADDC (''ADD with Carry''). Niveau circuits, cela ne changeait pas grand chose, tous les additionneurs ayant une entrée pour la retenue (qui est utilisée pour implémenter la soustraction, rappelez-vous). L'implémentation de l'instruction ADDC était très simple, n'utilisait presque pas de circuits, et rendait de fiers services aux programmeurs de l'époque. Nous parlons là des vieux processeurs 4 et 8, mais certains processeurs 16, 32, voire 64 bits, sont capables d'effectuer ce genre d'opération, même si ils sont rares.
: Il existe parfois des instructions pour mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. C'est le cas sur l'architecture x86. Mais son utilité est marginale, car toutes les instructions arithmétiques modifient le bit de retenue.
La même chose a lieu pour la soustraction, qui demande qu'une "retenue" soit propagée d'une colonne à l'autre (bien que la "retenue" soit utilisée différemment : elle n'est pas additionnée, mais soustraite du résultat de la colonne). Pour cela, les processeurs implémentent l'opération SUBC (''Substract with Carry''). Et pour mettre en œuvre cette opération, ils ont deux options. La première est d'ajouter un bit pour la "retenue" de la soustraction. Pour une soustraction qui calcule a-b, elle vaut 0 si a>=b et 1 si a<b. Elle est utilisée telle qu'elle par le circuit qui effectue la soustraction, généralement un soustracteur. L'autre option est d'utiliser le but de retenue de l'addition, sans rien modifier. Pour comprendre pourquoi, rappelons que la soustraction est implémentée en complément à deux par le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + 1</math>
Il s'agit d'une addition, qui a donc une retenue lors d'un débordement. On peut alors réutiliser le bit de retenue de l'addition pour la soustraction, en modifiant quelque peu la soustraction à effectuer. Pour comprendre comment faire la modification, précisons tout d'abord que les règles du complément à deux nous disent qu'on a un débordement quand a>=b. Passons maintenant à l'étude d'un exemple théorique : le cas où on veut soustraire deux nombres de 16 bits avec deux opérations SUBC qui travaillent sur 8 bits. Appelons les deux opérandes A et B, <math>a_h</math> et <math>b_h</math> les 8 bits de poids forts de ces opérandes, et <math>a_l</math> et <math>b_l</math> leurs 8 bits de poids faible. Voyons ce qui se passe suivant que la retenue soit de 0 ou 1.
* Si la retenue de l'addition est de 1, on a <math>a_l \geq b_l</math>, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>.
* À l'inverse, si la retenue de l'addition est de 0, on a <math>a_l \leq b_l</math>. Cela veut dire que si on posait la soustraction, alors une retenue devrait être propagée à la colonne suivante, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1 - \text{retenue de 1}</math>.
Récapitulons dans un tableau.
{|class="wikitable"
|-
! Retenue
! Opération à effectuer pour la seconde soustraction
|-
! 0
| <math>a_h + \overline{b_h} + 0</math>
|-
! 1
| <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>
|}
On voit que ce qu'il faut ajouter à <math>a_h + \overline{b_h}</math> est égal à la retenue. L'opération SUBC fait donc le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + \text{retenue}</math>
La plupart des processeurs 8 et 16 bits avaient deux instructions de soustraction séparées : une sans gestion de la retenue, une avec. Mais certains processeurs comme le 6502 n'avaient qu'une seule instruction de soustraction : celle qui tient compte de la retenue ! Il n'y avait pas de soustraction normale. Pour éviter tout problème, les programmeurs devaient faire attention. Ils disposaient d'une instruction mettre à 0 ou à 1 le bit de retenue pour éviter tout problème, qu'ils utilisaient avant toute soustraction simple.
===Les instructions de division entière===
Il faut savoir que la division est une opération très lourde pour le processeur : une instruction de division dédiée met au mieux une dizaine de cycles d'horloge pour fournir un résultat, parfois plus de 50 à 70 cycles d’horloge. Et elle est facilement 10 à 50 fois plus lente qu'une opération de multiplication. De plus, son implémentation matérielle utilise beaucoup de portes logiques/transistors. Son cout globalement le même que pour un circuit multiplieur, parfois un peu plus. Mais on a de la chance : c'est aussi une opération assez rare, peu utilisée.
De plus, les divisions les plus courantes sont des divisions par une constante : un programme devant manipuler des nombres décimaux aura tendance à effectuer des divisions par 10, un programme manipulant des durées pourra faire des divisions par 60 (gestion des minutes/secondes) ou 24 (gestion des heures). Or, diverses astuces permettent de les remplacer par des suites d'instructions plus simples, qui donnent le même résultat (l'usage de décalages, la multiplication par un entier réciproque, etc). Et la suite d'instruction équivalent est beaucoup plus rapide qu'une implémentation matérielle, car on profite qu'une opérande est constante. En-dehors de ce cas, l'usage des divisions est assez rare.
Sachant cela, certains processeurs ne possèdent pas d'instruction de division, car les gains de performance seraient modérés et le coût en transistors élevé. Les divisions sont alors émulées en logiciel, par une suite de soustractions ou tout autre code équivalent. D'autres processeurs implémentent toutefois la division dans une instruction machine, avec un circuit dédié, mais c'est signe que le coût en transistors n'est pas un problème pour le concepteur de la puce.
===Les instructions de multiplication entière===
Contrairement à la division, l'opération de multiplication entière est très courante, presque tous les processeurs modernes en ont une. Les multiplications sont plus fréquentes dans le code des programmes, sans compter que c'est une opération pas trop lourde à implémenter en circuit. Il en existe parfois plusieurs versions sur un même processeur. Ces différentes versions servent à résoudre un problème quant à la taille du résultat d'une multiplication. En effet, la multiplication de deux opérandes de <math>n</math> bits donne un résultat de <math>n \times 2</math>, ce qui ne tient donc pas dans un registre. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions.
Dans sa version la plus simple, l'instruction de multiplication se contente de garder les <math>n</math> bits de poids faible, ce qui peut entraîner l'apparition de débordements d'entiers.
Une autre solution est de calculer soit les bits de poids fort, soit les bits de poids faible, le choix étant laissé au programmeur. Des processeurs disposent de deux instructions de multiplication : une instruction pour calculer les bits de poids fort du résultat et une autre pour les bits de poids faible. Certains processeurs disposent d'une instruction de multiplication configurable, qui permet de choisir quels bits conserver : poids fort ou poids faible.
Une autre version mémorise le résultat dans deux registres : un pour les bits de poids faible et un autre pour les bits de poids fort. Il faut noter que certains processeurs disposent de registres spécialisés pour cela. Par spécialisés, on veut dire qu'ils sont séparés des autres registres. Les autres registres, appelés les registres généraux, mémorisent n'importe quelle opérande entière et sont utilisables pour toutes les opérations. Mais la multiplication mémorise son résultat dans deux registres à part, qu'on nommera HO et LO. Seule l'instruction de multiplication peut écrire un résultat dans ces deux registres, avec HO pour les bits de poids fort, et LO pour les bits de poids faibles. Par contre, n'importe quelle instruction peut les lire, pour récupérer une opérande dans ces deux registres.
==Les instructions sur les entiers BCD==
Parlons maintenant des '''instructions BCD''', qui agissent sur des opérandes codées en BCD. Devenues très rares avec la disparition du BCD dans l'informatique grand-public, elles étaient quasiment essentielles sur les tous premiers processeurs 8 bits.
===Les ordinateurs décimaux===
Au tout début de l'informatique, il a existé des processeurs qui travaillaient uniquement en BCD, appelés des '''processeurs décimaux'''. Ils avaient uniquement des instructions BCD, pas d'instruction sur des opérandes codées en binaire. Ils étaient assez courants entre les années 60 et 70, même s'ils ne représentent pas la majorité des architectures de l'époque. Il y avait une vraie séparation entre processeurs décimaux et processeurs binaires, sans intermédiaires notables.
Les tous premiers ordinateurs décimaux pouvaient manipuler des entiers BCD de taille arbitraire. Ils stockaient leurs nombres dans des chaines de caractères ou des tableaux encodés en BCD. Le processeur faisait les calculs chiffre par chiffre, caractère BCD par caractère BCD. Les ordinateur décimaux qui ont abandonné ce fonctionnement. À la place, ils ont intégré des registres capables de mémoriser des entiers BCD de taille fixe.
Le grand avantage des processeurs décimaux est leur très bonne performance dans les tâches de bureautique, de comptabilité, et autres. Les processeurs de l'époque recevaient des entiers codés en BCD de la part des entrées-sorties, et devaient les traiter. Les processeurs binaires devaient faire des conversion BCD-binaire pour communiquer avec les entrées-sorties, mais pas les processeurs décimaux. Le gain en performance pouvait être substantiel dans certaines applications.
===Les instructions BCD des processeurs binaires===
Par la suite, dans les années 80, l'augmentation des performances a favorisé les processeurs binaires. Faire des conversions binaires-BCD n'était plus un problème, les conversions étaient suffisamment rapides. Par contre, faire les calculs en BCD était plus lent que faire les calculs en binaire, ce qui fait que le compromis technologique de l'époque favorisaient le binaire. Mais pour obtenir le meilleur des deux mondes, les processeurs binaires ont ajouté un support du BCD. C'était l'époque des architectures 8 bits, puis 16 bits.
Intuitivement, on se dit que, les processeurs de l'époque des 8 bits avaient leurs instructions de calcul en double : une instruction pour les calculs entier et une autre pour les calculs BCD. Mais d'autres processeurs faisaient autrement. À l'époque des processeurs 8-16 bits, certains processeurs ne géraient pas d'instructions BCD proprement dit, mais géraient quand même les calculs en BCD grâce à des instructions spéciales. Concrètement, les programmeurs utilisaient une instruction d'addition ou de soustraction binaire, mais il était possible de corriger ce résultat pour obtenir le bon résultat codé en BCD. Les processeurs de l'époque disposaient d'une instruction pour faire la correction, souvent appelée ''Decimal Adjust After Addition''.
Avant d'aller plus loin, nous devons préciser que les processeurs 8 bits de l'époque pouvaient gérer deux formats de BCD. Le premier est le '''format ''Packed''''', où deux chiffres sont mémorisé dans un octet. Le premier nibble (4bits) mémorise un chiffre BCD, le second nibble mémorise le second. Il s'agit d'un format qui remplit au maximum les bits de l'octet avec des données utiles. L'autre format, appelé '''''Unpacked''''', ne mémorise qu'un seul chiffre BCD dans un octet. Le chiffre est quasi- tout le temps dans le nibble de poids faible. Il se trouve que la manière de corriger le résultat d'une opération n'est pas la même suivant que le nombre est codé en BCD ''packed'' et ''unpacked''.
Pour commencer, étudions le cas des nombres BCD ''unpacked'', plus simples à comprendre. Lors d'une addition, il se peut que le résultat ne soit pas représentable en BCD ''unpacked''. Par exemple, si je fais le calcul 5 + 8, le résultat sera 13 : il tient dans un nibble en décimal, mais pas en BCD ! Cette situation survient quand le résultat d'une addition de deux entiers BCD ''unpacked'' dépasse 9, la limite de débordement en BCD ''unpacked''. Nous avons vu dans le chapitre sur les circuits d'addition que la correction est alors toute simple : si le résultat dépasse 9, on ajoute 6. De plus, on doit prévenir que le résultat a débordé et ne tient pas sur un nibble en BCD. Pour cela, on ajoute un bit spécialisé, appelé le '''''half carry flag''''', indicateur de demi-retenue en français, qui joue le même rôle que le bit de débordement, mais pour le BCD ''unpacked''. Sur les processeurs x86, tout cela est réalisé par une instruction appelée ''ASCII adjust after addition''.
: Pour la soustraction, il faut faire la même chose, sauf qu'il faut soustraire 6, pas l'ajouter. Et il y a aussi une instruction pour cela : ''ASCII adjust after substraction''.
Pour les nombres BCD ''packed'', la procédure est globalement la même, sauf qu'il faut traiter les deux ''nibbles'' : on ajoute 6 si le nibble de poids faible dépasse 9, puis on fait la même chose avec le ''nibble'' de poids fort. Le bit ''half carry flag'' n'est pas mis à jour et est tout simplement ignoré. Notons qu'on modifie d'abord le ''nibble'' de poids faible, avant de traiter celui de poids fort. En effet, si on corrige celui de poids faible, la retenue obtenue en ajoutant 6 se propage au nibble suivant, ce qui fait que ce dernier peut voir sa valeur augmenter. Une fois cela fait, le bit de retenue est mis à 1. La procédure est différente, vu qu'il faut traiter deux ''nibles'' au lieu d'un, et que le bit ''half-carry'' est ignoré au profit du bit de retenue normal. D'où l'existence d'une instruction séparée pour l'addition des nombres BCD ''packed'', appelée ''Décimal adjust after addition'' sur les processeurs x86.
Les processeurs modernes ne supportent plus le BCD, car il est très peu utilisé. Les processeurs ARM et MIPS ont toujours fait sans instructions BCD. Les processeurs x86 des PC désactivent les instructions BCD en mode 64 bits, mais conservent des opérations BCD en mode 32 bits, pour des raisons de compatibilité. Le support du codage BCD est surtout quelque chose qu'on trouve sur les anciens processeurs.
==Les instructions flottantes==
Passons maintenant au support des nombres flottants. Avant les années 60, les processeurs n'était pas encore capables de faire de calculs avec des nombres flottants. Les calculs flottants étaient émulés soit par une bibliothèque logicielle, soit par le système d'exploitation. Pour améliorer les performances, les concepteurs de processeurs ont conçus des '''coprocesseurs arithmétiques''', des processeurs secondaires spécialisés dans les calculs flottants, qui complémentaient le processeur principal, et avaient leur propre emplacement sur la carte mère. Par la suite, les concepteurs de processeurs ont incorporé des instructions de calculs sur des nombres flottants, rendant le coprocesseur inutile.
Pour supporter les nombres flottants, il y a deux écoles. La première utilise des instructions flottantes séparées des instructions entières. La seconde utilise des instructions d'addition/soustraction/multiplication généralistes, capables de traiter indifféremment entiers et flottants, voire les encodages BCD.
===Les architectures taguées===
Le second cas correspond à certaines machines assez anciennes, datant des années 50 à 70. Ces processeurs n'avaient qu'une seule instruction d'addition, qui pouvait traiter indifféremment flottants, nombres entiers codés en BCD, en complément à deux, etc. Pour cela, les opérandes étaient associés à un type qui précisait s'il s'agissait d'un opérande flottant, entier, BCD, d'un pointeur, ou autre. Le traitement effectué par une instruction dépendait des ''tag'' associés aux opérandes. Par exemple, si les deux opérandes avaient un ''tag'' "entier", l'instruction faisait un calcul entier. Si les deux opérandes avaient un ''tag'' "flottant", l'instruction faisait un calcul flottant.
Le type de l'opérande était encodé avec un ''tag'', une sorte de numéro codé en binaire. Le ''tag'' était stocké en mémoire à côté de l'opérande, un mot mémoire contenait la donnée et le ''tag'' concaténés l'un à la suite de l'autre. Le défaut est que la mémoire devait être conçue pour gérer le ''tag'', de même que le processeur. Des processeurs de ce type s'appellent des ''architectures à tags'', ou '''tagged architectures''', en référence au ''tag'' ajouté dans la mémoire.
Mais les processeurs modernes n'utilisent pas cette technique, du fait de son cout en mémoire. À la place, le processeur dispose d'une instruction par type à manipuler : une instruction de multiplication pour les flottants, une autre pour les entiers codés en complément à deux, etc.
===Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées===
Les processeurs modernes disposent d''''instructions de calculs flottants''', qui font des calculs avec des nombres flottants. Nous palerons aussi d'''instructions flottantes'', encore que celle-ci regroupent toutes les instructions flottantes, pas que les calculs flottants.
Le standard IEEE 754 standardise quelques instructions flottantes : les quatre opérations arithmétiques de base, les comparaisons et la racine carrée. Certains processeurs vont plus loin et implémentent aussi d'autres instructions sur les flottants qui ne sont pas supportées par la norme IEEE 754. Par exemple, certaines fonctions mathématiques telles que sinus, cosinus, tangente, arctangente et d'autres. Le seul problème, c'est que ces instructions peuvent mener à des erreurs de calcul incompatibles avec la norme IEEE 754. Heureusement, les compilateurs peuvent mitiger ces désagréments.
Il faut néanmoins préciser que le support de la norme IEEE 754 n'est pas une obligation : certains processeurs ne la supportent que partiellement. Par exemple, certains processeurs ne supportent que les flottants simple précision, mais pas les double précision (ou inversement). Exemple : les premiers processeurs Intel ne géraient que les flottants double précision étendue. D'autres processeurs ne gèrent pas les underflow, overflow, les NaN, les infinis, ou même les flottants dénormaux. Précisons que même lorsque la gestion des dénormaux est implémentée en hardware (comme c'est le cas sur certains processeurs AMD), celle-ci reste malgré tout très lente.
Si les exceptions ne sont pas supportées, le processeur peut être configuré de façon à soit ignorer les exceptions en fournissant un résultat, soit déclencher une exception matérielle (à ne pas confondre avec les exceptions de la norme). Le choix du mode d'arrondi ou la gestion des exceptions flottantes se fait en configurant un registre dédié, intégré dans le processeur.
Plus rarement, il arrive que certains processeurs gèrent des formats de flottants spéciaux qui ne font pas partie de la norme IEEE 754. Par exemple, certains processeurs utilisent des formats de flottants différents de la norme IEEE 754, avec par exemple des flottants codés sur 8 ou 16 bits, qui sont très utiles pour les applications qui se contentent très bien d'un résultat approché.
==Les instructions logiques==
À côté des instructions de calcul, on trouve des '''instructions logiques''' qui travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les opérations bit à bit ont déjà été vues dans les premiers chapitres, ceux sur l'électronique. Pour rappel, les plus courantes sont :
* La négation, ou encore le NON bit à bit, inverse tous les bits d'un nombre : les 1 deviennent des 0 et les 0 deviennent des 1.
* Le ET bit à bit, qui agit sur deux nombres : il va prendre les bits qui sont à la même place et va effectuer un ET (l’opération effectuée par la porte logique ET). Exemple : 1100·1010=1000.
* Les instructions similaires avec le OU ou le XOR.
Mais d'autres instructions sont intéressantes à étudier.
===Les instructions de décalage et de rotation===
Les '''instructions de décalage''' décalent tous les bits d'un nombre vers la gauche ou la droite. Pour rappel, il existe plusieurs types de décalages : les rotations, les décalages logiques, et les décalages arithmétiques. Nous avions déjà vu ces trois opérations dans le chapitre sur les circuits de décalage et de rotation, ce qui fait que nous allons simplement faire un rappel dans le tableau suivant. Pour résumer, voici la différence entre les trois opérations :
{|class="wikitable"
|-
!
! Schéma
! Gestion des bits sortants
! Remplissage des vides laissés par le décalage
|-
! Rotation
|[[File:Rotation de bits.png|Rotations de bits.]]
| Réinjectés dans les vides laissés par le décalage
| Remplis par les bits sortants
|-
! Décalage logique
|[[File:Décalage logique.png|Décalage logique.]]
| rowspan="2" | Les bits sortants sont oubliés
| Remplis par des zéros
|-
|-
! Décalage arithmétique
|[[File:Décalage arithmétique.png|Décalage arithmétique.]]
| Remplis par :
* le bit de signe pour les bits de poids fort ;
* des zéros pour les bits de poids faible .
|}
Pour rappel, les décalages de n rangs sont équivalents à une multiplication/division par 2^n. Un décalage à gauche est une multiplication par 2^n, alors qu'un décalage à droite est une division par 2^n. Les décalages logiques effectuent la multiplication/division pour un nombre non-signé (positif), alors que les décalages arithmétiques sont utilisés pour les nombres signés. Précisons cependant que pour ce qui est des décalages à droite, les décalages logiques et arithmétiques n'arrondissent pas le résultat de la même manière. Les décalages logiques à droite arrondissent vers zéro, alors que les décalages arithmétiques arrondissent vers la valeur inférieure (vers moins l'infini). De plus, les décalages à gauche entraînent des débordements d'entiers qui ne se gèrent pas de la même manière entre décalage logique et décalage arithmétique.
La plupart des processeurs stockent le bit sortant dans un registre, généralement le registre qui stocke le bit de retenue des additions qui est réutilisé pour cette optique. Ils possèdent aussi une variante des instructions de décalage où le bit de retenue est utilisé pour remplir le bit libéré au lieu de mettre un zéro. Cela permet d'enchaîner les décalages sur un nombre de bits plus grand que celui supporté par les instructions en procédant par morceaux. Par exemple, pour un processeur supportant les décalages sur 8 et 16 bits, il peut enchaîner deux décalages de 16 bits pour décaler un nombre de 32 bits ; ou bien un décalage de 8 bits et un autre de 16 bits pour décaler un nombre de 24 bits.
[[File:Shift Arithmetic Right.svg|centre|vignette|Décalage arithmétique à droite, où le bit sortant est mémorisé dans le bit de retenue (CF pour ''Carry Flag'').]]
Ils existe une variante des instructions de rotation où le bit de retenue est utilisé. Un bon exemple est celui des instructions LRCY (''Left Rotate Through Carry'') et RRCY (''Right Rotate Through Carry''). La première est un décalage/rotation à gauche, l'autre est un décalage/rotation à droite. Les deux décalent un registre de 16 bits, mais on pourrait imaginer la même chose avec des registres de taille différente. Lors du décalage, le bit sortant est mémorisé dans le registre de retenue, alors que le bit de retenue précédent est lui envoyé dans le vide laissé par le décalage. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une rotation, sauf que le nombre décalé/rotaté est composé du registre concaténé au bit de retenue, le bit de retenue étant le bit de poids fort pour un décalage à gauche, de poids faible pour un décalage à droite.
====Le cas particuliers des processeurs ARM====
Sur les processeurs ARM, il n'y a pas d'instruction de décalage à proprement parler, ni de rotations. Par contre, les décalages sont fusionnés avec la plupart des opérations arithmétiques ! Toute opération arithmétique prend deux registres d'opérandes et un registre de destination, ainsi qu'un décalage facultatif. Le décalage est appliqué sur la seconde opérande automatiquement, sans avoir à faire une instruction séparée. À l'intérieur de l'instruction, deux bits précisent quel type de décalage effectuer (logique à droite, arithmétique à droite, à gauche, rotation à droite). Le nombre de rangs dont il faut décaler est soit encodé directement dans l'instruction sur 5-6 bits, soit précisé dans un registre.
Toutes les instructions ne permettent pas de faire un décalage automatique. Seules les opérations simples peuvent le faire, à savoir les additions, soustractions, copies d'un registre à un autre, les opérations logiques, et quelques autres. Et cela se marie très bien avec le fait qu'on applique le décalage sur la seconde opérande fait qu'il se marie très bien avec les calculs d'adresse. En effet, quand un programmeur manipule une structure de données, notamment un tableau, il arrive souvent qu'il fasse des calculs d'adresse cachés. La majeure partie de ces calculs d'adresse sont de la forme : adresse de base + (indice * taille de la donnée). Vu que les données ont très souvent une taille qui est une puissance de deux, le second terme se calcule en décalant l'indice, le calcul total demande une simple addition avec une opérande décalée, ce qui prend une seule instruction sur les processeur ARM.
===Les instructions de manipulation de bits===
D'autres opérations effectuent des calculs non pas bit à bit (on traite en parallèle les bits sur la même colonne), mais qui manipulent les bits à l'intérieur d'un nombre. les plus simples d'entre elles comptent sur les bits.
Une instruction très commune de ce type est l'instruction '''''population count''''', qui compte le nombre de bits d'un nombre qui sont à 1. Par exemple, pour le nombre 0100 1100 (sur 8 bits), la ''population count'' est de 3. Il s'agit d'une instruction utile dans les codes correcteurs d'erreur, très utilisés pour tout et n'importe quoi (trames réseau, sommes de contrôle des secteurs des disques dur, et bien d'autres). De plus, elle permet de calculer facilement le bit de parité d'un nombre, ce qui est utile pour les codes de détection d'erreur. En soi, l'instruction est facultative et l'implémenter est un choix qui n'est pas trivial. Mais cette instruction est très simple à implémenter en circuits, sans compter que son implémentation utilise assez peu de transistors. Le circuit de calcul est ridiculement simple, utilise peu de transistors.
Les processeurs gèrent aussi assez souvent des instructions pour compter les zéros ou les uns après le bit de poids fort/faible. Pour rappel, voici les quatre possibilités :
* '''''Count Trailing Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à droite du 1 de poids faible.
* '''''Count Leading Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à gauche du 1 de poids fort.
* '''''Count Trailing Ones''''' donnent le nombre de 1 situés à gauche du 0 de poids fort.
* '''''Count Leading Ones''''' donne le nombre de 1 situés à droite du 0 de poids faible.
[[File:Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.png|centre|upright=2.0|vignette|Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.]]
Comme vous le voyez sur le schéma du dessus, ces quatre opérations de comptage sont liées à quatre autres opérations. Ces dernières donnent la position du 0 ou du 1 de poids faible/fort :
* '''''Find First Set''''', donne la position du 1 de poids faible.
* '''''Find highest set''''' donne la position du 1 de poids fort.
* '''''Find First Zero''''' donne la position du 0 de poids faible.
* '''''Find Highest Zero''''' donne la position du 0 de poids fort.
Il est rare que des processeurs s’implémentent toutes ces opérations. En effet, le résultat de certaines opérations se calcule à partir des autres. Pour donner un exemple, les processeurs x86 modernes incorporent une extension, appelée '''''Bit manipulation instructions sets (BMI sets)''''', qui ajoute quelques instructions de ce type. Pour le moment, seules les instructions ''Count Trailing Zeros'' et ''Count Leading Zeros'' sont supportées.
Et il existe bien d'autres instructions de ce type. On peut citer, par exemple, l'instruction BLSI, qui ne garde que le 1 de poids faible et met à zéro tous les autres bits. L'instruction BLSR quant à elle, met à 0 ce 1 de poids faible. Et il y en a bien d'autres, qui impliquent le 1 de poids fort, le 0 de poids faible, le 1 de poids faible, etc.
===Les instructions d'extension de registres===
Certains processeurs sont capables de gérer des données de taille diverses. Ils peuvent par exemple gérer des données codées sur 16 bits ou sur 32 bits comme c'est le cas sur certains processeurs anciens. Comme autre exemple, les processeurs x86 modernes peuvent gérer des données de 8, 16 et 32 bits. Pour cela, ils disposent généralement de registres de taille différentes, certains font 8 bits, d'autres 16, d'autres 32, etc. Dans ce cas, il est courant que l'on ait à faire des conversions vers un nombre de taille plus grande. Par exemple, convertir un nombre de 8 bits en un nombre de 16 bits, ou un nombre de 8 bits en 32 bits. Les processeurs de ce type incorporent des instructions pour ce faire, qui s'appellent les '''instructions d'extension de nombres'''.
La seule difficulté de ces instructions tient à la manière dont on remplit les bits de poids forts. Par exemple, si l'on passe de 8 bits à 16 bits, les 8 bits de poids forts sont inconnus. Pareil si on passe de 16 bits à 32 bits : quelle doit être la valeur des 16 bits de poids fort ? Intuitivement, on se dit qu'il suffit de les remplir par des zéros. Faire ainsi marche très bien, mais à condition que le nombre soit un nombre positif ou nul. Mais dans le cas d'un nombre négatif, cela ne marche pas (le résultat n'est pas bon). Pour les nombres codés en complément à deux, il faut remplir les bits manquants par le bit de signe, le bit de poids fort. On a donc deux choix : soit on remplit les bits manquants par des 0, ou par le bit de poids fort. Globalement, les deux choix possibles correspondent à deux instructions : une pour les nombres non-signés et une autre pour les nombres codés en complément à deux. On parle respectivement d''''instruction de ''zero extension''''' et '''instruction d'extension de signe'''.
Formellement, les instructions d'extension de nombre sont des copies entre registres : le contenu d'un registre est copié dans un autre plus grand. L'extension de signe est couplée avec cette copie, les deux étant effectués en une instruction. Du moins, c'est le cas sur la plupart des processeurs. On pourrait imaginer séparer les deux en deux instructions séparées, une instruction MOV (qui copie un registre dans un autre, comme on le verra plus bas) et une instruction d'extension de signe/zéro. Dans ce cas, l'instruction d'extension de signe/zéro prend un registre de grande taille et étend la donnée dans ce registre. Par exemple, pour une extension de signe de 16 à 32 bits, l'instruction prendrait un registre de 32 bits, ne considérerait que les 16 bits de poids faible et effectuerait l'extension de signe/zéro à partir de ces derniers. En soi, l'extension avec des zéros est un simple masque, réalisable avec des opérations bit à bit et cette instruction n'a pas besoin d'être implémentée. Par contre, les instructions d'extension de signe sont elles très utiles.
De plus, une instruction d'extension de signe séparée a l'avantage d'être utilisable même sur des architecture avec des registres de taille identique. Mais quel intérêt, me direz-vous ? Il faut savoir que certaines langages de programmation permettent de travailler sur des entiers dont on peut préciser la taille. Un même programme peut ainsi manipuler des entiers de 16 bits et de 32 bits, ou des entiers de 8, d'autres de 16, d'autres de 32, et d'autres de 64. L'intérêt n'est as évident, mais un bon exemple est celui de la rétrocompatibilité entre programmes. Par exemple, un programme 64 bits qui utilise une librairie 32 bits, ou un programme codé en 64 bits qui émule une console 16 bits. Ou encore, la communication entre un programme codé en 16 bits avec un capteur qui mesure des données de 8 bits. Bref, les possibilités sont nombreuses. Imaginons que tout se passe dans des registres de 32 bits. Le processeur peut incorporer des instructions de calcul sur 16 bits, en plus des instructions 32 bits. Dans ce cas, l'extension de signe sert à faire des conversions entre entiers de taille différentes.
===Les instructions de permutation d'octets===
Les instructions de ''byte swap'', aussi appelée '''instructions de permutation d'octets''', échangent de place les octets d'un nombre. Leur implémentation varie grandement selon la taille des entiers. Le cas le plus simple est celui des instructions qui travaillent sur des entiers de 16 bits, soit deux octets. Il n'y a alors qu'une seule solution pour échanger les octets : l'octet de poids fort devient l'octet de poids faible et réciproquement. Les deux octets échangent leur place.
Pour les nombres de 32 bits, soit 4 octets, il y a plusieurs possibilités. La première inverse l'ordre des octets dans le nombre : on échange l'octet de poids faible et de poids fort, mais on échange aussi les deux octets restant entre eux. Une autre solution découpe l'entier en deux morceaux de 16 bits : l'un avec les deux octets de poids fort, l'autre avec les deux octets de poids faible. Les octets sont inversés dans ces blocs de 16 bitzs, mais on n'effectue pas d'autres échanges. On peut aussi échanger les deux morceaux de 16 bits, mais sans changer l'ordre des octets dans les blocs.
[[File:Instruction de permutation d'octets.png|centre|vignette|upright=2|Instruction de permutation d'octets]]
L'utilité de ces instructions n'est pas évidente au premier abord, mais elle sert beaucoup dans les opérations de conversion de données. Tout cela devrait devenir plus clair dans le chapitre sur le boutisme.
==Les instructions d'accès mémoire==
Les instructions d’accès mémoire permettent de copier ou d'échanger des données entre le processeur et la RAM. On peut ainsi copier le contenu d'un registre en mémoire, charger une donnée de la RAM dans un registre, initialiser un registre à une valeur bien précise, etc. Il en existe plusieurs, les plus connues étant les suivantes : LOAD, STORE et MOV. D'autres processeurs utilisent une instruction d'accès mémoire généraliste, plus complexe.
===Les instructions d'accès à la RAM : LOAD et STORE===
Les instructions LOAD et STORE sont deux instructions qui permettent d'échanger des données entre la mémoire RAM et les registres. Elles copient le contenu d'un registre dans la mémoire, ou au contraire une portion de mémoire RAM dans un registre.
* L''''instruction LOAD''' est une instruction de lecture : elle copie le contenu d'un ou plusieurs mots mémoire consécutifs dans un registre. Le contenu du registre est remplacé par le contenu des mots mémoire de la mémoire RAM.
* L''''instruction STORE''' fait l'inverse : elle copie le contenu d'un registre dans un ou plusieurs mots mémoire consécutifs en mémoire RAM.
{|class="wikitable"
|[[File:Instruction LOAD.png|300px|Instruction LOAD.]]
|[[File:Instruction STORE.png|300px|Instruction STORE.]]
|}
En théorie, une variante de l'instruction STORE peut enregistrer une constante en mémoire RAM. Il est en théorie possible pour une instruction STORE modifiée de stocker la valeur 9 dans l'adresse X, par exemple. La constante est fournie par l'instruction, elle n'est pas stockée dans un registre, mais carrément intégrée à l'instruction. Cela sera plus clair quand nous verrons les modes d'adressage, notamment le mode d'adressage immédiat.
Plus haut dans le chapitre, j'ai dit qu'un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs dédiées, certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Et bien il en est de même pour les instructions LOAD et STORE, qui ont chacune une variante pour les entiers 8, 16, 32, 64 bits.
De telles instructions ne font pas que lire ou écrire des données. Pour comprendre pourquoi, prenons un processeur 64 bits. Il dispose d'un bus de 64 bits, pour lire ou écrire des mots mémoire de 64 bits chacun. Pour des lectures de 8, 16 ou 32 bits, un mot mémoire entier est lu, puis seuls les octets adéquats sont conservés. Par exemple, pour une lecture 32 bits, un mot mémoire de 64 bits est lu, puis une opération de masquage (ET bit à bit) met à zéro le 32 bits inutiles. Ce sont souvent les 32 bits de poids faible ou de poids fort qui sont mis à zéro. Il en est de mêma vec les lectures 16 bits, sauf que les 48 bits inutiles sont alors mis à zéro, idem avec les lectures 8 bits.
Pour les écritures, les choses sont encore plus compliquées. Imaginez que je veuille modifier 32 bits. Les 32 bits à modifier font partie d'un mot mémoire de 64 bits, qui contient les 32 bits utiles, et 32 bits supplémentaires. l'écriture ne doit pas effacer les 32 bits supplémentaires, seulement les 32 bits utiles. Pour cela, le processeur n'a pas le : il doit lire un mot mémoire de 64 bits, modifier le 32 bits utiles, puis réécrire le tout en mémoire RAM. L'écriture demande de faire une lecture, une modification, puis une écriture. Le mot mémoire de 64 bits est copié dans un registre, la modification se fait dans ce registre, vient une opération de masquage complexe, puis l'écriture est effectuée.
===Les instructions de transfert entre registres : MOV et XCHG===
L''''instruction MOV''' copie le contenu d'un registre dans un autre sans passer par la mémoire. C'est donc un échange de données entre registres, qui n'implique en rien la mémoire RAM, mais MOV est quand même considérée comme une instruction d'accès mémoire. Les données sont copiées d'un registre source vers un registre de destination. Le contenu du registre source est conservé, alors que le contenu du registre de destination est écrasé (il est remplacé par la valeur copiée). Cette instruction est utile pour gérer les registres, notamment sur les architectures avec peu de registres et/ou sur les architectures avec des registres spécialisés.
[[File:Instruction MOV.png|centre|300px|Instruction MOV.]]
Mais quelques rares architectures ne disposent pas d'instruction MOV, qui n'est formellement pas nécessaire, même si bien utile. En effet, on peut émuler une instruction MOV avec des instructions logiques utilisées convenablement. L'idée est de faire une opération dont le résultat est l'opérande envoyée, et d'enregistrer le résultat dans le registre de destination. Par exemple, on peut faire un OU entre le registre opérande et 0 : le résultat sera l'opérande. Idem avec un ET et la valeur adéquate. Ou encore, on peut imaginer faire un ET/OU entre un registre et lui-même : le résultat est égal au contenu du registre opérande.
Quelques processeurs assez rares ont des instructions pour échanger le contenu de deux registres. Par exemple, on peut citer l''''instruction XCHG''' sur les processeurs x86 des PC anciens et actuels. Elle permet d'échanger le contenu de deux registres, quel qu'ils soient, il n'y a pas de restrictions sur le registre source et sur le registre de destination. Mais d'autres processeurs ont des restrictions sur les registres source et destination. Par exemple, le processeur Z80 a des instructions d'échanges assez restrictives, comme on le verra dans quelques chapitres.
Sur les processeurs ARM, l'instruction MOV fait partie des instructions qui permettent d'effectuer un décalage sur la seconde opérande. Il s'agit en réalité de décalages/rotations décalées, qui sont fusionnées avec une instruction MOV. L'instruction MOV des processeurs ARM fait soit un MOV normal, soit un décalage.
===L'instruction mémoire généraliste : une alternative à LOAD et STORE===
Sur certains processeurs, il n'y a pas d'instruction LOAD ou STORE, ni même MOV . À la place, on trouve une '''instruction d'accès mémoire généraliste''', qui fusionne les trois. Elle est capable de faire une lecture, une écriture, ou une copie entre registres, et parfois une copie d'une adresse mémoire vers une autre. Les trois premières opérations sont presque toujours supportées, mais la copie d'une adresse mémoire vers une autre est beaucoup plus rare.
Sur les processeurs x86, l'instruction généraliste s'appelle l'instruction MOV. Elle gère la lecture en RAM, l'écriture en RAM, la copie d'un registre vers un autre, l'écriture d'une constante dans un registre ou une adresse. Par contre, elle ne gère pas la copie d'une adresse mémoire vers une autre ; pour un transfert de mémoire à mémoire, il faut utiliser les instructions MOVS* ('''''Mov'''e '''S'''tring'' ; MOVSB : par octets, MOVSW : par mots de 16-bits, ...).
===Les instructions d'accès mémoire complexes===
Nous venons de voir les instructions LOAD, STORE et les transferts entre registres. Elles sont présentes sur tous les processeurs, modernes comme anciens. Mais quelques processeurs gèrent des instructions mémoire plus complexes. Elles ont tendance à effectuer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les '''instructions de copie mémoire''' copient une donnée d'une adresse vers une autre. Les copies en mémoire sont des opérations très fréquentes, il est très fréquent qu'un programme copie un bloc de mémoire dans un autre et beaucoup de programmeurs ont déjà été confronté à un tel cas. Aussi, les processeurs ajoutent des instructions multi-accès pour accélérer ces copies, ce qui fait un bon compromis entre performance et simplicité d'implémentation.
D'autres instructions d'accès mémoire plus complexes existent. Pour en donner un exemple, citons les instructions de transferts par bloc sur les premiers processeurs ARM. Ces instructions permettent de copier plusieurs registres en mémoire RAM, en une seule instruction. Sur l'ARM1, il y a 16 registres en tout. Les instructions de transfert de bloc peuvent sélectionner n'importe quel sous-ensemble de ces 16 registres, pour les copier en mémoire : on peut sélectionner tous les registres, une partie des registres (5 registres sur 16, ou 7, ou 8, ...), voire aucun registre.
D'autres instructions mémoires effectuent des opérations à l'utilité moins évidente. Sur certains processeurs, on trouve notamment des instructions pour vider la mémoire cache de son contenu, pour la réinitialiser. L'utilité ne vous est pas évidente, mais cela peut servir dans certains scénarios, notamment sur les architectures avec plusieurs processeurs pour synchroniser ces derniers. Cela sert aussi pour le système d'exploitation, qui doit remettre à zéro certains caches (comme la TLB qu'on verra dans le chapitre sur la mémoire virtuelle) quand on exécute plusieurs programmes en même temps.
===Les instructions mémoire flottantes===
Plus haut, j'ai parlé du fait que certains processeurs avaient des registres flottants séparés des registres généraux. Mais encore faut-il pouvoir les remplir, ces registres flottants. Et cela implique de charger des opérandes depuis la mémoire RAM à un moment où un autre. Pour lire ou écrire ces registres, le processeur utilise des instructions mémoire séparées, distinctes des instructions LOAD et STORE vues plus haut. Pour faire la différence, ces instructions sont appelées '''FLOAD''' et '''FSTORE'''.
Elles sont séparées des LOAD/STORE normaux pour plusieurs raisons. La première est évidemment que les registres utilisés ne sont pas les mêmes : registres "généraux" pour LOAD/STORE, registres flottants pour FLOAD et FSTORE. La seconde raison est que les nombres flottants et entiers n'ont pas forcément la même taille. Et cela impacte à la fois la taille des registres, mais aussi les transferts mémoire.
Un nombre flottant fait 32 ou 64 bits, suivant qu'on parle d'un flottant simple ou double précision. Sur un processeur 32 bits, les flottants simple précision ont la même taille qu'un entier, les flottant double précision sont deux fois plus gros. Mais sur un processeur 64 bits, c'est l'inverse : les flottants double précision font la même taille qu'un entier, les simples précision sont deux fois plus petits. Et ne parlons pas du cas de certaines architectures 16 bits qui supportent quand même les nombres flottants ! Elles sont très rares, mais elles existent. Pour le moment, concentrons-nous sur les processeurs 32 et 64 bits.
En général, les registres flottants font 64 bits (parfois 80, mais je passe cela sous silence), afin de mémoriser des flottants double précision. Et ce, même sur les processeurs 32 bits. La gestion des nombres flottants est en effet apparue sur les architectures 32 bits et elles supportaient les calculs en double précision dès le départ. Et cette différence entre 32 et 64 bits a posé quelques problèmes. Les registres flottants n'avaient pas la même taille que les registres généraux : 32 pour les registres généraux, 64 pour les registres flottants. Mais ce n'était pas un énorme problème.
Le vrai problème est que les lectures/écritures flottantes faisaient des transferts de 64 bits entre les registres flottants et la mémoire RAM. Or, le bus de données de ces processeurs faisait 32 bits, vu que c'était des architectures 32 bits. Lire/écrire un flottant demandait donc de faire deux accès mémoire consécutifs. Par exemple, lire un flottant depuis la RAM demandait de lire deux morceaux de 32 bits, le flottant était chargé en deux fois. Cette différence fait qu'il est préférable d'utiliser des instructions FSTORE/FLOAD séparées des instructions LOAD/STORE. Leur comportement n'est pas le même : LOAD/STORE lisent un seul mot mémoire, FLOAD/FSTORE en lisent deux pour la double précision.
Un autre détail est qu'il existe des instructions FLOAD et FSTORE spécialisées pour les flottants simple précision. Par exemple, une instruction FLOAD en simple précision ne lit que 32 bits en mémoire, puis le flottant est convertit en double précision 64 bits, avant d'être enregistré dans les registres. Pour l'écriture, c'est l'inverse : un flottant double précision est convertit en simple précision 32 bits, avant d'être écrit en mémoire. Le comportement est alors différent : FLOAD/FSTORE ne lisent/écrivent qu'un seul mot mémoire, de 32 bits, mais doivent faire une conversion entre simple et double précision.
Il faut noter que c'est l'inverse sur les processeurs 64 bits. Là, un flottant double précision peut être lu/écrit en un seul accès mémoire, vu que le bus de données fait 64 bits. Par contre, les flottants simples précision sont gérés un peu autrement. Concrètement, l'instruction FLOAD lit un mot de 64 bits, mais n'en garde que la moitié adéquate. L'instruction d'écriture fait elle plus de traail : elle doit lire un mot de 64 bits, en modifier la moitié, et réécrire le tout en mémoire RAM.
Vu qu'il y a des registres flottants séparés, il y aussi des instructions de copie de registre séparées pour les registres flottants. L'instruction XCHG a son équivalent flottant '''FXCHG''', l'instruction MOV a une '''instruction FMOV''' séparées, etc.
Un autre moyen de remplir un registre flottant est d'obtenir sa valeur depuis un registre général. Attention, je ne parle pas de copier un registre général dans un flottant, ou inversement. Je parle de convertir une opérande entière en un nombre flottant. Et il y a des instructions dédiées pour cela. Par exemple, il y a une instruction prend un registre entier, convertit sa valeur en flottant 64 bits, et écrit le résultat dans un registre flottant. Idem avec la conversion inverse, de flottant vers entier, qui a sa propre instruction dédiée. Et ces deux instructions ont deux variantes, suivant que le flottant soit simple ou double précision. De telles '''instructions de conversion entier-flottant''' ne sont pas à proprement parler des instructions de copie entre registre, ce sont plus un intermédiaire entre copie entre registres et opération de calcul.
==Les instructions de contrôle (branchements et tests)==
Un processeur serait sacrément inflexible s'il ne faisait qu'exécuter des instructions dans l'ordre. Certains processeurs ne savent pas faire autre chose, comme le Harvard Mark I, et il est difficile, voire impossible, de coder certains programmes sur de tels ordinateurs. Mais rassurez-vous : il existe de quoi permettre au processeur de faire des choses plus évoluées. Pour rendre notre ordinateur "plus intelligent", on peut par exemple souhaiter que celui-ci n'exécute une suite d'instructions que si une certaine condition est remplie. Ou faire mieux : on peut demander à notre ordinateur de répéter une suite d'instructions tant qu'une condition bien définie est respectée. Diverses '''structures de contrôle''' de ce type ont donc étés inventées.
Voici les plus utilisées et les plus courantes : ce sont celles qui reviennent de façon récurrente dans un grand nombre de langages de programmation actuels. Concevoir un programme (dans certains langages de programmation), c'est simplement créer une suite d'instructions, et utiliser ces fameuses structures de contrôle pour l'organiser. D'ailleurs, ceux qui savent déjà programmer auront reconnu ces fameuses structures de contrôle. On peut bien sur en inventer d’autres, en spécialisant certaines structures de contrôle à des cas un peu plus particuliers ou en combinant plusieurs de ces structures de contrôles de base, mais cela dépasse le cadre de ce cours : on ne va pas vous apprendre à programmer.
{|class="wikitable"
|-
! Nom de la structure de contrôle
! Description
|-
! SI...ALORS
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée
|-
! SI...ALORS...SINON
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée ou exécute une autre suite d'instructions si elle ne l'est pas.
|-
! Boucle WHILE...DO
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée.
|-
! Boucle DO...WHILE aussi appelée REPEAT UNTIL
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée. La différence, c'est que la boucle DO...WHILE exécute au moins une fois cette suite d'instructions.
|-
! Boucle FOR
| Répète un nombre fixé de fois une suite d'instructions.
|}
Les '''conditions''' à respecter pour qu'une structure de contrôle fasse son office sont généralement très simples.
Elles se calculent le plus souvent en comparant deux opérandes (des adresses, ou des nombres entiers ou à virgule flottante).
Elles correspondent le plus souvent aux comparaisons suivantes :
* A == B (est-ce que A est égal à B ?) ;
* A != B (est-ce que A est différent de B ?) ;
* A > B (est-ce que A est supérieur à B ?) ;
* A < B (est-ce que A est inférieur à B ?) ;
* A >= B (est-ce que A est supérieur ou égal à B ?) ;
* A <= B (est-ce que A est inférieur ou égal à B ?).
Il est également possible de tester si le bit d'un registre ou octet mémoire est à 1 ou 0.
Notamment le registre des indicateurs est testé après une instruction arithmétique (est-ce que le calcul a généré une retenue, ...).
Pour implémenter ces structures de contrôle, on a besoin d'une instruction qui saute en avant ou en arrière dans le programme, suivant le résultat d'une condition. Par exemple, un SI...ALORS zappera une suite d'instruction si une condition n'est pas respectée, ce qui demande de sauter après cette suite d’instruction cas échéant. Répéter une suite d'instruction demande juste de revenir en arrière et de redémarrer l’exécution du programme au début de la suite d'instruction. Nous verrons comment sont implémentées les structures de contrôle plus bas, mais toujours est-il que cela implique de faire des sauts dans le programme. Faire un saut en avant ou en arrière dans le programme est assez simple : il suffit de modifier la valeur stockée dans le ''program counter'', ce qui permet de sauter directement à une instruction et de poursuivre l'exécution à partir de celle-ci. Et un tel saut est réalisé par des instructions spécialisées. Dans ce qui va suivre, nous allons appeler '''instructions de branchement''' les instructions qui sautent à un autre endroit du programme. Ce n'est pas la terminologie la plus adaptée, mais elle conviendra pour les explications.
L'implémentation des structures de contrôle demande donc de calculer une condition, puis de faire un saut. Mais il faut savoir que l'implémentation demande parfois de faire un saut, sans avoir à tester de condition. Dans ce cas, l'instruction qui fait un saut sans faire de test de condition est elle aussi une instruction de branchement. Cela nous amène à faire la différence entre un branchement conditionnel et non-conditionnel. La différence entre les deux est simple. Une instruction de '''branchement conditionnel''' effectue deux opérations : un test qui vérifie si la condition adéquate est respectée, et un saut dans le programme aussi appelé branchement. Une instruction de '''branchement inconditionnelle''' ne teste pas de condition et ne fait qu'un saut dans le programme.
===Les structures de contrôle===
Le IF permet d’exécuter une suite d'instructions si et seulement si une certaine condition est remplie.
[[File:Codage d'un if.. en assembleur.jpg|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS en assembleur.]]
Le IF...ELSE sert à effectuer une suite d'instructions différente selon que la condition est respectée ou non : c'est un SI…ALORS contenant un second cas. Une boucle consiste à répéter une suite d'instructions machine tant qu'une condition est valide (ou fausse).
[[File:Codage d'un IF.ELSE en assembleur.png|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS..SINON en assembleur.]]
Les boucles sont une variante du IF dont le branchement renvoie le processeur sur une instruction précédente. Commençons par la boucle DO…WHILE : la suite d'instructions est exécutée au moins une fois, et est répétée tant qu'une certaine condition est vérifiée. Pour cela, la suite d'instructions à exécuter est placée avant les instructions de test et de branchement, le branchement permettant de répéter la suite d'instructions si la condition est remplie. Si jamais la condition testée est fausse, on passe tout simplement à la suite du programme.
[[File:DO...WHILE.jpg|centre|vignette|upright=2|DO...WHILE.]]
Une boucle WHILE…DO est identique à une boucle DO…WHILE à un détail près : la suite d'instructions de la boucle n'a pas forcément besoin d'être exécutée au moins une fois. On peut donc adapter une boucle DO…WHILE pour en faire une boucle WHILE…DO : il suffit de tester si la boucle doit être exécutée au moins une fois avec un IF, et exécuter une boucle DO…WHILE équivalente si c'est le cas.
[[File:WHILE...DO.png|centre|vignette|upright=2|WHILE...DO.]]
===Les branchements conditionnels et leur implémentation ===
Il existe de nombreuses manières de mettre en œuvre les branchements conditionnels et tous les processeurs ne font pas de la même manière. Sur la plupart des processeurs, les branchements conditionnels sont séparés en deux instructions : une instruction de test qui vérifie si la condition voulue est respectée, et une instruction de saut conditionnelle. D'autres processeurs effectuent le test et le saut en une seule instruction machine.
[[File:Implémentations possibles des branchements conditionnels.png|centre|vignette|upright=3|Implémentations possibles des branchements conditionnels]]
: Plus surprenant, sur quelques rares processeurs, le ''program counter'' est un registre qui peut être modifié comme tous les autres. Cela permet de remplacer les branchements par une simple écriture dans le ''program counter'', avec une instruction MOV. Un bon exemple est le processeur ARM1, un des tout premiers processeur ARM. Cette dernière solution n'est presque jamais utilisée, mais elle reste surprenante !
Dans les faits, la solution la plus simple est clairement d'implémenter le tout avec une seule instruction. Mais beaucoup de processeurs anciens utilisent la première méthode, celle qui sépare le branchement conditionnel en deux instructions. Le branchement prend le résultat de l'instruction de test et décide s'il faut passer à l'instruction suivante ou sauter à une autre adresse. Il faut donc mémoriser le résultat de l'instruction de test dans un registre spécialisé, afin qu'il soit disponible pour l'instruction de branchement. L'usage d'un registre intermédiaire pour mémoriser le résultat de l'instruction de test demande d'ajouter un registre au processeur. De plus, le résultat de l'instruction de test varie grandement suivant le processeur, suivant la manière dont on répartit les responsabilités entre test et branchements.
Il existe, dans les grandes lignes, deux techniques pour séparer test et branchement conditionnel. La première impose une séparation stricte entre calcul de la condition et saut : l'instruction de test calcule la condition, le branchement fait ou non le saut dans le programme suivant le résultat de la condition. On a alors une instruction de test proprement dit, qui vérifie si une condition est valide et fournit un résultat sur 1 bit. Nous appellerons ces dernières des comparaisons, car de telles instruction effectuent réellement une comparaison. La seconde méthode procède autrement, avec un calcul de la condition qui est réalisé en partie par l'instruction de test, en partie par le branchement. Cela peut paraitre surprenant, mais il y a de bonnes raisons à cette séparation peu intuitive. La raison est que l'instruction de test est une soustraction déguisée, qui fournit un résultat de plusieurs bits, qui est ensuite utilisé pour calculer la condition voulue par le branchement. l'instruction de test ne fait pas une comparaison proprement dit, mais leur résultat permet de déterminer le résultat d'une comparaison avec quelques manipulations simples.
====Les instructions de test proprement dit====
Les premières sont réellement des instructions de test, qui effectuent une comparaison et disent si deux nombres sont égaux, différents, lequel est supérieur, inférieur, etc. En clair, elles implémentent directement les comparaisons vues précédemment. Au total, on s'attend à ce que les 6 comparaisons précédentes soient implémentées avec 6 instructions de test différentes : une pour l'égalité, une pour la différence, une autre pour la supériorité stricte, etc. Mais certaines de ces comparaisons sont en deux versions : une qui compare des entiers non-signés, et une autre pour les entiers signés. La raison est que comparer deux nombres entiers ne se fait pas de la même manière selon que les opérandes soient signées ou non. Nous avions vu cela dans le chapitre sur les comparateurs, mais un petit rappel ne fait pas de mal. Pour comparer deux entiers signés, il faut tenir compte de leurs signes, et le circuit utilisé n'est pas le même. Cela a des conséquences au niveau des instructions du processeur, ce qui impose d'avoir des opérations séparées pour les entiers signés et non-signés.
Dans les faits, les processeurs actuels utilisent le complément à deux pour les entiers signés, ce qui fait que les comparaisons d'égalité ou de différence A == B et A != B ne sont présentes qu'en un seul exemplaire. En complément à deux, l'égalité se détermine avec la même règle que pour les entiers non-signés : deux nombres sont égaux s'ils ont la même représentation binaire, ils sont différents sinon. Ce ne serait pas le cas avec les entiers en signe-magnitude ou en complément à un, du fait de la présence de deux zéros : un zéro positif et un zéro négatif. Les circuits de comparaison d'égalité et de différence seraient alors légèrement différents pour les entiers signés ou non. Au total, en complément à deux, on trouve donc 10 comparaisons usuelles, vu que les comparaisons de supériorité/infériorité sont en double.
Le résultat d'une comparaison est un bit, qui dit si la condition testée est vraie ou fausse. Dans la majorité des cas, ce bit vaut 1 si la comparaison est vérifiée, et 0 sinon. Une fois que l'instruction a fait son travail, il reste à stocker son résultat quelque part. Pour cela, le processeur utilise un ou plusieurs '''registres à prédicats''', des registres de 1 bit qui peuvent stocker n'importe quel résultat de comparaison. Une comparaison peut enregistrer son résultat dans n'importe quel registre à prédicats : elle a juste à préciser lequel avec son nom de registre.
Les registres à prédicats sont utiles pour accumuler les résultats de plusieurs comparaisons et les combiner par la suite. Par exemple, cela permet d'émuler une instruction qui teste si A >= B à partir de deux instructions qui calculent respectivement A > B et A == B. Pour cela, certains processeurs incorporent des instructions pour faire des opérations logiques sur les registres à prédicats. Ces opérations permettent de faire un ET, OU, XOR entre deux registres à prédicats et de stocker le résultat dans un registre à prédicat quelconque.
D'autres instructions permettent de lire le résultat d'un registre à prédicat, de calculer une condition, de combiner son résultat avec la valeur lue et d'altérer le registre à prédicat sélectionné. Par exemple, sur l'architecture IA-64, il existe une instruction cmp.eq.or, qui calcule une condition, lit un registre à prédicat fait un OU logique entre le registre lu et le résultat de la condition, et enregistre le tout dans un autre registre à prédicat. De telles instructions facilitent grandement le codage de certaines fonctions, qui demandent que plusieurs conditions soient vérifiées pour exécuter un morceau de code.
====Les instructions de test qui sont des soustractions déguisées====
Le second type d'instruction de test ne calcule pas ces conditions directement, mais elle fournit un résultat de quelques bits qui permet de les calculer avec quelques manipulations simples. Sur ces processeurs, il n'y a qu'une seule instruction de comparaison, qui est une soustraction déguisée. Le résultat de la soustraction n'est pas sauvegardé dans un registre et est simplement perdu. C'est le cas sur certains processeurs ARM ou sur les processeurs x86. Par exemple, un processeur x86 possède une instruction CMP qui n'est qu'une soustraction déguisée dans un opcode différent.
Le résultat de cette soustraction déguisée est un résultat portant sur 4 bits, qui donne des informations sur le résultat de la soustraction. Le premier bit, appelé bit ''null'', indique si le résultat est nul ou non. Le second bit indique le signe du résultat, s'il est positif ou négatif. Enfin, deux autres bits précisent si la soustraction a donné lieu à un débordement d'entier. Il y a deux bits, car on vérifie deux types de débordement : un débordement non-signé (une retenue sortante de l'additionneur), et le débordement signé (débordement en complément à deux). Pour mémoriser le résultat d'une soustraction déguisée, le processeur incorpore un '''registre d'état'''. Le registre d'état stocke des bits qui ont chacun une signification prédéterminée lors de la conception du processeur et il sert à beaucoup de choses. Dans le cas qui nous intéresse, le registre d'état mémorise les résultats de l'instruction de test : les deux bit de débordement, le bit qui précise que le résultat d'une instruction vaut zéro, le bit de retenue pour le bit de signe.
La condition en elle-même est réalisée par le branchement. L'instruction de branchement fait donc deux choses : calculer la condition à partir du registre d'état, et effectuer le saut si la condition est valide. Le calcul des conditions se fait à partir des 4 bits de résultat. Le bit ''null'' permet de savoir si les deux opérandes sont égales ou non : si le résultat d'une soustraction est nul, cela implique que les deux opérandes sont égales. Le bit de signe permet de déterminer si le première opérande est supérieur ou inférieure à la seconde : le résultat de la soustraction est positif si A >= B, négatif sinon. Les bits de débordements permettent de faire la différence entre infériorité stricte ou non. Tout cela sera expliqué plus en détail dans le paragraphe suivant.
[[File:Branchements et tests avec un registre d'état.png|centre|vignette|upright=1.5|Branchements et tests avec un registre d'état]]
La conséquence est qu'il y a autant d'instructions de branchements que de conditions possibles. Aussi, on a une instruction de test, mais environ une dizaine d'instructions de branchements. C'est l'inverse de ce qu'on a avec des instructions de test proprement dites, où on a autant d'instructions de test que de conditions, mais un seul branchement. Un bon exemple est celui des processeurs x86. Le registre d'état des CPU x86 contient 5 bits appelés OF, SF, ZF, CF et PF : ZF indique que le résultat de la soustraction vaut 0, SF indique son signe, CF est le bit de retenue et de débordement non-signé, OF le bit de débordement signé, et PF le bit qui donne la parité du résultat. Il existe plusieurs branchements, certains testant un seul bit du registre d'état, et d'autres une combinaison de plusieurs bits.
{|class="wikitable"
|-
! Instruction de branchement
! Bit du registre d'état testé
! Condition testée si on compare deux nombres A et B avec une instruction de test
|-
! JS (Jump if Sign)
| SF = 1
| Le résultat est négatif
|-
! JNS (Jump if not Sign)
| SF = 0
| Le résultat est positif
|-
! JO (Jump if Overflow)
| OF = 1
| Le calcul arithmétique précédent a généré un débordement signé
|-
! JNO (Jump if Not Overflow)
| OF = 0
| Le calcul arithmétique précédent n'a pas généré de débordement signé
|-
! JNE (Jump if Not equal)
| ZF = 1
| Les deux nombres A et B sont égaux
|-
! JE (Jump if Equal)
| ZF = 0
| Les deux nombres A et B sont différents
|-
! JB (Jump if below)
| CF = 1
| A < B, avec A et B non-signés
|-
! JAE (Jump if Above or Equal)
| CF = 0
| A >= B, avec A et B non-signés
|-
! (JBE) Jump if below or equal
| CF OU ZF = 1
| A >= B si A et B sont non-signés
|-
! JA (Jump if above)
| CF ET ZF = 0
| A > B si A et B sont non-signés
|-
! JL (Jump if less)
| SF != OF
| si A < B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater or Equal)
| SF = OF
| si A >= B, si A et B sont signés
|-
! JLE (Jump if less or equal)
| (SF != OF) OU ZF = 1
| si A <= B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater)
| (SF = OF) ET (NOT ZF) = 1
| si A > B, si A et B sont signés
|}
===Les instructions à prédicat===
Les '''instructions à prédicat''' sont des instructions qui ne font quelque chose que si une condition est respectée, et se comportent comme un NOP (une instruction qui ne fait rien) sinon. Elles lisent le résultat d'une comparaison, dans le registre d'état ou un registre à prédicat, et s’exécutent ou non suivant sa valeur.
En général, les instructions à prédicats sont des instructions en plus des instructions normales, pas à prédicat. L'instruction à prédicat la plus représentative, présente sur de nombreux processeurs, est l'instruction CMOV, qui copie un registre dans un autre si une condition est remplie. Elle permet de faire certaines opérations assez simples, comme calculer la valeur absolue d'un nombre, le maximum de deux nombres, etc.
Pour gérer les instructions à prédicat, les instructions de test s'adaptent sur plusieurs points. Le premier est que les instructions de test préfèrent utiliser des registres à prédicats, au lieu d'un registre d'état. Une des raisons à cela est la suivante : avec des registres à prédicats, on peut ajouter des instructions pour faire un ET/OU/XOR entre registres à prédicats, ce qui permet de tester des combinaisons de conditions sans faire appel au moindre branchement. Et ces conditions complexes ne sont pas rares, ce qui rend l'usage de registres à prédicats très utiles avec les instructions à prédicats.
Une autre adaptation est que les instructions de test tendent à fournir deux résultats : le résultat de la condition, et le résultat de la condition inverse. Ils sont fournis dans deux registres à prédicats distincts. Faire ainsi facilite grandement l'implémentation des structures de contrôle SI...ALORS simples. Pour rappel, elles ont deux morceaux de code : un qui s’exécute si une condition est remplie, l'autre si la condition inverse est remplie. Avec ce système, les instructions du premier et du second morceau de code testerons deux bits distincts.
L'usage d'instructions à prédicat séparées des autres instructions porte le nom de '''prédication partielle'''. C'est de loin l'implémentation la plus courante. Mais sur certains processeurs, assez rares, toutes les instructions sont des instructions à prédicat : on parle de '''prédication totale'''. Les anciens processeurs ARM 32 bits étaient dans ce cas, par exemple.
Cela peut paraitre étrange, vu que certaines instructions ne sont pas dans une structure de contrôle et doivent toujours s’exécuter, peu importe les conditions testées avant. Mais rassurez-vous, sur les processeurs à prédication totale, il y a toujours un moyen pour spécifier que certaines instructions doivent toujours s’exécuter, de manière inconditionnelle. Par exemple, sur les processeurs d'architecture HP IA-64, un des registre à prédicat, le tout premier, contient la valeur 1 et ne peut pas être modifié. Si on veut une instruction inconditionnelle, il suffit qu'elle précise que le registre à prédicat à lire est ce registre.
: Les processeurs avec un registre d'état n'ont généralement que de la prédication partielle, le plus souvent limitée à une seule instruction CMOV. Alors que qui dit prédication totale dit systématiquement registres à prédicats.
Les processeurs ARM disposent d'une prédication totale, du moins pour le jeu d'instruction ARM 32 bits. Mais il supportent une second jeu d’instruction optionnel, le ''thumb'', qui est plus compact. Au lieu d'encoder ses instructions sur 32-64 bits, ses instructions font seulement 16 bits. Et pour compacter ce jeu d'instruction, la prédication totale a été supprimée. À la place, ''thumb'' incorpore une '''instruction IT''', qui active l’exécution conditionnelle des instructions suivantes.
L'instruction teste une condition et calcule un prédicat, qui est ensuite utilisé pour décider de l'exécution des instructions suivantes. L'exécution conditionnelle marche jusqu'à 4 instructions consécutives. Le nombre exact est configurable et va de 1 à 4 instructions consécutives après l'instruction IT. La condition est configurable pour les 1 à 4 instructions : chaque instruction peut s'exécuter si la condition est vraie, ou au contraire fausse. Un masque de 4 bits décide de quelle condition utiliser pour chaque instruction. Il y a un bit par instruction, qui vaut 1 si la condition doit être vérifiée, 0 si on veut la condition inverse.
===L'instruction SKIP===
L''''instruction SKIP''' permet de zapper l'instruction suivante si une condition testée est fausse. Il en existe deux versions. La première est fusionnée avec l'instruction de test. La condition est calculée par l'instruction SKIP, qui décide s'il faut sauter l'instruction suivante. Dans un autre cas, l'instruction SKIP est précédée d'une instruction de test, récupère son résultat dans un registre de prédicat ou dans le registre d'état, et effectue le saut. On peut la voir comme une forme particulière de branchement conditionnel, qui brancherait deux instructions plus loin.
Son utilité n'est pas évidente, mais on peut classer ses utilisations en trois catégories. La première permet d'émuler une instruction de branchement conditionnel en combinant une instruction SKIP avec un branchement inconditionnel. Le branchement inconditionnel est skippé si la condition est remplie/fausse, mais éxecuté dans le cas contraire : c'est le comportement d'un branchement conditionnel. Une autre utilisation permet d'émuler une instruction à prédicat en faisant précéder une instruction normale par une instruction SKIP. Enfin, elles servent à implémenter des structures de controle IF à condition que le code du IF se résume à une vulgaire instruction. C'est assez rare, mais certains calculs comme la valeur absolue ou le calcul du minimum peuvent se calculer ainsi.
[[File:Skip instruction.png|centre|vignette|upright=3|Skip instruction]]
Vous pourriez imaginer des versions améliorées de l'instruction, qui permettent de zapper plusieurs instructions, mais de telles instructions ne sont autres que des instructions de branchement conditionnelles spécifiques, comme nous le verrons dans le chapitre sur les modes d'adressage.
==Les méta-instructions REPEAT et EXECUTE==
Enfin, il faut aussi citer les '''méta-instructions''', des instructions qui agissent sur l’exécution d'autres instructions. Il en existe deux : REPEAT et EXECUTE. Elles servent techniquement à manipuler le flot de contrôle d'un programme, et ont quelques ressemblances avec les branchements ou les boucles. Elles sont extrêmement rares et on ne les trouve que sur des anciens processeurs (généralement micro-codés), ou sur certaines processeurs spécialisés dans le traitement de signal appelés des DSP, qui feront l'objet d'un chapitre à eux seuls.
===L’instruction REPEAT et le ''Zero-overhead looping''===
La première est la '''méta-instruction REPEAT''', qui permet de simplifier l'implémentation des boucles. Dans sa version la plus simple, elle fait en sorte que l'instruction qui la suit soit répétée plusieurs fois. Le nombre de répétition est soit un nombre fixe, toujours le même, soit l'instruction se répète tant qu'une condition n'est pas remplie. Les deux situations ne se rencontrent pas sur les mêmes processeurs. Par exemple, l'UNIVAC 1103 possède une instruction REPEAT très simple, qui répète l'instruction cible un nombre fixe de fois, mais ne gère pas les conditions.
Le GE-600/Honeywell 6000 series incorpore trois instructions REPEAT de ce type. La première répète l'instruction suivante soit un nombre fixe de fois, soit quand une condition est remplie. La seconde répète les deux instructions suivantes, l'une après l'autre. Enfin, la dernière répète l'instruction suivante jusqu'à : soit qu'une condition soit remplie, soit qu'une adresse bien précise soit atteinte. Elle servait sans doute à implémenter le parcours d'une liste chainée pour trouver un item bien précis.
Une version améliorée de l'instruction REPEAT permet de répéter un bloc de plusieurs instructions, ce qui permet d'implémenter une boucle en une seule instruction. Elles sont fréquentes sur certains processeurs de traitement de signal, qui doivent exécuter en permanence de petites boucles. Typiquement, elles permettent d'implémenter des boucles FOR dont le nombre d’exécution est fixe. La répétition de la boucle est contrôlée par un registre de boucle, qui mémorise le nombre de répétitions, et qui est décrémenté à chaque itération, sans avoir à utiliser d'instruction d'incrémentation/décrémentation.
Une variante précise deux adresses, qui délimitent les instructions de la boucle : une adresse pour le début de la boucle, une adresse pour la fin. L'implémentation hardware est alors assez simple : quand le ''program counter'' atteint l'adresse de fin, il est réinitialisé à l'adresse de début. La gestion du ''program counter'' se fait alors sans utiliser d'instructions de branchement. les deux registres sont initialisés avec une isntruction LOPP, spécialement dédiée pour cela.
Les deux techniques précédentes permettent d'implémenter des boucles sans utiliser de branchements, ou presque. Elles rendent l'exécution des boucles tellement rapides qu'elles portent le nom de '''''Zero-overhead looping'''''.
: Les instructions REP mentionnées plus haut, ne sont PAS des exemples d'instruction REPEAT. Le préfixe REP des processeurs x86 est une instruction qui se répète elle-même. Mais l'instruction REPEAT force la répétition de l'instruction suivante ! Elle agit sur une autre instruction, d'où son caractère de méta-instruction.
===L'instruction EXECUTE===
La '''méta-instruction EXECUTE''' fournit l'adresse d'une instruction cible, qui est exécutée en lieu et place de l'instruction EXECUTE. Quand le processeur exécute l'instruction EXECUTE, il prend l'adresse cible, charge l'instruction dans l'adresse cible, et l’exécute à la place de l'instruction EXECUTE. Il est possible de comprendre l'instruction EXECUTE comme un branchement spécial. Tout se passe comme si l'instruction EXECUTE effectuait un branchement vers l'instruction cible, mais que le processeur ne poursuivait pas l’exécution à la suite de l’instruction cible, et revenait à la suite de l'instruction cible.
Il y a souvent des contraintes sur l'instruction cible, qui est pointée par l'adresse cible. Généralement, il n'est pas possible que l'instruction cible soit elle-même une autre instruction EXECUTE. De même, beaucoup de processeurs interdisent que l’instruction cible soit un branchement. Mais d'autres processeurs n'ont pas ces contraintes et autorisent à utiliser des branchements pour l'instruction cible.
L'utilité d'une telle instruction est tout sauf évidente. Elle servait pourtant à beaucoup de choses sur les processeurs où elle était implémentée. Précisons qu'elle était surtout présente sur des vieux ordinateurs, dans les années 50-60, et quelques processeurs des années 70. Elle a disparu dès les années 80 et n'est présentée que par souci d'exhaustivité et intérêt historique pour les curieux. Cette précision permet de comprendre que cette instruction servait pour résoudre des problèmes qui sont actuellement résolus autrement.
L'adresse cible peut être soit intégrée dans l'instruction, soit dans un registre. Dans le second cas, l'adresse peut être incrémentée ou modifiée afin que l'instruction EXECUTE change de cible à chaque exécution. Tout se passe comme si le registre contenant l'adresse cible servait à émuler un ''program counter''. En mettant une instruction EXECUTE dans une boucle et en complétant le tout avec du code annexe, on peut exécuter du code extérieur sans modifier le véritable ''program counter''. L'utilité est de faciliter l'implémentation des logiciels debuggers, des émulateurs, ou d'autres programmes dans le même genre.
Les autres utilisations sont assez nombreuses, mais aussi difficiles à expliquer pour qui n'a pas de connaissances poussées en programmation. La première utilité est l'implémentation de certaines fonctionnalités des langages de programmation évolués, à savoir le ''late binding'', les fonctions virtuelles, et quelques autres. Elle facilite aussi l'implémentation des compilateurs à la volée, en permettant d’exécuter du code produit à volée sans faire tiquer les mécanismes de protection mémoire implémentés dans le processeur. Elle permet d'émuler du code automodifiant pour les logiciels qui gagnaient autrefois à l'utiliser. Et il y en a d'autres.
==Les instructions d'arrêt et de mise en veille==
Les processeurs gèrent souvent des '''instructions de mise en veille''' le processeur. Une fois mis en veille, le processeur ne peut être réveillé que si un signal de sortie de veille survient. Les signaux de sortie de veille sont envoyés par les périphériques, les entrées-sorties, le ''chipset'' de la carte mère, etc. Ils sont rarement mis totalement en veille, ce qui leur permet de générer ce signal de sortie si nécessaire. Le processeur attend alors qu'un périphérique lui envoie un signal de sortie de veille, mais ne fait rien en attendant. De telles instructions ne sont exécutables qu'en mode noyau, par le système d'exploitation.
: Le signal de sortie de veille est techniquement une interruption matérielle, comme on le verra plus tard.
Il existe aussi des '''instructions d'arrêt''', qui éteignent le processeur complétement. Le processeur peut redémarrer, mais pas reprendre là où il en était. Pour redémarrer, il faut qu'il reçoive un signal RESET, envoyé sur une entrée du processeur. Lorsque l'entrée RESET du processeur est mise à 1, le processeur redémarre. Typiquement, l'alimentation du processeur est suspendue.
===Les exemples sur les processeurs les plus connus===
Sur les processeurs ARM, les instructions WFI et WFE sont utiles pour les systèmes embarqués, pour mettre le processeur en mode basse consommation. Lorsqu'une instruction de ce type est exécutée, le processeur continue d'être alimenté, mais il ne tient pas compte du signal d'horloge. Le signal d'horloge est clock gaté dès l'entrée dans le CPU. La différence entre les deux instructions est que WFI s'exécute inconditionnellement, alors que WFE ne s’exécute que un registre spécifique, le registre d'évènement, est à 0.
Sur les processeurs Motorola 6502 et ses dérivés, l'instruction WAI est une instruction de mise en veille, alors que l'instruction STP éteint l'ordinateur. La différence est qu'avec l'instruction STP, le processeur ne réagit qu'au signal RESET, qui fait redémarrer le processeur, mais ne réagit pas aux signaux de sortie de veille. L'exécution du processeur ne reprend alors pas là où le processeur s'est arrêté, le ''program counter'' est réinitialisé.
Sur les CPU x86 avant le 486, l'instruction HLT ne mettait pas le processeur en mode basse consommation. Aucune technique n'était prévue pour réduire la consommation du processeur pendant la veille. Le 8086 se contentait de se déconnecter du bus et n'incrémentait pas son ''program counter''. Au passage, l'implémentation exacte au niveau des circuits de l'instruction HLT sur le 8086 est détaillée dans cet article de blog :
* [https://www.righto.com/2023/01/reverse-engineering-intel-8086.html Reverse-engineering the Intel 8086 processor's HALT circuits]
C'est avec le 486 que la mise en veille s'est accompagnée d'une extinction partielle du processeur. Le processeur passait en mode basse consommation, ce qui permettait des économies d'énergie de 5 à 10%. Cependant, les premiers CPU sortis d'usine avaient un bug : le CPU stoppé via l'instruction HLT ne pouvait pas redémarrer de manière logicielle, il fallait lui envoyer le signal de RESET directement via le matériel.
{|class="wikitable"
|-
! x86
| HLT (HALT)
|-
! ARM
|
* WFI (Wait For Interrupt)
* WFE (Wait For Event).
|-
! Motorola 6502 et plus
|
* WAI (WAit for Interrupt)
* STP (SToP)
|}
===Les instructions ''Halt And Catch Fire''===
Le bug n'est pas spécifique aux processeurs 486, de nombreux CPU ont des instructions non-documentées qui bloquent l'ordinateur, si exécutées. Le processeur ne peut alors pas sortir de la mise en veille et soit s'arrête, soit doit être RESET. Les instructions ne sont souvent pas voulues par les concepteurs et sont souvent des bugs. De telles instructions illégales devraient lever une exception matérielle "instruction non reconnue", mais ne le font pas en raison d'un bug quelconque. Elles sont appelées, non sans humour, des '''instructions ''Halt And Catch Fire''''' (stoppe et prend feu).
Un exemple classique est celle du bug du Pentium F00F. Le responsable est une instruction non-documentée, encodée en binaire comme suit F0 0F C7 C8. Il s'agit d'une instruction dont l'encodage est invalide. Elle correspond à une instruction cmpxchg8b qui agit sur une valeur 64 bits obtenue en concaténant les deux registres (EAX et EDX). Elle compare cette valeur 64 bits avec une donnée en mémoire RAM. Mais avec l'encodage F0 0F C7 C8, l'adresse mémoire est remplacée par un nom de registre, du fait de l'encodage des modes d'adressage sur ce CPU. En théorie, le processeur devrait lever une exception matérielle ''opcode invalide''. Seulement, l'instruction est associée à un préfixe LOCK, qu'on ne détaillera pas ici, qui empêche la levée de l'exception.
Elle agissait comme une instruction ''Halt And Catch Fire'' classique. Un problème est que cette instruction n'était pas une instruction en mode noyau, mais une instruction accessible en espace utilisateur. N'importe quel programme invalide, voire un programme malicieux, pouvait bloquer l'ordinateur. La situation a été prise an sérieux, les systèmes d'exploitation fournissant des mitigations logicielles. Intel corrigea le problème, dans une seconde fournée sortie d'usine, avec la version B2 du 486.
==Résumé==
Pour résumer, les instructions les plus courantes sont les suivantes :
{|class="wikitable"
|-
!Instruction
!Utilité
|-
!Instructions arithmétiques
|Elles font des calculs sur des nombres. Les plus communes sont l'addition, la soustraction, la multiplication, la division, le modulo. Pour les instructions flottantes, la racine carrée est souvent supportée, parfois avec les opérations trigonométriques, les logarithmes et l'exponentielle.
|-
!Instructions logiques
|Elles travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les plus communes sont ;
* Les opérations bit à bit, à savoir le ET logique, le OU logique, le OU exclusif (XOR) et le NON logique.
* Les instructions de décalage à droite et à gauche, qui vont décaler tous les bits d'un nombre d'un cran vers la gauche ou la droite. Les bits qui sortent du nombre sont considérés comme perdus.
* Les instructions de rotation, qui font la même chose que les instructions de décalage, à la différence près que les bits qui "sortent d'un côté du nombre" après le décalage rentrent de l'autre.
|-
!Instructions de test et de contrôle (branchements)
|Elles permettent de contrôler la façon dont notre programme s’exécute sur notre ordinateur. Elles permettent notamment de choisir la prochaine instruction à exécuter, histoire de répéter des suites d'instructions, de ne pas exécuter des blocs d'instructions dans certains cas, et bien d'autres choses.
|-
!Instructions d’accès mémoire
|Elles permettent d'échanger des données entre le processeur et la mémoire, ou encore permettent de gérer la mémoire et son adressage. Les deux les plus courantes sont les suivantes :
* LOAD : charge une donnée dans un registre ;
* STORE : copie le contenu d'un registre dans une adresse mémoire.
|}
En plus de ces instructions, beaucoup de processeurs ajoutent d'autres instructions. La plupart sont utilisées par le système d'exploitation pour configurer certaines fonctionnalités importante : la protection mémoire, la mémoire virtuelle, les modes de compatibilité du processeur, la gestion de l'alimentation, l'arrêt ou la mise en veille, etc.
On peut aussi trouver des instructions spécialisées dans les calculs cryptographiques : certaines instructions permettent de chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe. De même, certains processeurs ont une instruction permettant de générer des nombres aléatoires. Et on peut trouver bien d'autres exemples...
Mais d'autres sont franchement exotiques. Par exemple, certains processeurs sont capables d'effectuer des instructions sur du texte directement. Pour stocker du texte, la technique la plus simple utilise une suite de lettres, stockées les unes à la suite des autres dans la mémoire, dans l'ordre dans lesquelles elles sont placées dans le texte. Quelques ordinateurs disposent d'instructions pour traiter ces suites de lettres. D'ailleurs, n'importe quel PC x86 actuel dispose de telles instructions, bien qu'elles ne soient pas utilisées car paradoxalement trop lente comparé aux solutions logicielles ! Cela peut paraître surprenant, mais il y a une explication assez simple qui sera compréhensible dans quelques chapitres (les instructions en question sont microcodées).
<noinclude>
{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les mémoires FIFO et LIFO
| prevText=Les mémoires FIFO et LIFO
| next=Les registres du processeur
| nextText=Les registres du processeur
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Mewtow
31375
/* Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées */
773472
wikitext
text/x-wiki
Ce chapitre va aborder le langage machine, à savoir un standard qui définit les instructions du processeur, le nombre de registres, etc.
Dans ce chapitre, on considérera que le processeur est une boîte noire au fonctionnement interne inconnu.
Nous verrons le fonctionnement interne d'un processeur dans quelques chapitres.
Les concepts que nous allons aborder ne sont rien d'autre que les bases nécessaires pour apprendre l'assembleur.
Nous allons surtout parler des instructions du processeur.
Pour simplifier, on peut classer les instructions en quatre grands types :
* les échanges de données entre mémoires ;
* les calculs et autres opérations arithmétiques ;
* les instructions de comparaison ;
* les instructions de branchement.
À côté de ceux-ci, on peut trouver d'autres types d'instructions plus exotiques, pour gérer du texte, pour modifier la consommation en électricité de l'ordinateur, pour chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe, générer des nombres aléatoires, etc. Dans ce chapitre, nous allons voir un aperçu assez large des instructions qui existent. Nous n'allons pas nous limiter aux instructions les plus importantes, mais nous allons aussi parler d'instructions assez exotiques, soit présentes uniquement sur d'anciens ordinateurs, soit très rares, soit franchement tordues. Et certaines de ces instructions exotiques sont assez impressionnantes et risquent de vous surprendre !
==Les instructions entières==
Les '''instructions arithmétiques''' sont les plus courantes et comprennent au minimum l'addition, la soustraction, la multiplication, plus rarement la division. Précisons qu'une opération mathématique ne se fait pas de la même manière suivant la représentation utilisée pour coder ces nombres : on ne manipule pas de la même façon des nombres entiers binaires, des entiers codés en BCD et des nombres flottants. Aussi, dans ce qui va suivre, nous allons séparer les opérations entières, les opérations flottantes et les opérations en BCD.
Les processeurs modernes utilisent des nombres encodés soit en binaire normal, soit en complément à deux. L'avantage est que les opérations arithmétiques se font de la même manière dans les deux encodages. Il y a quelques différences, mais elles sont suffisamment mineures, pas besoin d'avoir une instruction dédiée pour les nombres signés. Les anciens processeurs utilisaient eux des entiers signés en signe-magnitude ou en complément à 1, ou d'autres représentations. Et avec ces représentations, les calculs ne sont pas exactement les mêmes pour les nombres signés et non-signés. Ils avaient donc des instructions séparées pour l'addition signée et l'addition non-signée, idem pour la soustraction, la multiplication, etc.
De nos jours, les ordinateurs utilisent des entiers de taille fixe, qui tiennent dans un registre. J'ai dit qui tiennent dans un registre, car la taille des opérandes dépend de l'instruction. Un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs pour chaque taille : certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Mais la taille d'une opérande ne dépasse pas la taille d'un registre entier.
===La ou les instructions d'addition entière===
Un processeur implémente au minimum une opération d'addition, même s'il existe de rares exemples de processeurs qui s'en passent. Mieux : certains processeurs implémentent plusieurs instructions d'addition, qui se distinguent par de subtiles différences.
La première différence est la gestion des débordements d'entier. Pour gérer les débordements d'entier, certains processeurs disposent d'un '''registre de débordement''', de 1 bit, qui indique si une instruction arithmétique a généré un débordement d'entier ou non. Il est mis à 1 en cas de débordement, mais reste à 0 sinon. Il est mis à jour à chaque addition/multiplication/soustraction.
Pour rappel, les débordements d'entiers sont différents selon que l'addition est signée ou non, et il faut en tenir compte au niveau du jeu d'instruction. La solution la plus simple est l'existence de deux instructions dédiées : une pour les additions de nombres signés et une autre pour les nombres non-signés. Le circuit additionneur est le même pour ces deux instruction, mais le calcul du bit de débordement est différent. D'autres processeurs s'en sortent autrement, en ayant deux bits de débordement : un si le résultat est signé, l'autre pour les résultats non-signés. Mais nous reparlerons de cela plus tard.
Une autre différence, présente sur les vieux processeurs, tient dans la gestion de la retenue. À l'époque, les processeurs ne pouvaient gérer que des nombres de 4 à 8 bits, guère plus. Pourtant, la plupart des applications logicielles demandait d'utiliser des entiers de 16 bits. Les opérations comme l'addition ou la soustraction étaient alors réalisées en plusieurs fois. Par exemple, on additionnait les 8 bits de poids faible, puis les 8 bits de poids fort. Dans un cas pareil, il fallait aussi gérer la retenue dans l'addition des 8 bits de poids fort.
Pour cela, la retenue en question était mémorisée dans un registre de 1 bit dédié, semblable au registre de débordement, appelé le '''bit de retenue'''. De plus, les processeurs incorporaient une instruction d'addition qui additionnait les deux opérandes avec la retenue en question, instruction souvent appelée ADDC (''ADD with Carry''). Niveau circuits, cela ne changeait pas grand chose, tous les additionneurs ayant une entrée pour la retenue (qui est utilisée pour implémenter la soustraction, rappelez-vous). L'implémentation de l'instruction ADDC était très simple, n'utilisait presque pas de circuits, et rendait de fiers services aux programmeurs de l'époque. Nous parlons là des vieux processeurs 4 et 8, mais certains processeurs 16, 32, voire 64 bits, sont capables d'effectuer ce genre d'opération, même si ils sont rares.
: Il existe parfois des instructions pour mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. C'est le cas sur l'architecture x86. Mais son utilité est marginale, car toutes les instructions arithmétiques modifient le bit de retenue.
La même chose a lieu pour la soustraction, qui demande qu'une "retenue" soit propagée d'une colonne à l'autre (bien que la "retenue" soit utilisée différemment : elle n'est pas additionnée, mais soustraite du résultat de la colonne). Pour cela, les processeurs implémentent l'opération SUBC (''Substract with Carry''). Et pour mettre en œuvre cette opération, ils ont deux options. La première est d'ajouter un bit pour la "retenue" de la soustraction. Pour une soustraction qui calcule a-b, elle vaut 0 si a>=b et 1 si a<b. Elle est utilisée telle qu'elle par le circuit qui effectue la soustraction, généralement un soustracteur. L'autre option est d'utiliser le but de retenue de l'addition, sans rien modifier. Pour comprendre pourquoi, rappelons que la soustraction est implémentée en complément à deux par le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + 1</math>
Il s'agit d'une addition, qui a donc une retenue lors d'un débordement. On peut alors réutiliser le bit de retenue de l'addition pour la soustraction, en modifiant quelque peu la soustraction à effectuer. Pour comprendre comment faire la modification, précisons tout d'abord que les règles du complément à deux nous disent qu'on a un débordement quand a>=b. Passons maintenant à l'étude d'un exemple théorique : le cas où on veut soustraire deux nombres de 16 bits avec deux opérations SUBC qui travaillent sur 8 bits. Appelons les deux opérandes A et B, <math>a_h</math> et <math>b_h</math> les 8 bits de poids forts de ces opérandes, et <math>a_l</math> et <math>b_l</math> leurs 8 bits de poids faible. Voyons ce qui se passe suivant que la retenue soit de 0 ou 1.
* Si la retenue de l'addition est de 1, on a <math>a_l \geq b_l</math>, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>.
* À l'inverse, si la retenue de l'addition est de 0, on a <math>a_l \leq b_l</math>. Cela veut dire que si on posait la soustraction, alors une retenue devrait être propagée à la colonne suivante, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1 - \text{retenue de 1}</math>.
Récapitulons dans un tableau.
{|class="wikitable"
|-
! Retenue
! Opération à effectuer pour la seconde soustraction
|-
! 0
| <math>a_h + \overline{b_h} + 0</math>
|-
! 1
| <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>
|}
On voit que ce qu'il faut ajouter à <math>a_h + \overline{b_h}</math> est égal à la retenue. L'opération SUBC fait donc le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + \text{retenue}</math>
La plupart des processeurs 8 et 16 bits avaient deux instructions de soustraction séparées : une sans gestion de la retenue, une avec. Mais certains processeurs comme le 6502 n'avaient qu'une seule instruction de soustraction : celle qui tient compte de la retenue ! Il n'y avait pas de soustraction normale. Pour éviter tout problème, les programmeurs devaient faire attention. Ils disposaient d'une instruction mettre à 0 ou à 1 le bit de retenue pour éviter tout problème, qu'ils utilisaient avant toute soustraction simple.
===Les instructions de division entière===
Il faut savoir que la division est une opération très lourde pour le processeur : une instruction de division dédiée met au mieux une dizaine de cycles d'horloge pour fournir un résultat, parfois plus de 50 à 70 cycles d’horloge. Et elle est facilement 10 à 50 fois plus lente qu'une opération de multiplication. De plus, son implémentation matérielle utilise beaucoup de portes logiques/transistors. Son cout globalement le même que pour un circuit multiplieur, parfois un peu plus. Mais on a de la chance : c'est aussi une opération assez rare, peu utilisée.
De plus, les divisions les plus courantes sont des divisions par une constante : un programme devant manipuler des nombres décimaux aura tendance à effectuer des divisions par 10, un programme manipulant des durées pourra faire des divisions par 60 (gestion des minutes/secondes) ou 24 (gestion des heures). Or, diverses astuces permettent de les remplacer par des suites d'instructions plus simples, qui donnent le même résultat (l'usage de décalages, la multiplication par un entier réciproque, etc). Et la suite d'instruction équivalent est beaucoup plus rapide qu'une implémentation matérielle, car on profite qu'une opérande est constante. En-dehors de ce cas, l'usage des divisions est assez rare.
Sachant cela, certains processeurs ne possèdent pas d'instruction de division, car les gains de performance seraient modérés et le coût en transistors élevé. Les divisions sont alors émulées en logiciel, par une suite de soustractions ou tout autre code équivalent. D'autres processeurs implémentent toutefois la division dans une instruction machine, avec un circuit dédié, mais c'est signe que le coût en transistors n'est pas un problème pour le concepteur de la puce.
===Les instructions de multiplication entière===
Contrairement à la division, l'opération de multiplication entière est très courante, presque tous les processeurs modernes en ont une. Les multiplications sont plus fréquentes dans le code des programmes, sans compter que c'est une opération pas trop lourde à implémenter en circuit. Il en existe parfois plusieurs versions sur un même processeur. Ces différentes versions servent à résoudre un problème quant à la taille du résultat d'une multiplication. En effet, la multiplication de deux opérandes de <math>n</math> bits donne un résultat de <math>n \times 2</math>, ce qui ne tient donc pas dans un registre. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions.
Dans sa version la plus simple, l'instruction de multiplication se contente de garder les <math>n</math> bits de poids faible, ce qui peut entraîner l'apparition de débordements d'entiers.
Une autre solution est de calculer soit les bits de poids fort, soit les bits de poids faible, le choix étant laissé au programmeur. Des processeurs disposent de deux instructions de multiplication : une instruction pour calculer les bits de poids fort du résultat et une autre pour les bits de poids faible. Certains processeurs disposent d'une instruction de multiplication configurable, qui permet de choisir quels bits conserver : poids fort ou poids faible.
Une autre version mémorise le résultat dans deux registres : un pour les bits de poids faible et un autre pour les bits de poids fort. Il faut noter que certains processeurs disposent de registres spécialisés pour cela. Par spécialisés, on veut dire qu'ils sont séparés des autres registres. Les autres registres, appelés les registres généraux, mémorisent n'importe quelle opérande entière et sont utilisables pour toutes les opérations. Mais la multiplication mémorise son résultat dans deux registres à part, qu'on nommera HO et LO. Seule l'instruction de multiplication peut écrire un résultat dans ces deux registres, avec HO pour les bits de poids fort, et LO pour les bits de poids faibles. Par contre, n'importe quelle instruction peut les lire, pour récupérer une opérande dans ces deux registres.
==Les instructions sur les entiers BCD==
Parlons maintenant des '''instructions BCD''', qui agissent sur des opérandes codées en BCD. Devenues très rares avec la disparition du BCD dans l'informatique grand-public, elles étaient quasiment essentielles sur les tous premiers processeurs 8 bits.
===Les ordinateurs décimaux===
Au tout début de l'informatique, il a existé des processeurs qui travaillaient uniquement en BCD, appelés des '''processeurs décimaux'''. Ils avaient uniquement des instructions BCD, pas d'instruction sur des opérandes codées en binaire. Ils étaient assez courants entre les années 60 et 70, même s'ils ne représentent pas la majorité des architectures de l'époque. Il y avait une vraie séparation entre processeurs décimaux et processeurs binaires, sans intermédiaires notables.
Les tous premiers ordinateurs décimaux pouvaient manipuler des entiers BCD de taille arbitraire. Ils stockaient leurs nombres dans des chaines de caractères ou des tableaux encodés en BCD. Le processeur faisait les calculs chiffre par chiffre, caractère BCD par caractère BCD. Les ordinateur décimaux qui ont abandonné ce fonctionnement. À la place, ils ont intégré des registres capables de mémoriser des entiers BCD de taille fixe.
Le grand avantage des processeurs décimaux est leur très bonne performance dans les tâches de bureautique, de comptabilité, et autres. Les processeurs de l'époque recevaient des entiers codés en BCD de la part des entrées-sorties, et devaient les traiter. Les processeurs binaires devaient faire des conversion BCD-binaire pour communiquer avec les entrées-sorties, mais pas les processeurs décimaux. Le gain en performance pouvait être substantiel dans certaines applications.
===Les instructions BCD des processeurs binaires===
Par la suite, dans les années 80, l'augmentation des performances a favorisé les processeurs binaires. Faire des conversions binaires-BCD n'était plus un problème, les conversions étaient suffisamment rapides. Par contre, faire les calculs en BCD était plus lent que faire les calculs en binaire, ce qui fait que le compromis technologique de l'époque favorisaient le binaire. Mais pour obtenir le meilleur des deux mondes, les processeurs binaires ont ajouté un support du BCD. C'était l'époque des architectures 8 bits, puis 16 bits.
Intuitivement, on se dit que, les processeurs de l'époque des 8 bits avaient leurs instructions de calcul en double : une instruction pour les calculs entier et une autre pour les calculs BCD. Mais d'autres processeurs faisaient autrement. À l'époque des processeurs 8-16 bits, certains processeurs ne géraient pas d'instructions BCD proprement dit, mais géraient quand même les calculs en BCD grâce à des instructions spéciales. Concrètement, les programmeurs utilisaient une instruction d'addition ou de soustraction binaire, mais il était possible de corriger ce résultat pour obtenir le bon résultat codé en BCD. Les processeurs de l'époque disposaient d'une instruction pour faire la correction, souvent appelée ''Decimal Adjust After Addition''.
Avant d'aller plus loin, nous devons préciser que les processeurs 8 bits de l'époque pouvaient gérer deux formats de BCD. Le premier est le '''format ''Packed''''', où deux chiffres sont mémorisé dans un octet. Le premier nibble (4bits) mémorise un chiffre BCD, le second nibble mémorise le second. Il s'agit d'un format qui remplit au maximum les bits de l'octet avec des données utiles. L'autre format, appelé '''''Unpacked''''', ne mémorise qu'un seul chiffre BCD dans un octet. Le chiffre est quasi- tout le temps dans le nibble de poids faible. Il se trouve que la manière de corriger le résultat d'une opération n'est pas la même suivant que le nombre est codé en BCD ''packed'' et ''unpacked''.
Pour commencer, étudions le cas des nombres BCD ''unpacked'', plus simples à comprendre. Lors d'une addition, il se peut que le résultat ne soit pas représentable en BCD ''unpacked''. Par exemple, si je fais le calcul 5 + 8, le résultat sera 13 : il tient dans un nibble en décimal, mais pas en BCD ! Cette situation survient quand le résultat d'une addition de deux entiers BCD ''unpacked'' dépasse 9, la limite de débordement en BCD ''unpacked''. Nous avons vu dans le chapitre sur les circuits d'addition que la correction est alors toute simple : si le résultat dépasse 9, on ajoute 6. De plus, on doit prévenir que le résultat a débordé et ne tient pas sur un nibble en BCD. Pour cela, on ajoute un bit spécialisé, appelé le '''''half carry flag''''', indicateur de demi-retenue en français, qui joue le même rôle que le bit de débordement, mais pour le BCD ''unpacked''. Sur les processeurs x86, tout cela est réalisé par une instruction appelée ''ASCII adjust after addition''.
: Pour la soustraction, il faut faire la même chose, sauf qu'il faut soustraire 6, pas l'ajouter. Et il y a aussi une instruction pour cela : ''ASCII adjust after substraction''.
Pour les nombres BCD ''packed'', la procédure est globalement la même, sauf qu'il faut traiter les deux ''nibbles'' : on ajoute 6 si le nibble de poids faible dépasse 9, puis on fait la même chose avec le ''nibble'' de poids fort. Le bit ''half carry flag'' n'est pas mis à jour et est tout simplement ignoré. Notons qu'on modifie d'abord le ''nibble'' de poids faible, avant de traiter celui de poids fort. En effet, si on corrige celui de poids faible, la retenue obtenue en ajoutant 6 se propage au nibble suivant, ce qui fait que ce dernier peut voir sa valeur augmenter. Une fois cela fait, le bit de retenue est mis à 1. La procédure est différente, vu qu'il faut traiter deux ''nibles'' au lieu d'un, et que le bit ''half-carry'' est ignoré au profit du bit de retenue normal. D'où l'existence d'une instruction séparée pour l'addition des nombres BCD ''packed'', appelée ''Décimal adjust after addition'' sur les processeurs x86.
Les processeurs modernes ne supportent plus le BCD, car il est très peu utilisé. Les processeurs ARM et MIPS ont toujours fait sans instructions BCD. Les processeurs x86 des PC désactivent les instructions BCD en mode 64 bits, mais conservent des opérations BCD en mode 32 bits, pour des raisons de compatibilité. Le support du codage BCD est surtout quelque chose qu'on trouve sur les anciens processeurs.
==Les instructions flottantes==
Passons maintenant au support des nombres flottants. Avant les années 60, les processeurs n'était pas encore capables de faire de calculs avec des nombres flottants. Les calculs flottants étaient émulés soit par une bibliothèque logicielle, soit par le système d'exploitation. Pour améliorer les performances, les concepteurs de processeurs ont conçus des '''coprocesseurs arithmétiques''', des processeurs secondaires spécialisés dans les calculs flottants, qui complémentaient le processeur principal, et avaient leur propre emplacement sur la carte mère. Par la suite, les concepteurs de processeurs ont incorporé des instructions de calculs sur des nombres flottants, rendant le coprocesseur inutile.
Pour supporter les nombres flottants, il y a deux écoles. La première utilise des instructions flottantes séparées des instructions entières. La seconde utilise des instructions d'addition/soustraction/multiplication généralistes, capables de traiter indifféremment entiers et flottants, voire les encodages BCD.
===Les architectures taguées===
Le second cas correspond à certaines machines assez anciennes, datant des années 50 à 70. Ces processeurs n'avaient qu'une seule instruction d'addition, qui pouvait traiter indifféremment flottants, nombres entiers codés en BCD, en complément à deux, etc. Pour cela, les opérandes étaient associés à un type qui précisait s'il s'agissait d'un opérande flottant, entier, BCD, d'un pointeur, ou autre. Le traitement effectué par une instruction dépendait des ''tag'' associés aux opérandes. Par exemple, si les deux opérandes avaient un ''tag'' "entier", l'instruction faisait un calcul entier. Si les deux opérandes avaient un ''tag'' "flottant", l'instruction faisait un calcul flottant.
Le type de l'opérande était encodé avec un ''tag'', une sorte de numéro codé en binaire. Le ''tag'' était stocké en mémoire à côté de l'opérande, un mot mémoire contenait la donnée et le ''tag'' concaténés l'un à la suite de l'autre. Le défaut est que la mémoire devait être conçue pour gérer le ''tag'', de même que le processeur. Des processeurs de ce type s'appellent des ''architectures à tags'', ou '''tagged architectures''', en référence au ''tag'' ajouté dans la mémoire.
Mais les processeurs modernes n'utilisent pas cette technique, du fait de son cout en mémoire. À la place, le processeur dispose d'une instruction par type à manipuler : une instruction de multiplication pour les flottants, une autre pour les entiers codés en complément à deux, etc.
===Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées===
Les processeurs modernes disposent d''''instructions de calculs flottants''', qui font des calculs avec des nombres flottants. En général, les instructions flottantes les plus courantes sont l'addition, la soustraction, la multiplication et la division. D'autres opérations plus complexes peuvent être supportées, comme les fonctions trigonométriques, les logarithmes, l'exponentielle, la fonction puissance, etc. Mais c'est déjà un peu plus rare, la majorité des processeurs anciens se contentent des quatres opérations de base.
: Nous palerons aussi d'''instructions flottantes'' pour désigner les ''instructions de calcul flottant''. Mais les deux termes ne sont pas strictement équivalent, car les ''instructions flottantes'' regroupent toutes les instructions flottantes, pas que les calculs flottants. La différence entre les deux deviendra plus claire quand on arrivera à la section sur les isntructions d'accès mémoire.
En général, les processeurs utilisent des registres séparés pour les nombres flottants. Ils ont d'un côté des '''registres généraux''' pour les nombres entiers et les adresses mémoire, de l'autre des '''registres flottants''' pour les nombres flottants. Les instructions de calcul flottants utilisent ces ''registres flottants'' uniquement, elles ne peuvent pas lire/écrire dans les registres généraux, sauf pour quelques exceptions. La séparation entre registres flottants et entiers est la source de quelques subtilités, qu'on abordera dans la section sur les instructions d'accès mémoire.
Le standard IEEE 754 standardise quelques instructions flottantes : les quatre opérations arithmétiques de base, les comparaisons et la racine carrée. Certains processeurs vont plus loin et implémentent aussi d'autres instructions sur les flottants qui ne sont pas supportées par la norme IEEE 754. Par exemple, certaines fonctions mathématiques telles que sinus, cosinus, tangente, arctangente et d'autres. Le seul problème, c'est que ces instructions peuvent mener à des erreurs de calcul incompatibles avec la norme IEEE 754. Heureusement, les compilateurs peuvent mitiger ces désagréments.
Il faut néanmoins préciser que le support de la norme IEEE 754 n'est pas une obligation : certains processeurs ne la supportent que partiellement. Par exemple, certains processeurs ne supportent que les flottants simple précision, mais pas les double précision (ou inversement). Exemple : les premiers processeurs Intel ne géraient que les flottants double précision étendue. D'autres processeurs ne gèrent pas les ''underflow'', ''overflow'', les NaN, les infinis, ou même les flottants dénormaux. Précisons que même lorsque la gestion des dénormaux est implémentée en hardware (comme c'est le cas sur certains processeurs AMD), celle-ci reste malgré tout très lente.
Si les exceptions ne sont pas supportées, le processeur peut être configuré de façon à soit ignorer les exceptions en fournissant un résultat, soit déclencher une exception matérielle (à ne pas confondre avec les exceptions de la norme). Le choix du mode d'arrondi ou la gestion des exceptions flottantes se fait en configurant un registre dédié, intégré dans le processeur.
Plus rarement, il arrive que certains processeurs gèrent des formats de flottants spéciaux qui ne font pas partie de la norme IEEE 754. Par exemple, certains processeurs utilisent des formats de flottants différents de la norme IEEE 754, avec par exemple des flottants codés sur 8 ou 16 bits, qui sont très utiles pour les applications qui se contentent très bien d'un résultat approché.
==Les instructions logiques==
À côté des instructions de calcul, on trouve des '''instructions logiques''' qui travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les opérations bit à bit ont déjà été vues dans les premiers chapitres, ceux sur l'électronique. Pour rappel, les plus courantes sont :
* La négation, ou encore le NON bit à bit, inverse tous les bits d'un nombre : les 1 deviennent des 0 et les 0 deviennent des 1.
* Le ET bit à bit, qui agit sur deux nombres : il va prendre les bits qui sont à la même place et va effectuer un ET (l’opération effectuée par la porte logique ET). Exemple : 1100·1010=1000.
* Les instructions similaires avec le OU ou le XOR.
Mais d'autres instructions sont intéressantes à étudier.
===Les instructions de décalage et de rotation===
Les '''instructions de décalage''' décalent tous les bits d'un nombre vers la gauche ou la droite. Pour rappel, il existe plusieurs types de décalages : les rotations, les décalages logiques, et les décalages arithmétiques. Nous avions déjà vu ces trois opérations dans le chapitre sur les circuits de décalage et de rotation, ce qui fait que nous allons simplement faire un rappel dans le tableau suivant. Pour résumer, voici la différence entre les trois opérations :
{|class="wikitable"
|-
!
! Schéma
! Gestion des bits sortants
! Remplissage des vides laissés par le décalage
|-
! Rotation
|[[File:Rotation de bits.png|Rotations de bits.]]
| Réinjectés dans les vides laissés par le décalage
| Remplis par les bits sortants
|-
! Décalage logique
|[[File:Décalage logique.png|Décalage logique.]]
| rowspan="2" | Les bits sortants sont oubliés
| Remplis par des zéros
|-
|-
! Décalage arithmétique
|[[File:Décalage arithmétique.png|Décalage arithmétique.]]
| Remplis par :
* le bit de signe pour les bits de poids fort ;
* des zéros pour les bits de poids faible .
|}
Pour rappel, les décalages de n rangs sont équivalents à une multiplication/division par 2^n. Un décalage à gauche est une multiplication par 2^n, alors qu'un décalage à droite est une division par 2^n. Les décalages logiques effectuent la multiplication/division pour un nombre non-signé (positif), alors que les décalages arithmétiques sont utilisés pour les nombres signés. Précisons cependant que pour ce qui est des décalages à droite, les décalages logiques et arithmétiques n'arrondissent pas le résultat de la même manière. Les décalages logiques à droite arrondissent vers zéro, alors que les décalages arithmétiques arrondissent vers la valeur inférieure (vers moins l'infini). De plus, les décalages à gauche entraînent des débordements d'entiers qui ne se gèrent pas de la même manière entre décalage logique et décalage arithmétique.
La plupart des processeurs stockent le bit sortant dans un registre, généralement le registre qui stocke le bit de retenue des additions qui est réutilisé pour cette optique. Ils possèdent aussi une variante des instructions de décalage où le bit de retenue est utilisé pour remplir le bit libéré au lieu de mettre un zéro. Cela permet d'enchaîner les décalages sur un nombre de bits plus grand que celui supporté par les instructions en procédant par morceaux. Par exemple, pour un processeur supportant les décalages sur 8 et 16 bits, il peut enchaîner deux décalages de 16 bits pour décaler un nombre de 32 bits ; ou bien un décalage de 8 bits et un autre de 16 bits pour décaler un nombre de 24 bits.
[[File:Shift Arithmetic Right.svg|centre|vignette|Décalage arithmétique à droite, où le bit sortant est mémorisé dans le bit de retenue (CF pour ''Carry Flag'').]]
Ils existe une variante des instructions de rotation où le bit de retenue est utilisé. Un bon exemple est celui des instructions LRCY (''Left Rotate Through Carry'') et RRCY (''Right Rotate Through Carry''). La première est un décalage/rotation à gauche, l'autre est un décalage/rotation à droite. Les deux décalent un registre de 16 bits, mais on pourrait imaginer la même chose avec des registres de taille différente. Lors du décalage, le bit sortant est mémorisé dans le registre de retenue, alors que le bit de retenue précédent est lui envoyé dans le vide laissé par le décalage. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une rotation, sauf que le nombre décalé/rotaté est composé du registre concaténé au bit de retenue, le bit de retenue étant le bit de poids fort pour un décalage à gauche, de poids faible pour un décalage à droite.
====Le cas particuliers des processeurs ARM====
Sur les processeurs ARM, il n'y a pas d'instruction de décalage à proprement parler, ni de rotations. Par contre, les décalages sont fusionnés avec la plupart des opérations arithmétiques ! Toute opération arithmétique prend deux registres d'opérandes et un registre de destination, ainsi qu'un décalage facultatif. Le décalage est appliqué sur la seconde opérande automatiquement, sans avoir à faire une instruction séparée. À l'intérieur de l'instruction, deux bits précisent quel type de décalage effectuer (logique à droite, arithmétique à droite, à gauche, rotation à droite). Le nombre de rangs dont il faut décaler est soit encodé directement dans l'instruction sur 5-6 bits, soit précisé dans un registre.
Toutes les instructions ne permettent pas de faire un décalage automatique. Seules les opérations simples peuvent le faire, à savoir les additions, soustractions, copies d'un registre à un autre, les opérations logiques, et quelques autres. Et cela se marie très bien avec le fait qu'on applique le décalage sur la seconde opérande fait qu'il se marie très bien avec les calculs d'adresse. En effet, quand un programmeur manipule une structure de données, notamment un tableau, il arrive souvent qu'il fasse des calculs d'adresse cachés. La majeure partie de ces calculs d'adresse sont de la forme : adresse de base + (indice * taille de la donnée). Vu que les données ont très souvent une taille qui est une puissance de deux, le second terme se calcule en décalant l'indice, le calcul total demande une simple addition avec une opérande décalée, ce qui prend une seule instruction sur les processeur ARM.
===Les instructions de manipulation de bits===
D'autres opérations effectuent des calculs non pas bit à bit (on traite en parallèle les bits sur la même colonne), mais qui manipulent les bits à l'intérieur d'un nombre. les plus simples d'entre elles comptent sur les bits.
Une instruction très commune de ce type est l'instruction '''''population count''''', qui compte le nombre de bits d'un nombre qui sont à 1. Par exemple, pour le nombre 0100 1100 (sur 8 bits), la ''population count'' est de 3. Il s'agit d'une instruction utile dans les codes correcteurs d'erreur, très utilisés pour tout et n'importe quoi (trames réseau, sommes de contrôle des secteurs des disques dur, et bien d'autres). De plus, elle permet de calculer facilement le bit de parité d'un nombre, ce qui est utile pour les codes de détection d'erreur. En soi, l'instruction est facultative et l'implémenter est un choix qui n'est pas trivial. Mais cette instruction est très simple à implémenter en circuits, sans compter que son implémentation utilise assez peu de transistors. Le circuit de calcul est ridiculement simple, utilise peu de transistors.
Les processeurs gèrent aussi assez souvent des instructions pour compter les zéros ou les uns après le bit de poids fort/faible. Pour rappel, voici les quatre possibilités :
* '''''Count Trailing Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à droite du 1 de poids faible.
* '''''Count Leading Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à gauche du 1 de poids fort.
* '''''Count Trailing Ones''''' donnent le nombre de 1 situés à gauche du 0 de poids fort.
* '''''Count Leading Ones''''' donne le nombre de 1 situés à droite du 0 de poids faible.
[[File:Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.png|centre|upright=2.0|vignette|Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.]]
Comme vous le voyez sur le schéma du dessus, ces quatre opérations de comptage sont liées à quatre autres opérations. Ces dernières donnent la position du 0 ou du 1 de poids faible/fort :
* '''''Find First Set''''', donne la position du 1 de poids faible.
* '''''Find highest set''''' donne la position du 1 de poids fort.
* '''''Find First Zero''''' donne la position du 0 de poids faible.
* '''''Find Highest Zero''''' donne la position du 0 de poids fort.
Il est rare que des processeurs s’implémentent toutes ces opérations. En effet, le résultat de certaines opérations se calcule à partir des autres. Pour donner un exemple, les processeurs x86 modernes incorporent une extension, appelée '''''Bit manipulation instructions sets (BMI sets)''''', qui ajoute quelques instructions de ce type. Pour le moment, seules les instructions ''Count Trailing Zeros'' et ''Count Leading Zeros'' sont supportées.
Et il existe bien d'autres instructions de ce type. On peut citer, par exemple, l'instruction BLSI, qui ne garde que le 1 de poids faible et met à zéro tous les autres bits. L'instruction BLSR quant à elle, met à 0 ce 1 de poids faible. Et il y en a bien d'autres, qui impliquent le 1 de poids fort, le 0 de poids faible, le 1 de poids faible, etc.
===Les instructions d'extension de registres===
Certains processeurs sont capables de gérer des données de taille diverses. Ils peuvent par exemple gérer des données codées sur 16 bits ou sur 32 bits comme c'est le cas sur certains processeurs anciens. Comme autre exemple, les processeurs x86 modernes peuvent gérer des données de 8, 16 et 32 bits. Pour cela, ils disposent généralement de registres de taille différentes, certains font 8 bits, d'autres 16, d'autres 32, etc. Dans ce cas, il est courant que l'on ait à faire des conversions vers un nombre de taille plus grande. Par exemple, convertir un nombre de 8 bits en un nombre de 16 bits, ou un nombre de 8 bits en 32 bits. Les processeurs de ce type incorporent des instructions pour ce faire, qui s'appellent les '''instructions d'extension de nombres'''.
La seule difficulté de ces instructions tient à la manière dont on remplit les bits de poids forts. Par exemple, si l'on passe de 8 bits à 16 bits, les 8 bits de poids forts sont inconnus. Pareil si on passe de 16 bits à 32 bits : quelle doit être la valeur des 16 bits de poids fort ? Intuitivement, on se dit qu'il suffit de les remplir par des zéros. Faire ainsi marche très bien, mais à condition que le nombre soit un nombre positif ou nul. Mais dans le cas d'un nombre négatif, cela ne marche pas (le résultat n'est pas bon). Pour les nombres codés en complément à deux, il faut remplir les bits manquants par le bit de signe, le bit de poids fort. On a donc deux choix : soit on remplit les bits manquants par des 0, ou par le bit de poids fort. Globalement, les deux choix possibles correspondent à deux instructions : une pour les nombres non-signés et une autre pour les nombres codés en complément à deux. On parle respectivement d''''instruction de ''zero extension''''' et '''instruction d'extension de signe'''.
Formellement, les instructions d'extension de nombre sont des copies entre registres : le contenu d'un registre est copié dans un autre plus grand. L'extension de signe est couplée avec cette copie, les deux étant effectués en une instruction. Du moins, c'est le cas sur la plupart des processeurs. On pourrait imaginer séparer les deux en deux instructions séparées, une instruction MOV (qui copie un registre dans un autre, comme on le verra plus bas) et une instruction d'extension de signe/zéro. Dans ce cas, l'instruction d'extension de signe/zéro prend un registre de grande taille et étend la donnée dans ce registre. Par exemple, pour une extension de signe de 16 à 32 bits, l'instruction prendrait un registre de 32 bits, ne considérerait que les 16 bits de poids faible et effectuerait l'extension de signe/zéro à partir de ces derniers. En soi, l'extension avec des zéros est un simple masque, réalisable avec des opérations bit à bit et cette instruction n'a pas besoin d'être implémentée. Par contre, les instructions d'extension de signe sont elles très utiles.
De plus, une instruction d'extension de signe séparée a l'avantage d'être utilisable même sur des architecture avec des registres de taille identique. Mais quel intérêt, me direz-vous ? Il faut savoir que certaines langages de programmation permettent de travailler sur des entiers dont on peut préciser la taille. Un même programme peut ainsi manipuler des entiers de 16 bits et de 32 bits, ou des entiers de 8, d'autres de 16, d'autres de 32, et d'autres de 64. L'intérêt n'est as évident, mais un bon exemple est celui de la rétrocompatibilité entre programmes. Par exemple, un programme 64 bits qui utilise une librairie 32 bits, ou un programme codé en 64 bits qui émule une console 16 bits. Ou encore, la communication entre un programme codé en 16 bits avec un capteur qui mesure des données de 8 bits. Bref, les possibilités sont nombreuses. Imaginons que tout se passe dans des registres de 32 bits. Le processeur peut incorporer des instructions de calcul sur 16 bits, en plus des instructions 32 bits. Dans ce cas, l'extension de signe sert à faire des conversions entre entiers de taille différentes.
===Les instructions de permutation d'octets===
Les instructions de ''byte swap'', aussi appelée '''instructions de permutation d'octets''', échangent de place les octets d'un nombre. Leur implémentation varie grandement selon la taille des entiers. Le cas le plus simple est celui des instructions qui travaillent sur des entiers de 16 bits, soit deux octets. Il n'y a alors qu'une seule solution pour échanger les octets : l'octet de poids fort devient l'octet de poids faible et réciproquement. Les deux octets échangent leur place.
Pour les nombres de 32 bits, soit 4 octets, il y a plusieurs possibilités. La première inverse l'ordre des octets dans le nombre : on échange l'octet de poids faible et de poids fort, mais on échange aussi les deux octets restant entre eux. Une autre solution découpe l'entier en deux morceaux de 16 bits : l'un avec les deux octets de poids fort, l'autre avec les deux octets de poids faible. Les octets sont inversés dans ces blocs de 16 bitzs, mais on n'effectue pas d'autres échanges. On peut aussi échanger les deux morceaux de 16 bits, mais sans changer l'ordre des octets dans les blocs.
[[File:Instruction de permutation d'octets.png|centre|vignette|upright=2|Instruction de permutation d'octets]]
L'utilité de ces instructions n'est pas évidente au premier abord, mais elle sert beaucoup dans les opérations de conversion de données. Tout cela devrait devenir plus clair dans le chapitre sur le boutisme.
==Les instructions d'accès mémoire==
Les instructions d’accès mémoire permettent de copier ou d'échanger des données entre le processeur et la RAM. On peut ainsi copier le contenu d'un registre en mémoire, charger une donnée de la RAM dans un registre, initialiser un registre à une valeur bien précise, etc. Il en existe plusieurs, les plus connues étant les suivantes : LOAD, STORE et MOV. D'autres processeurs utilisent une instruction d'accès mémoire généraliste, plus complexe.
===Les instructions d'accès à la RAM : LOAD et STORE===
Les instructions LOAD et STORE sont deux instructions qui permettent d'échanger des données entre la mémoire RAM et les registres. Elles copient le contenu d'un registre dans la mémoire, ou au contraire une portion de mémoire RAM dans un registre.
* L''''instruction LOAD''' est une instruction de lecture : elle copie le contenu d'un ou plusieurs mots mémoire consécutifs dans un registre. Le contenu du registre est remplacé par le contenu des mots mémoire de la mémoire RAM.
* L''''instruction STORE''' fait l'inverse : elle copie le contenu d'un registre dans un ou plusieurs mots mémoire consécutifs en mémoire RAM.
{|class="wikitable"
|[[File:Instruction LOAD.png|300px|Instruction LOAD.]]
|[[File:Instruction STORE.png|300px|Instruction STORE.]]
|}
En théorie, une variante de l'instruction STORE peut enregistrer une constante en mémoire RAM. Il est en théorie possible pour une instruction STORE modifiée de stocker la valeur 9 dans l'adresse X, par exemple. La constante est fournie par l'instruction, elle n'est pas stockée dans un registre, mais carrément intégrée à l'instruction. Cela sera plus clair quand nous verrons les modes d'adressage, notamment le mode d'adressage immédiat.
Plus haut dans le chapitre, j'ai dit qu'un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs dédiées, certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Et bien il en est de même pour les instructions LOAD et STORE, qui ont chacune une variante pour les entiers 8, 16, 32, 64 bits.
De telles instructions ne font pas que lire ou écrire des données. Pour comprendre pourquoi, prenons un processeur 64 bits. Il dispose d'un bus de 64 bits, pour lire ou écrire des mots mémoire de 64 bits chacun. Pour des lectures de 8, 16 ou 32 bits, un mot mémoire entier est lu, puis seuls les octets adéquats sont conservés. Par exemple, pour une lecture 32 bits, un mot mémoire de 64 bits est lu, puis une opération de masquage (ET bit à bit) met à zéro le 32 bits inutiles. Ce sont souvent les 32 bits de poids faible ou de poids fort qui sont mis à zéro. Il en est de mêma vec les lectures 16 bits, sauf que les 48 bits inutiles sont alors mis à zéro, idem avec les lectures 8 bits.
Pour les écritures, les choses sont encore plus compliquées. Imaginez que je veuille modifier 32 bits. Les 32 bits à modifier font partie d'un mot mémoire de 64 bits, qui contient les 32 bits utiles, et 32 bits supplémentaires. l'écriture ne doit pas effacer les 32 bits supplémentaires, seulement les 32 bits utiles. Pour cela, le processeur n'a pas le : il doit lire un mot mémoire de 64 bits, modifier le 32 bits utiles, puis réécrire le tout en mémoire RAM. L'écriture demande de faire une lecture, une modification, puis une écriture. Le mot mémoire de 64 bits est copié dans un registre, la modification se fait dans ce registre, vient une opération de masquage complexe, puis l'écriture est effectuée.
===Les instructions de transfert entre registres : MOV et XCHG===
L''''instruction MOV''' copie le contenu d'un registre dans un autre sans passer par la mémoire. C'est donc un échange de données entre registres, qui n'implique en rien la mémoire RAM, mais MOV est quand même considérée comme une instruction d'accès mémoire. Les données sont copiées d'un registre source vers un registre de destination. Le contenu du registre source est conservé, alors que le contenu du registre de destination est écrasé (il est remplacé par la valeur copiée). Cette instruction est utile pour gérer les registres, notamment sur les architectures avec peu de registres et/ou sur les architectures avec des registres spécialisés.
[[File:Instruction MOV.png|centre|300px|Instruction MOV.]]
Mais quelques rares architectures ne disposent pas d'instruction MOV, qui n'est formellement pas nécessaire, même si bien utile. En effet, on peut émuler une instruction MOV avec des instructions logiques utilisées convenablement. L'idée est de faire une opération dont le résultat est l'opérande envoyée, et d'enregistrer le résultat dans le registre de destination. Par exemple, on peut faire un OU entre le registre opérande et 0 : le résultat sera l'opérande. Idem avec un ET et la valeur adéquate. Ou encore, on peut imaginer faire un ET/OU entre un registre et lui-même : le résultat est égal au contenu du registre opérande.
Quelques processeurs assez rares ont des instructions pour échanger le contenu de deux registres. Par exemple, on peut citer l''''instruction XCHG''' sur les processeurs x86 des PC anciens et actuels. Elle permet d'échanger le contenu de deux registres, quel qu'ils soient, il n'y a pas de restrictions sur le registre source et sur le registre de destination. Mais d'autres processeurs ont des restrictions sur les registres source et destination. Par exemple, le processeur Z80 a des instructions d'échanges assez restrictives, comme on le verra dans quelques chapitres.
Sur les processeurs ARM, l'instruction MOV fait partie des instructions qui permettent d'effectuer un décalage sur la seconde opérande. Il s'agit en réalité de décalages/rotations décalées, qui sont fusionnées avec une instruction MOV. L'instruction MOV des processeurs ARM fait soit un MOV normal, soit un décalage.
===L'instruction mémoire généraliste : une alternative à LOAD et STORE===
Sur certains processeurs, il n'y a pas d'instruction LOAD ou STORE, ni même MOV . À la place, on trouve une '''instruction d'accès mémoire généraliste''', qui fusionne les trois. Elle est capable de faire une lecture, une écriture, ou une copie entre registres, et parfois une copie d'une adresse mémoire vers une autre. Les trois premières opérations sont presque toujours supportées, mais la copie d'une adresse mémoire vers une autre est beaucoup plus rare.
Sur les processeurs x86, l'instruction généraliste s'appelle l'instruction MOV. Elle gère la lecture en RAM, l'écriture en RAM, la copie d'un registre vers un autre, l'écriture d'une constante dans un registre ou une adresse. Par contre, elle ne gère pas la copie d'une adresse mémoire vers une autre ; pour un transfert de mémoire à mémoire, il faut utiliser les instructions MOVS* ('''''Mov'''e '''S'''tring'' ; MOVSB : par octets, MOVSW : par mots de 16-bits, ...).
===Les instructions d'accès mémoire complexes===
Nous venons de voir les instructions LOAD, STORE et les transferts entre registres. Elles sont présentes sur tous les processeurs, modernes comme anciens. Mais quelques processeurs gèrent des instructions mémoire plus complexes. Elles ont tendance à effectuer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les '''instructions de copie mémoire''' copient une donnée d'une adresse vers une autre. Les copies en mémoire sont des opérations très fréquentes, il est très fréquent qu'un programme copie un bloc de mémoire dans un autre et beaucoup de programmeurs ont déjà été confronté à un tel cas. Aussi, les processeurs ajoutent des instructions multi-accès pour accélérer ces copies, ce qui fait un bon compromis entre performance et simplicité d'implémentation.
D'autres instructions d'accès mémoire plus complexes existent. Pour en donner un exemple, citons les instructions de transferts par bloc sur les premiers processeurs ARM. Ces instructions permettent de copier plusieurs registres en mémoire RAM, en une seule instruction. Sur l'ARM1, il y a 16 registres en tout. Les instructions de transfert de bloc peuvent sélectionner n'importe quel sous-ensemble de ces 16 registres, pour les copier en mémoire : on peut sélectionner tous les registres, une partie des registres (5 registres sur 16, ou 7, ou 8, ...), voire aucun registre.
D'autres instructions mémoires effectuent des opérations à l'utilité moins évidente. Sur certains processeurs, on trouve notamment des instructions pour vider la mémoire cache de son contenu, pour la réinitialiser. L'utilité ne vous est pas évidente, mais cela peut servir dans certains scénarios, notamment sur les architectures avec plusieurs processeurs pour synchroniser ces derniers. Cela sert aussi pour le système d'exploitation, qui doit remettre à zéro certains caches (comme la TLB qu'on verra dans le chapitre sur la mémoire virtuelle) quand on exécute plusieurs programmes en même temps.
===Les instructions mémoire flottantes===
Plus haut, j'ai parlé du fait que certains processeurs avaient des registres flottants séparés des registres généraux. Mais encore faut-il pouvoir les remplir, ces registres flottants. Et cela implique de charger des opérandes depuis la mémoire RAM à un moment où un autre. Pour lire ou écrire ces registres, le processeur utilise des instructions mémoire séparées, distinctes des instructions LOAD et STORE vues plus haut. Pour faire la différence, ces instructions sont appelées '''FLOAD''' et '''FSTORE'''.
Elles sont séparées des LOAD/STORE normaux pour plusieurs raisons. La première est évidemment que les registres utilisés ne sont pas les mêmes : registres "généraux" pour LOAD/STORE, registres flottants pour FLOAD et FSTORE. La seconde raison est que les nombres flottants et entiers n'ont pas forcément la même taille. Et cela impacte à la fois la taille des registres, mais aussi les transferts mémoire.
Un nombre flottant fait 32 ou 64 bits, suivant qu'on parle d'un flottant simple ou double précision. Sur un processeur 32 bits, les flottants simple précision ont la même taille qu'un entier, les flottant double précision sont deux fois plus gros. Mais sur un processeur 64 bits, c'est l'inverse : les flottants double précision font la même taille qu'un entier, les simples précision sont deux fois plus petits. Et ne parlons pas du cas de certaines architectures 16 bits qui supportent quand même les nombres flottants ! Elles sont très rares, mais elles existent. Pour le moment, concentrons-nous sur les processeurs 32 et 64 bits.
En général, les registres flottants font 64 bits (parfois 80, mais je passe cela sous silence), afin de mémoriser des flottants double précision. Et ce, même sur les processeurs 32 bits. La gestion des nombres flottants est en effet apparue sur les architectures 32 bits et elles supportaient les calculs en double précision dès le départ. Et cette différence entre 32 et 64 bits a posé quelques problèmes. Les registres flottants n'avaient pas la même taille que les registres généraux : 32 pour les registres généraux, 64 pour les registres flottants. Mais ce n'était pas un énorme problème.
Le vrai problème est que les lectures/écritures flottantes faisaient des transferts de 64 bits entre les registres flottants et la mémoire RAM. Or, le bus de données de ces processeurs faisait 32 bits, vu que c'était des architectures 32 bits. Lire/écrire un flottant demandait donc de faire deux accès mémoire consécutifs. Par exemple, lire un flottant depuis la RAM demandait de lire deux morceaux de 32 bits, le flottant était chargé en deux fois. Cette différence fait qu'il est préférable d'utiliser des instructions FSTORE/FLOAD séparées des instructions LOAD/STORE. Leur comportement n'est pas le même : LOAD/STORE lisent un seul mot mémoire, FLOAD/FSTORE en lisent deux pour la double précision.
Un autre détail est qu'il existe des instructions FLOAD et FSTORE spécialisées pour les flottants simple précision. Par exemple, une instruction FLOAD en simple précision ne lit que 32 bits en mémoire, puis le flottant est convertit en double précision 64 bits, avant d'être enregistré dans les registres. Pour l'écriture, c'est l'inverse : un flottant double précision est convertit en simple précision 32 bits, avant d'être écrit en mémoire. Le comportement est alors différent : FLOAD/FSTORE ne lisent/écrivent qu'un seul mot mémoire, de 32 bits, mais doivent faire une conversion entre simple et double précision.
Il faut noter que c'est l'inverse sur les processeurs 64 bits. Là, un flottant double précision peut être lu/écrit en un seul accès mémoire, vu que le bus de données fait 64 bits. Par contre, les flottants simples précision sont gérés un peu autrement. Concrètement, l'instruction FLOAD lit un mot de 64 bits, mais n'en garde que la moitié adéquate. L'instruction d'écriture fait elle plus de traail : elle doit lire un mot de 64 bits, en modifier la moitié, et réécrire le tout en mémoire RAM.
Vu qu'il y a des registres flottants séparés, il y aussi des instructions de copie de registre séparées pour les registres flottants. L'instruction XCHG a son équivalent flottant '''FXCHG''', l'instruction MOV a une '''instruction FMOV''' séparées, etc.
Un autre moyen de remplir un registre flottant est d'obtenir sa valeur depuis un registre général. Attention, je ne parle pas de copier un registre général dans un flottant, ou inversement. Je parle de convertir une opérande entière en un nombre flottant. Et il y a des instructions dédiées pour cela. Par exemple, il y a une instruction prend un registre entier, convertit sa valeur en flottant 64 bits, et écrit le résultat dans un registre flottant. Idem avec la conversion inverse, de flottant vers entier, qui a sa propre instruction dédiée. Et ces deux instructions ont deux variantes, suivant que le flottant soit simple ou double précision. De telles '''instructions de conversion entier-flottant''' ne sont pas à proprement parler des instructions de copie entre registre, ce sont plus un intermédiaire entre copie entre registres et opération de calcul.
==Les instructions de contrôle (branchements et tests)==
Un processeur serait sacrément inflexible s'il ne faisait qu'exécuter des instructions dans l'ordre. Certains processeurs ne savent pas faire autre chose, comme le Harvard Mark I, et il est difficile, voire impossible, de coder certains programmes sur de tels ordinateurs. Mais rassurez-vous : il existe de quoi permettre au processeur de faire des choses plus évoluées. Pour rendre notre ordinateur "plus intelligent", on peut par exemple souhaiter que celui-ci n'exécute une suite d'instructions que si une certaine condition est remplie. Ou faire mieux : on peut demander à notre ordinateur de répéter une suite d'instructions tant qu'une condition bien définie est respectée. Diverses '''structures de contrôle''' de ce type ont donc étés inventées.
Voici les plus utilisées et les plus courantes : ce sont celles qui reviennent de façon récurrente dans un grand nombre de langages de programmation actuels. Concevoir un programme (dans certains langages de programmation), c'est simplement créer une suite d'instructions, et utiliser ces fameuses structures de contrôle pour l'organiser. D'ailleurs, ceux qui savent déjà programmer auront reconnu ces fameuses structures de contrôle. On peut bien sur en inventer d’autres, en spécialisant certaines structures de contrôle à des cas un peu plus particuliers ou en combinant plusieurs de ces structures de contrôles de base, mais cela dépasse le cadre de ce cours : on ne va pas vous apprendre à programmer.
{|class="wikitable"
|-
! Nom de la structure de contrôle
! Description
|-
! SI...ALORS
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée
|-
! SI...ALORS...SINON
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée ou exécute une autre suite d'instructions si elle ne l'est pas.
|-
! Boucle WHILE...DO
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée.
|-
! Boucle DO...WHILE aussi appelée REPEAT UNTIL
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée. La différence, c'est que la boucle DO...WHILE exécute au moins une fois cette suite d'instructions.
|-
! Boucle FOR
| Répète un nombre fixé de fois une suite d'instructions.
|}
Les '''conditions''' à respecter pour qu'une structure de contrôle fasse son office sont généralement très simples.
Elles se calculent le plus souvent en comparant deux opérandes (des adresses, ou des nombres entiers ou à virgule flottante).
Elles correspondent le plus souvent aux comparaisons suivantes :
* A == B (est-ce que A est égal à B ?) ;
* A != B (est-ce que A est différent de B ?) ;
* A > B (est-ce que A est supérieur à B ?) ;
* A < B (est-ce que A est inférieur à B ?) ;
* A >= B (est-ce que A est supérieur ou égal à B ?) ;
* A <= B (est-ce que A est inférieur ou égal à B ?).
Il est également possible de tester si le bit d'un registre ou octet mémoire est à 1 ou 0.
Notamment le registre des indicateurs est testé après une instruction arithmétique (est-ce que le calcul a généré une retenue, ...).
Pour implémenter ces structures de contrôle, on a besoin d'une instruction qui saute en avant ou en arrière dans le programme, suivant le résultat d'une condition. Par exemple, un SI...ALORS zappera une suite d'instruction si une condition n'est pas respectée, ce qui demande de sauter après cette suite d’instruction cas échéant. Répéter une suite d'instruction demande juste de revenir en arrière et de redémarrer l’exécution du programme au début de la suite d'instruction. Nous verrons comment sont implémentées les structures de contrôle plus bas, mais toujours est-il que cela implique de faire des sauts dans le programme. Faire un saut en avant ou en arrière dans le programme est assez simple : il suffit de modifier la valeur stockée dans le ''program counter'', ce qui permet de sauter directement à une instruction et de poursuivre l'exécution à partir de celle-ci. Et un tel saut est réalisé par des instructions spécialisées. Dans ce qui va suivre, nous allons appeler '''instructions de branchement''' les instructions qui sautent à un autre endroit du programme. Ce n'est pas la terminologie la plus adaptée, mais elle conviendra pour les explications.
L'implémentation des structures de contrôle demande donc de calculer une condition, puis de faire un saut. Mais il faut savoir que l'implémentation demande parfois de faire un saut, sans avoir à tester de condition. Dans ce cas, l'instruction qui fait un saut sans faire de test de condition est elle aussi une instruction de branchement. Cela nous amène à faire la différence entre un branchement conditionnel et non-conditionnel. La différence entre les deux est simple. Une instruction de '''branchement conditionnel''' effectue deux opérations : un test qui vérifie si la condition adéquate est respectée, et un saut dans le programme aussi appelé branchement. Une instruction de '''branchement inconditionnelle''' ne teste pas de condition et ne fait qu'un saut dans le programme.
===Les structures de contrôle===
Le IF permet d’exécuter une suite d'instructions si et seulement si une certaine condition est remplie.
[[File:Codage d'un if.. en assembleur.jpg|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS en assembleur.]]
Le IF...ELSE sert à effectuer une suite d'instructions différente selon que la condition est respectée ou non : c'est un SI…ALORS contenant un second cas. Une boucle consiste à répéter une suite d'instructions machine tant qu'une condition est valide (ou fausse).
[[File:Codage d'un IF.ELSE en assembleur.png|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS..SINON en assembleur.]]
Les boucles sont une variante du IF dont le branchement renvoie le processeur sur une instruction précédente. Commençons par la boucle DO…WHILE : la suite d'instructions est exécutée au moins une fois, et est répétée tant qu'une certaine condition est vérifiée. Pour cela, la suite d'instructions à exécuter est placée avant les instructions de test et de branchement, le branchement permettant de répéter la suite d'instructions si la condition est remplie. Si jamais la condition testée est fausse, on passe tout simplement à la suite du programme.
[[File:DO...WHILE.jpg|centre|vignette|upright=2|DO...WHILE.]]
Une boucle WHILE…DO est identique à une boucle DO…WHILE à un détail près : la suite d'instructions de la boucle n'a pas forcément besoin d'être exécutée au moins une fois. On peut donc adapter une boucle DO…WHILE pour en faire une boucle WHILE…DO : il suffit de tester si la boucle doit être exécutée au moins une fois avec un IF, et exécuter une boucle DO…WHILE équivalente si c'est le cas.
[[File:WHILE...DO.png|centre|vignette|upright=2|WHILE...DO.]]
===Les branchements conditionnels et leur implémentation ===
Il existe de nombreuses manières de mettre en œuvre les branchements conditionnels et tous les processeurs ne font pas de la même manière. Sur la plupart des processeurs, les branchements conditionnels sont séparés en deux instructions : une instruction de test qui vérifie si la condition voulue est respectée, et une instruction de saut conditionnelle. D'autres processeurs effectuent le test et le saut en une seule instruction machine.
[[File:Implémentations possibles des branchements conditionnels.png|centre|vignette|upright=3|Implémentations possibles des branchements conditionnels]]
: Plus surprenant, sur quelques rares processeurs, le ''program counter'' est un registre qui peut être modifié comme tous les autres. Cela permet de remplacer les branchements par une simple écriture dans le ''program counter'', avec une instruction MOV. Un bon exemple est le processeur ARM1, un des tout premiers processeur ARM. Cette dernière solution n'est presque jamais utilisée, mais elle reste surprenante !
Dans les faits, la solution la plus simple est clairement d'implémenter le tout avec une seule instruction. Mais beaucoup de processeurs anciens utilisent la première méthode, celle qui sépare le branchement conditionnel en deux instructions. Le branchement prend le résultat de l'instruction de test et décide s'il faut passer à l'instruction suivante ou sauter à une autre adresse. Il faut donc mémoriser le résultat de l'instruction de test dans un registre spécialisé, afin qu'il soit disponible pour l'instruction de branchement. L'usage d'un registre intermédiaire pour mémoriser le résultat de l'instruction de test demande d'ajouter un registre au processeur. De plus, le résultat de l'instruction de test varie grandement suivant le processeur, suivant la manière dont on répartit les responsabilités entre test et branchements.
Il existe, dans les grandes lignes, deux techniques pour séparer test et branchement conditionnel. La première impose une séparation stricte entre calcul de la condition et saut : l'instruction de test calcule la condition, le branchement fait ou non le saut dans le programme suivant le résultat de la condition. On a alors une instruction de test proprement dit, qui vérifie si une condition est valide et fournit un résultat sur 1 bit. Nous appellerons ces dernières des comparaisons, car de telles instruction effectuent réellement une comparaison. La seconde méthode procède autrement, avec un calcul de la condition qui est réalisé en partie par l'instruction de test, en partie par le branchement. Cela peut paraitre surprenant, mais il y a de bonnes raisons à cette séparation peu intuitive. La raison est que l'instruction de test est une soustraction déguisée, qui fournit un résultat de plusieurs bits, qui est ensuite utilisé pour calculer la condition voulue par le branchement. l'instruction de test ne fait pas une comparaison proprement dit, mais leur résultat permet de déterminer le résultat d'une comparaison avec quelques manipulations simples.
====Les instructions de test proprement dit====
Les premières sont réellement des instructions de test, qui effectuent une comparaison et disent si deux nombres sont égaux, différents, lequel est supérieur, inférieur, etc. En clair, elles implémentent directement les comparaisons vues précédemment. Au total, on s'attend à ce que les 6 comparaisons précédentes soient implémentées avec 6 instructions de test différentes : une pour l'égalité, une pour la différence, une autre pour la supériorité stricte, etc. Mais certaines de ces comparaisons sont en deux versions : une qui compare des entiers non-signés, et une autre pour les entiers signés. La raison est que comparer deux nombres entiers ne se fait pas de la même manière selon que les opérandes soient signées ou non. Nous avions vu cela dans le chapitre sur les comparateurs, mais un petit rappel ne fait pas de mal. Pour comparer deux entiers signés, il faut tenir compte de leurs signes, et le circuit utilisé n'est pas le même. Cela a des conséquences au niveau des instructions du processeur, ce qui impose d'avoir des opérations séparées pour les entiers signés et non-signés.
Dans les faits, les processeurs actuels utilisent le complément à deux pour les entiers signés, ce qui fait que les comparaisons d'égalité ou de différence A == B et A != B ne sont présentes qu'en un seul exemplaire. En complément à deux, l'égalité se détermine avec la même règle que pour les entiers non-signés : deux nombres sont égaux s'ils ont la même représentation binaire, ils sont différents sinon. Ce ne serait pas le cas avec les entiers en signe-magnitude ou en complément à un, du fait de la présence de deux zéros : un zéro positif et un zéro négatif. Les circuits de comparaison d'égalité et de différence seraient alors légèrement différents pour les entiers signés ou non. Au total, en complément à deux, on trouve donc 10 comparaisons usuelles, vu que les comparaisons de supériorité/infériorité sont en double.
Le résultat d'une comparaison est un bit, qui dit si la condition testée est vraie ou fausse. Dans la majorité des cas, ce bit vaut 1 si la comparaison est vérifiée, et 0 sinon. Une fois que l'instruction a fait son travail, il reste à stocker son résultat quelque part. Pour cela, le processeur utilise un ou plusieurs '''registres à prédicats''', des registres de 1 bit qui peuvent stocker n'importe quel résultat de comparaison. Une comparaison peut enregistrer son résultat dans n'importe quel registre à prédicats : elle a juste à préciser lequel avec son nom de registre.
Les registres à prédicats sont utiles pour accumuler les résultats de plusieurs comparaisons et les combiner par la suite. Par exemple, cela permet d'émuler une instruction qui teste si A >= B à partir de deux instructions qui calculent respectivement A > B et A == B. Pour cela, certains processeurs incorporent des instructions pour faire des opérations logiques sur les registres à prédicats. Ces opérations permettent de faire un ET, OU, XOR entre deux registres à prédicats et de stocker le résultat dans un registre à prédicat quelconque.
D'autres instructions permettent de lire le résultat d'un registre à prédicat, de calculer une condition, de combiner son résultat avec la valeur lue et d'altérer le registre à prédicat sélectionné. Par exemple, sur l'architecture IA-64, il existe une instruction cmp.eq.or, qui calcule une condition, lit un registre à prédicat fait un OU logique entre le registre lu et le résultat de la condition, et enregistre le tout dans un autre registre à prédicat. De telles instructions facilitent grandement le codage de certaines fonctions, qui demandent que plusieurs conditions soient vérifiées pour exécuter un morceau de code.
====Les instructions de test qui sont des soustractions déguisées====
Le second type d'instruction de test ne calcule pas ces conditions directement, mais elle fournit un résultat de quelques bits qui permet de les calculer avec quelques manipulations simples. Sur ces processeurs, il n'y a qu'une seule instruction de comparaison, qui est une soustraction déguisée. Le résultat de la soustraction n'est pas sauvegardé dans un registre et est simplement perdu. C'est le cas sur certains processeurs ARM ou sur les processeurs x86. Par exemple, un processeur x86 possède une instruction CMP qui n'est qu'une soustraction déguisée dans un opcode différent.
Le résultat de cette soustraction déguisée est un résultat portant sur 4 bits, qui donne des informations sur le résultat de la soustraction. Le premier bit, appelé bit ''null'', indique si le résultat est nul ou non. Le second bit indique le signe du résultat, s'il est positif ou négatif. Enfin, deux autres bits précisent si la soustraction a donné lieu à un débordement d'entier. Il y a deux bits, car on vérifie deux types de débordement : un débordement non-signé (une retenue sortante de l'additionneur), et le débordement signé (débordement en complément à deux). Pour mémoriser le résultat d'une soustraction déguisée, le processeur incorpore un '''registre d'état'''. Le registre d'état stocke des bits qui ont chacun une signification prédéterminée lors de la conception du processeur et il sert à beaucoup de choses. Dans le cas qui nous intéresse, le registre d'état mémorise les résultats de l'instruction de test : les deux bit de débordement, le bit qui précise que le résultat d'une instruction vaut zéro, le bit de retenue pour le bit de signe.
La condition en elle-même est réalisée par le branchement. L'instruction de branchement fait donc deux choses : calculer la condition à partir du registre d'état, et effectuer le saut si la condition est valide. Le calcul des conditions se fait à partir des 4 bits de résultat. Le bit ''null'' permet de savoir si les deux opérandes sont égales ou non : si le résultat d'une soustraction est nul, cela implique que les deux opérandes sont égales. Le bit de signe permet de déterminer si le première opérande est supérieur ou inférieure à la seconde : le résultat de la soustraction est positif si A >= B, négatif sinon. Les bits de débordements permettent de faire la différence entre infériorité stricte ou non. Tout cela sera expliqué plus en détail dans le paragraphe suivant.
[[File:Branchements et tests avec un registre d'état.png|centre|vignette|upright=1.5|Branchements et tests avec un registre d'état]]
La conséquence est qu'il y a autant d'instructions de branchements que de conditions possibles. Aussi, on a une instruction de test, mais environ une dizaine d'instructions de branchements. C'est l'inverse de ce qu'on a avec des instructions de test proprement dites, où on a autant d'instructions de test que de conditions, mais un seul branchement. Un bon exemple est celui des processeurs x86. Le registre d'état des CPU x86 contient 5 bits appelés OF, SF, ZF, CF et PF : ZF indique que le résultat de la soustraction vaut 0, SF indique son signe, CF est le bit de retenue et de débordement non-signé, OF le bit de débordement signé, et PF le bit qui donne la parité du résultat. Il existe plusieurs branchements, certains testant un seul bit du registre d'état, et d'autres une combinaison de plusieurs bits.
{|class="wikitable"
|-
! Instruction de branchement
! Bit du registre d'état testé
! Condition testée si on compare deux nombres A et B avec une instruction de test
|-
! JS (Jump if Sign)
| SF = 1
| Le résultat est négatif
|-
! JNS (Jump if not Sign)
| SF = 0
| Le résultat est positif
|-
! JO (Jump if Overflow)
| OF = 1
| Le calcul arithmétique précédent a généré un débordement signé
|-
! JNO (Jump if Not Overflow)
| OF = 0
| Le calcul arithmétique précédent n'a pas généré de débordement signé
|-
! JNE (Jump if Not equal)
| ZF = 1
| Les deux nombres A et B sont égaux
|-
! JE (Jump if Equal)
| ZF = 0
| Les deux nombres A et B sont différents
|-
! JB (Jump if below)
| CF = 1
| A < B, avec A et B non-signés
|-
! JAE (Jump if Above or Equal)
| CF = 0
| A >= B, avec A et B non-signés
|-
! (JBE) Jump if below or equal
| CF OU ZF = 1
| A >= B si A et B sont non-signés
|-
! JA (Jump if above)
| CF ET ZF = 0
| A > B si A et B sont non-signés
|-
! JL (Jump if less)
| SF != OF
| si A < B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater or Equal)
| SF = OF
| si A >= B, si A et B sont signés
|-
! JLE (Jump if less or equal)
| (SF != OF) OU ZF = 1
| si A <= B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater)
| (SF = OF) ET (NOT ZF) = 1
| si A > B, si A et B sont signés
|}
===Les instructions à prédicat===
Les '''instructions à prédicat''' sont des instructions qui ne font quelque chose que si une condition est respectée, et se comportent comme un NOP (une instruction qui ne fait rien) sinon. Elles lisent le résultat d'une comparaison, dans le registre d'état ou un registre à prédicat, et s’exécutent ou non suivant sa valeur.
En général, les instructions à prédicats sont des instructions en plus des instructions normales, pas à prédicat. L'instruction à prédicat la plus représentative, présente sur de nombreux processeurs, est l'instruction CMOV, qui copie un registre dans un autre si une condition est remplie. Elle permet de faire certaines opérations assez simples, comme calculer la valeur absolue d'un nombre, le maximum de deux nombres, etc.
Pour gérer les instructions à prédicat, les instructions de test s'adaptent sur plusieurs points. Le premier est que les instructions de test préfèrent utiliser des registres à prédicats, au lieu d'un registre d'état. Une des raisons à cela est la suivante : avec des registres à prédicats, on peut ajouter des instructions pour faire un ET/OU/XOR entre registres à prédicats, ce qui permet de tester des combinaisons de conditions sans faire appel au moindre branchement. Et ces conditions complexes ne sont pas rares, ce qui rend l'usage de registres à prédicats très utiles avec les instructions à prédicats.
Une autre adaptation est que les instructions de test tendent à fournir deux résultats : le résultat de la condition, et le résultat de la condition inverse. Ils sont fournis dans deux registres à prédicats distincts. Faire ainsi facilite grandement l'implémentation des structures de contrôle SI...ALORS simples. Pour rappel, elles ont deux morceaux de code : un qui s’exécute si une condition est remplie, l'autre si la condition inverse est remplie. Avec ce système, les instructions du premier et du second morceau de code testerons deux bits distincts.
L'usage d'instructions à prédicat séparées des autres instructions porte le nom de '''prédication partielle'''. C'est de loin l'implémentation la plus courante. Mais sur certains processeurs, assez rares, toutes les instructions sont des instructions à prédicat : on parle de '''prédication totale'''. Les anciens processeurs ARM 32 bits étaient dans ce cas, par exemple.
Cela peut paraitre étrange, vu que certaines instructions ne sont pas dans une structure de contrôle et doivent toujours s’exécuter, peu importe les conditions testées avant. Mais rassurez-vous, sur les processeurs à prédication totale, il y a toujours un moyen pour spécifier que certaines instructions doivent toujours s’exécuter, de manière inconditionnelle. Par exemple, sur les processeurs d'architecture HP IA-64, un des registre à prédicat, le tout premier, contient la valeur 1 et ne peut pas être modifié. Si on veut une instruction inconditionnelle, il suffit qu'elle précise que le registre à prédicat à lire est ce registre.
: Les processeurs avec un registre d'état n'ont généralement que de la prédication partielle, le plus souvent limitée à une seule instruction CMOV. Alors que qui dit prédication totale dit systématiquement registres à prédicats.
Les processeurs ARM disposent d'une prédication totale, du moins pour le jeu d'instruction ARM 32 bits. Mais il supportent une second jeu d’instruction optionnel, le ''thumb'', qui est plus compact. Au lieu d'encoder ses instructions sur 32-64 bits, ses instructions font seulement 16 bits. Et pour compacter ce jeu d'instruction, la prédication totale a été supprimée. À la place, ''thumb'' incorpore une '''instruction IT''', qui active l’exécution conditionnelle des instructions suivantes.
L'instruction teste une condition et calcule un prédicat, qui est ensuite utilisé pour décider de l'exécution des instructions suivantes. L'exécution conditionnelle marche jusqu'à 4 instructions consécutives. Le nombre exact est configurable et va de 1 à 4 instructions consécutives après l'instruction IT. La condition est configurable pour les 1 à 4 instructions : chaque instruction peut s'exécuter si la condition est vraie, ou au contraire fausse. Un masque de 4 bits décide de quelle condition utiliser pour chaque instruction. Il y a un bit par instruction, qui vaut 1 si la condition doit être vérifiée, 0 si on veut la condition inverse.
===L'instruction SKIP===
L''''instruction SKIP''' permet de zapper l'instruction suivante si une condition testée est fausse. Il en existe deux versions. La première est fusionnée avec l'instruction de test. La condition est calculée par l'instruction SKIP, qui décide s'il faut sauter l'instruction suivante. Dans un autre cas, l'instruction SKIP est précédée d'une instruction de test, récupère son résultat dans un registre de prédicat ou dans le registre d'état, et effectue le saut. On peut la voir comme une forme particulière de branchement conditionnel, qui brancherait deux instructions plus loin.
Son utilité n'est pas évidente, mais on peut classer ses utilisations en trois catégories. La première permet d'émuler une instruction de branchement conditionnel en combinant une instruction SKIP avec un branchement inconditionnel. Le branchement inconditionnel est skippé si la condition est remplie/fausse, mais éxecuté dans le cas contraire : c'est le comportement d'un branchement conditionnel. Une autre utilisation permet d'émuler une instruction à prédicat en faisant précéder une instruction normale par une instruction SKIP. Enfin, elles servent à implémenter des structures de controle IF à condition que le code du IF se résume à une vulgaire instruction. C'est assez rare, mais certains calculs comme la valeur absolue ou le calcul du minimum peuvent se calculer ainsi.
[[File:Skip instruction.png|centre|vignette|upright=3|Skip instruction]]
Vous pourriez imaginer des versions améliorées de l'instruction, qui permettent de zapper plusieurs instructions, mais de telles instructions ne sont autres que des instructions de branchement conditionnelles spécifiques, comme nous le verrons dans le chapitre sur les modes d'adressage.
==Les méta-instructions REPEAT et EXECUTE==
Enfin, il faut aussi citer les '''méta-instructions''', des instructions qui agissent sur l’exécution d'autres instructions. Il en existe deux : REPEAT et EXECUTE. Elles servent techniquement à manipuler le flot de contrôle d'un programme, et ont quelques ressemblances avec les branchements ou les boucles. Elles sont extrêmement rares et on ne les trouve que sur des anciens processeurs (généralement micro-codés), ou sur certaines processeurs spécialisés dans le traitement de signal appelés des DSP, qui feront l'objet d'un chapitre à eux seuls.
===L’instruction REPEAT et le ''Zero-overhead looping''===
La première est la '''méta-instruction REPEAT''', qui permet de simplifier l'implémentation des boucles. Dans sa version la plus simple, elle fait en sorte que l'instruction qui la suit soit répétée plusieurs fois. Le nombre de répétition est soit un nombre fixe, toujours le même, soit l'instruction se répète tant qu'une condition n'est pas remplie. Les deux situations ne se rencontrent pas sur les mêmes processeurs. Par exemple, l'UNIVAC 1103 possède une instruction REPEAT très simple, qui répète l'instruction cible un nombre fixe de fois, mais ne gère pas les conditions.
Le GE-600/Honeywell 6000 series incorpore trois instructions REPEAT de ce type. La première répète l'instruction suivante soit un nombre fixe de fois, soit quand une condition est remplie. La seconde répète les deux instructions suivantes, l'une après l'autre. Enfin, la dernière répète l'instruction suivante jusqu'à : soit qu'une condition soit remplie, soit qu'une adresse bien précise soit atteinte. Elle servait sans doute à implémenter le parcours d'une liste chainée pour trouver un item bien précis.
Une version améliorée de l'instruction REPEAT permet de répéter un bloc de plusieurs instructions, ce qui permet d'implémenter une boucle en une seule instruction. Elles sont fréquentes sur certains processeurs de traitement de signal, qui doivent exécuter en permanence de petites boucles. Typiquement, elles permettent d'implémenter des boucles FOR dont le nombre d’exécution est fixe. La répétition de la boucle est contrôlée par un registre de boucle, qui mémorise le nombre de répétitions, et qui est décrémenté à chaque itération, sans avoir à utiliser d'instruction d'incrémentation/décrémentation.
Une variante précise deux adresses, qui délimitent les instructions de la boucle : une adresse pour le début de la boucle, une adresse pour la fin. L'implémentation hardware est alors assez simple : quand le ''program counter'' atteint l'adresse de fin, il est réinitialisé à l'adresse de début. La gestion du ''program counter'' se fait alors sans utiliser d'instructions de branchement. les deux registres sont initialisés avec une isntruction LOPP, spécialement dédiée pour cela.
Les deux techniques précédentes permettent d'implémenter des boucles sans utiliser de branchements, ou presque. Elles rendent l'exécution des boucles tellement rapides qu'elles portent le nom de '''''Zero-overhead looping'''''.
: Les instructions REP mentionnées plus haut, ne sont PAS des exemples d'instruction REPEAT. Le préfixe REP des processeurs x86 est une instruction qui se répète elle-même. Mais l'instruction REPEAT force la répétition de l'instruction suivante ! Elle agit sur une autre instruction, d'où son caractère de méta-instruction.
===L'instruction EXECUTE===
La '''méta-instruction EXECUTE''' fournit l'adresse d'une instruction cible, qui est exécutée en lieu et place de l'instruction EXECUTE. Quand le processeur exécute l'instruction EXECUTE, il prend l'adresse cible, charge l'instruction dans l'adresse cible, et l’exécute à la place de l'instruction EXECUTE. Il est possible de comprendre l'instruction EXECUTE comme un branchement spécial. Tout se passe comme si l'instruction EXECUTE effectuait un branchement vers l'instruction cible, mais que le processeur ne poursuivait pas l’exécution à la suite de l’instruction cible, et revenait à la suite de l'instruction cible.
Il y a souvent des contraintes sur l'instruction cible, qui est pointée par l'adresse cible. Généralement, il n'est pas possible que l'instruction cible soit elle-même une autre instruction EXECUTE. De même, beaucoup de processeurs interdisent que l’instruction cible soit un branchement. Mais d'autres processeurs n'ont pas ces contraintes et autorisent à utiliser des branchements pour l'instruction cible.
L'utilité d'une telle instruction est tout sauf évidente. Elle servait pourtant à beaucoup de choses sur les processeurs où elle était implémentée. Précisons qu'elle était surtout présente sur des vieux ordinateurs, dans les années 50-60, et quelques processeurs des années 70. Elle a disparu dès les années 80 et n'est présentée que par souci d'exhaustivité et intérêt historique pour les curieux. Cette précision permet de comprendre que cette instruction servait pour résoudre des problèmes qui sont actuellement résolus autrement.
L'adresse cible peut être soit intégrée dans l'instruction, soit dans un registre. Dans le second cas, l'adresse peut être incrémentée ou modifiée afin que l'instruction EXECUTE change de cible à chaque exécution. Tout se passe comme si le registre contenant l'adresse cible servait à émuler un ''program counter''. En mettant une instruction EXECUTE dans une boucle et en complétant le tout avec du code annexe, on peut exécuter du code extérieur sans modifier le véritable ''program counter''. L'utilité est de faciliter l'implémentation des logiciels debuggers, des émulateurs, ou d'autres programmes dans le même genre.
Les autres utilisations sont assez nombreuses, mais aussi difficiles à expliquer pour qui n'a pas de connaissances poussées en programmation. La première utilité est l'implémentation de certaines fonctionnalités des langages de programmation évolués, à savoir le ''late binding'', les fonctions virtuelles, et quelques autres. Elle facilite aussi l'implémentation des compilateurs à la volée, en permettant d’exécuter du code produit à volée sans faire tiquer les mécanismes de protection mémoire implémentés dans le processeur. Elle permet d'émuler du code automodifiant pour les logiciels qui gagnaient autrefois à l'utiliser. Et il y en a d'autres.
==Les instructions d'arrêt et de mise en veille==
Les processeurs gèrent souvent des '''instructions de mise en veille''' le processeur. Une fois mis en veille, le processeur ne peut être réveillé que si un signal de sortie de veille survient. Les signaux de sortie de veille sont envoyés par les périphériques, les entrées-sorties, le ''chipset'' de la carte mère, etc. Ils sont rarement mis totalement en veille, ce qui leur permet de générer ce signal de sortie si nécessaire. Le processeur attend alors qu'un périphérique lui envoie un signal de sortie de veille, mais ne fait rien en attendant. De telles instructions ne sont exécutables qu'en mode noyau, par le système d'exploitation.
: Le signal de sortie de veille est techniquement une interruption matérielle, comme on le verra plus tard.
Il existe aussi des '''instructions d'arrêt''', qui éteignent le processeur complétement. Le processeur peut redémarrer, mais pas reprendre là où il en était. Pour redémarrer, il faut qu'il reçoive un signal RESET, envoyé sur une entrée du processeur. Lorsque l'entrée RESET du processeur est mise à 1, le processeur redémarre. Typiquement, l'alimentation du processeur est suspendue.
===Les exemples sur les processeurs les plus connus===
Sur les processeurs ARM, les instructions WFI et WFE sont utiles pour les systèmes embarqués, pour mettre le processeur en mode basse consommation. Lorsqu'une instruction de ce type est exécutée, le processeur continue d'être alimenté, mais il ne tient pas compte du signal d'horloge. Le signal d'horloge est clock gaté dès l'entrée dans le CPU. La différence entre les deux instructions est que WFI s'exécute inconditionnellement, alors que WFE ne s’exécute que un registre spécifique, le registre d'évènement, est à 0.
Sur les processeurs Motorola 6502 et ses dérivés, l'instruction WAI est une instruction de mise en veille, alors que l'instruction STP éteint l'ordinateur. La différence est qu'avec l'instruction STP, le processeur ne réagit qu'au signal RESET, qui fait redémarrer le processeur, mais ne réagit pas aux signaux de sortie de veille. L'exécution du processeur ne reprend alors pas là où le processeur s'est arrêté, le ''program counter'' est réinitialisé.
Sur les CPU x86 avant le 486, l'instruction HLT ne mettait pas le processeur en mode basse consommation. Aucune technique n'était prévue pour réduire la consommation du processeur pendant la veille. Le 8086 se contentait de se déconnecter du bus et n'incrémentait pas son ''program counter''. Au passage, l'implémentation exacte au niveau des circuits de l'instruction HLT sur le 8086 est détaillée dans cet article de blog :
* [https://www.righto.com/2023/01/reverse-engineering-intel-8086.html Reverse-engineering the Intel 8086 processor's HALT circuits]
C'est avec le 486 que la mise en veille s'est accompagnée d'une extinction partielle du processeur. Le processeur passait en mode basse consommation, ce qui permettait des économies d'énergie de 5 à 10%. Cependant, les premiers CPU sortis d'usine avaient un bug : le CPU stoppé via l'instruction HLT ne pouvait pas redémarrer de manière logicielle, il fallait lui envoyer le signal de RESET directement via le matériel.
{|class="wikitable"
|-
! x86
| HLT (HALT)
|-
! ARM
|
* WFI (Wait For Interrupt)
* WFE (Wait For Event).
|-
! Motorola 6502 et plus
|
* WAI (WAit for Interrupt)
* STP (SToP)
|}
===Les instructions ''Halt And Catch Fire''===
Le bug n'est pas spécifique aux processeurs 486, de nombreux CPU ont des instructions non-documentées qui bloquent l'ordinateur, si exécutées. Le processeur ne peut alors pas sortir de la mise en veille et soit s'arrête, soit doit être RESET. Les instructions ne sont souvent pas voulues par les concepteurs et sont souvent des bugs. De telles instructions illégales devraient lever une exception matérielle "instruction non reconnue", mais ne le font pas en raison d'un bug quelconque. Elles sont appelées, non sans humour, des '''instructions ''Halt And Catch Fire''''' (stoppe et prend feu).
Un exemple classique est celle du bug du Pentium F00F. Le responsable est une instruction non-documentée, encodée en binaire comme suit F0 0F C7 C8. Il s'agit d'une instruction dont l'encodage est invalide. Elle correspond à une instruction cmpxchg8b qui agit sur une valeur 64 bits obtenue en concaténant les deux registres (EAX et EDX). Elle compare cette valeur 64 bits avec une donnée en mémoire RAM. Mais avec l'encodage F0 0F C7 C8, l'adresse mémoire est remplacée par un nom de registre, du fait de l'encodage des modes d'adressage sur ce CPU. En théorie, le processeur devrait lever une exception matérielle ''opcode invalide''. Seulement, l'instruction est associée à un préfixe LOCK, qu'on ne détaillera pas ici, qui empêche la levée de l'exception.
Elle agissait comme une instruction ''Halt And Catch Fire'' classique. Un problème est que cette instruction n'était pas une instruction en mode noyau, mais une instruction accessible en espace utilisateur. N'importe quel programme invalide, voire un programme malicieux, pouvait bloquer l'ordinateur. La situation a été prise an sérieux, les systèmes d'exploitation fournissant des mitigations logicielles. Intel corrigea le problème, dans une seconde fournée sortie d'usine, avec la version B2 du 486.
==Résumé==
Pour résumer, les instructions les plus courantes sont les suivantes :
{|class="wikitable"
|-
!Instruction
!Utilité
|-
!Instructions arithmétiques
|Elles font des calculs sur des nombres. Les plus communes sont l'addition, la soustraction, la multiplication, la division, le modulo. Pour les instructions flottantes, la racine carrée est souvent supportée, parfois avec les opérations trigonométriques, les logarithmes et l'exponentielle.
|-
!Instructions logiques
|Elles travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les plus communes sont ;
* Les opérations bit à bit, à savoir le ET logique, le OU logique, le OU exclusif (XOR) et le NON logique.
* Les instructions de décalage à droite et à gauche, qui vont décaler tous les bits d'un nombre d'un cran vers la gauche ou la droite. Les bits qui sortent du nombre sont considérés comme perdus.
* Les instructions de rotation, qui font la même chose que les instructions de décalage, à la différence près que les bits qui "sortent d'un côté du nombre" après le décalage rentrent de l'autre.
|-
!Instructions de test et de contrôle (branchements)
|Elles permettent de contrôler la façon dont notre programme s’exécute sur notre ordinateur. Elles permettent notamment de choisir la prochaine instruction à exécuter, histoire de répéter des suites d'instructions, de ne pas exécuter des blocs d'instructions dans certains cas, et bien d'autres choses.
|-
!Instructions d’accès mémoire
|Elles permettent d'échanger des données entre le processeur et la mémoire, ou encore permettent de gérer la mémoire et son adressage. Les deux les plus courantes sont les suivantes :
* LOAD : charge une donnée dans un registre ;
* STORE : copie le contenu d'un registre dans une adresse mémoire.
|}
En plus de ces instructions, beaucoup de processeurs ajoutent d'autres instructions. La plupart sont utilisées par le système d'exploitation pour configurer certaines fonctionnalités importante : la protection mémoire, la mémoire virtuelle, les modes de compatibilité du processeur, la gestion de l'alimentation, l'arrêt ou la mise en veille, etc.
On peut aussi trouver des instructions spécialisées dans les calculs cryptographiques : certaines instructions permettent de chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe. De même, certains processeurs ont une instruction permettant de générer des nombres aléatoires. Et on peut trouver bien d'autres exemples...
Mais d'autres sont franchement exotiques. Par exemple, certains processeurs sont capables d'effectuer des instructions sur du texte directement. Pour stocker du texte, la technique la plus simple utilise une suite de lettres, stockées les unes à la suite des autres dans la mémoire, dans l'ordre dans lesquelles elles sont placées dans le texte. Quelques ordinateurs disposent d'instructions pour traiter ces suites de lettres. D'ailleurs, n'importe quel PC x86 actuel dispose de telles instructions, bien qu'elles ne soient pas utilisées car paradoxalement trop lente comparé aux solutions logicielles ! Cela peut paraître surprenant, mais il y a une explication assez simple qui sera compréhensible dans quelques chapitres (les instructions en question sont microcodées).
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les mémoires FIFO et LIFO
| prevText=Les mémoires FIFO et LIFO
| next=Les registres du processeur
| nextText=Les registres du processeur
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Mewtow
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/* La ou les instructions d'addition entière */
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wikitext
text/x-wiki
Ce chapitre va aborder le langage machine, à savoir un standard qui définit les instructions du processeur, le nombre de registres, etc.
Dans ce chapitre, on considérera que le processeur est une boîte noire au fonctionnement interne inconnu.
Nous verrons le fonctionnement interne d'un processeur dans quelques chapitres.
Les concepts que nous allons aborder ne sont rien d'autre que les bases nécessaires pour apprendre l'assembleur.
Nous allons surtout parler des instructions du processeur.
Pour simplifier, on peut classer les instructions en quatre grands types :
* les échanges de données entre mémoires ;
* les calculs et autres opérations arithmétiques ;
* les instructions de comparaison ;
* les instructions de branchement.
À côté de ceux-ci, on peut trouver d'autres types d'instructions plus exotiques, pour gérer du texte, pour modifier la consommation en électricité de l'ordinateur, pour chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe, générer des nombres aléatoires, etc. Dans ce chapitre, nous allons voir un aperçu assez large des instructions qui existent. Nous n'allons pas nous limiter aux instructions les plus importantes, mais nous allons aussi parler d'instructions assez exotiques, soit présentes uniquement sur d'anciens ordinateurs, soit très rares, soit franchement tordues. Et certaines de ces instructions exotiques sont assez impressionnantes et risquent de vous surprendre !
==Les instructions entières==
Les '''instructions arithmétiques''' sont les plus courantes et comprennent au minimum l'addition, la soustraction, la multiplication, plus rarement la division. Précisons qu'une opération mathématique ne se fait pas de la même manière suivant la représentation utilisée pour coder ces nombres : on ne manipule pas de la même façon des nombres entiers binaires, des entiers codés en BCD et des nombres flottants. Aussi, dans ce qui va suivre, nous allons séparer les opérations entières, les opérations flottantes et les opérations en BCD.
Les processeurs modernes utilisent des nombres encodés soit en binaire normal, soit en complément à deux. L'avantage est que les opérations arithmétiques se font de la même manière dans les deux encodages. Il y a quelques différences, mais elles sont suffisamment mineures, pas besoin d'avoir une instruction dédiée pour les nombres signés. Les anciens processeurs utilisaient eux des entiers signés en signe-magnitude ou en complément à 1, ou d'autres représentations. Et avec ces représentations, les calculs ne sont pas exactement les mêmes pour les nombres signés et non-signés. Ils avaient donc des instructions séparées pour l'addition signée et l'addition non-signée, idem pour la soustraction, la multiplication, etc.
De nos jours, les ordinateurs utilisent des entiers de taille fixe, qui tiennent dans un registre. J'ai dit qui tiennent dans un registre, car la taille des opérandes dépend de l'instruction. Un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs pour chaque taille : certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Mais la taille d'une opérande ne dépasse pas la taille d'un registre entier.
===La ou les instructions d'addition entière===
Un processeur implémente au minimum une opération d'addition, même s'il existe de rares exemples de processeurs qui s'en passent. Mieux : certains processeurs implémentent plusieurs instructions d'addition, qui se distinguent par de subtiles différences.
La première est évidemment la '''taille des opérandes'''. Un processeur 32 bits peut par exemple implémenter trois additions différentes : une addition 32 bits qui additionne deux opérandes 32 bits : une addition 16 bits qui additionne deux doublets (16 bits), et une addition 8 bits qui additionne deux octets.
La seconde différence est la '''gestion des débordements d'entier'''. Pour gérer les débordements d'entier, certains processeurs disposent d'un '''registre de débordement''', de 1 bit, qui indique si une instruction arithmétique a généré un débordement d'entier ou non. Il est mis à 1 en cas de débordement, mais reste à 0 sinon. Il est mis à jour à chaque addition/multiplication/soustraction.
Pour rappel, les débordements d'entiers sont différents selon que l'addition est signée ou non, et il faut en tenir compte au niveau du jeu d'instruction. La solution la plus simple est l'existence de deux instructions dédiées : une pour les additions de nombres signés et une autre pour les nombres non-signés. Le circuit additionneur est le même pour ces deux instruction, mais le calcul du bit de débordement est différent. D'autres processeurs s'en sortent autrement, en ayant deux bits de débordement : un si le résultat est signé, l'autre pour les résultats non-signés. Mais nous reparlerons de cela plus tard.
Une autre différence, présente sur les vieux processeurs, tient dans la '''gestion de la retenue''. À l'époque, les processeurs ne pouvaient gérer que des nombres de 4 à 8 bits, guère plus. Pourtant, la plupart des applications logicielles demandait d'utiliser des entiers de 16 bits. Les opérations comme l'addition ou la soustraction étaient alors réalisées en plusieurs fois. Par exemple, on additionnait les 8 bits de poids faible, puis les 8 bits de poids fort. Dans un cas pareil, il fallait aussi gérer la retenue dans l'addition des 8 bits de poids fort.
Pour cela, la retenue en question était mémorisée dans un registre de 1 bit dédié, semblable au registre de débordement, appelé le '''bit de retenue'''. De plus, les processeurs incorporaient une instruction d'addition qui additionnait les deux opérandes avec la retenue en question, instruction souvent appelée ADDC (''ADD with Carry''). Niveau circuits, cela ne changeait pas grand chose, tous les additionneurs ayant une entrée pour la retenue (qui est utilisée pour implémenter la soustraction, rappelez-vous). L'implémentation de l'instruction ADDC était très simple, n'utilisait presque pas de circuits, et rendait de fiers services aux programmeurs de l'époque. Nous parlons là des vieux processeurs 4 et 8, mais certains processeurs 16, 32, voire 64 bits, sont capables d'effectuer ce genre d'opération, même si ils sont rares.
: Il existe parfois des instructions pour mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. C'est le cas sur l'architecture x86. Mais son utilité est marginale, car toutes les instructions arithmétiques modifient le bit de retenue.
La même chose a lieu pour la soustraction, qui demande qu'une "retenue" soit propagée d'une colonne à l'autre (bien que la "retenue" soit utilisée différemment : elle n'est pas additionnée, mais soustraite du résultat de la colonne). Pour cela, les processeurs implémentent l'opération SUBC (''Substract with Carry''). Et pour mettre en œuvre cette opération, ils ont deux options. La première est d'ajouter un bit pour la "retenue" de la soustraction. Pour une soustraction qui calcule a-b, elle vaut 0 si a>=b et 1 si a<b. Elle est utilisée telle qu'elle par le circuit qui effectue la soustraction, généralement un soustracteur. L'autre option est d'utiliser le but de retenue de l'addition, sans rien modifier. Pour comprendre pourquoi, rappelons que la soustraction est implémentée en complément à deux par le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + 1</math>
Il s'agit d'une addition, qui a donc une retenue lors d'un débordement. On peut alors réutiliser le bit de retenue de l'addition pour la soustraction, en modifiant quelque peu la soustraction à effectuer. Pour comprendre comment faire la modification, précisons tout d'abord que les règles du complément à deux nous disent qu'on a un débordement quand a>=b. Passons maintenant à l'étude d'un exemple théorique : le cas où on veut soustraire deux nombres de 16 bits avec deux opérations SUBC qui travaillent sur 8 bits. Appelons les deux opérandes A et B, <math>a_h</math> et <math>b_h</math> les 8 bits de poids forts de ces opérandes, et <math>a_l</math> et <math>b_l</math> leurs 8 bits de poids faible. Voyons ce qui se passe suivant que la retenue soit de 0 ou 1.
* Si la retenue de l'addition est de 1, on a <math>a_l \geq b_l</math>, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>.
* À l'inverse, si la retenue de l'addition est de 0, on a <math>a_l \leq b_l</math>. Cela veut dire que si on posait la soustraction, alors une retenue devrait être propagée à la colonne suivante, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1 - \text{retenue de 1}</math>.
Récapitulons dans un tableau.
{|class="wikitable"
|-
! Retenue
! Opération à effectuer pour la seconde soustraction
|-
! 0
| <math>a_h + \overline{b_h} + 0</math>
|-
! 1
| <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>
|}
On voit que ce qu'il faut ajouter à <math>a_h + \overline{b_h}</math> est égal à la retenue. L'opération SUBC fait donc le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + \text{retenue}</math>
La plupart des processeurs 8 et 16 bits avaient deux instructions de soustraction séparées : une sans gestion de la retenue, une avec. Mais certains processeurs comme le 6502 n'avaient qu'une seule instruction de soustraction : celle qui tient compte de la retenue ! Il n'y avait pas de soustraction normale. Pour éviter tout problème, les programmeurs devaient faire attention. Ils disposaient d'une instruction mettre à 0 ou à 1 le bit de retenue pour éviter tout problème, qu'ils utilisaient avant toute soustraction simple.
===Les instructions de division entière===
Il faut savoir que la division est une opération très lourde pour le processeur : une instruction de division dédiée met au mieux une dizaine de cycles d'horloge pour fournir un résultat, parfois plus de 50 à 70 cycles d’horloge. Et elle est facilement 10 à 50 fois plus lente qu'une opération de multiplication. De plus, son implémentation matérielle utilise beaucoup de portes logiques/transistors. Son cout globalement le même que pour un circuit multiplieur, parfois un peu plus. Mais on a de la chance : c'est aussi une opération assez rare, peu utilisée.
De plus, les divisions les plus courantes sont des divisions par une constante : un programme devant manipuler des nombres décimaux aura tendance à effectuer des divisions par 10, un programme manipulant des durées pourra faire des divisions par 60 (gestion des minutes/secondes) ou 24 (gestion des heures). Or, diverses astuces permettent de les remplacer par des suites d'instructions plus simples, qui donnent le même résultat (l'usage de décalages, la multiplication par un entier réciproque, etc). Et la suite d'instruction équivalent est beaucoup plus rapide qu'une implémentation matérielle, car on profite qu'une opérande est constante. En-dehors de ce cas, l'usage des divisions est assez rare.
Sachant cela, certains processeurs ne possèdent pas d'instruction de division, car les gains de performance seraient modérés et le coût en transistors élevé. Les divisions sont alors émulées en logiciel, par une suite de soustractions ou tout autre code équivalent. D'autres processeurs implémentent toutefois la division dans une instruction machine, avec un circuit dédié, mais c'est signe que le coût en transistors n'est pas un problème pour le concepteur de la puce.
===Les instructions de multiplication entière===
Contrairement à la division, l'opération de multiplication entière est très courante, presque tous les processeurs modernes en ont une. Les multiplications sont plus fréquentes dans le code des programmes, sans compter que c'est une opération pas trop lourde à implémenter en circuit. Il en existe parfois plusieurs versions sur un même processeur. Ces différentes versions servent à résoudre un problème quant à la taille du résultat d'une multiplication. En effet, la multiplication de deux opérandes de <math>n</math> bits donne un résultat de <math>n \times 2</math>, ce qui ne tient donc pas dans un registre. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions.
Dans sa version la plus simple, l'instruction de multiplication se contente de garder les <math>n</math> bits de poids faible, ce qui peut entraîner l'apparition de débordements d'entiers.
Une autre solution est de calculer soit les bits de poids fort, soit les bits de poids faible, le choix étant laissé au programmeur. Des processeurs disposent de deux instructions de multiplication : une instruction pour calculer les bits de poids fort du résultat et une autre pour les bits de poids faible. Certains processeurs disposent d'une instruction de multiplication configurable, qui permet de choisir quels bits conserver : poids fort ou poids faible.
Une autre version mémorise le résultat dans deux registres : un pour les bits de poids faible et un autre pour les bits de poids fort. Il faut noter que certains processeurs disposent de registres spécialisés pour cela. Par spécialisés, on veut dire qu'ils sont séparés des autres registres. Les autres registres, appelés les registres généraux, mémorisent n'importe quelle opérande entière et sont utilisables pour toutes les opérations. Mais la multiplication mémorise son résultat dans deux registres à part, qu'on nommera HO et LO. Seule l'instruction de multiplication peut écrire un résultat dans ces deux registres, avec HO pour les bits de poids fort, et LO pour les bits de poids faibles. Par contre, n'importe quelle instruction peut les lire, pour récupérer une opérande dans ces deux registres.
==Les instructions sur les entiers BCD==
Parlons maintenant des '''instructions BCD''', qui agissent sur des opérandes codées en BCD. Devenues très rares avec la disparition du BCD dans l'informatique grand-public, elles étaient quasiment essentielles sur les tous premiers processeurs 8 bits.
===Les ordinateurs décimaux===
Au tout début de l'informatique, il a existé des processeurs qui travaillaient uniquement en BCD, appelés des '''processeurs décimaux'''. Ils avaient uniquement des instructions BCD, pas d'instruction sur des opérandes codées en binaire. Ils étaient assez courants entre les années 60 et 70, même s'ils ne représentent pas la majorité des architectures de l'époque. Il y avait une vraie séparation entre processeurs décimaux et processeurs binaires, sans intermédiaires notables.
Les tous premiers ordinateurs décimaux pouvaient manipuler des entiers BCD de taille arbitraire. Ils stockaient leurs nombres dans des chaines de caractères ou des tableaux encodés en BCD. Le processeur faisait les calculs chiffre par chiffre, caractère BCD par caractère BCD. Les ordinateur décimaux qui ont abandonné ce fonctionnement. À la place, ils ont intégré des registres capables de mémoriser des entiers BCD de taille fixe.
Le grand avantage des processeurs décimaux est leur très bonne performance dans les tâches de bureautique, de comptabilité, et autres. Les processeurs de l'époque recevaient des entiers codés en BCD de la part des entrées-sorties, et devaient les traiter. Les processeurs binaires devaient faire des conversion BCD-binaire pour communiquer avec les entrées-sorties, mais pas les processeurs décimaux. Le gain en performance pouvait être substantiel dans certaines applications.
===Les instructions BCD des processeurs binaires===
Par la suite, dans les années 80, l'augmentation des performances a favorisé les processeurs binaires. Faire des conversions binaires-BCD n'était plus un problème, les conversions étaient suffisamment rapides. Par contre, faire les calculs en BCD était plus lent que faire les calculs en binaire, ce qui fait que le compromis technologique de l'époque favorisaient le binaire. Mais pour obtenir le meilleur des deux mondes, les processeurs binaires ont ajouté un support du BCD. C'était l'époque des architectures 8 bits, puis 16 bits.
Intuitivement, on se dit que, les processeurs de l'époque des 8 bits avaient leurs instructions de calcul en double : une instruction pour les calculs entier et une autre pour les calculs BCD. Mais d'autres processeurs faisaient autrement. À l'époque des processeurs 8-16 bits, certains processeurs ne géraient pas d'instructions BCD proprement dit, mais géraient quand même les calculs en BCD grâce à des instructions spéciales. Concrètement, les programmeurs utilisaient une instruction d'addition ou de soustraction binaire, mais il était possible de corriger ce résultat pour obtenir le bon résultat codé en BCD. Les processeurs de l'époque disposaient d'une instruction pour faire la correction, souvent appelée ''Decimal Adjust After Addition''.
Avant d'aller plus loin, nous devons préciser que les processeurs 8 bits de l'époque pouvaient gérer deux formats de BCD. Le premier est le '''format ''Packed''''', où deux chiffres sont mémorisé dans un octet. Le premier nibble (4bits) mémorise un chiffre BCD, le second nibble mémorise le second. Il s'agit d'un format qui remplit au maximum les bits de l'octet avec des données utiles. L'autre format, appelé '''''Unpacked''''', ne mémorise qu'un seul chiffre BCD dans un octet. Le chiffre est quasi- tout le temps dans le nibble de poids faible. Il se trouve que la manière de corriger le résultat d'une opération n'est pas la même suivant que le nombre est codé en BCD ''packed'' et ''unpacked''.
Pour commencer, étudions le cas des nombres BCD ''unpacked'', plus simples à comprendre. Lors d'une addition, il se peut que le résultat ne soit pas représentable en BCD ''unpacked''. Par exemple, si je fais le calcul 5 + 8, le résultat sera 13 : il tient dans un nibble en décimal, mais pas en BCD ! Cette situation survient quand le résultat d'une addition de deux entiers BCD ''unpacked'' dépasse 9, la limite de débordement en BCD ''unpacked''. Nous avons vu dans le chapitre sur les circuits d'addition que la correction est alors toute simple : si le résultat dépasse 9, on ajoute 6. De plus, on doit prévenir que le résultat a débordé et ne tient pas sur un nibble en BCD. Pour cela, on ajoute un bit spécialisé, appelé le '''''half carry flag''''', indicateur de demi-retenue en français, qui joue le même rôle que le bit de débordement, mais pour le BCD ''unpacked''. Sur les processeurs x86, tout cela est réalisé par une instruction appelée ''ASCII adjust after addition''.
: Pour la soustraction, il faut faire la même chose, sauf qu'il faut soustraire 6, pas l'ajouter. Et il y a aussi une instruction pour cela : ''ASCII adjust after substraction''.
Pour les nombres BCD ''packed'', la procédure est globalement la même, sauf qu'il faut traiter les deux ''nibbles'' : on ajoute 6 si le nibble de poids faible dépasse 9, puis on fait la même chose avec le ''nibble'' de poids fort. Le bit ''half carry flag'' n'est pas mis à jour et est tout simplement ignoré. Notons qu'on modifie d'abord le ''nibble'' de poids faible, avant de traiter celui de poids fort. En effet, si on corrige celui de poids faible, la retenue obtenue en ajoutant 6 se propage au nibble suivant, ce qui fait que ce dernier peut voir sa valeur augmenter. Une fois cela fait, le bit de retenue est mis à 1. La procédure est différente, vu qu'il faut traiter deux ''nibles'' au lieu d'un, et que le bit ''half-carry'' est ignoré au profit du bit de retenue normal. D'où l'existence d'une instruction séparée pour l'addition des nombres BCD ''packed'', appelée ''Décimal adjust after addition'' sur les processeurs x86.
Les processeurs modernes ne supportent plus le BCD, car il est très peu utilisé. Les processeurs ARM et MIPS ont toujours fait sans instructions BCD. Les processeurs x86 des PC désactivent les instructions BCD en mode 64 bits, mais conservent des opérations BCD en mode 32 bits, pour des raisons de compatibilité. Le support du codage BCD est surtout quelque chose qu'on trouve sur les anciens processeurs.
==Les instructions flottantes==
Passons maintenant au support des nombres flottants. Avant les années 60, les processeurs n'était pas encore capables de faire de calculs avec des nombres flottants. Les calculs flottants étaient émulés soit par une bibliothèque logicielle, soit par le système d'exploitation. Pour améliorer les performances, les concepteurs de processeurs ont conçus des '''coprocesseurs arithmétiques''', des processeurs secondaires spécialisés dans les calculs flottants, qui complémentaient le processeur principal, et avaient leur propre emplacement sur la carte mère. Par la suite, les concepteurs de processeurs ont incorporé des instructions de calculs sur des nombres flottants, rendant le coprocesseur inutile.
Pour supporter les nombres flottants, il y a deux écoles. La première utilise des instructions flottantes séparées des instructions entières. La seconde utilise des instructions d'addition/soustraction/multiplication généralistes, capables de traiter indifféremment entiers et flottants, voire les encodages BCD.
===Les architectures taguées===
Le second cas correspond à certaines machines assez anciennes, datant des années 50 à 70. Ces processeurs n'avaient qu'une seule instruction d'addition, qui pouvait traiter indifféremment flottants, nombres entiers codés en BCD, en complément à deux, etc. Pour cela, les opérandes étaient associés à un type qui précisait s'il s'agissait d'un opérande flottant, entier, BCD, d'un pointeur, ou autre. Le traitement effectué par une instruction dépendait des ''tag'' associés aux opérandes. Par exemple, si les deux opérandes avaient un ''tag'' "entier", l'instruction faisait un calcul entier. Si les deux opérandes avaient un ''tag'' "flottant", l'instruction faisait un calcul flottant.
Le type de l'opérande était encodé avec un ''tag'', une sorte de numéro codé en binaire. Le ''tag'' était stocké en mémoire à côté de l'opérande, un mot mémoire contenait la donnée et le ''tag'' concaténés l'un à la suite de l'autre. Le défaut est que la mémoire devait être conçue pour gérer le ''tag'', de même que le processeur. Des processeurs de ce type s'appellent des ''architectures à tags'', ou '''tagged architectures''', en référence au ''tag'' ajouté dans la mémoire.
Mais les processeurs modernes n'utilisent pas cette technique, du fait de son cout en mémoire. À la place, le processeur dispose d'une instruction par type à manipuler : une instruction de multiplication pour les flottants, une autre pour les entiers codés en complément à deux, etc.
===Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées===
Les processeurs modernes disposent d''''instructions de calculs flottants''', qui font des calculs avec des nombres flottants. En général, les instructions flottantes les plus courantes sont l'addition, la soustraction, la multiplication et la division. D'autres opérations plus complexes peuvent être supportées, comme les fonctions trigonométriques, les logarithmes, l'exponentielle, la fonction puissance, etc. Mais c'est déjà un peu plus rare, la majorité des processeurs anciens se contentent des quatres opérations de base.
: Nous palerons aussi d'''instructions flottantes'' pour désigner les ''instructions de calcul flottant''. Mais les deux termes ne sont pas strictement équivalent, car les ''instructions flottantes'' regroupent toutes les instructions flottantes, pas que les calculs flottants. La différence entre les deux deviendra plus claire quand on arrivera à la section sur les isntructions d'accès mémoire.
En général, les processeurs utilisent des registres séparés pour les nombres flottants. Ils ont d'un côté des '''registres généraux''' pour les nombres entiers et les adresses mémoire, de l'autre des '''registres flottants''' pour les nombres flottants. Les instructions de calcul flottants utilisent ces ''registres flottants'' uniquement, elles ne peuvent pas lire/écrire dans les registres généraux, sauf pour quelques exceptions. La séparation entre registres flottants et entiers est la source de quelques subtilités, qu'on abordera dans la section sur les instructions d'accès mémoire.
Le standard IEEE 754 standardise quelques instructions flottantes : les quatre opérations arithmétiques de base, les comparaisons et la racine carrée. Certains processeurs vont plus loin et implémentent aussi d'autres instructions sur les flottants qui ne sont pas supportées par la norme IEEE 754. Par exemple, certaines fonctions mathématiques telles que sinus, cosinus, tangente, arctangente et d'autres. Le seul problème, c'est que ces instructions peuvent mener à des erreurs de calcul incompatibles avec la norme IEEE 754. Heureusement, les compilateurs peuvent mitiger ces désagréments.
Il faut néanmoins préciser que le support de la norme IEEE 754 n'est pas une obligation : certains processeurs ne la supportent que partiellement. Par exemple, certains processeurs ne supportent que les flottants simple précision, mais pas les double précision (ou inversement). Exemple : les premiers processeurs Intel ne géraient que les flottants double précision étendue. D'autres processeurs ne gèrent pas les ''underflow'', ''overflow'', les NaN, les infinis, ou même les flottants dénormaux. Précisons que même lorsque la gestion des dénormaux est implémentée en hardware (comme c'est le cas sur certains processeurs AMD), celle-ci reste malgré tout très lente.
Si les exceptions ne sont pas supportées, le processeur peut être configuré de façon à soit ignorer les exceptions en fournissant un résultat, soit déclencher une exception matérielle (à ne pas confondre avec les exceptions de la norme). Le choix du mode d'arrondi ou la gestion des exceptions flottantes se fait en configurant un registre dédié, intégré dans le processeur.
Plus rarement, il arrive que certains processeurs gèrent des formats de flottants spéciaux qui ne font pas partie de la norme IEEE 754. Par exemple, certains processeurs utilisent des formats de flottants différents de la norme IEEE 754, avec par exemple des flottants codés sur 8 ou 16 bits, qui sont très utiles pour les applications qui se contentent très bien d'un résultat approché.
==Les instructions logiques==
À côté des instructions de calcul, on trouve des '''instructions logiques''' qui travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les opérations bit à bit ont déjà été vues dans les premiers chapitres, ceux sur l'électronique. Pour rappel, les plus courantes sont :
* La négation, ou encore le NON bit à bit, inverse tous les bits d'un nombre : les 1 deviennent des 0 et les 0 deviennent des 1.
* Le ET bit à bit, qui agit sur deux nombres : il va prendre les bits qui sont à la même place et va effectuer un ET (l’opération effectuée par la porte logique ET). Exemple : 1100·1010=1000.
* Les instructions similaires avec le OU ou le XOR.
Mais d'autres instructions sont intéressantes à étudier.
===Les instructions de décalage et de rotation===
Les '''instructions de décalage''' décalent tous les bits d'un nombre vers la gauche ou la droite. Pour rappel, il existe plusieurs types de décalages : les rotations, les décalages logiques, et les décalages arithmétiques. Nous avions déjà vu ces trois opérations dans le chapitre sur les circuits de décalage et de rotation, ce qui fait que nous allons simplement faire un rappel dans le tableau suivant. Pour résumer, voici la différence entre les trois opérations :
{|class="wikitable"
|-
!
! Schéma
! Gestion des bits sortants
! Remplissage des vides laissés par le décalage
|-
! Rotation
|[[File:Rotation de bits.png|Rotations de bits.]]
| Réinjectés dans les vides laissés par le décalage
| Remplis par les bits sortants
|-
! Décalage logique
|[[File:Décalage logique.png|Décalage logique.]]
| rowspan="2" | Les bits sortants sont oubliés
| Remplis par des zéros
|-
|-
! Décalage arithmétique
|[[File:Décalage arithmétique.png|Décalage arithmétique.]]
| Remplis par :
* le bit de signe pour les bits de poids fort ;
* des zéros pour les bits de poids faible .
|}
Pour rappel, les décalages de n rangs sont équivalents à une multiplication/division par 2^n. Un décalage à gauche est une multiplication par 2^n, alors qu'un décalage à droite est une division par 2^n. Les décalages logiques effectuent la multiplication/division pour un nombre non-signé (positif), alors que les décalages arithmétiques sont utilisés pour les nombres signés. Précisons cependant que pour ce qui est des décalages à droite, les décalages logiques et arithmétiques n'arrondissent pas le résultat de la même manière. Les décalages logiques à droite arrondissent vers zéro, alors que les décalages arithmétiques arrondissent vers la valeur inférieure (vers moins l'infini). De plus, les décalages à gauche entraînent des débordements d'entiers qui ne se gèrent pas de la même manière entre décalage logique et décalage arithmétique.
La plupart des processeurs stockent le bit sortant dans un registre, généralement le registre qui stocke le bit de retenue des additions qui est réutilisé pour cette optique. Ils possèdent aussi une variante des instructions de décalage où le bit de retenue est utilisé pour remplir le bit libéré au lieu de mettre un zéro. Cela permet d'enchaîner les décalages sur un nombre de bits plus grand que celui supporté par les instructions en procédant par morceaux. Par exemple, pour un processeur supportant les décalages sur 8 et 16 bits, il peut enchaîner deux décalages de 16 bits pour décaler un nombre de 32 bits ; ou bien un décalage de 8 bits et un autre de 16 bits pour décaler un nombre de 24 bits.
[[File:Shift Arithmetic Right.svg|centre|vignette|Décalage arithmétique à droite, où le bit sortant est mémorisé dans le bit de retenue (CF pour ''Carry Flag'').]]
Ils existe une variante des instructions de rotation où le bit de retenue est utilisé. Un bon exemple est celui des instructions LRCY (''Left Rotate Through Carry'') et RRCY (''Right Rotate Through Carry''). La première est un décalage/rotation à gauche, l'autre est un décalage/rotation à droite. Les deux décalent un registre de 16 bits, mais on pourrait imaginer la même chose avec des registres de taille différente. Lors du décalage, le bit sortant est mémorisé dans le registre de retenue, alors que le bit de retenue précédent est lui envoyé dans le vide laissé par le décalage. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une rotation, sauf que le nombre décalé/rotaté est composé du registre concaténé au bit de retenue, le bit de retenue étant le bit de poids fort pour un décalage à gauche, de poids faible pour un décalage à droite.
====Le cas particuliers des processeurs ARM====
Sur les processeurs ARM, il n'y a pas d'instruction de décalage à proprement parler, ni de rotations. Par contre, les décalages sont fusionnés avec la plupart des opérations arithmétiques ! Toute opération arithmétique prend deux registres d'opérandes et un registre de destination, ainsi qu'un décalage facultatif. Le décalage est appliqué sur la seconde opérande automatiquement, sans avoir à faire une instruction séparée. À l'intérieur de l'instruction, deux bits précisent quel type de décalage effectuer (logique à droite, arithmétique à droite, à gauche, rotation à droite). Le nombre de rangs dont il faut décaler est soit encodé directement dans l'instruction sur 5-6 bits, soit précisé dans un registre.
Toutes les instructions ne permettent pas de faire un décalage automatique. Seules les opérations simples peuvent le faire, à savoir les additions, soustractions, copies d'un registre à un autre, les opérations logiques, et quelques autres. Et cela se marie très bien avec le fait qu'on applique le décalage sur la seconde opérande fait qu'il se marie très bien avec les calculs d'adresse. En effet, quand un programmeur manipule une structure de données, notamment un tableau, il arrive souvent qu'il fasse des calculs d'adresse cachés. La majeure partie de ces calculs d'adresse sont de la forme : adresse de base + (indice * taille de la donnée). Vu que les données ont très souvent une taille qui est une puissance de deux, le second terme se calcule en décalant l'indice, le calcul total demande une simple addition avec une opérande décalée, ce qui prend une seule instruction sur les processeur ARM.
===Les instructions de manipulation de bits===
D'autres opérations effectuent des calculs non pas bit à bit (on traite en parallèle les bits sur la même colonne), mais qui manipulent les bits à l'intérieur d'un nombre. les plus simples d'entre elles comptent sur les bits.
Une instruction très commune de ce type est l'instruction '''''population count''''', qui compte le nombre de bits d'un nombre qui sont à 1. Par exemple, pour le nombre 0100 1100 (sur 8 bits), la ''population count'' est de 3. Il s'agit d'une instruction utile dans les codes correcteurs d'erreur, très utilisés pour tout et n'importe quoi (trames réseau, sommes de contrôle des secteurs des disques dur, et bien d'autres). De plus, elle permet de calculer facilement le bit de parité d'un nombre, ce qui est utile pour les codes de détection d'erreur. En soi, l'instruction est facultative et l'implémenter est un choix qui n'est pas trivial. Mais cette instruction est très simple à implémenter en circuits, sans compter que son implémentation utilise assez peu de transistors. Le circuit de calcul est ridiculement simple, utilise peu de transistors.
Les processeurs gèrent aussi assez souvent des instructions pour compter les zéros ou les uns après le bit de poids fort/faible. Pour rappel, voici les quatre possibilités :
* '''''Count Trailing Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à droite du 1 de poids faible.
* '''''Count Leading Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à gauche du 1 de poids fort.
* '''''Count Trailing Ones''''' donnent le nombre de 1 situés à gauche du 0 de poids fort.
* '''''Count Leading Ones''''' donne le nombre de 1 situés à droite du 0 de poids faible.
[[File:Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.png|centre|upright=2.0|vignette|Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.]]
Comme vous le voyez sur le schéma du dessus, ces quatre opérations de comptage sont liées à quatre autres opérations. Ces dernières donnent la position du 0 ou du 1 de poids faible/fort :
* '''''Find First Set''''', donne la position du 1 de poids faible.
* '''''Find highest set''''' donne la position du 1 de poids fort.
* '''''Find First Zero''''' donne la position du 0 de poids faible.
* '''''Find Highest Zero''''' donne la position du 0 de poids fort.
Il est rare que des processeurs s’implémentent toutes ces opérations. En effet, le résultat de certaines opérations se calcule à partir des autres. Pour donner un exemple, les processeurs x86 modernes incorporent une extension, appelée '''''Bit manipulation instructions sets (BMI sets)''''', qui ajoute quelques instructions de ce type. Pour le moment, seules les instructions ''Count Trailing Zeros'' et ''Count Leading Zeros'' sont supportées.
Et il existe bien d'autres instructions de ce type. On peut citer, par exemple, l'instruction BLSI, qui ne garde que le 1 de poids faible et met à zéro tous les autres bits. L'instruction BLSR quant à elle, met à 0 ce 1 de poids faible. Et il y en a bien d'autres, qui impliquent le 1 de poids fort, le 0 de poids faible, le 1 de poids faible, etc.
===Les instructions d'extension de registres===
Certains processeurs sont capables de gérer des données de taille diverses. Ils peuvent par exemple gérer des données codées sur 16 bits ou sur 32 bits comme c'est le cas sur certains processeurs anciens. Comme autre exemple, les processeurs x86 modernes peuvent gérer des données de 8, 16 et 32 bits. Pour cela, ils disposent généralement de registres de taille différentes, certains font 8 bits, d'autres 16, d'autres 32, etc. Dans ce cas, il est courant que l'on ait à faire des conversions vers un nombre de taille plus grande. Par exemple, convertir un nombre de 8 bits en un nombre de 16 bits, ou un nombre de 8 bits en 32 bits. Les processeurs de ce type incorporent des instructions pour ce faire, qui s'appellent les '''instructions d'extension de nombres'''.
La seule difficulté de ces instructions tient à la manière dont on remplit les bits de poids forts. Par exemple, si l'on passe de 8 bits à 16 bits, les 8 bits de poids forts sont inconnus. Pareil si on passe de 16 bits à 32 bits : quelle doit être la valeur des 16 bits de poids fort ? Intuitivement, on se dit qu'il suffit de les remplir par des zéros. Faire ainsi marche très bien, mais à condition que le nombre soit un nombre positif ou nul. Mais dans le cas d'un nombre négatif, cela ne marche pas (le résultat n'est pas bon). Pour les nombres codés en complément à deux, il faut remplir les bits manquants par le bit de signe, le bit de poids fort. On a donc deux choix : soit on remplit les bits manquants par des 0, ou par le bit de poids fort. Globalement, les deux choix possibles correspondent à deux instructions : une pour les nombres non-signés et une autre pour les nombres codés en complément à deux. On parle respectivement d''''instruction de ''zero extension''''' et '''instruction d'extension de signe'''.
Formellement, les instructions d'extension de nombre sont des copies entre registres : le contenu d'un registre est copié dans un autre plus grand. L'extension de signe est couplée avec cette copie, les deux étant effectués en une instruction. Du moins, c'est le cas sur la plupart des processeurs. On pourrait imaginer séparer les deux en deux instructions séparées, une instruction MOV (qui copie un registre dans un autre, comme on le verra plus bas) et une instruction d'extension de signe/zéro. Dans ce cas, l'instruction d'extension de signe/zéro prend un registre de grande taille et étend la donnée dans ce registre. Par exemple, pour une extension de signe de 16 à 32 bits, l'instruction prendrait un registre de 32 bits, ne considérerait que les 16 bits de poids faible et effectuerait l'extension de signe/zéro à partir de ces derniers. En soi, l'extension avec des zéros est un simple masque, réalisable avec des opérations bit à bit et cette instruction n'a pas besoin d'être implémentée. Par contre, les instructions d'extension de signe sont elles très utiles.
De plus, une instruction d'extension de signe séparée a l'avantage d'être utilisable même sur des architecture avec des registres de taille identique. Mais quel intérêt, me direz-vous ? Il faut savoir que certaines langages de programmation permettent de travailler sur des entiers dont on peut préciser la taille. Un même programme peut ainsi manipuler des entiers de 16 bits et de 32 bits, ou des entiers de 8, d'autres de 16, d'autres de 32, et d'autres de 64. L'intérêt n'est as évident, mais un bon exemple est celui de la rétrocompatibilité entre programmes. Par exemple, un programme 64 bits qui utilise une librairie 32 bits, ou un programme codé en 64 bits qui émule une console 16 bits. Ou encore, la communication entre un programme codé en 16 bits avec un capteur qui mesure des données de 8 bits. Bref, les possibilités sont nombreuses. Imaginons que tout se passe dans des registres de 32 bits. Le processeur peut incorporer des instructions de calcul sur 16 bits, en plus des instructions 32 bits. Dans ce cas, l'extension de signe sert à faire des conversions entre entiers de taille différentes.
===Les instructions de permutation d'octets===
Les instructions de ''byte swap'', aussi appelée '''instructions de permutation d'octets''', échangent de place les octets d'un nombre. Leur implémentation varie grandement selon la taille des entiers. Le cas le plus simple est celui des instructions qui travaillent sur des entiers de 16 bits, soit deux octets. Il n'y a alors qu'une seule solution pour échanger les octets : l'octet de poids fort devient l'octet de poids faible et réciproquement. Les deux octets échangent leur place.
Pour les nombres de 32 bits, soit 4 octets, il y a plusieurs possibilités. La première inverse l'ordre des octets dans le nombre : on échange l'octet de poids faible et de poids fort, mais on échange aussi les deux octets restant entre eux. Une autre solution découpe l'entier en deux morceaux de 16 bits : l'un avec les deux octets de poids fort, l'autre avec les deux octets de poids faible. Les octets sont inversés dans ces blocs de 16 bitzs, mais on n'effectue pas d'autres échanges. On peut aussi échanger les deux morceaux de 16 bits, mais sans changer l'ordre des octets dans les blocs.
[[File:Instruction de permutation d'octets.png|centre|vignette|upright=2|Instruction de permutation d'octets]]
L'utilité de ces instructions n'est pas évidente au premier abord, mais elle sert beaucoup dans les opérations de conversion de données. Tout cela devrait devenir plus clair dans le chapitre sur le boutisme.
==Les instructions d'accès mémoire==
Les instructions d’accès mémoire permettent de copier ou d'échanger des données entre le processeur et la RAM. On peut ainsi copier le contenu d'un registre en mémoire, charger une donnée de la RAM dans un registre, initialiser un registre à une valeur bien précise, etc. Il en existe plusieurs, les plus connues étant les suivantes : LOAD, STORE et MOV. D'autres processeurs utilisent une instruction d'accès mémoire généraliste, plus complexe.
===Les instructions d'accès à la RAM : LOAD et STORE===
Les instructions LOAD et STORE sont deux instructions qui permettent d'échanger des données entre la mémoire RAM et les registres. Elles copient le contenu d'un registre dans la mémoire, ou au contraire une portion de mémoire RAM dans un registre.
* L''''instruction LOAD''' est une instruction de lecture : elle copie le contenu d'un ou plusieurs mots mémoire consécutifs dans un registre. Le contenu du registre est remplacé par le contenu des mots mémoire de la mémoire RAM.
* L''''instruction STORE''' fait l'inverse : elle copie le contenu d'un registre dans un ou plusieurs mots mémoire consécutifs en mémoire RAM.
{|class="wikitable"
|[[File:Instruction LOAD.png|300px|Instruction LOAD.]]
|[[File:Instruction STORE.png|300px|Instruction STORE.]]
|}
En théorie, une variante de l'instruction STORE peut enregistrer une constante en mémoire RAM. Il est en théorie possible pour une instruction STORE modifiée de stocker la valeur 9 dans l'adresse X, par exemple. La constante est fournie par l'instruction, elle n'est pas stockée dans un registre, mais carrément intégrée à l'instruction. Cela sera plus clair quand nous verrons les modes d'adressage, notamment le mode d'adressage immédiat.
Plus haut dans le chapitre, j'ai dit qu'un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs dédiées, certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Et bien il en est de même pour les instructions LOAD et STORE, qui ont chacune une variante pour les entiers 8, 16, 32, 64 bits.
De telles instructions ne font pas que lire ou écrire des données. Pour comprendre pourquoi, prenons un processeur 64 bits. Il dispose d'un bus de 64 bits, pour lire ou écrire des mots mémoire de 64 bits chacun. Pour des lectures de 8, 16 ou 32 bits, un mot mémoire entier est lu, puis seuls les octets adéquats sont conservés. Par exemple, pour une lecture 32 bits, un mot mémoire de 64 bits est lu, puis une opération de masquage (ET bit à bit) met à zéro le 32 bits inutiles. Ce sont souvent les 32 bits de poids faible ou de poids fort qui sont mis à zéro. Il en est de mêma vec les lectures 16 bits, sauf que les 48 bits inutiles sont alors mis à zéro, idem avec les lectures 8 bits.
Pour les écritures, les choses sont encore plus compliquées. Imaginez que je veuille modifier 32 bits. Les 32 bits à modifier font partie d'un mot mémoire de 64 bits, qui contient les 32 bits utiles, et 32 bits supplémentaires. l'écriture ne doit pas effacer les 32 bits supplémentaires, seulement les 32 bits utiles. Pour cela, le processeur n'a pas le : il doit lire un mot mémoire de 64 bits, modifier le 32 bits utiles, puis réécrire le tout en mémoire RAM. L'écriture demande de faire une lecture, une modification, puis une écriture. Le mot mémoire de 64 bits est copié dans un registre, la modification se fait dans ce registre, vient une opération de masquage complexe, puis l'écriture est effectuée.
===Les instructions de transfert entre registres : MOV et XCHG===
L''''instruction MOV''' copie le contenu d'un registre dans un autre sans passer par la mémoire. C'est donc un échange de données entre registres, qui n'implique en rien la mémoire RAM, mais MOV est quand même considérée comme une instruction d'accès mémoire. Les données sont copiées d'un registre source vers un registre de destination. Le contenu du registre source est conservé, alors que le contenu du registre de destination est écrasé (il est remplacé par la valeur copiée). Cette instruction est utile pour gérer les registres, notamment sur les architectures avec peu de registres et/ou sur les architectures avec des registres spécialisés.
[[File:Instruction MOV.png|centre|300px|Instruction MOV.]]
Mais quelques rares architectures ne disposent pas d'instruction MOV, qui n'est formellement pas nécessaire, même si bien utile. En effet, on peut émuler une instruction MOV avec des instructions logiques utilisées convenablement. L'idée est de faire une opération dont le résultat est l'opérande envoyée, et d'enregistrer le résultat dans le registre de destination. Par exemple, on peut faire un OU entre le registre opérande et 0 : le résultat sera l'opérande. Idem avec un ET et la valeur adéquate. Ou encore, on peut imaginer faire un ET/OU entre un registre et lui-même : le résultat est égal au contenu du registre opérande.
Quelques processeurs assez rares ont des instructions pour échanger le contenu de deux registres. Par exemple, on peut citer l''''instruction XCHG''' sur les processeurs x86 des PC anciens et actuels. Elle permet d'échanger le contenu de deux registres, quel qu'ils soient, il n'y a pas de restrictions sur le registre source et sur le registre de destination. Mais d'autres processeurs ont des restrictions sur les registres source et destination. Par exemple, le processeur Z80 a des instructions d'échanges assez restrictives, comme on le verra dans quelques chapitres.
Sur les processeurs ARM, l'instruction MOV fait partie des instructions qui permettent d'effectuer un décalage sur la seconde opérande. Il s'agit en réalité de décalages/rotations décalées, qui sont fusionnées avec une instruction MOV. L'instruction MOV des processeurs ARM fait soit un MOV normal, soit un décalage.
===L'instruction mémoire généraliste : une alternative à LOAD et STORE===
Sur certains processeurs, il n'y a pas d'instruction LOAD ou STORE, ni même MOV . À la place, on trouve une '''instruction d'accès mémoire généraliste''', qui fusionne les trois. Elle est capable de faire une lecture, une écriture, ou une copie entre registres, et parfois une copie d'une adresse mémoire vers une autre. Les trois premières opérations sont presque toujours supportées, mais la copie d'une adresse mémoire vers une autre est beaucoup plus rare.
Sur les processeurs x86, l'instruction généraliste s'appelle l'instruction MOV. Elle gère la lecture en RAM, l'écriture en RAM, la copie d'un registre vers un autre, l'écriture d'une constante dans un registre ou une adresse. Par contre, elle ne gère pas la copie d'une adresse mémoire vers une autre ; pour un transfert de mémoire à mémoire, il faut utiliser les instructions MOVS* ('''''Mov'''e '''S'''tring'' ; MOVSB : par octets, MOVSW : par mots de 16-bits, ...).
===Les instructions d'accès mémoire complexes===
Nous venons de voir les instructions LOAD, STORE et les transferts entre registres. Elles sont présentes sur tous les processeurs, modernes comme anciens. Mais quelques processeurs gèrent des instructions mémoire plus complexes. Elles ont tendance à effectuer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les '''instructions de copie mémoire''' copient une donnée d'une adresse vers une autre. Les copies en mémoire sont des opérations très fréquentes, il est très fréquent qu'un programme copie un bloc de mémoire dans un autre et beaucoup de programmeurs ont déjà été confronté à un tel cas. Aussi, les processeurs ajoutent des instructions multi-accès pour accélérer ces copies, ce qui fait un bon compromis entre performance et simplicité d'implémentation.
D'autres instructions d'accès mémoire plus complexes existent. Pour en donner un exemple, citons les instructions de transferts par bloc sur les premiers processeurs ARM. Ces instructions permettent de copier plusieurs registres en mémoire RAM, en une seule instruction. Sur l'ARM1, il y a 16 registres en tout. Les instructions de transfert de bloc peuvent sélectionner n'importe quel sous-ensemble de ces 16 registres, pour les copier en mémoire : on peut sélectionner tous les registres, une partie des registres (5 registres sur 16, ou 7, ou 8, ...), voire aucun registre.
D'autres instructions mémoires effectuent des opérations à l'utilité moins évidente. Sur certains processeurs, on trouve notamment des instructions pour vider la mémoire cache de son contenu, pour la réinitialiser. L'utilité ne vous est pas évidente, mais cela peut servir dans certains scénarios, notamment sur les architectures avec plusieurs processeurs pour synchroniser ces derniers. Cela sert aussi pour le système d'exploitation, qui doit remettre à zéro certains caches (comme la TLB qu'on verra dans le chapitre sur la mémoire virtuelle) quand on exécute plusieurs programmes en même temps.
===Les instructions mémoire flottantes===
Plus haut, j'ai parlé du fait que certains processeurs avaient des registres flottants séparés des registres généraux. Mais encore faut-il pouvoir les remplir, ces registres flottants. Et cela implique de charger des opérandes depuis la mémoire RAM à un moment où un autre. Pour lire ou écrire ces registres, le processeur utilise des instructions mémoire séparées, distinctes des instructions LOAD et STORE vues plus haut. Pour faire la différence, ces instructions sont appelées '''FLOAD''' et '''FSTORE'''.
Elles sont séparées des LOAD/STORE normaux pour plusieurs raisons. La première est évidemment que les registres utilisés ne sont pas les mêmes : registres "généraux" pour LOAD/STORE, registres flottants pour FLOAD et FSTORE. La seconde raison est que les nombres flottants et entiers n'ont pas forcément la même taille. Et cela impacte à la fois la taille des registres, mais aussi les transferts mémoire.
Un nombre flottant fait 32 ou 64 bits, suivant qu'on parle d'un flottant simple ou double précision. Sur un processeur 32 bits, les flottants simple précision ont la même taille qu'un entier, les flottant double précision sont deux fois plus gros. Mais sur un processeur 64 bits, c'est l'inverse : les flottants double précision font la même taille qu'un entier, les simples précision sont deux fois plus petits. Et ne parlons pas du cas de certaines architectures 16 bits qui supportent quand même les nombres flottants ! Elles sont très rares, mais elles existent. Pour le moment, concentrons-nous sur les processeurs 32 et 64 bits.
En général, les registres flottants font 64 bits (parfois 80, mais je passe cela sous silence), afin de mémoriser des flottants double précision. Et ce, même sur les processeurs 32 bits. La gestion des nombres flottants est en effet apparue sur les architectures 32 bits et elles supportaient les calculs en double précision dès le départ. Et cette différence entre 32 et 64 bits a posé quelques problèmes. Les registres flottants n'avaient pas la même taille que les registres généraux : 32 pour les registres généraux, 64 pour les registres flottants. Mais ce n'était pas un énorme problème.
Le vrai problème est que les lectures/écritures flottantes faisaient des transferts de 64 bits entre les registres flottants et la mémoire RAM. Or, le bus de données de ces processeurs faisait 32 bits, vu que c'était des architectures 32 bits. Lire/écrire un flottant demandait donc de faire deux accès mémoire consécutifs. Par exemple, lire un flottant depuis la RAM demandait de lire deux morceaux de 32 bits, le flottant était chargé en deux fois. Cette différence fait qu'il est préférable d'utiliser des instructions FSTORE/FLOAD séparées des instructions LOAD/STORE. Leur comportement n'est pas le même : LOAD/STORE lisent un seul mot mémoire, FLOAD/FSTORE en lisent deux pour la double précision.
Un autre détail est qu'il existe des instructions FLOAD et FSTORE spécialisées pour les flottants simple précision. Par exemple, une instruction FLOAD en simple précision ne lit que 32 bits en mémoire, puis le flottant est convertit en double précision 64 bits, avant d'être enregistré dans les registres. Pour l'écriture, c'est l'inverse : un flottant double précision est convertit en simple précision 32 bits, avant d'être écrit en mémoire. Le comportement est alors différent : FLOAD/FSTORE ne lisent/écrivent qu'un seul mot mémoire, de 32 bits, mais doivent faire une conversion entre simple et double précision.
Il faut noter que c'est l'inverse sur les processeurs 64 bits. Là, un flottant double précision peut être lu/écrit en un seul accès mémoire, vu que le bus de données fait 64 bits. Par contre, les flottants simples précision sont gérés un peu autrement. Concrètement, l'instruction FLOAD lit un mot de 64 bits, mais n'en garde que la moitié adéquate. L'instruction d'écriture fait elle plus de traail : elle doit lire un mot de 64 bits, en modifier la moitié, et réécrire le tout en mémoire RAM.
Vu qu'il y a des registres flottants séparés, il y aussi des instructions de copie de registre séparées pour les registres flottants. L'instruction XCHG a son équivalent flottant '''FXCHG''', l'instruction MOV a une '''instruction FMOV''' séparées, etc.
Un autre moyen de remplir un registre flottant est d'obtenir sa valeur depuis un registre général. Attention, je ne parle pas de copier un registre général dans un flottant, ou inversement. Je parle de convertir une opérande entière en un nombre flottant. Et il y a des instructions dédiées pour cela. Par exemple, il y a une instruction prend un registre entier, convertit sa valeur en flottant 64 bits, et écrit le résultat dans un registre flottant. Idem avec la conversion inverse, de flottant vers entier, qui a sa propre instruction dédiée. Et ces deux instructions ont deux variantes, suivant que le flottant soit simple ou double précision. De telles '''instructions de conversion entier-flottant''' ne sont pas à proprement parler des instructions de copie entre registre, ce sont plus un intermédiaire entre copie entre registres et opération de calcul.
==Les instructions de contrôle (branchements et tests)==
Un processeur serait sacrément inflexible s'il ne faisait qu'exécuter des instructions dans l'ordre. Certains processeurs ne savent pas faire autre chose, comme le Harvard Mark I, et il est difficile, voire impossible, de coder certains programmes sur de tels ordinateurs. Mais rassurez-vous : il existe de quoi permettre au processeur de faire des choses plus évoluées. Pour rendre notre ordinateur "plus intelligent", on peut par exemple souhaiter que celui-ci n'exécute une suite d'instructions que si une certaine condition est remplie. Ou faire mieux : on peut demander à notre ordinateur de répéter une suite d'instructions tant qu'une condition bien définie est respectée. Diverses '''structures de contrôle''' de ce type ont donc étés inventées.
Voici les plus utilisées et les plus courantes : ce sont celles qui reviennent de façon récurrente dans un grand nombre de langages de programmation actuels. Concevoir un programme (dans certains langages de programmation), c'est simplement créer une suite d'instructions, et utiliser ces fameuses structures de contrôle pour l'organiser. D'ailleurs, ceux qui savent déjà programmer auront reconnu ces fameuses structures de contrôle. On peut bien sur en inventer d’autres, en spécialisant certaines structures de contrôle à des cas un peu plus particuliers ou en combinant plusieurs de ces structures de contrôles de base, mais cela dépasse le cadre de ce cours : on ne va pas vous apprendre à programmer.
{|class="wikitable"
|-
! Nom de la structure de contrôle
! Description
|-
! SI...ALORS
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée
|-
! SI...ALORS...SINON
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée ou exécute une autre suite d'instructions si elle ne l'est pas.
|-
! Boucle WHILE...DO
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée.
|-
! Boucle DO...WHILE aussi appelée REPEAT UNTIL
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée. La différence, c'est que la boucle DO...WHILE exécute au moins une fois cette suite d'instructions.
|-
! Boucle FOR
| Répète un nombre fixé de fois une suite d'instructions.
|}
Les '''conditions''' à respecter pour qu'une structure de contrôle fasse son office sont généralement très simples.
Elles se calculent le plus souvent en comparant deux opérandes (des adresses, ou des nombres entiers ou à virgule flottante).
Elles correspondent le plus souvent aux comparaisons suivantes :
* A == B (est-ce que A est égal à B ?) ;
* A != B (est-ce que A est différent de B ?) ;
* A > B (est-ce que A est supérieur à B ?) ;
* A < B (est-ce que A est inférieur à B ?) ;
* A >= B (est-ce que A est supérieur ou égal à B ?) ;
* A <= B (est-ce que A est inférieur ou égal à B ?).
Il est également possible de tester si le bit d'un registre ou octet mémoire est à 1 ou 0.
Notamment le registre des indicateurs est testé après une instruction arithmétique (est-ce que le calcul a généré une retenue, ...).
Pour implémenter ces structures de contrôle, on a besoin d'une instruction qui saute en avant ou en arrière dans le programme, suivant le résultat d'une condition. Par exemple, un SI...ALORS zappera une suite d'instruction si une condition n'est pas respectée, ce qui demande de sauter après cette suite d’instruction cas échéant. Répéter une suite d'instruction demande juste de revenir en arrière et de redémarrer l’exécution du programme au début de la suite d'instruction. Nous verrons comment sont implémentées les structures de contrôle plus bas, mais toujours est-il que cela implique de faire des sauts dans le programme. Faire un saut en avant ou en arrière dans le programme est assez simple : il suffit de modifier la valeur stockée dans le ''program counter'', ce qui permet de sauter directement à une instruction et de poursuivre l'exécution à partir de celle-ci. Et un tel saut est réalisé par des instructions spécialisées. Dans ce qui va suivre, nous allons appeler '''instructions de branchement''' les instructions qui sautent à un autre endroit du programme. Ce n'est pas la terminologie la plus adaptée, mais elle conviendra pour les explications.
L'implémentation des structures de contrôle demande donc de calculer une condition, puis de faire un saut. Mais il faut savoir que l'implémentation demande parfois de faire un saut, sans avoir à tester de condition. Dans ce cas, l'instruction qui fait un saut sans faire de test de condition est elle aussi une instruction de branchement. Cela nous amène à faire la différence entre un branchement conditionnel et non-conditionnel. La différence entre les deux est simple. Une instruction de '''branchement conditionnel''' effectue deux opérations : un test qui vérifie si la condition adéquate est respectée, et un saut dans le programme aussi appelé branchement. Une instruction de '''branchement inconditionnelle''' ne teste pas de condition et ne fait qu'un saut dans le programme.
===Les structures de contrôle===
Le IF permet d’exécuter une suite d'instructions si et seulement si une certaine condition est remplie.
[[File:Codage d'un if.. en assembleur.jpg|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS en assembleur.]]
Le IF...ELSE sert à effectuer une suite d'instructions différente selon que la condition est respectée ou non : c'est un SI…ALORS contenant un second cas. Une boucle consiste à répéter une suite d'instructions machine tant qu'une condition est valide (ou fausse).
[[File:Codage d'un IF.ELSE en assembleur.png|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS..SINON en assembleur.]]
Les boucles sont une variante du IF dont le branchement renvoie le processeur sur une instruction précédente. Commençons par la boucle DO…WHILE : la suite d'instructions est exécutée au moins une fois, et est répétée tant qu'une certaine condition est vérifiée. Pour cela, la suite d'instructions à exécuter est placée avant les instructions de test et de branchement, le branchement permettant de répéter la suite d'instructions si la condition est remplie. Si jamais la condition testée est fausse, on passe tout simplement à la suite du programme.
[[File:DO...WHILE.jpg|centre|vignette|upright=2|DO...WHILE.]]
Une boucle WHILE…DO est identique à une boucle DO…WHILE à un détail près : la suite d'instructions de la boucle n'a pas forcément besoin d'être exécutée au moins une fois. On peut donc adapter une boucle DO…WHILE pour en faire une boucle WHILE…DO : il suffit de tester si la boucle doit être exécutée au moins une fois avec un IF, et exécuter une boucle DO…WHILE équivalente si c'est le cas.
[[File:WHILE...DO.png|centre|vignette|upright=2|WHILE...DO.]]
===Les branchements conditionnels et leur implémentation ===
Il existe de nombreuses manières de mettre en œuvre les branchements conditionnels et tous les processeurs ne font pas de la même manière. Sur la plupart des processeurs, les branchements conditionnels sont séparés en deux instructions : une instruction de test qui vérifie si la condition voulue est respectée, et une instruction de saut conditionnelle. D'autres processeurs effectuent le test et le saut en une seule instruction machine.
[[File:Implémentations possibles des branchements conditionnels.png|centre|vignette|upright=3|Implémentations possibles des branchements conditionnels]]
: Plus surprenant, sur quelques rares processeurs, le ''program counter'' est un registre qui peut être modifié comme tous les autres. Cela permet de remplacer les branchements par une simple écriture dans le ''program counter'', avec une instruction MOV. Un bon exemple est le processeur ARM1, un des tout premiers processeur ARM. Cette dernière solution n'est presque jamais utilisée, mais elle reste surprenante !
Dans les faits, la solution la plus simple est clairement d'implémenter le tout avec une seule instruction. Mais beaucoup de processeurs anciens utilisent la première méthode, celle qui sépare le branchement conditionnel en deux instructions. Le branchement prend le résultat de l'instruction de test et décide s'il faut passer à l'instruction suivante ou sauter à une autre adresse. Il faut donc mémoriser le résultat de l'instruction de test dans un registre spécialisé, afin qu'il soit disponible pour l'instruction de branchement. L'usage d'un registre intermédiaire pour mémoriser le résultat de l'instruction de test demande d'ajouter un registre au processeur. De plus, le résultat de l'instruction de test varie grandement suivant le processeur, suivant la manière dont on répartit les responsabilités entre test et branchements.
Il existe, dans les grandes lignes, deux techniques pour séparer test et branchement conditionnel. La première impose une séparation stricte entre calcul de la condition et saut : l'instruction de test calcule la condition, le branchement fait ou non le saut dans le programme suivant le résultat de la condition. On a alors une instruction de test proprement dit, qui vérifie si une condition est valide et fournit un résultat sur 1 bit. Nous appellerons ces dernières des comparaisons, car de telles instruction effectuent réellement une comparaison. La seconde méthode procède autrement, avec un calcul de la condition qui est réalisé en partie par l'instruction de test, en partie par le branchement. Cela peut paraitre surprenant, mais il y a de bonnes raisons à cette séparation peu intuitive. La raison est que l'instruction de test est une soustraction déguisée, qui fournit un résultat de plusieurs bits, qui est ensuite utilisé pour calculer la condition voulue par le branchement. l'instruction de test ne fait pas une comparaison proprement dit, mais leur résultat permet de déterminer le résultat d'une comparaison avec quelques manipulations simples.
====Les instructions de test proprement dit====
Les premières sont réellement des instructions de test, qui effectuent une comparaison et disent si deux nombres sont égaux, différents, lequel est supérieur, inférieur, etc. En clair, elles implémentent directement les comparaisons vues précédemment. Au total, on s'attend à ce que les 6 comparaisons précédentes soient implémentées avec 6 instructions de test différentes : une pour l'égalité, une pour la différence, une autre pour la supériorité stricte, etc. Mais certaines de ces comparaisons sont en deux versions : une qui compare des entiers non-signés, et une autre pour les entiers signés. La raison est que comparer deux nombres entiers ne se fait pas de la même manière selon que les opérandes soient signées ou non. Nous avions vu cela dans le chapitre sur les comparateurs, mais un petit rappel ne fait pas de mal. Pour comparer deux entiers signés, il faut tenir compte de leurs signes, et le circuit utilisé n'est pas le même. Cela a des conséquences au niveau des instructions du processeur, ce qui impose d'avoir des opérations séparées pour les entiers signés et non-signés.
Dans les faits, les processeurs actuels utilisent le complément à deux pour les entiers signés, ce qui fait que les comparaisons d'égalité ou de différence A == B et A != B ne sont présentes qu'en un seul exemplaire. En complément à deux, l'égalité se détermine avec la même règle que pour les entiers non-signés : deux nombres sont égaux s'ils ont la même représentation binaire, ils sont différents sinon. Ce ne serait pas le cas avec les entiers en signe-magnitude ou en complément à un, du fait de la présence de deux zéros : un zéro positif et un zéro négatif. Les circuits de comparaison d'égalité et de différence seraient alors légèrement différents pour les entiers signés ou non. Au total, en complément à deux, on trouve donc 10 comparaisons usuelles, vu que les comparaisons de supériorité/infériorité sont en double.
Le résultat d'une comparaison est un bit, qui dit si la condition testée est vraie ou fausse. Dans la majorité des cas, ce bit vaut 1 si la comparaison est vérifiée, et 0 sinon. Une fois que l'instruction a fait son travail, il reste à stocker son résultat quelque part. Pour cela, le processeur utilise un ou plusieurs '''registres à prédicats''', des registres de 1 bit qui peuvent stocker n'importe quel résultat de comparaison. Une comparaison peut enregistrer son résultat dans n'importe quel registre à prédicats : elle a juste à préciser lequel avec son nom de registre.
Les registres à prédicats sont utiles pour accumuler les résultats de plusieurs comparaisons et les combiner par la suite. Par exemple, cela permet d'émuler une instruction qui teste si A >= B à partir de deux instructions qui calculent respectivement A > B et A == B. Pour cela, certains processeurs incorporent des instructions pour faire des opérations logiques sur les registres à prédicats. Ces opérations permettent de faire un ET, OU, XOR entre deux registres à prédicats et de stocker le résultat dans un registre à prédicat quelconque.
D'autres instructions permettent de lire le résultat d'un registre à prédicat, de calculer une condition, de combiner son résultat avec la valeur lue et d'altérer le registre à prédicat sélectionné. Par exemple, sur l'architecture IA-64, il existe une instruction cmp.eq.or, qui calcule une condition, lit un registre à prédicat fait un OU logique entre le registre lu et le résultat de la condition, et enregistre le tout dans un autre registre à prédicat. De telles instructions facilitent grandement le codage de certaines fonctions, qui demandent que plusieurs conditions soient vérifiées pour exécuter un morceau de code.
====Les instructions de test qui sont des soustractions déguisées====
Le second type d'instruction de test ne calcule pas ces conditions directement, mais elle fournit un résultat de quelques bits qui permet de les calculer avec quelques manipulations simples. Sur ces processeurs, il n'y a qu'une seule instruction de comparaison, qui est une soustraction déguisée. Le résultat de la soustraction n'est pas sauvegardé dans un registre et est simplement perdu. C'est le cas sur certains processeurs ARM ou sur les processeurs x86. Par exemple, un processeur x86 possède une instruction CMP qui n'est qu'une soustraction déguisée dans un opcode différent.
Le résultat de cette soustraction déguisée est un résultat portant sur 4 bits, qui donne des informations sur le résultat de la soustraction. Le premier bit, appelé bit ''null'', indique si le résultat est nul ou non. Le second bit indique le signe du résultat, s'il est positif ou négatif. Enfin, deux autres bits précisent si la soustraction a donné lieu à un débordement d'entier. Il y a deux bits, car on vérifie deux types de débordement : un débordement non-signé (une retenue sortante de l'additionneur), et le débordement signé (débordement en complément à deux). Pour mémoriser le résultat d'une soustraction déguisée, le processeur incorpore un '''registre d'état'''. Le registre d'état stocke des bits qui ont chacun une signification prédéterminée lors de la conception du processeur et il sert à beaucoup de choses. Dans le cas qui nous intéresse, le registre d'état mémorise les résultats de l'instruction de test : les deux bit de débordement, le bit qui précise que le résultat d'une instruction vaut zéro, le bit de retenue pour le bit de signe.
La condition en elle-même est réalisée par le branchement. L'instruction de branchement fait donc deux choses : calculer la condition à partir du registre d'état, et effectuer le saut si la condition est valide. Le calcul des conditions se fait à partir des 4 bits de résultat. Le bit ''null'' permet de savoir si les deux opérandes sont égales ou non : si le résultat d'une soustraction est nul, cela implique que les deux opérandes sont égales. Le bit de signe permet de déterminer si le première opérande est supérieur ou inférieure à la seconde : le résultat de la soustraction est positif si A >= B, négatif sinon. Les bits de débordements permettent de faire la différence entre infériorité stricte ou non. Tout cela sera expliqué plus en détail dans le paragraphe suivant.
[[File:Branchements et tests avec un registre d'état.png|centre|vignette|upright=1.5|Branchements et tests avec un registre d'état]]
La conséquence est qu'il y a autant d'instructions de branchements que de conditions possibles. Aussi, on a une instruction de test, mais environ une dizaine d'instructions de branchements. C'est l'inverse de ce qu'on a avec des instructions de test proprement dites, où on a autant d'instructions de test que de conditions, mais un seul branchement. Un bon exemple est celui des processeurs x86. Le registre d'état des CPU x86 contient 5 bits appelés OF, SF, ZF, CF et PF : ZF indique que le résultat de la soustraction vaut 0, SF indique son signe, CF est le bit de retenue et de débordement non-signé, OF le bit de débordement signé, et PF le bit qui donne la parité du résultat. Il existe plusieurs branchements, certains testant un seul bit du registre d'état, et d'autres une combinaison de plusieurs bits.
{|class="wikitable"
|-
! Instruction de branchement
! Bit du registre d'état testé
! Condition testée si on compare deux nombres A et B avec une instruction de test
|-
! JS (Jump if Sign)
| SF = 1
| Le résultat est négatif
|-
! JNS (Jump if not Sign)
| SF = 0
| Le résultat est positif
|-
! JO (Jump if Overflow)
| OF = 1
| Le calcul arithmétique précédent a généré un débordement signé
|-
! JNO (Jump if Not Overflow)
| OF = 0
| Le calcul arithmétique précédent n'a pas généré de débordement signé
|-
! JNE (Jump if Not equal)
| ZF = 1
| Les deux nombres A et B sont égaux
|-
! JE (Jump if Equal)
| ZF = 0
| Les deux nombres A et B sont différents
|-
! JB (Jump if below)
| CF = 1
| A < B, avec A et B non-signés
|-
! JAE (Jump if Above or Equal)
| CF = 0
| A >= B, avec A et B non-signés
|-
! (JBE) Jump if below or equal
| CF OU ZF = 1
| A >= B si A et B sont non-signés
|-
! JA (Jump if above)
| CF ET ZF = 0
| A > B si A et B sont non-signés
|-
! JL (Jump if less)
| SF != OF
| si A < B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater or Equal)
| SF = OF
| si A >= B, si A et B sont signés
|-
! JLE (Jump if less or equal)
| (SF != OF) OU ZF = 1
| si A <= B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater)
| (SF = OF) ET (NOT ZF) = 1
| si A > B, si A et B sont signés
|}
===Les instructions à prédicat===
Les '''instructions à prédicat''' sont des instructions qui ne font quelque chose que si une condition est respectée, et se comportent comme un NOP (une instruction qui ne fait rien) sinon. Elles lisent le résultat d'une comparaison, dans le registre d'état ou un registre à prédicat, et s’exécutent ou non suivant sa valeur.
En général, les instructions à prédicats sont des instructions en plus des instructions normales, pas à prédicat. L'instruction à prédicat la plus représentative, présente sur de nombreux processeurs, est l'instruction CMOV, qui copie un registre dans un autre si une condition est remplie. Elle permet de faire certaines opérations assez simples, comme calculer la valeur absolue d'un nombre, le maximum de deux nombres, etc.
Pour gérer les instructions à prédicat, les instructions de test s'adaptent sur plusieurs points. Le premier est que les instructions de test préfèrent utiliser des registres à prédicats, au lieu d'un registre d'état. Une des raisons à cela est la suivante : avec des registres à prédicats, on peut ajouter des instructions pour faire un ET/OU/XOR entre registres à prédicats, ce qui permet de tester des combinaisons de conditions sans faire appel au moindre branchement. Et ces conditions complexes ne sont pas rares, ce qui rend l'usage de registres à prédicats très utiles avec les instructions à prédicats.
Une autre adaptation est que les instructions de test tendent à fournir deux résultats : le résultat de la condition, et le résultat de la condition inverse. Ils sont fournis dans deux registres à prédicats distincts. Faire ainsi facilite grandement l'implémentation des structures de contrôle SI...ALORS simples. Pour rappel, elles ont deux morceaux de code : un qui s’exécute si une condition est remplie, l'autre si la condition inverse est remplie. Avec ce système, les instructions du premier et du second morceau de code testerons deux bits distincts.
L'usage d'instructions à prédicat séparées des autres instructions porte le nom de '''prédication partielle'''. C'est de loin l'implémentation la plus courante. Mais sur certains processeurs, assez rares, toutes les instructions sont des instructions à prédicat : on parle de '''prédication totale'''. Les anciens processeurs ARM 32 bits étaient dans ce cas, par exemple.
Cela peut paraitre étrange, vu que certaines instructions ne sont pas dans une structure de contrôle et doivent toujours s’exécuter, peu importe les conditions testées avant. Mais rassurez-vous, sur les processeurs à prédication totale, il y a toujours un moyen pour spécifier que certaines instructions doivent toujours s’exécuter, de manière inconditionnelle. Par exemple, sur les processeurs d'architecture HP IA-64, un des registre à prédicat, le tout premier, contient la valeur 1 et ne peut pas être modifié. Si on veut une instruction inconditionnelle, il suffit qu'elle précise que le registre à prédicat à lire est ce registre.
: Les processeurs avec un registre d'état n'ont généralement que de la prédication partielle, le plus souvent limitée à une seule instruction CMOV. Alors que qui dit prédication totale dit systématiquement registres à prédicats.
Les processeurs ARM disposent d'une prédication totale, du moins pour le jeu d'instruction ARM 32 bits. Mais il supportent une second jeu d’instruction optionnel, le ''thumb'', qui est plus compact. Au lieu d'encoder ses instructions sur 32-64 bits, ses instructions font seulement 16 bits. Et pour compacter ce jeu d'instruction, la prédication totale a été supprimée. À la place, ''thumb'' incorpore une '''instruction IT''', qui active l’exécution conditionnelle des instructions suivantes.
L'instruction teste une condition et calcule un prédicat, qui est ensuite utilisé pour décider de l'exécution des instructions suivantes. L'exécution conditionnelle marche jusqu'à 4 instructions consécutives. Le nombre exact est configurable et va de 1 à 4 instructions consécutives après l'instruction IT. La condition est configurable pour les 1 à 4 instructions : chaque instruction peut s'exécuter si la condition est vraie, ou au contraire fausse. Un masque de 4 bits décide de quelle condition utiliser pour chaque instruction. Il y a un bit par instruction, qui vaut 1 si la condition doit être vérifiée, 0 si on veut la condition inverse.
===L'instruction SKIP===
L''''instruction SKIP''' permet de zapper l'instruction suivante si une condition testée est fausse. Il en existe deux versions. La première est fusionnée avec l'instruction de test. La condition est calculée par l'instruction SKIP, qui décide s'il faut sauter l'instruction suivante. Dans un autre cas, l'instruction SKIP est précédée d'une instruction de test, récupère son résultat dans un registre de prédicat ou dans le registre d'état, et effectue le saut. On peut la voir comme une forme particulière de branchement conditionnel, qui brancherait deux instructions plus loin.
Son utilité n'est pas évidente, mais on peut classer ses utilisations en trois catégories. La première permet d'émuler une instruction de branchement conditionnel en combinant une instruction SKIP avec un branchement inconditionnel. Le branchement inconditionnel est skippé si la condition est remplie/fausse, mais éxecuté dans le cas contraire : c'est le comportement d'un branchement conditionnel. Une autre utilisation permet d'émuler une instruction à prédicat en faisant précéder une instruction normale par une instruction SKIP. Enfin, elles servent à implémenter des structures de controle IF à condition que le code du IF se résume à une vulgaire instruction. C'est assez rare, mais certains calculs comme la valeur absolue ou le calcul du minimum peuvent se calculer ainsi.
[[File:Skip instruction.png|centre|vignette|upright=3|Skip instruction]]
Vous pourriez imaginer des versions améliorées de l'instruction, qui permettent de zapper plusieurs instructions, mais de telles instructions ne sont autres que des instructions de branchement conditionnelles spécifiques, comme nous le verrons dans le chapitre sur les modes d'adressage.
==Les méta-instructions REPEAT et EXECUTE==
Enfin, il faut aussi citer les '''méta-instructions''', des instructions qui agissent sur l’exécution d'autres instructions. Il en existe deux : REPEAT et EXECUTE. Elles servent techniquement à manipuler le flot de contrôle d'un programme, et ont quelques ressemblances avec les branchements ou les boucles. Elles sont extrêmement rares et on ne les trouve que sur des anciens processeurs (généralement micro-codés), ou sur certaines processeurs spécialisés dans le traitement de signal appelés des DSP, qui feront l'objet d'un chapitre à eux seuls.
===L’instruction REPEAT et le ''Zero-overhead looping''===
La première est la '''méta-instruction REPEAT''', qui permet de simplifier l'implémentation des boucles. Dans sa version la plus simple, elle fait en sorte que l'instruction qui la suit soit répétée plusieurs fois. Le nombre de répétition est soit un nombre fixe, toujours le même, soit l'instruction se répète tant qu'une condition n'est pas remplie. Les deux situations ne se rencontrent pas sur les mêmes processeurs. Par exemple, l'UNIVAC 1103 possède une instruction REPEAT très simple, qui répète l'instruction cible un nombre fixe de fois, mais ne gère pas les conditions.
Le GE-600/Honeywell 6000 series incorpore trois instructions REPEAT de ce type. La première répète l'instruction suivante soit un nombre fixe de fois, soit quand une condition est remplie. La seconde répète les deux instructions suivantes, l'une après l'autre. Enfin, la dernière répète l'instruction suivante jusqu'à : soit qu'une condition soit remplie, soit qu'une adresse bien précise soit atteinte. Elle servait sans doute à implémenter le parcours d'une liste chainée pour trouver un item bien précis.
Une version améliorée de l'instruction REPEAT permet de répéter un bloc de plusieurs instructions, ce qui permet d'implémenter une boucle en une seule instruction. Elles sont fréquentes sur certains processeurs de traitement de signal, qui doivent exécuter en permanence de petites boucles. Typiquement, elles permettent d'implémenter des boucles FOR dont le nombre d’exécution est fixe. La répétition de la boucle est contrôlée par un registre de boucle, qui mémorise le nombre de répétitions, et qui est décrémenté à chaque itération, sans avoir à utiliser d'instruction d'incrémentation/décrémentation.
Une variante précise deux adresses, qui délimitent les instructions de la boucle : une adresse pour le début de la boucle, une adresse pour la fin. L'implémentation hardware est alors assez simple : quand le ''program counter'' atteint l'adresse de fin, il est réinitialisé à l'adresse de début. La gestion du ''program counter'' se fait alors sans utiliser d'instructions de branchement. les deux registres sont initialisés avec une isntruction LOPP, spécialement dédiée pour cela.
Les deux techniques précédentes permettent d'implémenter des boucles sans utiliser de branchements, ou presque. Elles rendent l'exécution des boucles tellement rapides qu'elles portent le nom de '''''Zero-overhead looping'''''.
: Les instructions REP mentionnées plus haut, ne sont PAS des exemples d'instruction REPEAT. Le préfixe REP des processeurs x86 est une instruction qui se répète elle-même. Mais l'instruction REPEAT force la répétition de l'instruction suivante ! Elle agit sur une autre instruction, d'où son caractère de méta-instruction.
===L'instruction EXECUTE===
La '''méta-instruction EXECUTE''' fournit l'adresse d'une instruction cible, qui est exécutée en lieu et place de l'instruction EXECUTE. Quand le processeur exécute l'instruction EXECUTE, il prend l'adresse cible, charge l'instruction dans l'adresse cible, et l’exécute à la place de l'instruction EXECUTE. Il est possible de comprendre l'instruction EXECUTE comme un branchement spécial. Tout se passe comme si l'instruction EXECUTE effectuait un branchement vers l'instruction cible, mais que le processeur ne poursuivait pas l’exécution à la suite de l’instruction cible, et revenait à la suite de l'instruction cible.
Il y a souvent des contraintes sur l'instruction cible, qui est pointée par l'adresse cible. Généralement, il n'est pas possible que l'instruction cible soit elle-même une autre instruction EXECUTE. De même, beaucoup de processeurs interdisent que l’instruction cible soit un branchement. Mais d'autres processeurs n'ont pas ces contraintes et autorisent à utiliser des branchements pour l'instruction cible.
L'utilité d'une telle instruction est tout sauf évidente. Elle servait pourtant à beaucoup de choses sur les processeurs où elle était implémentée. Précisons qu'elle était surtout présente sur des vieux ordinateurs, dans les années 50-60, et quelques processeurs des années 70. Elle a disparu dès les années 80 et n'est présentée que par souci d'exhaustivité et intérêt historique pour les curieux. Cette précision permet de comprendre que cette instruction servait pour résoudre des problèmes qui sont actuellement résolus autrement.
L'adresse cible peut être soit intégrée dans l'instruction, soit dans un registre. Dans le second cas, l'adresse peut être incrémentée ou modifiée afin que l'instruction EXECUTE change de cible à chaque exécution. Tout se passe comme si le registre contenant l'adresse cible servait à émuler un ''program counter''. En mettant une instruction EXECUTE dans une boucle et en complétant le tout avec du code annexe, on peut exécuter du code extérieur sans modifier le véritable ''program counter''. L'utilité est de faciliter l'implémentation des logiciels debuggers, des émulateurs, ou d'autres programmes dans le même genre.
Les autres utilisations sont assez nombreuses, mais aussi difficiles à expliquer pour qui n'a pas de connaissances poussées en programmation. La première utilité est l'implémentation de certaines fonctionnalités des langages de programmation évolués, à savoir le ''late binding'', les fonctions virtuelles, et quelques autres. Elle facilite aussi l'implémentation des compilateurs à la volée, en permettant d’exécuter du code produit à volée sans faire tiquer les mécanismes de protection mémoire implémentés dans le processeur. Elle permet d'émuler du code automodifiant pour les logiciels qui gagnaient autrefois à l'utiliser. Et il y en a d'autres.
==Les instructions d'arrêt et de mise en veille==
Les processeurs gèrent souvent des '''instructions de mise en veille''' le processeur. Une fois mis en veille, le processeur ne peut être réveillé que si un signal de sortie de veille survient. Les signaux de sortie de veille sont envoyés par les périphériques, les entrées-sorties, le ''chipset'' de la carte mère, etc. Ils sont rarement mis totalement en veille, ce qui leur permet de générer ce signal de sortie si nécessaire. Le processeur attend alors qu'un périphérique lui envoie un signal de sortie de veille, mais ne fait rien en attendant. De telles instructions ne sont exécutables qu'en mode noyau, par le système d'exploitation.
: Le signal de sortie de veille est techniquement une interruption matérielle, comme on le verra plus tard.
Il existe aussi des '''instructions d'arrêt''', qui éteignent le processeur complétement. Le processeur peut redémarrer, mais pas reprendre là où il en était. Pour redémarrer, il faut qu'il reçoive un signal RESET, envoyé sur une entrée du processeur. Lorsque l'entrée RESET du processeur est mise à 1, le processeur redémarre. Typiquement, l'alimentation du processeur est suspendue.
===Les exemples sur les processeurs les plus connus===
Sur les processeurs ARM, les instructions WFI et WFE sont utiles pour les systèmes embarqués, pour mettre le processeur en mode basse consommation. Lorsqu'une instruction de ce type est exécutée, le processeur continue d'être alimenté, mais il ne tient pas compte du signal d'horloge. Le signal d'horloge est clock gaté dès l'entrée dans le CPU. La différence entre les deux instructions est que WFI s'exécute inconditionnellement, alors que WFE ne s’exécute que un registre spécifique, le registre d'évènement, est à 0.
Sur les processeurs Motorola 6502 et ses dérivés, l'instruction WAI est une instruction de mise en veille, alors que l'instruction STP éteint l'ordinateur. La différence est qu'avec l'instruction STP, le processeur ne réagit qu'au signal RESET, qui fait redémarrer le processeur, mais ne réagit pas aux signaux de sortie de veille. L'exécution du processeur ne reprend alors pas là où le processeur s'est arrêté, le ''program counter'' est réinitialisé.
Sur les CPU x86 avant le 486, l'instruction HLT ne mettait pas le processeur en mode basse consommation. Aucune technique n'était prévue pour réduire la consommation du processeur pendant la veille. Le 8086 se contentait de se déconnecter du bus et n'incrémentait pas son ''program counter''. Au passage, l'implémentation exacte au niveau des circuits de l'instruction HLT sur le 8086 est détaillée dans cet article de blog :
* [https://www.righto.com/2023/01/reverse-engineering-intel-8086.html Reverse-engineering the Intel 8086 processor's HALT circuits]
C'est avec le 486 que la mise en veille s'est accompagnée d'une extinction partielle du processeur. Le processeur passait en mode basse consommation, ce qui permettait des économies d'énergie de 5 à 10%. Cependant, les premiers CPU sortis d'usine avaient un bug : le CPU stoppé via l'instruction HLT ne pouvait pas redémarrer de manière logicielle, il fallait lui envoyer le signal de RESET directement via le matériel.
{|class="wikitable"
|-
! x86
| HLT (HALT)
|-
! ARM
|
* WFI (Wait For Interrupt)
* WFE (Wait For Event).
|-
! Motorola 6502 et plus
|
* WAI (WAit for Interrupt)
* STP (SToP)
|}
===Les instructions ''Halt And Catch Fire''===
Le bug n'est pas spécifique aux processeurs 486, de nombreux CPU ont des instructions non-documentées qui bloquent l'ordinateur, si exécutées. Le processeur ne peut alors pas sortir de la mise en veille et soit s'arrête, soit doit être RESET. Les instructions ne sont souvent pas voulues par les concepteurs et sont souvent des bugs. De telles instructions illégales devraient lever une exception matérielle "instruction non reconnue", mais ne le font pas en raison d'un bug quelconque. Elles sont appelées, non sans humour, des '''instructions ''Halt And Catch Fire''''' (stoppe et prend feu).
Un exemple classique est celle du bug du Pentium F00F. Le responsable est une instruction non-documentée, encodée en binaire comme suit F0 0F C7 C8. Il s'agit d'une instruction dont l'encodage est invalide. Elle correspond à une instruction cmpxchg8b qui agit sur une valeur 64 bits obtenue en concaténant les deux registres (EAX et EDX). Elle compare cette valeur 64 bits avec une donnée en mémoire RAM. Mais avec l'encodage F0 0F C7 C8, l'adresse mémoire est remplacée par un nom de registre, du fait de l'encodage des modes d'adressage sur ce CPU. En théorie, le processeur devrait lever une exception matérielle ''opcode invalide''. Seulement, l'instruction est associée à un préfixe LOCK, qu'on ne détaillera pas ici, qui empêche la levée de l'exception.
Elle agissait comme une instruction ''Halt And Catch Fire'' classique. Un problème est que cette instruction n'était pas une instruction en mode noyau, mais une instruction accessible en espace utilisateur. N'importe quel programme invalide, voire un programme malicieux, pouvait bloquer l'ordinateur. La situation a été prise an sérieux, les systèmes d'exploitation fournissant des mitigations logicielles. Intel corrigea le problème, dans une seconde fournée sortie d'usine, avec la version B2 du 486.
==Résumé==
Pour résumer, les instructions les plus courantes sont les suivantes :
{|class="wikitable"
|-
!Instruction
!Utilité
|-
!Instructions arithmétiques
|Elles font des calculs sur des nombres. Les plus communes sont l'addition, la soustraction, la multiplication, la division, le modulo. Pour les instructions flottantes, la racine carrée est souvent supportée, parfois avec les opérations trigonométriques, les logarithmes et l'exponentielle.
|-
!Instructions logiques
|Elles travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les plus communes sont ;
* Les opérations bit à bit, à savoir le ET logique, le OU logique, le OU exclusif (XOR) et le NON logique.
* Les instructions de décalage à droite et à gauche, qui vont décaler tous les bits d'un nombre d'un cran vers la gauche ou la droite. Les bits qui sortent du nombre sont considérés comme perdus.
* Les instructions de rotation, qui font la même chose que les instructions de décalage, à la différence près que les bits qui "sortent d'un côté du nombre" après le décalage rentrent de l'autre.
|-
!Instructions de test et de contrôle (branchements)
|Elles permettent de contrôler la façon dont notre programme s’exécute sur notre ordinateur. Elles permettent notamment de choisir la prochaine instruction à exécuter, histoire de répéter des suites d'instructions, de ne pas exécuter des blocs d'instructions dans certains cas, et bien d'autres choses.
|-
!Instructions d’accès mémoire
|Elles permettent d'échanger des données entre le processeur et la mémoire, ou encore permettent de gérer la mémoire et son adressage. Les deux les plus courantes sont les suivantes :
* LOAD : charge une donnée dans un registre ;
* STORE : copie le contenu d'un registre dans une adresse mémoire.
|}
En plus de ces instructions, beaucoup de processeurs ajoutent d'autres instructions. La plupart sont utilisées par le système d'exploitation pour configurer certaines fonctionnalités importante : la protection mémoire, la mémoire virtuelle, les modes de compatibilité du processeur, la gestion de l'alimentation, l'arrêt ou la mise en veille, etc.
On peut aussi trouver des instructions spécialisées dans les calculs cryptographiques : certaines instructions permettent de chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe. De même, certains processeurs ont une instruction permettant de générer des nombres aléatoires. Et on peut trouver bien d'autres exemples...
Mais d'autres sont franchement exotiques. Par exemple, certains processeurs sont capables d'effectuer des instructions sur du texte directement. Pour stocker du texte, la technique la plus simple utilise une suite de lettres, stockées les unes à la suite des autres dans la mémoire, dans l'ordre dans lesquelles elles sont placées dans le texte. Quelques ordinateurs disposent d'instructions pour traiter ces suites de lettres. D'ailleurs, n'importe quel PC x86 actuel dispose de telles instructions, bien qu'elles ne soient pas utilisées car paradoxalement trop lente comparé aux solutions logicielles ! Cela peut paraître surprenant, mais il y a une explication assez simple qui sera compréhensible dans quelques chapitres (les instructions en question sont microcodées).
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les mémoires FIFO et LIFO
| prevText=Les mémoires FIFO et LIFO
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Mewtow
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/* La ou les instructions d'addition entière */
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wikitext
text/x-wiki
Ce chapitre va aborder le langage machine, à savoir un standard qui définit les instructions du processeur, le nombre de registres, etc.
Dans ce chapitre, on considérera que le processeur est une boîte noire au fonctionnement interne inconnu.
Nous verrons le fonctionnement interne d'un processeur dans quelques chapitres.
Les concepts que nous allons aborder ne sont rien d'autre que les bases nécessaires pour apprendre l'assembleur.
Nous allons surtout parler des instructions du processeur.
Pour simplifier, on peut classer les instructions en quatre grands types :
* les échanges de données entre mémoires ;
* les calculs et autres opérations arithmétiques ;
* les instructions de comparaison ;
* les instructions de branchement.
À côté de ceux-ci, on peut trouver d'autres types d'instructions plus exotiques, pour gérer du texte, pour modifier la consommation en électricité de l'ordinateur, pour chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe, générer des nombres aléatoires, etc. Dans ce chapitre, nous allons voir un aperçu assez large des instructions qui existent. Nous n'allons pas nous limiter aux instructions les plus importantes, mais nous allons aussi parler d'instructions assez exotiques, soit présentes uniquement sur d'anciens ordinateurs, soit très rares, soit franchement tordues. Et certaines de ces instructions exotiques sont assez impressionnantes et risquent de vous surprendre !
==Les instructions entières==
Les '''instructions arithmétiques''' sont les plus courantes et comprennent au minimum l'addition, la soustraction, la multiplication, plus rarement la division. Précisons qu'une opération mathématique ne se fait pas de la même manière suivant la représentation utilisée pour coder ces nombres : on ne manipule pas de la même façon des nombres entiers binaires, des entiers codés en BCD et des nombres flottants. Aussi, dans ce qui va suivre, nous allons séparer les opérations entières, les opérations flottantes et les opérations en BCD.
Les processeurs modernes utilisent des nombres encodés soit en binaire normal, soit en complément à deux. L'avantage est que les opérations arithmétiques se font de la même manière dans les deux encodages. Il y a quelques différences, mais elles sont suffisamment mineures, pas besoin d'avoir une instruction dédiée pour les nombres signés. Les anciens processeurs utilisaient eux des entiers signés en signe-magnitude ou en complément à 1, ou d'autres représentations. Et avec ces représentations, les calculs ne sont pas exactement les mêmes pour les nombres signés et non-signés. Ils avaient donc des instructions séparées pour l'addition signée et l'addition non-signée, idem pour la soustraction, la multiplication, etc.
De nos jours, les ordinateurs utilisent des entiers de taille fixe, qui tiennent dans un registre. J'ai dit qui tiennent dans un registre, car la taille des opérandes dépend de l'instruction. Un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs pour chaque taille : certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Mais la taille d'une opérande ne dépasse pas la taille d'un registre entier.
===La ou les instructions d'addition entière===
Un processeur implémente au minimum une opération d'addition, même s'il existe de rares exemples de processeurs qui s'en passent. Mieux : certains processeurs implémentent plusieurs instructions d'addition, qui se distinguent par de subtiles différences.
La première est évidemment la '''taille des opérandes'''. Un processeur 32 bits peut par exemple implémenter trois additions différentes : une addition 32 bits qui additionne deux opérandes 32 bits : une addition 16 bits qui additionne deux doublets (16 bits), et une addition 8 bits qui additionne deux octets. Précisons cependant que c'est une possibilité et que ca n'a rien d'automatique. De nombreux processeurs ne fournissent que des additions sur des opérandes 32 bits, et rien d'autre,les autres taille d'opérandes ne sont pas supportées. Mais on peut toujours émuler des opérations sur 8 ou 16 bits avec des opérations de masquage.
La seconde différence est la '''gestion des débordements d'entier'''. Pour gérer les débordements d'entier, certains processeurs disposent d'un '''registre de débordement''', de 1 bit, qui indique si une instruction arithmétique a généré un débordement d'entier ou non. Il est mis à 1 en cas de débordement, mais reste à 0 sinon. Il est mis à jour à chaque addition/multiplication/soustraction.
Pour rappel, les débordements d'entiers sont différents selon que l'addition est signée ou non, et il faut en tenir compte au niveau du jeu d'instruction. La solution la plus simple est l'existence de deux instructions dédiées : une pour les additions de nombres signés et une autre pour les nombres non-signés. Le circuit additionneur est le même pour ces deux instruction, mais le calcul du bit de débordement est différent. D'autres processeurs s'en sortent autrement, en ayant deux bits de débordement : un si le résultat est signé, l'autre pour les résultats non-signés. Mais nous reparlerons de cela plus tard.
Une autre différence, présente sur les vieux processeurs, tient dans la '''gestion de la retenue''. À l'époque, les processeurs ne pouvaient gérer que des nombres de 4 à 8 bits, guère plus. Pourtant, la plupart des applications logicielles demandait d'utiliser des entiers de 16 bits. Les opérations comme l'addition ou la soustraction étaient alors réalisées en plusieurs fois. Par exemple, on additionnait les 8 bits de poids faible, puis les 8 bits de poids fort. Dans un cas pareil, il fallait aussi gérer la retenue dans l'addition des 8 bits de poids fort.
Pour cela, la retenue en question était mémorisée dans un registre de 1 bit dédié, semblable au registre de débordement, appelé le '''bit de retenue'''. De plus, les processeurs incorporaient une instruction d'addition qui additionnait les deux opérandes avec la retenue en question, instruction souvent appelée ADDC (''ADD with Carry''). Niveau circuits, cela ne changeait pas grand chose, tous les additionneurs ayant une entrée pour la retenue (qui est utilisée pour implémenter la soustraction, rappelez-vous). L'implémentation de l'instruction ADDC était très simple, n'utilisait presque pas de circuits, et rendait de fiers services aux programmeurs de l'époque. Nous parlons là des vieux processeurs 4 et 8, mais certains processeurs 16, 32, voire 64 bits, sont capables d'effectuer ce genre d'opération, même si ils sont rares.
: Il existe parfois des instructions pour mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. C'est le cas sur l'architecture x86. Mais son utilité est marginale, car toutes les instructions arithmétiques modifient le bit de retenue.
La même chose a lieu pour la soustraction, qui demande qu'une "retenue" soit propagée d'une colonne à l'autre (bien que la "retenue" soit utilisée différemment : elle n'est pas additionnée, mais soustraite du résultat de la colonne). Pour cela, les processeurs implémentent l'opération SUBC (''Substract with Carry''). Et pour mettre en œuvre cette opération, ils ont deux options. La première est d'ajouter un bit pour la "retenue" de la soustraction. Pour une soustraction qui calcule a-b, elle vaut 0 si a>=b et 1 si a<b. Elle est utilisée telle qu'elle par le circuit qui effectue la soustraction, généralement un soustracteur. L'autre option est d'utiliser le but de retenue de l'addition, sans rien modifier. Pour comprendre pourquoi, rappelons que la soustraction est implémentée en complément à deux par le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + 1</math>
Il s'agit d'une addition, qui a donc une retenue lors d'un débordement. On peut alors réutiliser le bit de retenue de l'addition pour la soustraction, en modifiant quelque peu la soustraction à effectuer. Pour comprendre comment faire la modification, précisons tout d'abord que les règles du complément à deux nous disent qu'on a un débordement quand a>=b. Passons maintenant à l'étude d'un exemple théorique : le cas où on veut soustraire deux nombres de 16 bits avec deux opérations SUBC qui travaillent sur 8 bits. Appelons les deux opérandes A et B, <math>a_h</math> et <math>b_h</math> les 8 bits de poids forts de ces opérandes, et <math>a_l</math> et <math>b_l</math> leurs 8 bits de poids faible. Voyons ce qui se passe suivant que la retenue soit de 0 ou 1.
* Si la retenue de l'addition est de 1, on a <math>a_l \geq b_l</math>, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>.
* À l'inverse, si la retenue de l'addition est de 0, on a <math>a_l \leq b_l</math>. Cela veut dire que si on posait la soustraction, alors une retenue devrait être propagée à la colonne suivante, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1 - \text{retenue de 1}</math>.
Récapitulons dans un tableau.
{|class="wikitable"
|-
! Retenue
! Opération à effectuer pour la seconde soustraction
|-
! 0
| <math>a_h + \overline{b_h} + 0</math>
|-
! 1
| <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>
|}
On voit que ce qu'il faut ajouter à <math>a_h + \overline{b_h}</math> est égal à la retenue. L'opération SUBC fait donc le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + \text{retenue}</math>
La plupart des processeurs 8 et 16 bits avaient deux instructions de soustraction séparées : une sans gestion de la retenue, une avec. Mais certains processeurs comme le 6502 n'avaient qu'une seule instruction de soustraction : celle qui tient compte de la retenue ! Il n'y avait pas de soustraction normale. Pour éviter tout problème, les programmeurs devaient faire attention. Ils disposaient d'une instruction mettre à 0 ou à 1 le bit de retenue pour éviter tout problème, qu'ils utilisaient avant toute soustraction simple.
===Les instructions de division entière===
Il faut savoir que la division est une opération très lourde pour le processeur : une instruction de division dédiée met au mieux une dizaine de cycles d'horloge pour fournir un résultat, parfois plus de 50 à 70 cycles d’horloge. Et elle est facilement 10 à 50 fois plus lente qu'une opération de multiplication. De plus, son implémentation matérielle utilise beaucoup de portes logiques/transistors. Son cout globalement le même que pour un circuit multiplieur, parfois un peu plus. Mais on a de la chance : c'est aussi une opération assez rare, peu utilisée.
De plus, les divisions les plus courantes sont des divisions par une constante : un programme devant manipuler des nombres décimaux aura tendance à effectuer des divisions par 10, un programme manipulant des durées pourra faire des divisions par 60 (gestion des minutes/secondes) ou 24 (gestion des heures). Or, diverses astuces permettent de les remplacer par des suites d'instructions plus simples, qui donnent le même résultat (l'usage de décalages, la multiplication par un entier réciproque, etc). Et la suite d'instruction équivalent est beaucoup plus rapide qu'une implémentation matérielle, car on profite qu'une opérande est constante. En-dehors de ce cas, l'usage des divisions est assez rare.
Sachant cela, certains processeurs ne possèdent pas d'instruction de division, car les gains de performance seraient modérés et le coût en transistors élevé. Les divisions sont alors émulées en logiciel, par une suite de soustractions ou tout autre code équivalent. D'autres processeurs implémentent toutefois la division dans une instruction machine, avec un circuit dédié, mais c'est signe que le coût en transistors n'est pas un problème pour le concepteur de la puce.
===Les instructions de multiplication entière===
Contrairement à la division, l'opération de multiplication entière est très courante, presque tous les processeurs modernes en ont une. Les multiplications sont plus fréquentes dans le code des programmes, sans compter que c'est une opération pas trop lourde à implémenter en circuit. Il en existe parfois plusieurs versions sur un même processeur. Ces différentes versions servent à résoudre un problème quant à la taille du résultat d'une multiplication. En effet, la multiplication de deux opérandes de <math>n</math> bits donne un résultat de <math>n \times 2</math>, ce qui ne tient donc pas dans un registre. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions.
Dans sa version la plus simple, l'instruction de multiplication se contente de garder les <math>n</math> bits de poids faible, ce qui peut entraîner l'apparition de débordements d'entiers.
Une autre solution est de calculer soit les bits de poids fort, soit les bits de poids faible, le choix étant laissé au programmeur. Des processeurs disposent de deux instructions de multiplication : une instruction pour calculer les bits de poids fort du résultat et une autre pour les bits de poids faible. Certains processeurs disposent d'une instruction de multiplication configurable, qui permet de choisir quels bits conserver : poids fort ou poids faible.
Une autre version mémorise le résultat dans deux registres : un pour les bits de poids faible et un autre pour les bits de poids fort. Il faut noter que certains processeurs disposent de registres spécialisés pour cela. Par spécialisés, on veut dire qu'ils sont séparés des autres registres. Les autres registres, appelés les registres généraux, mémorisent n'importe quelle opérande entière et sont utilisables pour toutes les opérations. Mais la multiplication mémorise son résultat dans deux registres à part, qu'on nommera HO et LO. Seule l'instruction de multiplication peut écrire un résultat dans ces deux registres, avec HO pour les bits de poids fort, et LO pour les bits de poids faibles. Par contre, n'importe quelle instruction peut les lire, pour récupérer une opérande dans ces deux registres.
==Les instructions sur les entiers BCD==
Parlons maintenant des '''instructions BCD''', qui agissent sur des opérandes codées en BCD. Devenues très rares avec la disparition du BCD dans l'informatique grand-public, elles étaient quasiment essentielles sur les tous premiers processeurs 8 bits.
===Les ordinateurs décimaux===
Au tout début de l'informatique, il a existé des processeurs qui travaillaient uniquement en BCD, appelés des '''processeurs décimaux'''. Ils avaient uniquement des instructions BCD, pas d'instruction sur des opérandes codées en binaire. Ils étaient assez courants entre les années 60 et 70, même s'ils ne représentent pas la majorité des architectures de l'époque. Il y avait une vraie séparation entre processeurs décimaux et processeurs binaires, sans intermédiaires notables.
Les tous premiers ordinateurs décimaux pouvaient manipuler des entiers BCD de taille arbitraire. Ils stockaient leurs nombres dans des chaines de caractères ou des tableaux encodés en BCD. Le processeur faisait les calculs chiffre par chiffre, caractère BCD par caractère BCD. Les ordinateur décimaux qui ont abandonné ce fonctionnement. À la place, ils ont intégré des registres capables de mémoriser des entiers BCD de taille fixe.
Le grand avantage des processeurs décimaux est leur très bonne performance dans les tâches de bureautique, de comptabilité, et autres. Les processeurs de l'époque recevaient des entiers codés en BCD de la part des entrées-sorties, et devaient les traiter. Les processeurs binaires devaient faire des conversion BCD-binaire pour communiquer avec les entrées-sorties, mais pas les processeurs décimaux. Le gain en performance pouvait être substantiel dans certaines applications.
===Les instructions BCD des processeurs binaires===
Par la suite, dans les années 80, l'augmentation des performances a favorisé les processeurs binaires. Faire des conversions binaires-BCD n'était plus un problème, les conversions étaient suffisamment rapides. Par contre, faire les calculs en BCD était plus lent que faire les calculs en binaire, ce qui fait que le compromis technologique de l'époque favorisaient le binaire. Mais pour obtenir le meilleur des deux mondes, les processeurs binaires ont ajouté un support du BCD. C'était l'époque des architectures 8 bits, puis 16 bits.
Intuitivement, on se dit que, les processeurs de l'époque des 8 bits avaient leurs instructions de calcul en double : une instruction pour les calculs entier et une autre pour les calculs BCD. Mais d'autres processeurs faisaient autrement. À l'époque des processeurs 8-16 bits, certains processeurs ne géraient pas d'instructions BCD proprement dit, mais géraient quand même les calculs en BCD grâce à des instructions spéciales. Concrètement, les programmeurs utilisaient une instruction d'addition ou de soustraction binaire, mais il était possible de corriger ce résultat pour obtenir le bon résultat codé en BCD. Les processeurs de l'époque disposaient d'une instruction pour faire la correction, souvent appelée ''Decimal Adjust After Addition''.
Avant d'aller plus loin, nous devons préciser que les processeurs 8 bits de l'époque pouvaient gérer deux formats de BCD. Le premier est le '''format ''Packed''''', où deux chiffres sont mémorisé dans un octet. Le premier nibble (4bits) mémorise un chiffre BCD, le second nibble mémorise le second. Il s'agit d'un format qui remplit au maximum les bits de l'octet avec des données utiles. L'autre format, appelé '''''Unpacked''''', ne mémorise qu'un seul chiffre BCD dans un octet. Le chiffre est quasi- tout le temps dans le nibble de poids faible. Il se trouve que la manière de corriger le résultat d'une opération n'est pas la même suivant que le nombre est codé en BCD ''packed'' et ''unpacked''.
Pour commencer, étudions le cas des nombres BCD ''unpacked'', plus simples à comprendre. Lors d'une addition, il se peut que le résultat ne soit pas représentable en BCD ''unpacked''. Par exemple, si je fais le calcul 5 + 8, le résultat sera 13 : il tient dans un nibble en décimal, mais pas en BCD ! Cette situation survient quand le résultat d'une addition de deux entiers BCD ''unpacked'' dépasse 9, la limite de débordement en BCD ''unpacked''. Nous avons vu dans le chapitre sur les circuits d'addition que la correction est alors toute simple : si le résultat dépasse 9, on ajoute 6. De plus, on doit prévenir que le résultat a débordé et ne tient pas sur un nibble en BCD. Pour cela, on ajoute un bit spécialisé, appelé le '''''half carry flag''''', indicateur de demi-retenue en français, qui joue le même rôle que le bit de débordement, mais pour le BCD ''unpacked''. Sur les processeurs x86, tout cela est réalisé par une instruction appelée ''ASCII adjust after addition''.
: Pour la soustraction, il faut faire la même chose, sauf qu'il faut soustraire 6, pas l'ajouter. Et il y a aussi une instruction pour cela : ''ASCII adjust after substraction''.
Pour les nombres BCD ''packed'', la procédure est globalement la même, sauf qu'il faut traiter les deux ''nibbles'' : on ajoute 6 si le nibble de poids faible dépasse 9, puis on fait la même chose avec le ''nibble'' de poids fort. Le bit ''half carry flag'' n'est pas mis à jour et est tout simplement ignoré. Notons qu'on modifie d'abord le ''nibble'' de poids faible, avant de traiter celui de poids fort. En effet, si on corrige celui de poids faible, la retenue obtenue en ajoutant 6 se propage au nibble suivant, ce qui fait que ce dernier peut voir sa valeur augmenter. Une fois cela fait, le bit de retenue est mis à 1. La procédure est différente, vu qu'il faut traiter deux ''nibles'' au lieu d'un, et que le bit ''half-carry'' est ignoré au profit du bit de retenue normal. D'où l'existence d'une instruction séparée pour l'addition des nombres BCD ''packed'', appelée ''Décimal adjust after addition'' sur les processeurs x86.
Les processeurs modernes ne supportent plus le BCD, car il est très peu utilisé. Les processeurs ARM et MIPS ont toujours fait sans instructions BCD. Les processeurs x86 des PC désactivent les instructions BCD en mode 64 bits, mais conservent des opérations BCD en mode 32 bits, pour des raisons de compatibilité. Le support du codage BCD est surtout quelque chose qu'on trouve sur les anciens processeurs.
==Les instructions flottantes==
Passons maintenant au support des nombres flottants. Avant les années 60, les processeurs n'était pas encore capables de faire de calculs avec des nombres flottants. Les calculs flottants étaient émulés soit par une bibliothèque logicielle, soit par le système d'exploitation. Pour améliorer les performances, les concepteurs de processeurs ont conçus des '''coprocesseurs arithmétiques''', des processeurs secondaires spécialisés dans les calculs flottants, qui complémentaient le processeur principal, et avaient leur propre emplacement sur la carte mère. Par la suite, les concepteurs de processeurs ont incorporé des instructions de calculs sur des nombres flottants, rendant le coprocesseur inutile.
Pour supporter les nombres flottants, il y a deux écoles. La première utilise des instructions flottantes séparées des instructions entières. La seconde utilise des instructions d'addition/soustraction/multiplication généralistes, capables de traiter indifféremment entiers et flottants, voire les encodages BCD.
===Les architectures taguées===
Le second cas correspond à certaines machines assez anciennes, datant des années 50 à 70. Ces processeurs n'avaient qu'une seule instruction d'addition, qui pouvait traiter indifféremment flottants, nombres entiers codés en BCD, en complément à deux, etc. Pour cela, les opérandes étaient associés à un type qui précisait s'il s'agissait d'un opérande flottant, entier, BCD, d'un pointeur, ou autre. Le traitement effectué par une instruction dépendait des ''tag'' associés aux opérandes. Par exemple, si les deux opérandes avaient un ''tag'' "entier", l'instruction faisait un calcul entier. Si les deux opérandes avaient un ''tag'' "flottant", l'instruction faisait un calcul flottant.
Le type de l'opérande était encodé avec un ''tag'', une sorte de numéro codé en binaire. Le ''tag'' était stocké en mémoire à côté de l'opérande, un mot mémoire contenait la donnée et le ''tag'' concaténés l'un à la suite de l'autre. Le défaut est que la mémoire devait être conçue pour gérer le ''tag'', de même que le processeur. Des processeurs de ce type s'appellent des ''architectures à tags'', ou '''tagged architectures''', en référence au ''tag'' ajouté dans la mémoire.
Mais les processeurs modernes n'utilisent pas cette technique, du fait de son cout en mémoire. À la place, le processeur dispose d'une instruction par type à manipuler : une instruction de multiplication pour les flottants, une autre pour les entiers codés en complément à deux, etc.
===Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées===
Les processeurs modernes disposent d''''instructions de calculs flottants''', qui font des calculs avec des nombres flottants. En général, les instructions flottantes les plus courantes sont l'addition, la soustraction, la multiplication et la division. D'autres opérations plus complexes peuvent être supportées, comme les fonctions trigonométriques, les logarithmes, l'exponentielle, la fonction puissance, etc. Mais c'est déjà un peu plus rare, la majorité des processeurs anciens se contentent des quatres opérations de base.
: Nous palerons aussi d'''instructions flottantes'' pour désigner les ''instructions de calcul flottant''. Mais les deux termes ne sont pas strictement équivalent, car les ''instructions flottantes'' regroupent toutes les instructions flottantes, pas que les calculs flottants. La différence entre les deux deviendra plus claire quand on arrivera à la section sur les isntructions d'accès mémoire.
En général, les processeurs utilisent des registres séparés pour les nombres flottants. Ils ont d'un côté des '''registres généraux''' pour les nombres entiers et les adresses mémoire, de l'autre des '''registres flottants''' pour les nombres flottants. Les instructions de calcul flottants utilisent ces ''registres flottants'' uniquement, elles ne peuvent pas lire/écrire dans les registres généraux, sauf pour quelques exceptions. La séparation entre registres flottants et entiers est la source de quelques subtilités, qu'on abordera dans la section sur les instructions d'accès mémoire.
Le standard IEEE 754 standardise quelques instructions flottantes : les quatre opérations arithmétiques de base, les comparaisons et la racine carrée. Certains processeurs vont plus loin et implémentent aussi d'autres instructions sur les flottants qui ne sont pas supportées par la norme IEEE 754. Par exemple, certaines fonctions mathématiques telles que sinus, cosinus, tangente, arctangente et d'autres. Le seul problème, c'est que ces instructions peuvent mener à des erreurs de calcul incompatibles avec la norme IEEE 754. Heureusement, les compilateurs peuvent mitiger ces désagréments.
Il faut néanmoins préciser que le support de la norme IEEE 754 n'est pas une obligation : certains processeurs ne la supportent que partiellement. Par exemple, certains processeurs ne supportent que les flottants simple précision, mais pas les double précision (ou inversement). Exemple : les premiers processeurs Intel ne géraient que les flottants double précision étendue. D'autres processeurs ne gèrent pas les ''underflow'', ''overflow'', les NaN, les infinis, ou même les flottants dénormaux. Précisons que même lorsque la gestion des dénormaux est implémentée en hardware (comme c'est le cas sur certains processeurs AMD), celle-ci reste malgré tout très lente.
Si les exceptions ne sont pas supportées, le processeur peut être configuré de façon à soit ignorer les exceptions en fournissant un résultat, soit déclencher une exception matérielle (à ne pas confondre avec les exceptions de la norme). Le choix du mode d'arrondi ou la gestion des exceptions flottantes se fait en configurant un registre dédié, intégré dans le processeur.
Plus rarement, il arrive que certains processeurs gèrent des formats de flottants spéciaux qui ne font pas partie de la norme IEEE 754. Par exemple, certains processeurs utilisent des formats de flottants différents de la norme IEEE 754, avec par exemple des flottants codés sur 8 ou 16 bits, qui sont très utiles pour les applications qui se contentent très bien d'un résultat approché.
==Les instructions logiques==
À côté des instructions de calcul, on trouve des '''instructions logiques''' qui travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les opérations bit à bit ont déjà été vues dans les premiers chapitres, ceux sur l'électronique. Pour rappel, les plus courantes sont :
* La négation, ou encore le NON bit à bit, inverse tous les bits d'un nombre : les 1 deviennent des 0 et les 0 deviennent des 1.
* Le ET bit à bit, qui agit sur deux nombres : il va prendre les bits qui sont à la même place et va effectuer un ET (l’opération effectuée par la porte logique ET). Exemple : 1100·1010=1000.
* Les instructions similaires avec le OU ou le XOR.
Mais d'autres instructions sont intéressantes à étudier.
===Les instructions de décalage et de rotation===
Les '''instructions de décalage''' décalent tous les bits d'un nombre vers la gauche ou la droite. Pour rappel, il existe plusieurs types de décalages : les rotations, les décalages logiques, et les décalages arithmétiques. Nous avions déjà vu ces trois opérations dans le chapitre sur les circuits de décalage et de rotation, ce qui fait que nous allons simplement faire un rappel dans le tableau suivant. Pour résumer, voici la différence entre les trois opérations :
{|class="wikitable"
|-
!
! Schéma
! Gestion des bits sortants
! Remplissage des vides laissés par le décalage
|-
! Rotation
|[[File:Rotation de bits.png|Rotations de bits.]]
| Réinjectés dans les vides laissés par le décalage
| Remplis par les bits sortants
|-
! Décalage logique
|[[File:Décalage logique.png|Décalage logique.]]
| rowspan="2" | Les bits sortants sont oubliés
| Remplis par des zéros
|-
|-
! Décalage arithmétique
|[[File:Décalage arithmétique.png|Décalage arithmétique.]]
| Remplis par :
* le bit de signe pour les bits de poids fort ;
* des zéros pour les bits de poids faible .
|}
Pour rappel, les décalages de n rangs sont équivalents à une multiplication/division par 2^n. Un décalage à gauche est une multiplication par 2^n, alors qu'un décalage à droite est une division par 2^n. Les décalages logiques effectuent la multiplication/division pour un nombre non-signé (positif), alors que les décalages arithmétiques sont utilisés pour les nombres signés. Précisons cependant que pour ce qui est des décalages à droite, les décalages logiques et arithmétiques n'arrondissent pas le résultat de la même manière. Les décalages logiques à droite arrondissent vers zéro, alors que les décalages arithmétiques arrondissent vers la valeur inférieure (vers moins l'infini). De plus, les décalages à gauche entraînent des débordements d'entiers qui ne se gèrent pas de la même manière entre décalage logique et décalage arithmétique.
La plupart des processeurs stockent le bit sortant dans un registre, généralement le registre qui stocke le bit de retenue des additions qui est réutilisé pour cette optique. Ils possèdent aussi une variante des instructions de décalage où le bit de retenue est utilisé pour remplir le bit libéré au lieu de mettre un zéro. Cela permet d'enchaîner les décalages sur un nombre de bits plus grand que celui supporté par les instructions en procédant par morceaux. Par exemple, pour un processeur supportant les décalages sur 8 et 16 bits, il peut enchaîner deux décalages de 16 bits pour décaler un nombre de 32 bits ; ou bien un décalage de 8 bits et un autre de 16 bits pour décaler un nombre de 24 bits.
[[File:Shift Arithmetic Right.svg|centre|vignette|Décalage arithmétique à droite, où le bit sortant est mémorisé dans le bit de retenue (CF pour ''Carry Flag'').]]
Ils existe une variante des instructions de rotation où le bit de retenue est utilisé. Un bon exemple est celui des instructions LRCY (''Left Rotate Through Carry'') et RRCY (''Right Rotate Through Carry''). La première est un décalage/rotation à gauche, l'autre est un décalage/rotation à droite. Les deux décalent un registre de 16 bits, mais on pourrait imaginer la même chose avec des registres de taille différente. Lors du décalage, le bit sortant est mémorisé dans le registre de retenue, alors que le bit de retenue précédent est lui envoyé dans le vide laissé par le décalage. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une rotation, sauf que le nombre décalé/rotaté est composé du registre concaténé au bit de retenue, le bit de retenue étant le bit de poids fort pour un décalage à gauche, de poids faible pour un décalage à droite.
====Le cas particuliers des processeurs ARM====
Sur les processeurs ARM, il n'y a pas d'instruction de décalage à proprement parler, ni de rotations. Par contre, les décalages sont fusionnés avec la plupart des opérations arithmétiques ! Toute opération arithmétique prend deux registres d'opérandes et un registre de destination, ainsi qu'un décalage facultatif. Le décalage est appliqué sur la seconde opérande automatiquement, sans avoir à faire une instruction séparée. À l'intérieur de l'instruction, deux bits précisent quel type de décalage effectuer (logique à droite, arithmétique à droite, à gauche, rotation à droite). Le nombre de rangs dont il faut décaler est soit encodé directement dans l'instruction sur 5-6 bits, soit précisé dans un registre.
Toutes les instructions ne permettent pas de faire un décalage automatique. Seules les opérations simples peuvent le faire, à savoir les additions, soustractions, copies d'un registre à un autre, les opérations logiques, et quelques autres. Et cela se marie très bien avec le fait qu'on applique le décalage sur la seconde opérande fait qu'il se marie très bien avec les calculs d'adresse. En effet, quand un programmeur manipule une structure de données, notamment un tableau, il arrive souvent qu'il fasse des calculs d'adresse cachés. La majeure partie de ces calculs d'adresse sont de la forme : adresse de base + (indice * taille de la donnée). Vu que les données ont très souvent une taille qui est une puissance de deux, le second terme se calcule en décalant l'indice, le calcul total demande une simple addition avec une opérande décalée, ce qui prend une seule instruction sur les processeur ARM.
===Les instructions de manipulation de bits===
D'autres opérations effectuent des calculs non pas bit à bit (on traite en parallèle les bits sur la même colonne), mais qui manipulent les bits à l'intérieur d'un nombre. les plus simples d'entre elles comptent sur les bits.
Une instruction très commune de ce type est l'instruction '''''population count''''', qui compte le nombre de bits d'un nombre qui sont à 1. Par exemple, pour le nombre 0100 1100 (sur 8 bits), la ''population count'' est de 3. Il s'agit d'une instruction utile dans les codes correcteurs d'erreur, très utilisés pour tout et n'importe quoi (trames réseau, sommes de contrôle des secteurs des disques dur, et bien d'autres). De plus, elle permet de calculer facilement le bit de parité d'un nombre, ce qui est utile pour les codes de détection d'erreur. En soi, l'instruction est facultative et l'implémenter est un choix qui n'est pas trivial. Mais cette instruction est très simple à implémenter en circuits, sans compter que son implémentation utilise assez peu de transistors. Le circuit de calcul est ridiculement simple, utilise peu de transistors.
Les processeurs gèrent aussi assez souvent des instructions pour compter les zéros ou les uns après le bit de poids fort/faible. Pour rappel, voici les quatre possibilités :
* '''''Count Trailing Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à droite du 1 de poids faible.
* '''''Count Leading Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à gauche du 1 de poids fort.
* '''''Count Trailing Ones''''' donnent le nombre de 1 situés à gauche du 0 de poids fort.
* '''''Count Leading Ones''''' donne le nombre de 1 situés à droite du 0 de poids faible.
[[File:Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.png|centre|upright=2.0|vignette|Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.]]
Comme vous le voyez sur le schéma du dessus, ces quatre opérations de comptage sont liées à quatre autres opérations. Ces dernières donnent la position du 0 ou du 1 de poids faible/fort :
* '''''Find First Set''''', donne la position du 1 de poids faible.
* '''''Find highest set''''' donne la position du 1 de poids fort.
* '''''Find First Zero''''' donne la position du 0 de poids faible.
* '''''Find Highest Zero''''' donne la position du 0 de poids fort.
Il est rare que des processeurs s’implémentent toutes ces opérations. En effet, le résultat de certaines opérations se calcule à partir des autres. Pour donner un exemple, les processeurs x86 modernes incorporent une extension, appelée '''''Bit manipulation instructions sets (BMI sets)''''', qui ajoute quelques instructions de ce type. Pour le moment, seules les instructions ''Count Trailing Zeros'' et ''Count Leading Zeros'' sont supportées.
Et il existe bien d'autres instructions de ce type. On peut citer, par exemple, l'instruction BLSI, qui ne garde que le 1 de poids faible et met à zéro tous les autres bits. L'instruction BLSR quant à elle, met à 0 ce 1 de poids faible. Et il y en a bien d'autres, qui impliquent le 1 de poids fort, le 0 de poids faible, le 1 de poids faible, etc.
===Les instructions d'extension de registres===
Certains processeurs sont capables de gérer des données de taille diverses. Ils peuvent par exemple gérer des données codées sur 16 bits ou sur 32 bits comme c'est le cas sur certains processeurs anciens. Comme autre exemple, les processeurs x86 modernes peuvent gérer des données de 8, 16 et 32 bits. Pour cela, ils disposent généralement de registres de taille différentes, certains font 8 bits, d'autres 16, d'autres 32, etc. Dans ce cas, il est courant que l'on ait à faire des conversions vers un nombre de taille plus grande. Par exemple, convertir un nombre de 8 bits en un nombre de 16 bits, ou un nombre de 8 bits en 32 bits. Les processeurs de ce type incorporent des instructions pour ce faire, qui s'appellent les '''instructions d'extension de nombres'''.
La seule difficulté de ces instructions tient à la manière dont on remplit les bits de poids forts. Par exemple, si l'on passe de 8 bits à 16 bits, les 8 bits de poids forts sont inconnus. Pareil si on passe de 16 bits à 32 bits : quelle doit être la valeur des 16 bits de poids fort ? Intuitivement, on se dit qu'il suffit de les remplir par des zéros. Faire ainsi marche très bien, mais à condition que le nombre soit un nombre positif ou nul. Mais dans le cas d'un nombre négatif, cela ne marche pas (le résultat n'est pas bon). Pour les nombres codés en complément à deux, il faut remplir les bits manquants par le bit de signe, le bit de poids fort. On a donc deux choix : soit on remplit les bits manquants par des 0, ou par le bit de poids fort. Globalement, les deux choix possibles correspondent à deux instructions : une pour les nombres non-signés et une autre pour les nombres codés en complément à deux. On parle respectivement d''''instruction de ''zero extension''''' et '''instruction d'extension de signe'''.
Formellement, les instructions d'extension de nombre sont des copies entre registres : le contenu d'un registre est copié dans un autre plus grand. L'extension de signe est couplée avec cette copie, les deux étant effectués en une instruction. Du moins, c'est le cas sur la plupart des processeurs. On pourrait imaginer séparer les deux en deux instructions séparées, une instruction MOV (qui copie un registre dans un autre, comme on le verra plus bas) et une instruction d'extension de signe/zéro. Dans ce cas, l'instruction d'extension de signe/zéro prend un registre de grande taille et étend la donnée dans ce registre. Par exemple, pour une extension de signe de 16 à 32 bits, l'instruction prendrait un registre de 32 bits, ne considérerait que les 16 bits de poids faible et effectuerait l'extension de signe/zéro à partir de ces derniers. En soi, l'extension avec des zéros est un simple masque, réalisable avec des opérations bit à bit et cette instruction n'a pas besoin d'être implémentée. Par contre, les instructions d'extension de signe sont elles très utiles.
De plus, une instruction d'extension de signe séparée a l'avantage d'être utilisable même sur des architecture avec des registres de taille identique. Mais quel intérêt, me direz-vous ? Il faut savoir que certaines langages de programmation permettent de travailler sur des entiers dont on peut préciser la taille. Un même programme peut ainsi manipuler des entiers de 16 bits et de 32 bits, ou des entiers de 8, d'autres de 16, d'autres de 32, et d'autres de 64. L'intérêt n'est as évident, mais un bon exemple est celui de la rétrocompatibilité entre programmes. Par exemple, un programme 64 bits qui utilise une librairie 32 bits, ou un programme codé en 64 bits qui émule une console 16 bits. Ou encore, la communication entre un programme codé en 16 bits avec un capteur qui mesure des données de 8 bits. Bref, les possibilités sont nombreuses. Imaginons que tout se passe dans des registres de 32 bits. Le processeur peut incorporer des instructions de calcul sur 16 bits, en plus des instructions 32 bits. Dans ce cas, l'extension de signe sert à faire des conversions entre entiers de taille différentes.
===Les instructions de permutation d'octets===
Les instructions de ''byte swap'', aussi appelée '''instructions de permutation d'octets''', échangent de place les octets d'un nombre. Leur implémentation varie grandement selon la taille des entiers. Le cas le plus simple est celui des instructions qui travaillent sur des entiers de 16 bits, soit deux octets. Il n'y a alors qu'une seule solution pour échanger les octets : l'octet de poids fort devient l'octet de poids faible et réciproquement. Les deux octets échangent leur place.
Pour les nombres de 32 bits, soit 4 octets, il y a plusieurs possibilités. La première inverse l'ordre des octets dans le nombre : on échange l'octet de poids faible et de poids fort, mais on échange aussi les deux octets restant entre eux. Une autre solution découpe l'entier en deux morceaux de 16 bits : l'un avec les deux octets de poids fort, l'autre avec les deux octets de poids faible. Les octets sont inversés dans ces blocs de 16 bitzs, mais on n'effectue pas d'autres échanges. On peut aussi échanger les deux morceaux de 16 bits, mais sans changer l'ordre des octets dans les blocs.
[[File:Instruction de permutation d'octets.png|centre|vignette|upright=2|Instruction de permutation d'octets]]
L'utilité de ces instructions n'est pas évidente au premier abord, mais elle sert beaucoup dans les opérations de conversion de données. Tout cela devrait devenir plus clair dans le chapitre sur le boutisme.
==Les instructions d'accès mémoire==
Les instructions d’accès mémoire permettent de copier ou d'échanger des données entre le processeur et la RAM. On peut ainsi copier le contenu d'un registre en mémoire, charger une donnée de la RAM dans un registre, initialiser un registre à une valeur bien précise, etc. Il en existe plusieurs, les plus connues étant les suivantes : LOAD, STORE et MOV. D'autres processeurs utilisent une instruction d'accès mémoire généraliste, plus complexe.
===Les instructions d'accès à la RAM : LOAD et STORE===
Les instructions LOAD et STORE sont deux instructions qui permettent d'échanger des données entre la mémoire RAM et les registres. Elles copient le contenu d'un registre dans la mémoire, ou au contraire une portion de mémoire RAM dans un registre.
* L''''instruction LOAD''' est une instruction de lecture : elle copie le contenu d'un ou plusieurs mots mémoire consécutifs dans un registre. Le contenu du registre est remplacé par le contenu des mots mémoire de la mémoire RAM.
* L''''instruction STORE''' fait l'inverse : elle copie le contenu d'un registre dans un ou plusieurs mots mémoire consécutifs en mémoire RAM.
{|class="wikitable"
|[[File:Instruction LOAD.png|300px|Instruction LOAD.]]
|[[File:Instruction STORE.png|300px|Instruction STORE.]]
|}
En théorie, une variante de l'instruction STORE peut enregistrer une constante en mémoire RAM. Il est en théorie possible pour une instruction STORE modifiée de stocker la valeur 9 dans l'adresse X, par exemple. La constante est fournie par l'instruction, elle n'est pas stockée dans un registre, mais carrément intégrée à l'instruction. Cela sera plus clair quand nous verrons les modes d'adressage, notamment le mode d'adressage immédiat.
Plus haut dans le chapitre, j'ai dit qu'un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs dédiées, certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Et bien il en est de même pour les instructions LOAD et STORE, qui ont chacune une variante pour les entiers 8, 16, 32, 64 bits.
De telles instructions ne font pas que lire ou écrire des données. Pour comprendre pourquoi, prenons un processeur 64 bits. Il dispose d'un bus de 64 bits, pour lire ou écrire des mots mémoire de 64 bits chacun. Pour des lectures de 8, 16 ou 32 bits, un mot mémoire entier est lu, puis seuls les octets adéquats sont conservés. Par exemple, pour une lecture 32 bits, un mot mémoire de 64 bits est lu, puis une opération de masquage (ET bit à bit) met à zéro le 32 bits inutiles. Ce sont souvent les 32 bits de poids faible ou de poids fort qui sont mis à zéro. Il en est de mêma vec les lectures 16 bits, sauf que les 48 bits inutiles sont alors mis à zéro, idem avec les lectures 8 bits.
Pour les écritures, les choses sont encore plus compliquées. Imaginez que je veuille modifier 32 bits. Les 32 bits à modifier font partie d'un mot mémoire de 64 bits, qui contient les 32 bits utiles, et 32 bits supplémentaires. l'écriture ne doit pas effacer les 32 bits supplémentaires, seulement les 32 bits utiles. Pour cela, le processeur n'a pas le : il doit lire un mot mémoire de 64 bits, modifier le 32 bits utiles, puis réécrire le tout en mémoire RAM. L'écriture demande de faire une lecture, une modification, puis une écriture. Le mot mémoire de 64 bits est copié dans un registre, la modification se fait dans ce registre, vient une opération de masquage complexe, puis l'écriture est effectuée.
===Les instructions de transfert entre registres : MOV et XCHG===
L''''instruction MOV''' copie le contenu d'un registre dans un autre sans passer par la mémoire. C'est donc un échange de données entre registres, qui n'implique en rien la mémoire RAM, mais MOV est quand même considérée comme une instruction d'accès mémoire. Les données sont copiées d'un registre source vers un registre de destination. Le contenu du registre source est conservé, alors que le contenu du registre de destination est écrasé (il est remplacé par la valeur copiée). Cette instruction est utile pour gérer les registres, notamment sur les architectures avec peu de registres et/ou sur les architectures avec des registres spécialisés.
[[File:Instruction MOV.png|centre|300px|Instruction MOV.]]
Mais quelques rares architectures ne disposent pas d'instruction MOV, qui n'est formellement pas nécessaire, même si bien utile. En effet, on peut émuler une instruction MOV avec des instructions logiques utilisées convenablement. L'idée est de faire une opération dont le résultat est l'opérande envoyée, et d'enregistrer le résultat dans le registre de destination. Par exemple, on peut faire un OU entre le registre opérande et 0 : le résultat sera l'opérande. Idem avec un ET et la valeur adéquate. Ou encore, on peut imaginer faire un ET/OU entre un registre et lui-même : le résultat est égal au contenu du registre opérande.
Quelques processeurs assez rares ont des instructions pour échanger le contenu de deux registres. Par exemple, on peut citer l''''instruction XCHG''' sur les processeurs x86 des PC anciens et actuels. Elle permet d'échanger le contenu de deux registres, quel qu'ils soient, il n'y a pas de restrictions sur le registre source et sur le registre de destination. Mais d'autres processeurs ont des restrictions sur les registres source et destination. Par exemple, le processeur Z80 a des instructions d'échanges assez restrictives, comme on le verra dans quelques chapitres.
Sur les processeurs ARM, l'instruction MOV fait partie des instructions qui permettent d'effectuer un décalage sur la seconde opérande. Il s'agit en réalité de décalages/rotations décalées, qui sont fusionnées avec une instruction MOV. L'instruction MOV des processeurs ARM fait soit un MOV normal, soit un décalage.
===L'instruction mémoire généraliste : une alternative à LOAD et STORE===
Sur certains processeurs, il n'y a pas d'instruction LOAD ou STORE, ni même MOV . À la place, on trouve une '''instruction d'accès mémoire généraliste''', qui fusionne les trois. Elle est capable de faire une lecture, une écriture, ou une copie entre registres, et parfois une copie d'une adresse mémoire vers une autre. Les trois premières opérations sont presque toujours supportées, mais la copie d'une adresse mémoire vers une autre est beaucoup plus rare.
Sur les processeurs x86, l'instruction généraliste s'appelle l'instruction MOV. Elle gère la lecture en RAM, l'écriture en RAM, la copie d'un registre vers un autre, l'écriture d'une constante dans un registre ou une adresse. Par contre, elle ne gère pas la copie d'une adresse mémoire vers une autre ; pour un transfert de mémoire à mémoire, il faut utiliser les instructions MOVS* ('''''Mov'''e '''S'''tring'' ; MOVSB : par octets, MOVSW : par mots de 16-bits, ...).
===Les instructions d'accès mémoire complexes===
Nous venons de voir les instructions LOAD, STORE et les transferts entre registres. Elles sont présentes sur tous les processeurs, modernes comme anciens. Mais quelques processeurs gèrent des instructions mémoire plus complexes. Elles ont tendance à effectuer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les '''instructions de copie mémoire''' copient une donnée d'une adresse vers une autre. Les copies en mémoire sont des opérations très fréquentes, il est très fréquent qu'un programme copie un bloc de mémoire dans un autre et beaucoup de programmeurs ont déjà été confronté à un tel cas. Aussi, les processeurs ajoutent des instructions multi-accès pour accélérer ces copies, ce qui fait un bon compromis entre performance et simplicité d'implémentation.
D'autres instructions d'accès mémoire plus complexes existent. Pour en donner un exemple, citons les instructions de transferts par bloc sur les premiers processeurs ARM. Ces instructions permettent de copier plusieurs registres en mémoire RAM, en une seule instruction. Sur l'ARM1, il y a 16 registres en tout. Les instructions de transfert de bloc peuvent sélectionner n'importe quel sous-ensemble de ces 16 registres, pour les copier en mémoire : on peut sélectionner tous les registres, une partie des registres (5 registres sur 16, ou 7, ou 8, ...), voire aucun registre.
D'autres instructions mémoires effectuent des opérations à l'utilité moins évidente. Sur certains processeurs, on trouve notamment des instructions pour vider la mémoire cache de son contenu, pour la réinitialiser. L'utilité ne vous est pas évidente, mais cela peut servir dans certains scénarios, notamment sur les architectures avec plusieurs processeurs pour synchroniser ces derniers. Cela sert aussi pour le système d'exploitation, qui doit remettre à zéro certains caches (comme la TLB qu'on verra dans le chapitre sur la mémoire virtuelle) quand on exécute plusieurs programmes en même temps.
===Les instructions mémoire flottantes===
Plus haut, j'ai parlé du fait que certains processeurs avaient des registres flottants séparés des registres généraux. Mais encore faut-il pouvoir les remplir, ces registres flottants. Et cela implique de charger des opérandes depuis la mémoire RAM à un moment où un autre. Pour lire ou écrire ces registres, le processeur utilise des instructions mémoire séparées, distinctes des instructions LOAD et STORE vues plus haut. Pour faire la différence, ces instructions sont appelées '''FLOAD''' et '''FSTORE'''.
Elles sont séparées des LOAD/STORE normaux pour plusieurs raisons. La première est évidemment que les registres utilisés ne sont pas les mêmes : registres "généraux" pour LOAD/STORE, registres flottants pour FLOAD et FSTORE. La seconde raison est que les nombres flottants et entiers n'ont pas forcément la même taille. Et cela impacte à la fois la taille des registres, mais aussi les transferts mémoire.
Un nombre flottant fait 32 ou 64 bits, suivant qu'on parle d'un flottant simple ou double précision. Sur un processeur 32 bits, les flottants simple précision ont la même taille qu'un entier, les flottant double précision sont deux fois plus gros. Mais sur un processeur 64 bits, c'est l'inverse : les flottants double précision font la même taille qu'un entier, les simples précision sont deux fois plus petits. Et ne parlons pas du cas de certaines architectures 16 bits qui supportent quand même les nombres flottants ! Elles sont très rares, mais elles existent. Pour le moment, concentrons-nous sur les processeurs 32 et 64 bits.
En général, les registres flottants font 64 bits (parfois 80, mais je passe cela sous silence), afin de mémoriser des flottants double précision. Et ce, même sur les processeurs 32 bits. La gestion des nombres flottants est en effet apparue sur les architectures 32 bits et elles supportaient les calculs en double précision dès le départ. Et cette différence entre 32 et 64 bits a posé quelques problèmes. Les registres flottants n'avaient pas la même taille que les registres généraux : 32 pour les registres généraux, 64 pour les registres flottants. Mais ce n'était pas un énorme problème.
Le vrai problème est que les lectures/écritures flottantes faisaient des transferts de 64 bits entre les registres flottants et la mémoire RAM. Or, le bus de données de ces processeurs faisait 32 bits, vu que c'était des architectures 32 bits. Lire/écrire un flottant demandait donc de faire deux accès mémoire consécutifs. Par exemple, lire un flottant depuis la RAM demandait de lire deux morceaux de 32 bits, le flottant était chargé en deux fois. Cette différence fait qu'il est préférable d'utiliser des instructions FSTORE/FLOAD séparées des instructions LOAD/STORE. Leur comportement n'est pas le même : LOAD/STORE lisent un seul mot mémoire, FLOAD/FSTORE en lisent deux pour la double précision.
Un autre détail est qu'il existe des instructions FLOAD et FSTORE spécialisées pour les flottants simple précision. Par exemple, une instruction FLOAD en simple précision ne lit que 32 bits en mémoire, puis le flottant est convertit en double précision 64 bits, avant d'être enregistré dans les registres. Pour l'écriture, c'est l'inverse : un flottant double précision est convertit en simple précision 32 bits, avant d'être écrit en mémoire. Le comportement est alors différent : FLOAD/FSTORE ne lisent/écrivent qu'un seul mot mémoire, de 32 bits, mais doivent faire une conversion entre simple et double précision.
Il faut noter que c'est l'inverse sur les processeurs 64 bits. Là, un flottant double précision peut être lu/écrit en un seul accès mémoire, vu que le bus de données fait 64 bits. Par contre, les flottants simples précision sont gérés un peu autrement. Concrètement, l'instruction FLOAD lit un mot de 64 bits, mais n'en garde que la moitié adéquate. L'instruction d'écriture fait elle plus de traail : elle doit lire un mot de 64 bits, en modifier la moitié, et réécrire le tout en mémoire RAM.
Vu qu'il y a des registres flottants séparés, il y aussi des instructions de copie de registre séparées pour les registres flottants. L'instruction XCHG a son équivalent flottant '''FXCHG''', l'instruction MOV a une '''instruction FMOV''' séparées, etc.
Un autre moyen de remplir un registre flottant est d'obtenir sa valeur depuis un registre général. Attention, je ne parle pas de copier un registre général dans un flottant, ou inversement. Je parle de convertir une opérande entière en un nombre flottant. Et il y a des instructions dédiées pour cela. Par exemple, il y a une instruction prend un registre entier, convertit sa valeur en flottant 64 bits, et écrit le résultat dans un registre flottant. Idem avec la conversion inverse, de flottant vers entier, qui a sa propre instruction dédiée. Et ces deux instructions ont deux variantes, suivant que le flottant soit simple ou double précision. De telles '''instructions de conversion entier-flottant''' ne sont pas à proprement parler des instructions de copie entre registre, ce sont plus un intermédiaire entre copie entre registres et opération de calcul.
==Les instructions de contrôle (branchements et tests)==
Un processeur serait sacrément inflexible s'il ne faisait qu'exécuter des instructions dans l'ordre. Certains processeurs ne savent pas faire autre chose, comme le Harvard Mark I, et il est difficile, voire impossible, de coder certains programmes sur de tels ordinateurs. Mais rassurez-vous : il existe de quoi permettre au processeur de faire des choses plus évoluées. Pour rendre notre ordinateur "plus intelligent", on peut par exemple souhaiter que celui-ci n'exécute une suite d'instructions que si une certaine condition est remplie. Ou faire mieux : on peut demander à notre ordinateur de répéter une suite d'instructions tant qu'une condition bien définie est respectée. Diverses '''structures de contrôle''' de ce type ont donc étés inventées.
Voici les plus utilisées et les plus courantes : ce sont celles qui reviennent de façon récurrente dans un grand nombre de langages de programmation actuels. Concevoir un programme (dans certains langages de programmation), c'est simplement créer une suite d'instructions, et utiliser ces fameuses structures de contrôle pour l'organiser. D'ailleurs, ceux qui savent déjà programmer auront reconnu ces fameuses structures de contrôle. On peut bien sur en inventer d’autres, en spécialisant certaines structures de contrôle à des cas un peu plus particuliers ou en combinant plusieurs de ces structures de contrôles de base, mais cela dépasse le cadre de ce cours : on ne va pas vous apprendre à programmer.
{|class="wikitable"
|-
! Nom de la structure de contrôle
! Description
|-
! SI...ALORS
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée
|-
! SI...ALORS...SINON
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée ou exécute une autre suite d'instructions si elle ne l'est pas.
|-
! Boucle WHILE...DO
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée.
|-
! Boucle DO...WHILE aussi appelée REPEAT UNTIL
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée. La différence, c'est que la boucle DO...WHILE exécute au moins une fois cette suite d'instructions.
|-
! Boucle FOR
| Répète un nombre fixé de fois une suite d'instructions.
|}
Les '''conditions''' à respecter pour qu'une structure de contrôle fasse son office sont généralement très simples.
Elles se calculent le plus souvent en comparant deux opérandes (des adresses, ou des nombres entiers ou à virgule flottante).
Elles correspondent le plus souvent aux comparaisons suivantes :
* A == B (est-ce que A est égal à B ?) ;
* A != B (est-ce que A est différent de B ?) ;
* A > B (est-ce que A est supérieur à B ?) ;
* A < B (est-ce que A est inférieur à B ?) ;
* A >= B (est-ce que A est supérieur ou égal à B ?) ;
* A <= B (est-ce que A est inférieur ou égal à B ?).
Il est également possible de tester si le bit d'un registre ou octet mémoire est à 1 ou 0.
Notamment le registre des indicateurs est testé après une instruction arithmétique (est-ce que le calcul a généré une retenue, ...).
Pour implémenter ces structures de contrôle, on a besoin d'une instruction qui saute en avant ou en arrière dans le programme, suivant le résultat d'une condition. Par exemple, un SI...ALORS zappera une suite d'instruction si une condition n'est pas respectée, ce qui demande de sauter après cette suite d’instruction cas échéant. Répéter une suite d'instruction demande juste de revenir en arrière et de redémarrer l’exécution du programme au début de la suite d'instruction. Nous verrons comment sont implémentées les structures de contrôle plus bas, mais toujours est-il que cela implique de faire des sauts dans le programme. Faire un saut en avant ou en arrière dans le programme est assez simple : il suffit de modifier la valeur stockée dans le ''program counter'', ce qui permet de sauter directement à une instruction et de poursuivre l'exécution à partir de celle-ci. Et un tel saut est réalisé par des instructions spécialisées. Dans ce qui va suivre, nous allons appeler '''instructions de branchement''' les instructions qui sautent à un autre endroit du programme. Ce n'est pas la terminologie la plus adaptée, mais elle conviendra pour les explications.
L'implémentation des structures de contrôle demande donc de calculer une condition, puis de faire un saut. Mais il faut savoir que l'implémentation demande parfois de faire un saut, sans avoir à tester de condition. Dans ce cas, l'instruction qui fait un saut sans faire de test de condition est elle aussi une instruction de branchement. Cela nous amène à faire la différence entre un branchement conditionnel et non-conditionnel. La différence entre les deux est simple. Une instruction de '''branchement conditionnel''' effectue deux opérations : un test qui vérifie si la condition adéquate est respectée, et un saut dans le programme aussi appelé branchement. Une instruction de '''branchement inconditionnelle''' ne teste pas de condition et ne fait qu'un saut dans le programme.
===Les structures de contrôle===
Le IF permet d’exécuter une suite d'instructions si et seulement si une certaine condition est remplie.
[[File:Codage d'un if.. en assembleur.jpg|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS en assembleur.]]
Le IF...ELSE sert à effectuer une suite d'instructions différente selon que la condition est respectée ou non : c'est un SI…ALORS contenant un second cas. Une boucle consiste à répéter une suite d'instructions machine tant qu'une condition est valide (ou fausse).
[[File:Codage d'un IF.ELSE en assembleur.png|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS..SINON en assembleur.]]
Les boucles sont une variante du IF dont le branchement renvoie le processeur sur une instruction précédente. Commençons par la boucle DO…WHILE : la suite d'instructions est exécutée au moins une fois, et est répétée tant qu'une certaine condition est vérifiée. Pour cela, la suite d'instructions à exécuter est placée avant les instructions de test et de branchement, le branchement permettant de répéter la suite d'instructions si la condition est remplie. Si jamais la condition testée est fausse, on passe tout simplement à la suite du programme.
[[File:DO...WHILE.jpg|centre|vignette|upright=2|DO...WHILE.]]
Une boucle WHILE…DO est identique à une boucle DO…WHILE à un détail près : la suite d'instructions de la boucle n'a pas forcément besoin d'être exécutée au moins une fois. On peut donc adapter une boucle DO…WHILE pour en faire une boucle WHILE…DO : il suffit de tester si la boucle doit être exécutée au moins une fois avec un IF, et exécuter une boucle DO…WHILE équivalente si c'est le cas.
[[File:WHILE...DO.png|centre|vignette|upright=2|WHILE...DO.]]
===Les branchements conditionnels et leur implémentation ===
Il existe de nombreuses manières de mettre en œuvre les branchements conditionnels et tous les processeurs ne font pas de la même manière. Sur la plupart des processeurs, les branchements conditionnels sont séparés en deux instructions : une instruction de test qui vérifie si la condition voulue est respectée, et une instruction de saut conditionnelle. D'autres processeurs effectuent le test et le saut en une seule instruction machine.
[[File:Implémentations possibles des branchements conditionnels.png|centre|vignette|upright=3|Implémentations possibles des branchements conditionnels]]
: Plus surprenant, sur quelques rares processeurs, le ''program counter'' est un registre qui peut être modifié comme tous les autres. Cela permet de remplacer les branchements par une simple écriture dans le ''program counter'', avec une instruction MOV. Un bon exemple est le processeur ARM1, un des tout premiers processeur ARM. Cette dernière solution n'est presque jamais utilisée, mais elle reste surprenante !
Dans les faits, la solution la plus simple est clairement d'implémenter le tout avec une seule instruction. Mais beaucoup de processeurs anciens utilisent la première méthode, celle qui sépare le branchement conditionnel en deux instructions. Le branchement prend le résultat de l'instruction de test et décide s'il faut passer à l'instruction suivante ou sauter à une autre adresse. Il faut donc mémoriser le résultat de l'instruction de test dans un registre spécialisé, afin qu'il soit disponible pour l'instruction de branchement. L'usage d'un registre intermédiaire pour mémoriser le résultat de l'instruction de test demande d'ajouter un registre au processeur. De plus, le résultat de l'instruction de test varie grandement suivant le processeur, suivant la manière dont on répartit les responsabilités entre test et branchements.
Il existe, dans les grandes lignes, deux techniques pour séparer test et branchement conditionnel. La première impose une séparation stricte entre calcul de la condition et saut : l'instruction de test calcule la condition, le branchement fait ou non le saut dans le programme suivant le résultat de la condition. On a alors une instruction de test proprement dit, qui vérifie si une condition est valide et fournit un résultat sur 1 bit. Nous appellerons ces dernières des comparaisons, car de telles instruction effectuent réellement une comparaison. La seconde méthode procède autrement, avec un calcul de la condition qui est réalisé en partie par l'instruction de test, en partie par le branchement. Cela peut paraitre surprenant, mais il y a de bonnes raisons à cette séparation peu intuitive. La raison est que l'instruction de test est une soustraction déguisée, qui fournit un résultat de plusieurs bits, qui est ensuite utilisé pour calculer la condition voulue par le branchement. l'instruction de test ne fait pas une comparaison proprement dit, mais leur résultat permet de déterminer le résultat d'une comparaison avec quelques manipulations simples.
====Les instructions de test proprement dit====
Les premières sont réellement des instructions de test, qui effectuent une comparaison et disent si deux nombres sont égaux, différents, lequel est supérieur, inférieur, etc. En clair, elles implémentent directement les comparaisons vues précédemment. Au total, on s'attend à ce que les 6 comparaisons précédentes soient implémentées avec 6 instructions de test différentes : une pour l'égalité, une pour la différence, une autre pour la supériorité stricte, etc. Mais certaines de ces comparaisons sont en deux versions : une qui compare des entiers non-signés, et une autre pour les entiers signés. La raison est que comparer deux nombres entiers ne se fait pas de la même manière selon que les opérandes soient signées ou non. Nous avions vu cela dans le chapitre sur les comparateurs, mais un petit rappel ne fait pas de mal. Pour comparer deux entiers signés, il faut tenir compte de leurs signes, et le circuit utilisé n'est pas le même. Cela a des conséquences au niveau des instructions du processeur, ce qui impose d'avoir des opérations séparées pour les entiers signés et non-signés.
Dans les faits, les processeurs actuels utilisent le complément à deux pour les entiers signés, ce qui fait que les comparaisons d'égalité ou de différence A == B et A != B ne sont présentes qu'en un seul exemplaire. En complément à deux, l'égalité se détermine avec la même règle que pour les entiers non-signés : deux nombres sont égaux s'ils ont la même représentation binaire, ils sont différents sinon. Ce ne serait pas le cas avec les entiers en signe-magnitude ou en complément à un, du fait de la présence de deux zéros : un zéro positif et un zéro négatif. Les circuits de comparaison d'égalité et de différence seraient alors légèrement différents pour les entiers signés ou non. Au total, en complément à deux, on trouve donc 10 comparaisons usuelles, vu que les comparaisons de supériorité/infériorité sont en double.
Le résultat d'une comparaison est un bit, qui dit si la condition testée est vraie ou fausse. Dans la majorité des cas, ce bit vaut 1 si la comparaison est vérifiée, et 0 sinon. Une fois que l'instruction a fait son travail, il reste à stocker son résultat quelque part. Pour cela, le processeur utilise un ou plusieurs '''registres à prédicats''', des registres de 1 bit qui peuvent stocker n'importe quel résultat de comparaison. Une comparaison peut enregistrer son résultat dans n'importe quel registre à prédicats : elle a juste à préciser lequel avec son nom de registre.
Les registres à prédicats sont utiles pour accumuler les résultats de plusieurs comparaisons et les combiner par la suite. Par exemple, cela permet d'émuler une instruction qui teste si A >= B à partir de deux instructions qui calculent respectivement A > B et A == B. Pour cela, certains processeurs incorporent des instructions pour faire des opérations logiques sur les registres à prédicats. Ces opérations permettent de faire un ET, OU, XOR entre deux registres à prédicats et de stocker le résultat dans un registre à prédicat quelconque.
D'autres instructions permettent de lire le résultat d'un registre à prédicat, de calculer une condition, de combiner son résultat avec la valeur lue et d'altérer le registre à prédicat sélectionné. Par exemple, sur l'architecture IA-64, il existe une instruction cmp.eq.or, qui calcule une condition, lit un registre à prédicat fait un OU logique entre le registre lu et le résultat de la condition, et enregistre le tout dans un autre registre à prédicat. De telles instructions facilitent grandement le codage de certaines fonctions, qui demandent que plusieurs conditions soient vérifiées pour exécuter un morceau de code.
====Les instructions de test qui sont des soustractions déguisées====
Le second type d'instruction de test ne calcule pas ces conditions directement, mais elle fournit un résultat de quelques bits qui permet de les calculer avec quelques manipulations simples. Sur ces processeurs, il n'y a qu'une seule instruction de comparaison, qui est une soustraction déguisée. Le résultat de la soustraction n'est pas sauvegardé dans un registre et est simplement perdu. C'est le cas sur certains processeurs ARM ou sur les processeurs x86. Par exemple, un processeur x86 possède une instruction CMP qui n'est qu'une soustraction déguisée dans un opcode différent.
Le résultat de cette soustraction déguisée est un résultat portant sur 4 bits, qui donne des informations sur le résultat de la soustraction. Le premier bit, appelé bit ''null'', indique si le résultat est nul ou non. Le second bit indique le signe du résultat, s'il est positif ou négatif. Enfin, deux autres bits précisent si la soustraction a donné lieu à un débordement d'entier. Il y a deux bits, car on vérifie deux types de débordement : un débordement non-signé (une retenue sortante de l'additionneur), et le débordement signé (débordement en complément à deux). Pour mémoriser le résultat d'une soustraction déguisée, le processeur incorpore un '''registre d'état'''. Le registre d'état stocke des bits qui ont chacun une signification prédéterminée lors de la conception du processeur et il sert à beaucoup de choses. Dans le cas qui nous intéresse, le registre d'état mémorise les résultats de l'instruction de test : les deux bit de débordement, le bit qui précise que le résultat d'une instruction vaut zéro, le bit de retenue pour le bit de signe.
La condition en elle-même est réalisée par le branchement. L'instruction de branchement fait donc deux choses : calculer la condition à partir du registre d'état, et effectuer le saut si la condition est valide. Le calcul des conditions se fait à partir des 4 bits de résultat. Le bit ''null'' permet de savoir si les deux opérandes sont égales ou non : si le résultat d'une soustraction est nul, cela implique que les deux opérandes sont égales. Le bit de signe permet de déterminer si le première opérande est supérieur ou inférieure à la seconde : le résultat de la soustraction est positif si A >= B, négatif sinon. Les bits de débordements permettent de faire la différence entre infériorité stricte ou non. Tout cela sera expliqué plus en détail dans le paragraphe suivant.
[[File:Branchements et tests avec un registre d'état.png|centre|vignette|upright=1.5|Branchements et tests avec un registre d'état]]
La conséquence est qu'il y a autant d'instructions de branchements que de conditions possibles. Aussi, on a une instruction de test, mais environ une dizaine d'instructions de branchements. C'est l'inverse de ce qu'on a avec des instructions de test proprement dites, où on a autant d'instructions de test que de conditions, mais un seul branchement. Un bon exemple est celui des processeurs x86. Le registre d'état des CPU x86 contient 5 bits appelés OF, SF, ZF, CF et PF : ZF indique que le résultat de la soustraction vaut 0, SF indique son signe, CF est le bit de retenue et de débordement non-signé, OF le bit de débordement signé, et PF le bit qui donne la parité du résultat. Il existe plusieurs branchements, certains testant un seul bit du registre d'état, et d'autres une combinaison de plusieurs bits.
{|class="wikitable"
|-
! Instruction de branchement
! Bit du registre d'état testé
! Condition testée si on compare deux nombres A et B avec une instruction de test
|-
! JS (Jump if Sign)
| SF = 1
| Le résultat est négatif
|-
! JNS (Jump if not Sign)
| SF = 0
| Le résultat est positif
|-
! JO (Jump if Overflow)
| OF = 1
| Le calcul arithmétique précédent a généré un débordement signé
|-
! JNO (Jump if Not Overflow)
| OF = 0
| Le calcul arithmétique précédent n'a pas généré de débordement signé
|-
! JNE (Jump if Not equal)
| ZF = 1
| Les deux nombres A et B sont égaux
|-
! JE (Jump if Equal)
| ZF = 0
| Les deux nombres A et B sont différents
|-
! JB (Jump if below)
| CF = 1
| A < B, avec A et B non-signés
|-
! JAE (Jump if Above or Equal)
| CF = 0
| A >= B, avec A et B non-signés
|-
! (JBE) Jump if below or equal
| CF OU ZF = 1
| A >= B si A et B sont non-signés
|-
! JA (Jump if above)
| CF ET ZF = 0
| A > B si A et B sont non-signés
|-
! JL (Jump if less)
| SF != OF
| si A < B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater or Equal)
| SF = OF
| si A >= B, si A et B sont signés
|-
! JLE (Jump if less or equal)
| (SF != OF) OU ZF = 1
| si A <= B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater)
| (SF = OF) ET (NOT ZF) = 1
| si A > B, si A et B sont signés
|}
===Les instructions à prédicat===
Les '''instructions à prédicat''' sont des instructions qui ne font quelque chose que si une condition est respectée, et se comportent comme un NOP (une instruction qui ne fait rien) sinon. Elles lisent le résultat d'une comparaison, dans le registre d'état ou un registre à prédicat, et s’exécutent ou non suivant sa valeur.
En général, les instructions à prédicats sont des instructions en plus des instructions normales, pas à prédicat. L'instruction à prédicat la plus représentative, présente sur de nombreux processeurs, est l'instruction CMOV, qui copie un registre dans un autre si une condition est remplie. Elle permet de faire certaines opérations assez simples, comme calculer la valeur absolue d'un nombre, le maximum de deux nombres, etc.
Pour gérer les instructions à prédicat, les instructions de test s'adaptent sur plusieurs points. Le premier est que les instructions de test préfèrent utiliser des registres à prédicats, au lieu d'un registre d'état. Une des raisons à cela est la suivante : avec des registres à prédicats, on peut ajouter des instructions pour faire un ET/OU/XOR entre registres à prédicats, ce qui permet de tester des combinaisons de conditions sans faire appel au moindre branchement. Et ces conditions complexes ne sont pas rares, ce qui rend l'usage de registres à prédicats très utiles avec les instructions à prédicats.
Une autre adaptation est que les instructions de test tendent à fournir deux résultats : le résultat de la condition, et le résultat de la condition inverse. Ils sont fournis dans deux registres à prédicats distincts. Faire ainsi facilite grandement l'implémentation des structures de contrôle SI...ALORS simples. Pour rappel, elles ont deux morceaux de code : un qui s’exécute si une condition est remplie, l'autre si la condition inverse est remplie. Avec ce système, les instructions du premier et du second morceau de code testerons deux bits distincts.
L'usage d'instructions à prédicat séparées des autres instructions porte le nom de '''prédication partielle'''. C'est de loin l'implémentation la plus courante. Mais sur certains processeurs, assez rares, toutes les instructions sont des instructions à prédicat : on parle de '''prédication totale'''. Les anciens processeurs ARM 32 bits étaient dans ce cas, par exemple.
Cela peut paraitre étrange, vu que certaines instructions ne sont pas dans une structure de contrôle et doivent toujours s’exécuter, peu importe les conditions testées avant. Mais rassurez-vous, sur les processeurs à prédication totale, il y a toujours un moyen pour spécifier que certaines instructions doivent toujours s’exécuter, de manière inconditionnelle. Par exemple, sur les processeurs d'architecture HP IA-64, un des registre à prédicat, le tout premier, contient la valeur 1 et ne peut pas être modifié. Si on veut une instruction inconditionnelle, il suffit qu'elle précise que le registre à prédicat à lire est ce registre.
: Les processeurs avec un registre d'état n'ont généralement que de la prédication partielle, le plus souvent limitée à une seule instruction CMOV. Alors que qui dit prédication totale dit systématiquement registres à prédicats.
Les processeurs ARM disposent d'une prédication totale, du moins pour le jeu d'instruction ARM 32 bits. Mais il supportent une second jeu d’instruction optionnel, le ''thumb'', qui est plus compact. Au lieu d'encoder ses instructions sur 32-64 bits, ses instructions font seulement 16 bits. Et pour compacter ce jeu d'instruction, la prédication totale a été supprimée. À la place, ''thumb'' incorpore une '''instruction IT''', qui active l’exécution conditionnelle des instructions suivantes.
L'instruction teste une condition et calcule un prédicat, qui est ensuite utilisé pour décider de l'exécution des instructions suivantes. L'exécution conditionnelle marche jusqu'à 4 instructions consécutives. Le nombre exact est configurable et va de 1 à 4 instructions consécutives après l'instruction IT. La condition est configurable pour les 1 à 4 instructions : chaque instruction peut s'exécuter si la condition est vraie, ou au contraire fausse. Un masque de 4 bits décide de quelle condition utiliser pour chaque instruction. Il y a un bit par instruction, qui vaut 1 si la condition doit être vérifiée, 0 si on veut la condition inverse.
===L'instruction SKIP===
L''''instruction SKIP''' permet de zapper l'instruction suivante si une condition testée est fausse. Il en existe deux versions. La première est fusionnée avec l'instruction de test. La condition est calculée par l'instruction SKIP, qui décide s'il faut sauter l'instruction suivante. Dans un autre cas, l'instruction SKIP est précédée d'une instruction de test, récupère son résultat dans un registre de prédicat ou dans le registre d'état, et effectue le saut. On peut la voir comme une forme particulière de branchement conditionnel, qui brancherait deux instructions plus loin.
Son utilité n'est pas évidente, mais on peut classer ses utilisations en trois catégories. La première permet d'émuler une instruction de branchement conditionnel en combinant une instruction SKIP avec un branchement inconditionnel. Le branchement inconditionnel est skippé si la condition est remplie/fausse, mais éxecuté dans le cas contraire : c'est le comportement d'un branchement conditionnel. Une autre utilisation permet d'émuler une instruction à prédicat en faisant précéder une instruction normale par une instruction SKIP. Enfin, elles servent à implémenter des structures de controle IF à condition que le code du IF se résume à une vulgaire instruction. C'est assez rare, mais certains calculs comme la valeur absolue ou le calcul du minimum peuvent se calculer ainsi.
[[File:Skip instruction.png|centre|vignette|upright=3|Skip instruction]]
Vous pourriez imaginer des versions améliorées de l'instruction, qui permettent de zapper plusieurs instructions, mais de telles instructions ne sont autres que des instructions de branchement conditionnelles spécifiques, comme nous le verrons dans le chapitre sur les modes d'adressage.
==Les méta-instructions REPEAT et EXECUTE==
Enfin, il faut aussi citer les '''méta-instructions''', des instructions qui agissent sur l’exécution d'autres instructions. Il en existe deux : REPEAT et EXECUTE. Elles servent techniquement à manipuler le flot de contrôle d'un programme, et ont quelques ressemblances avec les branchements ou les boucles. Elles sont extrêmement rares et on ne les trouve que sur des anciens processeurs (généralement micro-codés), ou sur certaines processeurs spécialisés dans le traitement de signal appelés des DSP, qui feront l'objet d'un chapitre à eux seuls.
===L’instruction REPEAT et le ''Zero-overhead looping''===
La première est la '''méta-instruction REPEAT''', qui permet de simplifier l'implémentation des boucles. Dans sa version la plus simple, elle fait en sorte que l'instruction qui la suit soit répétée plusieurs fois. Le nombre de répétition est soit un nombre fixe, toujours le même, soit l'instruction se répète tant qu'une condition n'est pas remplie. Les deux situations ne se rencontrent pas sur les mêmes processeurs. Par exemple, l'UNIVAC 1103 possède une instruction REPEAT très simple, qui répète l'instruction cible un nombre fixe de fois, mais ne gère pas les conditions.
Le GE-600/Honeywell 6000 series incorpore trois instructions REPEAT de ce type. La première répète l'instruction suivante soit un nombre fixe de fois, soit quand une condition est remplie. La seconde répète les deux instructions suivantes, l'une après l'autre. Enfin, la dernière répète l'instruction suivante jusqu'à : soit qu'une condition soit remplie, soit qu'une adresse bien précise soit atteinte. Elle servait sans doute à implémenter le parcours d'une liste chainée pour trouver un item bien précis.
Une version améliorée de l'instruction REPEAT permet de répéter un bloc de plusieurs instructions, ce qui permet d'implémenter une boucle en une seule instruction. Elles sont fréquentes sur certains processeurs de traitement de signal, qui doivent exécuter en permanence de petites boucles. Typiquement, elles permettent d'implémenter des boucles FOR dont le nombre d’exécution est fixe. La répétition de la boucle est contrôlée par un registre de boucle, qui mémorise le nombre de répétitions, et qui est décrémenté à chaque itération, sans avoir à utiliser d'instruction d'incrémentation/décrémentation.
Une variante précise deux adresses, qui délimitent les instructions de la boucle : une adresse pour le début de la boucle, une adresse pour la fin. L'implémentation hardware est alors assez simple : quand le ''program counter'' atteint l'adresse de fin, il est réinitialisé à l'adresse de début. La gestion du ''program counter'' se fait alors sans utiliser d'instructions de branchement. les deux registres sont initialisés avec une isntruction LOPP, spécialement dédiée pour cela.
Les deux techniques précédentes permettent d'implémenter des boucles sans utiliser de branchements, ou presque. Elles rendent l'exécution des boucles tellement rapides qu'elles portent le nom de '''''Zero-overhead looping'''''.
: Les instructions REP mentionnées plus haut, ne sont PAS des exemples d'instruction REPEAT. Le préfixe REP des processeurs x86 est une instruction qui se répète elle-même. Mais l'instruction REPEAT force la répétition de l'instruction suivante ! Elle agit sur une autre instruction, d'où son caractère de méta-instruction.
===L'instruction EXECUTE===
La '''méta-instruction EXECUTE''' fournit l'adresse d'une instruction cible, qui est exécutée en lieu et place de l'instruction EXECUTE. Quand le processeur exécute l'instruction EXECUTE, il prend l'adresse cible, charge l'instruction dans l'adresse cible, et l’exécute à la place de l'instruction EXECUTE. Il est possible de comprendre l'instruction EXECUTE comme un branchement spécial. Tout se passe comme si l'instruction EXECUTE effectuait un branchement vers l'instruction cible, mais que le processeur ne poursuivait pas l’exécution à la suite de l’instruction cible, et revenait à la suite de l'instruction cible.
Il y a souvent des contraintes sur l'instruction cible, qui est pointée par l'adresse cible. Généralement, il n'est pas possible que l'instruction cible soit elle-même une autre instruction EXECUTE. De même, beaucoup de processeurs interdisent que l’instruction cible soit un branchement. Mais d'autres processeurs n'ont pas ces contraintes et autorisent à utiliser des branchements pour l'instruction cible.
L'utilité d'une telle instruction est tout sauf évidente. Elle servait pourtant à beaucoup de choses sur les processeurs où elle était implémentée. Précisons qu'elle était surtout présente sur des vieux ordinateurs, dans les années 50-60, et quelques processeurs des années 70. Elle a disparu dès les années 80 et n'est présentée que par souci d'exhaustivité et intérêt historique pour les curieux. Cette précision permet de comprendre que cette instruction servait pour résoudre des problèmes qui sont actuellement résolus autrement.
L'adresse cible peut être soit intégrée dans l'instruction, soit dans un registre. Dans le second cas, l'adresse peut être incrémentée ou modifiée afin que l'instruction EXECUTE change de cible à chaque exécution. Tout se passe comme si le registre contenant l'adresse cible servait à émuler un ''program counter''. En mettant une instruction EXECUTE dans une boucle et en complétant le tout avec du code annexe, on peut exécuter du code extérieur sans modifier le véritable ''program counter''. L'utilité est de faciliter l'implémentation des logiciels debuggers, des émulateurs, ou d'autres programmes dans le même genre.
Les autres utilisations sont assez nombreuses, mais aussi difficiles à expliquer pour qui n'a pas de connaissances poussées en programmation. La première utilité est l'implémentation de certaines fonctionnalités des langages de programmation évolués, à savoir le ''late binding'', les fonctions virtuelles, et quelques autres. Elle facilite aussi l'implémentation des compilateurs à la volée, en permettant d’exécuter du code produit à volée sans faire tiquer les mécanismes de protection mémoire implémentés dans le processeur. Elle permet d'émuler du code automodifiant pour les logiciels qui gagnaient autrefois à l'utiliser. Et il y en a d'autres.
==Les instructions d'arrêt et de mise en veille==
Les processeurs gèrent souvent des '''instructions de mise en veille''' le processeur. Une fois mis en veille, le processeur ne peut être réveillé que si un signal de sortie de veille survient. Les signaux de sortie de veille sont envoyés par les périphériques, les entrées-sorties, le ''chipset'' de la carte mère, etc. Ils sont rarement mis totalement en veille, ce qui leur permet de générer ce signal de sortie si nécessaire. Le processeur attend alors qu'un périphérique lui envoie un signal de sortie de veille, mais ne fait rien en attendant. De telles instructions ne sont exécutables qu'en mode noyau, par le système d'exploitation.
: Le signal de sortie de veille est techniquement une interruption matérielle, comme on le verra plus tard.
Il existe aussi des '''instructions d'arrêt''', qui éteignent le processeur complétement. Le processeur peut redémarrer, mais pas reprendre là où il en était. Pour redémarrer, il faut qu'il reçoive un signal RESET, envoyé sur une entrée du processeur. Lorsque l'entrée RESET du processeur est mise à 1, le processeur redémarre. Typiquement, l'alimentation du processeur est suspendue.
===Les exemples sur les processeurs les plus connus===
Sur les processeurs ARM, les instructions WFI et WFE sont utiles pour les systèmes embarqués, pour mettre le processeur en mode basse consommation. Lorsqu'une instruction de ce type est exécutée, le processeur continue d'être alimenté, mais il ne tient pas compte du signal d'horloge. Le signal d'horloge est clock gaté dès l'entrée dans le CPU. La différence entre les deux instructions est que WFI s'exécute inconditionnellement, alors que WFE ne s’exécute que un registre spécifique, le registre d'évènement, est à 0.
Sur les processeurs Motorola 6502 et ses dérivés, l'instruction WAI est une instruction de mise en veille, alors que l'instruction STP éteint l'ordinateur. La différence est qu'avec l'instruction STP, le processeur ne réagit qu'au signal RESET, qui fait redémarrer le processeur, mais ne réagit pas aux signaux de sortie de veille. L'exécution du processeur ne reprend alors pas là où le processeur s'est arrêté, le ''program counter'' est réinitialisé.
Sur les CPU x86 avant le 486, l'instruction HLT ne mettait pas le processeur en mode basse consommation. Aucune technique n'était prévue pour réduire la consommation du processeur pendant la veille. Le 8086 se contentait de se déconnecter du bus et n'incrémentait pas son ''program counter''. Au passage, l'implémentation exacte au niveau des circuits de l'instruction HLT sur le 8086 est détaillée dans cet article de blog :
* [https://www.righto.com/2023/01/reverse-engineering-intel-8086.html Reverse-engineering the Intel 8086 processor's HALT circuits]
C'est avec le 486 que la mise en veille s'est accompagnée d'une extinction partielle du processeur. Le processeur passait en mode basse consommation, ce qui permettait des économies d'énergie de 5 à 10%. Cependant, les premiers CPU sortis d'usine avaient un bug : le CPU stoppé via l'instruction HLT ne pouvait pas redémarrer de manière logicielle, il fallait lui envoyer le signal de RESET directement via le matériel.
{|class="wikitable"
|-
! x86
| HLT (HALT)
|-
! ARM
|
* WFI (Wait For Interrupt)
* WFE (Wait For Event).
|-
! Motorola 6502 et plus
|
* WAI (WAit for Interrupt)
* STP (SToP)
|}
===Les instructions ''Halt And Catch Fire''===
Le bug n'est pas spécifique aux processeurs 486, de nombreux CPU ont des instructions non-documentées qui bloquent l'ordinateur, si exécutées. Le processeur ne peut alors pas sortir de la mise en veille et soit s'arrête, soit doit être RESET. Les instructions ne sont souvent pas voulues par les concepteurs et sont souvent des bugs. De telles instructions illégales devraient lever une exception matérielle "instruction non reconnue", mais ne le font pas en raison d'un bug quelconque. Elles sont appelées, non sans humour, des '''instructions ''Halt And Catch Fire''''' (stoppe et prend feu).
Un exemple classique est celle du bug du Pentium F00F. Le responsable est une instruction non-documentée, encodée en binaire comme suit F0 0F C7 C8. Il s'agit d'une instruction dont l'encodage est invalide. Elle correspond à une instruction cmpxchg8b qui agit sur une valeur 64 bits obtenue en concaténant les deux registres (EAX et EDX). Elle compare cette valeur 64 bits avec une donnée en mémoire RAM. Mais avec l'encodage F0 0F C7 C8, l'adresse mémoire est remplacée par un nom de registre, du fait de l'encodage des modes d'adressage sur ce CPU. En théorie, le processeur devrait lever une exception matérielle ''opcode invalide''. Seulement, l'instruction est associée à un préfixe LOCK, qu'on ne détaillera pas ici, qui empêche la levée de l'exception.
Elle agissait comme une instruction ''Halt And Catch Fire'' classique. Un problème est que cette instruction n'était pas une instruction en mode noyau, mais une instruction accessible en espace utilisateur. N'importe quel programme invalide, voire un programme malicieux, pouvait bloquer l'ordinateur. La situation a été prise an sérieux, les systèmes d'exploitation fournissant des mitigations logicielles. Intel corrigea le problème, dans une seconde fournée sortie d'usine, avec la version B2 du 486.
==Résumé==
Pour résumer, les instructions les plus courantes sont les suivantes :
{|class="wikitable"
|-
!Instruction
!Utilité
|-
!Instructions arithmétiques
|Elles font des calculs sur des nombres. Les plus communes sont l'addition, la soustraction, la multiplication, la division, le modulo. Pour les instructions flottantes, la racine carrée est souvent supportée, parfois avec les opérations trigonométriques, les logarithmes et l'exponentielle.
|-
!Instructions logiques
|Elles travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les plus communes sont ;
* Les opérations bit à bit, à savoir le ET logique, le OU logique, le OU exclusif (XOR) et le NON logique.
* Les instructions de décalage à droite et à gauche, qui vont décaler tous les bits d'un nombre d'un cran vers la gauche ou la droite. Les bits qui sortent du nombre sont considérés comme perdus.
* Les instructions de rotation, qui font la même chose que les instructions de décalage, à la différence près que les bits qui "sortent d'un côté du nombre" après le décalage rentrent de l'autre.
|-
!Instructions de test et de contrôle (branchements)
|Elles permettent de contrôler la façon dont notre programme s’exécute sur notre ordinateur. Elles permettent notamment de choisir la prochaine instruction à exécuter, histoire de répéter des suites d'instructions, de ne pas exécuter des blocs d'instructions dans certains cas, et bien d'autres choses.
|-
!Instructions d’accès mémoire
|Elles permettent d'échanger des données entre le processeur et la mémoire, ou encore permettent de gérer la mémoire et son adressage. Les deux les plus courantes sont les suivantes :
* LOAD : charge une donnée dans un registre ;
* STORE : copie le contenu d'un registre dans une adresse mémoire.
|}
En plus de ces instructions, beaucoup de processeurs ajoutent d'autres instructions. La plupart sont utilisées par le système d'exploitation pour configurer certaines fonctionnalités importante : la protection mémoire, la mémoire virtuelle, les modes de compatibilité du processeur, la gestion de l'alimentation, l'arrêt ou la mise en veille, etc.
On peut aussi trouver des instructions spécialisées dans les calculs cryptographiques : certaines instructions permettent de chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe. De même, certains processeurs ont une instruction permettant de générer des nombres aléatoires. Et on peut trouver bien d'autres exemples...
Mais d'autres sont franchement exotiques. Par exemple, certains processeurs sont capables d'effectuer des instructions sur du texte directement. Pour stocker du texte, la technique la plus simple utilise une suite de lettres, stockées les unes à la suite des autres dans la mémoire, dans l'ordre dans lesquelles elles sont placées dans le texte. Quelques ordinateurs disposent d'instructions pour traiter ces suites de lettres. D'ailleurs, n'importe quel PC x86 actuel dispose de telles instructions, bien qu'elles ne soient pas utilisées car paradoxalement trop lente comparé aux solutions logicielles ! Cela peut paraître surprenant, mais il y a une explication assez simple qui sera compréhensible dans quelques chapitres (les instructions en question sont microcodées).
<noinclude>
{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les mémoires FIFO et LIFO
| prevText=Les mémoires FIFO et LIFO
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Mewtow
31375
/* Les instructions de multiplication entière */
773479
wikitext
text/x-wiki
Ce chapitre va aborder le langage machine, à savoir un standard qui définit les instructions du processeur, le nombre de registres, etc.
Dans ce chapitre, on considérera que le processeur est une boîte noire au fonctionnement interne inconnu.
Nous verrons le fonctionnement interne d'un processeur dans quelques chapitres.
Les concepts que nous allons aborder ne sont rien d'autre que les bases nécessaires pour apprendre l'assembleur.
Nous allons surtout parler des instructions du processeur.
Pour simplifier, on peut classer les instructions en quatre grands types :
* les échanges de données entre mémoires ;
* les calculs et autres opérations arithmétiques ;
* les instructions de comparaison ;
* les instructions de branchement.
À côté de ceux-ci, on peut trouver d'autres types d'instructions plus exotiques, pour gérer du texte, pour modifier la consommation en électricité de l'ordinateur, pour chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe, générer des nombres aléatoires, etc. Dans ce chapitre, nous allons voir un aperçu assez large des instructions qui existent. Nous n'allons pas nous limiter aux instructions les plus importantes, mais nous allons aussi parler d'instructions assez exotiques, soit présentes uniquement sur d'anciens ordinateurs, soit très rares, soit franchement tordues. Et certaines de ces instructions exotiques sont assez impressionnantes et risquent de vous surprendre !
==Les instructions entières==
Les '''instructions arithmétiques''' sont les plus courantes et comprennent au minimum l'addition, la soustraction, la multiplication, plus rarement la division. Précisons qu'une opération mathématique ne se fait pas de la même manière suivant la représentation utilisée pour coder ces nombres : on ne manipule pas de la même façon des nombres entiers binaires, des entiers codés en BCD et des nombres flottants. Aussi, dans ce qui va suivre, nous allons séparer les opérations entières, les opérations flottantes et les opérations en BCD.
Les processeurs modernes utilisent des nombres encodés soit en binaire normal, soit en complément à deux. L'avantage est que les opérations arithmétiques se font de la même manière dans les deux encodages. Il y a quelques différences, mais elles sont suffisamment mineures, pas besoin d'avoir une instruction dédiée pour les nombres signés. Les anciens processeurs utilisaient eux des entiers signés en signe-magnitude ou en complément à 1, ou d'autres représentations. Et avec ces représentations, les calculs ne sont pas exactement les mêmes pour les nombres signés et non-signés. Ils avaient donc des instructions séparées pour l'addition signée et l'addition non-signée, idem pour la soustraction, la multiplication, etc.
De nos jours, les ordinateurs utilisent des entiers de taille fixe, qui tiennent dans un registre. J'ai dit qui tiennent dans un registre, car la taille des opérandes dépend de l'instruction. Un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs pour chaque taille : certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Mais la taille d'une opérande ne dépasse pas la taille d'un registre entier.
===La ou les instructions d'addition entière===
Un processeur implémente au minimum une opération d'addition, même s'il existe de rares exemples de processeurs qui s'en passent. Mieux : certains processeurs implémentent plusieurs instructions d'addition, qui se distinguent par de subtiles différences.
La première est évidemment la '''taille des opérandes'''. Un processeur 32 bits peut par exemple implémenter trois additions différentes : une addition 32 bits qui additionne deux opérandes 32 bits : une addition 16 bits qui additionne deux doublets (16 bits), et une addition 8 bits qui additionne deux octets. Précisons cependant que c'est une possibilité et que ca n'a rien d'automatique. De nombreux processeurs ne fournissent que des additions sur des opérandes 32 bits, et rien d'autre,les autres taille d'opérandes ne sont pas supportées. Mais on peut toujours émuler des opérations sur 8 ou 16 bits avec des opérations de masquage.
La seconde différence est la '''gestion des débordements d'entier'''. Pour gérer les débordements d'entier, certains processeurs disposent d'un '''registre de débordement''', de 1 bit, qui indique si une instruction arithmétique a généré un débordement d'entier ou non. Il est mis à 1 en cas de débordement, mais reste à 0 sinon. Il est mis à jour à chaque addition/multiplication/soustraction.
Pour rappel, les débordements d'entiers sont différents selon que l'addition est signée ou non, et il faut en tenir compte au niveau du jeu d'instruction. La solution la plus simple est l'existence de deux instructions dédiées : une pour les additions de nombres signés et une autre pour les nombres non-signés. Le circuit additionneur est le même pour ces deux instruction, mais le calcul du bit de débordement est différent. D'autres processeurs s'en sortent autrement, en ayant deux bits de débordement : un si le résultat est signé, l'autre pour les résultats non-signés. Mais nous reparlerons de cela plus tard.
Une autre différence, présente sur les vieux processeurs, tient dans la '''gestion de la retenue''. À l'époque, les processeurs ne pouvaient gérer que des nombres de 4 à 8 bits, guère plus. Pourtant, la plupart des applications logicielles demandait d'utiliser des entiers de 16 bits. Les opérations comme l'addition ou la soustraction étaient alors réalisées en plusieurs fois. Par exemple, on additionnait les 8 bits de poids faible, puis les 8 bits de poids fort. Dans un cas pareil, il fallait aussi gérer la retenue dans l'addition des 8 bits de poids fort.
Pour cela, la retenue en question était mémorisée dans un registre de 1 bit dédié, semblable au registre de débordement, appelé le '''bit de retenue'''. De plus, les processeurs incorporaient une instruction d'addition qui additionnait les deux opérandes avec la retenue en question, instruction souvent appelée ADDC (''ADD with Carry''). Niveau circuits, cela ne changeait pas grand chose, tous les additionneurs ayant une entrée pour la retenue (qui est utilisée pour implémenter la soustraction, rappelez-vous). L'implémentation de l'instruction ADDC était très simple, n'utilisait presque pas de circuits, et rendait de fiers services aux programmeurs de l'époque. Nous parlons là des vieux processeurs 4 et 8, mais certains processeurs 16, 32, voire 64 bits, sont capables d'effectuer ce genre d'opération, même si ils sont rares.
: Il existe parfois des instructions pour mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. C'est le cas sur l'architecture x86. Mais son utilité est marginale, car toutes les instructions arithmétiques modifient le bit de retenue.
La même chose a lieu pour la soustraction, qui demande qu'une "retenue" soit propagée d'une colonne à l'autre (bien que la "retenue" soit utilisée différemment : elle n'est pas additionnée, mais soustraite du résultat de la colonne). Pour cela, les processeurs implémentent l'opération SUBC (''Substract with Carry''). Et pour mettre en œuvre cette opération, ils ont deux options. La première est d'ajouter un bit pour la "retenue" de la soustraction. Pour une soustraction qui calcule a-b, elle vaut 0 si a>=b et 1 si a<b. Elle est utilisée telle qu'elle par le circuit qui effectue la soustraction, généralement un soustracteur. L'autre option est d'utiliser le but de retenue de l'addition, sans rien modifier. Pour comprendre pourquoi, rappelons que la soustraction est implémentée en complément à deux par le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + 1</math>
Il s'agit d'une addition, qui a donc une retenue lors d'un débordement. On peut alors réutiliser le bit de retenue de l'addition pour la soustraction, en modifiant quelque peu la soustraction à effectuer. Pour comprendre comment faire la modification, précisons tout d'abord que les règles du complément à deux nous disent qu'on a un débordement quand a>=b. Passons maintenant à l'étude d'un exemple théorique : le cas où on veut soustraire deux nombres de 16 bits avec deux opérations SUBC qui travaillent sur 8 bits. Appelons les deux opérandes A et B, <math>a_h</math> et <math>b_h</math> les 8 bits de poids forts de ces opérandes, et <math>a_l</math> et <math>b_l</math> leurs 8 bits de poids faible. Voyons ce qui se passe suivant que la retenue soit de 0 ou 1.
* Si la retenue de l'addition est de 1, on a <math>a_l \geq b_l</math>, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>.
* À l'inverse, si la retenue de l'addition est de 0, on a <math>a_l \leq b_l</math>. Cela veut dire que si on posait la soustraction, alors une retenue devrait être propagée à la colonne suivante, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1 - \text{retenue de 1}</math>.
Récapitulons dans un tableau.
{|class="wikitable"
|-
! Retenue
! Opération à effectuer pour la seconde soustraction
|-
! 0
| <math>a_h + \overline{b_h} + 0</math>
|-
! 1
| <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>
|}
On voit que ce qu'il faut ajouter à <math>a_h + \overline{b_h}</math> est égal à la retenue. L'opération SUBC fait donc le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + \text{retenue}</math>
La plupart des processeurs 8 et 16 bits avaient deux instructions de soustraction séparées : une sans gestion de la retenue, une avec. Mais certains processeurs comme le 6502 n'avaient qu'une seule instruction de soustraction : celle qui tient compte de la retenue ! Il n'y avait pas de soustraction normale. Pour éviter tout problème, les programmeurs devaient faire attention. Ils disposaient d'une instruction mettre à 0 ou à 1 le bit de retenue pour éviter tout problème, qu'ils utilisaient avant toute soustraction simple.
===Les instructions de division entière===
Il faut savoir que la division est une opération très lourde pour le processeur : une instruction de division dédiée met au mieux une dizaine de cycles d'horloge pour fournir un résultat, parfois plus de 50 à 70 cycles d’horloge. Et elle est facilement 10 à 50 fois plus lente qu'une opération de multiplication. De plus, son implémentation matérielle utilise beaucoup de portes logiques/transistors. Son cout globalement le même que pour un circuit multiplieur, parfois un peu plus. Mais on a de la chance : c'est aussi une opération assez rare, peu utilisée.
De plus, les divisions les plus courantes sont des divisions par une constante : un programme devant manipuler des nombres décimaux aura tendance à effectuer des divisions par 10, un programme manipulant des durées pourra faire des divisions par 60 (gestion des minutes/secondes) ou 24 (gestion des heures). Or, diverses astuces permettent de les remplacer par des suites d'instructions plus simples, qui donnent le même résultat (l'usage de décalages, la multiplication par un entier réciproque, etc). Et la suite d'instruction équivalent est beaucoup plus rapide qu'une implémentation matérielle, car on profite qu'une opérande est constante. En-dehors de ce cas, l'usage des divisions est assez rare.
Sachant cela, certains processeurs ne possèdent pas d'instruction de division, car les gains de performance seraient modérés et le coût en transistors élevé. Les divisions sont alors émulées en logiciel, par une suite de soustractions ou tout autre code équivalent. D'autres processeurs implémentent toutefois la division dans une instruction machine, avec un circuit dédié, mais c'est signe que le coût en transistors n'est pas un problème pour le concepteur de la puce.
===Les instructions de multiplication entière===
Contrairement à la division, l'opération de multiplication entière est très courante, presque tous les processeurs modernes en ont une. Les multiplications sont plus fréquentes dans le code des programmes, sans compter que c'est une opération pas trop lourde à implémenter en circuit. Il en existe parfois plusieurs versions sur un même processeur. Ces différentes versions servent à résoudre un problème quant à la taille du résultat d'une multiplication.
Le résultat d'une multiplication est très large et prend deux registres. Par exemple, une multiplication de deux opérandes 64 bits donne un résultat sur 128 bits, ce qui ne tient pas dans un registre, mais en prend deux. Et en général, la multiplication de deux opérandes de <math>n</math> bits donne un résultat de <math>2 \times n</math>, soit deux fois plus de bits. Le résultat complet ne tient pas dans un registre, il en prend exactement deux. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions.
Dans sa version la plus simple, l'instruction de multiplication se contente de garder les <math>n</math> bits de poids faible. Tous les processeurs qui supportent la multiplication ont une '''instruction MUL''' qui ne calcule que les bits de poids faible du résultat, dont le résultat est enregistré dans un seul registre. L'instruction peut générer des débordements d'entiers, si le résultat déborde dans les bits de poids fort.
Pour obtenir le résultat complet, le reste du processeur. Beaucoup de processeurs supportent juste l'instruction MUL, et ne permettent pas de calculer les bits de poids fort du résultat. Mais d'autres le permettent, avec des instructions spécialisées. Le processeur ajoute des instructions de multiplication, séparées de l'instruction MUL, qui permettent d'obtenir le résultat complet, directement ou indirectement. Le problème à résoudre est que le résultat prend deux registres. Globalement, il y a deux grandes solutions.
La première rajoute une '''instruction MULH''', pour calculer les bits de poids fort du résultat. Le processeur a donc deux instructions de multiplication : l'instruction MUL qui calcule les bits de poids faible du résultat, l'instruction MULH qui calcule les bits de poids fort. D'autres processeurs disposent d'une instruction de multiplication configurable, qui permet de choisir quels bits conserver : poids fort ou poids faible. Le calcul du résultat complet est donc fait en deux instructions, chacune n'écrivant son résultat que dans un seul registre.
La seconde rajoute une '''instruction MULX''' ou ''FULL MUL'', qui calcule les tout le résultat en une seule opération, et qui mémorisent le résultat dans deux registres. C'est plus rare, mais possible. Le défaut est que l'instruction doit préciser les deux registres dans lesquels enregistrer le résultat. Elle doit préciser le registre pour les bits de poids faible, un autre pour les bits de poids fort. Et préciser deux registres de résultat, pus deux registre d'opérande, c'est compliqué : les quatre registres prennent trop de place dans l'instruction, comme on le verra dans le chapitre sur l'encodage des instructions.
Le résultat complet est mémorisé dans deux registres différents. Il peut s'agir de deux registres généraux, à savoir ceux qui mémorisent n'importe quelle opérande entière et qui sont utilisables pour toutes les instructions entières/mémoire. D'autres processeurs disposent de deux registres spécialisés pour le résultat de la multiplication, qui sont appelés '''registres HO et LO'''. Seule l'instruction de multiplication peut écrire un résultat dans ces deux registres, avec HO pour les bits de poids fort, et LO pour les bits de poids faibles. Par contre, n'importe quelle instruction peut les lire, pour récupérer une opérande dans ces deux registres.
==Les instructions sur les entiers BCD==
Parlons maintenant des '''instructions BCD''', qui agissent sur des opérandes codées en BCD. Devenues très rares avec la disparition du BCD dans l'informatique grand-public, elles étaient quasiment essentielles sur les tous premiers processeurs 8 bits.
===Les ordinateurs décimaux===
Au tout début de l'informatique, il a existé des processeurs qui travaillaient uniquement en BCD, appelés des '''processeurs décimaux'''. Ils avaient uniquement des instructions BCD, pas d'instruction sur des opérandes codées en binaire. Ils étaient assez courants entre les années 60 et 70, même s'ils ne représentent pas la majorité des architectures de l'époque. Il y avait une vraie séparation entre processeurs décimaux et processeurs binaires, sans intermédiaires notables.
Les tous premiers ordinateurs décimaux pouvaient manipuler des entiers BCD de taille arbitraire. Ils stockaient leurs nombres dans des chaines de caractères ou des tableaux encodés en BCD. Le processeur faisait les calculs chiffre par chiffre, caractère BCD par caractère BCD. Les ordinateur décimaux qui ont abandonné ce fonctionnement. À la place, ils ont intégré des registres capables de mémoriser des entiers BCD de taille fixe.
Le grand avantage des processeurs décimaux est leur très bonne performance dans les tâches de bureautique, de comptabilité, et autres. Les processeurs de l'époque recevaient des entiers codés en BCD de la part des entrées-sorties, et devaient les traiter. Les processeurs binaires devaient faire des conversion BCD-binaire pour communiquer avec les entrées-sorties, mais pas les processeurs décimaux. Le gain en performance pouvait être substantiel dans certaines applications.
===Les instructions BCD des processeurs binaires===
Par la suite, dans les années 80, l'augmentation des performances a favorisé les processeurs binaires. Faire des conversions binaires-BCD n'était plus un problème, les conversions étaient suffisamment rapides. Par contre, faire les calculs en BCD était plus lent que faire les calculs en binaire, ce qui fait que le compromis technologique de l'époque favorisaient le binaire. Mais pour obtenir le meilleur des deux mondes, les processeurs binaires ont ajouté un support du BCD. C'était l'époque des architectures 8 bits, puis 16 bits.
Intuitivement, on se dit que, les processeurs de l'époque des 8 bits avaient leurs instructions de calcul en double : une instruction pour les calculs entier et une autre pour les calculs BCD. Mais d'autres processeurs faisaient autrement. À l'époque des processeurs 8-16 bits, certains processeurs ne géraient pas d'instructions BCD proprement dit, mais géraient quand même les calculs en BCD grâce à des instructions spéciales. Concrètement, les programmeurs utilisaient une instruction d'addition ou de soustraction binaire, mais il était possible de corriger ce résultat pour obtenir le bon résultat codé en BCD. Les processeurs de l'époque disposaient d'une instruction pour faire la correction, souvent appelée ''Decimal Adjust After Addition''.
Avant d'aller plus loin, nous devons préciser que les processeurs 8 bits de l'époque pouvaient gérer deux formats de BCD. Le premier est le '''format ''Packed''''', où deux chiffres sont mémorisé dans un octet. Le premier nibble (4bits) mémorise un chiffre BCD, le second nibble mémorise le second. Il s'agit d'un format qui remplit au maximum les bits de l'octet avec des données utiles. L'autre format, appelé '''''Unpacked''''', ne mémorise qu'un seul chiffre BCD dans un octet. Le chiffre est quasi- tout le temps dans le nibble de poids faible. Il se trouve que la manière de corriger le résultat d'une opération n'est pas la même suivant que le nombre est codé en BCD ''packed'' et ''unpacked''.
Pour commencer, étudions le cas des nombres BCD ''unpacked'', plus simples à comprendre. Lors d'une addition, il se peut que le résultat ne soit pas représentable en BCD ''unpacked''. Par exemple, si je fais le calcul 5 + 8, le résultat sera 13 : il tient dans un nibble en décimal, mais pas en BCD ! Cette situation survient quand le résultat d'une addition de deux entiers BCD ''unpacked'' dépasse 9, la limite de débordement en BCD ''unpacked''. Nous avons vu dans le chapitre sur les circuits d'addition que la correction est alors toute simple : si le résultat dépasse 9, on ajoute 6. De plus, on doit prévenir que le résultat a débordé et ne tient pas sur un nibble en BCD. Pour cela, on ajoute un bit spécialisé, appelé le '''''half carry flag''''', indicateur de demi-retenue en français, qui joue le même rôle que le bit de débordement, mais pour le BCD ''unpacked''. Sur les processeurs x86, tout cela est réalisé par une instruction appelée ''ASCII adjust after addition''.
: Pour la soustraction, il faut faire la même chose, sauf qu'il faut soustraire 6, pas l'ajouter. Et il y a aussi une instruction pour cela : ''ASCII adjust after substraction''.
Pour les nombres BCD ''packed'', la procédure est globalement la même, sauf qu'il faut traiter les deux ''nibbles'' : on ajoute 6 si le nibble de poids faible dépasse 9, puis on fait la même chose avec le ''nibble'' de poids fort. Le bit ''half carry flag'' n'est pas mis à jour et est tout simplement ignoré. Notons qu'on modifie d'abord le ''nibble'' de poids faible, avant de traiter celui de poids fort. En effet, si on corrige celui de poids faible, la retenue obtenue en ajoutant 6 se propage au nibble suivant, ce qui fait que ce dernier peut voir sa valeur augmenter. Une fois cela fait, le bit de retenue est mis à 1. La procédure est différente, vu qu'il faut traiter deux ''nibles'' au lieu d'un, et que le bit ''half-carry'' est ignoré au profit du bit de retenue normal. D'où l'existence d'une instruction séparée pour l'addition des nombres BCD ''packed'', appelée ''Décimal adjust after addition'' sur les processeurs x86.
Les processeurs modernes ne supportent plus le BCD, car il est très peu utilisé. Les processeurs ARM et MIPS ont toujours fait sans instructions BCD. Les processeurs x86 des PC désactivent les instructions BCD en mode 64 bits, mais conservent des opérations BCD en mode 32 bits, pour des raisons de compatibilité. Le support du codage BCD est surtout quelque chose qu'on trouve sur les anciens processeurs.
==Les instructions flottantes==
Passons maintenant au support des nombres flottants. Avant les années 60, les processeurs n'était pas encore capables de faire de calculs avec des nombres flottants. Les calculs flottants étaient émulés soit par une bibliothèque logicielle, soit par le système d'exploitation. Pour améliorer les performances, les concepteurs de processeurs ont conçus des '''coprocesseurs arithmétiques''', des processeurs secondaires spécialisés dans les calculs flottants, qui complémentaient le processeur principal, et avaient leur propre emplacement sur la carte mère. Par la suite, les concepteurs de processeurs ont incorporé des instructions de calculs sur des nombres flottants, rendant le coprocesseur inutile.
Pour supporter les nombres flottants, il y a deux écoles. La première utilise des instructions flottantes séparées des instructions entières. La seconde utilise des instructions d'addition/soustraction/multiplication généralistes, capables de traiter indifféremment entiers et flottants, voire les encodages BCD.
===Les architectures taguées===
Le second cas correspond à certaines machines assez anciennes, datant des années 50 à 70. Ces processeurs n'avaient qu'une seule instruction d'addition, qui pouvait traiter indifféremment flottants, nombres entiers codés en BCD, en complément à deux, etc. Pour cela, les opérandes étaient associés à un type qui précisait s'il s'agissait d'un opérande flottant, entier, BCD, d'un pointeur, ou autre. Le traitement effectué par une instruction dépendait des ''tag'' associés aux opérandes. Par exemple, si les deux opérandes avaient un ''tag'' "entier", l'instruction faisait un calcul entier. Si les deux opérandes avaient un ''tag'' "flottant", l'instruction faisait un calcul flottant.
Le type de l'opérande était encodé avec un ''tag'', une sorte de numéro codé en binaire. Le ''tag'' était stocké en mémoire à côté de l'opérande, un mot mémoire contenait la donnée et le ''tag'' concaténés l'un à la suite de l'autre. Le défaut est que la mémoire devait être conçue pour gérer le ''tag'', de même que le processeur. Des processeurs de ce type s'appellent des ''architectures à tags'', ou '''tagged architectures''', en référence au ''tag'' ajouté dans la mémoire.
Mais les processeurs modernes n'utilisent pas cette technique, du fait de son cout en mémoire. À la place, le processeur dispose d'une instruction par type à manipuler : une instruction de multiplication pour les flottants, une autre pour les entiers codés en complément à deux, etc.
===Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées===
Les processeurs modernes disposent d''''instructions de calculs flottants''', qui font des calculs avec des nombres flottants. En général, les instructions flottantes les plus courantes sont l'addition, la soustraction, la multiplication et la division. D'autres opérations plus complexes peuvent être supportées, comme les fonctions trigonométriques, les logarithmes, l'exponentielle, la fonction puissance, etc. Mais c'est déjà un peu plus rare, la majorité des processeurs anciens se contentent des quatres opérations de base.
: Nous palerons aussi d'''instructions flottantes'' pour désigner les ''instructions de calcul flottant''. Mais les deux termes ne sont pas strictement équivalent, car les ''instructions flottantes'' regroupent toutes les instructions flottantes, pas que les calculs flottants. La différence entre les deux deviendra plus claire quand on arrivera à la section sur les isntructions d'accès mémoire.
En général, les processeurs utilisent des registres séparés pour les nombres flottants. Ils ont d'un côté des '''registres généraux''' pour les nombres entiers et les adresses mémoire, de l'autre des '''registres flottants''' pour les nombres flottants. Les instructions de calcul flottants utilisent ces ''registres flottants'' uniquement, elles ne peuvent pas lire/écrire dans les registres généraux, sauf pour quelques exceptions. La séparation entre registres flottants et entiers est la source de quelques subtilités, qu'on abordera dans la section sur les instructions d'accès mémoire.
Le standard IEEE 754 standardise quelques instructions flottantes : les quatre opérations arithmétiques de base, les comparaisons et la racine carrée. Certains processeurs vont plus loin et implémentent aussi d'autres instructions sur les flottants qui ne sont pas supportées par la norme IEEE 754. Par exemple, certaines fonctions mathématiques telles que sinus, cosinus, tangente, arctangente et d'autres. Le seul problème, c'est que ces instructions peuvent mener à des erreurs de calcul incompatibles avec la norme IEEE 754. Heureusement, les compilateurs peuvent mitiger ces désagréments.
Il faut néanmoins préciser que le support de la norme IEEE 754 n'est pas une obligation : certains processeurs ne la supportent que partiellement. Par exemple, certains processeurs ne supportent que les flottants simple précision, mais pas les double précision (ou inversement). Exemple : les premiers processeurs Intel ne géraient que les flottants double précision étendue. D'autres processeurs ne gèrent pas les ''underflow'', ''overflow'', les NaN, les infinis, ou même les flottants dénormaux. Précisons que même lorsque la gestion des dénormaux est implémentée en hardware (comme c'est le cas sur certains processeurs AMD), celle-ci reste malgré tout très lente.
Si les exceptions ne sont pas supportées, le processeur peut être configuré de façon à soit ignorer les exceptions en fournissant un résultat, soit déclencher une exception matérielle (à ne pas confondre avec les exceptions de la norme). Le choix du mode d'arrondi ou la gestion des exceptions flottantes se fait en configurant un registre dédié, intégré dans le processeur.
Plus rarement, il arrive que certains processeurs gèrent des formats de flottants spéciaux qui ne font pas partie de la norme IEEE 754. Par exemple, certains processeurs utilisent des formats de flottants différents de la norme IEEE 754, avec par exemple des flottants codés sur 8 ou 16 bits, qui sont très utiles pour les applications qui se contentent très bien d'un résultat approché.
==Les instructions logiques==
À côté des instructions de calcul, on trouve des '''instructions logiques''' qui travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les opérations bit à bit ont déjà été vues dans les premiers chapitres, ceux sur l'électronique. Pour rappel, les plus courantes sont :
* La négation, ou encore le NON bit à bit, inverse tous les bits d'un nombre : les 1 deviennent des 0 et les 0 deviennent des 1.
* Le ET bit à bit, qui agit sur deux nombres : il va prendre les bits qui sont à la même place et va effectuer un ET (l’opération effectuée par la porte logique ET). Exemple : 1100·1010=1000.
* Les instructions similaires avec le OU ou le XOR.
Mais d'autres instructions sont intéressantes à étudier.
===Les instructions de décalage et de rotation===
Les '''instructions de décalage''' décalent tous les bits d'un nombre vers la gauche ou la droite. Pour rappel, il existe plusieurs types de décalages : les rotations, les décalages logiques, et les décalages arithmétiques. Nous avions déjà vu ces trois opérations dans le chapitre sur les circuits de décalage et de rotation, ce qui fait que nous allons simplement faire un rappel dans le tableau suivant. Pour résumer, voici la différence entre les trois opérations :
{|class="wikitable"
|-
!
! Schéma
! Gestion des bits sortants
! Remplissage des vides laissés par le décalage
|-
! Rotation
|[[File:Rotation de bits.png|Rotations de bits.]]
| Réinjectés dans les vides laissés par le décalage
| Remplis par les bits sortants
|-
! Décalage logique
|[[File:Décalage logique.png|Décalage logique.]]
| rowspan="2" | Les bits sortants sont oubliés
| Remplis par des zéros
|-
|-
! Décalage arithmétique
|[[File:Décalage arithmétique.png|Décalage arithmétique.]]
| Remplis par :
* le bit de signe pour les bits de poids fort ;
* des zéros pour les bits de poids faible .
|}
Pour rappel, les décalages de n rangs sont équivalents à une multiplication/division par 2^n. Un décalage à gauche est une multiplication par 2^n, alors qu'un décalage à droite est une division par 2^n. Les décalages logiques effectuent la multiplication/division pour un nombre non-signé (positif), alors que les décalages arithmétiques sont utilisés pour les nombres signés. Précisons cependant que pour ce qui est des décalages à droite, les décalages logiques et arithmétiques n'arrondissent pas le résultat de la même manière. Les décalages logiques à droite arrondissent vers zéro, alors que les décalages arithmétiques arrondissent vers la valeur inférieure (vers moins l'infini). De plus, les décalages à gauche entraînent des débordements d'entiers qui ne se gèrent pas de la même manière entre décalage logique et décalage arithmétique.
La plupart des processeurs stockent le bit sortant dans un registre, généralement le registre qui stocke le bit de retenue des additions qui est réutilisé pour cette optique. Ils possèdent aussi une variante des instructions de décalage où le bit de retenue est utilisé pour remplir le bit libéré au lieu de mettre un zéro. Cela permet d'enchaîner les décalages sur un nombre de bits plus grand que celui supporté par les instructions en procédant par morceaux. Par exemple, pour un processeur supportant les décalages sur 8 et 16 bits, il peut enchaîner deux décalages de 16 bits pour décaler un nombre de 32 bits ; ou bien un décalage de 8 bits et un autre de 16 bits pour décaler un nombre de 24 bits.
[[File:Shift Arithmetic Right.svg|centre|vignette|Décalage arithmétique à droite, où le bit sortant est mémorisé dans le bit de retenue (CF pour ''Carry Flag'').]]
Ils existe une variante des instructions de rotation où le bit de retenue est utilisé. Un bon exemple est celui des instructions LRCY (''Left Rotate Through Carry'') et RRCY (''Right Rotate Through Carry''). La première est un décalage/rotation à gauche, l'autre est un décalage/rotation à droite. Les deux décalent un registre de 16 bits, mais on pourrait imaginer la même chose avec des registres de taille différente. Lors du décalage, le bit sortant est mémorisé dans le registre de retenue, alors que le bit de retenue précédent est lui envoyé dans le vide laissé par le décalage. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une rotation, sauf que le nombre décalé/rotaté est composé du registre concaténé au bit de retenue, le bit de retenue étant le bit de poids fort pour un décalage à gauche, de poids faible pour un décalage à droite.
====Le cas particuliers des processeurs ARM====
Sur les processeurs ARM, il n'y a pas d'instruction de décalage à proprement parler, ni de rotations. Par contre, les décalages sont fusionnés avec la plupart des opérations arithmétiques ! Toute opération arithmétique prend deux registres d'opérandes et un registre de destination, ainsi qu'un décalage facultatif. Le décalage est appliqué sur la seconde opérande automatiquement, sans avoir à faire une instruction séparée. À l'intérieur de l'instruction, deux bits précisent quel type de décalage effectuer (logique à droite, arithmétique à droite, à gauche, rotation à droite). Le nombre de rangs dont il faut décaler est soit encodé directement dans l'instruction sur 5-6 bits, soit précisé dans un registre.
Toutes les instructions ne permettent pas de faire un décalage automatique. Seules les opérations simples peuvent le faire, à savoir les additions, soustractions, copies d'un registre à un autre, les opérations logiques, et quelques autres. Et cela se marie très bien avec le fait qu'on applique le décalage sur la seconde opérande fait qu'il se marie très bien avec les calculs d'adresse. En effet, quand un programmeur manipule une structure de données, notamment un tableau, il arrive souvent qu'il fasse des calculs d'adresse cachés. La majeure partie de ces calculs d'adresse sont de la forme : adresse de base + (indice * taille de la donnée). Vu que les données ont très souvent une taille qui est une puissance de deux, le second terme se calcule en décalant l'indice, le calcul total demande une simple addition avec une opérande décalée, ce qui prend une seule instruction sur les processeur ARM.
===Les instructions de manipulation de bits===
D'autres opérations effectuent des calculs non pas bit à bit (on traite en parallèle les bits sur la même colonne), mais qui manipulent les bits à l'intérieur d'un nombre. les plus simples d'entre elles comptent sur les bits.
Une instruction très commune de ce type est l'instruction '''''population count''''', qui compte le nombre de bits d'un nombre qui sont à 1. Par exemple, pour le nombre 0100 1100 (sur 8 bits), la ''population count'' est de 3. Il s'agit d'une instruction utile dans les codes correcteurs d'erreur, très utilisés pour tout et n'importe quoi (trames réseau, sommes de contrôle des secteurs des disques dur, et bien d'autres). De plus, elle permet de calculer facilement le bit de parité d'un nombre, ce qui est utile pour les codes de détection d'erreur. En soi, l'instruction est facultative et l'implémenter est un choix qui n'est pas trivial. Mais cette instruction est très simple à implémenter en circuits, sans compter que son implémentation utilise assez peu de transistors. Le circuit de calcul est ridiculement simple, utilise peu de transistors.
Les processeurs gèrent aussi assez souvent des instructions pour compter les zéros ou les uns après le bit de poids fort/faible. Pour rappel, voici les quatre possibilités :
* '''''Count Trailing Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à droite du 1 de poids faible.
* '''''Count Leading Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à gauche du 1 de poids fort.
* '''''Count Trailing Ones''''' donnent le nombre de 1 situés à gauche du 0 de poids fort.
* '''''Count Leading Ones''''' donne le nombre de 1 situés à droite du 0 de poids faible.
[[File:Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.png|centre|upright=2.0|vignette|Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.]]
Comme vous le voyez sur le schéma du dessus, ces quatre opérations de comptage sont liées à quatre autres opérations. Ces dernières donnent la position du 0 ou du 1 de poids faible/fort :
* '''''Find First Set''''', donne la position du 1 de poids faible.
* '''''Find highest set''''' donne la position du 1 de poids fort.
* '''''Find First Zero''''' donne la position du 0 de poids faible.
* '''''Find Highest Zero''''' donne la position du 0 de poids fort.
Il est rare que des processeurs s’implémentent toutes ces opérations. En effet, le résultat de certaines opérations se calcule à partir des autres. Pour donner un exemple, les processeurs x86 modernes incorporent une extension, appelée '''''Bit manipulation instructions sets (BMI sets)''''', qui ajoute quelques instructions de ce type. Pour le moment, seules les instructions ''Count Trailing Zeros'' et ''Count Leading Zeros'' sont supportées.
Et il existe bien d'autres instructions de ce type. On peut citer, par exemple, l'instruction BLSI, qui ne garde que le 1 de poids faible et met à zéro tous les autres bits. L'instruction BLSR quant à elle, met à 0 ce 1 de poids faible. Et il y en a bien d'autres, qui impliquent le 1 de poids fort, le 0 de poids faible, le 1 de poids faible, etc.
===Les instructions d'extension de registres===
Certains processeurs sont capables de gérer des données de taille diverses. Ils peuvent par exemple gérer des données codées sur 16 bits ou sur 32 bits comme c'est le cas sur certains processeurs anciens. Comme autre exemple, les processeurs x86 modernes peuvent gérer des données de 8, 16 et 32 bits. Pour cela, ils disposent généralement de registres de taille différentes, certains font 8 bits, d'autres 16, d'autres 32, etc. Dans ce cas, il est courant que l'on ait à faire des conversions vers un nombre de taille plus grande. Par exemple, convertir un nombre de 8 bits en un nombre de 16 bits, ou un nombre de 8 bits en 32 bits. Les processeurs de ce type incorporent des instructions pour ce faire, qui s'appellent les '''instructions d'extension de nombres'''.
La seule difficulté de ces instructions tient à la manière dont on remplit les bits de poids forts. Par exemple, si l'on passe de 8 bits à 16 bits, les 8 bits de poids forts sont inconnus. Pareil si on passe de 16 bits à 32 bits : quelle doit être la valeur des 16 bits de poids fort ? Intuitivement, on se dit qu'il suffit de les remplir par des zéros. Faire ainsi marche très bien, mais à condition que le nombre soit un nombre positif ou nul. Mais dans le cas d'un nombre négatif, cela ne marche pas (le résultat n'est pas bon). Pour les nombres codés en complément à deux, il faut remplir les bits manquants par le bit de signe, le bit de poids fort. On a donc deux choix : soit on remplit les bits manquants par des 0, ou par le bit de poids fort. Globalement, les deux choix possibles correspondent à deux instructions : une pour les nombres non-signés et une autre pour les nombres codés en complément à deux. On parle respectivement d''''instruction de ''zero extension''''' et '''instruction d'extension de signe'''.
Formellement, les instructions d'extension de nombre sont des copies entre registres : le contenu d'un registre est copié dans un autre plus grand. L'extension de signe est couplée avec cette copie, les deux étant effectués en une instruction. Du moins, c'est le cas sur la plupart des processeurs. On pourrait imaginer séparer les deux en deux instructions séparées, une instruction MOV (qui copie un registre dans un autre, comme on le verra plus bas) et une instruction d'extension de signe/zéro. Dans ce cas, l'instruction d'extension de signe/zéro prend un registre de grande taille et étend la donnée dans ce registre. Par exemple, pour une extension de signe de 16 à 32 bits, l'instruction prendrait un registre de 32 bits, ne considérerait que les 16 bits de poids faible et effectuerait l'extension de signe/zéro à partir de ces derniers. En soi, l'extension avec des zéros est un simple masque, réalisable avec des opérations bit à bit et cette instruction n'a pas besoin d'être implémentée. Par contre, les instructions d'extension de signe sont elles très utiles.
De plus, une instruction d'extension de signe séparée a l'avantage d'être utilisable même sur des architecture avec des registres de taille identique. Mais quel intérêt, me direz-vous ? Il faut savoir que certaines langages de programmation permettent de travailler sur des entiers dont on peut préciser la taille. Un même programme peut ainsi manipuler des entiers de 16 bits et de 32 bits, ou des entiers de 8, d'autres de 16, d'autres de 32, et d'autres de 64. L'intérêt n'est as évident, mais un bon exemple est celui de la rétrocompatibilité entre programmes. Par exemple, un programme 64 bits qui utilise une librairie 32 bits, ou un programme codé en 64 bits qui émule une console 16 bits. Ou encore, la communication entre un programme codé en 16 bits avec un capteur qui mesure des données de 8 bits. Bref, les possibilités sont nombreuses. Imaginons que tout se passe dans des registres de 32 bits. Le processeur peut incorporer des instructions de calcul sur 16 bits, en plus des instructions 32 bits. Dans ce cas, l'extension de signe sert à faire des conversions entre entiers de taille différentes.
===Les instructions de permutation d'octets===
Les instructions de ''byte swap'', aussi appelée '''instructions de permutation d'octets''', échangent de place les octets d'un nombre. Leur implémentation varie grandement selon la taille des entiers. Le cas le plus simple est celui des instructions qui travaillent sur des entiers de 16 bits, soit deux octets. Il n'y a alors qu'une seule solution pour échanger les octets : l'octet de poids fort devient l'octet de poids faible et réciproquement. Les deux octets échangent leur place.
Pour les nombres de 32 bits, soit 4 octets, il y a plusieurs possibilités. La première inverse l'ordre des octets dans le nombre : on échange l'octet de poids faible et de poids fort, mais on échange aussi les deux octets restant entre eux. Une autre solution découpe l'entier en deux morceaux de 16 bits : l'un avec les deux octets de poids fort, l'autre avec les deux octets de poids faible. Les octets sont inversés dans ces blocs de 16 bitzs, mais on n'effectue pas d'autres échanges. On peut aussi échanger les deux morceaux de 16 bits, mais sans changer l'ordre des octets dans les blocs.
[[File:Instruction de permutation d'octets.png|centre|vignette|upright=2|Instruction de permutation d'octets]]
L'utilité de ces instructions n'est pas évidente au premier abord, mais elle sert beaucoup dans les opérations de conversion de données. Tout cela devrait devenir plus clair dans le chapitre sur le boutisme.
==Les instructions d'accès mémoire==
Les instructions d’accès mémoire permettent de copier ou d'échanger des données entre le processeur et la RAM. On peut ainsi copier le contenu d'un registre en mémoire, charger une donnée de la RAM dans un registre, initialiser un registre à une valeur bien précise, etc. Il en existe plusieurs, les plus connues étant les suivantes : LOAD, STORE et MOV. D'autres processeurs utilisent une instruction d'accès mémoire généraliste, plus complexe.
===Les instructions d'accès à la RAM : LOAD et STORE===
Les instructions LOAD et STORE sont deux instructions qui permettent d'échanger des données entre la mémoire RAM et les registres. Elles copient le contenu d'un registre dans la mémoire, ou au contraire une portion de mémoire RAM dans un registre.
* L''''instruction LOAD''' est une instruction de lecture : elle copie le contenu d'un ou plusieurs mots mémoire consécutifs dans un registre. Le contenu du registre est remplacé par le contenu des mots mémoire de la mémoire RAM.
* L''''instruction STORE''' fait l'inverse : elle copie le contenu d'un registre dans un ou plusieurs mots mémoire consécutifs en mémoire RAM.
{|class="wikitable"
|[[File:Instruction LOAD.png|300px|Instruction LOAD.]]
|[[File:Instruction STORE.png|300px|Instruction STORE.]]
|}
En théorie, une variante de l'instruction STORE peut enregistrer une constante en mémoire RAM. Il est en théorie possible pour une instruction STORE modifiée de stocker la valeur 9 dans l'adresse X, par exemple. La constante est fournie par l'instruction, elle n'est pas stockée dans un registre, mais carrément intégrée à l'instruction. Cela sera plus clair quand nous verrons les modes d'adressage, notamment le mode d'adressage immédiat.
Plus haut dans le chapitre, j'ai dit qu'un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs dédiées, certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Et bien il en est de même pour les instructions LOAD et STORE, qui ont chacune une variante pour les entiers 8, 16, 32, 64 bits.
De telles instructions ne font pas que lire ou écrire des données. Pour comprendre pourquoi, prenons un processeur 64 bits. Il dispose d'un bus de 64 bits, pour lire ou écrire des mots mémoire de 64 bits chacun. Pour des lectures de 8, 16 ou 32 bits, un mot mémoire entier est lu, puis seuls les octets adéquats sont conservés. Par exemple, pour une lecture 32 bits, un mot mémoire de 64 bits est lu, puis une opération de masquage (ET bit à bit) met à zéro le 32 bits inutiles. Ce sont souvent les 32 bits de poids faible ou de poids fort qui sont mis à zéro. Il en est de mêma vec les lectures 16 bits, sauf que les 48 bits inutiles sont alors mis à zéro, idem avec les lectures 8 bits.
Pour les écritures, les choses sont encore plus compliquées. Imaginez que je veuille modifier 32 bits. Les 32 bits à modifier font partie d'un mot mémoire de 64 bits, qui contient les 32 bits utiles, et 32 bits supplémentaires. l'écriture ne doit pas effacer les 32 bits supplémentaires, seulement les 32 bits utiles. Pour cela, le processeur n'a pas le : il doit lire un mot mémoire de 64 bits, modifier le 32 bits utiles, puis réécrire le tout en mémoire RAM. L'écriture demande de faire une lecture, une modification, puis une écriture. Le mot mémoire de 64 bits est copié dans un registre, la modification se fait dans ce registre, vient une opération de masquage complexe, puis l'écriture est effectuée.
===Les instructions de transfert entre registres : MOV et XCHG===
L''''instruction MOV''' copie le contenu d'un registre dans un autre sans passer par la mémoire. C'est donc un échange de données entre registres, qui n'implique en rien la mémoire RAM, mais MOV est quand même considérée comme une instruction d'accès mémoire. Les données sont copiées d'un registre source vers un registre de destination. Le contenu du registre source est conservé, alors que le contenu du registre de destination est écrasé (il est remplacé par la valeur copiée). Cette instruction est utile pour gérer les registres, notamment sur les architectures avec peu de registres et/ou sur les architectures avec des registres spécialisés.
[[File:Instruction MOV.png|centre|300px|Instruction MOV.]]
Mais quelques rares architectures ne disposent pas d'instruction MOV, qui n'est formellement pas nécessaire, même si bien utile. En effet, on peut émuler une instruction MOV avec des instructions logiques utilisées convenablement. L'idée est de faire une opération dont le résultat est l'opérande envoyée, et d'enregistrer le résultat dans le registre de destination. Par exemple, on peut faire un OU entre le registre opérande et 0 : le résultat sera l'opérande. Idem avec un ET et la valeur adéquate. Ou encore, on peut imaginer faire un ET/OU entre un registre et lui-même : le résultat est égal au contenu du registre opérande.
Quelques processeurs assez rares ont des instructions pour échanger le contenu de deux registres. Par exemple, on peut citer l''''instruction XCHG''' sur les processeurs x86 des PC anciens et actuels. Elle permet d'échanger le contenu de deux registres, quel qu'ils soient, il n'y a pas de restrictions sur le registre source et sur le registre de destination. Mais d'autres processeurs ont des restrictions sur les registres source et destination. Par exemple, le processeur Z80 a des instructions d'échanges assez restrictives, comme on le verra dans quelques chapitres.
Sur les processeurs ARM, l'instruction MOV fait partie des instructions qui permettent d'effectuer un décalage sur la seconde opérande. Il s'agit en réalité de décalages/rotations décalées, qui sont fusionnées avec une instruction MOV. L'instruction MOV des processeurs ARM fait soit un MOV normal, soit un décalage.
===L'instruction mémoire généraliste : une alternative à LOAD et STORE===
Sur certains processeurs, il n'y a pas d'instruction LOAD ou STORE, ni même MOV . À la place, on trouve une '''instruction d'accès mémoire généraliste''', qui fusionne les trois. Elle est capable de faire une lecture, une écriture, ou une copie entre registres, et parfois une copie d'une adresse mémoire vers une autre. Les trois premières opérations sont presque toujours supportées, mais la copie d'une adresse mémoire vers une autre est beaucoup plus rare.
Sur les processeurs x86, l'instruction généraliste s'appelle l'instruction MOV. Elle gère la lecture en RAM, l'écriture en RAM, la copie d'un registre vers un autre, l'écriture d'une constante dans un registre ou une adresse. Par contre, elle ne gère pas la copie d'une adresse mémoire vers une autre ; pour un transfert de mémoire à mémoire, il faut utiliser les instructions MOVS* ('''''Mov'''e '''S'''tring'' ; MOVSB : par octets, MOVSW : par mots de 16-bits, ...).
===Les instructions d'accès mémoire complexes===
Nous venons de voir les instructions LOAD, STORE et les transferts entre registres. Elles sont présentes sur tous les processeurs, modernes comme anciens. Mais quelques processeurs gèrent des instructions mémoire plus complexes. Elles ont tendance à effectuer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les '''instructions de copie mémoire''' copient une donnée d'une adresse vers une autre. Les copies en mémoire sont des opérations très fréquentes, il est très fréquent qu'un programme copie un bloc de mémoire dans un autre et beaucoup de programmeurs ont déjà été confronté à un tel cas. Aussi, les processeurs ajoutent des instructions multi-accès pour accélérer ces copies, ce qui fait un bon compromis entre performance et simplicité d'implémentation.
D'autres instructions d'accès mémoire plus complexes existent. Pour en donner un exemple, citons les instructions de transferts par bloc sur les premiers processeurs ARM. Ces instructions permettent de copier plusieurs registres en mémoire RAM, en une seule instruction. Sur l'ARM1, il y a 16 registres en tout. Les instructions de transfert de bloc peuvent sélectionner n'importe quel sous-ensemble de ces 16 registres, pour les copier en mémoire : on peut sélectionner tous les registres, une partie des registres (5 registres sur 16, ou 7, ou 8, ...), voire aucun registre.
D'autres instructions mémoires effectuent des opérations à l'utilité moins évidente. Sur certains processeurs, on trouve notamment des instructions pour vider la mémoire cache de son contenu, pour la réinitialiser. L'utilité ne vous est pas évidente, mais cela peut servir dans certains scénarios, notamment sur les architectures avec plusieurs processeurs pour synchroniser ces derniers. Cela sert aussi pour le système d'exploitation, qui doit remettre à zéro certains caches (comme la TLB qu'on verra dans le chapitre sur la mémoire virtuelle) quand on exécute plusieurs programmes en même temps.
===Les instructions mémoire flottantes===
Plus haut, j'ai parlé du fait que certains processeurs avaient des registres flottants séparés des registres généraux. Mais encore faut-il pouvoir les remplir, ces registres flottants. Et cela implique de charger des opérandes depuis la mémoire RAM à un moment où un autre. Pour lire ou écrire ces registres, le processeur utilise des instructions mémoire séparées, distinctes des instructions LOAD et STORE vues plus haut. Pour faire la différence, ces instructions sont appelées '''FLOAD''' et '''FSTORE'''.
Elles sont séparées des LOAD/STORE normaux pour plusieurs raisons. La première est évidemment que les registres utilisés ne sont pas les mêmes : registres "généraux" pour LOAD/STORE, registres flottants pour FLOAD et FSTORE. La seconde raison est que les nombres flottants et entiers n'ont pas forcément la même taille. Et cela impacte à la fois la taille des registres, mais aussi les transferts mémoire.
Un nombre flottant fait 32 ou 64 bits, suivant qu'on parle d'un flottant simple ou double précision. Sur un processeur 32 bits, les flottants simple précision ont la même taille qu'un entier, les flottant double précision sont deux fois plus gros. Mais sur un processeur 64 bits, c'est l'inverse : les flottants double précision font la même taille qu'un entier, les simples précision sont deux fois plus petits. Et ne parlons pas du cas de certaines architectures 16 bits qui supportent quand même les nombres flottants ! Elles sont très rares, mais elles existent. Pour le moment, concentrons-nous sur les processeurs 32 et 64 bits.
En général, les registres flottants font 64 bits (parfois 80, mais je passe cela sous silence), afin de mémoriser des flottants double précision. Et ce, même sur les processeurs 32 bits. La gestion des nombres flottants est en effet apparue sur les architectures 32 bits et elles supportaient les calculs en double précision dès le départ. Et cette différence entre 32 et 64 bits a posé quelques problèmes. Les registres flottants n'avaient pas la même taille que les registres généraux : 32 pour les registres généraux, 64 pour les registres flottants. Mais ce n'était pas un énorme problème.
Le vrai problème est que les lectures/écritures flottantes faisaient des transferts de 64 bits entre les registres flottants et la mémoire RAM. Or, le bus de données de ces processeurs faisait 32 bits, vu que c'était des architectures 32 bits. Lire/écrire un flottant demandait donc de faire deux accès mémoire consécutifs. Par exemple, lire un flottant depuis la RAM demandait de lire deux morceaux de 32 bits, le flottant était chargé en deux fois. Cette différence fait qu'il est préférable d'utiliser des instructions FSTORE/FLOAD séparées des instructions LOAD/STORE. Leur comportement n'est pas le même : LOAD/STORE lisent un seul mot mémoire, FLOAD/FSTORE en lisent deux pour la double précision.
Un autre détail est qu'il existe des instructions FLOAD et FSTORE spécialisées pour les flottants simple précision. Par exemple, une instruction FLOAD en simple précision ne lit que 32 bits en mémoire, puis le flottant est convertit en double précision 64 bits, avant d'être enregistré dans les registres. Pour l'écriture, c'est l'inverse : un flottant double précision est convertit en simple précision 32 bits, avant d'être écrit en mémoire. Le comportement est alors différent : FLOAD/FSTORE ne lisent/écrivent qu'un seul mot mémoire, de 32 bits, mais doivent faire une conversion entre simple et double précision.
Il faut noter que c'est l'inverse sur les processeurs 64 bits. Là, un flottant double précision peut être lu/écrit en un seul accès mémoire, vu que le bus de données fait 64 bits. Par contre, les flottants simples précision sont gérés un peu autrement. Concrètement, l'instruction FLOAD lit un mot de 64 bits, mais n'en garde que la moitié adéquate. L'instruction d'écriture fait elle plus de traail : elle doit lire un mot de 64 bits, en modifier la moitié, et réécrire le tout en mémoire RAM.
Vu qu'il y a des registres flottants séparés, il y aussi des instructions de copie de registre séparées pour les registres flottants. L'instruction XCHG a son équivalent flottant '''FXCHG''', l'instruction MOV a une '''instruction FMOV''' séparées, etc.
Un autre moyen de remplir un registre flottant est d'obtenir sa valeur depuis un registre général. Attention, je ne parle pas de copier un registre général dans un flottant, ou inversement. Je parle de convertir une opérande entière en un nombre flottant. Et il y a des instructions dédiées pour cela. Par exemple, il y a une instruction prend un registre entier, convertit sa valeur en flottant 64 bits, et écrit le résultat dans un registre flottant. Idem avec la conversion inverse, de flottant vers entier, qui a sa propre instruction dédiée. Et ces deux instructions ont deux variantes, suivant que le flottant soit simple ou double précision. De telles '''instructions de conversion entier-flottant''' ne sont pas à proprement parler des instructions de copie entre registre, ce sont plus un intermédiaire entre copie entre registres et opération de calcul.
==Les instructions de contrôle (branchements et tests)==
Un processeur serait sacrément inflexible s'il ne faisait qu'exécuter des instructions dans l'ordre. Certains processeurs ne savent pas faire autre chose, comme le Harvard Mark I, et il est difficile, voire impossible, de coder certains programmes sur de tels ordinateurs. Mais rassurez-vous : il existe de quoi permettre au processeur de faire des choses plus évoluées. Pour rendre notre ordinateur "plus intelligent", on peut par exemple souhaiter que celui-ci n'exécute une suite d'instructions que si une certaine condition est remplie. Ou faire mieux : on peut demander à notre ordinateur de répéter une suite d'instructions tant qu'une condition bien définie est respectée. Diverses '''structures de contrôle''' de ce type ont donc étés inventées.
Voici les plus utilisées et les plus courantes : ce sont celles qui reviennent de façon récurrente dans un grand nombre de langages de programmation actuels. Concevoir un programme (dans certains langages de programmation), c'est simplement créer une suite d'instructions, et utiliser ces fameuses structures de contrôle pour l'organiser. D'ailleurs, ceux qui savent déjà programmer auront reconnu ces fameuses structures de contrôle. On peut bien sur en inventer d’autres, en spécialisant certaines structures de contrôle à des cas un peu plus particuliers ou en combinant plusieurs de ces structures de contrôles de base, mais cela dépasse le cadre de ce cours : on ne va pas vous apprendre à programmer.
{|class="wikitable"
|-
! Nom de la structure de contrôle
! Description
|-
! SI...ALORS
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée
|-
! SI...ALORS...SINON
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée ou exécute une autre suite d'instructions si elle ne l'est pas.
|-
! Boucle WHILE...DO
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée.
|-
! Boucle DO...WHILE aussi appelée REPEAT UNTIL
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée. La différence, c'est que la boucle DO...WHILE exécute au moins une fois cette suite d'instructions.
|-
! Boucle FOR
| Répète un nombre fixé de fois une suite d'instructions.
|}
Les '''conditions''' à respecter pour qu'une structure de contrôle fasse son office sont généralement très simples.
Elles se calculent le plus souvent en comparant deux opérandes (des adresses, ou des nombres entiers ou à virgule flottante).
Elles correspondent le plus souvent aux comparaisons suivantes :
* A == B (est-ce que A est égal à B ?) ;
* A != B (est-ce que A est différent de B ?) ;
* A > B (est-ce que A est supérieur à B ?) ;
* A < B (est-ce que A est inférieur à B ?) ;
* A >= B (est-ce que A est supérieur ou égal à B ?) ;
* A <= B (est-ce que A est inférieur ou égal à B ?).
Il est également possible de tester si le bit d'un registre ou octet mémoire est à 1 ou 0.
Notamment le registre des indicateurs est testé après une instruction arithmétique (est-ce que le calcul a généré une retenue, ...).
Pour implémenter ces structures de contrôle, on a besoin d'une instruction qui saute en avant ou en arrière dans le programme, suivant le résultat d'une condition. Par exemple, un SI...ALORS zappera une suite d'instruction si une condition n'est pas respectée, ce qui demande de sauter après cette suite d’instruction cas échéant. Répéter une suite d'instruction demande juste de revenir en arrière et de redémarrer l’exécution du programme au début de la suite d'instruction. Nous verrons comment sont implémentées les structures de contrôle plus bas, mais toujours est-il que cela implique de faire des sauts dans le programme. Faire un saut en avant ou en arrière dans le programme est assez simple : il suffit de modifier la valeur stockée dans le ''program counter'', ce qui permet de sauter directement à une instruction et de poursuivre l'exécution à partir de celle-ci. Et un tel saut est réalisé par des instructions spécialisées. Dans ce qui va suivre, nous allons appeler '''instructions de branchement''' les instructions qui sautent à un autre endroit du programme. Ce n'est pas la terminologie la plus adaptée, mais elle conviendra pour les explications.
L'implémentation des structures de contrôle demande donc de calculer une condition, puis de faire un saut. Mais il faut savoir que l'implémentation demande parfois de faire un saut, sans avoir à tester de condition. Dans ce cas, l'instruction qui fait un saut sans faire de test de condition est elle aussi une instruction de branchement. Cela nous amène à faire la différence entre un branchement conditionnel et non-conditionnel. La différence entre les deux est simple. Une instruction de '''branchement conditionnel''' effectue deux opérations : un test qui vérifie si la condition adéquate est respectée, et un saut dans le programme aussi appelé branchement. Une instruction de '''branchement inconditionnelle''' ne teste pas de condition et ne fait qu'un saut dans le programme.
===Les structures de contrôle===
Le IF permet d’exécuter une suite d'instructions si et seulement si une certaine condition est remplie.
[[File:Codage d'un if.. en assembleur.jpg|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS en assembleur.]]
Le IF...ELSE sert à effectuer une suite d'instructions différente selon que la condition est respectée ou non : c'est un SI…ALORS contenant un second cas. Une boucle consiste à répéter une suite d'instructions machine tant qu'une condition est valide (ou fausse).
[[File:Codage d'un IF.ELSE en assembleur.png|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS..SINON en assembleur.]]
Les boucles sont une variante du IF dont le branchement renvoie le processeur sur une instruction précédente. Commençons par la boucle DO…WHILE : la suite d'instructions est exécutée au moins une fois, et est répétée tant qu'une certaine condition est vérifiée. Pour cela, la suite d'instructions à exécuter est placée avant les instructions de test et de branchement, le branchement permettant de répéter la suite d'instructions si la condition est remplie. Si jamais la condition testée est fausse, on passe tout simplement à la suite du programme.
[[File:DO...WHILE.jpg|centre|vignette|upright=2|DO...WHILE.]]
Une boucle WHILE…DO est identique à une boucle DO…WHILE à un détail près : la suite d'instructions de la boucle n'a pas forcément besoin d'être exécutée au moins une fois. On peut donc adapter une boucle DO…WHILE pour en faire une boucle WHILE…DO : il suffit de tester si la boucle doit être exécutée au moins une fois avec un IF, et exécuter une boucle DO…WHILE équivalente si c'est le cas.
[[File:WHILE...DO.png|centre|vignette|upright=2|WHILE...DO.]]
===Les branchements conditionnels et leur implémentation ===
Il existe de nombreuses manières de mettre en œuvre les branchements conditionnels et tous les processeurs ne font pas de la même manière. Sur la plupart des processeurs, les branchements conditionnels sont séparés en deux instructions : une instruction de test qui vérifie si la condition voulue est respectée, et une instruction de saut conditionnelle. D'autres processeurs effectuent le test et le saut en une seule instruction machine.
[[File:Implémentations possibles des branchements conditionnels.png|centre|vignette|upright=3|Implémentations possibles des branchements conditionnels]]
: Plus surprenant, sur quelques rares processeurs, le ''program counter'' est un registre qui peut être modifié comme tous les autres. Cela permet de remplacer les branchements par une simple écriture dans le ''program counter'', avec une instruction MOV. Un bon exemple est le processeur ARM1, un des tout premiers processeur ARM. Cette dernière solution n'est presque jamais utilisée, mais elle reste surprenante !
Dans les faits, la solution la plus simple est clairement d'implémenter le tout avec une seule instruction. Mais beaucoup de processeurs anciens utilisent la première méthode, celle qui sépare le branchement conditionnel en deux instructions. Le branchement prend le résultat de l'instruction de test et décide s'il faut passer à l'instruction suivante ou sauter à une autre adresse. Il faut donc mémoriser le résultat de l'instruction de test dans un registre spécialisé, afin qu'il soit disponible pour l'instruction de branchement. L'usage d'un registre intermédiaire pour mémoriser le résultat de l'instruction de test demande d'ajouter un registre au processeur. De plus, le résultat de l'instruction de test varie grandement suivant le processeur, suivant la manière dont on répartit les responsabilités entre test et branchements.
Il existe, dans les grandes lignes, deux techniques pour séparer test et branchement conditionnel. La première impose une séparation stricte entre calcul de la condition et saut : l'instruction de test calcule la condition, le branchement fait ou non le saut dans le programme suivant le résultat de la condition. On a alors une instruction de test proprement dit, qui vérifie si une condition est valide et fournit un résultat sur 1 bit. Nous appellerons ces dernières des comparaisons, car de telles instruction effectuent réellement une comparaison. La seconde méthode procède autrement, avec un calcul de la condition qui est réalisé en partie par l'instruction de test, en partie par le branchement. Cela peut paraitre surprenant, mais il y a de bonnes raisons à cette séparation peu intuitive. La raison est que l'instruction de test est une soustraction déguisée, qui fournit un résultat de plusieurs bits, qui est ensuite utilisé pour calculer la condition voulue par le branchement. l'instruction de test ne fait pas une comparaison proprement dit, mais leur résultat permet de déterminer le résultat d'une comparaison avec quelques manipulations simples.
====Les instructions de test proprement dit====
Les premières sont réellement des instructions de test, qui effectuent une comparaison et disent si deux nombres sont égaux, différents, lequel est supérieur, inférieur, etc. En clair, elles implémentent directement les comparaisons vues précédemment. Au total, on s'attend à ce que les 6 comparaisons précédentes soient implémentées avec 6 instructions de test différentes : une pour l'égalité, une pour la différence, une autre pour la supériorité stricte, etc. Mais certaines de ces comparaisons sont en deux versions : une qui compare des entiers non-signés, et une autre pour les entiers signés. La raison est que comparer deux nombres entiers ne se fait pas de la même manière selon que les opérandes soient signées ou non. Nous avions vu cela dans le chapitre sur les comparateurs, mais un petit rappel ne fait pas de mal. Pour comparer deux entiers signés, il faut tenir compte de leurs signes, et le circuit utilisé n'est pas le même. Cela a des conséquences au niveau des instructions du processeur, ce qui impose d'avoir des opérations séparées pour les entiers signés et non-signés.
Dans les faits, les processeurs actuels utilisent le complément à deux pour les entiers signés, ce qui fait que les comparaisons d'égalité ou de différence A == B et A != B ne sont présentes qu'en un seul exemplaire. En complément à deux, l'égalité se détermine avec la même règle que pour les entiers non-signés : deux nombres sont égaux s'ils ont la même représentation binaire, ils sont différents sinon. Ce ne serait pas le cas avec les entiers en signe-magnitude ou en complément à un, du fait de la présence de deux zéros : un zéro positif et un zéro négatif. Les circuits de comparaison d'égalité et de différence seraient alors légèrement différents pour les entiers signés ou non. Au total, en complément à deux, on trouve donc 10 comparaisons usuelles, vu que les comparaisons de supériorité/infériorité sont en double.
Le résultat d'une comparaison est un bit, qui dit si la condition testée est vraie ou fausse. Dans la majorité des cas, ce bit vaut 1 si la comparaison est vérifiée, et 0 sinon. Une fois que l'instruction a fait son travail, il reste à stocker son résultat quelque part. Pour cela, le processeur utilise un ou plusieurs '''registres à prédicats''', des registres de 1 bit qui peuvent stocker n'importe quel résultat de comparaison. Une comparaison peut enregistrer son résultat dans n'importe quel registre à prédicats : elle a juste à préciser lequel avec son nom de registre.
Les registres à prédicats sont utiles pour accumuler les résultats de plusieurs comparaisons et les combiner par la suite. Par exemple, cela permet d'émuler une instruction qui teste si A >= B à partir de deux instructions qui calculent respectivement A > B et A == B. Pour cela, certains processeurs incorporent des instructions pour faire des opérations logiques sur les registres à prédicats. Ces opérations permettent de faire un ET, OU, XOR entre deux registres à prédicats et de stocker le résultat dans un registre à prédicat quelconque.
D'autres instructions permettent de lire le résultat d'un registre à prédicat, de calculer une condition, de combiner son résultat avec la valeur lue et d'altérer le registre à prédicat sélectionné. Par exemple, sur l'architecture IA-64, il existe une instruction cmp.eq.or, qui calcule une condition, lit un registre à prédicat fait un OU logique entre le registre lu et le résultat de la condition, et enregistre le tout dans un autre registre à prédicat. De telles instructions facilitent grandement le codage de certaines fonctions, qui demandent que plusieurs conditions soient vérifiées pour exécuter un morceau de code.
====Les instructions de test qui sont des soustractions déguisées====
Le second type d'instruction de test ne calcule pas ces conditions directement, mais elle fournit un résultat de quelques bits qui permet de les calculer avec quelques manipulations simples. Sur ces processeurs, il n'y a qu'une seule instruction de comparaison, qui est une soustraction déguisée. Le résultat de la soustraction n'est pas sauvegardé dans un registre et est simplement perdu. C'est le cas sur certains processeurs ARM ou sur les processeurs x86. Par exemple, un processeur x86 possède une instruction CMP qui n'est qu'une soustraction déguisée dans un opcode différent.
Le résultat de cette soustraction déguisée est un résultat portant sur 4 bits, qui donne des informations sur le résultat de la soustraction. Le premier bit, appelé bit ''null'', indique si le résultat est nul ou non. Le second bit indique le signe du résultat, s'il est positif ou négatif. Enfin, deux autres bits précisent si la soustraction a donné lieu à un débordement d'entier. Il y a deux bits, car on vérifie deux types de débordement : un débordement non-signé (une retenue sortante de l'additionneur), et le débordement signé (débordement en complément à deux). Pour mémoriser le résultat d'une soustraction déguisée, le processeur incorpore un '''registre d'état'''. Le registre d'état stocke des bits qui ont chacun une signification prédéterminée lors de la conception du processeur et il sert à beaucoup de choses. Dans le cas qui nous intéresse, le registre d'état mémorise les résultats de l'instruction de test : les deux bit de débordement, le bit qui précise que le résultat d'une instruction vaut zéro, le bit de retenue pour le bit de signe.
La condition en elle-même est réalisée par le branchement. L'instruction de branchement fait donc deux choses : calculer la condition à partir du registre d'état, et effectuer le saut si la condition est valide. Le calcul des conditions se fait à partir des 4 bits de résultat. Le bit ''null'' permet de savoir si les deux opérandes sont égales ou non : si le résultat d'une soustraction est nul, cela implique que les deux opérandes sont égales. Le bit de signe permet de déterminer si le première opérande est supérieur ou inférieure à la seconde : le résultat de la soustraction est positif si A >= B, négatif sinon. Les bits de débordements permettent de faire la différence entre infériorité stricte ou non. Tout cela sera expliqué plus en détail dans le paragraphe suivant.
[[File:Branchements et tests avec un registre d'état.png|centre|vignette|upright=1.5|Branchements et tests avec un registre d'état]]
La conséquence est qu'il y a autant d'instructions de branchements que de conditions possibles. Aussi, on a une instruction de test, mais environ une dizaine d'instructions de branchements. C'est l'inverse de ce qu'on a avec des instructions de test proprement dites, où on a autant d'instructions de test que de conditions, mais un seul branchement. Un bon exemple est celui des processeurs x86. Le registre d'état des CPU x86 contient 5 bits appelés OF, SF, ZF, CF et PF : ZF indique que le résultat de la soustraction vaut 0, SF indique son signe, CF est le bit de retenue et de débordement non-signé, OF le bit de débordement signé, et PF le bit qui donne la parité du résultat. Il existe plusieurs branchements, certains testant un seul bit du registre d'état, et d'autres une combinaison de plusieurs bits.
{|class="wikitable"
|-
! Instruction de branchement
! Bit du registre d'état testé
! Condition testée si on compare deux nombres A et B avec une instruction de test
|-
! JS (Jump if Sign)
| SF = 1
| Le résultat est négatif
|-
! JNS (Jump if not Sign)
| SF = 0
| Le résultat est positif
|-
! JO (Jump if Overflow)
| OF = 1
| Le calcul arithmétique précédent a généré un débordement signé
|-
! JNO (Jump if Not Overflow)
| OF = 0
| Le calcul arithmétique précédent n'a pas généré de débordement signé
|-
! JNE (Jump if Not equal)
| ZF = 1
| Les deux nombres A et B sont égaux
|-
! JE (Jump if Equal)
| ZF = 0
| Les deux nombres A et B sont différents
|-
! JB (Jump if below)
| CF = 1
| A < B, avec A et B non-signés
|-
! JAE (Jump if Above or Equal)
| CF = 0
| A >= B, avec A et B non-signés
|-
! (JBE) Jump if below or equal
| CF OU ZF = 1
| A >= B si A et B sont non-signés
|-
! JA (Jump if above)
| CF ET ZF = 0
| A > B si A et B sont non-signés
|-
! JL (Jump if less)
| SF != OF
| si A < B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater or Equal)
| SF = OF
| si A >= B, si A et B sont signés
|-
! JLE (Jump if less or equal)
| (SF != OF) OU ZF = 1
| si A <= B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater)
| (SF = OF) ET (NOT ZF) = 1
| si A > B, si A et B sont signés
|}
===Les instructions à prédicat===
Les '''instructions à prédicat''' sont des instructions qui ne font quelque chose que si une condition est respectée, et se comportent comme un NOP (une instruction qui ne fait rien) sinon. Elles lisent le résultat d'une comparaison, dans le registre d'état ou un registre à prédicat, et s’exécutent ou non suivant sa valeur.
En général, les instructions à prédicats sont des instructions en plus des instructions normales, pas à prédicat. L'instruction à prédicat la plus représentative, présente sur de nombreux processeurs, est l'instruction CMOV, qui copie un registre dans un autre si une condition est remplie. Elle permet de faire certaines opérations assez simples, comme calculer la valeur absolue d'un nombre, le maximum de deux nombres, etc.
Pour gérer les instructions à prédicat, les instructions de test s'adaptent sur plusieurs points. Le premier est que les instructions de test préfèrent utiliser des registres à prédicats, au lieu d'un registre d'état. Une des raisons à cela est la suivante : avec des registres à prédicats, on peut ajouter des instructions pour faire un ET/OU/XOR entre registres à prédicats, ce qui permet de tester des combinaisons de conditions sans faire appel au moindre branchement. Et ces conditions complexes ne sont pas rares, ce qui rend l'usage de registres à prédicats très utiles avec les instructions à prédicats.
Une autre adaptation est que les instructions de test tendent à fournir deux résultats : le résultat de la condition, et le résultat de la condition inverse. Ils sont fournis dans deux registres à prédicats distincts. Faire ainsi facilite grandement l'implémentation des structures de contrôle SI...ALORS simples. Pour rappel, elles ont deux morceaux de code : un qui s’exécute si une condition est remplie, l'autre si la condition inverse est remplie. Avec ce système, les instructions du premier et du second morceau de code testerons deux bits distincts.
L'usage d'instructions à prédicat séparées des autres instructions porte le nom de '''prédication partielle'''. C'est de loin l'implémentation la plus courante. Mais sur certains processeurs, assez rares, toutes les instructions sont des instructions à prédicat : on parle de '''prédication totale'''. Les anciens processeurs ARM 32 bits étaient dans ce cas, par exemple.
Cela peut paraitre étrange, vu que certaines instructions ne sont pas dans une structure de contrôle et doivent toujours s’exécuter, peu importe les conditions testées avant. Mais rassurez-vous, sur les processeurs à prédication totale, il y a toujours un moyen pour spécifier que certaines instructions doivent toujours s’exécuter, de manière inconditionnelle. Par exemple, sur les processeurs d'architecture HP IA-64, un des registre à prédicat, le tout premier, contient la valeur 1 et ne peut pas être modifié. Si on veut une instruction inconditionnelle, il suffit qu'elle précise que le registre à prédicat à lire est ce registre.
: Les processeurs avec un registre d'état n'ont généralement que de la prédication partielle, le plus souvent limitée à une seule instruction CMOV. Alors que qui dit prédication totale dit systématiquement registres à prédicats.
Les processeurs ARM disposent d'une prédication totale, du moins pour le jeu d'instruction ARM 32 bits. Mais il supportent une second jeu d’instruction optionnel, le ''thumb'', qui est plus compact. Au lieu d'encoder ses instructions sur 32-64 bits, ses instructions font seulement 16 bits. Et pour compacter ce jeu d'instruction, la prédication totale a été supprimée. À la place, ''thumb'' incorpore une '''instruction IT''', qui active l’exécution conditionnelle des instructions suivantes.
L'instruction teste une condition et calcule un prédicat, qui est ensuite utilisé pour décider de l'exécution des instructions suivantes. L'exécution conditionnelle marche jusqu'à 4 instructions consécutives. Le nombre exact est configurable et va de 1 à 4 instructions consécutives après l'instruction IT. La condition est configurable pour les 1 à 4 instructions : chaque instruction peut s'exécuter si la condition est vraie, ou au contraire fausse. Un masque de 4 bits décide de quelle condition utiliser pour chaque instruction. Il y a un bit par instruction, qui vaut 1 si la condition doit être vérifiée, 0 si on veut la condition inverse.
===L'instruction SKIP===
L''''instruction SKIP''' permet de zapper l'instruction suivante si une condition testée est fausse. Il en existe deux versions. La première est fusionnée avec l'instruction de test. La condition est calculée par l'instruction SKIP, qui décide s'il faut sauter l'instruction suivante. Dans un autre cas, l'instruction SKIP est précédée d'une instruction de test, récupère son résultat dans un registre de prédicat ou dans le registre d'état, et effectue le saut. On peut la voir comme une forme particulière de branchement conditionnel, qui brancherait deux instructions plus loin.
Son utilité n'est pas évidente, mais on peut classer ses utilisations en trois catégories. La première permet d'émuler une instruction de branchement conditionnel en combinant une instruction SKIP avec un branchement inconditionnel. Le branchement inconditionnel est skippé si la condition est remplie/fausse, mais éxecuté dans le cas contraire : c'est le comportement d'un branchement conditionnel. Une autre utilisation permet d'émuler une instruction à prédicat en faisant précéder une instruction normale par une instruction SKIP. Enfin, elles servent à implémenter des structures de controle IF à condition que le code du IF se résume à une vulgaire instruction. C'est assez rare, mais certains calculs comme la valeur absolue ou le calcul du minimum peuvent se calculer ainsi.
[[File:Skip instruction.png|centre|vignette|upright=3|Skip instruction]]
Vous pourriez imaginer des versions améliorées de l'instruction, qui permettent de zapper plusieurs instructions, mais de telles instructions ne sont autres que des instructions de branchement conditionnelles spécifiques, comme nous le verrons dans le chapitre sur les modes d'adressage.
==Les méta-instructions REPEAT et EXECUTE==
Enfin, il faut aussi citer les '''méta-instructions''', des instructions qui agissent sur l’exécution d'autres instructions. Il en existe deux : REPEAT et EXECUTE. Elles servent techniquement à manipuler le flot de contrôle d'un programme, et ont quelques ressemblances avec les branchements ou les boucles. Elles sont extrêmement rares et on ne les trouve que sur des anciens processeurs (généralement micro-codés), ou sur certaines processeurs spécialisés dans le traitement de signal appelés des DSP, qui feront l'objet d'un chapitre à eux seuls.
===L’instruction REPEAT et le ''Zero-overhead looping''===
La première est la '''méta-instruction REPEAT''', qui permet de simplifier l'implémentation des boucles. Dans sa version la plus simple, elle fait en sorte que l'instruction qui la suit soit répétée plusieurs fois. Le nombre de répétition est soit un nombre fixe, toujours le même, soit l'instruction se répète tant qu'une condition n'est pas remplie. Les deux situations ne se rencontrent pas sur les mêmes processeurs. Par exemple, l'UNIVAC 1103 possède une instruction REPEAT très simple, qui répète l'instruction cible un nombre fixe de fois, mais ne gère pas les conditions.
Le GE-600/Honeywell 6000 series incorpore trois instructions REPEAT de ce type. La première répète l'instruction suivante soit un nombre fixe de fois, soit quand une condition est remplie. La seconde répète les deux instructions suivantes, l'une après l'autre. Enfin, la dernière répète l'instruction suivante jusqu'à : soit qu'une condition soit remplie, soit qu'une adresse bien précise soit atteinte. Elle servait sans doute à implémenter le parcours d'une liste chainée pour trouver un item bien précis.
Une version améliorée de l'instruction REPEAT permet de répéter un bloc de plusieurs instructions, ce qui permet d'implémenter une boucle en une seule instruction. Elles sont fréquentes sur certains processeurs de traitement de signal, qui doivent exécuter en permanence de petites boucles. Typiquement, elles permettent d'implémenter des boucles FOR dont le nombre d’exécution est fixe. La répétition de la boucle est contrôlée par un registre de boucle, qui mémorise le nombre de répétitions, et qui est décrémenté à chaque itération, sans avoir à utiliser d'instruction d'incrémentation/décrémentation.
Une variante précise deux adresses, qui délimitent les instructions de la boucle : une adresse pour le début de la boucle, une adresse pour la fin. L'implémentation hardware est alors assez simple : quand le ''program counter'' atteint l'adresse de fin, il est réinitialisé à l'adresse de début. La gestion du ''program counter'' se fait alors sans utiliser d'instructions de branchement. les deux registres sont initialisés avec une isntruction LOPP, spécialement dédiée pour cela.
Les deux techniques précédentes permettent d'implémenter des boucles sans utiliser de branchements, ou presque. Elles rendent l'exécution des boucles tellement rapides qu'elles portent le nom de '''''Zero-overhead looping'''''.
: Les instructions REP mentionnées plus haut, ne sont PAS des exemples d'instruction REPEAT. Le préfixe REP des processeurs x86 est une instruction qui se répète elle-même. Mais l'instruction REPEAT force la répétition de l'instruction suivante ! Elle agit sur une autre instruction, d'où son caractère de méta-instruction.
===L'instruction EXECUTE===
La '''méta-instruction EXECUTE''' fournit l'adresse d'une instruction cible, qui est exécutée en lieu et place de l'instruction EXECUTE. Quand le processeur exécute l'instruction EXECUTE, il prend l'adresse cible, charge l'instruction dans l'adresse cible, et l’exécute à la place de l'instruction EXECUTE. Il est possible de comprendre l'instruction EXECUTE comme un branchement spécial. Tout se passe comme si l'instruction EXECUTE effectuait un branchement vers l'instruction cible, mais que le processeur ne poursuivait pas l’exécution à la suite de l’instruction cible, et revenait à la suite de l'instruction cible.
Il y a souvent des contraintes sur l'instruction cible, qui est pointée par l'adresse cible. Généralement, il n'est pas possible que l'instruction cible soit elle-même une autre instruction EXECUTE. De même, beaucoup de processeurs interdisent que l’instruction cible soit un branchement. Mais d'autres processeurs n'ont pas ces contraintes et autorisent à utiliser des branchements pour l'instruction cible.
L'utilité d'une telle instruction est tout sauf évidente. Elle servait pourtant à beaucoup de choses sur les processeurs où elle était implémentée. Précisons qu'elle était surtout présente sur des vieux ordinateurs, dans les années 50-60, et quelques processeurs des années 70. Elle a disparu dès les années 80 et n'est présentée que par souci d'exhaustivité et intérêt historique pour les curieux. Cette précision permet de comprendre que cette instruction servait pour résoudre des problèmes qui sont actuellement résolus autrement.
L'adresse cible peut être soit intégrée dans l'instruction, soit dans un registre. Dans le second cas, l'adresse peut être incrémentée ou modifiée afin que l'instruction EXECUTE change de cible à chaque exécution. Tout se passe comme si le registre contenant l'adresse cible servait à émuler un ''program counter''. En mettant une instruction EXECUTE dans une boucle et en complétant le tout avec du code annexe, on peut exécuter du code extérieur sans modifier le véritable ''program counter''. L'utilité est de faciliter l'implémentation des logiciels debuggers, des émulateurs, ou d'autres programmes dans le même genre.
Les autres utilisations sont assez nombreuses, mais aussi difficiles à expliquer pour qui n'a pas de connaissances poussées en programmation. La première utilité est l'implémentation de certaines fonctionnalités des langages de programmation évolués, à savoir le ''late binding'', les fonctions virtuelles, et quelques autres. Elle facilite aussi l'implémentation des compilateurs à la volée, en permettant d’exécuter du code produit à volée sans faire tiquer les mécanismes de protection mémoire implémentés dans le processeur. Elle permet d'émuler du code automodifiant pour les logiciels qui gagnaient autrefois à l'utiliser. Et il y en a d'autres.
==Les instructions d'arrêt et de mise en veille==
Les processeurs gèrent souvent des '''instructions de mise en veille''' le processeur. Une fois mis en veille, le processeur ne peut être réveillé que si un signal de sortie de veille survient. Les signaux de sortie de veille sont envoyés par les périphériques, les entrées-sorties, le ''chipset'' de la carte mère, etc. Ils sont rarement mis totalement en veille, ce qui leur permet de générer ce signal de sortie si nécessaire. Le processeur attend alors qu'un périphérique lui envoie un signal de sortie de veille, mais ne fait rien en attendant. De telles instructions ne sont exécutables qu'en mode noyau, par le système d'exploitation.
: Le signal de sortie de veille est techniquement une interruption matérielle, comme on le verra plus tard.
Il existe aussi des '''instructions d'arrêt''', qui éteignent le processeur complétement. Le processeur peut redémarrer, mais pas reprendre là où il en était. Pour redémarrer, il faut qu'il reçoive un signal RESET, envoyé sur une entrée du processeur. Lorsque l'entrée RESET du processeur est mise à 1, le processeur redémarre. Typiquement, l'alimentation du processeur est suspendue.
===Les exemples sur les processeurs les plus connus===
Sur les processeurs ARM, les instructions WFI et WFE sont utiles pour les systèmes embarqués, pour mettre le processeur en mode basse consommation. Lorsqu'une instruction de ce type est exécutée, le processeur continue d'être alimenté, mais il ne tient pas compte du signal d'horloge. Le signal d'horloge est clock gaté dès l'entrée dans le CPU. La différence entre les deux instructions est que WFI s'exécute inconditionnellement, alors que WFE ne s’exécute que un registre spécifique, le registre d'évènement, est à 0.
Sur les processeurs Motorola 6502 et ses dérivés, l'instruction WAI est une instruction de mise en veille, alors que l'instruction STP éteint l'ordinateur. La différence est qu'avec l'instruction STP, le processeur ne réagit qu'au signal RESET, qui fait redémarrer le processeur, mais ne réagit pas aux signaux de sortie de veille. L'exécution du processeur ne reprend alors pas là où le processeur s'est arrêté, le ''program counter'' est réinitialisé.
Sur les CPU x86 avant le 486, l'instruction HLT ne mettait pas le processeur en mode basse consommation. Aucune technique n'était prévue pour réduire la consommation du processeur pendant la veille. Le 8086 se contentait de se déconnecter du bus et n'incrémentait pas son ''program counter''. Au passage, l'implémentation exacte au niveau des circuits de l'instruction HLT sur le 8086 est détaillée dans cet article de blog :
* [https://www.righto.com/2023/01/reverse-engineering-intel-8086.html Reverse-engineering the Intel 8086 processor's HALT circuits]
C'est avec le 486 que la mise en veille s'est accompagnée d'une extinction partielle du processeur. Le processeur passait en mode basse consommation, ce qui permettait des économies d'énergie de 5 à 10%. Cependant, les premiers CPU sortis d'usine avaient un bug : le CPU stoppé via l'instruction HLT ne pouvait pas redémarrer de manière logicielle, il fallait lui envoyer le signal de RESET directement via le matériel.
{|class="wikitable"
|-
! x86
| HLT (HALT)
|-
! ARM
|
* WFI (Wait For Interrupt)
* WFE (Wait For Event).
|-
! Motorola 6502 et plus
|
* WAI (WAit for Interrupt)
* STP (SToP)
|}
===Les instructions ''Halt And Catch Fire''===
Le bug n'est pas spécifique aux processeurs 486, de nombreux CPU ont des instructions non-documentées qui bloquent l'ordinateur, si exécutées. Le processeur ne peut alors pas sortir de la mise en veille et soit s'arrête, soit doit être RESET. Les instructions ne sont souvent pas voulues par les concepteurs et sont souvent des bugs. De telles instructions illégales devraient lever une exception matérielle "instruction non reconnue", mais ne le font pas en raison d'un bug quelconque. Elles sont appelées, non sans humour, des '''instructions ''Halt And Catch Fire''''' (stoppe et prend feu).
Un exemple classique est celle du bug du Pentium F00F. Le responsable est une instruction non-documentée, encodée en binaire comme suit F0 0F C7 C8. Il s'agit d'une instruction dont l'encodage est invalide. Elle correspond à une instruction cmpxchg8b qui agit sur une valeur 64 bits obtenue en concaténant les deux registres (EAX et EDX). Elle compare cette valeur 64 bits avec une donnée en mémoire RAM. Mais avec l'encodage F0 0F C7 C8, l'adresse mémoire est remplacée par un nom de registre, du fait de l'encodage des modes d'adressage sur ce CPU. En théorie, le processeur devrait lever une exception matérielle ''opcode invalide''. Seulement, l'instruction est associée à un préfixe LOCK, qu'on ne détaillera pas ici, qui empêche la levée de l'exception.
Elle agissait comme une instruction ''Halt And Catch Fire'' classique. Un problème est que cette instruction n'était pas une instruction en mode noyau, mais une instruction accessible en espace utilisateur. N'importe quel programme invalide, voire un programme malicieux, pouvait bloquer l'ordinateur. La situation a été prise an sérieux, les systèmes d'exploitation fournissant des mitigations logicielles. Intel corrigea le problème, dans une seconde fournée sortie d'usine, avec la version B2 du 486.
==Résumé==
Pour résumer, les instructions les plus courantes sont les suivantes :
{|class="wikitable"
|-
!Instruction
!Utilité
|-
!Instructions arithmétiques
|Elles font des calculs sur des nombres. Les plus communes sont l'addition, la soustraction, la multiplication, la division, le modulo. Pour les instructions flottantes, la racine carrée est souvent supportée, parfois avec les opérations trigonométriques, les logarithmes et l'exponentielle.
|-
!Instructions logiques
|Elles travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les plus communes sont ;
* Les opérations bit à bit, à savoir le ET logique, le OU logique, le OU exclusif (XOR) et le NON logique.
* Les instructions de décalage à droite et à gauche, qui vont décaler tous les bits d'un nombre d'un cran vers la gauche ou la droite. Les bits qui sortent du nombre sont considérés comme perdus.
* Les instructions de rotation, qui font la même chose que les instructions de décalage, à la différence près que les bits qui "sortent d'un côté du nombre" après le décalage rentrent de l'autre.
|-
!Instructions de test et de contrôle (branchements)
|Elles permettent de contrôler la façon dont notre programme s’exécute sur notre ordinateur. Elles permettent notamment de choisir la prochaine instruction à exécuter, histoire de répéter des suites d'instructions, de ne pas exécuter des blocs d'instructions dans certains cas, et bien d'autres choses.
|-
!Instructions d’accès mémoire
|Elles permettent d'échanger des données entre le processeur et la mémoire, ou encore permettent de gérer la mémoire et son adressage. Les deux les plus courantes sont les suivantes :
* LOAD : charge une donnée dans un registre ;
* STORE : copie le contenu d'un registre dans une adresse mémoire.
|}
En plus de ces instructions, beaucoup de processeurs ajoutent d'autres instructions. La plupart sont utilisées par le système d'exploitation pour configurer certaines fonctionnalités importante : la protection mémoire, la mémoire virtuelle, les modes de compatibilité du processeur, la gestion de l'alimentation, l'arrêt ou la mise en veille, etc.
On peut aussi trouver des instructions spécialisées dans les calculs cryptographiques : certaines instructions permettent de chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe. De même, certains processeurs ont une instruction permettant de générer des nombres aléatoires. Et on peut trouver bien d'autres exemples...
Mais d'autres sont franchement exotiques. Par exemple, certains processeurs sont capables d'effectuer des instructions sur du texte directement. Pour stocker du texte, la technique la plus simple utilise une suite de lettres, stockées les unes à la suite des autres dans la mémoire, dans l'ordre dans lesquelles elles sont placées dans le texte. Quelques ordinateurs disposent d'instructions pour traiter ces suites de lettres. D'ailleurs, n'importe quel PC x86 actuel dispose de telles instructions, bien qu'elles ne soient pas utilisées car paradoxalement trop lente comparé aux solutions logicielles ! Cela peut paraître surprenant, mais il y a une explication assez simple qui sera compréhensible dans quelques chapitres (les instructions en question sont microcodées).
<noinclude>
{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les mémoires FIFO et LIFO
| prevText=Les mémoires FIFO et LIFO
| next=Les registres du processeur
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Mewtow
31375
/* Les instructions de multiplication entière */ Déplacement paragraphe dans le chaputre sur les registres.
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wikitext
text/x-wiki
Ce chapitre va aborder le langage machine, à savoir un standard qui définit les instructions du processeur, le nombre de registres, etc.
Dans ce chapitre, on considérera que le processeur est une boîte noire au fonctionnement interne inconnu.
Nous verrons le fonctionnement interne d'un processeur dans quelques chapitres.
Les concepts que nous allons aborder ne sont rien d'autre que les bases nécessaires pour apprendre l'assembleur.
Nous allons surtout parler des instructions du processeur.
Pour simplifier, on peut classer les instructions en quatre grands types :
* les échanges de données entre mémoires ;
* les calculs et autres opérations arithmétiques ;
* les instructions de comparaison ;
* les instructions de branchement.
À côté de ceux-ci, on peut trouver d'autres types d'instructions plus exotiques, pour gérer du texte, pour modifier la consommation en électricité de l'ordinateur, pour chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe, générer des nombres aléatoires, etc. Dans ce chapitre, nous allons voir un aperçu assez large des instructions qui existent. Nous n'allons pas nous limiter aux instructions les plus importantes, mais nous allons aussi parler d'instructions assez exotiques, soit présentes uniquement sur d'anciens ordinateurs, soit très rares, soit franchement tordues. Et certaines de ces instructions exotiques sont assez impressionnantes et risquent de vous surprendre !
==Les instructions entières==
Les '''instructions arithmétiques''' sont les plus courantes et comprennent au minimum l'addition, la soustraction, la multiplication, plus rarement la division. Précisons qu'une opération mathématique ne se fait pas de la même manière suivant la représentation utilisée pour coder ces nombres : on ne manipule pas de la même façon des nombres entiers binaires, des entiers codés en BCD et des nombres flottants. Aussi, dans ce qui va suivre, nous allons séparer les opérations entières, les opérations flottantes et les opérations en BCD.
Les processeurs modernes utilisent des nombres encodés soit en binaire normal, soit en complément à deux. L'avantage est que les opérations arithmétiques se font de la même manière dans les deux encodages. Il y a quelques différences, mais elles sont suffisamment mineures, pas besoin d'avoir une instruction dédiée pour les nombres signés. Les anciens processeurs utilisaient eux des entiers signés en signe-magnitude ou en complément à 1, ou d'autres représentations. Et avec ces représentations, les calculs ne sont pas exactement les mêmes pour les nombres signés et non-signés. Ils avaient donc des instructions séparées pour l'addition signée et l'addition non-signée, idem pour la soustraction, la multiplication, etc.
De nos jours, les ordinateurs utilisent des entiers de taille fixe, qui tiennent dans un registre. J'ai dit qui tiennent dans un registre, car la taille des opérandes dépend de l'instruction. Un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs pour chaque taille : certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Mais la taille d'une opérande ne dépasse pas la taille d'un registre entier.
===La ou les instructions d'addition entière===
Un processeur implémente au minimum une opération d'addition, même s'il existe de rares exemples de processeurs qui s'en passent. Mieux : certains processeurs implémentent plusieurs instructions d'addition, qui se distinguent par de subtiles différences.
La première est évidemment la '''taille des opérandes'''. Un processeur 32 bits peut par exemple implémenter trois additions différentes : une addition 32 bits qui additionne deux opérandes 32 bits : une addition 16 bits qui additionne deux doublets (16 bits), et une addition 8 bits qui additionne deux octets. Précisons cependant que c'est une possibilité et que ca n'a rien d'automatique. De nombreux processeurs ne fournissent que des additions sur des opérandes 32 bits, et rien d'autre,les autres taille d'opérandes ne sont pas supportées. Mais on peut toujours émuler des opérations sur 8 ou 16 bits avec des opérations de masquage.
La seconde différence est la '''gestion des débordements d'entier'''. Pour gérer les débordements d'entier, certains processeurs disposent d'un '''registre de débordement''', de 1 bit, qui indique si une instruction arithmétique a généré un débordement d'entier ou non. Il est mis à 1 en cas de débordement, mais reste à 0 sinon. Il est mis à jour à chaque addition/multiplication/soustraction.
Pour rappel, les débordements d'entiers sont différents selon que l'addition est signée ou non, et il faut en tenir compte au niveau du jeu d'instruction. La solution la plus simple est l'existence de deux instructions dédiées : une pour les additions de nombres signés et une autre pour les nombres non-signés. Le circuit additionneur est le même pour ces deux instruction, mais le calcul du bit de débordement est différent. D'autres processeurs s'en sortent autrement, en ayant deux bits de débordement : un si le résultat est signé, l'autre pour les résultats non-signés. Mais nous reparlerons de cela plus tard.
Une autre différence, présente sur les vieux processeurs, tient dans la '''gestion de la retenue''. À l'époque, les processeurs ne pouvaient gérer que des nombres de 4 à 8 bits, guère plus. Pourtant, la plupart des applications logicielles demandait d'utiliser des entiers de 16 bits. Les opérations comme l'addition ou la soustraction étaient alors réalisées en plusieurs fois. Par exemple, on additionnait les 8 bits de poids faible, puis les 8 bits de poids fort. Dans un cas pareil, il fallait aussi gérer la retenue dans l'addition des 8 bits de poids fort.
Pour cela, la retenue en question était mémorisée dans un registre de 1 bit dédié, semblable au registre de débordement, appelé le '''bit de retenue'''. De plus, les processeurs incorporaient une instruction d'addition qui additionnait les deux opérandes avec la retenue en question, instruction souvent appelée ADDC (''ADD with Carry''). Niveau circuits, cela ne changeait pas grand chose, tous les additionneurs ayant une entrée pour la retenue (qui est utilisée pour implémenter la soustraction, rappelez-vous). L'implémentation de l'instruction ADDC était très simple, n'utilisait presque pas de circuits, et rendait de fiers services aux programmeurs de l'époque. Nous parlons là des vieux processeurs 4 et 8, mais certains processeurs 16, 32, voire 64 bits, sont capables d'effectuer ce genre d'opération, même si ils sont rares.
: Il existe parfois des instructions pour mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. C'est le cas sur l'architecture x86. Mais son utilité est marginale, car toutes les instructions arithmétiques modifient le bit de retenue.
La même chose a lieu pour la soustraction, qui demande qu'une "retenue" soit propagée d'une colonne à l'autre (bien que la "retenue" soit utilisée différemment : elle n'est pas additionnée, mais soustraite du résultat de la colonne). Pour cela, les processeurs implémentent l'opération SUBC (''Substract with Carry''). Et pour mettre en œuvre cette opération, ils ont deux options. La première est d'ajouter un bit pour la "retenue" de la soustraction. Pour une soustraction qui calcule a-b, elle vaut 0 si a>=b et 1 si a<b. Elle est utilisée telle qu'elle par le circuit qui effectue la soustraction, généralement un soustracteur. L'autre option est d'utiliser le but de retenue de l'addition, sans rien modifier. Pour comprendre pourquoi, rappelons que la soustraction est implémentée en complément à deux par le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + 1</math>
Il s'agit d'une addition, qui a donc une retenue lors d'un débordement. On peut alors réutiliser le bit de retenue de l'addition pour la soustraction, en modifiant quelque peu la soustraction à effectuer. Pour comprendre comment faire la modification, précisons tout d'abord que les règles du complément à deux nous disent qu'on a un débordement quand a>=b. Passons maintenant à l'étude d'un exemple théorique : le cas où on veut soustraire deux nombres de 16 bits avec deux opérations SUBC qui travaillent sur 8 bits. Appelons les deux opérandes A et B, <math>a_h</math> et <math>b_h</math> les 8 bits de poids forts de ces opérandes, et <math>a_l</math> et <math>b_l</math> leurs 8 bits de poids faible. Voyons ce qui se passe suivant que la retenue soit de 0 ou 1.
* Si la retenue de l'addition est de 1, on a <math>a_l \geq b_l</math>, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>.
* À l'inverse, si la retenue de l'addition est de 0, on a <math>a_l \leq b_l</math>. Cela veut dire que si on posait la soustraction, alors une retenue devrait être propagée à la colonne suivante, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1 - \text{retenue de 1}</math>.
Récapitulons dans un tableau.
{|class="wikitable"
|-
! Retenue
! Opération à effectuer pour la seconde soustraction
|-
! 0
| <math>a_h + \overline{b_h} + 0</math>
|-
! 1
| <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>
|}
On voit que ce qu'il faut ajouter à <math>a_h + \overline{b_h}</math> est égal à la retenue. L'opération SUBC fait donc le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + \text{retenue}</math>
La plupart des processeurs 8 et 16 bits avaient deux instructions de soustraction séparées : une sans gestion de la retenue, une avec. Mais certains processeurs comme le 6502 n'avaient qu'une seule instruction de soustraction : celle qui tient compte de la retenue ! Il n'y avait pas de soustraction normale. Pour éviter tout problème, les programmeurs devaient faire attention. Ils disposaient d'une instruction mettre à 0 ou à 1 le bit de retenue pour éviter tout problème, qu'ils utilisaient avant toute soustraction simple.
===Les instructions de division entière===
Il faut savoir que la division est une opération très lourde pour le processeur : une instruction de division dédiée met au mieux une dizaine de cycles d'horloge pour fournir un résultat, parfois plus de 50 à 70 cycles d’horloge. Et elle est facilement 10 à 50 fois plus lente qu'une opération de multiplication. De plus, son implémentation matérielle utilise beaucoup de portes logiques/transistors. Son cout globalement le même que pour un circuit multiplieur, parfois un peu plus. Mais on a de la chance : c'est aussi une opération assez rare, peu utilisée.
De plus, les divisions les plus courantes sont des divisions par une constante : un programme devant manipuler des nombres décimaux aura tendance à effectuer des divisions par 10, un programme manipulant des durées pourra faire des divisions par 60 (gestion des minutes/secondes) ou 24 (gestion des heures). Or, diverses astuces permettent de les remplacer par des suites d'instructions plus simples, qui donnent le même résultat (l'usage de décalages, la multiplication par un entier réciproque, etc). Et la suite d'instruction équivalent est beaucoup plus rapide qu'une implémentation matérielle, car on profite qu'une opérande est constante. En-dehors de ce cas, l'usage des divisions est assez rare.
Sachant cela, certains processeurs ne possèdent pas d'instruction de division, car les gains de performance seraient modérés et le coût en transistors élevé. Les divisions sont alors émulées en logiciel, par une suite de soustractions ou tout autre code équivalent. D'autres processeurs implémentent toutefois la division dans une instruction machine, avec un circuit dédié, mais c'est signe que le coût en transistors n'est pas un problème pour le concepteur de la puce.
===Les instructions de multiplication entière===
Contrairement à la division, l'opération de multiplication entière est très courante, presque tous les processeurs modernes en ont une. Les multiplications sont plus fréquentes dans le code des programmes, sans compter que c'est une opération pas trop lourde à implémenter en circuit. Il en existe parfois plusieurs versions sur un même processeur. Ces différentes versions servent à résoudre un problème quant à la taille du résultat d'une multiplication.
Le résultat d'une multiplication est très large et prend deux registres. Par exemple, une multiplication de deux opérandes 64 bits donne un résultat sur 128 bits, ce qui ne tient pas dans un registre, mais en prend deux. Et en général, la multiplication de deux opérandes de <math>n</math> bits donne un résultat de <math>2 \times n</math>, soit deux fois plus de bits. Le résultat complet ne tient pas dans un registre, il en prend exactement deux. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions.
Dans sa version la plus simple, l'instruction de multiplication se contente de garder les <math>n</math> bits de poids faible. Tous les processeurs qui supportent la multiplication ont une '''instruction MUL''' qui ne calcule que les bits de poids faible du résultat, dont le résultat est enregistré dans un seul registre. L'instruction peut générer des débordements d'entiers, si le résultat déborde dans les bits de poids fort.
Pour obtenir le résultat complet, le reste du processeur. Beaucoup de processeurs supportent juste l'instruction MUL, et ne permettent pas de calculer les bits de poids fort du résultat. Mais d'autres le permettent, avec des instructions spécialisées. Le processeur ajoute des instructions de multiplication, séparées de l'instruction MUL, qui permettent d'obtenir le résultat complet, directement ou indirectement. Le problème à résoudre est que le résultat prend deux registres. Globalement, il y a deux grandes solutions.
La première rajoute une '''instruction MULH''', pour calculer les bits de poids fort du résultat. Le processeur a donc deux instructions de multiplication : l'instruction MUL qui calcule les bits de poids faible du résultat, l'instruction MULH qui calcule les bits de poids fort. D'autres processeurs disposent d'une instruction de multiplication configurable, qui permet de choisir quels bits conserver : poids fort ou poids faible. Le calcul du résultat complet est donc fait en deux instructions, chacune n'écrivant son résultat que dans un seul registre.
La seconde rajoute une '''instruction MULX''' ou ''FULL MUL'', qui calcule les tout le résultat en une seule opération, et qui mémorisent le résultat dans deux registres. C'est plus rare, mais possible. Le défaut est que l'instruction doit préciser les deux registres dans lesquels enregistrer le résultat. Elle doit préciser le registre pour les bits de poids faible, un autre pour les bits de poids fort. Et préciser deux registres de résultat, pus deux registre d'opérande, c'est compliqué : les quatre registres prennent trop de place dans l'instruction, comme on le verra dans le chapitre sur l'encodage des instructions.
==Les instructions sur les entiers BCD==
Parlons maintenant des '''instructions BCD''', qui agissent sur des opérandes codées en BCD. Devenues très rares avec la disparition du BCD dans l'informatique grand-public, elles étaient quasiment essentielles sur les tous premiers processeurs 8 bits.
===Les ordinateurs décimaux===
Au tout début de l'informatique, il a existé des processeurs qui travaillaient uniquement en BCD, appelés des '''processeurs décimaux'''. Ils avaient uniquement des instructions BCD, pas d'instruction sur des opérandes codées en binaire. Ils étaient assez courants entre les années 60 et 70, même s'ils ne représentent pas la majorité des architectures de l'époque. Il y avait une vraie séparation entre processeurs décimaux et processeurs binaires, sans intermédiaires notables.
Les tous premiers ordinateurs décimaux pouvaient manipuler des entiers BCD de taille arbitraire. Ils stockaient leurs nombres dans des chaines de caractères ou des tableaux encodés en BCD. Le processeur faisait les calculs chiffre par chiffre, caractère BCD par caractère BCD. Les ordinateur décimaux qui ont abandonné ce fonctionnement. À la place, ils ont intégré des registres capables de mémoriser des entiers BCD de taille fixe.
Le grand avantage des processeurs décimaux est leur très bonne performance dans les tâches de bureautique, de comptabilité, et autres. Les processeurs de l'époque recevaient des entiers codés en BCD de la part des entrées-sorties, et devaient les traiter. Les processeurs binaires devaient faire des conversion BCD-binaire pour communiquer avec les entrées-sorties, mais pas les processeurs décimaux. Le gain en performance pouvait être substantiel dans certaines applications.
===Les instructions BCD des processeurs binaires===
Par la suite, dans les années 80, l'augmentation des performances a favorisé les processeurs binaires. Faire des conversions binaires-BCD n'était plus un problème, les conversions étaient suffisamment rapides. Par contre, faire les calculs en BCD était plus lent que faire les calculs en binaire, ce qui fait que le compromis technologique de l'époque favorisaient le binaire. Mais pour obtenir le meilleur des deux mondes, les processeurs binaires ont ajouté un support du BCD. C'était l'époque des architectures 8 bits, puis 16 bits.
Intuitivement, on se dit que, les processeurs de l'époque des 8 bits avaient leurs instructions de calcul en double : une instruction pour les calculs entier et une autre pour les calculs BCD. Mais d'autres processeurs faisaient autrement. À l'époque des processeurs 8-16 bits, certains processeurs ne géraient pas d'instructions BCD proprement dit, mais géraient quand même les calculs en BCD grâce à des instructions spéciales. Concrètement, les programmeurs utilisaient une instruction d'addition ou de soustraction binaire, mais il était possible de corriger ce résultat pour obtenir le bon résultat codé en BCD. Les processeurs de l'époque disposaient d'une instruction pour faire la correction, souvent appelée ''Decimal Adjust After Addition''.
Avant d'aller plus loin, nous devons préciser que les processeurs 8 bits de l'époque pouvaient gérer deux formats de BCD. Le premier est le '''format ''Packed''''', où deux chiffres sont mémorisé dans un octet. Le premier nibble (4bits) mémorise un chiffre BCD, le second nibble mémorise le second. Il s'agit d'un format qui remplit au maximum les bits de l'octet avec des données utiles. L'autre format, appelé '''''Unpacked''''', ne mémorise qu'un seul chiffre BCD dans un octet. Le chiffre est quasi- tout le temps dans le nibble de poids faible. Il se trouve que la manière de corriger le résultat d'une opération n'est pas la même suivant que le nombre est codé en BCD ''packed'' et ''unpacked''.
Pour commencer, étudions le cas des nombres BCD ''unpacked'', plus simples à comprendre. Lors d'une addition, il se peut que le résultat ne soit pas représentable en BCD ''unpacked''. Par exemple, si je fais le calcul 5 + 8, le résultat sera 13 : il tient dans un nibble en décimal, mais pas en BCD ! Cette situation survient quand le résultat d'une addition de deux entiers BCD ''unpacked'' dépasse 9, la limite de débordement en BCD ''unpacked''. Nous avons vu dans le chapitre sur les circuits d'addition que la correction est alors toute simple : si le résultat dépasse 9, on ajoute 6. De plus, on doit prévenir que le résultat a débordé et ne tient pas sur un nibble en BCD. Pour cela, on ajoute un bit spécialisé, appelé le '''''half carry flag''''', indicateur de demi-retenue en français, qui joue le même rôle que le bit de débordement, mais pour le BCD ''unpacked''. Sur les processeurs x86, tout cela est réalisé par une instruction appelée ''ASCII adjust after addition''.
: Pour la soustraction, il faut faire la même chose, sauf qu'il faut soustraire 6, pas l'ajouter. Et il y a aussi une instruction pour cela : ''ASCII adjust after substraction''.
Pour les nombres BCD ''packed'', la procédure est globalement la même, sauf qu'il faut traiter les deux ''nibbles'' : on ajoute 6 si le nibble de poids faible dépasse 9, puis on fait la même chose avec le ''nibble'' de poids fort. Le bit ''half carry flag'' n'est pas mis à jour et est tout simplement ignoré. Notons qu'on modifie d'abord le ''nibble'' de poids faible, avant de traiter celui de poids fort. En effet, si on corrige celui de poids faible, la retenue obtenue en ajoutant 6 se propage au nibble suivant, ce qui fait que ce dernier peut voir sa valeur augmenter. Une fois cela fait, le bit de retenue est mis à 1. La procédure est différente, vu qu'il faut traiter deux ''nibles'' au lieu d'un, et que le bit ''half-carry'' est ignoré au profit du bit de retenue normal. D'où l'existence d'une instruction séparée pour l'addition des nombres BCD ''packed'', appelée ''Décimal adjust after addition'' sur les processeurs x86.
Les processeurs modernes ne supportent plus le BCD, car il est très peu utilisé. Les processeurs ARM et MIPS ont toujours fait sans instructions BCD. Les processeurs x86 des PC désactivent les instructions BCD en mode 64 bits, mais conservent des opérations BCD en mode 32 bits, pour des raisons de compatibilité. Le support du codage BCD est surtout quelque chose qu'on trouve sur les anciens processeurs.
==Les instructions flottantes==
Passons maintenant au support des nombres flottants. Avant les années 60, les processeurs n'était pas encore capables de faire de calculs avec des nombres flottants. Les calculs flottants étaient émulés soit par une bibliothèque logicielle, soit par le système d'exploitation. Pour améliorer les performances, les concepteurs de processeurs ont conçus des '''coprocesseurs arithmétiques''', des processeurs secondaires spécialisés dans les calculs flottants, qui complémentaient le processeur principal, et avaient leur propre emplacement sur la carte mère. Par la suite, les concepteurs de processeurs ont incorporé des instructions de calculs sur des nombres flottants, rendant le coprocesseur inutile.
Pour supporter les nombres flottants, il y a deux écoles. La première utilise des instructions flottantes séparées des instructions entières. La seconde utilise des instructions d'addition/soustraction/multiplication généralistes, capables de traiter indifféremment entiers et flottants, voire les encodages BCD.
===Les architectures taguées===
Le second cas correspond à certaines machines assez anciennes, datant des années 50 à 70. Ces processeurs n'avaient qu'une seule instruction d'addition, qui pouvait traiter indifféremment flottants, nombres entiers codés en BCD, en complément à deux, etc. Pour cela, les opérandes étaient associés à un type qui précisait s'il s'agissait d'un opérande flottant, entier, BCD, d'un pointeur, ou autre. Le traitement effectué par une instruction dépendait des ''tag'' associés aux opérandes. Par exemple, si les deux opérandes avaient un ''tag'' "entier", l'instruction faisait un calcul entier. Si les deux opérandes avaient un ''tag'' "flottant", l'instruction faisait un calcul flottant.
Le type de l'opérande était encodé avec un ''tag'', une sorte de numéro codé en binaire. Le ''tag'' était stocké en mémoire à côté de l'opérande, un mot mémoire contenait la donnée et le ''tag'' concaténés l'un à la suite de l'autre. Le défaut est que la mémoire devait être conçue pour gérer le ''tag'', de même que le processeur. Des processeurs de ce type s'appellent des ''architectures à tags'', ou '''tagged architectures''', en référence au ''tag'' ajouté dans la mémoire.
Mais les processeurs modernes n'utilisent pas cette technique, du fait de son cout en mémoire. À la place, le processeur dispose d'une instruction par type à manipuler : une instruction de multiplication pour les flottants, une autre pour les entiers codés en complément à deux, etc.
===Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées===
Les processeurs modernes disposent d''''instructions de calculs flottants''', qui font des calculs avec des nombres flottants. En général, les instructions flottantes les plus courantes sont l'addition, la soustraction, la multiplication et la division. D'autres opérations plus complexes peuvent être supportées, comme les fonctions trigonométriques, les logarithmes, l'exponentielle, la fonction puissance, etc. Mais c'est déjà un peu plus rare, la majorité des processeurs anciens se contentent des quatres opérations de base.
: Nous palerons aussi d'''instructions flottantes'' pour désigner les ''instructions de calcul flottant''. Mais les deux termes ne sont pas strictement équivalent, car les ''instructions flottantes'' regroupent toutes les instructions flottantes, pas que les calculs flottants. La différence entre les deux deviendra plus claire quand on arrivera à la section sur les isntructions d'accès mémoire.
En général, les processeurs utilisent des registres séparés pour les nombres flottants. Ils ont d'un côté des '''registres généraux''' pour les nombres entiers et les adresses mémoire, de l'autre des '''registres flottants''' pour les nombres flottants. Les instructions de calcul flottants utilisent ces ''registres flottants'' uniquement, elles ne peuvent pas lire/écrire dans les registres généraux, sauf pour quelques exceptions. La séparation entre registres flottants et entiers est la source de quelques subtilités, qu'on abordera dans la section sur les instructions d'accès mémoire.
Le standard IEEE 754 standardise quelques instructions flottantes : les quatre opérations arithmétiques de base, les comparaisons et la racine carrée. Certains processeurs vont plus loin et implémentent aussi d'autres instructions sur les flottants qui ne sont pas supportées par la norme IEEE 754. Par exemple, certaines fonctions mathématiques telles que sinus, cosinus, tangente, arctangente et d'autres. Le seul problème, c'est que ces instructions peuvent mener à des erreurs de calcul incompatibles avec la norme IEEE 754. Heureusement, les compilateurs peuvent mitiger ces désagréments.
Il faut néanmoins préciser que le support de la norme IEEE 754 n'est pas une obligation : certains processeurs ne la supportent que partiellement. Par exemple, certains processeurs ne supportent que les flottants simple précision, mais pas les double précision (ou inversement). Exemple : les premiers processeurs Intel ne géraient que les flottants double précision étendue. D'autres processeurs ne gèrent pas les ''underflow'', ''overflow'', les NaN, les infinis, ou même les flottants dénormaux. Précisons que même lorsque la gestion des dénormaux est implémentée en hardware (comme c'est le cas sur certains processeurs AMD), celle-ci reste malgré tout très lente.
Si les exceptions ne sont pas supportées, le processeur peut être configuré de façon à soit ignorer les exceptions en fournissant un résultat, soit déclencher une exception matérielle (à ne pas confondre avec les exceptions de la norme). Le choix du mode d'arrondi ou la gestion des exceptions flottantes se fait en configurant un registre dédié, intégré dans le processeur.
Plus rarement, il arrive que certains processeurs gèrent des formats de flottants spéciaux qui ne font pas partie de la norme IEEE 754. Par exemple, certains processeurs utilisent des formats de flottants différents de la norme IEEE 754, avec par exemple des flottants codés sur 8 ou 16 bits, qui sont très utiles pour les applications qui se contentent très bien d'un résultat approché.
==Les instructions logiques==
À côté des instructions de calcul, on trouve des '''instructions logiques''' qui travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les opérations bit à bit ont déjà été vues dans les premiers chapitres, ceux sur l'électronique. Pour rappel, les plus courantes sont :
* La négation, ou encore le NON bit à bit, inverse tous les bits d'un nombre : les 1 deviennent des 0 et les 0 deviennent des 1.
* Le ET bit à bit, qui agit sur deux nombres : il va prendre les bits qui sont à la même place et va effectuer un ET (l’opération effectuée par la porte logique ET). Exemple : 1100·1010=1000.
* Les instructions similaires avec le OU ou le XOR.
Mais d'autres instructions sont intéressantes à étudier.
===Les instructions de décalage et de rotation===
Les '''instructions de décalage''' décalent tous les bits d'un nombre vers la gauche ou la droite. Pour rappel, il existe plusieurs types de décalages : les rotations, les décalages logiques, et les décalages arithmétiques. Nous avions déjà vu ces trois opérations dans le chapitre sur les circuits de décalage et de rotation, ce qui fait que nous allons simplement faire un rappel dans le tableau suivant. Pour résumer, voici la différence entre les trois opérations :
{|class="wikitable"
|-
!
! Schéma
! Gestion des bits sortants
! Remplissage des vides laissés par le décalage
|-
! Rotation
|[[File:Rotation de bits.png|Rotations de bits.]]
| Réinjectés dans les vides laissés par le décalage
| Remplis par les bits sortants
|-
! Décalage logique
|[[File:Décalage logique.png|Décalage logique.]]
| rowspan="2" | Les bits sortants sont oubliés
| Remplis par des zéros
|-
|-
! Décalage arithmétique
|[[File:Décalage arithmétique.png|Décalage arithmétique.]]
| Remplis par :
* le bit de signe pour les bits de poids fort ;
* des zéros pour les bits de poids faible .
|}
Pour rappel, les décalages de n rangs sont équivalents à une multiplication/division par 2^n. Un décalage à gauche est une multiplication par 2^n, alors qu'un décalage à droite est une division par 2^n. Les décalages logiques effectuent la multiplication/division pour un nombre non-signé (positif), alors que les décalages arithmétiques sont utilisés pour les nombres signés. Précisons cependant que pour ce qui est des décalages à droite, les décalages logiques et arithmétiques n'arrondissent pas le résultat de la même manière. Les décalages logiques à droite arrondissent vers zéro, alors que les décalages arithmétiques arrondissent vers la valeur inférieure (vers moins l'infini). De plus, les décalages à gauche entraînent des débordements d'entiers qui ne se gèrent pas de la même manière entre décalage logique et décalage arithmétique.
La plupart des processeurs stockent le bit sortant dans un registre, généralement le registre qui stocke le bit de retenue des additions qui est réutilisé pour cette optique. Ils possèdent aussi une variante des instructions de décalage où le bit de retenue est utilisé pour remplir le bit libéré au lieu de mettre un zéro. Cela permet d'enchaîner les décalages sur un nombre de bits plus grand que celui supporté par les instructions en procédant par morceaux. Par exemple, pour un processeur supportant les décalages sur 8 et 16 bits, il peut enchaîner deux décalages de 16 bits pour décaler un nombre de 32 bits ; ou bien un décalage de 8 bits et un autre de 16 bits pour décaler un nombre de 24 bits.
[[File:Shift Arithmetic Right.svg|centre|vignette|Décalage arithmétique à droite, où le bit sortant est mémorisé dans le bit de retenue (CF pour ''Carry Flag'').]]
Ils existe une variante des instructions de rotation où le bit de retenue est utilisé. Un bon exemple est celui des instructions LRCY (''Left Rotate Through Carry'') et RRCY (''Right Rotate Through Carry''). La première est un décalage/rotation à gauche, l'autre est un décalage/rotation à droite. Les deux décalent un registre de 16 bits, mais on pourrait imaginer la même chose avec des registres de taille différente. Lors du décalage, le bit sortant est mémorisé dans le registre de retenue, alors que le bit de retenue précédent est lui envoyé dans le vide laissé par le décalage. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une rotation, sauf que le nombre décalé/rotaté est composé du registre concaténé au bit de retenue, le bit de retenue étant le bit de poids fort pour un décalage à gauche, de poids faible pour un décalage à droite.
====Le cas particuliers des processeurs ARM====
Sur les processeurs ARM, il n'y a pas d'instruction de décalage à proprement parler, ni de rotations. Par contre, les décalages sont fusionnés avec la plupart des opérations arithmétiques ! Toute opération arithmétique prend deux registres d'opérandes et un registre de destination, ainsi qu'un décalage facultatif. Le décalage est appliqué sur la seconde opérande automatiquement, sans avoir à faire une instruction séparée. À l'intérieur de l'instruction, deux bits précisent quel type de décalage effectuer (logique à droite, arithmétique à droite, à gauche, rotation à droite). Le nombre de rangs dont il faut décaler est soit encodé directement dans l'instruction sur 5-6 bits, soit précisé dans un registre.
Toutes les instructions ne permettent pas de faire un décalage automatique. Seules les opérations simples peuvent le faire, à savoir les additions, soustractions, copies d'un registre à un autre, les opérations logiques, et quelques autres. Et cela se marie très bien avec le fait qu'on applique le décalage sur la seconde opérande fait qu'il se marie très bien avec les calculs d'adresse. En effet, quand un programmeur manipule une structure de données, notamment un tableau, il arrive souvent qu'il fasse des calculs d'adresse cachés. La majeure partie de ces calculs d'adresse sont de la forme : adresse de base + (indice * taille de la donnée). Vu que les données ont très souvent une taille qui est une puissance de deux, le second terme se calcule en décalant l'indice, le calcul total demande une simple addition avec une opérande décalée, ce qui prend une seule instruction sur les processeur ARM.
===Les instructions de manipulation de bits===
D'autres opérations effectuent des calculs non pas bit à bit (on traite en parallèle les bits sur la même colonne), mais qui manipulent les bits à l'intérieur d'un nombre. les plus simples d'entre elles comptent sur les bits.
Une instruction très commune de ce type est l'instruction '''''population count''''', qui compte le nombre de bits d'un nombre qui sont à 1. Par exemple, pour le nombre 0100 1100 (sur 8 bits), la ''population count'' est de 3. Il s'agit d'une instruction utile dans les codes correcteurs d'erreur, très utilisés pour tout et n'importe quoi (trames réseau, sommes de contrôle des secteurs des disques dur, et bien d'autres). De plus, elle permet de calculer facilement le bit de parité d'un nombre, ce qui est utile pour les codes de détection d'erreur. En soi, l'instruction est facultative et l'implémenter est un choix qui n'est pas trivial. Mais cette instruction est très simple à implémenter en circuits, sans compter que son implémentation utilise assez peu de transistors. Le circuit de calcul est ridiculement simple, utilise peu de transistors.
Les processeurs gèrent aussi assez souvent des instructions pour compter les zéros ou les uns après le bit de poids fort/faible. Pour rappel, voici les quatre possibilités :
* '''''Count Trailing Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à droite du 1 de poids faible.
* '''''Count Leading Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à gauche du 1 de poids fort.
* '''''Count Trailing Ones''''' donnent le nombre de 1 situés à gauche du 0 de poids fort.
* '''''Count Leading Ones''''' donne le nombre de 1 situés à droite du 0 de poids faible.
[[File:Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.png|centre|upright=2.0|vignette|Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.]]
Comme vous le voyez sur le schéma du dessus, ces quatre opérations de comptage sont liées à quatre autres opérations. Ces dernières donnent la position du 0 ou du 1 de poids faible/fort :
* '''''Find First Set''''', donne la position du 1 de poids faible.
* '''''Find highest set''''' donne la position du 1 de poids fort.
* '''''Find First Zero''''' donne la position du 0 de poids faible.
* '''''Find Highest Zero''''' donne la position du 0 de poids fort.
Il est rare que des processeurs s’implémentent toutes ces opérations. En effet, le résultat de certaines opérations se calcule à partir des autres. Pour donner un exemple, les processeurs x86 modernes incorporent une extension, appelée '''''Bit manipulation instructions sets (BMI sets)''''', qui ajoute quelques instructions de ce type. Pour le moment, seules les instructions ''Count Trailing Zeros'' et ''Count Leading Zeros'' sont supportées.
Et il existe bien d'autres instructions de ce type. On peut citer, par exemple, l'instruction BLSI, qui ne garde que le 1 de poids faible et met à zéro tous les autres bits. L'instruction BLSR quant à elle, met à 0 ce 1 de poids faible. Et il y en a bien d'autres, qui impliquent le 1 de poids fort, le 0 de poids faible, le 1 de poids faible, etc.
===Les instructions d'extension de registres===
Certains processeurs sont capables de gérer des données de taille diverses. Ils peuvent par exemple gérer des données codées sur 16 bits ou sur 32 bits comme c'est le cas sur certains processeurs anciens. Comme autre exemple, les processeurs x86 modernes peuvent gérer des données de 8, 16 et 32 bits. Pour cela, ils disposent généralement de registres de taille différentes, certains font 8 bits, d'autres 16, d'autres 32, etc. Dans ce cas, il est courant que l'on ait à faire des conversions vers un nombre de taille plus grande. Par exemple, convertir un nombre de 8 bits en un nombre de 16 bits, ou un nombre de 8 bits en 32 bits. Les processeurs de ce type incorporent des instructions pour ce faire, qui s'appellent les '''instructions d'extension de nombres'''.
La seule difficulté de ces instructions tient à la manière dont on remplit les bits de poids forts. Par exemple, si l'on passe de 8 bits à 16 bits, les 8 bits de poids forts sont inconnus. Pareil si on passe de 16 bits à 32 bits : quelle doit être la valeur des 16 bits de poids fort ? Intuitivement, on se dit qu'il suffit de les remplir par des zéros. Faire ainsi marche très bien, mais à condition que le nombre soit un nombre positif ou nul. Mais dans le cas d'un nombre négatif, cela ne marche pas (le résultat n'est pas bon). Pour les nombres codés en complément à deux, il faut remplir les bits manquants par le bit de signe, le bit de poids fort. On a donc deux choix : soit on remplit les bits manquants par des 0, ou par le bit de poids fort. Globalement, les deux choix possibles correspondent à deux instructions : une pour les nombres non-signés et une autre pour les nombres codés en complément à deux. On parle respectivement d''''instruction de ''zero extension''''' et '''instruction d'extension de signe'''.
Formellement, les instructions d'extension de nombre sont des copies entre registres : le contenu d'un registre est copié dans un autre plus grand. L'extension de signe est couplée avec cette copie, les deux étant effectués en une instruction. Du moins, c'est le cas sur la plupart des processeurs. On pourrait imaginer séparer les deux en deux instructions séparées, une instruction MOV (qui copie un registre dans un autre, comme on le verra plus bas) et une instruction d'extension de signe/zéro. Dans ce cas, l'instruction d'extension de signe/zéro prend un registre de grande taille et étend la donnée dans ce registre. Par exemple, pour une extension de signe de 16 à 32 bits, l'instruction prendrait un registre de 32 bits, ne considérerait que les 16 bits de poids faible et effectuerait l'extension de signe/zéro à partir de ces derniers. En soi, l'extension avec des zéros est un simple masque, réalisable avec des opérations bit à bit et cette instruction n'a pas besoin d'être implémentée. Par contre, les instructions d'extension de signe sont elles très utiles.
De plus, une instruction d'extension de signe séparée a l'avantage d'être utilisable même sur des architecture avec des registres de taille identique. Mais quel intérêt, me direz-vous ? Il faut savoir que certaines langages de programmation permettent de travailler sur des entiers dont on peut préciser la taille. Un même programme peut ainsi manipuler des entiers de 16 bits et de 32 bits, ou des entiers de 8, d'autres de 16, d'autres de 32, et d'autres de 64. L'intérêt n'est as évident, mais un bon exemple est celui de la rétrocompatibilité entre programmes. Par exemple, un programme 64 bits qui utilise une librairie 32 bits, ou un programme codé en 64 bits qui émule une console 16 bits. Ou encore, la communication entre un programme codé en 16 bits avec un capteur qui mesure des données de 8 bits. Bref, les possibilités sont nombreuses. Imaginons que tout se passe dans des registres de 32 bits. Le processeur peut incorporer des instructions de calcul sur 16 bits, en plus des instructions 32 bits. Dans ce cas, l'extension de signe sert à faire des conversions entre entiers de taille différentes.
===Les instructions de permutation d'octets===
Les instructions de ''byte swap'', aussi appelée '''instructions de permutation d'octets''', échangent de place les octets d'un nombre. Leur implémentation varie grandement selon la taille des entiers. Le cas le plus simple est celui des instructions qui travaillent sur des entiers de 16 bits, soit deux octets. Il n'y a alors qu'une seule solution pour échanger les octets : l'octet de poids fort devient l'octet de poids faible et réciproquement. Les deux octets échangent leur place.
Pour les nombres de 32 bits, soit 4 octets, il y a plusieurs possibilités. La première inverse l'ordre des octets dans le nombre : on échange l'octet de poids faible et de poids fort, mais on échange aussi les deux octets restant entre eux. Une autre solution découpe l'entier en deux morceaux de 16 bits : l'un avec les deux octets de poids fort, l'autre avec les deux octets de poids faible. Les octets sont inversés dans ces blocs de 16 bitzs, mais on n'effectue pas d'autres échanges. On peut aussi échanger les deux morceaux de 16 bits, mais sans changer l'ordre des octets dans les blocs.
[[File:Instruction de permutation d'octets.png|centre|vignette|upright=2|Instruction de permutation d'octets]]
L'utilité de ces instructions n'est pas évidente au premier abord, mais elle sert beaucoup dans les opérations de conversion de données. Tout cela devrait devenir plus clair dans le chapitre sur le boutisme.
==Les instructions d'accès mémoire==
Les instructions d’accès mémoire permettent de copier ou d'échanger des données entre le processeur et la RAM. On peut ainsi copier le contenu d'un registre en mémoire, charger une donnée de la RAM dans un registre, initialiser un registre à une valeur bien précise, etc. Il en existe plusieurs, les plus connues étant les suivantes : LOAD, STORE et MOV. D'autres processeurs utilisent une instruction d'accès mémoire généraliste, plus complexe.
===Les instructions d'accès à la RAM : LOAD et STORE===
Les instructions LOAD et STORE sont deux instructions qui permettent d'échanger des données entre la mémoire RAM et les registres. Elles copient le contenu d'un registre dans la mémoire, ou au contraire une portion de mémoire RAM dans un registre.
* L''''instruction LOAD''' est une instruction de lecture : elle copie le contenu d'un ou plusieurs mots mémoire consécutifs dans un registre. Le contenu du registre est remplacé par le contenu des mots mémoire de la mémoire RAM.
* L''''instruction STORE''' fait l'inverse : elle copie le contenu d'un registre dans un ou plusieurs mots mémoire consécutifs en mémoire RAM.
{|class="wikitable"
|[[File:Instruction LOAD.png|300px|Instruction LOAD.]]
|[[File:Instruction STORE.png|300px|Instruction STORE.]]
|}
En théorie, une variante de l'instruction STORE peut enregistrer une constante en mémoire RAM. Il est en théorie possible pour une instruction STORE modifiée de stocker la valeur 9 dans l'adresse X, par exemple. La constante est fournie par l'instruction, elle n'est pas stockée dans un registre, mais carrément intégrée à l'instruction. Cela sera plus clair quand nous verrons les modes d'adressage, notamment le mode d'adressage immédiat.
Plus haut dans le chapitre, j'ai dit qu'un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs dédiées, certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Et bien il en est de même pour les instructions LOAD et STORE, qui ont chacune une variante pour les entiers 8, 16, 32, 64 bits.
De telles instructions ne font pas que lire ou écrire des données. Pour comprendre pourquoi, prenons un processeur 64 bits. Il dispose d'un bus de 64 bits, pour lire ou écrire des mots mémoire de 64 bits chacun. Pour des lectures de 8, 16 ou 32 bits, un mot mémoire entier est lu, puis seuls les octets adéquats sont conservés. Par exemple, pour une lecture 32 bits, un mot mémoire de 64 bits est lu, puis une opération de masquage (ET bit à bit) met à zéro le 32 bits inutiles. Ce sont souvent les 32 bits de poids faible ou de poids fort qui sont mis à zéro. Il en est de mêma vec les lectures 16 bits, sauf que les 48 bits inutiles sont alors mis à zéro, idem avec les lectures 8 bits.
Pour les écritures, les choses sont encore plus compliquées. Imaginez que je veuille modifier 32 bits. Les 32 bits à modifier font partie d'un mot mémoire de 64 bits, qui contient les 32 bits utiles, et 32 bits supplémentaires. l'écriture ne doit pas effacer les 32 bits supplémentaires, seulement les 32 bits utiles. Pour cela, le processeur n'a pas le : il doit lire un mot mémoire de 64 bits, modifier le 32 bits utiles, puis réécrire le tout en mémoire RAM. L'écriture demande de faire une lecture, une modification, puis une écriture. Le mot mémoire de 64 bits est copié dans un registre, la modification se fait dans ce registre, vient une opération de masquage complexe, puis l'écriture est effectuée.
===Les instructions de transfert entre registres : MOV et XCHG===
L''''instruction MOV''' copie le contenu d'un registre dans un autre sans passer par la mémoire. C'est donc un échange de données entre registres, qui n'implique en rien la mémoire RAM, mais MOV est quand même considérée comme une instruction d'accès mémoire. Les données sont copiées d'un registre source vers un registre de destination. Le contenu du registre source est conservé, alors que le contenu du registre de destination est écrasé (il est remplacé par la valeur copiée). Cette instruction est utile pour gérer les registres, notamment sur les architectures avec peu de registres et/ou sur les architectures avec des registres spécialisés.
[[File:Instruction MOV.png|centre|300px|Instruction MOV.]]
Mais quelques rares architectures ne disposent pas d'instruction MOV, qui n'est formellement pas nécessaire, même si bien utile. En effet, on peut émuler une instruction MOV avec des instructions logiques utilisées convenablement. L'idée est de faire une opération dont le résultat est l'opérande envoyée, et d'enregistrer le résultat dans le registre de destination. Par exemple, on peut faire un OU entre le registre opérande et 0 : le résultat sera l'opérande. Idem avec un ET et la valeur adéquate. Ou encore, on peut imaginer faire un ET/OU entre un registre et lui-même : le résultat est égal au contenu du registre opérande.
Quelques processeurs assez rares ont des instructions pour échanger le contenu de deux registres. Par exemple, on peut citer l''''instruction XCHG''' sur les processeurs x86 des PC anciens et actuels. Elle permet d'échanger le contenu de deux registres, quel qu'ils soient, il n'y a pas de restrictions sur le registre source et sur le registre de destination. Mais d'autres processeurs ont des restrictions sur les registres source et destination. Par exemple, le processeur Z80 a des instructions d'échanges assez restrictives, comme on le verra dans quelques chapitres.
Sur les processeurs ARM, l'instruction MOV fait partie des instructions qui permettent d'effectuer un décalage sur la seconde opérande. Il s'agit en réalité de décalages/rotations décalées, qui sont fusionnées avec une instruction MOV. L'instruction MOV des processeurs ARM fait soit un MOV normal, soit un décalage.
===L'instruction mémoire généraliste : une alternative à LOAD et STORE===
Sur certains processeurs, il n'y a pas d'instruction LOAD ou STORE, ni même MOV . À la place, on trouve une '''instruction d'accès mémoire généraliste''', qui fusionne les trois. Elle est capable de faire une lecture, une écriture, ou une copie entre registres, et parfois une copie d'une adresse mémoire vers une autre. Les trois premières opérations sont presque toujours supportées, mais la copie d'une adresse mémoire vers une autre est beaucoup plus rare.
Sur les processeurs x86, l'instruction généraliste s'appelle l'instruction MOV. Elle gère la lecture en RAM, l'écriture en RAM, la copie d'un registre vers un autre, l'écriture d'une constante dans un registre ou une adresse. Par contre, elle ne gère pas la copie d'une adresse mémoire vers une autre ; pour un transfert de mémoire à mémoire, il faut utiliser les instructions MOVS* ('''''Mov'''e '''S'''tring'' ; MOVSB : par octets, MOVSW : par mots de 16-bits, ...).
===Les instructions d'accès mémoire complexes===
Nous venons de voir les instructions LOAD, STORE et les transferts entre registres. Elles sont présentes sur tous les processeurs, modernes comme anciens. Mais quelques processeurs gèrent des instructions mémoire plus complexes. Elles ont tendance à effectuer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les '''instructions de copie mémoire''' copient une donnée d'une adresse vers une autre. Les copies en mémoire sont des opérations très fréquentes, il est très fréquent qu'un programme copie un bloc de mémoire dans un autre et beaucoup de programmeurs ont déjà été confronté à un tel cas. Aussi, les processeurs ajoutent des instructions multi-accès pour accélérer ces copies, ce qui fait un bon compromis entre performance et simplicité d'implémentation.
D'autres instructions d'accès mémoire plus complexes existent. Pour en donner un exemple, citons les instructions de transferts par bloc sur les premiers processeurs ARM. Ces instructions permettent de copier plusieurs registres en mémoire RAM, en une seule instruction. Sur l'ARM1, il y a 16 registres en tout. Les instructions de transfert de bloc peuvent sélectionner n'importe quel sous-ensemble de ces 16 registres, pour les copier en mémoire : on peut sélectionner tous les registres, une partie des registres (5 registres sur 16, ou 7, ou 8, ...), voire aucun registre.
D'autres instructions mémoires effectuent des opérations à l'utilité moins évidente. Sur certains processeurs, on trouve notamment des instructions pour vider la mémoire cache de son contenu, pour la réinitialiser. L'utilité ne vous est pas évidente, mais cela peut servir dans certains scénarios, notamment sur les architectures avec plusieurs processeurs pour synchroniser ces derniers. Cela sert aussi pour le système d'exploitation, qui doit remettre à zéro certains caches (comme la TLB qu'on verra dans le chapitre sur la mémoire virtuelle) quand on exécute plusieurs programmes en même temps.
===Les instructions mémoire flottantes===
Plus haut, j'ai parlé du fait que certains processeurs avaient des registres flottants séparés des registres généraux. Mais encore faut-il pouvoir les remplir, ces registres flottants. Et cela implique de charger des opérandes depuis la mémoire RAM à un moment où un autre. Pour lire ou écrire ces registres, le processeur utilise des instructions mémoire séparées, distinctes des instructions LOAD et STORE vues plus haut. Pour faire la différence, ces instructions sont appelées '''FLOAD''' et '''FSTORE'''.
Elles sont séparées des LOAD/STORE normaux pour plusieurs raisons. La première est évidemment que les registres utilisés ne sont pas les mêmes : registres "généraux" pour LOAD/STORE, registres flottants pour FLOAD et FSTORE. La seconde raison est que les nombres flottants et entiers n'ont pas forcément la même taille. Et cela impacte à la fois la taille des registres, mais aussi les transferts mémoire.
Un nombre flottant fait 32 ou 64 bits, suivant qu'on parle d'un flottant simple ou double précision. Sur un processeur 32 bits, les flottants simple précision ont la même taille qu'un entier, les flottant double précision sont deux fois plus gros. Mais sur un processeur 64 bits, c'est l'inverse : les flottants double précision font la même taille qu'un entier, les simples précision sont deux fois plus petits. Et ne parlons pas du cas de certaines architectures 16 bits qui supportent quand même les nombres flottants ! Elles sont très rares, mais elles existent. Pour le moment, concentrons-nous sur les processeurs 32 et 64 bits.
En général, les registres flottants font 64 bits (parfois 80, mais je passe cela sous silence), afin de mémoriser des flottants double précision. Et ce, même sur les processeurs 32 bits. La gestion des nombres flottants est en effet apparue sur les architectures 32 bits et elles supportaient les calculs en double précision dès le départ. Et cette différence entre 32 et 64 bits a posé quelques problèmes. Les registres flottants n'avaient pas la même taille que les registres généraux : 32 pour les registres généraux, 64 pour les registres flottants. Mais ce n'était pas un énorme problème.
Le vrai problème est que les lectures/écritures flottantes faisaient des transferts de 64 bits entre les registres flottants et la mémoire RAM. Or, le bus de données de ces processeurs faisait 32 bits, vu que c'était des architectures 32 bits. Lire/écrire un flottant demandait donc de faire deux accès mémoire consécutifs. Par exemple, lire un flottant depuis la RAM demandait de lire deux morceaux de 32 bits, le flottant était chargé en deux fois. Cette différence fait qu'il est préférable d'utiliser des instructions FSTORE/FLOAD séparées des instructions LOAD/STORE. Leur comportement n'est pas le même : LOAD/STORE lisent un seul mot mémoire, FLOAD/FSTORE en lisent deux pour la double précision.
Un autre détail est qu'il existe des instructions FLOAD et FSTORE spécialisées pour les flottants simple précision. Par exemple, une instruction FLOAD en simple précision ne lit que 32 bits en mémoire, puis le flottant est convertit en double précision 64 bits, avant d'être enregistré dans les registres. Pour l'écriture, c'est l'inverse : un flottant double précision est convertit en simple précision 32 bits, avant d'être écrit en mémoire. Le comportement est alors différent : FLOAD/FSTORE ne lisent/écrivent qu'un seul mot mémoire, de 32 bits, mais doivent faire une conversion entre simple et double précision.
Il faut noter que c'est l'inverse sur les processeurs 64 bits. Là, un flottant double précision peut être lu/écrit en un seul accès mémoire, vu que le bus de données fait 64 bits. Par contre, les flottants simples précision sont gérés un peu autrement. Concrètement, l'instruction FLOAD lit un mot de 64 bits, mais n'en garde que la moitié adéquate. L'instruction d'écriture fait elle plus de traail : elle doit lire un mot de 64 bits, en modifier la moitié, et réécrire le tout en mémoire RAM.
Vu qu'il y a des registres flottants séparés, il y aussi des instructions de copie de registre séparées pour les registres flottants. L'instruction XCHG a son équivalent flottant '''FXCHG''', l'instruction MOV a une '''instruction FMOV''' séparées, etc.
Un autre moyen de remplir un registre flottant est d'obtenir sa valeur depuis un registre général. Attention, je ne parle pas de copier un registre général dans un flottant, ou inversement. Je parle de convertir une opérande entière en un nombre flottant. Et il y a des instructions dédiées pour cela. Par exemple, il y a une instruction prend un registre entier, convertit sa valeur en flottant 64 bits, et écrit le résultat dans un registre flottant. Idem avec la conversion inverse, de flottant vers entier, qui a sa propre instruction dédiée. Et ces deux instructions ont deux variantes, suivant que le flottant soit simple ou double précision. De telles '''instructions de conversion entier-flottant''' ne sont pas à proprement parler des instructions de copie entre registre, ce sont plus un intermédiaire entre copie entre registres et opération de calcul.
==Les instructions de contrôle (branchements et tests)==
Un processeur serait sacrément inflexible s'il ne faisait qu'exécuter des instructions dans l'ordre. Certains processeurs ne savent pas faire autre chose, comme le Harvard Mark I, et il est difficile, voire impossible, de coder certains programmes sur de tels ordinateurs. Mais rassurez-vous : il existe de quoi permettre au processeur de faire des choses plus évoluées. Pour rendre notre ordinateur "plus intelligent", on peut par exemple souhaiter que celui-ci n'exécute une suite d'instructions que si une certaine condition est remplie. Ou faire mieux : on peut demander à notre ordinateur de répéter une suite d'instructions tant qu'une condition bien définie est respectée. Diverses '''structures de contrôle''' de ce type ont donc étés inventées.
Voici les plus utilisées et les plus courantes : ce sont celles qui reviennent de façon récurrente dans un grand nombre de langages de programmation actuels. Concevoir un programme (dans certains langages de programmation), c'est simplement créer une suite d'instructions, et utiliser ces fameuses structures de contrôle pour l'organiser. D'ailleurs, ceux qui savent déjà programmer auront reconnu ces fameuses structures de contrôle. On peut bien sur en inventer d’autres, en spécialisant certaines structures de contrôle à des cas un peu plus particuliers ou en combinant plusieurs de ces structures de contrôles de base, mais cela dépasse le cadre de ce cours : on ne va pas vous apprendre à programmer.
{|class="wikitable"
|-
! Nom de la structure de contrôle
! Description
|-
! SI...ALORS
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée
|-
! SI...ALORS...SINON
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée ou exécute une autre suite d'instructions si elle ne l'est pas.
|-
! Boucle WHILE...DO
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée.
|-
! Boucle DO...WHILE aussi appelée REPEAT UNTIL
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée. La différence, c'est que la boucle DO...WHILE exécute au moins une fois cette suite d'instructions.
|-
! Boucle FOR
| Répète un nombre fixé de fois une suite d'instructions.
|}
Les '''conditions''' à respecter pour qu'une structure de contrôle fasse son office sont généralement très simples.
Elles se calculent le plus souvent en comparant deux opérandes (des adresses, ou des nombres entiers ou à virgule flottante).
Elles correspondent le plus souvent aux comparaisons suivantes :
* A == B (est-ce que A est égal à B ?) ;
* A != B (est-ce que A est différent de B ?) ;
* A > B (est-ce que A est supérieur à B ?) ;
* A < B (est-ce que A est inférieur à B ?) ;
* A >= B (est-ce que A est supérieur ou égal à B ?) ;
* A <= B (est-ce que A est inférieur ou égal à B ?).
Il est également possible de tester si le bit d'un registre ou octet mémoire est à 1 ou 0.
Notamment le registre des indicateurs est testé après une instruction arithmétique (est-ce que le calcul a généré une retenue, ...).
Pour implémenter ces structures de contrôle, on a besoin d'une instruction qui saute en avant ou en arrière dans le programme, suivant le résultat d'une condition. Par exemple, un SI...ALORS zappera une suite d'instruction si une condition n'est pas respectée, ce qui demande de sauter après cette suite d’instruction cas échéant. Répéter une suite d'instruction demande juste de revenir en arrière et de redémarrer l’exécution du programme au début de la suite d'instruction. Nous verrons comment sont implémentées les structures de contrôle plus bas, mais toujours est-il que cela implique de faire des sauts dans le programme. Faire un saut en avant ou en arrière dans le programme est assez simple : il suffit de modifier la valeur stockée dans le ''program counter'', ce qui permet de sauter directement à une instruction et de poursuivre l'exécution à partir de celle-ci. Et un tel saut est réalisé par des instructions spécialisées. Dans ce qui va suivre, nous allons appeler '''instructions de branchement''' les instructions qui sautent à un autre endroit du programme. Ce n'est pas la terminologie la plus adaptée, mais elle conviendra pour les explications.
L'implémentation des structures de contrôle demande donc de calculer une condition, puis de faire un saut. Mais il faut savoir que l'implémentation demande parfois de faire un saut, sans avoir à tester de condition. Dans ce cas, l'instruction qui fait un saut sans faire de test de condition est elle aussi une instruction de branchement. Cela nous amène à faire la différence entre un branchement conditionnel et non-conditionnel. La différence entre les deux est simple. Une instruction de '''branchement conditionnel''' effectue deux opérations : un test qui vérifie si la condition adéquate est respectée, et un saut dans le programme aussi appelé branchement. Une instruction de '''branchement inconditionnelle''' ne teste pas de condition et ne fait qu'un saut dans le programme.
===Les structures de contrôle===
Le IF permet d’exécuter une suite d'instructions si et seulement si une certaine condition est remplie.
[[File:Codage d'un if.. en assembleur.jpg|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS en assembleur.]]
Le IF...ELSE sert à effectuer une suite d'instructions différente selon que la condition est respectée ou non : c'est un SI…ALORS contenant un second cas. Une boucle consiste à répéter une suite d'instructions machine tant qu'une condition est valide (ou fausse).
[[File:Codage d'un IF.ELSE en assembleur.png|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS..SINON en assembleur.]]
Les boucles sont une variante du IF dont le branchement renvoie le processeur sur une instruction précédente. Commençons par la boucle DO…WHILE : la suite d'instructions est exécutée au moins une fois, et est répétée tant qu'une certaine condition est vérifiée. Pour cela, la suite d'instructions à exécuter est placée avant les instructions de test et de branchement, le branchement permettant de répéter la suite d'instructions si la condition est remplie. Si jamais la condition testée est fausse, on passe tout simplement à la suite du programme.
[[File:DO...WHILE.jpg|centre|vignette|upright=2|DO...WHILE.]]
Une boucle WHILE…DO est identique à une boucle DO…WHILE à un détail près : la suite d'instructions de la boucle n'a pas forcément besoin d'être exécutée au moins une fois. On peut donc adapter une boucle DO…WHILE pour en faire une boucle WHILE…DO : il suffit de tester si la boucle doit être exécutée au moins une fois avec un IF, et exécuter une boucle DO…WHILE équivalente si c'est le cas.
[[File:WHILE...DO.png|centre|vignette|upright=2|WHILE...DO.]]
===Les branchements conditionnels et leur implémentation ===
Il existe de nombreuses manières de mettre en œuvre les branchements conditionnels et tous les processeurs ne font pas de la même manière. Sur la plupart des processeurs, les branchements conditionnels sont séparés en deux instructions : une instruction de test qui vérifie si la condition voulue est respectée, et une instruction de saut conditionnelle. D'autres processeurs effectuent le test et le saut en une seule instruction machine.
[[File:Implémentations possibles des branchements conditionnels.png|centre|vignette|upright=3|Implémentations possibles des branchements conditionnels]]
: Plus surprenant, sur quelques rares processeurs, le ''program counter'' est un registre qui peut être modifié comme tous les autres. Cela permet de remplacer les branchements par une simple écriture dans le ''program counter'', avec une instruction MOV. Un bon exemple est le processeur ARM1, un des tout premiers processeur ARM. Cette dernière solution n'est presque jamais utilisée, mais elle reste surprenante !
Dans les faits, la solution la plus simple est clairement d'implémenter le tout avec une seule instruction. Mais beaucoup de processeurs anciens utilisent la première méthode, celle qui sépare le branchement conditionnel en deux instructions. Le branchement prend le résultat de l'instruction de test et décide s'il faut passer à l'instruction suivante ou sauter à une autre adresse. Il faut donc mémoriser le résultat de l'instruction de test dans un registre spécialisé, afin qu'il soit disponible pour l'instruction de branchement. L'usage d'un registre intermédiaire pour mémoriser le résultat de l'instruction de test demande d'ajouter un registre au processeur. De plus, le résultat de l'instruction de test varie grandement suivant le processeur, suivant la manière dont on répartit les responsabilités entre test et branchements.
Il existe, dans les grandes lignes, deux techniques pour séparer test et branchement conditionnel. La première impose une séparation stricte entre calcul de la condition et saut : l'instruction de test calcule la condition, le branchement fait ou non le saut dans le programme suivant le résultat de la condition. On a alors une instruction de test proprement dit, qui vérifie si une condition est valide et fournit un résultat sur 1 bit. Nous appellerons ces dernières des comparaisons, car de telles instruction effectuent réellement une comparaison. La seconde méthode procède autrement, avec un calcul de la condition qui est réalisé en partie par l'instruction de test, en partie par le branchement. Cela peut paraitre surprenant, mais il y a de bonnes raisons à cette séparation peu intuitive. La raison est que l'instruction de test est une soustraction déguisée, qui fournit un résultat de plusieurs bits, qui est ensuite utilisé pour calculer la condition voulue par le branchement. l'instruction de test ne fait pas une comparaison proprement dit, mais leur résultat permet de déterminer le résultat d'une comparaison avec quelques manipulations simples.
====Les instructions de test proprement dit====
Les premières sont réellement des instructions de test, qui effectuent une comparaison et disent si deux nombres sont égaux, différents, lequel est supérieur, inférieur, etc. En clair, elles implémentent directement les comparaisons vues précédemment. Au total, on s'attend à ce que les 6 comparaisons précédentes soient implémentées avec 6 instructions de test différentes : une pour l'égalité, une pour la différence, une autre pour la supériorité stricte, etc. Mais certaines de ces comparaisons sont en deux versions : une qui compare des entiers non-signés, et une autre pour les entiers signés. La raison est que comparer deux nombres entiers ne se fait pas de la même manière selon que les opérandes soient signées ou non. Nous avions vu cela dans le chapitre sur les comparateurs, mais un petit rappel ne fait pas de mal. Pour comparer deux entiers signés, il faut tenir compte de leurs signes, et le circuit utilisé n'est pas le même. Cela a des conséquences au niveau des instructions du processeur, ce qui impose d'avoir des opérations séparées pour les entiers signés et non-signés.
Dans les faits, les processeurs actuels utilisent le complément à deux pour les entiers signés, ce qui fait que les comparaisons d'égalité ou de différence A == B et A != B ne sont présentes qu'en un seul exemplaire. En complément à deux, l'égalité se détermine avec la même règle que pour les entiers non-signés : deux nombres sont égaux s'ils ont la même représentation binaire, ils sont différents sinon. Ce ne serait pas le cas avec les entiers en signe-magnitude ou en complément à un, du fait de la présence de deux zéros : un zéro positif et un zéro négatif. Les circuits de comparaison d'égalité et de différence seraient alors légèrement différents pour les entiers signés ou non. Au total, en complément à deux, on trouve donc 10 comparaisons usuelles, vu que les comparaisons de supériorité/infériorité sont en double.
Le résultat d'une comparaison est un bit, qui dit si la condition testée est vraie ou fausse. Dans la majorité des cas, ce bit vaut 1 si la comparaison est vérifiée, et 0 sinon. Une fois que l'instruction a fait son travail, il reste à stocker son résultat quelque part. Pour cela, le processeur utilise un ou plusieurs '''registres à prédicats''', des registres de 1 bit qui peuvent stocker n'importe quel résultat de comparaison. Une comparaison peut enregistrer son résultat dans n'importe quel registre à prédicats : elle a juste à préciser lequel avec son nom de registre.
Les registres à prédicats sont utiles pour accumuler les résultats de plusieurs comparaisons et les combiner par la suite. Par exemple, cela permet d'émuler une instruction qui teste si A >= B à partir de deux instructions qui calculent respectivement A > B et A == B. Pour cela, certains processeurs incorporent des instructions pour faire des opérations logiques sur les registres à prédicats. Ces opérations permettent de faire un ET, OU, XOR entre deux registres à prédicats et de stocker le résultat dans un registre à prédicat quelconque.
D'autres instructions permettent de lire le résultat d'un registre à prédicat, de calculer une condition, de combiner son résultat avec la valeur lue et d'altérer le registre à prédicat sélectionné. Par exemple, sur l'architecture IA-64, il existe une instruction cmp.eq.or, qui calcule une condition, lit un registre à prédicat fait un OU logique entre le registre lu et le résultat de la condition, et enregistre le tout dans un autre registre à prédicat. De telles instructions facilitent grandement le codage de certaines fonctions, qui demandent que plusieurs conditions soient vérifiées pour exécuter un morceau de code.
====Les instructions de test qui sont des soustractions déguisées====
Le second type d'instruction de test ne calcule pas ces conditions directement, mais elle fournit un résultat de quelques bits qui permet de les calculer avec quelques manipulations simples. Sur ces processeurs, il n'y a qu'une seule instruction de comparaison, qui est une soustraction déguisée. Le résultat de la soustraction n'est pas sauvegardé dans un registre et est simplement perdu. C'est le cas sur certains processeurs ARM ou sur les processeurs x86. Par exemple, un processeur x86 possède une instruction CMP qui n'est qu'une soustraction déguisée dans un opcode différent.
Le résultat de cette soustraction déguisée est un résultat portant sur 4 bits, qui donne des informations sur le résultat de la soustraction. Le premier bit, appelé bit ''null'', indique si le résultat est nul ou non. Le second bit indique le signe du résultat, s'il est positif ou négatif. Enfin, deux autres bits précisent si la soustraction a donné lieu à un débordement d'entier. Il y a deux bits, car on vérifie deux types de débordement : un débordement non-signé (une retenue sortante de l'additionneur), et le débordement signé (débordement en complément à deux). Pour mémoriser le résultat d'une soustraction déguisée, le processeur incorpore un '''registre d'état'''. Le registre d'état stocke des bits qui ont chacun une signification prédéterminée lors de la conception du processeur et il sert à beaucoup de choses. Dans le cas qui nous intéresse, le registre d'état mémorise les résultats de l'instruction de test : les deux bit de débordement, le bit qui précise que le résultat d'une instruction vaut zéro, le bit de retenue pour le bit de signe.
La condition en elle-même est réalisée par le branchement. L'instruction de branchement fait donc deux choses : calculer la condition à partir du registre d'état, et effectuer le saut si la condition est valide. Le calcul des conditions se fait à partir des 4 bits de résultat. Le bit ''null'' permet de savoir si les deux opérandes sont égales ou non : si le résultat d'une soustraction est nul, cela implique que les deux opérandes sont égales. Le bit de signe permet de déterminer si le première opérande est supérieur ou inférieure à la seconde : le résultat de la soustraction est positif si A >= B, négatif sinon. Les bits de débordements permettent de faire la différence entre infériorité stricte ou non. Tout cela sera expliqué plus en détail dans le paragraphe suivant.
[[File:Branchements et tests avec un registre d'état.png|centre|vignette|upright=1.5|Branchements et tests avec un registre d'état]]
La conséquence est qu'il y a autant d'instructions de branchements que de conditions possibles. Aussi, on a une instruction de test, mais environ une dizaine d'instructions de branchements. C'est l'inverse de ce qu'on a avec des instructions de test proprement dites, où on a autant d'instructions de test que de conditions, mais un seul branchement. Un bon exemple est celui des processeurs x86. Le registre d'état des CPU x86 contient 5 bits appelés OF, SF, ZF, CF et PF : ZF indique que le résultat de la soustraction vaut 0, SF indique son signe, CF est le bit de retenue et de débordement non-signé, OF le bit de débordement signé, et PF le bit qui donne la parité du résultat. Il existe plusieurs branchements, certains testant un seul bit du registre d'état, et d'autres une combinaison de plusieurs bits.
{|class="wikitable"
|-
! Instruction de branchement
! Bit du registre d'état testé
! Condition testée si on compare deux nombres A et B avec une instruction de test
|-
! JS (Jump if Sign)
| SF = 1
| Le résultat est négatif
|-
! JNS (Jump if not Sign)
| SF = 0
| Le résultat est positif
|-
! JO (Jump if Overflow)
| OF = 1
| Le calcul arithmétique précédent a généré un débordement signé
|-
! JNO (Jump if Not Overflow)
| OF = 0
| Le calcul arithmétique précédent n'a pas généré de débordement signé
|-
! JNE (Jump if Not equal)
| ZF = 1
| Les deux nombres A et B sont égaux
|-
! JE (Jump if Equal)
| ZF = 0
| Les deux nombres A et B sont différents
|-
! JB (Jump if below)
| CF = 1
| A < B, avec A et B non-signés
|-
! JAE (Jump if Above or Equal)
| CF = 0
| A >= B, avec A et B non-signés
|-
! (JBE) Jump if below or equal
| CF OU ZF = 1
| A >= B si A et B sont non-signés
|-
! JA (Jump if above)
| CF ET ZF = 0
| A > B si A et B sont non-signés
|-
! JL (Jump if less)
| SF != OF
| si A < B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater or Equal)
| SF = OF
| si A >= B, si A et B sont signés
|-
! JLE (Jump if less or equal)
| (SF != OF) OU ZF = 1
| si A <= B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater)
| (SF = OF) ET (NOT ZF) = 1
| si A > B, si A et B sont signés
|}
===Les instructions à prédicat===
Les '''instructions à prédicat''' sont des instructions qui ne font quelque chose que si une condition est respectée, et se comportent comme un NOP (une instruction qui ne fait rien) sinon. Elles lisent le résultat d'une comparaison, dans le registre d'état ou un registre à prédicat, et s’exécutent ou non suivant sa valeur.
En général, les instructions à prédicats sont des instructions en plus des instructions normales, pas à prédicat. L'instruction à prédicat la plus représentative, présente sur de nombreux processeurs, est l'instruction CMOV, qui copie un registre dans un autre si une condition est remplie. Elle permet de faire certaines opérations assez simples, comme calculer la valeur absolue d'un nombre, le maximum de deux nombres, etc.
Pour gérer les instructions à prédicat, les instructions de test s'adaptent sur plusieurs points. Le premier est que les instructions de test préfèrent utiliser des registres à prédicats, au lieu d'un registre d'état. Une des raisons à cela est la suivante : avec des registres à prédicats, on peut ajouter des instructions pour faire un ET/OU/XOR entre registres à prédicats, ce qui permet de tester des combinaisons de conditions sans faire appel au moindre branchement. Et ces conditions complexes ne sont pas rares, ce qui rend l'usage de registres à prédicats très utiles avec les instructions à prédicats.
Une autre adaptation est que les instructions de test tendent à fournir deux résultats : le résultat de la condition, et le résultat de la condition inverse. Ils sont fournis dans deux registres à prédicats distincts. Faire ainsi facilite grandement l'implémentation des structures de contrôle SI...ALORS simples. Pour rappel, elles ont deux morceaux de code : un qui s’exécute si une condition est remplie, l'autre si la condition inverse est remplie. Avec ce système, les instructions du premier et du second morceau de code testerons deux bits distincts.
L'usage d'instructions à prédicat séparées des autres instructions porte le nom de '''prédication partielle'''. C'est de loin l'implémentation la plus courante. Mais sur certains processeurs, assez rares, toutes les instructions sont des instructions à prédicat : on parle de '''prédication totale'''. Les anciens processeurs ARM 32 bits étaient dans ce cas, par exemple.
Cela peut paraitre étrange, vu que certaines instructions ne sont pas dans une structure de contrôle et doivent toujours s’exécuter, peu importe les conditions testées avant. Mais rassurez-vous, sur les processeurs à prédication totale, il y a toujours un moyen pour spécifier que certaines instructions doivent toujours s’exécuter, de manière inconditionnelle. Par exemple, sur les processeurs d'architecture HP IA-64, un des registre à prédicat, le tout premier, contient la valeur 1 et ne peut pas être modifié. Si on veut une instruction inconditionnelle, il suffit qu'elle précise que le registre à prédicat à lire est ce registre.
: Les processeurs avec un registre d'état n'ont généralement que de la prédication partielle, le plus souvent limitée à une seule instruction CMOV. Alors que qui dit prédication totale dit systématiquement registres à prédicats.
Les processeurs ARM disposent d'une prédication totale, du moins pour le jeu d'instruction ARM 32 bits. Mais il supportent une second jeu d’instruction optionnel, le ''thumb'', qui est plus compact. Au lieu d'encoder ses instructions sur 32-64 bits, ses instructions font seulement 16 bits. Et pour compacter ce jeu d'instruction, la prédication totale a été supprimée. À la place, ''thumb'' incorpore une '''instruction IT''', qui active l’exécution conditionnelle des instructions suivantes.
L'instruction teste une condition et calcule un prédicat, qui est ensuite utilisé pour décider de l'exécution des instructions suivantes. L'exécution conditionnelle marche jusqu'à 4 instructions consécutives. Le nombre exact est configurable et va de 1 à 4 instructions consécutives après l'instruction IT. La condition est configurable pour les 1 à 4 instructions : chaque instruction peut s'exécuter si la condition est vraie, ou au contraire fausse. Un masque de 4 bits décide de quelle condition utiliser pour chaque instruction. Il y a un bit par instruction, qui vaut 1 si la condition doit être vérifiée, 0 si on veut la condition inverse.
===L'instruction SKIP===
L''''instruction SKIP''' permet de zapper l'instruction suivante si une condition testée est fausse. Il en existe deux versions. La première est fusionnée avec l'instruction de test. La condition est calculée par l'instruction SKIP, qui décide s'il faut sauter l'instruction suivante. Dans un autre cas, l'instruction SKIP est précédée d'une instruction de test, récupère son résultat dans un registre de prédicat ou dans le registre d'état, et effectue le saut. On peut la voir comme une forme particulière de branchement conditionnel, qui brancherait deux instructions plus loin.
Son utilité n'est pas évidente, mais on peut classer ses utilisations en trois catégories. La première permet d'émuler une instruction de branchement conditionnel en combinant une instruction SKIP avec un branchement inconditionnel. Le branchement inconditionnel est skippé si la condition est remplie/fausse, mais éxecuté dans le cas contraire : c'est le comportement d'un branchement conditionnel. Une autre utilisation permet d'émuler une instruction à prédicat en faisant précéder une instruction normale par une instruction SKIP. Enfin, elles servent à implémenter des structures de controle IF à condition que le code du IF se résume à une vulgaire instruction. C'est assez rare, mais certains calculs comme la valeur absolue ou le calcul du minimum peuvent se calculer ainsi.
[[File:Skip instruction.png|centre|vignette|upright=3|Skip instruction]]
Vous pourriez imaginer des versions améliorées de l'instruction, qui permettent de zapper plusieurs instructions, mais de telles instructions ne sont autres que des instructions de branchement conditionnelles spécifiques, comme nous le verrons dans le chapitre sur les modes d'adressage.
==Les méta-instructions REPEAT et EXECUTE==
Enfin, il faut aussi citer les '''méta-instructions''', des instructions qui agissent sur l’exécution d'autres instructions. Il en existe deux : REPEAT et EXECUTE. Elles servent techniquement à manipuler le flot de contrôle d'un programme, et ont quelques ressemblances avec les branchements ou les boucles. Elles sont extrêmement rares et on ne les trouve que sur des anciens processeurs (généralement micro-codés), ou sur certaines processeurs spécialisés dans le traitement de signal appelés des DSP, qui feront l'objet d'un chapitre à eux seuls.
===L’instruction REPEAT et le ''Zero-overhead looping''===
La première est la '''méta-instruction REPEAT''', qui permet de simplifier l'implémentation des boucles. Dans sa version la plus simple, elle fait en sorte que l'instruction qui la suit soit répétée plusieurs fois. Le nombre de répétition est soit un nombre fixe, toujours le même, soit l'instruction se répète tant qu'une condition n'est pas remplie. Les deux situations ne se rencontrent pas sur les mêmes processeurs. Par exemple, l'UNIVAC 1103 possède une instruction REPEAT très simple, qui répète l'instruction cible un nombre fixe de fois, mais ne gère pas les conditions.
Le GE-600/Honeywell 6000 series incorpore trois instructions REPEAT de ce type. La première répète l'instruction suivante soit un nombre fixe de fois, soit quand une condition est remplie. La seconde répète les deux instructions suivantes, l'une après l'autre. Enfin, la dernière répète l'instruction suivante jusqu'à : soit qu'une condition soit remplie, soit qu'une adresse bien précise soit atteinte. Elle servait sans doute à implémenter le parcours d'une liste chainée pour trouver un item bien précis.
Une version améliorée de l'instruction REPEAT permet de répéter un bloc de plusieurs instructions, ce qui permet d'implémenter une boucle en une seule instruction. Elles sont fréquentes sur certains processeurs de traitement de signal, qui doivent exécuter en permanence de petites boucles. Typiquement, elles permettent d'implémenter des boucles FOR dont le nombre d’exécution est fixe. La répétition de la boucle est contrôlée par un registre de boucle, qui mémorise le nombre de répétitions, et qui est décrémenté à chaque itération, sans avoir à utiliser d'instruction d'incrémentation/décrémentation.
Une variante précise deux adresses, qui délimitent les instructions de la boucle : une adresse pour le début de la boucle, une adresse pour la fin. L'implémentation hardware est alors assez simple : quand le ''program counter'' atteint l'adresse de fin, il est réinitialisé à l'adresse de début. La gestion du ''program counter'' se fait alors sans utiliser d'instructions de branchement. les deux registres sont initialisés avec une isntruction LOPP, spécialement dédiée pour cela.
Les deux techniques précédentes permettent d'implémenter des boucles sans utiliser de branchements, ou presque. Elles rendent l'exécution des boucles tellement rapides qu'elles portent le nom de '''''Zero-overhead looping'''''.
: Les instructions REP mentionnées plus haut, ne sont PAS des exemples d'instruction REPEAT. Le préfixe REP des processeurs x86 est une instruction qui se répète elle-même. Mais l'instruction REPEAT force la répétition de l'instruction suivante ! Elle agit sur une autre instruction, d'où son caractère de méta-instruction.
===L'instruction EXECUTE===
La '''méta-instruction EXECUTE''' fournit l'adresse d'une instruction cible, qui est exécutée en lieu et place de l'instruction EXECUTE. Quand le processeur exécute l'instruction EXECUTE, il prend l'adresse cible, charge l'instruction dans l'adresse cible, et l’exécute à la place de l'instruction EXECUTE. Il est possible de comprendre l'instruction EXECUTE comme un branchement spécial. Tout se passe comme si l'instruction EXECUTE effectuait un branchement vers l'instruction cible, mais que le processeur ne poursuivait pas l’exécution à la suite de l’instruction cible, et revenait à la suite de l'instruction cible.
Il y a souvent des contraintes sur l'instruction cible, qui est pointée par l'adresse cible. Généralement, il n'est pas possible que l'instruction cible soit elle-même une autre instruction EXECUTE. De même, beaucoup de processeurs interdisent que l’instruction cible soit un branchement. Mais d'autres processeurs n'ont pas ces contraintes et autorisent à utiliser des branchements pour l'instruction cible.
L'utilité d'une telle instruction est tout sauf évidente. Elle servait pourtant à beaucoup de choses sur les processeurs où elle était implémentée. Précisons qu'elle était surtout présente sur des vieux ordinateurs, dans les années 50-60, et quelques processeurs des années 70. Elle a disparu dès les années 80 et n'est présentée que par souci d'exhaustivité et intérêt historique pour les curieux. Cette précision permet de comprendre que cette instruction servait pour résoudre des problèmes qui sont actuellement résolus autrement.
L'adresse cible peut être soit intégrée dans l'instruction, soit dans un registre. Dans le second cas, l'adresse peut être incrémentée ou modifiée afin que l'instruction EXECUTE change de cible à chaque exécution. Tout se passe comme si le registre contenant l'adresse cible servait à émuler un ''program counter''. En mettant une instruction EXECUTE dans une boucle et en complétant le tout avec du code annexe, on peut exécuter du code extérieur sans modifier le véritable ''program counter''. L'utilité est de faciliter l'implémentation des logiciels debuggers, des émulateurs, ou d'autres programmes dans le même genre.
Les autres utilisations sont assez nombreuses, mais aussi difficiles à expliquer pour qui n'a pas de connaissances poussées en programmation. La première utilité est l'implémentation de certaines fonctionnalités des langages de programmation évolués, à savoir le ''late binding'', les fonctions virtuelles, et quelques autres. Elle facilite aussi l'implémentation des compilateurs à la volée, en permettant d’exécuter du code produit à volée sans faire tiquer les mécanismes de protection mémoire implémentés dans le processeur. Elle permet d'émuler du code automodifiant pour les logiciels qui gagnaient autrefois à l'utiliser. Et il y en a d'autres.
==Les instructions d'arrêt et de mise en veille==
Les processeurs gèrent souvent des '''instructions de mise en veille''' le processeur. Une fois mis en veille, le processeur ne peut être réveillé que si un signal de sortie de veille survient. Les signaux de sortie de veille sont envoyés par les périphériques, les entrées-sorties, le ''chipset'' de la carte mère, etc. Ils sont rarement mis totalement en veille, ce qui leur permet de générer ce signal de sortie si nécessaire. Le processeur attend alors qu'un périphérique lui envoie un signal de sortie de veille, mais ne fait rien en attendant. De telles instructions ne sont exécutables qu'en mode noyau, par le système d'exploitation.
: Le signal de sortie de veille est techniquement une interruption matérielle, comme on le verra plus tard.
Il existe aussi des '''instructions d'arrêt''', qui éteignent le processeur complétement. Le processeur peut redémarrer, mais pas reprendre là où il en était. Pour redémarrer, il faut qu'il reçoive un signal RESET, envoyé sur une entrée du processeur. Lorsque l'entrée RESET du processeur est mise à 1, le processeur redémarre. Typiquement, l'alimentation du processeur est suspendue.
===Les exemples sur les processeurs les plus connus===
Sur les processeurs ARM, les instructions WFI et WFE sont utiles pour les systèmes embarqués, pour mettre le processeur en mode basse consommation. Lorsqu'une instruction de ce type est exécutée, le processeur continue d'être alimenté, mais il ne tient pas compte du signal d'horloge. Le signal d'horloge est clock gaté dès l'entrée dans le CPU. La différence entre les deux instructions est que WFI s'exécute inconditionnellement, alors que WFE ne s’exécute que un registre spécifique, le registre d'évènement, est à 0.
Sur les processeurs Motorola 6502 et ses dérivés, l'instruction WAI est une instruction de mise en veille, alors que l'instruction STP éteint l'ordinateur. La différence est qu'avec l'instruction STP, le processeur ne réagit qu'au signal RESET, qui fait redémarrer le processeur, mais ne réagit pas aux signaux de sortie de veille. L'exécution du processeur ne reprend alors pas là où le processeur s'est arrêté, le ''program counter'' est réinitialisé.
Sur les CPU x86 avant le 486, l'instruction HLT ne mettait pas le processeur en mode basse consommation. Aucune technique n'était prévue pour réduire la consommation du processeur pendant la veille. Le 8086 se contentait de se déconnecter du bus et n'incrémentait pas son ''program counter''. Au passage, l'implémentation exacte au niveau des circuits de l'instruction HLT sur le 8086 est détaillée dans cet article de blog :
* [https://www.righto.com/2023/01/reverse-engineering-intel-8086.html Reverse-engineering the Intel 8086 processor's HALT circuits]
C'est avec le 486 que la mise en veille s'est accompagnée d'une extinction partielle du processeur. Le processeur passait en mode basse consommation, ce qui permettait des économies d'énergie de 5 à 10%. Cependant, les premiers CPU sortis d'usine avaient un bug : le CPU stoppé via l'instruction HLT ne pouvait pas redémarrer de manière logicielle, il fallait lui envoyer le signal de RESET directement via le matériel.
{|class="wikitable"
|-
! x86
| HLT (HALT)
|-
! ARM
|
* WFI (Wait For Interrupt)
* WFE (Wait For Event).
|-
! Motorola 6502 et plus
|
* WAI (WAit for Interrupt)
* STP (SToP)
|}
===Les instructions ''Halt And Catch Fire''===
Le bug n'est pas spécifique aux processeurs 486, de nombreux CPU ont des instructions non-documentées qui bloquent l'ordinateur, si exécutées. Le processeur ne peut alors pas sortir de la mise en veille et soit s'arrête, soit doit être RESET. Les instructions ne sont souvent pas voulues par les concepteurs et sont souvent des bugs. De telles instructions illégales devraient lever une exception matérielle "instruction non reconnue", mais ne le font pas en raison d'un bug quelconque. Elles sont appelées, non sans humour, des '''instructions ''Halt And Catch Fire''''' (stoppe et prend feu).
Un exemple classique est celle du bug du Pentium F00F. Le responsable est une instruction non-documentée, encodée en binaire comme suit F0 0F C7 C8. Il s'agit d'une instruction dont l'encodage est invalide. Elle correspond à une instruction cmpxchg8b qui agit sur une valeur 64 bits obtenue en concaténant les deux registres (EAX et EDX). Elle compare cette valeur 64 bits avec une donnée en mémoire RAM. Mais avec l'encodage F0 0F C7 C8, l'adresse mémoire est remplacée par un nom de registre, du fait de l'encodage des modes d'adressage sur ce CPU. En théorie, le processeur devrait lever une exception matérielle ''opcode invalide''. Seulement, l'instruction est associée à un préfixe LOCK, qu'on ne détaillera pas ici, qui empêche la levée de l'exception.
Elle agissait comme une instruction ''Halt And Catch Fire'' classique. Un problème est que cette instruction n'était pas une instruction en mode noyau, mais une instruction accessible en espace utilisateur. N'importe quel programme invalide, voire un programme malicieux, pouvait bloquer l'ordinateur. La situation a été prise an sérieux, les systèmes d'exploitation fournissant des mitigations logicielles. Intel corrigea le problème, dans une seconde fournée sortie d'usine, avec la version B2 du 486.
==Résumé==
Pour résumer, les instructions les plus courantes sont les suivantes :
{|class="wikitable"
|-
!Instruction
!Utilité
|-
!Instructions arithmétiques
|Elles font des calculs sur des nombres. Les plus communes sont l'addition, la soustraction, la multiplication, la division, le modulo. Pour les instructions flottantes, la racine carrée est souvent supportée, parfois avec les opérations trigonométriques, les logarithmes et l'exponentielle.
|-
!Instructions logiques
|Elles travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les plus communes sont ;
* Les opérations bit à bit, à savoir le ET logique, le OU logique, le OU exclusif (XOR) et le NON logique.
* Les instructions de décalage à droite et à gauche, qui vont décaler tous les bits d'un nombre d'un cran vers la gauche ou la droite. Les bits qui sortent du nombre sont considérés comme perdus.
* Les instructions de rotation, qui font la même chose que les instructions de décalage, à la différence près que les bits qui "sortent d'un côté du nombre" après le décalage rentrent de l'autre.
|-
!Instructions de test et de contrôle (branchements)
|Elles permettent de contrôler la façon dont notre programme s’exécute sur notre ordinateur. Elles permettent notamment de choisir la prochaine instruction à exécuter, histoire de répéter des suites d'instructions, de ne pas exécuter des blocs d'instructions dans certains cas, et bien d'autres choses.
|-
!Instructions d’accès mémoire
|Elles permettent d'échanger des données entre le processeur et la mémoire, ou encore permettent de gérer la mémoire et son adressage. Les deux les plus courantes sont les suivantes :
* LOAD : charge une donnée dans un registre ;
* STORE : copie le contenu d'un registre dans une adresse mémoire.
|}
En plus de ces instructions, beaucoup de processeurs ajoutent d'autres instructions. La plupart sont utilisées par le système d'exploitation pour configurer certaines fonctionnalités importante : la protection mémoire, la mémoire virtuelle, les modes de compatibilité du processeur, la gestion de l'alimentation, l'arrêt ou la mise en veille, etc.
On peut aussi trouver des instructions spécialisées dans les calculs cryptographiques : certaines instructions permettent de chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe. De même, certains processeurs ont une instruction permettant de générer des nombres aléatoires. Et on peut trouver bien d'autres exemples...
Mais d'autres sont franchement exotiques. Par exemple, certains processeurs sont capables d'effectuer des instructions sur du texte directement. Pour stocker du texte, la technique la plus simple utilise une suite de lettres, stockées les unes à la suite des autres dans la mémoire, dans l'ordre dans lesquelles elles sont placées dans le texte. Quelques ordinateurs disposent d'instructions pour traiter ces suites de lettres. D'ailleurs, n'importe quel PC x86 actuel dispose de telles instructions, bien qu'elles ne soient pas utilisées car paradoxalement trop lente comparé aux solutions logicielles ! Cela peut paraître surprenant, mais il y a une explication assez simple qui sera compréhensible dans quelques chapitres (les instructions en question sont microcodées).
<noinclude>
{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les mémoires FIFO et LIFO
| prevText=Les mémoires FIFO et LIFO
| next=Les registres du processeur
| nextText=Les registres du processeur
}}
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kggay15ay2avj01cndlcgyx6qj2y515
773485
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2026-09-28T18:39:00Z
Mewtow
31375
/* Les instructions de transfert entre registres : MOV et XCHG */
773485
wikitext
text/x-wiki
Ce chapitre va aborder le langage machine, à savoir un standard qui définit les instructions du processeur, le nombre de registres, etc.
Dans ce chapitre, on considérera que le processeur est une boîte noire au fonctionnement interne inconnu.
Nous verrons le fonctionnement interne d'un processeur dans quelques chapitres.
Les concepts que nous allons aborder ne sont rien d'autre que les bases nécessaires pour apprendre l'assembleur.
Nous allons surtout parler des instructions du processeur.
Pour simplifier, on peut classer les instructions en quatre grands types :
* les échanges de données entre mémoires ;
* les calculs et autres opérations arithmétiques ;
* les instructions de comparaison ;
* les instructions de branchement.
À côté de ceux-ci, on peut trouver d'autres types d'instructions plus exotiques, pour gérer du texte, pour modifier la consommation en électricité de l'ordinateur, pour chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe, générer des nombres aléatoires, etc. Dans ce chapitre, nous allons voir un aperçu assez large des instructions qui existent. Nous n'allons pas nous limiter aux instructions les plus importantes, mais nous allons aussi parler d'instructions assez exotiques, soit présentes uniquement sur d'anciens ordinateurs, soit très rares, soit franchement tordues. Et certaines de ces instructions exotiques sont assez impressionnantes et risquent de vous surprendre !
==Les instructions entières==
Les '''instructions arithmétiques''' sont les plus courantes et comprennent au minimum l'addition, la soustraction, la multiplication, plus rarement la division. Précisons qu'une opération mathématique ne se fait pas de la même manière suivant la représentation utilisée pour coder ces nombres : on ne manipule pas de la même façon des nombres entiers binaires, des entiers codés en BCD et des nombres flottants. Aussi, dans ce qui va suivre, nous allons séparer les opérations entières, les opérations flottantes et les opérations en BCD.
Les processeurs modernes utilisent des nombres encodés soit en binaire normal, soit en complément à deux. L'avantage est que les opérations arithmétiques se font de la même manière dans les deux encodages. Il y a quelques différences, mais elles sont suffisamment mineures, pas besoin d'avoir une instruction dédiée pour les nombres signés. Les anciens processeurs utilisaient eux des entiers signés en signe-magnitude ou en complément à 1, ou d'autres représentations. Et avec ces représentations, les calculs ne sont pas exactement les mêmes pour les nombres signés et non-signés. Ils avaient donc des instructions séparées pour l'addition signée et l'addition non-signée, idem pour la soustraction, la multiplication, etc.
De nos jours, les ordinateurs utilisent des entiers de taille fixe, qui tiennent dans un registre. J'ai dit qui tiennent dans un registre, car la taille des opérandes dépend de l'instruction. Un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs pour chaque taille : certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Mais la taille d'une opérande ne dépasse pas la taille d'un registre entier.
===La ou les instructions d'addition entière===
Un processeur implémente au minimum une opération d'addition, même s'il existe de rares exemples de processeurs qui s'en passent. Mieux : certains processeurs implémentent plusieurs instructions d'addition, qui se distinguent par de subtiles différences.
La première est évidemment la '''taille des opérandes'''. Un processeur 32 bits peut par exemple implémenter trois additions différentes : une addition 32 bits qui additionne deux opérandes 32 bits : une addition 16 bits qui additionne deux doublets (16 bits), et une addition 8 bits qui additionne deux octets. Précisons cependant que c'est une possibilité et que ca n'a rien d'automatique. De nombreux processeurs ne fournissent que des additions sur des opérandes 32 bits, et rien d'autre,les autres taille d'opérandes ne sont pas supportées. Mais on peut toujours émuler des opérations sur 8 ou 16 bits avec des opérations de masquage.
La seconde différence est la '''gestion des débordements d'entier'''. Pour gérer les débordements d'entier, certains processeurs disposent d'un '''registre de débordement''', de 1 bit, qui indique si une instruction arithmétique a généré un débordement d'entier ou non. Il est mis à 1 en cas de débordement, mais reste à 0 sinon. Il est mis à jour à chaque addition/multiplication/soustraction.
Pour rappel, les débordements d'entiers sont différents selon que l'addition est signée ou non, et il faut en tenir compte au niveau du jeu d'instruction. La solution la plus simple est l'existence de deux instructions dédiées : une pour les additions de nombres signés et une autre pour les nombres non-signés. Le circuit additionneur est le même pour ces deux instruction, mais le calcul du bit de débordement est différent. D'autres processeurs s'en sortent autrement, en ayant deux bits de débordement : un si le résultat est signé, l'autre pour les résultats non-signés. Mais nous reparlerons de cela plus tard.
Une autre différence, présente sur les vieux processeurs, tient dans la '''gestion de la retenue''. À l'époque, les processeurs ne pouvaient gérer que des nombres de 4 à 8 bits, guère plus. Pourtant, la plupart des applications logicielles demandait d'utiliser des entiers de 16 bits. Les opérations comme l'addition ou la soustraction étaient alors réalisées en plusieurs fois. Par exemple, on additionnait les 8 bits de poids faible, puis les 8 bits de poids fort. Dans un cas pareil, il fallait aussi gérer la retenue dans l'addition des 8 bits de poids fort.
Pour cela, la retenue en question était mémorisée dans un registre de 1 bit dédié, semblable au registre de débordement, appelé le '''bit de retenue'''. De plus, les processeurs incorporaient une instruction d'addition qui additionnait les deux opérandes avec la retenue en question, instruction souvent appelée ADDC (''ADD with Carry''). Niveau circuits, cela ne changeait pas grand chose, tous les additionneurs ayant une entrée pour la retenue (qui est utilisée pour implémenter la soustraction, rappelez-vous). L'implémentation de l'instruction ADDC était très simple, n'utilisait presque pas de circuits, et rendait de fiers services aux programmeurs de l'époque. Nous parlons là des vieux processeurs 4 et 8, mais certains processeurs 16, 32, voire 64 bits, sont capables d'effectuer ce genre d'opération, même si ils sont rares.
: Il existe parfois des instructions pour mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. C'est le cas sur l'architecture x86. Mais son utilité est marginale, car toutes les instructions arithmétiques modifient le bit de retenue.
La même chose a lieu pour la soustraction, qui demande qu'une "retenue" soit propagée d'une colonne à l'autre (bien que la "retenue" soit utilisée différemment : elle n'est pas additionnée, mais soustraite du résultat de la colonne). Pour cela, les processeurs implémentent l'opération SUBC (''Substract with Carry''). Et pour mettre en œuvre cette opération, ils ont deux options. La première est d'ajouter un bit pour la "retenue" de la soustraction. Pour une soustraction qui calcule a-b, elle vaut 0 si a>=b et 1 si a<b. Elle est utilisée telle qu'elle par le circuit qui effectue la soustraction, généralement un soustracteur. L'autre option est d'utiliser le but de retenue de l'addition, sans rien modifier. Pour comprendre pourquoi, rappelons que la soustraction est implémentée en complément à deux par le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + 1</math>
Il s'agit d'une addition, qui a donc une retenue lors d'un débordement. On peut alors réutiliser le bit de retenue de l'addition pour la soustraction, en modifiant quelque peu la soustraction à effectuer. Pour comprendre comment faire la modification, précisons tout d'abord que les règles du complément à deux nous disent qu'on a un débordement quand a>=b. Passons maintenant à l'étude d'un exemple théorique : le cas où on veut soustraire deux nombres de 16 bits avec deux opérations SUBC qui travaillent sur 8 bits. Appelons les deux opérandes A et B, <math>a_h</math> et <math>b_h</math> les 8 bits de poids forts de ces opérandes, et <math>a_l</math> et <math>b_l</math> leurs 8 bits de poids faible. Voyons ce qui se passe suivant que la retenue soit de 0 ou 1.
* Si la retenue de l'addition est de 1, on a <math>a_l \geq b_l</math>, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>.
* À l'inverse, si la retenue de l'addition est de 0, on a <math>a_l \leq b_l</math>. Cela veut dire que si on posait la soustraction, alors une retenue devrait être propagée à la colonne suivante, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1 - \text{retenue de 1}</math>.
Récapitulons dans un tableau.
{|class="wikitable"
|-
! Retenue
! Opération à effectuer pour la seconde soustraction
|-
! 0
| <math>a_h + \overline{b_h} + 0</math>
|-
! 1
| <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>
|}
On voit que ce qu'il faut ajouter à <math>a_h + \overline{b_h}</math> est égal à la retenue. L'opération SUBC fait donc le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + \text{retenue}</math>
La plupart des processeurs 8 et 16 bits avaient deux instructions de soustraction séparées : une sans gestion de la retenue, une avec. Mais certains processeurs comme le 6502 n'avaient qu'une seule instruction de soustraction : celle qui tient compte de la retenue ! Il n'y avait pas de soustraction normale. Pour éviter tout problème, les programmeurs devaient faire attention. Ils disposaient d'une instruction mettre à 0 ou à 1 le bit de retenue pour éviter tout problème, qu'ils utilisaient avant toute soustraction simple.
===Les instructions de division entière===
Il faut savoir que la division est une opération très lourde pour le processeur : une instruction de division dédiée met au mieux une dizaine de cycles d'horloge pour fournir un résultat, parfois plus de 50 à 70 cycles d’horloge. Et elle est facilement 10 à 50 fois plus lente qu'une opération de multiplication. De plus, son implémentation matérielle utilise beaucoup de portes logiques/transistors. Son cout globalement le même que pour un circuit multiplieur, parfois un peu plus. Mais on a de la chance : c'est aussi une opération assez rare, peu utilisée.
De plus, les divisions les plus courantes sont des divisions par une constante : un programme devant manipuler des nombres décimaux aura tendance à effectuer des divisions par 10, un programme manipulant des durées pourra faire des divisions par 60 (gestion des minutes/secondes) ou 24 (gestion des heures). Or, diverses astuces permettent de les remplacer par des suites d'instructions plus simples, qui donnent le même résultat (l'usage de décalages, la multiplication par un entier réciproque, etc). Et la suite d'instruction équivalent est beaucoup plus rapide qu'une implémentation matérielle, car on profite qu'une opérande est constante. En-dehors de ce cas, l'usage des divisions est assez rare.
Sachant cela, certains processeurs ne possèdent pas d'instruction de division, car les gains de performance seraient modérés et le coût en transistors élevé. Les divisions sont alors émulées en logiciel, par une suite de soustractions ou tout autre code équivalent. D'autres processeurs implémentent toutefois la division dans une instruction machine, avec un circuit dédié, mais c'est signe que le coût en transistors n'est pas un problème pour le concepteur de la puce.
===Les instructions de multiplication entière===
Contrairement à la division, l'opération de multiplication entière est très courante, presque tous les processeurs modernes en ont une. Les multiplications sont plus fréquentes dans le code des programmes, sans compter que c'est une opération pas trop lourde à implémenter en circuit. Il en existe parfois plusieurs versions sur un même processeur. Ces différentes versions servent à résoudre un problème quant à la taille du résultat d'une multiplication.
Le résultat d'une multiplication est très large et prend deux registres. Par exemple, une multiplication de deux opérandes 64 bits donne un résultat sur 128 bits, ce qui ne tient pas dans un registre, mais en prend deux. Et en général, la multiplication de deux opérandes de <math>n</math> bits donne un résultat de <math>2 \times n</math>, soit deux fois plus de bits. Le résultat complet ne tient pas dans un registre, il en prend exactement deux. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions.
Dans sa version la plus simple, l'instruction de multiplication se contente de garder les <math>n</math> bits de poids faible. Tous les processeurs qui supportent la multiplication ont une '''instruction MUL''' qui ne calcule que les bits de poids faible du résultat, dont le résultat est enregistré dans un seul registre. L'instruction peut générer des débordements d'entiers, si le résultat déborde dans les bits de poids fort.
Pour obtenir le résultat complet, le reste du processeur. Beaucoup de processeurs supportent juste l'instruction MUL, et ne permettent pas de calculer les bits de poids fort du résultat. Mais d'autres le permettent, avec des instructions spécialisées. Le processeur ajoute des instructions de multiplication, séparées de l'instruction MUL, qui permettent d'obtenir le résultat complet, directement ou indirectement. Le problème à résoudre est que le résultat prend deux registres. Globalement, il y a deux grandes solutions.
La première rajoute une '''instruction MULH''', pour calculer les bits de poids fort du résultat. Le processeur a donc deux instructions de multiplication : l'instruction MUL qui calcule les bits de poids faible du résultat, l'instruction MULH qui calcule les bits de poids fort. D'autres processeurs disposent d'une instruction de multiplication configurable, qui permet de choisir quels bits conserver : poids fort ou poids faible. Le calcul du résultat complet est donc fait en deux instructions, chacune n'écrivant son résultat que dans un seul registre.
La seconde rajoute une '''instruction MULX''' ou ''FULL MUL'', qui calcule les tout le résultat en une seule opération, et qui mémorisent le résultat dans deux registres. C'est plus rare, mais possible. Le défaut est que l'instruction doit préciser les deux registres dans lesquels enregistrer le résultat. Elle doit préciser le registre pour les bits de poids faible, un autre pour les bits de poids fort. Et préciser deux registres de résultat, pus deux registre d'opérande, c'est compliqué : les quatre registres prennent trop de place dans l'instruction, comme on le verra dans le chapitre sur l'encodage des instructions.
==Les instructions sur les entiers BCD==
Parlons maintenant des '''instructions BCD''', qui agissent sur des opérandes codées en BCD. Devenues très rares avec la disparition du BCD dans l'informatique grand-public, elles étaient quasiment essentielles sur les tous premiers processeurs 8 bits.
===Les ordinateurs décimaux===
Au tout début de l'informatique, il a existé des processeurs qui travaillaient uniquement en BCD, appelés des '''processeurs décimaux'''. Ils avaient uniquement des instructions BCD, pas d'instruction sur des opérandes codées en binaire. Ils étaient assez courants entre les années 60 et 70, même s'ils ne représentent pas la majorité des architectures de l'époque. Il y avait une vraie séparation entre processeurs décimaux et processeurs binaires, sans intermédiaires notables.
Les tous premiers ordinateurs décimaux pouvaient manipuler des entiers BCD de taille arbitraire. Ils stockaient leurs nombres dans des chaines de caractères ou des tableaux encodés en BCD. Le processeur faisait les calculs chiffre par chiffre, caractère BCD par caractère BCD. Les ordinateur décimaux qui ont abandonné ce fonctionnement. À la place, ils ont intégré des registres capables de mémoriser des entiers BCD de taille fixe.
Le grand avantage des processeurs décimaux est leur très bonne performance dans les tâches de bureautique, de comptabilité, et autres. Les processeurs de l'époque recevaient des entiers codés en BCD de la part des entrées-sorties, et devaient les traiter. Les processeurs binaires devaient faire des conversion BCD-binaire pour communiquer avec les entrées-sorties, mais pas les processeurs décimaux. Le gain en performance pouvait être substantiel dans certaines applications.
===Les instructions BCD des processeurs binaires===
Par la suite, dans les années 80, l'augmentation des performances a favorisé les processeurs binaires. Faire des conversions binaires-BCD n'était plus un problème, les conversions étaient suffisamment rapides. Par contre, faire les calculs en BCD était plus lent que faire les calculs en binaire, ce qui fait que le compromis technologique de l'époque favorisaient le binaire. Mais pour obtenir le meilleur des deux mondes, les processeurs binaires ont ajouté un support du BCD. C'était l'époque des architectures 8 bits, puis 16 bits.
Intuitivement, on se dit que, les processeurs de l'époque des 8 bits avaient leurs instructions de calcul en double : une instruction pour les calculs entier et une autre pour les calculs BCD. Mais d'autres processeurs faisaient autrement. À l'époque des processeurs 8-16 bits, certains processeurs ne géraient pas d'instructions BCD proprement dit, mais géraient quand même les calculs en BCD grâce à des instructions spéciales. Concrètement, les programmeurs utilisaient une instruction d'addition ou de soustraction binaire, mais il était possible de corriger ce résultat pour obtenir le bon résultat codé en BCD. Les processeurs de l'époque disposaient d'une instruction pour faire la correction, souvent appelée ''Decimal Adjust After Addition''.
Avant d'aller plus loin, nous devons préciser que les processeurs 8 bits de l'époque pouvaient gérer deux formats de BCD. Le premier est le '''format ''Packed''''', où deux chiffres sont mémorisé dans un octet. Le premier nibble (4bits) mémorise un chiffre BCD, le second nibble mémorise le second. Il s'agit d'un format qui remplit au maximum les bits de l'octet avec des données utiles. L'autre format, appelé '''''Unpacked''''', ne mémorise qu'un seul chiffre BCD dans un octet. Le chiffre est quasi- tout le temps dans le nibble de poids faible. Il se trouve que la manière de corriger le résultat d'une opération n'est pas la même suivant que le nombre est codé en BCD ''packed'' et ''unpacked''.
Pour commencer, étudions le cas des nombres BCD ''unpacked'', plus simples à comprendre. Lors d'une addition, il se peut que le résultat ne soit pas représentable en BCD ''unpacked''. Par exemple, si je fais le calcul 5 + 8, le résultat sera 13 : il tient dans un nibble en décimal, mais pas en BCD ! Cette situation survient quand le résultat d'une addition de deux entiers BCD ''unpacked'' dépasse 9, la limite de débordement en BCD ''unpacked''. Nous avons vu dans le chapitre sur les circuits d'addition que la correction est alors toute simple : si le résultat dépasse 9, on ajoute 6. De plus, on doit prévenir que le résultat a débordé et ne tient pas sur un nibble en BCD. Pour cela, on ajoute un bit spécialisé, appelé le '''''half carry flag''''', indicateur de demi-retenue en français, qui joue le même rôle que le bit de débordement, mais pour le BCD ''unpacked''. Sur les processeurs x86, tout cela est réalisé par une instruction appelée ''ASCII adjust after addition''.
: Pour la soustraction, il faut faire la même chose, sauf qu'il faut soustraire 6, pas l'ajouter. Et il y a aussi une instruction pour cela : ''ASCII adjust after substraction''.
Pour les nombres BCD ''packed'', la procédure est globalement la même, sauf qu'il faut traiter les deux ''nibbles'' : on ajoute 6 si le nibble de poids faible dépasse 9, puis on fait la même chose avec le ''nibble'' de poids fort. Le bit ''half carry flag'' n'est pas mis à jour et est tout simplement ignoré. Notons qu'on modifie d'abord le ''nibble'' de poids faible, avant de traiter celui de poids fort. En effet, si on corrige celui de poids faible, la retenue obtenue en ajoutant 6 se propage au nibble suivant, ce qui fait que ce dernier peut voir sa valeur augmenter. Une fois cela fait, le bit de retenue est mis à 1. La procédure est différente, vu qu'il faut traiter deux ''nibles'' au lieu d'un, et que le bit ''half-carry'' est ignoré au profit du bit de retenue normal. D'où l'existence d'une instruction séparée pour l'addition des nombres BCD ''packed'', appelée ''Décimal adjust after addition'' sur les processeurs x86.
Les processeurs modernes ne supportent plus le BCD, car il est très peu utilisé. Les processeurs ARM et MIPS ont toujours fait sans instructions BCD. Les processeurs x86 des PC désactivent les instructions BCD en mode 64 bits, mais conservent des opérations BCD en mode 32 bits, pour des raisons de compatibilité. Le support du codage BCD est surtout quelque chose qu'on trouve sur les anciens processeurs.
==Les instructions flottantes==
Passons maintenant au support des nombres flottants. Avant les années 60, les processeurs n'était pas encore capables de faire de calculs avec des nombres flottants. Les calculs flottants étaient émulés soit par une bibliothèque logicielle, soit par le système d'exploitation. Pour améliorer les performances, les concepteurs de processeurs ont conçus des '''coprocesseurs arithmétiques''', des processeurs secondaires spécialisés dans les calculs flottants, qui complémentaient le processeur principal, et avaient leur propre emplacement sur la carte mère. Par la suite, les concepteurs de processeurs ont incorporé des instructions de calculs sur des nombres flottants, rendant le coprocesseur inutile.
Pour supporter les nombres flottants, il y a deux écoles. La première utilise des instructions flottantes séparées des instructions entières. La seconde utilise des instructions d'addition/soustraction/multiplication généralistes, capables de traiter indifféremment entiers et flottants, voire les encodages BCD.
===Les architectures taguées===
Le second cas correspond à certaines machines assez anciennes, datant des années 50 à 70. Ces processeurs n'avaient qu'une seule instruction d'addition, qui pouvait traiter indifféremment flottants, nombres entiers codés en BCD, en complément à deux, etc. Pour cela, les opérandes étaient associés à un type qui précisait s'il s'agissait d'un opérande flottant, entier, BCD, d'un pointeur, ou autre. Le traitement effectué par une instruction dépendait des ''tag'' associés aux opérandes. Par exemple, si les deux opérandes avaient un ''tag'' "entier", l'instruction faisait un calcul entier. Si les deux opérandes avaient un ''tag'' "flottant", l'instruction faisait un calcul flottant.
Le type de l'opérande était encodé avec un ''tag'', une sorte de numéro codé en binaire. Le ''tag'' était stocké en mémoire à côté de l'opérande, un mot mémoire contenait la donnée et le ''tag'' concaténés l'un à la suite de l'autre. Le défaut est que la mémoire devait être conçue pour gérer le ''tag'', de même que le processeur. Des processeurs de ce type s'appellent des ''architectures à tags'', ou '''tagged architectures''', en référence au ''tag'' ajouté dans la mémoire.
Mais les processeurs modernes n'utilisent pas cette technique, du fait de son cout en mémoire. À la place, le processeur dispose d'une instruction par type à manipuler : une instruction de multiplication pour les flottants, une autre pour les entiers codés en complément à deux, etc.
===Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées===
Les processeurs modernes disposent d''''instructions de calculs flottants''', qui font des calculs avec des nombres flottants. En général, les instructions flottantes les plus courantes sont l'addition, la soustraction, la multiplication et la division. D'autres opérations plus complexes peuvent être supportées, comme les fonctions trigonométriques, les logarithmes, l'exponentielle, la fonction puissance, etc. Mais c'est déjà un peu plus rare, la majorité des processeurs anciens se contentent des quatres opérations de base.
: Nous palerons aussi d'''instructions flottantes'' pour désigner les ''instructions de calcul flottant''. Mais les deux termes ne sont pas strictement équivalent, car les ''instructions flottantes'' regroupent toutes les instructions flottantes, pas que les calculs flottants. La différence entre les deux deviendra plus claire quand on arrivera à la section sur les isntructions d'accès mémoire.
En général, les processeurs utilisent des registres séparés pour les nombres flottants. Ils ont d'un côté des '''registres généraux''' pour les nombres entiers et les adresses mémoire, de l'autre des '''registres flottants''' pour les nombres flottants. Les instructions de calcul flottants utilisent ces ''registres flottants'' uniquement, elles ne peuvent pas lire/écrire dans les registres généraux, sauf pour quelques exceptions. La séparation entre registres flottants et entiers est la source de quelques subtilités, qu'on abordera dans la section sur les instructions d'accès mémoire.
Le standard IEEE 754 standardise quelques instructions flottantes : les quatre opérations arithmétiques de base, les comparaisons et la racine carrée. Certains processeurs vont plus loin et implémentent aussi d'autres instructions sur les flottants qui ne sont pas supportées par la norme IEEE 754. Par exemple, certaines fonctions mathématiques telles que sinus, cosinus, tangente, arctangente et d'autres. Le seul problème, c'est que ces instructions peuvent mener à des erreurs de calcul incompatibles avec la norme IEEE 754. Heureusement, les compilateurs peuvent mitiger ces désagréments.
Il faut néanmoins préciser que le support de la norme IEEE 754 n'est pas une obligation : certains processeurs ne la supportent que partiellement. Par exemple, certains processeurs ne supportent que les flottants simple précision, mais pas les double précision (ou inversement). Exemple : les premiers processeurs Intel ne géraient que les flottants double précision étendue. D'autres processeurs ne gèrent pas les ''underflow'', ''overflow'', les NaN, les infinis, ou même les flottants dénormaux. Précisons que même lorsque la gestion des dénormaux est implémentée en hardware (comme c'est le cas sur certains processeurs AMD), celle-ci reste malgré tout très lente.
Si les exceptions ne sont pas supportées, le processeur peut être configuré de façon à soit ignorer les exceptions en fournissant un résultat, soit déclencher une exception matérielle (à ne pas confondre avec les exceptions de la norme). Le choix du mode d'arrondi ou la gestion des exceptions flottantes se fait en configurant un registre dédié, intégré dans le processeur.
Plus rarement, il arrive que certains processeurs gèrent des formats de flottants spéciaux qui ne font pas partie de la norme IEEE 754. Par exemple, certains processeurs utilisent des formats de flottants différents de la norme IEEE 754, avec par exemple des flottants codés sur 8 ou 16 bits, qui sont très utiles pour les applications qui se contentent très bien d'un résultat approché.
==Les instructions logiques==
À côté des instructions de calcul, on trouve des '''instructions logiques''' qui travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les opérations bit à bit ont déjà été vues dans les premiers chapitres, ceux sur l'électronique. Pour rappel, les plus courantes sont :
* La négation, ou encore le NON bit à bit, inverse tous les bits d'un nombre : les 1 deviennent des 0 et les 0 deviennent des 1.
* Le ET bit à bit, qui agit sur deux nombres : il va prendre les bits qui sont à la même place et va effectuer un ET (l’opération effectuée par la porte logique ET). Exemple : 1100·1010=1000.
* Les instructions similaires avec le OU ou le XOR.
Mais d'autres instructions sont intéressantes à étudier.
===Les instructions de décalage et de rotation===
Les '''instructions de décalage''' décalent tous les bits d'un nombre vers la gauche ou la droite. Pour rappel, il existe plusieurs types de décalages : les rotations, les décalages logiques, et les décalages arithmétiques. Nous avions déjà vu ces trois opérations dans le chapitre sur les circuits de décalage et de rotation, ce qui fait que nous allons simplement faire un rappel dans le tableau suivant. Pour résumer, voici la différence entre les trois opérations :
{|class="wikitable"
|-
!
! Schéma
! Gestion des bits sortants
! Remplissage des vides laissés par le décalage
|-
! Rotation
|[[File:Rotation de bits.png|Rotations de bits.]]
| Réinjectés dans les vides laissés par le décalage
| Remplis par les bits sortants
|-
! Décalage logique
|[[File:Décalage logique.png|Décalage logique.]]
| rowspan="2" | Les bits sortants sont oubliés
| Remplis par des zéros
|-
|-
! Décalage arithmétique
|[[File:Décalage arithmétique.png|Décalage arithmétique.]]
| Remplis par :
* le bit de signe pour les bits de poids fort ;
* des zéros pour les bits de poids faible .
|}
Pour rappel, les décalages de n rangs sont équivalents à une multiplication/division par 2^n. Un décalage à gauche est une multiplication par 2^n, alors qu'un décalage à droite est une division par 2^n. Les décalages logiques effectuent la multiplication/division pour un nombre non-signé (positif), alors que les décalages arithmétiques sont utilisés pour les nombres signés. Précisons cependant que pour ce qui est des décalages à droite, les décalages logiques et arithmétiques n'arrondissent pas le résultat de la même manière. Les décalages logiques à droite arrondissent vers zéro, alors que les décalages arithmétiques arrondissent vers la valeur inférieure (vers moins l'infini). De plus, les décalages à gauche entraînent des débordements d'entiers qui ne se gèrent pas de la même manière entre décalage logique et décalage arithmétique.
La plupart des processeurs stockent le bit sortant dans un registre, généralement le registre qui stocke le bit de retenue des additions qui est réutilisé pour cette optique. Ils possèdent aussi une variante des instructions de décalage où le bit de retenue est utilisé pour remplir le bit libéré au lieu de mettre un zéro. Cela permet d'enchaîner les décalages sur un nombre de bits plus grand que celui supporté par les instructions en procédant par morceaux. Par exemple, pour un processeur supportant les décalages sur 8 et 16 bits, il peut enchaîner deux décalages de 16 bits pour décaler un nombre de 32 bits ; ou bien un décalage de 8 bits et un autre de 16 bits pour décaler un nombre de 24 bits.
[[File:Shift Arithmetic Right.svg|centre|vignette|Décalage arithmétique à droite, où le bit sortant est mémorisé dans le bit de retenue (CF pour ''Carry Flag'').]]
Ils existe une variante des instructions de rotation où le bit de retenue est utilisé. Un bon exemple est celui des instructions LRCY (''Left Rotate Through Carry'') et RRCY (''Right Rotate Through Carry''). La première est un décalage/rotation à gauche, l'autre est un décalage/rotation à droite. Les deux décalent un registre de 16 bits, mais on pourrait imaginer la même chose avec des registres de taille différente. Lors du décalage, le bit sortant est mémorisé dans le registre de retenue, alors que le bit de retenue précédent est lui envoyé dans le vide laissé par le décalage. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une rotation, sauf que le nombre décalé/rotaté est composé du registre concaténé au bit de retenue, le bit de retenue étant le bit de poids fort pour un décalage à gauche, de poids faible pour un décalage à droite.
====Le cas particuliers des processeurs ARM====
Sur les processeurs ARM, il n'y a pas d'instruction de décalage à proprement parler, ni de rotations. Par contre, les décalages sont fusionnés avec la plupart des opérations arithmétiques ! Toute opération arithmétique prend deux registres d'opérandes et un registre de destination, ainsi qu'un décalage facultatif. Le décalage est appliqué sur la seconde opérande automatiquement, sans avoir à faire une instruction séparée. À l'intérieur de l'instruction, deux bits précisent quel type de décalage effectuer (logique à droite, arithmétique à droite, à gauche, rotation à droite). Le nombre de rangs dont il faut décaler est soit encodé directement dans l'instruction sur 5-6 bits, soit précisé dans un registre.
Toutes les instructions ne permettent pas de faire un décalage automatique. Seules les opérations simples peuvent le faire, à savoir les additions, soustractions, copies d'un registre à un autre, les opérations logiques, et quelques autres. Et cela se marie très bien avec le fait qu'on applique le décalage sur la seconde opérande fait qu'il se marie très bien avec les calculs d'adresse. En effet, quand un programmeur manipule une structure de données, notamment un tableau, il arrive souvent qu'il fasse des calculs d'adresse cachés. La majeure partie de ces calculs d'adresse sont de la forme : adresse de base + (indice * taille de la donnée). Vu que les données ont très souvent une taille qui est une puissance de deux, le second terme se calcule en décalant l'indice, le calcul total demande une simple addition avec une opérande décalée, ce qui prend une seule instruction sur les processeur ARM.
===Les instructions de manipulation de bits===
D'autres opérations effectuent des calculs non pas bit à bit (on traite en parallèle les bits sur la même colonne), mais qui manipulent les bits à l'intérieur d'un nombre. les plus simples d'entre elles comptent sur les bits.
Une instruction très commune de ce type est l'instruction '''''population count''''', qui compte le nombre de bits d'un nombre qui sont à 1. Par exemple, pour le nombre 0100 1100 (sur 8 bits), la ''population count'' est de 3. Il s'agit d'une instruction utile dans les codes correcteurs d'erreur, très utilisés pour tout et n'importe quoi (trames réseau, sommes de contrôle des secteurs des disques dur, et bien d'autres). De plus, elle permet de calculer facilement le bit de parité d'un nombre, ce qui est utile pour les codes de détection d'erreur. En soi, l'instruction est facultative et l'implémenter est un choix qui n'est pas trivial. Mais cette instruction est très simple à implémenter en circuits, sans compter que son implémentation utilise assez peu de transistors. Le circuit de calcul est ridiculement simple, utilise peu de transistors.
Les processeurs gèrent aussi assez souvent des instructions pour compter les zéros ou les uns après le bit de poids fort/faible. Pour rappel, voici les quatre possibilités :
* '''''Count Trailing Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à droite du 1 de poids faible.
* '''''Count Leading Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à gauche du 1 de poids fort.
* '''''Count Trailing Ones''''' donnent le nombre de 1 situés à gauche du 0 de poids fort.
* '''''Count Leading Ones''''' donne le nombre de 1 situés à droite du 0 de poids faible.
[[File:Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.png|centre|upright=2.0|vignette|Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.]]
Comme vous le voyez sur le schéma du dessus, ces quatre opérations de comptage sont liées à quatre autres opérations. Ces dernières donnent la position du 0 ou du 1 de poids faible/fort :
* '''''Find First Set''''', donne la position du 1 de poids faible.
* '''''Find highest set''''' donne la position du 1 de poids fort.
* '''''Find First Zero''''' donne la position du 0 de poids faible.
* '''''Find Highest Zero''''' donne la position du 0 de poids fort.
Il est rare que des processeurs s’implémentent toutes ces opérations. En effet, le résultat de certaines opérations se calcule à partir des autres. Pour donner un exemple, les processeurs x86 modernes incorporent une extension, appelée '''''Bit manipulation instructions sets (BMI sets)''''', qui ajoute quelques instructions de ce type. Pour le moment, seules les instructions ''Count Trailing Zeros'' et ''Count Leading Zeros'' sont supportées.
Et il existe bien d'autres instructions de ce type. On peut citer, par exemple, l'instruction BLSI, qui ne garde que le 1 de poids faible et met à zéro tous les autres bits. L'instruction BLSR quant à elle, met à 0 ce 1 de poids faible. Et il y en a bien d'autres, qui impliquent le 1 de poids fort, le 0 de poids faible, le 1 de poids faible, etc.
===Les instructions d'extension de registres===
Certains processeurs sont capables de gérer des données de taille diverses. Ils peuvent par exemple gérer des données codées sur 16 bits ou sur 32 bits comme c'est le cas sur certains processeurs anciens. Comme autre exemple, les processeurs x86 modernes peuvent gérer des données de 8, 16 et 32 bits. Pour cela, ils disposent généralement de registres de taille différentes, certains font 8 bits, d'autres 16, d'autres 32, etc. Dans ce cas, il est courant que l'on ait à faire des conversions vers un nombre de taille plus grande. Par exemple, convertir un nombre de 8 bits en un nombre de 16 bits, ou un nombre de 8 bits en 32 bits. Les processeurs de ce type incorporent des instructions pour ce faire, qui s'appellent les '''instructions d'extension de nombres'''.
La seule difficulté de ces instructions tient à la manière dont on remplit les bits de poids forts. Par exemple, si l'on passe de 8 bits à 16 bits, les 8 bits de poids forts sont inconnus. Pareil si on passe de 16 bits à 32 bits : quelle doit être la valeur des 16 bits de poids fort ? Intuitivement, on se dit qu'il suffit de les remplir par des zéros. Faire ainsi marche très bien, mais à condition que le nombre soit un nombre positif ou nul. Mais dans le cas d'un nombre négatif, cela ne marche pas (le résultat n'est pas bon). Pour les nombres codés en complément à deux, il faut remplir les bits manquants par le bit de signe, le bit de poids fort. On a donc deux choix : soit on remplit les bits manquants par des 0, ou par le bit de poids fort. Globalement, les deux choix possibles correspondent à deux instructions : une pour les nombres non-signés et une autre pour les nombres codés en complément à deux. On parle respectivement d''''instruction de ''zero extension''''' et '''instruction d'extension de signe'''.
Formellement, les instructions d'extension de nombre sont des copies entre registres : le contenu d'un registre est copié dans un autre plus grand. L'extension de signe est couplée avec cette copie, les deux étant effectués en une instruction. Du moins, c'est le cas sur la plupart des processeurs. On pourrait imaginer séparer les deux en deux instructions séparées, une instruction MOV (qui copie un registre dans un autre, comme on le verra plus bas) et une instruction d'extension de signe/zéro. Dans ce cas, l'instruction d'extension de signe/zéro prend un registre de grande taille et étend la donnée dans ce registre. Par exemple, pour une extension de signe de 16 à 32 bits, l'instruction prendrait un registre de 32 bits, ne considérerait que les 16 bits de poids faible et effectuerait l'extension de signe/zéro à partir de ces derniers. En soi, l'extension avec des zéros est un simple masque, réalisable avec des opérations bit à bit et cette instruction n'a pas besoin d'être implémentée. Par contre, les instructions d'extension de signe sont elles très utiles.
De plus, une instruction d'extension de signe séparée a l'avantage d'être utilisable même sur des architecture avec des registres de taille identique. Mais quel intérêt, me direz-vous ? Il faut savoir que certaines langages de programmation permettent de travailler sur des entiers dont on peut préciser la taille. Un même programme peut ainsi manipuler des entiers de 16 bits et de 32 bits, ou des entiers de 8, d'autres de 16, d'autres de 32, et d'autres de 64. L'intérêt n'est as évident, mais un bon exemple est celui de la rétrocompatibilité entre programmes. Par exemple, un programme 64 bits qui utilise une librairie 32 bits, ou un programme codé en 64 bits qui émule une console 16 bits. Ou encore, la communication entre un programme codé en 16 bits avec un capteur qui mesure des données de 8 bits. Bref, les possibilités sont nombreuses. Imaginons que tout se passe dans des registres de 32 bits. Le processeur peut incorporer des instructions de calcul sur 16 bits, en plus des instructions 32 bits. Dans ce cas, l'extension de signe sert à faire des conversions entre entiers de taille différentes.
===Les instructions de permutation d'octets===
Les instructions de ''byte swap'', aussi appelée '''instructions de permutation d'octets''', échangent de place les octets d'un nombre. Leur implémentation varie grandement selon la taille des entiers. Le cas le plus simple est celui des instructions qui travaillent sur des entiers de 16 bits, soit deux octets. Il n'y a alors qu'une seule solution pour échanger les octets : l'octet de poids fort devient l'octet de poids faible et réciproquement. Les deux octets échangent leur place.
Pour les nombres de 32 bits, soit 4 octets, il y a plusieurs possibilités. La première inverse l'ordre des octets dans le nombre : on échange l'octet de poids faible et de poids fort, mais on échange aussi les deux octets restant entre eux. Une autre solution découpe l'entier en deux morceaux de 16 bits : l'un avec les deux octets de poids fort, l'autre avec les deux octets de poids faible. Les octets sont inversés dans ces blocs de 16 bitzs, mais on n'effectue pas d'autres échanges. On peut aussi échanger les deux morceaux de 16 bits, mais sans changer l'ordre des octets dans les blocs.
[[File:Instruction de permutation d'octets.png|centre|vignette|upright=2|Instruction de permutation d'octets]]
L'utilité de ces instructions n'est pas évidente au premier abord, mais elle sert beaucoup dans les opérations de conversion de données. Tout cela devrait devenir plus clair dans le chapitre sur le boutisme.
==Les instructions d'accès mémoire==
Les instructions d’accès mémoire permettent de copier ou d'échanger des données entre le processeur et la RAM. On peut ainsi copier le contenu d'un registre en mémoire, charger une donnée de la RAM dans un registre, initialiser un registre à une valeur bien précise, etc. Il en existe plusieurs, les plus connues étant les suivantes : LOAD, STORE et MOV. D'autres processeurs utilisent une instruction d'accès mémoire généraliste, plus complexe.
===Les instructions d'accès à la RAM : LOAD et STORE===
Les instructions LOAD et STORE sont deux instructions qui permettent d'échanger des données entre la mémoire RAM et les registres. Elles copient le contenu d'un registre dans la mémoire, ou au contraire une portion de mémoire RAM dans un registre.
* L''''instruction LOAD''' est une instruction de lecture : elle copie le contenu d'un ou plusieurs mots mémoire consécutifs dans un registre. Le contenu du registre est remplacé par le contenu des mots mémoire de la mémoire RAM.
* L''''instruction STORE''' fait l'inverse : elle copie le contenu d'un registre dans un ou plusieurs mots mémoire consécutifs en mémoire RAM.
{|class="wikitable"
|[[File:Instruction LOAD.png|300px|Instruction LOAD.]]
|[[File:Instruction STORE.png|300px|Instruction STORE.]]
|}
En théorie, une variante de l'instruction STORE peut enregistrer une constante en mémoire RAM. Il est en théorie possible pour une instruction STORE modifiée de stocker la valeur 9 dans l'adresse X, par exemple. La constante est fournie par l'instruction, elle n'est pas stockée dans un registre, mais carrément intégrée à l'instruction. Cela sera plus clair quand nous verrons les modes d'adressage, notamment le mode d'adressage immédiat.
Plus haut dans le chapitre, j'ai dit qu'un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs dédiées, certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Et bien il en est de même pour les instructions LOAD et STORE, qui ont chacune une variante pour les entiers 8, 16, 32, 64 bits.
De telles instructions ne font pas que lire ou écrire des données. Pour comprendre pourquoi, prenons un processeur 64 bits. Il dispose d'un bus de 64 bits, pour lire ou écrire des mots mémoire de 64 bits chacun. Pour des lectures de 8, 16 ou 32 bits, un mot mémoire entier est lu, puis seuls les octets adéquats sont conservés. Par exemple, pour une lecture 32 bits, un mot mémoire de 64 bits est lu, puis une opération de masquage (ET bit à bit) met à zéro le 32 bits inutiles. Ce sont souvent les 32 bits de poids faible ou de poids fort qui sont mis à zéro. Il en est de mêma vec les lectures 16 bits, sauf que les 48 bits inutiles sont alors mis à zéro, idem avec les lectures 8 bits.
Pour les écritures, les choses sont encore plus compliquées. Imaginez que je veuille modifier 32 bits. Les 32 bits à modifier font partie d'un mot mémoire de 64 bits, qui contient les 32 bits utiles, et 32 bits supplémentaires. l'écriture ne doit pas effacer les 32 bits supplémentaires, seulement les 32 bits utiles. Pour cela, le processeur n'a pas le : il doit lire un mot mémoire de 64 bits, modifier le 32 bits utiles, puis réécrire le tout en mémoire RAM. L'écriture demande de faire une lecture, une modification, puis une écriture. Le mot mémoire de 64 bits est copié dans un registre, la modification se fait dans ce registre, vient une opération de masquage complexe, puis l'écriture est effectuée.
===Les instructions de transfert entre registres : MOV et XCHG===
L''''instruction MOV''' copie le contenu d'un registre dans un autre sans passer par la mémoire. C'est donc un échange de données entre registres, qui n'implique en rien la mémoire RAM, mais MOV est quand même considérée comme une instruction d'accès mémoire. Les données sont copiées d'un registre source vers un registre de destination. Le contenu du registre source est conservé, alors que le contenu du registre de destination est écrasé (il est remplacé par la valeur copiée). Cette instruction est utile pour gérer les registres, notamment sur les architectures avec peu de registres et/ou sur les architectures avec des registres spécialisés.
[[File:Instruction MOV.png|centre|vignette|upright=1.5|Instruction MOV.]]
Mais quelques rares architectures ne disposent pas d'instruction MOV, qui n'est formellement pas nécessaire, même si bien utile. En effet, on peut émuler une instruction MOV avec des instructions logiques utilisées convenablement. L'idée est de faire une opération dont le résultat est l'opérande envoyée, et d'enregistrer le résultat dans le registre de destination. Par exemple, on peut faire un OU entre le registre opérande et 0 : le résultat sera l'opérande. Idem avec un ET et la valeur adéquate. Ou encore, on peut imaginer faire un ET/OU entre un registre et lui-même : le résultat est égal au contenu du registre opérande.
Quelques processeurs assez rares ont des instructions pour échanger le contenu de deux registres. Par exemple, on peut citer l''''instruction XCHG''' sur les processeurs x86 des PC anciens et actuels. Elle permet d'échanger le contenu de deux registres, quel qu'ils soient, il n'y a pas de restrictions sur le registre source et sur le registre de destination. Mais d'autres processeurs ont des restrictions sur les registres source et destination. Par exemple, le processeur Z80 a des instructions d'échanges assez restrictives, comme on le verra dans quelques chapitres.
Sur les processeurs ARM, l'instruction MOV fait partie des instructions qui permettent d'effectuer un décalage sur la seconde opérande. Il s'agit en réalité de décalages/rotations décalées, qui sont fusionnées avec une instruction MOV. L'instruction MOV des processeurs ARM fait soit un MOV normal, soit un décalage.
===L'instruction mémoire généraliste : une alternative à LOAD et STORE===
Sur certains processeurs, il n'y a pas d'instruction LOAD ou STORE, ni même MOV . À la place, on trouve une '''instruction d'accès mémoire généraliste''', qui fusionne les trois. Elle est capable de faire une lecture, une écriture, ou une copie entre registres, et parfois une copie d'une adresse mémoire vers une autre. Les trois premières opérations sont presque toujours supportées, mais la copie d'une adresse mémoire vers une autre est beaucoup plus rare.
Sur les processeurs x86, l'instruction généraliste s'appelle l'instruction MOV. Elle gère la lecture en RAM, l'écriture en RAM, la copie d'un registre vers un autre, l'écriture d'une constante dans un registre ou une adresse. Par contre, elle ne gère pas la copie d'une adresse mémoire vers une autre ; pour un transfert de mémoire à mémoire, il faut utiliser les instructions MOVS* ('''''Mov'''e '''S'''tring'' ; MOVSB : par octets, MOVSW : par mots de 16-bits, ...).
===Les instructions d'accès mémoire complexes===
Nous venons de voir les instructions LOAD, STORE et les transferts entre registres. Elles sont présentes sur tous les processeurs, modernes comme anciens. Mais quelques processeurs gèrent des instructions mémoire plus complexes. Elles ont tendance à effectuer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les '''instructions de copie mémoire''' copient une donnée d'une adresse vers une autre. Les copies en mémoire sont des opérations très fréquentes, il est très fréquent qu'un programme copie un bloc de mémoire dans un autre et beaucoup de programmeurs ont déjà été confronté à un tel cas. Aussi, les processeurs ajoutent des instructions multi-accès pour accélérer ces copies, ce qui fait un bon compromis entre performance et simplicité d'implémentation.
D'autres instructions d'accès mémoire plus complexes existent. Pour en donner un exemple, citons les instructions de transferts par bloc sur les premiers processeurs ARM. Ces instructions permettent de copier plusieurs registres en mémoire RAM, en une seule instruction. Sur l'ARM1, il y a 16 registres en tout. Les instructions de transfert de bloc peuvent sélectionner n'importe quel sous-ensemble de ces 16 registres, pour les copier en mémoire : on peut sélectionner tous les registres, une partie des registres (5 registres sur 16, ou 7, ou 8, ...), voire aucun registre.
D'autres instructions mémoires effectuent des opérations à l'utilité moins évidente. Sur certains processeurs, on trouve notamment des instructions pour vider la mémoire cache de son contenu, pour la réinitialiser. L'utilité ne vous est pas évidente, mais cela peut servir dans certains scénarios, notamment sur les architectures avec plusieurs processeurs pour synchroniser ces derniers. Cela sert aussi pour le système d'exploitation, qui doit remettre à zéro certains caches (comme la TLB qu'on verra dans le chapitre sur la mémoire virtuelle) quand on exécute plusieurs programmes en même temps.
===Les instructions mémoire flottantes===
Plus haut, j'ai parlé du fait que certains processeurs avaient des registres flottants séparés des registres généraux. Mais encore faut-il pouvoir les remplir, ces registres flottants. Et cela implique de charger des opérandes depuis la mémoire RAM à un moment où un autre. Pour lire ou écrire ces registres, le processeur utilise des instructions mémoire séparées, distinctes des instructions LOAD et STORE vues plus haut. Pour faire la différence, ces instructions sont appelées '''FLOAD''' et '''FSTORE'''.
Elles sont séparées des LOAD/STORE normaux pour plusieurs raisons. La première est évidemment que les registres utilisés ne sont pas les mêmes : registres "généraux" pour LOAD/STORE, registres flottants pour FLOAD et FSTORE. La seconde raison est que les nombres flottants et entiers n'ont pas forcément la même taille. Et cela impacte à la fois la taille des registres, mais aussi les transferts mémoire.
Un nombre flottant fait 32 ou 64 bits, suivant qu'on parle d'un flottant simple ou double précision. Sur un processeur 32 bits, les flottants simple précision ont la même taille qu'un entier, les flottant double précision sont deux fois plus gros. Mais sur un processeur 64 bits, c'est l'inverse : les flottants double précision font la même taille qu'un entier, les simples précision sont deux fois plus petits. Et ne parlons pas du cas de certaines architectures 16 bits qui supportent quand même les nombres flottants ! Elles sont très rares, mais elles existent. Pour le moment, concentrons-nous sur les processeurs 32 et 64 bits.
En général, les registres flottants font 64 bits (parfois 80, mais je passe cela sous silence), afin de mémoriser des flottants double précision. Et ce, même sur les processeurs 32 bits. La gestion des nombres flottants est en effet apparue sur les architectures 32 bits et elles supportaient les calculs en double précision dès le départ. Et cette différence entre 32 et 64 bits a posé quelques problèmes. Les registres flottants n'avaient pas la même taille que les registres généraux : 32 pour les registres généraux, 64 pour les registres flottants. Mais ce n'était pas un énorme problème.
Le vrai problème est que les lectures/écritures flottantes faisaient des transferts de 64 bits entre les registres flottants et la mémoire RAM. Or, le bus de données de ces processeurs faisait 32 bits, vu que c'était des architectures 32 bits. Lire/écrire un flottant demandait donc de faire deux accès mémoire consécutifs. Par exemple, lire un flottant depuis la RAM demandait de lire deux morceaux de 32 bits, le flottant était chargé en deux fois. Cette différence fait qu'il est préférable d'utiliser des instructions FSTORE/FLOAD séparées des instructions LOAD/STORE. Leur comportement n'est pas le même : LOAD/STORE lisent un seul mot mémoire, FLOAD/FSTORE en lisent deux pour la double précision.
Un autre détail est qu'il existe des instructions FLOAD et FSTORE spécialisées pour les flottants simple précision. Par exemple, une instruction FLOAD en simple précision ne lit que 32 bits en mémoire, puis le flottant est convertit en double précision 64 bits, avant d'être enregistré dans les registres. Pour l'écriture, c'est l'inverse : un flottant double précision est convertit en simple précision 32 bits, avant d'être écrit en mémoire. Le comportement est alors différent : FLOAD/FSTORE ne lisent/écrivent qu'un seul mot mémoire, de 32 bits, mais doivent faire une conversion entre simple et double précision.
Il faut noter que c'est l'inverse sur les processeurs 64 bits. Là, un flottant double précision peut être lu/écrit en un seul accès mémoire, vu que le bus de données fait 64 bits. Par contre, les flottants simples précision sont gérés un peu autrement. Concrètement, l'instruction FLOAD lit un mot de 64 bits, mais n'en garde que la moitié adéquate. L'instruction d'écriture fait elle plus de traail : elle doit lire un mot de 64 bits, en modifier la moitié, et réécrire le tout en mémoire RAM.
Vu qu'il y a des registres flottants séparés, il y aussi des instructions de copie de registre séparées pour les registres flottants. L'instruction XCHG a son équivalent flottant '''FXCHG''', l'instruction MOV a une '''instruction FMOV''' séparées, etc.
Un autre moyen de remplir un registre flottant est d'obtenir sa valeur depuis un registre général. Attention, je ne parle pas de copier un registre général dans un flottant, ou inversement. Je parle de convertir une opérande entière en un nombre flottant. Et il y a des instructions dédiées pour cela. Par exemple, il y a une instruction prend un registre entier, convertit sa valeur en flottant 64 bits, et écrit le résultat dans un registre flottant. Idem avec la conversion inverse, de flottant vers entier, qui a sa propre instruction dédiée. Et ces deux instructions ont deux variantes, suivant que le flottant soit simple ou double précision. De telles '''instructions de conversion entier-flottant''' ne sont pas à proprement parler des instructions de copie entre registre, ce sont plus un intermédiaire entre copie entre registres et opération de calcul.
==Les instructions de contrôle (branchements et tests)==
Un processeur serait sacrément inflexible s'il ne faisait qu'exécuter des instructions dans l'ordre. Certains processeurs ne savent pas faire autre chose, comme le Harvard Mark I, et il est difficile, voire impossible, de coder certains programmes sur de tels ordinateurs. Mais rassurez-vous : il existe de quoi permettre au processeur de faire des choses plus évoluées. Pour rendre notre ordinateur "plus intelligent", on peut par exemple souhaiter que celui-ci n'exécute une suite d'instructions que si une certaine condition est remplie. Ou faire mieux : on peut demander à notre ordinateur de répéter une suite d'instructions tant qu'une condition bien définie est respectée. Diverses '''structures de contrôle''' de ce type ont donc étés inventées.
Voici les plus utilisées et les plus courantes : ce sont celles qui reviennent de façon récurrente dans un grand nombre de langages de programmation actuels. Concevoir un programme (dans certains langages de programmation), c'est simplement créer une suite d'instructions, et utiliser ces fameuses structures de contrôle pour l'organiser. D'ailleurs, ceux qui savent déjà programmer auront reconnu ces fameuses structures de contrôle. On peut bien sur en inventer d’autres, en spécialisant certaines structures de contrôle à des cas un peu plus particuliers ou en combinant plusieurs de ces structures de contrôles de base, mais cela dépasse le cadre de ce cours : on ne va pas vous apprendre à programmer.
{|class="wikitable"
|-
! Nom de la structure de contrôle
! Description
|-
! SI...ALORS
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée
|-
! SI...ALORS...SINON
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée ou exécute une autre suite d'instructions si elle ne l'est pas.
|-
! Boucle WHILE...DO
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée.
|-
! Boucle DO...WHILE aussi appelée REPEAT UNTIL
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée. La différence, c'est que la boucle DO...WHILE exécute au moins une fois cette suite d'instructions.
|-
! Boucle FOR
| Répète un nombre fixé de fois une suite d'instructions.
|}
Les '''conditions''' à respecter pour qu'une structure de contrôle fasse son office sont généralement très simples.
Elles se calculent le plus souvent en comparant deux opérandes (des adresses, ou des nombres entiers ou à virgule flottante).
Elles correspondent le plus souvent aux comparaisons suivantes :
* A == B (est-ce que A est égal à B ?) ;
* A != B (est-ce que A est différent de B ?) ;
* A > B (est-ce que A est supérieur à B ?) ;
* A < B (est-ce que A est inférieur à B ?) ;
* A >= B (est-ce que A est supérieur ou égal à B ?) ;
* A <= B (est-ce que A est inférieur ou égal à B ?).
Il est également possible de tester si le bit d'un registre ou octet mémoire est à 1 ou 0.
Notamment le registre des indicateurs est testé après une instruction arithmétique (est-ce que le calcul a généré une retenue, ...).
Pour implémenter ces structures de contrôle, on a besoin d'une instruction qui saute en avant ou en arrière dans le programme, suivant le résultat d'une condition. Par exemple, un SI...ALORS zappera une suite d'instruction si une condition n'est pas respectée, ce qui demande de sauter après cette suite d’instruction cas échéant. Répéter une suite d'instruction demande juste de revenir en arrière et de redémarrer l’exécution du programme au début de la suite d'instruction. Nous verrons comment sont implémentées les structures de contrôle plus bas, mais toujours est-il que cela implique de faire des sauts dans le programme. Faire un saut en avant ou en arrière dans le programme est assez simple : il suffit de modifier la valeur stockée dans le ''program counter'', ce qui permet de sauter directement à une instruction et de poursuivre l'exécution à partir de celle-ci. Et un tel saut est réalisé par des instructions spécialisées. Dans ce qui va suivre, nous allons appeler '''instructions de branchement''' les instructions qui sautent à un autre endroit du programme. Ce n'est pas la terminologie la plus adaptée, mais elle conviendra pour les explications.
L'implémentation des structures de contrôle demande donc de calculer une condition, puis de faire un saut. Mais il faut savoir que l'implémentation demande parfois de faire un saut, sans avoir à tester de condition. Dans ce cas, l'instruction qui fait un saut sans faire de test de condition est elle aussi une instruction de branchement. Cela nous amène à faire la différence entre un branchement conditionnel et non-conditionnel. La différence entre les deux est simple. Une instruction de '''branchement conditionnel''' effectue deux opérations : un test qui vérifie si la condition adéquate est respectée, et un saut dans le programme aussi appelé branchement. Une instruction de '''branchement inconditionnelle''' ne teste pas de condition et ne fait qu'un saut dans le programme.
===Les structures de contrôle===
Le IF permet d’exécuter une suite d'instructions si et seulement si une certaine condition est remplie.
[[File:Codage d'un if.. en assembleur.jpg|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS en assembleur.]]
Le IF...ELSE sert à effectuer une suite d'instructions différente selon que la condition est respectée ou non : c'est un SI…ALORS contenant un second cas. Une boucle consiste à répéter une suite d'instructions machine tant qu'une condition est valide (ou fausse).
[[File:Codage d'un IF.ELSE en assembleur.png|centre|vignette|upright=2|Codage d'un SI...ALORS..SINON en assembleur.]]
Les boucles sont une variante du IF dont le branchement renvoie le processeur sur une instruction précédente. Commençons par la boucle DO…WHILE : la suite d'instructions est exécutée au moins une fois, et est répétée tant qu'une certaine condition est vérifiée. Pour cela, la suite d'instructions à exécuter est placée avant les instructions de test et de branchement, le branchement permettant de répéter la suite d'instructions si la condition est remplie. Si jamais la condition testée est fausse, on passe tout simplement à la suite du programme.
[[File:DO...WHILE.jpg|centre|vignette|upright=2|DO...WHILE.]]
Une boucle WHILE…DO est identique à une boucle DO…WHILE à un détail près : la suite d'instructions de la boucle n'a pas forcément besoin d'être exécutée au moins une fois. On peut donc adapter une boucle DO…WHILE pour en faire une boucle WHILE…DO : il suffit de tester si la boucle doit être exécutée au moins une fois avec un IF, et exécuter une boucle DO…WHILE équivalente si c'est le cas.
[[File:WHILE...DO.png|centre|vignette|upright=2|WHILE...DO.]]
===Les branchements conditionnels et leur implémentation ===
Il existe de nombreuses manières de mettre en œuvre les branchements conditionnels et tous les processeurs ne font pas de la même manière. Sur la plupart des processeurs, les branchements conditionnels sont séparés en deux instructions : une instruction de test qui vérifie si la condition voulue est respectée, et une instruction de saut conditionnelle. D'autres processeurs effectuent le test et le saut en une seule instruction machine.
[[File:Implémentations possibles des branchements conditionnels.png|centre|vignette|upright=3|Implémentations possibles des branchements conditionnels]]
: Plus surprenant, sur quelques rares processeurs, le ''program counter'' est un registre qui peut être modifié comme tous les autres. Cela permet de remplacer les branchements par une simple écriture dans le ''program counter'', avec une instruction MOV. Un bon exemple est le processeur ARM1, un des tout premiers processeur ARM. Cette dernière solution n'est presque jamais utilisée, mais elle reste surprenante !
Dans les faits, la solution la plus simple est clairement d'implémenter le tout avec une seule instruction. Mais beaucoup de processeurs anciens utilisent la première méthode, celle qui sépare le branchement conditionnel en deux instructions. Le branchement prend le résultat de l'instruction de test et décide s'il faut passer à l'instruction suivante ou sauter à une autre adresse. Il faut donc mémoriser le résultat de l'instruction de test dans un registre spécialisé, afin qu'il soit disponible pour l'instruction de branchement. L'usage d'un registre intermédiaire pour mémoriser le résultat de l'instruction de test demande d'ajouter un registre au processeur. De plus, le résultat de l'instruction de test varie grandement suivant le processeur, suivant la manière dont on répartit les responsabilités entre test et branchements.
Il existe, dans les grandes lignes, deux techniques pour séparer test et branchement conditionnel. La première impose une séparation stricte entre calcul de la condition et saut : l'instruction de test calcule la condition, le branchement fait ou non le saut dans le programme suivant le résultat de la condition. On a alors une instruction de test proprement dit, qui vérifie si une condition est valide et fournit un résultat sur 1 bit. Nous appellerons ces dernières des comparaisons, car de telles instruction effectuent réellement une comparaison. La seconde méthode procède autrement, avec un calcul de la condition qui est réalisé en partie par l'instruction de test, en partie par le branchement. Cela peut paraitre surprenant, mais il y a de bonnes raisons à cette séparation peu intuitive. La raison est que l'instruction de test est une soustraction déguisée, qui fournit un résultat de plusieurs bits, qui est ensuite utilisé pour calculer la condition voulue par le branchement. l'instruction de test ne fait pas une comparaison proprement dit, mais leur résultat permet de déterminer le résultat d'une comparaison avec quelques manipulations simples.
====Les instructions de test proprement dit====
Les premières sont réellement des instructions de test, qui effectuent une comparaison et disent si deux nombres sont égaux, différents, lequel est supérieur, inférieur, etc. En clair, elles implémentent directement les comparaisons vues précédemment. Au total, on s'attend à ce que les 6 comparaisons précédentes soient implémentées avec 6 instructions de test différentes : une pour l'égalité, une pour la différence, une autre pour la supériorité stricte, etc. Mais certaines de ces comparaisons sont en deux versions : une qui compare des entiers non-signés, et une autre pour les entiers signés. La raison est que comparer deux nombres entiers ne se fait pas de la même manière selon que les opérandes soient signées ou non. Nous avions vu cela dans le chapitre sur les comparateurs, mais un petit rappel ne fait pas de mal. Pour comparer deux entiers signés, il faut tenir compte de leurs signes, et le circuit utilisé n'est pas le même. Cela a des conséquences au niveau des instructions du processeur, ce qui impose d'avoir des opérations séparées pour les entiers signés et non-signés.
Dans les faits, les processeurs actuels utilisent le complément à deux pour les entiers signés, ce qui fait que les comparaisons d'égalité ou de différence A == B et A != B ne sont présentes qu'en un seul exemplaire. En complément à deux, l'égalité se détermine avec la même règle que pour les entiers non-signés : deux nombres sont égaux s'ils ont la même représentation binaire, ils sont différents sinon. Ce ne serait pas le cas avec les entiers en signe-magnitude ou en complément à un, du fait de la présence de deux zéros : un zéro positif et un zéro négatif. Les circuits de comparaison d'égalité et de différence seraient alors légèrement différents pour les entiers signés ou non. Au total, en complément à deux, on trouve donc 10 comparaisons usuelles, vu que les comparaisons de supériorité/infériorité sont en double.
Le résultat d'une comparaison est un bit, qui dit si la condition testée est vraie ou fausse. Dans la majorité des cas, ce bit vaut 1 si la comparaison est vérifiée, et 0 sinon. Une fois que l'instruction a fait son travail, il reste à stocker son résultat quelque part. Pour cela, le processeur utilise un ou plusieurs '''registres à prédicats''', des registres de 1 bit qui peuvent stocker n'importe quel résultat de comparaison. Une comparaison peut enregistrer son résultat dans n'importe quel registre à prédicats : elle a juste à préciser lequel avec son nom de registre.
Les registres à prédicats sont utiles pour accumuler les résultats de plusieurs comparaisons et les combiner par la suite. Par exemple, cela permet d'émuler une instruction qui teste si A >= B à partir de deux instructions qui calculent respectivement A > B et A == B. Pour cela, certains processeurs incorporent des instructions pour faire des opérations logiques sur les registres à prédicats. Ces opérations permettent de faire un ET, OU, XOR entre deux registres à prédicats et de stocker le résultat dans un registre à prédicat quelconque.
D'autres instructions permettent de lire le résultat d'un registre à prédicat, de calculer une condition, de combiner son résultat avec la valeur lue et d'altérer le registre à prédicat sélectionné. Par exemple, sur l'architecture IA-64, il existe une instruction cmp.eq.or, qui calcule une condition, lit un registre à prédicat fait un OU logique entre le registre lu et le résultat de la condition, et enregistre le tout dans un autre registre à prédicat. De telles instructions facilitent grandement le codage de certaines fonctions, qui demandent que plusieurs conditions soient vérifiées pour exécuter un morceau de code.
====Les instructions de test qui sont des soustractions déguisées====
Le second type d'instruction de test ne calcule pas ces conditions directement, mais elle fournit un résultat de quelques bits qui permet de les calculer avec quelques manipulations simples. Sur ces processeurs, il n'y a qu'une seule instruction de comparaison, qui est une soustraction déguisée. Le résultat de la soustraction n'est pas sauvegardé dans un registre et est simplement perdu. C'est le cas sur certains processeurs ARM ou sur les processeurs x86. Par exemple, un processeur x86 possède une instruction CMP qui n'est qu'une soustraction déguisée dans un opcode différent.
Le résultat de cette soustraction déguisée est un résultat portant sur 4 bits, qui donne des informations sur le résultat de la soustraction. Le premier bit, appelé bit ''null'', indique si le résultat est nul ou non. Le second bit indique le signe du résultat, s'il est positif ou négatif. Enfin, deux autres bits précisent si la soustraction a donné lieu à un débordement d'entier. Il y a deux bits, car on vérifie deux types de débordement : un débordement non-signé (une retenue sortante de l'additionneur), et le débordement signé (débordement en complément à deux). Pour mémoriser le résultat d'une soustraction déguisée, le processeur incorpore un '''registre d'état'''. Le registre d'état stocke des bits qui ont chacun une signification prédéterminée lors de la conception du processeur et il sert à beaucoup de choses. Dans le cas qui nous intéresse, le registre d'état mémorise les résultats de l'instruction de test : les deux bit de débordement, le bit qui précise que le résultat d'une instruction vaut zéro, le bit de retenue pour le bit de signe.
La condition en elle-même est réalisée par le branchement. L'instruction de branchement fait donc deux choses : calculer la condition à partir du registre d'état, et effectuer le saut si la condition est valide. Le calcul des conditions se fait à partir des 4 bits de résultat. Le bit ''null'' permet de savoir si les deux opérandes sont égales ou non : si le résultat d'une soustraction est nul, cela implique que les deux opérandes sont égales. Le bit de signe permet de déterminer si le première opérande est supérieur ou inférieure à la seconde : le résultat de la soustraction est positif si A >= B, négatif sinon. Les bits de débordements permettent de faire la différence entre infériorité stricte ou non. Tout cela sera expliqué plus en détail dans le paragraphe suivant.
[[File:Branchements et tests avec un registre d'état.png|centre|vignette|upright=1.5|Branchements et tests avec un registre d'état]]
La conséquence est qu'il y a autant d'instructions de branchements que de conditions possibles. Aussi, on a une instruction de test, mais environ une dizaine d'instructions de branchements. C'est l'inverse de ce qu'on a avec des instructions de test proprement dites, où on a autant d'instructions de test que de conditions, mais un seul branchement. Un bon exemple est celui des processeurs x86. Le registre d'état des CPU x86 contient 5 bits appelés OF, SF, ZF, CF et PF : ZF indique que le résultat de la soustraction vaut 0, SF indique son signe, CF est le bit de retenue et de débordement non-signé, OF le bit de débordement signé, et PF le bit qui donne la parité du résultat. Il existe plusieurs branchements, certains testant un seul bit du registre d'état, et d'autres une combinaison de plusieurs bits.
{|class="wikitable"
|-
! Instruction de branchement
! Bit du registre d'état testé
! Condition testée si on compare deux nombres A et B avec une instruction de test
|-
! JS (Jump if Sign)
| SF = 1
| Le résultat est négatif
|-
! JNS (Jump if not Sign)
| SF = 0
| Le résultat est positif
|-
! JO (Jump if Overflow)
| OF = 1
| Le calcul arithmétique précédent a généré un débordement signé
|-
! JNO (Jump if Not Overflow)
| OF = 0
| Le calcul arithmétique précédent n'a pas généré de débordement signé
|-
! JNE (Jump if Not equal)
| ZF = 1
| Les deux nombres A et B sont égaux
|-
! JE (Jump if Equal)
| ZF = 0
| Les deux nombres A et B sont différents
|-
! JB (Jump if below)
| CF = 1
| A < B, avec A et B non-signés
|-
! JAE (Jump if Above or Equal)
| CF = 0
| A >= B, avec A et B non-signés
|-
! (JBE) Jump if below or equal
| CF OU ZF = 1
| A >= B si A et B sont non-signés
|-
! JA (Jump if above)
| CF ET ZF = 0
| A > B si A et B sont non-signés
|-
! JL (Jump if less)
| SF != OF
| si A < B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater or Equal)
| SF = OF
| si A >= B, si A et B sont signés
|-
! JLE (Jump if less or equal)
| (SF != OF) OU ZF = 1
| si A <= B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater)
| (SF = OF) ET (NOT ZF) = 1
| si A > B, si A et B sont signés
|}
===Les instructions à prédicat===
Les '''instructions à prédicat''' sont des instructions qui ne font quelque chose que si une condition est respectée, et se comportent comme un NOP (une instruction qui ne fait rien) sinon. Elles lisent le résultat d'une comparaison, dans le registre d'état ou un registre à prédicat, et s’exécutent ou non suivant sa valeur.
En général, les instructions à prédicats sont des instructions en plus des instructions normales, pas à prédicat. L'instruction à prédicat la plus représentative, présente sur de nombreux processeurs, est l'instruction CMOV, qui copie un registre dans un autre si une condition est remplie. Elle permet de faire certaines opérations assez simples, comme calculer la valeur absolue d'un nombre, le maximum de deux nombres, etc.
Pour gérer les instructions à prédicat, les instructions de test s'adaptent sur plusieurs points. Le premier est que les instructions de test préfèrent utiliser des registres à prédicats, au lieu d'un registre d'état. Une des raisons à cela est la suivante : avec des registres à prédicats, on peut ajouter des instructions pour faire un ET/OU/XOR entre registres à prédicats, ce qui permet de tester des combinaisons de conditions sans faire appel au moindre branchement. Et ces conditions complexes ne sont pas rares, ce qui rend l'usage de registres à prédicats très utiles avec les instructions à prédicats.
Une autre adaptation est que les instructions de test tendent à fournir deux résultats : le résultat de la condition, et le résultat de la condition inverse. Ils sont fournis dans deux registres à prédicats distincts. Faire ainsi facilite grandement l'implémentation des structures de contrôle SI...ALORS simples. Pour rappel, elles ont deux morceaux de code : un qui s’exécute si une condition est remplie, l'autre si la condition inverse est remplie. Avec ce système, les instructions du premier et du second morceau de code testerons deux bits distincts.
L'usage d'instructions à prédicat séparées des autres instructions porte le nom de '''prédication partielle'''. C'est de loin l'implémentation la plus courante. Mais sur certains processeurs, assez rares, toutes les instructions sont des instructions à prédicat : on parle de '''prédication totale'''. Les anciens processeurs ARM 32 bits étaient dans ce cas, par exemple.
Cela peut paraitre étrange, vu que certaines instructions ne sont pas dans une structure de contrôle et doivent toujours s’exécuter, peu importe les conditions testées avant. Mais rassurez-vous, sur les processeurs à prédication totale, il y a toujours un moyen pour spécifier que certaines instructions doivent toujours s’exécuter, de manière inconditionnelle. Par exemple, sur les processeurs d'architecture HP IA-64, un des registre à prédicat, le tout premier, contient la valeur 1 et ne peut pas être modifié. Si on veut une instruction inconditionnelle, il suffit qu'elle précise que le registre à prédicat à lire est ce registre.
: Les processeurs avec un registre d'état n'ont généralement que de la prédication partielle, le plus souvent limitée à une seule instruction CMOV. Alors que qui dit prédication totale dit systématiquement registres à prédicats.
Les processeurs ARM disposent d'une prédication totale, du moins pour le jeu d'instruction ARM 32 bits. Mais il supportent une second jeu d’instruction optionnel, le ''thumb'', qui est plus compact. Au lieu d'encoder ses instructions sur 32-64 bits, ses instructions font seulement 16 bits. Et pour compacter ce jeu d'instruction, la prédication totale a été supprimée. À la place, ''thumb'' incorpore une '''instruction IT''', qui active l’exécution conditionnelle des instructions suivantes.
L'instruction teste une condition et calcule un prédicat, qui est ensuite utilisé pour décider de l'exécution des instructions suivantes. L'exécution conditionnelle marche jusqu'à 4 instructions consécutives. Le nombre exact est configurable et va de 1 à 4 instructions consécutives après l'instruction IT. La condition est configurable pour les 1 à 4 instructions : chaque instruction peut s'exécuter si la condition est vraie, ou au contraire fausse. Un masque de 4 bits décide de quelle condition utiliser pour chaque instruction. Il y a un bit par instruction, qui vaut 1 si la condition doit être vérifiée, 0 si on veut la condition inverse.
===L'instruction SKIP===
L''''instruction SKIP''' permet de zapper l'instruction suivante si une condition testée est fausse. Il en existe deux versions. La première est fusionnée avec l'instruction de test. La condition est calculée par l'instruction SKIP, qui décide s'il faut sauter l'instruction suivante. Dans un autre cas, l'instruction SKIP est précédée d'une instruction de test, récupère son résultat dans un registre de prédicat ou dans le registre d'état, et effectue le saut. On peut la voir comme une forme particulière de branchement conditionnel, qui brancherait deux instructions plus loin.
Son utilité n'est pas évidente, mais on peut classer ses utilisations en trois catégories. La première permet d'émuler une instruction de branchement conditionnel en combinant une instruction SKIP avec un branchement inconditionnel. Le branchement inconditionnel est skippé si la condition est remplie/fausse, mais éxecuté dans le cas contraire : c'est le comportement d'un branchement conditionnel. Une autre utilisation permet d'émuler une instruction à prédicat en faisant précéder une instruction normale par une instruction SKIP. Enfin, elles servent à implémenter des structures de controle IF à condition que le code du IF se résume à une vulgaire instruction. C'est assez rare, mais certains calculs comme la valeur absolue ou le calcul du minimum peuvent se calculer ainsi.
[[File:Skip instruction.png|centre|vignette|upright=3|Skip instruction]]
Vous pourriez imaginer des versions améliorées de l'instruction, qui permettent de zapper plusieurs instructions, mais de telles instructions ne sont autres que des instructions de branchement conditionnelles spécifiques, comme nous le verrons dans le chapitre sur les modes d'adressage.
==Les méta-instructions REPEAT et EXECUTE==
Enfin, il faut aussi citer les '''méta-instructions''', des instructions qui agissent sur l’exécution d'autres instructions. Il en existe deux : REPEAT et EXECUTE. Elles servent techniquement à manipuler le flot de contrôle d'un programme, et ont quelques ressemblances avec les branchements ou les boucles. Elles sont extrêmement rares et on ne les trouve que sur des anciens processeurs (généralement micro-codés), ou sur certaines processeurs spécialisés dans le traitement de signal appelés des DSP, qui feront l'objet d'un chapitre à eux seuls.
===L’instruction REPEAT et le ''Zero-overhead looping''===
La première est la '''méta-instruction REPEAT''', qui permet de simplifier l'implémentation des boucles. Dans sa version la plus simple, elle fait en sorte que l'instruction qui la suit soit répétée plusieurs fois. Le nombre de répétition est soit un nombre fixe, toujours le même, soit l'instruction se répète tant qu'une condition n'est pas remplie. Les deux situations ne se rencontrent pas sur les mêmes processeurs. Par exemple, l'UNIVAC 1103 possède une instruction REPEAT très simple, qui répète l'instruction cible un nombre fixe de fois, mais ne gère pas les conditions.
Le GE-600/Honeywell 6000 series incorpore trois instructions REPEAT de ce type. La première répète l'instruction suivante soit un nombre fixe de fois, soit quand une condition est remplie. La seconde répète les deux instructions suivantes, l'une après l'autre. Enfin, la dernière répète l'instruction suivante jusqu'à : soit qu'une condition soit remplie, soit qu'une adresse bien précise soit atteinte. Elle servait sans doute à implémenter le parcours d'une liste chainée pour trouver un item bien précis.
Une version améliorée de l'instruction REPEAT permet de répéter un bloc de plusieurs instructions, ce qui permet d'implémenter une boucle en une seule instruction. Elles sont fréquentes sur certains processeurs de traitement de signal, qui doivent exécuter en permanence de petites boucles. Typiquement, elles permettent d'implémenter des boucles FOR dont le nombre d’exécution est fixe. La répétition de la boucle est contrôlée par un registre de boucle, qui mémorise le nombre de répétitions, et qui est décrémenté à chaque itération, sans avoir à utiliser d'instruction d'incrémentation/décrémentation.
Une variante précise deux adresses, qui délimitent les instructions de la boucle : une adresse pour le début de la boucle, une adresse pour la fin. L'implémentation hardware est alors assez simple : quand le ''program counter'' atteint l'adresse de fin, il est réinitialisé à l'adresse de début. La gestion du ''program counter'' se fait alors sans utiliser d'instructions de branchement. les deux registres sont initialisés avec une isntruction LOPP, spécialement dédiée pour cela.
Les deux techniques précédentes permettent d'implémenter des boucles sans utiliser de branchements, ou presque. Elles rendent l'exécution des boucles tellement rapides qu'elles portent le nom de '''''Zero-overhead looping'''''.
: Les instructions REP mentionnées plus haut, ne sont PAS des exemples d'instruction REPEAT. Le préfixe REP des processeurs x86 est une instruction qui se répète elle-même. Mais l'instruction REPEAT force la répétition de l'instruction suivante ! Elle agit sur une autre instruction, d'où son caractère de méta-instruction.
===L'instruction EXECUTE===
La '''méta-instruction EXECUTE''' fournit l'adresse d'une instruction cible, qui est exécutée en lieu et place de l'instruction EXECUTE. Quand le processeur exécute l'instruction EXECUTE, il prend l'adresse cible, charge l'instruction dans l'adresse cible, et l’exécute à la place de l'instruction EXECUTE. Il est possible de comprendre l'instruction EXECUTE comme un branchement spécial. Tout se passe comme si l'instruction EXECUTE effectuait un branchement vers l'instruction cible, mais que le processeur ne poursuivait pas l’exécution à la suite de l’instruction cible, et revenait à la suite de l'instruction cible.
Il y a souvent des contraintes sur l'instruction cible, qui est pointée par l'adresse cible. Généralement, il n'est pas possible que l'instruction cible soit elle-même une autre instruction EXECUTE. De même, beaucoup de processeurs interdisent que l’instruction cible soit un branchement. Mais d'autres processeurs n'ont pas ces contraintes et autorisent à utiliser des branchements pour l'instruction cible.
L'utilité d'une telle instruction est tout sauf évidente. Elle servait pourtant à beaucoup de choses sur les processeurs où elle était implémentée. Précisons qu'elle était surtout présente sur des vieux ordinateurs, dans les années 50-60, et quelques processeurs des années 70. Elle a disparu dès les années 80 et n'est présentée que par souci d'exhaustivité et intérêt historique pour les curieux. Cette précision permet de comprendre que cette instruction servait pour résoudre des problèmes qui sont actuellement résolus autrement.
L'adresse cible peut être soit intégrée dans l'instruction, soit dans un registre. Dans le second cas, l'adresse peut être incrémentée ou modifiée afin que l'instruction EXECUTE change de cible à chaque exécution. Tout se passe comme si le registre contenant l'adresse cible servait à émuler un ''program counter''. En mettant une instruction EXECUTE dans une boucle et en complétant le tout avec du code annexe, on peut exécuter du code extérieur sans modifier le véritable ''program counter''. L'utilité est de faciliter l'implémentation des logiciels debuggers, des émulateurs, ou d'autres programmes dans le même genre.
Les autres utilisations sont assez nombreuses, mais aussi difficiles à expliquer pour qui n'a pas de connaissances poussées en programmation. La première utilité est l'implémentation de certaines fonctionnalités des langages de programmation évolués, à savoir le ''late binding'', les fonctions virtuelles, et quelques autres. Elle facilite aussi l'implémentation des compilateurs à la volée, en permettant d’exécuter du code produit à volée sans faire tiquer les mécanismes de protection mémoire implémentés dans le processeur. Elle permet d'émuler du code automodifiant pour les logiciels qui gagnaient autrefois à l'utiliser. Et il y en a d'autres.
==Les instructions d'arrêt et de mise en veille==
Les processeurs gèrent souvent des '''instructions de mise en veille''' le processeur. Une fois mis en veille, le processeur ne peut être réveillé que si un signal de sortie de veille survient. Les signaux de sortie de veille sont envoyés par les périphériques, les entrées-sorties, le ''chipset'' de la carte mère, etc. Ils sont rarement mis totalement en veille, ce qui leur permet de générer ce signal de sortie si nécessaire. Le processeur attend alors qu'un périphérique lui envoie un signal de sortie de veille, mais ne fait rien en attendant. De telles instructions ne sont exécutables qu'en mode noyau, par le système d'exploitation.
: Le signal de sortie de veille est techniquement une interruption matérielle, comme on le verra plus tard.
Il existe aussi des '''instructions d'arrêt''', qui éteignent le processeur complétement. Le processeur peut redémarrer, mais pas reprendre là où il en était. Pour redémarrer, il faut qu'il reçoive un signal RESET, envoyé sur une entrée du processeur. Lorsque l'entrée RESET du processeur est mise à 1, le processeur redémarre. Typiquement, l'alimentation du processeur est suspendue.
===Les exemples sur les processeurs les plus connus===
Sur les processeurs ARM, les instructions WFI et WFE sont utiles pour les systèmes embarqués, pour mettre le processeur en mode basse consommation. Lorsqu'une instruction de ce type est exécutée, le processeur continue d'être alimenté, mais il ne tient pas compte du signal d'horloge. Le signal d'horloge est clock gaté dès l'entrée dans le CPU. La différence entre les deux instructions est que WFI s'exécute inconditionnellement, alors que WFE ne s’exécute que un registre spécifique, le registre d'évènement, est à 0.
Sur les processeurs Motorola 6502 et ses dérivés, l'instruction WAI est une instruction de mise en veille, alors que l'instruction STP éteint l'ordinateur. La différence est qu'avec l'instruction STP, le processeur ne réagit qu'au signal RESET, qui fait redémarrer le processeur, mais ne réagit pas aux signaux de sortie de veille. L'exécution du processeur ne reprend alors pas là où le processeur s'est arrêté, le ''program counter'' est réinitialisé.
Sur les CPU x86 avant le 486, l'instruction HLT ne mettait pas le processeur en mode basse consommation. Aucune technique n'était prévue pour réduire la consommation du processeur pendant la veille. Le 8086 se contentait de se déconnecter du bus et n'incrémentait pas son ''program counter''. Au passage, l'implémentation exacte au niveau des circuits de l'instruction HLT sur le 8086 est détaillée dans cet article de blog :
* [https://www.righto.com/2023/01/reverse-engineering-intel-8086.html Reverse-engineering the Intel 8086 processor's HALT circuits]
C'est avec le 486 que la mise en veille s'est accompagnée d'une extinction partielle du processeur. Le processeur passait en mode basse consommation, ce qui permettait des économies d'énergie de 5 à 10%. Cependant, les premiers CPU sortis d'usine avaient un bug : le CPU stoppé via l'instruction HLT ne pouvait pas redémarrer de manière logicielle, il fallait lui envoyer le signal de RESET directement via le matériel.
{|class="wikitable"
|-
! x86
| HLT (HALT)
|-
! ARM
|
* WFI (Wait For Interrupt)
* WFE (Wait For Event).
|-
! Motorola 6502 et plus
|
* WAI (WAit for Interrupt)
* STP (SToP)
|}
===Les instructions ''Halt And Catch Fire''===
Le bug n'est pas spécifique aux processeurs 486, de nombreux CPU ont des instructions non-documentées qui bloquent l'ordinateur, si exécutées. Le processeur ne peut alors pas sortir de la mise en veille et soit s'arrête, soit doit être RESET. Les instructions ne sont souvent pas voulues par les concepteurs et sont souvent des bugs. De telles instructions illégales devraient lever une exception matérielle "instruction non reconnue", mais ne le font pas en raison d'un bug quelconque. Elles sont appelées, non sans humour, des '''instructions ''Halt And Catch Fire''''' (stoppe et prend feu).
Un exemple classique est celle du bug du Pentium F00F. Le responsable est une instruction non-documentée, encodée en binaire comme suit F0 0F C7 C8. Il s'agit d'une instruction dont l'encodage est invalide. Elle correspond à une instruction cmpxchg8b qui agit sur une valeur 64 bits obtenue en concaténant les deux registres (EAX et EDX). Elle compare cette valeur 64 bits avec une donnée en mémoire RAM. Mais avec l'encodage F0 0F C7 C8, l'adresse mémoire est remplacée par un nom de registre, du fait de l'encodage des modes d'adressage sur ce CPU. En théorie, le processeur devrait lever une exception matérielle ''opcode invalide''. Seulement, l'instruction est associée à un préfixe LOCK, qu'on ne détaillera pas ici, qui empêche la levée de l'exception.
Elle agissait comme une instruction ''Halt And Catch Fire'' classique. Un problème est que cette instruction n'était pas une instruction en mode noyau, mais une instruction accessible en espace utilisateur. N'importe quel programme invalide, voire un programme malicieux, pouvait bloquer l'ordinateur. La situation a été prise an sérieux, les systèmes d'exploitation fournissant des mitigations logicielles. Intel corrigea le problème, dans une seconde fournée sortie d'usine, avec la version B2 du 486.
==Résumé==
Pour résumer, les instructions les plus courantes sont les suivantes :
{|class="wikitable"
|-
!Instruction
!Utilité
|-
!Instructions arithmétiques
|Elles font des calculs sur des nombres. Les plus communes sont l'addition, la soustraction, la multiplication, la division, le modulo. Pour les instructions flottantes, la racine carrée est souvent supportée, parfois avec les opérations trigonométriques, les logarithmes et l'exponentielle.
|-
!Instructions logiques
|Elles travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les plus communes sont ;
* Les opérations bit à bit, à savoir le ET logique, le OU logique, le OU exclusif (XOR) et le NON logique.
* Les instructions de décalage à droite et à gauche, qui vont décaler tous les bits d'un nombre d'un cran vers la gauche ou la droite. Les bits qui sortent du nombre sont considérés comme perdus.
* Les instructions de rotation, qui font la même chose que les instructions de décalage, à la différence près que les bits qui "sortent d'un côté du nombre" après le décalage rentrent de l'autre.
|-
!Instructions de test et de contrôle (branchements)
|Elles permettent de contrôler la façon dont notre programme s’exécute sur notre ordinateur. Elles permettent notamment de choisir la prochaine instruction à exécuter, histoire de répéter des suites d'instructions, de ne pas exécuter des blocs d'instructions dans certains cas, et bien d'autres choses.
|-
!Instructions d’accès mémoire
|Elles permettent d'échanger des données entre le processeur et la mémoire, ou encore permettent de gérer la mémoire et son adressage. Les deux les plus courantes sont les suivantes :
* LOAD : charge une donnée dans un registre ;
* STORE : copie le contenu d'un registre dans une adresse mémoire.
|}
En plus de ces instructions, beaucoup de processeurs ajoutent d'autres instructions. La plupart sont utilisées par le système d'exploitation pour configurer certaines fonctionnalités importante : la protection mémoire, la mémoire virtuelle, les modes de compatibilité du processeur, la gestion de l'alimentation, l'arrêt ou la mise en veille, etc.
On peut aussi trouver des instructions spécialisées dans les calculs cryptographiques : certaines instructions permettent de chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe. De même, certains processeurs ont une instruction permettant de générer des nombres aléatoires. Et on peut trouver bien d'autres exemples...
Mais d'autres sont franchement exotiques. Par exemple, certains processeurs sont capables d'effectuer des instructions sur du texte directement. Pour stocker du texte, la technique la plus simple utilise une suite de lettres, stockées les unes à la suite des autres dans la mémoire, dans l'ordre dans lesquelles elles sont placées dans le texte. Quelques ordinateurs disposent d'instructions pour traiter ces suites de lettres. D'ailleurs, n'importe quel PC x86 actuel dispose de telles instructions, bien qu'elles ne soient pas utilisées car paradoxalement trop lente comparé aux solutions logicielles ! Cela peut paraître surprenant, mais il y a une explication assez simple qui sera compréhensible dans quelques chapitres (les instructions en question sont microcodées).
<noinclude>
{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les mémoires FIFO et LIFO
| prevText=Les mémoires FIFO et LIFO
| next=Les registres du processeur
| nextText=Les registres du processeur
}}
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Mewtow
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/* Les structures de contrôle */
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wikitext
text/x-wiki
Ce chapitre va aborder le langage machine, à savoir un standard qui définit les instructions du processeur, le nombre de registres, etc.
Dans ce chapitre, on considérera que le processeur est une boîte noire au fonctionnement interne inconnu.
Nous verrons le fonctionnement interne d'un processeur dans quelques chapitres.
Les concepts que nous allons aborder ne sont rien d'autre que les bases nécessaires pour apprendre l'assembleur.
Nous allons surtout parler des instructions du processeur.
Pour simplifier, on peut classer les instructions en quatre grands types :
* les échanges de données entre mémoires ;
* les calculs et autres opérations arithmétiques ;
* les instructions de comparaison ;
* les instructions de branchement.
À côté de ceux-ci, on peut trouver d'autres types d'instructions plus exotiques, pour gérer du texte, pour modifier la consommation en électricité de l'ordinateur, pour chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe, générer des nombres aléatoires, etc. Dans ce chapitre, nous allons voir un aperçu assez large des instructions qui existent. Nous n'allons pas nous limiter aux instructions les plus importantes, mais nous allons aussi parler d'instructions assez exotiques, soit présentes uniquement sur d'anciens ordinateurs, soit très rares, soit franchement tordues. Et certaines de ces instructions exotiques sont assez impressionnantes et risquent de vous surprendre !
==Les instructions entières==
Les '''instructions arithmétiques''' sont les plus courantes et comprennent au minimum l'addition, la soustraction, la multiplication, plus rarement la division. Précisons qu'une opération mathématique ne se fait pas de la même manière suivant la représentation utilisée pour coder ces nombres : on ne manipule pas de la même façon des nombres entiers binaires, des entiers codés en BCD et des nombres flottants. Aussi, dans ce qui va suivre, nous allons séparer les opérations entières, les opérations flottantes et les opérations en BCD.
Les processeurs modernes utilisent des nombres encodés soit en binaire normal, soit en complément à deux. L'avantage est que les opérations arithmétiques se font de la même manière dans les deux encodages. Il y a quelques différences, mais elles sont suffisamment mineures, pas besoin d'avoir une instruction dédiée pour les nombres signés. Les anciens processeurs utilisaient eux des entiers signés en signe-magnitude ou en complément à 1, ou d'autres représentations. Et avec ces représentations, les calculs ne sont pas exactement les mêmes pour les nombres signés et non-signés. Ils avaient donc des instructions séparées pour l'addition signée et l'addition non-signée, idem pour la soustraction, la multiplication, etc.
De nos jours, les ordinateurs utilisent des entiers de taille fixe, qui tiennent dans un registre. J'ai dit qui tiennent dans un registre, car la taille des opérandes dépend de l'instruction. Un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs pour chaque taille : certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Mais la taille d'une opérande ne dépasse pas la taille d'un registre entier.
===La ou les instructions d'addition entière===
Un processeur implémente au minimum une opération d'addition, même s'il existe de rares exemples de processeurs qui s'en passent. Mieux : certains processeurs implémentent plusieurs instructions d'addition, qui se distinguent par de subtiles différences.
La première est évidemment la '''taille des opérandes'''. Un processeur 32 bits peut par exemple implémenter trois additions différentes : une addition 32 bits qui additionne deux opérandes 32 bits : une addition 16 bits qui additionne deux doublets (16 bits), et une addition 8 bits qui additionne deux octets. Précisons cependant que c'est une possibilité et que ca n'a rien d'automatique. De nombreux processeurs ne fournissent que des additions sur des opérandes 32 bits, et rien d'autre,les autres taille d'opérandes ne sont pas supportées. Mais on peut toujours émuler des opérations sur 8 ou 16 bits avec des opérations de masquage.
La seconde différence est la '''gestion des débordements d'entier'''. Pour gérer les débordements d'entier, certains processeurs disposent d'un '''registre de débordement''', de 1 bit, qui indique si une instruction arithmétique a généré un débordement d'entier ou non. Il est mis à 1 en cas de débordement, mais reste à 0 sinon. Il est mis à jour à chaque addition/multiplication/soustraction.
Pour rappel, les débordements d'entiers sont différents selon que l'addition est signée ou non, et il faut en tenir compte au niveau du jeu d'instruction. La solution la plus simple est l'existence de deux instructions dédiées : une pour les additions de nombres signés et une autre pour les nombres non-signés. Le circuit additionneur est le même pour ces deux instruction, mais le calcul du bit de débordement est différent. D'autres processeurs s'en sortent autrement, en ayant deux bits de débordement : un si le résultat est signé, l'autre pour les résultats non-signés. Mais nous reparlerons de cela plus tard.
Une autre différence, présente sur les vieux processeurs, tient dans la '''gestion de la retenue''. À l'époque, les processeurs ne pouvaient gérer que des nombres de 4 à 8 bits, guère plus. Pourtant, la plupart des applications logicielles demandait d'utiliser des entiers de 16 bits. Les opérations comme l'addition ou la soustraction étaient alors réalisées en plusieurs fois. Par exemple, on additionnait les 8 bits de poids faible, puis les 8 bits de poids fort. Dans un cas pareil, il fallait aussi gérer la retenue dans l'addition des 8 bits de poids fort.
Pour cela, la retenue en question était mémorisée dans un registre de 1 bit dédié, semblable au registre de débordement, appelé le '''bit de retenue'''. De plus, les processeurs incorporaient une instruction d'addition qui additionnait les deux opérandes avec la retenue en question, instruction souvent appelée ADDC (''ADD with Carry''). Niveau circuits, cela ne changeait pas grand chose, tous les additionneurs ayant une entrée pour la retenue (qui est utilisée pour implémenter la soustraction, rappelez-vous). L'implémentation de l'instruction ADDC était très simple, n'utilisait presque pas de circuits, et rendait de fiers services aux programmeurs de l'époque. Nous parlons là des vieux processeurs 4 et 8, mais certains processeurs 16, 32, voire 64 bits, sont capables d'effectuer ce genre d'opération, même si ils sont rares.
: Il existe parfois des instructions pour mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. C'est le cas sur l'architecture x86. Mais son utilité est marginale, car toutes les instructions arithmétiques modifient le bit de retenue.
La même chose a lieu pour la soustraction, qui demande qu'une "retenue" soit propagée d'une colonne à l'autre (bien que la "retenue" soit utilisée différemment : elle n'est pas additionnée, mais soustraite du résultat de la colonne). Pour cela, les processeurs implémentent l'opération SUBC (''Substract with Carry''). Et pour mettre en œuvre cette opération, ils ont deux options. La première est d'ajouter un bit pour la "retenue" de la soustraction. Pour une soustraction qui calcule a-b, elle vaut 0 si a>=b et 1 si a<b. Elle est utilisée telle qu'elle par le circuit qui effectue la soustraction, généralement un soustracteur. L'autre option est d'utiliser le but de retenue de l'addition, sans rien modifier. Pour comprendre pourquoi, rappelons que la soustraction est implémentée en complément à deux par le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + 1</math>
Il s'agit d'une addition, qui a donc une retenue lors d'un débordement. On peut alors réutiliser le bit de retenue de l'addition pour la soustraction, en modifiant quelque peu la soustraction à effectuer. Pour comprendre comment faire la modification, précisons tout d'abord que les règles du complément à deux nous disent qu'on a un débordement quand a>=b. Passons maintenant à l'étude d'un exemple théorique : le cas où on veut soustraire deux nombres de 16 bits avec deux opérations SUBC qui travaillent sur 8 bits. Appelons les deux opérandes A et B, <math>a_h</math> et <math>b_h</math> les 8 bits de poids forts de ces opérandes, et <math>a_l</math> et <math>b_l</math> leurs 8 bits de poids faible. Voyons ce qui se passe suivant que la retenue soit de 0 ou 1.
* Si la retenue de l'addition est de 1, on a <math>a_l \geq b_l</math>, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>.
* À l'inverse, si la retenue de l'addition est de 0, on a <math>a_l \leq b_l</math>. Cela veut dire que si on posait la soustraction, alors une retenue devrait être propagée à la colonne suivante, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1 - \text{retenue de 1}</math>.
Récapitulons dans un tableau.
{|class="wikitable"
|-
! Retenue
! Opération à effectuer pour la seconde soustraction
|-
! 0
| <math>a_h + \overline{b_h} + 0</math>
|-
! 1
| <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>
|}
On voit que ce qu'il faut ajouter à <math>a_h + \overline{b_h}</math> est égal à la retenue. L'opération SUBC fait donc le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + \text{retenue}</math>
La plupart des processeurs 8 et 16 bits avaient deux instructions de soustraction séparées : une sans gestion de la retenue, une avec. Mais certains processeurs comme le 6502 n'avaient qu'une seule instruction de soustraction : celle qui tient compte de la retenue ! Il n'y avait pas de soustraction normale. Pour éviter tout problème, les programmeurs devaient faire attention. Ils disposaient d'une instruction mettre à 0 ou à 1 le bit de retenue pour éviter tout problème, qu'ils utilisaient avant toute soustraction simple.
===Les instructions de division entière===
Il faut savoir que la division est une opération très lourde pour le processeur : une instruction de division dédiée met au mieux une dizaine de cycles d'horloge pour fournir un résultat, parfois plus de 50 à 70 cycles d’horloge. Et elle est facilement 10 à 50 fois plus lente qu'une opération de multiplication. De plus, son implémentation matérielle utilise beaucoup de portes logiques/transistors. Son cout globalement le même que pour un circuit multiplieur, parfois un peu plus. Mais on a de la chance : c'est aussi une opération assez rare, peu utilisée.
De plus, les divisions les plus courantes sont des divisions par une constante : un programme devant manipuler des nombres décimaux aura tendance à effectuer des divisions par 10, un programme manipulant des durées pourra faire des divisions par 60 (gestion des minutes/secondes) ou 24 (gestion des heures). Or, diverses astuces permettent de les remplacer par des suites d'instructions plus simples, qui donnent le même résultat (l'usage de décalages, la multiplication par un entier réciproque, etc). Et la suite d'instruction équivalent est beaucoup plus rapide qu'une implémentation matérielle, car on profite qu'une opérande est constante. En-dehors de ce cas, l'usage des divisions est assez rare.
Sachant cela, certains processeurs ne possèdent pas d'instruction de division, car les gains de performance seraient modérés et le coût en transistors élevé. Les divisions sont alors émulées en logiciel, par une suite de soustractions ou tout autre code équivalent. D'autres processeurs implémentent toutefois la division dans une instruction machine, avec un circuit dédié, mais c'est signe que le coût en transistors n'est pas un problème pour le concepteur de la puce.
===Les instructions de multiplication entière===
Contrairement à la division, l'opération de multiplication entière est très courante, presque tous les processeurs modernes en ont une. Les multiplications sont plus fréquentes dans le code des programmes, sans compter que c'est une opération pas trop lourde à implémenter en circuit. Il en existe parfois plusieurs versions sur un même processeur. Ces différentes versions servent à résoudre un problème quant à la taille du résultat d'une multiplication.
Le résultat d'une multiplication est très large et prend deux registres. Par exemple, une multiplication de deux opérandes 64 bits donne un résultat sur 128 bits, ce qui ne tient pas dans un registre, mais en prend deux. Et en général, la multiplication de deux opérandes de <math>n</math> bits donne un résultat de <math>2 \times n</math>, soit deux fois plus de bits. Le résultat complet ne tient pas dans un registre, il en prend exactement deux. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions.
Dans sa version la plus simple, l'instruction de multiplication se contente de garder les <math>n</math> bits de poids faible. Tous les processeurs qui supportent la multiplication ont une '''instruction MUL''' qui ne calcule que les bits de poids faible du résultat, dont le résultat est enregistré dans un seul registre. L'instruction peut générer des débordements d'entiers, si le résultat déborde dans les bits de poids fort.
Pour obtenir le résultat complet, le reste du processeur. Beaucoup de processeurs supportent juste l'instruction MUL, et ne permettent pas de calculer les bits de poids fort du résultat. Mais d'autres le permettent, avec des instructions spécialisées. Le processeur ajoute des instructions de multiplication, séparées de l'instruction MUL, qui permettent d'obtenir le résultat complet, directement ou indirectement. Le problème à résoudre est que le résultat prend deux registres. Globalement, il y a deux grandes solutions.
La première rajoute une '''instruction MULH''', pour calculer les bits de poids fort du résultat. Le processeur a donc deux instructions de multiplication : l'instruction MUL qui calcule les bits de poids faible du résultat, l'instruction MULH qui calcule les bits de poids fort. D'autres processeurs disposent d'une instruction de multiplication configurable, qui permet de choisir quels bits conserver : poids fort ou poids faible. Le calcul du résultat complet est donc fait en deux instructions, chacune n'écrivant son résultat que dans un seul registre.
La seconde rajoute une '''instruction MULX''' ou ''FULL MUL'', qui calcule les tout le résultat en une seule opération, et qui mémorisent le résultat dans deux registres. C'est plus rare, mais possible. Le défaut est que l'instruction doit préciser les deux registres dans lesquels enregistrer le résultat. Elle doit préciser le registre pour les bits de poids faible, un autre pour les bits de poids fort. Et préciser deux registres de résultat, pus deux registre d'opérande, c'est compliqué : les quatre registres prennent trop de place dans l'instruction, comme on le verra dans le chapitre sur l'encodage des instructions.
==Les instructions sur les entiers BCD==
Parlons maintenant des '''instructions BCD''', qui agissent sur des opérandes codées en BCD. Devenues très rares avec la disparition du BCD dans l'informatique grand-public, elles étaient quasiment essentielles sur les tous premiers processeurs 8 bits.
===Les ordinateurs décimaux===
Au tout début de l'informatique, il a existé des processeurs qui travaillaient uniquement en BCD, appelés des '''processeurs décimaux'''. Ils avaient uniquement des instructions BCD, pas d'instruction sur des opérandes codées en binaire. Ils étaient assez courants entre les années 60 et 70, même s'ils ne représentent pas la majorité des architectures de l'époque. Il y avait une vraie séparation entre processeurs décimaux et processeurs binaires, sans intermédiaires notables.
Les tous premiers ordinateurs décimaux pouvaient manipuler des entiers BCD de taille arbitraire. Ils stockaient leurs nombres dans des chaines de caractères ou des tableaux encodés en BCD. Le processeur faisait les calculs chiffre par chiffre, caractère BCD par caractère BCD. Les ordinateur décimaux qui ont abandonné ce fonctionnement. À la place, ils ont intégré des registres capables de mémoriser des entiers BCD de taille fixe.
Le grand avantage des processeurs décimaux est leur très bonne performance dans les tâches de bureautique, de comptabilité, et autres. Les processeurs de l'époque recevaient des entiers codés en BCD de la part des entrées-sorties, et devaient les traiter. Les processeurs binaires devaient faire des conversion BCD-binaire pour communiquer avec les entrées-sorties, mais pas les processeurs décimaux. Le gain en performance pouvait être substantiel dans certaines applications.
===Les instructions BCD des processeurs binaires===
Par la suite, dans les années 80, l'augmentation des performances a favorisé les processeurs binaires. Faire des conversions binaires-BCD n'était plus un problème, les conversions étaient suffisamment rapides. Par contre, faire les calculs en BCD était plus lent que faire les calculs en binaire, ce qui fait que le compromis technologique de l'époque favorisaient le binaire. Mais pour obtenir le meilleur des deux mondes, les processeurs binaires ont ajouté un support du BCD. C'était l'époque des architectures 8 bits, puis 16 bits.
Intuitivement, on se dit que, les processeurs de l'époque des 8 bits avaient leurs instructions de calcul en double : une instruction pour les calculs entier et une autre pour les calculs BCD. Mais d'autres processeurs faisaient autrement. À l'époque des processeurs 8-16 bits, certains processeurs ne géraient pas d'instructions BCD proprement dit, mais géraient quand même les calculs en BCD grâce à des instructions spéciales. Concrètement, les programmeurs utilisaient une instruction d'addition ou de soustraction binaire, mais il était possible de corriger ce résultat pour obtenir le bon résultat codé en BCD. Les processeurs de l'époque disposaient d'une instruction pour faire la correction, souvent appelée ''Decimal Adjust After Addition''.
Avant d'aller plus loin, nous devons préciser que les processeurs 8 bits de l'époque pouvaient gérer deux formats de BCD. Le premier est le '''format ''Packed''''', où deux chiffres sont mémorisé dans un octet. Le premier nibble (4bits) mémorise un chiffre BCD, le second nibble mémorise le second. Il s'agit d'un format qui remplit au maximum les bits de l'octet avec des données utiles. L'autre format, appelé '''''Unpacked''''', ne mémorise qu'un seul chiffre BCD dans un octet. Le chiffre est quasi- tout le temps dans le nibble de poids faible. Il se trouve que la manière de corriger le résultat d'une opération n'est pas la même suivant que le nombre est codé en BCD ''packed'' et ''unpacked''.
Pour commencer, étudions le cas des nombres BCD ''unpacked'', plus simples à comprendre. Lors d'une addition, il se peut que le résultat ne soit pas représentable en BCD ''unpacked''. Par exemple, si je fais le calcul 5 + 8, le résultat sera 13 : il tient dans un nibble en décimal, mais pas en BCD ! Cette situation survient quand le résultat d'une addition de deux entiers BCD ''unpacked'' dépasse 9, la limite de débordement en BCD ''unpacked''. Nous avons vu dans le chapitre sur les circuits d'addition que la correction est alors toute simple : si le résultat dépasse 9, on ajoute 6. De plus, on doit prévenir que le résultat a débordé et ne tient pas sur un nibble en BCD. Pour cela, on ajoute un bit spécialisé, appelé le '''''half carry flag''''', indicateur de demi-retenue en français, qui joue le même rôle que le bit de débordement, mais pour le BCD ''unpacked''. Sur les processeurs x86, tout cela est réalisé par une instruction appelée ''ASCII adjust after addition''.
: Pour la soustraction, il faut faire la même chose, sauf qu'il faut soustraire 6, pas l'ajouter. Et il y a aussi une instruction pour cela : ''ASCII adjust after substraction''.
Pour les nombres BCD ''packed'', la procédure est globalement la même, sauf qu'il faut traiter les deux ''nibbles'' : on ajoute 6 si le nibble de poids faible dépasse 9, puis on fait la même chose avec le ''nibble'' de poids fort. Le bit ''half carry flag'' n'est pas mis à jour et est tout simplement ignoré. Notons qu'on modifie d'abord le ''nibble'' de poids faible, avant de traiter celui de poids fort. En effet, si on corrige celui de poids faible, la retenue obtenue en ajoutant 6 se propage au nibble suivant, ce qui fait que ce dernier peut voir sa valeur augmenter. Une fois cela fait, le bit de retenue est mis à 1. La procédure est différente, vu qu'il faut traiter deux ''nibles'' au lieu d'un, et que le bit ''half-carry'' est ignoré au profit du bit de retenue normal. D'où l'existence d'une instruction séparée pour l'addition des nombres BCD ''packed'', appelée ''Décimal adjust after addition'' sur les processeurs x86.
Les processeurs modernes ne supportent plus le BCD, car il est très peu utilisé. Les processeurs ARM et MIPS ont toujours fait sans instructions BCD. Les processeurs x86 des PC désactivent les instructions BCD en mode 64 bits, mais conservent des opérations BCD en mode 32 bits, pour des raisons de compatibilité. Le support du codage BCD est surtout quelque chose qu'on trouve sur les anciens processeurs.
==Les instructions flottantes==
Passons maintenant au support des nombres flottants. Avant les années 60, les processeurs n'était pas encore capables de faire de calculs avec des nombres flottants. Les calculs flottants étaient émulés soit par une bibliothèque logicielle, soit par le système d'exploitation. Pour améliorer les performances, les concepteurs de processeurs ont conçus des '''coprocesseurs arithmétiques''', des processeurs secondaires spécialisés dans les calculs flottants, qui complémentaient le processeur principal, et avaient leur propre emplacement sur la carte mère. Par la suite, les concepteurs de processeurs ont incorporé des instructions de calculs sur des nombres flottants, rendant le coprocesseur inutile.
Pour supporter les nombres flottants, il y a deux écoles. La première utilise des instructions flottantes séparées des instructions entières. La seconde utilise des instructions d'addition/soustraction/multiplication généralistes, capables de traiter indifféremment entiers et flottants, voire les encodages BCD.
===Les architectures taguées===
Le second cas correspond à certaines machines assez anciennes, datant des années 50 à 70. Ces processeurs n'avaient qu'une seule instruction d'addition, qui pouvait traiter indifféremment flottants, nombres entiers codés en BCD, en complément à deux, etc. Pour cela, les opérandes étaient associés à un type qui précisait s'il s'agissait d'un opérande flottant, entier, BCD, d'un pointeur, ou autre. Le traitement effectué par une instruction dépendait des ''tag'' associés aux opérandes. Par exemple, si les deux opérandes avaient un ''tag'' "entier", l'instruction faisait un calcul entier. Si les deux opérandes avaient un ''tag'' "flottant", l'instruction faisait un calcul flottant.
Le type de l'opérande était encodé avec un ''tag'', une sorte de numéro codé en binaire. Le ''tag'' était stocké en mémoire à côté de l'opérande, un mot mémoire contenait la donnée et le ''tag'' concaténés l'un à la suite de l'autre. Le défaut est que la mémoire devait être conçue pour gérer le ''tag'', de même que le processeur. Des processeurs de ce type s'appellent des ''architectures à tags'', ou '''tagged architectures''', en référence au ''tag'' ajouté dans la mémoire.
Mais les processeurs modernes n'utilisent pas cette technique, du fait de son cout en mémoire. À la place, le processeur dispose d'une instruction par type à manipuler : une instruction de multiplication pour les flottants, une autre pour les entiers codés en complément à deux, etc.
===Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées===
Les processeurs modernes disposent d''''instructions de calculs flottants''', qui font des calculs avec des nombres flottants. En général, les instructions flottantes les plus courantes sont l'addition, la soustraction, la multiplication et la division. D'autres opérations plus complexes peuvent être supportées, comme les fonctions trigonométriques, les logarithmes, l'exponentielle, la fonction puissance, etc. Mais c'est déjà un peu plus rare, la majorité des processeurs anciens se contentent des quatres opérations de base.
: Nous palerons aussi d'''instructions flottantes'' pour désigner les ''instructions de calcul flottant''. Mais les deux termes ne sont pas strictement équivalent, car les ''instructions flottantes'' regroupent toutes les instructions flottantes, pas que les calculs flottants. La différence entre les deux deviendra plus claire quand on arrivera à la section sur les isntructions d'accès mémoire.
En général, les processeurs utilisent des registres séparés pour les nombres flottants. Ils ont d'un côté des '''registres généraux''' pour les nombres entiers et les adresses mémoire, de l'autre des '''registres flottants''' pour les nombres flottants. Les instructions de calcul flottants utilisent ces ''registres flottants'' uniquement, elles ne peuvent pas lire/écrire dans les registres généraux, sauf pour quelques exceptions. La séparation entre registres flottants et entiers est la source de quelques subtilités, qu'on abordera dans la section sur les instructions d'accès mémoire.
Le standard IEEE 754 standardise quelques instructions flottantes : les quatre opérations arithmétiques de base, les comparaisons et la racine carrée. Certains processeurs vont plus loin et implémentent aussi d'autres instructions sur les flottants qui ne sont pas supportées par la norme IEEE 754. Par exemple, certaines fonctions mathématiques telles que sinus, cosinus, tangente, arctangente et d'autres. Le seul problème, c'est que ces instructions peuvent mener à des erreurs de calcul incompatibles avec la norme IEEE 754. Heureusement, les compilateurs peuvent mitiger ces désagréments.
Il faut néanmoins préciser que le support de la norme IEEE 754 n'est pas une obligation : certains processeurs ne la supportent que partiellement. Par exemple, certains processeurs ne supportent que les flottants simple précision, mais pas les double précision (ou inversement). Exemple : les premiers processeurs Intel ne géraient que les flottants double précision étendue. D'autres processeurs ne gèrent pas les ''underflow'', ''overflow'', les NaN, les infinis, ou même les flottants dénormaux. Précisons que même lorsque la gestion des dénormaux est implémentée en hardware (comme c'est le cas sur certains processeurs AMD), celle-ci reste malgré tout très lente.
Si les exceptions ne sont pas supportées, le processeur peut être configuré de façon à soit ignorer les exceptions en fournissant un résultat, soit déclencher une exception matérielle (à ne pas confondre avec les exceptions de la norme). Le choix du mode d'arrondi ou la gestion des exceptions flottantes se fait en configurant un registre dédié, intégré dans le processeur.
Plus rarement, il arrive que certains processeurs gèrent des formats de flottants spéciaux qui ne font pas partie de la norme IEEE 754. Par exemple, certains processeurs utilisent des formats de flottants différents de la norme IEEE 754, avec par exemple des flottants codés sur 8 ou 16 bits, qui sont très utiles pour les applications qui se contentent très bien d'un résultat approché.
==Les instructions logiques==
À côté des instructions de calcul, on trouve des '''instructions logiques''' qui travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les opérations bit à bit ont déjà été vues dans les premiers chapitres, ceux sur l'électronique. Pour rappel, les plus courantes sont :
* La négation, ou encore le NON bit à bit, inverse tous les bits d'un nombre : les 1 deviennent des 0 et les 0 deviennent des 1.
* Le ET bit à bit, qui agit sur deux nombres : il va prendre les bits qui sont à la même place et va effectuer un ET (l’opération effectuée par la porte logique ET). Exemple : 1100·1010=1000.
* Les instructions similaires avec le OU ou le XOR.
Mais d'autres instructions sont intéressantes à étudier.
===Les instructions de décalage et de rotation===
Les '''instructions de décalage''' décalent tous les bits d'un nombre vers la gauche ou la droite. Pour rappel, il existe plusieurs types de décalages : les rotations, les décalages logiques, et les décalages arithmétiques. Nous avions déjà vu ces trois opérations dans le chapitre sur les circuits de décalage et de rotation, ce qui fait que nous allons simplement faire un rappel dans le tableau suivant. Pour résumer, voici la différence entre les trois opérations :
{|class="wikitable"
|-
!
! Schéma
! Gestion des bits sortants
! Remplissage des vides laissés par le décalage
|-
! Rotation
|[[File:Rotation de bits.png|Rotations de bits.]]
| Réinjectés dans les vides laissés par le décalage
| Remplis par les bits sortants
|-
! Décalage logique
|[[File:Décalage logique.png|Décalage logique.]]
| rowspan="2" | Les bits sortants sont oubliés
| Remplis par des zéros
|-
|-
! Décalage arithmétique
|[[File:Décalage arithmétique.png|Décalage arithmétique.]]
| Remplis par :
* le bit de signe pour les bits de poids fort ;
* des zéros pour les bits de poids faible .
|}
Pour rappel, les décalages de n rangs sont équivalents à une multiplication/division par 2^n. Un décalage à gauche est une multiplication par 2^n, alors qu'un décalage à droite est une division par 2^n. Les décalages logiques effectuent la multiplication/division pour un nombre non-signé (positif), alors que les décalages arithmétiques sont utilisés pour les nombres signés. Précisons cependant que pour ce qui est des décalages à droite, les décalages logiques et arithmétiques n'arrondissent pas le résultat de la même manière. Les décalages logiques à droite arrondissent vers zéro, alors que les décalages arithmétiques arrondissent vers la valeur inférieure (vers moins l'infini). De plus, les décalages à gauche entraînent des débordements d'entiers qui ne se gèrent pas de la même manière entre décalage logique et décalage arithmétique.
La plupart des processeurs stockent le bit sortant dans un registre, généralement le registre qui stocke le bit de retenue des additions qui est réutilisé pour cette optique. Ils possèdent aussi une variante des instructions de décalage où le bit de retenue est utilisé pour remplir le bit libéré au lieu de mettre un zéro. Cela permet d'enchaîner les décalages sur un nombre de bits plus grand que celui supporté par les instructions en procédant par morceaux. Par exemple, pour un processeur supportant les décalages sur 8 et 16 bits, il peut enchaîner deux décalages de 16 bits pour décaler un nombre de 32 bits ; ou bien un décalage de 8 bits et un autre de 16 bits pour décaler un nombre de 24 bits.
[[File:Shift Arithmetic Right.svg|centre|vignette|Décalage arithmétique à droite, où le bit sortant est mémorisé dans le bit de retenue (CF pour ''Carry Flag'').]]
Ils existe une variante des instructions de rotation où le bit de retenue est utilisé. Un bon exemple est celui des instructions LRCY (''Left Rotate Through Carry'') et RRCY (''Right Rotate Through Carry''). La première est un décalage/rotation à gauche, l'autre est un décalage/rotation à droite. Les deux décalent un registre de 16 bits, mais on pourrait imaginer la même chose avec des registres de taille différente. Lors du décalage, le bit sortant est mémorisé dans le registre de retenue, alors que le bit de retenue précédent est lui envoyé dans le vide laissé par le décalage. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une rotation, sauf que le nombre décalé/rotaté est composé du registre concaténé au bit de retenue, le bit de retenue étant le bit de poids fort pour un décalage à gauche, de poids faible pour un décalage à droite.
====Le cas particuliers des processeurs ARM====
Sur les processeurs ARM, il n'y a pas d'instruction de décalage à proprement parler, ni de rotations. Par contre, les décalages sont fusionnés avec la plupart des opérations arithmétiques ! Toute opération arithmétique prend deux registres d'opérandes et un registre de destination, ainsi qu'un décalage facultatif. Le décalage est appliqué sur la seconde opérande automatiquement, sans avoir à faire une instruction séparée. À l'intérieur de l'instruction, deux bits précisent quel type de décalage effectuer (logique à droite, arithmétique à droite, à gauche, rotation à droite). Le nombre de rangs dont il faut décaler est soit encodé directement dans l'instruction sur 5-6 bits, soit précisé dans un registre.
Toutes les instructions ne permettent pas de faire un décalage automatique. Seules les opérations simples peuvent le faire, à savoir les additions, soustractions, copies d'un registre à un autre, les opérations logiques, et quelques autres. Et cela se marie très bien avec le fait qu'on applique le décalage sur la seconde opérande fait qu'il se marie très bien avec les calculs d'adresse. En effet, quand un programmeur manipule une structure de données, notamment un tableau, il arrive souvent qu'il fasse des calculs d'adresse cachés. La majeure partie de ces calculs d'adresse sont de la forme : adresse de base + (indice * taille de la donnée). Vu que les données ont très souvent une taille qui est une puissance de deux, le second terme se calcule en décalant l'indice, le calcul total demande une simple addition avec une opérande décalée, ce qui prend une seule instruction sur les processeur ARM.
===Les instructions de manipulation de bits===
D'autres opérations effectuent des calculs non pas bit à bit (on traite en parallèle les bits sur la même colonne), mais qui manipulent les bits à l'intérieur d'un nombre. les plus simples d'entre elles comptent sur les bits.
Une instruction très commune de ce type est l'instruction '''''population count''''', qui compte le nombre de bits d'un nombre qui sont à 1. Par exemple, pour le nombre 0100 1100 (sur 8 bits), la ''population count'' est de 3. Il s'agit d'une instruction utile dans les codes correcteurs d'erreur, très utilisés pour tout et n'importe quoi (trames réseau, sommes de contrôle des secteurs des disques dur, et bien d'autres). De plus, elle permet de calculer facilement le bit de parité d'un nombre, ce qui est utile pour les codes de détection d'erreur. En soi, l'instruction est facultative et l'implémenter est un choix qui n'est pas trivial. Mais cette instruction est très simple à implémenter en circuits, sans compter que son implémentation utilise assez peu de transistors. Le circuit de calcul est ridiculement simple, utilise peu de transistors.
Les processeurs gèrent aussi assez souvent des instructions pour compter les zéros ou les uns après le bit de poids fort/faible. Pour rappel, voici les quatre possibilités :
* '''''Count Trailing Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à droite du 1 de poids faible.
* '''''Count Leading Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à gauche du 1 de poids fort.
* '''''Count Trailing Ones''''' donnent le nombre de 1 situés à gauche du 0 de poids fort.
* '''''Count Leading Ones''''' donne le nombre de 1 situés à droite du 0 de poids faible.
[[File:Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.png|centre|upright=2.0|vignette|Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.]]
Comme vous le voyez sur le schéma du dessus, ces quatre opérations de comptage sont liées à quatre autres opérations. Ces dernières donnent la position du 0 ou du 1 de poids faible/fort :
* '''''Find First Set''''', donne la position du 1 de poids faible.
* '''''Find highest set''''' donne la position du 1 de poids fort.
* '''''Find First Zero''''' donne la position du 0 de poids faible.
* '''''Find Highest Zero''''' donne la position du 0 de poids fort.
Il est rare que des processeurs s’implémentent toutes ces opérations. En effet, le résultat de certaines opérations se calcule à partir des autres. Pour donner un exemple, les processeurs x86 modernes incorporent une extension, appelée '''''Bit manipulation instructions sets (BMI sets)''''', qui ajoute quelques instructions de ce type. Pour le moment, seules les instructions ''Count Trailing Zeros'' et ''Count Leading Zeros'' sont supportées.
Et il existe bien d'autres instructions de ce type. On peut citer, par exemple, l'instruction BLSI, qui ne garde que le 1 de poids faible et met à zéro tous les autres bits. L'instruction BLSR quant à elle, met à 0 ce 1 de poids faible. Et il y en a bien d'autres, qui impliquent le 1 de poids fort, le 0 de poids faible, le 1 de poids faible, etc.
===Les instructions d'extension de registres===
Certains processeurs sont capables de gérer des données de taille diverses. Ils peuvent par exemple gérer des données codées sur 16 bits ou sur 32 bits comme c'est le cas sur certains processeurs anciens. Comme autre exemple, les processeurs x86 modernes peuvent gérer des données de 8, 16 et 32 bits. Pour cela, ils disposent généralement de registres de taille différentes, certains font 8 bits, d'autres 16, d'autres 32, etc. Dans ce cas, il est courant que l'on ait à faire des conversions vers un nombre de taille plus grande. Par exemple, convertir un nombre de 8 bits en un nombre de 16 bits, ou un nombre de 8 bits en 32 bits. Les processeurs de ce type incorporent des instructions pour ce faire, qui s'appellent les '''instructions d'extension de nombres'''.
La seule difficulté de ces instructions tient à la manière dont on remplit les bits de poids forts. Par exemple, si l'on passe de 8 bits à 16 bits, les 8 bits de poids forts sont inconnus. Pareil si on passe de 16 bits à 32 bits : quelle doit être la valeur des 16 bits de poids fort ? Intuitivement, on se dit qu'il suffit de les remplir par des zéros. Faire ainsi marche très bien, mais à condition que le nombre soit un nombre positif ou nul. Mais dans le cas d'un nombre négatif, cela ne marche pas (le résultat n'est pas bon). Pour les nombres codés en complément à deux, il faut remplir les bits manquants par le bit de signe, le bit de poids fort. On a donc deux choix : soit on remplit les bits manquants par des 0, ou par le bit de poids fort. Globalement, les deux choix possibles correspondent à deux instructions : une pour les nombres non-signés et une autre pour les nombres codés en complément à deux. On parle respectivement d''''instruction de ''zero extension''''' et '''instruction d'extension de signe'''.
Formellement, les instructions d'extension de nombre sont des copies entre registres : le contenu d'un registre est copié dans un autre plus grand. L'extension de signe est couplée avec cette copie, les deux étant effectués en une instruction. Du moins, c'est le cas sur la plupart des processeurs. On pourrait imaginer séparer les deux en deux instructions séparées, une instruction MOV (qui copie un registre dans un autre, comme on le verra plus bas) et une instruction d'extension de signe/zéro. Dans ce cas, l'instruction d'extension de signe/zéro prend un registre de grande taille et étend la donnée dans ce registre. Par exemple, pour une extension de signe de 16 à 32 bits, l'instruction prendrait un registre de 32 bits, ne considérerait que les 16 bits de poids faible et effectuerait l'extension de signe/zéro à partir de ces derniers. En soi, l'extension avec des zéros est un simple masque, réalisable avec des opérations bit à bit et cette instruction n'a pas besoin d'être implémentée. Par contre, les instructions d'extension de signe sont elles très utiles.
De plus, une instruction d'extension de signe séparée a l'avantage d'être utilisable même sur des architecture avec des registres de taille identique. Mais quel intérêt, me direz-vous ? Il faut savoir que certaines langages de programmation permettent de travailler sur des entiers dont on peut préciser la taille. Un même programme peut ainsi manipuler des entiers de 16 bits et de 32 bits, ou des entiers de 8, d'autres de 16, d'autres de 32, et d'autres de 64. L'intérêt n'est as évident, mais un bon exemple est celui de la rétrocompatibilité entre programmes. Par exemple, un programme 64 bits qui utilise une librairie 32 bits, ou un programme codé en 64 bits qui émule une console 16 bits. Ou encore, la communication entre un programme codé en 16 bits avec un capteur qui mesure des données de 8 bits. Bref, les possibilités sont nombreuses. Imaginons que tout se passe dans des registres de 32 bits. Le processeur peut incorporer des instructions de calcul sur 16 bits, en plus des instructions 32 bits. Dans ce cas, l'extension de signe sert à faire des conversions entre entiers de taille différentes.
===Les instructions de permutation d'octets===
Les instructions de ''byte swap'', aussi appelée '''instructions de permutation d'octets''', échangent de place les octets d'un nombre. Leur implémentation varie grandement selon la taille des entiers. Le cas le plus simple est celui des instructions qui travaillent sur des entiers de 16 bits, soit deux octets. Il n'y a alors qu'une seule solution pour échanger les octets : l'octet de poids fort devient l'octet de poids faible et réciproquement. Les deux octets échangent leur place.
Pour les nombres de 32 bits, soit 4 octets, il y a plusieurs possibilités. La première inverse l'ordre des octets dans le nombre : on échange l'octet de poids faible et de poids fort, mais on échange aussi les deux octets restant entre eux. Une autre solution découpe l'entier en deux morceaux de 16 bits : l'un avec les deux octets de poids fort, l'autre avec les deux octets de poids faible. Les octets sont inversés dans ces blocs de 16 bitzs, mais on n'effectue pas d'autres échanges. On peut aussi échanger les deux morceaux de 16 bits, mais sans changer l'ordre des octets dans les blocs.
[[File:Instruction de permutation d'octets.png|centre|vignette|upright=2|Instruction de permutation d'octets]]
L'utilité de ces instructions n'est pas évidente au premier abord, mais elle sert beaucoup dans les opérations de conversion de données. Tout cela devrait devenir plus clair dans le chapitre sur le boutisme.
==Les instructions d'accès mémoire==
Les instructions d’accès mémoire permettent de copier ou d'échanger des données entre le processeur et la RAM. On peut ainsi copier le contenu d'un registre en mémoire, charger une donnée de la RAM dans un registre, initialiser un registre à une valeur bien précise, etc. Il en existe plusieurs, les plus connues étant les suivantes : LOAD, STORE et MOV. D'autres processeurs utilisent une instruction d'accès mémoire généraliste, plus complexe.
===Les instructions d'accès à la RAM : LOAD et STORE===
Les instructions LOAD et STORE sont deux instructions qui permettent d'échanger des données entre la mémoire RAM et les registres. Elles copient le contenu d'un registre dans la mémoire, ou au contraire une portion de mémoire RAM dans un registre.
* L''''instruction LOAD''' est une instruction de lecture : elle copie le contenu d'un ou plusieurs mots mémoire consécutifs dans un registre. Le contenu du registre est remplacé par le contenu des mots mémoire de la mémoire RAM.
* L''''instruction STORE''' fait l'inverse : elle copie le contenu d'un registre dans un ou plusieurs mots mémoire consécutifs en mémoire RAM.
{|class="wikitable"
|[[File:Instruction LOAD.png|300px|Instruction LOAD.]]
|[[File:Instruction STORE.png|300px|Instruction STORE.]]
|}
En théorie, une variante de l'instruction STORE peut enregistrer une constante en mémoire RAM. Il est en théorie possible pour une instruction STORE modifiée de stocker la valeur 9 dans l'adresse X, par exemple. La constante est fournie par l'instruction, elle n'est pas stockée dans un registre, mais carrément intégrée à l'instruction. Cela sera plus clair quand nous verrons les modes d'adressage, notamment le mode d'adressage immédiat.
Plus haut dans le chapitre, j'ai dit qu'un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs dédiées, certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Et bien il en est de même pour les instructions LOAD et STORE, qui ont chacune une variante pour les entiers 8, 16, 32, 64 bits.
De telles instructions ne font pas que lire ou écrire des données. Pour comprendre pourquoi, prenons un processeur 64 bits. Il dispose d'un bus de 64 bits, pour lire ou écrire des mots mémoire de 64 bits chacun. Pour des lectures de 8, 16 ou 32 bits, un mot mémoire entier est lu, puis seuls les octets adéquats sont conservés. Par exemple, pour une lecture 32 bits, un mot mémoire de 64 bits est lu, puis une opération de masquage (ET bit à bit) met à zéro le 32 bits inutiles. Ce sont souvent les 32 bits de poids faible ou de poids fort qui sont mis à zéro. Il en est de mêma vec les lectures 16 bits, sauf que les 48 bits inutiles sont alors mis à zéro, idem avec les lectures 8 bits.
Pour les écritures, les choses sont encore plus compliquées. Imaginez que je veuille modifier 32 bits. Les 32 bits à modifier font partie d'un mot mémoire de 64 bits, qui contient les 32 bits utiles, et 32 bits supplémentaires. l'écriture ne doit pas effacer les 32 bits supplémentaires, seulement les 32 bits utiles. Pour cela, le processeur n'a pas le : il doit lire un mot mémoire de 64 bits, modifier le 32 bits utiles, puis réécrire le tout en mémoire RAM. L'écriture demande de faire une lecture, une modification, puis une écriture. Le mot mémoire de 64 bits est copié dans un registre, la modification se fait dans ce registre, vient une opération de masquage complexe, puis l'écriture est effectuée.
===Les instructions de transfert entre registres : MOV et XCHG===
L''''instruction MOV''' copie le contenu d'un registre dans un autre sans passer par la mémoire. C'est donc un échange de données entre registres, qui n'implique en rien la mémoire RAM, mais MOV est quand même considérée comme une instruction d'accès mémoire. Les données sont copiées d'un registre source vers un registre de destination. Le contenu du registre source est conservé, alors que le contenu du registre de destination est écrasé (il est remplacé par la valeur copiée). Cette instruction est utile pour gérer les registres, notamment sur les architectures avec peu de registres et/ou sur les architectures avec des registres spécialisés.
[[File:Instruction MOV.png|centre|vignette|upright=1.5|Instruction MOV.]]
Mais quelques rares architectures ne disposent pas d'instruction MOV, qui n'est formellement pas nécessaire, même si bien utile. En effet, on peut émuler une instruction MOV avec des instructions logiques utilisées convenablement. L'idée est de faire une opération dont le résultat est l'opérande envoyée, et d'enregistrer le résultat dans le registre de destination. Par exemple, on peut faire un OU entre le registre opérande et 0 : le résultat sera l'opérande. Idem avec un ET et la valeur adéquate. Ou encore, on peut imaginer faire un ET/OU entre un registre et lui-même : le résultat est égal au contenu du registre opérande.
Quelques processeurs assez rares ont des instructions pour échanger le contenu de deux registres. Par exemple, on peut citer l''''instruction XCHG''' sur les processeurs x86 des PC anciens et actuels. Elle permet d'échanger le contenu de deux registres, quel qu'ils soient, il n'y a pas de restrictions sur le registre source et sur le registre de destination. Mais d'autres processeurs ont des restrictions sur les registres source et destination. Par exemple, le processeur Z80 a des instructions d'échanges assez restrictives, comme on le verra dans quelques chapitres.
Sur les processeurs ARM, l'instruction MOV fait partie des instructions qui permettent d'effectuer un décalage sur la seconde opérande. Il s'agit en réalité de décalages/rotations décalées, qui sont fusionnées avec une instruction MOV. L'instruction MOV des processeurs ARM fait soit un MOV normal, soit un décalage.
===L'instruction mémoire généraliste : une alternative à LOAD et STORE===
Sur certains processeurs, il n'y a pas d'instruction LOAD ou STORE, ni même MOV . À la place, on trouve une '''instruction d'accès mémoire généraliste''', qui fusionne les trois. Elle est capable de faire une lecture, une écriture, ou une copie entre registres, et parfois une copie d'une adresse mémoire vers une autre. Les trois premières opérations sont presque toujours supportées, mais la copie d'une adresse mémoire vers une autre est beaucoup plus rare.
Sur les processeurs x86, l'instruction généraliste s'appelle l'instruction MOV. Elle gère la lecture en RAM, l'écriture en RAM, la copie d'un registre vers un autre, l'écriture d'une constante dans un registre ou une adresse. Par contre, elle ne gère pas la copie d'une adresse mémoire vers une autre ; pour un transfert de mémoire à mémoire, il faut utiliser les instructions MOVS* ('''''Mov'''e '''S'''tring'' ; MOVSB : par octets, MOVSW : par mots de 16-bits, ...).
===Les instructions d'accès mémoire complexes===
Nous venons de voir les instructions LOAD, STORE et les transferts entre registres. Elles sont présentes sur tous les processeurs, modernes comme anciens. Mais quelques processeurs gèrent des instructions mémoire plus complexes. Elles ont tendance à effectuer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les '''instructions de copie mémoire''' copient une donnée d'une adresse vers une autre. Les copies en mémoire sont des opérations très fréquentes, il est très fréquent qu'un programme copie un bloc de mémoire dans un autre et beaucoup de programmeurs ont déjà été confronté à un tel cas. Aussi, les processeurs ajoutent des instructions multi-accès pour accélérer ces copies, ce qui fait un bon compromis entre performance et simplicité d'implémentation.
D'autres instructions d'accès mémoire plus complexes existent. Pour en donner un exemple, citons les instructions de transferts par bloc sur les premiers processeurs ARM. Ces instructions permettent de copier plusieurs registres en mémoire RAM, en une seule instruction. Sur l'ARM1, il y a 16 registres en tout. Les instructions de transfert de bloc peuvent sélectionner n'importe quel sous-ensemble de ces 16 registres, pour les copier en mémoire : on peut sélectionner tous les registres, une partie des registres (5 registres sur 16, ou 7, ou 8, ...), voire aucun registre.
D'autres instructions mémoires effectuent des opérations à l'utilité moins évidente. Sur certains processeurs, on trouve notamment des instructions pour vider la mémoire cache de son contenu, pour la réinitialiser. L'utilité ne vous est pas évidente, mais cela peut servir dans certains scénarios, notamment sur les architectures avec plusieurs processeurs pour synchroniser ces derniers. Cela sert aussi pour le système d'exploitation, qui doit remettre à zéro certains caches (comme la TLB qu'on verra dans le chapitre sur la mémoire virtuelle) quand on exécute plusieurs programmes en même temps.
===Les instructions mémoire flottantes===
Plus haut, j'ai parlé du fait que certains processeurs avaient des registres flottants séparés des registres généraux. Mais encore faut-il pouvoir les remplir, ces registres flottants. Et cela implique de charger des opérandes depuis la mémoire RAM à un moment où un autre. Pour lire ou écrire ces registres, le processeur utilise des instructions mémoire séparées, distinctes des instructions LOAD et STORE vues plus haut. Pour faire la différence, ces instructions sont appelées '''FLOAD''' et '''FSTORE'''.
Elles sont séparées des LOAD/STORE normaux pour plusieurs raisons. La première est évidemment que les registres utilisés ne sont pas les mêmes : registres "généraux" pour LOAD/STORE, registres flottants pour FLOAD et FSTORE. La seconde raison est que les nombres flottants et entiers n'ont pas forcément la même taille. Et cela impacte à la fois la taille des registres, mais aussi les transferts mémoire.
Un nombre flottant fait 32 ou 64 bits, suivant qu'on parle d'un flottant simple ou double précision. Sur un processeur 32 bits, les flottants simple précision ont la même taille qu'un entier, les flottant double précision sont deux fois plus gros. Mais sur un processeur 64 bits, c'est l'inverse : les flottants double précision font la même taille qu'un entier, les simples précision sont deux fois plus petits. Et ne parlons pas du cas de certaines architectures 16 bits qui supportent quand même les nombres flottants ! Elles sont très rares, mais elles existent. Pour le moment, concentrons-nous sur les processeurs 32 et 64 bits.
En général, les registres flottants font 64 bits (parfois 80, mais je passe cela sous silence), afin de mémoriser des flottants double précision. Et ce, même sur les processeurs 32 bits. La gestion des nombres flottants est en effet apparue sur les architectures 32 bits et elles supportaient les calculs en double précision dès le départ. Et cette différence entre 32 et 64 bits a posé quelques problèmes. Les registres flottants n'avaient pas la même taille que les registres généraux : 32 pour les registres généraux, 64 pour les registres flottants. Mais ce n'était pas un énorme problème.
Le vrai problème est que les lectures/écritures flottantes faisaient des transferts de 64 bits entre les registres flottants et la mémoire RAM. Or, le bus de données de ces processeurs faisait 32 bits, vu que c'était des architectures 32 bits. Lire/écrire un flottant demandait donc de faire deux accès mémoire consécutifs. Par exemple, lire un flottant depuis la RAM demandait de lire deux morceaux de 32 bits, le flottant était chargé en deux fois. Cette différence fait qu'il est préférable d'utiliser des instructions FSTORE/FLOAD séparées des instructions LOAD/STORE. Leur comportement n'est pas le même : LOAD/STORE lisent un seul mot mémoire, FLOAD/FSTORE en lisent deux pour la double précision.
Un autre détail est qu'il existe des instructions FLOAD et FSTORE spécialisées pour les flottants simple précision. Par exemple, une instruction FLOAD en simple précision ne lit que 32 bits en mémoire, puis le flottant est convertit en double précision 64 bits, avant d'être enregistré dans les registres. Pour l'écriture, c'est l'inverse : un flottant double précision est convertit en simple précision 32 bits, avant d'être écrit en mémoire. Le comportement est alors différent : FLOAD/FSTORE ne lisent/écrivent qu'un seul mot mémoire, de 32 bits, mais doivent faire une conversion entre simple et double précision.
Il faut noter que c'est l'inverse sur les processeurs 64 bits. Là, un flottant double précision peut être lu/écrit en un seul accès mémoire, vu que le bus de données fait 64 bits. Par contre, les flottants simples précision sont gérés un peu autrement. Concrètement, l'instruction FLOAD lit un mot de 64 bits, mais n'en garde que la moitié adéquate. L'instruction d'écriture fait elle plus de traail : elle doit lire un mot de 64 bits, en modifier la moitié, et réécrire le tout en mémoire RAM.
Vu qu'il y a des registres flottants séparés, il y aussi des instructions de copie de registre séparées pour les registres flottants. L'instruction XCHG a son équivalent flottant '''FXCHG''', l'instruction MOV a une '''instruction FMOV''' séparées, etc.
Un autre moyen de remplir un registre flottant est d'obtenir sa valeur depuis un registre général. Attention, je ne parle pas de copier un registre général dans un flottant, ou inversement. Je parle de convertir une opérande entière en un nombre flottant. Et il y a des instructions dédiées pour cela. Par exemple, il y a une instruction prend un registre entier, convertit sa valeur en flottant 64 bits, et écrit le résultat dans un registre flottant. Idem avec la conversion inverse, de flottant vers entier, qui a sa propre instruction dédiée. Et ces deux instructions ont deux variantes, suivant que le flottant soit simple ou double précision. De telles '''instructions de conversion entier-flottant''' ne sont pas à proprement parler des instructions de copie entre registre, ce sont plus un intermédiaire entre copie entre registres et opération de calcul.
==Les instructions de contrôle (branchements et tests)==
Un processeur serait sacrément inflexible s'il ne faisait qu'exécuter des instructions dans l'ordre. Certains processeurs ne savent pas faire autre chose, comme le Harvard Mark I, et il est difficile, voire impossible, de coder certains programmes sur de tels ordinateurs. Mais rassurez-vous : il existe de quoi permettre au processeur de faire des choses plus évoluées. Pour rendre notre ordinateur "plus intelligent", on peut par exemple souhaiter que celui-ci n'exécute une suite d'instructions que si une certaine condition est remplie. Ou faire mieux : on peut demander à notre ordinateur de répéter une suite d'instructions tant qu'une condition bien définie est respectée. Diverses '''structures de contrôle''' de ce type ont donc étés inventées.
Voici les plus utilisées et les plus courantes : ce sont celles qui reviennent de façon récurrente dans un grand nombre de langages de programmation actuels. Concevoir un programme (dans certains langages de programmation), c'est simplement créer une suite d'instructions, et utiliser ces fameuses structures de contrôle pour l'organiser. D'ailleurs, ceux qui savent déjà programmer auront reconnu ces fameuses structures de contrôle. On peut bien sur en inventer d’autres, en spécialisant certaines structures de contrôle à des cas un peu plus particuliers ou en combinant plusieurs de ces structures de contrôles de base, mais cela dépasse le cadre de ce cours : on ne va pas vous apprendre à programmer.
{|class="wikitable"
|-
! Nom de la structure de contrôle
! Description
|-
! SI...ALORS
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée
|-
! SI...ALORS...SINON
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée ou exécute une autre suite d'instructions si elle ne l'est pas.
|-
! Boucle WHILE...DO
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée.
|-
! Boucle DO...WHILE aussi appelée REPEAT UNTIL
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée. La différence, c'est que la boucle DO...WHILE exécute au moins une fois cette suite d'instructions.
|-
! Boucle FOR
| Répète un nombre fixé de fois une suite d'instructions.
|}
Les '''conditions''' à respecter pour qu'une structure de contrôle fasse son office sont généralement très simples.
Elles se calculent le plus souvent en comparant deux opérandes (des adresses, ou des nombres entiers ou à virgule flottante).
Elles correspondent le plus souvent aux comparaisons suivantes :
* A == B (est-ce que A est égal à B ?) ;
* A != B (est-ce que A est différent de B ?) ;
* A > B (est-ce que A est supérieur à B ?) ;
* A < B (est-ce que A est inférieur à B ?) ;
* A >= B (est-ce que A est supérieur ou égal à B ?) ;
* A <= B (est-ce que A est inférieur ou égal à B ?).
Il est également possible de tester si le bit d'un registre ou octet mémoire est à 1 ou 0.
Notamment le registre des indicateurs est testé après une instruction arithmétique (est-ce que le calcul a généré une retenue, ...).
Pour implémenter ces structures de contrôle, on a besoin d'une instruction qui saute en avant ou en arrière dans le programme, suivant le résultat d'une condition. Par exemple, un SI...ALORS zappera une suite d'instruction si une condition n'est pas respectée, ce qui demande de sauter après cette suite d’instruction cas échéant. Répéter une suite d'instruction demande juste de revenir en arrière et de redémarrer l’exécution du programme au début de la suite d'instruction. Nous verrons comment sont implémentées les structures de contrôle plus bas, mais toujours est-il que cela implique de faire des sauts dans le programme. Faire un saut en avant ou en arrière dans le programme est assez simple : il suffit de modifier la valeur stockée dans le ''program counter'', ce qui permet de sauter directement à une instruction et de poursuivre l'exécution à partir de celle-ci. Et un tel saut est réalisé par des instructions spécialisées. Dans ce qui va suivre, nous allons appeler '''instructions de branchement''' les instructions qui sautent à un autre endroit du programme. Ce n'est pas la terminologie la plus adaptée, mais elle conviendra pour les explications.
L'implémentation des structures de contrôle demande donc de calculer une condition, puis de faire un saut. Mais il faut savoir que l'implémentation demande parfois de faire un saut, sans avoir à tester de condition. Dans ce cas, l'instruction qui fait un saut sans faire de test de condition est elle aussi une instruction de branchement. Cela nous amène à faire la différence entre un branchement conditionnel et non-conditionnel. La différence entre les deux est simple. Une instruction de '''branchement conditionnel''' effectue deux opérations : un test qui vérifie si la condition adéquate est respectée, et un saut dans le programme aussi appelé branchement. Une instruction de '''branchement inconditionnelle''' ne teste pas de condition et ne fait qu'un saut dans le programme.
===Les structures de contrôle===
Le IF permet d’exécuter une suite d'instructions si et seulement si une certaine condition est remplie.
[[File:Codage d'un if.. en assembleur.jpg|centre|vignette|upright=1.5|Codage d'un SI...ALORS en assembleur.]]
Le IF...ELSE sert à effectuer une suite d'instructions différente selon que la condition est respectée ou non : c'est un SI…ALORS contenant un second cas. Une boucle consiste à répéter une suite d'instructions machine tant qu'une condition est valide (ou fausse).
[[File:Codage d'un IF.ELSE en assembleur.png|centre|vignette|upright=1.5|Codage d'un SI...ALORS..SINON en assembleur.]]
Les boucles sont une variante du IF dont le branchement renvoie le processeur sur une instruction précédente. Commençons par la boucle DO…WHILE : la suite d'instructions est exécutée au moins une fois, et est répétée tant qu'une certaine condition est vérifiée. Pour cela, la suite d'instructions à exécuter est placée avant les instructions de test et de branchement, le branchement permettant de répéter la suite d'instructions si la condition est remplie. Si jamais la condition testée est fausse, on passe tout simplement à la suite du programme.
[[File:DO...WHILE.jpg|centre|vignette|upright=1.5|DO...WHILE.]]
Une boucle WHILE…DO est identique à une boucle DO…WHILE à un détail près : la suite d'instructions de la boucle n'a pas forcément besoin d'être exécutée au moins une fois. On peut donc adapter une boucle DO…WHILE pour en faire une boucle WHILE…DO : il suffit de tester si la boucle doit être exécutée au moins une fois avec un IF, et exécuter une boucle DO…WHILE équivalente si c'est le cas.
[[File:WHILE...DO.png|centre|vignette|upright=1.5|WHILE...DO.]]
===Les branchements conditionnels et leur implémentation ===
Il existe de nombreuses manières de mettre en œuvre les branchements conditionnels et tous les processeurs ne font pas de la même manière. Sur la plupart des processeurs, les branchements conditionnels sont séparés en deux instructions : une instruction de test qui vérifie si la condition voulue est respectée, et une instruction de saut conditionnelle. D'autres processeurs effectuent le test et le saut en une seule instruction machine.
[[File:Implémentations possibles des branchements conditionnels.png|centre|vignette|upright=3|Implémentations possibles des branchements conditionnels]]
: Plus surprenant, sur quelques rares processeurs, le ''program counter'' est un registre qui peut être modifié comme tous les autres. Cela permet de remplacer les branchements par une simple écriture dans le ''program counter'', avec une instruction MOV. Un bon exemple est le processeur ARM1, un des tout premiers processeur ARM. Cette dernière solution n'est presque jamais utilisée, mais elle reste surprenante !
Dans les faits, la solution la plus simple est clairement d'implémenter le tout avec une seule instruction. Mais beaucoup de processeurs anciens utilisent la première méthode, celle qui sépare le branchement conditionnel en deux instructions. Le branchement prend le résultat de l'instruction de test et décide s'il faut passer à l'instruction suivante ou sauter à une autre adresse. Il faut donc mémoriser le résultat de l'instruction de test dans un registre spécialisé, afin qu'il soit disponible pour l'instruction de branchement. L'usage d'un registre intermédiaire pour mémoriser le résultat de l'instruction de test demande d'ajouter un registre au processeur. De plus, le résultat de l'instruction de test varie grandement suivant le processeur, suivant la manière dont on répartit les responsabilités entre test et branchements.
Il existe, dans les grandes lignes, deux techniques pour séparer test et branchement conditionnel. La première impose une séparation stricte entre calcul de la condition et saut : l'instruction de test calcule la condition, le branchement fait ou non le saut dans le programme suivant le résultat de la condition. On a alors une instruction de test proprement dit, qui vérifie si une condition est valide et fournit un résultat sur 1 bit. Nous appellerons ces dernières des comparaisons, car de telles instruction effectuent réellement une comparaison. La seconde méthode procède autrement, avec un calcul de la condition qui est réalisé en partie par l'instruction de test, en partie par le branchement. Cela peut paraitre surprenant, mais il y a de bonnes raisons à cette séparation peu intuitive. La raison est que l'instruction de test est une soustraction déguisée, qui fournit un résultat de plusieurs bits, qui est ensuite utilisé pour calculer la condition voulue par le branchement. l'instruction de test ne fait pas une comparaison proprement dit, mais leur résultat permet de déterminer le résultat d'une comparaison avec quelques manipulations simples.
====Les instructions de test proprement dit====
Les premières sont réellement des instructions de test, qui effectuent une comparaison et disent si deux nombres sont égaux, différents, lequel est supérieur, inférieur, etc. En clair, elles implémentent directement les comparaisons vues précédemment. Au total, on s'attend à ce que les 6 comparaisons précédentes soient implémentées avec 6 instructions de test différentes : une pour l'égalité, une pour la différence, une autre pour la supériorité stricte, etc. Mais certaines de ces comparaisons sont en deux versions : une qui compare des entiers non-signés, et une autre pour les entiers signés. La raison est que comparer deux nombres entiers ne se fait pas de la même manière selon que les opérandes soient signées ou non. Nous avions vu cela dans le chapitre sur les comparateurs, mais un petit rappel ne fait pas de mal. Pour comparer deux entiers signés, il faut tenir compte de leurs signes, et le circuit utilisé n'est pas le même. Cela a des conséquences au niveau des instructions du processeur, ce qui impose d'avoir des opérations séparées pour les entiers signés et non-signés.
Dans les faits, les processeurs actuels utilisent le complément à deux pour les entiers signés, ce qui fait que les comparaisons d'égalité ou de différence A == B et A != B ne sont présentes qu'en un seul exemplaire. En complément à deux, l'égalité se détermine avec la même règle que pour les entiers non-signés : deux nombres sont égaux s'ils ont la même représentation binaire, ils sont différents sinon. Ce ne serait pas le cas avec les entiers en signe-magnitude ou en complément à un, du fait de la présence de deux zéros : un zéro positif et un zéro négatif. Les circuits de comparaison d'égalité et de différence seraient alors légèrement différents pour les entiers signés ou non. Au total, en complément à deux, on trouve donc 10 comparaisons usuelles, vu que les comparaisons de supériorité/infériorité sont en double.
Le résultat d'une comparaison est un bit, qui dit si la condition testée est vraie ou fausse. Dans la majorité des cas, ce bit vaut 1 si la comparaison est vérifiée, et 0 sinon. Une fois que l'instruction a fait son travail, il reste à stocker son résultat quelque part. Pour cela, le processeur utilise un ou plusieurs '''registres à prédicats''', des registres de 1 bit qui peuvent stocker n'importe quel résultat de comparaison. Une comparaison peut enregistrer son résultat dans n'importe quel registre à prédicats : elle a juste à préciser lequel avec son nom de registre.
Les registres à prédicats sont utiles pour accumuler les résultats de plusieurs comparaisons et les combiner par la suite. Par exemple, cela permet d'émuler une instruction qui teste si A >= B à partir de deux instructions qui calculent respectivement A > B et A == B. Pour cela, certains processeurs incorporent des instructions pour faire des opérations logiques sur les registres à prédicats. Ces opérations permettent de faire un ET, OU, XOR entre deux registres à prédicats et de stocker le résultat dans un registre à prédicat quelconque.
D'autres instructions permettent de lire le résultat d'un registre à prédicat, de calculer une condition, de combiner son résultat avec la valeur lue et d'altérer le registre à prédicat sélectionné. Par exemple, sur l'architecture IA-64, il existe une instruction cmp.eq.or, qui calcule une condition, lit un registre à prédicat fait un OU logique entre le registre lu et le résultat de la condition, et enregistre le tout dans un autre registre à prédicat. De telles instructions facilitent grandement le codage de certaines fonctions, qui demandent que plusieurs conditions soient vérifiées pour exécuter un morceau de code.
====Les instructions de test qui sont des soustractions déguisées====
Le second type d'instruction de test ne calcule pas ces conditions directement, mais elle fournit un résultat de quelques bits qui permet de les calculer avec quelques manipulations simples. Sur ces processeurs, il n'y a qu'une seule instruction de comparaison, qui est une soustraction déguisée. Le résultat de la soustraction n'est pas sauvegardé dans un registre et est simplement perdu. C'est le cas sur certains processeurs ARM ou sur les processeurs x86. Par exemple, un processeur x86 possède une instruction CMP qui n'est qu'une soustraction déguisée dans un opcode différent.
Le résultat de cette soustraction déguisée est un résultat portant sur 4 bits, qui donne des informations sur le résultat de la soustraction. Le premier bit, appelé bit ''null'', indique si le résultat est nul ou non. Le second bit indique le signe du résultat, s'il est positif ou négatif. Enfin, deux autres bits précisent si la soustraction a donné lieu à un débordement d'entier. Il y a deux bits, car on vérifie deux types de débordement : un débordement non-signé (une retenue sortante de l'additionneur), et le débordement signé (débordement en complément à deux). Pour mémoriser le résultat d'une soustraction déguisée, le processeur incorpore un '''registre d'état'''. Le registre d'état stocke des bits qui ont chacun une signification prédéterminée lors de la conception du processeur et il sert à beaucoup de choses. Dans le cas qui nous intéresse, le registre d'état mémorise les résultats de l'instruction de test : les deux bit de débordement, le bit qui précise que le résultat d'une instruction vaut zéro, le bit de retenue pour le bit de signe.
La condition en elle-même est réalisée par le branchement. L'instruction de branchement fait donc deux choses : calculer la condition à partir du registre d'état, et effectuer le saut si la condition est valide. Le calcul des conditions se fait à partir des 4 bits de résultat. Le bit ''null'' permet de savoir si les deux opérandes sont égales ou non : si le résultat d'une soustraction est nul, cela implique que les deux opérandes sont égales. Le bit de signe permet de déterminer si le première opérande est supérieur ou inférieure à la seconde : le résultat de la soustraction est positif si A >= B, négatif sinon. Les bits de débordements permettent de faire la différence entre infériorité stricte ou non. Tout cela sera expliqué plus en détail dans le paragraphe suivant.
[[File:Branchements et tests avec un registre d'état.png|centre|vignette|upright=1.5|Branchements et tests avec un registre d'état]]
La conséquence est qu'il y a autant d'instructions de branchements que de conditions possibles. Aussi, on a une instruction de test, mais environ une dizaine d'instructions de branchements. C'est l'inverse de ce qu'on a avec des instructions de test proprement dites, où on a autant d'instructions de test que de conditions, mais un seul branchement. Un bon exemple est celui des processeurs x86. Le registre d'état des CPU x86 contient 5 bits appelés OF, SF, ZF, CF et PF : ZF indique que le résultat de la soustraction vaut 0, SF indique son signe, CF est le bit de retenue et de débordement non-signé, OF le bit de débordement signé, et PF le bit qui donne la parité du résultat. Il existe plusieurs branchements, certains testant un seul bit du registre d'état, et d'autres une combinaison de plusieurs bits.
{|class="wikitable"
|-
! Instruction de branchement
! Bit du registre d'état testé
! Condition testée si on compare deux nombres A et B avec une instruction de test
|-
! JS (Jump if Sign)
| SF = 1
| Le résultat est négatif
|-
! JNS (Jump if not Sign)
| SF = 0
| Le résultat est positif
|-
! JO (Jump if Overflow)
| OF = 1
| Le calcul arithmétique précédent a généré un débordement signé
|-
! JNO (Jump if Not Overflow)
| OF = 0
| Le calcul arithmétique précédent n'a pas généré de débordement signé
|-
! JNE (Jump if Not equal)
| ZF = 1
| Les deux nombres A et B sont égaux
|-
! JE (Jump if Equal)
| ZF = 0
| Les deux nombres A et B sont différents
|-
! JB (Jump if below)
| CF = 1
| A < B, avec A et B non-signés
|-
! JAE (Jump if Above or Equal)
| CF = 0
| A >= B, avec A et B non-signés
|-
! (JBE) Jump if below or equal
| CF OU ZF = 1
| A >= B si A et B sont non-signés
|-
! JA (Jump if above)
| CF ET ZF = 0
| A > B si A et B sont non-signés
|-
! JL (Jump if less)
| SF != OF
| si A < B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater or Equal)
| SF = OF
| si A >= B, si A et B sont signés
|-
! JLE (Jump if less or equal)
| (SF != OF) OU ZF = 1
| si A <= B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater)
| (SF = OF) ET (NOT ZF) = 1
| si A > B, si A et B sont signés
|}
===Les instructions à prédicat===
Les '''instructions à prédicat''' sont des instructions qui ne font quelque chose que si une condition est respectée, et se comportent comme un NOP (une instruction qui ne fait rien) sinon. Elles lisent le résultat d'une comparaison, dans le registre d'état ou un registre à prédicat, et s’exécutent ou non suivant sa valeur.
En général, les instructions à prédicats sont des instructions en plus des instructions normales, pas à prédicat. L'instruction à prédicat la plus représentative, présente sur de nombreux processeurs, est l'instruction CMOV, qui copie un registre dans un autre si une condition est remplie. Elle permet de faire certaines opérations assez simples, comme calculer la valeur absolue d'un nombre, le maximum de deux nombres, etc.
Pour gérer les instructions à prédicat, les instructions de test s'adaptent sur plusieurs points. Le premier est que les instructions de test préfèrent utiliser des registres à prédicats, au lieu d'un registre d'état. Une des raisons à cela est la suivante : avec des registres à prédicats, on peut ajouter des instructions pour faire un ET/OU/XOR entre registres à prédicats, ce qui permet de tester des combinaisons de conditions sans faire appel au moindre branchement. Et ces conditions complexes ne sont pas rares, ce qui rend l'usage de registres à prédicats très utiles avec les instructions à prédicats.
Une autre adaptation est que les instructions de test tendent à fournir deux résultats : le résultat de la condition, et le résultat de la condition inverse. Ils sont fournis dans deux registres à prédicats distincts. Faire ainsi facilite grandement l'implémentation des structures de contrôle SI...ALORS simples. Pour rappel, elles ont deux morceaux de code : un qui s’exécute si une condition est remplie, l'autre si la condition inverse est remplie. Avec ce système, les instructions du premier et du second morceau de code testerons deux bits distincts.
L'usage d'instructions à prédicat séparées des autres instructions porte le nom de '''prédication partielle'''. C'est de loin l'implémentation la plus courante. Mais sur certains processeurs, assez rares, toutes les instructions sont des instructions à prédicat : on parle de '''prédication totale'''. Les anciens processeurs ARM 32 bits étaient dans ce cas, par exemple.
Cela peut paraitre étrange, vu que certaines instructions ne sont pas dans une structure de contrôle et doivent toujours s’exécuter, peu importe les conditions testées avant. Mais rassurez-vous, sur les processeurs à prédication totale, il y a toujours un moyen pour spécifier que certaines instructions doivent toujours s’exécuter, de manière inconditionnelle. Par exemple, sur les processeurs d'architecture HP IA-64, un des registre à prédicat, le tout premier, contient la valeur 1 et ne peut pas être modifié. Si on veut une instruction inconditionnelle, il suffit qu'elle précise que le registre à prédicat à lire est ce registre.
: Les processeurs avec un registre d'état n'ont généralement que de la prédication partielle, le plus souvent limitée à une seule instruction CMOV. Alors que qui dit prédication totale dit systématiquement registres à prédicats.
Les processeurs ARM disposent d'une prédication totale, du moins pour le jeu d'instruction ARM 32 bits. Mais il supportent une second jeu d’instruction optionnel, le ''thumb'', qui est plus compact. Au lieu d'encoder ses instructions sur 32-64 bits, ses instructions font seulement 16 bits. Et pour compacter ce jeu d'instruction, la prédication totale a été supprimée. À la place, ''thumb'' incorpore une '''instruction IT''', qui active l’exécution conditionnelle des instructions suivantes.
L'instruction teste une condition et calcule un prédicat, qui est ensuite utilisé pour décider de l'exécution des instructions suivantes. L'exécution conditionnelle marche jusqu'à 4 instructions consécutives. Le nombre exact est configurable et va de 1 à 4 instructions consécutives après l'instruction IT. La condition est configurable pour les 1 à 4 instructions : chaque instruction peut s'exécuter si la condition est vraie, ou au contraire fausse. Un masque de 4 bits décide de quelle condition utiliser pour chaque instruction. Il y a un bit par instruction, qui vaut 1 si la condition doit être vérifiée, 0 si on veut la condition inverse.
===L'instruction SKIP===
L''''instruction SKIP''' permet de zapper l'instruction suivante si une condition testée est fausse. Il en existe deux versions. La première est fusionnée avec l'instruction de test. La condition est calculée par l'instruction SKIP, qui décide s'il faut sauter l'instruction suivante. Dans un autre cas, l'instruction SKIP est précédée d'une instruction de test, récupère son résultat dans un registre de prédicat ou dans le registre d'état, et effectue le saut. On peut la voir comme une forme particulière de branchement conditionnel, qui brancherait deux instructions plus loin.
Son utilité n'est pas évidente, mais on peut classer ses utilisations en trois catégories. La première permet d'émuler une instruction de branchement conditionnel en combinant une instruction SKIP avec un branchement inconditionnel. Le branchement inconditionnel est skippé si la condition est remplie/fausse, mais éxecuté dans le cas contraire : c'est le comportement d'un branchement conditionnel. Une autre utilisation permet d'émuler une instruction à prédicat en faisant précéder une instruction normale par une instruction SKIP. Enfin, elles servent à implémenter des structures de controle IF à condition que le code du IF se résume à une vulgaire instruction. C'est assez rare, mais certains calculs comme la valeur absolue ou le calcul du minimum peuvent se calculer ainsi.
[[File:Skip instruction.png|centre|vignette|upright=3|Skip instruction]]
Vous pourriez imaginer des versions améliorées de l'instruction, qui permettent de zapper plusieurs instructions, mais de telles instructions ne sont autres que des instructions de branchement conditionnelles spécifiques, comme nous le verrons dans le chapitre sur les modes d'adressage.
==Les méta-instructions REPEAT et EXECUTE==
Enfin, il faut aussi citer les '''méta-instructions''', des instructions qui agissent sur l’exécution d'autres instructions. Il en existe deux : REPEAT et EXECUTE. Elles servent techniquement à manipuler le flot de contrôle d'un programme, et ont quelques ressemblances avec les branchements ou les boucles. Elles sont extrêmement rares et on ne les trouve que sur des anciens processeurs (généralement micro-codés), ou sur certaines processeurs spécialisés dans le traitement de signal appelés des DSP, qui feront l'objet d'un chapitre à eux seuls.
===L’instruction REPEAT et le ''Zero-overhead looping''===
La première est la '''méta-instruction REPEAT''', qui permet de simplifier l'implémentation des boucles. Dans sa version la plus simple, elle fait en sorte que l'instruction qui la suit soit répétée plusieurs fois. Le nombre de répétition est soit un nombre fixe, toujours le même, soit l'instruction se répète tant qu'une condition n'est pas remplie. Les deux situations ne se rencontrent pas sur les mêmes processeurs. Par exemple, l'UNIVAC 1103 possède une instruction REPEAT très simple, qui répète l'instruction cible un nombre fixe de fois, mais ne gère pas les conditions.
Le GE-600/Honeywell 6000 series incorpore trois instructions REPEAT de ce type. La première répète l'instruction suivante soit un nombre fixe de fois, soit quand une condition est remplie. La seconde répète les deux instructions suivantes, l'une après l'autre. Enfin, la dernière répète l'instruction suivante jusqu'à : soit qu'une condition soit remplie, soit qu'une adresse bien précise soit atteinte. Elle servait sans doute à implémenter le parcours d'une liste chainée pour trouver un item bien précis.
Une version améliorée de l'instruction REPEAT permet de répéter un bloc de plusieurs instructions, ce qui permet d'implémenter une boucle en une seule instruction. Elles sont fréquentes sur certains processeurs de traitement de signal, qui doivent exécuter en permanence de petites boucles. Typiquement, elles permettent d'implémenter des boucles FOR dont le nombre d’exécution est fixe. La répétition de la boucle est contrôlée par un registre de boucle, qui mémorise le nombre de répétitions, et qui est décrémenté à chaque itération, sans avoir à utiliser d'instruction d'incrémentation/décrémentation.
Une variante précise deux adresses, qui délimitent les instructions de la boucle : une adresse pour le début de la boucle, une adresse pour la fin. L'implémentation hardware est alors assez simple : quand le ''program counter'' atteint l'adresse de fin, il est réinitialisé à l'adresse de début. La gestion du ''program counter'' se fait alors sans utiliser d'instructions de branchement. les deux registres sont initialisés avec une isntruction LOPP, spécialement dédiée pour cela.
Les deux techniques précédentes permettent d'implémenter des boucles sans utiliser de branchements, ou presque. Elles rendent l'exécution des boucles tellement rapides qu'elles portent le nom de '''''Zero-overhead looping'''''.
: Les instructions REP mentionnées plus haut, ne sont PAS des exemples d'instruction REPEAT. Le préfixe REP des processeurs x86 est une instruction qui se répète elle-même. Mais l'instruction REPEAT force la répétition de l'instruction suivante ! Elle agit sur une autre instruction, d'où son caractère de méta-instruction.
===L'instruction EXECUTE===
La '''méta-instruction EXECUTE''' fournit l'adresse d'une instruction cible, qui est exécutée en lieu et place de l'instruction EXECUTE. Quand le processeur exécute l'instruction EXECUTE, il prend l'adresse cible, charge l'instruction dans l'adresse cible, et l’exécute à la place de l'instruction EXECUTE. Il est possible de comprendre l'instruction EXECUTE comme un branchement spécial. Tout se passe comme si l'instruction EXECUTE effectuait un branchement vers l'instruction cible, mais que le processeur ne poursuivait pas l’exécution à la suite de l’instruction cible, et revenait à la suite de l'instruction cible.
Il y a souvent des contraintes sur l'instruction cible, qui est pointée par l'adresse cible. Généralement, il n'est pas possible que l'instruction cible soit elle-même une autre instruction EXECUTE. De même, beaucoup de processeurs interdisent que l’instruction cible soit un branchement. Mais d'autres processeurs n'ont pas ces contraintes et autorisent à utiliser des branchements pour l'instruction cible.
L'utilité d'une telle instruction est tout sauf évidente. Elle servait pourtant à beaucoup de choses sur les processeurs où elle était implémentée. Précisons qu'elle était surtout présente sur des vieux ordinateurs, dans les années 50-60, et quelques processeurs des années 70. Elle a disparu dès les années 80 et n'est présentée que par souci d'exhaustivité et intérêt historique pour les curieux. Cette précision permet de comprendre que cette instruction servait pour résoudre des problèmes qui sont actuellement résolus autrement.
L'adresse cible peut être soit intégrée dans l'instruction, soit dans un registre. Dans le second cas, l'adresse peut être incrémentée ou modifiée afin que l'instruction EXECUTE change de cible à chaque exécution. Tout se passe comme si le registre contenant l'adresse cible servait à émuler un ''program counter''. En mettant une instruction EXECUTE dans une boucle et en complétant le tout avec du code annexe, on peut exécuter du code extérieur sans modifier le véritable ''program counter''. L'utilité est de faciliter l'implémentation des logiciels debuggers, des émulateurs, ou d'autres programmes dans le même genre.
Les autres utilisations sont assez nombreuses, mais aussi difficiles à expliquer pour qui n'a pas de connaissances poussées en programmation. La première utilité est l'implémentation de certaines fonctionnalités des langages de programmation évolués, à savoir le ''late binding'', les fonctions virtuelles, et quelques autres. Elle facilite aussi l'implémentation des compilateurs à la volée, en permettant d’exécuter du code produit à volée sans faire tiquer les mécanismes de protection mémoire implémentés dans le processeur. Elle permet d'émuler du code automodifiant pour les logiciels qui gagnaient autrefois à l'utiliser. Et il y en a d'autres.
==Les instructions d'arrêt et de mise en veille==
Les processeurs gèrent souvent des '''instructions de mise en veille''' le processeur. Une fois mis en veille, le processeur ne peut être réveillé que si un signal de sortie de veille survient. Les signaux de sortie de veille sont envoyés par les périphériques, les entrées-sorties, le ''chipset'' de la carte mère, etc. Ils sont rarement mis totalement en veille, ce qui leur permet de générer ce signal de sortie si nécessaire. Le processeur attend alors qu'un périphérique lui envoie un signal de sortie de veille, mais ne fait rien en attendant. De telles instructions ne sont exécutables qu'en mode noyau, par le système d'exploitation.
: Le signal de sortie de veille est techniquement une interruption matérielle, comme on le verra plus tard.
Il existe aussi des '''instructions d'arrêt''', qui éteignent le processeur complétement. Le processeur peut redémarrer, mais pas reprendre là où il en était. Pour redémarrer, il faut qu'il reçoive un signal RESET, envoyé sur une entrée du processeur. Lorsque l'entrée RESET du processeur est mise à 1, le processeur redémarre. Typiquement, l'alimentation du processeur est suspendue.
===Les exemples sur les processeurs les plus connus===
Sur les processeurs ARM, les instructions WFI et WFE sont utiles pour les systèmes embarqués, pour mettre le processeur en mode basse consommation. Lorsqu'une instruction de ce type est exécutée, le processeur continue d'être alimenté, mais il ne tient pas compte du signal d'horloge. Le signal d'horloge est clock gaté dès l'entrée dans le CPU. La différence entre les deux instructions est que WFI s'exécute inconditionnellement, alors que WFE ne s’exécute que un registre spécifique, le registre d'évènement, est à 0.
Sur les processeurs Motorola 6502 et ses dérivés, l'instruction WAI est une instruction de mise en veille, alors que l'instruction STP éteint l'ordinateur. La différence est qu'avec l'instruction STP, le processeur ne réagit qu'au signal RESET, qui fait redémarrer le processeur, mais ne réagit pas aux signaux de sortie de veille. L'exécution du processeur ne reprend alors pas là où le processeur s'est arrêté, le ''program counter'' est réinitialisé.
Sur les CPU x86 avant le 486, l'instruction HLT ne mettait pas le processeur en mode basse consommation. Aucune technique n'était prévue pour réduire la consommation du processeur pendant la veille. Le 8086 se contentait de se déconnecter du bus et n'incrémentait pas son ''program counter''. Au passage, l'implémentation exacte au niveau des circuits de l'instruction HLT sur le 8086 est détaillée dans cet article de blog :
* [https://www.righto.com/2023/01/reverse-engineering-intel-8086.html Reverse-engineering the Intel 8086 processor's HALT circuits]
C'est avec le 486 que la mise en veille s'est accompagnée d'une extinction partielle du processeur. Le processeur passait en mode basse consommation, ce qui permettait des économies d'énergie de 5 à 10%. Cependant, les premiers CPU sortis d'usine avaient un bug : le CPU stoppé via l'instruction HLT ne pouvait pas redémarrer de manière logicielle, il fallait lui envoyer le signal de RESET directement via le matériel.
{|class="wikitable"
|-
! x86
| HLT (HALT)
|-
! ARM
|
* WFI (Wait For Interrupt)
* WFE (Wait For Event).
|-
! Motorola 6502 et plus
|
* WAI (WAit for Interrupt)
* STP (SToP)
|}
===Les instructions ''Halt And Catch Fire''===
Le bug n'est pas spécifique aux processeurs 486, de nombreux CPU ont des instructions non-documentées qui bloquent l'ordinateur, si exécutées. Le processeur ne peut alors pas sortir de la mise en veille et soit s'arrête, soit doit être RESET. Les instructions ne sont souvent pas voulues par les concepteurs et sont souvent des bugs. De telles instructions illégales devraient lever une exception matérielle "instruction non reconnue", mais ne le font pas en raison d'un bug quelconque. Elles sont appelées, non sans humour, des '''instructions ''Halt And Catch Fire''''' (stoppe et prend feu).
Un exemple classique est celle du bug du Pentium F00F. Le responsable est une instruction non-documentée, encodée en binaire comme suit F0 0F C7 C8. Il s'agit d'une instruction dont l'encodage est invalide. Elle correspond à une instruction cmpxchg8b qui agit sur une valeur 64 bits obtenue en concaténant les deux registres (EAX et EDX). Elle compare cette valeur 64 bits avec une donnée en mémoire RAM. Mais avec l'encodage F0 0F C7 C8, l'adresse mémoire est remplacée par un nom de registre, du fait de l'encodage des modes d'adressage sur ce CPU. En théorie, le processeur devrait lever une exception matérielle ''opcode invalide''. Seulement, l'instruction est associée à un préfixe LOCK, qu'on ne détaillera pas ici, qui empêche la levée de l'exception.
Elle agissait comme une instruction ''Halt And Catch Fire'' classique. Un problème est que cette instruction n'était pas une instruction en mode noyau, mais une instruction accessible en espace utilisateur. N'importe quel programme invalide, voire un programme malicieux, pouvait bloquer l'ordinateur. La situation a été prise an sérieux, les systèmes d'exploitation fournissant des mitigations logicielles. Intel corrigea le problème, dans une seconde fournée sortie d'usine, avec la version B2 du 486.
==Résumé==
Pour résumer, les instructions les plus courantes sont les suivantes :
{|class="wikitable"
|-
!Instruction
!Utilité
|-
!Instructions arithmétiques
|Elles font des calculs sur des nombres. Les plus communes sont l'addition, la soustraction, la multiplication, la division, le modulo. Pour les instructions flottantes, la racine carrée est souvent supportée, parfois avec les opérations trigonométriques, les logarithmes et l'exponentielle.
|-
!Instructions logiques
|Elles travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les plus communes sont ;
* Les opérations bit à bit, à savoir le ET logique, le OU logique, le OU exclusif (XOR) et le NON logique.
* Les instructions de décalage à droite et à gauche, qui vont décaler tous les bits d'un nombre d'un cran vers la gauche ou la droite. Les bits qui sortent du nombre sont considérés comme perdus.
* Les instructions de rotation, qui font la même chose que les instructions de décalage, à la différence près que les bits qui "sortent d'un côté du nombre" après le décalage rentrent de l'autre.
|-
!Instructions de test et de contrôle (branchements)
|Elles permettent de contrôler la façon dont notre programme s’exécute sur notre ordinateur. Elles permettent notamment de choisir la prochaine instruction à exécuter, histoire de répéter des suites d'instructions, de ne pas exécuter des blocs d'instructions dans certains cas, et bien d'autres choses.
|-
!Instructions d’accès mémoire
|Elles permettent d'échanger des données entre le processeur et la mémoire, ou encore permettent de gérer la mémoire et son adressage. Les deux les plus courantes sont les suivantes :
* LOAD : charge une donnée dans un registre ;
* STORE : copie le contenu d'un registre dans une adresse mémoire.
|}
En plus de ces instructions, beaucoup de processeurs ajoutent d'autres instructions. La plupart sont utilisées par le système d'exploitation pour configurer certaines fonctionnalités importante : la protection mémoire, la mémoire virtuelle, les modes de compatibilité du processeur, la gestion de l'alimentation, l'arrêt ou la mise en veille, etc.
On peut aussi trouver des instructions spécialisées dans les calculs cryptographiques : certaines instructions permettent de chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe. De même, certains processeurs ont une instruction permettant de générer des nombres aléatoires. Et on peut trouver bien d'autres exemples...
Mais d'autres sont franchement exotiques. Par exemple, certains processeurs sont capables d'effectuer des instructions sur du texte directement. Pour stocker du texte, la technique la plus simple utilise une suite de lettres, stockées les unes à la suite des autres dans la mémoire, dans l'ordre dans lesquelles elles sont placées dans le texte. Quelques ordinateurs disposent d'instructions pour traiter ces suites de lettres. D'ailleurs, n'importe quel PC x86 actuel dispose de telles instructions, bien qu'elles ne soient pas utilisées car paradoxalement trop lente comparé aux solutions logicielles ! Cela peut paraître surprenant, mais il y a une explication assez simple qui sera compréhensible dans quelques chapitres (les instructions en question sont microcodées).
<noinclude>
{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les mémoires FIFO et LIFO
| prevText=Les mémoires FIFO et LIFO
| next=Les registres du processeur
| nextText=Les registres du processeur
}}
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Mewtow
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/* Les structures de contrôle */
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wikitext
text/x-wiki
Ce chapitre va aborder le langage machine, à savoir un standard qui définit les instructions du processeur, le nombre de registres, etc.
Dans ce chapitre, on considérera que le processeur est une boîte noire au fonctionnement interne inconnu.
Nous verrons le fonctionnement interne d'un processeur dans quelques chapitres.
Les concepts que nous allons aborder ne sont rien d'autre que les bases nécessaires pour apprendre l'assembleur.
Nous allons surtout parler des instructions du processeur.
Pour simplifier, on peut classer les instructions en quatre grands types :
* les échanges de données entre mémoires ;
* les calculs et autres opérations arithmétiques ;
* les instructions de comparaison ;
* les instructions de branchement.
À côté de ceux-ci, on peut trouver d'autres types d'instructions plus exotiques, pour gérer du texte, pour modifier la consommation en électricité de l'ordinateur, pour chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe, générer des nombres aléatoires, etc. Dans ce chapitre, nous allons voir un aperçu assez large des instructions qui existent. Nous n'allons pas nous limiter aux instructions les plus importantes, mais nous allons aussi parler d'instructions assez exotiques, soit présentes uniquement sur d'anciens ordinateurs, soit très rares, soit franchement tordues. Et certaines de ces instructions exotiques sont assez impressionnantes et risquent de vous surprendre !
==Les instructions entières==
Les '''instructions arithmétiques''' sont les plus courantes et comprennent au minimum l'addition, la soustraction, la multiplication, plus rarement la division. Précisons qu'une opération mathématique ne se fait pas de la même manière suivant la représentation utilisée pour coder ces nombres : on ne manipule pas de la même façon des nombres entiers binaires, des entiers codés en BCD et des nombres flottants. Aussi, dans ce qui va suivre, nous allons séparer les opérations entières, les opérations flottantes et les opérations en BCD.
Les processeurs modernes utilisent des nombres encodés soit en binaire normal, soit en complément à deux. L'avantage est que les opérations arithmétiques se font de la même manière dans les deux encodages. Il y a quelques différences, mais elles sont suffisamment mineures, pas besoin d'avoir une instruction dédiée pour les nombres signés. Les anciens processeurs utilisaient eux des entiers signés en signe-magnitude ou en complément à 1, ou d'autres représentations. Et avec ces représentations, les calculs ne sont pas exactement les mêmes pour les nombres signés et non-signés. Ils avaient donc des instructions séparées pour l'addition signée et l'addition non-signée, idem pour la soustraction, la multiplication, etc.
De nos jours, les ordinateurs utilisent des entiers de taille fixe, qui tiennent dans un registre. J'ai dit qui tiennent dans un registre, car la taille des opérandes dépend de l'instruction. Un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs pour chaque taille : certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Mais la taille d'une opérande ne dépasse pas la taille d'un registre entier.
===La ou les instructions d'addition entière===
Un processeur implémente au minimum une opération d'addition, même s'il existe de rares exemples de processeurs qui s'en passent. Mieux : certains processeurs implémentent plusieurs instructions d'addition, qui se distinguent par de subtiles différences.
La première est évidemment la '''taille des opérandes'''. Un processeur 32 bits peut par exemple implémenter trois additions différentes : une addition 32 bits qui additionne deux opérandes 32 bits : une addition 16 bits qui additionne deux doublets (16 bits), et une addition 8 bits qui additionne deux octets. Précisons cependant que c'est une possibilité et que ca n'a rien d'automatique. De nombreux processeurs ne fournissent que des additions sur des opérandes 32 bits, et rien d'autre,les autres taille d'opérandes ne sont pas supportées. Mais on peut toujours émuler des opérations sur 8 ou 16 bits avec des opérations de masquage.
La seconde différence est la '''gestion des débordements d'entier'''. Pour gérer les débordements d'entier, certains processeurs disposent d'un '''registre de débordement''', de 1 bit, qui indique si une instruction arithmétique a généré un débordement d'entier ou non. Il est mis à 1 en cas de débordement, mais reste à 0 sinon. Il est mis à jour à chaque addition/multiplication/soustraction.
Pour rappel, les débordements d'entiers sont différents selon que l'addition est signée ou non, et il faut en tenir compte au niveau du jeu d'instruction. La solution la plus simple est l'existence de deux instructions dédiées : une pour les additions de nombres signés et une autre pour les nombres non-signés. Le circuit additionneur est le même pour ces deux instruction, mais le calcul du bit de débordement est différent. D'autres processeurs s'en sortent autrement, en ayant deux bits de débordement : un si le résultat est signé, l'autre pour les résultats non-signés. Mais nous reparlerons de cela plus tard.
Une autre différence, présente sur les vieux processeurs, tient dans la '''gestion de la retenue''. À l'époque, les processeurs ne pouvaient gérer que des nombres de 4 à 8 bits, guère plus. Pourtant, la plupart des applications logicielles demandait d'utiliser des entiers de 16 bits. Les opérations comme l'addition ou la soustraction étaient alors réalisées en plusieurs fois. Par exemple, on additionnait les 8 bits de poids faible, puis les 8 bits de poids fort. Dans un cas pareil, il fallait aussi gérer la retenue dans l'addition des 8 bits de poids fort.
Pour cela, la retenue en question était mémorisée dans un registre de 1 bit dédié, semblable au registre de débordement, appelé le '''bit de retenue'''. De plus, les processeurs incorporaient une instruction d'addition qui additionnait les deux opérandes avec la retenue en question, instruction souvent appelée ADDC (''ADD with Carry''). Niveau circuits, cela ne changeait pas grand chose, tous les additionneurs ayant une entrée pour la retenue (qui est utilisée pour implémenter la soustraction, rappelez-vous). L'implémentation de l'instruction ADDC était très simple, n'utilisait presque pas de circuits, et rendait de fiers services aux programmeurs de l'époque. Nous parlons là des vieux processeurs 4 et 8, mais certains processeurs 16, 32, voire 64 bits, sont capables d'effectuer ce genre d'opération, même si ils sont rares.
: Il existe parfois des instructions pour mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. C'est le cas sur l'architecture x86. Mais son utilité est marginale, car toutes les instructions arithmétiques modifient le bit de retenue.
La même chose a lieu pour la soustraction, qui demande qu'une "retenue" soit propagée d'une colonne à l'autre (bien que la "retenue" soit utilisée différemment : elle n'est pas additionnée, mais soustraite du résultat de la colonne). Pour cela, les processeurs implémentent l'opération SUBC (''Substract with Carry''). Et pour mettre en œuvre cette opération, ils ont deux options. La première est d'ajouter un bit pour la "retenue" de la soustraction. Pour une soustraction qui calcule a-b, elle vaut 0 si a>=b et 1 si a<b. Elle est utilisée telle qu'elle par le circuit qui effectue la soustraction, généralement un soustracteur. L'autre option est d'utiliser le but de retenue de l'addition, sans rien modifier. Pour comprendre pourquoi, rappelons que la soustraction est implémentée en complément à deux par le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + 1</math>
Il s'agit d'une addition, qui a donc une retenue lors d'un débordement. On peut alors réutiliser le bit de retenue de l'addition pour la soustraction, en modifiant quelque peu la soustraction à effectuer. Pour comprendre comment faire la modification, précisons tout d'abord que les règles du complément à deux nous disent qu'on a un débordement quand a>=b. Passons maintenant à l'étude d'un exemple théorique : le cas où on veut soustraire deux nombres de 16 bits avec deux opérations SUBC qui travaillent sur 8 bits. Appelons les deux opérandes A et B, <math>a_h</math> et <math>b_h</math> les 8 bits de poids forts de ces opérandes, et <math>a_l</math> et <math>b_l</math> leurs 8 bits de poids faible. Voyons ce qui se passe suivant que la retenue soit de 0 ou 1.
* Si la retenue de l'addition est de 1, on a <math>a_l \geq b_l</math>, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>.
* À l'inverse, si la retenue de l'addition est de 0, on a <math>a_l \leq b_l</math>. Cela veut dire que si on posait la soustraction, alors une retenue devrait être propagée à la colonne suivante, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1 - \text{retenue de 1}</math>.
Récapitulons dans un tableau.
{|class="wikitable"
|-
! Retenue
! Opération à effectuer pour la seconde soustraction
|-
! 0
| <math>a_h + \overline{b_h} + 0</math>
|-
! 1
| <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>
|}
On voit que ce qu'il faut ajouter à <math>a_h + \overline{b_h}</math> est égal à la retenue. L'opération SUBC fait donc le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + \text{retenue}</math>
La plupart des processeurs 8 et 16 bits avaient deux instructions de soustraction séparées : une sans gestion de la retenue, une avec. Mais certains processeurs comme le 6502 n'avaient qu'une seule instruction de soustraction : celle qui tient compte de la retenue ! Il n'y avait pas de soustraction normale. Pour éviter tout problème, les programmeurs devaient faire attention. Ils disposaient d'une instruction mettre à 0 ou à 1 le bit de retenue pour éviter tout problème, qu'ils utilisaient avant toute soustraction simple.
===Les instructions de division entière===
Il faut savoir que la division est une opération très lourde pour le processeur : une instruction de division dédiée met au mieux une dizaine de cycles d'horloge pour fournir un résultat, parfois plus de 50 à 70 cycles d’horloge. Et elle est facilement 10 à 50 fois plus lente qu'une opération de multiplication. De plus, son implémentation matérielle utilise beaucoup de portes logiques/transistors. Son cout globalement le même que pour un circuit multiplieur, parfois un peu plus. Mais on a de la chance : c'est aussi une opération assez rare, peu utilisée.
De plus, les divisions les plus courantes sont des divisions par une constante : un programme devant manipuler des nombres décimaux aura tendance à effectuer des divisions par 10, un programme manipulant des durées pourra faire des divisions par 60 (gestion des minutes/secondes) ou 24 (gestion des heures). Or, diverses astuces permettent de les remplacer par des suites d'instructions plus simples, qui donnent le même résultat (l'usage de décalages, la multiplication par un entier réciproque, etc). Et la suite d'instruction équivalent est beaucoup plus rapide qu'une implémentation matérielle, car on profite qu'une opérande est constante. En-dehors de ce cas, l'usage des divisions est assez rare.
Sachant cela, certains processeurs ne possèdent pas d'instruction de division, car les gains de performance seraient modérés et le coût en transistors élevé. Les divisions sont alors émulées en logiciel, par une suite de soustractions ou tout autre code équivalent. D'autres processeurs implémentent toutefois la division dans une instruction machine, avec un circuit dédié, mais c'est signe que le coût en transistors n'est pas un problème pour le concepteur de la puce.
===Les instructions de multiplication entière===
Contrairement à la division, l'opération de multiplication entière est très courante, presque tous les processeurs modernes en ont une. Les multiplications sont plus fréquentes dans le code des programmes, sans compter que c'est une opération pas trop lourde à implémenter en circuit. Il en existe parfois plusieurs versions sur un même processeur. Ces différentes versions servent à résoudre un problème quant à la taille du résultat d'une multiplication.
Le résultat d'une multiplication est très large et prend deux registres. Par exemple, une multiplication de deux opérandes 64 bits donne un résultat sur 128 bits, ce qui ne tient pas dans un registre, mais en prend deux. Et en général, la multiplication de deux opérandes de <math>n</math> bits donne un résultat de <math>2 \times n</math>, soit deux fois plus de bits. Le résultat complet ne tient pas dans un registre, il en prend exactement deux. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions.
Dans sa version la plus simple, l'instruction de multiplication se contente de garder les <math>n</math> bits de poids faible. Tous les processeurs qui supportent la multiplication ont une '''instruction MUL''' qui ne calcule que les bits de poids faible du résultat, dont le résultat est enregistré dans un seul registre. L'instruction peut générer des débordements d'entiers, si le résultat déborde dans les bits de poids fort.
Pour obtenir le résultat complet, le reste du processeur. Beaucoup de processeurs supportent juste l'instruction MUL, et ne permettent pas de calculer les bits de poids fort du résultat. Mais d'autres le permettent, avec des instructions spécialisées. Le processeur ajoute des instructions de multiplication, séparées de l'instruction MUL, qui permettent d'obtenir le résultat complet, directement ou indirectement. Le problème à résoudre est que le résultat prend deux registres. Globalement, il y a deux grandes solutions.
La première rajoute une '''instruction MULH''', pour calculer les bits de poids fort du résultat. Le processeur a donc deux instructions de multiplication : l'instruction MUL qui calcule les bits de poids faible du résultat, l'instruction MULH qui calcule les bits de poids fort. D'autres processeurs disposent d'une instruction de multiplication configurable, qui permet de choisir quels bits conserver : poids fort ou poids faible. Le calcul du résultat complet est donc fait en deux instructions, chacune n'écrivant son résultat que dans un seul registre.
La seconde rajoute une '''instruction MULX''' ou ''FULL MUL'', qui calcule les tout le résultat en une seule opération, et qui mémorisent le résultat dans deux registres. C'est plus rare, mais possible. Le défaut est que l'instruction doit préciser les deux registres dans lesquels enregistrer le résultat. Elle doit préciser le registre pour les bits de poids faible, un autre pour les bits de poids fort. Et préciser deux registres de résultat, pus deux registre d'opérande, c'est compliqué : les quatre registres prennent trop de place dans l'instruction, comme on le verra dans le chapitre sur l'encodage des instructions.
==Les instructions sur les entiers BCD==
Parlons maintenant des '''instructions BCD''', qui agissent sur des opérandes codées en BCD. Devenues très rares avec la disparition du BCD dans l'informatique grand-public, elles étaient quasiment essentielles sur les tous premiers processeurs 8 bits.
===Les ordinateurs décimaux===
Au tout début de l'informatique, il a existé des processeurs qui travaillaient uniquement en BCD, appelés des '''processeurs décimaux'''. Ils avaient uniquement des instructions BCD, pas d'instruction sur des opérandes codées en binaire. Ils étaient assez courants entre les années 60 et 70, même s'ils ne représentent pas la majorité des architectures de l'époque. Il y avait une vraie séparation entre processeurs décimaux et processeurs binaires, sans intermédiaires notables.
Les tous premiers ordinateurs décimaux pouvaient manipuler des entiers BCD de taille arbitraire. Ils stockaient leurs nombres dans des chaines de caractères ou des tableaux encodés en BCD. Le processeur faisait les calculs chiffre par chiffre, caractère BCD par caractère BCD. Les ordinateur décimaux qui ont abandonné ce fonctionnement. À la place, ils ont intégré des registres capables de mémoriser des entiers BCD de taille fixe.
Le grand avantage des processeurs décimaux est leur très bonne performance dans les tâches de bureautique, de comptabilité, et autres. Les processeurs de l'époque recevaient des entiers codés en BCD de la part des entrées-sorties, et devaient les traiter. Les processeurs binaires devaient faire des conversion BCD-binaire pour communiquer avec les entrées-sorties, mais pas les processeurs décimaux. Le gain en performance pouvait être substantiel dans certaines applications.
===Les instructions BCD des processeurs binaires===
Par la suite, dans les années 80, l'augmentation des performances a favorisé les processeurs binaires. Faire des conversions binaires-BCD n'était plus un problème, les conversions étaient suffisamment rapides. Par contre, faire les calculs en BCD était plus lent que faire les calculs en binaire, ce qui fait que le compromis technologique de l'époque favorisaient le binaire. Mais pour obtenir le meilleur des deux mondes, les processeurs binaires ont ajouté un support du BCD. C'était l'époque des architectures 8 bits, puis 16 bits.
Intuitivement, on se dit que, les processeurs de l'époque des 8 bits avaient leurs instructions de calcul en double : une instruction pour les calculs entier et une autre pour les calculs BCD. Mais d'autres processeurs faisaient autrement. À l'époque des processeurs 8-16 bits, certains processeurs ne géraient pas d'instructions BCD proprement dit, mais géraient quand même les calculs en BCD grâce à des instructions spéciales. Concrètement, les programmeurs utilisaient une instruction d'addition ou de soustraction binaire, mais il était possible de corriger ce résultat pour obtenir le bon résultat codé en BCD. Les processeurs de l'époque disposaient d'une instruction pour faire la correction, souvent appelée ''Decimal Adjust After Addition''.
Avant d'aller plus loin, nous devons préciser que les processeurs 8 bits de l'époque pouvaient gérer deux formats de BCD. Le premier est le '''format ''Packed''''', où deux chiffres sont mémorisé dans un octet. Le premier nibble (4bits) mémorise un chiffre BCD, le second nibble mémorise le second. Il s'agit d'un format qui remplit au maximum les bits de l'octet avec des données utiles. L'autre format, appelé '''''Unpacked''''', ne mémorise qu'un seul chiffre BCD dans un octet. Le chiffre est quasi- tout le temps dans le nibble de poids faible. Il se trouve que la manière de corriger le résultat d'une opération n'est pas la même suivant que le nombre est codé en BCD ''packed'' et ''unpacked''.
Pour commencer, étudions le cas des nombres BCD ''unpacked'', plus simples à comprendre. Lors d'une addition, il se peut que le résultat ne soit pas représentable en BCD ''unpacked''. Par exemple, si je fais le calcul 5 + 8, le résultat sera 13 : il tient dans un nibble en décimal, mais pas en BCD ! Cette situation survient quand le résultat d'une addition de deux entiers BCD ''unpacked'' dépasse 9, la limite de débordement en BCD ''unpacked''. Nous avons vu dans le chapitre sur les circuits d'addition que la correction est alors toute simple : si le résultat dépasse 9, on ajoute 6. De plus, on doit prévenir que le résultat a débordé et ne tient pas sur un nibble en BCD. Pour cela, on ajoute un bit spécialisé, appelé le '''''half carry flag''''', indicateur de demi-retenue en français, qui joue le même rôle que le bit de débordement, mais pour le BCD ''unpacked''. Sur les processeurs x86, tout cela est réalisé par une instruction appelée ''ASCII adjust after addition''.
: Pour la soustraction, il faut faire la même chose, sauf qu'il faut soustraire 6, pas l'ajouter. Et il y a aussi une instruction pour cela : ''ASCII adjust after substraction''.
Pour les nombres BCD ''packed'', la procédure est globalement la même, sauf qu'il faut traiter les deux ''nibbles'' : on ajoute 6 si le nibble de poids faible dépasse 9, puis on fait la même chose avec le ''nibble'' de poids fort. Le bit ''half carry flag'' n'est pas mis à jour et est tout simplement ignoré. Notons qu'on modifie d'abord le ''nibble'' de poids faible, avant de traiter celui de poids fort. En effet, si on corrige celui de poids faible, la retenue obtenue en ajoutant 6 se propage au nibble suivant, ce qui fait que ce dernier peut voir sa valeur augmenter. Une fois cela fait, le bit de retenue est mis à 1. La procédure est différente, vu qu'il faut traiter deux ''nibles'' au lieu d'un, et que le bit ''half-carry'' est ignoré au profit du bit de retenue normal. D'où l'existence d'une instruction séparée pour l'addition des nombres BCD ''packed'', appelée ''Décimal adjust after addition'' sur les processeurs x86.
Les processeurs modernes ne supportent plus le BCD, car il est très peu utilisé. Les processeurs ARM et MIPS ont toujours fait sans instructions BCD. Les processeurs x86 des PC désactivent les instructions BCD en mode 64 bits, mais conservent des opérations BCD en mode 32 bits, pour des raisons de compatibilité. Le support du codage BCD est surtout quelque chose qu'on trouve sur les anciens processeurs.
==Les instructions flottantes==
Passons maintenant au support des nombres flottants. Avant les années 60, les processeurs n'était pas encore capables de faire de calculs avec des nombres flottants. Les calculs flottants étaient émulés soit par une bibliothèque logicielle, soit par le système d'exploitation. Pour améliorer les performances, les concepteurs de processeurs ont conçus des '''coprocesseurs arithmétiques''', des processeurs secondaires spécialisés dans les calculs flottants, qui complémentaient le processeur principal, et avaient leur propre emplacement sur la carte mère. Par la suite, les concepteurs de processeurs ont incorporé des instructions de calculs sur des nombres flottants, rendant le coprocesseur inutile.
Pour supporter les nombres flottants, il y a deux écoles. La première utilise des instructions flottantes séparées des instructions entières. La seconde utilise des instructions d'addition/soustraction/multiplication généralistes, capables de traiter indifféremment entiers et flottants, voire les encodages BCD.
===Les architectures taguées===
Le second cas correspond à certaines machines assez anciennes, datant des années 50 à 70. Ces processeurs n'avaient qu'une seule instruction d'addition, qui pouvait traiter indifféremment flottants, nombres entiers codés en BCD, en complément à deux, etc. Pour cela, les opérandes étaient associés à un type qui précisait s'il s'agissait d'un opérande flottant, entier, BCD, d'un pointeur, ou autre. Le traitement effectué par une instruction dépendait des ''tag'' associés aux opérandes. Par exemple, si les deux opérandes avaient un ''tag'' "entier", l'instruction faisait un calcul entier. Si les deux opérandes avaient un ''tag'' "flottant", l'instruction faisait un calcul flottant.
Le type de l'opérande était encodé avec un ''tag'', une sorte de numéro codé en binaire. Le ''tag'' était stocké en mémoire à côté de l'opérande, un mot mémoire contenait la donnée et le ''tag'' concaténés l'un à la suite de l'autre. Le défaut est que la mémoire devait être conçue pour gérer le ''tag'', de même que le processeur. Des processeurs de ce type s'appellent des ''architectures à tags'', ou '''tagged architectures''', en référence au ''tag'' ajouté dans la mémoire.
Mais les processeurs modernes n'utilisent pas cette technique, du fait de son cout en mémoire. À la place, le processeur dispose d'une instruction par type à manipuler : une instruction de multiplication pour les flottants, une autre pour les entiers codés en complément à deux, etc.
===Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées===
Les processeurs modernes disposent d''''instructions de calculs flottants''', qui font des calculs avec des nombres flottants. En général, les instructions flottantes les plus courantes sont l'addition, la soustraction, la multiplication et la division. D'autres opérations plus complexes peuvent être supportées, comme les fonctions trigonométriques, les logarithmes, l'exponentielle, la fonction puissance, etc. Mais c'est déjà un peu plus rare, la majorité des processeurs anciens se contentent des quatres opérations de base.
: Nous palerons aussi d'''instructions flottantes'' pour désigner les ''instructions de calcul flottant''. Mais les deux termes ne sont pas strictement équivalent, car les ''instructions flottantes'' regroupent toutes les instructions flottantes, pas que les calculs flottants. La différence entre les deux deviendra plus claire quand on arrivera à la section sur les isntructions d'accès mémoire.
En général, les processeurs utilisent des registres séparés pour les nombres flottants. Ils ont d'un côté des '''registres généraux''' pour les nombres entiers et les adresses mémoire, de l'autre des '''registres flottants''' pour les nombres flottants. Les instructions de calcul flottants utilisent ces ''registres flottants'' uniquement, elles ne peuvent pas lire/écrire dans les registres généraux, sauf pour quelques exceptions. La séparation entre registres flottants et entiers est la source de quelques subtilités, qu'on abordera dans la section sur les instructions d'accès mémoire.
Le standard IEEE 754 standardise quelques instructions flottantes : les quatre opérations arithmétiques de base, les comparaisons et la racine carrée. Certains processeurs vont plus loin et implémentent aussi d'autres instructions sur les flottants qui ne sont pas supportées par la norme IEEE 754. Par exemple, certaines fonctions mathématiques telles que sinus, cosinus, tangente, arctangente et d'autres. Le seul problème, c'est que ces instructions peuvent mener à des erreurs de calcul incompatibles avec la norme IEEE 754. Heureusement, les compilateurs peuvent mitiger ces désagréments.
Il faut néanmoins préciser que le support de la norme IEEE 754 n'est pas une obligation : certains processeurs ne la supportent que partiellement. Par exemple, certains processeurs ne supportent que les flottants simple précision, mais pas les double précision (ou inversement). Exemple : les premiers processeurs Intel ne géraient que les flottants double précision étendue. D'autres processeurs ne gèrent pas les ''underflow'', ''overflow'', les NaN, les infinis, ou même les flottants dénormaux. Précisons que même lorsque la gestion des dénormaux est implémentée en hardware (comme c'est le cas sur certains processeurs AMD), celle-ci reste malgré tout très lente.
Si les exceptions ne sont pas supportées, le processeur peut être configuré de façon à soit ignorer les exceptions en fournissant un résultat, soit déclencher une exception matérielle (à ne pas confondre avec les exceptions de la norme). Le choix du mode d'arrondi ou la gestion des exceptions flottantes se fait en configurant un registre dédié, intégré dans le processeur.
Plus rarement, il arrive que certains processeurs gèrent des formats de flottants spéciaux qui ne font pas partie de la norme IEEE 754. Par exemple, certains processeurs utilisent des formats de flottants différents de la norme IEEE 754, avec par exemple des flottants codés sur 8 ou 16 bits, qui sont très utiles pour les applications qui se contentent très bien d'un résultat approché.
==Les instructions logiques==
À côté des instructions de calcul, on trouve des '''instructions logiques''' qui travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les opérations bit à bit ont déjà été vues dans les premiers chapitres, ceux sur l'électronique. Pour rappel, les plus courantes sont :
* La négation, ou encore le NON bit à bit, inverse tous les bits d'un nombre : les 1 deviennent des 0 et les 0 deviennent des 1.
* Le ET bit à bit, qui agit sur deux nombres : il va prendre les bits qui sont à la même place et va effectuer un ET (l’opération effectuée par la porte logique ET). Exemple : 1100·1010=1000.
* Les instructions similaires avec le OU ou le XOR.
Mais d'autres instructions sont intéressantes à étudier.
===Les instructions de décalage et de rotation===
Les '''instructions de décalage''' décalent tous les bits d'un nombre vers la gauche ou la droite. Pour rappel, il existe plusieurs types de décalages : les rotations, les décalages logiques, et les décalages arithmétiques. Nous avions déjà vu ces trois opérations dans le chapitre sur les circuits de décalage et de rotation, ce qui fait que nous allons simplement faire un rappel dans le tableau suivant. Pour résumer, voici la différence entre les trois opérations :
{|class="wikitable"
|-
!
! Schéma
! Gestion des bits sortants
! Remplissage des vides laissés par le décalage
|-
! Rotation
|[[File:Rotation de bits.png|Rotations de bits.]]
| Réinjectés dans les vides laissés par le décalage
| Remplis par les bits sortants
|-
! Décalage logique
|[[File:Décalage logique.png|Décalage logique.]]
| rowspan="2" | Les bits sortants sont oubliés
| Remplis par des zéros
|-
|-
! Décalage arithmétique
|[[File:Décalage arithmétique.png|Décalage arithmétique.]]
| Remplis par :
* le bit de signe pour les bits de poids fort ;
* des zéros pour les bits de poids faible .
|}
Pour rappel, les décalages de n rangs sont équivalents à une multiplication/division par 2^n. Un décalage à gauche est une multiplication par 2^n, alors qu'un décalage à droite est une division par 2^n. Les décalages logiques effectuent la multiplication/division pour un nombre non-signé (positif), alors que les décalages arithmétiques sont utilisés pour les nombres signés. Précisons cependant que pour ce qui est des décalages à droite, les décalages logiques et arithmétiques n'arrondissent pas le résultat de la même manière. Les décalages logiques à droite arrondissent vers zéro, alors que les décalages arithmétiques arrondissent vers la valeur inférieure (vers moins l'infini). De plus, les décalages à gauche entraînent des débordements d'entiers qui ne se gèrent pas de la même manière entre décalage logique et décalage arithmétique.
La plupart des processeurs stockent le bit sortant dans un registre, généralement le registre qui stocke le bit de retenue des additions qui est réutilisé pour cette optique. Ils possèdent aussi une variante des instructions de décalage où le bit de retenue est utilisé pour remplir le bit libéré au lieu de mettre un zéro. Cela permet d'enchaîner les décalages sur un nombre de bits plus grand que celui supporté par les instructions en procédant par morceaux. Par exemple, pour un processeur supportant les décalages sur 8 et 16 bits, il peut enchaîner deux décalages de 16 bits pour décaler un nombre de 32 bits ; ou bien un décalage de 8 bits et un autre de 16 bits pour décaler un nombre de 24 bits.
[[File:Shift Arithmetic Right.svg|centre|vignette|Décalage arithmétique à droite, où le bit sortant est mémorisé dans le bit de retenue (CF pour ''Carry Flag'').]]
Ils existe une variante des instructions de rotation où le bit de retenue est utilisé. Un bon exemple est celui des instructions LRCY (''Left Rotate Through Carry'') et RRCY (''Right Rotate Through Carry''). La première est un décalage/rotation à gauche, l'autre est un décalage/rotation à droite. Les deux décalent un registre de 16 bits, mais on pourrait imaginer la même chose avec des registres de taille différente. Lors du décalage, le bit sortant est mémorisé dans le registre de retenue, alors que le bit de retenue précédent est lui envoyé dans le vide laissé par le décalage. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une rotation, sauf que le nombre décalé/rotaté est composé du registre concaténé au bit de retenue, le bit de retenue étant le bit de poids fort pour un décalage à gauche, de poids faible pour un décalage à droite.
====Le cas particuliers des processeurs ARM====
Sur les processeurs ARM, il n'y a pas d'instruction de décalage à proprement parler, ni de rotations. Par contre, les décalages sont fusionnés avec la plupart des opérations arithmétiques ! Toute opération arithmétique prend deux registres d'opérandes et un registre de destination, ainsi qu'un décalage facultatif. Le décalage est appliqué sur la seconde opérande automatiquement, sans avoir à faire une instruction séparée. À l'intérieur de l'instruction, deux bits précisent quel type de décalage effectuer (logique à droite, arithmétique à droite, à gauche, rotation à droite). Le nombre de rangs dont il faut décaler est soit encodé directement dans l'instruction sur 5-6 bits, soit précisé dans un registre.
Toutes les instructions ne permettent pas de faire un décalage automatique. Seules les opérations simples peuvent le faire, à savoir les additions, soustractions, copies d'un registre à un autre, les opérations logiques, et quelques autres. Et cela se marie très bien avec le fait qu'on applique le décalage sur la seconde opérande fait qu'il se marie très bien avec les calculs d'adresse. En effet, quand un programmeur manipule une structure de données, notamment un tableau, il arrive souvent qu'il fasse des calculs d'adresse cachés. La majeure partie de ces calculs d'adresse sont de la forme : adresse de base + (indice * taille de la donnée). Vu que les données ont très souvent une taille qui est une puissance de deux, le second terme se calcule en décalant l'indice, le calcul total demande une simple addition avec une opérande décalée, ce qui prend une seule instruction sur les processeur ARM.
===Les instructions de manipulation de bits===
D'autres opérations effectuent des calculs non pas bit à bit (on traite en parallèle les bits sur la même colonne), mais qui manipulent les bits à l'intérieur d'un nombre. les plus simples d'entre elles comptent sur les bits.
Une instruction très commune de ce type est l'instruction '''''population count''''', qui compte le nombre de bits d'un nombre qui sont à 1. Par exemple, pour le nombre 0100 1100 (sur 8 bits), la ''population count'' est de 3. Il s'agit d'une instruction utile dans les codes correcteurs d'erreur, très utilisés pour tout et n'importe quoi (trames réseau, sommes de contrôle des secteurs des disques dur, et bien d'autres). De plus, elle permet de calculer facilement le bit de parité d'un nombre, ce qui est utile pour les codes de détection d'erreur. En soi, l'instruction est facultative et l'implémenter est un choix qui n'est pas trivial. Mais cette instruction est très simple à implémenter en circuits, sans compter que son implémentation utilise assez peu de transistors. Le circuit de calcul est ridiculement simple, utilise peu de transistors.
Les processeurs gèrent aussi assez souvent des instructions pour compter les zéros ou les uns après le bit de poids fort/faible. Pour rappel, voici les quatre possibilités :
* '''''Count Trailing Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à droite du 1 de poids faible.
* '''''Count Leading Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à gauche du 1 de poids fort.
* '''''Count Trailing Ones''''' donnent le nombre de 1 situés à gauche du 0 de poids fort.
* '''''Count Leading Ones''''' donne le nombre de 1 situés à droite du 0 de poids faible.
[[File:Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.png|centre|upright=2.0|vignette|Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.]]
Comme vous le voyez sur le schéma du dessus, ces quatre opérations de comptage sont liées à quatre autres opérations. Ces dernières donnent la position du 0 ou du 1 de poids faible/fort :
* '''''Find First Set''''', donne la position du 1 de poids faible.
* '''''Find highest set''''' donne la position du 1 de poids fort.
* '''''Find First Zero''''' donne la position du 0 de poids faible.
* '''''Find Highest Zero''''' donne la position du 0 de poids fort.
Il est rare que des processeurs s’implémentent toutes ces opérations. En effet, le résultat de certaines opérations se calcule à partir des autres. Pour donner un exemple, les processeurs x86 modernes incorporent une extension, appelée '''''Bit manipulation instructions sets (BMI sets)''''', qui ajoute quelques instructions de ce type. Pour le moment, seules les instructions ''Count Trailing Zeros'' et ''Count Leading Zeros'' sont supportées.
Et il existe bien d'autres instructions de ce type. On peut citer, par exemple, l'instruction BLSI, qui ne garde que le 1 de poids faible et met à zéro tous les autres bits. L'instruction BLSR quant à elle, met à 0 ce 1 de poids faible. Et il y en a bien d'autres, qui impliquent le 1 de poids fort, le 0 de poids faible, le 1 de poids faible, etc.
===Les instructions d'extension de registres===
Certains processeurs sont capables de gérer des données de taille diverses. Ils peuvent par exemple gérer des données codées sur 16 bits ou sur 32 bits comme c'est le cas sur certains processeurs anciens. Comme autre exemple, les processeurs x86 modernes peuvent gérer des données de 8, 16 et 32 bits. Pour cela, ils disposent généralement de registres de taille différentes, certains font 8 bits, d'autres 16, d'autres 32, etc. Dans ce cas, il est courant que l'on ait à faire des conversions vers un nombre de taille plus grande. Par exemple, convertir un nombre de 8 bits en un nombre de 16 bits, ou un nombre de 8 bits en 32 bits. Les processeurs de ce type incorporent des instructions pour ce faire, qui s'appellent les '''instructions d'extension de nombres'''.
La seule difficulté de ces instructions tient à la manière dont on remplit les bits de poids forts. Par exemple, si l'on passe de 8 bits à 16 bits, les 8 bits de poids forts sont inconnus. Pareil si on passe de 16 bits à 32 bits : quelle doit être la valeur des 16 bits de poids fort ? Intuitivement, on se dit qu'il suffit de les remplir par des zéros. Faire ainsi marche très bien, mais à condition que le nombre soit un nombre positif ou nul. Mais dans le cas d'un nombre négatif, cela ne marche pas (le résultat n'est pas bon). Pour les nombres codés en complément à deux, il faut remplir les bits manquants par le bit de signe, le bit de poids fort. On a donc deux choix : soit on remplit les bits manquants par des 0, ou par le bit de poids fort. Globalement, les deux choix possibles correspondent à deux instructions : une pour les nombres non-signés et une autre pour les nombres codés en complément à deux. On parle respectivement d''''instruction de ''zero extension''''' et '''instruction d'extension de signe'''.
Formellement, les instructions d'extension de nombre sont des copies entre registres : le contenu d'un registre est copié dans un autre plus grand. L'extension de signe est couplée avec cette copie, les deux étant effectués en une instruction. Du moins, c'est le cas sur la plupart des processeurs. On pourrait imaginer séparer les deux en deux instructions séparées, une instruction MOV (qui copie un registre dans un autre, comme on le verra plus bas) et une instruction d'extension de signe/zéro. Dans ce cas, l'instruction d'extension de signe/zéro prend un registre de grande taille et étend la donnée dans ce registre. Par exemple, pour une extension de signe de 16 à 32 bits, l'instruction prendrait un registre de 32 bits, ne considérerait que les 16 bits de poids faible et effectuerait l'extension de signe/zéro à partir de ces derniers. En soi, l'extension avec des zéros est un simple masque, réalisable avec des opérations bit à bit et cette instruction n'a pas besoin d'être implémentée. Par contre, les instructions d'extension de signe sont elles très utiles.
De plus, une instruction d'extension de signe séparée a l'avantage d'être utilisable même sur des architecture avec des registres de taille identique. Mais quel intérêt, me direz-vous ? Il faut savoir que certaines langages de programmation permettent de travailler sur des entiers dont on peut préciser la taille. Un même programme peut ainsi manipuler des entiers de 16 bits et de 32 bits, ou des entiers de 8, d'autres de 16, d'autres de 32, et d'autres de 64. L'intérêt n'est as évident, mais un bon exemple est celui de la rétrocompatibilité entre programmes. Par exemple, un programme 64 bits qui utilise une librairie 32 bits, ou un programme codé en 64 bits qui émule une console 16 bits. Ou encore, la communication entre un programme codé en 16 bits avec un capteur qui mesure des données de 8 bits. Bref, les possibilités sont nombreuses. Imaginons que tout se passe dans des registres de 32 bits. Le processeur peut incorporer des instructions de calcul sur 16 bits, en plus des instructions 32 bits. Dans ce cas, l'extension de signe sert à faire des conversions entre entiers de taille différentes.
===Les instructions de permutation d'octets===
Les instructions de ''byte swap'', aussi appelée '''instructions de permutation d'octets''', échangent de place les octets d'un nombre. Leur implémentation varie grandement selon la taille des entiers. Le cas le plus simple est celui des instructions qui travaillent sur des entiers de 16 bits, soit deux octets. Il n'y a alors qu'une seule solution pour échanger les octets : l'octet de poids fort devient l'octet de poids faible et réciproquement. Les deux octets échangent leur place.
Pour les nombres de 32 bits, soit 4 octets, il y a plusieurs possibilités. La première inverse l'ordre des octets dans le nombre : on échange l'octet de poids faible et de poids fort, mais on échange aussi les deux octets restant entre eux. Une autre solution découpe l'entier en deux morceaux de 16 bits : l'un avec les deux octets de poids fort, l'autre avec les deux octets de poids faible. Les octets sont inversés dans ces blocs de 16 bitzs, mais on n'effectue pas d'autres échanges. On peut aussi échanger les deux morceaux de 16 bits, mais sans changer l'ordre des octets dans les blocs.
[[File:Instruction de permutation d'octets.png|centre|vignette|upright=2|Instruction de permutation d'octets]]
L'utilité de ces instructions n'est pas évidente au premier abord, mais elle sert beaucoup dans les opérations de conversion de données. Tout cela devrait devenir plus clair dans le chapitre sur le boutisme.
==Les instructions d'accès mémoire==
Les instructions d’accès mémoire permettent de copier ou d'échanger des données entre le processeur et la RAM. On peut ainsi copier le contenu d'un registre en mémoire, charger une donnée de la RAM dans un registre, initialiser un registre à une valeur bien précise, etc. Il en existe plusieurs, les plus connues étant les suivantes : LOAD, STORE et MOV. D'autres processeurs utilisent une instruction d'accès mémoire généraliste, plus complexe.
===Les instructions d'accès à la RAM : LOAD et STORE===
Les instructions LOAD et STORE sont deux instructions qui permettent d'échanger des données entre la mémoire RAM et les registres. Elles copient le contenu d'un registre dans la mémoire, ou au contraire une portion de mémoire RAM dans un registre.
* L''''instruction LOAD''' est une instruction de lecture : elle copie le contenu d'un ou plusieurs mots mémoire consécutifs dans un registre. Le contenu du registre est remplacé par le contenu des mots mémoire de la mémoire RAM.
* L''''instruction STORE''' fait l'inverse : elle copie le contenu d'un registre dans un ou plusieurs mots mémoire consécutifs en mémoire RAM.
{|class="wikitable"
|[[File:Instruction LOAD.png|300px|Instruction LOAD.]]
|[[File:Instruction STORE.png|300px|Instruction STORE.]]
|}
En théorie, une variante de l'instruction STORE peut enregistrer une constante en mémoire RAM. Il est en théorie possible pour une instruction STORE modifiée de stocker la valeur 9 dans l'adresse X, par exemple. La constante est fournie par l'instruction, elle n'est pas stockée dans un registre, mais carrément intégrée à l'instruction. Cela sera plus clair quand nous verrons les modes d'adressage, notamment le mode d'adressage immédiat.
Plus haut dans le chapitre, j'ai dit qu'un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs dédiées, certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Et bien il en est de même pour les instructions LOAD et STORE, qui ont chacune une variante pour les entiers 8, 16, 32, 64 bits.
De telles instructions ne font pas que lire ou écrire des données. Pour comprendre pourquoi, prenons un processeur 64 bits. Il dispose d'un bus de 64 bits, pour lire ou écrire des mots mémoire de 64 bits chacun. Pour des lectures de 8, 16 ou 32 bits, un mot mémoire entier est lu, puis seuls les octets adéquats sont conservés. Par exemple, pour une lecture 32 bits, un mot mémoire de 64 bits est lu, puis une opération de masquage (ET bit à bit) met à zéro le 32 bits inutiles. Ce sont souvent les 32 bits de poids faible ou de poids fort qui sont mis à zéro. Il en est de mêma vec les lectures 16 bits, sauf que les 48 bits inutiles sont alors mis à zéro, idem avec les lectures 8 bits.
Pour les écritures, les choses sont encore plus compliquées. Imaginez que je veuille modifier 32 bits. Les 32 bits à modifier font partie d'un mot mémoire de 64 bits, qui contient les 32 bits utiles, et 32 bits supplémentaires. l'écriture ne doit pas effacer les 32 bits supplémentaires, seulement les 32 bits utiles. Pour cela, le processeur n'a pas le : il doit lire un mot mémoire de 64 bits, modifier le 32 bits utiles, puis réécrire le tout en mémoire RAM. L'écriture demande de faire une lecture, une modification, puis une écriture. Le mot mémoire de 64 bits est copié dans un registre, la modification se fait dans ce registre, vient une opération de masquage complexe, puis l'écriture est effectuée.
===Les instructions de transfert entre registres : MOV et XCHG===
L''''instruction MOV''' copie le contenu d'un registre dans un autre sans passer par la mémoire. C'est donc un échange de données entre registres, qui n'implique en rien la mémoire RAM, mais MOV est quand même considérée comme une instruction d'accès mémoire. Les données sont copiées d'un registre source vers un registre de destination. Le contenu du registre source est conservé, alors que le contenu du registre de destination est écrasé (il est remplacé par la valeur copiée). Cette instruction est utile pour gérer les registres, notamment sur les architectures avec peu de registres et/ou sur les architectures avec des registres spécialisés.
[[File:Instruction MOV.png|centre|vignette|upright=1.5|Instruction MOV.]]
Mais quelques rares architectures ne disposent pas d'instruction MOV, qui n'est formellement pas nécessaire, même si bien utile. En effet, on peut émuler une instruction MOV avec des instructions logiques utilisées convenablement. L'idée est de faire une opération dont le résultat est l'opérande envoyée, et d'enregistrer le résultat dans le registre de destination. Par exemple, on peut faire un OU entre le registre opérande et 0 : le résultat sera l'opérande. Idem avec un ET et la valeur adéquate. Ou encore, on peut imaginer faire un ET/OU entre un registre et lui-même : le résultat est égal au contenu du registre opérande.
Quelques processeurs assez rares ont des instructions pour échanger le contenu de deux registres. Par exemple, on peut citer l''''instruction XCHG''' sur les processeurs x86 des PC anciens et actuels. Elle permet d'échanger le contenu de deux registres, quel qu'ils soient, il n'y a pas de restrictions sur le registre source et sur le registre de destination. Mais d'autres processeurs ont des restrictions sur les registres source et destination. Par exemple, le processeur Z80 a des instructions d'échanges assez restrictives, comme on le verra dans quelques chapitres.
Sur les processeurs ARM, l'instruction MOV fait partie des instructions qui permettent d'effectuer un décalage sur la seconde opérande. Il s'agit en réalité de décalages/rotations décalées, qui sont fusionnées avec une instruction MOV. L'instruction MOV des processeurs ARM fait soit un MOV normal, soit un décalage.
===L'instruction mémoire généraliste : une alternative à LOAD et STORE===
Sur certains processeurs, il n'y a pas d'instruction LOAD ou STORE, ni même MOV . À la place, on trouve une '''instruction d'accès mémoire généraliste''', qui fusionne les trois. Elle est capable de faire une lecture, une écriture, ou une copie entre registres, et parfois une copie d'une adresse mémoire vers une autre. Les trois premières opérations sont presque toujours supportées, mais la copie d'une adresse mémoire vers une autre est beaucoup plus rare.
Sur les processeurs x86, l'instruction généraliste s'appelle l'instruction MOV. Elle gère la lecture en RAM, l'écriture en RAM, la copie d'un registre vers un autre, l'écriture d'une constante dans un registre ou une adresse. Par contre, elle ne gère pas la copie d'une adresse mémoire vers une autre ; pour un transfert de mémoire à mémoire, il faut utiliser les instructions MOVS* ('''''Mov'''e '''S'''tring'' ; MOVSB : par octets, MOVSW : par mots de 16-bits, ...).
===Les instructions d'accès mémoire complexes===
Nous venons de voir les instructions LOAD, STORE et les transferts entre registres. Elles sont présentes sur tous les processeurs, modernes comme anciens. Mais quelques processeurs gèrent des instructions mémoire plus complexes. Elles ont tendance à effectuer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les '''instructions de copie mémoire''' copient une donnée d'une adresse vers une autre. Les copies en mémoire sont des opérations très fréquentes, il est très fréquent qu'un programme copie un bloc de mémoire dans un autre et beaucoup de programmeurs ont déjà été confronté à un tel cas. Aussi, les processeurs ajoutent des instructions multi-accès pour accélérer ces copies, ce qui fait un bon compromis entre performance et simplicité d'implémentation.
D'autres instructions d'accès mémoire plus complexes existent. Pour en donner un exemple, citons les instructions de transferts par bloc sur les premiers processeurs ARM. Ces instructions permettent de copier plusieurs registres en mémoire RAM, en une seule instruction. Sur l'ARM1, il y a 16 registres en tout. Les instructions de transfert de bloc peuvent sélectionner n'importe quel sous-ensemble de ces 16 registres, pour les copier en mémoire : on peut sélectionner tous les registres, une partie des registres (5 registres sur 16, ou 7, ou 8, ...), voire aucun registre.
D'autres instructions mémoires effectuent des opérations à l'utilité moins évidente. Sur certains processeurs, on trouve notamment des instructions pour vider la mémoire cache de son contenu, pour la réinitialiser. L'utilité ne vous est pas évidente, mais cela peut servir dans certains scénarios, notamment sur les architectures avec plusieurs processeurs pour synchroniser ces derniers. Cela sert aussi pour le système d'exploitation, qui doit remettre à zéro certains caches (comme la TLB qu'on verra dans le chapitre sur la mémoire virtuelle) quand on exécute plusieurs programmes en même temps.
===Les instructions mémoire flottantes===
Plus haut, j'ai parlé du fait que certains processeurs avaient des registres flottants séparés des registres généraux. Mais encore faut-il pouvoir les remplir, ces registres flottants. Et cela implique de charger des opérandes depuis la mémoire RAM à un moment où un autre. Pour lire ou écrire ces registres, le processeur utilise des instructions mémoire séparées, distinctes des instructions LOAD et STORE vues plus haut. Pour faire la différence, ces instructions sont appelées '''FLOAD''' et '''FSTORE'''.
Elles sont séparées des LOAD/STORE normaux pour plusieurs raisons. La première est évidemment que les registres utilisés ne sont pas les mêmes : registres "généraux" pour LOAD/STORE, registres flottants pour FLOAD et FSTORE. La seconde raison est que les nombres flottants et entiers n'ont pas forcément la même taille. Et cela impacte à la fois la taille des registres, mais aussi les transferts mémoire.
Un nombre flottant fait 32 ou 64 bits, suivant qu'on parle d'un flottant simple ou double précision. Sur un processeur 32 bits, les flottants simple précision ont la même taille qu'un entier, les flottant double précision sont deux fois plus gros. Mais sur un processeur 64 bits, c'est l'inverse : les flottants double précision font la même taille qu'un entier, les simples précision sont deux fois plus petits. Et ne parlons pas du cas de certaines architectures 16 bits qui supportent quand même les nombres flottants ! Elles sont très rares, mais elles existent. Pour le moment, concentrons-nous sur les processeurs 32 et 64 bits.
En général, les registres flottants font 64 bits (parfois 80, mais je passe cela sous silence), afin de mémoriser des flottants double précision. Et ce, même sur les processeurs 32 bits. La gestion des nombres flottants est en effet apparue sur les architectures 32 bits et elles supportaient les calculs en double précision dès le départ. Et cette différence entre 32 et 64 bits a posé quelques problèmes. Les registres flottants n'avaient pas la même taille que les registres généraux : 32 pour les registres généraux, 64 pour les registres flottants. Mais ce n'était pas un énorme problème.
Le vrai problème est que les lectures/écritures flottantes faisaient des transferts de 64 bits entre les registres flottants et la mémoire RAM. Or, le bus de données de ces processeurs faisait 32 bits, vu que c'était des architectures 32 bits. Lire/écrire un flottant demandait donc de faire deux accès mémoire consécutifs. Par exemple, lire un flottant depuis la RAM demandait de lire deux morceaux de 32 bits, le flottant était chargé en deux fois. Cette différence fait qu'il est préférable d'utiliser des instructions FSTORE/FLOAD séparées des instructions LOAD/STORE. Leur comportement n'est pas le même : LOAD/STORE lisent un seul mot mémoire, FLOAD/FSTORE en lisent deux pour la double précision.
Un autre détail est qu'il existe des instructions FLOAD et FSTORE spécialisées pour les flottants simple précision. Par exemple, une instruction FLOAD en simple précision ne lit que 32 bits en mémoire, puis le flottant est convertit en double précision 64 bits, avant d'être enregistré dans les registres. Pour l'écriture, c'est l'inverse : un flottant double précision est convertit en simple précision 32 bits, avant d'être écrit en mémoire. Le comportement est alors différent : FLOAD/FSTORE ne lisent/écrivent qu'un seul mot mémoire, de 32 bits, mais doivent faire une conversion entre simple et double précision.
Il faut noter que c'est l'inverse sur les processeurs 64 bits. Là, un flottant double précision peut être lu/écrit en un seul accès mémoire, vu que le bus de données fait 64 bits. Par contre, les flottants simples précision sont gérés un peu autrement. Concrètement, l'instruction FLOAD lit un mot de 64 bits, mais n'en garde que la moitié adéquate. L'instruction d'écriture fait elle plus de traail : elle doit lire un mot de 64 bits, en modifier la moitié, et réécrire le tout en mémoire RAM.
Vu qu'il y a des registres flottants séparés, il y aussi des instructions de copie de registre séparées pour les registres flottants. L'instruction XCHG a son équivalent flottant '''FXCHG''', l'instruction MOV a une '''instruction FMOV''' séparées, etc.
Un autre moyen de remplir un registre flottant est d'obtenir sa valeur depuis un registre général. Attention, je ne parle pas de copier un registre général dans un flottant, ou inversement. Je parle de convertir une opérande entière en un nombre flottant. Et il y a des instructions dédiées pour cela. Par exemple, il y a une instruction prend un registre entier, convertit sa valeur en flottant 64 bits, et écrit le résultat dans un registre flottant. Idem avec la conversion inverse, de flottant vers entier, qui a sa propre instruction dédiée. Et ces deux instructions ont deux variantes, suivant que le flottant soit simple ou double précision. De telles '''instructions de conversion entier-flottant''' ne sont pas à proprement parler des instructions de copie entre registre, ce sont plus un intermédiaire entre copie entre registres et opération de calcul.
==Les instructions de contrôle (branchements et tests)==
Un processeur serait sacrément inflexible s'il ne faisait qu'exécuter des instructions dans l'ordre. Certains processeurs ne savent pas faire autre chose, comme le Harvard Mark I, et il est difficile, voire impossible, de coder certains programmes sur de tels ordinateurs. Mais rassurez-vous : il existe de quoi permettre au processeur de faire des choses plus évoluées. Pour rendre notre ordinateur "plus intelligent", on peut par exemple souhaiter que celui-ci n'exécute une suite d'instructions que si une certaine condition est remplie. Ou faire mieux : on peut demander à notre ordinateur de répéter une suite d'instructions tant qu'une condition bien définie est respectée. Diverses '''structures de contrôle''' de ce type ont donc étés inventées.
Voici les plus utilisées et les plus courantes : ce sont celles qui reviennent de façon récurrente dans un grand nombre de langages de programmation actuels. Concevoir un programme (dans certains langages de programmation), c'est simplement créer une suite d'instructions, et utiliser ces fameuses structures de contrôle pour l'organiser. D'ailleurs, ceux qui savent déjà programmer auront reconnu ces fameuses structures de contrôle. On peut bien sur en inventer d’autres, en spécialisant certaines structures de contrôle à des cas un peu plus particuliers ou en combinant plusieurs de ces structures de contrôles de base, mais cela dépasse le cadre de ce cours : on ne va pas vous apprendre à programmer.
{|class="wikitable"
|-
! Nom de la structure de contrôle
! Description
|-
! SI...ALORS
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée
|-
! SI...ALORS...SINON
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée ou exécute une autre suite d'instructions si elle ne l'est pas.
|-
! Boucle WHILE...DO
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée.
|-
! Boucle DO...WHILE aussi appelée REPEAT UNTIL
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée. La différence, c'est que la boucle DO...WHILE exécute au moins une fois cette suite d'instructions.
|-
! Boucle FOR
| Répète un nombre fixé de fois une suite d'instructions.
|}
Les '''conditions''' à respecter pour qu'une structure de contrôle fasse son office sont généralement très simples.
Elles se calculent le plus souvent en comparant deux opérandes (des adresses, ou des nombres entiers ou à virgule flottante).
Elles correspondent le plus souvent aux comparaisons suivantes :
* A == B (est-ce que A est égal à B ?) ;
* A != B (est-ce que A est différent de B ?) ;
* A > B (est-ce que A est supérieur à B ?) ;
* A < B (est-ce que A est inférieur à B ?) ;
* A >= B (est-ce que A est supérieur ou égal à B ?) ;
* A <= B (est-ce que A est inférieur ou égal à B ?).
Il est également possible de tester si le bit d'un registre ou octet mémoire est à 1 ou 0.
Notamment le registre des indicateurs est testé après une instruction arithmétique (est-ce que le calcul a généré une retenue, ...).
Pour implémenter ces structures de contrôle, on a besoin d'une instruction qui saute en avant ou en arrière dans le programme, suivant le résultat d'une condition. Par exemple, un SI...ALORS zappera une suite d'instruction si une condition n'est pas respectée, ce qui demande de sauter après cette suite d’instruction cas échéant. Répéter une suite d'instruction demande juste de revenir en arrière et de redémarrer l’exécution du programme au début de la suite d'instruction. Nous verrons comment sont implémentées les structures de contrôle plus bas, mais toujours est-il que cela implique de faire des sauts dans le programme. Faire un saut en avant ou en arrière dans le programme est assez simple : il suffit de modifier la valeur stockée dans le ''program counter'', ce qui permet de sauter directement à une instruction et de poursuivre l'exécution à partir de celle-ci. Et un tel saut est réalisé par des instructions spécialisées. Dans ce qui va suivre, nous allons appeler '''instructions de branchement''' les instructions qui sautent à un autre endroit du programme. Ce n'est pas la terminologie la plus adaptée, mais elle conviendra pour les explications.
L'implémentation des structures de contrôle demande donc de calculer une condition, puis de faire un saut. Mais il faut savoir que l'implémentation demande parfois de faire un saut, sans avoir à tester de condition. Dans ce cas, l'instruction qui fait un saut sans faire de test de condition est elle aussi une instruction de branchement. Cela nous amène à faire la différence entre un branchement conditionnel et non-conditionnel. La différence entre les deux est simple. Une instruction de '''branchement conditionnel''' effectue deux opérations : un test qui vérifie si la condition adéquate est respectée, et un saut dans le programme aussi appelé branchement. Une instruction de '''branchement inconditionnelle''' ne teste pas de condition et ne fait qu'un saut dans le programme.
===Les structures de contrôle===
Le IF permet d’exécuter une suite d'instructions si et seulement si une certaine condition est remplie.
[[File:Codage d'un if.. en assembleur.jpg|centre|vignette|upright=1.5|Codage d'un SI...ALORS en assembleur.]]
Le IF...ELSE sert à effectuer une suite d'instructions différente selon que la condition est respectée ou non : c'est un SI…ALORS contenant un second cas. Une boucle consiste à répéter une suite d'instructions machine tant qu'une condition est valide (ou fausse).
[[File:Codage d'un IF.ELSE en assembleur.png|centre|vignette|upright=1.5|Codage d'un SI...ALORS..SINON en assembleur.]]
Les boucles sont une variante du IF dont le branchement renvoie le processeur sur une instruction précédente. Commençons par la boucle DO…WHILE : la suite d'instructions est exécutée au moins une fois, et est répétée tant qu'une certaine condition est vérifiée. Pour cela, la suite d'instructions à exécuter est placée avant les instructions de test et de branchement, le branchement permettant de répéter la suite d'instructions si la condition est remplie. Si jamais la condition testée est fausse, on passe tout simplement à la suite du programme.
[[File:DO...WHILE.jpg|centre|vignette|upright=1.5|DO...WHILE.]]
Une boucle WHILE…DO est identique à une boucle DO…WHILE à un détail près : la suite d'instructions de la boucle n'a pas forcément besoin d'être exécutée au moins une fois. On peut donc adapter une boucle DO…WHILE pour en faire une boucle WHILE…DO : il suffit de tester si la boucle doit être exécutée au moins une fois avec un IF, et exécuter une boucle DO…WHILE équivalente si c'est le cas.
[[File:WHILE...DO.png|centre|vignette|upright=2|WHILE...DO.]]
===Les branchements conditionnels et leur implémentation ===
Il existe de nombreuses manières de mettre en œuvre les branchements conditionnels et tous les processeurs ne font pas de la même manière. Sur la plupart des processeurs, les branchements conditionnels sont séparés en deux instructions : une instruction de test qui vérifie si la condition voulue est respectée, et une instruction de saut conditionnelle. D'autres processeurs effectuent le test et le saut en une seule instruction machine.
[[File:Implémentations possibles des branchements conditionnels.png|centre|vignette|upright=3|Implémentations possibles des branchements conditionnels]]
: Plus surprenant, sur quelques rares processeurs, le ''program counter'' est un registre qui peut être modifié comme tous les autres. Cela permet de remplacer les branchements par une simple écriture dans le ''program counter'', avec une instruction MOV. Un bon exemple est le processeur ARM1, un des tout premiers processeur ARM. Cette dernière solution n'est presque jamais utilisée, mais elle reste surprenante !
Dans les faits, la solution la plus simple est clairement d'implémenter le tout avec une seule instruction. Mais beaucoup de processeurs anciens utilisent la première méthode, celle qui sépare le branchement conditionnel en deux instructions. Le branchement prend le résultat de l'instruction de test et décide s'il faut passer à l'instruction suivante ou sauter à une autre adresse. Il faut donc mémoriser le résultat de l'instruction de test dans un registre spécialisé, afin qu'il soit disponible pour l'instruction de branchement. L'usage d'un registre intermédiaire pour mémoriser le résultat de l'instruction de test demande d'ajouter un registre au processeur. De plus, le résultat de l'instruction de test varie grandement suivant le processeur, suivant la manière dont on répartit les responsabilités entre test et branchements.
Il existe, dans les grandes lignes, deux techniques pour séparer test et branchement conditionnel. La première impose une séparation stricte entre calcul de la condition et saut : l'instruction de test calcule la condition, le branchement fait ou non le saut dans le programme suivant le résultat de la condition. On a alors une instruction de test proprement dit, qui vérifie si une condition est valide et fournit un résultat sur 1 bit. Nous appellerons ces dernières des comparaisons, car de telles instruction effectuent réellement une comparaison. La seconde méthode procède autrement, avec un calcul de la condition qui est réalisé en partie par l'instruction de test, en partie par le branchement. Cela peut paraitre surprenant, mais il y a de bonnes raisons à cette séparation peu intuitive. La raison est que l'instruction de test est une soustraction déguisée, qui fournit un résultat de plusieurs bits, qui est ensuite utilisé pour calculer la condition voulue par le branchement. l'instruction de test ne fait pas une comparaison proprement dit, mais leur résultat permet de déterminer le résultat d'une comparaison avec quelques manipulations simples.
====Les instructions de test proprement dit====
Les premières sont réellement des instructions de test, qui effectuent une comparaison et disent si deux nombres sont égaux, différents, lequel est supérieur, inférieur, etc. En clair, elles implémentent directement les comparaisons vues précédemment. Au total, on s'attend à ce que les 6 comparaisons précédentes soient implémentées avec 6 instructions de test différentes : une pour l'égalité, une pour la différence, une autre pour la supériorité stricte, etc. Mais certaines de ces comparaisons sont en deux versions : une qui compare des entiers non-signés, et une autre pour les entiers signés. La raison est que comparer deux nombres entiers ne se fait pas de la même manière selon que les opérandes soient signées ou non. Nous avions vu cela dans le chapitre sur les comparateurs, mais un petit rappel ne fait pas de mal. Pour comparer deux entiers signés, il faut tenir compte de leurs signes, et le circuit utilisé n'est pas le même. Cela a des conséquences au niveau des instructions du processeur, ce qui impose d'avoir des opérations séparées pour les entiers signés et non-signés.
Dans les faits, les processeurs actuels utilisent le complément à deux pour les entiers signés, ce qui fait que les comparaisons d'égalité ou de différence A == B et A != B ne sont présentes qu'en un seul exemplaire. En complément à deux, l'égalité se détermine avec la même règle que pour les entiers non-signés : deux nombres sont égaux s'ils ont la même représentation binaire, ils sont différents sinon. Ce ne serait pas le cas avec les entiers en signe-magnitude ou en complément à un, du fait de la présence de deux zéros : un zéro positif et un zéro négatif. Les circuits de comparaison d'égalité et de différence seraient alors légèrement différents pour les entiers signés ou non. Au total, en complément à deux, on trouve donc 10 comparaisons usuelles, vu que les comparaisons de supériorité/infériorité sont en double.
Le résultat d'une comparaison est un bit, qui dit si la condition testée est vraie ou fausse. Dans la majorité des cas, ce bit vaut 1 si la comparaison est vérifiée, et 0 sinon. Une fois que l'instruction a fait son travail, il reste à stocker son résultat quelque part. Pour cela, le processeur utilise un ou plusieurs '''registres à prédicats''', des registres de 1 bit qui peuvent stocker n'importe quel résultat de comparaison. Une comparaison peut enregistrer son résultat dans n'importe quel registre à prédicats : elle a juste à préciser lequel avec son nom de registre.
Les registres à prédicats sont utiles pour accumuler les résultats de plusieurs comparaisons et les combiner par la suite. Par exemple, cela permet d'émuler une instruction qui teste si A >= B à partir de deux instructions qui calculent respectivement A > B et A == B. Pour cela, certains processeurs incorporent des instructions pour faire des opérations logiques sur les registres à prédicats. Ces opérations permettent de faire un ET, OU, XOR entre deux registres à prédicats et de stocker le résultat dans un registre à prédicat quelconque.
D'autres instructions permettent de lire le résultat d'un registre à prédicat, de calculer une condition, de combiner son résultat avec la valeur lue et d'altérer le registre à prédicat sélectionné. Par exemple, sur l'architecture IA-64, il existe une instruction cmp.eq.or, qui calcule une condition, lit un registre à prédicat fait un OU logique entre le registre lu et le résultat de la condition, et enregistre le tout dans un autre registre à prédicat. De telles instructions facilitent grandement le codage de certaines fonctions, qui demandent que plusieurs conditions soient vérifiées pour exécuter un morceau de code.
====Les instructions de test qui sont des soustractions déguisées====
Le second type d'instruction de test ne calcule pas ces conditions directement, mais elle fournit un résultat de quelques bits qui permet de les calculer avec quelques manipulations simples. Sur ces processeurs, il n'y a qu'une seule instruction de comparaison, qui est une soustraction déguisée. Le résultat de la soustraction n'est pas sauvegardé dans un registre et est simplement perdu. C'est le cas sur certains processeurs ARM ou sur les processeurs x86. Par exemple, un processeur x86 possède une instruction CMP qui n'est qu'une soustraction déguisée dans un opcode différent.
Le résultat de cette soustraction déguisée est un résultat portant sur 4 bits, qui donne des informations sur le résultat de la soustraction. Le premier bit, appelé bit ''null'', indique si le résultat est nul ou non. Le second bit indique le signe du résultat, s'il est positif ou négatif. Enfin, deux autres bits précisent si la soustraction a donné lieu à un débordement d'entier. Il y a deux bits, car on vérifie deux types de débordement : un débordement non-signé (une retenue sortante de l'additionneur), et le débordement signé (débordement en complément à deux). Pour mémoriser le résultat d'une soustraction déguisée, le processeur incorpore un '''registre d'état'''. Le registre d'état stocke des bits qui ont chacun une signification prédéterminée lors de la conception du processeur et il sert à beaucoup de choses. Dans le cas qui nous intéresse, le registre d'état mémorise les résultats de l'instruction de test : les deux bit de débordement, le bit qui précise que le résultat d'une instruction vaut zéro, le bit de retenue pour le bit de signe.
La condition en elle-même est réalisée par le branchement. L'instruction de branchement fait donc deux choses : calculer la condition à partir du registre d'état, et effectuer le saut si la condition est valide. Le calcul des conditions se fait à partir des 4 bits de résultat. Le bit ''null'' permet de savoir si les deux opérandes sont égales ou non : si le résultat d'une soustraction est nul, cela implique que les deux opérandes sont égales. Le bit de signe permet de déterminer si le première opérande est supérieur ou inférieure à la seconde : le résultat de la soustraction est positif si A >= B, négatif sinon. Les bits de débordements permettent de faire la différence entre infériorité stricte ou non. Tout cela sera expliqué plus en détail dans le paragraphe suivant.
[[File:Branchements et tests avec un registre d'état.png|centre|vignette|upright=1.5|Branchements et tests avec un registre d'état]]
La conséquence est qu'il y a autant d'instructions de branchements que de conditions possibles. Aussi, on a une instruction de test, mais environ une dizaine d'instructions de branchements. C'est l'inverse de ce qu'on a avec des instructions de test proprement dites, où on a autant d'instructions de test que de conditions, mais un seul branchement. Un bon exemple est celui des processeurs x86. Le registre d'état des CPU x86 contient 5 bits appelés OF, SF, ZF, CF et PF : ZF indique que le résultat de la soustraction vaut 0, SF indique son signe, CF est le bit de retenue et de débordement non-signé, OF le bit de débordement signé, et PF le bit qui donne la parité du résultat. Il existe plusieurs branchements, certains testant un seul bit du registre d'état, et d'autres une combinaison de plusieurs bits.
{|class="wikitable"
|-
! Instruction de branchement
! Bit du registre d'état testé
! Condition testée si on compare deux nombres A et B avec une instruction de test
|-
! JS (Jump if Sign)
| SF = 1
| Le résultat est négatif
|-
! JNS (Jump if not Sign)
| SF = 0
| Le résultat est positif
|-
! JO (Jump if Overflow)
| OF = 1
| Le calcul arithmétique précédent a généré un débordement signé
|-
! JNO (Jump if Not Overflow)
| OF = 0
| Le calcul arithmétique précédent n'a pas généré de débordement signé
|-
! JNE (Jump if Not equal)
| ZF = 1
| Les deux nombres A et B sont égaux
|-
! JE (Jump if Equal)
| ZF = 0
| Les deux nombres A et B sont différents
|-
! JB (Jump if below)
| CF = 1
| A < B, avec A et B non-signés
|-
! JAE (Jump if Above or Equal)
| CF = 0
| A >= B, avec A et B non-signés
|-
! (JBE) Jump if below or equal
| CF OU ZF = 1
| A >= B si A et B sont non-signés
|-
! JA (Jump if above)
| CF ET ZF = 0
| A > B si A et B sont non-signés
|-
! JL (Jump if less)
| SF != OF
| si A < B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater or Equal)
| SF = OF
| si A >= B, si A et B sont signés
|-
! JLE (Jump if less or equal)
| (SF != OF) OU ZF = 1
| si A <= B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater)
| (SF = OF) ET (NOT ZF) = 1
| si A > B, si A et B sont signés
|}
===Les instructions à prédicat===
Les '''instructions à prédicat''' sont des instructions qui ne font quelque chose que si une condition est respectée, et se comportent comme un NOP (une instruction qui ne fait rien) sinon. Elles lisent le résultat d'une comparaison, dans le registre d'état ou un registre à prédicat, et s’exécutent ou non suivant sa valeur.
En général, les instructions à prédicats sont des instructions en plus des instructions normales, pas à prédicat. L'instruction à prédicat la plus représentative, présente sur de nombreux processeurs, est l'instruction CMOV, qui copie un registre dans un autre si une condition est remplie. Elle permet de faire certaines opérations assez simples, comme calculer la valeur absolue d'un nombre, le maximum de deux nombres, etc.
Pour gérer les instructions à prédicat, les instructions de test s'adaptent sur plusieurs points. Le premier est que les instructions de test préfèrent utiliser des registres à prédicats, au lieu d'un registre d'état. Une des raisons à cela est la suivante : avec des registres à prédicats, on peut ajouter des instructions pour faire un ET/OU/XOR entre registres à prédicats, ce qui permet de tester des combinaisons de conditions sans faire appel au moindre branchement. Et ces conditions complexes ne sont pas rares, ce qui rend l'usage de registres à prédicats très utiles avec les instructions à prédicats.
Une autre adaptation est que les instructions de test tendent à fournir deux résultats : le résultat de la condition, et le résultat de la condition inverse. Ils sont fournis dans deux registres à prédicats distincts. Faire ainsi facilite grandement l'implémentation des structures de contrôle SI...ALORS simples. Pour rappel, elles ont deux morceaux de code : un qui s’exécute si une condition est remplie, l'autre si la condition inverse est remplie. Avec ce système, les instructions du premier et du second morceau de code testerons deux bits distincts.
L'usage d'instructions à prédicat séparées des autres instructions porte le nom de '''prédication partielle'''. C'est de loin l'implémentation la plus courante. Mais sur certains processeurs, assez rares, toutes les instructions sont des instructions à prédicat : on parle de '''prédication totale'''. Les anciens processeurs ARM 32 bits étaient dans ce cas, par exemple.
Cela peut paraitre étrange, vu que certaines instructions ne sont pas dans une structure de contrôle et doivent toujours s’exécuter, peu importe les conditions testées avant. Mais rassurez-vous, sur les processeurs à prédication totale, il y a toujours un moyen pour spécifier que certaines instructions doivent toujours s’exécuter, de manière inconditionnelle. Par exemple, sur les processeurs d'architecture HP IA-64, un des registre à prédicat, le tout premier, contient la valeur 1 et ne peut pas être modifié. Si on veut une instruction inconditionnelle, il suffit qu'elle précise que le registre à prédicat à lire est ce registre.
: Les processeurs avec un registre d'état n'ont généralement que de la prédication partielle, le plus souvent limitée à une seule instruction CMOV. Alors que qui dit prédication totale dit systématiquement registres à prédicats.
Les processeurs ARM disposent d'une prédication totale, du moins pour le jeu d'instruction ARM 32 bits. Mais il supportent une second jeu d’instruction optionnel, le ''thumb'', qui est plus compact. Au lieu d'encoder ses instructions sur 32-64 bits, ses instructions font seulement 16 bits. Et pour compacter ce jeu d'instruction, la prédication totale a été supprimée. À la place, ''thumb'' incorpore une '''instruction IT''', qui active l’exécution conditionnelle des instructions suivantes.
L'instruction teste une condition et calcule un prédicat, qui est ensuite utilisé pour décider de l'exécution des instructions suivantes. L'exécution conditionnelle marche jusqu'à 4 instructions consécutives. Le nombre exact est configurable et va de 1 à 4 instructions consécutives après l'instruction IT. La condition est configurable pour les 1 à 4 instructions : chaque instruction peut s'exécuter si la condition est vraie, ou au contraire fausse. Un masque de 4 bits décide de quelle condition utiliser pour chaque instruction. Il y a un bit par instruction, qui vaut 1 si la condition doit être vérifiée, 0 si on veut la condition inverse.
===L'instruction SKIP===
L''''instruction SKIP''' permet de zapper l'instruction suivante si une condition testée est fausse. Il en existe deux versions. La première est fusionnée avec l'instruction de test. La condition est calculée par l'instruction SKIP, qui décide s'il faut sauter l'instruction suivante. Dans un autre cas, l'instruction SKIP est précédée d'une instruction de test, récupère son résultat dans un registre de prédicat ou dans le registre d'état, et effectue le saut. On peut la voir comme une forme particulière de branchement conditionnel, qui brancherait deux instructions plus loin.
Son utilité n'est pas évidente, mais on peut classer ses utilisations en trois catégories. La première permet d'émuler une instruction de branchement conditionnel en combinant une instruction SKIP avec un branchement inconditionnel. Le branchement inconditionnel est skippé si la condition est remplie/fausse, mais éxecuté dans le cas contraire : c'est le comportement d'un branchement conditionnel. Une autre utilisation permet d'émuler une instruction à prédicat en faisant précéder une instruction normale par une instruction SKIP. Enfin, elles servent à implémenter des structures de controle IF à condition que le code du IF se résume à une vulgaire instruction. C'est assez rare, mais certains calculs comme la valeur absolue ou le calcul du minimum peuvent se calculer ainsi.
[[File:Skip instruction.png|centre|vignette|upright=3|Skip instruction]]
Vous pourriez imaginer des versions améliorées de l'instruction, qui permettent de zapper plusieurs instructions, mais de telles instructions ne sont autres que des instructions de branchement conditionnelles spécifiques, comme nous le verrons dans le chapitre sur les modes d'adressage.
==Les méta-instructions REPEAT et EXECUTE==
Enfin, il faut aussi citer les '''méta-instructions''', des instructions qui agissent sur l’exécution d'autres instructions. Il en existe deux : REPEAT et EXECUTE. Elles servent techniquement à manipuler le flot de contrôle d'un programme, et ont quelques ressemblances avec les branchements ou les boucles. Elles sont extrêmement rares et on ne les trouve que sur des anciens processeurs (généralement micro-codés), ou sur certaines processeurs spécialisés dans le traitement de signal appelés des DSP, qui feront l'objet d'un chapitre à eux seuls.
===L’instruction REPEAT et le ''Zero-overhead looping''===
La première est la '''méta-instruction REPEAT''', qui permet de simplifier l'implémentation des boucles. Dans sa version la plus simple, elle fait en sorte que l'instruction qui la suit soit répétée plusieurs fois. Le nombre de répétition est soit un nombre fixe, toujours le même, soit l'instruction se répète tant qu'une condition n'est pas remplie. Les deux situations ne se rencontrent pas sur les mêmes processeurs. Par exemple, l'UNIVAC 1103 possède une instruction REPEAT très simple, qui répète l'instruction cible un nombre fixe de fois, mais ne gère pas les conditions.
Le GE-600/Honeywell 6000 series incorpore trois instructions REPEAT de ce type. La première répète l'instruction suivante soit un nombre fixe de fois, soit quand une condition est remplie. La seconde répète les deux instructions suivantes, l'une après l'autre. Enfin, la dernière répète l'instruction suivante jusqu'à : soit qu'une condition soit remplie, soit qu'une adresse bien précise soit atteinte. Elle servait sans doute à implémenter le parcours d'une liste chainée pour trouver un item bien précis.
Une version améliorée de l'instruction REPEAT permet de répéter un bloc de plusieurs instructions, ce qui permet d'implémenter une boucle en une seule instruction. Elles sont fréquentes sur certains processeurs de traitement de signal, qui doivent exécuter en permanence de petites boucles. Typiquement, elles permettent d'implémenter des boucles FOR dont le nombre d’exécution est fixe. La répétition de la boucle est contrôlée par un registre de boucle, qui mémorise le nombre de répétitions, et qui est décrémenté à chaque itération, sans avoir à utiliser d'instruction d'incrémentation/décrémentation.
Une variante précise deux adresses, qui délimitent les instructions de la boucle : une adresse pour le début de la boucle, une adresse pour la fin. L'implémentation hardware est alors assez simple : quand le ''program counter'' atteint l'adresse de fin, il est réinitialisé à l'adresse de début. La gestion du ''program counter'' se fait alors sans utiliser d'instructions de branchement. les deux registres sont initialisés avec une isntruction LOPP, spécialement dédiée pour cela.
Les deux techniques précédentes permettent d'implémenter des boucles sans utiliser de branchements, ou presque. Elles rendent l'exécution des boucles tellement rapides qu'elles portent le nom de '''''Zero-overhead looping'''''.
: Les instructions REP mentionnées plus haut, ne sont PAS des exemples d'instruction REPEAT. Le préfixe REP des processeurs x86 est une instruction qui se répète elle-même. Mais l'instruction REPEAT force la répétition de l'instruction suivante ! Elle agit sur une autre instruction, d'où son caractère de méta-instruction.
===L'instruction EXECUTE===
La '''méta-instruction EXECUTE''' fournit l'adresse d'une instruction cible, qui est exécutée en lieu et place de l'instruction EXECUTE. Quand le processeur exécute l'instruction EXECUTE, il prend l'adresse cible, charge l'instruction dans l'adresse cible, et l’exécute à la place de l'instruction EXECUTE. Il est possible de comprendre l'instruction EXECUTE comme un branchement spécial. Tout se passe comme si l'instruction EXECUTE effectuait un branchement vers l'instruction cible, mais que le processeur ne poursuivait pas l’exécution à la suite de l’instruction cible, et revenait à la suite de l'instruction cible.
Il y a souvent des contraintes sur l'instruction cible, qui est pointée par l'adresse cible. Généralement, il n'est pas possible que l'instruction cible soit elle-même une autre instruction EXECUTE. De même, beaucoup de processeurs interdisent que l’instruction cible soit un branchement. Mais d'autres processeurs n'ont pas ces contraintes et autorisent à utiliser des branchements pour l'instruction cible.
L'utilité d'une telle instruction est tout sauf évidente. Elle servait pourtant à beaucoup de choses sur les processeurs où elle était implémentée. Précisons qu'elle était surtout présente sur des vieux ordinateurs, dans les années 50-60, et quelques processeurs des années 70. Elle a disparu dès les années 80 et n'est présentée que par souci d'exhaustivité et intérêt historique pour les curieux. Cette précision permet de comprendre que cette instruction servait pour résoudre des problèmes qui sont actuellement résolus autrement.
L'adresse cible peut être soit intégrée dans l'instruction, soit dans un registre. Dans le second cas, l'adresse peut être incrémentée ou modifiée afin que l'instruction EXECUTE change de cible à chaque exécution. Tout se passe comme si le registre contenant l'adresse cible servait à émuler un ''program counter''. En mettant une instruction EXECUTE dans une boucle et en complétant le tout avec du code annexe, on peut exécuter du code extérieur sans modifier le véritable ''program counter''. L'utilité est de faciliter l'implémentation des logiciels debuggers, des émulateurs, ou d'autres programmes dans le même genre.
Les autres utilisations sont assez nombreuses, mais aussi difficiles à expliquer pour qui n'a pas de connaissances poussées en programmation. La première utilité est l'implémentation de certaines fonctionnalités des langages de programmation évolués, à savoir le ''late binding'', les fonctions virtuelles, et quelques autres. Elle facilite aussi l'implémentation des compilateurs à la volée, en permettant d’exécuter du code produit à volée sans faire tiquer les mécanismes de protection mémoire implémentés dans le processeur. Elle permet d'émuler du code automodifiant pour les logiciels qui gagnaient autrefois à l'utiliser. Et il y en a d'autres.
==Les instructions d'arrêt et de mise en veille==
Les processeurs gèrent souvent des '''instructions de mise en veille''' le processeur. Une fois mis en veille, le processeur ne peut être réveillé que si un signal de sortie de veille survient. Les signaux de sortie de veille sont envoyés par les périphériques, les entrées-sorties, le ''chipset'' de la carte mère, etc. Ils sont rarement mis totalement en veille, ce qui leur permet de générer ce signal de sortie si nécessaire. Le processeur attend alors qu'un périphérique lui envoie un signal de sortie de veille, mais ne fait rien en attendant. De telles instructions ne sont exécutables qu'en mode noyau, par le système d'exploitation.
: Le signal de sortie de veille est techniquement une interruption matérielle, comme on le verra plus tard.
Il existe aussi des '''instructions d'arrêt''', qui éteignent le processeur complétement. Le processeur peut redémarrer, mais pas reprendre là où il en était. Pour redémarrer, il faut qu'il reçoive un signal RESET, envoyé sur une entrée du processeur. Lorsque l'entrée RESET du processeur est mise à 1, le processeur redémarre. Typiquement, l'alimentation du processeur est suspendue.
===Les exemples sur les processeurs les plus connus===
Sur les processeurs ARM, les instructions WFI et WFE sont utiles pour les systèmes embarqués, pour mettre le processeur en mode basse consommation. Lorsqu'une instruction de ce type est exécutée, le processeur continue d'être alimenté, mais il ne tient pas compte du signal d'horloge. Le signal d'horloge est clock gaté dès l'entrée dans le CPU. La différence entre les deux instructions est que WFI s'exécute inconditionnellement, alors que WFE ne s’exécute que un registre spécifique, le registre d'évènement, est à 0.
Sur les processeurs Motorola 6502 et ses dérivés, l'instruction WAI est une instruction de mise en veille, alors que l'instruction STP éteint l'ordinateur. La différence est qu'avec l'instruction STP, le processeur ne réagit qu'au signal RESET, qui fait redémarrer le processeur, mais ne réagit pas aux signaux de sortie de veille. L'exécution du processeur ne reprend alors pas là où le processeur s'est arrêté, le ''program counter'' est réinitialisé.
Sur les CPU x86 avant le 486, l'instruction HLT ne mettait pas le processeur en mode basse consommation. Aucune technique n'était prévue pour réduire la consommation du processeur pendant la veille. Le 8086 se contentait de se déconnecter du bus et n'incrémentait pas son ''program counter''. Au passage, l'implémentation exacte au niveau des circuits de l'instruction HLT sur le 8086 est détaillée dans cet article de blog :
* [https://www.righto.com/2023/01/reverse-engineering-intel-8086.html Reverse-engineering the Intel 8086 processor's HALT circuits]
C'est avec le 486 que la mise en veille s'est accompagnée d'une extinction partielle du processeur. Le processeur passait en mode basse consommation, ce qui permettait des économies d'énergie de 5 à 10%. Cependant, les premiers CPU sortis d'usine avaient un bug : le CPU stoppé via l'instruction HLT ne pouvait pas redémarrer de manière logicielle, il fallait lui envoyer le signal de RESET directement via le matériel.
{|class="wikitable"
|-
! x86
| HLT (HALT)
|-
! ARM
|
* WFI (Wait For Interrupt)
* WFE (Wait For Event).
|-
! Motorola 6502 et plus
|
* WAI (WAit for Interrupt)
* STP (SToP)
|}
===Les instructions ''Halt And Catch Fire''===
Le bug n'est pas spécifique aux processeurs 486, de nombreux CPU ont des instructions non-documentées qui bloquent l'ordinateur, si exécutées. Le processeur ne peut alors pas sortir de la mise en veille et soit s'arrête, soit doit être RESET. Les instructions ne sont souvent pas voulues par les concepteurs et sont souvent des bugs. De telles instructions illégales devraient lever une exception matérielle "instruction non reconnue", mais ne le font pas en raison d'un bug quelconque. Elles sont appelées, non sans humour, des '''instructions ''Halt And Catch Fire''''' (stoppe et prend feu).
Un exemple classique est celle du bug du Pentium F00F. Le responsable est une instruction non-documentée, encodée en binaire comme suit F0 0F C7 C8. Il s'agit d'une instruction dont l'encodage est invalide. Elle correspond à une instruction cmpxchg8b qui agit sur une valeur 64 bits obtenue en concaténant les deux registres (EAX et EDX). Elle compare cette valeur 64 bits avec une donnée en mémoire RAM. Mais avec l'encodage F0 0F C7 C8, l'adresse mémoire est remplacée par un nom de registre, du fait de l'encodage des modes d'adressage sur ce CPU. En théorie, le processeur devrait lever une exception matérielle ''opcode invalide''. Seulement, l'instruction est associée à un préfixe LOCK, qu'on ne détaillera pas ici, qui empêche la levée de l'exception.
Elle agissait comme une instruction ''Halt And Catch Fire'' classique. Un problème est que cette instruction n'était pas une instruction en mode noyau, mais une instruction accessible en espace utilisateur. N'importe quel programme invalide, voire un programme malicieux, pouvait bloquer l'ordinateur. La situation a été prise an sérieux, les systèmes d'exploitation fournissant des mitigations logicielles. Intel corrigea le problème, dans une seconde fournée sortie d'usine, avec la version B2 du 486.
==Résumé==
Pour résumer, les instructions les plus courantes sont les suivantes :
{|class="wikitable"
|-
!Instruction
!Utilité
|-
!Instructions arithmétiques
|Elles font des calculs sur des nombres. Les plus communes sont l'addition, la soustraction, la multiplication, la division, le modulo. Pour les instructions flottantes, la racine carrée est souvent supportée, parfois avec les opérations trigonométriques, les logarithmes et l'exponentielle.
|-
!Instructions logiques
|Elles travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les plus communes sont ;
* Les opérations bit à bit, à savoir le ET logique, le OU logique, le OU exclusif (XOR) et le NON logique.
* Les instructions de décalage à droite et à gauche, qui vont décaler tous les bits d'un nombre d'un cran vers la gauche ou la droite. Les bits qui sortent du nombre sont considérés comme perdus.
* Les instructions de rotation, qui font la même chose que les instructions de décalage, à la différence près que les bits qui "sortent d'un côté du nombre" après le décalage rentrent de l'autre.
|-
!Instructions de test et de contrôle (branchements)
|Elles permettent de contrôler la façon dont notre programme s’exécute sur notre ordinateur. Elles permettent notamment de choisir la prochaine instruction à exécuter, histoire de répéter des suites d'instructions, de ne pas exécuter des blocs d'instructions dans certains cas, et bien d'autres choses.
|-
!Instructions d’accès mémoire
|Elles permettent d'échanger des données entre le processeur et la mémoire, ou encore permettent de gérer la mémoire et son adressage. Les deux les plus courantes sont les suivantes :
* LOAD : charge une donnée dans un registre ;
* STORE : copie le contenu d'un registre dans une adresse mémoire.
|}
En plus de ces instructions, beaucoup de processeurs ajoutent d'autres instructions. La plupart sont utilisées par le système d'exploitation pour configurer certaines fonctionnalités importante : la protection mémoire, la mémoire virtuelle, les modes de compatibilité du processeur, la gestion de l'alimentation, l'arrêt ou la mise en veille, etc.
On peut aussi trouver des instructions spécialisées dans les calculs cryptographiques : certaines instructions permettent de chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe. De même, certains processeurs ont une instruction permettant de générer des nombres aléatoires. Et on peut trouver bien d'autres exemples...
Mais d'autres sont franchement exotiques. Par exemple, certains processeurs sont capables d'effectuer des instructions sur du texte directement. Pour stocker du texte, la technique la plus simple utilise une suite de lettres, stockées les unes à la suite des autres dans la mémoire, dans l'ordre dans lesquelles elles sont placées dans le texte. Quelques ordinateurs disposent d'instructions pour traiter ces suites de lettres. D'ailleurs, n'importe quel PC x86 actuel dispose de telles instructions, bien qu'elles ne soient pas utilisées car paradoxalement trop lente comparé aux solutions logicielles ! Cela peut paraître surprenant, mais il y a une explication assez simple qui sera compréhensible dans quelques chapitres (les instructions en question sont microcodées).
<noinclude>
{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les mémoires FIFO et LIFO
| prevText=Les mémoires FIFO et LIFO
| next=Les registres du processeur
| nextText=Les registres du processeur
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Mewtow
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/* Les instructions de contrôle (branchements et tests) */
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wikitext
text/x-wiki
Ce chapitre va aborder le langage machine, à savoir un standard qui définit les instructions du processeur, le nombre de registres, etc.
Dans ce chapitre, on considérera que le processeur est une boîte noire au fonctionnement interne inconnu.
Nous verrons le fonctionnement interne d'un processeur dans quelques chapitres.
Les concepts que nous allons aborder ne sont rien d'autre que les bases nécessaires pour apprendre l'assembleur.
Nous allons surtout parler des instructions du processeur.
Pour simplifier, on peut classer les instructions en quatre grands types :
* les échanges de données entre mémoires ;
* les calculs et autres opérations arithmétiques ;
* les instructions de comparaison ;
* les instructions de branchement.
À côté de ceux-ci, on peut trouver d'autres types d'instructions plus exotiques, pour gérer du texte, pour modifier la consommation en électricité de l'ordinateur, pour chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe, générer des nombres aléatoires, etc. Dans ce chapitre, nous allons voir un aperçu assez large des instructions qui existent. Nous n'allons pas nous limiter aux instructions les plus importantes, mais nous allons aussi parler d'instructions assez exotiques, soit présentes uniquement sur d'anciens ordinateurs, soit très rares, soit franchement tordues. Et certaines de ces instructions exotiques sont assez impressionnantes et risquent de vous surprendre !
==Les instructions entières==
Les '''instructions arithmétiques''' sont les plus courantes et comprennent au minimum l'addition, la soustraction, la multiplication, plus rarement la division. Précisons qu'une opération mathématique ne se fait pas de la même manière suivant la représentation utilisée pour coder ces nombres : on ne manipule pas de la même façon des nombres entiers binaires, des entiers codés en BCD et des nombres flottants. Aussi, dans ce qui va suivre, nous allons séparer les opérations entières, les opérations flottantes et les opérations en BCD.
Les processeurs modernes utilisent des nombres encodés soit en binaire normal, soit en complément à deux. L'avantage est que les opérations arithmétiques se font de la même manière dans les deux encodages. Il y a quelques différences, mais elles sont suffisamment mineures, pas besoin d'avoir une instruction dédiée pour les nombres signés. Les anciens processeurs utilisaient eux des entiers signés en signe-magnitude ou en complément à 1, ou d'autres représentations. Et avec ces représentations, les calculs ne sont pas exactement les mêmes pour les nombres signés et non-signés. Ils avaient donc des instructions séparées pour l'addition signée et l'addition non-signée, idem pour la soustraction, la multiplication, etc.
De nos jours, les ordinateurs utilisent des entiers de taille fixe, qui tiennent dans un registre. J'ai dit qui tiennent dans un registre, car la taille des opérandes dépend de l'instruction. Un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs pour chaque taille : certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Mais la taille d'une opérande ne dépasse pas la taille d'un registre entier.
===La ou les instructions d'addition entière===
Un processeur implémente au minimum une opération d'addition, même s'il existe de rares exemples de processeurs qui s'en passent. Mieux : certains processeurs implémentent plusieurs instructions d'addition, qui se distinguent par de subtiles différences.
La première est évidemment la '''taille des opérandes'''. Un processeur 32 bits peut par exemple implémenter trois additions différentes : une addition 32 bits qui additionne deux opérandes 32 bits : une addition 16 bits qui additionne deux doublets (16 bits), et une addition 8 bits qui additionne deux octets. Précisons cependant que c'est une possibilité et que ca n'a rien d'automatique. De nombreux processeurs ne fournissent que des additions sur des opérandes 32 bits, et rien d'autre,les autres taille d'opérandes ne sont pas supportées. Mais on peut toujours émuler des opérations sur 8 ou 16 bits avec des opérations de masquage.
La seconde différence est la '''gestion des débordements d'entier'''. Pour gérer les débordements d'entier, certains processeurs disposent d'un '''registre de débordement''', de 1 bit, qui indique si une instruction arithmétique a généré un débordement d'entier ou non. Il est mis à 1 en cas de débordement, mais reste à 0 sinon. Il est mis à jour à chaque addition/multiplication/soustraction.
Pour rappel, les débordements d'entiers sont différents selon que l'addition est signée ou non, et il faut en tenir compte au niveau du jeu d'instruction. La solution la plus simple est l'existence de deux instructions dédiées : une pour les additions de nombres signés et une autre pour les nombres non-signés. Le circuit additionneur est le même pour ces deux instruction, mais le calcul du bit de débordement est différent. D'autres processeurs s'en sortent autrement, en ayant deux bits de débordement : un si le résultat est signé, l'autre pour les résultats non-signés. Mais nous reparlerons de cela plus tard.
Une autre différence, présente sur les vieux processeurs, tient dans la '''gestion de la retenue''. À l'époque, les processeurs ne pouvaient gérer que des nombres de 4 à 8 bits, guère plus. Pourtant, la plupart des applications logicielles demandait d'utiliser des entiers de 16 bits. Les opérations comme l'addition ou la soustraction étaient alors réalisées en plusieurs fois. Par exemple, on additionnait les 8 bits de poids faible, puis les 8 bits de poids fort. Dans un cas pareil, il fallait aussi gérer la retenue dans l'addition des 8 bits de poids fort.
Pour cela, la retenue en question était mémorisée dans un registre de 1 bit dédié, semblable au registre de débordement, appelé le '''bit de retenue'''. De plus, les processeurs incorporaient une instruction d'addition qui additionnait les deux opérandes avec la retenue en question, instruction souvent appelée ADDC (''ADD with Carry''). Niveau circuits, cela ne changeait pas grand chose, tous les additionneurs ayant une entrée pour la retenue (qui est utilisée pour implémenter la soustraction, rappelez-vous). L'implémentation de l'instruction ADDC était très simple, n'utilisait presque pas de circuits, et rendait de fiers services aux programmeurs de l'époque. Nous parlons là des vieux processeurs 4 et 8, mais certains processeurs 16, 32, voire 64 bits, sont capables d'effectuer ce genre d'opération, même si ils sont rares.
: Il existe parfois des instructions pour mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. C'est le cas sur l'architecture x86. Mais son utilité est marginale, car toutes les instructions arithmétiques modifient le bit de retenue.
La même chose a lieu pour la soustraction, qui demande qu'une "retenue" soit propagée d'une colonne à l'autre (bien que la "retenue" soit utilisée différemment : elle n'est pas additionnée, mais soustraite du résultat de la colonne). Pour cela, les processeurs implémentent l'opération SUBC (''Substract with Carry''). Et pour mettre en œuvre cette opération, ils ont deux options. La première est d'ajouter un bit pour la "retenue" de la soustraction. Pour une soustraction qui calcule a-b, elle vaut 0 si a>=b et 1 si a<b. Elle est utilisée telle qu'elle par le circuit qui effectue la soustraction, généralement un soustracteur. L'autre option est d'utiliser le but de retenue de l'addition, sans rien modifier. Pour comprendre pourquoi, rappelons que la soustraction est implémentée en complément à deux par le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + 1</math>
Il s'agit d'une addition, qui a donc une retenue lors d'un débordement. On peut alors réutiliser le bit de retenue de l'addition pour la soustraction, en modifiant quelque peu la soustraction à effectuer. Pour comprendre comment faire la modification, précisons tout d'abord que les règles du complément à deux nous disent qu'on a un débordement quand a>=b. Passons maintenant à l'étude d'un exemple théorique : le cas où on veut soustraire deux nombres de 16 bits avec deux opérations SUBC qui travaillent sur 8 bits. Appelons les deux opérandes A et B, <math>a_h</math> et <math>b_h</math> les 8 bits de poids forts de ces opérandes, et <math>a_l</math> et <math>b_l</math> leurs 8 bits de poids faible. Voyons ce qui se passe suivant que la retenue soit de 0 ou 1.
* Si la retenue de l'addition est de 1, on a <math>a_l \geq b_l</math>, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>.
* À l'inverse, si la retenue de l'addition est de 0, on a <math>a_l \leq b_l</math>. Cela veut dire que si on posait la soustraction, alors une retenue devrait être propagée à la colonne suivante, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1 - \text{retenue de 1}</math>.
Récapitulons dans un tableau.
{|class="wikitable"
|-
! Retenue
! Opération à effectuer pour la seconde soustraction
|-
! 0
| <math>a_h + \overline{b_h} + 0</math>
|-
! 1
| <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>
|}
On voit que ce qu'il faut ajouter à <math>a_h + \overline{b_h}</math> est égal à la retenue. L'opération SUBC fait donc le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + \text{retenue}</math>
La plupart des processeurs 8 et 16 bits avaient deux instructions de soustraction séparées : une sans gestion de la retenue, une avec. Mais certains processeurs comme le 6502 n'avaient qu'une seule instruction de soustraction : celle qui tient compte de la retenue ! Il n'y avait pas de soustraction normale. Pour éviter tout problème, les programmeurs devaient faire attention. Ils disposaient d'une instruction mettre à 0 ou à 1 le bit de retenue pour éviter tout problème, qu'ils utilisaient avant toute soustraction simple.
===Les instructions de division entière===
Il faut savoir que la division est une opération très lourde pour le processeur : une instruction de division dédiée met au mieux une dizaine de cycles d'horloge pour fournir un résultat, parfois plus de 50 à 70 cycles d’horloge. Et elle est facilement 10 à 50 fois plus lente qu'une opération de multiplication. De plus, son implémentation matérielle utilise beaucoup de portes logiques/transistors. Son cout globalement le même que pour un circuit multiplieur, parfois un peu plus. Mais on a de la chance : c'est aussi une opération assez rare, peu utilisée.
De plus, les divisions les plus courantes sont des divisions par une constante : un programme devant manipuler des nombres décimaux aura tendance à effectuer des divisions par 10, un programme manipulant des durées pourra faire des divisions par 60 (gestion des minutes/secondes) ou 24 (gestion des heures). Or, diverses astuces permettent de les remplacer par des suites d'instructions plus simples, qui donnent le même résultat (l'usage de décalages, la multiplication par un entier réciproque, etc). Et la suite d'instruction équivalent est beaucoup plus rapide qu'une implémentation matérielle, car on profite qu'une opérande est constante. En-dehors de ce cas, l'usage des divisions est assez rare.
Sachant cela, certains processeurs ne possèdent pas d'instruction de division, car les gains de performance seraient modérés et le coût en transistors élevé. Les divisions sont alors émulées en logiciel, par une suite de soustractions ou tout autre code équivalent. D'autres processeurs implémentent toutefois la division dans une instruction machine, avec un circuit dédié, mais c'est signe que le coût en transistors n'est pas un problème pour le concepteur de la puce.
===Les instructions de multiplication entière===
Contrairement à la division, l'opération de multiplication entière est très courante, presque tous les processeurs modernes en ont une. Les multiplications sont plus fréquentes dans le code des programmes, sans compter que c'est une opération pas trop lourde à implémenter en circuit. Il en existe parfois plusieurs versions sur un même processeur. Ces différentes versions servent à résoudre un problème quant à la taille du résultat d'une multiplication.
Le résultat d'une multiplication est très large et prend deux registres. Par exemple, une multiplication de deux opérandes 64 bits donne un résultat sur 128 bits, ce qui ne tient pas dans un registre, mais en prend deux. Et en général, la multiplication de deux opérandes de <math>n</math> bits donne un résultat de <math>2 \times n</math>, soit deux fois plus de bits. Le résultat complet ne tient pas dans un registre, il en prend exactement deux. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions.
Dans sa version la plus simple, l'instruction de multiplication se contente de garder les <math>n</math> bits de poids faible. Tous les processeurs qui supportent la multiplication ont une '''instruction MUL''' qui ne calcule que les bits de poids faible du résultat, dont le résultat est enregistré dans un seul registre. L'instruction peut générer des débordements d'entiers, si le résultat déborde dans les bits de poids fort.
Pour obtenir le résultat complet, le reste du processeur. Beaucoup de processeurs supportent juste l'instruction MUL, et ne permettent pas de calculer les bits de poids fort du résultat. Mais d'autres le permettent, avec des instructions spécialisées. Le processeur ajoute des instructions de multiplication, séparées de l'instruction MUL, qui permettent d'obtenir le résultat complet, directement ou indirectement. Le problème à résoudre est que le résultat prend deux registres. Globalement, il y a deux grandes solutions.
La première rajoute une '''instruction MULH''', pour calculer les bits de poids fort du résultat. Le processeur a donc deux instructions de multiplication : l'instruction MUL qui calcule les bits de poids faible du résultat, l'instruction MULH qui calcule les bits de poids fort. D'autres processeurs disposent d'une instruction de multiplication configurable, qui permet de choisir quels bits conserver : poids fort ou poids faible. Le calcul du résultat complet est donc fait en deux instructions, chacune n'écrivant son résultat que dans un seul registre.
La seconde rajoute une '''instruction MULX''' ou ''FULL MUL'', qui calcule les tout le résultat en une seule opération, et qui mémorisent le résultat dans deux registres. C'est plus rare, mais possible. Le défaut est que l'instruction doit préciser les deux registres dans lesquels enregistrer le résultat. Elle doit préciser le registre pour les bits de poids faible, un autre pour les bits de poids fort. Et préciser deux registres de résultat, pus deux registre d'opérande, c'est compliqué : les quatre registres prennent trop de place dans l'instruction, comme on le verra dans le chapitre sur l'encodage des instructions.
==Les instructions sur les entiers BCD==
Parlons maintenant des '''instructions BCD''', qui agissent sur des opérandes codées en BCD. Devenues très rares avec la disparition du BCD dans l'informatique grand-public, elles étaient quasiment essentielles sur les tous premiers processeurs 8 bits.
===Les ordinateurs décimaux===
Au tout début de l'informatique, il a existé des processeurs qui travaillaient uniquement en BCD, appelés des '''processeurs décimaux'''. Ils avaient uniquement des instructions BCD, pas d'instruction sur des opérandes codées en binaire. Ils étaient assez courants entre les années 60 et 70, même s'ils ne représentent pas la majorité des architectures de l'époque. Il y avait une vraie séparation entre processeurs décimaux et processeurs binaires, sans intermédiaires notables.
Les tous premiers ordinateurs décimaux pouvaient manipuler des entiers BCD de taille arbitraire. Ils stockaient leurs nombres dans des chaines de caractères ou des tableaux encodés en BCD. Le processeur faisait les calculs chiffre par chiffre, caractère BCD par caractère BCD. Les ordinateur décimaux qui ont abandonné ce fonctionnement. À la place, ils ont intégré des registres capables de mémoriser des entiers BCD de taille fixe.
Le grand avantage des processeurs décimaux est leur très bonne performance dans les tâches de bureautique, de comptabilité, et autres. Les processeurs de l'époque recevaient des entiers codés en BCD de la part des entrées-sorties, et devaient les traiter. Les processeurs binaires devaient faire des conversion BCD-binaire pour communiquer avec les entrées-sorties, mais pas les processeurs décimaux. Le gain en performance pouvait être substantiel dans certaines applications.
===Les instructions BCD des processeurs binaires===
Par la suite, dans les années 80, l'augmentation des performances a favorisé les processeurs binaires. Faire des conversions binaires-BCD n'était plus un problème, les conversions étaient suffisamment rapides. Par contre, faire les calculs en BCD était plus lent que faire les calculs en binaire, ce qui fait que le compromis technologique de l'époque favorisaient le binaire. Mais pour obtenir le meilleur des deux mondes, les processeurs binaires ont ajouté un support du BCD. C'était l'époque des architectures 8 bits, puis 16 bits.
Intuitivement, on se dit que, les processeurs de l'époque des 8 bits avaient leurs instructions de calcul en double : une instruction pour les calculs entier et une autre pour les calculs BCD. Mais d'autres processeurs faisaient autrement. À l'époque des processeurs 8-16 bits, certains processeurs ne géraient pas d'instructions BCD proprement dit, mais géraient quand même les calculs en BCD grâce à des instructions spéciales. Concrètement, les programmeurs utilisaient une instruction d'addition ou de soustraction binaire, mais il était possible de corriger ce résultat pour obtenir le bon résultat codé en BCD. Les processeurs de l'époque disposaient d'une instruction pour faire la correction, souvent appelée ''Decimal Adjust After Addition''.
Avant d'aller plus loin, nous devons préciser que les processeurs 8 bits de l'époque pouvaient gérer deux formats de BCD. Le premier est le '''format ''Packed''''', où deux chiffres sont mémorisé dans un octet. Le premier nibble (4bits) mémorise un chiffre BCD, le second nibble mémorise le second. Il s'agit d'un format qui remplit au maximum les bits de l'octet avec des données utiles. L'autre format, appelé '''''Unpacked''''', ne mémorise qu'un seul chiffre BCD dans un octet. Le chiffre est quasi- tout le temps dans le nibble de poids faible. Il se trouve que la manière de corriger le résultat d'une opération n'est pas la même suivant que le nombre est codé en BCD ''packed'' et ''unpacked''.
Pour commencer, étudions le cas des nombres BCD ''unpacked'', plus simples à comprendre. Lors d'une addition, il se peut que le résultat ne soit pas représentable en BCD ''unpacked''. Par exemple, si je fais le calcul 5 + 8, le résultat sera 13 : il tient dans un nibble en décimal, mais pas en BCD ! Cette situation survient quand le résultat d'une addition de deux entiers BCD ''unpacked'' dépasse 9, la limite de débordement en BCD ''unpacked''. Nous avons vu dans le chapitre sur les circuits d'addition que la correction est alors toute simple : si le résultat dépasse 9, on ajoute 6. De plus, on doit prévenir que le résultat a débordé et ne tient pas sur un nibble en BCD. Pour cela, on ajoute un bit spécialisé, appelé le '''''half carry flag''''', indicateur de demi-retenue en français, qui joue le même rôle que le bit de débordement, mais pour le BCD ''unpacked''. Sur les processeurs x86, tout cela est réalisé par une instruction appelée ''ASCII adjust after addition''.
: Pour la soustraction, il faut faire la même chose, sauf qu'il faut soustraire 6, pas l'ajouter. Et il y a aussi une instruction pour cela : ''ASCII adjust after substraction''.
Pour les nombres BCD ''packed'', la procédure est globalement la même, sauf qu'il faut traiter les deux ''nibbles'' : on ajoute 6 si le nibble de poids faible dépasse 9, puis on fait la même chose avec le ''nibble'' de poids fort. Le bit ''half carry flag'' n'est pas mis à jour et est tout simplement ignoré. Notons qu'on modifie d'abord le ''nibble'' de poids faible, avant de traiter celui de poids fort. En effet, si on corrige celui de poids faible, la retenue obtenue en ajoutant 6 se propage au nibble suivant, ce qui fait que ce dernier peut voir sa valeur augmenter. Une fois cela fait, le bit de retenue est mis à 1. La procédure est différente, vu qu'il faut traiter deux ''nibles'' au lieu d'un, et que le bit ''half-carry'' est ignoré au profit du bit de retenue normal. D'où l'existence d'une instruction séparée pour l'addition des nombres BCD ''packed'', appelée ''Décimal adjust after addition'' sur les processeurs x86.
Les processeurs modernes ne supportent plus le BCD, car il est très peu utilisé. Les processeurs ARM et MIPS ont toujours fait sans instructions BCD. Les processeurs x86 des PC désactivent les instructions BCD en mode 64 bits, mais conservent des opérations BCD en mode 32 bits, pour des raisons de compatibilité. Le support du codage BCD est surtout quelque chose qu'on trouve sur les anciens processeurs.
==Les instructions flottantes==
Passons maintenant au support des nombres flottants. Avant les années 60, les processeurs n'était pas encore capables de faire de calculs avec des nombres flottants. Les calculs flottants étaient émulés soit par une bibliothèque logicielle, soit par le système d'exploitation. Pour améliorer les performances, les concepteurs de processeurs ont conçus des '''coprocesseurs arithmétiques''', des processeurs secondaires spécialisés dans les calculs flottants, qui complémentaient le processeur principal, et avaient leur propre emplacement sur la carte mère. Par la suite, les concepteurs de processeurs ont incorporé des instructions de calculs sur des nombres flottants, rendant le coprocesseur inutile.
Pour supporter les nombres flottants, il y a deux écoles. La première utilise des instructions flottantes séparées des instructions entières. La seconde utilise des instructions d'addition/soustraction/multiplication généralistes, capables de traiter indifféremment entiers et flottants, voire les encodages BCD.
===Les architectures taguées===
Le second cas correspond à certaines machines assez anciennes, datant des années 50 à 70. Ces processeurs n'avaient qu'une seule instruction d'addition, qui pouvait traiter indifféremment flottants, nombres entiers codés en BCD, en complément à deux, etc. Pour cela, les opérandes étaient associés à un type qui précisait s'il s'agissait d'un opérande flottant, entier, BCD, d'un pointeur, ou autre. Le traitement effectué par une instruction dépendait des ''tag'' associés aux opérandes. Par exemple, si les deux opérandes avaient un ''tag'' "entier", l'instruction faisait un calcul entier. Si les deux opérandes avaient un ''tag'' "flottant", l'instruction faisait un calcul flottant.
Le type de l'opérande était encodé avec un ''tag'', une sorte de numéro codé en binaire. Le ''tag'' était stocké en mémoire à côté de l'opérande, un mot mémoire contenait la donnée et le ''tag'' concaténés l'un à la suite de l'autre. Le défaut est que la mémoire devait être conçue pour gérer le ''tag'', de même que le processeur. Des processeurs de ce type s'appellent des ''architectures à tags'', ou '''tagged architectures''', en référence au ''tag'' ajouté dans la mémoire.
Mais les processeurs modernes n'utilisent pas cette technique, du fait de son cout en mémoire. À la place, le processeur dispose d'une instruction par type à manipuler : une instruction de multiplication pour les flottants, une autre pour les entiers codés en complément à deux, etc.
===Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées===
Les processeurs modernes disposent d''''instructions de calculs flottants''', qui font des calculs avec des nombres flottants. En général, les instructions flottantes les plus courantes sont l'addition, la soustraction, la multiplication et la division. D'autres opérations plus complexes peuvent être supportées, comme les fonctions trigonométriques, les logarithmes, l'exponentielle, la fonction puissance, etc. Mais c'est déjà un peu plus rare, la majorité des processeurs anciens se contentent des quatres opérations de base.
: Nous palerons aussi d'''instructions flottantes'' pour désigner les ''instructions de calcul flottant''. Mais les deux termes ne sont pas strictement équivalent, car les ''instructions flottantes'' regroupent toutes les instructions flottantes, pas que les calculs flottants. La différence entre les deux deviendra plus claire quand on arrivera à la section sur les isntructions d'accès mémoire.
En général, les processeurs utilisent des registres séparés pour les nombres flottants. Ils ont d'un côté des '''registres généraux''' pour les nombres entiers et les adresses mémoire, de l'autre des '''registres flottants''' pour les nombres flottants. Les instructions de calcul flottants utilisent ces ''registres flottants'' uniquement, elles ne peuvent pas lire/écrire dans les registres généraux, sauf pour quelques exceptions. La séparation entre registres flottants et entiers est la source de quelques subtilités, qu'on abordera dans la section sur les instructions d'accès mémoire.
Le standard IEEE 754 standardise quelques instructions flottantes : les quatre opérations arithmétiques de base, les comparaisons et la racine carrée. Certains processeurs vont plus loin et implémentent aussi d'autres instructions sur les flottants qui ne sont pas supportées par la norme IEEE 754. Par exemple, certaines fonctions mathématiques telles que sinus, cosinus, tangente, arctangente et d'autres. Le seul problème, c'est que ces instructions peuvent mener à des erreurs de calcul incompatibles avec la norme IEEE 754. Heureusement, les compilateurs peuvent mitiger ces désagréments.
Il faut néanmoins préciser que le support de la norme IEEE 754 n'est pas une obligation : certains processeurs ne la supportent que partiellement. Par exemple, certains processeurs ne supportent que les flottants simple précision, mais pas les double précision (ou inversement). Exemple : les premiers processeurs Intel ne géraient que les flottants double précision étendue. D'autres processeurs ne gèrent pas les ''underflow'', ''overflow'', les NaN, les infinis, ou même les flottants dénormaux. Précisons que même lorsque la gestion des dénormaux est implémentée en hardware (comme c'est le cas sur certains processeurs AMD), celle-ci reste malgré tout très lente.
Si les exceptions ne sont pas supportées, le processeur peut être configuré de façon à soit ignorer les exceptions en fournissant un résultat, soit déclencher une exception matérielle (à ne pas confondre avec les exceptions de la norme). Le choix du mode d'arrondi ou la gestion des exceptions flottantes se fait en configurant un registre dédié, intégré dans le processeur.
Plus rarement, il arrive que certains processeurs gèrent des formats de flottants spéciaux qui ne font pas partie de la norme IEEE 754. Par exemple, certains processeurs utilisent des formats de flottants différents de la norme IEEE 754, avec par exemple des flottants codés sur 8 ou 16 bits, qui sont très utiles pour les applications qui se contentent très bien d'un résultat approché.
==Les instructions logiques==
À côté des instructions de calcul, on trouve des '''instructions logiques''' qui travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les opérations bit à bit ont déjà été vues dans les premiers chapitres, ceux sur l'électronique. Pour rappel, les plus courantes sont :
* La négation, ou encore le NON bit à bit, inverse tous les bits d'un nombre : les 1 deviennent des 0 et les 0 deviennent des 1.
* Le ET bit à bit, qui agit sur deux nombres : il va prendre les bits qui sont à la même place et va effectuer un ET (l’opération effectuée par la porte logique ET). Exemple : 1100·1010=1000.
* Les instructions similaires avec le OU ou le XOR.
Mais d'autres instructions sont intéressantes à étudier.
===Les instructions de décalage et de rotation===
Les '''instructions de décalage''' décalent tous les bits d'un nombre vers la gauche ou la droite. Pour rappel, il existe plusieurs types de décalages : les rotations, les décalages logiques, et les décalages arithmétiques. Nous avions déjà vu ces trois opérations dans le chapitre sur les circuits de décalage et de rotation, ce qui fait que nous allons simplement faire un rappel dans le tableau suivant. Pour résumer, voici la différence entre les trois opérations :
{|class="wikitable"
|-
!
! Schéma
! Gestion des bits sortants
! Remplissage des vides laissés par le décalage
|-
! Rotation
|[[File:Rotation de bits.png|Rotations de bits.]]
| Réinjectés dans les vides laissés par le décalage
| Remplis par les bits sortants
|-
! Décalage logique
|[[File:Décalage logique.png|Décalage logique.]]
| rowspan="2" | Les bits sortants sont oubliés
| Remplis par des zéros
|-
|-
! Décalage arithmétique
|[[File:Décalage arithmétique.png|Décalage arithmétique.]]
| Remplis par :
* le bit de signe pour les bits de poids fort ;
* des zéros pour les bits de poids faible .
|}
Pour rappel, les décalages de n rangs sont équivalents à une multiplication/division par 2^n. Un décalage à gauche est une multiplication par 2^n, alors qu'un décalage à droite est une division par 2^n. Les décalages logiques effectuent la multiplication/division pour un nombre non-signé (positif), alors que les décalages arithmétiques sont utilisés pour les nombres signés. Précisons cependant que pour ce qui est des décalages à droite, les décalages logiques et arithmétiques n'arrondissent pas le résultat de la même manière. Les décalages logiques à droite arrondissent vers zéro, alors que les décalages arithmétiques arrondissent vers la valeur inférieure (vers moins l'infini). De plus, les décalages à gauche entraînent des débordements d'entiers qui ne se gèrent pas de la même manière entre décalage logique et décalage arithmétique.
La plupart des processeurs stockent le bit sortant dans un registre, généralement le registre qui stocke le bit de retenue des additions qui est réutilisé pour cette optique. Ils possèdent aussi une variante des instructions de décalage où le bit de retenue est utilisé pour remplir le bit libéré au lieu de mettre un zéro. Cela permet d'enchaîner les décalages sur un nombre de bits plus grand que celui supporté par les instructions en procédant par morceaux. Par exemple, pour un processeur supportant les décalages sur 8 et 16 bits, il peut enchaîner deux décalages de 16 bits pour décaler un nombre de 32 bits ; ou bien un décalage de 8 bits et un autre de 16 bits pour décaler un nombre de 24 bits.
[[File:Shift Arithmetic Right.svg|centre|vignette|Décalage arithmétique à droite, où le bit sortant est mémorisé dans le bit de retenue (CF pour ''Carry Flag'').]]
Ils existe une variante des instructions de rotation où le bit de retenue est utilisé. Un bon exemple est celui des instructions LRCY (''Left Rotate Through Carry'') et RRCY (''Right Rotate Through Carry''). La première est un décalage/rotation à gauche, l'autre est un décalage/rotation à droite. Les deux décalent un registre de 16 bits, mais on pourrait imaginer la même chose avec des registres de taille différente. Lors du décalage, le bit sortant est mémorisé dans le registre de retenue, alors que le bit de retenue précédent est lui envoyé dans le vide laissé par le décalage. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une rotation, sauf que le nombre décalé/rotaté est composé du registre concaténé au bit de retenue, le bit de retenue étant le bit de poids fort pour un décalage à gauche, de poids faible pour un décalage à droite.
====Le cas particuliers des processeurs ARM====
Sur les processeurs ARM, il n'y a pas d'instruction de décalage à proprement parler, ni de rotations. Par contre, les décalages sont fusionnés avec la plupart des opérations arithmétiques ! Toute opération arithmétique prend deux registres d'opérandes et un registre de destination, ainsi qu'un décalage facultatif. Le décalage est appliqué sur la seconde opérande automatiquement, sans avoir à faire une instruction séparée. À l'intérieur de l'instruction, deux bits précisent quel type de décalage effectuer (logique à droite, arithmétique à droite, à gauche, rotation à droite). Le nombre de rangs dont il faut décaler est soit encodé directement dans l'instruction sur 5-6 bits, soit précisé dans un registre.
Toutes les instructions ne permettent pas de faire un décalage automatique. Seules les opérations simples peuvent le faire, à savoir les additions, soustractions, copies d'un registre à un autre, les opérations logiques, et quelques autres. Et cela se marie très bien avec le fait qu'on applique le décalage sur la seconde opérande fait qu'il se marie très bien avec les calculs d'adresse. En effet, quand un programmeur manipule une structure de données, notamment un tableau, il arrive souvent qu'il fasse des calculs d'adresse cachés. La majeure partie de ces calculs d'adresse sont de la forme : adresse de base + (indice * taille de la donnée). Vu que les données ont très souvent une taille qui est une puissance de deux, le second terme se calcule en décalant l'indice, le calcul total demande une simple addition avec une opérande décalée, ce qui prend une seule instruction sur les processeur ARM.
===Les instructions de manipulation de bits===
D'autres opérations effectuent des calculs non pas bit à bit (on traite en parallèle les bits sur la même colonne), mais qui manipulent les bits à l'intérieur d'un nombre. les plus simples d'entre elles comptent sur les bits.
Une instruction très commune de ce type est l'instruction '''''population count''''', qui compte le nombre de bits d'un nombre qui sont à 1. Par exemple, pour le nombre 0100 1100 (sur 8 bits), la ''population count'' est de 3. Il s'agit d'une instruction utile dans les codes correcteurs d'erreur, très utilisés pour tout et n'importe quoi (trames réseau, sommes de contrôle des secteurs des disques dur, et bien d'autres). De plus, elle permet de calculer facilement le bit de parité d'un nombre, ce qui est utile pour les codes de détection d'erreur. En soi, l'instruction est facultative et l'implémenter est un choix qui n'est pas trivial. Mais cette instruction est très simple à implémenter en circuits, sans compter que son implémentation utilise assez peu de transistors. Le circuit de calcul est ridiculement simple, utilise peu de transistors.
Les processeurs gèrent aussi assez souvent des instructions pour compter les zéros ou les uns après le bit de poids fort/faible. Pour rappel, voici les quatre possibilités :
* '''''Count Trailing Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à droite du 1 de poids faible.
* '''''Count Leading Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à gauche du 1 de poids fort.
* '''''Count Trailing Ones''''' donnent le nombre de 1 situés à gauche du 0 de poids fort.
* '''''Count Leading Ones''''' donne le nombre de 1 situés à droite du 0 de poids faible.
[[File:Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.png|centre|upright=2.0|vignette|Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.]]
Comme vous le voyez sur le schéma du dessus, ces quatre opérations de comptage sont liées à quatre autres opérations. Ces dernières donnent la position du 0 ou du 1 de poids faible/fort :
* '''''Find First Set''''', donne la position du 1 de poids faible.
* '''''Find highest set''''' donne la position du 1 de poids fort.
* '''''Find First Zero''''' donne la position du 0 de poids faible.
* '''''Find Highest Zero''''' donne la position du 0 de poids fort.
Il est rare que des processeurs s’implémentent toutes ces opérations. En effet, le résultat de certaines opérations se calcule à partir des autres. Pour donner un exemple, les processeurs x86 modernes incorporent une extension, appelée '''''Bit manipulation instructions sets (BMI sets)''''', qui ajoute quelques instructions de ce type. Pour le moment, seules les instructions ''Count Trailing Zeros'' et ''Count Leading Zeros'' sont supportées.
Et il existe bien d'autres instructions de ce type. On peut citer, par exemple, l'instruction BLSI, qui ne garde que le 1 de poids faible et met à zéro tous les autres bits. L'instruction BLSR quant à elle, met à 0 ce 1 de poids faible. Et il y en a bien d'autres, qui impliquent le 1 de poids fort, le 0 de poids faible, le 1 de poids faible, etc.
===Les instructions d'extension de registres===
Certains processeurs sont capables de gérer des données de taille diverses. Ils peuvent par exemple gérer des données codées sur 16 bits ou sur 32 bits comme c'est le cas sur certains processeurs anciens. Comme autre exemple, les processeurs x86 modernes peuvent gérer des données de 8, 16 et 32 bits. Pour cela, ils disposent généralement de registres de taille différentes, certains font 8 bits, d'autres 16, d'autres 32, etc. Dans ce cas, il est courant que l'on ait à faire des conversions vers un nombre de taille plus grande. Par exemple, convertir un nombre de 8 bits en un nombre de 16 bits, ou un nombre de 8 bits en 32 bits. Les processeurs de ce type incorporent des instructions pour ce faire, qui s'appellent les '''instructions d'extension de nombres'''.
La seule difficulté de ces instructions tient à la manière dont on remplit les bits de poids forts. Par exemple, si l'on passe de 8 bits à 16 bits, les 8 bits de poids forts sont inconnus. Pareil si on passe de 16 bits à 32 bits : quelle doit être la valeur des 16 bits de poids fort ? Intuitivement, on se dit qu'il suffit de les remplir par des zéros. Faire ainsi marche très bien, mais à condition que le nombre soit un nombre positif ou nul. Mais dans le cas d'un nombre négatif, cela ne marche pas (le résultat n'est pas bon). Pour les nombres codés en complément à deux, il faut remplir les bits manquants par le bit de signe, le bit de poids fort. On a donc deux choix : soit on remplit les bits manquants par des 0, ou par le bit de poids fort. Globalement, les deux choix possibles correspondent à deux instructions : une pour les nombres non-signés et une autre pour les nombres codés en complément à deux. On parle respectivement d''''instruction de ''zero extension''''' et '''instruction d'extension de signe'''.
Formellement, les instructions d'extension de nombre sont des copies entre registres : le contenu d'un registre est copié dans un autre plus grand. L'extension de signe est couplée avec cette copie, les deux étant effectués en une instruction. Du moins, c'est le cas sur la plupart des processeurs. On pourrait imaginer séparer les deux en deux instructions séparées, une instruction MOV (qui copie un registre dans un autre, comme on le verra plus bas) et une instruction d'extension de signe/zéro. Dans ce cas, l'instruction d'extension de signe/zéro prend un registre de grande taille et étend la donnée dans ce registre. Par exemple, pour une extension de signe de 16 à 32 bits, l'instruction prendrait un registre de 32 bits, ne considérerait que les 16 bits de poids faible et effectuerait l'extension de signe/zéro à partir de ces derniers. En soi, l'extension avec des zéros est un simple masque, réalisable avec des opérations bit à bit et cette instruction n'a pas besoin d'être implémentée. Par contre, les instructions d'extension de signe sont elles très utiles.
De plus, une instruction d'extension de signe séparée a l'avantage d'être utilisable même sur des architecture avec des registres de taille identique. Mais quel intérêt, me direz-vous ? Il faut savoir que certaines langages de programmation permettent de travailler sur des entiers dont on peut préciser la taille. Un même programme peut ainsi manipuler des entiers de 16 bits et de 32 bits, ou des entiers de 8, d'autres de 16, d'autres de 32, et d'autres de 64. L'intérêt n'est as évident, mais un bon exemple est celui de la rétrocompatibilité entre programmes. Par exemple, un programme 64 bits qui utilise une librairie 32 bits, ou un programme codé en 64 bits qui émule une console 16 bits. Ou encore, la communication entre un programme codé en 16 bits avec un capteur qui mesure des données de 8 bits. Bref, les possibilités sont nombreuses. Imaginons que tout se passe dans des registres de 32 bits. Le processeur peut incorporer des instructions de calcul sur 16 bits, en plus des instructions 32 bits. Dans ce cas, l'extension de signe sert à faire des conversions entre entiers de taille différentes.
===Les instructions de permutation d'octets===
Les instructions de ''byte swap'', aussi appelée '''instructions de permutation d'octets''', échangent de place les octets d'un nombre. Leur implémentation varie grandement selon la taille des entiers. Le cas le plus simple est celui des instructions qui travaillent sur des entiers de 16 bits, soit deux octets. Il n'y a alors qu'une seule solution pour échanger les octets : l'octet de poids fort devient l'octet de poids faible et réciproquement. Les deux octets échangent leur place.
Pour les nombres de 32 bits, soit 4 octets, il y a plusieurs possibilités. La première inverse l'ordre des octets dans le nombre : on échange l'octet de poids faible et de poids fort, mais on échange aussi les deux octets restant entre eux. Une autre solution découpe l'entier en deux morceaux de 16 bits : l'un avec les deux octets de poids fort, l'autre avec les deux octets de poids faible. Les octets sont inversés dans ces blocs de 16 bitzs, mais on n'effectue pas d'autres échanges. On peut aussi échanger les deux morceaux de 16 bits, mais sans changer l'ordre des octets dans les blocs.
[[File:Instruction de permutation d'octets.png|centre|vignette|upright=2|Instruction de permutation d'octets]]
L'utilité de ces instructions n'est pas évidente au premier abord, mais elle sert beaucoup dans les opérations de conversion de données. Tout cela devrait devenir plus clair dans le chapitre sur le boutisme.
==Les instructions d'accès mémoire==
Les instructions d’accès mémoire permettent de copier ou d'échanger des données entre le processeur et la RAM. On peut ainsi copier le contenu d'un registre en mémoire, charger une donnée de la RAM dans un registre, initialiser un registre à une valeur bien précise, etc. Il en existe plusieurs, les plus connues étant les suivantes : LOAD, STORE et MOV. D'autres processeurs utilisent une instruction d'accès mémoire généraliste, plus complexe.
===Les instructions d'accès à la RAM : LOAD et STORE===
Les instructions LOAD et STORE sont deux instructions qui permettent d'échanger des données entre la mémoire RAM et les registres. Elles copient le contenu d'un registre dans la mémoire, ou au contraire une portion de mémoire RAM dans un registre.
* L''''instruction LOAD''' est une instruction de lecture : elle copie le contenu d'un ou plusieurs mots mémoire consécutifs dans un registre. Le contenu du registre est remplacé par le contenu des mots mémoire de la mémoire RAM.
* L''''instruction STORE''' fait l'inverse : elle copie le contenu d'un registre dans un ou plusieurs mots mémoire consécutifs en mémoire RAM.
{|class="wikitable"
|[[File:Instruction LOAD.png|300px|Instruction LOAD.]]
|[[File:Instruction STORE.png|300px|Instruction STORE.]]
|}
En théorie, une variante de l'instruction STORE peut enregistrer une constante en mémoire RAM. Il est en théorie possible pour une instruction STORE modifiée de stocker la valeur 9 dans l'adresse X, par exemple. La constante est fournie par l'instruction, elle n'est pas stockée dans un registre, mais carrément intégrée à l'instruction. Cela sera plus clair quand nous verrons les modes d'adressage, notamment le mode d'adressage immédiat.
Plus haut dans le chapitre, j'ai dit qu'un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs dédiées, certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Et bien il en est de même pour les instructions LOAD et STORE, qui ont chacune une variante pour les entiers 8, 16, 32, 64 bits.
De telles instructions ne font pas que lire ou écrire des données. Pour comprendre pourquoi, prenons un processeur 64 bits. Il dispose d'un bus de 64 bits, pour lire ou écrire des mots mémoire de 64 bits chacun. Pour des lectures de 8, 16 ou 32 bits, un mot mémoire entier est lu, puis seuls les octets adéquats sont conservés. Par exemple, pour une lecture 32 bits, un mot mémoire de 64 bits est lu, puis une opération de masquage (ET bit à bit) met à zéro le 32 bits inutiles. Ce sont souvent les 32 bits de poids faible ou de poids fort qui sont mis à zéro. Il en est de mêma vec les lectures 16 bits, sauf que les 48 bits inutiles sont alors mis à zéro, idem avec les lectures 8 bits.
Pour les écritures, les choses sont encore plus compliquées. Imaginez que je veuille modifier 32 bits. Les 32 bits à modifier font partie d'un mot mémoire de 64 bits, qui contient les 32 bits utiles, et 32 bits supplémentaires. l'écriture ne doit pas effacer les 32 bits supplémentaires, seulement les 32 bits utiles. Pour cela, le processeur n'a pas le : il doit lire un mot mémoire de 64 bits, modifier le 32 bits utiles, puis réécrire le tout en mémoire RAM. L'écriture demande de faire une lecture, une modification, puis une écriture. Le mot mémoire de 64 bits est copié dans un registre, la modification se fait dans ce registre, vient une opération de masquage complexe, puis l'écriture est effectuée.
===Les instructions de transfert entre registres : MOV et XCHG===
L''''instruction MOV''' copie le contenu d'un registre dans un autre sans passer par la mémoire. C'est donc un échange de données entre registres, qui n'implique en rien la mémoire RAM, mais MOV est quand même considérée comme une instruction d'accès mémoire. Les données sont copiées d'un registre source vers un registre de destination. Le contenu du registre source est conservé, alors que le contenu du registre de destination est écrasé (il est remplacé par la valeur copiée). Cette instruction est utile pour gérer les registres, notamment sur les architectures avec peu de registres et/ou sur les architectures avec des registres spécialisés.
[[File:Instruction MOV.png|centre|vignette|upright=1.5|Instruction MOV.]]
Mais quelques rares architectures ne disposent pas d'instruction MOV, qui n'est formellement pas nécessaire, même si bien utile. En effet, on peut émuler une instruction MOV avec des instructions logiques utilisées convenablement. L'idée est de faire une opération dont le résultat est l'opérande envoyée, et d'enregistrer le résultat dans le registre de destination. Par exemple, on peut faire un OU entre le registre opérande et 0 : le résultat sera l'opérande. Idem avec un ET et la valeur adéquate. Ou encore, on peut imaginer faire un ET/OU entre un registre et lui-même : le résultat est égal au contenu du registre opérande.
Quelques processeurs assez rares ont des instructions pour échanger le contenu de deux registres. Par exemple, on peut citer l''''instruction XCHG''' sur les processeurs x86 des PC anciens et actuels. Elle permet d'échanger le contenu de deux registres, quel qu'ils soient, il n'y a pas de restrictions sur le registre source et sur le registre de destination. Mais d'autres processeurs ont des restrictions sur les registres source et destination. Par exemple, le processeur Z80 a des instructions d'échanges assez restrictives, comme on le verra dans quelques chapitres.
Sur les processeurs ARM, l'instruction MOV fait partie des instructions qui permettent d'effectuer un décalage sur la seconde opérande. Il s'agit en réalité de décalages/rotations décalées, qui sont fusionnées avec une instruction MOV. L'instruction MOV des processeurs ARM fait soit un MOV normal, soit un décalage.
===L'instruction mémoire généraliste : une alternative à LOAD et STORE===
Sur certains processeurs, il n'y a pas d'instruction LOAD ou STORE, ni même MOV . À la place, on trouve une '''instruction d'accès mémoire généraliste''', qui fusionne les trois. Elle est capable de faire une lecture, une écriture, ou une copie entre registres, et parfois une copie d'une adresse mémoire vers une autre. Les trois premières opérations sont presque toujours supportées, mais la copie d'une adresse mémoire vers une autre est beaucoup plus rare.
Sur les processeurs x86, l'instruction généraliste s'appelle l'instruction MOV. Elle gère la lecture en RAM, l'écriture en RAM, la copie d'un registre vers un autre, l'écriture d'une constante dans un registre ou une adresse. Par contre, elle ne gère pas la copie d'une adresse mémoire vers une autre ; pour un transfert de mémoire à mémoire, il faut utiliser les instructions MOVS* ('''''Mov'''e '''S'''tring'' ; MOVSB : par octets, MOVSW : par mots de 16-bits, ...).
===Les instructions d'accès mémoire complexes===
Nous venons de voir les instructions LOAD, STORE et les transferts entre registres. Elles sont présentes sur tous les processeurs, modernes comme anciens. Mais quelques processeurs gèrent des instructions mémoire plus complexes. Elles ont tendance à effectuer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les '''instructions de copie mémoire''' copient une donnée d'une adresse vers une autre. Les copies en mémoire sont des opérations très fréquentes, il est très fréquent qu'un programme copie un bloc de mémoire dans un autre et beaucoup de programmeurs ont déjà été confronté à un tel cas. Aussi, les processeurs ajoutent des instructions multi-accès pour accélérer ces copies, ce qui fait un bon compromis entre performance et simplicité d'implémentation.
D'autres instructions d'accès mémoire plus complexes existent. Pour en donner un exemple, citons les instructions de transferts par bloc sur les premiers processeurs ARM. Ces instructions permettent de copier plusieurs registres en mémoire RAM, en une seule instruction. Sur l'ARM1, il y a 16 registres en tout. Les instructions de transfert de bloc peuvent sélectionner n'importe quel sous-ensemble de ces 16 registres, pour les copier en mémoire : on peut sélectionner tous les registres, une partie des registres (5 registres sur 16, ou 7, ou 8, ...), voire aucun registre.
D'autres instructions mémoires effectuent des opérations à l'utilité moins évidente. Sur certains processeurs, on trouve notamment des instructions pour vider la mémoire cache de son contenu, pour la réinitialiser. L'utilité ne vous est pas évidente, mais cela peut servir dans certains scénarios, notamment sur les architectures avec plusieurs processeurs pour synchroniser ces derniers. Cela sert aussi pour le système d'exploitation, qui doit remettre à zéro certains caches (comme la TLB qu'on verra dans le chapitre sur la mémoire virtuelle) quand on exécute plusieurs programmes en même temps.
===Les instructions mémoire flottantes===
Plus haut, j'ai parlé du fait que certains processeurs avaient des registres flottants séparés des registres généraux. Mais encore faut-il pouvoir les remplir, ces registres flottants. Et cela implique de charger des opérandes depuis la mémoire RAM à un moment où un autre. Pour lire ou écrire ces registres, le processeur utilise des instructions mémoire séparées, distinctes des instructions LOAD et STORE vues plus haut. Pour faire la différence, ces instructions sont appelées '''FLOAD''' et '''FSTORE'''.
Elles sont séparées des LOAD/STORE normaux pour plusieurs raisons. La première est évidemment que les registres utilisés ne sont pas les mêmes : registres "généraux" pour LOAD/STORE, registres flottants pour FLOAD et FSTORE. La seconde raison est que les nombres flottants et entiers n'ont pas forcément la même taille. Et cela impacte à la fois la taille des registres, mais aussi les transferts mémoire.
Un nombre flottant fait 32 ou 64 bits, suivant qu'on parle d'un flottant simple ou double précision. Sur un processeur 32 bits, les flottants simple précision ont la même taille qu'un entier, les flottant double précision sont deux fois plus gros. Mais sur un processeur 64 bits, c'est l'inverse : les flottants double précision font la même taille qu'un entier, les simples précision sont deux fois plus petits. Et ne parlons pas du cas de certaines architectures 16 bits qui supportent quand même les nombres flottants ! Elles sont très rares, mais elles existent. Pour le moment, concentrons-nous sur les processeurs 32 et 64 bits.
En général, les registres flottants font 64 bits (parfois 80, mais je passe cela sous silence), afin de mémoriser des flottants double précision. Et ce, même sur les processeurs 32 bits. La gestion des nombres flottants est en effet apparue sur les architectures 32 bits et elles supportaient les calculs en double précision dès le départ. Et cette différence entre 32 et 64 bits a posé quelques problèmes. Les registres flottants n'avaient pas la même taille que les registres généraux : 32 pour les registres généraux, 64 pour les registres flottants. Mais ce n'était pas un énorme problème.
Le vrai problème est que les lectures/écritures flottantes faisaient des transferts de 64 bits entre les registres flottants et la mémoire RAM. Or, le bus de données de ces processeurs faisait 32 bits, vu que c'était des architectures 32 bits. Lire/écrire un flottant demandait donc de faire deux accès mémoire consécutifs. Par exemple, lire un flottant depuis la RAM demandait de lire deux morceaux de 32 bits, le flottant était chargé en deux fois. Cette différence fait qu'il est préférable d'utiliser des instructions FSTORE/FLOAD séparées des instructions LOAD/STORE. Leur comportement n'est pas le même : LOAD/STORE lisent un seul mot mémoire, FLOAD/FSTORE en lisent deux pour la double précision.
Un autre détail est qu'il existe des instructions FLOAD et FSTORE spécialisées pour les flottants simple précision. Par exemple, une instruction FLOAD en simple précision ne lit que 32 bits en mémoire, puis le flottant est convertit en double précision 64 bits, avant d'être enregistré dans les registres. Pour l'écriture, c'est l'inverse : un flottant double précision est convertit en simple précision 32 bits, avant d'être écrit en mémoire. Le comportement est alors différent : FLOAD/FSTORE ne lisent/écrivent qu'un seul mot mémoire, de 32 bits, mais doivent faire une conversion entre simple et double précision.
Il faut noter que c'est l'inverse sur les processeurs 64 bits. Là, un flottant double précision peut être lu/écrit en un seul accès mémoire, vu que le bus de données fait 64 bits. Par contre, les flottants simples précision sont gérés un peu autrement. Concrètement, l'instruction FLOAD lit un mot de 64 bits, mais n'en garde que la moitié adéquate. L'instruction d'écriture fait elle plus de traail : elle doit lire un mot de 64 bits, en modifier la moitié, et réécrire le tout en mémoire RAM.
Vu qu'il y a des registres flottants séparés, il y aussi des instructions de copie de registre séparées pour les registres flottants. L'instruction XCHG a son équivalent flottant '''FXCHG''', l'instruction MOV a une '''instruction FMOV''' séparées, etc.
Un autre moyen de remplir un registre flottant est d'obtenir sa valeur depuis un registre général. Attention, je ne parle pas de copier un registre général dans un flottant, ou inversement. Je parle de convertir une opérande entière en un nombre flottant. Et il y a des instructions dédiées pour cela. Par exemple, il y a une instruction prend un registre entier, convertit sa valeur en flottant 64 bits, et écrit le résultat dans un registre flottant. Idem avec la conversion inverse, de flottant vers entier, qui a sa propre instruction dédiée. Et ces deux instructions ont deux variantes, suivant que le flottant soit simple ou double précision. De telles '''instructions de conversion entier-flottant''' ne sont pas à proprement parler des instructions de copie entre registre, ce sont plus un intermédiaire entre copie entre registres et opération de calcul.
==Les instructions de contrôle (branchements et tests)==
Un processeur serait sacrément inflexible s'il ne faisait qu'exécuter des instructions dans l'ordre. Certains processeurs ne savent pas faire autre chose, comme le Harvard Mark I, et il est difficile, voire impossible, de coder certains programmes sur de tels ordinateurs. Mais rassurez-vous : il existe de quoi permettre au processeur de faire des choses plus évoluées. Pour rendre notre ordinateur "plus intelligent", on peut par exemple souhaiter que celui-ci n'exécute une suite d'instructions que si une certaine condition est remplie. Ou faire mieux : on peut demander à notre ordinateur de répéter une suite d'instructions tant qu'une condition bien définie est respectée. Diverses '''structures de contrôle''' de ce type ont donc étés inventées.
Voici les plus utilisées et les plus courantes : ce sont celles qui reviennent de façon récurrente dans un grand nombre de langages de programmation actuels. Concevoir un programme (dans certains langages de programmation), c'est simplement créer une suite d'instructions, et utiliser ces fameuses structures de contrôle pour l'organiser. D'ailleurs, ceux qui savent déjà programmer auront reconnu ces fameuses structures de contrôle. On peut bien sur en inventer d’autres, en spécialisant certaines structures de contrôle à des cas un peu plus particuliers ou en combinant plusieurs de ces structures de contrôles de base, mais cela dépasse le cadre de ce cours : on ne va pas vous apprendre à programmer.
{|class="wikitable"
|-
! Nom de la structure de contrôle
! Description
|-
! SI...ALORS
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée
|-
! SI...ALORS...SINON
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée ou exécute une autre suite d'instructions si elle ne l'est pas.
|-
! Boucle WHILE...DO
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée.
|-
! Boucle DO...WHILE aussi appelée REPEAT UNTIL
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée. La différence, c'est que la boucle DO...WHILE exécute au moins une fois cette suite d'instructions.
|-
! Boucle FOR
| Répète un nombre fixé de fois une suite d'instructions.
|}
Les '''conditions''' à respecter pour qu'une structure de contrôle fasse son office sont généralement très simples.
Elles se calculent le plus souvent en comparant deux opérandes (des adresses, ou des nombres entiers ou à virgule flottante).
Elles correspondent le plus souvent aux comparaisons suivantes :
* A == B (est-ce que A est égal à B ?) ;
* A != B (est-ce que A est différent de B ?) ;
* A > B (est-ce que A est supérieur à B ?) ;
* A < B (est-ce que A est inférieur à B ?) ;
* A >= B (est-ce que A est supérieur ou égal à B ?) ;
* A <= B (est-ce que A est inférieur ou égal à B ?).
Il est également possible de tester si le bit d'un registre ou octet mémoire est à 1 ou 0.
Notamment le registre des indicateurs est testé après une instruction arithmétique (est-ce que le calcul a généré une retenue, ...).
Pour implémenter ces structures de contrôle, on a besoin d'une instruction qui saute en avant ou en arrière dans le programme, suivant le résultat d'une condition. Par exemple, un SI...ALORS zappera une suite d'instruction si une condition n'est pas respectée, ce qui demande de sauter après cette suite d’instruction cas échéant. Répéter une suite d'instruction demande juste de revenir en arrière et de redémarrer l’exécution du programme au début de la suite d'instruction. Nous verrons comment sont implémentées les structures de contrôle plus bas, mais toujours est-il que cela implique de faire des sauts dans le programme.
Faire un saut en avant ou en arrière dans le programme est assez simple : il suffit de modifier la valeur stockée dans le ''program counter'', ce qui permet de sauter directement à une instruction et de poursuivre l'exécution à partir de celle-ci. Et un tel saut est réalisé par des instructions spécialisées. Dans ce qui va suivre, nous allons appeler '''instructions de branchement''' les instructions qui sautent à un autre endroit du programme. Ce n'est pas la terminologie la plus adaptée, mais elle conviendra pour les explications.
L'implémentation des structures de contrôle demande donc de calculer une condition, puis de faire un saut. Mais il faut savoir que l'implémentation demande parfois de faire un saut, sans avoir à tester de condition. Dans ce cas, l'instruction qui fait un saut sans faire de test de condition est elle aussi une instruction de branchement. Cela nous amène à faire la différence entre un branchement conditionnel et non-conditionnel. La différence entre les deux est simple. Une instruction de '''branchement conditionnel''' effectue deux opérations : un test qui vérifie si la condition adéquate est respectée, et un saut dans le programme aussi appelé branchement. Une instruction de '''branchement inconditionnelle''' ne teste pas de condition et ne fait qu'un saut dans le programme.
===Les structures de contrôle===
Le IF permet d’exécuter une suite d'instructions si et seulement si une certaine condition est remplie.
[[File:Codage d'un if.. en assembleur.jpg|centre|vignette|upright=1.5|Codage d'un SI...ALORS en assembleur.]]
Le IF...ELSE sert à effectuer une suite d'instructions différente selon que la condition est respectée ou non : c'est un SI…ALORS contenant un second cas. Une boucle consiste à répéter une suite d'instructions machine tant qu'une condition est valide (ou fausse).
[[File:Codage d'un IF.ELSE en assembleur.png|centre|vignette|upright=1.5|Codage d'un SI...ALORS..SINON en assembleur.]]
Les boucles sont une variante du IF dont le branchement renvoie le processeur sur une instruction précédente. Commençons par la boucle DO…WHILE : la suite d'instructions est exécutée au moins une fois, et est répétée tant qu'une certaine condition est vérifiée. Pour cela, la suite d'instructions à exécuter est placée avant les instructions de test et de branchement, le branchement permettant de répéter la suite d'instructions si la condition est remplie. Si jamais la condition testée est fausse, on passe tout simplement à la suite du programme.
[[File:DO...WHILE.jpg|centre|vignette|upright=1.5|DO...WHILE.]]
Une boucle WHILE…DO est identique à une boucle DO…WHILE à un détail près : la suite d'instructions de la boucle n'a pas forcément besoin d'être exécutée au moins une fois. On peut donc adapter une boucle DO…WHILE pour en faire une boucle WHILE…DO : il suffit de tester si la boucle doit être exécutée au moins une fois avec un IF, et exécuter une boucle DO…WHILE équivalente si c'est le cas.
[[File:WHILE...DO.png|centre|vignette|upright=2|WHILE...DO.]]
===Les branchements conditionnels et leur implémentation ===
Il existe de nombreuses manières de mettre en œuvre les branchements conditionnels et tous les processeurs ne font pas de la même manière. Sur la plupart des processeurs, les branchements conditionnels sont séparés en deux instructions : une instruction de test qui vérifie si la condition voulue est respectée, et une instruction de saut conditionnelle. D'autres processeurs effectuent le test et le saut en une seule instruction machine.
[[File:Implémentations possibles des branchements conditionnels.png|centre|vignette|upright=3|Implémentations possibles des branchements conditionnels]]
: Plus surprenant, sur quelques rares processeurs, le ''program counter'' est un registre qui peut être modifié comme tous les autres. Cela permet de remplacer les branchements par une simple écriture dans le ''program counter'', avec une instruction MOV. Un bon exemple est le processeur ARM1, un des tout premiers processeur ARM. Cette dernière solution n'est presque jamais utilisée, mais elle reste surprenante !
Dans les faits, la solution la plus simple est clairement d'implémenter le tout avec une seule instruction. Mais beaucoup de processeurs anciens utilisent la première méthode, celle qui sépare le branchement conditionnel en deux instructions. Le branchement prend le résultat de l'instruction de test et décide s'il faut passer à l'instruction suivante ou sauter à une autre adresse. Il faut donc mémoriser le résultat de l'instruction de test dans un registre spécialisé, afin qu'il soit disponible pour l'instruction de branchement. L'usage d'un registre intermédiaire pour mémoriser le résultat de l'instruction de test demande d'ajouter un registre au processeur. De plus, le résultat de l'instruction de test varie grandement suivant le processeur, suivant la manière dont on répartit les responsabilités entre test et branchements.
Il existe, dans les grandes lignes, deux techniques pour séparer test et branchement conditionnel. La première impose une séparation stricte entre calcul de la condition et saut : l'instruction de test calcule la condition, le branchement fait ou non le saut dans le programme suivant le résultat de la condition. On a alors une instruction de test proprement dit, qui vérifie si une condition est valide et fournit un résultat sur 1 bit. Nous appellerons ces dernières des comparaisons, car de telles instruction effectuent réellement une comparaison. La seconde méthode procède autrement, avec un calcul de la condition qui est réalisé en partie par l'instruction de test, en partie par le branchement. Cela peut paraitre surprenant, mais il y a de bonnes raisons à cette séparation peu intuitive. La raison est que l'instruction de test est une soustraction déguisée, qui fournit un résultat de plusieurs bits, qui est ensuite utilisé pour calculer la condition voulue par le branchement. l'instruction de test ne fait pas une comparaison proprement dit, mais leur résultat permet de déterminer le résultat d'une comparaison avec quelques manipulations simples.
====Les instructions de test proprement dit====
Les premières sont réellement des instructions de test, qui effectuent une comparaison et disent si deux nombres sont égaux, différents, lequel est supérieur, inférieur, etc. En clair, elles implémentent directement les comparaisons vues précédemment. Au total, on s'attend à ce que les 6 comparaisons précédentes soient implémentées avec 6 instructions de test différentes : une pour l'égalité, une pour la différence, une autre pour la supériorité stricte, etc. Mais certaines de ces comparaisons sont en deux versions : une qui compare des entiers non-signés, et une autre pour les entiers signés. La raison est que comparer deux nombres entiers ne se fait pas de la même manière selon que les opérandes soient signées ou non. Nous avions vu cela dans le chapitre sur les comparateurs, mais un petit rappel ne fait pas de mal. Pour comparer deux entiers signés, il faut tenir compte de leurs signes, et le circuit utilisé n'est pas le même. Cela a des conséquences au niveau des instructions du processeur, ce qui impose d'avoir des opérations séparées pour les entiers signés et non-signés.
Dans les faits, les processeurs actuels utilisent le complément à deux pour les entiers signés, ce qui fait que les comparaisons d'égalité ou de différence A == B et A != B ne sont présentes qu'en un seul exemplaire. En complément à deux, l'égalité se détermine avec la même règle que pour les entiers non-signés : deux nombres sont égaux s'ils ont la même représentation binaire, ils sont différents sinon. Ce ne serait pas le cas avec les entiers en signe-magnitude ou en complément à un, du fait de la présence de deux zéros : un zéro positif et un zéro négatif. Les circuits de comparaison d'égalité et de différence seraient alors légèrement différents pour les entiers signés ou non. Au total, en complément à deux, on trouve donc 10 comparaisons usuelles, vu que les comparaisons de supériorité/infériorité sont en double.
Le résultat d'une comparaison est un bit, qui dit si la condition testée est vraie ou fausse. Dans la majorité des cas, ce bit vaut 1 si la comparaison est vérifiée, et 0 sinon. Une fois que l'instruction a fait son travail, il reste à stocker son résultat quelque part. Pour cela, le processeur utilise un ou plusieurs '''registres à prédicats''', des registres de 1 bit qui peuvent stocker n'importe quel résultat de comparaison. Une comparaison peut enregistrer son résultat dans n'importe quel registre à prédicats : elle a juste à préciser lequel avec son nom de registre.
Les registres à prédicats sont utiles pour accumuler les résultats de plusieurs comparaisons et les combiner par la suite. Par exemple, cela permet d'émuler une instruction qui teste si A >= B à partir de deux instructions qui calculent respectivement A > B et A == B. Pour cela, certains processeurs incorporent des instructions pour faire des opérations logiques sur les registres à prédicats. Ces opérations permettent de faire un ET, OU, XOR entre deux registres à prédicats et de stocker le résultat dans un registre à prédicat quelconque.
D'autres instructions permettent de lire le résultat d'un registre à prédicat, de calculer une condition, de combiner son résultat avec la valeur lue et d'altérer le registre à prédicat sélectionné. Par exemple, sur l'architecture IA-64, il existe une instruction cmp.eq.or, qui calcule une condition, lit un registre à prédicat fait un OU logique entre le registre lu et le résultat de la condition, et enregistre le tout dans un autre registre à prédicat. De telles instructions facilitent grandement le codage de certaines fonctions, qui demandent que plusieurs conditions soient vérifiées pour exécuter un morceau de code.
====Les instructions de test qui sont des soustractions déguisées====
Le second type d'instruction de test ne calcule pas ces conditions directement, mais elle fournit un résultat de quelques bits qui permet de les calculer avec quelques manipulations simples. Sur ces processeurs, il n'y a qu'une seule instruction de comparaison, qui est une soustraction déguisée. Le résultat de la soustraction n'est pas sauvegardé dans un registre et est simplement perdu. C'est le cas sur certains processeurs ARM ou sur les processeurs x86. Par exemple, un processeur x86 possède une instruction CMP qui n'est qu'une soustraction déguisée dans un opcode différent.
Le résultat de cette soustraction déguisée est un résultat portant sur 4 bits, qui donne des informations sur le résultat de la soustraction. Le premier bit, appelé bit ''null'', indique si le résultat est nul ou non. Le second bit indique le signe du résultat, s'il est positif ou négatif. Enfin, deux autres bits précisent si la soustraction a donné lieu à un débordement d'entier. Il y a deux bits, car on vérifie deux types de débordement : un débordement non-signé (une retenue sortante de l'additionneur), et le débordement signé (débordement en complément à deux). Pour mémoriser le résultat d'une soustraction déguisée, le processeur incorpore un '''registre d'état'''. Le registre d'état stocke des bits qui ont chacun une signification prédéterminée lors de la conception du processeur et il sert à beaucoup de choses. Dans le cas qui nous intéresse, le registre d'état mémorise les résultats de l'instruction de test : les deux bit de débordement, le bit qui précise que le résultat d'une instruction vaut zéro, le bit de retenue pour le bit de signe.
La condition en elle-même est réalisée par le branchement. L'instruction de branchement fait donc deux choses : calculer la condition à partir du registre d'état, et effectuer le saut si la condition est valide. Le calcul des conditions se fait à partir des 4 bits de résultat. Le bit ''null'' permet de savoir si les deux opérandes sont égales ou non : si le résultat d'une soustraction est nul, cela implique que les deux opérandes sont égales. Le bit de signe permet de déterminer si le première opérande est supérieur ou inférieure à la seconde : le résultat de la soustraction est positif si A >= B, négatif sinon. Les bits de débordements permettent de faire la différence entre infériorité stricte ou non. Tout cela sera expliqué plus en détail dans le paragraphe suivant.
[[File:Branchements et tests avec un registre d'état.png|centre|vignette|upright=1.5|Branchements et tests avec un registre d'état]]
La conséquence est qu'il y a autant d'instructions de branchements que de conditions possibles. Aussi, on a une instruction de test, mais environ une dizaine d'instructions de branchements. C'est l'inverse de ce qu'on a avec des instructions de test proprement dites, où on a autant d'instructions de test que de conditions, mais un seul branchement. Un bon exemple est celui des processeurs x86. Le registre d'état des CPU x86 contient 5 bits appelés OF, SF, ZF, CF et PF : ZF indique que le résultat de la soustraction vaut 0, SF indique son signe, CF est le bit de retenue et de débordement non-signé, OF le bit de débordement signé, et PF le bit qui donne la parité du résultat. Il existe plusieurs branchements, certains testant un seul bit du registre d'état, et d'autres une combinaison de plusieurs bits.
{|class="wikitable"
|-
! Instruction de branchement
! Bit du registre d'état testé
! Condition testée si on compare deux nombres A et B avec une instruction de test
|-
! JS (Jump if Sign)
| SF = 1
| Le résultat est négatif
|-
! JNS (Jump if not Sign)
| SF = 0
| Le résultat est positif
|-
! JO (Jump if Overflow)
| OF = 1
| Le calcul arithmétique précédent a généré un débordement signé
|-
! JNO (Jump if Not Overflow)
| OF = 0
| Le calcul arithmétique précédent n'a pas généré de débordement signé
|-
! JNE (Jump if Not equal)
| ZF = 1
| Les deux nombres A et B sont égaux
|-
! JE (Jump if Equal)
| ZF = 0
| Les deux nombres A et B sont différents
|-
! JB (Jump if below)
| CF = 1
| A < B, avec A et B non-signés
|-
! JAE (Jump if Above or Equal)
| CF = 0
| A >= B, avec A et B non-signés
|-
! (JBE) Jump if below or equal
| CF OU ZF = 1
| A >= B si A et B sont non-signés
|-
! JA (Jump if above)
| CF ET ZF = 0
| A > B si A et B sont non-signés
|-
! JL (Jump if less)
| SF != OF
| si A < B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater or Equal)
| SF = OF
| si A >= B, si A et B sont signés
|-
! JLE (Jump if less or equal)
| (SF != OF) OU ZF = 1
| si A <= B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater)
| (SF = OF) ET (NOT ZF) = 1
| si A > B, si A et B sont signés
|}
===Les instructions à prédicat===
Les '''instructions à prédicat''' sont des instructions qui ne font quelque chose que si une condition est respectée, et se comportent comme un NOP (une instruction qui ne fait rien) sinon. Elles lisent le résultat d'une comparaison, dans le registre d'état ou un registre à prédicat, et s’exécutent ou non suivant sa valeur.
En général, les instructions à prédicats sont des instructions en plus des instructions normales, pas à prédicat. L'instruction à prédicat la plus représentative, présente sur de nombreux processeurs, est l'instruction CMOV, qui copie un registre dans un autre si une condition est remplie. Elle permet de faire certaines opérations assez simples, comme calculer la valeur absolue d'un nombre, le maximum de deux nombres, etc.
Pour gérer les instructions à prédicat, les instructions de test s'adaptent sur plusieurs points. Le premier est que les instructions de test préfèrent utiliser des registres à prédicats, au lieu d'un registre d'état. Une des raisons à cela est la suivante : avec des registres à prédicats, on peut ajouter des instructions pour faire un ET/OU/XOR entre registres à prédicats, ce qui permet de tester des combinaisons de conditions sans faire appel au moindre branchement. Et ces conditions complexes ne sont pas rares, ce qui rend l'usage de registres à prédicats très utiles avec les instructions à prédicats.
Une autre adaptation est que les instructions de test tendent à fournir deux résultats : le résultat de la condition, et le résultat de la condition inverse. Ils sont fournis dans deux registres à prédicats distincts. Faire ainsi facilite grandement l'implémentation des structures de contrôle SI...ALORS simples. Pour rappel, elles ont deux morceaux de code : un qui s’exécute si une condition est remplie, l'autre si la condition inverse est remplie. Avec ce système, les instructions du premier et du second morceau de code testerons deux bits distincts.
L'usage d'instructions à prédicat séparées des autres instructions porte le nom de '''prédication partielle'''. C'est de loin l'implémentation la plus courante. Mais sur certains processeurs, assez rares, toutes les instructions sont des instructions à prédicat : on parle de '''prédication totale'''. Les anciens processeurs ARM 32 bits étaient dans ce cas, par exemple.
Cela peut paraitre étrange, vu que certaines instructions ne sont pas dans une structure de contrôle et doivent toujours s’exécuter, peu importe les conditions testées avant. Mais rassurez-vous, sur les processeurs à prédication totale, il y a toujours un moyen pour spécifier que certaines instructions doivent toujours s’exécuter, de manière inconditionnelle. Par exemple, sur les processeurs d'architecture HP IA-64, un des registre à prédicat, le tout premier, contient la valeur 1 et ne peut pas être modifié. Si on veut une instruction inconditionnelle, il suffit qu'elle précise que le registre à prédicat à lire est ce registre.
: Les processeurs avec un registre d'état n'ont généralement que de la prédication partielle, le plus souvent limitée à une seule instruction CMOV. Alors que qui dit prédication totale dit systématiquement registres à prédicats.
Les processeurs ARM disposent d'une prédication totale, du moins pour le jeu d'instruction ARM 32 bits. Mais il supportent une second jeu d’instruction optionnel, le ''thumb'', qui est plus compact. Au lieu d'encoder ses instructions sur 32-64 bits, ses instructions font seulement 16 bits. Et pour compacter ce jeu d'instruction, la prédication totale a été supprimée. À la place, ''thumb'' incorpore une '''instruction IT''', qui active l’exécution conditionnelle des instructions suivantes.
L'instruction teste une condition et calcule un prédicat, qui est ensuite utilisé pour décider de l'exécution des instructions suivantes. L'exécution conditionnelle marche jusqu'à 4 instructions consécutives. Le nombre exact est configurable et va de 1 à 4 instructions consécutives après l'instruction IT. La condition est configurable pour les 1 à 4 instructions : chaque instruction peut s'exécuter si la condition est vraie, ou au contraire fausse. Un masque de 4 bits décide de quelle condition utiliser pour chaque instruction. Il y a un bit par instruction, qui vaut 1 si la condition doit être vérifiée, 0 si on veut la condition inverse.
===L'instruction SKIP===
L''''instruction SKIP''' permet de zapper l'instruction suivante si une condition testée est fausse. Il en existe deux versions. La première est fusionnée avec l'instruction de test. La condition est calculée par l'instruction SKIP, qui décide s'il faut sauter l'instruction suivante. Dans un autre cas, l'instruction SKIP est précédée d'une instruction de test, récupère son résultat dans un registre de prédicat ou dans le registre d'état, et effectue le saut. On peut la voir comme une forme particulière de branchement conditionnel, qui brancherait deux instructions plus loin.
Son utilité n'est pas évidente, mais on peut classer ses utilisations en trois catégories. La première permet d'émuler une instruction de branchement conditionnel en combinant une instruction SKIP avec un branchement inconditionnel. Le branchement inconditionnel est skippé si la condition est remplie/fausse, mais éxecuté dans le cas contraire : c'est le comportement d'un branchement conditionnel. Une autre utilisation permet d'émuler une instruction à prédicat en faisant précéder une instruction normale par une instruction SKIP. Enfin, elles servent à implémenter des structures de controle IF à condition que le code du IF se résume à une vulgaire instruction. C'est assez rare, mais certains calculs comme la valeur absolue ou le calcul du minimum peuvent se calculer ainsi.
[[File:Skip instruction.png|centre|vignette|upright=3|Skip instruction]]
Vous pourriez imaginer des versions améliorées de l'instruction, qui permettent de zapper plusieurs instructions, mais de telles instructions ne sont autres que des instructions de branchement conditionnelles spécifiques, comme nous le verrons dans le chapitre sur les modes d'adressage.
==Les méta-instructions REPEAT et EXECUTE==
Enfin, il faut aussi citer les '''méta-instructions''', des instructions qui agissent sur l’exécution d'autres instructions. Il en existe deux : REPEAT et EXECUTE. Elles servent techniquement à manipuler le flot de contrôle d'un programme, et ont quelques ressemblances avec les branchements ou les boucles. Elles sont extrêmement rares et on ne les trouve que sur des anciens processeurs (généralement micro-codés), ou sur certaines processeurs spécialisés dans le traitement de signal appelés des DSP, qui feront l'objet d'un chapitre à eux seuls.
===L’instruction REPEAT et le ''Zero-overhead looping''===
La première est la '''méta-instruction REPEAT''', qui permet de simplifier l'implémentation des boucles. Dans sa version la plus simple, elle fait en sorte que l'instruction qui la suit soit répétée plusieurs fois. Le nombre de répétition est soit un nombre fixe, toujours le même, soit l'instruction se répète tant qu'une condition n'est pas remplie. Les deux situations ne se rencontrent pas sur les mêmes processeurs. Par exemple, l'UNIVAC 1103 possède une instruction REPEAT très simple, qui répète l'instruction cible un nombre fixe de fois, mais ne gère pas les conditions.
Le GE-600/Honeywell 6000 series incorpore trois instructions REPEAT de ce type. La première répète l'instruction suivante soit un nombre fixe de fois, soit quand une condition est remplie. La seconde répète les deux instructions suivantes, l'une après l'autre. Enfin, la dernière répète l'instruction suivante jusqu'à : soit qu'une condition soit remplie, soit qu'une adresse bien précise soit atteinte. Elle servait sans doute à implémenter le parcours d'une liste chainée pour trouver un item bien précis.
Une version améliorée de l'instruction REPEAT permet de répéter un bloc de plusieurs instructions, ce qui permet d'implémenter une boucle en une seule instruction. Elles sont fréquentes sur certains processeurs de traitement de signal, qui doivent exécuter en permanence de petites boucles. Typiquement, elles permettent d'implémenter des boucles FOR dont le nombre d’exécution est fixe. La répétition de la boucle est contrôlée par un registre de boucle, qui mémorise le nombre de répétitions, et qui est décrémenté à chaque itération, sans avoir à utiliser d'instruction d'incrémentation/décrémentation.
Une variante précise deux adresses, qui délimitent les instructions de la boucle : une adresse pour le début de la boucle, une adresse pour la fin. L'implémentation hardware est alors assez simple : quand le ''program counter'' atteint l'adresse de fin, il est réinitialisé à l'adresse de début. La gestion du ''program counter'' se fait alors sans utiliser d'instructions de branchement. les deux registres sont initialisés avec une isntruction LOPP, spécialement dédiée pour cela.
Les deux techniques précédentes permettent d'implémenter des boucles sans utiliser de branchements, ou presque. Elles rendent l'exécution des boucles tellement rapides qu'elles portent le nom de '''''Zero-overhead looping'''''.
: Les instructions REP mentionnées plus haut, ne sont PAS des exemples d'instruction REPEAT. Le préfixe REP des processeurs x86 est une instruction qui se répète elle-même. Mais l'instruction REPEAT force la répétition de l'instruction suivante ! Elle agit sur une autre instruction, d'où son caractère de méta-instruction.
===L'instruction EXECUTE===
La '''méta-instruction EXECUTE''' fournit l'adresse d'une instruction cible, qui est exécutée en lieu et place de l'instruction EXECUTE. Quand le processeur exécute l'instruction EXECUTE, il prend l'adresse cible, charge l'instruction dans l'adresse cible, et l’exécute à la place de l'instruction EXECUTE. Il est possible de comprendre l'instruction EXECUTE comme un branchement spécial. Tout se passe comme si l'instruction EXECUTE effectuait un branchement vers l'instruction cible, mais que le processeur ne poursuivait pas l’exécution à la suite de l’instruction cible, et revenait à la suite de l'instruction cible.
Il y a souvent des contraintes sur l'instruction cible, qui est pointée par l'adresse cible. Généralement, il n'est pas possible que l'instruction cible soit elle-même une autre instruction EXECUTE. De même, beaucoup de processeurs interdisent que l’instruction cible soit un branchement. Mais d'autres processeurs n'ont pas ces contraintes et autorisent à utiliser des branchements pour l'instruction cible.
L'utilité d'une telle instruction est tout sauf évidente. Elle servait pourtant à beaucoup de choses sur les processeurs où elle était implémentée. Précisons qu'elle était surtout présente sur des vieux ordinateurs, dans les années 50-60, et quelques processeurs des années 70. Elle a disparu dès les années 80 et n'est présentée que par souci d'exhaustivité et intérêt historique pour les curieux. Cette précision permet de comprendre que cette instruction servait pour résoudre des problèmes qui sont actuellement résolus autrement.
L'adresse cible peut être soit intégrée dans l'instruction, soit dans un registre. Dans le second cas, l'adresse peut être incrémentée ou modifiée afin que l'instruction EXECUTE change de cible à chaque exécution. Tout se passe comme si le registre contenant l'adresse cible servait à émuler un ''program counter''. En mettant une instruction EXECUTE dans une boucle et en complétant le tout avec du code annexe, on peut exécuter du code extérieur sans modifier le véritable ''program counter''. L'utilité est de faciliter l'implémentation des logiciels debuggers, des émulateurs, ou d'autres programmes dans le même genre.
Les autres utilisations sont assez nombreuses, mais aussi difficiles à expliquer pour qui n'a pas de connaissances poussées en programmation. La première utilité est l'implémentation de certaines fonctionnalités des langages de programmation évolués, à savoir le ''late binding'', les fonctions virtuelles, et quelques autres. Elle facilite aussi l'implémentation des compilateurs à la volée, en permettant d’exécuter du code produit à volée sans faire tiquer les mécanismes de protection mémoire implémentés dans le processeur. Elle permet d'émuler du code automodifiant pour les logiciels qui gagnaient autrefois à l'utiliser. Et il y en a d'autres.
==Les instructions d'arrêt et de mise en veille==
Les processeurs gèrent souvent des '''instructions de mise en veille''' le processeur. Une fois mis en veille, le processeur ne peut être réveillé que si un signal de sortie de veille survient. Les signaux de sortie de veille sont envoyés par les périphériques, les entrées-sorties, le ''chipset'' de la carte mère, etc. Ils sont rarement mis totalement en veille, ce qui leur permet de générer ce signal de sortie si nécessaire. Le processeur attend alors qu'un périphérique lui envoie un signal de sortie de veille, mais ne fait rien en attendant. De telles instructions ne sont exécutables qu'en mode noyau, par le système d'exploitation.
: Le signal de sortie de veille est techniquement une interruption matérielle, comme on le verra plus tard.
Il existe aussi des '''instructions d'arrêt''', qui éteignent le processeur complétement. Le processeur peut redémarrer, mais pas reprendre là où il en était. Pour redémarrer, il faut qu'il reçoive un signal RESET, envoyé sur une entrée du processeur. Lorsque l'entrée RESET du processeur est mise à 1, le processeur redémarre. Typiquement, l'alimentation du processeur est suspendue.
===Les exemples sur les processeurs les plus connus===
Sur les processeurs ARM, les instructions WFI et WFE sont utiles pour les systèmes embarqués, pour mettre le processeur en mode basse consommation. Lorsqu'une instruction de ce type est exécutée, le processeur continue d'être alimenté, mais il ne tient pas compte du signal d'horloge. Le signal d'horloge est clock gaté dès l'entrée dans le CPU. La différence entre les deux instructions est que WFI s'exécute inconditionnellement, alors que WFE ne s’exécute que un registre spécifique, le registre d'évènement, est à 0.
Sur les processeurs Motorola 6502 et ses dérivés, l'instruction WAI est une instruction de mise en veille, alors que l'instruction STP éteint l'ordinateur. La différence est qu'avec l'instruction STP, le processeur ne réagit qu'au signal RESET, qui fait redémarrer le processeur, mais ne réagit pas aux signaux de sortie de veille. L'exécution du processeur ne reprend alors pas là où le processeur s'est arrêté, le ''program counter'' est réinitialisé.
Sur les CPU x86 avant le 486, l'instruction HLT ne mettait pas le processeur en mode basse consommation. Aucune technique n'était prévue pour réduire la consommation du processeur pendant la veille. Le 8086 se contentait de se déconnecter du bus et n'incrémentait pas son ''program counter''. Au passage, l'implémentation exacte au niveau des circuits de l'instruction HLT sur le 8086 est détaillée dans cet article de blog :
* [https://www.righto.com/2023/01/reverse-engineering-intel-8086.html Reverse-engineering the Intel 8086 processor's HALT circuits]
C'est avec le 486 que la mise en veille s'est accompagnée d'une extinction partielle du processeur. Le processeur passait en mode basse consommation, ce qui permettait des économies d'énergie de 5 à 10%. Cependant, les premiers CPU sortis d'usine avaient un bug : le CPU stoppé via l'instruction HLT ne pouvait pas redémarrer de manière logicielle, il fallait lui envoyer le signal de RESET directement via le matériel.
{|class="wikitable"
|-
! x86
| HLT (HALT)
|-
! ARM
|
* WFI (Wait For Interrupt)
* WFE (Wait For Event).
|-
! Motorola 6502 et plus
|
* WAI (WAit for Interrupt)
* STP (SToP)
|}
===Les instructions ''Halt And Catch Fire''===
Le bug n'est pas spécifique aux processeurs 486, de nombreux CPU ont des instructions non-documentées qui bloquent l'ordinateur, si exécutées. Le processeur ne peut alors pas sortir de la mise en veille et soit s'arrête, soit doit être RESET. Les instructions ne sont souvent pas voulues par les concepteurs et sont souvent des bugs. De telles instructions illégales devraient lever une exception matérielle "instruction non reconnue", mais ne le font pas en raison d'un bug quelconque. Elles sont appelées, non sans humour, des '''instructions ''Halt And Catch Fire''''' (stoppe et prend feu).
Un exemple classique est celle du bug du Pentium F00F. Le responsable est une instruction non-documentée, encodée en binaire comme suit F0 0F C7 C8. Il s'agit d'une instruction dont l'encodage est invalide. Elle correspond à une instruction cmpxchg8b qui agit sur une valeur 64 bits obtenue en concaténant les deux registres (EAX et EDX). Elle compare cette valeur 64 bits avec une donnée en mémoire RAM. Mais avec l'encodage F0 0F C7 C8, l'adresse mémoire est remplacée par un nom de registre, du fait de l'encodage des modes d'adressage sur ce CPU. En théorie, le processeur devrait lever une exception matérielle ''opcode invalide''. Seulement, l'instruction est associée à un préfixe LOCK, qu'on ne détaillera pas ici, qui empêche la levée de l'exception.
Elle agissait comme une instruction ''Halt And Catch Fire'' classique. Un problème est que cette instruction n'était pas une instruction en mode noyau, mais une instruction accessible en espace utilisateur. N'importe quel programme invalide, voire un programme malicieux, pouvait bloquer l'ordinateur. La situation a été prise an sérieux, les systèmes d'exploitation fournissant des mitigations logicielles. Intel corrigea le problème, dans une seconde fournée sortie d'usine, avec la version B2 du 486.
==Résumé==
Pour résumer, les instructions les plus courantes sont les suivantes :
{|class="wikitable"
|-
!Instruction
!Utilité
|-
!Instructions arithmétiques
|Elles font des calculs sur des nombres. Les plus communes sont l'addition, la soustraction, la multiplication, la division, le modulo. Pour les instructions flottantes, la racine carrée est souvent supportée, parfois avec les opérations trigonométriques, les logarithmes et l'exponentielle.
|-
!Instructions logiques
|Elles travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les plus communes sont ;
* Les opérations bit à bit, à savoir le ET logique, le OU logique, le OU exclusif (XOR) et le NON logique.
* Les instructions de décalage à droite et à gauche, qui vont décaler tous les bits d'un nombre d'un cran vers la gauche ou la droite. Les bits qui sortent du nombre sont considérés comme perdus.
* Les instructions de rotation, qui font la même chose que les instructions de décalage, à la différence près que les bits qui "sortent d'un côté du nombre" après le décalage rentrent de l'autre.
|-
!Instructions de test et de contrôle (branchements)
|Elles permettent de contrôler la façon dont notre programme s’exécute sur notre ordinateur. Elles permettent notamment de choisir la prochaine instruction à exécuter, histoire de répéter des suites d'instructions, de ne pas exécuter des blocs d'instructions dans certains cas, et bien d'autres choses.
|-
!Instructions d’accès mémoire
|Elles permettent d'échanger des données entre le processeur et la mémoire, ou encore permettent de gérer la mémoire et son adressage. Les deux les plus courantes sont les suivantes :
* LOAD : charge une donnée dans un registre ;
* STORE : copie le contenu d'un registre dans une adresse mémoire.
|}
En plus de ces instructions, beaucoup de processeurs ajoutent d'autres instructions. La plupart sont utilisées par le système d'exploitation pour configurer certaines fonctionnalités importante : la protection mémoire, la mémoire virtuelle, les modes de compatibilité du processeur, la gestion de l'alimentation, l'arrêt ou la mise en veille, etc.
On peut aussi trouver des instructions spécialisées dans les calculs cryptographiques : certaines instructions permettent de chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe. De même, certains processeurs ont une instruction permettant de générer des nombres aléatoires. Et on peut trouver bien d'autres exemples...
Mais d'autres sont franchement exotiques. Par exemple, certains processeurs sont capables d'effectuer des instructions sur du texte directement. Pour stocker du texte, la technique la plus simple utilise une suite de lettres, stockées les unes à la suite des autres dans la mémoire, dans l'ordre dans lesquelles elles sont placées dans le texte. Quelques ordinateurs disposent d'instructions pour traiter ces suites de lettres. D'ailleurs, n'importe quel PC x86 actuel dispose de telles instructions, bien qu'elles ne soient pas utilisées car paradoxalement trop lente comparé aux solutions logicielles ! Cela peut paraître surprenant, mais il y a une explication assez simple qui sera compréhensible dans quelques chapitres (les instructions en question sont microcodées).
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les mémoires FIFO et LIFO
| prevText=Les mémoires FIFO et LIFO
| next=Les registres du processeur
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Mewtow
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/* Les branchements conditionnels et leur implémentation */
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wikitext
text/x-wiki
Ce chapitre va aborder le langage machine, à savoir un standard qui définit les instructions du processeur, le nombre de registres, etc.
Dans ce chapitre, on considérera que le processeur est une boîte noire au fonctionnement interne inconnu.
Nous verrons le fonctionnement interne d'un processeur dans quelques chapitres.
Les concepts que nous allons aborder ne sont rien d'autre que les bases nécessaires pour apprendre l'assembleur.
Nous allons surtout parler des instructions du processeur.
Pour simplifier, on peut classer les instructions en quatre grands types :
* les échanges de données entre mémoires ;
* les calculs et autres opérations arithmétiques ;
* les instructions de comparaison ;
* les instructions de branchement.
À côté de ceux-ci, on peut trouver d'autres types d'instructions plus exotiques, pour gérer du texte, pour modifier la consommation en électricité de l'ordinateur, pour chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe, générer des nombres aléatoires, etc. Dans ce chapitre, nous allons voir un aperçu assez large des instructions qui existent. Nous n'allons pas nous limiter aux instructions les plus importantes, mais nous allons aussi parler d'instructions assez exotiques, soit présentes uniquement sur d'anciens ordinateurs, soit très rares, soit franchement tordues. Et certaines de ces instructions exotiques sont assez impressionnantes et risquent de vous surprendre !
==Les instructions entières==
Les '''instructions arithmétiques''' sont les plus courantes et comprennent au minimum l'addition, la soustraction, la multiplication, plus rarement la division. Précisons qu'une opération mathématique ne se fait pas de la même manière suivant la représentation utilisée pour coder ces nombres : on ne manipule pas de la même façon des nombres entiers binaires, des entiers codés en BCD et des nombres flottants. Aussi, dans ce qui va suivre, nous allons séparer les opérations entières, les opérations flottantes et les opérations en BCD.
Les processeurs modernes utilisent des nombres encodés soit en binaire normal, soit en complément à deux. L'avantage est que les opérations arithmétiques se font de la même manière dans les deux encodages. Il y a quelques différences, mais elles sont suffisamment mineures, pas besoin d'avoir une instruction dédiée pour les nombres signés. Les anciens processeurs utilisaient eux des entiers signés en signe-magnitude ou en complément à 1, ou d'autres représentations. Et avec ces représentations, les calculs ne sont pas exactement les mêmes pour les nombres signés et non-signés. Ils avaient donc des instructions séparées pour l'addition signée et l'addition non-signée, idem pour la soustraction, la multiplication, etc.
De nos jours, les ordinateurs utilisent des entiers de taille fixe, qui tiennent dans un registre. J'ai dit qui tiennent dans un registre, car la taille des opérandes dépend de l'instruction. Un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs pour chaque taille : certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Mais la taille d'une opérande ne dépasse pas la taille d'un registre entier.
===La ou les instructions d'addition entière===
Un processeur implémente au minimum une opération d'addition, même s'il existe de rares exemples de processeurs qui s'en passent. Mieux : certains processeurs implémentent plusieurs instructions d'addition, qui se distinguent par de subtiles différences.
La première est évidemment la '''taille des opérandes'''. Un processeur 32 bits peut par exemple implémenter trois additions différentes : une addition 32 bits qui additionne deux opérandes 32 bits : une addition 16 bits qui additionne deux doublets (16 bits), et une addition 8 bits qui additionne deux octets. Précisons cependant que c'est une possibilité et que ca n'a rien d'automatique. De nombreux processeurs ne fournissent que des additions sur des opérandes 32 bits, et rien d'autre,les autres taille d'opérandes ne sont pas supportées. Mais on peut toujours émuler des opérations sur 8 ou 16 bits avec des opérations de masquage.
La seconde différence est la '''gestion des débordements d'entier'''. Pour gérer les débordements d'entier, certains processeurs disposent d'un '''registre de débordement''', de 1 bit, qui indique si une instruction arithmétique a généré un débordement d'entier ou non. Il est mis à 1 en cas de débordement, mais reste à 0 sinon. Il est mis à jour à chaque addition/multiplication/soustraction.
Pour rappel, les débordements d'entiers sont différents selon que l'addition est signée ou non, et il faut en tenir compte au niveau du jeu d'instruction. La solution la plus simple est l'existence de deux instructions dédiées : une pour les additions de nombres signés et une autre pour les nombres non-signés. Le circuit additionneur est le même pour ces deux instruction, mais le calcul du bit de débordement est différent. D'autres processeurs s'en sortent autrement, en ayant deux bits de débordement : un si le résultat est signé, l'autre pour les résultats non-signés. Mais nous reparlerons de cela plus tard.
Une autre différence, présente sur les vieux processeurs, tient dans la '''gestion de la retenue''. À l'époque, les processeurs ne pouvaient gérer que des nombres de 4 à 8 bits, guère plus. Pourtant, la plupart des applications logicielles demandait d'utiliser des entiers de 16 bits. Les opérations comme l'addition ou la soustraction étaient alors réalisées en plusieurs fois. Par exemple, on additionnait les 8 bits de poids faible, puis les 8 bits de poids fort. Dans un cas pareil, il fallait aussi gérer la retenue dans l'addition des 8 bits de poids fort.
Pour cela, la retenue en question était mémorisée dans un registre de 1 bit dédié, semblable au registre de débordement, appelé le '''bit de retenue'''. De plus, les processeurs incorporaient une instruction d'addition qui additionnait les deux opérandes avec la retenue en question, instruction souvent appelée ADDC (''ADD with Carry''). Niveau circuits, cela ne changeait pas grand chose, tous les additionneurs ayant une entrée pour la retenue (qui est utilisée pour implémenter la soustraction, rappelez-vous). L'implémentation de l'instruction ADDC était très simple, n'utilisait presque pas de circuits, et rendait de fiers services aux programmeurs de l'époque. Nous parlons là des vieux processeurs 4 et 8, mais certains processeurs 16, 32, voire 64 bits, sont capables d'effectuer ce genre d'opération, même si ils sont rares.
: Il existe parfois des instructions pour mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. C'est le cas sur l'architecture x86. Mais son utilité est marginale, car toutes les instructions arithmétiques modifient le bit de retenue.
La même chose a lieu pour la soustraction, qui demande qu'une "retenue" soit propagée d'une colonne à l'autre (bien que la "retenue" soit utilisée différemment : elle n'est pas additionnée, mais soustraite du résultat de la colonne). Pour cela, les processeurs implémentent l'opération SUBC (''Substract with Carry''). Et pour mettre en œuvre cette opération, ils ont deux options. La première est d'ajouter un bit pour la "retenue" de la soustraction. Pour une soustraction qui calcule a-b, elle vaut 0 si a>=b et 1 si a<b. Elle est utilisée telle qu'elle par le circuit qui effectue la soustraction, généralement un soustracteur. L'autre option est d'utiliser le but de retenue de l'addition, sans rien modifier. Pour comprendre pourquoi, rappelons que la soustraction est implémentée en complément à deux par le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + 1</math>
Il s'agit d'une addition, qui a donc une retenue lors d'un débordement. On peut alors réutiliser le bit de retenue de l'addition pour la soustraction, en modifiant quelque peu la soustraction à effectuer. Pour comprendre comment faire la modification, précisons tout d'abord que les règles du complément à deux nous disent qu'on a un débordement quand a>=b. Passons maintenant à l'étude d'un exemple théorique : le cas où on veut soustraire deux nombres de 16 bits avec deux opérations SUBC qui travaillent sur 8 bits. Appelons les deux opérandes A et B, <math>a_h</math> et <math>b_h</math> les 8 bits de poids forts de ces opérandes, et <math>a_l</math> et <math>b_l</math> leurs 8 bits de poids faible. Voyons ce qui se passe suivant que la retenue soit de 0 ou 1.
* Si la retenue de l'addition est de 1, on a <math>a_l \geq b_l</math>, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>.
* À l'inverse, si la retenue de l'addition est de 0, on a <math>a_l \leq b_l</math>. Cela veut dire que si on posait la soustraction, alors une retenue devrait être propagée à la colonne suivante, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1 - \text{retenue de 1}</math>.
Récapitulons dans un tableau.
{|class="wikitable"
|-
! Retenue
! Opération à effectuer pour la seconde soustraction
|-
! 0
| <math>a_h + \overline{b_h} + 0</math>
|-
! 1
| <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>
|}
On voit que ce qu'il faut ajouter à <math>a_h + \overline{b_h}</math> est égal à la retenue. L'opération SUBC fait donc le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + \text{retenue}</math>
La plupart des processeurs 8 et 16 bits avaient deux instructions de soustraction séparées : une sans gestion de la retenue, une avec. Mais certains processeurs comme le 6502 n'avaient qu'une seule instruction de soustraction : celle qui tient compte de la retenue ! Il n'y avait pas de soustraction normale. Pour éviter tout problème, les programmeurs devaient faire attention. Ils disposaient d'une instruction mettre à 0 ou à 1 le bit de retenue pour éviter tout problème, qu'ils utilisaient avant toute soustraction simple.
===Les instructions de division entière===
Il faut savoir que la division est une opération très lourde pour le processeur : une instruction de division dédiée met au mieux une dizaine de cycles d'horloge pour fournir un résultat, parfois plus de 50 à 70 cycles d’horloge. Et elle est facilement 10 à 50 fois plus lente qu'une opération de multiplication. De plus, son implémentation matérielle utilise beaucoup de portes logiques/transistors. Son cout globalement le même que pour un circuit multiplieur, parfois un peu plus. Mais on a de la chance : c'est aussi une opération assez rare, peu utilisée.
De plus, les divisions les plus courantes sont des divisions par une constante : un programme devant manipuler des nombres décimaux aura tendance à effectuer des divisions par 10, un programme manipulant des durées pourra faire des divisions par 60 (gestion des minutes/secondes) ou 24 (gestion des heures). Or, diverses astuces permettent de les remplacer par des suites d'instructions plus simples, qui donnent le même résultat (l'usage de décalages, la multiplication par un entier réciproque, etc). Et la suite d'instruction équivalent est beaucoup plus rapide qu'une implémentation matérielle, car on profite qu'une opérande est constante. En-dehors de ce cas, l'usage des divisions est assez rare.
Sachant cela, certains processeurs ne possèdent pas d'instruction de division, car les gains de performance seraient modérés et le coût en transistors élevé. Les divisions sont alors émulées en logiciel, par une suite de soustractions ou tout autre code équivalent. D'autres processeurs implémentent toutefois la division dans une instruction machine, avec un circuit dédié, mais c'est signe que le coût en transistors n'est pas un problème pour le concepteur de la puce.
===Les instructions de multiplication entière===
Contrairement à la division, l'opération de multiplication entière est très courante, presque tous les processeurs modernes en ont une. Les multiplications sont plus fréquentes dans le code des programmes, sans compter que c'est une opération pas trop lourde à implémenter en circuit. Il en existe parfois plusieurs versions sur un même processeur. Ces différentes versions servent à résoudre un problème quant à la taille du résultat d'une multiplication.
Le résultat d'une multiplication est très large et prend deux registres. Par exemple, une multiplication de deux opérandes 64 bits donne un résultat sur 128 bits, ce qui ne tient pas dans un registre, mais en prend deux. Et en général, la multiplication de deux opérandes de <math>n</math> bits donne un résultat de <math>2 \times n</math>, soit deux fois plus de bits. Le résultat complet ne tient pas dans un registre, il en prend exactement deux. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions.
Dans sa version la plus simple, l'instruction de multiplication se contente de garder les <math>n</math> bits de poids faible. Tous les processeurs qui supportent la multiplication ont une '''instruction MUL''' qui ne calcule que les bits de poids faible du résultat, dont le résultat est enregistré dans un seul registre. L'instruction peut générer des débordements d'entiers, si le résultat déborde dans les bits de poids fort.
Pour obtenir le résultat complet, le reste du processeur. Beaucoup de processeurs supportent juste l'instruction MUL, et ne permettent pas de calculer les bits de poids fort du résultat. Mais d'autres le permettent, avec des instructions spécialisées. Le processeur ajoute des instructions de multiplication, séparées de l'instruction MUL, qui permettent d'obtenir le résultat complet, directement ou indirectement. Le problème à résoudre est que le résultat prend deux registres. Globalement, il y a deux grandes solutions.
La première rajoute une '''instruction MULH''', pour calculer les bits de poids fort du résultat. Le processeur a donc deux instructions de multiplication : l'instruction MUL qui calcule les bits de poids faible du résultat, l'instruction MULH qui calcule les bits de poids fort. D'autres processeurs disposent d'une instruction de multiplication configurable, qui permet de choisir quels bits conserver : poids fort ou poids faible. Le calcul du résultat complet est donc fait en deux instructions, chacune n'écrivant son résultat que dans un seul registre.
La seconde rajoute une '''instruction MULX''' ou ''FULL MUL'', qui calcule les tout le résultat en une seule opération, et qui mémorisent le résultat dans deux registres. C'est plus rare, mais possible. Le défaut est que l'instruction doit préciser les deux registres dans lesquels enregistrer le résultat. Elle doit préciser le registre pour les bits de poids faible, un autre pour les bits de poids fort. Et préciser deux registres de résultat, pus deux registre d'opérande, c'est compliqué : les quatre registres prennent trop de place dans l'instruction, comme on le verra dans le chapitre sur l'encodage des instructions.
==Les instructions sur les entiers BCD==
Parlons maintenant des '''instructions BCD''', qui agissent sur des opérandes codées en BCD. Devenues très rares avec la disparition du BCD dans l'informatique grand-public, elles étaient quasiment essentielles sur les tous premiers processeurs 8 bits.
===Les ordinateurs décimaux===
Au tout début de l'informatique, il a existé des processeurs qui travaillaient uniquement en BCD, appelés des '''processeurs décimaux'''. Ils avaient uniquement des instructions BCD, pas d'instruction sur des opérandes codées en binaire. Ils étaient assez courants entre les années 60 et 70, même s'ils ne représentent pas la majorité des architectures de l'époque. Il y avait une vraie séparation entre processeurs décimaux et processeurs binaires, sans intermédiaires notables.
Les tous premiers ordinateurs décimaux pouvaient manipuler des entiers BCD de taille arbitraire. Ils stockaient leurs nombres dans des chaines de caractères ou des tableaux encodés en BCD. Le processeur faisait les calculs chiffre par chiffre, caractère BCD par caractère BCD. Les ordinateur décimaux qui ont abandonné ce fonctionnement. À la place, ils ont intégré des registres capables de mémoriser des entiers BCD de taille fixe.
Le grand avantage des processeurs décimaux est leur très bonne performance dans les tâches de bureautique, de comptabilité, et autres. Les processeurs de l'époque recevaient des entiers codés en BCD de la part des entrées-sorties, et devaient les traiter. Les processeurs binaires devaient faire des conversion BCD-binaire pour communiquer avec les entrées-sorties, mais pas les processeurs décimaux. Le gain en performance pouvait être substantiel dans certaines applications.
===Les instructions BCD des processeurs binaires===
Par la suite, dans les années 80, l'augmentation des performances a favorisé les processeurs binaires. Faire des conversions binaires-BCD n'était plus un problème, les conversions étaient suffisamment rapides. Par contre, faire les calculs en BCD était plus lent que faire les calculs en binaire, ce qui fait que le compromis technologique de l'époque favorisaient le binaire. Mais pour obtenir le meilleur des deux mondes, les processeurs binaires ont ajouté un support du BCD. C'était l'époque des architectures 8 bits, puis 16 bits.
Intuitivement, on se dit que, les processeurs de l'époque des 8 bits avaient leurs instructions de calcul en double : une instruction pour les calculs entier et une autre pour les calculs BCD. Mais d'autres processeurs faisaient autrement. À l'époque des processeurs 8-16 bits, certains processeurs ne géraient pas d'instructions BCD proprement dit, mais géraient quand même les calculs en BCD grâce à des instructions spéciales. Concrètement, les programmeurs utilisaient une instruction d'addition ou de soustraction binaire, mais il était possible de corriger ce résultat pour obtenir le bon résultat codé en BCD. Les processeurs de l'époque disposaient d'une instruction pour faire la correction, souvent appelée ''Decimal Adjust After Addition''.
Avant d'aller plus loin, nous devons préciser que les processeurs 8 bits de l'époque pouvaient gérer deux formats de BCD. Le premier est le '''format ''Packed''''', où deux chiffres sont mémorisé dans un octet. Le premier nibble (4bits) mémorise un chiffre BCD, le second nibble mémorise le second. Il s'agit d'un format qui remplit au maximum les bits de l'octet avec des données utiles. L'autre format, appelé '''''Unpacked''''', ne mémorise qu'un seul chiffre BCD dans un octet. Le chiffre est quasi- tout le temps dans le nibble de poids faible. Il se trouve que la manière de corriger le résultat d'une opération n'est pas la même suivant que le nombre est codé en BCD ''packed'' et ''unpacked''.
Pour commencer, étudions le cas des nombres BCD ''unpacked'', plus simples à comprendre. Lors d'une addition, il se peut que le résultat ne soit pas représentable en BCD ''unpacked''. Par exemple, si je fais le calcul 5 + 8, le résultat sera 13 : il tient dans un nibble en décimal, mais pas en BCD ! Cette situation survient quand le résultat d'une addition de deux entiers BCD ''unpacked'' dépasse 9, la limite de débordement en BCD ''unpacked''. Nous avons vu dans le chapitre sur les circuits d'addition que la correction est alors toute simple : si le résultat dépasse 9, on ajoute 6. De plus, on doit prévenir que le résultat a débordé et ne tient pas sur un nibble en BCD. Pour cela, on ajoute un bit spécialisé, appelé le '''''half carry flag''''', indicateur de demi-retenue en français, qui joue le même rôle que le bit de débordement, mais pour le BCD ''unpacked''. Sur les processeurs x86, tout cela est réalisé par une instruction appelée ''ASCII adjust after addition''.
: Pour la soustraction, il faut faire la même chose, sauf qu'il faut soustraire 6, pas l'ajouter. Et il y a aussi une instruction pour cela : ''ASCII adjust after substraction''.
Pour les nombres BCD ''packed'', la procédure est globalement la même, sauf qu'il faut traiter les deux ''nibbles'' : on ajoute 6 si le nibble de poids faible dépasse 9, puis on fait la même chose avec le ''nibble'' de poids fort. Le bit ''half carry flag'' n'est pas mis à jour et est tout simplement ignoré. Notons qu'on modifie d'abord le ''nibble'' de poids faible, avant de traiter celui de poids fort. En effet, si on corrige celui de poids faible, la retenue obtenue en ajoutant 6 se propage au nibble suivant, ce qui fait que ce dernier peut voir sa valeur augmenter. Une fois cela fait, le bit de retenue est mis à 1. La procédure est différente, vu qu'il faut traiter deux ''nibles'' au lieu d'un, et que le bit ''half-carry'' est ignoré au profit du bit de retenue normal. D'où l'existence d'une instruction séparée pour l'addition des nombres BCD ''packed'', appelée ''Décimal adjust after addition'' sur les processeurs x86.
Les processeurs modernes ne supportent plus le BCD, car il est très peu utilisé. Les processeurs ARM et MIPS ont toujours fait sans instructions BCD. Les processeurs x86 des PC désactivent les instructions BCD en mode 64 bits, mais conservent des opérations BCD en mode 32 bits, pour des raisons de compatibilité. Le support du codage BCD est surtout quelque chose qu'on trouve sur les anciens processeurs.
==Les instructions flottantes==
Passons maintenant au support des nombres flottants. Avant les années 60, les processeurs n'était pas encore capables de faire de calculs avec des nombres flottants. Les calculs flottants étaient émulés soit par une bibliothèque logicielle, soit par le système d'exploitation. Pour améliorer les performances, les concepteurs de processeurs ont conçus des '''coprocesseurs arithmétiques''', des processeurs secondaires spécialisés dans les calculs flottants, qui complémentaient le processeur principal, et avaient leur propre emplacement sur la carte mère. Par la suite, les concepteurs de processeurs ont incorporé des instructions de calculs sur des nombres flottants, rendant le coprocesseur inutile.
Pour supporter les nombres flottants, il y a deux écoles. La première utilise des instructions flottantes séparées des instructions entières. La seconde utilise des instructions d'addition/soustraction/multiplication généralistes, capables de traiter indifféremment entiers et flottants, voire les encodages BCD.
===Les architectures taguées===
Le second cas correspond à certaines machines assez anciennes, datant des années 50 à 70. Ces processeurs n'avaient qu'une seule instruction d'addition, qui pouvait traiter indifféremment flottants, nombres entiers codés en BCD, en complément à deux, etc. Pour cela, les opérandes étaient associés à un type qui précisait s'il s'agissait d'un opérande flottant, entier, BCD, d'un pointeur, ou autre. Le traitement effectué par une instruction dépendait des ''tag'' associés aux opérandes. Par exemple, si les deux opérandes avaient un ''tag'' "entier", l'instruction faisait un calcul entier. Si les deux opérandes avaient un ''tag'' "flottant", l'instruction faisait un calcul flottant.
Le type de l'opérande était encodé avec un ''tag'', une sorte de numéro codé en binaire. Le ''tag'' était stocké en mémoire à côté de l'opérande, un mot mémoire contenait la donnée et le ''tag'' concaténés l'un à la suite de l'autre. Le défaut est que la mémoire devait être conçue pour gérer le ''tag'', de même que le processeur. Des processeurs de ce type s'appellent des ''architectures à tags'', ou '''tagged architectures''', en référence au ''tag'' ajouté dans la mémoire.
Mais les processeurs modernes n'utilisent pas cette technique, du fait de son cout en mémoire. À la place, le processeur dispose d'une instruction par type à manipuler : une instruction de multiplication pour les flottants, une autre pour les entiers codés en complément à deux, etc.
===Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées===
Les processeurs modernes disposent d''''instructions de calculs flottants''', qui font des calculs avec des nombres flottants. En général, les instructions flottantes les plus courantes sont l'addition, la soustraction, la multiplication et la division. D'autres opérations plus complexes peuvent être supportées, comme les fonctions trigonométriques, les logarithmes, l'exponentielle, la fonction puissance, etc. Mais c'est déjà un peu plus rare, la majorité des processeurs anciens se contentent des quatres opérations de base.
: Nous palerons aussi d'''instructions flottantes'' pour désigner les ''instructions de calcul flottant''. Mais les deux termes ne sont pas strictement équivalent, car les ''instructions flottantes'' regroupent toutes les instructions flottantes, pas que les calculs flottants. La différence entre les deux deviendra plus claire quand on arrivera à la section sur les isntructions d'accès mémoire.
En général, les processeurs utilisent des registres séparés pour les nombres flottants. Ils ont d'un côté des '''registres généraux''' pour les nombres entiers et les adresses mémoire, de l'autre des '''registres flottants''' pour les nombres flottants. Les instructions de calcul flottants utilisent ces ''registres flottants'' uniquement, elles ne peuvent pas lire/écrire dans les registres généraux, sauf pour quelques exceptions. La séparation entre registres flottants et entiers est la source de quelques subtilités, qu'on abordera dans la section sur les instructions d'accès mémoire.
Le standard IEEE 754 standardise quelques instructions flottantes : les quatre opérations arithmétiques de base, les comparaisons et la racine carrée. Certains processeurs vont plus loin et implémentent aussi d'autres instructions sur les flottants qui ne sont pas supportées par la norme IEEE 754. Par exemple, certaines fonctions mathématiques telles que sinus, cosinus, tangente, arctangente et d'autres. Le seul problème, c'est que ces instructions peuvent mener à des erreurs de calcul incompatibles avec la norme IEEE 754. Heureusement, les compilateurs peuvent mitiger ces désagréments.
Il faut néanmoins préciser que le support de la norme IEEE 754 n'est pas une obligation : certains processeurs ne la supportent que partiellement. Par exemple, certains processeurs ne supportent que les flottants simple précision, mais pas les double précision (ou inversement). Exemple : les premiers processeurs Intel ne géraient que les flottants double précision étendue. D'autres processeurs ne gèrent pas les ''underflow'', ''overflow'', les NaN, les infinis, ou même les flottants dénormaux. Précisons que même lorsque la gestion des dénormaux est implémentée en hardware (comme c'est le cas sur certains processeurs AMD), celle-ci reste malgré tout très lente.
Si les exceptions ne sont pas supportées, le processeur peut être configuré de façon à soit ignorer les exceptions en fournissant un résultat, soit déclencher une exception matérielle (à ne pas confondre avec les exceptions de la norme). Le choix du mode d'arrondi ou la gestion des exceptions flottantes se fait en configurant un registre dédié, intégré dans le processeur.
Plus rarement, il arrive que certains processeurs gèrent des formats de flottants spéciaux qui ne font pas partie de la norme IEEE 754. Par exemple, certains processeurs utilisent des formats de flottants différents de la norme IEEE 754, avec par exemple des flottants codés sur 8 ou 16 bits, qui sont très utiles pour les applications qui se contentent très bien d'un résultat approché.
==Les instructions logiques==
À côté des instructions de calcul, on trouve des '''instructions logiques''' qui travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les opérations bit à bit ont déjà été vues dans les premiers chapitres, ceux sur l'électronique. Pour rappel, les plus courantes sont :
* La négation, ou encore le NON bit à bit, inverse tous les bits d'un nombre : les 1 deviennent des 0 et les 0 deviennent des 1.
* Le ET bit à bit, qui agit sur deux nombres : il va prendre les bits qui sont à la même place et va effectuer un ET (l’opération effectuée par la porte logique ET). Exemple : 1100·1010=1000.
* Les instructions similaires avec le OU ou le XOR.
Mais d'autres instructions sont intéressantes à étudier.
===Les instructions de décalage et de rotation===
Les '''instructions de décalage''' décalent tous les bits d'un nombre vers la gauche ou la droite. Pour rappel, il existe plusieurs types de décalages : les rotations, les décalages logiques, et les décalages arithmétiques. Nous avions déjà vu ces trois opérations dans le chapitre sur les circuits de décalage et de rotation, ce qui fait que nous allons simplement faire un rappel dans le tableau suivant. Pour résumer, voici la différence entre les trois opérations :
{|class="wikitable"
|-
!
! Schéma
! Gestion des bits sortants
! Remplissage des vides laissés par le décalage
|-
! Rotation
|[[File:Rotation de bits.png|Rotations de bits.]]
| Réinjectés dans les vides laissés par le décalage
| Remplis par les bits sortants
|-
! Décalage logique
|[[File:Décalage logique.png|Décalage logique.]]
| rowspan="2" | Les bits sortants sont oubliés
| Remplis par des zéros
|-
|-
! Décalage arithmétique
|[[File:Décalage arithmétique.png|Décalage arithmétique.]]
| Remplis par :
* le bit de signe pour les bits de poids fort ;
* des zéros pour les bits de poids faible .
|}
Pour rappel, les décalages de n rangs sont équivalents à une multiplication/division par 2^n. Un décalage à gauche est une multiplication par 2^n, alors qu'un décalage à droite est une division par 2^n. Les décalages logiques effectuent la multiplication/division pour un nombre non-signé (positif), alors que les décalages arithmétiques sont utilisés pour les nombres signés. Précisons cependant que pour ce qui est des décalages à droite, les décalages logiques et arithmétiques n'arrondissent pas le résultat de la même manière. Les décalages logiques à droite arrondissent vers zéro, alors que les décalages arithmétiques arrondissent vers la valeur inférieure (vers moins l'infini). De plus, les décalages à gauche entraînent des débordements d'entiers qui ne se gèrent pas de la même manière entre décalage logique et décalage arithmétique.
La plupart des processeurs stockent le bit sortant dans un registre, généralement le registre qui stocke le bit de retenue des additions qui est réutilisé pour cette optique. Ils possèdent aussi une variante des instructions de décalage où le bit de retenue est utilisé pour remplir le bit libéré au lieu de mettre un zéro. Cela permet d'enchaîner les décalages sur un nombre de bits plus grand que celui supporté par les instructions en procédant par morceaux. Par exemple, pour un processeur supportant les décalages sur 8 et 16 bits, il peut enchaîner deux décalages de 16 bits pour décaler un nombre de 32 bits ; ou bien un décalage de 8 bits et un autre de 16 bits pour décaler un nombre de 24 bits.
[[File:Shift Arithmetic Right.svg|centre|vignette|Décalage arithmétique à droite, où le bit sortant est mémorisé dans le bit de retenue (CF pour ''Carry Flag'').]]
Ils existe une variante des instructions de rotation où le bit de retenue est utilisé. Un bon exemple est celui des instructions LRCY (''Left Rotate Through Carry'') et RRCY (''Right Rotate Through Carry''). La première est un décalage/rotation à gauche, l'autre est un décalage/rotation à droite. Les deux décalent un registre de 16 bits, mais on pourrait imaginer la même chose avec des registres de taille différente. Lors du décalage, le bit sortant est mémorisé dans le registre de retenue, alors que le bit de retenue précédent est lui envoyé dans le vide laissé par le décalage. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une rotation, sauf que le nombre décalé/rotaté est composé du registre concaténé au bit de retenue, le bit de retenue étant le bit de poids fort pour un décalage à gauche, de poids faible pour un décalage à droite.
====Le cas particuliers des processeurs ARM====
Sur les processeurs ARM, il n'y a pas d'instruction de décalage à proprement parler, ni de rotations. Par contre, les décalages sont fusionnés avec la plupart des opérations arithmétiques ! Toute opération arithmétique prend deux registres d'opérandes et un registre de destination, ainsi qu'un décalage facultatif. Le décalage est appliqué sur la seconde opérande automatiquement, sans avoir à faire une instruction séparée. À l'intérieur de l'instruction, deux bits précisent quel type de décalage effectuer (logique à droite, arithmétique à droite, à gauche, rotation à droite). Le nombre de rangs dont il faut décaler est soit encodé directement dans l'instruction sur 5-6 bits, soit précisé dans un registre.
Toutes les instructions ne permettent pas de faire un décalage automatique. Seules les opérations simples peuvent le faire, à savoir les additions, soustractions, copies d'un registre à un autre, les opérations logiques, et quelques autres. Et cela se marie très bien avec le fait qu'on applique le décalage sur la seconde opérande fait qu'il se marie très bien avec les calculs d'adresse. En effet, quand un programmeur manipule une structure de données, notamment un tableau, il arrive souvent qu'il fasse des calculs d'adresse cachés. La majeure partie de ces calculs d'adresse sont de la forme : adresse de base + (indice * taille de la donnée). Vu que les données ont très souvent une taille qui est une puissance de deux, le second terme se calcule en décalant l'indice, le calcul total demande une simple addition avec une opérande décalée, ce qui prend une seule instruction sur les processeur ARM.
===Les instructions de manipulation de bits===
D'autres opérations effectuent des calculs non pas bit à bit (on traite en parallèle les bits sur la même colonne), mais qui manipulent les bits à l'intérieur d'un nombre. les plus simples d'entre elles comptent sur les bits.
Une instruction très commune de ce type est l'instruction '''''population count''''', qui compte le nombre de bits d'un nombre qui sont à 1. Par exemple, pour le nombre 0100 1100 (sur 8 bits), la ''population count'' est de 3. Il s'agit d'une instruction utile dans les codes correcteurs d'erreur, très utilisés pour tout et n'importe quoi (trames réseau, sommes de contrôle des secteurs des disques dur, et bien d'autres). De plus, elle permet de calculer facilement le bit de parité d'un nombre, ce qui est utile pour les codes de détection d'erreur. En soi, l'instruction est facultative et l'implémenter est un choix qui n'est pas trivial. Mais cette instruction est très simple à implémenter en circuits, sans compter que son implémentation utilise assez peu de transistors. Le circuit de calcul est ridiculement simple, utilise peu de transistors.
Les processeurs gèrent aussi assez souvent des instructions pour compter les zéros ou les uns après le bit de poids fort/faible. Pour rappel, voici les quatre possibilités :
* '''''Count Trailing Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à droite du 1 de poids faible.
* '''''Count Leading Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à gauche du 1 de poids fort.
* '''''Count Trailing Ones''''' donnent le nombre de 1 situés à gauche du 0 de poids fort.
* '''''Count Leading Ones''''' donne le nombre de 1 situés à droite du 0 de poids faible.
[[File:Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.png|centre|upright=2.0|vignette|Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.]]
Comme vous le voyez sur le schéma du dessus, ces quatre opérations de comptage sont liées à quatre autres opérations. Ces dernières donnent la position du 0 ou du 1 de poids faible/fort :
* '''''Find First Set''''', donne la position du 1 de poids faible.
* '''''Find highest set''''' donne la position du 1 de poids fort.
* '''''Find First Zero''''' donne la position du 0 de poids faible.
* '''''Find Highest Zero''''' donne la position du 0 de poids fort.
Il est rare que des processeurs s’implémentent toutes ces opérations. En effet, le résultat de certaines opérations se calcule à partir des autres. Pour donner un exemple, les processeurs x86 modernes incorporent une extension, appelée '''''Bit manipulation instructions sets (BMI sets)''''', qui ajoute quelques instructions de ce type. Pour le moment, seules les instructions ''Count Trailing Zeros'' et ''Count Leading Zeros'' sont supportées.
Et il existe bien d'autres instructions de ce type. On peut citer, par exemple, l'instruction BLSI, qui ne garde que le 1 de poids faible et met à zéro tous les autres bits. L'instruction BLSR quant à elle, met à 0 ce 1 de poids faible. Et il y en a bien d'autres, qui impliquent le 1 de poids fort, le 0 de poids faible, le 1 de poids faible, etc.
===Les instructions d'extension de registres===
Certains processeurs sont capables de gérer des données de taille diverses. Ils peuvent par exemple gérer des données codées sur 16 bits ou sur 32 bits comme c'est le cas sur certains processeurs anciens. Comme autre exemple, les processeurs x86 modernes peuvent gérer des données de 8, 16 et 32 bits. Pour cela, ils disposent généralement de registres de taille différentes, certains font 8 bits, d'autres 16, d'autres 32, etc. Dans ce cas, il est courant que l'on ait à faire des conversions vers un nombre de taille plus grande. Par exemple, convertir un nombre de 8 bits en un nombre de 16 bits, ou un nombre de 8 bits en 32 bits. Les processeurs de ce type incorporent des instructions pour ce faire, qui s'appellent les '''instructions d'extension de nombres'''.
La seule difficulté de ces instructions tient à la manière dont on remplit les bits de poids forts. Par exemple, si l'on passe de 8 bits à 16 bits, les 8 bits de poids forts sont inconnus. Pareil si on passe de 16 bits à 32 bits : quelle doit être la valeur des 16 bits de poids fort ? Intuitivement, on se dit qu'il suffit de les remplir par des zéros. Faire ainsi marche très bien, mais à condition que le nombre soit un nombre positif ou nul. Mais dans le cas d'un nombre négatif, cela ne marche pas (le résultat n'est pas bon). Pour les nombres codés en complément à deux, il faut remplir les bits manquants par le bit de signe, le bit de poids fort. On a donc deux choix : soit on remplit les bits manquants par des 0, ou par le bit de poids fort. Globalement, les deux choix possibles correspondent à deux instructions : une pour les nombres non-signés et une autre pour les nombres codés en complément à deux. On parle respectivement d''''instruction de ''zero extension''''' et '''instruction d'extension de signe'''.
Formellement, les instructions d'extension de nombre sont des copies entre registres : le contenu d'un registre est copié dans un autre plus grand. L'extension de signe est couplée avec cette copie, les deux étant effectués en une instruction. Du moins, c'est le cas sur la plupart des processeurs. On pourrait imaginer séparer les deux en deux instructions séparées, une instruction MOV (qui copie un registre dans un autre, comme on le verra plus bas) et une instruction d'extension de signe/zéro. Dans ce cas, l'instruction d'extension de signe/zéro prend un registre de grande taille et étend la donnée dans ce registre. Par exemple, pour une extension de signe de 16 à 32 bits, l'instruction prendrait un registre de 32 bits, ne considérerait que les 16 bits de poids faible et effectuerait l'extension de signe/zéro à partir de ces derniers. En soi, l'extension avec des zéros est un simple masque, réalisable avec des opérations bit à bit et cette instruction n'a pas besoin d'être implémentée. Par contre, les instructions d'extension de signe sont elles très utiles.
De plus, une instruction d'extension de signe séparée a l'avantage d'être utilisable même sur des architecture avec des registres de taille identique. Mais quel intérêt, me direz-vous ? Il faut savoir que certaines langages de programmation permettent de travailler sur des entiers dont on peut préciser la taille. Un même programme peut ainsi manipuler des entiers de 16 bits et de 32 bits, ou des entiers de 8, d'autres de 16, d'autres de 32, et d'autres de 64. L'intérêt n'est as évident, mais un bon exemple est celui de la rétrocompatibilité entre programmes. Par exemple, un programme 64 bits qui utilise une librairie 32 bits, ou un programme codé en 64 bits qui émule une console 16 bits. Ou encore, la communication entre un programme codé en 16 bits avec un capteur qui mesure des données de 8 bits. Bref, les possibilités sont nombreuses. Imaginons que tout se passe dans des registres de 32 bits. Le processeur peut incorporer des instructions de calcul sur 16 bits, en plus des instructions 32 bits. Dans ce cas, l'extension de signe sert à faire des conversions entre entiers de taille différentes.
===Les instructions de permutation d'octets===
Les instructions de ''byte swap'', aussi appelée '''instructions de permutation d'octets''', échangent de place les octets d'un nombre. Leur implémentation varie grandement selon la taille des entiers. Le cas le plus simple est celui des instructions qui travaillent sur des entiers de 16 bits, soit deux octets. Il n'y a alors qu'une seule solution pour échanger les octets : l'octet de poids fort devient l'octet de poids faible et réciproquement. Les deux octets échangent leur place.
Pour les nombres de 32 bits, soit 4 octets, il y a plusieurs possibilités. La première inverse l'ordre des octets dans le nombre : on échange l'octet de poids faible et de poids fort, mais on échange aussi les deux octets restant entre eux. Une autre solution découpe l'entier en deux morceaux de 16 bits : l'un avec les deux octets de poids fort, l'autre avec les deux octets de poids faible. Les octets sont inversés dans ces blocs de 16 bitzs, mais on n'effectue pas d'autres échanges. On peut aussi échanger les deux morceaux de 16 bits, mais sans changer l'ordre des octets dans les blocs.
[[File:Instruction de permutation d'octets.png|centre|vignette|upright=2|Instruction de permutation d'octets]]
L'utilité de ces instructions n'est pas évidente au premier abord, mais elle sert beaucoup dans les opérations de conversion de données. Tout cela devrait devenir plus clair dans le chapitre sur le boutisme.
==Les instructions d'accès mémoire==
Les instructions d’accès mémoire permettent de copier ou d'échanger des données entre le processeur et la RAM. On peut ainsi copier le contenu d'un registre en mémoire, charger une donnée de la RAM dans un registre, initialiser un registre à une valeur bien précise, etc. Il en existe plusieurs, les plus connues étant les suivantes : LOAD, STORE et MOV. D'autres processeurs utilisent une instruction d'accès mémoire généraliste, plus complexe.
===Les instructions d'accès à la RAM : LOAD et STORE===
Les instructions LOAD et STORE sont deux instructions qui permettent d'échanger des données entre la mémoire RAM et les registres. Elles copient le contenu d'un registre dans la mémoire, ou au contraire une portion de mémoire RAM dans un registre.
* L''''instruction LOAD''' est une instruction de lecture : elle copie le contenu d'un ou plusieurs mots mémoire consécutifs dans un registre. Le contenu du registre est remplacé par le contenu des mots mémoire de la mémoire RAM.
* L''''instruction STORE''' fait l'inverse : elle copie le contenu d'un registre dans un ou plusieurs mots mémoire consécutifs en mémoire RAM.
{|class="wikitable"
|[[File:Instruction LOAD.png|300px|Instruction LOAD.]]
|[[File:Instruction STORE.png|300px|Instruction STORE.]]
|}
En théorie, une variante de l'instruction STORE peut enregistrer une constante en mémoire RAM. Il est en théorie possible pour une instruction STORE modifiée de stocker la valeur 9 dans l'adresse X, par exemple. La constante est fournie par l'instruction, elle n'est pas stockée dans un registre, mais carrément intégrée à l'instruction. Cela sera plus clair quand nous verrons les modes d'adressage, notamment le mode d'adressage immédiat.
Plus haut dans le chapitre, j'ai dit qu'un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs dédiées, certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Et bien il en est de même pour les instructions LOAD et STORE, qui ont chacune une variante pour les entiers 8, 16, 32, 64 bits.
De telles instructions ne font pas que lire ou écrire des données. Pour comprendre pourquoi, prenons un processeur 64 bits. Il dispose d'un bus de 64 bits, pour lire ou écrire des mots mémoire de 64 bits chacun. Pour des lectures de 8, 16 ou 32 bits, un mot mémoire entier est lu, puis seuls les octets adéquats sont conservés. Par exemple, pour une lecture 32 bits, un mot mémoire de 64 bits est lu, puis une opération de masquage (ET bit à bit) met à zéro le 32 bits inutiles. Ce sont souvent les 32 bits de poids faible ou de poids fort qui sont mis à zéro. Il en est de mêma vec les lectures 16 bits, sauf que les 48 bits inutiles sont alors mis à zéro, idem avec les lectures 8 bits.
Pour les écritures, les choses sont encore plus compliquées. Imaginez que je veuille modifier 32 bits. Les 32 bits à modifier font partie d'un mot mémoire de 64 bits, qui contient les 32 bits utiles, et 32 bits supplémentaires. l'écriture ne doit pas effacer les 32 bits supplémentaires, seulement les 32 bits utiles. Pour cela, le processeur n'a pas le : il doit lire un mot mémoire de 64 bits, modifier le 32 bits utiles, puis réécrire le tout en mémoire RAM. L'écriture demande de faire une lecture, une modification, puis une écriture. Le mot mémoire de 64 bits est copié dans un registre, la modification se fait dans ce registre, vient une opération de masquage complexe, puis l'écriture est effectuée.
===Les instructions de transfert entre registres : MOV et XCHG===
L''''instruction MOV''' copie le contenu d'un registre dans un autre sans passer par la mémoire. C'est donc un échange de données entre registres, qui n'implique en rien la mémoire RAM, mais MOV est quand même considérée comme une instruction d'accès mémoire. Les données sont copiées d'un registre source vers un registre de destination. Le contenu du registre source est conservé, alors que le contenu du registre de destination est écrasé (il est remplacé par la valeur copiée). Cette instruction est utile pour gérer les registres, notamment sur les architectures avec peu de registres et/ou sur les architectures avec des registres spécialisés.
[[File:Instruction MOV.png|centre|vignette|upright=1.5|Instruction MOV.]]
Mais quelques rares architectures ne disposent pas d'instruction MOV, qui n'est formellement pas nécessaire, même si bien utile. En effet, on peut émuler une instruction MOV avec des instructions logiques utilisées convenablement. L'idée est de faire une opération dont le résultat est l'opérande envoyée, et d'enregistrer le résultat dans le registre de destination. Par exemple, on peut faire un OU entre le registre opérande et 0 : le résultat sera l'opérande. Idem avec un ET et la valeur adéquate. Ou encore, on peut imaginer faire un ET/OU entre un registre et lui-même : le résultat est égal au contenu du registre opérande.
Quelques processeurs assez rares ont des instructions pour échanger le contenu de deux registres. Par exemple, on peut citer l''''instruction XCHG''' sur les processeurs x86 des PC anciens et actuels. Elle permet d'échanger le contenu de deux registres, quel qu'ils soient, il n'y a pas de restrictions sur le registre source et sur le registre de destination. Mais d'autres processeurs ont des restrictions sur les registres source et destination. Par exemple, le processeur Z80 a des instructions d'échanges assez restrictives, comme on le verra dans quelques chapitres.
Sur les processeurs ARM, l'instruction MOV fait partie des instructions qui permettent d'effectuer un décalage sur la seconde opérande. Il s'agit en réalité de décalages/rotations décalées, qui sont fusionnées avec une instruction MOV. L'instruction MOV des processeurs ARM fait soit un MOV normal, soit un décalage.
===L'instruction mémoire généraliste : une alternative à LOAD et STORE===
Sur certains processeurs, il n'y a pas d'instruction LOAD ou STORE, ni même MOV . À la place, on trouve une '''instruction d'accès mémoire généraliste''', qui fusionne les trois. Elle est capable de faire une lecture, une écriture, ou une copie entre registres, et parfois une copie d'une adresse mémoire vers une autre. Les trois premières opérations sont presque toujours supportées, mais la copie d'une adresse mémoire vers une autre est beaucoup plus rare.
Sur les processeurs x86, l'instruction généraliste s'appelle l'instruction MOV. Elle gère la lecture en RAM, l'écriture en RAM, la copie d'un registre vers un autre, l'écriture d'une constante dans un registre ou une adresse. Par contre, elle ne gère pas la copie d'une adresse mémoire vers une autre ; pour un transfert de mémoire à mémoire, il faut utiliser les instructions MOVS* ('''''Mov'''e '''S'''tring'' ; MOVSB : par octets, MOVSW : par mots de 16-bits, ...).
===Les instructions d'accès mémoire complexes===
Nous venons de voir les instructions LOAD, STORE et les transferts entre registres. Elles sont présentes sur tous les processeurs, modernes comme anciens. Mais quelques processeurs gèrent des instructions mémoire plus complexes. Elles ont tendance à effectuer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les '''instructions de copie mémoire''' copient une donnée d'une adresse vers une autre. Les copies en mémoire sont des opérations très fréquentes, il est très fréquent qu'un programme copie un bloc de mémoire dans un autre et beaucoup de programmeurs ont déjà été confronté à un tel cas. Aussi, les processeurs ajoutent des instructions multi-accès pour accélérer ces copies, ce qui fait un bon compromis entre performance et simplicité d'implémentation.
D'autres instructions d'accès mémoire plus complexes existent. Pour en donner un exemple, citons les instructions de transferts par bloc sur les premiers processeurs ARM. Ces instructions permettent de copier plusieurs registres en mémoire RAM, en une seule instruction. Sur l'ARM1, il y a 16 registres en tout. Les instructions de transfert de bloc peuvent sélectionner n'importe quel sous-ensemble de ces 16 registres, pour les copier en mémoire : on peut sélectionner tous les registres, une partie des registres (5 registres sur 16, ou 7, ou 8, ...), voire aucun registre.
D'autres instructions mémoires effectuent des opérations à l'utilité moins évidente. Sur certains processeurs, on trouve notamment des instructions pour vider la mémoire cache de son contenu, pour la réinitialiser. L'utilité ne vous est pas évidente, mais cela peut servir dans certains scénarios, notamment sur les architectures avec plusieurs processeurs pour synchroniser ces derniers. Cela sert aussi pour le système d'exploitation, qui doit remettre à zéro certains caches (comme la TLB qu'on verra dans le chapitre sur la mémoire virtuelle) quand on exécute plusieurs programmes en même temps.
===Les instructions mémoire flottantes===
Plus haut, j'ai parlé du fait que certains processeurs avaient des registres flottants séparés des registres généraux. Mais encore faut-il pouvoir les remplir, ces registres flottants. Et cela implique de charger des opérandes depuis la mémoire RAM à un moment où un autre. Pour lire ou écrire ces registres, le processeur utilise des instructions mémoire séparées, distinctes des instructions LOAD et STORE vues plus haut. Pour faire la différence, ces instructions sont appelées '''FLOAD''' et '''FSTORE'''.
Elles sont séparées des LOAD/STORE normaux pour plusieurs raisons. La première est évidemment que les registres utilisés ne sont pas les mêmes : registres "généraux" pour LOAD/STORE, registres flottants pour FLOAD et FSTORE. La seconde raison est que les nombres flottants et entiers n'ont pas forcément la même taille. Et cela impacte à la fois la taille des registres, mais aussi les transferts mémoire.
Un nombre flottant fait 32 ou 64 bits, suivant qu'on parle d'un flottant simple ou double précision. Sur un processeur 32 bits, les flottants simple précision ont la même taille qu'un entier, les flottant double précision sont deux fois plus gros. Mais sur un processeur 64 bits, c'est l'inverse : les flottants double précision font la même taille qu'un entier, les simples précision sont deux fois plus petits. Et ne parlons pas du cas de certaines architectures 16 bits qui supportent quand même les nombres flottants ! Elles sont très rares, mais elles existent. Pour le moment, concentrons-nous sur les processeurs 32 et 64 bits.
En général, les registres flottants font 64 bits (parfois 80, mais je passe cela sous silence), afin de mémoriser des flottants double précision. Et ce, même sur les processeurs 32 bits. La gestion des nombres flottants est en effet apparue sur les architectures 32 bits et elles supportaient les calculs en double précision dès le départ. Et cette différence entre 32 et 64 bits a posé quelques problèmes. Les registres flottants n'avaient pas la même taille que les registres généraux : 32 pour les registres généraux, 64 pour les registres flottants. Mais ce n'était pas un énorme problème.
Le vrai problème est que les lectures/écritures flottantes faisaient des transferts de 64 bits entre les registres flottants et la mémoire RAM. Or, le bus de données de ces processeurs faisait 32 bits, vu que c'était des architectures 32 bits. Lire/écrire un flottant demandait donc de faire deux accès mémoire consécutifs. Par exemple, lire un flottant depuis la RAM demandait de lire deux morceaux de 32 bits, le flottant était chargé en deux fois. Cette différence fait qu'il est préférable d'utiliser des instructions FSTORE/FLOAD séparées des instructions LOAD/STORE. Leur comportement n'est pas le même : LOAD/STORE lisent un seul mot mémoire, FLOAD/FSTORE en lisent deux pour la double précision.
Un autre détail est qu'il existe des instructions FLOAD et FSTORE spécialisées pour les flottants simple précision. Par exemple, une instruction FLOAD en simple précision ne lit que 32 bits en mémoire, puis le flottant est convertit en double précision 64 bits, avant d'être enregistré dans les registres. Pour l'écriture, c'est l'inverse : un flottant double précision est convertit en simple précision 32 bits, avant d'être écrit en mémoire. Le comportement est alors différent : FLOAD/FSTORE ne lisent/écrivent qu'un seul mot mémoire, de 32 bits, mais doivent faire une conversion entre simple et double précision.
Il faut noter que c'est l'inverse sur les processeurs 64 bits. Là, un flottant double précision peut être lu/écrit en un seul accès mémoire, vu que le bus de données fait 64 bits. Par contre, les flottants simples précision sont gérés un peu autrement. Concrètement, l'instruction FLOAD lit un mot de 64 bits, mais n'en garde que la moitié adéquate. L'instruction d'écriture fait elle plus de traail : elle doit lire un mot de 64 bits, en modifier la moitié, et réécrire le tout en mémoire RAM.
Vu qu'il y a des registres flottants séparés, il y aussi des instructions de copie de registre séparées pour les registres flottants. L'instruction XCHG a son équivalent flottant '''FXCHG''', l'instruction MOV a une '''instruction FMOV''' séparées, etc.
Un autre moyen de remplir un registre flottant est d'obtenir sa valeur depuis un registre général. Attention, je ne parle pas de copier un registre général dans un flottant, ou inversement. Je parle de convertir une opérande entière en un nombre flottant. Et il y a des instructions dédiées pour cela. Par exemple, il y a une instruction prend un registre entier, convertit sa valeur en flottant 64 bits, et écrit le résultat dans un registre flottant. Idem avec la conversion inverse, de flottant vers entier, qui a sa propre instruction dédiée. Et ces deux instructions ont deux variantes, suivant que le flottant soit simple ou double précision. De telles '''instructions de conversion entier-flottant''' ne sont pas à proprement parler des instructions de copie entre registre, ce sont plus un intermédiaire entre copie entre registres et opération de calcul.
==Les instructions de contrôle (branchements et tests)==
Un processeur serait sacrément inflexible s'il ne faisait qu'exécuter des instructions dans l'ordre. Certains processeurs ne savent pas faire autre chose, comme le Harvard Mark I, et il est difficile, voire impossible, de coder certains programmes sur de tels ordinateurs. Mais rassurez-vous : il existe de quoi permettre au processeur de faire des choses plus évoluées. Pour rendre notre ordinateur "plus intelligent", on peut par exemple souhaiter que celui-ci n'exécute une suite d'instructions que si une certaine condition est remplie. Ou faire mieux : on peut demander à notre ordinateur de répéter une suite d'instructions tant qu'une condition bien définie est respectée. Diverses '''structures de contrôle''' de ce type ont donc étés inventées.
Voici les plus utilisées et les plus courantes : ce sont celles qui reviennent de façon récurrente dans un grand nombre de langages de programmation actuels. Concevoir un programme (dans certains langages de programmation), c'est simplement créer une suite d'instructions, et utiliser ces fameuses structures de contrôle pour l'organiser. D'ailleurs, ceux qui savent déjà programmer auront reconnu ces fameuses structures de contrôle. On peut bien sur en inventer d’autres, en spécialisant certaines structures de contrôle à des cas un peu plus particuliers ou en combinant plusieurs de ces structures de contrôles de base, mais cela dépasse le cadre de ce cours : on ne va pas vous apprendre à programmer.
{|class="wikitable"
|-
! Nom de la structure de contrôle
! Description
|-
! SI...ALORS
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée
|-
! SI...ALORS...SINON
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée ou exécute une autre suite d'instructions si elle ne l'est pas.
|-
! Boucle WHILE...DO
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée.
|-
! Boucle DO...WHILE aussi appelée REPEAT UNTIL
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée. La différence, c'est que la boucle DO...WHILE exécute au moins une fois cette suite d'instructions.
|-
! Boucle FOR
| Répète un nombre fixé de fois une suite d'instructions.
|}
Les '''conditions''' à respecter pour qu'une structure de contrôle fasse son office sont généralement très simples.
Elles se calculent le plus souvent en comparant deux opérandes (des adresses, ou des nombres entiers ou à virgule flottante).
Elles correspondent le plus souvent aux comparaisons suivantes :
* A == B (est-ce que A est égal à B ?) ;
* A != B (est-ce que A est différent de B ?) ;
* A > B (est-ce que A est supérieur à B ?) ;
* A < B (est-ce que A est inférieur à B ?) ;
* A >= B (est-ce que A est supérieur ou égal à B ?) ;
* A <= B (est-ce que A est inférieur ou égal à B ?).
Il est également possible de tester si le bit d'un registre ou octet mémoire est à 1 ou 0.
Notamment le registre des indicateurs est testé après une instruction arithmétique (est-ce que le calcul a généré une retenue, ...).
Pour implémenter ces structures de contrôle, on a besoin d'une instruction qui saute en avant ou en arrière dans le programme, suivant le résultat d'une condition. Par exemple, un SI...ALORS zappera une suite d'instruction si une condition n'est pas respectée, ce qui demande de sauter après cette suite d’instruction cas échéant. Répéter une suite d'instruction demande juste de revenir en arrière et de redémarrer l’exécution du programme au début de la suite d'instruction. Nous verrons comment sont implémentées les structures de contrôle plus bas, mais toujours est-il que cela implique de faire des sauts dans le programme.
Faire un saut en avant ou en arrière dans le programme est assez simple : il suffit de modifier la valeur stockée dans le ''program counter'', ce qui permet de sauter directement à une instruction et de poursuivre l'exécution à partir de celle-ci. Et un tel saut est réalisé par des instructions spécialisées. Dans ce qui va suivre, nous allons appeler '''instructions de branchement''' les instructions qui sautent à un autre endroit du programme. Ce n'est pas la terminologie la plus adaptée, mais elle conviendra pour les explications.
L'implémentation des structures de contrôle demande donc de calculer une condition, puis de faire un saut. Mais il faut savoir que l'implémentation demande parfois de faire un saut, sans avoir à tester de condition. Dans ce cas, l'instruction qui fait un saut sans faire de test de condition est elle aussi une instruction de branchement. Cela nous amène à faire la différence entre un branchement conditionnel et non-conditionnel. La différence entre les deux est simple. Une instruction de '''branchement conditionnel''' effectue deux opérations : un test qui vérifie si la condition adéquate est respectée, et un saut dans le programme aussi appelé branchement. Une instruction de '''branchement inconditionnelle''' ne teste pas de condition et ne fait qu'un saut dans le programme.
===Les structures de contrôle===
Le IF permet d’exécuter une suite d'instructions si et seulement si une certaine condition est remplie.
[[File:Codage d'un if.. en assembleur.jpg|centre|vignette|upright=1.5|Codage d'un SI...ALORS en assembleur.]]
Le IF...ELSE sert à effectuer une suite d'instructions différente selon que la condition est respectée ou non : c'est un SI…ALORS contenant un second cas. Une boucle consiste à répéter une suite d'instructions machine tant qu'une condition est valide (ou fausse).
[[File:Codage d'un IF.ELSE en assembleur.png|centre|vignette|upright=1.5|Codage d'un SI...ALORS..SINON en assembleur.]]
Les boucles sont une variante du IF dont le branchement renvoie le processeur sur une instruction précédente. Commençons par la boucle DO…WHILE : la suite d'instructions est exécutée au moins une fois, et est répétée tant qu'une certaine condition est vérifiée. Pour cela, la suite d'instructions à exécuter est placée avant les instructions de test et de branchement, le branchement permettant de répéter la suite d'instructions si la condition est remplie. Si jamais la condition testée est fausse, on passe tout simplement à la suite du programme.
[[File:DO...WHILE.jpg|centre|vignette|upright=1.5|DO...WHILE.]]
Une boucle WHILE…DO est identique à une boucle DO…WHILE à un détail près : la suite d'instructions de la boucle n'a pas forcément besoin d'être exécutée au moins une fois. On peut donc adapter une boucle DO…WHILE pour en faire une boucle WHILE…DO : il suffit de tester si la boucle doit être exécutée au moins une fois avec un IF, et exécuter une boucle DO…WHILE équivalente si c'est le cas.
[[File:WHILE...DO.png|centre|vignette|upright=2|WHILE...DO.]]
===Les branchements conditionnels et leur implémentation ===
Il existe de nombreuses manières de mettre en œuvre les branchements conditionnels et tous les processeurs ne font pas de la même manière. Sur la plupart des processeurs, les branchements conditionnels sont séparés en deux instructions : une instruction de test qui vérifie si la condition voulue est respectée, et une instruction de saut conditionnelle. D'autres processeurs effectuent le test et le saut en une seule instruction machine.
[[File:Implémentations possibles des branchements conditionnels.png|centre|vignette|upright=3|Implémentations possibles des branchements conditionnels]]
: Plus surprenant, sur quelques rares processeurs, le ''program counter'' est un registre qui peut être modifié comme tous les autres. Cela permet de remplacer les branchements par une simple écriture dans le ''program counter'', avec une instruction MOV. Un bon exemple est le processeur ARM1, un des tout premiers processeur ARM. Cette dernière solution n'est presque jamais utilisée, mais elle reste surprenante !
Dans les faits, la solution la plus simple est clairement d'implémenter le tout avec une seule instruction. Mais beaucoup de processeurs anciens utilisent la première méthode, celle qui sépare le branchement conditionnel en deux instructions. Le branchement prend le résultat de l'instruction de test et décide s'il faut passer à l'instruction suivante ou sauter à une autre adresse. Il faut donc mémoriser le résultat de l'instruction de test dans un registre spécialisé, afin qu'il soit disponible pour l'instruction de branchement. L'usage d'un registre intermédiaire pour mémoriser le résultat de l'instruction de test demande d'ajouter un registre au processeur. De plus, le résultat de l'instruction de test varie grandement suivant le processeur, suivant la manière dont on répartit les responsabilités entre test et branchements.
Il existe, dans les grandes lignes, deux techniques pour séparer test et branchement conditionnel. La première impose une séparation stricte entre calcul de la condition et saut : l'instruction de test calcule la condition, le branchement fait ou non le saut dans le programme suivant le résultat de la condition. On a alors une instruction de test proprement dit, qui vérifie si une condition est valide et fournit un résultat sur 1 bit. Nous appellerons ces dernières des comparaisons, car de telles instruction effectuent réellement une comparaison.
La seconde méthode procède autrement, avec un calcul de la condition qui est réalisé en partie par l'instruction de test, en partie par le branchement. Cela peut paraitre surprenant, mais il y a de bonnes raisons à cette séparation peu intuitive. La raison est que l'instruction de test est une soustraction déguisée, qui fournit un résultat de plusieurs bits, qui est ensuite utilisé pour calculer la condition voulue par le branchement. l'instruction de test ne fait pas une comparaison proprement dit, mais leur résultat permet de déterminer le résultat d'une comparaison avec quelques manipulations simples.
====Les instructions de test proprement dit====
Les instructions de test, au sens le plus pur, effectuent une comparaison pour vérifier si deux nombres sont égaux, différents, lequel est supérieur, inférieur, etc. En clair, elles implémentent directement les comparaisons vues précédemment. Au total, on s'attend à ce que les 6 comparaisons précédentes soient implémentées avec 6 instructions de test différentes : une pour l'égalité, une pour la différence, une autre pour la supériorité stricte, etc.
Mais certaines de ces comparaisons sont en deux versions : une qui compare des entiers non-signés, et une autre pour les entiers signés. La raison est que comparer deux nombres entiers ne se fait pas de la même manière selon que les opérandes soient signées ou non. Nous avions vu cela dans le chapitre sur les comparateurs, mais un petit rappel ne fait pas de mal. Pour comparer deux entiers signés, il faut tenir compte de leurs signes, et le circuit utilisé n'est pas le même. Cela a des conséquences au niveau des instructions du processeur, ce qui impose d'avoir des opérations séparées pour les entiers signés et non-signés.
Dans les faits, les processeurs actuels utilisent le complément à deux pour les entiers signés, ce qui fait que les comparaisons d'égalité ou de différence A == B et A != B ne sont présentes qu'en un seul exemplaire. En complément à deux, l'égalité se détermine avec la même règle que pour les entiers non-signés : deux nombres sont égaux s'ils ont la même représentation binaire, ils sont différents sinon. Ce ne serait pas le cas avec les entiers en signe-magnitude ou en complément à un, du fait de la présence de deux zéros : un zéro positif et un zéro négatif. Les circuits de comparaison d'égalité et de différence seraient alors légèrement différents pour les entiers signés ou non. Au total, en complément à deux, on trouve donc 10 comparaisons usuelles, vu que les comparaisons de supériorité/infériorité sont en double.
Le résultat d'une comparaison est un bit, qui dit si la condition testée est vraie ou fausse. Dans la majorité des cas, ce bit vaut 1 si la comparaison est vérifiée, et 0 sinon. Une fois que l'instruction a fait son travail, il reste à stocker son résultat quelque part. Pour cela, le processeur utilise un ou plusieurs '''registres à prédicats''', des registres de 1 bit qui peuvent stocker n'importe quel résultat de comparaison. Une comparaison peut enregistrer son résultat dans n'importe quel registre à prédicats : elle a juste à préciser lequel avec son nom de registre.
Les registres à prédicats sont utiles pour accumuler les résultats de plusieurs comparaisons et les combiner par la suite. Par exemple, cela permet d'émuler une instruction qui teste si A >= B à partir de deux instructions qui calculent respectivement A > B et A == B. Pour cela, certains processeurs incorporent des instructions pour faire des opérations logiques sur les registres à prédicats. Ces opérations permettent de faire un ET, OU, XOR entre deux registres à prédicats et de stocker le résultat dans un registre à prédicat quelconque.
D'autres instructions permettent de lire le résultat d'un registre à prédicat, de calculer une condition, de combiner son résultat avec la valeur lue et d'altérer le registre à prédicat sélectionné. Par exemple, sur l'architecture IA-64, il existe une instruction cmp.eq.or, qui calcule une condition, lit un registre à prédicat fait un OU logique entre le registre lu et le résultat de la condition, et enregistre le tout dans un autre registre à prédicat. De telles instructions facilitent grandement le codage de certaines fonctions, qui demandent que plusieurs conditions soient vérifiées pour exécuter un morceau de code.
====Les instructions de test qui sont des soustractions déguisées====
Le second type d'instruction de test ne calcule pas ces conditions directement, mais elle fournit un résultat de quelques bits qui permet de les calculer avec quelques manipulations simples. Sur ces processeurs, il n'y a qu'une seule instruction de comparaison, qui est une soustraction déguisée. Le résultat de la soustraction n'est pas sauvegardé dans un registre et est simplement perdu. C'est le cas sur certains processeurs ARM ou sur les processeurs x86. Par exemple, un processeur x86 possède une instruction CMP qui n'est qu'une soustraction déguisée dans un opcode différent.
Le résultat de cette soustraction déguisée est un résultat portant sur 4 bits, qui donne des informations sur le résultat de la soustraction. Le premier bit, appelé bit ''null'', indique si le résultat est nul ou non. Le second bit indique le signe du résultat, s'il est positif ou négatif. Enfin, deux autres bits précisent si la soustraction a donné lieu à un débordement d'entier. Il y a deux bits, car on vérifie deux types de débordement : un débordement non-signé (une retenue sortante de l'additionneur), et le débordement signé (débordement en complément à deux).
Pour mémoriser le résultat d'une soustraction déguisée, le processeur incorpore un '''registre d'état'''. Le registre d'état stocke des bits qui ont chacun une signification prédéterminée lors de la conception du processeur et il sert à beaucoup de choses. Dans le cas qui nous intéresse, le registre d'état mémorise les résultats de l'instruction de test : les deux bit de débordement, le bit qui précise que le résultat d'une instruction vaut zéro, le bit de retenue pour le bit de signe.
La condition en elle-même est réalisée par le branchement. L'instruction de branchement fait donc deux choses : calculer la condition à partir du registre d'état, et effectuer le saut si la condition est valide. Le calcul des conditions se fait à partir des 4 bits de résultat. Le bit ''null'' permet de savoir si les deux opérandes sont égales ou non : si le résultat d'une soustraction est nul, cela implique que les deux opérandes sont égales. Le bit de signe permet de déterminer si le première opérande est supérieur ou inférieure à la seconde : le résultat de la soustraction est positif si A >= B, négatif sinon. Les bits de débordements permettent de faire la différence entre infériorité stricte ou non. Tout cela sera expliqué plus en détail dans le paragraphe suivant.
[[File:Branchements et tests avec un registre d'état.png|centre|vignette|upright=1.5|Branchements et tests avec un registre d'état]]
La conséquence est qu'il y a autant d'instructions de branchements que de conditions possibles. Aussi, on a une instruction de test, mais environ une dizaine d'instructions de branchements. C'est l'inverse de ce qu'on a avec des instructions de test proprement dites, où on a autant d'instructions de test que de conditions, mais un seul branchement. Un bon exemple est celui des processeurs x86. Le registre d'état des CPU x86 contient 5 bits appelés OF, SF, ZF, CF et PF : ZF indique que le résultat de la soustraction vaut 0, SF indique son signe, CF est le bit de retenue et de débordement non-signé, OF le bit de débordement signé, et PF le bit qui donne la parité du résultat. Il existe plusieurs branchements, certains testant un seul bit du registre d'état, et d'autres une combinaison de plusieurs bits.
{|class="wikitable"
|-
! Instruction de branchement
! Bit du registre d'état testé
! Condition testée si on compare deux nombres A et B avec une instruction de test
|-
! JS (Jump if Sign)
| SF = 1
| Le résultat est négatif
|-
! JNS (Jump if not Sign)
| SF = 0
| Le résultat est positif
|-
! JO (Jump if Overflow)
| OF = 1
| Le calcul arithmétique précédent a généré un débordement signé
|-
! JNO (Jump if Not Overflow)
| OF = 0
| Le calcul arithmétique précédent n'a pas généré de débordement signé
|-
! JNE (Jump if Not equal)
| ZF = 1
| Les deux nombres A et B sont égaux
|-
! JE (Jump if Equal)
| ZF = 0
| Les deux nombres A et B sont différents
|-
! JB (Jump if below)
| CF = 1
| A < B, avec A et B non-signés
|-
! JAE (Jump if Above or Equal)
| CF = 0
| A >= B, avec A et B non-signés
|-
! (JBE) Jump if below or equal
| CF OU ZF = 1
| A >= B si A et B sont non-signés
|-
! JA (Jump if above)
| CF ET ZF = 0
| A > B si A et B sont non-signés
|-
! JL (Jump if less)
| SF != OF
| si A < B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater or Equal)
| SF = OF
| si A >= B, si A et B sont signés
|-
! JLE (Jump if less or equal)
| (SF != OF) OU ZF = 1
| si A <= B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater)
| (SF = OF) ET (NOT ZF) = 1
| si A > B, si A et B sont signés
|}
===Les instructions à prédicat===
Les '''instructions à prédicat''' sont des instructions qui ne font quelque chose que si une condition est respectée, et se comportent comme un NOP (une instruction qui ne fait rien) sinon. Elles lisent le résultat d'une comparaison, dans le registre d'état ou un registre à prédicat, et s’exécutent ou non suivant sa valeur.
En général, les instructions à prédicats sont des instructions en plus des instructions normales, pas à prédicat. L'instruction à prédicat la plus représentative, présente sur de nombreux processeurs, est l'instruction CMOV, qui copie un registre dans un autre si une condition est remplie. Elle permet de faire certaines opérations assez simples, comme calculer la valeur absolue d'un nombre, le maximum de deux nombres, etc.
Pour gérer les instructions à prédicat, les instructions de test s'adaptent sur plusieurs points. Le premier est que les instructions de test préfèrent utiliser des registres à prédicats, au lieu d'un registre d'état. Une des raisons à cela est la suivante : avec des registres à prédicats, on peut ajouter des instructions pour faire un ET/OU/XOR entre registres à prédicats, ce qui permet de tester des combinaisons de conditions sans faire appel au moindre branchement. Et ces conditions complexes ne sont pas rares, ce qui rend l'usage de registres à prédicats très utiles avec les instructions à prédicats.
Une autre adaptation est que les instructions de test tendent à fournir deux résultats : le résultat de la condition, et le résultat de la condition inverse. Ils sont fournis dans deux registres à prédicats distincts. Faire ainsi facilite grandement l'implémentation des structures de contrôle SI...ALORS simples. Pour rappel, elles ont deux morceaux de code : un qui s’exécute si une condition est remplie, l'autre si la condition inverse est remplie. Avec ce système, les instructions du premier et du second morceau de code testerons deux bits distincts.
L'usage d'instructions à prédicat séparées des autres instructions porte le nom de '''prédication partielle'''. C'est de loin l'implémentation la plus courante. Mais sur certains processeurs, assez rares, toutes les instructions sont des instructions à prédicat : on parle de '''prédication totale'''. Les anciens processeurs ARM 32 bits étaient dans ce cas, par exemple.
Cela peut paraitre étrange, vu que certaines instructions ne sont pas dans une structure de contrôle et doivent toujours s’exécuter, peu importe les conditions testées avant. Mais rassurez-vous, sur les processeurs à prédication totale, il y a toujours un moyen pour spécifier que certaines instructions doivent toujours s’exécuter, de manière inconditionnelle. Par exemple, sur les processeurs d'architecture HP IA-64, un des registre à prédicat, le tout premier, contient la valeur 1 et ne peut pas être modifié. Si on veut une instruction inconditionnelle, il suffit qu'elle précise que le registre à prédicat à lire est ce registre.
: Les processeurs avec un registre d'état n'ont généralement que de la prédication partielle, le plus souvent limitée à une seule instruction CMOV. Alors que qui dit prédication totale dit systématiquement registres à prédicats.
Les processeurs ARM disposent d'une prédication totale, du moins pour le jeu d'instruction ARM 32 bits. Mais il supportent une second jeu d’instruction optionnel, le ''thumb'', qui est plus compact. Au lieu d'encoder ses instructions sur 32-64 bits, ses instructions font seulement 16 bits. Et pour compacter ce jeu d'instruction, la prédication totale a été supprimée. À la place, ''thumb'' incorpore une '''instruction IT''', qui active l’exécution conditionnelle des instructions suivantes.
L'instruction teste une condition et calcule un prédicat, qui est ensuite utilisé pour décider de l'exécution des instructions suivantes. L'exécution conditionnelle marche jusqu'à 4 instructions consécutives. Le nombre exact est configurable et va de 1 à 4 instructions consécutives après l'instruction IT. La condition est configurable pour les 1 à 4 instructions : chaque instruction peut s'exécuter si la condition est vraie, ou au contraire fausse. Un masque de 4 bits décide de quelle condition utiliser pour chaque instruction. Il y a un bit par instruction, qui vaut 1 si la condition doit être vérifiée, 0 si on veut la condition inverse.
===L'instruction SKIP===
L''''instruction SKIP''' permet de zapper l'instruction suivante si une condition testée est fausse. Il en existe deux versions. La première est fusionnée avec l'instruction de test. La condition est calculée par l'instruction SKIP, qui décide s'il faut sauter l'instruction suivante. Dans un autre cas, l'instruction SKIP est précédée d'une instruction de test, récupère son résultat dans un registre de prédicat ou dans le registre d'état, et effectue le saut. On peut la voir comme une forme particulière de branchement conditionnel, qui brancherait deux instructions plus loin.
Son utilité n'est pas évidente, mais on peut classer ses utilisations en trois catégories. La première permet d'émuler une instruction de branchement conditionnel en combinant une instruction SKIP avec un branchement inconditionnel. Le branchement inconditionnel est skippé si la condition est remplie/fausse, mais éxecuté dans le cas contraire : c'est le comportement d'un branchement conditionnel. Une autre utilisation permet d'émuler une instruction à prédicat en faisant précéder une instruction normale par une instruction SKIP. Enfin, elles servent à implémenter des structures de controle IF à condition que le code du IF se résume à une vulgaire instruction. C'est assez rare, mais certains calculs comme la valeur absolue ou le calcul du minimum peuvent se calculer ainsi.
[[File:Skip instruction.png|centre|vignette|upright=3|Skip instruction]]
Vous pourriez imaginer des versions améliorées de l'instruction, qui permettent de zapper plusieurs instructions, mais de telles instructions ne sont autres que des instructions de branchement conditionnelles spécifiques, comme nous le verrons dans le chapitre sur les modes d'adressage.
==Les méta-instructions REPEAT et EXECUTE==
Enfin, il faut aussi citer les '''méta-instructions''', des instructions qui agissent sur l’exécution d'autres instructions. Il en existe deux : REPEAT et EXECUTE. Elles servent techniquement à manipuler le flot de contrôle d'un programme, et ont quelques ressemblances avec les branchements ou les boucles. Elles sont extrêmement rares et on ne les trouve que sur des anciens processeurs (généralement micro-codés), ou sur certaines processeurs spécialisés dans le traitement de signal appelés des DSP, qui feront l'objet d'un chapitre à eux seuls.
===L’instruction REPEAT et le ''Zero-overhead looping''===
La première est la '''méta-instruction REPEAT''', qui permet de simplifier l'implémentation des boucles. Dans sa version la plus simple, elle fait en sorte que l'instruction qui la suit soit répétée plusieurs fois. Le nombre de répétition est soit un nombre fixe, toujours le même, soit l'instruction se répète tant qu'une condition n'est pas remplie. Les deux situations ne se rencontrent pas sur les mêmes processeurs. Par exemple, l'UNIVAC 1103 possède une instruction REPEAT très simple, qui répète l'instruction cible un nombre fixe de fois, mais ne gère pas les conditions.
Le GE-600/Honeywell 6000 series incorpore trois instructions REPEAT de ce type. La première répète l'instruction suivante soit un nombre fixe de fois, soit quand une condition est remplie. La seconde répète les deux instructions suivantes, l'une après l'autre. Enfin, la dernière répète l'instruction suivante jusqu'à : soit qu'une condition soit remplie, soit qu'une adresse bien précise soit atteinte. Elle servait sans doute à implémenter le parcours d'une liste chainée pour trouver un item bien précis.
Une version améliorée de l'instruction REPEAT permet de répéter un bloc de plusieurs instructions, ce qui permet d'implémenter une boucle en une seule instruction. Elles sont fréquentes sur certains processeurs de traitement de signal, qui doivent exécuter en permanence de petites boucles. Typiquement, elles permettent d'implémenter des boucles FOR dont le nombre d’exécution est fixe. La répétition de la boucle est contrôlée par un registre de boucle, qui mémorise le nombre de répétitions, et qui est décrémenté à chaque itération, sans avoir à utiliser d'instruction d'incrémentation/décrémentation.
Une variante précise deux adresses, qui délimitent les instructions de la boucle : une adresse pour le début de la boucle, une adresse pour la fin. L'implémentation hardware est alors assez simple : quand le ''program counter'' atteint l'adresse de fin, il est réinitialisé à l'adresse de début. La gestion du ''program counter'' se fait alors sans utiliser d'instructions de branchement. les deux registres sont initialisés avec une isntruction LOPP, spécialement dédiée pour cela.
Les deux techniques précédentes permettent d'implémenter des boucles sans utiliser de branchements, ou presque. Elles rendent l'exécution des boucles tellement rapides qu'elles portent le nom de '''''Zero-overhead looping'''''.
: Les instructions REP mentionnées plus haut, ne sont PAS des exemples d'instruction REPEAT. Le préfixe REP des processeurs x86 est une instruction qui se répète elle-même. Mais l'instruction REPEAT force la répétition de l'instruction suivante ! Elle agit sur une autre instruction, d'où son caractère de méta-instruction.
===L'instruction EXECUTE===
La '''méta-instruction EXECUTE''' fournit l'adresse d'une instruction cible, qui est exécutée en lieu et place de l'instruction EXECUTE. Quand le processeur exécute l'instruction EXECUTE, il prend l'adresse cible, charge l'instruction dans l'adresse cible, et l’exécute à la place de l'instruction EXECUTE. Il est possible de comprendre l'instruction EXECUTE comme un branchement spécial. Tout se passe comme si l'instruction EXECUTE effectuait un branchement vers l'instruction cible, mais que le processeur ne poursuivait pas l’exécution à la suite de l’instruction cible, et revenait à la suite de l'instruction cible.
Il y a souvent des contraintes sur l'instruction cible, qui est pointée par l'adresse cible. Généralement, il n'est pas possible que l'instruction cible soit elle-même une autre instruction EXECUTE. De même, beaucoup de processeurs interdisent que l’instruction cible soit un branchement. Mais d'autres processeurs n'ont pas ces contraintes et autorisent à utiliser des branchements pour l'instruction cible.
L'utilité d'une telle instruction est tout sauf évidente. Elle servait pourtant à beaucoup de choses sur les processeurs où elle était implémentée. Précisons qu'elle était surtout présente sur des vieux ordinateurs, dans les années 50-60, et quelques processeurs des années 70. Elle a disparu dès les années 80 et n'est présentée que par souci d'exhaustivité et intérêt historique pour les curieux. Cette précision permet de comprendre que cette instruction servait pour résoudre des problèmes qui sont actuellement résolus autrement.
L'adresse cible peut être soit intégrée dans l'instruction, soit dans un registre. Dans le second cas, l'adresse peut être incrémentée ou modifiée afin que l'instruction EXECUTE change de cible à chaque exécution. Tout se passe comme si le registre contenant l'adresse cible servait à émuler un ''program counter''. En mettant une instruction EXECUTE dans une boucle et en complétant le tout avec du code annexe, on peut exécuter du code extérieur sans modifier le véritable ''program counter''. L'utilité est de faciliter l'implémentation des logiciels debuggers, des émulateurs, ou d'autres programmes dans le même genre.
Les autres utilisations sont assez nombreuses, mais aussi difficiles à expliquer pour qui n'a pas de connaissances poussées en programmation. La première utilité est l'implémentation de certaines fonctionnalités des langages de programmation évolués, à savoir le ''late binding'', les fonctions virtuelles, et quelques autres. Elle facilite aussi l'implémentation des compilateurs à la volée, en permettant d’exécuter du code produit à volée sans faire tiquer les mécanismes de protection mémoire implémentés dans le processeur. Elle permet d'émuler du code automodifiant pour les logiciels qui gagnaient autrefois à l'utiliser. Et il y en a d'autres.
==Les instructions d'arrêt et de mise en veille==
Les processeurs gèrent souvent des '''instructions de mise en veille''' le processeur. Une fois mis en veille, le processeur ne peut être réveillé que si un signal de sortie de veille survient. Les signaux de sortie de veille sont envoyés par les périphériques, les entrées-sorties, le ''chipset'' de la carte mère, etc. Ils sont rarement mis totalement en veille, ce qui leur permet de générer ce signal de sortie si nécessaire. Le processeur attend alors qu'un périphérique lui envoie un signal de sortie de veille, mais ne fait rien en attendant. De telles instructions ne sont exécutables qu'en mode noyau, par le système d'exploitation.
: Le signal de sortie de veille est techniquement une interruption matérielle, comme on le verra plus tard.
Il existe aussi des '''instructions d'arrêt''', qui éteignent le processeur complétement. Le processeur peut redémarrer, mais pas reprendre là où il en était. Pour redémarrer, il faut qu'il reçoive un signal RESET, envoyé sur une entrée du processeur. Lorsque l'entrée RESET du processeur est mise à 1, le processeur redémarre. Typiquement, l'alimentation du processeur est suspendue.
===Les exemples sur les processeurs les plus connus===
Sur les processeurs ARM, les instructions WFI et WFE sont utiles pour les systèmes embarqués, pour mettre le processeur en mode basse consommation. Lorsqu'une instruction de ce type est exécutée, le processeur continue d'être alimenté, mais il ne tient pas compte du signal d'horloge. Le signal d'horloge est clock gaté dès l'entrée dans le CPU. La différence entre les deux instructions est que WFI s'exécute inconditionnellement, alors que WFE ne s’exécute que un registre spécifique, le registre d'évènement, est à 0.
Sur les processeurs Motorola 6502 et ses dérivés, l'instruction WAI est une instruction de mise en veille, alors que l'instruction STP éteint l'ordinateur. La différence est qu'avec l'instruction STP, le processeur ne réagit qu'au signal RESET, qui fait redémarrer le processeur, mais ne réagit pas aux signaux de sortie de veille. L'exécution du processeur ne reprend alors pas là où le processeur s'est arrêté, le ''program counter'' est réinitialisé.
Sur les CPU x86 avant le 486, l'instruction HLT ne mettait pas le processeur en mode basse consommation. Aucune technique n'était prévue pour réduire la consommation du processeur pendant la veille. Le 8086 se contentait de se déconnecter du bus et n'incrémentait pas son ''program counter''. Au passage, l'implémentation exacte au niveau des circuits de l'instruction HLT sur le 8086 est détaillée dans cet article de blog :
* [https://www.righto.com/2023/01/reverse-engineering-intel-8086.html Reverse-engineering the Intel 8086 processor's HALT circuits]
C'est avec le 486 que la mise en veille s'est accompagnée d'une extinction partielle du processeur. Le processeur passait en mode basse consommation, ce qui permettait des économies d'énergie de 5 à 10%. Cependant, les premiers CPU sortis d'usine avaient un bug : le CPU stoppé via l'instruction HLT ne pouvait pas redémarrer de manière logicielle, il fallait lui envoyer le signal de RESET directement via le matériel.
{|class="wikitable"
|-
! x86
| HLT (HALT)
|-
! ARM
|
* WFI (Wait For Interrupt)
* WFE (Wait For Event).
|-
! Motorola 6502 et plus
|
* WAI (WAit for Interrupt)
* STP (SToP)
|}
===Les instructions ''Halt And Catch Fire''===
Le bug n'est pas spécifique aux processeurs 486, de nombreux CPU ont des instructions non-documentées qui bloquent l'ordinateur, si exécutées. Le processeur ne peut alors pas sortir de la mise en veille et soit s'arrête, soit doit être RESET. Les instructions ne sont souvent pas voulues par les concepteurs et sont souvent des bugs. De telles instructions illégales devraient lever une exception matérielle "instruction non reconnue", mais ne le font pas en raison d'un bug quelconque. Elles sont appelées, non sans humour, des '''instructions ''Halt And Catch Fire''''' (stoppe et prend feu).
Un exemple classique est celle du bug du Pentium F00F. Le responsable est une instruction non-documentée, encodée en binaire comme suit F0 0F C7 C8. Il s'agit d'une instruction dont l'encodage est invalide. Elle correspond à une instruction cmpxchg8b qui agit sur une valeur 64 bits obtenue en concaténant les deux registres (EAX et EDX). Elle compare cette valeur 64 bits avec une donnée en mémoire RAM. Mais avec l'encodage F0 0F C7 C8, l'adresse mémoire est remplacée par un nom de registre, du fait de l'encodage des modes d'adressage sur ce CPU. En théorie, le processeur devrait lever une exception matérielle ''opcode invalide''. Seulement, l'instruction est associée à un préfixe LOCK, qu'on ne détaillera pas ici, qui empêche la levée de l'exception.
Elle agissait comme une instruction ''Halt And Catch Fire'' classique. Un problème est que cette instruction n'était pas une instruction en mode noyau, mais une instruction accessible en espace utilisateur. N'importe quel programme invalide, voire un programme malicieux, pouvait bloquer l'ordinateur. La situation a été prise an sérieux, les systèmes d'exploitation fournissant des mitigations logicielles. Intel corrigea le problème, dans une seconde fournée sortie d'usine, avec la version B2 du 486.
==Résumé==
Pour résumer, les instructions les plus courantes sont les suivantes :
{|class="wikitable"
|-
!Instruction
!Utilité
|-
!Instructions arithmétiques
|Elles font des calculs sur des nombres. Les plus communes sont l'addition, la soustraction, la multiplication, la division, le modulo. Pour les instructions flottantes, la racine carrée est souvent supportée, parfois avec les opérations trigonométriques, les logarithmes et l'exponentielle.
|-
!Instructions logiques
|Elles travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les plus communes sont ;
* Les opérations bit à bit, à savoir le ET logique, le OU logique, le OU exclusif (XOR) et le NON logique.
* Les instructions de décalage à droite et à gauche, qui vont décaler tous les bits d'un nombre d'un cran vers la gauche ou la droite. Les bits qui sortent du nombre sont considérés comme perdus.
* Les instructions de rotation, qui font la même chose que les instructions de décalage, à la différence près que les bits qui "sortent d'un côté du nombre" après le décalage rentrent de l'autre.
|-
!Instructions de test et de contrôle (branchements)
|Elles permettent de contrôler la façon dont notre programme s’exécute sur notre ordinateur. Elles permettent notamment de choisir la prochaine instruction à exécuter, histoire de répéter des suites d'instructions, de ne pas exécuter des blocs d'instructions dans certains cas, et bien d'autres choses.
|-
!Instructions d’accès mémoire
|Elles permettent d'échanger des données entre le processeur et la mémoire, ou encore permettent de gérer la mémoire et son adressage. Les deux les plus courantes sont les suivantes :
* LOAD : charge une donnée dans un registre ;
* STORE : copie le contenu d'un registre dans une adresse mémoire.
|}
En plus de ces instructions, beaucoup de processeurs ajoutent d'autres instructions. La plupart sont utilisées par le système d'exploitation pour configurer certaines fonctionnalités importante : la protection mémoire, la mémoire virtuelle, les modes de compatibilité du processeur, la gestion de l'alimentation, l'arrêt ou la mise en veille, etc.
On peut aussi trouver des instructions spécialisées dans les calculs cryptographiques : certaines instructions permettent de chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe. De même, certains processeurs ont une instruction permettant de générer des nombres aléatoires. Et on peut trouver bien d'autres exemples...
Mais d'autres sont franchement exotiques. Par exemple, certains processeurs sont capables d'effectuer des instructions sur du texte directement. Pour stocker du texte, la technique la plus simple utilise une suite de lettres, stockées les unes à la suite des autres dans la mémoire, dans l'ordre dans lesquelles elles sont placées dans le texte. Quelques ordinateurs disposent d'instructions pour traiter ces suites de lettres. D'ailleurs, n'importe quel PC x86 actuel dispose de telles instructions, bien qu'elles ne soient pas utilisées car paradoxalement trop lente comparé aux solutions logicielles ! Cela peut paraître surprenant, mais il y a une explication assez simple qui sera compréhensible dans quelques chapitres (les instructions en question sont microcodées).
<noinclude>
{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les mémoires FIFO et LIFO
| prevText=Les mémoires FIFO et LIFO
| next=Les registres du processeur
| nextText=Les registres du processeur
}}
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773490
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2026-09-28T18:43:20Z
Mewtow
31375
/* Les instructions Halt And Catch Fire */
773490
wikitext
text/x-wiki
Ce chapitre va aborder le langage machine, à savoir un standard qui définit les instructions du processeur, le nombre de registres, etc.
Dans ce chapitre, on considérera que le processeur est une boîte noire au fonctionnement interne inconnu.
Nous verrons le fonctionnement interne d'un processeur dans quelques chapitres.
Les concepts que nous allons aborder ne sont rien d'autre que les bases nécessaires pour apprendre l'assembleur.
Nous allons surtout parler des instructions du processeur.
Pour simplifier, on peut classer les instructions en quatre grands types :
* les échanges de données entre mémoires ;
* les calculs et autres opérations arithmétiques ;
* les instructions de comparaison ;
* les instructions de branchement.
À côté de ceux-ci, on peut trouver d'autres types d'instructions plus exotiques, pour gérer du texte, pour modifier la consommation en électricité de l'ordinateur, pour chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe, générer des nombres aléatoires, etc. Dans ce chapitre, nous allons voir un aperçu assez large des instructions qui existent. Nous n'allons pas nous limiter aux instructions les plus importantes, mais nous allons aussi parler d'instructions assez exotiques, soit présentes uniquement sur d'anciens ordinateurs, soit très rares, soit franchement tordues. Et certaines de ces instructions exotiques sont assez impressionnantes et risquent de vous surprendre !
==Les instructions entières==
Les '''instructions arithmétiques''' sont les plus courantes et comprennent au minimum l'addition, la soustraction, la multiplication, plus rarement la division. Précisons qu'une opération mathématique ne se fait pas de la même manière suivant la représentation utilisée pour coder ces nombres : on ne manipule pas de la même façon des nombres entiers binaires, des entiers codés en BCD et des nombres flottants. Aussi, dans ce qui va suivre, nous allons séparer les opérations entières, les opérations flottantes et les opérations en BCD.
Les processeurs modernes utilisent des nombres encodés soit en binaire normal, soit en complément à deux. L'avantage est que les opérations arithmétiques se font de la même manière dans les deux encodages. Il y a quelques différences, mais elles sont suffisamment mineures, pas besoin d'avoir une instruction dédiée pour les nombres signés. Les anciens processeurs utilisaient eux des entiers signés en signe-magnitude ou en complément à 1, ou d'autres représentations. Et avec ces représentations, les calculs ne sont pas exactement les mêmes pour les nombres signés et non-signés. Ils avaient donc des instructions séparées pour l'addition signée et l'addition non-signée, idem pour la soustraction, la multiplication, etc.
De nos jours, les ordinateurs utilisent des entiers de taille fixe, qui tiennent dans un registre. J'ai dit qui tiennent dans un registre, car la taille des opérandes dépend de l'instruction. Un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs pour chaque taille : certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Mais la taille d'une opérande ne dépasse pas la taille d'un registre entier.
===La ou les instructions d'addition entière===
Un processeur implémente au minimum une opération d'addition, même s'il existe de rares exemples de processeurs qui s'en passent. Mieux : certains processeurs implémentent plusieurs instructions d'addition, qui se distinguent par de subtiles différences.
La première est évidemment la '''taille des opérandes'''. Un processeur 32 bits peut par exemple implémenter trois additions différentes : une addition 32 bits qui additionne deux opérandes 32 bits : une addition 16 bits qui additionne deux doublets (16 bits), et une addition 8 bits qui additionne deux octets. Précisons cependant que c'est une possibilité et que ca n'a rien d'automatique. De nombreux processeurs ne fournissent que des additions sur des opérandes 32 bits, et rien d'autre,les autres taille d'opérandes ne sont pas supportées. Mais on peut toujours émuler des opérations sur 8 ou 16 bits avec des opérations de masquage.
La seconde différence est la '''gestion des débordements d'entier'''. Pour gérer les débordements d'entier, certains processeurs disposent d'un '''registre de débordement''', de 1 bit, qui indique si une instruction arithmétique a généré un débordement d'entier ou non. Il est mis à 1 en cas de débordement, mais reste à 0 sinon. Il est mis à jour à chaque addition/multiplication/soustraction.
Pour rappel, les débordements d'entiers sont différents selon que l'addition est signée ou non, et il faut en tenir compte au niveau du jeu d'instruction. La solution la plus simple est l'existence de deux instructions dédiées : une pour les additions de nombres signés et une autre pour les nombres non-signés. Le circuit additionneur est le même pour ces deux instruction, mais le calcul du bit de débordement est différent. D'autres processeurs s'en sortent autrement, en ayant deux bits de débordement : un si le résultat est signé, l'autre pour les résultats non-signés. Mais nous reparlerons de cela plus tard.
Une autre différence, présente sur les vieux processeurs, tient dans la '''gestion de la retenue''. À l'époque, les processeurs ne pouvaient gérer que des nombres de 4 à 8 bits, guère plus. Pourtant, la plupart des applications logicielles demandait d'utiliser des entiers de 16 bits. Les opérations comme l'addition ou la soustraction étaient alors réalisées en plusieurs fois. Par exemple, on additionnait les 8 bits de poids faible, puis les 8 bits de poids fort. Dans un cas pareil, il fallait aussi gérer la retenue dans l'addition des 8 bits de poids fort.
Pour cela, la retenue en question était mémorisée dans un registre de 1 bit dédié, semblable au registre de débordement, appelé le '''bit de retenue'''. De plus, les processeurs incorporaient une instruction d'addition qui additionnait les deux opérandes avec la retenue en question, instruction souvent appelée ADDC (''ADD with Carry''). Niveau circuits, cela ne changeait pas grand chose, tous les additionneurs ayant une entrée pour la retenue (qui est utilisée pour implémenter la soustraction, rappelez-vous). L'implémentation de l'instruction ADDC était très simple, n'utilisait presque pas de circuits, et rendait de fiers services aux programmeurs de l'époque. Nous parlons là des vieux processeurs 4 et 8, mais certains processeurs 16, 32, voire 64 bits, sont capables d'effectuer ce genre d'opération, même si ils sont rares.
: Il existe parfois des instructions pour mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. C'est le cas sur l'architecture x86. Mais son utilité est marginale, car toutes les instructions arithmétiques modifient le bit de retenue.
La même chose a lieu pour la soustraction, qui demande qu'une "retenue" soit propagée d'une colonne à l'autre (bien que la "retenue" soit utilisée différemment : elle n'est pas additionnée, mais soustraite du résultat de la colonne). Pour cela, les processeurs implémentent l'opération SUBC (''Substract with Carry''). Et pour mettre en œuvre cette opération, ils ont deux options. La première est d'ajouter un bit pour la "retenue" de la soustraction. Pour une soustraction qui calcule a-b, elle vaut 0 si a>=b et 1 si a<b. Elle est utilisée telle qu'elle par le circuit qui effectue la soustraction, généralement un soustracteur. L'autre option est d'utiliser le but de retenue de l'addition, sans rien modifier. Pour comprendre pourquoi, rappelons que la soustraction est implémentée en complément à deux par le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + 1</math>
Il s'agit d'une addition, qui a donc une retenue lors d'un débordement. On peut alors réutiliser le bit de retenue de l'addition pour la soustraction, en modifiant quelque peu la soustraction à effectuer. Pour comprendre comment faire la modification, précisons tout d'abord que les règles du complément à deux nous disent qu'on a un débordement quand a>=b. Passons maintenant à l'étude d'un exemple théorique : le cas où on veut soustraire deux nombres de 16 bits avec deux opérations SUBC qui travaillent sur 8 bits. Appelons les deux opérandes A et B, <math>a_h</math> et <math>b_h</math> les 8 bits de poids forts de ces opérandes, et <math>a_l</math> et <math>b_l</math> leurs 8 bits de poids faible. Voyons ce qui se passe suivant que la retenue soit de 0 ou 1.
* Si la retenue de l'addition est de 1, on a <math>a_l \geq b_l</math>, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>.
* À l'inverse, si la retenue de l'addition est de 0, on a <math>a_l \leq b_l</math>. Cela veut dire que si on posait la soustraction, alors une retenue devrait être propagée à la colonne suivante, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1 - \text{retenue de 1}</math>.
Récapitulons dans un tableau.
{|class="wikitable"
|-
! Retenue
! Opération à effectuer pour la seconde soustraction
|-
! 0
| <math>a_h + \overline{b_h} + 0</math>
|-
! 1
| <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>
|}
On voit que ce qu'il faut ajouter à <math>a_h + \overline{b_h}</math> est égal à la retenue. L'opération SUBC fait donc le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + \text{retenue}</math>
La plupart des processeurs 8 et 16 bits avaient deux instructions de soustraction séparées : une sans gestion de la retenue, une avec. Mais certains processeurs comme le 6502 n'avaient qu'une seule instruction de soustraction : celle qui tient compte de la retenue ! Il n'y avait pas de soustraction normale. Pour éviter tout problème, les programmeurs devaient faire attention. Ils disposaient d'une instruction mettre à 0 ou à 1 le bit de retenue pour éviter tout problème, qu'ils utilisaient avant toute soustraction simple.
===Les instructions de division entière===
Il faut savoir que la division est une opération très lourde pour le processeur : une instruction de division dédiée met au mieux une dizaine de cycles d'horloge pour fournir un résultat, parfois plus de 50 à 70 cycles d’horloge. Et elle est facilement 10 à 50 fois plus lente qu'une opération de multiplication. De plus, son implémentation matérielle utilise beaucoup de portes logiques/transistors. Son cout globalement le même que pour un circuit multiplieur, parfois un peu plus. Mais on a de la chance : c'est aussi une opération assez rare, peu utilisée.
De plus, les divisions les plus courantes sont des divisions par une constante : un programme devant manipuler des nombres décimaux aura tendance à effectuer des divisions par 10, un programme manipulant des durées pourra faire des divisions par 60 (gestion des minutes/secondes) ou 24 (gestion des heures). Or, diverses astuces permettent de les remplacer par des suites d'instructions plus simples, qui donnent le même résultat (l'usage de décalages, la multiplication par un entier réciproque, etc). Et la suite d'instruction équivalent est beaucoup plus rapide qu'une implémentation matérielle, car on profite qu'une opérande est constante. En-dehors de ce cas, l'usage des divisions est assez rare.
Sachant cela, certains processeurs ne possèdent pas d'instruction de division, car les gains de performance seraient modérés et le coût en transistors élevé. Les divisions sont alors émulées en logiciel, par une suite de soustractions ou tout autre code équivalent. D'autres processeurs implémentent toutefois la division dans une instruction machine, avec un circuit dédié, mais c'est signe que le coût en transistors n'est pas un problème pour le concepteur de la puce.
===Les instructions de multiplication entière===
Contrairement à la division, l'opération de multiplication entière est très courante, presque tous les processeurs modernes en ont une. Les multiplications sont plus fréquentes dans le code des programmes, sans compter que c'est une opération pas trop lourde à implémenter en circuit. Il en existe parfois plusieurs versions sur un même processeur. Ces différentes versions servent à résoudre un problème quant à la taille du résultat d'une multiplication.
Le résultat d'une multiplication est très large et prend deux registres. Par exemple, une multiplication de deux opérandes 64 bits donne un résultat sur 128 bits, ce qui ne tient pas dans un registre, mais en prend deux. Et en général, la multiplication de deux opérandes de <math>n</math> bits donne un résultat de <math>2 \times n</math>, soit deux fois plus de bits. Le résultat complet ne tient pas dans un registre, il en prend exactement deux. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions.
Dans sa version la plus simple, l'instruction de multiplication se contente de garder les <math>n</math> bits de poids faible. Tous les processeurs qui supportent la multiplication ont une '''instruction MUL''' qui ne calcule que les bits de poids faible du résultat, dont le résultat est enregistré dans un seul registre. L'instruction peut générer des débordements d'entiers, si le résultat déborde dans les bits de poids fort.
Pour obtenir le résultat complet, le reste du processeur. Beaucoup de processeurs supportent juste l'instruction MUL, et ne permettent pas de calculer les bits de poids fort du résultat. Mais d'autres le permettent, avec des instructions spécialisées. Le processeur ajoute des instructions de multiplication, séparées de l'instruction MUL, qui permettent d'obtenir le résultat complet, directement ou indirectement. Le problème à résoudre est que le résultat prend deux registres. Globalement, il y a deux grandes solutions.
La première rajoute une '''instruction MULH''', pour calculer les bits de poids fort du résultat. Le processeur a donc deux instructions de multiplication : l'instruction MUL qui calcule les bits de poids faible du résultat, l'instruction MULH qui calcule les bits de poids fort. D'autres processeurs disposent d'une instruction de multiplication configurable, qui permet de choisir quels bits conserver : poids fort ou poids faible. Le calcul du résultat complet est donc fait en deux instructions, chacune n'écrivant son résultat que dans un seul registre.
La seconde rajoute une '''instruction MULX''' ou ''FULL MUL'', qui calcule les tout le résultat en une seule opération, et qui mémorisent le résultat dans deux registres. C'est plus rare, mais possible. Le défaut est que l'instruction doit préciser les deux registres dans lesquels enregistrer le résultat. Elle doit préciser le registre pour les bits de poids faible, un autre pour les bits de poids fort. Et préciser deux registres de résultat, pus deux registre d'opérande, c'est compliqué : les quatre registres prennent trop de place dans l'instruction, comme on le verra dans le chapitre sur l'encodage des instructions.
==Les instructions sur les entiers BCD==
Parlons maintenant des '''instructions BCD''', qui agissent sur des opérandes codées en BCD. Devenues très rares avec la disparition du BCD dans l'informatique grand-public, elles étaient quasiment essentielles sur les tous premiers processeurs 8 bits.
===Les ordinateurs décimaux===
Au tout début de l'informatique, il a existé des processeurs qui travaillaient uniquement en BCD, appelés des '''processeurs décimaux'''. Ils avaient uniquement des instructions BCD, pas d'instruction sur des opérandes codées en binaire. Ils étaient assez courants entre les années 60 et 70, même s'ils ne représentent pas la majorité des architectures de l'époque. Il y avait une vraie séparation entre processeurs décimaux et processeurs binaires, sans intermédiaires notables.
Les tous premiers ordinateurs décimaux pouvaient manipuler des entiers BCD de taille arbitraire. Ils stockaient leurs nombres dans des chaines de caractères ou des tableaux encodés en BCD. Le processeur faisait les calculs chiffre par chiffre, caractère BCD par caractère BCD. Les ordinateur décimaux qui ont abandonné ce fonctionnement. À la place, ils ont intégré des registres capables de mémoriser des entiers BCD de taille fixe.
Le grand avantage des processeurs décimaux est leur très bonne performance dans les tâches de bureautique, de comptabilité, et autres. Les processeurs de l'époque recevaient des entiers codés en BCD de la part des entrées-sorties, et devaient les traiter. Les processeurs binaires devaient faire des conversion BCD-binaire pour communiquer avec les entrées-sorties, mais pas les processeurs décimaux. Le gain en performance pouvait être substantiel dans certaines applications.
===Les instructions BCD des processeurs binaires===
Par la suite, dans les années 80, l'augmentation des performances a favorisé les processeurs binaires. Faire des conversions binaires-BCD n'était plus un problème, les conversions étaient suffisamment rapides. Par contre, faire les calculs en BCD était plus lent que faire les calculs en binaire, ce qui fait que le compromis technologique de l'époque favorisaient le binaire. Mais pour obtenir le meilleur des deux mondes, les processeurs binaires ont ajouté un support du BCD. C'était l'époque des architectures 8 bits, puis 16 bits.
Intuitivement, on se dit que, les processeurs de l'époque des 8 bits avaient leurs instructions de calcul en double : une instruction pour les calculs entier et une autre pour les calculs BCD. Mais d'autres processeurs faisaient autrement. À l'époque des processeurs 8-16 bits, certains processeurs ne géraient pas d'instructions BCD proprement dit, mais géraient quand même les calculs en BCD grâce à des instructions spéciales. Concrètement, les programmeurs utilisaient une instruction d'addition ou de soustraction binaire, mais il était possible de corriger ce résultat pour obtenir le bon résultat codé en BCD. Les processeurs de l'époque disposaient d'une instruction pour faire la correction, souvent appelée ''Decimal Adjust After Addition''.
Avant d'aller plus loin, nous devons préciser que les processeurs 8 bits de l'époque pouvaient gérer deux formats de BCD. Le premier est le '''format ''Packed''''', où deux chiffres sont mémorisé dans un octet. Le premier nibble (4bits) mémorise un chiffre BCD, le second nibble mémorise le second. Il s'agit d'un format qui remplit au maximum les bits de l'octet avec des données utiles. L'autre format, appelé '''''Unpacked''''', ne mémorise qu'un seul chiffre BCD dans un octet. Le chiffre est quasi- tout le temps dans le nibble de poids faible. Il se trouve que la manière de corriger le résultat d'une opération n'est pas la même suivant que le nombre est codé en BCD ''packed'' et ''unpacked''.
Pour commencer, étudions le cas des nombres BCD ''unpacked'', plus simples à comprendre. Lors d'une addition, il se peut que le résultat ne soit pas représentable en BCD ''unpacked''. Par exemple, si je fais le calcul 5 + 8, le résultat sera 13 : il tient dans un nibble en décimal, mais pas en BCD ! Cette situation survient quand le résultat d'une addition de deux entiers BCD ''unpacked'' dépasse 9, la limite de débordement en BCD ''unpacked''. Nous avons vu dans le chapitre sur les circuits d'addition que la correction est alors toute simple : si le résultat dépasse 9, on ajoute 6. De plus, on doit prévenir que le résultat a débordé et ne tient pas sur un nibble en BCD. Pour cela, on ajoute un bit spécialisé, appelé le '''''half carry flag''''', indicateur de demi-retenue en français, qui joue le même rôle que le bit de débordement, mais pour le BCD ''unpacked''. Sur les processeurs x86, tout cela est réalisé par une instruction appelée ''ASCII adjust after addition''.
: Pour la soustraction, il faut faire la même chose, sauf qu'il faut soustraire 6, pas l'ajouter. Et il y a aussi une instruction pour cela : ''ASCII adjust after substraction''.
Pour les nombres BCD ''packed'', la procédure est globalement la même, sauf qu'il faut traiter les deux ''nibbles'' : on ajoute 6 si le nibble de poids faible dépasse 9, puis on fait la même chose avec le ''nibble'' de poids fort. Le bit ''half carry flag'' n'est pas mis à jour et est tout simplement ignoré. Notons qu'on modifie d'abord le ''nibble'' de poids faible, avant de traiter celui de poids fort. En effet, si on corrige celui de poids faible, la retenue obtenue en ajoutant 6 se propage au nibble suivant, ce qui fait que ce dernier peut voir sa valeur augmenter. Une fois cela fait, le bit de retenue est mis à 1. La procédure est différente, vu qu'il faut traiter deux ''nibles'' au lieu d'un, et que le bit ''half-carry'' est ignoré au profit du bit de retenue normal. D'où l'existence d'une instruction séparée pour l'addition des nombres BCD ''packed'', appelée ''Décimal adjust after addition'' sur les processeurs x86.
Les processeurs modernes ne supportent plus le BCD, car il est très peu utilisé. Les processeurs ARM et MIPS ont toujours fait sans instructions BCD. Les processeurs x86 des PC désactivent les instructions BCD en mode 64 bits, mais conservent des opérations BCD en mode 32 bits, pour des raisons de compatibilité. Le support du codage BCD est surtout quelque chose qu'on trouve sur les anciens processeurs.
==Les instructions flottantes==
Passons maintenant au support des nombres flottants. Avant les années 60, les processeurs n'était pas encore capables de faire de calculs avec des nombres flottants. Les calculs flottants étaient émulés soit par une bibliothèque logicielle, soit par le système d'exploitation. Pour améliorer les performances, les concepteurs de processeurs ont conçus des '''coprocesseurs arithmétiques''', des processeurs secondaires spécialisés dans les calculs flottants, qui complémentaient le processeur principal, et avaient leur propre emplacement sur la carte mère. Par la suite, les concepteurs de processeurs ont incorporé des instructions de calculs sur des nombres flottants, rendant le coprocesseur inutile.
Pour supporter les nombres flottants, il y a deux écoles. La première utilise des instructions flottantes séparées des instructions entières. La seconde utilise des instructions d'addition/soustraction/multiplication généralistes, capables de traiter indifféremment entiers et flottants, voire les encodages BCD.
===Les architectures taguées===
Le second cas correspond à certaines machines assez anciennes, datant des années 50 à 70. Ces processeurs n'avaient qu'une seule instruction d'addition, qui pouvait traiter indifféremment flottants, nombres entiers codés en BCD, en complément à deux, etc. Pour cela, les opérandes étaient associés à un type qui précisait s'il s'agissait d'un opérande flottant, entier, BCD, d'un pointeur, ou autre. Le traitement effectué par une instruction dépendait des ''tag'' associés aux opérandes. Par exemple, si les deux opérandes avaient un ''tag'' "entier", l'instruction faisait un calcul entier. Si les deux opérandes avaient un ''tag'' "flottant", l'instruction faisait un calcul flottant.
Le type de l'opérande était encodé avec un ''tag'', une sorte de numéro codé en binaire. Le ''tag'' était stocké en mémoire à côté de l'opérande, un mot mémoire contenait la donnée et le ''tag'' concaténés l'un à la suite de l'autre. Le défaut est que la mémoire devait être conçue pour gérer le ''tag'', de même que le processeur. Des processeurs de ce type s'appellent des ''architectures à tags'', ou '''tagged architectures''', en référence au ''tag'' ajouté dans la mémoire.
Mais les processeurs modernes n'utilisent pas cette technique, du fait de son cout en mémoire. À la place, le processeur dispose d'une instruction par type à manipuler : une instruction de multiplication pour les flottants, une autre pour les entiers codés en complément à deux, etc.
===Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées===
Les processeurs modernes disposent d''''instructions de calculs flottants''', qui font des calculs avec des nombres flottants. En général, les instructions flottantes les plus courantes sont l'addition, la soustraction, la multiplication et la division. D'autres opérations plus complexes peuvent être supportées, comme les fonctions trigonométriques, les logarithmes, l'exponentielle, la fonction puissance, etc. Mais c'est déjà un peu plus rare, la majorité des processeurs anciens se contentent des quatres opérations de base.
: Nous palerons aussi d'''instructions flottantes'' pour désigner les ''instructions de calcul flottant''. Mais les deux termes ne sont pas strictement équivalent, car les ''instructions flottantes'' regroupent toutes les instructions flottantes, pas que les calculs flottants. La différence entre les deux deviendra plus claire quand on arrivera à la section sur les isntructions d'accès mémoire.
En général, les processeurs utilisent des registres séparés pour les nombres flottants. Ils ont d'un côté des '''registres généraux''' pour les nombres entiers et les adresses mémoire, de l'autre des '''registres flottants''' pour les nombres flottants. Les instructions de calcul flottants utilisent ces ''registres flottants'' uniquement, elles ne peuvent pas lire/écrire dans les registres généraux, sauf pour quelques exceptions. La séparation entre registres flottants et entiers est la source de quelques subtilités, qu'on abordera dans la section sur les instructions d'accès mémoire.
Le standard IEEE 754 standardise quelques instructions flottantes : les quatre opérations arithmétiques de base, les comparaisons et la racine carrée. Certains processeurs vont plus loin et implémentent aussi d'autres instructions sur les flottants qui ne sont pas supportées par la norme IEEE 754. Par exemple, certaines fonctions mathématiques telles que sinus, cosinus, tangente, arctangente et d'autres. Le seul problème, c'est que ces instructions peuvent mener à des erreurs de calcul incompatibles avec la norme IEEE 754. Heureusement, les compilateurs peuvent mitiger ces désagréments.
Il faut néanmoins préciser que le support de la norme IEEE 754 n'est pas une obligation : certains processeurs ne la supportent que partiellement. Par exemple, certains processeurs ne supportent que les flottants simple précision, mais pas les double précision (ou inversement). Exemple : les premiers processeurs Intel ne géraient que les flottants double précision étendue. D'autres processeurs ne gèrent pas les ''underflow'', ''overflow'', les NaN, les infinis, ou même les flottants dénormaux. Précisons que même lorsque la gestion des dénormaux est implémentée en hardware (comme c'est le cas sur certains processeurs AMD), celle-ci reste malgré tout très lente.
Si les exceptions ne sont pas supportées, le processeur peut être configuré de façon à soit ignorer les exceptions en fournissant un résultat, soit déclencher une exception matérielle (à ne pas confondre avec les exceptions de la norme). Le choix du mode d'arrondi ou la gestion des exceptions flottantes se fait en configurant un registre dédié, intégré dans le processeur.
Plus rarement, il arrive que certains processeurs gèrent des formats de flottants spéciaux qui ne font pas partie de la norme IEEE 754. Par exemple, certains processeurs utilisent des formats de flottants différents de la norme IEEE 754, avec par exemple des flottants codés sur 8 ou 16 bits, qui sont très utiles pour les applications qui se contentent très bien d'un résultat approché.
==Les instructions logiques==
À côté des instructions de calcul, on trouve des '''instructions logiques''' qui travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les opérations bit à bit ont déjà été vues dans les premiers chapitres, ceux sur l'électronique. Pour rappel, les plus courantes sont :
* La négation, ou encore le NON bit à bit, inverse tous les bits d'un nombre : les 1 deviennent des 0 et les 0 deviennent des 1.
* Le ET bit à bit, qui agit sur deux nombres : il va prendre les bits qui sont à la même place et va effectuer un ET (l’opération effectuée par la porte logique ET). Exemple : 1100·1010=1000.
* Les instructions similaires avec le OU ou le XOR.
Mais d'autres instructions sont intéressantes à étudier.
===Les instructions de décalage et de rotation===
Les '''instructions de décalage''' décalent tous les bits d'un nombre vers la gauche ou la droite. Pour rappel, il existe plusieurs types de décalages : les rotations, les décalages logiques, et les décalages arithmétiques. Nous avions déjà vu ces trois opérations dans le chapitre sur les circuits de décalage et de rotation, ce qui fait que nous allons simplement faire un rappel dans le tableau suivant. Pour résumer, voici la différence entre les trois opérations :
{|class="wikitable"
|-
!
! Schéma
! Gestion des bits sortants
! Remplissage des vides laissés par le décalage
|-
! Rotation
|[[File:Rotation de bits.png|Rotations de bits.]]
| Réinjectés dans les vides laissés par le décalage
| Remplis par les bits sortants
|-
! Décalage logique
|[[File:Décalage logique.png|Décalage logique.]]
| rowspan="2" | Les bits sortants sont oubliés
| Remplis par des zéros
|-
|-
! Décalage arithmétique
|[[File:Décalage arithmétique.png|Décalage arithmétique.]]
| Remplis par :
* le bit de signe pour les bits de poids fort ;
* des zéros pour les bits de poids faible .
|}
Pour rappel, les décalages de n rangs sont équivalents à une multiplication/division par 2^n. Un décalage à gauche est une multiplication par 2^n, alors qu'un décalage à droite est une division par 2^n. Les décalages logiques effectuent la multiplication/division pour un nombre non-signé (positif), alors que les décalages arithmétiques sont utilisés pour les nombres signés. Précisons cependant que pour ce qui est des décalages à droite, les décalages logiques et arithmétiques n'arrondissent pas le résultat de la même manière. Les décalages logiques à droite arrondissent vers zéro, alors que les décalages arithmétiques arrondissent vers la valeur inférieure (vers moins l'infini). De plus, les décalages à gauche entraînent des débordements d'entiers qui ne se gèrent pas de la même manière entre décalage logique et décalage arithmétique.
La plupart des processeurs stockent le bit sortant dans un registre, généralement le registre qui stocke le bit de retenue des additions qui est réutilisé pour cette optique. Ils possèdent aussi une variante des instructions de décalage où le bit de retenue est utilisé pour remplir le bit libéré au lieu de mettre un zéro. Cela permet d'enchaîner les décalages sur un nombre de bits plus grand que celui supporté par les instructions en procédant par morceaux. Par exemple, pour un processeur supportant les décalages sur 8 et 16 bits, il peut enchaîner deux décalages de 16 bits pour décaler un nombre de 32 bits ; ou bien un décalage de 8 bits et un autre de 16 bits pour décaler un nombre de 24 bits.
[[File:Shift Arithmetic Right.svg|centre|vignette|Décalage arithmétique à droite, où le bit sortant est mémorisé dans le bit de retenue (CF pour ''Carry Flag'').]]
Ils existe une variante des instructions de rotation où le bit de retenue est utilisé. Un bon exemple est celui des instructions LRCY (''Left Rotate Through Carry'') et RRCY (''Right Rotate Through Carry''). La première est un décalage/rotation à gauche, l'autre est un décalage/rotation à droite. Les deux décalent un registre de 16 bits, mais on pourrait imaginer la même chose avec des registres de taille différente. Lors du décalage, le bit sortant est mémorisé dans le registre de retenue, alors que le bit de retenue précédent est lui envoyé dans le vide laissé par le décalage. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une rotation, sauf que le nombre décalé/rotaté est composé du registre concaténé au bit de retenue, le bit de retenue étant le bit de poids fort pour un décalage à gauche, de poids faible pour un décalage à droite.
====Le cas particuliers des processeurs ARM====
Sur les processeurs ARM, il n'y a pas d'instruction de décalage à proprement parler, ni de rotations. Par contre, les décalages sont fusionnés avec la plupart des opérations arithmétiques ! Toute opération arithmétique prend deux registres d'opérandes et un registre de destination, ainsi qu'un décalage facultatif. Le décalage est appliqué sur la seconde opérande automatiquement, sans avoir à faire une instruction séparée. À l'intérieur de l'instruction, deux bits précisent quel type de décalage effectuer (logique à droite, arithmétique à droite, à gauche, rotation à droite). Le nombre de rangs dont il faut décaler est soit encodé directement dans l'instruction sur 5-6 bits, soit précisé dans un registre.
Toutes les instructions ne permettent pas de faire un décalage automatique. Seules les opérations simples peuvent le faire, à savoir les additions, soustractions, copies d'un registre à un autre, les opérations logiques, et quelques autres. Et cela se marie très bien avec le fait qu'on applique le décalage sur la seconde opérande fait qu'il se marie très bien avec les calculs d'adresse. En effet, quand un programmeur manipule une structure de données, notamment un tableau, il arrive souvent qu'il fasse des calculs d'adresse cachés. La majeure partie de ces calculs d'adresse sont de la forme : adresse de base + (indice * taille de la donnée). Vu que les données ont très souvent une taille qui est une puissance de deux, le second terme se calcule en décalant l'indice, le calcul total demande une simple addition avec une opérande décalée, ce qui prend une seule instruction sur les processeur ARM.
===Les instructions de manipulation de bits===
D'autres opérations effectuent des calculs non pas bit à bit (on traite en parallèle les bits sur la même colonne), mais qui manipulent les bits à l'intérieur d'un nombre. les plus simples d'entre elles comptent sur les bits.
Une instruction très commune de ce type est l'instruction '''''population count''''', qui compte le nombre de bits d'un nombre qui sont à 1. Par exemple, pour le nombre 0100 1100 (sur 8 bits), la ''population count'' est de 3. Il s'agit d'une instruction utile dans les codes correcteurs d'erreur, très utilisés pour tout et n'importe quoi (trames réseau, sommes de contrôle des secteurs des disques dur, et bien d'autres). De plus, elle permet de calculer facilement le bit de parité d'un nombre, ce qui est utile pour les codes de détection d'erreur. En soi, l'instruction est facultative et l'implémenter est un choix qui n'est pas trivial. Mais cette instruction est très simple à implémenter en circuits, sans compter que son implémentation utilise assez peu de transistors. Le circuit de calcul est ridiculement simple, utilise peu de transistors.
Les processeurs gèrent aussi assez souvent des instructions pour compter les zéros ou les uns après le bit de poids fort/faible. Pour rappel, voici les quatre possibilités :
* '''''Count Trailing Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à droite du 1 de poids faible.
* '''''Count Leading Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à gauche du 1 de poids fort.
* '''''Count Trailing Ones''''' donnent le nombre de 1 situés à gauche du 0 de poids fort.
* '''''Count Leading Ones''''' donne le nombre de 1 situés à droite du 0 de poids faible.
[[File:Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.png|centre|upright=2.0|vignette|Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.]]
Comme vous le voyez sur le schéma du dessus, ces quatre opérations de comptage sont liées à quatre autres opérations. Ces dernières donnent la position du 0 ou du 1 de poids faible/fort :
* '''''Find First Set''''', donne la position du 1 de poids faible.
* '''''Find highest set''''' donne la position du 1 de poids fort.
* '''''Find First Zero''''' donne la position du 0 de poids faible.
* '''''Find Highest Zero''''' donne la position du 0 de poids fort.
Il est rare que des processeurs s’implémentent toutes ces opérations. En effet, le résultat de certaines opérations se calcule à partir des autres. Pour donner un exemple, les processeurs x86 modernes incorporent une extension, appelée '''''Bit manipulation instructions sets (BMI sets)''''', qui ajoute quelques instructions de ce type. Pour le moment, seules les instructions ''Count Trailing Zeros'' et ''Count Leading Zeros'' sont supportées.
Et il existe bien d'autres instructions de ce type. On peut citer, par exemple, l'instruction BLSI, qui ne garde que le 1 de poids faible et met à zéro tous les autres bits. L'instruction BLSR quant à elle, met à 0 ce 1 de poids faible. Et il y en a bien d'autres, qui impliquent le 1 de poids fort, le 0 de poids faible, le 1 de poids faible, etc.
===Les instructions d'extension de registres===
Certains processeurs sont capables de gérer des données de taille diverses. Ils peuvent par exemple gérer des données codées sur 16 bits ou sur 32 bits comme c'est le cas sur certains processeurs anciens. Comme autre exemple, les processeurs x86 modernes peuvent gérer des données de 8, 16 et 32 bits. Pour cela, ils disposent généralement de registres de taille différentes, certains font 8 bits, d'autres 16, d'autres 32, etc. Dans ce cas, il est courant que l'on ait à faire des conversions vers un nombre de taille plus grande. Par exemple, convertir un nombre de 8 bits en un nombre de 16 bits, ou un nombre de 8 bits en 32 bits. Les processeurs de ce type incorporent des instructions pour ce faire, qui s'appellent les '''instructions d'extension de nombres'''.
La seule difficulté de ces instructions tient à la manière dont on remplit les bits de poids forts. Par exemple, si l'on passe de 8 bits à 16 bits, les 8 bits de poids forts sont inconnus. Pareil si on passe de 16 bits à 32 bits : quelle doit être la valeur des 16 bits de poids fort ? Intuitivement, on se dit qu'il suffit de les remplir par des zéros. Faire ainsi marche très bien, mais à condition que le nombre soit un nombre positif ou nul. Mais dans le cas d'un nombre négatif, cela ne marche pas (le résultat n'est pas bon). Pour les nombres codés en complément à deux, il faut remplir les bits manquants par le bit de signe, le bit de poids fort. On a donc deux choix : soit on remplit les bits manquants par des 0, ou par le bit de poids fort. Globalement, les deux choix possibles correspondent à deux instructions : une pour les nombres non-signés et une autre pour les nombres codés en complément à deux. On parle respectivement d''''instruction de ''zero extension''''' et '''instruction d'extension de signe'''.
Formellement, les instructions d'extension de nombre sont des copies entre registres : le contenu d'un registre est copié dans un autre plus grand. L'extension de signe est couplée avec cette copie, les deux étant effectués en une instruction. Du moins, c'est le cas sur la plupart des processeurs. On pourrait imaginer séparer les deux en deux instructions séparées, une instruction MOV (qui copie un registre dans un autre, comme on le verra plus bas) et une instruction d'extension de signe/zéro. Dans ce cas, l'instruction d'extension de signe/zéro prend un registre de grande taille et étend la donnée dans ce registre. Par exemple, pour une extension de signe de 16 à 32 bits, l'instruction prendrait un registre de 32 bits, ne considérerait que les 16 bits de poids faible et effectuerait l'extension de signe/zéro à partir de ces derniers. En soi, l'extension avec des zéros est un simple masque, réalisable avec des opérations bit à bit et cette instruction n'a pas besoin d'être implémentée. Par contre, les instructions d'extension de signe sont elles très utiles.
De plus, une instruction d'extension de signe séparée a l'avantage d'être utilisable même sur des architecture avec des registres de taille identique. Mais quel intérêt, me direz-vous ? Il faut savoir que certaines langages de programmation permettent de travailler sur des entiers dont on peut préciser la taille. Un même programme peut ainsi manipuler des entiers de 16 bits et de 32 bits, ou des entiers de 8, d'autres de 16, d'autres de 32, et d'autres de 64. L'intérêt n'est as évident, mais un bon exemple est celui de la rétrocompatibilité entre programmes. Par exemple, un programme 64 bits qui utilise une librairie 32 bits, ou un programme codé en 64 bits qui émule une console 16 bits. Ou encore, la communication entre un programme codé en 16 bits avec un capteur qui mesure des données de 8 bits. Bref, les possibilités sont nombreuses. Imaginons que tout se passe dans des registres de 32 bits. Le processeur peut incorporer des instructions de calcul sur 16 bits, en plus des instructions 32 bits. Dans ce cas, l'extension de signe sert à faire des conversions entre entiers de taille différentes.
===Les instructions de permutation d'octets===
Les instructions de ''byte swap'', aussi appelée '''instructions de permutation d'octets''', échangent de place les octets d'un nombre. Leur implémentation varie grandement selon la taille des entiers. Le cas le plus simple est celui des instructions qui travaillent sur des entiers de 16 bits, soit deux octets. Il n'y a alors qu'une seule solution pour échanger les octets : l'octet de poids fort devient l'octet de poids faible et réciproquement. Les deux octets échangent leur place.
Pour les nombres de 32 bits, soit 4 octets, il y a plusieurs possibilités. La première inverse l'ordre des octets dans le nombre : on échange l'octet de poids faible et de poids fort, mais on échange aussi les deux octets restant entre eux. Une autre solution découpe l'entier en deux morceaux de 16 bits : l'un avec les deux octets de poids fort, l'autre avec les deux octets de poids faible. Les octets sont inversés dans ces blocs de 16 bitzs, mais on n'effectue pas d'autres échanges. On peut aussi échanger les deux morceaux de 16 bits, mais sans changer l'ordre des octets dans les blocs.
[[File:Instruction de permutation d'octets.png|centre|vignette|upright=2|Instruction de permutation d'octets]]
L'utilité de ces instructions n'est pas évidente au premier abord, mais elle sert beaucoup dans les opérations de conversion de données. Tout cela devrait devenir plus clair dans le chapitre sur le boutisme.
==Les instructions d'accès mémoire==
Les instructions d’accès mémoire permettent de copier ou d'échanger des données entre le processeur et la RAM. On peut ainsi copier le contenu d'un registre en mémoire, charger une donnée de la RAM dans un registre, initialiser un registre à une valeur bien précise, etc. Il en existe plusieurs, les plus connues étant les suivantes : LOAD, STORE et MOV. D'autres processeurs utilisent une instruction d'accès mémoire généraliste, plus complexe.
===Les instructions d'accès à la RAM : LOAD et STORE===
Les instructions LOAD et STORE sont deux instructions qui permettent d'échanger des données entre la mémoire RAM et les registres. Elles copient le contenu d'un registre dans la mémoire, ou au contraire une portion de mémoire RAM dans un registre.
* L''''instruction LOAD''' est une instruction de lecture : elle copie le contenu d'un ou plusieurs mots mémoire consécutifs dans un registre. Le contenu du registre est remplacé par le contenu des mots mémoire de la mémoire RAM.
* L''''instruction STORE''' fait l'inverse : elle copie le contenu d'un registre dans un ou plusieurs mots mémoire consécutifs en mémoire RAM.
{|class="wikitable"
|[[File:Instruction LOAD.png|300px|Instruction LOAD.]]
|[[File:Instruction STORE.png|300px|Instruction STORE.]]
|}
En théorie, une variante de l'instruction STORE peut enregistrer une constante en mémoire RAM. Il est en théorie possible pour une instruction STORE modifiée de stocker la valeur 9 dans l'adresse X, par exemple. La constante est fournie par l'instruction, elle n'est pas stockée dans un registre, mais carrément intégrée à l'instruction. Cela sera plus clair quand nous verrons les modes d'adressage, notamment le mode d'adressage immédiat.
Plus haut dans le chapitre, j'ai dit qu'un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs dédiées, certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Et bien il en est de même pour les instructions LOAD et STORE, qui ont chacune une variante pour les entiers 8, 16, 32, 64 bits.
De telles instructions ne font pas que lire ou écrire des données. Pour comprendre pourquoi, prenons un processeur 64 bits. Il dispose d'un bus de 64 bits, pour lire ou écrire des mots mémoire de 64 bits chacun. Pour des lectures de 8, 16 ou 32 bits, un mot mémoire entier est lu, puis seuls les octets adéquats sont conservés. Par exemple, pour une lecture 32 bits, un mot mémoire de 64 bits est lu, puis une opération de masquage (ET bit à bit) met à zéro le 32 bits inutiles. Ce sont souvent les 32 bits de poids faible ou de poids fort qui sont mis à zéro. Il en est de mêma vec les lectures 16 bits, sauf que les 48 bits inutiles sont alors mis à zéro, idem avec les lectures 8 bits.
Pour les écritures, les choses sont encore plus compliquées. Imaginez que je veuille modifier 32 bits. Les 32 bits à modifier font partie d'un mot mémoire de 64 bits, qui contient les 32 bits utiles, et 32 bits supplémentaires. l'écriture ne doit pas effacer les 32 bits supplémentaires, seulement les 32 bits utiles. Pour cela, le processeur n'a pas le : il doit lire un mot mémoire de 64 bits, modifier le 32 bits utiles, puis réécrire le tout en mémoire RAM. L'écriture demande de faire une lecture, une modification, puis une écriture. Le mot mémoire de 64 bits est copié dans un registre, la modification se fait dans ce registre, vient une opération de masquage complexe, puis l'écriture est effectuée.
===Les instructions de transfert entre registres : MOV et XCHG===
L''''instruction MOV''' copie le contenu d'un registre dans un autre sans passer par la mémoire. C'est donc un échange de données entre registres, qui n'implique en rien la mémoire RAM, mais MOV est quand même considérée comme une instruction d'accès mémoire. Les données sont copiées d'un registre source vers un registre de destination. Le contenu du registre source est conservé, alors que le contenu du registre de destination est écrasé (il est remplacé par la valeur copiée). Cette instruction est utile pour gérer les registres, notamment sur les architectures avec peu de registres et/ou sur les architectures avec des registres spécialisés.
[[File:Instruction MOV.png|centre|vignette|upright=1.5|Instruction MOV.]]
Mais quelques rares architectures ne disposent pas d'instruction MOV, qui n'est formellement pas nécessaire, même si bien utile. En effet, on peut émuler une instruction MOV avec des instructions logiques utilisées convenablement. L'idée est de faire une opération dont le résultat est l'opérande envoyée, et d'enregistrer le résultat dans le registre de destination. Par exemple, on peut faire un OU entre le registre opérande et 0 : le résultat sera l'opérande. Idem avec un ET et la valeur adéquate. Ou encore, on peut imaginer faire un ET/OU entre un registre et lui-même : le résultat est égal au contenu du registre opérande.
Quelques processeurs assez rares ont des instructions pour échanger le contenu de deux registres. Par exemple, on peut citer l''''instruction XCHG''' sur les processeurs x86 des PC anciens et actuels. Elle permet d'échanger le contenu de deux registres, quel qu'ils soient, il n'y a pas de restrictions sur le registre source et sur le registre de destination. Mais d'autres processeurs ont des restrictions sur les registres source et destination. Par exemple, le processeur Z80 a des instructions d'échanges assez restrictives, comme on le verra dans quelques chapitres.
Sur les processeurs ARM, l'instruction MOV fait partie des instructions qui permettent d'effectuer un décalage sur la seconde opérande. Il s'agit en réalité de décalages/rotations décalées, qui sont fusionnées avec une instruction MOV. L'instruction MOV des processeurs ARM fait soit un MOV normal, soit un décalage.
===L'instruction mémoire généraliste : une alternative à LOAD et STORE===
Sur certains processeurs, il n'y a pas d'instruction LOAD ou STORE, ni même MOV . À la place, on trouve une '''instruction d'accès mémoire généraliste''', qui fusionne les trois. Elle est capable de faire une lecture, une écriture, ou une copie entre registres, et parfois une copie d'une adresse mémoire vers une autre. Les trois premières opérations sont presque toujours supportées, mais la copie d'une adresse mémoire vers une autre est beaucoup plus rare.
Sur les processeurs x86, l'instruction généraliste s'appelle l'instruction MOV. Elle gère la lecture en RAM, l'écriture en RAM, la copie d'un registre vers un autre, l'écriture d'une constante dans un registre ou une adresse. Par contre, elle ne gère pas la copie d'une adresse mémoire vers une autre ; pour un transfert de mémoire à mémoire, il faut utiliser les instructions MOVS* ('''''Mov'''e '''S'''tring'' ; MOVSB : par octets, MOVSW : par mots de 16-bits, ...).
===Les instructions d'accès mémoire complexes===
Nous venons de voir les instructions LOAD, STORE et les transferts entre registres. Elles sont présentes sur tous les processeurs, modernes comme anciens. Mais quelques processeurs gèrent des instructions mémoire plus complexes. Elles ont tendance à effectuer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les '''instructions de copie mémoire''' copient une donnée d'une adresse vers une autre. Les copies en mémoire sont des opérations très fréquentes, il est très fréquent qu'un programme copie un bloc de mémoire dans un autre et beaucoup de programmeurs ont déjà été confronté à un tel cas. Aussi, les processeurs ajoutent des instructions multi-accès pour accélérer ces copies, ce qui fait un bon compromis entre performance et simplicité d'implémentation.
D'autres instructions d'accès mémoire plus complexes existent. Pour en donner un exemple, citons les instructions de transferts par bloc sur les premiers processeurs ARM. Ces instructions permettent de copier plusieurs registres en mémoire RAM, en une seule instruction. Sur l'ARM1, il y a 16 registres en tout. Les instructions de transfert de bloc peuvent sélectionner n'importe quel sous-ensemble de ces 16 registres, pour les copier en mémoire : on peut sélectionner tous les registres, une partie des registres (5 registres sur 16, ou 7, ou 8, ...), voire aucun registre.
D'autres instructions mémoires effectuent des opérations à l'utilité moins évidente. Sur certains processeurs, on trouve notamment des instructions pour vider la mémoire cache de son contenu, pour la réinitialiser. L'utilité ne vous est pas évidente, mais cela peut servir dans certains scénarios, notamment sur les architectures avec plusieurs processeurs pour synchroniser ces derniers. Cela sert aussi pour le système d'exploitation, qui doit remettre à zéro certains caches (comme la TLB qu'on verra dans le chapitre sur la mémoire virtuelle) quand on exécute plusieurs programmes en même temps.
===Les instructions mémoire flottantes===
Plus haut, j'ai parlé du fait que certains processeurs avaient des registres flottants séparés des registres généraux. Mais encore faut-il pouvoir les remplir, ces registres flottants. Et cela implique de charger des opérandes depuis la mémoire RAM à un moment où un autre. Pour lire ou écrire ces registres, le processeur utilise des instructions mémoire séparées, distinctes des instructions LOAD et STORE vues plus haut. Pour faire la différence, ces instructions sont appelées '''FLOAD''' et '''FSTORE'''.
Elles sont séparées des LOAD/STORE normaux pour plusieurs raisons. La première est évidemment que les registres utilisés ne sont pas les mêmes : registres "généraux" pour LOAD/STORE, registres flottants pour FLOAD et FSTORE. La seconde raison est que les nombres flottants et entiers n'ont pas forcément la même taille. Et cela impacte à la fois la taille des registres, mais aussi les transferts mémoire.
Un nombre flottant fait 32 ou 64 bits, suivant qu'on parle d'un flottant simple ou double précision. Sur un processeur 32 bits, les flottants simple précision ont la même taille qu'un entier, les flottant double précision sont deux fois plus gros. Mais sur un processeur 64 bits, c'est l'inverse : les flottants double précision font la même taille qu'un entier, les simples précision sont deux fois plus petits. Et ne parlons pas du cas de certaines architectures 16 bits qui supportent quand même les nombres flottants ! Elles sont très rares, mais elles existent. Pour le moment, concentrons-nous sur les processeurs 32 et 64 bits.
En général, les registres flottants font 64 bits (parfois 80, mais je passe cela sous silence), afin de mémoriser des flottants double précision. Et ce, même sur les processeurs 32 bits. La gestion des nombres flottants est en effet apparue sur les architectures 32 bits et elles supportaient les calculs en double précision dès le départ. Et cette différence entre 32 et 64 bits a posé quelques problèmes. Les registres flottants n'avaient pas la même taille que les registres généraux : 32 pour les registres généraux, 64 pour les registres flottants. Mais ce n'était pas un énorme problème.
Le vrai problème est que les lectures/écritures flottantes faisaient des transferts de 64 bits entre les registres flottants et la mémoire RAM. Or, le bus de données de ces processeurs faisait 32 bits, vu que c'était des architectures 32 bits. Lire/écrire un flottant demandait donc de faire deux accès mémoire consécutifs. Par exemple, lire un flottant depuis la RAM demandait de lire deux morceaux de 32 bits, le flottant était chargé en deux fois. Cette différence fait qu'il est préférable d'utiliser des instructions FSTORE/FLOAD séparées des instructions LOAD/STORE. Leur comportement n'est pas le même : LOAD/STORE lisent un seul mot mémoire, FLOAD/FSTORE en lisent deux pour la double précision.
Un autre détail est qu'il existe des instructions FLOAD et FSTORE spécialisées pour les flottants simple précision. Par exemple, une instruction FLOAD en simple précision ne lit que 32 bits en mémoire, puis le flottant est convertit en double précision 64 bits, avant d'être enregistré dans les registres. Pour l'écriture, c'est l'inverse : un flottant double précision est convertit en simple précision 32 bits, avant d'être écrit en mémoire. Le comportement est alors différent : FLOAD/FSTORE ne lisent/écrivent qu'un seul mot mémoire, de 32 bits, mais doivent faire une conversion entre simple et double précision.
Il faut noter que c'est l'inverse sur les processeurs 64 bits. Là, un flottant double précision peut être lu/écrit en un seul accès mémoire, vu que le bus de données fait 64 bits. Par contre, les flottants simples précision sont gérés un peu autrement. Concrètement, l'instruction FLOAD lit un mot de 64 bits, mais n'en garde que la moitié adéquate. L'instruction d'écriture fait elle plus de traail : elle doit lire un mot de 64 bits, en modifier la moitié, et réécrire le tout en mémoire RAM.
Vu qu'il y a des registres flottants séparés, il y aussi des instructions de copie de registre séparées pour les registres flottants. L'instruction XCHG a son équivalent flottant '''FXCHG''', l'instruction MOV a une '''instruction FMOV''' séparées, etc.
Un autre moyen de remplir un registre flottant est d'obtenir sa valeur depuis un registre général. Attention, je ne parle pas de copier un registre général dans un flottant, ou inversement. Je parle de convertir une opérande entière en un nombre flottant. Et il y a des instructions dédiées pour cela. Par exemple, il y a une instruction prend un registre entier, convertit sa valeur en flottant 64 bits, et écrit le résultat dans un registre flottant. Idem avec la conversion inverse, de flottant vers entier, qui a sa propre instruction dédiée. Et ces deux instructions ont deux variantes, suivant que le flottant soit simple ou double précision. De telles '''instructions de conversion entier-flottant''' ne sont pas à proprement parler des instructions de copie entre registre, ce sont plus un intermédiaire entre copie entre registres et opération de calcul.
==Les instructions de contrôle (branchements et tests)==
Un processeur serait sacrément inflexible s'il ne faisait qu'exécuter des instructions dans l'ordre. Certains processeurs ne savent pas faire autre chose, comme le Harvard Mark I, et il est difficile, voire impossible, de coder certains programmes sur de tels ordinateurs. Mais rassurez-vous : il existe de quoi permettre au processeur de faire des choses plus évoluées. Pour rendre notre ordinateur "plus intelligent", on peut par exemple souhaiter que celui-ci n'exécute une suite d'instructions que si une certaine condition est remplie. Ou faire mieux : on peut demander à notre ordinateur de répéter une suite d'instructions tant qu'une condition bien définie est respectée. Diverses '''structures de contrôle''' de ce type ont donc étés inventées.
Voici les plus utilisées et les plus courantes : ce sont celles qui reviennent de façon récurrente dans un grand nombre de langages de programmation actuels. Concevoir un programme (dans certains langages de programmation), c'est simplement créer une suite d'instructions, et utiliser ces fameuses structures de contrôle pour l'organiser. D'ailleurs, ceux qui savent déjà programmer auront reconnu ces fameuses structures de contrôle. On peut bien sur en inventer d’autres, en spécialisant certaines structures de contrôle à des cas un peu plus particuliers ou en combinant plusieurs de ces structures de contrôles de base, mais cela dépasse le cadre de ce cours : on ne va pas vous apprendre à programmer.
{|class="wikitable"
|-
! Nom de la structure de contrôle
! Description
|-
! SI...ALORS
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée
|-
! SI...ALORS...SINON
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée ou exécute une autre suite d'instructions si elle ne l'est pas.
|-
! Boucle WHILE...DO
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée.
|-
! Boucle DO...WHILE aussi appelée REPEAT UNTIL
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée. La différence, c'est que la boucle DO...WHILE exécute au moins une fois cette suite d'instructions.
|-
! Boucle FOR
| Répète un nombre fixé de fois une suite d'instructions.
|}
Les '''conditions''' à respecter pour qu'une structure de contrôle fasse son office sont généralement très simples.
Elles se calculent le plus souvent en comparant deux opérandes (des adresses, ou des nombres entiers ou à virgule flottante).
Elles correspondent le plus souvent aux comparaisons suivantes :
* A == B (est-ce que A est égal à B ?) ;
* A != B (est-ce que A est différent de B ?) ;
* A > B (est-ce que A est supérieur à B ?) ;
* A < B (est-ce que A est inférieur à B ?) ;
* A >= B (est-ce que A est supérieur ou égal à B ?) ;
* A <= B (est-ce que A est inférieur ou égal à B ?).
Il est également possible de tester si le bit d'un registre ou octet mémoire est à 1 ou 0.
Notamment le registre des indicateurs est testé après une instruction arithmétique (est-ce que le calcul a généré une retenue, ...).
Pour implémenter ces structures de contrôle, on a besoin d'une instruction qui saute en avant ou en arrière dans le programme, suivant le résultat d'une condition. Par exemple, un SI...ALORS zappera une suite d'instruction si une condition n'est pas respectée, ce qui demande de sauter après cette suite d’instruction cas échéant. Répéter une suite d'instruction demande juste de revenir en arrière et de redémarrer l’exécution du programme au début de la suite d'instruction. Nous verrons comment sont implémentées les structures de contrôle plus bas, mais toujours est-il que cela implique de faire des sauts dans le programme.
Faire un saut en avant ou en arrière dans le programme est assez simple : il suffit de modifier la valeur stockée dans le ''program counter'', ce qui permet de sauter directement à une instruction et de poursuivre l'exécution à partir de celle-ci. Et un tel saut est réalisé par des instructions spécialisées. Dans ce qui va suivre, nous allons appeler '''instructions de branchement''' les instructions qui sautent à un autre endroit du programme. Ce n'est pas la terminologie la plus adaptée, mais elle conviendra pour les explications.
L'implémentation des structures de contrôle demande donc de calculer une condition, puis de faire un saut. Mais il faut savoir que l'implémentation demande parfois de faire un saut, sans avoir à tester de condition. Dans ce cas, l'instruction qui fait un saut sans faire de test de condition est elle aussi une instruction de branchement. Cela nous amène à faire la différence entre un branchement conditionnel et non-conditionnel. La différence entre les deux est simple. Une instruction de '''branchement conditionnel''' effectue deux opérations : un test qui vérifie si la condition adéquate est respectée, et un saut dans le programme aussi appelé branchement. Une instruction de '''branchement inconditionnelle''' ne teste pas de condition et ne fait qu'un saut dans le programme.
===Les structures de contrôle===
Le IF permet d’exécuter une suite d'instructions si et seulement si une certaine condition est remplie.
[[File:Codage d'un if.. en assembleur.jpg|centre|vignette|upright=1.5|Codage d'un SI...ALORS en assembleur.]]
Le IF...ELSE sert à effectuer une suite d'instructions différente selon que la condition est respectée ou non : c'est un SI…ALORS contenant un second cas. Une boucle consiste à répéter une suite d'instructions machine tant qu'une condition est valide (ou fausse).
[[File:Codage d'un IF.ELSE en assembleur.png|centre|vignette|upright=1.5|Codage d'un SI...ALORS..SINON en assembleur.]]
Les boucles sont une variante du IF dont le branchement renvoie le processeur sur une instruction précédente. Commençons par la boucle DO…WHILE : la suite d'instructions est exécutée au moins une fois, et est répétée tant qu'une certaine condition est vérifiée. Pour cela, la suite d'instructions à exécuter est placée avant les instructions de test et de branchement, le branchement permettant de répéter la suite d'instructions si la condition est remplie. Si jamais la condition testée est fausse, on passe tout simplement à la suite du programme.
[[File:DO...WHILE.jpg|centre|vignette|upright=1.5|DO...WHILE.]]
Une boucle WHILE…DO est identique à une boucle DO…WHILE à un détail près : la suite d'instructions de la boucle n'a pas forcément besoin d'être exécutée au moins une fois. On peut donc adapter une boucle DO…WHILE pour en faire une boucle WHILE…DO : il suffit de tester si la boucle doit être exécutée au moins une fois avec un IF, et exécuter une boucle DO…WHILE équivalente si c'est le cas.
[[File:WHILE...DO.png|centre|vignette|upright=2|WHILE...DO.]]
===Les branchements conditionnels et leur implémentation ===
Il existe de nombreuses manières de mettre en œuvre les branchements conditionnels et tous les processeurs ne font pas de la même manière. Sur la plupart des processeurs, les branchements conditionnels sont séparés en deux instructions : une instruction de test qui vérifie si la condition voulue est respectée, et une instruction de saut conditionnelle. D'autres processeurs effectuent le test et le saut en une seule instruction machine.
[[File:Implémentations possibles des branchements conditionnels.png|centre|vignette|upright=3|Implémentations possibles des branchements conditionnels]]
: Plus surprenant, sur quelques rares processeurs, le ''program counter'' est un registre qui peut être modifié comme tous les autres. Cela permet de remplacer les branchements par une simple écriture dans le ''program counter'', avec une instruction MOV. Un bon exemple est le processeur ARM1, un des tout premiers processeur ARM. Cette dernière solution n'est presque jamais utilisée, mais elle reste surprenante !
Dans les faits, la solution la plus simple est clairement d'implémenter le tout avec une seule instruction. Mais beaucoup de processeurs anciens utilisent la première méthode, celle qui sépare le branchement conditionnel en deux instructions. Le branchement prend le résultat de l'instruction de test et décide s'il faut passer à l'instruction suivante ou sauter à une autre adresse. Il faut donc mémoriser le résultat de l'instruction de test dans un registre spécialisé, afin qu'il soit disponible pour l'instruction de branchement. L'usage d'un registre intermédiaire pour mémoriser le résultat de l'instruction de test demande d'ajouter un registre au processeur. De plus, le résultat de l'instruction de test varie grandement suivant le processeur, suivant la manière dont on répartit les responsabilités entre test et branchements.
Il existe, dans les grandes lignes, deux techniques pour séparer test et branchement conditionnel. La première impose une séparation stricte entre calcul de la condition et saut : l'instruction de test calcule la condition, le branchement fait ou non le saut dans le programme suivant le résultat de la condition. On a alors une instruction de test proprement dit, qui vérifie si une condition est valide et fournit un résultat sur 1 bit. Nous appellerons ces dernières des comparaisons, car de telles instruction effectuent réellement une comparaison.
La seconde méthode procède autrement, avec un calcul de la condition qui est réalisé en partie par l'instruction de test, en partie par le branchement. Cela peut paraitre surprenant, mais il y a de bonnes raisons à cette séparation peu intuitive. La raison est que l'instruction de test est une soustraction déguisée, qui fournit un résultat de plusieurs bits, qui est ensuite utilisé pour calculer la condition voulue par le branchement. l'instruction de test ne fait pas une comparaison proprement dit, mais leur résultat permet de déterminer le résultat d'une comparaison avec quelques manipulations simples.
====Les instructions de test proprement dit====
Les instructions de test, au sens le plus pur, effectuent une comparaison pour vérifier si deux nombres sont égaux, différents, lequel est supérieur, inférieur, etc. En clair, elles implémentent directement les comparaisons vues précédemment. Au total, on s'attend à ce que les 6 comparaisons précédentes soient implémentées avec 6 instructions de test différentes : une pour l'égalité, une pour la différence, une autre pour la supériorité stricte, etc.
Mais certaines de ces comparaisons sont en deux versions : une qui compare des entiers non-signés, et une autre pour les entiers signés. La raison est que comparer deux nombres entiers ne se fait pas de la même manière selon que les opérandes soient signées ou non. Nous avions vu cela dans le chapitre sur les comparateurs, mais un petit rappel ne fait pas de mal. Pour comparer deux entiers signés, il faut tenir compte de leurs signes, et le circuit utilisé n'est pas le même. Cela a des conséquences au niveau des instructions du processeur, ce qui impose d'avoir des opérations séparées pour les entiers signés et non-signés.
Dans les faits, les processeurs actuels utilisent le complément à deux pour les entiers signés, ce qui fait que les comparaisons d'égalité ou de différence A == B et A != B ne sont présentes qu'en un seul exemplaire. En complément à deux, l'égalité se détermine avec la même règle que pour les entiers non-signés : deux nombres sont égaux s'ils ont la même représentation binaire, ils sont différents sinon. Ce ne serait pas le cas avec les entiers en signe-magnitude ou en complément à un, du fait de la présence de deux zéros : un zéro positif et un zéro négatif. Les circuits de comparaison d'égalité et de différence seraient alors légèrement différents pour les entiers signés ou non. Au total, en complément à deux, on trouve donc 10 comparaisons usuelles, vu que les comparaisons de supériorité/infériorité sont en double.
Le résultat d'une comparaison est un bit, qui dit si la condition testée est vraie ou fausse. Dans la majorité des cas, ce bit vaut 1 si la comparaison est vérifiée, et 0 sinon. Une fois que l'instruction a fait son travail, il reste à stocker son résultat quelque part. Pour cela, le processeur utilise un ou plusieurs '''registres à prédicats''', des registres de 1 bit qui peuvent stocker n'importe quel résultat de comparaison. Une comparaison peut enregistrer son résultat dans n'importe quel registre à prédicats : elle a juste à préciser lequel avec son nom de registre.
Les registres à prédicats sont utiles pour accumuler les résultats de plusieurs comparaisons et les combiner par la suite. Par exemple, cela permet d'émuler une instruction qui teste si A >= B à partir de deux instructions qui calculent respectivement A > B et A == B. Pour cela, certains processeurs incorporent des instructions pour faire des opérations logiques sur les registres à prédicats. Ces opérations permettent de faire un ET, OU, XOR entre deux registres à prédicats et de stocker le résultat dans un registre à prédicat quelconque.
D'autres instructions permettent de lire le résultat d'un registre à prédicat, de calculer une condition, de combiner son résultat avec la valeur lue et d'altérer le registre à prédicat sélectionné. Par exemple, sur l'architecture IA-64, il existe une instruction cmp.eq.or, qui calcule une condition, lit un registre à prédicat fait un OU logique entre le registre lu et le résultat de la condition, et enregistre le tout dans un autre registre à prédicat. De telles instructions facilitent grandement le codage de certaines fonctions, qui demandent que plusieurs conditions soient vérifiées pour exécuter un morceau de code.
====Les instructions de test qui sont des soustractions déguisées====
Le second type d'instruction de test ne calcule pas ces conditions directement, mais elle fournit un résultat de quelques bits qui permet de les calculer avec quelques manipulations simples. Sur ces processeurs, il n'y a qu'une seule instruction de comparaison, qui est une soustraction déguisée. Le résultat de la soustraction n'est pas sauvegardé dans un registre et est simplement perdu. C'est le cas sur certains processeurs ARM ou sur les processeurs x86. Par exemple, un processeur x86 possède une instruction CMP qui n'est qu'une soustraction déguisée dans un opcode différent.
Le résultat de cette soustraction déguisée est un résultat portant sur 4 bits, qui donne des informations sur le résultat de la soustraction. Le premier bit, appelé bit ''null'', indique si le résultat est nul ou non. Le second bit indique le signe du résultat, s'il est positif ou négatif. Enfin, deux autres bits précisent si la soustraction a donné lieu à un débordement d'entier. Il y a deux bits, car on vérifie deux types de débordement : un débordement non-signé (une retenue sortante de l'additionneur), et le débordement signé (débordement en complément à deux).
Pour mémoriser le résultat d'une soustraction déguisée, le processeur incorpore un '''registre d'état'''. Le registre d'état stocke des bits qui ont chacun une signification prédéterminée lors de la conception du processeur et il sert à beaucoup de choses. Dans le cas qui nous intéresse, le registre d'état mémorise les résultats de l'instruction de test : les deux bit de débordement, le bit qui précise que le résultat d'une instruction vaut zéro, le bit de retenue pour le bit de signe.
La condition en elle-même est réalisée par le branchement. L'instruction de branchement fait donc deux choses : calculer la condition à partir du registre d'état, et effectuer le saut si la condition est valide. Le calcul des conditions se fait à partir des 4 bits de résultat. Le bit ''null'' permet de savoir si les deux opérandes sont égales ou non : si le résultat d'une soustraction est nul, cela implique que les deux opérandes sont égales. Le bit de signe permet de déterminer si le première opérande est supérieur ou inférieure à la seconde : le résultat de la soustraction est positif si A >= B, négatif sinon. Les bits de débordements permettent de faire la différence entre infériorité stricte ou non. Tout cela sera expliqué plus en détail dans le paragraphe suivant.
[[File:Branchements et tests avec un registre d'état.png|centre|vignette|upright=1.5|Branchements et tests avec un registre d'état]]
La conséquence est qu'il y a autant d'instructions de branchements que de conditions possibles. Aussi, on a une instruction de test, mais environ une dizaine d'instructions de branchements. C'est l'inverse de ce qu'on a avec des instructions de test proprement dites, où on a autant d'instructions de test que de conditions, mais un seul branchement. Un bon exemple est celui des processeurs x86. Le registre d'état des CPU x86 contient 5 bits appelés OF, SF, ZF, CF et PF : ZF indique que le résultat de la soustraction vaut 0, SF indique son signe, CF est le bit de retenue et de débordement non-signé, OF le bit de débordement signé, et PF le bit qui donne la parité du résultat. Il existe plusieurs branchements, certains testant un seul bit du registre d'état, et d'autres une combinaison de plusieurs bits.
{|class="wikitable"
|-
! Instruction de branchement
! Bit du registre d'état testé
! Condition testée si on compare deux nombres A et B avec une instruction de test
|-
! JS (Jump if Sign)
| SF = 1
| Le résultat est négatif
|-
! JNS (Jump if not Sign)
| SF = 0
| Le résultat est positif
|-
! JO (Jump if Overflow)
| OF = 1
| Le calcul arithmétique précédent a généré un débordement signé
|-
! JNO (Jump if Not Overflow)
| OF = 0
| Le calcul arithmétique précédent n'a pas généré de débordement signé
|-
! JNE (Jump if Not equal)
| ZF = 1
| Les deux nombres A et B sont égaux
|-
! JE (Jump if Equal)
| ZF = 0
| Les deux nombres A et B sont différents
|-
! JB (Jump if below)
| CF = 1
| A < B, avec A et B non-signés
|-
! JAE (Jump if Above or Equal)
| CF = 0
| A >= B, avec A et B non-signés
|-
! (JBE) Jump if below or equal
| CF OU ZF = 1
| A >= B si A et B sont non-signés
|-
! JA (Jump if above)
| CF ET ZF = 0
| A > B si A et B sont non-signés
|-
! JL (Jump if less)
| SF != OF
| si A < B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater or Equal)
| SF = OF
| si A >= B, si A et B sont signés
|-
! JLE (Jump if less or equal)
| (SF != OF) OU ZF = 1
| si A <= B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater)
| (SF = OF) ET (NOT ZF) = 1
| si A > B, si A et B sont signés
|}
===Les instructions à prédicat===
Les '''instructions à prédicat''' sont des instructions qui ne font quelque chose que si une condition est respectée, et se comportent comme un NOP (une instruction qui ne fait rien) sinon. Elles lisent le résultat d'une comparaison, dans le registre d'état ou un registre à prédicat, et s’exécutent ou non suivant sa valeur.
En général, les instructions à prédicats sont des instructions en plus des instructions normales, pas à prédicat. L'instruction à prédicat la plus représentative, présente sur de nombreux processeurs, est l'instruction CMOV, qui copie un registre dans un autre si une condition est remplie. Elle permet de faire certaines opérations assez simples, comme calculer la valeur absolue d'un nombre, le maximum de deux nombres, etc.
Pour gérer les instructions à prédicat, les instructions de test s'adaptent sur plusieurs points. Le premier est que les instructions de test préfèrent utiliser des registres à prédicats, au lieu d'un registre d'état. Une des raisons à cela est la suivante : avec des registres à prédicats, on peut ajouter des instructions pour faire un ET/OU/XOR entre registres à prédicats, ce qui permet de tester des combinaisons de conditions sans faire appel au moindre branchement. Et ces conditions complexes ne sont pas rares, ce qui rend l'usage de registres à prédicats très utiles avec les instructions à prédicats.
Une autre adaptation est que les instructions de test tendent à fournir deux résultats : le résultat de la condition, et le résultat de la condition inverse. Ils sont fournis dans deux registres à prédicats distincts. Faire ainsi facilite grandement l'implémentation des structures de contrôle SI...ALORS simples. Pour rappel, elles ont deux morceaux de code : un qui s’exécute si une condition est remplie, l'autre si la condition inverse est remplie. Avec ce système, les instructions du premier et du second morceau de code testerons deux bits distincts.
L'usage d'instructions à prédicat séparées des autres instructions porte le nom de '''prédication partielle'''. C'est de loin l'implémentation la plus courante. Mais sur certains processeurs, assez rares, toutes les instructions sont des instructions à prédicat : on parle de '''prédication totale'''. Les anciens processeurs ARM 32 bits étaient dans ce cas, par exemple.
Cela peut paraitre étrange, vu que certaines instructions ne sont pas dans une structure de contrôle et doivent toujours s’exécuter, peu importe les conditions testées avant. Mais rassurez-vous, sur les processeurs à prédication totale, il y a toujours un moyen pour spécifier que certaines instructions doivent toujours s’exécuter, de manière inconditionnelle. Par exemple, sur les processeurs d'architecture HP IA-64, un des registre à prédicat, le tout premier, contient la valeur 1 et ne peut pas être modifié. Si on veut une instruction inconditionnelle, il suffit qu'elle précise que le registre à prédicat à lire est ce registre.
: Les processeurs avec un registre d'état n'ont généralement que de la prédication partielle, le plus souvent limitée à une seule instruction CMOV. Alors que qui dit prédication totale dit systématiquement registres à prédicats.
Les processeurs ARM disposent d'une prédication totale, du moins pour le jeu d'instruction ARM 32 bits. Mais il supportent une second jeu d’instruction optionnel, le ''thumb'', qui est plus compact. Au lieu d'encoder ses instructions sur 32-64 bits, ses instructions font seulement 16 bits. Et pour compacter ce jeu d'instruction, la prédication totale a été supprimée. À la place, ''thumb'' incorpore une '''instruction IT''', qui active l’exécution conditionnelle des instructions suivantes.
L'instruction teste une condition et calcule un prédicat, qui est ensuite utilisé pour décider de l'exécution des instructions suivantes. L'exécution conditionnelle marche jusqu'à 4 instructions consécutives. Le nombre exact est configurable et va de 1 à 4 instructions consécutives après l'instruction IT. La condition est configurable pour les 1 à 4 instructions : chaque instruction peut s'exécuter si la condition est vraie, ou au contraire fausse. Un masque de 4 bits décide de quelle condition utiliser pour chaque instruction. Il y a un bit par instruction, qui vaut 1 si la condition doit être vérifiée, 0 si on veut la condition inverse.
===L'instruction SKIP===
L''''instruction SKIP''' permet de zapper l'instruction suivante si une condition testée est fausse. Il en existe deux versions. La première est fusionnée avec l'instruction de test. La condition est calculée par l'instruction SKIP, qui décide s'il faut sauter l'instruction suivante. Dans un autre cas, l'instruction SKIP est précédée d'une instruction de test, récupère son résultat dans un registre de prédicat ou dans le registre d'état, et effectue le saut. On peut la voir comme une forme particulière de branchement conditionnel, qui brancherait deux instructions plus loin.
Son utilité n'est pas évidente, mais on peut classer ses utilisations en trois catégories. La première permet d'émuler une instruction de branchement conditionnel en combinant une instruction SKIP avec un branchement inconditionnel. Le branchement inconditionnel est skippé si la condition est remplie/fausse, mais éxecuté dans le cas contraire : c'est le comportement d'un branchement conditionnel. Une autre utilisation permet d'émuler une instruction à prédicat en faisant précéder une instruction normale par une instruction SKIP. Enfin, elles servent à implémenter des structures de controle IF à condition que le code du IF se résume à une vulgaire instruction. C'est assez rare, mais certains calculs comme la valeur absolue ou le calcul du minimum peuvent se calculer ainsi.
[[File:Skip instruction.png|centre|vignette|upright=3|Skip instruction]]
Vous pourriez imaginer des versions améliorées de l'instruction, qui permettent de zapper plusieurs instructions, mais de telles instructions ne sont autres que des instructions de branchement conditionnelles spécifiques, comme nous le verrons dans le chapitre sur les modes d'adressage.
==Les méta-instructions REPEAT et EXECUTE==
Enfin, il faut aussi citer les '''méta-instructions''', des instructions qui agissent sur l’exécution d'autres instructions. Il en existe deux : REPEAT et EXECUTE. Elles servent techniquement à manipuler le flot de contrôle d'un programme, et ont quelques ressemblances avec les branchements ou les boucles. Elles sont extrêmement rares et on ne les trouve que sur des anciens processeurs (généralement micro-codés), ou sur certaines processeurs spécialisés dans le traitement de signal appelés des DSP, qui feront l'objet d'un chapitre à eux seuls.
===L’instruction REPEAT et le ''Zero-overhead looping''===
La première est la '''méta-instruction REPEAT''', qui permet de simplifier l'implémentation des boucles. Dans sa version la plus simple, elle fait en sorte que l'instruction qui la suit soit répétée plusieurs fois. Le nombre de répétition est soit un nombre fixe, toujours le même, soit l'instruction se répète tant qu'une condition n'est pas remplie. Les deux situations ne se rencontrent pas sur les mêmes processeurs. Par exemple, l'UNIVAC 1103 possède une instruction REPEAT très simple, qui répète l'instruction cible un nombre fixe de fois, mais ne gère pas les conditions.
Le GE-600/Honeywell 6000 series incorpore trois instructions REPEAT de ce type. La première répète l'instruction suivante soit un nombre fixe de fois, soit quand une condition est remplie. La seconde répète les deux instructions suivantes, l'une après l'autre. Enfin, la dernière répète l'instruction suivante jusqu'à : soit qu'une condition soit remplie, soit qu'une adresse bien précise soit atteinte. Elle servait sans doute à implémenter le parcours d'une liste chainée pour trouver un item bien précis.
Une version améliorée de l'instruction REPEAT permet de répéter un bloc de plusieurs instructions, ce qui permet d'implémenter une boucle en une seule instruction. Elles sont fréquentes sur certains processeurs de traitement de signal, qui doivent exécuter en permanence de petites boucles. Typiquement, elles permettent d'implémenter des boucles FOR dont le nombre d’exécution est fixe. La répétition de la boucle est contrôlée par un registre de boucle, qui mémorise le nombre de répétitions, et qui est décrémenté à chaque itération, sans avoir à utiliser d'instruction d'incrémentation/décrémentation.
Une variante précise deux adresses, qui délimitent les instructions de la boucle : une adresse pour le début de la boucle, une adresse pour la fin. L'implémentation hardware est alors assez simple : quand le ''program counter'' atteint l'adresse de fin, il est réinitialisé à l'adresse de début. La gestion du ''program counter'' se fait alors sans utiliser d'instructions de branchement. les deux registres sont initialisés avec une isntruction LOPP, spécialement dédiée pour cela.
Les deux techniques précédentes permettent d'implémenter des boucles sans utiliser de branchements, ou presque. Elles rendent l'exécution des boucles tellement rapides qu'elles portent le nom de '''''Zero-overhead looping'''''.
: Les instructions REP mentionnées plus haut, ne sont PAS des exemples d'instruction REPEAT. Le préfixe REP des processeurs x86 est une instruction qui se répète elle-même. Mais l'instruction REPEAT force la répétition de l'instruction suivante ! Elle agit sur une autre instruction, d'où son caractère de méta-instruction.
===L'instruction EXECUTE===
La '''méta-instruction EXECUTE''' fournit l'adresse d'une instruction cible, qui est exécutée en lieu et place de l'instruction EXECUTE. Quand le processeur exécute l'instruction EXECUTE, il prend l'adresse cible, charge l'instruction dans l'adresse cible, et l’exécute à la place de l'instruction EXECUTE. Il est possible de comprendre l'instruction EXECUTE comme un branchement spécial. Tout se passe comme si l'instruction EXECUTE effectuait un branchement vers l'instruction cible, mais que le processeur ne poursuivait pas l’exécution à la suite de l’instruction cible, et revenait à la suite de l'instruction cible.
Il y a souvent des contraintes sur l'instruction cible, qui est pointée par l'adresse cible. Généralement, il n'est pas possible que l'instruction cible soit elle-même une autre instruction EXECUTE. De même, beaucoup de processeurs interdisent que l’instruction cible soit un branchement. Mais d'autres processeurs n'ont pas ces contraintes et autorisent à utiliser des branchements pour l'instruction cible.
L'utilité d'une telle instruction est tout sauf évidente. Elle servait pourtant à beaucoup de choses sur les processeurs où elle était implémentée. Précisons qu'elle était surtout présente sur des vieux ordinateurs, dans les années 50-60, et quelques processeurs des années 70. Elle a disparu dès les années 80 et n'est présentée que par souci d'exhaustivité et intérêt historique pour les curieux. Cette précision permet de comprendre que cette instruction servait pour résoudre des problèmes qui sont actuellement résolus autrement.
L'adresse cible peut être soit intégrée dans l'instruction, soit dans un registre. Dans le second cas, l'adresse peut être incrémentée ou modifiée afin que l'instruction EXECUTE change de cible à chaque exécution. Tout se passe comme si le registre contenant l'adresse cible servait à émuler un ''program counter''. En mettant une instruction EXECUTE dans une boucle et en complétant le tout avec du code annexe, on peut exécuter du code extérieur sans modifier le véritable ''program counter''. L'utilité est de faciliter l'implémentation des logiciels debuggers, des émulateurs, ou d'autres programmes dans le même genre.
Les autres utilisations sont assez nombreuses, mais aussi difficiles à expliquer pour qui n'a pas de connaissances poussées en programmation. La première utilité est l'implémentation de certaines fonctionnalités des langages de programmation évolués, à savoir le ''late binding'', les fonctions virtuelles, et quelques autres. Elle facilite aussi l'implémentation des compilateurs à la volée, en permettant d’exécuter du code produit à volée sans faire tiquer les mécanismes de protection mémoire implémentés dans le processeur. Elle permet d'émuler du code automodifiant pour les logiciels qui gagnaient autrefois à l'utiliser. Et il y en a d'autres.
==Les instructions d'arrêt et de mise en veille==
Les processeurs gèrent souvent des '''instructions de mise en veille''' le processeur. Une fois mis en veille, le processeur ne peut être réveillé que si un signal de sortie de veille survient. Les signaux de sortie de veille sont envoyés par les périphériques, les entrées-sorties, le ''chipset'' de la carte mère, etc. Ils sont rarement mis totalement en veille, ce qui leur permet de générer ce signal de sortie si nécessaire. Le processeur attend alors qu'un périphérique lui envoie un signal de sortie de veille, mais ne fait rien en attendant. De telles instructions ne sont exécutables qu'en mode noyau, par le système d'exploitation.
: Le signal de sortie de veille est techniquement une interruption matérielle, comme on le verra plus tard.
Il existe aussi des '''instructions d'arrêt''', qui éteignent le processeur complétement. Le processeur peut redémarrer, mais pas reprendre là où il en était. Pour redémarrer, il faut qu'il reçoive un signal RESET, envoyé sur une entrée du processeur. Lorsque l'entrée RESET du processeur est mise à 1, le processeur redémarre. Typiquement, l'alimentation du processeur est suspendue.
===Les exemples sur les processeurs les plus connus===
Sur les processeurs ARM, les instructions WFI et WFE sont utiles pour les systèmes embarqués, pour mettre le processeur en mode basse consommation. Lorsqu'une instruction de ce type est exécutée, le processeur continue d'être alimenté, mais il ne tient pas compte du signal d'horloge. Le signal d'horloge est clock gaté dès l'entrée dans le CPU. La différence entre les deux instructions est que WFI s'exécute inconditionnellement, alors que WFE ne s’exécute que un registre spécifique, le registre d'évènement, est à 0.
Sur les processeurs Motorola 6502 et ses dérivés, l'instruction WAI est une instruction de mise en veille, alors que l'instruction STP éteint l'ordinateur. La différence est qu'avec l'instruction STP, le processeur ne réagit qu'au signal RESET, qui fait redémarrer le processeur, mais ne réagit pas aux signaux de sortie de veille. L'exécution du processeur ne reprend alors pas là où le processeur s'est arrêté, le ''program counter'' est réinitialisé.
Sur les CPU x86 avant le 486, l'instruction HLT ne mettait pas le processeur en mode basse consommation. Aucune technique n'était prévue pour réduire la consommation du processeur pendant la veille. Le 8086 se contentait de se déconnecter du bus et n'incrémentait pas son ''program counter''. Au passage, l'implémentation exacte au niveau des circuits de l'instruction HLT sur le 8086 est détaillée dans cet article de blog :
* [https://www.righto.com/2023/01/reverse-engineering-intel-8086.html Reverse-engineering the Intel 8086 processor's HALT circuits]
C'est avec le 486 que la mise en veille s'est accompagnée d'une extinction partielle du processeur. Le processeur passait en mode basse consommation, ce qui permettait des économies d'énergie de 5 à 10%. Cependant, les premiers CPU sortis d'usine avaient un bug : le CPU stoppé via l'instruction HLT ne pouvait pas redémarrer de manière logicielle, il fallait lui envoyer le signal de RESET directement via le matériel.
{|class="wikitable"
|-
! x86
| HLT (HALT)
|-
! ARM
|
* WFI (Wait For Interrupt)
* WFE (Wait For Event).
|-
! Motorola 6502 et plus
|
* WAI (WAit for Interrupt)
* STP (SToP)
|}
===Les instructions ''Halt And Catch Fire''===
Le bug de l’instruction HTL, sur le 486, n'est pas spécifique aux processeurs 486, de nombreux CPU ont des instructions non-documentées qui bloquent l'ordinateur, si exécutées. Le processeur ne peut alors pas sortir de la mise en veille et soit s'arrête, soit doit être RESET. Les instructions ne sont souvent pas voulues par les concepteurs et sont souvent des bugs. De telles instructions illégales devraient lever une exception matérielle "instruction non reconnue", mais ne le font pas en raison d'un bug quelconque. Elles sont appelées, non sans humour, des '''instructions ''Halt And Catch Fire''''' (stoppe et prend feu).
Un exemple classique est celle du bug du Pentium F00F. Le responsable est une instruction non-documentée, encodée en binaire comme suit F0 0F C7 C8. Il s'agit d'une instruction dont l'encodage est invalide. Elle correspond à une instruction cmpxchg8b qui agit sur une valeur 64 bits obtenue en concaténant les deux registres (EAX et EDX). Elle compare cette valeur 64 bits avec une donnée en mémoire RAM. Mais avec l'encodage F0 0F C7 C8, l'adresse mémoire est remplacée par un nom de registre, du fait de l'encodage des modes d'adressage sur ce CPU. En théorie, le processeur devrait lever une exception matérielle ''opcode invalide''. Seulement, l'instruction est associée à un préfixe LOCK, qu'on ne détaillera pas ici, qui empêche la levée de l'exception.
Elle agissait comme une instruction ''Halt And Catch Fire'' classique. Un problème est que cette instruction n'était pas une instruction en mode noyau, mais une instruction accessible en espace utilisateur. N'importe quel programme invalide, voire un programme malicieux, pouvait bloquer l'ordinateur. La situation a été prise an sérieux, les systèmes d'exploitation fournissant des mitigations logicielles. Intel corrigea le problème, dans une seconde fournée sortie d'usine, avec la version B2 du 486.
==Résumé==
Pour résumer, les instructions les plus courantes sont les suivantes :
{|class="wikitable"
|-
!Instruction
!Utilité
|-
!Instructions arithmétiques
|Elles font des calculs sur des nombres. Les plus communes sont l'addition, la soustraction, la multiplication, la division, le modulo. Pour les instructions flottantes, la racine carrée est souvent supportée, parfois avec les opérations trigonométriques, les logarithmes et l'exponentielle.
|-
!Instructions logiques
|Elles travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les plus communes sont ;
* Les opérations bit à bit, à savoir le ET logique, le OU logique, le OU exclusif (XOR) et le NON logique.
* Les instructions de décalage à droite et à gauche, qui vont décaler tous les bits d'un nombre d'un cran vers la gauche ou la droite. Les bits qui sortent du nombre sont considérés comme perdus.
* Les instructions de rotation, qui font la même chose que les instructions de décalage, à la différence près que les bits qui "sortent d'un côté du nombre" après le décalage rentrent de l'autre.
|-
!Instructions de test et de contrôle (branchements)
|Elles permettent de contrôler la façon dont notre programme s’exécute sur notre ordinateur. Elles permettent notamment de choisir la prochaine instruction à exécuter, histoire de répéter des suites d'instructions, de ne pas exécuter des blocs d'instructions dans certains cas, et bien d'autres choses.
|-
!Instructions d’accès mémoire
|Elles permettent d'échanger des données entre le processeur et la mémoire, ou encore permettent de gérer la mémoire et son adressage. Les deux les plus courantes sont les suivantes :
* LOAD : charge une donnée dans un registre ;
* STORE : copie le contenu d'un registre dans une adresse mémoire.
|}
En plus de ces instructions, beaucoup de processeurs ajoutent d'autres instructions. La plupart sont utilisées par le système d'exploitation pour configurer certaines fonctionnalités importante : la protection mémoire, la mémoire virtuelle, les modes de compatibilité du processeur, la gestion de l'alimentation, l'arrêt ou la mise en veille, etc.
On peut aussi trouver des instructions spécialisées dans les calculs cryptographiques : certaines instructions permettent de chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe. De même, certains processeurs ont une instruction permettant de générer des nombres aléatoires. Et on peut trouver bien d'autres exemples...
Mais d'autres sont franchement exotiques. Par exemple, certains processeurs sont capables d'effectuer des instructions sur du texte directement. Pour stocker du texte, la technique la plus simple utilise une suite de lettres, stockées les unes à la suite des autres dans la mémoire, dans l'ordre dans lesquelles elles sont placées dans le texte. Quelques ordinateurs disposent d'instructions pour traiter ces suites de lettres. D'ailleurs, n'importe quel PC x86 actuel dispose de telles instructions, bien qu'elles ne soient pas utilisées car paradoxalement trop lente comparé aux solutions logicielles ! Cela peut paraître surprenant, mais il y a une explication assez simple qui sera compréhensible dans quelques chapitres (les instructions en question sont microcodées).
<noinclude>
{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les mémoires FIFO et LIFO
| prevText=Les mémoires FIFO et LIFO
| next=Les registres du processeur
| nextText=Les registres du processeur
}}
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Mewtow
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/* Les instructions d'accès mémoire complexes */
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wikitext
text/x-wiki
Ce chapitre va aborder le langage machine, à savoir un standard qui définit les instructions du processeur, le nombre de registres, etc.
Dans ce chapitre, on considérera que le processeur est une boîte noire au fonctionnement interne inconnu.
Nous verrons le fonctionnement interne d'un processeur dans quelques chapitres.
Les concepts que nous allons aborder ne sont rien d'autre que les bases nécessaires pour apprendre l'assembleur.
Nous allons surtout parler des instructions du processeur.
Pour simplifier, on peut classer les instructions en quatre grands types :
* les échanges de données entre mémoires ;
* les calculs et autres opérations arithmétiques ;
* les instructions de comparaison ;
* les instructions de branchement.
À côté de ceux-ci, on peut trouver d'autres types d'instructions plus exotiques, pour gérer du texte, pour modifier la consommation en électricité de l'ordinateur, pour chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe, générer des nombres aléatoires, etc. Dans ce chapitre, nous allons voir un aperçu assez large des instructions qui existent. Nous n'allons pas nous limiter aux instructions les plus importantes, mais nous allons aussi parler d'instructions assez exotiques, soit présentes uniquement sur d'anciens ordinateurs, soit très rares, soit franchement tordues. Et certaines de ces instructions exotiques sont assez impressionnantes et risquent de vous surprendre !
==Les instructions entières==
Les '''instructions arithmétiques''' sont les plus courantes et comprennent au minimum l'addition, la soustraction, la multiplication, plus rarement la division. Précisons qu'une opération mathématique ne se fait pas de la même manière suivant la représentation utilisée pour coder ces nombres : on ne manipule pas de la même façon des nombres entiers binaires, des entiers codés en BCD et des nombres flottants. Aussi, dans ce qui va suivre, nous allons séparer les opérations entières, les opérations flottantes et les opérations en BCD.
Les processeurs modernes utilisent des nombres encodés soit en binaire normal, soit en complément à deux. L'avantage est que les opérations arithmétiques se font de la même manière dans les deux encodages. Il y a quelques différences, mais elles sont suffisamment mineures, pas besoin d'avoir une instruction dédiée pour les nombres signés. Les anciens processeurs utilisaient eux des entiers signés en signe-magnitude ou en complément à 1, ou d'autres représentations. Et avec ces représentations, les calculs ne sont pas exactement les mêmes pour les nombres signés et non-signés. Ils avaient donc des instructions séparées pour l'addition signée et l'addition non-signée, idem pour la soustraction, la multiplication, etc.
De nos jours, les ordinateurs utilisent des entiers de taille fixe, qui tiennent dans un registre. J'ai dit qui tiennent dans un registre, car la taille des opérandes dépend de l'instruction. Un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs pour chaque taille : certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Mais la taille d'une opérande ne dépasse pas la taille d'un registre entier.
===La ou les instructions d'addition entière===
Un processeur implémente au minimum une opération d'addition, même s'il existe de rares exemples de processeurs qui s'en passent. Mieux : certains processeurs implémentent plusieurs instructions d'addition, qui se distinguent par de subtiles différences.
La première est évidemment la '''taille des opérandes'''. Un processeur 32 bits peut par exemple implémenter trois additions différentes : une addition 32 bits qui additionne deux opérandes 32 bits : une addition 16 bits qui additionne deux doublets (16 bits), et une addition 8 bits qui additionne deux octets. Précisons cependant que c'est une possibilité et que ca n'a rien d'automatique. De nombreux processeurs ne fournissent que des additions sur des opérandes 32 bits, et rien d'autre,les autres taille d'opérandes ne sont pas supportées. Mais on peut toujours émuler des opérations sur 8 ou 16 bits avec des opérations de masquage.
La seconde différence est la '''gestion des débordements d'entier'''. Pour gérer les débordements d'entier, certains processeurs disposent d'un '''registre de débordement''', de 1 bit, qui indique si une instruction arithmétique a généré un débordement d'entier ou non. Il est mis à 1 en cas de débordement, mais reste à 0 sinon. Il est mis à jour à chaque addition/multiplication/soustraction.
Pour rappel, les débordements d'entiers sont différents selon que l'addition est signée ou non, et il faut en tenir compte au niveau du jeu d'instruction. La solution la plus simple est l'existence de deux instructions dédiées : une pour les additions de nombres signés et une autre pour les nombres non-signés. Le circuit additionneur est le même pour ces deux instruction, mais le calcul du bit de débordement est différent. D'autres processeurs s'en sortent autrement, en ayant deux bits de débordement : un si le résultat est signé, l'autre pour les résultats non-signés. Mais nous reparlerons de cela plus tard.
Une autre différence, présente sur les vieux processeurs, tient dans la '''gestion de la retenue''. À l'époque, les processeurs ne pouvaient gérer que des nombres de 4 à 8 bits, guère plus. Pourtant, la plupart des applications logicielles demandait d'utiliser des entiers de 16 bits. Les opérations comme l'addition ou la soustraction étaient alors réalisées en plusieurs fois. Par exemple, on additionnait les 8 bits de poids faible, puis les 8 bits de poids fort. Dans un cas pareil, il fallait aussi gérer la retenue dans l'addition des 8 bits de poids fort.
Pour cela, la retenue en question était mémorisée dans un registre de 1 bit dédié, semblable au registre de débordement, appelé le '''bit de retenue'''. De plus, les processeurs incorporaient une instruction d'addition qui additionnait les deux opérandes avec la retenue en question, instruction souvent appelée ADDC (''ADD with Carry''). Niveau circuits, cela ne changeait pas grand chose, tous les additionneurs ayant une entrée pour la retenue (qui est utilisée pour implémenter la soustraction, rappelez-vous). L'implémentation de l'instruction ADDC était très simple, n'utilisait presque pas de circuits, et rendait de fiers services aux programmeurs de l'époque. Nous parlons là des vieux processeurs 4 et 8, mais certains processeurs 16, 32, voire 64 bits, sont capables d'effectuer ce genre d'opération, même si ils sont rares.
: Il existe parfois des instructions pour mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. C'est le cas sur l'architecture x86. Mais son utilité est marginale, car toutes les instructions arithmétiques modifient le bit de retenue.
La même chose a lieu pour la soustraction, qui demande qu'une "retenue" soit propagée d'une colonne à l'autre (bien que la "retenue" soit utilisée différemment : elle n'est pas additionnée, mais soustraite du résultat de la colonne). Pour cela, les processeurs implémentent l'opération SUBC (''Substract with Carry''). Et pour mettre en œuvre cette opération, ils ont deux options. La première est d'ajouter un bit pour la "retenue" de la soustraction. Pour une soustraction qui calcule a-b, elle vaut 0 si a>=b et 1 si a<b. Elle est utilisée telle qu'elle par le circuit qui effectue la soustraction, généralement un soustracteur. L'autre option est d'utiliser le but de retenue de l'addition, sans rien modifier. Pour comprendre pourquoi, rappelons que la soustraction est implémentée en complément à deux par le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + 1</math>
Il s'agit d'une addition, qui a donc une retenue lors d'un débordement. On peut alors réutiliser le bit de retenue de l'addition pour la soustraction, en modifiant quelque peu la soustraction à effectuer. Pour comprendre comment faire la modification, précisons tout d'abord que les règles du complément à deux nous disent qu'on a un débordement quand a>=b. Passons maintenant à l'étude d'un exemple théorique : le cas où on veut soustraire deux nombres de 16 bits avec deux opérations SUBC qui travaillent sur 8 bits. Appelons les deux opérandes A et B, <math>a_h</math> et <math>b_h</math> les 8 bits de poids forts de ces opérandes, et <math>a_l</math> et <math>b_l</math> leurs 8 bits de poids faible. Voyons ce qui se passe suivant que la retenue soit de 0 ou 1.
* Si la retenue de l'addition est de 1, on a <math>a_l \geq b_l</math>, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>.
* À l'inverse, si la retenue de l'addition est de 0, on a <math>a_l \leq b_l</math>. Cela veut dire que si on posait la soustraction, alors une retenue devrait être propagée à la colonne suivante, ce qui veut dire que la seconde soustraction doit calculer <math>a_h + \overline{b_h} + 1 - \text{retenue de 1}</math>.
Récapitulons dans un tableau.
{|class="wikitable"
|-
! Retenue
! Opération à effectuer pour la seconde soustraction
|-
! 0
| <math>a_h + \overline{b_h} + 0</math>
|-
! 1
| <math>a_h + \overline{b_h} + 1</math>
|}
On voit que ce qu'il faut ajouter à <math>a_h + \overline{b_h}</math> est égal à la retenue. L'opération SUBC fait donc le calcul suivant :
: <math>a - b = a + \overline{b} + \text{retenue}</math>
La plupart des processeurs 8 et 16 bits avaient deux instructions de soustraction séparées : une sans gestion de la retenue, une avec. Mais certains processeurs comme le 6502 n'avaient qu'une seule instruction de soustraction : celle qui tient compte de la retenue ! Il n'y avait pas de soustraction normale. Pour éviter tout problème, les programmeurs devaient faire attention. Ils disposaient d'une instruction mettre à 0 ou à 1 le bit de retenue pour éviter tout problème, qu'ils utilisaient avant toute soustraction simple.
===Les instructions de division entière===
Il faut savoir que la division est une opération très lourde pour le processeur : une instruction de division dédiée met au mieux une dizaine de cycles d'horloge pour fournir un résultat, parfois plus de 50 à 70 cycles d’horloge. Et elle est facilement 10 à 50 fois plus lente qu'une opération de multiplication. De plus, son implémentation matérielle utilise beaucoup de portes logiques/transistors. Son cout globalement le même que pour un circuit multiplieur, parfois un peu plus. Mais on a de la chance : c'est aussi une opération assez rare, peu utilisée.
De plus, les divisions les plus courantes sont des divisions par une constante : un programme devant manipuler des nombres décimaux aura tendance à effectuer des divisions par 10, un programme manipulant des durées pourra faire des divisions par 60 (gestion des minutes/secondes) ou 24 (gestion des heures). Or, diverses astuces permettent de les remplacer par des suites d'instructions plus simples, qui donnent le même résultat (l'usage de décalages, la multiplication par un entier réciproque, etc). Et la suite d'instruction équivalent est beaucoup plus rapide qu'une implémentation matérielle, car on profite qu'une opérande est constante. En-dehors de ce cas, l'usage des divisions est assez rare.
Sachant cela, certains processeurs ne possèdent pas d'instruction de division, car les gains de performance seraient modérés et le coût en transistors élevé. Les divisions sont alors émulées en logiciel, par une suite de soustractions ou tout autre code équivalent. D'autres processeurs implémentent toutefois la division dans une instruction machine, avec un circuit dédié, mais c'est signe que le coût en transistors n'est pas un problème pour le concepteur de la puce.
===Les instructions de multiplication entière===
Contrairement à la division, l'opération de multiplication entière est très courante, presque tous les processeurs modernes en ont une. Les multiplications sont plus fréquentes dans le code des programmes, sans compter que c'est une opération pas trop lourde à implémenter en circuit. Il en existe parfois plusieurs versions sur un même processeur. Ces différentes versions servent à résoudre un problème quant à la taille du résultat d'une multiplication.
Le résultat d'une multiplication est très large et prend deux registres. Par exemple, une multiplication de deux opérandes 64 bits donne un résultat sur 128 bits, ce qui ne tient pas dans un registre, mais en prend deux. Et en général, la multiplication de deux opérandes de <math>n</math> bits donne un résultat de <math>2 \times n</math>, soit deux fois plus de bits. Le résultat complet ne tient pas dans un registre, il en prend exactement deux. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions.
Dans sa version la plus simple, l'instruction de multiplication se contente de garder les <math>n</math> bits de poids faible. Tous les processeurs qui supportent la multiplication ont une '''instruction MUL''' qui ne calcule que les bits de poids faible du résultat, dont le résultat est enregistré dans un seul registre. L'instruction peut générer des débordements d'entiers, si le résultat déborde dans les bits de poids fort.
Pour obtenir le résultat complet, le reste du processeur. Beaucoup de processeurs supportent juste l'instruction MUL, et ne permettent pas de calculer les bits de poids fort du résultat. Mais d'autres le permettent, avec des instructions spécialisées. Le processeur ajoute des instructions de multiplication, séparées de l'instruction MUL, qui permettent d'obtenir le résultat complet, directement ou indirectement. Le problème à résoudre est que le résultat prend deux registres. Globalement, il y a deux grandes solutions.
La première rajoute une '''instruction MULH''', pour calculer les bits de poids fort du résultat. Le processeur a donc deux instructions de multiplication : l'instruction MUL qui calcule les bits de poids faible du résultat, l'instruction MULH qui calcule les bits de poids fort. D'autres processeurs disposent d'une instruction de multiplication configurable, qui permet de choisir quels bits conserver : poids fort ou poids faible. Le calcul du résultat complet est donc fait en deux instructions, chacune n'écrivant son résultat que dans un seul registre.
La seconde rajoute une '''instruction MULX''' ou ''FULL MUL'', qui calcule les tout le résultat en une seule opération, et qui mémorisent le résultat dans deux registres. C'est plus rare, mais possible. Le défaut est que l'instruction doit préciser les deux registres dans lesquels enregistrer le résultat. Elle doit préciser le registre pour les bits de poids faible, un autre pour les bits de poids fort. Et préciser deux registres de résultat, pus deux registre d'opérande, c'est compliqué : les quatre registres prennent trop de place dans l'instruction, comme on le verra dans le chapitre sur l'encodage des instructions.
==Les instructions sur les entiers BCD==
Parlons maintenant des '''instructions BCD''', qui agissent sur des opérandes codées en BCD. Devenues très rares avec la disparition du BCD dans l'informatique grand-public, elles étaient quasiment essentielles sur les tous premiers processeurs 8 bits.
===Les ordinateurs décimaux===
Au tout début de l'informatique, il a existé des processeurs qui travaillaient uniquement en BCD, appelés des '''processeurs décimaux'''. Ils avaient uniquement des instructions BCD, pas d'instruction sur des opérandes codées en binaire. Ils étaient assez courants entre les années 60 et 70, même s'ils ne représentent pas la majorité des architectures de l'époque. Il y avait une vraie séparation entre processeurs décimaux et processeurs binaires, sans intermédiaires notables.
Les tous premiers ordinateurs décimaux pouvaient manipuler des entiers BCD de taille arbitraire. Ils stockaient leurs nombres dans des chaines de caractères ou des tableaux encodés en BCD. Le processeur faisait les calculs chiffre par chiffre, caractère BCD par caractère BCD. Les ordinateur décimaux qui ont abandonné ce fonctionnement. À la place, ils ont intégré des registres capables de mémoriser des entiers BCD de taille fixe.
Le grand avantage des processeurs décimaux est leur très bonne performance dans les tâches de bureautique, de comptabilité, et autres. Les processeurs de l'époque recevaient des entiers codés en BCD de la part des entrées-sorties, et devaient les traiter. Les processeurs binaires devaient faire des conversion BCD-binaire pour communiquer avec les entrées-sorties, mais pas les processeurs décimaux. Le gain en performance pouvait être substantiel dans certaines applications.
===Les instructions BCD des processeurs binaires===
Par la suite, dans les années 80, l'augmentation des performances a favorisé les processeurs binaires. Faire des conversions binaires-BCD n'était plus un problème, les conversions étaient suffisamment rapides. Par contre, faire les calculs en BCD était plus lent que faire les calculs en binaire, ce qui fait que le compromis technologique de l'époque favorisaient le binaire. Mais pour obtenir le meilleur des deux mondes, les processeurs binaires ont ajouté un support du BCD. C'était l'époque des architectures 8 bits, puis 16 bits.
Intuitivement, on se dit que, les processeurs de l'époque des 8 bits avaient leurs instructions de calcul en double : une instruction pour les calculs entier et une autre pour les calculs BCD. Mais d'autres processeurs faisaient autrement. À l'époque des processeurs 8-16 bits, certains processeurs ne géraient pas d'instructions BCD proprement dit, mais géraient quand même les calculs en BCD grâce à des instructions spéciales. Concrètement, les programmeurs utilisaient une instruction d'addition ou de soustraction binaire, mais il était possible de corriger ce résultat pour obtenir le bon résultat codé en BCD. Les processeurs de l'époque disposaient d'une instruction pour faire la correction, souvent appelée ''Decimal Adjust After Addition''.
Avant d'aller plus loin, nous devons préciser que les processeurs 8 bits de l'époque pouvaient gérer deux formats de BCD. Le premier est le '''format ''Packed''''', où deux chiffres sont mémorisé dans un octet. Le premier nibble (4bits) mémorise un chiffre BCD, le second nibble mémorise le second. Il s'agit d'un format qui remplit au maximum les bits de l'octet avec des données utiles. L'autre format, appelé '''''Unpacked''''', ne mémorise qu'un seul chiffre BCD dans un octet. Le chiffre est quasi- tout le temps dans le nibble de poids faible. Il se trouve que la manière de corriger le résultat d'une opération n'est pas la même suivant que le nombre est codé en BCD ''packed'' et ''unpacked''.
Pour commencer, étudions le cas des nombres BCD ''unpacked'', plus simples à comprendre. Lors d'une addition, il se peut que le résultat ne soit pas représentable en BCD ''unpacked''. Par exemple, si je fais le calcul 5 + 8, le résultat sera 13 : il tient dans un nibble en décimal, mais pas en BCD ! Cette situation survient quand le résultat d'une addition de deux entiers BCD ''unpacked'' dépasse 9, la limite de débordement en BCD ''unpacked''. Nous avons vu dans le chapitre sur les circuits d'addition que la correction est alors toute simple : si le résultat dépasse 9, on ajoute 6. De plus, on doit prévenir que le résultat a débordé et ne tient pas sur un nibble en BCD. Pour cela, on ajoute un bit spécialisé, appelé le '''''half carry flag''''', indicateur de demi-retenue en français, qui joue le même rôle que le bit de débordement, mais pour le BCD ''unpacked''. Sur les processeurs x86, tout cela est réalisé par une instruction appelée ''ASCII adjust after addition''.
: Pour la soustraction, il faut faire la même chose, sauf qu'il faut soustraire 6, pas l'ajouter. Et il y a aussi une instruction pour cela : ''ASCII adjust after substraction''.
Pour les nombres BCD ''packed'', la procédure est globalement la même, sauf qu'il faut traiter les deux ''nibbles'' : on ajoute 6 si le nibble de poids faible dépasse 9, puis on fait la même chose avec le ''nibble'' de poids fort. Le bit ''half carry flag'' n'est pas mis à jour et est tout simplement ignoré. Notons qu'on modifie d'abord le ''nibble'' de poids faible, avant de traiter celui de poids fort. En effet, si on corrige celui de poids faible, la retenue obtenue en ajoutant 6 se propage au nibble suivant, ce qui fait que ce dernier peut voir sa valeur augmenter. Une fois cela fait, le bit de retenue est mis à 1. La procédure est différente, vu qu'il faut traiter deux ''nibles'' au lieu d'un, et que le bit ''half-carry'' est ignoré au profit du bit de retenue normal. D'où l'existence d'une instruction séparée pour l'addition des nombres BCD ''packed'', appelée ''Décimal adjust after addition'' sur les processeurs x86.
Les processeurs modernes ne supportent plus le BCD, car il est très peu utilisé. Les processeurs ARM et MIPS ont toujours fait sans instructions BCD. Les processeurs x86 des PC désactivent les instructions BCD en mode 64 bits, mais conservent des opérations BCD en mode 32 bits, pour des raisons de compatibilité. Le support du codage BCD est surtout quelque chose qu'on trouve sur les anciens processeurs.
==Les instructions flottantes==
Passons maintenant au support des nombres flottants. Avant les années 60, les processeurs n'était pas encore capables de faire de calculs avec des nombres flottants. Les calculs flottants étaient émulés soit par une bibliothèque logicielle, soit par le système d'exploitation. Pour améliorer les performances, les concepteurs de processeurs ont conçus des '''coprocesseurs arithmétiques''', des processeurs secondaires spécialisés dans les calculs flottants, qui complémentaient le processeur principal, et avaient leur propre emplacement sur la carte mère. Par la suite, les concepteurs de processeurs ont incorporé des instructions de calculs sur des nombres flottants, rendant le coprocesseur inutile.
Pour supporter les nombres flottants, il y a deux écoles. La première utilise des instructions flottantes séparées des instructions entières. La seconde utilise des instructions d'addition/soustraction/multiplication généralistes, capables de traiter indifféremment entiers et flottants, voire les encodages BCD.
===Les architectures taguées===
Le second cas correspond à certaines machines assez anciennes, datant des années 50 à 70. Ces processeurs n'avaient qu'une seule instruction d'addition, qui pouvait traiter indifféremment flottants, nombres entiers codés en BCD, en complément à deux, etc. Pour cela, les opérandes étaient associés à un type qui précisait s'il s'agissait d'un opérande flottant, entier, BCD, d'un pointeur, ou autre. Le traitement effectué par une instruction dépendait des ''tag'' associés aux opérandes. Par exemple, si les deux opérandes avaient un ''tag'' "entier", l'instruction faisait un calcul entier. Si les deux opérandes avaient un ''tag'' "flottant", l'instruction faisait un calcul flottant.
Le type de l'opérande était encodé avec un ''tag'', une sorte de numéro codé en binaire. Le ''tag'' était stocké en mémoire à côté de l'opérande, un mot mémoire contenait la donnée et le ''tag'' concaténés l'un à la suite de l'autre. Le défaut est que la mémoire devait être conçue pour gérer le ''tag'', de même que le processeur. Des processeurs de ce type s'appellent des ''architectures à tags'', ou '''tagged architectures''', en référence au ''tag'' ajouté dans la mémoire.
Mais les processeurs modernes n'utilisent pas cette technique, du fait de son cout en mémoire. À la place, le processeur dispose d'une instruction par type à manipuler : une instruction de multiplication pour les flottants, une autre pour les entiers codés en complément à deux, etc.
===Les processeurs avec des instructions flottantes dédiées===
Les processeurs modernes disposent d''''instructions de calculs flottants''', qui font des calculs avec des nombres flottants. En général, les instructions flottantes les plus courantes sont l'addition, la soustraction, la multiplication et la division. D'autres opérations plus complexes peuvent être supportées, comme les fonctions trigonométriques, les logarithmes, l'exponentielle, la fonction puissance, etc. Mais c'est déjà un peu plus rare, la majorité des processeurs anciens se contentent des quatres opérations de base.
: Nous palerons aussi d'''instructions flottantes'' pour désigner les ''instructions de calcul flottant''. Mais les deux termes ne sont pas strictement équivalent, car les ''instructions flottantes'' regroupent toutes les instructions flottantes, pas que les calculs flottants. La différence entre les deux deviendra plus claire quand on arrivera à la section sur les isntructions d'accès mémoire.
En général, les processeurs utilisent des registres séparés pour les nombres flottants. Ils ont d'un côté des '''registres généraux''' pour les nombres entiers et les adresses mémoire, de l'autre des '''registres flottants''' pour les nombres flottants. Les instructions de calcul flottants utilisent ces ''registres flottants'' uniquement, elles ne peuvent pas lire/écrire dans les registres généraux, sauf pour quelques exceptions. La séparation entre registres flottants et entiers est la source de quelques subtilités, qu'on abordera dans la section sur les instructions d'accès mémoire.
Le standard IEEE 754 standardise quelques instructions flottantes : les quatre opérations arithmétiques de base, les comparaisons et la racine carrée. Certains processeurs vont plus loin et implémentent aussi d'autres instructions sur les flottants qui ne sont pas supportées par la norme IEEE 754. Par exemple, certaines fonctions mathématiques telles que sinus, cosinus, tangente, arctangente et d'autres. Le seul problème, c'est que ces instructions peuvent mener à des erreurs de calcul incompatibles avec la norme IEEE 754. Heureusement, les compilateurs peuvent mitiger ces désagréments.
Il faut néanmoins préciser que le support de la norme IEEE 754 n'est pas une obligation : certains processeurs ne la supportent que partiellement. Par exemple, certains processeurs ne supportent que les flottants simple précision, mais pas les double précision (ou inversement). Exemple : les premiers processeurs Intel ne géraient que les flottants double précision étendue. D'autres processeurs ne gèrent pas les ''underflow'', ''overflow'', les NaN, les infinis, ou même les flottants dénormaux. Précisons que même lorsque la gestion des dénormaux est implémentée en hardware (comme c'est le cas sur certains processeurs AMD), celle-ci reste malgré tout très lente.
Si les exceptions ne sont pas supportées, le processeur peut être configuré de façon à soit ignorer les exceptions en fournissant un résultat, soit déclencher une exception matérielle (à ne pas confondre avec les exceptions de la norme). Le choix du mode d'arrondi ou la gestion des exceptions flottantes se fait en configurant un registre dédié, intégré dans le processeur.
Plus rarement, il arrive que certains processeurs gèrent des formats de flottants spéciaux qui ne font pas partie de la norme IEEE 754. Par exemple, certains processeurs utilisent des formats de flottants différents de la norme IEEE 754, avec par exemple des flottants codés sur 8 ou 16 bits, qui sont très utiles pour les applications qui se contentent très bien d'un résultat approché.
==Les instructions logiques==
À côté des instructions de calcul, on trouve des '''instructions logiques''' qui travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les opérations bit à bit ont déjà été vues dans les premiers chapitres, ceux sur l'électronique. Pour rappel, les plus courantes sont :
* La négation, ou encore le NON bit à bit, inverse tous les bits d'un nombre : les 1 deviennent des 0 et les 0 deviennent des 1.
* Le ET bit à bit, qui agit sur deux nombres : il va prendre les bits qui sont à la même place et va effectuer un ET (l’opération effectuée par la porte logique ET). Exemple : 1100·1010=1000.
* Les instructions similaires avec le OU ou le XOR.
Mais d'autres instructions sont intéressantes à étudier.
===Les instructions de décalage et de rotation===
Les '''instructions de décalage''' décalent tous les bits d'un nombre vers la gauche ou la droite. Pour rappel, il existe plusieurs types de décalages : les rotations, les décalages logiques, et les décalages arithmétiques. Nous avions déjà vu ces trois opérations dans le chapitre sur les circuits de décalage et de rotation, ce qui fait que nous allons simplement faire un rappel dans le tableau suivant. Pour résumer, voici la différence entre les trois opérations :
{|class="wikitable"
|-
!
! Schéma
! Gestion des bits sortants
! Remplissage des vides laissés par le décalage
|-
! Rotation
|[[File:Rotation de bits.png|Rotations de bits.]]
| Réinjectés dans les vides laissés par le décalage
| Remplis par les bits sortants
|-
! Décalage logique
|[[File:Décalage logique.png|Décalage logique.]]
| rowspan="2" | Les bits sortants sont oubliés
| Remplis par des zéros
|-
|-
! Décalage arithmétique
|[[File:Décalage arithmétique.png|Décalage arithmétique.]]
| Remplis par :
* le bit de signe pour les bits de poids fort ;
* des zéros pour les bits de poids faible .
|}
Pour rappel, les décalages de n rangs sont équivalents à une multiplication/division par 2^n. Un décalage à gauche est une multiplication par 2^n, alors qu'un décalage à droite est une division par 2^n. Les décalages logiques effectuent la multiplication/division pour un nombre non-signé (positif), alors que les décalages arithmétiques sont utilisés pour les nombres signés. Précisons cependant que pour ce qui est des décalages à droite, les décalages logiques et arithmétiques n'arrondissent pas le résultat de la même manière. Les décalages logiques à droite arrondissent vers zéro, alors que les décalages arithmétiques arrondissent vers la valeur inférieure (vers moins l'infini). De plus, les décalages à gauche entraînent des débordements d'entiers qui ne se gèrent pas de la même manière entre décalage logique et décalage arithmétique.
La plupart des processeurs stockent le bit sortant dans un registre, généralement le registre qui stocke le bit de retenue des additions qui est réutilisé pour cette optique. Ils possèdent aussi une variante des instructions de décalage où le bit de retenue est utilisé pour remplir le bit libéré au lieu de mettre un zéro. Cela permet d'enchaîner les décalages sur un nombre de bits plus grand que celui supporté par les instructions en procédant par morceaux. Par exemple, pour un processeur supportant les décalages sur 8 et 16 bits, il peut enchaîner deux décalages de 16 bits pour décaler un nombre de 32 bits ; ou bien un décalage de 8 bits et un autre de 16 bits pour décaler un nombre de 24 bits.
[[File:Shift Arithmetic Right.svg|centre|vignette|Décalage arithmétique à droite, où le bit sortant est mémorisé dans le bit de retenue (CF pour ''Carry Flag'').]]
Ils existe une variante des instructions de rotation où le bit de retenue est utilisé. Un bon exemple est celui des instructions LRCY (''Left Rotate Through Carry'') et RRCY (''Right Rotate Through Carry''). La première est un décalage/rotation à gauche, l'autre est un décalage/rotation à droite. Les deux décalent un registre de 16 bits, mais on pourrait imaginer la même chose avec des registres de taille différente. Lors du décalage, le bit sortant est mémorisé dans le registre de retenue, alors que le bit de retenue précédent est lui envoyé dans le vide laissé par le décalage. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une rotation, sauf que le nombre décalé/rotaté est composé du registre concaténé au bit de retenue, le bit de retenue étant le bit de poids fort pour un décalage à gauche, de poids faible pour un décalage à droite.
====Le cas particuliers des processeurs ARM====
Sur les processeurs ARM, il n'y a pas d'instruction de décalage à proprement parler, ni de rotations. Par contre, les décalages sont fusionnés avec la plupart des opérations arithmétiques ! Toute opération arithmétique prend deux registres d'opérandes et un registre de destination, ainsi qu'un décalage facultatif. Le décalage est appliqué sur la seconde opérande automatiquement, sans avoir à faire une instruction séparée. À l'intérieur de l'instruction, deux bits précisent quel type de décalage effectuer (logique à droite, arithmétique à droite, à gauche, rotation à droite). Le nombre de rangs dont il faut décaler est soit encodé directement dans l'instruction sur 5-6 bits, soit précisé dans un registre.
Toutes les instructions ne permettent pas de faire un décalage automatique. Seules les opérations simples peuvent le faire, à savoir les additions, soustractions, copies d'un registre à un autre, les opérations logiques, et quelques autres. Et cela se marie très bien avec le fait qu'on applique le décalage sur la seconde opérande fait qu'il se marie très bien avec les calculs d'adresse. En effet, quand un programmeur manipule une structure de données, notamment un tableau, il arrive souvent qu'il fasse des calculs d'adresse cachés. La majeure partie de ces calculs d'adresse sont de la forme : adresse de base + (indice * taille de la donnée). Vu que les données ont très souvent une taille qui est une puissance de deux, le second terme se calcule en décalant l'indice, le calcul total demande une simple addition avec une opérande décalée, ce qui prend une seule instruction sur les processeur ARM.
===Les instructions de manipulation de bits===
D'autres opérations effectuent des calculs non pas bit à bit (on traite en parallèle les bits sur la même colonne), mais qui manipulent les bits à l'intérieur d'un nombre. les plus simples d'entre elles comptent sur les bits.
Une instruction très commune de ce type est l'instruction '''''population count''''', qui compte le nombre de bits d'un nombre qui sont à 1. Par exemple, pour le nombre 0100 1100 (sur 8 bits), la ''population count'' est de 3. Il s'agit d'une instruction utile dans les codes correcteurs d'erreur, très utilisés pour tout et n'importe quoi (trames réseau, sommes de contrôle des secteurs des disques dur, et bien d'autres). De plus, elle permet de calculer facilement le bit de parité d'un nombre, ce qui est utile pour les codes de détection d'erreur. En soi, l'instruction est facultative et l'implémenter est un choix qui n'est pas trivial. Mais cette instruction est très simple à implémenter en circuits, sans compter que son implémentation utilise assez peu de transistors. Le circuit de calcul est ridiculement simple, utilise peu de transistors.
Les processeurs gèrent aussi assez souvent des instructions pour compter les zéros ou les uns après le bit de poids fort/faible. Pour rappel, voici les quatre possibilités :
* '''''Count Trailing Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à droite du 1 de poids faible.
* '''''Count Leading Zeros''''' donne le nombre de zéros situés à gauche du 1 de poids fort.
* '''''Count Trailing Ones''''' donnent le nombre de 1 situés à gauche du 0 de poids fort.
* '''''Count Leading Ones''''' donne le nombre de 1 situés à droite du 0 de poids faible.
[[File:Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.png|centre|upright=2.0|vignette|Opérations Find First Set ; Find First Zero ; Find Highest Set (le logarithme binaire) ; Find Highest Zero ; Count Leading Zeros ; Count Trailing Zeros ; Count Leading Ones et Count Trailing Ones.]]
Comme vous le voyez sur le schéma du dessus, ces quatre opérations de comptage sont liées à quatre autres opérations. Ces dernières donnent la position du 0 ou du 1 de poids faible/fort :
* '''''Find First Set''''', donne la position du 1 de poids faible.
* '''''Find highest set''''' donne la position du 1 de poids fort.
* '''''Find First Zero''''' donne la position du 0 de poids faible.
* '''''Find Highest Zero''''' donne la position du 0 de poids fort.
Il est rare que des processeurs s’implémentent toutes ces opérations. En effet, le résultat de certaines opérations se calcule à partir des autres. Pour donner un exemple, les processeurs x86 modernes incorporent une extension, appelée '''''Bit manipulation instructions sets (BMI sets)''''', qui ajoute quelques instructions de ce type. Pour le moment, seules les instructions ''Count Trailing Zeros'' et ''Count Leading Zeros'' sont supportées.
Et il existe bien d'autres instructions de ce type. On peut citer, par exemple, l'instruction BLSI, qui ne garde que le 1 de poids faible et met à zéro tous les autres bits. L'instruction BLSR quant à elle, met à 0 ce 1 de poids faible. Et il y en a bien d'autres, qui impliquent le 1 de poids fort, le 0 de poids faible, le 1 de poids faible, etc.
===Les instructions d'extension de registres===
Certains processeurs sont capables de gérer des données de taille diverses. Ils peuvent par exemple gérer des données codées sur 16 bits ou sur 32 bits comme c'est le cas sur certains processeurs anciens. Comme autre exemple, les processeurs x86 modernes peuvent gérer des données de 8, 16 et 32 bits. Pour cela, ils disposent généralement de registres de taille différentes, certains font 8 bits, d'autres 16, d'autres 32, etc. Dans ce cas, il est courant que l'on ait à faire des conversions vers un nombre de taille plus grande. Par exemple, convertir un nombre de 8 bits en un nombre de 16 bits, ou un nombre de 8 bits en 32 bits. Les processeurs de ce type incorporent des instructions pour ce faire, qui s'appellent les '''instructions d'extension de nombres'''.
La seule difficulté de ces instructions tient à la manière dont on remplit les bits de poids forts. Par exemple, si l'on passe de 8 bits à 16 bits, les 8 bits de poids forts sont inconnus. Pareil si on passe de 16 bits à 32 bits : quelle doit être la valeur des 16 bits de poids fort ? Intuitivement, on se dit qu'il suffit de les remplir par des zéros. Faire ainsi marche très bien, mais à condition que le nombre soit un nombre positif ou nul. Mais dans le cas d'un nombre négatif, cela ne marche pas (le résultat n'est pas bon). Pour les nombres codés en complément à deux, il faut remplir les bits manquants par le bit de signe, le bit de poids fort. On a donc deux choix : soit on remplit les bits manquants par des 0, ou par le bit de poids fort. Globalement, les deux choix possibles correspondent à deux instructions : une pour les nombres non-signés et une autre pour les nombres codés en complément à deux. On parle respectivement d''''instruction de ''zero extension''''' et '''instruction d'extension de signe'''.
Formellement, les instructions d'extension de nombre sont des copies entre registres : le contenu d'un registre est copié dans un autre plus grand. L'extension de signe est couplée avec cette copie, les deux étant effectués en une instruction. Du moins, c'est le cas sur la plupart des processeurs. On pourrait imaginer séparer les deux en deux instructions séparées, une instruction MOV (qui copie un registre dans un autre, comme on le verra plus bas) et une instruction d'extension de signe/zéro. Dans ce cas, l'instruction d'extension de signe/zéro prend un registre de grande taille et étend la donnée dans ce registre. Par exemple, pour une extension de signe de 16 à 32 bits, l'instruction prendrait un registre de 32 bits, ne considérerait que les 16 bits de poids faible et effectuerait l'extension de signe/zéro à partir de ces derniers. En soi, l'extension avec des zéros est un simple masque, réalisable avec des opérations bit à bit et cette instruction n'a pas besoin d'être implémentée. Par contre, les instructions d'extension de signe sont elles très utiles.
De plus, une instruction d'extension de signe séparée a l'avantage d'être utilisable même sur des architecture avec des registres de taille identique. Mais quel intérêt, me direz-vous ? Il faut savoir que certaines langages de programmation permettent de travailler sur des entiers dont on peut préciser la taille. Un même programme peut ainsi manipuler des entiers de 16 bits et de 32 bits, ou des entiers de 8, d'autres de 16, d'autres de 32, et d'autres de 64. L'intérêt n'est as évident, mais un bon exemple est celui de la rétrocompatibilité entre programmes. Par exemple, un programme 64 bits qui utilise une librairie 32 bits, ou un programme codé en 64 bits qui émule une console 16 bits. Ou encore, la communication entre un programme codé en 16 bits avec un capteur qui mesure des données de 8 bits. Bref, les possibilités sont nombreuses. Imaginons que tout se passe dans des registres de 32 bits. Le processeur peut incorporer des instructions de calcul sur 16 bits, en plus des instructions 32 bits. Dans ce cas, l'extension de signe sert à faire des conversions entre entiers de taille différentes.
===Les instructions de permutation d'octets===
Les instructions de ''byte swap'', aussi appelée '''instructions de permutation d'octets''', échangent de place les octets d'un nombre. Leur implémentation varie grandement selon la taille des entiers. Le cas le plus simple est celui des instructions qui travaillent sur des entiers de 16 bits, soit deux octets. Il n'y a alors qu'une seule solution pour échanger les octets : l'octet de poids fort devient l'octet de poids faible et réciproquement. Les deux octets échangent leur place.
Pour les nombres de 32 bits, soit 4 octets, il y a plusieurs possibilités. La première inverse l'ordre des octets dans le nombre : on échange l'octet de poids faible et de poids fort, mais on échange aussi les deux octets restant entre eux. Une autre solution découpe l'entier en deux morceaux de 16 bits : l'un avec les deux octets de poids fort, l'autre avec les deux octets de poids faible. Les octets sont inversés dans ces blocs de 16 bitzs, mais on n'effectue pas d'autres échanges. On peut aussi échanger les deux morceaux de 16 bits, mais sans changer l'ordre des octets dans les blocs.
[[File:Instruction de permutation d'octets.png|centre|vignette|upright=2|Instruction de permutation d'octets]]
L'utilité de ces instructions n'est pas évidente au premier abord, mais elle sert beaucoup dans les opérations de conversion de données. Tout cela devrait devenir plus clair dans le chapitre sur le boutisme.
==Les instructions d'accès mémoire==
Les instructions d’accès mémoire permettent de copier ou d'échanger des données entre le processeur et la RAM. On peut ainsi copier le contenu d'un registre en mémoire, charger une donnée de la RAM dans un registre, initialiser un registre à une valeur bien précise, etc. Il en existe plusieurs, les plus connues étant les suivantes : LOAD, STORE et MOV. D'autres processeurs utilisent une instruction d'accès mémoire généraliste, plus complexe.
===Les instructions d'accès à la RAM : LOAD et STORE===
Les instructions LOAD et STORE sont deux instructions qui permettent d'échanger des données entre la mémoire RAM et les registres. Elles copient le contenu d'un registre dans la mémoire, ou au contraire une portion de mémoire RAM dans un registre.
* L''''instruction LOAD''' est une instruction de lecture : elle copie le contenu d'un ou plusieurs mots mémoire consécutifs dans un registre. Le contenu du registre est remplacé par le contenu des mots mémoire de la mémoire RAM.
* L''''instruction STORE''' fait l'inverse : elle copie le contenu d'un registre dans un ou plusieurs mots mémoire consécutifs en mémoire RAM.
{|class="wikitable"
|[[File:Instruction LOAD.png|300px|Instruction LOAD.]]
|[[File:Instruction STORE.png|300px|Instruction STORE.]]
|}
En théorie, une variante de l'instruction STORE peut enregistrer une constante en mémoire RAM. Il est en théorie possible pour une instruction STORE modifiée de stocker la valeur 9 dans l'adresse X, par exemple. La constante est fournie par l'instruction, elle n'est pas stockée dans un registre, mais carrément intégrée à l'instruction. Cela sera plus clair quand nous verrons les modes d'adressage, notamment le mode d'adressage immédiat.
Plus haut dans le chapitre, j'ai dit qu'un processeur pouvait supporter des entiers de taille différentes. Par exemple, un processeur 32 bits peut faire des calculs sur des opérandes 32 bits, 16 bits, voire 8 bits. Il dispose d'instructions de calculs dédiées, certaines en 32 bits, d'autres en 16, d'autres en 8. Et bien il en est de même pour les instructions LOAD et STORE, qui ont chacune une variante pour les entiers 8, 16, 32, 64 bits.
De telles instructions ne font pas que lire ou écrire des données. Pour comprendre pourquoi, prenons un processeur 64 bits. Il dispose d'un bus de 64 bits, pour lire ou écrire des mots mémoire de 64 bits chacun. Pour des lectures de 8, 16 ou 32 bits, un mot mémoire entier est lu, puis seuls les octets adéquats sont conservés. Par exemple, pour une lecture 32 bits, un mot mémoire de 64 bits est lu, puis une opération de masquage (ET bit à bit) met à zéro le 32 bits inutiles. Ce sont souvent les 32 bits de poids faible ou de poids fort qui sont mis à zéro. Il en est de mêma vec les lectures 16 bits, sauf que les 48 bits inutiles sont alors mis à zéro, idem avec les lectures 8 bits.
Pour les écritures, les choses sont encore plus compliquées. Imaginez que je veuille modifier 32 bits. Les 32 bits à modifier font partie d'un mot mémoire de 64 bits, qui contient les 32 bits utiles, et 32 bits supplémentaires. l'écriture ne doit pas effacer les 32 bits supplémentaires, seulement les 32 bits utiles. Pour cela, le processeur n'a pas le : il doit lire un mot mémoire de 64 bits, modifier le 32 bits utiles, puis réécrire le tout en mémoire RAM. L'écriture demande de faire une lecture, une modification, puis une écriture. Le mot mémoire de 64 bits est copié dans un registre, la modification se fait dans ce registre, vient une opération de masquage complexe, puis l'écriture est effectuée.
===Les instructions de transfert entre registres : MOV et XCHG===
L''''instruction MOV''' copie le contenu d'un registre dans un autre sans passer par la mémoire. C'est donc un échange de données entre registres, qui n'implique en rien la mémoire RAM, mais MOV est quand même considérée comme une instruction d'accès mémoire. Les données sont copiées d'un registre source vers un registre de destination. Le contenu du registre source est conservé, alors que le contenu du registre de destination est écrasé (il est remplacé par la valeur copiée). Cette instruction est utile pour gérer les registres, notamment sur les architectures avec peu de registres et/ou sur les architectures avec des registres spécialisés.
[[File:Instruction MOV.png|centre|vignette|upright=1.5|Instruction MOV.]]
Mais quelques rares architectures ne disposent pas d'instruction MOV, qui n'est formellement pas nécessaire, même si bien utile. En effet, on peut émuler une instruction MOV avec des instructions logiques utilisées convenablement. L'idée est de faire une opération dont le résultat est l'opérande envoyée, et d'enregistrer le résultat dans le registre de destination. Par exemple, on peut faire un OU entre le registre opérande et 0 : le résultat sera l'opérande. Idem avec un ET et la valeur adéquate. Ou encore, on peut imaginer faire un ET/OU entre un registre et lui-même : le résultat est égal au contenu du registre opérande.
Quelques processeurs assez rares ont des instructions pour échanger le contenu de deux registres. Par exemple, on peut citer l''''instruction XCHG''' sur les processeurs x86 des PC anciens et actuels. Elle permet d'échanger le contenu de deux registres, quel qu'ils soient, il n'y a pas de restrictions sur le registre source et sur le registre de destination. Mais d'autres processeurs ont des restrictions sur les registres source et destination. Par exemple, le processeur Z80 a des instructions d'échanges assez restrictives, comme on le verra dans quelques chapitres.
Sur les processeurs ARM, l'instruction MOV fait partie des instructions qui permettent d'effectuer un décalage sur la seconde opérande. Il s'agit en réalité de décalages/rotations décalées, qui sont fusionnées avec une instruction MOV. L'instruction MOV des processeurs ARM fait soit un MOV normal, soit un décalage.
===L'instruction mémoire généraliste : une alternative à LOAD et STORE===
Sur certains processeurs, il n'y a pas d'instruction LOAD ou STORE, ni même MOV . À la place, on trouve une '''instruction d'accès mémoire généraliste''', qui fusionne les trois. Elle est capable de faire une lecture, une écriture, ou une copie entre registres, et parfois une copie d'une adresse mémoire vers une autre. Les trois premières opérations sont presque toujours supportées, mais la copie d'une adresse mémoire vers une autre est beaucoup plus rare.
Sur les processeurs x86, l'instruction généraliste s'appelle l'instruction MOV. Elle gère la lecture en RAM, l'écriture en RAM, la copie d'un registre vers un autre, l'écriture d'une constante dans un registre ou une adresse. Par contre, elle ne gère pas la copie d'une adresse mémoire vers une autre ; pour un transfert de mémoire à mémoire, il faut utiliser les instructions MOVS* ('''''Mov'''e '''S'''tring'' ; MOVSB : par octets, MOVSW : par mots de 16-bits, ...).
===Les instructions d'accès mémoire complexes===
Nous venons de voir les instructions LOAD, STORE et les transferts entre registres. Elles sont présentes sur tous les processeurs, modernes comme anciens. Mais quelques processeurs gèrent des instructions mémoire plus complexes. Elles ont tendance à effectuer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les '''instructions de copie mémoire''' copient une donnée d'une adresse vers une autre. Les copies en mémoire sont des opérations très fréquentes, il est très fréquent qu'un programme copie un bloc de mémoire dans un autre et beaucoup de programmeurs ont déjà été confronté à un tel cas. Aussi, les processeurs ajoutent des instructions multi-accès pour accélérer ces copies, ce qui fait un bon compromis entre performance et simplicité d'implémentation.
D'autres instructions d'accès mémoire plus complexes existent. Pour en donner un exemple, citons les instructions de transferts par bloc sur les premiers processeurs ARM. Ces instructions permettent de copier plusieurs registres en mémoire RAM, en une seule instruction. Sur l'ARM1, il y a 16 registres en tout. Les instructions de transfert de bloc peuvent sélectionner n'importe quel sous-ensemble de ces 16 registres, pour les copier en mémoire : on peut sélectionner tous les registres, une partie des registres (5 registres sur 16, ou 7, ou 8, ...), voire aucun registre.
D'autres instructions mémoires effectuent des opérations à l'utilité moins évidente à ce stade du cours. Sur certains processeurs, on trouve notamment des instructions pour vider la mémoire cache de son contenu, pour la réinitialiser. L'utilité ne vous est pas évidente, mais cela peut servir dans certains scénarios, notamment sur les architectures avec plusieurs processeurs pour synchroniser ces derniers. Cela sert aussi pour le système d'exploitation, qui doit remettre à zéro certains caches (comme la TLB qu'on verra dans le chapitre sur la mémoire virtuelle) quand on exécute plusieurs programmes en même temps.
===Les instructions mémoire flottantes===
Plus haut, j'ai parlé du fait que certains processeurs avaient des registres flottants séparés des registres généraux. Mais encore faut-il pouvoir les remplir, ces registres flottants. Et cela implique de charger des opérandes depuis la mémoire RAM à un moment où un autre. Pour lire ou écrire ces registres, le processeur utilise des instructions mémoire séparées, distinctes des instructions LOAD et STORE vues plus haut. Pour faire la différence, ces instructions sont appelées '''FLOAD''' et '''FSTORE'''.
Elles sont séparées des LOAD/STORE normaux pour plusieurs raisons. La première est évidemment que les registres utilisés ne sont pas les mêmes : registres "généraux" pour LOAD/STORE, registres flottants pour FLOAD et FSTORE. La seconde raison est que les nombres flottants et entiers n'ont pas forcément la même taille. Et cela impacte à la fois la taille des registres, mais aussi les transferts mémoire.
Un nombre flottant fait 32 ou 64 bits, suivant qu'on parle d'un flottant simple ou double précision. Sur un processeur 32 bits, les flottants simple précision ont la même taille qu'un entier, les flottant double précision sont deux fois plus gros. Mais sur un processeur 64 bits, c'est l'inverse : les flottants double précision font la même taille qu'un entier, les simples précision sont deux fois plus petits. Et ne parlons pas du cas de certaines architectures 16 bits qui supportent quand même les nombres flottants ! Elles sont très rares, mais elles existent. Pour le moment, concentrons-nous sur les processeurs 32 et 64 bits.
En général, les registres flottants font 64 bits (parfois 80, mais je passe cela sous silence), afin de mémoriser des flottants double précision. Et ce, même sur les processeurs 32 bits. La gestion des nombres flottants est en effet apparue sur les architectures 32 bits et elles supportaient les calculs en double précision dès le départ. Et cette différence entre 32 et 64 bits a posé quelques problèmes. Les registres flottants n'avaient pas la même taille que les registres généraux : 32 pour les registres généraux, 64 pour les registres flottants. Mais ce n'était pas un énorme problème.
Le vrai problème est que les lectures/écritures flottantes faisaient des transferts de 64 bits entre les registres flottants et la mémoire RAM. Or, le bus de données de ces processeurs faisait 32 bits, vu que c'était des architectures 32 bits. Lire/écrire un flottant demandait donc de faire deux accès mémoire consécutifs. Par exemple, lire un flottant depuis la RAM demandait de lire deux morceaux de 32 bits, le flottant était chargé en deux fois. Cette différence fait qu'il est préférable d'utiliser des instructions FSTORE/FLOAD séparées des instructions LOAD/STORE. Leur comportement n'est pas le même : LOAD/STORE lisent un seul mot mémoire, FLOAD/FSTORE en lisent deux pour la double précision.
Un autre détail est qu'il existe des instructions FLOAD et FSTORE spécialisées pour les flottants simple précision. Par exemple, une instruction FLOAD en simple précision ne lit que 32 bits en mémoire, puis le flottant est convertit en double précision 64 bits, avant d'être enregistré dans les registres. Pour l'écriture, c'est l'inverse : un flottant double précision est convertit en simple précision 32 bits, avant d'être écrit en mémoire. Le comportement est alors différent : FLOAD/FSTORE ne lisent/écrivent qu'un seul mot mémoire, de 32 bits, mais doivent faire une conversion entre simple et double précision.
Il faut noter que c'est l'inverse sur les processeurs 64 bits. Là, un flottant double précision peut être lu/écrit en un seul accès mémoire, vu que le bus de données fait 64 bits. Par contre, les flottants simples précision sont gérés un peu autrement. Concrètement, l'instruction FLOAD lit un mot de 64 bits, mais n'en garde que la moitié adéquate. L'instruction d'écriture fait elle plus de traail : elle doit lire un mot de 64 bits, en modifier la moitié, et réécrire le tout en mémoire RAM.
Vu qu'il y a des registres flottants séparés, il y aussi des instructions de copie de registre séparées pour les registres flottants. L'instruction XCHG a son équivalent flottant '''FXCHG''', l'instruction MOV a une '''instruction FMOV''' séparées, etc.
Un autre moyen de remplir un registre flottant est d'obtenir sa valeur depuis un registre général. Attention, je ne parle pas de copier un registre général dans un flottant, ou inversement. Je parle de convertir une opérande entière en un nombre flottant. Et il y a des instructions dédiées pour cela. Par exemple, il y a une instruction prend un registre entier, convertit sa valeur en flottant 64 bits, et écrit le résultat dans un registre flottant. Idem avec la conversion inverse, de flottant vers entier, qui a sa propre instruction dédiée. Et ces deux instructions ont deux variantes, suivant que le flottant soit simple ou double précision. De telles '''instructions de conversion entier-flottant''' ne sont pas à proprement parler des instructions de copie entre registre, ce sont plus un intermédiaire entre copie entre registres et opération de calcul.
==Les instructions de contrôle (branchements et tests)==
Un processeur serait sacrément inflexible s'il ne faisait qu'exécuter des instructions dans l'ordre. Certains processeurs ne savent pas faire autre chose, comme le Harvard Mark I, et il est difficile, voire impossible, de coder certains programmes sur de tels ordinateurs. Mais rassurez-vous : il existe de quoi permettre au processeur de faire des choses plus évoluées. Pour rendre notre ordinateur "plus intelligent", on peut par exemple souhaiter que celui-ci n'exécute une suite d'instructions que si une certaine condition est remplie. Ou faire mieux : on peut demander à notre ordinateur de répéter une suite d'instructions tant qu'une condition bien définie est respectée. Diverses '''structures de contrôle''' de ce type ont donc étés inventées.
Voici les plus utilisées et les plus courantes : ce sont celles qui reviennent de façon récurrente dans un grand nombre de langages de programmation actuels. Concevoir un programme (dans certains langages de programmation), c'est simplement créer une suite d'instructions, et utiliser ces fameuses structures de contrôle pour l'organiser. D'ailleurs, ceux qui savent déjà programmer auront reconnu ces fameuses structures de contrôle. On peut bien sur en inventer d’autres, en spécialisant certaines structures de contrôle à des cas un peu plus particuliers ou en combinant plusieurs de ces structures de contrôles de base, mais cela dépasse le cadre de ce cours : on ne va pas vous apprendre à programmer.
{|class="wikitable"
|-
! Nom de la structure de contrôle
! Description
|-
! SI...ALORS
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée
|-
! SI...ALORS...SINON
| Exécute une suite d'instructions si une condition est respectée ou exécute une autre suite d'instructions si elle ne l'est pas.
|-
! Boucle WHILE...DO
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée.
|-
! Boucle DO...WHILE aussi appelée REPEAT UNTIL
| Répète une suite d'instructions tant qu'une condition est respectée. La différence, c'est que la boucle DO...WHILE exécute au moins une fois cette suite d'instructions.
|-
! Boucle FOR
| Répète un nombre fixé de fois une suite d'instructions.
|}
Les '''conditions''' à respecter pour qu'une structure de contrôle fasse son office sont généralement très simples.
Elles se calculent le plus souvent en comparant deux opérandes (des adresses, ou des nombres entiers ou à virgule flottante).
Elles correspondent le plus souvent aux comparaisons suivantes :
* A == B (est-ce que A est égal à B ?) ;
* A != B (est-ce que A est différent de B ?) ;
* A > B (est-ce que A est supérieur à B ?) ;
* A < B (est-ce que A est inférieur à B ?) ;
* A >= B (est-ce que A est supérieur ou égal à B ?) ;
* A <= B (est-ce que A est inférieur ou égal à B ?).
Il est également possible de tester si le bit d'un registre ou octet mémoire est à 1 ou 0.
Notamment le registre des indicateurs est testé après une instruction arithmétique (est-ce que le calcul a généré une retenue, ...).
Pour implémenter ces structures de contrôle, on a besoin d'une instruction qui saute en avant ou en arrière dans le programme, suivant le résultat d'une condition. Par exemple, un SI...ALORS zappera une suite d'instruction si une condition n'est pas respectée, ce qui demande de sauter après cette suite d’instruction cas échéant. Répéter une suite d'instruction demande juste de revenir en arrière et de redémarrer l’exécution du programme au début de la suite d'instruction. Nous verrons comment sont implémentées les structures de contrôle plus bas, mais toujours est-il que cela implique de faire des sauts dans le programme.
Faire un saut en avant ou en arrière dans le programme est assez simple : il suffit de modifier la valeur stockée dans le ''program counter'', ce qui permet de sauter directement à une instruction et de poursuivre l'exécution à partir de celle-ci. Et un tel saut est réalisé par des instructions spécialisées. Dans ce qui va suivre, nous allons appeler '''instructions de branchement''' les instructions qui sautent à un autre endroit du programme. Ce n'est pas la terminologie la plus adaptée, mais elle conviendra pour les explications.
L'implémentation des structures de contrôle demande donc de calculer une condition, puis de faire un saut. Mais il faut savoir que l'implémentation demande parfois de faire un saut, sans avoir à tester de condition. Dans ce cas, l'instruction qui fait un saut sans faire de test de condition est elle aussi une instruction de branchement. Cela nous amène à faire la différence entre un branchement conditionnel et non-conditionnel. La différence entre les deux est simple. Une instruction de '''branchement conditionnel''' effectue deux opérations : un test qui vérifie si la condition adéquate est respectée, et un saut dans le programme aussi appelé branchement. Une instruction de '''branchement inconditionnelle''' ne teste pas de condition et ne fait qu'un saut dans le programme.
===Les structures de contrôle===
Le IF permet d’exécuter une suite d'instructions si et seulement si une certaine condition est remplie.
[[File:Codage d'un if.. en assembleur.jpg|centre|vignette|upright=1.5|Codage d'un SI...ALORS en assembleur.]]
Le IF...ELSE sert à effectuer une suite d'instructions différente selon que la condition est respectée ou non : c'est un SI…ALORS contenant un second cas. Une boucle consiste à répéter une suite d'instructions machine tant qu'une condition est valide (ou fausse).
[[File:Codage d'un IF.ELSE en assembleur.png|centre|vignette|upright=1.5|Codage d'un SI...ALORS..SINON en assembleur.]]
Les boucles sont une variante du IF dont le branchement renvoie le processeur sur une instruction précédente. Commençons par la boucle DO…WHILE : la suite d'instructions est exécutée au moins une fois, et est répétée tant qu'une certaine condition est vérifiée. Pour cela, la suite d'instructions à exécuter est placée avant les instructions de test et de branchement, le branchement permettant de répéter la suite d'instructions si la condition est remplie. Si jamais la condition testée est fausse, on passe tout simplement à la suite du programme.
[[File:DO...WHILE.jpg|centre|vignette|upright=1.5|DO...WHILE.]]
Une boucle WHILE…DO est identique à une boucle DO…WHILE à un détail près : la suite d'instructions de la boucle n'a pas forcément besoin d'être exécutée au moins une fois. On peut donc adapter une boucle DO…WHILE pour en faire une boucle WHILE…DO : il suffit de tester si la boucle doit être exécutée au moins une fois avec un IF, et exécuter une boucle DO…WHILE équivalente si c'est le cas.
[[File:WHILE...DO.png|centre|vignette|upright=2|WHILE...DO.]]
===Les branchements conditionnels et leur implémentation ===
Il existe de nombreuses manières de mettre en œuvre les branchements conditionnels et tous les processeurs ne font pas de la même manière. Sur la plupart des processeurs, les branchements conditionnels sont séparés en deux instructions : une instruction de test qui vérifie si la condition voulue est respectée, et une instruction de saut conditionnelle. D'autres processeurs effectuent le test et le saut en une seule instruction machine.
[[File:Implémentations possibles des branchements conditionnels.png|centre|vignette|upright=3|Implémentations possibles des branchements conditionnels]]
: Plus surprenant, sur quelques rares processeurs, le ''program counter'' est un registre qui peut être modifié comme tous les autres. Cela permet de remplacer les branchements par une simple écriture dans le ''program counter'', avec une instruction MOV. Un bon exemple est le processeur ARM1, un des tout premiers processeur ARM. Cette dernière solution n'est presque jamais utilisée, mais elle reste surprenante !
Dans les faits, la solution la plus simple est clairement d'implémenter le tout avec une seule instruction. Mais beaucoup de processeurs anciens utilisent la première méthode, celle qui sépare le branchement conditionnel en deux instructions. Le branchement prend le résultat de l'instruction de test et décide s'il faut passer à l'instruction suivante ou sauter à une autre adresse. Il faut donc mémoriser le résultat de l'instruction de test dans un registre spécialisé, afin qu'il soit disponible pour l'instruction de branchement. L'usage d'un registre intermédiaire pour mémoriser le résultat de l'instruction de test demande d'ajouter un registre au processeur. De plus, le résultat de l'instruction de test varie grandement suivant le processeur, suivant la manière dont on répartit les responsabilités entre test et branchements.
Il existe, dans les grandes lignes, deux techniques pour séparer test et branchement conditionnel. La première impose une séparation stricte entre calcul de la condition et saut : l'instruction de test calcule la condition, le branchement fait ou non le saut dans le programme suivant le résultat de la condition. On a alors une instruction de test proprement dit, qui vérifie si une condition est valide et fournit un résultat sur 1 bit. Nous appellerons ces dernières des comparaisons, car de telles instruction effectuent réellement une comparaison.
La seconde méthode procède autrement, avec un calcul de la condition qui est réalisé en partie par l'instruction de test, en partie par le branchement. Cela peut paraitre surprenant, mais il y a de bonnes raisons à cette séparation peu intuitive. La raison est que l'instruction de test est une soustraction déguisée, qui fournit un résultat de plusieurs bits, qui est ensuite utilisé pour calculer la condition voulue par le branchement. l'instruction de test ne fait pas une comparaison proprement dit, mais leur résultat permet de déterminer le résultat d'une comparaison avec quelques manipulations simples.
====Les instructions de test proprement dit====
Les instructions de test, au sens le plus pur, effectuent une comparaison pour vérifier si deux nombres sont égaux, différents, lequel est supérieur, inférieur, etc. En clair, elles implémentent directement les comparaisons vues précédemment. Au total, on s'attend à ce que les 6 comparaisons précédentes soient implémentées avec 6 instructions de test différentes : une pour l'égalité, une pour la différence, une autre pour la supériorité stricte, etc.
Mais certaines de ces comparaisons sont en deux versions : une qui compare des entiers non-signés, et une autre pour les entiers signés. La raison est que comparer deux nombres entiers ne se fait pas de la même manière selon que les opérandes soient signées ou non. Nous avions vu cela dans le chapitre sur les comparateurs, mais un petit rappel ne fait pas de mal. Pour comparer deux entiers signés, il faut tenir compte de leurs signes, et le circuit utilisé n'est pas le même. Cela a des conséquences au niveau des instructions du processeur, ce qui impose d'avoir des opérations séparées pour les entiers signés et non-signés.
Dans les faits, les processeurs actuels utilisent le complément à deux pour les entiers signés, ce qui fait que les comparaisons d'égalité ou de différence A == B et A != B ne sont présentes qu'en un seul exemplaire. En complément à deux, l'égalité se détermine avec la même règle que pour les entiers non-signés : deux nombres sont égaux s'ils ont la même représentation binaire, ils sont différents sinon. Ce ne serait pas le cas avec les entiers en signe-magnitude ou en complément à un, du fait de la présence de deux zéros : un zéro positif et un zéro négatif. Les circuits de comparaison d'égalité et de différence seraient alors légèrement différents pour les entiers signés ou non. Au total, en complément à deux, on trouve donc 10 comparaisons usuelles, vu que les comparaisons de supériorité/infériorité sont en double.
Le résultat d'une comparaison est un bit, qui dit si la condition testée est vraie ou fausse. Dans la majorité des cas, ce bit vaut 1 si la comparaison est vérifiée, et 0 sinon. Une fois que l'instruction a fait son travail, il reste à stocker son résultat quelque part. Pour cela, le processeur utilise un ou plusieurs '''registres à prédicats''', des registres de 1 bit qui peuvent stocker n'importe quel résultat de comparaison. Une comparaison peut enregistrer son résultat dans n'importe quel registre à prédicats : elle a juste à préciser lequel avec son nom de registre.
Les registres à prédicats sont utiles pour accumuler les résultats de plusieurs comparaisons et les combiner par la suite. Par exemple, cela permet d'émuler une instruction qui teste si A >= B à partir de deux instructions qui calculent respectivement A > B et A == B. Pour cela, certains processeurs incorporent des instructions pour faire des opérations logiques sur les registres à prédicats. Ces opérations permettent de faire un ET, OU, XOR entre deux registres à prédicats et de stocker le résultat dans un registre à prédicat quelconque.
D'autres instructions permettent de lire le résultat d'un registre à prédicat, de calculer une condition, de combiner son résultat avec la valeur lue et d'altérer le registre à prédicat sélectionné. Par exemple, sur l'architecture IA-64, il existe une instruction cmp.eq.or, qui calcule une condition, lit un registre à prédicat fait un OU logique entre le registre lu et le résultat de la condition, et enregistre le tout dans un autre registre à prédicat. De telles instructions facilitent grandement le codage de certaines fonctions, qui demandent que plusieurs conditions soient vérifiées pour exécuter un morceau de code.
====Les instructions de test qui sont des soustractions déguisées====
Le second type d'instruction de test ne calcule pas ces conditions directement, mais elle fournit un résultat de quelques bits qui permet de les calculer avec quelques manipulations simples. Sur ces processeurs, il n'y a qu'une seule instruction de comparaison, qui est une soustraction déguisée. Le résultat de la soustraction n'est pas sauvegardé dans un registre et est simplement perdu. C'est le cas sur certains processeurs ARM ou sur les processeurs x86. Par exemple, un processeur x86 possède une instruction CMP qui n'est qu'une soustraction déguisée dans un opcode différent.
Le résultat de cette soustraction déguisée est un résultat portant sur 4 bits, qui donne des informations sur le résultat de la soustraction. Le premier bit, appelé bit ''null'', indique si le résultat est nul ou non. Le second bit indique le signe du résultat, s'il est positif ou négatif. Enfin, deux autres bits précisent si la soustraction a donné lieu à un débordement d'entier. Il y a deux bits, car on vérifie deux types de débordement : un débordement non-signé (une retenue sortante de l'additionneur), et le débordement signé (débordement en complément à deux).
Pour mémoriser le résultat d'une soustraction déguisée, le processeur incorpore un '''registre d'état'''. Le registre d'état stocke des bits qui ont chacun une signification prédéterminée lors de la conception du processeur et il sert à beaucoup de choses. Dans le cas qui nous intéresse, le registre d'état mémorise les résultats de l'instruction de test : les deux bit de débordement, le bit qui précise que le résultat d'une instruction vaut zéro, le bit de retenue pour le bit de signe.
La condition en elle-même est réalisée par le branchement. L'instruction de branchement fait donc deux choses : calculer la condition à partir du registre d'état, et effectuer le saut si la condition est valide. Le calcul des conditions se fait à partir des 4 bits de résultat. Le bit ''null'' permet de savoir si les deux opérandes sont égales ou non : si le résultat d'une soustraction est nul, cela implique que les deux opérandes sont égales. Le bit de signe permet de déterminer si le première opérande est supérieur ou inférieure à la seconde : le résultat de la soustraction est positif si A >= B, négatif sinon. Les bits de débordements permettent de faire la différence entre infériorité stricte ou non. Tout cela sera expliqué plus en détail dans le paragraphe suivant.
[[File:Branchements et tests avec un registre d'état.png|centre|vignette|upright=1.5|Branchements et tests avec un registre d'état]]
La conséquence est qu'il y a autant d'instructions de branchements que de conditions possibles. Aussi, on a une instruction de test, mais environ une dizaine d'instructions de branchements. C'est l'inverse de ce qu'on a avec des instructions de test proprement dites, où on a autant d'instructions de test que de conditions, mais un seul branchement. Un bon exemple est celui des processeurs x86. Le registre d'état des CPU x86 contient 5 bits appelés OF, SF, ZF, CF et PF : ZF indique que le résultat de la soustraction vaut 0, SF indique son signe, CF est le bit de retenue et de débordement non-signé, OF le bit de débordement signé, et PF le bit qui donne la parité du résultat. Il existe plusieurs branchements, certains testant un seul bit du registre d'état, et d'autres une combinaison de plusieurs bits.
{|class="wikitable"
|-
! Instruction de branchement
! Bit du registre d'état testé
! Condition testée si on compare deux nombres A et B avec une instruction de test
|-
! JS (Jump if Sign)
| SF = 1
| Le résultat est négatif
|-
! JNS (Jump if not Sign)
| SF = 0
| Le résultat est positif
|-
! JO (Jump if Overflow)
| OF = 1
| Le calcul arithmétique précédent a généré un débordement signé
|-
! JNO (Jump if Not Overflow)
| OF = 0
| Le calcul arithmétique précédent n'a pas généré de débordement signé
|-
! JNE (Jump if Not equal)
| ZF = 1
| Les deux nombres A et B sont égaux
|-
! JE (Jump if Equal)
| ZF = 0
| Les deux nombres A et B sont différents
|-
! JB (Jump if below)
| CF = 1
| A < B, avec A et B non-signés
|-
! JAE (Jump if Above or Equal)
| CF = 0
| A >= B, avec A et B non-signés
|-
! (JBE) Jump if below or equal
| CF OU ZF = 1
| A >= B si A et B sont non-signés
|-
! JA (Jump if above)
| CF ET ZF = 0
| A > B si A et B sont non-signés
|-
! JL (Jump if less)
| SF != OF
| si A < B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater or Equal)
| SF = OF
| si A >= B, si A et B sont signés
|-
! JLE (Jump if less or equal)
| (SF != OF) OU ZF = 1
| si A <= B, si A et B sont signés
|-
! JGE (Jump if Greater)
| (SF = OF) ET (NOT ZF) = 1
| si A > B, si A et B sont signés
|}
===Les instructions à prédicat===
Les '''instructions à prédicat''' sont des instructions qui ne font quelque chose que si une condition est respectée, et se comportent comme un NOP (une instruction qui ne fait rien) sinon. Elles lisent le résultat d'une comparaison, dans le registre d'état ou un registre à prédicat, et s’exécutent ou non suivant sa valeur.
En général, les instructions à prédicats sont des instructions en plus des instructions normales, pas à prédicat. L'instruction à prédicat la plus représentative, présente sur de nombreux processeurs, est l'instruction CMOV, qui copie un registre dans un autre si une condition est remplie. Elle permet de faire certaines opérations assez simples, comme calculer la valeur absolue d'un nombre, le maximum de deux nombres, etc.
Pour gérer les instructions à prédicat, les instructions de test s'adaptent sur plusieurs points. Le premier est que les instructions de test préfèrent utiliser des registres à prédicats, au lieu d'un registre d'état. Une des raisons à cela est la suivante : avec des registres à prédicats, on peut ajouter des instructions pour faire un ET/OU/XOR entre registres à prédicats, ce qui permet de tester des combinaisons de conditions sans faire appel au moindre branchement. Et ces conditions complexes ne sont pas rares, ce qui rend l'usage de registres à prédicats très utiles avec les instructions à prédicats.
Une autre adaptation est que les instructions de test tendent à fournir deux résultats : le résultat de la condition, et le résultat de la condition inverse. Ils sont fournis dans deux registres à prédicats distincts. Faire ainsi facilite grandement l'implémentation des structures de contrôle SI...ALORS simples. Pour rappel, elles ont deux morceaux de code : un qui s’exécute si une condition est remplie, l'autre si la condition inverse est remplie. Avec ce système, les instructions du premier et du second morceau de code testerons deux bits distincts.
L'usage d'instructions à prédicat séparées des autres instructions porte le nom de '''prédication partielle'''. C'est de loin l'implémentation la plus courante. Mais sur certains processeurs, assez rares, toutes les instructions sont des instructions à prédicat : on parle de '''prédication totale'''. Les anciens processeurs ARM 32 bits étaient dans ce cas, par exemple.
Cela peut paraitre étrange, vu que certaines instructions ne sont pas dans une structure de contrôle et doivent toujours s’exécuter, peu importe les conditions testées avant. Mais rassurez-vous, sur les processeurs à prédication totale, il y a toujours un moyen pour spécifier que certaines instructions doivent toujours s’exécuter, de manière inconditionnelle. Par exemple, sur les processeurs d'architecture HP IA-64, un des registre à prédicat, le tout premier, contient la valeur 1 et ne peut pas être modifié. Si on veut une instruction inconditionnelle, il suffit qu'elle précise que le registre à prédicat à lire est ce registre.
: Les processeurs avec un registre d'état n'ont généralement que de la prédication partielle, le plus souvent limitée à une seule instruction CMOV. Alors que qui dit prédication totale dit systématiquement registres à prédicats.
Les processeurs ARM disposent d'une prédication totale, du moins pour le jeu d'instruction ARM 32 bits. Mais il supportent une second jeu d’instruction optionnel, le ''thumb'', qui est plus compact. Au lieu d'encoder ses instructions sur 32-64 bits, ses instructions font seulement 16 bits. Et pour compacter ce jeu d'instruction, la prédication totale a été supprimée. À la place, ''thumb'' incorpore une '''instruction IT''', qui active l’exécution conditionnelle des instructions suivantes.
L'instruction teste une condition et calcule un prédicat, qui est ensuite utilisé pour décider de l'exécution des instructions suivantes. L'exécution conditionnelle marche jusqu'à 4 instructions consécutives. Le nombre exact est configurable et va de 1 à 4 instructions consécutives après l'instruction IT. La condition est configurable pour les 1 à 4 instructions : chaque instruction peut s'exécuter si la condition est vraie, ou au contraire fausse. Un masque de 4 bits décide de quelle condition utiliser pour chaque instruction. Il y a un bit par instruction, qui vaut 1 si la condition doit être vérifiée, 0 si on veut la condition inverse.
===L'instruction SKIP===
L''''instruction SKIP''' permet de zapper l'instruction suivante si une condition testée est fausse. Il en existe deux versions. La première est fusionnée avec l'instruction de test. La condition est calculée par l'instruction SKIP, qui décide s'il faut sauter l'instruction suivante. Dans un autre cas, l'instruction SKIP est précédée d'une instruction de test, récupère son résultat dans un registre de prédicat ou dans le registre d'état, et effectue le saut. On peut la voir comme une forme particulière de branchement conditionnel, qui brancherait deux instructions plus loin.
Son utilité n'est pas évidente, mais on peut classer ses utilisations en trois catégories. La première permet d'émuler une instruction de branchement conditionnel en combinant une instruction SKIP avec un branchement inconditionnel. Le branchement inconditionnel est skippé si la condition est remplie/fausse, mais éxecuté dans le cas contraire : c'est le comportement d'un branchement conditionnel. Une autre utilisation permet d'émuler une instruction à prédicat en faisant précéder une instruction normale par une instruction SKIP. Enfin, elles servent à implémenter des structures de controle IF à condition que le code du IF se résume à une vulgaire instruction. C'est assez rare, mais certains calculs comme la valeur absolue ou le calcul du minimum peuvent se calculer ainsi.
[[File:Skip instruction.png|centre|vignette|upright=3|Skip instruction]]
Vous pourriez imaginer des versions améliorées de l'instruction, qui permettent de zapper plusieurs instructions, mais de telles instructions ne sont autres que des instructions de branchement conditionnelles spécifiques, comme nous le verrons dans le chapitre sur les modes d'adressage.
==Les méta-instructions REPEAT et EXECUTE==
Enfin, il faut aussi citer les '''méta-instructions''', des instructions qui agissent sur l’exécution d'autres instructions. Il en existe deux : REPEAT et EXECUTE. Elles servent techniquement à manipuler le flot de contrôle d'un programme, et ont quelques ressemblances avec les branchements ou les boucles. Elles sont extrêmement rares et on ne les trouve que sur des anciens processeurs (généralement micro-codés), ou sur certaines processeurs spécialisés dans le traitement de signal appelés des DSP, qui feront l'objet d'un chapitre à eux seuls.
===L’instruction REPEAT et le ''Zero-overhead looping''===
La première est la '''méta-instruction REPEAT''', qui permet de simplifier l'implémentation des boucles. Dans sa version la plus simple, elle fait en sorte que l'instruction qui la suit soit répétée plusieurs fois. Le nombre de répétition est soit un nombre fixe, toujours le même, soit l'instruction se répète tant qu'une condition n'est pas remplie. Les deux situations ne se rencontrent pas sur les mêmes processeurs. Par exemple, l'UNIVAC 1103 possède une instruction REPEAT très simple, qui répète l'instruction cible un nombre fixe de fois, mais ne gère pas les conditions.
Le GE-600/Honeywell 6000 series incorpore trois instructions REPEAT de ce type. La première répète l'instruction suivante soit un nombre fixe de fois, soit quand une condition est remplie. La seconde répète les deux instructions suivantes, l'une après l'autre. Enfin, la dernière répète l'instruction suivante jusqu'à : soit qu'une condition soit remplie, soit qu'une adresse bien précise soit atteinte. Elle servait sans doute à implémenter le parcours d'une liste chainée pour trouver un item bien précis.
Une version améliorée de l'instruction REPEAT permet de répéter un bloc de plusieurs instructions, ce qui permet d'implémenter une boucle en une seule instruction. Elles sont fréquentes sur certains processeurs de traitement de signal, qui doivent exécuter en permanence de petites boucles. Typiquement, elles permettent d'implémenter des boucles FOR dont le nombre d’exécution est fixe. La répétition de la boucle est contrôlée par un registre de boucle, qui mémorise le nombre de répétitions, et qui est décrémenté à chaque itération, sans avoir à utiliser d'instruction d'incrémentation/décrémentation.
Une variante précise deux adresses, qui délimitent les instructions de la boucle : une adresse pour le début de la boucle, une adresse pour la fin. L'implémentation hardware est alors assez simple : quand le ''program counter'' atteint l'adresse de fin, il est réinitialisé à l'adresse de début. La gestion du ''program counter'' se fait alors sans utiliser d'instructions de branchement. les deux registres sont initialisés avec une isntruction LOPP, spécialement dédiée pour cela.
Les deux techniques précédentes permettent d'implémenter des boucles sans utiliser de branchements, ou presque. Elles rendent l'exécution des boucles tellement rapides qu'elles portent le nom de '''''Zero-overhead looping'''''.
: Les instructions REP mentionnées plus haut, ne sont PAS des exemples d'instruction REPEAT. Le préfixe REP des processeurs x86 est une instruction qui se répète elle-même. Mais l'instruction REPEAT force la répétition de l'instruction suivante ! Elle agit sur une autre instruction, d'où son caractère de méta-instruction.
===L'instruction EXECUTE===
La '''méta-instruction EXECUTE''' fournit l'adresse d'une instruction cible, qui est exécutée en lieu et place de l'instruction EXECUTE. Quand le processeur exécute l'instruction EXECUTE, il prend l'adresse cible, charge l'instruction dans l'adresse cible, et l’exécute à la place de l'instruction EXECUTE. Il est possible de comprendre l'instruction EXECUTE comme un branchement spécial. Tout se passe comme si l'instruction EXECUTE effectuait un branchement vers l'instruction cible, mais que le processeur ne poursuivait pas l’exécution à la suite de l’instruction cible, et revenait à la suite de l'instruction cible.
Il y a souvent des contraintes sur l'instruction cible, qui est pointée par l'adresse cible. Généralement, il n'est pas possible que l'instruction cible soit elle-même une autre instruction EXECUTE. De même, beaucoup de processeurs interdisent que l’instruction cible soit un branchement. Mais d'autres processeurs n'ont pas ces contraintes et autorisent à utiliser des branchements pour l'instruction cible.
L'utilité d'une telle instruction est tout sauf évidente. Elle servait pourtant à beaucoup de choses sur les processeurs où elle était implémentée. Précisons qu'elle était surtout présente sur des vieux ordinateurs, dans les années 50-60, et quelques processeurs des années 70. Elle a disparu dès les années 80 et n'est présentée que par souci d'exhaustivité et intérêt historique pour les curieux. Cette précision permet de comprendre que cette instruction servait pour résoudre des problèmes qui sont actuellement résolus autrement.
L'adresse cible peut être soit intégrée dans l'instruction, soit dans un registre. Dans le second cas, l'adresse peut être incrémentée ou modifiée afin que l'instruction EXECUTE change de cible à chaque exécution. Tout se passe comme si le registre contenant l'adresse cible servait à émuler un ''program counter''. En mettant une instruction EXECUTE dans une boucle et en complétant le tout avec du code annexe, on peut exécuter du code extérieur sans modifier le véritable ''program counter''. L'utilité est de faciliter l'implémentation des logiciels debuggers, des émulateurs, ou d'autres programmes dans le même genre.
Les autres utilisations sont assez nombreuses, mais aussi difficiles à expliquer pour qui n'a pas de connaissances poussées en programmation. La première utilité est l'implémentation de certaines fonctionnalités des langages de programmation évolués, à savoir le ''late binding'', les fonctions virtuelles, et quelques autres. Elle facilite aussi l'implémentation des compilateurs à la volée, en permettant d’exécuter du code produit à volée sans faire tiquer les mécanismes de protection mémoire implémentés dans le processeur. Elle permet d'émuler du code automodifiant pour les logiciels qui gagnaient autrefois à l'utiliser. Et il y en a d'autres.
==Les instructions d'arrêt et de mise en veille==
Les processeurs gèrent souvent des '''instructions de mise en veille''' le processeur. Une fois mis en veille, le processeur ne peut être réveillé que si un signal de sortie de veille survient. Les signaux de sortie de veille sont envoyés par les périphériques, les entrées-sorties, le ''chipset'' de la carte mère, etc. Ils sont rarement mis totalement en veille, ce qui leur permet de générer ce signal de sortie si nécessaire. Le processeur attend alors qu'un périphérique lui envoie un signal de sortie de veille, mais ne fait rien en attendant. De telles instructions ne sont exécutables qu'en mode noyau, par le système d'exploitation.
: Le signal de sortie de veille est techniquement une interruption matérielle, comme on le verra plus tard.
Il existe aussi des '''instructions d'arrêt''', qui éteignent le processeur complétement. Le processeur peut redémarrer, mais pas reprendre là où il en était. Pour redémarrer, il faut qu'il reçoive un signal RESET, envoyé sur une entrée du processeur. Lorsque l'entrée RESET du processeur est mise à 1, le processeur redémarre. Typiquement, l'alimentation du processeur est suspendue.
===Les exemples sur les processeurs les plus connus===
Sur les processeurs ARM, les instructions WFI et WFE sont utiles pour les systèmes embarqués, pour mettre le processeur en mode basse consommation. Lorsqu'une instruction de ce type est exécutée, le processeur continue d'être alimenté, mais il ne tient pas compte du signal d'horloge. Le signal d'horloge est clock gaté dès l'entrée dans le CPU. La différence entre les deux instructions est que WFI s'exécute inconditionnellement, alors que WFE ne s’exécute que un registre spécifique, le registre d'évènement, est à 0.
Sur les processeurs Motorola 6502 et ses dérivés, l'instruction WAI est une instruction de mise en veille, alors que l'instruction STP éteint l'ordinateur. La différence est qu'avec l'instruction STP, le processeur ne réagit qu'au signal RESET, qui fait redémarrer le processeur, mais ne réagit pas aux signaux de sortie de veille. L'exécution du processeur ne reprend alors pas là où le processeur s'est arrêté, le ''program counter'' est réinitialisé.
Sur les CPU x86 avant le 486, l'instruction HLT ne mettait pas le processeur en mode basse consommation. Aucune technique n'était prévue pour réduire la consommation du processeur pendant la veille. Le 8086 se contentait de se déconnecter du bus et n'incrémentait pas son ''program counter''. Au passage, l'implémentation exacte au niveau des circuits de l'instruction HLT sur le 8086 est détaillée dans cet article de blog :
* [https://www.righto.com/2023/01/reverse-engineering-intel-8086.html Reverse-engineering the Intel 8086 processor's HALT circuits]
C'est avec le 486 que la mise en veille s'est accompagnée d'une extinction partielle du processeur. Le processeur passait en mode basse consommation, ce qui permettait des économies d'énergie de 5 à 10%. Cependant, les premiers CPU sortis d'usine avaient un bug : le CPU stoppé via l'instruction HLT ne pouvait pas redémarrer de manière logicielle, il fallait lui envoyer le signal de RESET directement via le matériel.
{|class="wikitable"
|-
! x86
| HLT (HALT)
|-
! ARM
|
* WFI (Wait For Interrupt)
* WFE (Wait For Event).
|-
! Motorola 6502 et plus
|
* WAI (WAit for Interrupt)
* STP (SToP)
|}
===Les instructions ''Halt And Catch Fire''===
Le bug de l’instruction HTL, sur le 486, n'est pas spécifique aux processeurs 486, de nombreux CPU ont des instructions non-documentées qui bloquent l'ordinateur, si exécutées. Le processeur ne peut alors pas sortir de la mise en veille et soit s'arrête, soit doit être RESET. Les instructions ne sont souvent pas voulues par les concepteurs et sont souvent des bugs. De telles instructions illégales devraient lever une exception matérielle "instruction non reconnue", mais ne le font pas en raison d'un bug quelconque. Elles sont appelées, non sans humour, des '''instructions ''Halt And Catch Fire''''' (stoppe et prend feu).
Un exemple classique est celle du bug du Pentium F00F. Le responsable est une instruction non-documentée, encodée en binaire comme suit F0 0F C7 C8. Il s'agit d'une instruction dont l'encodage est invalide. Elle correspond à une instruction cmpxchg8b qui agit sur une valeur 64 bits obtenue en concaténant les deux registres (EAX et EDX). Elle compare cette valeur 64 bits avec une donnée en mémoire RAM. Mais avec l'encodage F0 0F C7 C8, l'adresse mémoire est remplacée par un nom de registre, du fait de l'encodage des modes d'adressage sur ce CPU. En théorie, le processeur devrait lever une exception matérielle ''opcode invalide''. Seulement, l'instruction est associée à un préfixe LOCK, qu'on ne détaillera pas ici, qui empêche la levée de l'exception.
Elle agissait comme une instruction ''Halt And Catch Fire'' classique. Un problème est que cette instruction n'était pas une instruction en mode noyau, mais une instruction accessible en espace utilisateur. N'importe quel programme invalide, voire un programme malicieux, pouvait bloquer l'ordinateur. La situation a été prise an sérieux, les systèmes d'exploitation fournissant des mitigations logicielles. Intel corrigea le problème, dans une seconde fournée sortie d'usine, avec la version B2 du 486.
==Résumé==
Pour résumer, les instructions les plus courantes sont les suivantes :
{|class="wikitable"
|-
!Instruction
!Utilité
|-
!Instructions arithmétiques
|Elles font des calculs sur des nombres. Les plus communes sont l'addition, la soustraction, la multiplication, la division, le modulo. Pour les instructions flottantes, la racine carrée est souvent supportée, parfois avec les opérations trigonométriques, les logarithmes et l'exponentielle.
|-
!Instructions logiques
|Elles travaillent sur des bits ou des groupes de bits. Les plus communes sont ;
* Les opérations bit à bit, à savoir le ET logique, le OU logique, le OU exclusif (XOR) et le NON logique.
* Les instructions de décalage à droite et à gauche, qui vont décaler tous les bits d'un nombre d'un cran vers la gauche ou la droite. Les bits qui sortent du nombre sont considérés comme perdus.
* Les instructions de rotation, qui font la même chose que les instructions de décalage, à la différence près que les bits qui "sortent d'un côté du nombre" après le décalage rentrent de l'autre.
|-
!Instructions de test et de contrôle (branchements)
|Elles permettent de contrôler la façon dont notre programme s’exécute sur notre ordinateur. Elles permettent notamment de choisir la prochaine instruction à exécuter, histoire de répéter des suites d'instructions, de ne pas exécuter des blocs d'instructions dans certains cas, et bien d'autres choses.
|-
!Instructions d’accès mémoire
|Elles permettent d'échanger des données entre le processeur et la mémoire, ou encore permettent de gérer la mémoire et son adressage. Les deux les plus courantes sont les suivantes :
* LOAD : charge une donnée dans un registre ;
* STORE : copie le contenu d'un registre dans une adresse mémoire.
|}
En plus de ces instructions, beaucoup de processeurs ajoutent d'autres instructions. La plupart sont utilisées par le système d'exploitation pour configurer certaines fonctionnalités importante : la protection mémoire, la mémoire virtuelle, les modes de compatibilité du processeur, la gestion de l'alimentation, l'arrêt ou la mise en veille, etc.
On peut aussi trouver des instructions spécialisées dans les calculs cryptographiques : certaines instructions permettent de chiffrer ou de déchiffrer des données de taille fixe. De même, certains processeurs ont une instruction permettant de générer des nombres aléatoires. Et on peut trouver bien d'autres exemples...
Mais d'autres sont franchement exotiques. Par exemple, certains processeurs sont capables d'effectuer des instructions sur du texte directement. Pour stocker du texte, la technique la plus simple utilise une suite de lettres, stockées les unes à la suite des autres dans la mémoire, dans l'ordre dans lesquelles elles sont placées dans le texte. Quelques ordinateurs disposent d'instructions pour traiter ces suites de lettres. D'ailleurs, n'importe quel PC x86 actuel dispose de telles instructions, bien qu'elles ne soient pas utilisées car paradoxalement trop lente comparé aux solutions logicielles ! Cela peut paraître surprenant, mais il y a une explication assez simple qui sera compréhensible dans quelques chapitres (les instructions en question sont microcodées).
<noinclude>
{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les mémoires FIFO et LIFO
| prevText=Les mémoires FIFO et LIFO
| next=Les registres du processeur
| nextText=Les registres du processeur
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4bttmm6k9a4qwuviel6og3brwv3dpl8
Fonctionnement d'un ordinateur/Les processeurs superscalaires
0
65956
773476
773353
2026-09-28T17:16:51Z
Mewtow
31375
/* La duplication des ALU entières */
773476
wikitext
text/x-wiki
Les processeurs vus auparavant ne peuvent émettre au maximum qu'une instruction par cycle d'horloge. Ils peuvent avoir plusieurs instructions qui s'exécutent en même temps, dans des unités de calcul séparées. C'est le cas dès qu'une instruction multi-cycles s'exécute. Par contre, ils ne peuvent démarrer qu'une seule instruction par cycle. Et quand on court après la performance, ce n'est pas assez ! Les concepteurs de processeurs ont inventés des processeurs qui émettent plusieurs instructions par cycle : les '''processeurs à émissions multiples'''.
Un processeur à émission multiple charge plusieurs instructions en même temps, les décode en parallèle, puis les émet en même temps sur des unités de calculs séparées. Pour cela, il faut gérer les dépendances entre instructions, répartir les instructions sur différentes unités de calcul, et cela n'est pas une mince affaire. En général, pour un processeur à émission multiple capable d'émettre N instructions en parallèle, on parle de '''processeur à N voies''', ou encore un ''processeur à N pipelines''.
[[File:Superscalarpipeline.svg|centre|vignette|upright=1.5|Pipeline RISC classique à cinq étages sur un processeur superscalaire. On voit bien que plusieurs instructions sont chargées en même temps.]]
Les processeurs à émission multiple sont de deux types : les processeurs VLIW et les '''processeurs superscalaires'''. Nous mettons les processeurs VLIW de côté en attendant le prochain chapitre. La raison est qu'ils ont un jeu d'instruction spécialisé qui expose le parallélisme d'instruction directement au niveau du jeu d'instructions, là où les processeurs superscalaires restent des processeurs au jeu d'instruction normal. La différence principale entre processeur VLIW et superscalaire est qu'un processeur superscalaire répartit les instructions sur les unités de calcul à l’exécution, là où un processeur VLIW délègue cette tâche au compilateur.
==Le nombre de voies d'un processeur superscalaire==
Les processeurs superscalaires les plus simples ne permettent que d'émettre deux micro-opérations à la fois, d'où leur nom de processeur ''dual issue'', ce qui se traduit en '''processeur à double émission'''. Les processeurs triple émission permettent eux d’émettre trois instructions à la fois. A l'opposé, les CPU superscalaires les plus puissants peuvent émettre jusqu'à 8-10 instructions simultanément. En 2026, les CPU superscalaires peuvent monter jusqu’à 10 µops émises en même temps, ce qui est énorme !
Et cela nous amène à faire une distinction entre les processeurs superscalaires dits '''étroits''' et ceux dits '''larges'''. Dans ce wikilivre, on part du principe que les processeurs superscalaires étroits émettent jusqu'à 4-5 µops à la fois, alors que les larges peuvent en émettre plus, l'intervalle entre les deux est une zone grise. Le nombre exact n'est pas fixé dans le marbre, la distinction est volontairement vague.
Nous parlerons de la '''largeur d'un CPU superscalaire''' pour parler du nombre de voies, du nombre de µops émises en même temps. Plus un CPU superscalaire est large, plus il est performant ''toute chose égale par ailleurs''. Mais dans les faits, vous pouvez oublier la partie en italique. Élargir un CPU superscalaire demande de rajouter beaucoup de circuits. Et ce cout en circuit aura un impact sur la performance. A budget en transistors limité, il y a un compromis entre élargir un CPU et rajouter du cache ou la taille des fenêtres d'instructions/ROB et autres.
===Les contraintes d’appariement===
Prenons un processeur double émission, capable d'émettre deux instructions simultanément. Émettre deux instructions en même temps n'est pas toujours possible. Par exemple, si deux instructions sont dépendantes, on ne peut pas les émettre en même temps. Mais oublions un instant ces histoires de dépendances de données, et partons du principe que le CPU ait affaire à deux instructions indépendantes, une paire idéale. Un CPU double émission "parfait" pourrait exécuter n'importe quelle paire d'instruction. Par exemple, il pourrait émettre deux multiplications consécutives, deux lectures consécutives, une lecture et une écriture en même temps, etc.
En pratique, aucun processeur ne permet cela. Implémenter un CPU superscalaire "parfait" aurait un cout en circuit beaucoup trop conséquent. Par exemple, pour émettre deux multiplications en même temps, il faudrait deux multiplieurs séparés. Idem pour exécuter deux accès mémoire simultané : cela demande d'avoir deux unités mémoire et un cache multiport. Mais en pratique, aucun CPU superscalaire ne fait cela. La totalité des CPU double émission se débrouille avec un seul circuit multiplieur et une seule unité mémoire.
Et cela entraine l'apparition de dépendances structurelles, qui font que certaines paires d'instructions sont impossibles. Par exemple, impossible d'émettre deux multiplications en même temps avec un seul circuit multiplieur. Mais émettre une multiplication en parallèle d'une addition est parfaitement possible. Il y a donc des paires d'instructions autorisées et des paires interdites. Et la logique est la même sur les CPU à triple ou quadruple émission, et au-delà. : des triplets ou quadruplet d'instructions sont impossibles à émettre simultanément, alors que d'autres le sont. Pour le dire autrement, il y a des '''contraintes d'appariement''' sur les instructions à émettre en même temps.
===L'impact des contraintes d’appariement sur la performance===
Ces contraintes d’appariement ont un impact sur les performance, mais celui-ci peut être grandement mitigé. Les programmes informatiques utilisent en pratique beaucoup plus d'opérations entières de base que de multiplication, branchements et accès mémoire. Il y a environ 5 opérations entières de base pour une multiplication entière. En pratique, il est rare de devoir exécuter deux multiplications à la fois. Idem pour les décalages et rotations, qui sont assez éloignés les uns des autres. Deux branchements consécutifs sont quant à eux plus fréquents. Deux accès mémoire consécutifs est assez rare, mais ils restent assez proches les uns des autres malgré tout.
La conséquence est que certaines paires d'instructions sont privilégiées par rapport au reste. Les paires regroupant deux calculs basiques (additions, soustractions, ...) sont systématiquement supportées, car dupliquer des ALU entières est facile. Les paires regroupant un calcul et une autre instruction sont elles aussi systématiquement supportées. Par contre, les paires avec deux branchements, deux accès mémoire, deux décalages/rotations, ou deux multiplications/divisions sont fréquemment interdites. Seuls les CPU superscalaires larges peuvent les permettre, et encore : sous conditions. Le résultat est que le processeur peut se débrouiller avec une seule unité mémoire et une unité de branchement.
===Terminologie pour la suite du chapitre===
Décrire les contraintes d’appariement demande de dire quelles combinaisons d’instructions sont autorisées ou interdites. Et pour cela, nous allons introduire les abréviations suivantes :
* INT est un raccourcis pour parler d'une opération entière simple, qu'une ALU entière peut exécuter.
* MUL correspond à une opération entière complexe, typiquement une multiplication, éventuellement à une division.
* FLOAT désigne une opération flottante, peut importe laquelle.
* MEM désigne un accès mémoire, à savoir une instruction ou µop mémoire.
* BRANCH désigne une instruction de branchement.
Cette terminologie permettra de définir des paires d'instructions, qu'elles soient possibles ou interdites. Par exemple, l'expression INT + FLOAT désigne une paire d'instruction regroupant une instruction entière et une instruction flottante, peu importe l'ordre des deux instructions. Il en sera de même pour les triplets, quadruplets, ou plus. Par exemple, l'expression INT + INT + FLOAT + MUL désigne un quadruplet d'instructions regroupant : deux instructions entières, une instruction flottante, et une multiplication entière.
J'utiliserais aussi des parenthèses pour regrouper certaines combinaisons. Par exemple, l'expression INT + (MUL /FLOAT) veut parler d'une paire d'instruction où la première est une opération entière basique, la seconde est : soit une multiplication, soit une opération flottante.
==Le ''front-end'' des processeurs superscalaires==
Un processeur superscalaire doit charger, décoder, et exécuter plusieurs instructions par cycle. Par exemple, un processeur triple émission doit charger 3 instructions lors d'un premier cycle, puis les décoder au cycle suivant, et les exécuter au cycle suivant. Il travaille donc pas paquets de 3 instructions, dans cet exemple.
Intuitivement, charger, décoder et exécuter plusieurs instructions à la fois demande de dupliquer des circuits. Par exemple, il faut dupliquer les décodeurs pour décoder plusieurs instructions. Les unités de calcul sont aussi dupliquées, sauf sur certaines processeurs qui arrivent à ruser, mais laissons cela de côté pour plus tard. Mais d'autres circuits sont simplement modifiés, comme l'unité de chargement ou l'unité d'émission. Voyons ce qu'il en est dans le détail.
{|class="wikitable"
|-
! rowspan="2" | Processeur sans émission multiple
| rowspan="2" | Chargement
| rowspan="2" | Décodage
| rowspan="2" | Renommage
| rowspan="2" | Émission
| Exécution / ALU
| rowspan="2" | ''Commit''/ROB
|-
| Exécution / ALU
|-
! rowspan="4" | Processeur superscalaire
| rowspan="4" | Chargement
| rowspan="2" | Décodage
| rowspan="4" | Renommage
| rowspan="4" | Émission
| Exécution / ALU
| rowspan="4" | ''Commit''/ROB
|-
| Exécution / ALU
|-
| rowspan="2" | Décodage
| Exécution / ALU
|-
| Exécution / ALU
|}
Nous allons d'abord voir ce qu'il en est pour le ''front-end'', à savoir la partie du CPU qui s'occupe de charger et décoder les instructions. Elle regroupe l'unité de chargement, les décodeurs, l'unité de prédiction de branchement, la file de µops, la file d'instruction, et divers caches. En soi, les changements portent surtout sur l'unité de chargement et les décodeurs.
===Le chargement de plusieurs instructions consécutives===
Un processeur superscalaire charge plusieurs instructions en même temps, ''en tenant compte de la présence de branchements''. La partie en italique est importante et elle a une conséquence très forte : la manière de faire est fortement différente entre un CPU superscalaire étroit et large.
Un CPU superscalaire étroit fait au plus simple : il charge un bloc de 2, 3, 4 instructions consécutives en mémoire RAM. Il faut alors doubler/tripler/quadrupler la taille du bus connecté au cache d'instruction. Par exemple, pour charger quatre instructions de 32 bits chacune, il suffit de lire un bloc de 128 bits dans le cache d'instruction. Un bloc de 8, 16, 32 octets est donc lu depuis le cache et est ensuite découpé en instructions, envoyées chacun à un décodeur.
Charger plusieurs instructions consécutives ne marche bien qu'en absence de branchements. La présence de branchements casse cette dynamique, et il faut gérer leur présence.
* Sans prédiction de branchement, toutes les instructions d'un bloc sont décodées et exécutées en même temps, même s'il y a un branchement dans le tas.
* Avec prédiction de branchement, les instructions situées après le branchement ne sont pas décodées ni exécutées. L'unité de chargement coupe le bloc chargé au niveau du premier branchement pris, remplit les vides avec des NOP, avant d'envoyer le tout à l'unité de décodage. Les instructions à l'adresse de destination seront chargées au cycle suivant, en chargeant un nouveau bloc.
[[File:Fetch sur un processeur superscalaire avec prediction de branchements.png|centre|vignette|upright=2|Fetch sur un processeur superscalaire avec prédiction de branchements.]]
Un autre défaut est que sur le CPU charge un bloc de 128 bits à la fois, les instructions doivent être alignées sur 128 bits. Et on peut généraliser à n'importe quelle taille de bloc. Si les instructions ne sont pas alignées, il faut gérer la situation. Il arrive qu'une instruction soit à cheval sur deux blocs, avec un morceau dans le premier bloc, un autre dans le second. Dans ce cas, l'instruction est chargée en deux fois, et des circuits doivent gérer la situation pour recoller les morceaux. Sur les CPU avec des instructions de taille fixe, le problème ne survient que rarement. Mais il est fréquent avec des instructions de taille variable.
Un autre défaut est lié aux branchements. Imaginez qu'un branchement s'exécute et branche vers une instruction de destination. Rien n'indique que l'instruction de destination sera au tout début d'un bloc. Si ça se trouve, elle sera en troisième position d'un bloc de 4 instructions. Une solution simple charge le bloc en respectant l'alignement, et les deux premières instructions du bloc ne sont pas à exécuter. Il y a donc une petite perte de performance.
Certains CPU, comme l'IBM RS/6000, ont la machinerie charger un bloc de N instructions même s'il n'est pas aligné. La machinerie en question se trouve dans le cache d'instruction et est tout sauf simple à expliquer,ce qui fait que je me permets de la passer sous silence. Un détail, cependant : elle ne permet pas de charger des blocs qui sont à cheval sur deux lignes de cache.
===Le décodage parallèle des instructions===
Pour le décodage des instructions, plusieurs instructions sont décodées en même temps. On parle alors de '''décodage parallèle'''. Pour ce faire, un processeur superscalaire contient plusieurs décodeurs, chacun pouvant décoder une instruction en parallèle des autres. Prenons par exemple un processeur superscalaire à 4 voies : le décodage se fera dans quatre décodeurs séparés, qui fonctionneront en parallèle. Cependant, cette implémentation ne marche bien que pour les processeurs RISC, les processeurs CISC devant faire avec un microcode gourmand en circuits.
Les processeurs CISC utilisent des décodeurs hybrides, avec un microcode qui complémente un décodeur câblé. Dupliquer le microcode aurait un cout en transistors trop important, ce qui fait que seuls les décodeurs câblés sont dupliqués. Les CPU CISC superscalaires disposent donc de plusieurs décodeurs simples, capables de décoder les instructions les plus courantes, avec un seul microcode. La conséquence est qu'il n'est pas possible de décoder deux instructions microcodées en même temps. Par contre, il reste possible de décoder plusieurs instructions non-microcodées ou une instruction microcodée couplée à une instruction non-microcodée. Vu qu'il est rare que deux instructions microcodées se suivent dans un programme, le cout en performance est extrêmement mineur.
Il faut noter qu'une instruction correspond à une ou plusieurs µops. Il est donc possible de charger 5 instructions et de se retrouver avec 8 µops en sortie des décodeurs. Et c'est la source d'une distinction très importante. Plus haut, j'ai parlé de processeurs superscalaires à N voies. La terminologie peut avoir deux interprétations. La première est que le processeur charge/décode N instructions à la fois. Une seconde est qu'il est capable d'exécuter/émettre N µops en même temps.
Les deux ne sont pas équivalentes, vu qu'un processeur superscalaire peut, par exemple, charger/décoder N instructions et émettre/exécuter N+2 µops. La distinction est particulièrement importante sur les processeurs superscalaires larges. Certains d'entre eux sont capables de charger 5 instructions et d'en émettre le double ! Un exemple classique était les processeurs Athlon d'AMD, qui pouvaient décoder deux instructions par cycle, mais émettre 4 µops par cycle. Ce n'était pas un problème, car beaucoup d'instructions, même basiques, étaient décodées en 2 µops.
===L'émission parallèle des instructions===
La superscalarité modifie en profondeur l'unité d'émission, notamment au niveau de son interface. Avant, elle recevait une micro-opération sur son entrée, et fournissait la micro-opération émise sur une sortie. Et cela vaut aussi bien pour une unité d'émission simple, un ''scoreboard'', une fenêtre d'instruction ou des stations de réservation. Mais avec l'émission multiple, les sorties et entrées sont dupliquées. Pour la double émission, il y a deux entrées vu qu'elle doit recevoir deux micro-opération décodées/renommées, et deux sorties pour émettre deux micro-opérations.
Dans ce qui suit, nous ne parlerons pas d'entrée et de sortie, mais de '''ports de décodage''' et de '''ports d'émission'''. Les ports de décodage reçoivent des micro-opérations provenant de l'unité de décodage, les ports d'émissions sont pour les micro-opérations émises. Les ports d'émission injectent les micro-opérations émises dans le pipeline, elle sont propagée au banc de registre, aux ALUs, etc. Un processeur superscalaire a forcément plusieurs ports d'émission (et de décodage).
Si l'interface de l'unité d'émission change, l'intérieur est tout autant modifié. Sur un CPU non-superscalaire, l'unité d'émission reçoit une µop "candidate à l'émission", et détecte les dépendances entre avec les µops en vol, en cours d'exécution dans le pipeline. Et c'est toujours le cas sur les processeurs superscalaires : l'unité d'émission détecte les dépendances entre les µops candidates et les µops en vol. Mais avec la siperscalarité, elle doit en plus tester les dépendances entre les µops candidates.
Si l'unité d'émission est un ''scoreboard'', il doit détecter les dépendances entre instructions émises simultanément et les sérialiser si besoin. Avec une fenêtre d'instruction, il n'y a pour ainsi dire rien à faire, vu que les dépendances sont éliminées par le renommage de registre et que les signaux de réveil gèrent les dépendances RAW. C'est la raison pour laquelle les processeurs superscalaires modernes n'utilisent pas de ''scoreboard''.
==Les processeurs implémentés avec plusieurs pipelines==
Nous venons de voir comment la superscalarité impacte le ''front-end'', il est maintenant de voir ce qu'il en est de l'unité d'émission et des ''back-ends''. Un processeur superscalaire peut utiliser l'exécution dans le désordre et le renommage de registres, mais ce n'est pas une obligation. Historiquement, les premiers processeurs superscalaires n'utilisaient pas d'exécution dans le désordre. Le meilleur exemple est celui du Pentium 1 et 2 d'Intel. Ils étaient tous deux des processeurs superscalaires, mais n'avaient pas d'exécution dans le désordre, qui est apparue sur le Pentium 3. les explications sont plus simples si on met de côté l'exécution dans le désordre.
Vous vous dites que l'implémentation d'un processeur superscalaire n'est pas la même suivant que le CPU utilise l'exécution dans le désordre, ou non. Mais dans les faits, la distinction est plus subtile que ca. Pour l'expliquer, je vais utiliser une classification originale, qui sépare les processeurs superscalaires en trois sous-types. La distinction se fait sur la manière dont la superscalarité est implémentée en matériel.La classification que j'utilise distingue :
* Les processeurs avec plusieurs pipelines, sans exécution dans le désordre.
* Les processeurs superscalaires avec un pipeline dynamique.
* Les processeurs avec des fenêtres d'instruction décentralisées.
La distinction n'est pas qu'une question d'implémentation matérielle. Elle impacte aussi le ratio entre instructions chargées/décodées et instructions émises. Vous vous dites que les deux sont égales, mais ce n'est le cas que sur les processeurs avec N pipelines ! Sur les autres processeurs, il est possible de décoder 4 instructions, mais d'en émettre maximum 6 par cycle ! Et sur les CPU avec des fenêtres d'instruction décentralisées, il y a aussi une différence entre le nombre d'instructions qui sont ''dispatch'' et ''schedule''.
La catégorie la plus simple est celle des '''processeurs avec plusieurs pipelines'''. Ce sont des processeurs superscalaires sans exécution dans le désordre. Ils partent d'un processeur non-superscalaire, et ajoutent un second pipeline, en sortie de l'unité d'émission. Le second pipeline permet l'émission parallèle d'une seconde instruction.
Le second pipeline n'est pas identique au pipeline originel, sur plusieurs points. Premièrement, il n'a pas exactement les mêmes circuits. Le second pipeline est généralement composé d'une unité de calcul, d'une FPU, éventuellement d'un second banc de registres, guère plus. Il permet d'exécuter une seconde opération de calcul, pas plus, ce qui est à l'origine de contraintes d'appariemment assez fortes. De plus, il n'a pas forcément la même longueur, il peut avoir des étages en moins ou en plus. Il s'agit de la forme la plus simple de processeur superscalaire et nous allons leur consacrer cette section.
===La double émission entière-flottante===
L'exemple le plus simple utilise un second pipeline pour les opérations flottantes, séparé du pipeline originel. L'ajout d'un pipeline flottant permet d'émettre une micro-opération entière en même temps qu'une micro-opération flottante, ce qui s'appelle la '''double émission entière-flottante'''. La micro-opération entière s'exécute dans l'ALU entière, la micro-opération flottante dans la FPU. Les exemples les plus notables sont le PA-RISC 7100, le POWER 1 (RIOS .& et .9) et le PowerPC 601. L'Apollo DN10000 et l'Intel i860 utilisaient aussi cette forme de double émission, mais étaient des prototypes de CPU VLIW.
[[File:Double émission entière-flottante.png|centre|vignette|upright=2|Double émission entière-flottante]]
Pour bien expliquer les choses, prenons le processeur illustré ci-dessous, avec deux ''back-end'' séparés : un pour la FPU, et un autre pour le reste. Les instructions entières et mémoire passent toutes par le ''back-end'' généraliste.
[[File:CPU non-superscalaire basique, avec une FPU.png|centre|vignette|upright=1.5|CPU non-superscalaire basique, avec une FPU]]
Les deux ''back-end'' sont des pipelines séparés, mais il faut que l'unité d'émission soit spécialement conçue pour en profiter. Un processeur simple émission peut démarrer une seule µop par cycle : soit la µop est envoyée au ''back-end'' flottant, soit elle est envoyée au ''back-end'' général. Avec la double émission entière-flottante, le processeur peut envoyer une µop dans chaque pipeline, à chaque cycle. Vu que la FPU et son banc de registre forment déjà un pipeline séparé, les seules modifications se font au niveau du ''front-end'', unité d'émission inclue.
{|
|-
|[[File:CPU simple émission avec une FPU.png|centre|vignette|upright=1.5|CPU simple émission avec une FPU.]]
|[[File:Double émission entière flottante avec un second pipeline.png|centre|vignette|upright=1.5|CPU avec un second pipeline flottant.]]
|}
Notez que le terme double émission ''entière''-flottante est un peu trompeur. En réalité, la technique permet d'émettre une instruction flottante avec n'importe quelle autre instruction non-flottante, avec des restrictions pour les branchements. Il est par exemple possible d'exécuter un calcul flottant en parallèle d'un accès mémoire.
Sur les CPU 32 bits, il est possible de faire les multiplications dans la FPU. Pour rappel, la FPU contient un multiplieur entier 53-54 bits, pour multiplier les mantisses de deux flottants 64 bits, qu'on peut utiliser pour faire les multiplications entières 32 bits. Cela permet d'émettre une multiplication en même temps qu'une opération entière dans l'ALU. Ainsi, le CPU pouvait émettre deux instructions : une opération entière de base, avec soit une multiplication, soit une opération flottante. En clair, une émission de type INT + (MUL /FLOAT). Par contre, on perd la possibilité d'émettre une multiplication entière avec une opération flottante, mais c'était un compromis qui en valait la peine.
Le CPU PA-RISC 7100 implémentait cette optimisation. Il s'agissait d'un CPU double émission entière-flottante, qui utilisait donc un partitionnement assez simple. Le combo partitionnement + reconditionnement permettait ici de gagner en performance, pour un cout en matériel très limité. D’autant plus limité que le jeu d'instruction prévoyait le reconditionnement de la FPU. Les multiplications ne lisaient pas leurs opérandes dans les registres entiers, mais dans les registres flottants.
===La double émission entière===
Une autre possibilité ajoute un second pipeline, capable d'exécuter des opérations entières simples, appelé le pipeline entier. Le processeur supporte alors la '''double émission entière''', à savoir qu'ils peuvent émettre une opération entière en plus d'une autre instruction. L'opération entière en question est une opération simple, comme une addition, une soustraction, une opération bit à bit, une comparaison, etc. Les exemples classiques sont les processeurs Intel i960 et Pentium. L'implémentation était différente entre l'i960 et le Pentium : Le Pentium avait une seconde ALU entière, alors que le i960 rusait.
Le Pentium dupliquait l'ALU entière, pour créer un second pipeline entier. Sur le Pentium originel, les contraintes d'appariement étaient assez strictes. Le Pentium avait une FPU, mais ne pouvait pas l'utiliser en double émission. Il lui était impossible d'exécuter une opération flottante en même temps qu'une opération entière (branchements inclus). Le Cyrix 6x86 était une sorte de Pentium produit par l'entreprise Cyrix, avec une microarchitecture différente. Il avait des contraintes d’appariement réduites. Par exemple, il pouvait émettre une opération flottante en parallèle d'une opération entière. Nous détaillerons ces processeurs dans le prochain chapitre, qui porte justement sur les CPU superscalaires x86.
[[File:CPU simple et double émission avec un second pipeline entier.png|centre|vignette|upright=2.5|CPU simple et double émission avec un second pipeline entier.]]
L'Intel i960 n'avait pas de FPU, juste une ALU entière et une unité mémoire. Il utilisait l'unité mémoire comme une seconde ALU entière limitée. Pour rappel, une unité mémoire contient une AGU, à savoir une ALU spécialisée dans les calculs d'adresse. Elle est capable de faire des additions, soustractions, et quelques décalages limités (des décalages par 2, 4, 8, pas plus). L'Intel i960 ajoutait des connexions entre AGU et banc de registre, afin que celle-ci serve de seconde unité de calcul. L'AGU est déjà reliée aux deux ports de lecture, pour lire les opérandes du calcul d'adresse, il suffit de la connecter sur le port d'écriture. Le processeur peut alors émettre deux instructions/µops entières, sous certaines conditions.
[[File:Emission multiple des opérations entières, double émission.png|centre|vignette|upright=2|Émission multiple des opérations entières, double émission.]]
==Les processeurs superscalaires dynamiques==
Les processeurs précédents, avec 2 pipelines, avaient une unité d'émission assez simple. Elle avait deux ports de décodage, et deux ports d'émission. Le nombre de ports de décodage et d'émission étaient identiques. Vous vous dites que c'est naturel, et intuitif, que c'est normal pour un processeur superscalaire. Mais en réalité, la majorité des processeurs superscalaires a plus de ports d'émission que de décodage. Expliquer pourquoi va cependant nous demander de parler de comment la superscalarité exploite les unités de calcul.
Posons-nous cette question : de combien d'unités un processeur superscalaire a besoin ? Les unités en question ne sont nécessairement des unité de calcul, l'unité mémoire et l'unité de branchement comptent aussi. La réponse dépend du nombre de voies. Si le ''front-end'' charge et décode un paquet de N instructions, exécuter ces N instructions simultanément demandera là aussi au moins N unités de calcul. Notez le terme : ''au moins'', car c'est là tout l'enjeu de cette section.
La réponse dépend aussi des contraintes d’appariement. Pour un CPU superscalaire "parfait", sans contraintes d’appariement, toutes les unités doivent être dupliquées, y compris l'unité mémoire. Un processeur à double émission parfaite devrait dupliquer l'ALU entière, le ''barrel shifter'', le circuit multiplieur, la FPU, l'unité mémoire, et l'unité de branchement, ce qui ferait passer de 6 unités à 12. Le cout en circuit est énorme, même pour de la double émission ! Et pour un CPU à N pipelines, le cout en circuit encore plus prohibitif ! En pratique, les processeurs superscalaires qui font ça sont très rares. La majeure partie des processeurs superscalaires utilisent d'autres techniques : le partitionnement, la duplication partielle des ALUs, la duplication des autres unités.
===Le partitionnement des unités fonctionnelles===
Les CPU superscalaires les plus simples ne dupliquent pas leurs unités de calcul, ils se contentent d'exploiter les unités existantes. Et pour expliquer comment, nous allons partir de l'exemple d'un processeur non-superscalaire contient une ALU entière, une FPU, une unité mémoire et une unité de branchement. Les quatre unités peuvent fonctionner en parallèle, à savoir qu'une unité peut exécuter une instruction à elle toute seule, sans interagir avec les autres. Cela suffit pour créer un processeur quadruple émission, qui peut émettre en même temps : une opération entière, une opération flottante, un branchement, un accès mémoire.
Le principe marche aussi sur un processeur avec moins de 4 unités, par exemple sans FPU et/ou sans unité de branchement, ou avec au contraire des unités en plus. L'idée générale est d’émettre une µops séparée dans chaque unité fonctionnelle. Utiliser ainsi les unités existantes, pour rendre un CPU superscalaire, s'appelle le '''partitionnement superscalaire'''. Le terme n'est pas beaucoup utilisé en-dehors de quelques vieux articles académiques.
Le partitionnement est fortement dépendant du jeu d'instruction, car il demande de bien séparer instructions entières, flottantes, branchements et instructions mémoire. Et autant c'est bien le cas sur les CPU RISC, autant les CPU CISC ne sont pas dans ce cas. Les CPU CISC ont des instructions ''load-op'', qui effectuent une instruction arithmétique et une µop mémoire. Et ces instructions sont très compliquées à implémenter avec le partitionnement. Et au-delà de ça, les CPU CISC ont beaucoup d'instructions qui sont décodées en plusieurs µops, à exécuter dans un ordre bien précis. On peut pas émettre les µops en question simultanément.
Le partitionnement a un cout en circuit très limité, pour un gain en performance lui aussi limité. Pour reprendre le CPU de l'exemple précédent, il est rare que l'on ait à exécuter ces quatre instructions en même temps. En pratique, les combinaisons fréquentes sont les combinaisons calcul + accès mémoire, calcul + branchement, calcul entier + calcul flottant. Utiliser une quadruple émission de ce type n'est donc pas une bonne idée, alors que la double émission parait plus adaptée.
Et c'est là que la différence entre ports d'émission et de décodage devient intéressante. L'idée est d'avoir une unité d'émission avec deux ports de décodage, et 4 port d'émission (un par unité). Les contraintes d’appariement varient alors suivant le processeur, mais la règle générale est que si deux micro-opérations tombent dans deux unités différentes, on peut les émettre en même temps. En clair, on peut émettre une opération entière avec une opération flottante, une opération entière avec un branchement, un accès mémoire avec un branchement, etc. Et cela rend le partitionnement bien plus intéressant que prévu.
Les tout premiers CPU superscalaires étaient des CPU double émission, qui utilisaient le partitionnement avec : une ALU entière, une unité mémoire et une FPU. Nous parlerons de '''partitionnement INT-FLOAT-MEM'''. L'avantage sur la double émission flottante est que les combinaisons INT + MEM et FLOAT + MEM étaient autorisées. L'intérêt était d'émettre une opération en parallèle d'un accès mémoire, ce qui est un doublet d'instruction assez fréquent. Les exemples classiques sont l'HyperSPARC, de l'alpha 21064 et du PowerPC 603.
Les contraintes d’appariement variaient grandement suivant le processeur. Le PowerPC 603 implémentait une double émission "parfaite". C'est à dire que toutes les combinaisons possibles à deux instructions étaient possibles, que ce soit INT + FLOAT, INT + MEM, FLOAT + MEM. En plus de cette double émission "parfaite", le CPU utilisait la technique dite de ''branch folding'', qui permettait d'exécuter un branchement sans utiliser d'unité de calcul, ce qui fait qu'il était qualifié de ''CPU 2-way + Branch''.
A l'opposé, le processeur alpha 21064 avait pas mal de contraintes d’appariement, à savoir que certaines combinaisons de deux instructions étaient interdites, bien que compatibles avec les unités disponibles. Une des raisons est que le banc de registre n'avait pas assez de ports de lectures, ce qui fait que certaines combinaisons avec une écriture mémoire n'étaient pas permises. Les concepteurs avaient volontairement inséré ces contraintes afin de simplifier le design du processeur.
Avant de poursuivre, précisons que la FPU regroupe un additionneur flottant et un multiplieur flottant. Et ce fait peut être exploité pour approfondir le partitionnement. La '''double émission FADD/FMUL''' permet d'émettre une addition flottante en même temps qu'une multiplication flottante. Elle a été utilisée sur les processeurs x86, Alpha et SPARC. Les autres circuits de calcul flottant sont souvent regroupés avec l'additionneur. La division est parfois e même port que le multiplieur flottant, parfois sur celui de l'additionneur (quand elle est microcodée et exécutée en enchainant les soustractions).
===La duplication des ALU entières===
Le partitionnement est une technique élégante, simple, facile à implémenter et au cout en circuits modeste. Mais il faut avouer que cela ne donne pas des CPU superscalaires très efficaces. La raison est que le partitionnement permet d'émettre des paires, triplets, quadruplets de micro-opérations qui sont rares en pratique.
Les combinaisons les plus fréquentes en pratique sont des paires/triplets d'opérations entières, souvent des paires/triplets d'additions ou d'opérations entières simples. Il est donc primordial d'émettre plusieurs opérations entières simultanément. Le fait d'émettre et d'exécuter plusieurs opérations entières en même temps s'appelle l''''émission entière multiple'''.
Pour exécuter la seconde/troisième opération entière, il faut dupliquer les ALU entières (ou réutiliser l'AGU comme ALU entière comme le fait l'Intel i960). Le processeur doit avoir deux ALU entières pour de la double émission entière, trois pour de triple émission entière, etc. De plus, il faut ajouter des ports au banc de registre, pour lire deux fois plus d'opérandes et décrire deux résultats. Et enfin, il faut rajouter un port d'émission pour pouvoir émettre une micro-opération entière en plus.
[[File:Processeur non-superscalaire basique 03.png|centre|vignette|upright=2|Processeur non-superscalaire basique]]
La tendance est de multiplier les ALU entières, mais pas le circuit multiplieur. Le cout en transistors est alors grandement réduit, au prix de l'apparition de dépendances structurelles. Le CPU peut émettre deux additions en même temps, ou une addition et une multiplication, mais pas deux multiplications. Il en est de même avec le ''barrel shifter'', qui n'est pas dupliqué. Il est donc possible d'émettre un décalage avec une opération de base, mais pas deux décalages en parallèle.
Mais ces contraintes d’appariement ne sont pas un problème, car il est rare de devoir émettre deux multiplications/décalages en même temps. La plupart des programmes sont majoritairement remplis d'additions, avec des multiplications assez rares et des décalages qui le sont encore plus. La moyenne est proche d'une multiplication pour 4/5 additions. Vu que des multiplications consécutives sont très rares, dupliquer le multiplieur est presque inutile. Disposer de plusieurs circuits multiplieurs ou de plusieurs ''barrel shifters'' serait donc un cout en circuits qui ne servirait que rarement et n'en vaut pas la chandelle.
Il faut noter que sur les CPU 32 bits, les multiplications peuvent être exécutées dans la FPU ou dans un multiplieur séparé, tout dépend de si le CPU exécute les multiplications dans la FPU ou pas.
{|class="wikitable"
|-
! Voie d'émission n°1 !! Voie d'émission n°2 !! Voie d'émission n°3
|-
| ALU entière || ALU entière || FPU
|}
Terminons avec une dernière subtilité concernant les multiplieurs. Pour rappel, les processeurs modernes intégrent en réalité deux multiplieurs différents. Le résultat d'une multiplication est très large et prend deux registres. Par exemple, une multiplication de deux opérandes 64 bits donne un résultat sur 128 bits, ce qui ne tient pas dans un registre, mais en prend deux. L'instruction de multiplication classique ne calcule que les 64 bits de poids faible. mais elle est complétée par d'autres instructions de multiplication qui peuvent faire le calcul complet.
Pour résoudre le problème, les processeurs modernes intègrent deux instructions de multiplications : une qui calcule les bits de poids faible du résultat, une autre qui calcule les bits de poids fort. Et ces deux instructions sont associées à deux multiplieurs séparés, aux circuits différent. Le multiplieur qui calcule les bits de poids faible du résultat est appelé le ''low multiplier'', l'autre est appelé le ''high multiplier''.
Une autre possibilité est d'utiliser une instruction '''MULX''' ou ''FULL MUL'', qui calcule les 128 bits de résultat en une seule opération, et mémorisent le résultat dans deux registres. C'est plus rare, mais possible. Une telle opération est scindée en deux µops : une par moitié de résultat. Et ces deux µops vont chacune dans le multiplieur adéquat.
Toujours est-il que cela fait en réalité deux multiplieurs à connecter aux ports d'émission. Le seconde multiplieur est placé sur un second port d'émission, différent du premier multiplieur. Et ce port d'émission est naturellement partagé avec une ALU. En général, il va sur le même port que le ''barrel shifter'' sur les architectures à double émission, sur un port avec une ALU entière sur la triple émission. L’avantage de mettre les deux multiplieurs sur deux ports d'émission est qu'une multiplication complète peut être réalisée en utilisant les deux multiplieurs en parallèle. Les deux sous-multiplications sont émises en même temps, exécutées en même temps. pas besoin d'exécuter l'une puis la seconde, d'où un gain performance appréciable.
Reste à connecter les unités de calcul à l'unité d'émission (indirectement, car il y a des étages de pipeline entre les deux). Une implémentation basique utilisée un port d'émission par unité. Prenons l'exemple d'un CPU superscalaire avec 4 ALU entières, une FPU, et une unité mémoire. Vu qu'il y a 6 unités, cela fait donc 6 ports d'émission.
L'exemple historique le plus impressionnant est celui du Motorola 88110, un CPU double émission qui possède 10 unités. Il contient deux ALU entières, un circuit multiplieur, un circuit diviseur, une unité de manipulation de bits, une unité mémoire, un additionneur flottant, et deux unités graphiques pour des calculs impliquant des pixels. Le multiplieur est utilisé à la fois pour les multiplications entières, flottantes et le produit de deux pixels. Idem pour le diviseur, qui sert pour les divisions entières et flottantes.
Et chaque unité a son propre port d'émission. La conséquence est que les contraintes d'appariement du Motorola 88110 sont simples : tant que deux µops atterrissent dans des unités séparées, la paire est permise. Il est par exemple possible d'émettre simultanément deux opérations entières simples, vu qu'il y a deux ALU. Par contre, impossible d'émettre simultanément deux multiplications, deux divisions, deux opérations flottantes, deux manipulations de bit, deux accès mémoire, etc. De plus, le partage du multiplieur fait qu'on ne peut pas émettre une multiplication entière avec une multiplication flottante. Idem avec les divisions, vu que le diviseur est aussi partagé. Ce sont les seules contraintes.
===Le partage des ports d'émission===
La présence d'un circuit multiplieur et d'un ''barrel shifter'' pose des problèmes pour le partitionnement. Il est possible d'avoir un port d'émission dédié au multiplieur, et un autre au ''barrel shifter'', qui sont séparés de ceux pour l'ALU entière. Il est alors possible d'émettre une opération entière, une multiplication et un décalage, simultanément. Nous parlerons de '''partitionnement entier''' pour désigner cette possibilité.
[[File:Partitionnement superscalaire entier.png|centre|vignette|upright=2|Partitionnement superscalaire entier.]]
Le partitionnement entier est cependant très rare, car le gain en performance serait trop faible au regard des couts en circuit. Quelques processeurs historiques l'utilisaient, mais ce n'est plus le cas de nos jours. La raison est que les multiplications et les décalages sont assez rares dans le code, ce qui fait que le port d'émission associés sont sous-utilisés. Et un port d'émission a un cout en circuit assez important. Et c'est sans compter qu'ajouter des ports sur le banc de registres juste pour un multiplier sous-utilisé n'en vaut pas la peine. L'idéal serait de trouver un moyen de réduire le nombre de ports d'émissions, sans réduire le nombre d'unités de calcul.
[[File:Emission multiple des opérations entières, implémentation naive.png|vignette|Émission multiple des opérations entières, implémentation naive]]
La solution consiste à '''partager les ports d'émission''', à savoir connecter un port d'émission à plusieurs unités de calcul. L'exemple classique est justement lié aux circuits multiplieur et ''barrel shifters''. L'idée est que le multiplieur et le ''barrel shifter'' sont mis sur le même port d'émission qu'une ALU entière.
Prenons par exemple le processeur à double émission entière illustré ci-contre. Un port d'émission est relié à une ALU entière seule, et l'autre port d'émission alimente la seconde ALU entière et le multiplieur. La conséquence est que le processeur peut émettre deux opérations entières, dont une multiplication. Si on avait utilisé un port d'émission dédié au multiplieur, il aurait été possible d'émettre deux opérations entières et une multiplication. On perd donc une voie, mais on gagne en flexibilité et on économise des circuits. Notons que ce partage signifie aussi que le multiplieur partage les ports sur le banc de registre, ce qui fait une double économie.
[[File:Emission multiple des opérations entières, implémentation courante.png|centre|vignette|upright=1.5|Émission multiple des opérations entières, implémentation courante]]
En général, le ''barrel shifter'' et le multiplieur sont placés sur deux voies d'émission séparés, ce qui permet d'émettre un décalage et une multiplication en même temps. Les mettre sur le même port ne le permettrait pas.
{|class="wikitable"
|-
! Voie d'émission n°1 !! Voie d'émission n°2 !! Voie d'émission n°3
|-
|
* ALU entière
* Multiplieur
|
* ALU entière
* Barrel shifter
| FPU
|-
|
* Additions, soustractions, opérations bit à bit, etc.
* Multiplication
|
* Additions, soustractions, opérations bit à bit, etc.
* Décalages et rotations
| Opération flottante
|}
Mais le partage des ports d'émission peut appliquer à n'importe quelle unité. Prenons l'exemple d'un CPU superscalaire avec 4 ALU entières, une FPU, et une unité mémoire. Vu qu'il y a 6 unités, cela fait donc 6 ports d'émission. Cependant, il est rare qu'un bloc de 6 instructions contienne exactement 4 opérations entières, une opération flottante, et un accès mémoire. Beaucoup de ports d'émission seraient sous-utilisés.
La solution est de partager des ports d'émission, pour passer à la quadruple émission. Le CPU peut alors répartir 4 instructions sur les ports d'émission adéquats, à chaque cycle. Le CPU a donc 4 ports de décodage et 6 ports d'émission. Une implémentation classique permet n'importe quelle combinaison de 4 instructions compatible avec les 6 unités. Par exemple, il devient possible d'émettre simultanément 4 additions, la combinaison 2 * INT + FLOAT + MEM, 3 * INT + MEM, et bien d'autres.
L'exemple relie une ALU entière, la FPU et l'unité mémoire sur le même port. Le CPU a alors quatre ports d'émission, qui ne sont pas "identiques". Trois d'entre eux sont reliés à une ALU entière chacun, rien d'autre. Le quatrième est lui relié à une ALU entière, la FPU et l'unité mémoire. On économise alors deux ports d'émission, mais cela entraine l'apparition de contraintes d’appariement. Le CPU peut émettre 3 opérations entières + n'importe quelle autre opération. Mais les autres combinaisons sont interdites. Le CPU peut émettre 6 opérations entières simultanément, grâce à 6 ALU entières. Les accès mémoire ou opérations flottantes ne viennent pas en plus, mais en remplacement des opérations entières.
Regrouper plusieurs ALU sur un même port d'émission est donc à l'origine de dépendances structurelles, de nouvelles contraintes d’appariement. Dans certaines situations de '''''port contention''''', on a assez d'ALU pour exécuter N micro-opérations, mais la répartition des ALUs sur les ports l'empêche. Impossible d'émettre deux micro-opérations sur deux ALU si elles sont sur le même port d'émission. On peut réduire les cas de ''port contention'' en répartissant correctement les ALU sur les ports d'émission, mais sans jamais les supprimer complétement.
Un exemple est celui du PowerPC 604. Il implémentait la quadruple émission, alors qu'il avait 5 unités de calcul. Mais deux unités partageaient un même port d'émission. Dans le détail, il avait deux ALU entières, un circuit multiplieur/diviseur, une FPU, une unité mémoire. La FPU et le multiplieur étaient sur le même port d'émission. En conséquence, le CPU pouvait émettre seulement les combinaisons INT + INT + MEM + (MUL/FLOAT).
: Il est intéressant de voir l'exemple d'un processeur superscalaire parfait, sans contraintes d'appariement, à N voies. Pour cela, on part d'un processeur non-superscalaire, avec M unités de calcul. Un tel processeur peut s'implémenter avec N ports d'émission, chacun relié à M unités de calcul possibles, ce qui fait que les M unités de calcul sont dupliquées en N exemplaires. Si on prend par exemple un CPU non-superscalaire avec une ALU, une FPU, une unité mémoire et une unité de branchement, un port d'émission sera relié à une ALU, une FPU, une unité mémoire et une unité de branchement.
===La duplication des autres unités fonctionnelles===
Dupliquer les ALU entière est une première étape, mais il est aussi possible de dupliquer les autres unités fonctionnelles. Par exemple, il est possible de dupliquer l'unité mémoire ou l'unité de branchement. Reste à voir quelles unités dupliquer, et pourquoi. Précisons que dans ce qui va suivre, nous allons parler de la duplication des unités en général, pas seulement des unités mémoire/branchement. Nous allons continuer de parler de la duplication des ALU entières dans ce qui suit, mais de manière plus générale.
Pour un processeur à N voies, il est théoriquement possible de dupliquer toutes les unités en N exemplaires. Mais ce n'est jamais fait en pratique, car le cout en circuits serait trop important et le gain en performance trop faible. Mieux vaut dupliquer certaines unités bien précises, quitte à avoir des contraintes d'appariement. Et à ce petit jeu, toutes les duplications ne se valent pas, certaines sont plus rentables en matière de performance, le cout en circuit n'est pas le même selon l'unité, etc.
La rentabilité en performance dépend surtout des contraintes d'appariement. Les contraintes d'appariement entrainent une baisse de performance significatives si elles interdisent des paires d'instructions fréquentes. Aussi, les opérations très fréquentes, souvent appairées, gagnent à dupliquer l'unité associée. Et au contraire, les unités rarement utilisées ne doivent pas être dupliquées. Il se trouve que les unités les plus utilisées sont les ALU entières, suivies par les unités mémoire et l'unité de branchement.
Le cout en circuit n'est aussi pas le même. Dupliquer les ALU entière est trivial, car elles ont un budget en transistors assez faible. Les circuits multiplieurs, diviseurs, et les ''barrel shifter'' ont eux un cout en transistor plus élevés. Si on devait faire un classement, on aurait : ALU entière < ''barrel shifter'' < multiplieur. Pour les unités mémoire, le cout en transistor est là aussi conséquent.
Le résultat final est que dupliquer les ALU entières est privilégié sur le reste, comme l'a vu dans la section précédente. Les unités mémoire arrivent en seconde place, suivie par les multiplieurs/''barrel shifter'' à la troisième place, et les unités de branchement à la quatrième place. Les CPU superscalaires larges ont donc tendance à multiplier les unités mémoire en second. Les multiplieurs et ''barrel shifters'' sont eux aussi dupliqués sur les CPU superscalaires larges, mais cela vient souvent après avoir dupliqué les unités mémoire. La raison est que les accès mémoire sont critiques pour la performance des CPU à exécution dans le désordre, pas les multiplications.
Pour les unités de branchement, une subtilité complique le fait d'en installer plusieurs. Que faire quand deux branchements sont pris ? La solution la plus simple est de ne pas se trouver dans cette situation : on n'utilise qu'une seule unité de branchement et on n’exécute qu'un seul branchement par cycle. La majorité des processeurs superscalaires étroits font ainsi. Les processeurs superscalaires larges ont cependant deux unités de branchements, mais ils n'acceptent qu'un seul branchement pris à la fois. Si les deux branchements pris sont exécutés en même temps, le processeur n’exécute que le plus récent, dans l'ordre du programme.
===Les CPU superscalaires mélangent les trois techniques===
Les CPU superscalaires utilisent toutes les techniques à la fois : partitionnement, duplication de l'ALU entière, duplication des autre unités fonctionnelles. Chaque processeur utilise ces trois stratégies à sa sauce, en fonction de son budget en transistor. Les quatre techniques ont cependant un cout en circuit différent, et donnent des gains de performances eux aussi forts différents.
* Le '''partitionnement superscalaire''' a un cout en circuit modéré, car on n'a pas besoin de dupliquer d'ALU.
* La '''duplication des ALU entières''' est la technique la plus importante : elle a un cout en circuit modéré, et donne des gains en performance impressionnants.
* La '''duplication des autres unités''' a un cout en circuit variable, pour des gains en performance eux aussi variables.
* Le '''partage des ports d'émission''' réduit le cout en circuit du CPU, pour des pertes de performances mineures si bien fait.
L'usage du partitionnement seul, sans duplication, était surtout le fait des processeurs commercialisés entre les années 1989 et 1993. Le partage des ports d'émission a lui aussi mis un peu de temps pour s'imposer. Globalement, les processeurs superscalaires ont évolués progressivement, pour se rapprocher d'une sorte de standard. Mais pour comprendre ce qu'est ce standard, et en quoi les CPU historiques s'en sont progressivement rapprochés, il faut étudier l'histoire des CPU superscalaires.
L'histoire des CPU superscalaires a commencé dès 1960, mais est resté un projet de recherche pendant plusieurs décennies. De nombreux designs ont été conçus, mais abandonnés avant la production, comme l'ACS-1 d'IBM. Les années 1980 ont vu l'arrivée de prototypes de processeurs VLIW, mais qui n'étaient pas superscalaires. Par exemple, l'Apollo DN10000 et l'Intel i860 pouvaient émettre deux instructions à la fois, sous conditions, mais demandaient que le compilateur fasse une bonne partie du travail.
Les premiers CPU superscalaires commercialisés sont sortis en 1989. Deux CPUs superscalaires sont sortis cette année là : le RS/6000 d'IBM et l'i960CA d'Intel. Puis, la compétition s'est aussi lancée dans la bataille. Les CPU commercialisés avant l'année 1993 étaient à double émission, à l'exception du SuperSPARC qui utilisait la triple émission. Les modèles après 1993 hésitaient entre double et quadruple émission. Dans le tableau ci-dessous, les processeurs quadruple émission sont en bleu, les triple émission sont en rouge, les autres ne sont pas en couleur.
{|class="wikitable"
|-
! !! IBM !! HP PA-RISC !! SPARC !! Intel!! Alpha !! Autres
|-
! 1989
| RS/6000 || || || i960CA || ||
|-
! 1990
| || || || || ||
|-
! 1991
| || || || || || Motorola 88110
|-
! 1992
| RSC || PA 7100 || class="f_rouge | SuperSPARC || || 21064 ||
|-
! 1993
| PPC 601 || || HyperSPARC || Pentium || ||
|-
! 1994
| class="f_bleu | POWER 2 || PA 7200 || || || class="f_bleu | 21164 ||
|-
! 1995
| 603/604 || class="f_bleu | PA 8000 || class="f_bleu | UltraSPARC 1 || Microarchitecture P6 (+ concurrence AMD) || || class="f_bleu | MIPS R1000
|-
! 1996
| class="f_bleu | 620 || || || || class="f_bleu | 21264 ||
|-
! ...
|| ... || ... || ... || ... || ... || ...
|}
Les premiers CPU à double émission sont assez représentatifs des CPU à double émission modernes. Il faut dire que se limiter à deux voies ne permet pas de faire beaucoup de choses. Voici le tableau chronologique disant quel CPU utilisait quelle technique.
* Les CPU en vert utilisaient la double émission entière-flottante.
* Les CPU en rouge utilisaient la double émission entière "pure".
* Les CPU en jaune utilisaient un ''partitionnement complet'' entre ALU, FPU et unité mémoire.
* Les CPU sans couleur utilisaient un grand nombre d'unités, avec beaucoup de ports d'émission.
* Les CPU barrés utilisent la triple ou quadruple émission et seront vu dans la section suivante.
{|class="wikitable"
|-
! !! IBM !! HP PA-RISC !! SPARC !! Intel!! Alpha !! Autres
|-
! 1989
| class="f_vert | RS/6000 || || || class="f_rouge | i960CA || ||
|-
! 1990
| || || || || ||
|-
! 1991
| || || || || || Motorola 88110
|-
! 1992
| class="f_vert | RSC || class="f_vert | PA 7100 || <s>SuperSPARC</s> || || class="f_jaune | 21064 ||
|-
! 1993
| class="f_vert | PPC 601 || || class="f_jaune | HyperSPARC || class="f_rouge | Pentium || ||
|-
! 1994
| <s>POWER 2</s> || PA 7200 || || || <s>21164</s> ||
|}
C'est en 1994, que la quadruple émission est arrivée et que les CPU ont essayé divers implémentations. Il y avait alors trois stratégies pour la double/triple/quadruple émission, qui partageaient des problèmes similaires.
La première implémentation dupliquait les ALUs et les FPUs, ce qui permettait d'émettre deux opérations flottantes avec deux opérations entières. Le POWER 2 dupliquait ses FPUs à la perfection, alors que le 21264 séparait l'additionneur et le multiplieur flottant. Les accès mémoire étaient traités comme des opérations entières et le processeur pouvait souvent en émettre deux à la fois. Mais une telle organisation n'est plus utilisée de nos jours, car, sans instructions flottantes à exécuter, elle est équivalente à de la double émission.
La seconde implémentation utilisait deux ALU entières (dont un multiplieur), une unité mémoire et une FPU.Cette organisation est intéressante, mais encore trop stricte pour donner de bons résultats, les quadruplets avec exactement deux opérations entières, un accès mémoire et une opération flottante étant trop rares. L'usage de ces 4 unités en double ou triple émission a été utilisé sur le PA 7200 et le SuperSPARC. Malheureusement, en plus de problèmes au niveau de son cache, le SuperSPARC avait de nombreuses contraintes d’appariement, car le banc de registre n'avait pas assez de ports pour alimenter certaines combinaisons d'instructions. De plus, s'il émettait une multiplication, il ne pouvait pas émettre de seconde µop.
Enfin, une troisième implémentation utilisait un grand nombre d'unités fort différentes, bien plus que quatre, avec au minimum deux ALU entières. Prenons l'exemple de l'UltraSPARC, qui avait : deux ALU entières, une unité mémoire, une unité de branchement, un additionneur flottant, un multiplieur flottant, un diviseur flottant (aussi utilisé pour le calcul des racines carrées), et 2 unités graphiques pour les calculs sur des pixels. En tout, cela fait 9 unités différentes, pour de la quadruple émission.
Dans le même genre, les processeurs MIPS R8000 et R10000 avaient une implémentation plus moderne, dans le sens où toutes les unités étaient dupliquées. Le CPU avait deux ALU, deux FPU et deux unités mémoire. Il pouvait donc émettre quatre instructions à la fois, tant que le paquet collait avec ces six unités. Moitié opérations entières, moitié opérations mémoire, avec de quoi remplacer les opérations entières par des opérations flottantes. Le PA 8000, lui, dupliquait toutes ses unités en deux exemplaires, ce qui n'est pas l'idéal, aucun processeur moderne ne fait cela aujourd'hui.
Le tout est résumé dans le tableau ci-dessous, avec :
* en vert les CPU utilisant la première stratégie ;
* en rouge les CPU utilisant la seconde stratégie ;
* en jaune les CPU utilisant la troisième stratégie.
{|class="wikitable"
|+ Processeurs quadruple émission historiques
|-
! Année !! Processeur !! Unités
|-
! 1991
| class="f_jaune | Motorola 88110 || class="f_jaune | 2 ALU + MUL + DIV + BIT + MEM + FADD + 2 unités graphiques
|-
|-
! rowspan="2" | 1994
| class="f_vert | POWER 2 || class="f_vert | 2 ALU/MEM + 2 FPU (+ 2 Branchements via ''branch folding'')
|-
| class="f_rouge | 21164 || class="f_rouge | 2 ALU + FPU + MEM
|-
! rowspan="3" | 1995
| PA 8000 || 2 ALU + 2 ''barrel shifters'' + 2 MEM + 2 FPU (FMA) + 2 FPU (DIV et SQRT) + 2 SIMD
|-
| class="f_jaune | UltraSPARC 1 || class="f_jaune | 2 ALU + MEM + BRANCH + FADD + FMULFDIV + 2 unités graphiques
|-
| MIPS R8000 et R10000 || 2 ALU + 2 FPU + 2 MEM
|-
! rowspan="2" | 1996
| class="f_rouge | 620 || class="f_rouge | 2 ALU + FPU + MEM
|-
| class="f_vert | 21264 || class="f_vert | 2 ALU/MEM + 2 FPU (FADD + FMUL)
|}
Malheureusement, ces CPUs historiques n'avaient ni assez d'unités de calcul entières, ni d'unités mémoire, pour remplir la quadruple émission.
Environ la moitié des instructions d'un programme correspond à des instructions entières. Pour en profiter, un processeur à N voies doit disposer d'au minimum N/2 ALU entières, l'idéal étant d'aller au-delà. Les CPU superscalaires historiques avaient 2 ALU pour de la quadruple émission, ce qui était très limite. En comparaison, les CPU superscalaires modernes mettent le paquet niveau ALU entière. La plupart des CPU x86 modernes descendent rarement sous les 2/3, la plupart remplit presque la totalité de la largeur du CPU. Pour donner un exemple, la microarchitecture Golden Cove d'Intel est un processeur à 6 voies, avec 5 ALU entières.
Pour être précis, un programme informatique exécute environ 40% de son code dans des instructions arithmétiques, un autre 40% dans les accès mémoire, et un le reste pour... le reste. La conséquence est que les processeurs modernes dupliquent leurs unités mémoire. Par exemple, la microarchitecture ''Golden Cove'' d'Intel dispose de trois unités mémoire : deux spécialisées dans les écritures, trois dans les lectures. La microarchitecture ''Gracemont'' utilise la pentuple émission et peut émettre 4 µops entières et 4 µops mémoire. Notez que le ratio est équilibré entre opérations entières et mémoire, avec soit égalité, soit un avantage pour les ALU entières.
Une autre régularité est que la largeur totale du processeur peut être occupée par des opérations entières/mémoire. Pour le dire autrement, sur un processeur quadruple émission, il pourra émettre un mix de 4 instructions entière/mémoire, avec zéro opération flottante. Idem avec des processeurs triples ou pentuple émission, voire plus. Si le processeur émet une opération flottante, elle remplace une opération entière.
Prenons l'exemple des processeurs AMD K6, sortis en 1997, juste avant les AMD Athlon. Ils avaient 10 unités de calcul, 6 ports d'émission, 4 ports de décodage. Voici exactement comment étaient répartie les unités de calcul sur les ports d'émission. C'était des processeurs quadruple émission, ce qui fait que la moitié de la largeur du processeur sert pour des opérations entières, et l'autre moitié pour les accès mémoire.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !
|-
| ALU entière || ALU entière || FPU || Unité de branchement || Unité LOAD || Unité STORE
|-
| || Multiplieur || || || || Unité de calcul d'adresse (instruction LEA)
|-
| || ''Barrel shifter'' || || || || Unité pour les instructions PUSH
|}
Les microarchitectures K7, K8 et K10, utilisées sur les anciens CPU AMD Athlon, sont un exemple moins représentatif. Ces microarchitectures utilisent le partage des ports d'émission au maximum. C'était des microarchitectures à triple émission, avec six ports d’émission. Il y avait trois ports d'émission pour les opérations flottantes, et trois ports d'émission pour les micro-opérations entières/mémoire. Il y avait trois ALU entières et trois unités mémoire, chaque ALU partageait un port d'émission avec une unité mémoire. Elle pouvait donc émettre soit trois opérations entières, soit trois µops mémoire, soit un mix des deux. En plus des mix avec les opérations flottantes et branchements.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || FADD || FMUL || FPU (autres opérations)
|-
| Multiplieur || || || || ||
|-
| LOAD/STORE || LOAD/STORE || LOAD/STORE || || ||
|}
Les CPU superscalaires larges dupliquent les multiplieurs et/ou les ''barrel shifters'', et même les unités de branchement. La raison est que quand la largeur du CPU augmente, le processeur traite des paquets d'instructions de plus en plus gros. Par exemple, pour un CPU à 10 voies, cela veut dire émettre 10 instructions en même temps. Il est alors plus fréquent d'avoir deux multiplications, deux décalages, deux accès mémoire, deux branchements. Par exemple, la moyenne est d'une multiplication tous les 5 instructions. Les CPU superscalaires à 10 voies ont donc tendance à avoir deux multiplications par paquet d'instruction, en moyenne. Avoir deux multiplieurs est alors un gain en performance clair.
Par exemple, la microarchitecture ''Golden Cove'' a deux ''barrel shifters''. C'est une architecture à 6 voies.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
==Les µops mémoire sur les processeurs superscalaires==
Plus haut, nous avons volontairement passé sous silence les accès mémoire. La raison à cela est que leur support sur les CPU superscalaire peut se faire de plusieurs manières différentes, qu'il vaut mieux expliquer dans une section dédiée. Les différentes implémentations sont décrites dans la liste suivante, nous allons les voir une par une.
* Avec la première méthode, les accès mémoire sont exécutés par le pipeline pour les opérations entières.
* Avec la seconde méthode, les accès mémoire ont un pipeline dédié ; c'est l'''émission parallèle des accès mémoire''.
* Avec la troisième méthode, il est possible d'émettre plusieurs accès mémoire simultanément : c'est l'''émission multiple des accès mémoire''.
Voyons ces trois cas dans le détail. Nous verrons notamment les différentes formes d'émission multiple des accès mémoire.
===Les accès mémoire traités dans le pipeline entier===
Dans le cas le plus simple, les accès mémoire sont traités comme des opérations entières un peu spéciales. L'unité mémoire est sur le même port d'émission que l'ALU entière, ce qui fait que les accès mémoire remplacent des opérations entières. Faire ainsi permet d'utiliser une ALU entière pour les calculs d'adresse, pas besoin de rajouter une unité de calcul d'adresse séparée. Typiquement, un processeur de ce type place l'unité mémoire après l'unité de calcul. Les opérations entières n'utilisent que l'ALU entière, mais pas l'unité mémoire. Les accès mémoire exécutent un calcul d'adresse dans l'ALU entière, puis l'adresse calculée est envoyée à l'unité mémoire. Le tout est illustré ci-dessous, dans le cas d'un processeur historique à double émission entière-flottante.
[[File:Processeur non-superscalaire basique 01.png|centre|vignette|upright=1.5|Processeur non-superscalaire basique]]
Un exemple de CPU double émission de ce type est celui du Power PC 440, un CPU destiné à l'embarqué. Vu qu'il était destiné à l'embarqué, il n'avait pas de FPU, il n'avait pas besoin de manipuler de nombres flottants. Il n'a donc que des ALU entières, un multiplieur et une unité mémoire. Il dispose de deux ports d'émission. Le premier est connecté à une ALU entière et un circuit multiplieur, le second est relié à l'unité mémoire et une seconde ALU entière. Une organisation simple, mais très efficace !
[[File:PowerPC 440.png|centre|vignette|upright=2|Microarchitecture du PowerPC 440.]]
L'implémentation économise une unité de calcul d'adresse, mais n'a pas de cout en performance significatif. Les accès mémoire étant très lents, émettre une µop entière en parallèle d'un accès mémoire ne sert pas à grand-chose. On peut émettre cette µop entière un cycle plus tard, elle sera terminée avant même que l'accès mémoire soit terminé, même si l'accès mémoire se fait dans le cache L1 ou L2.
Pour comprendre pourquoi, faisons quelques calculs. Un accès mémoire prend deux-trois cycles quand il tombe dans le cache L1. Et on doit attendre qu'il soit terminé pour en émettre un nouveau. Combien d'instructions arithmétiques peut-on lancer pendant ce temps, sur un CPU triple émission ? Au premier cycle, on peut en émettre 2 (l'instruction mémoire prend une place, donc 3-1), puis 3 au second cycle. Ce qui fait 5 instructions arithmétiques au total. Or, il se trouve qu'il y a une instruction d'accès mémoire pour 5 instructions arithmétiques, environ.
Par contre, ce compromis change quand on passe à la quadruple émission, voire au-delà. Dans ce cas, il devient intéressant de pouvoir émettre une nouvelle instruction mémoire à chaque cycle. Ce qui nous amène à la section suivante...
===L'émission parallèle des accès mémoire===
A partir de la quadruple émission, la tendance a été de séparer l'unité mémoire des ALU entières. Cela permet d'émettre des µops mémoire en même temps que des µops entières et/ou flottantes., ce qui porte le nom d''''émission parallèle des µops mémoire''', ou encore ''émission mémoire parallèle''. Par exemple, un processeur quadruple émission peut émettre en même temps deux opérations entières, une opération flottante et un accès mémoire. L'accès mémoire vient en plus des opérations entières, il n'est pas possible de remplacer l'accès mémoire par une opération entière.
La technique ne permet pas de faire les calculs d'adresse dans l'ALU entière. Il faut donc utiliser une unité de calcul d'adresse séparée. Elle est intégrée dans l'unité mémoire, qui fait l'interface entre le cache et le banc de registres. Le cout en circuits est très faible, car les unités de calcul d'adresse n'utilisent guère plus qu'un additionneur et un circuit de décalage très simple.
L'émission mémoire parallèle est plus facile à implémenter sur les CPU RISC, qui ont des instructions mémoire séparées du reste. Les CPU CISC ne sont pas dans ce cas, ce qui fait que séparer l'unité mémoire du pipeline entier est compliqué. Les CPU superscalaires historiques étaient pour moité des CPU RISC et pour moitié des CPU CISC, ce qui fait qu'ils n'utilisaient pas ou peu l'émission mémoire parallèle.
Les premiers processeurs superscalaires se contenaient de l'émission parallèle mémoire, ils ne pouvaient émettre qu'un seul accès mémoire à la fois, l'unité mémoire n'était pas dupliquée. Et ce n'est pas tant un problème que ça, du moins sur les processeurs à double ou triple émission. En effet, il est rare que l'unité mémoire doive faire deux accès simultanés. Notons que le processeur peut exécuter une instruction mémoire en parallèle d'un calcul ou d'un branchement, seuls les accès mémoire simultanés sont impossibles.
===L'émission multiple des accès mémoire avec une LSQ===
Les processeurs superscalaires larges travaillent sur des paquets de 8 à 10 instructions, il est plus fréquent d'avoir plusieurs accès mémoire par paquet. Dans ces conditions, il est utile d'avoir une '''émission multiple des accès mémoire''', à savoir d'émettre plusieurs micro-opérations mémoire en même temps. Les processeurs superscalaires modernes sont capables d'émettre plusieurs lectures/écritures simultanément. Par exemple, ils peuvent émettre une lecture en même temps qu'une écriture, ou plusieurs lectures, ou plusieurs écritures.
Il faut noter que selon le processeur, il peut y avoir des restrictions quant aux accès mémoire émis en même temps. Par exemple, certains processeurs peuvent émettre une lecture avec une écriture en même temps, mais pas deux lectures ni deux écritures. Ou encore, ils peuvent émettre deux lectures, une lecture et une écriture, mais pas deux écritures en même temps. Dans la majorité des cas, les processeurs ne permettent pas d'émettre deux écritures en même temps, alors qu'ils supportent plusieurs lectures. Il faut dire que les lectures sont plus fréquentes que les écritures. Les processeurs qui autorisent toutes les combinaisons de lecture/écriture possibles, sont rares.
L'émission multiple des accès mémoire s'implémente dans l'unité mémoire. Pour rappel, l'unité mémoire s'interpose entre le cache L1 et le reste du pipeline. Dans le cas le plus simple, elle incorpore une ''load/store queue'' et des unités de calcul d'adresse. L'émission multiple des accès mémoire demande de rendre la ''Load-store queue'' multi-ports, afin de gérer plusieurs micro-opérations mémoire simultanées. Il faut aussi dupliquer les unités de calcul d'adresse reliées à la LSQ, chaque port d'émission mémoire devant avoir sa propre unité de calcul d'adresse.
: Dans ce qui suit, nous parlerons d'AGU (''Adress Generation Unit'') pour désigner les unités de calcul d'adresse, et de LSQ pour designer la ''Load-store queue''.
[[File:Processeur non-superscalaire basique 02.png|vignette|upright=1|Processeur non-superscalaire basique]]
Dupliquer les ports de la LSQ et les AGU est nécessaire. Mais qu'en est-il du cache ? La réponse varie suivant le processeur. Il y a deux grandes méthodes pour implémenter l'émission multiple des accès mémoire.
La première méthode ajoute des ports de lecture/écriture au cache de données, pour faire des lectures/écritures simultanées. Il faut alors dupliquer des unités de calcul, rajouter les ports sur le cache, mais aussi rajouter des ports sur la ''load/store queue'', pour qu'elle échange des données/commandes mémoire avec le cache. Le cout en circuits est alors conséquent
La seconde duplique les unités de calcul, mais pas les ports d'accès au cache. Les accès mémoire sont alors accumulés dans la ''load/store queue'', qui sont ensuite traités un par un par le cache. Un exemple est celui des processeurs AMD de micro-architecture K7 K8, à savoir les anciens AMD Athlon et AMD Athlon 64, qui pouvaient calculer trois adresses simultanément, mais ne pouvaient faire qu'un seul accès au cache par cycle. Le cout en circuit est modéré : les unités de calcul coutent très peu, les ports de la ''load/store queue'' coutent déjà un peu plus.
Quelques processeurs utilisaient des solutions intermédiaires. Un processeur utilisant cette technique est, par exemple, capable d'émettre quatre µops mémoire en même temps, mais avec seulement deux ports sur le cache. Un exemple classique étant les Pentium 1 et 2 d'Intel, dont nous parlerons dans le chapitre suivant.
===L'émission séparée des LOAD et STORE===
De rares processeurs ont des ports d'émission qui peuvent faire indifféremment lecture comme écritures. Mais les processeurs modernes préfèrent séparer ports d'émission pour les lectures et les écritures. Un exemple est celui des processeurs Intel de micro-architecture Nehalem, qui avaient un port de lecture et un port d'écriture tous deux reliés à la ''Load-store queue'', chacun avec leur propre unité de calcul d'adresse. Comme autre exemple, les processeurs skylake ont une LSQ avec deux ports de lecture et un port d'écriture, ce qui permet d'émettre deux lectures en même temps qu'une écriture. Dans cette section, nous allons étudier le cas avec des ports séparés pour les lectures et écritures.
En général, les processeurs ont un peu plus de ports de lectures que d'écritures. Une raison est qu'un programme a, en moyenne, un tout petit peu plus de lectures que d'écritures. Mais la différence n'est pas énorme, c'est un léger déséquilibre. Une seconde raison est que l'exécution dans le désordre marche bien mieux quand les lectures ont lieu le plus tôt possible. Donc mieux vaut privilégier les lectures à l'émission, pour qu'elles se fassent un peu en avance. En pratique, la différence n'est pas très marquée. Il est courant d'avoir un port de lecture et un d'écriture, les CPU superscalaires très larges ont souvent deux ports de lecture et deux d'écriture. A la rigueur, quelques CPU ont trois ports de lecture et deux d'écriture.
Le cas le plus simple est celui où on peut émettre une lecture et une écriture en même temps. Il s'implémente facilement si la LSQ est en réalité une simple ''Store queue'', à savoir qu'elle met en avance les écritures uniquement. Pour rappel, les écritures sont mises en attente dans la ''Store queue'', mais les lectures sont exécutées immédiatement. Une fois l'adresse à lire connue, la lecture consulte la ''Store queue'' pour détecter les dépendances de données, puis s'exécute. La donnée à lire est lue soit depuis la ''Store queue'', soit depuis le cache.
[[File:Emission LOAD - Store séparée.png|vignette|upright=1|Émission LOAD - Store séparée]]
L'implémentation de l'émission multiple est alors très simple. La ''Store queue'' a déjà deux ports, avec un pour les lectures et un autre pour les écritures. Idem pour le cache, qui a naturellement un port de lecture et un d'écriture. Émettre une lecture et une écriture simultanément ne demande donc pas de modification digne de ce nom. La ''Store queue'' doit juste supporter une lecture et une écriture simultanée.
Ajouter l'émission d'une seconde lecture n'est pas compliquée : il faut juste rajouter un second port de lecture sur le cache et la ''Store queue''.
Pour rappel, l'unité mémoire est précédée par une structure qui met en attente les micro-opérations mémoire avant leur émission finale. La structure en question varie suivant l'implémentation, mais un cas particulier se marie bien avec l'émission multiple des µops mémoire. Il s'agit du cas avec une file de µops séparée pour les lectures et une autre pour les écritures, appelées respectivement la ''file de µops LOAD'' et la ''file de µops STORE''. Il est alors possible d'émettre une lecture et une écriture lors du même cycle d'horloge. Le port de lecture alimente une unité de calcul d'adresse dédiée, directement reliée au cache. Le port d'écriture du cache alimente une unité de calcul, qui est suivie par une file d'écriture, elle-même reliée au cache. Les processeurs AMD de micro-architecture K6 utilisaient cette technique.
[[File:Double émission avec le Load Ordering, Store Ordering.jpg|centre|vignette|upright=2.5|Double émission avec le Load Ordering, Store Ordering]]
==Les CPU superscalaire à exécution dans le désordre==
La superscalarité modifie aussi les circuits dédiés à l'exécution dans le désordre. Elle modifie les unités de renommage de registre, le ROB et les autres structures liées à l'exécution dans le désordre, au sens large. Aucune structure n'est épargnée. Elles ont tous des prots de lecture/écriture en plus, afin d'encaisser l'émission, le ''commit'' ou le renommage simultané de plusieurs µops.
Par exemple, le ROB doit être modifié pour émettre et terminer plusieurs instructions en même temps, en ajoutant des ports de lecture/écriture. Pour un CPU superscalaire à 8 voies, on se dit que le ROB peut retirer 8 µops par cycle maximum. Mais certains processeurs récents ont un ROB qui peut retirer le double ! Un exemple est celui des CPU de micro-architecture Skymont, qui peuvent émettre 8 µops par cycle, mais en retirer 16. Quelques CPU de marque AMD étaient aussi dans ce cas. L'avantage est que cela permet de réduire la taille du ROB, du banc de registre et de quelques autres structures matérielles liées à l'exécution dans le désordre. Le gain sur-compense le cout en transistor nécessaire pour retirer 16 µops par cycle.
Dans cette section, nous allons voir comment les étages du pipeline dédiés à l'exécution dans le désordre sont modifiées sur un CPU superscalaire.
===La superscalarité avec une file/fenêtre d'instruction centralisée===
Plus haut, nous avons montré qu'un processeur pouvait avoir plus de ports d'émission que de ports de décodage. On dit aussi que sa ''largeur de décodage'' était supérieure à sa ''largeur d'émission''. La '''largeur de décodage''' est le nombre de µops fournies par l'unité de décodage par cycle d'horloge, la '''largeur d'émission''' est le nombre maximal de µops émises par cycle d'horloge. Et n'allez pas croire qu'un surplus de ports d'émission est du gâchis. Sur les processeurs avec exécution dans le désordre, ce surplus peut être utilisé.
Mais avant toute chose, évacuons un détail. Vous avez sans doute pensé que le surplus peut être exploité par les instructions machines décodées en plusieurs µops . Par exemple, si une instruction est décodée en deux µops, on pourrait avoir un port d'émission en plus pour en profiter. Mais les ports de décodage sont *en sortie du décodeur*, et contiennent des µops, pas des instructions.
Le surplus de ports d'émission peut occasionnellement utiliser le surplus de ports de décodage, mais cela implique que des µops ont été mises en attente dans l'unité d'émission, pour être émises par la suite. Et cela implique l'usage d'une fenêtre d'instruction ou d'une file de µops. Le principe est que les µops sont accumulées dans la fenêtre d'instruction, en attendant leurs opérandes ou la résolution d'une dépendance. Et si l'occasion se présente, une µops est émise sur chaque port d'émission.
Il y a donc un gain en performances, mais il faut faire quelques précisions sur son origine. La largeur d'émission utilisée ne peut pas dépasser, *en moyenne*, la largeur de décodage. Et c'est intuitif : un CPU qui décode 4 µops par cycle ne peut pas émettre 6 par cycle en moyenne, sur le temps long, il n'y a pas de µops en surplus qui sortent du vide. Par exemple, sur un processeur quadruple émission, si on analyse combien d'instructions sont émises par cycle, il peut y avoir des cycles où la largeur d'émission est totalement utilisée, mais ce sera compensé par des périodes où elle est fortement sous-utilisée. Les µops sont accumulées en cas de sous-utilisation, puis consommées en cas d'utilisation complète. Les deux périodes se compensent. Et c'est là que l'on peut comprendre d'où vient le gain en performance.
Les cycles où les ports d'émission sont sous-utilisés existent systématiquement, que le processeur utilise l'exécution dans le désordre ou pas. Ils sont liés à la présence de dépendances de données, aux contraintes d’appariement, etc. Elles tendent à réduire la moyenne du nombre de µops émises par cycle. Par contre, ce sont les cycles de rattrapage, où les ports en surplus sont utilisés, qui font remonter la moyenne. Le gain en performance est donc lié à ces cycles de rattrapage, où les µops accumulées sont émises dans les ports en surplus. Et ils n'existent que sur les processeurs avec une file/fenêtre d'instruction.
Réduire le nombre de ports d'émission permet de garder des fenêtres d'instruction et un ROB simples, rapides et économes en énergie. Et mine de rien, c'est là un compromis important : à quoi bon augmenter le nombre de ports d'émission si c'est pour que ce soit compensé par une fréquence plus faible ? Par contre, réduire le nombre de ports augmente la ''port contention'', surtout si on a mal réparti les ALU. Il faut donc trouver un compromis entre réduire le nombre de ports d'émission d'un côté, réduire la ''port contention'' de l'autre.
La différence entre largeur de décodage et d'émission a un impact assez fort sur le banc de registre, et précisément sur son nombre de ports de lecture. Le banc de registre a besoin de plus de ports de lecture avec une fenêtre d’instruction qu'avec des stations de réservation. Rappelons la terminologie utilisée dans ce cours. Les fenêtres d'instruction se contentent de mémoriser la micro-opération et quelques bits pour détecter la disponibilité des opérandes. Par contre, les stations de réservations mémorisent aussi les opérandes des instructions. Et cette différence a une influence le nombre de ports de lecture du banc de registre.
Supposons que toutes les instructions sont dyadiques, à deux opérandes. Comptons le nombre de ports nécessaires pour alimenter les unités de calcul, sans utiliser d'arbitre de banc de registre. Avec une fenêtre d'instruction, il faut le double du nombre de ports d'émission. Mais avec des stations de réservation, il faut le double des ports de décodage. La raison est que les registres sont lus après émission avec une fenêtre d'instruction, avant avec des stations de réservation (sous-entendu, après le décodage). Or, comme dit plus haut, les processeurs superscalaires larges ont souvent plus de ports d'émission que de décodage.
===La superscalarité à fenêtres d'instruction décentralisées===
Les processeurs précédents utilisaient une unité d'émission simple, qui pouvait utiliser l'émission dans l'ordre ou dans le désordre. Elle peut être remplacée par une fenêtre d'instruction centralisée dans que cela quoi que ce soit aux explications précédentes, idem avec une station de réservation centralisée. En soi, l'exécution dans le désordre est donc totalement compatible avec une implémentation simple de la superscalarité. Par contre, des subtilités surviennent avec les fenêtres d'instruction décentralisées.
Pour rappel, sur ces processeurs, les µops sont émises en deux phases. Une première phase de ''dispatch'' qui envoie les µops vers la fenêtre d'instruction adéquate, sans détecter les dépendances de données. La seconde phase de ''schedule'' gère les dépendances de données, elle met en attente les µops en attendant que l'unité soit disponible pour les exécuter, en attendant aussi que les opérandes soient disponibles. Et à ce petit jeu, il y a une différence entre le nombre de µops qui sont ''dispatch par cycle'' et celles qui sont ''schedule''. Dit autrement, la largeur d'émission est scindée en une '''largeur de ''dispatch''''' et une '''largeur de ''schedule''.
Par exemple, prenons un processeur triple émission avec deux stations de réservation : une pour les µops entières/mémoire, et une autre pour les µops flottantes. L'unité d'émission peut ''dispatch'' maximum trois µops par cycle : soit trois µops entières/mémoire, soit trois flottantes, soit un mix de trois µops différentes. Les stations de réservation, quant à elles, peuvent chacune ''schedule'' 3 µops par cycle, vers trois ALUs entières pour la station de réservation entière/mémoire, vers trois FPS pour la station de réservation flottante. De quoi ''dispatch'' trois µops, mais d'en ''schedule'' six, à chaque cycle.
Et cet exemple ne sort pas de nulle part : les CPU x86 d'Intel et AMD sont globalement dans ce cas, même si les chiffres varient d'une microarchitecture à l'autre. L'exemple précédent colle parfaitement à la microarchitecture K7 d'AMD, utilisée sur les processeurs Athlon dans les années 2000.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=2.5|AMD K7, microarchitecture.]]
L'exemple précédent avait assez d'unités entières/flottantes pour couvrir toute la largeur de décodage/''Dispatch''. Mais ce n'est pas toujours le cas, comme va le montrer l'exemple suivant.
Le MIPS R10000, qui utilisait un mélange de files de µops et de fenêtres d'instructions : une file de µops les accès mémoire, une fenêtre pour les instructions entières et une autre pour les opérations flottantes. Les branchements et NOPs étaient exécutés dans une unité de branchement distincte. Les trois files/fenêtres peuvent mémoriser 16 µops. Le processeur avait deux ALU entières, une AGU de calcul d'adresse, un additionneur flottant et un multiplieur/diviseur flottant. Il y avait un multiplieur entier sur le port d'émission l'ALU 2.
Le processeur décodait 4 instructions par cycle et produisait jusqu'à 4µops, qui étaient redistribuées sur les trois fenêtres d'instructions. Chacune pouvait accepter 4 µops par cycle, ce qui fait que processeur pouvait ''dispatch'' 4 µops entières, ou 4 µops flottantes, ou 4 µops mémoire, ou un mélange de deux ou trois types de µops. Pour ce qui est du ''schedule'', la fenêtre d'instruction entière pouvait émettre 2 µops, la fenêtre flottante pouvait émettre une addition en même temps qu'une multiplication/divison flottante et qu'un branchement conditionnel flottant, et la file de µops mémoire ne pouvait émettre qu'une µop mémoire à la fois. En tout, cela fait 6 µops ''schedule'' pour 4 µops au ''dispatch''.
[[File:R 10000.png|centre|vignette|upright=2.5|MIPS R10000, microarchitecture.]]
===La superscalarité à fenêtres d'instruction totalement décentralisées===
Prenons un cas extrême de fenêtre d'instruction décentralisée : celui où chaque ALU entière a sa propre station de réservation. En clair : une fenêtre d'instruction par ALU/FPU ! On parle de '''fenêtres d'instruction totalement décentralisées'''. Vous vous dites que ce cas est un peu trop extrême pour être réaliste, mais il n'en est rien. C'est même très courant sur les architectures basse consommation, et sur pas mal de CPU x86 modernes.
Une telle organisation entraine une légère perte de performance, comparé à une fenêtre d'instruction centralisée ou partiellement décentralisée. Et cela peut se comprendre par un exemple. Imaginez un processeur avec deux ALU, donc deux stations de réservation. Il arrivera qu'une station de réservation ait plusieurs µops prêtes, alors que l'autre en ait zéro. Dans une telle situation, une seule µop sera émise au cycle suivant, vu que chaque station de réservation a un seul port d'émission vers une seule ALU entière. Par contre, avec une fenêtre d'instruction centralisée double port, on aurait pu émettre les deux µops en même temps sur deux ALUs séparées.
La perte de performance est donc liée au fait que les µops '''''prêtes''''' sont mal réparties dans les différentes stations de réservation. Il arrivera que des µops prêtes s'accumulent dans une station de réservation, alors que d'autres seront pleines, ou du moins sous-utilisées. Et ce n'est pas quelque chose qui peut être réglé à l'étape de ''dispatch'', car on ne sait pas encore quand les µops auront leurs opérandes de disponibles.
[[File:Comparaison entre une station de réservation totalement décentralisée et une autre qui ne l'est pas.png|centre|vignette|upright=2.5|Comparaison entre une station de réservation totalement décentralisée et une autre qui ne l'est pas.]]
Par contre, décentraliser totalement les fenêtres d'instruction entraine aussi un gain considérable en termes de consommation énergétique. Et c'est la raison pour laquelle les fenêtres d'instructions totalement décentralisées sont utilisées sur les architectures basse consommation. La perte de performance ne peut pas s'expliquer clairement à ce stade du cours, car il nous faudrait parler d'émission superscalaire. Le gain en matière d'énergie vient de l'économie de circuits, qui est assez drastique. Le gain en matière d'énergie vient de l'économie de circuits, qui est assez drastique.
Je rappelle qu'une station de réservation a besoin, pour N instructions, d'environ N^2 circuits (des comparateurs, notamment). Prenons une station de réservation centralisée de 64 entrées et comparons avec 8 stations de 8 entrées chacune. Les deux donneront 64 entrées, mais la première aura un cout en circuit proportionnel à 64², alors que le second aura un cout en circuit de 8 *(8²). Entre les deux, le choix est clair : la seconde solution est plus économe. D'où l'utilisation de cette solution sur les microarchitectures basse consommation.
===L'unité de renommage superscalaire===
Avec la superscalarité, l'unité de renommage de registre doit gérer le cas où des instructions consécutives ont des dépendances de registre. Par exemple, prenons un processeur à double émission, qui renomme deux instructions consécutives. Si elles ont une dépendance de registre, le renommage de la seconde instruction dépend du renommage de la première. La première doit être renommée et le résultat du renommage est utilisé pour renommer la seconde, ce qui empêche d'utiliser deux unités de renommage séparées.
Pour cela, elle renomme les registres sans tenir compte des dépendances, pour ensuite corriger le résultat.
[[File:Unité de renommage superscalaire.png|centre|vignette|upright=2|Unité de renommage superscalaire.]]
Seules les dépendances lecture-après-écriture doivent être détectées, les autres étant supprimées par le renommage de registres. Repérer ce genre de dépendances se fait assez simplement : il suffit de regarder si un registre de destination d'une instruction est un opérande d'une instruction suivante.
[[File:Détection des dépendances sur un processeur superscalaire.png|centre|vignette|upright=2|Détection des dépendances sur un processeur superscalaire.]]
Ensuite, il faut corriger le résultat du renommage en fonction des dépendances. Si une instruction n'a pas de dépendance avec une autre, on la laisse telle quelle. Dans le cas contraire, un registre opérande sera identique avec le registre de destination d'une instruction précédente. Dans ce cas, le registre opérande n'est pas le bon après renommage : on doit le remplacer par le registre de destination de l'instruction avec laquelle il y a dépendance. Cela se fait simplement en utilisant un multiplexeur dont les entrées sont reliées à l'unité de détection des dépendances. On doit faire ce replacement pour chaque registre opérande.
[[File:Correction des dépendances sur un processeur superscalaire.png|centre|vignette|upright=2|Correction des dépendances sur un processeur superscalaire.]]
==Les optimisations des processeurs superscalaires larges==
Les processeurs superscalaires larges ont des optimisations spécifiques, qui n'ont pas de sens sur les processeurs superscalaires étroits. Dans les grandes lignes, elles se classent en deux types. Les premières permettent de charger/décoder plus de 5-10 instructions simultanément. Le problème est alors que les branchements viennent mettre leur grain de sel et qu'il faut en tenir compte. Les secondes corrigent des problèmes qui apparaissent quand un CPU intègre plus de 5 à 10 unités de calcul.
===L'étape de chargement d'un CPU superscalaire large===
Charger plusieurs instructions pose de nombreux problèmes sur les processeurs superscalaires larges, qui émettent de 5 à 10 instructions simultanées. Pour rappel, la stratégie basique pour charger N instructions est de charger un bloc de N instructions consécutives. Les instructions après un branchement ne sont pas décodées ni exécutées, ce qui entraine une petite baisse de performance. Pour un N petit, la perte de performance est mineure. Mais pour un N large, elle devient suffisamment importante pour que la conception du CPU doit alors être repensée de fond en comble.
Les analyses statistiques disent qu'il y a environ un branchement tous les 4 à 6 instructions. Un CPU a donc tendance à décoder des paquets de 3 à 5 instructions consécutives, avant qu'un branchement casse la dynamique. Or, cela pose des problèmes pour utiliser plusieurs décodeurs. L'implémentation basique, qui charge N instructions consécutives pour alimenter N décodeurs, fonctionne donc jusqu'à 4/6 décodeurs. Au-delà de 5 instructions, un CPU superscalaire doit être adapté pour gérer les branchements dans les paquets d'instruction qu'il émet. Le nombre de 5 instructions ne sort donc pas de nulle part.
La première solution utilise un cache de µops, avec un ''front-end'' capable de charger/décoder 4/5 instructions à la fois, pas plus. L'idée est que la majorité des instructions proviennent du cache de µops (plus de 80%), ce qui fait qu'on peut émettre environ 10 instructions à partir du cache de µops, pas besoin d'avoir beaucoup de décodeurs. Les performances sont cependant dégradées lors d'un défaut de cache de µops. Les instructions doivent alors être chargées depuis le cache d'instruction, par paquets de 4-5, puis sont décodées par 4-5 décodeurs, ce qui ne permet pas d’alimenter les unités de calcul à plein régime.
La solution précédente joue sur la distinction entre pots de décodage et d'émission. Elle permet d'émettre un grand nombre de µops sans pour autant charger un grand nombre d'instructions en même temps. En quelque sorte, ce n'est qu'une méthode de contournement, le CPU superscalaire reste de type étroit. Mais il est aussi possible d'utiliser un '''''front-end large''''', capable de charger une bonne dizaine d'instructions en même temps. La seule difficulté est de tenir compte de la présence de branchements.
Pour rappel, avec un ''front-end'' étroit, les instructions situées après le premier branchement pris sont annulées, elles ne sont pas décodées ni exécutées.
[[File:Fetch sur un processeur superscalaire avec prediction de branchements.png|centre|vignette|upright=2|Fetch sur un processeur superscalaire avec prédiction de branchements.]]
Un ''front-end'' large charge les instructions de destination du branchement et les placent à sa suite. Ils chargent deux blocs à la fois et les fusionnent en un seul qui ne contient que les instructions présumées utiles.
[[File:Cache d'instructions autoaligné.png|centre|vignette|upright=2|Cache d'instructions auto-aligné.]]
Mais cela demande de charger deux blocs de mémoire en une fois, ce qui demande un cache d'instruction multiports. Il faut aussi ajouter un circuit pour assembler plusieurs morceaux de blocs en un seul : le fusionneur (''merger''). En pratique, cette solution demande d'ajouter un second port de lecture au cache, pour un cout en hardware important, avec un impact négatif sur le temps d'accès au cache. Et il faut rajouter le fusionneur, qui prend un étage de pipeline à lui tout seul. Et encore, cette solution ne gère pas le cas où un bloc contient plusieurs branchements !
[[File:Implémentation d'un cache d'instructions autoaligné.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache d'instructions auto-aligné.]]
Les exemples précédents partent du principe qu'il n'y a qu'un seul branchement dans un bloc. Mais quand les blocs deviennent assez longs, il est fréquent d'avoir plusieurs branchements dans un bloc. Et il est même possible d'avoir plusieurs branchements pris. Dans un bloc de 8-10 instructions, ce n'est pas rare, et les CPU superscalaires à 8-10 voies sont la règle dans les CPU des années 2020. Pour gérer ce cas, il faut ajouter des ports supplémentaires au cache d'instruction et adapter le fusionneur, pour qu'il puisse fusionner trois ou quatre blocs. De plus, il faut utiliser une unité de prédiction de branchement capable de ''prédire plusieurs branchements par cycle''.
===Le décodage superscalaire large===
Le décodage des instructions n'est pas censé dépendre de l'implémentation du chargement. En théorie, une fois plusieurs blocs d'instruction fusionnés, on peut décoder les instructions en parallèle. Cependant, certains processeurs effectuent le décodage en tenant compte de la manière dont les branchements découpent les blocs. Les processeurs Atom d'Intel utilisent une solution de ce type, qui couple prédiction de branchement et décodage parallèle.
Ils chargent/décodent des paquets de 3 instructions consécutives, chaque paquet étant séparé du précédent par un branchement. Pour cela, en plus d'avoir un fusionneur adapté, ils regroupent les décodeurs en ''clusters'', chacun regroupant 3 décodeurs, et pouvant décoder trois instructions consécutives. Les micro-architectures Tremont et Crestmont avaient deux ''clusters'' (6 décodeurs au total), la micro-architecture Skymont en intègre trois (9 décodeurs au total).
Avec deux ''clusters'', le fonctionnement est le suivant. Si le code est composé d'une suite d'instruction sans branchements, seul le premier ''cluster'' est utilisé, limitant le décodage à trois instructions par cycle. Par contre, si l'une des trois instructions décodée est un branchement, alors le second ''cluster'' décode les trois instructions situées après ce branchement, à partir de l'adresse de destination. Avec un troisième ''cluster'', c'est la même chose, sauf qu'il faut qu'il y ait un branchement dans les trois instructions décodées par le second ''cluster''.
Mais comment faire pour savoir quels décodeurs activés, quels ''clusters'' sont actifs ? C'est la prédiction de branchement qui commande. Avec deux ''clusters'', elle détermine si un branchement est présent dans les trois instructions à charger, et quelle est son adresse de destination. Sans branchement, elle prévient les décodeurs et les trois instructions chargées sont décodées dans un ''cluster'' libre. Si elle prédit un branchement, elle charge les instructions adéquates, et active les deux ''clusters''. Avec trois branchements, c'est le même mécanisme, sauf que l'unité de prédiction de branchement doit être capable de prédire deux branchements par cycle.
Il faut noter que les décodeurs d'un ''cluster'' sont des décodeurs simples, sans microcode. Sur les processeurs Tremont et Crestmont, le microcode était unique et était partagé entre tous les ''clusters''. Un seul ''cluster'' pouvait décoder une instruction complexe avec le microcode, l'autre devait se limiter à des instructions simples uniquement. Depuis Skymont, le microcode est partiellement dupliqué, avec un microcode par ''cluster''.
Le cout en hardware peut paraitre prohibitif, pour un gain en performance faible. Sauf que c'est oublier que ce sont des processeurs Atom, sur lesquels beaucoup d'instructions sont microcodées. Les processeurs Atom ont un budget en transistor limité, ce qui fait qu'il est préférable pour eux d'implémenter des instructions en microcode que d'utiliser des unités de calcul dédiées ou des circuits de décodage complexes. Pour limiter la casse, le microcode n'est que partiellement dupliqué. Seul le microcode pour les instructions fréquente est dupliqué. Il y a un microcode secondaire pour certaines instructions, qui est lui unique et partagé par tous les ''clusters''.
===Le contournement sur les processeurs superscalaires larges===
Pour rappel, la technique du contournement (''register bypass'') permet au résultat d'une instruction d'être immédiatement utilisable en sortie de l'ALU, avant même d'être enregistré dans les registres. Implémenter la technique du contournement demande d'utiliser des multiplexeurs pour relier la sortie de l'unité de calcul sur son entrée si besoin. Il faut aussi des comparateurs pour détecter des dépendances de données.
[[File:Pipeline Bypass.png|centre|vignette|upright=1|Pipeline Bypass]]
La sortie de chaque ALU doit être reliée aux entrées de toutes les autres, avec les comparateurs qui vont avec. Sur les processeurs ayant plusieurs d'unités de calculs, cela demande beaucoup d’interconnexions et de comparateurs. Pour N unités de calcul, cela demande 2 * N² interconnexions, implémentées avec 2N multiplexeurs de N entrées chacun. Si c'est faisable pour 2 ou 3 ALUs, la solution est impraticable au-delà. Non seulement ce serait un enfer à câbler, mais les fils seraient tellement longs que la fréquence du processeur en prendrait un coup.
Notez que cela vaut pour les processeurs superscalaires, mais aussi pour tout processeur avec beaucoup d'unités de calcul. En théorie, un CPU à exécution dans le désordre, non-superscalaire, mais avec beaucoup d'unités de calcul, fait face au même problème. En pratique, avoir une dizaine d'ALU implique processeur superscalaire à exécution dans le désordre. D'où le fait qu'on parle du problème maintenant.
La seule solution praticable est de ne pas relier toutes les unités de calcul ensemble. À la place, on préfère regrouper les unités de calcul dans différents '''agglomérats''' ('''cluster'''). Le contournement est alors possible entre les unités d'un même agglomérat, mais pas entre agglomérats différents. Évidemment, certaines possibilités de contournement sont perdues, mais c'est compensé par un gain en fréquence et un cout en circuit/fils réduit. C'est un bon compromis, ce qui explique que presque tous les processeurs modernes l'utilisent. Les rares exceptions sont les processeurs POWER 4 et POWER 5, qui ont préféré se passer de contournement pour garder un processeur très simple et une fréquence élevée.
===Le banc de registre des processeurs superscalaires larges===
Pour émettre deux opérations entières simultanément, il faut lire deux fois plus d'opérandes. Et il faut aussi écrire deux résultats dans les registres, en même temps. Pour cela, on double les ports du banc de registre. En général, il faut au maximum 2 ports de lecture et un port d'écriture par unité de calcul. Le problème, c'est que plus un banc de registres a de ports, plus il utilise de circuits, est compliqué à concevoir, consomme de courant et chauffe. Avec plusieurs dizaines d'unités de calcul différentes, ajouter autant de ports impacterait la fréquence du banc de registres et réduirait les performances, voire est totalement impraticable à cause des contraintes thermiques. Les processeurs superscalaires larges doivent donc trouver des solutions.
La première solution utilise un banc de registre unique, mais n'utilise pas autant de ports que le pire des cas le demanderait. Le processeur détecte quand il n'y a pas assez de ports pour servir toutes les micro-opérations. Quand ça arrive, l'unité d'émission émet assez de micro-opérations pour exploiter les ports disponibles, mais met en attente les micro-opérations en trop, le temps que les ports se libèrent. Pour cela, le banc de registre est géré par un circuit d'arbitrage spécialisé, intégré à l'unité d'émission, l’'''arbitre du banc de registres''' (''register file arbiter'').
Une autre solution est de dupliquer le banc de registres en plusieurs exemplaires qui contiennent exactement les mêmes données, mais avec moins de ports de lecture/écriture. Un exemple est celui des processeurs POWER, Alpha 21264 et Alpha 21464. Sur ces processeurs, le banc de registre est dupliqué en plusieurs exemplaires, qui contiennent exactement les mêmes données. Les écritures dans les registres sont envoyées à tous les bancs de registres, afin de garantir que leur contenu est identique. Chaque exemplaire a exactement deux ports de lecture. La conception du processeur est simplifiée, que ce soit au niveau du câblage, que de la conception des bancs de registres.
Une dernière solution découpe le banc de registres en plusieurs bancs de registres plus petits, avec un réseau d'interconnexions pour échanger des données entre bancs de registres. Dans la plupart des cas, cette séparation est invisible du point de vue de l'assembleur et du langage machine. Le processeur se charge de transférer les données entre bancs de registres suivant les besoins. Sur d'autres processeurs, les transferts de données se font via une instruction spéciale, souvent appelée ''COPY''.
[[File:Banc de registres distribué.png|centre|vignette|upright=2|Banc de registres distribué.]]
Sur de certains processeurs, un branchement est exécuté par une unité de calcul spécialisée. Or les registres à lire pour déterminer l'adresse de destination du branchement ne sont pas forcément dans le même agglomérat que cette unité de calcul. Pour éviter cela, certains processeurs disposent d'une unité de calcul des branchements dans chaque agglomérat. Dans les cas où plusieurs unités veulent modifier le ''program counter'' en même temps, un système de contrôle général décide quelle unité a la priorité sur les autres. Mais d'autres processeurs fonctionnent autrement : seul un agglomérat possède une unité de branchement, qui peut recevoir des résultats de tests de toutes les autres unités de calcul, quel que soit l’agglomérat.
==La macro-fusion : une optimisation du décodage parallèle==
Les processeurs superscalaires supportent la technique dite de '''macro-fusion''', qui permet de fusionner deux-trois instructions consécutives en une seule micro-opération. Par exemple, il est possible fusionner une instruction de test et une instruction de saut en une seule micro-opération de branchement. Il s'agit là de l'utilisation la plus importante de la macro-fusion sur les processeurs x86 modernes.
La macro-fusion est utilisée pour fusionner un test et un saut en un branchement unique. L'optimisation est présente sur la plupart des CPU superscalaires modernes. Les CPU x86 l'implémentent, mais aussi quelques CPU ARM et les processeurs Apple de série M (M1 à M5, et potentiellement plus quand ils seront sortis). La fusion des instructions se fait lors du décodage des instructions, grâce à la coopération des décodeurs. Elle marche systématiquement si l'instruction de test et le saut sont consécutives, qu'elles forment bien une paire d'instruction. Par contre, insérer une instruction entre les deux empêche la macro-fusion de faire son travail, sauf si l'instruction insérée est un NOP.
Les processeurs ARM64 avaient une forme spécifique de macro-fusion, utilisée pour un cas très précis : charger une constante immédiate de 32 ou 64 bits, dans un registre 64 bits. Les CPU ARM 64 bits utilisent des instructions codées sur 32 bits, qui ne peuvent encoder que des constantes immédiates de 16 bits. Pour charger une constante de 32/64 bits, il faut s'y prendre en plusieurs fois. Une première instruction MOVZ charge les 16 premiers bits, puis 2 à 4 instructions MOVK remplissent le reste. MOVZ met à zéro les 48 bits de poids fort, MOVK permet de sélectionner le doublet à modifier dans le registre (on modifie 16 bits, dont on choisit la place, le reste du registre est laissé tel quel). ARM permet de fusionner cette suite d'instructions en une seule µop MOV avec une constante immédiate. On parle alors de '''''MOVZ + MOVK fusion'''''.
Une dernière utilisation, [https://www2.eecs.berkeley.edu/Pubs/TechRpts/2016/EECS-2016-130.pdf proposées pour le jeu d'instruction RISC-V], fusionnait un calcul d'adresse et une instruction LOAD/STORE en une seule instruction d'accès mémoire. Elle a été envisagée à une époque où le jeu d'instruction RISC-V ne gérait pas les modes d'adressage base + indice. L'idée était d'avoir une unité mémoire qui gérait le mode d'adressage base + indice et de fusionner des instructions pour l'exploiter. Mais de nos jours, le jeu d'instruction RISC-V intègre le mode d'adressage base + indice, ce qui fait que la macro-fusion n'a aucun intérêt pour ce cas précis.
La macro-fusion a de nombreuses limitations en pratique. En théorie, on pourrait l'utiliser au-delà des deux situations mentionnées plus haut. Par exemple, pour fusionner une addition et une multiplication en une seule instruction MAD. Mais l'intérêt est assez faible. Notons que la macro-fusion ne permet que de fusionner des paires d'instructions. Aller au-delà demanderait un cout en circuit trop important. Déjà que tester deux paires utilise pas mal de comparateurs...
==Le ''stack engine'' : une optimisation de la pile d'appel==
Les processeurs modernes intègrent une optimisation liée au pointeur de pile. Pour rappel, sur les architectures modernes, le pointeur de pile est un registre utilisé pour gérer la pile d'appel, précisément pour savoir où se trouve le sommet de la pile. Il est manipulé par les instructions CALL, RET, PUSH et POP, mais aussi par les instructions d'addition/soustraction pour gérer des cadres de pile de taille variable. De plus, il peut servir d'opérande pour des instructions LOAD/STORE, afin de lire/écrire des variables locales, les arguments d'une fonction, et autres. C'est donc un registre général adressable, intégré au banc de registre, altéré par l'unité de calcul entière.
L'incrémentation/décrémentation du pointeur de pile passe donc par l'unité de calcul, lors des instructions CALL, RET, PUSH et POP. Mais, l'optimisation que nous allons voir permet d'incrémenter/décrémenter le pointeur de pile sans passer par l'ALU, ou presque. L'idée est de s'inspirer des architectures avec une pile d'adresse de retour, qui intègrent le pointeur de pile dans le séquenceur et l'incrémentent avec un incrémenteur dédié.
===Le ''stack engine''===
L'optimisation que nous allons voir utilise un '''''stack engine''''' intégré à l'unité de contrôle, au séquenceur. Le processeur contient toujours un pointeur de pile dans le banc de registre, cela ne change pas. Par contre, il n'est pas incrémenté/décrémenté à chaque instruction CALL, RET, PUSH, POP. Un compteur intégré au séquenceur est incrémenté à la place, nous l’appellerons le '''compteur delta'''. La vraie valeur du pointeur de pile s'obtient en additionnant le compteur delta avec le registre dans le banc de registre. Précisons que si le compteur delta vaut zéro, la vraie valeur est dans le banc de registre et peut s'utiliser telle quelle.
Lorsqu'une instruction ADD/SUB/LOAD/STORE utilise le pointeur de pile comme opérande, elle a besoin de la vraie valeur. Si elle n'est pas dans le banc de registre, le séquenceur déclenche l'addition compteur-registre pour calculer la vraie valeur. Finalement, le banc de registre contient alors la bonne valeur et l'instruction peut s'exécuter sans encombre.
L'idée est que le pointeur de pile est généralement altéré par une série d'instruction PUSH/POP consécutives, puis des instructions LOAD/STORE/ADD/SUB utilisent le pointeur de pile final comme opérande. En clair, une bonne partie des incrémentations/décrémentation est accumulée dans le compteur delta, puis la vraie valeur est calculée une fois pour toutes et est utilisée comme opérande. On accumule un delta dans le compteur delta, et ce compteur delta est additionné quand nécessaire.
Précisons que le compteur delta est placé juste après le décodeur d'instruction, avant même le cache de micro-opération, l'unité de renommage et l'unité d'émission. Ainsi, les incrémentations/décrémentations du pointeur de pile disparaissent dès l'unité de décodage. Elles ne prennent pas de place dans le cache de micro-opération, ni dans la fenêtre d'instruction, ni dans la suite du pipeline. De nombreuses ressources sont économisées dans le ''front-end''.
Mais utiliser un ''stack engine'' a aussi de nombreux avantages au niveau du chemin de données/''back-end''. Déjà, sur les processeurs à exécution dans le désordre, cela libère une unité de calcul qui peut être utilisée pour faire d'autres calculs. Ensuite, le compteur delta mémorise un delta assez court, de 8 bits sur le processeur Pentium M, un peu plus pour les suivants. L'incrémentation se fait donc via un incrémenteur 8 bits, pas une grosse ALU 32/64 bits. Il y a un gain en termes de consommation d'énergie, un incrémenteur 8 bits étant moins gourmand qu'une grosse ALU 32/64 bits.
===Les points de synchronisation du delta===
La technique ne fonctionne que si la vraie valeur du pointeur de pile est calculée au bon moment, avant chaque utilisation pertinente. Il y a donc des '''points de synchronisation''' qui forcent le calcul de la vraie valeur. Plus haut, nous avions dit que c'était à chaque fois qu'une instruction adresse le pointeur de pile explicitement, qui l'utilise comme opérande. Les instructions CALL, RET, PUSH et POP ne sont pas concernées par elles utilisent le pointeur de pile de manière implicite et ne font que l'incrémenter/décrémenter. Mais dans les faits, c'est plus compliqué.
D'autres situations peuvent forcer une synchronisation, notamment un débordement du compteur delta. Le compteur delta est généralement un compteur de 8 bits, ce qui fait qu'il peut déborder. En cas de débordement du compteur, le séquenceur déclenche le calcul de la vraie valeur, puis réinitialise le compteur delta. La vraie valeur est donc calculée en avance dans ce cas précis. Précisons qu'un compteur delta de 8 bits permet de gérer environ 30 instructions PUSH/POP consécutives, ce qui rend les débordements de compteur delta assez peu fréquent. À noter que si le compteur delta vaut zéro, il n'y a pas besoin de calculer la vraie valeur, le séquenceur prend cette situation en compte.
Un autre point de synchronisation est celui des interruptions et exceptions matérielles. Il faut que le compteur delta soit sauvegardé lors d'une interruption et restauré quand elle se termine. Idem lors d'une commutation de contexte, quand on passe d'un programme à un autre. Pour cela, le processeur peut déclencher le calcul de la vraie valeur lors d'une interruption, avant de sauvegarder les registres. Pour cela, le processeur intègre un mécanisme de sauvegarde automatique, qui mémorise la valeur de ce compteur dans le tampon de réordonnancement, pour forcer le calcul de la vraie valeur en cas de problème.
La technique du ''stack engine'' est apparue sur les processeurs Pentium M d'Intel et les processeurs K10 d'AMD, et a été conservée sur tous les modèles ultérieurs. L'implémentation est cependant différente selon les processeurs, bien qu'on n'en connaisse pas les détails et que l'on doive se contenter des résultats de micro-benchmarks et des détails fournit par Intel et AMD. Selon certaines sources, dont les manuels d'optimisation d'Agner Fog, les processeurs AMD auraient moins de points de synchronisation que les processeurs Intel. De plus, leur ''stack engine'' serait placé plus loin que prévu dans le pipeline, après la file de micro-opération.
==La micro-fusion et la délamination==
La '''micro-fusion''' est une optimisation qui retarde le décodage réel de certaines instructions assez loin dans le pipeline. Elle concerne surtout les instructions ''load-op'', mais pas que. D'autres instructions mémoire peuvent subir cette optimisation. L'essentiel est que, sans micro-fusion, ces instructions sont décodées en plusieurs micro-opérations. La micro-fusion retarde le décodage final de ces instructions, qui se fait assez tard dans le pipeline. Pour comprendre l'intérêt, nous allons devoir faire quelques explications.
L'optimisation en question fait le décodage en deux temps. Prenons l'exemple d'une opération ''load-op'', qui est censée être décodée en deux micro-opérations : une lecture, puis une opération. Le décodage produit une '''macro-opération''' (terme d'Intel), qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. La macro-opération est techniquement une micro-opération comme une autre, sauf que ce n'est pas la micro-opération finale. L'unité d'émission découpe cette macro-opération en deux micro-opérations, qui sont émises l'une après l'autre. Pour résumer, les instructions ''load-op'' ne sont complétement découpées en micro-opération lors de l'émission, pas lors du décodage.
L'optimisation impacte ce qui se situe entre le décodeur d'instruction et l'unité d'émission : l'unité de renommage, la file de micro-opérations, le ''Loop Stream Detector'' et/ou le cache de micro-opération. L'intérêt de l'optimisation est que l'on fusionne deux micro-opérations en une seule macro-opération. Le cache de micro-opération et la file de micro-opération peuvent mémoriser plus de micro-opérations, vu que certaines sont fusionnées. Quant à l'unité de renommage, elle renomme une seule macro-opération au lieu de renommer deux micro-opérations, ce qui augmente le débit du renommage de registre. Par contre, cela complique un peu le travail de l'unité d'émission, qui doit découper les instructions ''load-op'' en deux et émettre les micro-opérations l'une après l'autre.
Il faut noter qu'il n'y a pas de fusion proprement dite. Le décodeur ne décode pas deux micro-opérations séparées, avant de les fusionner. En réalité, il génère directement une macro-opération, qui correspond à deux micro-opérations, que ce soit plus tard dans le pipeline ou sur une autre architecture. D'ailleurs, la micro-fusion a lieu à l'intérieur d'une instruction, qui est censée être traduite en plusieurs micro-opérations. Et encore : pas toutes. La conséquence est que la technique n'a de sens que sur les processeurs CISC, avec des instructions assez complexes pour être décodées en plusieurs micro-opérations. En pratique, seuls les CPU x86 sont concernés.
===Les domaines de fusion===
La micro-fusion n'est pas spécifique aux processeurs superscalaires. En théorie, on peut l'implémenter sur un processeur non-superscalaire à émission dans l'ordre. Cependant, je ne connais aucun processeur à émission dans l'ordre qui implémente la micro-fusion, même si son implémentation est en théorie possible sur de tels processeurs. La micro-fusion est implémentée différemment selon que l'émission se fasse dans l'ordre, dans le désordre, avec une fenêtre d'instruction, avec des stations de réservation, etc.
J'ai dit plus haut que les micro-opérations sont générées lors de l'émission, mais le moment exact varie suivant le processeur. Pour simplifier le tout, nous parlerons de '''scission''' quand le processeur traduit une macro-opération en deux/trois micro-opérations. Le moment où a lieu la scission est théoriquement dans l'unité d'émission, mais celle-ci prend plusieurs formes selon que le processeur utilise l'émission dans l'ordre, dans le désordre, avec une fenêtre d'instruction, avec des stations de réservation, etc.
Les processeurs à exécution dans l'ordre sont le cas le plus simple. L'unité d'émission est alors en charge du découpage des macro-opérations en micro-opérations. La file de micro-opération ou le cache de micro-opérations mémorisent des macro-opérations. À l'opposé, le tampon de ré-ordonnancement mémorise lui des micro-opérations. Le reste du processeur n'est pas affecté.
Sur les processeurs à exécution dans le désordre, les différences sont nombreuses. Le tampon de ré-ordonnancement peut mémoriser soit les micro-opérations finales, soit des macro-opérations. Il en est de même avec la fenêtre d'instruction et/ou les stations de réservation, qu'elles soient centralisées ou décentralisées. Tout dépend de comment se fait l'implémentation.
Une implémentation simple effectue la scission des macro-opérations dans l'unité d'émission, comme sur les processeurs à exécution dans l'ordre. Sur de nombreux processeurs, l'unité d'émission et de renommage sont simplement fusionnées, ce qui fait que la scission a lieu juste après le renommage de registres. En conséquence, le tampon de re-ordonnancement et les fenêtres d'instruction ne voient que des micro-opérations. Les macro-opérations disparaissent juste avant. Cette implémentation est préférée avec une fenêtre d'instruction centralisée, car on voit mal comment scinder une macro-opération juste avant l'ALU.
Une autre implémentation fait la scission en sortie de la fenêtre d'instruction ou des stations de réservation, qu'elles soient centralisées ou décentralisées. Dans ce cas, le tampon de re-ordonnancement fait de même. L'avantage est que le tampon de ré-ordonnancement stocke des macro-opérations, ce qui augmente sa taille effective. Par exemple, il utilise une seule entrée pour une instruction ''load-op'', au lieu de deux sans micro-fusion de ce type.
===La délamination===
La scission peut parfois avoir lieu plus tôt, dans des circonstances très précises. Concrètement, cela ne concerne que quelques micro-architectures d'Intel, pour des instructions très précises. La raison est les limitations du format des micro-opérations, pas une histoire d'optimisation. Le processeur aimerait pouvoir faire la micro-fusion, mais ne peut pas à cause de ces limitations. Une telle situation cause alors une '''délamination''' : les micro-opérations sont scindées précocement.
Par exemple, sur la micro-architecture SandyBridge d'Intel, les opérations ''load-op'' sont fusionnées, sauf si elles utilisent l'adressage indicé. Les micro-opérations de ce processeur ne peuvent avoir que deux opérandes. Trois opérandes est de trop, et les opérations ''load-op'' en adressage indicé dépassent cette limite. Dans ce cas, les micro-opérations sont fusionnées en sortie du décodeur, mais sont scindés avant d’entrer dans la file de micro-opération. L'avantage n'est pas évident, vu que l'unité de renommage suit de près le décodeur d'instruction. Il est que le cache de micro-opérations mémorise des macro-opérations, pas deux micro-opérations.
===La micro-fusion des processeurs Intel et AMD===
La micro-fusion est apparue sur le Pentium M d'Intel, et a été conservée telle quelle sur les processeurs Intel suivants. Les processeurs AMD supportent la micro-fusion depuis au moins la micro-architecture AMD K8. Mieux que ça, la délamination n'était pas utilisée car les micro-opérations acceptaient plus de 2 opérandes. Que ce soit chez AMD ou Intel, elle concerne deux types d'instructions : les écritures mémoire et les instructions ''load-op''.
Sur le Pentium M, il y avait quelques limitations, l'optimisation se limitant par exemple aux registres entiers et flottants, mais pas aux registres MMX, mais pas les registres SSE (nous verrons ces registres dans quelques chapitres). Mais les processeurs modernes n'ont plus cette limitation. La micro-fusion des CPU Intel concerne deux types d'instructions : les écritures mémoire et les instructions ''load-op''.
Pour les écritures, la situation est plus complexe que pour les instructions ''load-op''. Sur les processeurs Intel précédents, les écritures étaient réalisées dans deux unités séparées : le calcul d'adresse dans une unité de calcul, l'écriture proprement dite dans l'unité mémoire. Elles prenaient donc deux micro-opérations. Le processeur a changé ses unités mémoire, ce qui fait qu'elle pouvait faire les deux en une seule micro-opération. Il s'agissait alors d'une optimisation du chemin de données, plus que de la micro-fusion proprement dite, mais je la mentionne ici malgré tout.
La micro-fusion sur ce processeur avait un avantage en plus des avantages usuels : elle utilisait mieux les décodeurs. Les Pentium M avaient trois décodeurs pour décoder plusieurs instructions en même temps, chose qu'on détaillera dans le chapitre sur les processeurs superscalaires. Un seul décodeur pouvait décoder toutes les instructions, les deux autres ne peuvent décoder que les instructions simples, qui se décodent en une seule micro-opération. Avec la micro-fusion, les trois décodeurs peuvent gérer les écritures mémoire et les opérations ''load-op'', vu qu'elles deviennent des instructions simples. Sans cela, elles auraient été limitées au premier décodeur.
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wikitext
text/x-wiki
Les processeurs vus auparavant ne peuvent émettre au maximum qu'une instruction par cycle d'horloge. Ils peuvent avoir plusieurs instructions qui s'exécutent en même temps, dans des unités de calcul séparées. C'est le cas dès qu'une instruction multi-cycles s'exécute. Par contre, ils ne peuvent démarrer qu'une seule instruction par cycle. Et quand on court après la performance, ce n'est pas assez ! Les concepteurs de processeurs ont inventés des processeurs qui émettent plusieurs instructions par cycle : les '''processeurs à émissions multiples'''.
Un processeur à émission multiple charge plusieurs instructions en même temps, les décode en parallèle, puis les émet en même temps sur des unités de calculs séparées. Pour cela, il faut gérer les dépendances entre instructions, répartir les instructions sur différentes unités de calcul, et cela n'est pas une mince affaire. En général, pour un processeur à émission multiple capable d'émettre N instructions en parallèle, on parle de '''processeur à N voies''', ou encore un ''processeur à N pipelines''.
[[File:Superscalarpipeline.svg|centre|vignette|upright=1.5|Pipeline RISC classique à cinq étages sur un processeur superscalaire. On voit bien que plusieurs instructions sont chargées en même temps.]]
Les processeurs à émission multiple sont de deux types : les processeurs VLIW et les '''processeurs superscalaires'''. Nous mettons les processeurs VLIW de côté en attendant le prochain chapitre. La raison est qu'ils ont un jeu d'instruction spécialisé qui expose le parallélisme d'instruction directement au niveau du jeu d'instructions, là où les processeurs superscalaires restent des processeurs au jeu d'instruction normal. La différence principale entre processeur VLIW et superscalaire est qu'un processeur superscalaire répartit les instructions sur les unités de calcul à l’exécution, là où un processeur VLIW délègue cette tâche au compilateur.
==Le nombre de voies d'un processeur superscalaire==
Les processeurs superscalaires les plus simples ne permettent que d'émettre deux micro-opérations à la fois, d'où leur nom de processeur ''dual issue'', ce qui se traduit en '''processeur à double émission'''. Les processeurs triple émission permettent eux d’émettre trois instructions à la fois. A l'opposé, les CPU superscalaires les plus puissants peuvent émettre jusqu'à 8-10 instructions simultanément. En 2026, les CPU superscalaires peuvent monter jusqu’à 10 µops émises en même temps, ce qui est énorme !
Et cela nous amène à faire une distinction entre les processeurs superscalaires dits '''étroits''' et ceux dits '''larges'''. Dans ce wikilivre, on part du principe que les processeurs superscalaires étroits émettent jusqu'à 4-5 µops à la fois, alors que les larges peuvent en émettre plus, l'intervalle entre les deux est une zone grise. Le nombre exact n'est pas fixé dans le marbre, la distinction est volontairement vague.
Nous parlerons de la '''largeur d'un CPU superscalaire''' pour parler du nombre de voies, du nombre de µops émises en même temps. Plus un CPU superscalaire est large, plus il est performant ''toute chose égale par ailleurs''. Mais dans les faits, vous pouvez oublier la partie en italique. Élargir un CPU superscalaire demande de rajouter beaucoup de circuits. Et ce cout en circuit aura un impact sur la performance. A budget en transistors limité, il y a un compromis entre élargir un CPU et rajouter du cache ou la taille des fenêtres d'instructions/ROB et autres.
===Les contraintes d’appariement===
Prenons un processeur double émission, capable d'émettre deux instructions simultanément. Émettre deux instructions en même temps n'est pas toujours possible. Par exemple, si deux instructions sont dépendantes, on ne peut pas les émettre en même temps. Mais oublions un instant ces histoires de dépendances de données, et partons du principe que le CPU ait affaire à deux instructions indépendantes, une paire idéale. Un CPU double émission "parfait" pourrait exécuter n'importe quelle paire d'instruction. Par exemple, il pourrait émettre deux multiplications consécutives, deux lectures consécutives, une lecture et une écriture en même temps, etc.
En pratique, aucun processeur ne permet cela. Implémenter un CPU superscalaire "parfait" aurait un cout en circuit beaucoup trop conséquent. Par exemple, pour émettre deux multiplications en même temps, il faudrait deux multiplieurs séparés. Idem pour exécuter deux accès mémoire simultané : cela demande d'avoir deux unités mémoire et un cache multiport. Mais en pratique, aucun CPU superscalaire ne fait cela. La totalité des CPU double émission se débrouille avec un seul circuit multiplieur et une seule unité mémoire.
Et cela entraine l'apparition de dépendances structurelles, qui font que certaines paires d'instructions sont impossibles. Par exemple, impossible d'émettre deux multiplications en même temps avec un seul circuit multiplieur. Mais émettre une multiplication en parallèle d'une addition est parfaitement possible. Il y a donc des paires d'instructions autorisées et des paires interdites. Et la logique est la même sur les CPU à triple ou quadruple émission, et au-delà. : des triplets ou quadruplet d'instructions sont impossibles à émettre simultanément, alors que d'autres le sont. Pour le dire autrement, il y a des '''contraintes d'appariement''' sur les instructions à émettre en même temps.
===L'impact des contraintes d’appariement sur la performance===
Ces contraintes d’appariement ont un impact sur les performance, mais celui-ci peut être grandement mitigé. Les programmes informatiques utilisent en pratique beaucoup plus d'opérations entières de base que de multiplication, branchements et accès mémoire. Il y a environ 5 opérations entières de base pour une multiplication entière. En pratique, il est rare de devoir exécuter deux multiplications à la fois. Idem pour les décalages et rotations, qui sont assez éloignés les uns des autres. Deux branchements consécutifs sont quant à eux plus fréquents. Deux accès mémoire consécutifs est assez rare, mais ils restent assez proches les uns des autres malgré tout.
La conséquence est que certaines paires d'instructions sont privilégiées par rapport au reste. Les paires regroupant deux calculs basiques (additions, soustractions, ...) sont systématiquement supportées, car dupliquer des ALU entières est facile. Les paires regroupant un calcul et une autre instruction sont elles aussi systématiquement supportées. Par contre, les paires avec deux branchements, deux accès mémoire, deux décalages/rotations, ou deux multiplications/divisions sont fréquemment interdites. Seuls les CPU superscalaires larges peuvent les permettre, et encore : sous conditions. Le résultat est que le processeur peut se débrouiller avec une seule unité mémoire et une unité de branchement.
===Terminologie pour la suite du chapitre===
Décrire les contraintes d’appariement demande de dire quelles combinaisons d’instructions sont autorisées ou interdites. Et pour cela, nous allons introduire les abréviations suivantes :
* INT est un raccourcis pour parler d'une opération entière simple, qu'une ALU entière peut exécuter.
* MUL correspond à une opération entière complexe, typiquement une multiplication, éventuellement à une division.
* FLOAT désigne une opération flottante, peut importe laquelle.
* MEM désigne un accès mémoire, à savoir une instruction ou µop mémoire.
* BRANCH désigne une instruction de branchement.
Cette terminologie permettra de définir des paires d'instructions, qu'elles soient possibles ou interdites. Par exemple, l'expression INT + FLOAT désigne une paire d'instruction regroupant une instruction entière et une instruction flottante, peu importe l'ordre des deux instructions. Il en sera de même pour les triplets, quadruplets, ou plus. Par exemple, l'expression INT + INT + FLOAT + MUL désigne un quadruplet d'instructions regroupant : deux instructions entières, une instruction flottante, et une multiplication entière.
J'utiliserais aussi des parenthèses pour regrouper certaines combinaisons. Par exemple, l'expression INT + (MUL /FLOAT) veut parler d'une paire d'instruction où la première est une opération entière basique, la seconde est : soit une multiplication, soit une opération flottante.
==Le ''front-end'' des processeurs superscalaires==
Un processeur superscalaire doit charger, décoder, et exécuter plusieurs instructions par cycle. Par exemple, un processeur triple émission doit charger 3 instructions lors d'un premier cycle, puis les décoder au cycle suivant, et les exécuter au cycle suivant. Il travaille donc pas paquets de 3 instructions, dans cet exemple.
Intuitivement, charger, décoder et exécuter plusieurs instructions à la fois demande de dupliquer des circuits. Par exemple, il faut dupliquer les décodeurs pour décoder plusieurs instructions. Les unités de calcul sont aussi dupliquées, sauf sur certaines processeurs qui arrivent à ruser, mais laissons cela de côté pour plus tard. Mais d'autres circuits sont simplement modifiés, comme l'unité de chargement ou l'unité d'émission. Voyons ce qu'il en est dans le détail.
{|class="wikitable"
|-
! rowspan="2" | Processeur sans émission multiple
| rowspan="2" | Chargement
| rowspan="2" | Décodage
| rowspan="2" | Renommage
| rowspan="2" | Émission
| Exécution / ALU
| rowspan="2" | ''Commit''/ROB
|-
| Exécution / ALU
|-
! rowspan="4" | Processeur superscalaire
| rowspan="4" | Chargement
| rowspan="2" | Décodage
| rowspan="4" | Renommage
| rowspan="4" | Émission
| Exécution / ALU
| rowspan="4" | ''Commit''/ROB
|-
| Exécution / ALU
|-
| rowspan="2" | Décodage
| Exécution / ALU
|-
| Exécution / ALU
|}
Nous allons d'abord voir ce qu'il en est pour le ''front-end'', à savoir la partie du CPU qui s'occupe de charger et décoder les instructions. Elle regroupe l'unité de chargement, les décodeurs, l'unité de prédiction de branchement, la file de µops, la file d'instruction, et divers caches. En soi, les changements portent surtout sur l'unité de chargement et les décodeurs.
===Le chargement de plusieurs instructions consécutives===
Un processeur superscalaire charge plusieurs instructions en même temps, ''en tenant compte de la présence de branchements''. La partie en italique est importante et elle a une conséquence très forte : la manière de faire est fortement différente entre un CPU superscalaire étroit et large.
Un CPU superscalaire étroit fait au plus simple : il charge un bloc de 2, 3, 4 instructions consécutives en mémoire RAM. Il faut alors doubler/tripler/quadrupler la taille du bus connecté au cache d'instruction. Par exemple, pour charger quatre instructions de 32 bits chacune, il suffit de lire un bloc de 128 bits dans le cache d'instruction. Un bloc de 8, 16, 32 octets est donc lu depuis le cache et est ensuite découpé en instructions, envoyées chacun à un décodeur.
Charger plusieurs instructions consécutives ne marche bien qu'en absence de branchements. La présence de branchements casse cette dynamique, et il faut gérer leur présence.
* Sans prédiction de branchement, toutes les instructions d'un bloc sont décodées et exécutées en même temps, même s'il y a un branchement dans le tas.
* Avec prédiction de branchement, les instructions situées après le branchement ne sont pas décodées ni exécutées. L'unité de chargement coupe le bloc chargé au niveau du premier branchement pris, remplit les vides avec des NOP, avant d'envoyer le tout à l'unité de décodage. Les instructions à l'adresse de destination seront chargées au cycle suivant, en chargeant un nouveau bloc.
[[File:Fetch sur un processeur superscalaire avec prediction de branchements.png|centre|vignette|upright=2|Fetch sur un processeur superscalaire avec prédiction de branchements.]]
Un autre défaut est que sur le CPU charge un bloc de 128 bits à la fois, les instructions doivent être alignées sur 128 bits. Et on peut généraliser à n'importe quelle taille de bloc. Si les instructions ne sont pas alignées, il faut gérer la situation. Il arrive qu'une instruction soit à cheval sur deux blocs, avec un morceau dans le premier bloc, un autre dans le second. Dans ce cas, l'instruction est chargée en deux fois, et des circuits doivent gérer la situation pour recoller les morceaux. Sur les CPU avec des instructions de taille fixe, le problème ne survient que rarement. Mais il est fréquent avec des instructions de taille variable.
Un autre défaut est lié aux branchements. Imaginez qu'un branchement s'exécute et branche vers une instruction de destination. Rien n'indique que l'instruction de destination sera au tout début d'un bloc. Si ça se trouve, elle sera en troisième position d'un bloc de 4 instructions. Une solution simple charge le bloc en respectant l'alignement, et les deux premières instructions du bloc ne sont pas à exécuter. Il y a donc une petite perte de performance.
Certains CPU, comme l'IBM RS/6000, ont la machinerie charger un bloc de N instructions même s'il n'est pas aligné. La machinerie en question se trouve dans le cache d'instruction et est tout sauf simple à expliquer,ce qui fait que je me permets de la passer sous silence. Un détail, cependant : elle ne permet pas de charger des blocs qui sont à cheval sur deux lignes de cache.
===Le décodage parallèle des instructions===
Pour le décodage des instructions, plusieurs instructions sont décodées en même temps. On parle alors de '''décodage parallèle'''. Pour ce faire, un processeur superscalaire contient plusieurs décodeurs, chacun pouvant décoder une instruction en parallèle des autres. Prenons par exemple un processeur superscalaire à 4 voies : le décodage se fera dans quatre décodeurs séparés, qui fonctionneront en parallèle. Cependant, cette implémentation ne marche bien que pour les processeurs RISC, les processeurs CISC devant faire avec un microcode gourmand en circuits.
Les processeurs CISC utilisent des décodeurs hybrides, avec un microcode qui complémente un décodeur câblé. Dupliquer le microcode aurait un cout en transistors trop important, ce qui fait que seuls les décodeurs câblés sont dupliqués. Les CPU CISC superscalaires disposent donc de plusieurs décodeurs simples, capables de décoder les instructions les plus courantes, avec un seul microcode. La conséquence est qu'il n'est pas possible de décoder deux instructions microcodées en même temps. Par contre, il reste possible de décoder plusieurs instructions non-microcodées ou une instruction microcodée couplée à une instruction non-microcodée. Vu qu'il est rare que deux instructions microcodées se suivent dans un programme, le cout en performance est extrêmement mineur.
Il faut noter qu'une instruction correspond à une ou plusieurs µops. Il est donc possible de charger 5 instructions et de se retrouver avec 8 µops en sortie des décodeurs. Et c'est la source d'une distinction très importante. Plus haut, j'ai parlé de processeurs superscalaires à N voies. La terminologie peut avoir deux interprétations. La première est que le processeur charge/décode N instructions à la fois. Une seconde est qu'il est capable d'exécuter/émettre N µops en même temps.
Les deux ne sont pas équivalentes, vu qu'un processeur superscalaire peut, par exemple, charger/décoder N instructions et émettre/exécuter N+2 µops. La distinction est particulièrement importante sur les processeurs superscalaires larges. Certains d'entre eux sont capables de charger 5 instructions et d'en émettre le double ! Un exemple classique était les processeurs Athlon d'AMD, qui pouvaient décoder deux instructions par cycle, mais émettre 4 µops par cycle. Ce n'était pas un problème, car beaucoup d'instructions, même basiques, étaient décodées en 2 µops.
===L'émission parallèle des instructions===
La superscalarité modifie en profondeur l'unité d'émission, notamment au niveau de son interface. Avant, elle recevait une micro-opération sur son entrée, et fournissait la micro-opération émise sur une sortie. Et cela vaut aussi bien pour une unité d'émission simple, un ''scoreboard'', une fenêtre d'instruction ou des stations de réservation. Mais avec l'émission multiple, les sorties et entrées sont dupliquées. Pour la double émission, il y a deux entrées vu qu'elle doit recevoir deux micro-opération décodées/renommées, et deux sorties pour émettre deux micro-opérations.
Dans ce qui suit, nous ne parlerons pas d'entrée et de sortie, mais de '''ports de décodage''' et de '''ports d'émission'''. Les ports de décodage reçoivent des micro-opérations provenant de l'unité de décodage, les ports d'émissions sont pour les micro-opérations émises. Les ports d'émission injectent les micro-opérations émises dans le pipeline, elle sont propagée au banc de registre, aux ALUs, etc. Un processeur superscalaire a forcément plusieurs ports d'émission (et de décodage).
Si l'interface de l'unité d'émission change, l'intérieur est tout autant modifié. Sur un CPU non-superscalaire, l'unité d'émission reçoit une µop "candidate à l'émission", et détecte les dépendances entre avec les µops en vol, en cours d'exécution dans le pipeline. Et c'est toujours le cas sur les processeurs superscalaires : l'unité d'émission détecte les dépendances entre les µops candidates et les µops en vol. Mais avec la siperscalarité, elle doit en plus tester les dépendances entre les µops candidates.
Si l'unité d'émission est un ''scoreboard'', il doit détecter les dépendances entre instructions émises simultanément et les sérialiser si besoin. Avec une fenêtre d'instruction, il n'y a pour ainsi dire rien à faire, vu que les dépendances sont éliminées par le renommage de registre et que les signaux de réveil gèrent les dépendances RAW. C'est la raison pour laquelle les processeurs superscalaires modernes n'utilisent pas de ''scoreboard''.
==Les processeurs implémentés avec plusieurs pipelines==
Nous venons de voir comment la superscalarité impacte le ''front-end'', il est maintenant de voir ce qu'il en est de l'unité d'émission et des ''back-ends''. Un processeur superscalaire peut utiliser l'exécution dans le désordre et le renommage de registres, mais ce n'est pas une obligation. Historiquement, les premiers processeurs superscalaires n'utilisaient pas d'exécution dans le désordre. Le meilleur exemple est celui du Pentium 1 et 2 d'Intel. Ils étaient tous deux des processeurs superscalaires, mais n'avaient pas d'exécution dans le désordre, qui est apparue sur le Pentium 3. les explications sont plus simples si on met de côté l'exécution dans le désordre.
Vous vous dites que l'implémentation d'un processeur superscalaire n'est pas la même suivant que le CPU utilise l'exécution dans le désordre, ou non. Mais dans les faits, la distinction est plus subtile que ca. Pour l'expliquer, je vais utiliser une classification originale, qui sépare les processeurs superscalaires en trois sous-types. La distinction se fait sur la manière dont la superscalarité est implémentée en matériel.La classification que j'utilise distingue :
* Les processeurs avec plusieurs pipelines, sans exécution dans le désordre.
* Les processeurs superscalaires avec un pipeline dynamique.
* Les processeurs avec des fenêtres d'instruction décentralisées.
La distinction n'est pas qu'une question d'implémentation matérielle. Elle impacte aussi le ratio entre instructions chargées/décodées et instructions émises. Vous vous dites que les deux sont égales, mais ce n'est le cas que sur les processeurs avec N pipelines ! Sur les autres processeurs, il est possible de décoder 4 instructions, mais d'en émettre maximum 6 par cycle ! Et sur les CPU avec des fenêtres d'instruction décentralisées, il y a aussi une différence entre le nombre d'instructions qui sont ''dispatch'' et ''schedule''.
La catégorie la plus simple est celle des '''processeurs avec plusieurs pipelines'''. Ce sont des processeurs superscalaires sans exécution dans le désordre. Ils partent d'un processeur non-superscalaire, et ajoutent un second pipeline, en sortie de l'unité d'émission. Le second pipeline permet l'émission parallèle d'une seconde instruction.
Le second pipeline n'est pas identique au pipeline originel, sur plusieurs points. Premièrement, il n'a pas exactement les mêmes circuits. Le second pipeline est généralement composé d'une unité de calcul, d'une FPU, éventuellement d'un second banc de registres, guère plus. Il permet d'exécuter une seconde opération de calcul, pas plus, ce qui est à l'origine de contraintes d'appariemment assez fortes. De plus, il n'a pas forcément la même longueur, il peut avoir des étages en moins ou en plus. Il s'agit de la forme la plus simple de processeur superscalaire et nous allons leur consacrer cette section.
===La double émission entière-flottante===
L'exemple le plus simple utilise un second pipeline pour les opérations flottantes, séparé du pipeline originel. L'ajout d'un pipeline flottant permet d'émettre une micro-opération entière en même temps qu'une micro-opération flottante, ce qui s'appelle la '''double émission entière-flottante'''. La micro-opération entière s'exécute dans l'ALU entière, la micro-opération flottante dans la FPU. Les exemples les plus notables sont le PA-RISC 7100, le POWER 1 (RIOS .& et .9) et le PowerPC 601. L'Apollo DN10000 et l'Intel i860 utilisaient aussi cette forme de double émission, mais étaient des prototypes de CPU VLIW.
[[File:Double émission entière-flottante.png|centre|vignette|upright=2|Double émission entière-flottante]]
Pour bien expliquer les choses, prenons le processeur illustré ci-dessous, avec deux ''back-end'' séparés : un pour la FPU, et un autre pour le reste. Les instructions entières et mémoire passent toutes par le ''back-end'' généraliste.
[[File:CPU non-superscalaire basique, avec une FPU.png|centre|vignette|upright=1.5|CPU non-superscalaire basique, avec une FPU]]
Les deux ''back-end'' sont des pipelines séparés, mais il faut que l'unité d'émission soit spécialement conçue pour en profiter. Un processeur simple émission peut démarrer une seule µop par cycle : soit la µop est envoyée au ''back-end'' flottant, soit elle est envoyée au ''back-end'' général. Avec la double émission entière-flottante, le processeur peut envoyer une µop dans chaque pipeline, à chaque cycle. Vu que la FPU et son banc de registre forment déjà un pipeline séparé, les seules modifications se font au niveau du ''front-end'', unité d'émission inclue.
{|
|-
|[[File:CPU simple émission avec une FPU.png|centre|vignette|upright=1.5|CPU simple émission avec une FPU.]]
|[[File:Double émission entière flottante avec un second pipeline.png|centre|vignette|upright=1.5|CPU avec un second pipeline flottant.]]
|}
Notez que le terme double émission ''entière''-flottante est un peu trompeur. En réalité, la technique permet d'émettre une instruction flottante avec n'importe quelle autre instruction non-flottante, avec des restrictions pour les branchements. Il est par exemple possible d'exécuter un calcul flottant en parallèle d'un accès mémoire.
Sur les CPU 32 bits, il est possible de faire les multiplications dans la FPU. Pour rappel, la FPU contient un multiplieur entier 53-54 bits, pour multiplier les mantisses de deux flottants 64 bits, qu'on peut utiliser pour faire les multiplications entières 32 bits. Cela permet d'émettre une multiplication en même temps qu'une opération entière dans l'ALU. Ainsi, le CPU pouvait émettre deux instructions : une opération entière de base, avec soit une multiplication, soit une opération flottante. En clair, une émission de type INT + (MUL /FLOAT). Par contre, on perd la possibilité d'émettre une multiplication entière avec une opération flottante, mais c'était un compromis qui en valait la peine.
Le CPU PA-RISC 7100 implémentait cette optimisation. Il s'agissait d'un CPU double émission entière-flottante, qui utilisait donc un partitionnement assez simple. Le combo partitionnement + reconditionnement permettait ici de gagner en performance, pour un cout en matériel très limité. D’autant plus limité que le jeu d'instruction prévoyait le reconditionnement de la FPU. Les multiplications ne lisaient pas leurs opérandes dans les registres entiers, mais dans les registres flottants.
===La double émission entière===
Une autre possibilité ajoute un second pipeline, capable d'exécuter des opérations entières simples, appelé le pipeline entier. Le processeur supporte alors la '''double émission entière''', à savoir qu'ils peuvent émettre une opération entière en plus d'une autre instruction. L'opération entière en question est une opération simple, comme une addition, une soustraction, une opération bit à bit, une comparaison, etc. Les exemples classiques sont les processeurs Intel i960 et Pentium. L'implémentation était différente entre l'i960 et le Pentium : Le Pentium avait une seconde ALU entière, alors que le i960 rusait.
Le Pentium dupliquait l'ALU entière, pour créer un second pipeline entier. Sur le Pentium originel, les contraintes d'appariement étaient assez strictes. Le Pentium avait une FPU, mais ne pouvait pas l'utiliser en double émission. Il lui était impossible d'exécuter une opération flottante en même temps qu'une opération entière (branchements inclus). Le Cyrix 6x86 était une sorte de Pentium produit par l'entreprise Cyrix, avec une microarchitecture différente. Il avait des contraintes d’appariement réduites. Par exemple, il pouvait émettre une opération flottante en parallèle d'une opération entière. Nous détaillerons ces processeurs dans le prochain chapitre, qui porte justement sur les CPU superscalaires x86.
[[File:CPU simple et double émission avec un second pipeline entier.png|centre|vignette|upright=2.5|CPU simple et double émission avec un second pipeline entier.]]
L'Intel i960 n'avait pas de FPU, juste une ALU entière et une unité mémoire. Il utilisait l'unité mémoire comme une seconde ALU entière limitée. Pour rappel, une unité mémoire contient une AGU, à savoir une ALU spécialisée dans les calculs d'adresse. Elle est capable de faire des additions, soustractions, et quelques décalages limités (des décalages par 2, 4, 8, pas plus). L'Intel i960 ajoutait des connexions entre AGU et banc de registre, afin que celle-ci serve de seconde unité de calcul. L'AGU est déjà reliée aux deux ports de lecture, pour lire les opérandes du calcul d'adresse, il suffit de la connecter sur le port d'écriture. Le processeur peut alors émettre deux instructions/µops entières, sous certaines conditions.
[[File:Emission multiple des opérations entières, double émission.png|centre|vignette|upright=2|Émission multiple des opérations entières, double émission.]]
==Les processeurs superscalaires dynamiques==
Les processeurs précédents, avec 2 pipelines, avaient une unité d'émission assez simple. Elle avait deux ports de décodage, et deux ports d'émission. Le nombre de ports de décodage et d'émission étaient identiques. Vous vous dites que c'est naturel, et intuitif, que c'est normal pour un processeur superscalaire. Mais en réalité, la majorité des processeurs superscalaires a plus de ports d'émission que de décodage. Expliquer pourquoi va cependant nous demander de parler de comment la superscalarité exploite les unités de calcul.
Posons-nous cette question : de combien d'unités un processeur superscalaire a besoin ? Les unités en question ne sont nécessairement des unité de calcul, l'unité mémoire et l'unité de branchement comptent aussi. La réponse dépend du nombre de voies. Si le ''front-end'' charge et décode un paquet de N instructions, exécuter ces N instructions simultanément demandera là aussi au moins N unités de calcul. Notez le terme : ''au moins'', car c'est là tout l'enjeu de cette section.
La réponse dépend aussi des contraintes d’appariement. Pour un CPU superscalaire "parfait", sans contraintes d’appariement, toutes les unités doivent être dupliquées, y compris l'unité mémoire. Un processeur à double émission parfaite devrait dupliquer l'ALU entière, le ''barrel shifter'', le circuit multiplieur, la FPU, l'unité mémoire, et l'unité de branchement, ce qui ferait passer de 6 unités à 12. Le cout en circuit est énorme, même pour de la double émission ! Et pour un CPU à N pipelines, le cout en circuit encore plus prohibitif ! En pratique, les processeurs superscalaires qui font ça sont très rares. La majeure partie des processeurs superscalaires utilisent d'autres techniques : le partitionnement, la duplication partielle des ALUs, la duplication des autres unités.
===Le partitionnement des unités fonctionnelles===
Les CPU superscalaires les plus simples ne dupliquent pas leurs unités de calcul, ils se contentent d'exploiter les unités existantes. Et pour expliquer comment, nous allons partir de l'exemple d'un processeur non-superscalaire contient une ALU entière, une FPU, une unité mémoire et une unité de branchement. Les quatre unités peuvent fonctionner en parallèle, à savoir qu'une unité peut exécuter une instruction à elle toute seule, sans interagir avec les autres. Cela suffit pour créer un processeur quadruple émission, qui peut émettre en même temps : une opération entière, une opération flottante, un branchement, un accès mémoire.
Le principe marche aussi sur un processeur avec moins de 4 unités, par exemple sans FPU et/ou sans unité de branchement, ou avec au contraire des unités en plus. L'idée générale est d’émettre une µops séparée dans chaque unité fonctionnelle. Utiliser ainsi les unités existantes, pour rendre un CPU superscalaire, s'appelle le '''partitionnement superscalaire'''. Le terme n'est pas beaucoup utilisé en-dehors de quelques vieux articles académiques.
Le partitionnement est fortement dépendant du jeu d'instruction, car il demande de bien séparer instructions entières, flottantes, branchements et instructions mémoire. Et autant c'est bien le cas sur les CPU RISC, autant les CPU CISC ne sont pas dans ce cas. Les CPU CISC ont des instructions ''load-op'', qui effectuent une instruction arithmétique et une µop mémoire. Et ces instructions sont très compliquées à implémenter avec le partitionnement. Et au-delà de ça, les CPU CISC ont beaucoup d'instructions qui sont décodées en plusieurs µops, à exécuter dans un ordre bien précis. On peut pas émettre les µops en question simultanément.
Le partitionnement a un cout en circuit très limité, pour un gain en performance lui aussi limité. Pour reprendre le CPU de l'exemple précédent, il est rare que l'on ait à exécuter ces quatre instructions en même temps. En pratique, les combinaisons fréquentes sont les combinaisons calcul + accès mémoire, calcul + branchement, calcul entier + calcul flottant. Utiliser une quadruple émission de ce type n'est donc pas une bonne idée, alors que la double émission parait plus adaptée.
Et c'est là que la différence entre ports d'émission et de décodage devient intéressante. L'idée est d'avoir une unité d'émission avec deux ports de décodage, et 4 port d'émission (un par unité). Les contraintes d’appariement varient alors suivant le processeur, mais la règle générale est que si deux micro-opérations tombent dans deux unités différentes, on peut les émettre en même temps. En clair, on peut émettre une opération entière avec une opération flottante, une opération entière avec un branchement, un accès mémoire avec un branchement, etc. Et cela rend le partitionnement bien plus intéressant que prévu.
Les tout premiers CPU superscalaires étaient des CPU double émission, qui utilisaient le partitionnement avec : une ALU entière, une unité mémoire et une FPU. Nous parlerons de '''partitionnement INT-FLOAT-MEM'''. L'avantage sur la double émission flottante est que les combinaisons INT + MEM et FLOAT + MEM étaient autorisées. L'intérêt était d'émettre une opération en parallèle d'un accès mémoire, ce qui est un doublet d'instruction assez fréquent. Les exemples classiques sont l'HyperSPARC, de l'alpha 21064 et du PowerPC 603.
Les contraintes d’appariement variaient grandement suivant le processeur. Le PowerPC 603 implémentait une double émission "parfaite". C'est à dire que toutes les combinaisons possibles à deux instructions étaient possibles, que ce soit INT + FLOAT, INT + MEM, FLOAT + MEM. En plus de cette double émission "parfaite", le CPU utilisait la technique dite de ''branch folding'', qui permettait d'exécuter un branchement sans utiliser d'unité de calcul, ce qui fait qu'il était qualifié de ''CPU 2-way + Branch''.
A l'opposé, le processeur alpha 21064 avait pas mal de contraintes d’appariement, à savoir que certaines combinaisons de deux instructions étaient interdites, bien que compatibles avec les unités disponibles. Une des raisons est que le banc de registre n'avait pas assez de ports de lectures, ce qui fait que certaines combinaisons avec une écriture mémoire n'étaient pas permises. Les concepteurs avaient volontairement inséré ces contraintes afin de simplifier le design du processeur.
Avant de poursuivre, précisons que la FPU regroupe un additionneur flottant et un multiplieur flottant. Et ce fait peut être exploité pour approfondir le partitionnement. La '''double émission FADD/FMUL''' permet d'émettre une addition flottante en même temps qu'une multiplication flottante. Elle a été utilisée sur les processeurs x86, Alpha et SPARC. Les autres circuits de calcul flottant sont souvent regroupés avec l'additionneur. La division est parfois e même port que le multiplieur flottant, parfois sur celui de l'additionneur (quand elle est microcodée et exécutée en enchainant les soustractions).
===La duplication des ALU entières===
Le partitionnement est une technique élégante, simple, facile à implémenter et au cout en circuits modeste. Mais il faut avouer que cela ne donne pas des CPU superscalaires très efficaces. La raison est que le partitionnement permet d'émettre des paires, triplets, quadruplets de micro-opérations qui sont rares en pratique.
Les combinaisons les plus fréquentes en pratique sont des paires/triplets d'opérations entières, souvent des paires/triplets d'additions ou d'opérations entières simples. Il est donc primordial d'émettre plusieurs opérations entières simultanément. Le fait d'émettre et d'exécuter plusieurs opérations entières en même temps s'appelle l''''émission entière multiple'''.
Pour exécuter la seconde/troisième opération entière, il faut dupliquer les ALU entières (ou réutiliser l'AGU comme ALU entière comme le fait l'Intel i960). Le processeur doit avoir deux ALU entières pour de la double émission entière, trois pour de triple émission entière, etc. De plus, il faut ajouter des ports au banc de registre, pour lire deux fois plus d'opérandes et décrire deux résultats. Et enfin, il faut rajouter un port d'émission pour pouvoir émettre une micro-opération entière en plus.
[[File:Processeur non-superscalaire basique 03.png|centre|vignette|upright=2|Processeur non-superscalaire basique]]
La tendance est de multiplier les ALU entières, mais pas le circuit multiplieur. Le cout en transistors est alors grandement réduit, au prix de l'apparition de dépendances structurelles. Le CPU peut émettre deux additions en même temps, ou une addition et une multiplication, mais pas deux multiplications. Il en est de même avec le ''barrel shifter'', qui n'est pas dupliqué. Il est donc possible d'émettre un décalage avec une opération de base, mais pas deux décalages en parallèle.
Mais ces contraintes d’appariement ne sont pas un problème, car il est rare de devoir émettre deux multiplications/décalages en même temps. La plupart des programmes sont majoritairement remplis d'additions, avec des multiplications assez rares et des décalages qui le sont encore plus. La moyenne est proche d'une multiplication pour 4/5 additions. Vu que des multiplications consécutives sont très rares, dupliquer le multiplieur est presque inutile. Disposer de plusieurs circuits multiplieurs ou de plusieurs ''barrel shifters'' serait donc un cout en circuits qui ne servirait que rarement et n'en vaut pas la chandelle.
Il faut noter que sur les CPU 32 bits, les multiplications peuvent être exécutées dans la FPU ou dans un multiplieur séparé, tout dépend de si le CPU exécute les multiplications dans la FPU ou pas.
{|class="wikitable"
|-
! Voie d'émission n°1 !! Voie d'émission n°2 !! Voie d'émission n°3
|-
| ALU entière || ALU entière || FPU
|}
Reste à connecter les unités de calcul à l'unité d'émission (indirectement, car il y a des étages de pipeline entre les deux). Une implémentation basique utilisée un port d'émission par unité. Prenons l'exemple d'un CPU superscalaire avec 4 ALU entières, une FPU, et une unité mémoire. Vu qu'il y a 6 unités, cela fait donc 6 ports d'émission.
L'exemple historique le plus impressionnant est celui du Motorola 88110, un CPU double émission qui possède 10 unités. Il contient deux ALU entières, un circuit multiplieur, un circuit diviseur, une unité de manipulation de bits, une unité mémoire, un additionneur flottant, et deux unités graphiques pour des calculs impliquant des pixels. Le multiplieur est utilisé à la fois pour les multiplications entières, flottantes et le produit de deux pixels. Idem pour le diviseur, qui sert pour les divisions entières et flottantes.
Et chaque unité a son propre port d'émission. La conséquence est que les contraintes d'appariement du Motorola 88110 sont simples : tant que deux µops atterrissent dans des unités séparées, la paire est permise. Il est par exemple possible d'émettre simultanément deux opérations entières simples, vu qu'il y a deux ALU. Par contre, impossible d'émettre simultanément deux multiplications, deux divisions, deux opérations flottantes, deux manipulations de bit, deux accès mémoire, etc. De plus, le partage du multiplieur fait qu'on ne peut pas émettre une multiplication entière avec une multiplication flottante. Idem avec les divisions, vu que le diviseur est aussi partagé. Ce sont les seules contraintes.
===Le partage des ports d'émission===
La présence d'un circuit multiplieur et d'un ''barrel shifter'' pose des problèmes pour le partitionnement. Il est possible d'avoir un port d'émission dédié au multiplieur, et un autre au ''barrel shifter'', qui sont séparés de ceux pour l'ALU entière. Il est alors possible d'émettre une opération entière, une multiplication et un décalage, simultanément. Nous parlerons de '''partitionnement entier''' pour désigner cette possibilité.
[[File:Partitionnement superscalaire entier.png|centre|vignette|upright=2|Partitionnement superscalaire entier.]]
Le partitionnement entier est cependant très rare, car le gain en performance serait trop faible au regard des couts en circuit. Quelques processeurs historiques l'utilisaient, mais ce n'est plus le cas de nos jours. La raison est que les multiplications et les décalages sont assez rares dans le code, ce qui fait que le port d'émission associés sont sous-utilisés. Et un port d'émission a un cout en circuit assez important. Et c'est sans compter qu'ajouter des ports sur le banc de registres juste pour un multiplier sous-utilisé n'en vaut pas la peine. L'idéal serait de trouver un moyen de réduire le nombre de ports d'émissions, sans réduire le nombre d'unités de calcul.
[[File:Emission multiple des opérations entières, implémentation naive.png|vignette|Émission multiple des opérations entières, implémentation naive]]
La solution consiste à '''partager les ports d'émission''', à savoir connecter un port d'émission à plusieurs unités de calcul. L'exemple classique est justement lié aux circuits multiplieur et ''barrel shifters''. L'idée est que le multiplieur et le ''barrel shifter'' sont mis sur le même port d'émission qu'une ALU entière.
Prenons par exemple le processeur à double émission entière illustré ci-contre. Un port d'émission est relié à une ALU entière seule, et l'autre port d'émission alimente la seconde ALU entière et le multiplieur. La conséquence est que le processeur peut émettre deux opérations entières, dont une multiplication. Si on avait utilisé un port d'émission dédié au multiplieur, il aurait été possible d'émettre deux opérations entières et une multiplication. On perd donc une voie, mais on gagne en flexibilité et on économise des circuits. Notons que ce partage signifie aussi que le multiplieur partage les ports sur le banc de registre, ce qui fait une double économie.
[[File:Emission multiple des opérations entières, implémentation courante.png|centre|vignette|upright=1.5|Émission multiple des opérations entières, implémentation courante]]
En général, le ''barrel shifter'' et le multiplieur sont placés sur deux voies d'émission séparés, ce qui permet d'émettre un décalage et une multiplication en même temps. Les mettre sur le même port ne le permettrait pas.
{|class="wikitable"
|-
! Voie d'émission n°1 !! Voie d'émission n°2 !! Voie d'émission n°3
|-
|
* ALU entière
* Multiplieur
|
* ALU entière
* Barrel shifter
| FPU
|-
|
* Additions, soustractions, opérations bit à bit, etc.
* Multiplication
|
* Additions, soustractions, opérations bit à bit, etc.
* Décalages et rotations
| Opération flottante
|}
Mais le partage des ports d'émission peut appliquer à n'importe quelle unité. Prenons l'exemple d'un CPU superscalaire avec 4 ALU entières, une FPU, et une unité mémoire. Vu qu'il y a 6 unités, cela fait donc 6 ports d'émission. Cependant, il est rare qu'un bloc de 6 instructions contienne exactement 4 opérations entières, une opération flottante, et un accès mémoire. Beaucoup de ports d'émission seraient sous-utilisés.
La solution est de partager des ports d'émission, pour passer à la quadruple émission. Le CPU peut alors répartir 4 instructions sur les ports d'émission adéquats, à chaque cycle. Le CPU a donc 4 ports de décodage et 6 ports d'émission. Une implémentation classique permet n'importe quelle combinaison de 4 instructions compatible avec les 6 unités. Par exemple, il devient possible d'émettre simultanément 4 additions, la combinaison 2 * INT + FLOAT + MEM, 3 * INT + MEM, et bien d'autres.
L'exemple relie une ALU entière, la FPU et l'unité mémoire sur le même port. Le CPU a alors quatre ports d'émission, qui ne sont pas "identiques". Trois d'entre eux sont reliés à une ALU entière chacun, rien d'autre. Le quatrième est lui relié à une ALU entière, la FPU et l'unité mémoire. On économise alors deux ports d'émission, mais cela entraine l'apparition de contraintes d’appariement. Le CPU peut émettre 3 opérations entières + n'importe quelle autre opération. Mais les autres combinaisons sont interdites. Le CPU peut émettre 6 opérations entières simultanément, grâce à 6 ALU entières. Les accès mémoire ou opérations flottantes ne viennent pas en plus, mais en remplacement des opérations entières.
Regrouper plusieurs ALU sur un même port d'émission est donc à l'origine de dépendances structurelles, de nouvelles contraintes d’appariement. Dans certaines situations de '''''port contention''''', on a assez d'ALU pour exécuter N micro-opérations, mais la répartition des ALUs sur les ports l'empêche. Impossible d'émettre deux micro-opérations sur deux ALU si elles sont sur le même port d'émission. On peut réduire les cas de ''port contention'' en répartissant correctement les ALU sur les ports d'émission, mais sans jamais les supprimer complétement.
Un exemple est celui du PowerPC 604. Il implémentait la quadruple émission, alors qu'il avait 5 unités de calcul. Mais deux unités partageaient un même port d'émission. Dans le détail, il avait deux ALU entières, un circuit multiplieur/diviseur, une FPU, une unité mémoire. La FPU et le multiplieur étaient sur le même port d'émission. En conséquence, le CPU pouvait émettre seulement les combinaisons INT + INT + MEM + (MUL/FLOAT).
: Il est intéressant de voir l'exemple d'un processeur superscalaire parfait, sans contraintes d'appariement, à N voies. Pour cela, on part d'un processeur non-superscalaire, avec M unités de calcul. Un tel processeur peut s'implémenter avec N ports d'émission, chacun relié à M unités de calcul possibles, ce qui fait que les M unités de calcul sont dupliquées en N exemplaires. Si on prend par exemple un CPU non-superscalaire avec une ALU, une FPU, une unité mémoire et une unité de branchement, un port d'émission sera relié à une ALU, une FPU, une unité mémoire et une unité de branchement.
===La duplication des autres unités fonctionnelles===
Dupliquer les ALU entière est une première étape, mais il est aussi possible de dupliquer les autres unités fonctionnelles. Par exemple, il est possible de dupliquer l'unité mémoire ou l'unité de branchement. Reste à voir quelles unités dupliquer, et pourquoi. Précisons que dans ce qui va suivre, nous allons parler de la duplication des unités en général, pas seulement des unités mémoire/branchement. Nous allons continuer de parler de la duplication des ALU entières dans ce qui suit, mais de manière plus générale.
Pour un processeur à N voies, il est théoriquement possible de dupliquer toutes les unités en N exemplaires. Mais ce n'est jamais fait en pratique, car le cout en circuits serait trop important et le gain en performance trop faible. Mieux vaut dupliquer certaines unités bien précises, quitte à avoir des contraintes d'appariement. Et à ce petit jeu, toutes les duplications ne se valent pas, certaines sont plus rentables en matière de performance, le cout en circuit n'est pas le même selon l'unité, etc.
La rentabilité en performance dépend surtout des contraintes d'appariement. Les contraintes d'appariement entrainent une baisse de performance significatives si elles interdisent des paires d'instructions fréquentes. Aussi, les opérations très fréquentes, souvent appairées, gagnent à dupliquer l'unité associée. Et au contraire, les unités rarement utilisées ne doivent pas être dupliquées. Il se trouve que les unités les plus utilisées sont les ALU entières, suivies par les unités mémoire et l'unité de branchement.
Le cout en circuit n'est aussi pas le même. Dupliquer les ALU entière est trivial, car elles ont un budget en transistors assez faible. Les circuits multiplieurs, diviseurs, et les ''barrel shifter'' ont eux un cout en transistor plus élevés. Si on devait faire un classement, on aurait : ALU entière < ''barrel shifter'' < multiplieur. Pour les unités mémoire, le cout en transistor est là aussi conséquent.
Le résultat final est que dupliquer les ALU entières est privilégié sur le reste, comme l'a vu dans la section précédente. Les unités mémoire arrivent en seconde place, suivie par les multiplieurs/''barrel shifter'' à la troisième place, et les unités de branchement à la quatrième place. Les CPU superscalaires larges ont donc tendance à multiplier les unités mémoire en second. Les multiplieurs et ''barrel shifters'' sont eux aussi dupliqués sur les CPU superscalaires larges, mais cela vient souvent après avoir dupliqué les unités mémoire. La raison est que les accès mémoire sont critiques pour la performance des CPU à exécution dans le désordre, pas les multiplications.
Pour les unités de branchement, une subtilité complique le fait d'en installer plusieurs. Que faire quand deux branchements sont pris ? La solution la plus simple est de ne pas se trouver dans cette situation : on n'utilise qu'une seule unité de branchement et on n’exécute qu'un seul branchement par cycle. La majorité des processeurs superscalaires étroits font ainsi. Les processeurs superscalaires larges ont cependant deux unités de branchements, mais ils n'acceptent qu'un seul branchement pris à la fois. Si les deux branchements pris sont exécutés en même temps, le processeur n’exécute que le plus récent, dans l'ordre du programme.
===Les CPU superscalaires mélangent les trois techniques===
Les CPU superscalaires utilisent toutes les techniques à la fois : partitionnement, duplication de l'ALU entière, duplication des autre unités fonctionnelles. Chaque processeur utilise ces trois stratégies à sa sauce, en fonction de son budget en transistor. Les quatre techniques ont cependant un cout en circuit différent, et donnent des gains de performances eux aussi forts différents.
* Le '''partitionnement superscalaire''' a un cout en circuit modéré, car on n'a pas besoin de dupliquer d'ALU.
* La '''duplication des ALU entières''' est la technique la plus importante : elle a un cout en circuit modéré, et donne des gains en performance impressionnants.
* La '''duplication des autres unités''' a un cout en circuit variable, pour des gains en performance eux aussi variables.
* Le '''partage des ports d'émission''' réduit le cout en circuit du CPU, pour des pertes de performances mineures si bien fait.
L'usage du partitionnement seul, sans duplication, était surtout le fait des processeurs commercialisés entre les années 1989 et 1993. Le partage des ports d'émission a lui aussi mis un peu de temps pour s'imposer. Globalement, les processeurs superscalaires ont évolués progressivement, pour se rapprocher d'une sorte de standard. Mais pour comprendre ce qu'est ce standard, et en quoi les CPU historiques s'en sont progressivement rapprochés, il faut étudier l'histoire des CPU superscalaires.
L'histoire des CPU superscalaires a commencé dès 1960, mais est resté un projet de recherche pendant plusieurs décennies. De nombreux designs ont été conçus, mais abandonnés avant la production, comme l'ACS-1 d'IBM. Les années 1980 ont vu l'arrivée de prototypes de processeurs VLIW, mais qui n'étaient pas superscalaires. Par exemple, l'Apollo DN10000 et l'Intel i860 pouvaient émettre deux instructions à la fois, sous conditions, mais demandaient que le compilateur fasse une bonne partie du travail.
Les premiers CPU superscalaires commercialisés sont sortis en 1989. Deux CPUs superscalaires sont sortis cette année là : le RS/6000 d'IBM et l'i960CA d'Intel. Puis, la compétition s'est aussi lancée dans la bataille. Les CPU commercialisés avant l'année 1993 étaient à double émission, à l'exception du SuperSPARC qui utilisait la triple émission. Les modèles après 1993 hésitaient entre double et quadruple émission. Dans le tableau ci-dessous, les processeurs quadruple émission sont en bleu, les triple émission sont en rouge, les autres ne sont pas en couleur.
{|class="wikitable"
|-
! !! IBM !! HP PA-RISC !! SPARC !! Intel!! Alpha !! Autres
|-
! 1989
| RS/6000 || || || i960CA || ||
|-
! 1990
| || || || || ||
|-
! 1991
| || || || || || Motorola 88110
|-
! 1992
| RSC || PA 7100 || class="f_rouge | SuperSPARC || || 21064 ||
|-
! 1993
| PPC 601 || || HyperSPARC || Pentium || ||
|-
! 1994
| class="f_bleu | POWER 2 || PA 7200 || || || class="f_bleu | 21164 ||
|-
! 1995
| 603/604 || class="f_bleu | PA 8000 || class="f_bleu | UltraSPARC 1 || Microarchitecture P6 (+ concurrence AMD) || || class="f_bleu | MIPS R1000
|-
! 1996
| class="f_bleu | 620 || || || || class="f_bleu | 21264 ||
|-
! ...
|| ... || ... || ... || ... || ... || ...
|}
Les premiers CPU à double émission sont assez représentatifs des CPU à double émission modernes. Il faut dire que se limiter à deux voies ne permet pas de faire beaucoup de choses. Voici le tableau chronologique disant quel CPU utilisait quelle technique.
* Les CPU en vert utilisaient la double émission entière-flottante.
* Les CPU en rouge utilisaient la double émission entière "pure".
* Les CPU en jaune utilisaient un ''partitionnement complet'' entre ALU, FPU et unité mémoire.
* Les CPU sans couleur utilisaient un grand nombre d'unités, avec beaucoup de ports d'émission.
* Les CPU barrés utilisent la triple ou quadruple émission et seront vu dans la section suivante.
{|class="wikitable"
|-
! !! IBM !! HP PA-RISC !! SPARC !! Intel!! Alpha !! Autres
|-
! 1989
| class="f_vert | RS/6000 || || || class="f_rouge | i960CA || ||
|-
! 1990
| || || || || ||
|-
! 1991
| || || || || || Motorola 88110
|-
! 1992
| class="f_vert | RSC || class="f_vert | PA 7100 || <s>SuperSPARC</s> || || class="f_jaune | 21064 ||
|-
! 1993
| class="f_vert | PPC 601 || || class="f_jaune | HyperSPARC || class="f_rouge | Pentium || ||
|-
! 1994
| <s>POWER 2</s> || PA 7200 || || || <s>21164</s> ||
|}
C'est en 1994, que la quadruple émission est arrivée et que les CPU ont essayé divers implémentations. Il y avait alors trois stratégies pour la double/triple/quadruple émission, qui partageaient des problèmes similaires.
La première implémentation dupliquait les ALUs et les FPUs, ce qui permettait d'émettre deux opérations flottantes avec deux opérations entières. Le POWER 2 dupliquait ses FPUs à la perfection, alors que le 21264 séparait l'additionneur et le multiplieur flottant. Les accès mémoire étaient traités comme des opérations entières et le processeur pouvait souvent en émettre deux à la fois. Mais une telle organisation n'est plus utilisée de nos jours, car, sans instructions flottantes à exécuter, elle est équivalente à de la double émission.
La seconde implémentation utilisait deux ALU entières (dont un multiplieur), une unité mémoire et une FPU.Cette organisation est intéressante, mais encore trop stricte pour donner de bons résultats, les quadruplets avec exactement deux opérations entières, un accès mémoire et une opération flottante étant trop rares. L'usage de ces 4 unités en double ou triple émission a été utilisé sur le PA 7200 et le SuperSPARC. Malheureusement, en plus de problèmes au niveau de son cache, le SuperSPARC avait de nombreuses contraintes d’appariement, car le banc de registre n'avait pas assez de ports pour alimenter certaines combinaisons d'instructions. De plus, s'il émettait une multiplication, il ne pouvait pas émettre de seconde µop.
Enfin, une troisième implémentation utilisait un grand nombre d'unités fort différentes, bien plus que quatre, avec au minimum deux ALU entières. Prenons l'exemple de l'UltraSPARC, qui avait : deux ALU entières, une unité mémoire, une unité de branchement, un additionneur flottant, un multiplieur flottant, un diviseur flottant (aussi utilisé pour le calcul des racines carrées), et 2 unités graphiques pour les calculs sur des pixels. En tout, cela fait 9 unités différentes, pour de la quadruple émission.
Dans le même genre, les processeurs MIPS R8000 et R10000 avaient une implémentation plus moderne, dans le sens où toutes les unités étaient dupliquées. Le CPU avait deux ALU, deux FPU et deux unités mémoire. Il pouvait donc émettre quatre instructions à la fois, tant que le paquet collait avec ces six unités. Moitié opérations entières, moitié opérations mémoire, avec de quoi remplacer les opérations entières par des opérations flottantes. Le PA 8000, lui, dupliquait toutes ses unités en deux exemplaires, ce qui n'est pas l'idéal, aucun processeur moderne ne fait cela aujourd'hui.
Le tout est résumé dans le tableau ci-dessous, avec :
* en vert les CPU utilisant la première stratégie ;
* en rouge les CPU utilisant la seconde stratégie ;
* en jaune les CPU utilisant la troisième stratégie.
{|class="wikitable"
|+ Processeurs quadruple émission historiques
|-
! Année !! Processeur !! Unités
|-
! 1991
| class="f_jaune | Motorola 88110 || class="f_jaune | 2 ALU + MUL + DIV + BIT + MEM + FADD + 2 unités graphiques
|-
|-
! rowspan="2" | 1994
| class="f_vert | POWER 2 || class="f_vert | 2 ALU/MEM + 2 FPU (+ 2 Branchements via ''branch folding'')
|-
| class="f_rouge | 21164 || class="f_rouge | 2 ALU + FPU + MEM
|-
! rowspan="3" | 1995
| PA 8000 || 2 ALU + 2 ''barrel shifters'' + 2 MEM + 2 FPU (FMA) + 2 FPU (DIV et SQRT) + 2 SIMD
|-
| class="f_jaune | UltraSPARC 1 || class="f_jaune | 2 ALU + MEM + BRANCH + FADD + FMULFDIV + 2 unités graphiques
|-
| MIPS R8000 et R10000 || 2 ALU + 2 FPU + 2 MEM
|-
! rowspan="2" | 1996
| class="f_rouge | 620 || class="f_rouge | 2 ALU + FPU + MEM
|-
| class="f_vert | 21264 || class="f_vert | 2 ALU/MEM + 2 FPU (FADD + FMUL)
|}
Malheureusement, ces CPUs historiques n'avaient ni assez d'unités de calcul entières, ni d'unités mémoire, pour remplir la quadruple émission.
Environ la moitié des instructions d'un programme correspond à des instructions entières. Pour en profiter, un processeur à N voies doit disposer d'au minimum N/2 ALU entières, l'idéal étant d'aller au-delà. Les CPU superscalaires historiques avaient 2 ALU pour de la quadruple émission, ce qui était très limite. En comparaison, les CPU superscalaires modernes mettent le paquet niveau ALU entière. La plupart des CPU x86 modernes descendent rarement sous les 2/3, la plupart remplit presque la totalité de la largeur du CPU. Pour donner un exemple, la microarchitecture Golden Cove d'Intel est un processeur à 6 voies, avec 5 ALU entières.
Pour être précis, un programme informatique exécute environ 40% de son code dans des instructions arithmétiques, un autre 40% dans les accès mémoire, et un le reste pour... le reste. La conséquence est que les processeurs modernes dupliquent leurs unités mémoire. Par exemple, la microarchitecture ''Golden Cove'' d'Intel dispose de trois unités mémoire : deux spécialisées dans les écritures, trois dans les lectures. La microarchitecture ''Gracemont'' utilise la pentuple émission et peut émettre 4 µops entières et 4 µops mémoire. Notez que le ratio est équilibré entre opérations entières et mémoire, avec soit égalité, soit un avantage pour les ALU entières.
Une autre régularité est que la largeur totale du processeur peut être occupée par des opérations entières/mémoire. Pour le dire autrement, sur un processeur quadruple émission, il pourra émettre un mix de 4 instructions entière/mémoire, avec zéro opération flottante. Idem avec des processeurs triples ou pentuple émission, voire plus. Si le processeur émet une opération flottante, elle remplace une opération entière.
Prenons l'exemple des processeurs AMD K6, sortis en 1997, juste avant les AMD Athlon. Ils avaient 10 unités de calcul, 6 ports d'émission, 4 ports de décodage. Voici exactement comment étaient répartie les unités de calcul sur les ports d'émission. C'était des processeurs quadruple émission, ce qui fait que la moitié de la largeur du processeur sert pour des opérations entières, et l'autre moitié pour les accès mémoire.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !
|-
| ALU entière || ALU entière || FPU || Unité de branchement || Unité LOAD || Unité STORE
|-
| || Multiplieur || || || || Unité de calcul d'adresse (instruction LEA)
|-
| || ''Barrel shifter'' || || || || Unité pour les instructions PUSH
|}
Les microarchitectures K7, K8 et K10, utilisées sur les anciens CPU AMD Athlon, sont un exemple moins représentatif. Ces microarchitectures utilisent le partage des ports d'émission au maximum. C'était des microarchitectures à triple émission, avec six ports d’émission. Il y avait trois ports d'émission pour les opérations flottantes, et trois ports d'émission pour les micro-opérations entières/mémoire. Il y avait trois ALU entières et trois unités mémoire, chaque ALU partageait un port d'émission avec une unité mémoire. Elle pouvait donc émettre soit trois opérations entières, soit trois µops mémoire, soit un mix des deux. En plus des mix avec les opérations flottantes et branchements.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || FADD || FMUL || FPU (autres opérations)
|-
| Multiplieur || || || || ||
|-
| LOAD/STORE || LOAD/STORE || LOAD/STORE || || ||
|}
Les CPU superscalaires larges dupliquent les multiplieurs et/ou les ''barrel shifters'', et même les unités de branchement. La raison est que quand la largeur du CPU augmente, le processeur traite des paquets d'instructions de plus en plus gros. Par exemple, pour un CPU à 10 voies, cela veut dire émettre 10 instructions en même temps. Il est alors plus fréquent d'avoir deux multiplications, deux décalages, deux accès mémoire, deux branchements. Par exemple, la moyenne est d'une multiplication tous les 5 instructions. Les CPU superscalaires à 10 voies ont donc tendance à avoir deux multiplications par paquet d'instruction, en moyenne. Avoir deux multiplieurs est alors un gain en performance clair.
Par exemple, la microarchitecture ''Golden Cove'' a deux ''barrel shifters''. C'est une architecture à 6 voies.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
==Les µops mémoire sur les processeurs superscalaires==
Plus haut, nous avons volontairement passé sous silence les accès mémoire. La raison à cela est que leur support sur les CPU superscalaire peut se faire de plusieurs manières différentes, qu'il vaut mieux expliquer dans une section dédiée. Les différentes implémentations sont décrites dans la liste suivante, nous allons les voir une par une.
* Avec la première méthode, les accès mémoire sont exécutés par le pipeline pour les opérations entières.
* Avec la seconde méthode, les accès mémoire ont un pipeline dédié ; c'est l'''émission parallèle des accès mémoire''.
* Avec la troisième méthode, il est possible d'émettre plusieurs accès mémoire simultanément : c'est l'''émission multiple des accès mémoire''.
Voyons ces trois cas dans le détail. Nous verrons notamment les différentes formes d'émission multiple des accès mémoire.
===Les accès mémoire traités dans le pipeline entier===
Dans le cas le plus simple, les accès mémoire sont traités comme des opérations entières un peu spéciales. L'unité mémoire est sur le même port d'émission que l'ALU entière, ce qui fait que les accès mémoire remplacent des opérations entières. Faire ainsi permet d'utiliser une ALU entière pour les calculs d'adresse, pas besoin de rajouter une unité de calcul d'adresse séparée. Typiquement, un processeur de ce type place l'unité mémoire après l'unité de calcul. Les opérations entières n'utilisent que l'ALU entière, mais pas l'unité mémoire. Les accès mémoire exécutent un calcul d'adresse dans l'ALU entière, puis l'adresse calculée est envoyée à l'unité mémoire. Le tout est illustré ci-dessous, dans le cas d'un processeur historique à double émission entière-flottante.
[[File:Processeur non-superscalaire basique 01.png|centre|vignette|upright=1.5|Processeur non-superscalaire basique]]
Un exemple de CPU double émission de ce type est celui du Power PC 440, un CPU destiné à l'embarqué. Vu qu'il était destiné à l'embarqué, il n'avait pas de FPU, il n'avait pas besoin de manipuler de nombres flottants. Il n'a donc que des ALU entières, un multiplieur et une unité mémoire. Il dispose de deux ports d'émission. Le premier est connecté à une ALU entière et un circuit multiplieur, le second est relié à l'unité mémoire et une seconde ALU entière. Une organisation simple, mais très efficace !
[[File:PowerPC 440.png|centre|vignette|upright=2|Microarchitecture du PowerPC 440.]]
L'implémentation économise une unité de calcul d'adresse, mais n'a pas de cout en performance significatif. Les accès mémoire étant très lents, émettre une µop entière en parallèle d'un accès mémoire ne sert pas à grand-chose. On peut émettre cette µop entière un cycle plus tard, elle sera terminée avant même que l'accès mémoire soit terminé, même si l'accès mémoire se fait dans le cache L1 ou L2.
Pour comprendre pourquoi, faisons quelques calculs. Un accès mémoire prend deux-trois cycles quand il tombe dans le cache L1. Et on doit attendre qu'il soit terminé pour en émettre un nouveau. Combien d'instructions arithmétiques peut-on lancer pendant ce temps, sur un CPU triple émission ? Au premier cycle, on peut en émettre 2 (l'instruction mémoire prend une place, donc 3-1), puis 3 au second cycle. Ce qui fait 5 instructions arithmétiques au total. Or, il se trouve qu'il y a une instruction d'accès mémoire pour 5 instructions arithmétiques, environ.
Par contre, ce compromis change quand on passe à la quadruple émission, voire au-delà. Dans ce cas, il devient intéressant de pouvoir émettre une nouvelle instruction mémoire à chaque cycle. Ce qui nous amène à la section suivante...
===L'émission parallèle des accès mémoire===
A partir de la quadruple émission, la tendance a été de séparer l'unité mémoire des ALU entières. Cela permet d'émettre des µops mémoire en même temps que des µops entières et/ou flottantes., ce qui porte le nom d''''émission parallèle des µops mémoire''', ou encore ''émission mémoire parallèle''. Par exemple, un processeur quadruple émission peut émettre en même temps deux opérations entières, une opération flottante et un accès mémoire. L'accès mémoire vient en plus des opérations entières, il n'est pas possible de remplacer l'accès mémoire par une opération entière.
La technique ne permet pas de faire les calculs d'adresse dans l'ALU entière. Il faut donc utiliser une unité de calcul d'adresse séparée. Elle est intégrée dans l'unité mémoire, qui fait l'interface entre le cache et le banc de registres. Le cout en circuits est très faible, car les unités de calcul d'adresse n'utilisent guère plus qu'un additionneur et un circuit de décalage très simple.
L'émission mémoire parallèle est plus facile à implémenter sur les CPU RISC, qui ont des instructions mémoire séparées du reste. Les CPU CISC ne sont pas dans ce cas, ce qui fait que séparer l'unité mémoire du pipeline entier est compliqué. Les CPU superscalaires historiques étaient pour moité des CPU RISC et pour moitié des CPU CISC, ce qui fait qu'ils n'utilisaient pas ou peu l'émission mémoire parallèle.
Les premiers processeurs superscalaires se contenaient de l'émission parallèle mémoire, ils ne pouvaient émettre qu'un seul accès mémoire à la fois, l'unité mémoire n'était pas dupliquée. Et ce n'est pas tant un problème que ça, du moins sur les processeurs à double ou triple émission. En effet, il est rare que l'unité mémoire doive faire deux accès simultanés. Notons que le processeur peut exécuter une instruction mémoire en parallèle d'un calcul ou d'un branchement, seuls les accès mémoire simultanés sont impossibles.
===L'émission multiple des accès mémoire avec une LSQ===
Les processeurs superscalaires larges travaillent sur des paquets de 8 à 10 instructions, il est plus fréquent d'avoir plusieurs accès mémoire par paquet. Dans ces conditions, il est utile d'avoir une '''émission multiple des accès mémoire''', à savoir d'émettre plusieurs micro-opérations mémoire en même temps. Les processeurs superscalaires modernes sont capables d'émettre plusieurs lectures/écritures simultanément. Par exemple, ils peuvent émettre une lecture en même temps qu'une écriture, ou plusieurs lectures, ou plusieurs écritures.
Il faut noter que selon le processeur, il peut y avoir des restrictions quant aux accès mémoire émis en même temps. Par exemple, certains processeurs peuvent émettre une lecture avec une écriture en même temps, mais pas deux lectures ni deux écritures. Ou encore, ils peuvent émettre deux lectures, une lecture et une écriture, mais pas deux écritures en même temps. Dans la majorité des cas, les processeurs ne permettent pas d'émettre deux écritures en même temps, alors qu'ils supportent plusieurs lectures. Il faut dire que les lectures sont plus fréquentes que les écritures. Les processeurs qui autorisent toutes les combinaisons de lecture/écriture possibles, sont rares.
L'émission multiple des accès mémoire s'implémente dans l'unité mémoire. Pour rappel, l'unité mémoire s'interpose entre le cache L1 et le reste du pipeline. Dans le cas le plus simple, elle incorpore une ''load/store queue'' et des unités de calcul d'adresse. L'émission multiple des accès mémoire demande de rendre la ''Load-store queue'' multi-ports, afin de gérer plusieurs micro-opérations mémoire simultanées. Il faut aussi dupliquer les unités de calcul d'adresse reliées à la LSQ, chaque port d'émission mémoire devant avoir sa propre unité de calcul d'adresse.
: Dans ce qui suit, nous parlerons d'AGU (''Adress Generation Unit'') pour désigner les unités de calcul d'adresse, et de LSQ pour designer la ''Load-store queue''.
[[File:Processeur non-superscalaire basique 02.png|vignette|upright=1|Processeur non-superscalaire basique]]
Dupliquer les ports de la LSQ et les AGU est nécessaire. Mais qu'en est-il du cache ? La réponse varie suivant le processeur. Il y a deux grandes méthodes pour implémenter l'émission multiple des accès mémoire.
La première méthode ajoute des ports de lecture/écriture au cache de données, pour faire des lectures/écritures simultanées. Il faut alors dupliquer des unités de calcul, rajouter les ports sur le cache, mais aussi rajouter des ports sur la ''load/store queue'', pour qu'elle échange des données/commandes mémoire avec le cache. Le cout en circuits est alors conséquent
La seconde duplique les unités de calcul, mais pas les ports d'accès au cache. Les accès mémoire sont alors accumulés dans la ''load/store queue'', qui sont ensuite traités un par un par le cache. Un exemple est celui des processeurs AMD de micro-architecture K7 K8, à savoir les anciens AMD Athlon et AMD Athlon 64, qui pouvaient calculer trois adresses simultanément, mais ne pouvaient faire qu'un seul accès au cache par cycle. Le cout en circuit est modéré : les unités de calcul coutent très peu, les ports de la ''load/store queue'' coutent déjà un peu plus.
Quelques processeurs utilisaient des solutions intermédiaires. Un processeur utilisant cette technique est, par exemple, capable d'émettre quatre µops mémoire en même temps, mais avec seulement deux ports sur le cache. Un exemple classique étant les Pentium 1 et 2 d'Intel, dont nous parlerons dans le chapitre suivant.
===L'émission séparée des LOAD et STORE===
De rares processeurs ont des ports d'émission qui peuvent faire indifféremment lecture comme écritures. Mais les processeurs modernes préfèrent séparer ports d'émission pour les lectures et les écritures. Un exemple est celui des processeurs Intel de micro-architecture Nehalem, qui avaient un port de lecture et un port d'écriture tous deux reliés à la ''Load-store queue'', chacun avec leur propre unité de calcul d'adresse. Comme autre exemple, les processeurs skylake ont une LSQ avec deux ports de lecture et un port d'écriture, ce qui permet d'émettre deux lectures en même temps qu'une écriture. Dans cette section, nous allons étudier le cas avec des ports séparés pour les lectures et écritures.
En général, les processeurs ont un peu plus de ports de lectures que d'écritures. Une raison est qu'un programme a, en moyenne, un tout petit peu plus de lectures que d'écritures. Mais la différence n'est pas énorme, c'est un léger déséquilibre. Une seconde raison est que l'exécution dans le désordre marche bien mieux quand les lectures ont lieu le plus tôt possible. Donc mieux vaut privilégier les lectures à l'émission, pour qu'elles se fassent un peu en avance. En pratique, la différence n'est pas très marquée. Il est courant d'avoir un port de lecture et un d'écriture, les CPU superscalaires très larges ont souvent deux ports de lecture et deux d'écriture. A la rigueur, quelques CPU ont trois ports de lecture et deux d'écriture.
Le cas le plus simple est celui où on peut émettre une lecture et une écriture en même temps. Il s'implémente facilement si la LSQ est en réalité une simple ''Store queue'', à savoir qu'elle met en avance les écritures uniquement. Pour rappel, les écritures sont mises en attente dans la ''Store queue'', mais les lectures sont exécutées immédiatement. Une fois l'adresse à lire connue, la lecture consulte la ''Store queue'' pour détecter les dépendances de données, puis s'exécute. La donnée à lire est lue soit depuis la ''Store queue'', soit depuis le cache.
[[File:Emission LOAD - Store séparée.png|vignette|upright=1|Émission LOAD - Store séparée]]
L'implémentation de l'émission multiple est alors très simple. La ''Store queue'' a déjà deux ports, avec un pour les lectures et un autre pour les écritures. Idem pour le cache, qui a naturellement un port de lecture et un d'écriture. Émettre une lecture et une écriture simultanément ne demande donc pas de modification digne de ce nom. La ''Store queue'' doit juste supporter une lecture et une écriture simultanée.
Ajouter l'émission d'une seconde lecture n'est pas compliquée : il faut juste rajouter un second port de lecture sur le cache et la ''Store queue''.
Pour rappel, l'unité mémoire est précédée par une structure qui met en attente les micro-opérations mémoire avant leur émission finale. La structure en question varie suivant l'implémentation, mais un cas particulier se marie bien avec l'émission multiple des µops mémoire. Il s'agit du cas avec une file de µops séparée pour les lectures et une autre pour les écritures, appelées respectivement la ''file de µops LOAD'' et la ''file de µops STORE''. Il est alors possible d'émettre une lecture et une écriture lors du même cycle d'horloge. Le port de lecture alimente une unité de calcul d'adresse dédiée, directement reliée au cache. Le port d'écriture du cache alimente une unité de calcul, qui est suivie par une file d'écriture, elle-même reliée au cache. Les processeurs AMD de micro-architecture K6 utilisaient cette technique.
[[File:Double émission avec le Load Ordering, Store Ordering.jpg|centre|vignette|upright=2.5|Double émission avec le Load Ordering, Store Ordering]]
==Les CPU superscalaire à exécution dans le désordre==
La superscalarité modifie aussi les circuits dédiés à l'exécution dans le désordre. Elle modifie les unités de renommage de registre, le ROB et les autres structures liées à l'exécution dans le désordre, au sens large. Aucune structure n'est épargnée. Elles ont tous des prots de lecture/écriture en plus, afin d'encaisser l'émission, le ''commit'' ou le renommage simultané de plusieurs µops.
Par exemple, le ROB doit être modifié pour émettre et terminer plusieurs instructions en même temps, en ajoutant des ports de lecture/écriture. Pour un CPU superscalaire à 8 voies, on se dit que le ROB peut retirer 8 µops par cycle maximum. Mais certains processeurs récents ont un ROB qui peut retirer le double ! Un exemple est celui des CPU de micro-architecture Skymont, qui peuvent émettre 8 µops par cycle, mais en retirer 16. Quelques CPU de marque AMD étaient aussi dans ce cas. L'avantage est que cela permet de réduire la taille du ROB, du banc de registre et de quelques autres structures matérielles liées à l'exécution dans le désordre. Le gain sur-compense le cout en transistor nécessaire pour retirer 16 µops par cycle.
Dans cette section, nous allons voir comment les étages du pipeline dédiés à l'exécution dans le désordre sont modifiées sur un CPU superscalaire.
===La superscalarité avec une file/fenêtre d'instruction centralisée===
Plus haut, nous avons montré qu'un processeur pouvait avoir plus de ports d'émission que de ports de décodage. On dit aussi que sa ''largeur de décodage'' était supérieure à sa ''largeur d'émission''. La '''largeur de décodage''' est le nombre de µops fournies par l'unité de décodage par cycle d'horloge, la '''largeur d'émission''' est le nombre maximal de µops émises par cycle d'horloge. Et n'allez pas croire qu'un surplus de ports d'émission est du gâchis. Sur les processeurs avec exécution dans le désordre, ce surplus peut être utilisé.
Mais avant toute chose, évacuons un détail. Vous avez sans doute pensé que le surplus peut être exploité par les instructions machines décodées en plusieurs µops . Par exemple, si une instruction est décodée en deux µops, on pourrait avoir un port d'émission en plus pour en profiter. Mais les ports de décodage sont *en sortie du décodeur*, et contiennent des µops, pas des instructions.
Le surplus de ports d'émission peut occasionnellement utiliser le surplus de ports de décodage, mais cela implique que des µops ont été mises en attente dans l'unité d'émission, pour être émises par la suite. Et cela implique l'usage d'une fenêtre d'instruction ou d'une file de µops. Le principe est que les µops sont accumulées dans la fenêtre d'instruction, en attendant leurs opérandes ou la résolution d'une dépendance. Et si l'occasion se présente, une µops est émise sur chaque port d'émission.
Il y a donc un gain en performances, mais il faut faire quelques précisions sur son origine. La largeur d'émission utilisée ne peut pas dépasser, *en moyenne*, la largeur de décodage. Et c'est intuitif : un CPU qui décode 4 µops par cycle ne peut pas émettre 6 par cycle en moyenne, sur le temps long, il n'y a pas de µops en surplus qui sortent du vide. Par exemple, sur un processeur quadruple émission, si on analyse combien d'instructions sont émises par cycle, il peut y avoir des cycles où la largeur d'émission est totalement utilisée, mais ce sera compensé par des périodes où elle est fortement sous-utilisée. Les µops sont accumulées en cas de sous-utilisation, puis consommées en cas d'utilisation complète. Les deux périodes se compensent. Et c'est là que l'on peut comprendre d'où vient le gain en performance.
Les cycles où les ports d'émission sont sous-utilisés existent systématiquement, que le processeur utilise l'exécution dans le désordre ou pas. Ils sont liés à la présence de dépendances de données, aux contraintes d’appariement, etc. Elles tendent à réduire la moyenne du nombre de µops émises par cycle. Par contre, ce sont les cycles de rattrapage, où les ports en surplus sont utilisés, qui font remonter la moyenne. Le gain en performance est donc lié à ces cycles de rattrapage, où les µops accumulées sont émises dans les ports en surplus. Et ils n'existent que sur les processeurs avec une file/fenêtre d'instruction.
Réduire le nombre de ports d'émission permet de garder des fenêtres d'instruction et un ROB simples, rapides et économes en énergie. Et mine de rien, c'est là un compromis important : à quoi bon augmenter le nombre de ports d'émission si c'est pour que ce soit compensé par une fréquence plus faible ? Par contre, réduire le nombre de ports augmente la ''port contention'', surtout si on a mal réparti les ALU. Il faut donc trouver un compromis entre réduire le nombre de ports d'émission d'un côté, réduire la ''port contention'' de l'autre.
La différence entre largeur de décodage et d'émission a un impact assez fort sur le banc de registre, et précisément sur son nombre de ports de lecture. Le banc de registre a besoin de plus de ports de lecture avec une fenêtre d’instruction qu'avec des stations de réservation. Rappelons la terminologie utilisée dans ce cours. Les fenêtres d'instruction se contentent de mémoriser la micro-opération et quelques bits pour détecter la disponibilité des opérandes. Par contre, les stations de réservations mémorisent aussi les opérandes des instructions. Et cette différence a une influence le nombre de ports de lecture du banc de registre.
Supposons que toutes les instructions sont dyadiques, à deux opérandes. Comptons le nombre de ports nécessaires pour alimenter les unités de calcul, sans utiliser d'arbitre de banc de registre. Avec une fenêtre d'instruction, il faut le double du nombre de ports d'émission. Mais avec des stations de réservation, il faut le double des ports de décodage. La raison est que les registres sont lus après émission avec une fenêtre d'instruction, avant avec des stations de réservation (sous-entendu, après le décodage). Or, comme dit plus haut, les processeurs superscalaires larges ont souvent plus de ports d'émission que de décodage.
===La superscalarité à fenêtres d'instruction décentralisées===
Les processeurs précédents utilisaient une unité d'émission simple, qui pouvait utiliser l'émission dans l'ordre ou dans le désordre. Elle peut être remplacée par une fenêtre d'instruction centralisée dans que cela quoi que ce soit aux explications précédentes, idem avec une station de réservation centralisée. En soi, l'exécution dans le désordre est donc totalement compatible avec une implémentation simple de la superscalarité. Par contre, des subtilités surviennent avec les fenêtres d'instruction décentralisées.
Pour rappel, sur ces processeurs, les µops sont émises en deux phases. Une première phase de ''dispatch'' qui envoie les µops vers la fenêtre d'instruction adéquate, sans détecter les dépendances de données. La seconde phase de ''schedule'' gère les dépendances de données, elle met en attente les µops en attendant que l'unité soit disponible pour les exécuter, en attendant aussi que les opérandes soient disponibles. Et à ce petit jeu, il y a une différence entre le nombre de µops qui sont ''dispatch par cycle'' et celles qui sont ''schedule''. Dit autrement, la largeur d'émission est scindée en une '''largeur de ''dispatch''''' et une '''largeur de ''schedule''.
Par exemple, prenons un processeur triple émission avec deux stations de réservation : une pour les µops entières/mémoire, et une autre pour les µops flottantes. L'unité d'émission peut ''dispatch'' maximum trois µops par cycle : soit trois µops entières/mémoire, soit trois flottantes, soit un mix de trois µops différentes. Les stations de réservation, quant à elles, peuvent chacune ''schedule'' 3 µops par cycle, vers trois ALUs entières pour la station de réservation entière/mémoire, vers trois FPS pour la station de réservation flottante. De quoi ''dispatch'' trois µops, mais d'en ''schedule'' six, à chaque cycle.
Et cet exemple ne sort pas de nulle part : les CPU x86 d'Intel et AMD sont globalement dans ce cas, même si les chiffres varient d'une microarchitecture à l'autre. L'exemple précédent colle parfaitement à la microarchitecture K7 d'AMD, utilisée sur les processeurs Athlon dans les années 2000.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=2.5|AMD K7, microarchitecture.]]
L'exemple précédent avait assez d'unités entières/flottantes pour couvrir toute la largeur de décodage/''Dispatch''. Mais ce n'est pas toujours le cas, comme va le montrer l'exemple suivant.
Le MIPS R10000, qui utilisait un mélange de files de µops et de fenêtres d'instructions : une file de µops les accès mémoire, une fenêtre pour les instructions entières et une autre pour les opérations flottantes. Les branchements et NOPs étaient exécutés dans une unité de branchement distincte. Les trois files/fenêtres peuvent mémoriser 16 µops. Le processeur avait deux ALU entières, une AGU de calcul d'adresse, un additionneur flottant et un multiplieur/diviseur flottant. Il y avait un multiplieur entier sur le port d'émission l'ALU 2.
Le processeur décodait 4 instructions par cycle et produisait jusqu'à 4µops, qui étaient redistribuées sur les trois fenêtres d'instructions. Chacune pouvait accepter 4 µops par cycle, ce qui fait que processeur pouvait ''dispatch'' 4 µops entières, ou 4 µops flottantes, ou 4 µops mémoire, ou un mélange de deux ou trois types de µops. Pour ce qui est du ''schedule'', la fenêtre d'instruction entière pouvait émettre 2 µops, la fenêtre flottante pouvait émettre une addition en même temps qu'une multiplication/divison flottante et qu'un branchement conditionnel flottant, et la file de µops mémoire ne pouvait émettre qu'une µop mémoire à la fois. En tout, cela fait 6 µops ''schedule'' pour 4 µops au ''dispatch''.
[[File:R 10000.png|centre|vignette|upright=2.5|MIPS R10000, microarchitecture.]]
===La superscalarité à fenêtres d'instruction totalement décentralisées===
Prenons un cas extrême de fenêtre d'instruction décentralisée : celui où chaque ALU entière a sa propre station de réservation. En clair : une fenêtre d'instruction par ALU/FPU ! On parle de '''fenêtres d'instruction totalement décentralisées'''. Vous vous dites que ce cas est un peu trop extrême pour être réaliste, mais il n'en est rien. C'est même très courant sur les architectures basse consommation, et sur pas mal de CPU x86 modernes.
Une telle organisation entraine une légère perte de performance, comparé à une fenêtre d'instruction centralisée ou partiellement décentralisée. Et cela peut se comprendre par un exemple. Imaginez un processeur avec deux ALU, donc deux stations de réservation. Il arrivera qu'une station de réservation ait plusieurs µops prêtes, alors que l'autre en ait zéro. Dans une telle situation, une seule µop sera émise au cycle suivant, vu que chaque station de réservation a un seul port d'émission vers une seule ALU entière. Par contre, avec une fenêtre d'instruction centralisée double port, on aurait pu émettre les deux µops en même temps sur deux ALUs séparées.
La perte de performance est donc liée au fait que les µops '''''prêtes''''' sont mal réparties dans les différentes stations de réservation. Il arrivera que des µops prêtes s'accumulent dans une station de réservation, alors que d'autres seront pleines, ou du moins sous-utilisées. Et ce n'est pas quelque chose qui peut être réglé à l'étape de ''dispatch'', car on ne sait pas encore quand les µops auront leurs opérandes de disponibles.
[[File:Comparaison entre une station de réservation totalement décentralisée et une autre qui ne l'est pas.png|centre|vignette|upright=2.5|Comparaison entre une station de réservation totalement décentralisée et une autre qui ne l'est pas.]]
Par contre, décentraliser totalement les fenêtres d'instruction entraine aussi un gain considérable en termes de consommation énergétique. Et c'est la raison pour laquelle les fenêtres d'instructions totalement décentralisées sont utilisées sur les architectures basse consommation. La perte de performance ne peut pas s'expliquer clairement à ce stade du cours, car il nous faudrait parler d'émission superscalaire. Le gain en matière d'énergie vient de l'économie de circuits, qui est assez drastique. Le gain en matière d'énergie vient de l'économie de circuits, qui est assez drastique.
Je rappelle qu'une station de réservation a besoin, pour N instructions, d'environ N^2 circuits (des comparateurs, notamment). Prenons une station de réservation centralisée de 64 entrées et comparons avec 8 stations de 8 entrées chacune. Les deux donneront 64 entrées, mais la première aura un cout en circuit proportionnel à 64², alors que le second aura un cout en circuit de 8 *(8²). Entre les deux, le choix est clair : la seconde solution est plus économe. D'où l'utilisation de cette solution sur les microarchitectures basse consommation.
===L'unité de renommage superscalaire===
Avec la superscalarité, l'unité de renommage de registre doit gérer le cas où des instructions consécutives ont des dépendances de registre. Par exemple, prenons un processeur à double émission, qui renomme deux instructions consécutives. Si elles ont une dépendance de registre, le renommage de la seconde instruction dépend du renommage de la première. La première doit être renommée et le résultat du renommage est utilisé pour renommer la seconde, ce qui empêche d'utiliser deux unités de renommage séparées.
Pour cela, elle renomme les registres sans tenir compte des dépendances, pour ensuite corriger le résultat.
[[File:Unité de renommage superscalaire.png|centre|vignette|upright=2|Unité de renommage superscalaire.]]
Seules les dépendances lecture-après-écriture doivent être détectées, les autres étant supprimées par le renommage de registres. Repérer ce genre de dépendances se fait assez simplement : il suffit de regarder si un registre de destination d'une instruction est un opérande d'une instruction suivante.
[[File:Détection des dépendances sur un processeur superscalaire.png|centre|vignette|upright=2|Détection des dépendances sur un processeur superscalaire.]]
Ensuite, il faut corriger le résultat du renommage en fonction des dépendances. Si une instruction n'a pas de dépendance avec une autre, on la laisse telle quelle. Dans le cas contraire, un registre opérande sera identique avec le registre de destination d'une instruction précédente. Dans ce cas, le registre opérande n'est pas le bon après renommage : on doit le remplacer par le registre de destination de l'instruction avec laquelle il y a dépendance. Cela se fait simplement en utilisant un multiplexeur dont les entrées sont reliées à l'unité de détection des dépendances. On doit faire ce replacement pour chaque registre opérande.
[[File:Correction des dépendances sur un processeur superscalaire.png|centre|vignette|upright=2|Correction des dépendances sur un processeur superscalaire.]]
==Les optimisations des processeurs superscalaires larges==
Les processeurs superscalaires larges ont des optimisations spécifiques, qui n'ont pas de sens sur les processeurs superscalaires étroits. Dans les grandes lignes, elles se classent en deux types. Les premières permettent de charger/décoder plus de 5-10 instructions simultanément. Le problème est alors que les branchements viennent mettre leur grain de sel et qu'il faut en tenir compte. Les secondes corrigent des problèmes qui apparaissent quand un CPU intègre plus de 5 à 10 unités de calcul.
===L'étape de chargement d'un CPU superscalaire large===
Charger plusieurs instructions pose de nombreux problèmes sur les processeurs superscalaires larges, qui émettent de 5 à 10 instructions simultanées. Pour rappel, la stratégie basique pour charger N instructions est de charger un bloc de N instructions consécutives. Les instructions après un branchement ne sont pas décodées ni exécutées, ce qui entraine une petite baisse de performance. Pour un N petit, la perte de performance est mineure. Mais pour un N large, elle devient suffisamment importante pour que la conception du CPU doit alors être repensée de fond en comble.
Les analyses statistiques disent qu'il y a environ un branchement tous les 4 à 6 instructions. Un CPU a donc tendance à décoder des paquets de 3 à 5 instructions consécutives, avant qu'un branchement casse la dynamique. Or, cela pose des problèmes pour utiliser plusieurs décodeurs. L'implémentation basique, qui charge N instructions consécutives pour alimenter N décodeurs, fonctionne donc jusqu'à 4/6 décodeurs. Au-delà de 5 instructions, un CPU superscalaire doit être adapté pour gérer les branchements dans les paquets d'instruction qu'il émet. Le nombre de 5 instructions ne sort donc pas de nulle part.
La première solution utilise un cache de µops, avec un ''front-end'' capable de charger/décoder 4/5 instructions à la fois, pas plus. L'idée est que la majorité des instructions proviennent du cache de µops (plus de 80%), ce qui fait qu'on peut émettre environ 10 instructions à partir du cache de µops, pas besoin d'avoir beaucoup de décodeurs. Les performances sont cependant dégradées lors d'un défaut de cache de µops. Les instructions doivent alors être chargées depuis le cache d'instruction, par paquets de 4-5, puis sont décodées par 4-5 décodeurs, ce qui ne permet pas d’alimenter les unités de calcul à plein régime.
La solution précédente joue sur la distinction entre pots de décodage et d'émission. Elle permet d'émettre un grand nombre de µops sans pour autant charger un grand nombre d'instructions en même temps. En quelque sorte, ce n'est qu'une méthode de contournement, le CPU superscalaire reste de type étroit. Mais il est aussi possible d'utiliser un '''''front-end large''''', capable de charger une bonne dizaine d'instructions en même temps. La seule difficulté est de tenir compte de la présence de branchements.
Pour rappel, avec un ''front-end'' étroit, les instructions situées après le premier branchement pris sont annulées, elles ne sont pas décodées ni exécutées.
[[File:Fetch sur un processeur superscalaire avec prediction de branchements.png|centre|vignette|upright=2|Fetch sur un processeur superscalaire avec prédiction de branchements.]]
Un ''front-end'' large charge les instructions de destination du branchement et les placent à sa suite. Ils chargent deux blocs à la fois et les fusionnent en un seul qui ne contient que les instructions présumées utiles.
[[File:Cache d'instructions autoaligné.png|centre|vignette|upright=2|Cache d'instructions auto-aligné.]]
Mais cela demande de charger deux blocs de mémoire en une fois, ce qui demande un cache d'instruction multiports. Il faut aussi ajouter un circuit pour assembler plusieurs morceaux de blocs en un seul : le fusionneur (''merger''). En pratique, cette solution demande d'ajouter un second port de lecture au cache, pour un cout en hardware important, avec un impact négatif sur le temps d'accès au cache. Et il faut rajouter le fusionneur, qui prend un étage de pipeline à lui tout seul. Et encore, cette solution ne gère pas le cas où un bloc contient plusieurs branchements !
[[File:Implémentation d'un cache d'instructions autoaligné.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache d'instructions auto-aligné.]]
Les exemples précédents partent du principe qu'il n'y a qu'un seul branchement dans un bloc. Mais quand les blocs deviennent assez longs, il est fréquent d'avoir plusieurs branchements dans un bloc. Et il est même possible d'avoir plusieurs branchements pris. Dans un bloc de 8-10 instructions, ce n'est pas rare, et les CPU superscalaires à 8-10 voies sont la règle dans les CPU des années 2020. Pour gérer ce cas, il faut ajouter des ports supplémentaires au cache d'instruction et adapter le fusionneur, pour qu'il puisse fusionner trois ou quatre blocs. De plus, il faut utiliser une unité de prédiction de branchement capable de ''prédire plusieurs branchements par cycle''.
===Le décodage superscalaire large===
Le décodage des instructions n'est pas censé dépendre de l'implémentation du chargement. En théorie, une fois plusieurs blocs d'instruction fusionnés, on peut décoder les instructions en parallèle. Cependant, certains processeurs effectuent le décodage en tenant compte de la manière dont les branchements découpent les blocs. Les processeurs Atom d'Intel utilisent une solution de ce type, qui couple prédiction de branchement et décodage parallèle.
Ils chargent/décodent des paquets de 3 instructions consécutives, chaque paquet étant séparé du précédent par un branchement. Pour cela, en plus d'avoir un fusionneur adapté, ils regroupent les décodeurs en ''clusters'', chacun regroupant 3 décodeurs, et pouvant décoder trois instructions consécutives. Les micro-architectures Tremont et Crestmont avaient deux ''clusters'' (6 décodeurs au total), la micro-architecture Skymont en intègre trois (9 décodeurs au total).
Avec deux ''clusters'', le fonctionnement est le suivant. Si le code est composé d'une suite d'instruction sans branchements, seul le premier ''cluster'' est utilisé, limitant le décodage à trois instructions par cycle. Par contre, si l'une des trois instructions décodée est un branchement, alors le second ''cluster'' décode les trois instructions situées après ce branchement, à partir de l'adresse de destination. Avec un troisième ''cluster'', c'est la même chose, sauf qu'il faut qu'il y ait un branchement dans les trois instructions décodées par le second ''cluster''.
Mais comment faire pour savoir quels décodeurs activés, quels ''clusters'' sont actifs ? C'est la prédiction de branchement qui commande. Avec deux ''clusters'', elle détermine si un branchement est présent dans les trois instructions à charger, et quelle est son adresse de destination. Sans branchement, elle prévient les décodeurs et les trois instructions chargées sont décodées dans un ''cluster'' libre. Si elle prédit un branchement, elle charge les instructions adéquates, et active les deux ''clusters''. Avec trois branchements, c'est le même mécanisme, sauf que l'unité de prédiction de branchement doit être capable de prédire deux branchements par cycle.
Il faut noter que les décodeurs d'un ''cluster'' sont des décodeurs simples, sans microcode. Sur les processeurs Tremont et Crestmont, le microcode était unique et était partagé entre tous les ''clusters''. Un seul ''cluster'' pouvait décoder une instruction complexe avec le microcode, l'autre devait se limiter à des instructions simples uniquement. Depuis Skymont, le microcode est partiellement dupliqué, avec un microcode par ''cluster''.
Le cout en hardware peut paraitre prohibitif, pour un gain en performance faible. Sauf que c'est oublier que ce sont des processeurs Atom, sur lesquels beaucoup d'instructions sont microcodées. Les processeurs Atom ont un budget en transistor limité, ce qui fait qu'il est préférable pour eux d'implémenter des instructions en microcode que d'utiliser des unités de calcul dédiées ou des circuits de décodage complexes. Pour limiter la casse, le microcode n'est que partiellement dupliqué. Seul le microcode pour les instructions fréquente est dupliqué. Il y a un microcode secondaire pour certaines instructions, qui est lui unique et partagé par tous les ''clusters''.
===Le contournement sur les processeurs superscalaires larges===
Pour rappel, la technique du contournement (''register bypass'') permet au résultat d'une instruction d'être immédiatement utilisable en sortie de l'ALU, avant même d'être enregistré dans les registres. Implémenter la technique du contournement demande d'utiliser des multiplexeurs pour relier la sortie de l'unité de calcul sur son entrée si besoin. Il faut aussi des comparateurs pour détecter des dépendances de données.
[[File:Pipeline Bypass.png|centre|vignette|upright=1|Pipeline Bypass]]
La sortie de chaque ALU doit être reliée aux entrées de toutes les autres, avec les comparateurs qui vont avec. Sur les processeurs ayant plusieurs d'unités de calculs, cela demande beaucoup d’interconnexions et de comparateurs. Pour N unités de calcul, cela demande 2 * N² interconnexions, implémentées avec 2N multiplexeurs de N entrées chacun. Si c'est faisable pour 2 ou 3 ALUs, la solution est impraticable au-delà. Non seulement ce serait un enfer à câbler, mais les fils seraient tellement longs que la fréquence du processeur en prendrait un coup.
Notez que cela vaut pour les processeurs superscalaires, mais aussi pour tout processeur avec beaucoup d'unités de calcul. En théorie, un CPU à exécution dans le désordre, non-superscalaire, mais avec beaucoup d'unités de calcul, fait face au même problème. En pratique, avoir une dizaine d'ALU implique processeur superscalaire à exécution dans le désordre. D'où le fait qu'on parle du problème maintenant.
La seule solution praticable est de ne pas relier toutes les unités de calcul ensemble. À la place, on préfère regrouper les unités de calcul dans différents '''agglomérats''' ('''cluster'''). Le contournement est alors possible entre les unités d'un même agglomérat, mais pas entre agglomérats différents. Évidemment, certaines possibilités de contournement sont perdues, mais c'est compensé par un gain en fréquence et un cout en circuit/fils réduit. C'est un bon compromis, ce qui explique que presque tous les processeurs modernes l'utilisent. Les rares exceptions sont les processeurs POWER 4 et POWER 5, qui ont préféré se passer de contournement pour garder un processeur très simple et une fréquence élevée.
===Le banc de registre des processeurs superscalaires larges===
Pour émettre deux opérations entières simultanément, il faut lire deux fois plus d'opérandes. Et il faut aussi écrire deux résultats dans les registres, en même temps. Pour cela, on double les ports du banc de registre. En général, il faut au maximum 2 ports de lecture et un port d'écriture par unité de calcul. Le problème, c'est que plus un banc de registres a de ports, plus il utilise de circuits, est compliqué à concevoir, consomme de courant et chauffe. Avec plusieurs dizaines d'unités de calcul différentes, ajouter autant de ports impacterait la fréquence du banc de registres et réduirait les performances, voire est totalement impraticable à cause des contraintes thermiques. Les processeurs superscalaires larges doivent donc trouver des solutions.
La première solution utilise un banc de registre unique, mais n'utilise pas autant de ports que le pire des cas le demanderait. Le processeur détecte quand il n'y a pas assez de ports pour servir toutes les micro-opérations. Quand ça arrive, l'unité d'émission émet assez de micro-opérations pour exploiter les ports disponibles, mais met en attente les micro-opérations en trop, le temps que les ports se libèrent. Pour cela, le banc de registre est géré par un circuit d'arbitrage spécialisé, intégré à l'unité d'émission, l’'''arbitre du banc de registres''' (''register file arbiter'').
Une autre solution est de dupliquer le banc de registres en plusieurs exemplaires qui contiennent exactement les mêmes données, mais avec moins de ports de lecture/écriture. Un exemple est celui des processeurs POWER, Alpha 21264 et Alpha 21464. Sur ces processeurs, le banc de registre est dupliqué en plusieurs exemplaires, qui contiennent exactement les mêmes données. Les écritures dans les registres sont envoyées à tous les bancs de registres, afin de garantir que leur contenu est identique. Chaque exemplaire a exactement deux ports de lecture. La conception du processeur est simplifiée, que ce soit au niveau du câblage, que de la conception des bancs de registres.
Une dernière solution découpe le banc de registres en plusieurs bancs de registres plus petits, avec un réseau d'interconnexions pour échanger des données entre bancs de registres. Dans la plupart des cas, cette séparation est invisible du point de vue de l'assembleur et du langage machine. Le processeur se charge de transférer les données entre bancs de registres suivant les besoins. Sur d'autres processeurs, les transferts de données se font via une instruction spéciale, souvent appelée ''COPY''.
[[File:Banc de registres distribué.png|centre|vignette|upright=2|Banc de registres distribué.]]
Sur de certains processeurs, un branchement est exécuté par une unité de calcul spécialisée. Or les registres à lire pour déterminer l'adresse de destination du branchement ne sont pas forcément dans le même agglomérat que cette unité de calcul. Pour éviter cela, certains processeurs disposent d'une unité de calcul des branchements dans chaque agglomérat. Dans les cas où plusieurs unités veulent modifier le ''program counter'' en même temps, un système de contrôle général décide quelle unité a la priorité sur les autres. Mais d'autres processeurs fonctionnent autrement : seul un agglomérat possède une unité de branchement, qui peut recevoir des résultats de tests de toutes les autres unités de calcul, quel que soit l’agglomérat.
==La macro-fusion : une optimisation du décodage parallèle==
Les processeurs superscalaires supportent la technique dite de '''macro-fusion''', qui permet de fusionner deux-trois instructions consécutives en une seule micro-opération. Par exemple, il est possible fusionner une instruction de test et une instruction de saut en une seule micro-opération de branchement. Il s'agit là de l'utilisation la plus importante de la macro-fusion sur les processeurs x86 modernes.
La macro-fusion est utilisée pour fusionner un test et un saut en un branchement unique. L'optimisation est présente sur la plupart des CPU superscalaires modernes. Les CPU x86 l'implémentent, mais aussi quelques CPU ARM et les processeurs Apple de série M (M1 à M5, et potentiellement plus quand ils seront sortis). La fusion des instructions se fait lors du décodage des instructions, grâce à la coopération des décodeurs. Elle marche systématiquement si l'instruction de test et le saut sont consécutives, qu'elles forment bien une paire d'instruction. Par contre, insérer une instruction entre les deux empêche la macro-fusion de faire son travail, sauf si l'instruction insérée est un NOP.
Les processeurs ARM64 avaient une forme spécifique de macro-fusion, utilisée pour un cas très précis : charger une constante immédiate de 32 ou 64 bits, dans un registre 64 bits. Les CPU ARM 64 bits utilisent des instructions codées sur 32 bits, qui ne peuvent encoder que des constantes immédiates de 16 bits. Pour charger une constante de 32/64 bits, il faut s'y prendre en plusieurs fois. Une première instruction MOVZ charge les 16 premiers bits, puis 2 à 4 instructions MOVK remplissent le reste. MOVZ met à zéro les 48 bits de poids fort, MOVK permet de sélectionner le doublet à modifier dans le registre (on modifie 16 bits, dont on choisit la place, le reste du registre est laissé tel quel). ARM permet de fusionner cette suite d'instructions en une seule µop MOV avec une constante immédiate. On parle alors de '''''MOVZ + MOVK fusion'''''.
Une dernière utilisation, [https://www2.eecs.berkeley.edu/Pubs/TechRpts/2016/EECS-2016-130.pdf proposées pour le jeu d'instruction RISC-V], fusionnait un calcul d'adresse et une instruction LOAD/STORE en une seule instruction d'accès mémoire. Elle a été envisagée à une époque où le jeu d'instruction RISC-V ne gérait pas les modes d'adressage base + indice. L'idée était d'avoir une unité mémoire qui gérait le mode d'adressage base + indice et de fusionner des instructions pour l'exploiter. Mais de nos jours, le jeu d'instruction RISC-V intègre le mode d'adressage base + indice, ce qui fait que la macro-fusion n'a aucun intérêt pour ce cas précis.
La macro-fusion a de nombreuses limitations en pratique. En théorie, on pourrait l'utiliser au-delà des deux situations mentionnées plus haut. Par exemple, pour fusionner une addition et une multiplication en une seule instruction MAD. Mais l'intérêt est assez faible. Notons que la macro-fusion ne permet que de fusionner des paires d'instructions. Aller au-delà demanderait un cout en circuit trop important. Déjà que tester deux paires utilise pas mal de comparateurs...
==Le ''stack engine'' : une optimisation de la pile d'appel==
Les processeurs modernes intègrent une optimisation liée au pointeur de pile. Pour rappel, sur les architectures modernes, le pointeur de pile est un registre utilisé pour gérer la pile d'appel, précisément pour savoir où se trouve le sommet de la pile. Il est manipulé par les instructions CALL, RET, PUSH et POP, mais aussi par les instructions d'addition/soustraction pour gérer des cadres de pile de taille variable. De plus, il peut servir d'opérande pour des instructions LOAD/STORE, afin de lire/écrire des variables locales, les arguments d'une fonction, et autres. C'est donc un registre général adressable, intégré au banc de registre, altéré par l'unité de calcul entière.
L'incrémentation/décrémentation du pointeur de pile passe donc par l'unité de calcul, lors des instructions CALL, RET, PUSH et POP. Mais, l'optimisation que nous allons voir permet d'incrémenter/décrémenter le pointeur de pile sans passer par l'ALU, ou presque. L'idée est de s'inspirer des architectures avec une pile d'adresse de retour, qui intègrent le pointeur de pile dans le séquenceur et l'incrémentent avec un incrémenteur dédié.
===Le ''stack engine''===
L'optimisation que nous allons voir utilise un '''''stack engine''''' intégré à l'unité de contrôle, au séquenceur. Le processeur contient toujours un pointeur de pile dans le banc de registre, cela ne change pas. Par contre, il n'est pas incrémenté/décrémenté à chaque instruction CALL, RET, PUSH, POP. Un compteur intégré au séquenceur est incrémenté à la place, nous l’appellerons le '''compteur delta'''. La vraie valeur du pointeur de pile s'obtient en additionnant le compteur delta avec le registre dans le banc de registre. Précisons que si le compteur delta vaut zéro, la vraie valeur est dans le banc de registre et peut s'utiliser telle quelle.
Lorsqu'une instruction ADD/SUB/LOAD/STORE utilise le pointeur de pile comme opérande, elle a besoin de la vraie valeur. Si elle n'est pas dans le banc de registre, le séquenceur déclenche l'addition compteur-registre pour calculer la vraie valeur. Finalement, le banc de registre contient alors la bonne valeur et l'instruction peut s'exécuter sans encombre.
L'idée est que le pointeur de pile est généralement altéré par une série d'instruction PUSH/POP consécutives, puis des instructions LOAD/STORE/ADD/SUB utilisent le pointeur de pile final comme opérande. En clair, une bonne partie des incrémentations/décrémentation est accumulée dans le compteur delta, puis la vraie valeur est calculée une fois pour toutes et est utilisée comme opérande. On accumule un delta dans le compteur delta, et ce compteur delta est additionné quand nécessaire.
Précisons que le compteur delta est placé juste après le décodeur d'instruction, avant même le cache de micro-opération, l'unité de renommage et l'unité d'émission. Ainsi, les incrémentations/décrémentations du pointeur de pile disparaissent dès l'unité de décodage. Elles ne prennent pas de place dans le cache de micro-opération, ni dans la fenêtre d'instruction, ni dans la suite du pipeline. De nombreuses ressources sont économisées dans le ''front-end''.
Mais utiliser un ''stack engine'' a aussi de nombreux avantages au niveau du chemin de données/''back-end''. Déjà, sur les processeurs à exécution dans le désordre, cela libère une unité de calcul qui peut être utilisée pour faire d'autres calculs. Ensuite, le compteur delta mémorise un delta assez court, de 8 bits sur le processeur Pentium M, un peu plus pour les suivants. L'incrémentation se fait donc via un incrémenteur 8 bits, pas une grosse ALU 32/64 bits. Il y a un gain en termes de consommation d'énergie, un incrémenteur 8 bits étant moins gourmand qu'une grosse ALU 32/64 bits.
===Les points de synchronisation du delta===
La technique ne fonctionne que si la vraie valeur du pointeur de pile est calculée au bon moment, avant chaque utilisation pertinente. Il y a donc des '''points de synchronisation''' qui forcent le calcul de la vraie valeur. Plus haut, nous avions dit que c'était à chaque fois qu'une instruction adresse le pointeur de pile explicitement, qui l'utilise comme opérande. Les instructions CALL, RET, PUSH et POP ne sont pas concernées par elles utilisent le pointeur de pile de manière implicite et ne font que l'incrémenter/décrémenter. Mais dans les faits, c'est plus compliqué.
D'autres situations peuvent forcer une synchronisation, notamment un débordement du compteur delta. Le compteur delta est généralement un compteur de 8 bits, ce qui fait qu'il peut déborder. En cas de débordement du compteur, le séquenceur déclenche le calcul de la vraie valeur, puis réinitialise le compteur delta. La vraie valeur est donc calculée en avance dans ce cas précis. Précisons qu'un compteur delta de 8 bits permet de gérer environ 30 instructions PUSH/POP consécutives, ce qui rend les débordements de compteur delta assez peu fréquent. À noter que si le compteur delta vaut zéro, il n'y a pas besoin de calculer la vraie valeur, le séquenceur prend cette situation en compte.
Un autre point de synchronisation est celui des interruptions et exceptions matérielles. Il faut que le compteur delta soit sauvegardé lors d'une interruption et restauré quand elle se termine. Idem lors d'une commutation de contexte, quand on passe d'un programme à un autre. Pour cela, le processeur peut déclencher le calcul de la vraie valeur lors d'une interruption, avant de sauvegarder les registres. Pour cela, le processeur intègre un mécanisme de sauvegarde automatique, qui mémorise la valeur de ce compteur dans le tampon de réordonnancement, pour forcer le calcul de la vraie valeur en cas de problème.
La technique du ''stack engine'' est apparue sur les processeurs Pentium M d'Intel et les processeurs K10 d'AMD, et a été conservée sur tous les modèles ultérieurs. L'implémentation est cependant différente selon les processeurs, bien qu'on n'en connaisse pas les détails et que l'on doive se contenter des résultats de micro-benchmarks et des détails fournit par Intel et AMD. Selon certaines sources, dont les manuels d'optimisation d'Agner Fog, les processeurs AMD auraient moins de points de synchronisation que les processeurs Intel. De plus, leur ''stack engine'' serait placé plus loin que prévu dans le pipeline, après la file de micro-opération.
==La micro-fusion et la délamination==
La '''micro-fusion''' est une optimisation qui retarde le décodage réel de certaines instructions assez loin dans le pipeline. Elle concerne surtout les instructions ''load-op'', mais pas que. D'autres instructions mémoire peuvent subir cette optimisation. L'essentiel est que, sans micro-fusion, ces instructions sont décodées en plusieurs micro-opérations. La micro-fusion retarde le décodage final de ces instructions, qui se fait assez tard dans le pipeline. Pour comprendre l'intérêt, nous allons devoir faire quelques explications.
L'optimisation en question fait le décodage en deux temps. Prenons l'exemple d'une opération ''load-op'', qui est censée être décodée en deux micro-opérations : une lecture, puis une opération. Le décodage produit une '''macro-opération''' (terme d'Intel), qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. La macro-opération est techniquement une micro-opération comme une autre, sauf que ce n'est pas la micro-opération finale. L'unité d'émission découpe cette macro-opération en deux micro-opérations, qui sont émises l'une après l'autre. Pour résumer, les instructions ''load-op'' ne sont complétement découpées en micro-opération lors de l'émission, pas lors du décodage.
L'optimisation impacte ce qui se situe entre le décodeur d'instruction et l'unité d'émission : l'unité de renommage, la file de micro-opérations, le ''Loop Stream Detector'' et/ou le cache de micro-opération. L'intérêt de l'optimisation est que l'on fusionne deux micro-opérations en une seule macro-opération. Le cache de micro-opération et la file de micro-opération peuvent mémoriser plus de micro-opérations, vu que certaines sont fusionnées. Quant à l'unité de renommage, elle renomme une seule macro-opération au lieu de renommer deux micro-opérations, ce qui augmente le débit du renommage de registre. Par contre, cela complique un peu le travail de l'unité d'émission, qui doit découper les instructions ''load-op'' en deux et émettre les micro-opérations l'une après l'autre.
Il faut noter qu'il n'y a pas de fusion proprement dite. Le décodeur ne décode pas deux micro-opérations séparées, avant de les fusionner. En réalité, il génère directement une macro-opération, qui correspond à deux micro-opérations, que ce soit plus tard dans le pipeline ou sur une autre architecture. D'ailleurs, la micro-fusion a lieu à l'intérieur d'une instruction, qui est censée être traduite en plusieurs micro-opérations. Et encore : pas toutes. La conséquence est que la technique n'a de sens que sur les processeurs CISC, avec des instructions assez complexes pour être décodées en plusieurs micro-opérations. En pratique, seuls les CPU x86 sont concernés.
===Les domaines de fusion===
La micro-fusion n'est pas spécifique aux processeurs superscalaires. En théorie, on peut l'implémenter sur un processeur non-superscalaire à émission dans l'ordre. Cependant, je ne connais aucun processeur à émission dans l'ordre qui implémente la micro-fusion, même si son implémentation est en théorie possible sur de tels processeurs. La micro-fusion est implémentée différemment selon que l'émission se fasse dans l'ordre, dans le désordre, avec une fenêtre d'instruction, avec des stations de réservation, etc.
J'ai dit plus haut que les micro-opérations sont générées lors de l'émission, mais le moment exact varie suivant le processeur. Pour simplifier le tout, nous parlerons de '''scission''' quand le processeur traduit une macro-opération en deux/trois micro-opérations. Le moment où a lieu la scission est théoriquement dans l'unité d'émission, mais celle-ci prend plusieurs formes selon que le processeur utilise l'émission dans l'ordre, dans le désordre, avec une fenêtre d'instruction, avec des stations de réservation, etc.
Les processeurs à exécution dans l'ordre sont le cas le plus simple. L'unité d'émission est alors en charge du découpage des macro-opérations en micro-opérations. La file de micro-opération ou le cache de micro-opérations mémorisent des macro-opérations. À l'opposé, le tampon de ré-ordonnancement mémorise lui des micro-opérations. Le reste du processeur n'est pas affecté.
Sur les processeurs à exécution dans le désordre, les différences sont nombreuses. Le tampon de ré-ordonnancement peut mémoriser soit les micro-opérations finales, soit des macro-opérations. Il en est de même avec la fenêtre d'instruction et/ou les stations de réservation, qu'elles soient centralisées ou décentralisées. Tout dépend de comment se fait l'implémentation.
Une implémentation simple effectue la scission des macro-opérations dans l'unité d'émission, comme sur les processeurs à exécution dans l'ordre. Sur de nombreux processeurs, l'unité d'émission et de renommage sont simplement fusionnées, ce qui fait que la scission a lieu juste après le renommage de registres. En conséquence, le tampon de re-ordonnancement et les fenêtres d'instruction ne voient que des micro-opérations. Les macro-opérations disparaissent juste avant. Cette implémentation est préférée avec une fenêtre d'instruction centralisée, car on voit mal comment scinder une macro-opération juste avant l'ALU.
Une autre implémentation fait la scission en sortie de la fenêtre d'instruction ou des stations de réservation, qu'elles soient centralisées ou décentralisées. Dans ce cas, le tampon de re-ordonnancement fait de même. L'avantage est que le tampon de ré-ordonnancement stocke des macro-opérations, ce qui augmente sa taille effective. Par exemple, il utilise une seule entrée pour une instruction ''load-op'', au lieu de deux sans micro-fusion de ce type.
===La délamination===
La scission peut parfois avoir lieu plus tôt, dans des circonstances très précises. Concrètement, cela ne concerne que quelques micro-architectures d'Intel, pour des instructions très précises. La raison est les limitations du format des micro-opérations, pas une histoire d'optimisation. Le processeur aimerait pouvoir faire la micro-fusion, mais ne peut pas à cause de ces limitations. Une telle situation cause alors une '''délamination''' : les micro-opérations sont scindées précocement.
Par exemple, sur la micro-architecture SandyBridge d'Intel, les opérations ''load-op'' sont fusionnées, sauf si elles utilisent l'adressage indicé. Les micro-opérations de ce processeur ne peuvent avoir que deux opérandes. Trois opérandes est de trop, et les opérations ''load-op'' en adressage indicé dépassent cette limite. Dans ce cas, les micro-opérations sont fusionnées en sortie du décodeur, mais sont scindés avant d’entrer dans la file de micro-opération. L'avantage n'est pas évident, vu que l'unité de renommage suit de près le décodeur d'instruction. Il est que le cache de micro-opérations mémorise des macro-opérations, pas deux micro-opérations.
===La micro-fusion des processeurs Intel et AMD===
La micro-fusion est apparue sur le Pentium M d'Intel, et a été conservée telle quelle sur les processeurs Intel suivants. Les processeurs AMD supportent la micro-fusion depuis au moins la micro-architecture AMD K8. Mieux que ça, la délamination n'était pas utilisée car les micro-opérations acceptaient plus de 2 opérandes. Que ce soit chez AMD ou Intel, elle concerne deux types d'instructions : les écritures mémoire et les instructions ''load-op''.
Sur le Pentium M, il y avait quelques limitations, l'optimisation se limitant par exemple aux registres entiers et flottants, mais pas aux registres MMX, mais pas les registres SSE (nous verrons ces registres dans quelques chapitres). Mais les processeurs modernes n'ont plus cette limitation. La micro-fusion des CPU Intel concerne deux types d'instructions : les écritures mémoire et les instructions ''load-op''.
Pour les écritures, la situation est plus complexe que pour les instructions ''load-op''. Sur les processeurs Intel précédents, les écritures étaient réalisées dans deux unités séparées : le calcul d'adresse dans une unité de calcul, l'écriture proprement dite dans l'unité mémoire. Elles prenaient donc deux micro-opérations. Le processeur a changé ses unités mémoire, ce qui fait qu'elle pouvait faire les deux en une seule micro-opération. Il s'agissait alors d'une optimisation du chemin de données, plus que de la micro-fusion proprement dite, mais je la mentionne ici malgré tout.
La micro-fusion sur ce processeur avait un avantage en plus des avantages usuels : elle utilisait mieux les décodeurs. Les Pentium M avaient trois décodeurs pour décoder plusieurs instructions en même temps, chose qu'on détaillera dans le chapitre sur les processeurs superscalaires. Un seul décodeur pouvait décoder toutes les instructions, les deux autres ne peuvent décoder que les instructions simples, qui se décodent en une seule micro-opération. Avec la micro-fusion, les trois décodeurs peuvent gérer les écritures mémoire et les opérations ''load-op'', vu qu'elles deviennent des instructions simples. Sans cela, elles auraient été limitées au premier décodeur.
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Les processeurs vus auparavant ne peuvent émettre au maximum qu'une instruction par cycle d'horloge. Ils peuvent avoir plusieurs instructions qui s'exécutent en même temps, dans des unités de calcul séparées. C'est le cas dès qu'une instruction multi-cycles s'exécute. Par contre, ils ne peuvent démarrer qu'une seule instruction par cycle. Et quand on court après la performance, ce n'est pas assez ! Les concepteurs de processeurs ont inventés des processeurs qui émettent plusieurs instructions par cycle : les '''processeurs à émissions multiples'''.
Un processeur à émission multiple charge plusieurs instructions en même temps, les décode en parallèle, puis les émet en même temps sur des unités de calculs séparées. Pour cela, il faut gérer les dépendances entre instructions, répartir les instructions sur différentes unités de calcul, et cela n'est pas une mince affaire. En général, pour un processeur à émission multiple capable d'émettre N instructions en parallèle, on parle de '''processeur à N voies''', ou encore un ''processeur à N pipelines''.
[[File:Superscalarpipeline.svg|centre|vignette|upright=1.5|Pipeline RISC classique à cinq étages sur un processeur superscalaire. On voit bien que plusieurs instructions sont chargées en même temps.]]
Les processeurs à émission multiple sont de deux types : les processeurs VLIW et les '''processeurs superscalaires'''. Nous mettons les processeurs VLIW de côté en attendant le prochain chapitre. La raison est qu'ils ont un jeu d'instruction spécialisé qui expose le parallélisme d'instruction directement au niveau du jeu d'instructions, là où les processeurs superscalaires restent des processeurs au jeu d'instruction normal. La différence principale entre processeur VLIW et superscalaire est qu'un processeur superscalaire répartit les instructions sur les unités de calcul à l’exécution, là où un processeur VLIW délègue cette tâche au compilateur.
==Le nombre de voies d'un processeur superscalaire==
Les processeurs superscalaires les plus simples ne permettent que d'émettre deux micro-opérations à la fois, d'où leur nom de processeur ''dual issue'', ce qui se traduit en '''processeur à double émission'''. Les processeurs triple émission permettent eux d’émettre trois instructions à la fois. A l'opposé, les CPU superscalaires les plus puissants peuvent émettre jusqu'à 8-10 instructions simultanément. En 2026, les CPU superscalaires peuvent monter jusqu’à 10 µops émises en même temps, ce qui est énorme !
Et cela nous amène à faire une distinction entre les processeurs superscalaires dits '''étroits''' et ceux dits '''larges'''. Dans ce wikilivre, on part du principe que les processeurs superscalaires étroits émettent jusqu'à 4-5 µops à la fois, alors que les larges peuvent en émettre plus, l'intervalle entre les deux est une zone grise. Le nombre exact n'est pas fixé dans le marbre, la distinction est volontairement vague.
Nous parlerons de la '''largeur d'un CPU superscalaire''' pour parler du nombre de voies, du nombre de µops émises en même temps. Plus un CPU superscalaire est large, plus il est performant ''toute chose égale par ailleurs''. Mais dans les faits, vous pouvez oublier la partie en italique. Élargir un CPU superscalaire demande de rajouter beaucoup de circuits. Et ce cout en circuit aura un impact sur la performance. A budget en transistors limité, il y a un compromis entre élargir un CPU et rajouter du cache ou la taille des fenêtres d'instructions/ROB et autres.
===Les contraintes d’appariement===
Prenons un processeur double émission, capable d'émettre deux instructions simultanément. Émettre deux instructions en même temps n'est pas toujours possible. Par exemple, si deux instructions sont dépendantes, on ne peut pas les émettre en même temps. Mais oublions un instant ces histoires de dépendances de données, et partons du principe que le CPU ait affaire à deux instructions indépendantes, une paire idéale. Un CPU double émission "parfait" pourrait exécuter n'importe quelle paire d'instruction. Par exemple, il pourrait émettre deux multiplications consécutives, deux lectures consécutives, une lecture et une écriture en même temps, etc.
En pratique, aucun processeur ne permet cela. Implémenter un CPU superscalaire "parfait" aurait un cout en circuit beaucoup trop conséquent. Par exemple, pour émettre deux multiplications en même temps, il faudrait deux multiplieurs séparés. Idem pour exécuter deux accès mémoire simultané : cela demande d'avoir deux unités mémoire et un cache multiport. Mais en pratique, aucun CPU superscalaire ne fait cela. La totalité des CPU double émission se débrouille avec un seul circuit multiplieur et une seule unité mémoire.
Et cela entraine l'apparition de dépendances structurelles, qui font que certaines paires d'instructions sont impossibles. Par exemple, impossible d'émettre deux multiplications en même temps avec un seul circuit multiplieur. Mais émettre une multiplication en parallèle d'une addition est parfaitement possible. Il y a donc des paires d'instructions autorisées et des paires interdites. Et la logique est la même sur les CPU à triple ou quadruple émission, et au-delà. : des triplets ou quadruplet d'instructions sont impossibles à émettre simultanément, alors que d'autres le sont. Pour le dire autrement, il y a des '''contraintes d'appariement''' sur les instructions à émettre en même temps.
===L'impact des contraintes d’appariement sur la performance===
Ces contraintes d’appariement ont un impact sur les performance, mais celui-ci peut être grandement mitigé. Les programmes informatiques utilisent en pratique beaucoup plus d'opérations entières de base que de multiplication, branchements et accès mémoire. Il y a environ 5 opérations entières de base pour une multiplication entière. En pratique, il est rare de devoir exécuter deux multiplications à la fois. Idem pour les décalages et rotations, qui sont assez éloignés les uns des autres. Deux branchements consécutifs sont quant à eux plus fréquents. Deux accès mémoire consécutifs est assez rare, mais ils restent assez proches les uns des autres malgré tout.
La conséquence est que certaines paires d'instructions sont privilégiées par rapport au reste. Les paires regroupant deux calculs basiques (additions, soustractions, ...) sont systématiquement supportées, car dupliquer des ALU entières est facile. Les paires regroupant un calcul et une autre instruction sont elles aussi systématiquement supportées. Par contre, les paires avec deux branchements, deux accès mémoire, deux décalages/rotations, ou deux multiplications/divisions sont fréquemment interdites. Seuls les CPU superscalaires larges peuvent les permettre, et encore : sous conditions. Le résultat est que le processeur peut se débrouiller avec une seule unité mémoire et une unité de branchement.
===Terminologie pour la suite du chapitre===
Décrire les contraintes d’appariement demande de dire quelles combinaisons d’instructions sont autorisées ou interdites. Et pour cela, nous allons introduire les abréviations suivantes :
* INT est un raccourcis pour parler d'une opération entière simple, qu'une ALU entière peut exécuter.
* MUL correspond à une opération entière complexe, typiquement une multiplication, éventuellement à une division.
* FLOAT désigne une opération flottante, peut importe laquelle.
* MEM désigne un accès mémoire, à savoir une instruction ou µop mémoire.
* BRANCH désigne une instruction de branchement.
Cette terminologie permettra de définir des paires d'instructions, qu'elles soient possibles ou interdites. Par exemple, l'expression INT + FLOAT désigne une paire d'instruction regroupant une instruction entière et une instruction flottante, peu importe l'ordre des deux instructions. Il en sera de même pour les triplets, quadruplets, ou plus. Par exemple, l'expression INT + INT + FLOAT + MUL désigne un quadruplet d'instructions regroupant : deux instructions entières, une instruction flottante, et une multiplication entière.
J'utiliserais aussi des parenthèses pour regrouper certaines combinaisons. Par exemple, l'expression INT + (MUL /FLOAT) veut parler d'une paire d'instruction où la première est une opération entière basique, la seconde est : soit une multiplication, soit une opération flottante.
==Le ''front-end'' des processeurs superscalaires==
Un processeur superscalaire doit charger, décoder, et exécuter plusieurs instructions par cycle. Par exemple, un processeur triple émission doit charger 3 instructions lors d'un premier cycle, puis les décoder au cycle suivant, et les exécuter au cycle suivant. Il travaille donc pas paquets de 3 instructions, dans cet exemple.
Intuitivement, charger, décoder et exécuter plusieurs instructions à la fois demande de dupliquer des circuits. Par exemple, il faut dupliquer les décodeurs pour décoder plusieurs instructions. Les unités de calcul sont aussi dupliquées, sauf sur certaines processeurs qui arrivent à ruser, mais laissons cela de côté pour plus tard. Mais d'autres circuits sont simplement modifiés, comme l'unité de chargement ou l'unité d'émission. Voyons ce qu'il en est dans le détail.
{|class="wikitable"
|-
! rowspan="2" | Processeur sans émission multiple
| rowspan="2" | Chargement
| rowspan="2" | Décodage
| rowspan="2" | Renommage
| rowspan="2" | Émission
| Exécution / ALU
| rowspan="2" | ''Commit''/ROB
|-
| Exécution / ALU
|-
! rowspan="4" | Processeur superscalaire
| rowspan="4" | Chargement
| rowspan="2" | Décodage
| rowspan="4" | Renommage
| rowspan="4" | Émission
| Exécution / ALU
| rowspan="4" | ''Commit''/ROB
|-
| Exécution / ALU
|-
| rowspan="2" | Décodage
| Exécution / ALU
|-
| Exécution / ALU
|}
Nous allons d'abord voir ce qu'il en est pour le ''front-end'', à savoir la partie du CPU qui s'occupe de charger et décoder les instructions. Elle regroupe l'unité de chargement, les décodeurs, l'unité de prédiction de branchement, la file de µops, la file d'instruction, et divers caches. En soi, les changements portent surtout sur l'unité de chargement et les décodeurs.
===Le chargement de plusieurs instructions consécutives===
Un processeur superscalaire charge plusieurs instructions en même temps, ''en tenant compte de la présence de branchements''. La partie en italique est importante et elle a une conséquence très forte : la manière de faire est fortement différente entre un CPU superscalaire étroit et large.
Un CPU superscalaire étroit fait au plus simple : il charge un bloc de 2, 3, 4 instructions consécutives en mémoire RAM. Il faut alors doubler/tripler/quadrupler la taille du bus connecté au cache d'instruction. Par exemple, pour charger quatre instructions de 32 bits chacune, il suffit de lire un bloc de 128 bits dans le cache d'instruction. Un bloc de 8, 16, 32 octets est donc lu depuis le cache et est ensuite découpé en instructions, envoyées chacun à un décodeur.
Charger plusieurs instructions consécutives ne marche bien qu'en absence de branchements. La présence de branchements casse cette dynamique, et il faut gérer leur présence.
* Sans prédiction de branchement, toutes les instructions d'un bloc sont décodées et exécutées en même temps, même s'il y a un branchement dans le tas.
* Avec prédiction de branchement, les instructions situées après le branchement ne sont pas décodées ni exécutées. L'unité de chargement coupe le bloc chargé au niveau du premier branchement pris, remplit les vides avec des NOP, avant d'envoyer le tout à l'unité de décodage. Les instructions à l'adresse de destination seront chargées au cycle suivant, en chargeant un nouveau bloc.
[[File:Fetch sur un processeur superscalaire avec prediction de branchements.png|centre|vignette|upright=2|Fetch sur un processeur superscalaire avec prédiction de branchements.]]
Un autre défaut est que sur le CPU charge un bloc de 128 bits à la fois, les instructions doivent être alignées sur 128 bits. Et on peut généraliser à n'importe quelle taille de bloc. Si les instructions ne sont pas alignées, il faut gérer la situation. Il arrive qu'une instruction soit à cheval sur deux blocs, avec un morceau dans le premier bloc, un autre dans le second. Dans ce cas, l'instruction est chargée en deux fois, et des circuits doivent gérer la situation pour recoller les morceaux. Sur les CPU avec des instructions de taille fixe, le problème ne survient que rarement. Mais il est fréquent avec des instructions de taille variable.
Un autre défaut est lié aux branchements. Imaginez qu'un branchement s'exécute et branche vers une instruction de destination. Rien n'indique que l'instruction de destination sera au tout début d'un bloc. Si ça se trouve, elle sera en troisième position d'un bloc de 4 instructions. Une solution simple charge le bloc en respectant l'alignement, et les deux premières instructions du bloc ne sont pas à exécuter. Il y a donc une petite perte de performance.
Certains CPU, comme l'IBM RS/6000, ont la machinerie charger un bloc de N instructions même s'il n'est pas aligné. La machinerie en question se trouve dans le cache d'instruction et est tout sauf simple à expliquer,ce qui fait que je me permets de la passer sous silence. Un détail, cependant : elle ne permet pas de charger des blocs qui sont à cheval sur deux lignes de cache.
===Le décodage parallèle des instructions===
Pour le décodage des instructions, plusieurs instructions sont décodées en même temps. On parle alors de '''décodage parallèle'''. Pour ce faire, un processeur superscalaire contient plusieurs décodeurs, chacun pouvant décoder une instruction en parallèle des autres. Prenons par exemple un processeur superscalaire à 4 voies : le décodage se fera dans quatre décodeurs séparés, qui fonctionneront en parallèle. Cependant, cette implémentation ne marche bien que pour les processeurs RISC, les processeurs CISC devant faire avec un microcode gourmand en circuits.
Les processeurs CISC utilisent des décodeurs hybrides, avec un microcode qui complémente un décodeur câblé. Dupliquer le microcode aurait un cout en transistors trop important, ce qui fait que seuls les décodeurs câblés sont dupliqués. Les CPU CISC superscalaires disposent donc de plusieurs décodeurs simples, capables de décoder les instructions les plus courantes, avec un seul microcode. La conséquence est qu'il n'est pas possible de décoder deux instructions microcodées en même temps. Par contre, il reste possible de décoder plusieurs instructions non-microcodées ou une instruction microcodée couplée à une instruction non-microcodée. Vu qu'il est rare que deux instructions microcodées se suivent dans un programme, le cout en performance est extrêmement mineur.
Il faut noter qu'une instruction correspond à une ou plusieurs µops. Il est donc possible de charger 5 instructions et de se retrouver avec 8 µops en sortie des décodeurs. Et c'est la source d'une distinction très importante. Plus haut, j'ai parlé de processeurs superscalaires à N voies. La terminologie peut avoir deux interprétations. La première est que le processeur charge/décode N instructions à la fois. Une seconde est qu'il est capable d'exécuter/émettre N µops en même temps.
Les deux ne sont pas équivalentes, vu qu'un processeur superscalaire peut, par exemple, charger/décoder N instructions et émettre/exécuter N+2 µops. La distinction est particulièrement importante sur les processeurs superscalaires larges. Certains d'entre eux sont capables de charger 5 instructions et d'en émettre le double ! Un exemple classique était les processeurs Athlon d'AMD, qui pouvaient décoder deux instructions par cycle, mais émettre 4 µops par cycle. Ce n'était pas un problème, car beaucoup d'instructions, même basiques, étaient décodées en 2 µops.
===L'émission parallèle des instructions===
La superscalarité modifie en profondeur l'unité d'émission, notamment au niveau de son interface. Avant, elle recevait une micro-opération sur son entrée, et fournissait la micro-opération émise sur une sortie. Et cela vaut aussi bien pour une unité d'émission simple, un ''scoreboard'', une fenêtre d'instruction ou des stations de réservation. Mais avec l'émission multiple, les sorties et entrées sont dupliquées. Pour la double émission, il y a deux entrées vu qu'elle doit recevoir deux micro-opération décodées/renommées, et deux sorties pour émettre deux micro-opérations.
Dans ce qui suit, nous ne parlerons pas d'entrée et de sortie, mais de '''ports de décodage''' et de '''ports d'émission'''. Les ports de décodage reçoivent des micro-opérations provenant de l'unité de décodage, les ports d'émissions sont pour les micro-opérations émises. Les ports d'émission injectent les micro-opérations émises dans le pipeline, elle sont propagée au banc de registre, aux ALUs, etc. Un processeur superscalaire a forcément plusieurs ports d'émission (et de décodage).
Si l'interface de l'unité d'émission change, l'intérieur est tout autant modifié. Sur un CPU non-superscalaire, l'unité d'émission reçoit une µop "candidate à l'émission", et détecte les dépendances entre avec les µops en vol, en cours d'exécution dans le pipeline. Et c'est toujours le cas sur les processeurs superscalaires : l'unité d'émission détecte les dépendances entre les µops candidates et les µops en vol. Mais avec la siperscalarité, elle doit en plus tester les dépendances entre les µops candidates.
Si l'unité d'émission est un ''scoreboard'', il doit détecter les dépendances entre instructions émises simultanément et les sérialiser si besoin. Avec une fenêtre d'instruction, il n'y a pour ainsi dire rien à faire, vu que les dépendances sont éliminées par le renommage de registre et que les signaux de réveil gèrent les dépendances RAW. C'est la raison pour laquelle les processeurs superscalaires modernes n'utilisent pas de ''scoreboard''.
==Les processeurs implémentés avec plusieurs pipelines==
Nous venons de voir comment la superscalarité impacte le ''front-end'', il est maintenant de voir ce qu'il en est de l'unité d'émission et des ''back-ends''. Un processeur superscalaire peut utiliser l'exécution dans le désordre et le renommage de registres, mais ce n'est pas une obligation. Historiquement, les premiers processeurs superscalaires n'utilisaient pas d'exécution dans le désordre. Le meilleur exemple est celui du Pentium 1 et 2 d'Intel. Ils étaient tous deux des processeurs superscalaires, mais n'avaient pas d'exécution dans le désordre, qui est apparue sur le Pentium 3. les explications sont plus simples si on met de côté l'exécution dans le désordre.
Vous vous dites que l'implémentation d'un processeur superscalaire n'est pas la même suivant que le CPU utilise l'exécution dans le désordre, ou non. Mais dans les faits, la distinction est plus subtile que ca. Pour l'expliquer, je vais utiliser une classification originale, qui sépare les processeurs superscalaires en trois sous-types. La distinction se fait sur la manière dont la superscalarité est implémentée en matériel.La classification que j'utilise distingue :
* Les processeurs avec plusieurs pipelines, sans exécution dans le désordre.
* Les processeurs superscalaires avec un pipeline dynamique.
* Les processeurs avec des fenêtres d'instruction décentralisées.
La distinction n'est pas qu'une question d'implémentation matérielle. Elle impacte aussi le ratio entre instructions chargées/décodées et instructions émises. Vous vous dites que les deux sont égales, mais ce n'est le cas que sur les processeurs avec N pipelines ! Sur les autres processeurs, il est possible de décoder 4 instructions, mais d'en émettre maximum 6 par cycle ! Et sur les CPU avec des fenêtres d'instruction décentralisées, il y a aussi une différence entre le nombre d'instructions qui sont ''dispatch'' et ''schedule''.
La catégorie la plus simple est celle des '''processeurs avec plusieurs pipelines'''. Ce sont des processeurs superscalaires sans exécution dans le désordre. Ils partent d'un processeur non-superscalaire, et ajoutent un second pipeline, en sortie de l'unité d'émission. Le second pipeline permet l'émission parallèle d'une seconde instruction.
Le second pipeline n'est pas identique au pipeline originel, sur plusieurs points. Premièrement, il n'a pas exactement les mêmes circuits. Le second pipeline est généralement composé d'une unité de calcul, d'une FPU, éventuellement d'un second banc de registres, guère plus. Il permet d'exécuter une seconde opération de calcul, pas plus, ce qui est à l'origine de contraintes d'appariemment assez fortes. De plus, il n'a pas forcément la même longueur, il peut avoir des étages en moins ou en plus. Il s'agit de la forme la plus simple de processeur superscalaire et nous allons leur consacrer cette section.
===La double émission entière-flottante===
L'exemple le plus simple utilise un second pipeline pour les opérations flottantes, séparé du pipeline originel. L'ajout d'un pipeline flottant permet d'émettre une micro-opération entière en même temps qu'une micro-opération flottante, ce qui s'appelle la '''double émission entière-flottante'''. La micro-opération entière s'exécute dans l'ALU entière, la micro-opération flottante dans la FPU. Les exemples les plus notables sont le PA-RISC 7100, le POWER 1 (RIOS .& et .9) et le PowerPC 601. L'Apollo DN10000 et l'Intel i860 utilisaient aussi cette forme de double émission, mais étaient des prototypes de CPU VLIW.
[[File:Double émission entière-flottante.png|centre|vignette|upright=2|Double émission entière-flottante]]
Pour bien expliquer les choses, prenons le processeur illustré ci-dessous, avec deux ''back-end'' séparés : un pour la FPU, et un autre pour le reste. Les instructions entières et mémoire passent toutes par le ''back-end'' généraliste.
[[File:CPU non-superscalaire basique, avec une FPU.png|centre|vignette|upright=1.5|CPU non-superscalaire basique, avec une FPU]]
Les deux ''back-end'' sont des pipelines séparés, mais il faut que l'unité d'émission soit spécialement conçue pour en profiter. Un processeur simple émission peut démarrer une seule µop par cycle : soit la µop est envoyée au ''back-end'' flottant, soit elle est envoyée au ''back-end'' général. Avec la double émission entière-flottante, le processeur peut envoyer une µop dans chaque pipeline, à chaque cycle. Vu que la FPU et son banc de registre forment déjà un pipeline séparé, les seules modifications se font au niveau du ''front-end'', unité d'émission inclue.
{|
|-
|[[File:CPU simple émission avec une FPU.png|centre|vignette|upright=1.5|CPU simple émission avec une FPU.]]
|[[File:Double émission entière flottante avec un second pipeline.png|centre|vignette|upright=1.5|CPU avec un second pipeline flottant.]]
|}
Notez que le terme double émission ''entière''-flottante est un peu trompeur. En réalité, la technique permet d'émettre une instruction flottante avec n'importe quelle autre instruction non-flottante, avec des restrictions pour les branchements. Il est par exemple possible d'exécuter un calcul flottant en parallèle d'un accès mémoire.
Sur les CPU 32 bits, il est possible de faire les multiplications dans la FPU. Pour rappel, la FPU contient un multiplieur entier 53-54 bits, pour multiplier les mantisses de deux flottants 64 bits, qu'on peut utiliser pour faire les multiplications entières 32 bits. Cela permet d'émettre une multiplication en même temps qu'une opération entière dans l'ALU. Ainsi, le CPU pouvait émettre deux instructions : une opération entière de base, avec soit une multiplication, soit une opération flottante. En clair, une émission de type INT + (MUL /FLOAT). Par contre, on perd la possibilité d'émettre une multiplication entière avec une opération flottante, mais c'était un compromis qui en valait la peine.
Le CPU PA-RISC 7100 implémentait cette optimisation. Il s'agissait d'un CPU double émission entière-flottante, qui utilisait donc un partitionnement assez simple. Le combo partitionnement + reconditionnement permettait ici de gagner en performance, pour un cout en matériel très limité. D’autant plus limité que le jeu d'instruction prévoyait le reconditionnement de la FPU. Les multiplications ne lisaient pas leurs opérandes dans les registres entiers, mais dans les registres flottants.
===La double émission entière===
Une autre possibilité ajoute un second pipeline, capable d'exécuter des opérations entières simples, appelé le pipeline entier. Le processeur supporte alors la '''double émission entière''', à savoir qu'ils peuvent émettre une opération entière en plus d'une autre instruction. L'opération entière en question est une opération simple, comme une addition, une soustraction, une opération bit à bit, une comparaison, etc. Les exemples classiques sont les processeurs Intel i960 et Pentium. L'implémentation était différente entre l'i960 et le Pentium : Le Pentium avait une seconde ALU entière, alors que le i960 rusait.
Le Pentium dupliquait l'ALU entière, pour créer un second pipeline entier. Sur le Pentium originel, les contraintes d'appariement étaient assez strictes. Le Pentium avait une FPU, mais ne pouvait pas l'utiliser en double émission. Il lui était impossible d'exécuter une opération flottante en même temps qu'une opération entière (branchements inclus). Le Cyrix 6x86 était une sorte de Pentium produit par l'entreprise Cyrix, avec une microarchitecture différente. Il avait des contraintes d’appariement réduites. Par exemple, il pouvait émettre une opération flottante en parallèle d'une opération entière. Nous détaillerons ces processeurs dans le prochain chapitre, qui porte justement sur les CPU superscalaires x86.
[[File:CPU simple et double émission avec un second pipeline entier.png|centre|vignette|upright=2.5|CPU simple et double émission avec un second pipeline entier.]]
L'Intel i960 n'avait pas de FPU, juste une ALU entière et une unité mémoire. Il utilisait l'unité mémoire comme une seconde ALU entière limitée. Pour rappel, une unité mémoire contient une AGU, à savoir une ALU spécialisée dans les calculs d'adresse. Elle est capable de faire des additions, soustractions, et quelques décalages limités (des décalages par 2, 4, 8, pas plus). L'Intel i960 ajoutait des connexions entre AGU et banc de registre, afin que celle-ci serve de seconde unité de calcul. L'AGU est déjà reliée aux deux ports de lecture, pour lire les opérandes du calcul d'adresse, il suffit de la connecter sur le port d'écriture. Le processeur peut alors émettre deux instructions/µops entières, sous certaines conditions.
[[File:Emission multiple des opérations entières, double émission.png|centre|vignette|upright=2|Émission multiple des opérations entières, double émission.]]
==Les processeurs superscalaires dynamiques==
Les processeurs précédents, avec 2 pipelines, avaient une unité d'émission assez simple. Elle avait deux ports de décodage, et deux ports d'émission. Le nombre de ports de décodage et d'émission étaient identiques. Vous vous dites que c'est naturel, et intuitif, que c'est normal pour un processeur superscalaire. Mais en réalité, la majorité des processeurs superscalaires a plus de ports d'émission que de décodage. Expliquer pourquoi va cependant nous demander de parler de comment la superscalarité exploite les unités de calcul.
Posons-nous cette question : de combien d'unités un processeur superscalaire a besoin ? Les unités en question ne sont nécessairement des unité de calcul, l'unité mémoire et l'unité de branchement comptent aussi. La réponse dépend du nombre de voies. Si le ''front-end'' charge et décode un paquet de N instructions, exécuter ces N instructions simultanément demandera là aussi au moins N unités de calcul. Notez le terme : ''au moins'', car c'est là tout l'enjeu de cette section.
La réponse dépend aussi des contraintes d’appariement. Pour un CPU superscalaire "parfait", sans contraintes d’appariement, toutes les unités doivent être dupliquées, y compris l'unité mémoire. Un processeur à double émission parfaite devrait dupliquer l'ALU entière, le ''barrel shifter'', le circuit multiplieur, la FPU, l'unité mémoire, et l'unité de branchement, ce qui ferait passer de 6 unités à 12. Le cout en circuit est énorme, même pour de la double émission ! Et pour un CPU à N pipelines, le cout en circuit encore plus prohibitif ! En pratique, les processeurs superscalaires qui font ça sont très rares. La majeure partie des processeurs superscalaires utilisent d'autres techniques : le partitionnement, la duplication partielle des ALUs, la duplication des autres unités.
===Le partitionnement des unités fonctionnelles===
Les CPU superscalaires les plus simples ne dupliquent pas leurs unités de calcul, ils se contentent d'exploiter les unités existantes. Et pour expliquer comment, nous allons partir de l'exemple d'un processeur non-superscalaire contient une ALU entière, une FPU, une unité mémoire et une unité de branchement. Les quatre unités peuvent fonctionner en parallèle, à savoir qu'une unité peut exécuter une instruction à elle toute seule, sans interagir avec les autres. Cela suffit pour créer un processeur quadruple émission, qui peut émettre en même temps : une opération entière, une opération flottante, un branchement, un accès mémoire.
Le principe marche aussi sur un processeur avec moins de 4 unités, par exemple sans FPU et/ou sans unité de branchement, ou avec au contraire des unités en plus. L'idée générale est d’émettre une µops séparée dans chaque unité fonctionnelle. Utiliser ainsi les unités existantes, pour rendre un CPU superscalaire, s'appelle le '''partitionnement superscalaire'''. Le terme n'est pas beaucoup utilisé en-dehors de quelques vieux articles académiques.
Le partitionnement est fortement dépendant du jeu d'instruction, car il demande de bien séparer instructions entières, flottantes, branchements et instructions mémoire. Et autant c'est bien le cas sur les CPU RISC, autant les CPU CISC ne sont pas dans ce cas. Les CPU CISC ont des instructions ''load-op'', qui effectuent une instruction arithmétique et une µop mémoire. Et ces instructions sont très compliquées à implémenter avec le partitionnement. Et au-delà de ça, les CPU CISC ont beaucoup d'instructions qui sont décodées en plusieurs µops, à exécuter dans un ordre bien précis. On peut pas émettre les µops en question simultanément.
Le partitionnement a un cout en circuit très limité, pour un gain en performance lui aussi limité. Pour reprendre le CPU de l'exemple précédent, il est rare que l'on ait à exécuter ces quatre instructions en même temps. En pratique, les combinaisons fréquentes sont les combinaisons calcul + accès mémoire, calcul + branchement, calcul entier + calcul flottant. Utiliser une quadruple émission de ce type n'est donc pas une bonne idée, alors que la double émission parait plus adaptée.
Et c'est là que la différence entre ports d'émission et de décodage devient intéressante. L'idée est d'avoir une unité d'émission avec deux ports de décodage, et 4 port d'émission (un par unité). Les contraintes d’appariement varient alors suivant le processeur, mais la règle générale est que si deux micro-opérations tombent dans deux unités différentes, on peut les émettre en même temps. En clair, on peut émettre une opération entière avec une opération flottante, une opération entière avec un branchement, un accès mémoire avec un branchement, etc. Et cela rend le partitionnement bien plus intéressant que prévu.
Les tout premiers CPU superscalaires étaient des CPU double émission, qui utilisaient le partitionnement avec : une ALU entière, une unité mémoire et une FPU. Nous parlerons de '''partitionnement INT-FLOAT-MEM'''. L'avantage sur la double émission flottante est que les combinaisons INT + MEM et FLOAT + MEM étaient autorisées. L'intérêt était d'émettre une opération en parallèle d'un accès mémoire, ce qui est un doublet d'instruction assez fréquent. Les exemples classiques sont l'HyperSPARC, de l'alpha 21064 et du PowerPC 603.
Les contraintes d’appariement variaient grandement suivant le processeur. Le PowerPC 603 implémentait une double émission "parfaite". C'est à dire que toutes les combinaisons possibles à deux instructions étaient possibles, que ce soit INT + FLOAT, INT + MEM, FLOAT + MEM. En plus de cette double émission "parfaite", le CPU utilisait la technique dite de ''branch folding'', qui permettait d'exécuter un branchement sans utiliser d'unité de calcul, ce qui fait qu'il était qualifié de ''CPU 2-way + Branch''.
A l'opposé, le processeur alpha 21064 avait pas mal de contraintes d’appariement, à savoir que certaines combinaisons de deux instructions étaient interdites, bien que compatibles avec les unités disponibles. Une des raisons est que le banc de registre n'avait pas assez de ports de lectures, ce qui fait que certaines combinaisons avec une écriture mémoire n'étaient pas permises. Les concepteurs avaient volontairement inséré ces contraintes afin de simplifier le design du processeur.
Avant de poursuivre, précisons que la FPU regroupe un additionneur flottant et un multiplieur flottant. Et ce fait peut être exploité pour approfondir le partitionnement. La '''double émission FADD/FMUL''' permet d'émettre une addition flottante en même temps qu'une multiplication flottante. Elle a été utilisée sur les processeurs x86, Alpha et SPARC. Les autres circuits de calcul flottant sont souvent regroupés avec l'additionneur. La division est parfois e même port que le multiplieur flottant, parfois sur celui de l'additionneur (quand elle est microcodée et exécutée en enchainant les soustractions).
===La duplication des ALU entières===
Le partitionnement est une technique élégante, simple, facile à implémenter et au cout en circuits modeste. Mais il faut avouer que cela ne donne pas des CPU superscalaires très efficaces. La raison est que le partitionnement permet d'émettre des paires, triplets, quadruplets de micro-opérations qui sont rares en pratique.
Les combinaisons les plus fréquentes en pratique sont des paires/triplets d'opérations entières, souvent des paires/triplets d'additions ou d'opérations entières simples. Il est donc primordial d'émettre plusieurs opérations entières simultanément. Le fait d'émettre et d'exécuter plusieurs opérations entières en même temps s'appelle l''''émission entière multiple'''.
Pour exécuter la seconde/troisième opération entière, il faut dupliquer les ALU entières (ou réutiliser l'AGU comme ALU entière comme le fait l'Intel i960). Le processeur doit avoir deux ALU entières pour de la double émission entière, trois pour de triple émission entière, etc. De plus, il faut ajouter des ports au banc de registre, pour lire deux fois plus d'opérandes et décrire deux résultats. Et enfin, il faut rajouter un port d'émission pour pouvoir émettre une micro-opération entière en plus.
[[File:Processeur non-superscalaire basique 03.png|centre|vignette|upright=2|Processeur non-superscalaire basique]]
La tendance est de multiplier les ALU entières, mais pas le circuit multiplieur. Le cout en transistors est alors grandement réduit, au prix de l'apparition de dépendances structurelles. Le CPU peut émettre deux additions en même temps, ou une addition et une multiplication, mais pas deux multiplications. Il en est de même avec le ''barrel shifter'', qui n'est pas dupliqué. Il est donc possible d'émettre un décalage avec une opération de base, mais pas deux décalages en parallèle.
Mais ces contraintes d’appariement ne sont pas un problème, car il est rare de devoir émettre deux multiplications/décalages en même temps. La plupart des programmes sont majoritairement remplis d'additions, avec des multiplications assez rares et des décalages qui le sont encore plus. La moyenne est proche d'une multiplication pour 4/5 additions. Vu que des multiplications consécutives sont très rares, dupliquer le multiplieur est presque inutile. Disposer de plusieurs circuits multiplieurs ou de plusieurs ''barrel shifters'' serait donc un cout en circuits qui ne servirait que rarement et n'en vaut pas la chandelle.
Il faut noter que sur les CPU 32 bits, les multiplications peuvent être exécutées dans la FPU ou dans un multiplieur séparé, tout dépend de si le CPU exécute les multiplications dans la FPU ou pas.
{|class="wikitable"
|-
! Voie d'émission n°1 !! Voie d'émission n°2 !! Voie d'émission n°3
|-
| ALU entière || ALU entière || FPU
|}
Reste à connecter les unités de calcul à l'unité d'émission (indirectement, car il y a des étages de pipeline entre les deux). Une implémentation basique utilisée un port d'émission par unité. Prenons l'exemple d'un CPU superscalaire avec 4 ALU entières, une FPU, et une unité mémoire. Vu qu'il y a 6 unités, cela fait donc 6 ports d'émission.
L'exemple historique le plus impressionnant est celui du Motorola 88110, un CPU double émission qui possède 10 unités. Il contient deux ALU entières, un circuit multiplieur, un circuit diviseur, une unité de manipulation de bits, une unité mémoire, un additionneur flottant, et deux unités graphiques pour des calculs impliquant des pixels. Le multiplieur est utilisé à la fois pour les multiplications entières, flottantes et le produit de deux pixels. Idem pour le diviseur, qui sert pour les divisions entières et flottantes.
Et chaque unité a son propre port d'émission. La conséquence est que les contraintes d'appariement du Motorola 88110 sont simples : tant que deux µops atterrissent dans des unités séparées, la paire est permise. Il est par exemple possible d'émettre simultanément deux opérations entières simples, vu qu'il y a deux ALU. Par contre, impossible d'émettre simultanément deux multiplications, deux divisions, deux opérations flottantes, deux manipulations de bit, deux accès mémoire, etc. De plus, le partage du multiplieur fait qu'on ne peut pas émettre une multiplication entière avec une multiplication flottante. Idem avec les divisions, vu que le diviseur est aussi partagé. Ce sont les seules contraintes.
===Le partage des ports d'émission===
La présence d'un circuit multiplieur et d'un ''barrel shifter'' pose des problèmes pour le partitionnement. Il est possible d'avoir un port d'émission dédié au multiplieur, et un autre au ''barrel shifter'', qui sont séparés de ceux pour l'ALU entière. Il est alors possible d'émettre une opération entière, une multiplication et un décalage, simultanément. Nous parlerons de '''partitionnement entier''' pour désigner cette possibilité.
[[File:Partitionnement superscalaire entier.png|centre|vignette|upright=2|Partitionnement superscalaire entier.]]
Le partitionnement entier est cependant très rare, car le gain en performance serait trop faible au regard des couts en circuit. Quelques processeurs historiques l'utilisaient, mais ce n'est plus le cas de nos jours. La raison est que les multiplications et les décalages sont assez rares dans le code, ce qui fait que le port d'émission associés sont sous-utilisés. Et un port d'émission a un cout en circuit assez important. Et c'est sans compter qu'ajouter des ports sur le banc de registres juste pour un multiplier sous-utilisé n'en vaut pas la peine. L'idéal serait de trouver un moyen de réduire le nombre de ports d'émissions, sans réduire le nombre d'unités de calcul.
[[File:Emission multiple des opérations entières, implémentation naive.png|vignette|Émission multiple des opérations entières, implémentation naive]]
La solution consiste à '''partager les ports d'émission''', à savoir connecter un port d'émission à plusieurs unités de calcul. L'exemple classique est justement lié aux circuits multiplieur et ''barrel shifters''. L'idée est que le multiplieur et le ''barrel shifter'' sont mis sur le même port d'émission qu'une ALU entière.
Prenons par exemple le processeur à double émission entière illustré ci-contre. Un port d'émission est relié à une ALU entière seule, et l'autre port d'émission alimente la seconde ALU entière et le multiplieur. La conséquence est que le processeur peut émettre deux opérations entières, dont une multiplication. Si on avait utilisé un port d'émission dédié au multiplieur, il aurait été possible d'émettre deux opérations entières et une multiplication. On perd donc une voie, mais on gagne en flexibilité et on économise des circuits. Notons que ce partage signifie aussi que le multiplieur partage les ports sur le banc de registre, ce qui fait une double économie.
[[File:Emission multiple des opérations entières, implémentation courante.png|centre|vignette|upright=1.5|Émission multiple des opérations entières, implémentation courante]]
En général, le ''barrel shifter'' et le multiplieur sont placés sur deux voies d'émission séparés, ce qui permet d'émettre un décalage et une multiplication en même temps. Les mettre sur le même port ne le permettrait pas.
{|class="wikitable"
|-
! Voie d'émission n°1 !! Voie d'émission n°2 !! Voie d'émission n°3
|-
|
* ALU entière
* Multiplieur
|
* ALU entière
* Barrel shifter
| FPU
|-
|
* Additions, soustractions, opérations bit à bit, etc.
* Multiplication
|
* Additions, soustractions, opérations bit à bit, etc.
* Décalages et rotations
| Opération flottante
|}
Terminons concernant les multiplieurs avec une dernière subtilité. Pour rappel, les processeurs modernes intégrent en réalité deux multiplieurs différents. Le résultat d'une multiplication est très large et prend deux registres. Par exemple, une multiplication de deux opérandes 64 bits donne un résultat sur 128 bits, ce qui ne tient pas dans un registre, mais en prend deux. L'instruction de multiplication classique ne calcule que les 64 bits de poids faible. mais elle est complétée par d'autres instructions de multiplication qui peuvent faire le calcul complet.
Pour résoudre le problème, les processeurs modernes intègrent deux instructions de multiplications : une qui calcule les bits de poids faible du résultat, une autre qui calcule les bits de poids fort. Et ces deux instructions sont associées à deux multiplieurs séparés, aux circuits différent. Le multiplieur qui calcule les bits de poids faible du résultat est appelé le ''low multiplier'', l'autre est appelé le ''high multiplier''.
Une autre possibilité est d'utiliser une instruction '''MULX''' ou ''FULL MUL'', qui calcule les 128 bits de résultat en une seule opération, et mémorisent le résultat dans deux registres. C'est plus rare, mais possible. Une telle opération est scindée en deux µops : une par moitié de résultat. Et ces deux µops vont chacune dans le multiplieur adéquat.
Toujours est-il que cela fait en réalité deux multiplieurs à connecter aux ports d'émission. Le seconde multiplieur est placé sur un second port d'émission, différent du premier multiplieur. Et ce port d'émission est naturellement partagé avec une ALU. En général, il va sur le même port que le ''barrel shifter'' sur les architectures à double émission, sur un port avec une ALU entière sur la triple émission. L’avantage de mettre les deux multiplieurs sur deux ports d'émission est qu'une multiplication complète peut être réalisée en utilisant les deux multiplieurs en parallèle. Les deux sous-multiplications sont émises en même temps, exécutées en même temps. pas besoin d'exécuter l'une puis la seconde, d'où un gain performance appréciable.
Mais le partage des ports d'émission peut appliquer à n'importe quelle unité. Prenons l'exemple d'un CPU superscalaire avec 4 ALU entières, une FPU, et une unité mémoire. Vu qu'il y a 6 unités, cela fait donc 6 ports d'émission. Cependant, il est rare qu'un bloc de 6 instructions contienne exactement 4 opérations entières, une opération flottante, et un accès mémoire. Beaucoup de ports d'émission seraient sous-utilisés.
La solution est de partager des ports d'émission, pour passer à la quadruple émission. Le CPU peut alors répartir 4 instructions sur les ports d'émission adéquats, à chaque cycle. Le CPU a donc 4 ports de décodage et 6 ports d'émission. Une implémentation classique permet n'importe quelle combinaison de 4 instructions compatible avec les 6 unités. Par exemple, il devient possible d'émettre simultanément 4 additions, la combinaison 2 * INT + FLOAT + MEM, 3 * INT + MEM, et bien d'autres.
L'exemple relie une ALU entière, la FPU et l'unité mémoire sur le même port. Le CPU a alors quatre ports d'émission, qui ne sont pas "identiques". Trois d'entre eux sont reliés à une ALU entière chacun, rien d'autre. Le quatrième est lui relié à une ALU entière, la FPU et l'unité mémoire. On économise alors deux ports d'émission, mais cela entraine l'apparition de contraintes d’appariement. Le CPU peut émettre 3 opérations entières + n'importe quelle autre opération. Mais les autres combinaisons sont interdites. Le CPU peut émettre 6 opérations entières simultanément, grâce à 6 ALU entières. Les accès mémoire ou opérations flottantes ne viennent pas en plus, mais en remplacement des opérations entières.
Regrouper plusieurs ALU sur un même port d'émission est donc à l'origine de dépendances structurelles, de nouvelles contraintes d’appariement. Dans certaines situations de '''''port contention''''', on a assez d'ALU pour exécuter N micro-opérations, mais la répartition des ALUs sur les ports l'empêche. Impossible d'émettre deux micro-opérations sur deux ALU si elles sont sur le même port d'émission. On peut réduire les cas de ''port contention'' en répartissant correctement les ALU sur les ports d'émission, mais sans jamais les supprimer complétement.
Un exemple est celui du PowerPC 604. Il implémentait la quadruple émission, alors qu'il avait 5 unités de calcul. Mais deux unités partageaient un même port d'émission. Dans le détail, il avait deux ALU entières, un circuit multiplieur/diviseur, une FPU, une unité mémoire. La FPU et le multiplieur étaient sur le même port d'émission. En conséquence, le CPU pouvait émettre seulement les combinaisons INT + INT + MEM + (MUL/FLOAT).
: Il est intéressant de voir l'exemple d'un processeur superscalaire parfait, sans contraintes d'appariement, à N voies. Pour cela, on part d'un processeur non-superscalaire, avec M unités de calcul. Un tel processeur peut s'implémenter avec N ports d'émission, chacun relié à M unités de calcul possibles, ce qui fait que les M unités de calcul sont dupliquées en N exemplaires. Si on prend par exemple un CPU non-superscalaire avec une ALU, une FPU, une unité mémoire et une unité de branchement, un port d'émission sera relié à une ALU, une FPU, une unité mémoire et une unité de branchement.
===La duplication des autres unités fonctionnelles===
Dupliquer les ALU entière est une première étape, mais il est aussi possible de dupliquer les autres unités fonctionnelles. Par exemple, il est possible de dupliquer l'unité mémoire ou l'unité de branchement. Reste à voir quelles unités dupliquer, et pourquoi. Précisons que dans ce qui va suivre, nous allons parler de la duplication des unités en général, pas seulement des unités mémoire/branchement. Nous allons continuer de parler de la duplication des ALU entières dans ce qui suit, mais de manière plus générale.
Pour un processeur à N voies, il est théoriquement possible de dupliquer toutes les unités en N exemplaires. Mais ce n'est jamais fait en pratique, car le cout en circuits serait trop important et le gain en performance trop faible. Mieux vaut dupliquer certaines unités bien précises, quitte à avoir des contraintes d'appariement. Et à ce petit jeu, toutes les duplications ne se valent pas, certaines sont plus rentables en matière de performance, le cout en circuit n'est pas le même selon l'unité, etc.
La rentabilité en performance dépend surtout des contraintes d'appariement. Les contraintes d'appariement entrainent une baisse de performance significatives si elles interdisent des paires d'instructions fréquentes. Aussi, les opérations très fréquentes, souvent appairées, gagnent à dupliquer l'unité associée. Et au contraire, les unités rarement utilisées ne doivent pas être dupliquées. Il se trouve que les unités les plus utilisées sont les ALU entières, suivies par les unités mémoire et l'unité de branchement.
Le cout en circuit n'est aussi pas le même. Dupliquer les ALU entière est trivial, car elles ont un budget en transistors assez faible. Les circuits multiplieurs, diviseurs, et les ''barrel shifter'' ont eux un cout en transistor plus élevés. Si on devait faire un classement, on aurait : ALU entière < ''barrel shifter'' < multiplieur. Pour les unités mémoire, le cout en transistor est là aussi conséquent.
Le résultat final est que dupliquer les ALU entières est privilégié sur le reste, comme l'a vu dans la section précédente. Les unités mémoire arrivent en seconde place, suivie par les multiplieurs/''barrel shifter'' à la troisième place, et les unités de branchement à la quatrième place. Les CPU superscalaires larges ont donc tendance à multiplier les unités mémoire en second. Les multiplieurs et ''barrel shifters'' sont eux aussi dupliqués sur les CPU superscalaires larges, mais cela vient souvent après avoir dupliqué les unités mémoire. La raison est que les accès mémoire sont critiques pour la performance des CPU à exécution dans le désordre, pas les multiplications.
Pour les unités de branchement, une subtilité complique le fait d'en installer plusieurs. Que faire quand deux branchements sont pris ? La solution la plus simple est de ne pas se trouver dans cette situation : on n'utilise qu'une seule unité de branchement et on n’exécute qu'un seul branchement par cycle. La majorité des processeurs superscalaires étroits font ainsi. Les processeurs superscalaires larges ont cependant deux unités de branchements, mais ils n'acceptent qu'un seul branchement pris à la fois. Si les deux branchements pris sont exécutés en même temps, le processeur n’exécute que le plus récent, dans l'ordre du programme.
===Les CPU superscalaires mélangent les trois techniques===
Les CPU superscalaires utilisent toutes les techniques à la fois : partitionnement, duplication de l'ALU entière, duplication des autre unités fonctionnelles. Chaque processeur utilise ces trois stratégies à sa sauce, en fonction de son budget en transistor. Les quatre techniques ont cependant un cout en circuit différent, et donnent des gains de performances eux aussi forts différents.
* Le '''partitionnement superscalaire''' a un cout en circuit modéré, car on n'a pas besoin de dupliquer d'ALU.
* La '''duplication des ALU entières''' est la technique la plus importante : elle a un cout en circuit modéré, et donne des gains en performance impressionnants.
* La '''duplication des autres unités''' a un cout en circuit variable, pour des gains en performance eux aussi variables.
* Le '''partage des ports d'émission''' réduit le cout en circuit du CPU, pour des pertes de performances mineures si bien fait.
L'usage du partitionnement seul, sans duplication, était surtout le fait des processeurs commercialisés entre les années 1989 et 1993. Le partage des ports d'émission a lui aussi mis un peu de temps pour s'imposer. Globalement, les processeurs superscalaires ont évolués progressivement, pour se rapprocher d'une sorte de standard. Mais pour comprendre ce qu'est ce standard, et en quoi les CPU historiques s'en sont progressivement rapprochés, il faut étudier l'histoire des CPU superscalaires.
L'histoire des CPU superscalaires a commencé dès 1960, mais est resté un projet de recherche pendant plusieurs décennies. De nombreux designs ont été conçus, mais abandonnés avant la production, comme l'ACS-1 d'IBM. Les années 1980 ont vu l'arrivée de prototypes de processeurs VLIW, mais qui n'étaient pas superscalaires. Par exemple, l'Apollo DN10000 et l'Intel i860 pouvaient émettre deux instructions à la fois, sous conditions, mais demandaient que le compilateur fasse une bonne partie du travail.
Les premiers CPU superscalaires commercialisés sont sortis en 1989. Deux CPUs superscalaires sont sortis cette année là : le RS/6000 d'IBM et l'i960CA d'Intel. Puis, la compétition s'est aussi lancée dans la bataille. Les CPU commercialisés avant l'année 1993 étaient à double émission, à l'exception du SuperSPARC qui utilisait la triple émission. Les modèles après 1993 hésitaient entre double et quadruple émission. Dans le tableau ci-dessous, les processeurs quadruple émission sont en bleu, les triple émission sont en rouge, les autres ne sont pas en couleur.
{|class="wikitable"
|-
! !! IBM !! HP PA-RISC !! SPARC !! Intel!! Alpha !! Autres
|-
! 1989
| RS/6000 || || || i960CA || ||
|-
! 1990
| || || || || ||
|-
! 1991
| || || || || || Motorola 88110
|-
! 1992
| RSC || PA 7100 || class="f_rouge | SuperSPARC || || 21064 ||
|-
! 1993
| PPC 601 || || HyperSPARC || Pentium || ||
|-
! 1994
| class="f_bleu | POWER 2 || PA 7200 || || || class="f_bleu | 21164 ||
|-
! 1995
| 603/604 || class="f_bleu | PA 8000 || class="f_bleu | UltraSPARC 1 || Microarchitecture P6 (+ concurrence AMD) || || class="f_bleu | MIPS R1000
|-
! 1996
| class="f_bleu | 620 || || || || class="f_bleu | 21264 ||
|-
! ...
|| ... || ... || ... || ... || ... || ...
|}
Les premiers CPU à double émission sont assez représentatifs des CPU à double émission modernes. Il faut dire que se limiter à deux voies ne permet pas de faire beaucoup de choses. Voici le tableau chronologique disant quel CPU utilisait quelle technique.
* Les CPU en vert utilisaient la double émission entière-flottante.
* Les CPU en rouge utilisaient la double émission entière "pure".
* Les CPU en jaune utilisaient un ''partitionnement complet'' entre ALU, FPU et unité mémoire.
* Les CPU sans couleur utilisaient un grand nombre d'unités, avec beaucoup de ports d'émission.
* Les CPU barrés utilisent la triple ou quadruple émission et seront vu dans la section suivante.
{|class="wikitable"
|-
! !! IBM !! HP PA-RISC !! SPARC !! Intel!! Alpha !! Autres
|-
! 1989
| class="f_vert | RS/6000 || || || class="f_rouge | i960CA || ||
|-
! 1990
| || || || || ||
|-
! 1991
| || || || || || Motorola 88110
|-
! 1992
| class="f_vert | RSC || class="f_vert | PA 7100 || <s>SuperSPARC</s> || || class="f_jaune | 21064 ||
|-
! 1993
| class="f_vert | PPC 601 || || class="f_jaune | HyperSPARC || class="f_rouge | Pentium || ||
|-
! 1994
| <s>POWER 2</s> || PA 7200 || || || <s>21164</s> ||
|}
C'est en 1994, que la quadruple émission est arrivée et que les CPU ont essayé divers implémentations. Il y avait alors trois stratégies pour la double/triple/quadruple émission, qui partageaient des problèmes similaires.
La première implémentation dupliquait les ALUs et les FPUs, ce qui permettait d'émettre deux opérations flottantes avec deux opérations entières. Le POWER 2 dupliquait ses FPUs à la perfection, alors que le 21264 séparait l'additionneur et le multiplieur flottant. Les accès mémoire étaient traités comme des opérations entières et le processeur pouvait souvent en émettre deux à la fois. Mais une telle organisation n'est plus utilisée de nos jours, car, sans instructions flottantes à exécuter, elle est équivalente à de la double émission.
La seconde implémentation utilisait deux ALU entières (dont un multiplieur), une unité mémoire et une FPU.Cette organisation est intéressante, mais encore trop stricte pour donner de bons résultats, les quadruplets avec exactement deux opérations entières, un accès mémoire et une opération flottante étant trop rares. L'usage de ces 4 unités en double ou triple émission a été utilisé sur le PA 7200 et le SuperSPARC. Malheureusement, en plus de problèmes au niveau de son cache, le SuperSPARC avait de nombreuses contraintes d’appariement, car le banc de registre n'avait pas assez de ports pour alimenter certaines combinaisons d'instructions. De plus, s'il émettait une multiplication, il ne pouvait pas émettre de seconde µop.
Enfin, une troisième implémentation utilisait un grand nombre d'unités fort différentes, bien plus que quatre, avec au minimum deux ALU entières. Prenons l'exemple de l'UltraSPARC, qui avait : deux ALU entières, une unité mémoire, une unité de branchement, un additionneur flottant, un multiplieur flottant, un diviseur flottant (aussi utilisé pour le calcul des racines carrées), et 2 unités graphiques pour les calculs sur des pixels. En tout, cela fait 9 unités différentes, pour de la quadruple émission.
Dans le même genre, les processeurs MIPS R8000 et R10000 avaient une implémentation plus moderne, dans le sens où toutes les unités étaient dupliquées. Le CPU avait deux ALU, deux FPU et deux unités mémoire. Il pouvait donc émettre quatre instructions à la fois, tant que le paquet collait avec ces six unités. Moitié opérations entières, moitié opérations mémoire, avec de quoi remplacer les opérations entières par des opérations flottantes. Le PA 8000, lui, dupliquait toutes ses unités en deux exemplaires, ce qui n'est pas l'idéal, aucun processeur moderne ne fait cela aujourd'hui.
Le tout est résumé dans le tableau ci-dessous, avec :
* en vert les CPU utilisant la première stratégie ;
* en rouge les CPU utilisant la seconde stratégie ;
* en jaune les CPU utilisant la troisième stratégie.
{|class="wikitable"
|+ Processeurs quadruple émission historiques
|-
! Année !! Processeur !! Unités
|-
! 1991
| class="f_jaune | Motorola 88110 || class="f_jaune | 2 ALU + MUL + DIV + BIT + MEM + FADD + 2 unités graphiques
|-
|-
! rowspan="2" | 1994
| class="f_vert | POWER 2 || class="f_vert | 2 ALU/MEM + 2 FPU (+ 2 Branchements via ''branch folding'')
|-
| class="f_rouge | 21164 || class="f_rouge | 2 ALU + FPU + MEM
|-
! rowspan="3" | 1995
| PA 8000 || 2 ALU + 2 ''barrel shifters'' + 2 MEM + 2 FPU (FMA) + 2 FPU (DIV et SQRT) + 2 SIMD
|-
| class="f_jaune | UltraSPARC 1 || class="f_jaune | 2 ALU + MEM + BRANCH + FADD + FMULFDIV + 2 unités graphiques
|-
| MIPS R8000 et R10000 || 2 ALU + 2 FPU + 2 MEM
|-
! rowspan="2" | 1996
| class="f_rouge | 620 || class="f_rouge | 2 ALU + FPU + MEM
|-
| class="f_vert | 21264 || class="f_vert | 2 ALU/MEM + 2 FPU (FADD + FMUL)
|}
Malheureusement, ces CPUs historiques n'avaient ni assez d'unités de calcul entières, ni d'unités mémoire, pour remplir la quadruple émission.
Environ la moitié des instructions d'un programme correspond à des instructions entières. Pour en profiter, un processeur à N voies doit disposer d'au minimum N/2 ALU entières, l'idéal étant d'aller au-delà. Les CPU superscalaires historiques avaient 2 ALU pour de la quadruple émission, ce qui était très limite. En comparaison, les CPU superscalaires modernes mettent le paquet niveau ALU entière. La plupart des CPU x86 modernes descendent rarement sous les 2/3, la plupart remplit presque la totalité de la largeur du CPU. Pour donner un exemple, la microarchitecture Golden Cove d'Intel est un processeur à 6 voies, avec 5 ALU entières.
Pour être précis, un programme informatique exécute environ 40% de son code dans des instructions arithmétiques, un autre 40% dans les accès mémoire, et un le reste pour... le reste. La conséquence est que les processeurs modernes dupliquent leurs unités mémoire. Par exemple, la microarchitecture ''Golden Cove'' d'Intel dispose de trois unités mémoire : deux spécialisées dans les écritures, trois dans les lectures. La microarchitecture ''Gracemont'' utilise la pentuple émission et peut émettre 4 µops entières et 4 µops mémoire. Notez que le ratio est équilibré entre opérations entières et mémoire, avec soit égalité, soit un avantage pour les ALU entières.
Une autre régularité est que la largeur totale du processeur peut être occupée par des opérations entières/mémoire. Pour le dire autrement, sur un processeur quadruple émission, il pourra émettre un mix de 4 instructions entière/mémoire, avec zéro opération flottante. Idem avec des processeurs triples ou pentuple émission, voire plus. Si le processeur émet une opération flottante, elle remplace une opération entière.
Prenons l'exemple des processeurs AMD K6, sortis en 1997, juste avant les AMD Athlon. Ils avaient 10 unités de calcul, 6 ports d'émission, 4 ports de décodage. Voici exactement comment étaient répartie les unités de calcul sur les ports d'émission. C'était des processeurs quadruple émission, ce qui fait que la moitié de la largeur du processeur sert pour des opérations entières, et l'autre moitié pour les accès mémoire.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !
|-
| ALU entière || ALU entière || FPU || Unité de branchement || Unité LOAD || Unité STORE
|-
| || Multiplieur || || || || Unité de calcul d'adresse (instruction LEA)
|-
| || ''Barrel shifter'' || || || || Unité pour les instructions PUSH
|}
Les microarchitectures K7, K8 et K10, utilisées sur les anciens CPU AMD Athlon, sont un exemple moins représentatif. Ces microarchitectures utilisent le partage des ports d'émission au maximum. C'était des microarchitectures à triple émission, avec six ports d’émission. Il y avait trois ports d'émission pour les opérations flottantes, et trois ports d'émission pour les micro-opérations entières/mémoire. Il y avait trois ALU entières et trois unités mémoire, chaque ALU partageait un port d'émission avec une unité mémoire. Elle pouvait donc émettre soit trois opérations entières, soit trois µops mémoire, soit un mix des deux. En plus des mix avec les opérations flottantes et branchements.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || FADD || FMUL || FPU (autres opérations)
|-
| Multiplieur || || || || ||
|-
| LOAD/STORE || LOAD/STORE || LOAD/STORE || || ||
|}
Les CPU superscalaires larges dupliquent les multiplieurs et/ou les ''barrel shifters'', et même les unités de branchement. La raison est que quand la largeur du CPU augmente, le processeur traite des paquets d'instructions de plus en plus gros. Par exemple, pour un CPU à 10 voies, cela veut dire émettre 10 instructions en même temps. Il est alors plus fréquent d'avoir deux multiplications, deux décalages, deux accès mémoire, deux branchements. Par exemple, la moyenne est d'une multiplication tous les 5 instructions. Les CPU superscalaires à 10 voies ont donc tendance à avoir deux multiplications par paquet d'instruction, en moyenne. Avoir deux multiplieurs est alors un gain en performance clair.
Par exemple, la microarchitecture ''Golden Cove'' a deux ''barrel shifters''. C'est une architecture à 6 voies.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
==Les µops mémoire sur les processeurs superscalaires==
Plus haut, nous avons volontairement passé sous silence les accès mémoire. La raison à cela est que leur support sur les CPU superscalaire peut se faire de plusieurs manières différentes, qu'il vaut mieux expliquer dans une section dédiée. Les différentes implémentations sont décrites dans la liste suivante, nous allons les voir une par une.
* Avec la première méthode, les accès mémoire sont exécutés par le pipeline pour les opérations entières.
* Avec la seconde méthode, les accès mémoire ont un pipeline dédié ; c'est l'''émission parallèle des accès mémoire''.
* Avec la troisième méthode, il est possible d'émettre plusieurs accès mémoire simultanément : c'est l'''émission multiple des accès mémoire''.
Voyons ces trois cas dans le détail. Nous verrons notamment les différentes formes d'émission multiple des accès mémoire.
===Les accès mémoire traités dans le pipeline entier===
Dans le cas le plus simple, les accès mémoire sont traités comme des opérations entières un peu spéciales. L'unité mémoire est sur le même port d'émission que l'ALU entière, ce qui fait que les accès mémoire remplacent des opérations entières. Faire ainsi permet d'utiliser une ALU entière pour les calculs d'adresse, pas besoin de rajouter une unité de calcul d'adresse séparée. Typiquement, un processeur de ce type place l'unité mémoire après l'unité de calcul. Les opérations entières n'utilisent que l'ALU entière, mais pas l'unité mémoire. Les accès mémoire exécutent un calcul d'adresse dans l'ALU entière, puis l'adresse calculée est envoyée à l'unité mémoire. Le tout est illustré ci-dessous, dans le cas d'un processeur historique à double émission entière-flottante.
[[File:Processeur non-superscalaire basique 01.png|centre|vignette|upright=1.5|Processeur non-superscalaire basique]]
Un exemple de CPU double émission de ce type est celui du Power PC 440, un CPU destiné à l'embarqué. Vu qu'il était destiné à l'embarqué, il n'avait pas de FPU, il n'avait pas besoin de manipuler de nombres flottants. Il n'a donc que des ALU entières, un multiplieur et une unité mémoire. Il dispose de deux ports d'émission. Le premier est connecté à une ALU entière et un circuit multiplieur, le second est relié à l'unité mémoire et une seconde ALU entière. Une organisation simple, mais très efficace !
[[File:PowerPC 440.png|centre|vignette|upright=2|Microarchitecture du PowerPC 440.]]
L'implémentation économise une unité de calcul d'adresse, mais n'a pas de cout en performance significatif. Les accès mémoire étant très lents, émettre une µop entière en parallèle d'un accès mémoire ne sert pas à grand-chose. On peut émettre cette µop entière un cycle plus tard, elle sera terminée avant même que l'accès mémoire soit terminé, même si l'accès mémoire se fait dans le cache L1 ou L2.
Pour comprendre pourquoi, faisons quelques calculs. Un accès mémoire prend deux-trois cycles quand il tombe dans le cache L1. Et on doit attendre qu'il soit terminé pour en émettre un nouveau. Combien d'instructions arithmétiques peut-on lancer pendant ce temps, sur un CPU triple émission ? Au premier cycle, on peut en émettre 2 (l'instruction mémoire prend une place, donc 3-1), puis 3 au second cycle. Ce qui fait 5 instructions arithmétiques au total. Or, il se trouve qu'il y a une instruction d'accès mémoire pour 5 instructions arithmétiques, environ.
Par contre, ce compromis change quand on passe à la quadruple émission, voire au-delà. Dans ce cas, il devient intéressant de pouvoir émettre une nouvelle instruction mémoire à chaque cycle. Ce qui nous amène à la section suivante...
===L'émission parallèle des accès mémoire===
A partir de la quadruple émission, la tendance a été de séparer l'unité mémoire des ALU entières. Cela permet d'émettre des µops mémoire en même temps que des µops entières et/ou flottantes., ce qui porte le nom d''''émission parallèle des µops mémoire''', ou encore ''émission mémoire parallèle''. Par exemple, un processeur quadruple émission peut émettre en même temps deux opérations entières, une opération flottante et un accès mémoire. L'accès mémoire vient en plus des opérations entières, il n'est pas possible de remplacer l'accès mémoire par une opération entière.
La technique ne permet pas de faire les calculs d'adresse dans l'ALU entière. Il faut donc utiliser une unité de calcul d'adresse séparée. Elle est intégrée dans l'unité mémoire, qui fait l'interface entre le cache et le banc de registres. Le cout en circuits est très faible, car les unités de calcul d'adresse n'utilisent guère plus qu'un additionneur et un circuit de décalage très simple.
L'émission mémoire parallèle est plus facile à implémenter sur les CPU RISC, qui ont des instructions mémoire séparées du reste. Les CPU CISC ne sont pas dans ce cas, ce qui fait que séparer l'unité mémoire du pipeline entier est compliqué. Les CPU superscalaires historiques étaient pour moité des CPU RISC et pour moitié des CPU CISC, ce qui fait qu'ils n'utilisaient pas ou peu l'émission mémoire parallèle.
Les premiers processeurs superscalaires se contenaient de l'émission parallèle mémoire, ils ne pouvaient émettre qu'un seul accès mémoire à la fois, l'unité mémoire n'était pas dupliquée. Et ce n'est pas tant un problème que ça, du moins sur les processeurs à double ou triple émission. En effet, il est rare que l'unité mémoire doive faire deux accès simultanés. Notons que le processeur peut exécuter une instruction mémoire en parallèle d'un calcul ou d'un branchement, seuls les accès mémoire simultanés sont impossibles.
===L'émission multiple des accès mémoire avec une LSQ===
Les processeurs superscalaires larges travaillent sur des paquets de 8 à 10 instructions, il est plus fréquent d'avoir plusieurs accès mémoire par paquet. Dans ces conditions, il est utile d'avoir une '''émission multiple des accès mémoire''', à savoir d'émettre plusieurs micro-opérations mémoire en même temps. Les processeurs superscalaires modernes sont capables d'émettre plusieurs lectures/écritures simultanément. Par exemple, ils peuvent émettre une lecture en même temps qu'une écriture, ou plusieurs lectures, ou plusieurs écritures.
Il faut noter que selon le processeur, il peut y avoir des restrictions quant aux accès mémoire émis en même temps. Par exemple, certains processeurs peuvent émettre une lecture avec une écriture en même temps, mais pas deux lectures ni deux écritures. Ou encore, ils peuvent émettre deux lectures, une lecture et une écriture, mais pas deux écritures en même temps. Dans la majorité des cas, les processeurs ne permettent pas d'émettre deux écritures en même temps, alors qu'ils supportent plusieurs lectures. Il faut dire que les lectures sont plus fréquentes que les écritures. Les processeurs qui autorisent toutes les combinaisons de lecture/écriture possibles, sont rares.
L'émission multiple des accès mémoire s'implémente dans l'unité mémoire. Pour rappel, l'unité mémoire s'interpose entre le cache L1 et le reste du pipeline. Dans le cas le plus simple, elle incorpore une ''load/store queue'' et des unités de calcul d'adresse. L'émission multiple des accès mémoire demande de rendre la ''Load-store queue'' multi-ports, afin de gérer plusieurs micro-opérations mémoire simultanées. Il faut aussi dupliquer les unités de calcul d'adresse reliées à la LSQ, chaque port d'émission mémoire devant avoir sa propre unité de calcul d'adresse.
: Dans ce qui suit, nous parlerons d'AGU (''Adress Generation Unit'') pour désigner les unités de calcul d'adresse, et de LSQ pour designer la ''Load-store queue''.
[[File:Processeur non-superscalaire basique 02.png|vignette|upright=1|Processeur non-superscalaire basique]]
Dupliquer les ports de la LSQ et les AGU est nécessaire. Mais qu'en est-il du cache ? La réponse varie suivant le processeur. Il y a deux grandes méthodes pour implémenter l'émission multiple des accès mémoire.
La première méthode ajoute des ports de lecture/écriture au cache de données, pour faire des lectures/écritures simultanées. Il faut alors dupliquer des unités de calcul, rajouter les ports sur le cache, mais aussi rajouter des ports sur la ''load/store queue'', pour qu'elle échange des données/commandes mémoire avec le cache. Le cout en circuits est alors conséquent
La seconde duplique les unités de calcul, mais pas les ports d'accès au cache. Les accès mémoire sont alors accumulés dans la ''load/store queue'', qui sont ensuite traités un par un par le cache. Un exemple est celui des processeurs AMD de micro-architecture K7 K8, à savoir les anciens AMD Athlon et AMD Athlon 64, qui pouvaient calculer trois adresses simultanément, mais ne pouvaient faire qu'un seul accès au cache par cycle. Le cout en circuit est modéré : les unités de calcul coutent très peu, les ports de la ''load/store queue'' coutent déjà un peu plus.
Quelques processeurs utilisaient des solutions intermédiaires. Un processeur utilisant cette technique est, par exemple, capable d'émettre quatre µops mémoire en même temps, mais avec seulement deux ports sur le cache. Un exemple classique étant les Pentium 1 et 2 d'Intel, dont nous parlerons dans le chapitre suivant.
===L'émission séparée des LOAD et STORE===
De rares processeurs ont des ports d'émission qui peuvent faire indifféremment lecture comme écritures. Mais les processeurs modernes préfèrent séparer ports d'émission pour les lectures et les écritures. Un exemple est celui des processeurs Intel de micro-architecture Nehalem, qui avaient un port de lecture et un port d'écriture tous deux reliés à la ''Load-store queue'', chacun avec leur propre unité de calcul d'adresse. Comme autre exemple, les processeurs skylake ont une LSQ avec deux ports de lecture et un port d'écriture, ce qui permet d'émettre deux lectures en même temps qu'une écriture. Dans cette section, nous allons étudier le cas avec des ports séparés pour les lectures et écritures.
En général, les processeurs ont un peu plus de ports de lectures que d'écritures. Une raison est qu'un programme a, en moyenne, un tout petit peu plus de lectures que d'écritures. Mais la différence n'est pas énorme, c'est un léger déséquilibre. Une seconde raison est que l'exécution dans le désordre marche bien mieux quand les lectures ont lieu le plus tôt possible. Donc mieux vaut privilégier les lectures à l'émission, pour qu'elles se fassent un peu en avance. En pratique, la différence n'est pas très marquée. Il est courant d'avoir un port de lecture et un d'écriture, les CPU superscalaires très larges ont souvent deux ports de lecture et deux d'écriture. A la rigueur, quelques CPU ont trois ports de lecture et deux d'écriture.
Le cas le plus simple est celui où on peut émettre une lecture et une écriture en même temps. Il s'implémente facilement si la LSQ est en réalité une simple ''Store queue'', à savoir qu'elle met en avance les écritures uniquement. Pour rappel, les écritures sont mises en attente dans la ''Store queue'', mais les lectures sont exécutées immédiatement. Une fois l'adresse à lire connue, la lecture consulte la ''Store queue'' pour détecter les dépendances de données, puis s'exécute. La donnée à lire est lue soit depuis la ''Store queue'', soit depuis le cache.
[[File:Emission LOAD - Store séparée.png|vignette|upright=1|Émission LOAD - Store séparée]]
L'implémentation de l'émission multiple est alors très simple. La ''Store queue'' a déjà deux ports, avec un pour les lectures et un autre pour les écritures. Idem pour le cache, qui a naturellement un port de lecture et un d'écriture. Émettre une lecture et une écriture simultanément ne demande donc pas de modification digne de ce nom. La ''Store queue'' doit juste supporter une lecture et une écriture simultanée.
Ajouter l'émission d'une seconde lecture n'est pas compliquée : il faut juste rajouter un second port de lecture sur le cache et la ''Store queue''.
Pour rappel, l'unité mémoire est précédée par une structure qui met en attente les micro-opérations mémoire avant leur émission finale. La structure en question varie suivant l'implémentation, mais un cas particulier se marie bien avec l'émission multiple des µops mémoire. Il s'agit du cas avec une file de µops séparée pour les lectures et une autre pour les écritures, appelées respectivement la ''file de µops LOAD'' et la ''file de µops STORE''. Il est alors possible d'émettre une lecture et une écriture lors du même cycle d'horloge. Le port de lecture alimente une unité de calcul d'adresse dédiée, directement reliée au cache. Le port d'écriture du cache alimente une unité de calcul, qui est suivie par une file d'écriture, elle-même reliée au cache. Les processeurs AMD de micro-architecture K6 utilisaient cette technique.
[[File:Double émission avec le Load Ordering, Store Ordering.jpg|centre|vignette|upright=2.5|Double émission avec le Load Ordering, Store Ordering]]
==Les CPU superscalaire à exécution dans le désordre==
La superscalarité modifie aussi les circuits dédiés à l'exécution dans le désordre. Elle modifie les unités de renommage de registre, le ROB et les autres structures liées à l'exécution dans le désordre, au sens large. Aucune structure n'est épargnée. Elles ont tous des prots de lecture/écriture en plus, afin d'encaisser l'émission, le ''commit'' ou le renommage simultané de plusieurs µops.
Par exemple, le ROB doit être modifié pour émettre et terminer plusieurs instructions en même temps, en ajoutant des ports de lecture/écriture. Pour un CPU superscalaire à 8 voies, on se dit que le ROB peut retirer 8 µops par cycle maximum. Mais certains processeurs récents ont un ROB qui peut retirer le double ! Un exemple est celui des CPU de micro-architecture Skymont, qui peuvent émettre 8 µops par cycle, mais en retirer 16. Quelques CPU de marque AMD étaient aussi dans ce cas. L'avantage est que cela permet de réduire la taille du ROB, du banc de registre et de quelques autres structures matérielles liées à l'exécution dans le désordre. Le gain sur-compense le cout en transistor nécessaire pour retirer 16 µops par cycle.
Dans cette section, nous allons voir comment les étages du pipeline dédiés à l'exécution dans le désordre sont modifiées sur un CPU superscalaire.
===La superscalarité avec une file/fenêtre d'instruction centralisée===
Plus haut, nous avons montré qu'un processeur pouvait avoir plus de ports d'émission que de ports de décodage. On dit aussi que sa ''largeur de décodage'' était supérieure à sa ''largeur d'émission''. La '''largeur de décodage''' est le nombre de µops fournies par l'unité de décodage par cycle d'horloge, la '''largeur d'émission''' est le nombre maximal de µops émises par cycle d'horloge. Et n'allez pas croire qu'un surplus de ports d'émission est du gâchis. Sur les processeurs avec exécution dans le désordre, ce surplus peut être utilisé.
Mais avant toute chose, évacuons un détail. Vous avez sans doute pensé que le surplus peut être exploité par les instructions machines décodées en plusieurs µops . Par exemple, si une instruction est décodée en deux µops, on pourrait avoir un port d'émission en plus pour en profiter. Mais les ports de décodage sont *en sortie du décodeur*, et contiennent des µops, pas des instructions.
Le surplus de ports d'émission peut occasionnellement utiliser le surplus de ports de décodage, mais cela implique que des µops ont été mises en attente dans l'unité d'émission, pour être émises par la suite. Et cela implique l'usage d'une fenêtre d'instruction ou d'une file de µops. Le principe est que les µops sont accumulées dans la fenêtre d'instruction, en attendant leurs opérandes ou la résolution d'une dépendance. Et si l'occasion se présente, une µops est émise sur chaque port d'émission.
Il y a donc un gain en performances, mais il faut faire quelques précisions sur son origine. La largeur d'émission utilisée ne peut pas dépasser, *en moyenne*, la largeur de décodage. Et c'est intuitif : un CPU qui décode 4 µops par cycle ne peut pas émettre 6 par cycle en moyenne, sur le temps long, il n'y a pas de µops en surplus qui sortent du vide. Par exemple, sur un processeur quadruple émission, si on analyse combien d'instructions sont émises par cycle, il peut y avoir des cycles où la largeur d'émission est totalement utilisée, mais ce sera compensé par des périodes où elle est fortement sous-utilisée. Les µops sont accumulées en cas de sous-utilisation, puis consommées en cas d'utilisation complète. Les deux périodes se compensent. Et c'est là que l'on peut comprendre d'où vient le gain en performance.
Les cycles où les ports d'émission sont sous-utilisés existent systématiquement, que le processeur utilise l'exécution dans le désordre ou pas. Ils sont liés à la présence de dépendances de données, aux contraintes d’appariement, etc. Elles tendent à réduire la moyenne du nombre de µops émises par cycle. Par contre, ce sont les cycles de rattrapage, où les ports en surplus sont utilisés, qui font remonter la moyenne. Le gain en performance est donc lié à ces cycles de rattrapage, où les µops accumulées sont émises dans les ports en surplus. Et ils n'existent que sur les processeurs avec une file/fenêtre d'instruction.
Réduire le nombre de ports d'émission permet de garder des fenêtres d'instruction et un ROB simples, rapides et économes en énergie. Et mine de rien, c'est là un compromis important : à quoi bon augmenter le nombre de ports d'émission si c'est pour que ce soit compensé par une fréquence plus faible ? Par contre, réduire le nombre de ports augmente la ''port contention'', surtout si on a mal réparti les ALU. Il faut donc trouver un compromis entre réduire le nombre de ports d'émission d'un côté, réduire la ''port contention'' de l'autre.
La différence entre largeur de décodage et d'émission a un impact assez fort sur le banc de registre, et précisément sur son nombre de ports de lecture. Le banc de registre a besoin de plus de ports de lecture avec une fenêtre d’instruction qu'avec des stations de réservation. Rappelons la terminologie utilisée dans ce cours. Les fenêtres d'instruction se contentent de mémoriser la micro-opération et quelques bits pour détecter la disponibilité des opérandes. Par contre, les stations de réservations mémorisent aussi les opérandes des instructions. Et cette différence a une influence le nombre de ports de lecture du banc de registre.
Supposons que toutes les instructions sont dyadiques, à deux opérandes. Comptons le nombre de ports nécessaires pour alimenter les unités de calcul, sans utiliser d'arbitre de banc de registre. Avec une fenêtre d'instruction, il faut le double du nombre de ports d'émission. Mais avec des stations de réservation, il faut le double des ports de décodage. La raison est que les registres sont lus après émission avec une fenêtre d'instruction, avant avec des stations de réservation (sous-entendu, après le décodage). Or, comme dit plus haut, les processeurs superscalaires larges ont souvent plus de ports d'émission que de décodage.
===La superscalarité à fenêtres d'instruction décentralisées===
Les processeurs précédents utilisaient une unité d'émission simple, qui pouvait utiliser l'émission dans l'ordre ou dans le désordre. Elle peut être remplacée par une fenêtre d'instruction centralisée dans que cela quoi que ce soit aux explications précédentes, idem avec une station de réservation centralisée. En soi, l'exécution dans le désordre est donc totalement compatible avec une implémentation simple de la superscalarité. Par contre, des subtilités surviennent avec les fenêtres d'instruction décentralisées.
Pour rappel, sur ces processeurs, les µops sont émises en deux phases. Une première phase de ''dispatch'' qui envoie les µops vers la fenêtre d'instruction adéquate, sans détecter les dépendances de données. La seconde phase de ''schedule'' gère les dépendances de données, elle met en attente les µops en attendant que l'unité soit disponible pour les exécuter, en attendant aussi que les opérandes soient disponibles. Et à ce petit jeu, il y a une différence entre le nombre de µops qui sont ''dispatch par cycle'' et celles qui sont ''schedule''. Dit autrement, la largeur d'émission est scindée en une '''largeur de ''dispatch''''' et une '''largeur de ''schedule''.
Par exemple, prenons un processeur triple émission avec deux stations de réservation : une pour les µops entières/mémoire, et une autre pour les µops flottantes. L'unité d'émission peut ''dispatch'' maximum trois µops par cycle : soit trois µops entières/mémoire, soit trois flottantes, soit un mix de trois µops différentes. Les stations de réservation, quant à elles, peuvent chacune ''schedule'' 3 µops par cycle, vers trois ALUs entières pour la station de réservation entière/mémoire, vers trois FPS pour la station de réservation flottante. De quoi ''dispatch'' trois µops, mais d'en ''schedule'' six, à chaque cycle.
Et cet exemple ne sort pas de nulle part : les CPU x86 d'Intel et AMD sont globalement dans ce cas, même si les chiffres varient d'une microarchitecture à l'autre. L'exemple précédent colle parfaitement à la microarchitecture K7 d'AMD, utilisée sur les processeurs Athlon dans les années 2000.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=2.5|AMD K7, microarchitecture.]]
L'exemple précédent avait assez d'unités entières/flottantes pour couvrir toute la largeur de décodage/''Dispatch''. Mais ce n'est pas toujours le cas, comme va le montrer l'exemple suivant.
Le MIPS R10000, qui utilisait un mélange de files de µops et de fenêtres d'instructions : une file de µops les accès mémoire, une fenêtre pour les instructions entières et une autre pour les opérations flottantes. Les branchements et NOPs étaient exécutés dans une unité de branchement distincte. Les trois files/fenêtres peuvent mémoriser 16 µops. Le processeur avait deux ALU entières, une AGU de calcul d'adresse, un additionneur flottant et un multiplieur/diviseur flottant. Il y avait un multiplieur entier sur le port d'émission l'ALU 2.
Le processeur décodait 4 instructions par cycle et produisait jusqu'à 4µops, qui étaient redistribuées sur les trois fenêtres d'instructions. Chacune pouvait accepter 4 µops par cycle, ce qui fait que processeur pouvait ''dispatch'' 4 µops entières, ou 4 µops flottantes, ou 4 µops mémoire, ou un mélange de deux ou trois types de µops. Pour ce qui est du ''schedule'', la fenêtre d'instruction entière pouvait émettre 2 µops, la fenêtre flottante pouvait émettre une addition en même temps qu'une multiplication/divison flottante et qu'un branchement conditionnel flottant, et la file de µops mémoire ne pouvait émettre qu'une µop mémoire à la fois. En tout, cela fait 6 µops ''schedule'' pour 4 µops au ''dispatch''.
[[File:R 10000.png|centre|vignette|upright=2.5|MIPS R10000, microarchitecture.]]
===La superscalarité à fenêtres d'instruction totalement décentralisées===
Prenons un cas extrême de fenêtre d'instruction décentralisée : celui où chaque ALU entière a sa propre station de réservation. En clair : une fenêtre d'instruction par ALU/FPU ! On parle de '''fenêtres d'instruction totalement décentralisées'''. Vous vous dites que ce cas est un peu trop extrême pour être réaliste, mais il n'en est rien. C'est même très courant sur les architectures basse consommation, et sur pas mal de CPU x86 modernes.
Une telle organisation entraine une légère perte de performance, comparé à une fenêtre d'instruction centralisée ou partiellement décentralisée. Et cela peut se comprendre par un exemple. Imaginez un processeur avec deux ALU, donc deux stations de réservation. Il arrivera qu'une station de réservation ait plusieurs µops prêtes, alors que l'autre en ait zéro. Dans une telle situation, une seule µop sera émise au cycle suivant, vu que chaque station de réservation a un seul port d'émission vers une seule ALU entière. Par contre, avec une fenêtre d'instruction centralisée double port, on aurait pu émettre les deux µops en même temps sur deux ALUs séparées.
La perte de performance est donc liée au fait que les µops '''''prêtes''''' sont mal réparties dans les différentes stations de réservation. Il arrivera que des µops prêtes s'accumulent dans une station de réservation, alors que d'autres seront pleines, ou du moins sous-utilisées. Et ce n'est pas quelque chose qui peut être réglé à l'étape de ''dispatch'', car on ne sait pas encore quand les µops auront leurs opérandes de disponibles.
[[File:Comparaison entre une station de réservation totalement décentralisée et une autre qui ne l'est pas.png|centre|vignette|upright=2.5|Comparaison entre une station de réservation totalement décentralisée et une autre qui ne l'est pas.]]
Par contre, décentraliser totalement les fenêtres d'instruction entraine aussi un gain considérable en termes de consommation énergétique. Et c'est la raison pour laquelle les fenêtres d'instructions totalement décentralisées sont utilisées sur les architectures basse consommation. La perte de performance ne peut pas s'expliquer clairement à ce stade du cours, car il nous faudrait parler d'émission superscalaire. Le gain en matière d'énergie vient de l'économie de circuits, qui est assez drastique. Le gain en matière d'énergie vient de l'économie de circuits, qui est assez drastique.
Je rappelle qu'une station de réservation a besoin, pour N instructions, d'environ N^2 circuits (des comparateurs, notamment). Prenons une station de réservation centralisée de 64 entrées et comparons avec 8 stations de 8 entrées chacune. Les deux donneront 64 entrées, mais la première aura un cout en circuit proportionnel à 64², alors que le second aura un cout en circuit de 8 *(8²). Entre les deux, le choix est clair : la seconde solution est plus économe. D'où l'utilisation de cette solution sur les microarchitectures basse consommation.
===L'unité de renommage superscalaire===
Avec la superscalarité, l'unité de renommage de registre doit gérer le cas où des instructions consécutives ont des dépendances de registre. Par exemple, prenons un processeur à double émission, qui renomme deux instructions consécutives. Si elles ont une dépendance de registre, le renommage de la seconde instruction dépend du renommage de la première. La première doit être renommée et le résultat du renommage est utilisé pour renommer la seconde, ce qui empêche d'utiliser deux unités de renommage séparées.
Pour cela, elle renomme les registres sans tenir compte des dépendances, pour ensuite corriger le résultat.
[[File:Unité de renommage superscalaire.png|centre|vignette|upright=2|Unité de renommage superscalaire.]]
Seules les dépendances lecture-après-écriture doivent être détectées, les autres étant supprimées par le renommage de registres. Repérer ce genre de dépendances se fait assez simplement : il suffit de regarder si un registre de destination d'une instruction est un opérande d'une instruction suivante.
[[File:Détection des dépendances sur un processeur superscalaire.png|centre|vignette|upright=2|Détection des dépendances sur un processeur superscalaire.]]
Ensuite, il faut corriger le résultat du renommage en fonction des dépendances. Si une instruction n'a pas de dépendance avec une autre, on la laisse telle quelle. Dans le cas contraire, un registre opérande sera identique avec le registre de destination d'une instruction précédente. Dans ce cas, le registre opérande n'est pas le bon après renommage : on doit le remplacer par le registre de destination de l'instruction avec laquelle il y a dépendance. Cela se fait simplement en utilisant un multiplexeur dont les entrées sont reliées à l'unité de détection des dépendances. On doit faire ce replacement pour chaque registre opérande.
[[File:Correction des dépendances sur un processeur superscalaire.png|centre|vignette|upright=2|Correction des dépendances sur un processeur superscalaire.]]
==Les optimisations des processeurs superscalaires larges==
Les processeurs superscalaires larges ont des optimisations spécifiques, qui n'ont pas de sens sur les processeurs superscalaires étroits. Dans les grandes lignes, elles se classent en deux types. Les premières permettent de charger/décoder plus de 5-10 instructions simultanément. Le problème est alors que les branchements viennent mettre leur grain de sel et qu'il faut en tenir compte. Les secondes corrigent des problèmes qui apparaissent quand un CPU intègre plus de 5 à 10 unités de calcul.
===L'étape de chargement d'un CPU superscalaire large===
Charger plusieurs instructions pose de nombreux problèmes sur les processeurs superscalaires larges, qui émettent de 5 à 10 instructions simultanées. Pour rappel, la stratégie basique pour charger N instructions est de charger un bloc de N instructions consécutives. Les instructions après un branchement ne sont pas décodées ni exécutées, ce qui entraine une petite baisse de performance. Pour un N petit, la perte de performance est mineure. Mais pour un N large, elle devient suffisamment importante pour que la conception du CPU doit alors être repensée de fond en comble.
Les analyses statistiques disent qu'il y a environ un branchement tous les 4 à 6 instructions. Un CPU a donc tendance à décoder des paquets de 3 à 5 instructions consécutives, avant qu'un branchement casse la dynamique. Or, cela pose des problèmes pour utiliser plusieurs décodeurs. L'implémentation basique, qui charge N instructions consécutives pour alimenter N décodeurs, fonctionne donc jusqu'à 4/6 décodeurs. Au-delà de 5 instructions, un CPU superscalaire doit être adapté pour gérer les branchements dans les paquets d'instruction qu'il émet. Le nombre de 5 instructions ne sort donc pas de nulle part.
La première solution utilise un cache de µops, avec un ''front-end'' capable de charger/décoder 4/5 instructions à la fois, pas plus. L'idée est que la majorité des instructions proviennent du cache de µops (plus de 80%), ce qui fait qu'on peut émettre environ 10 instructions à partir du cache de µops, pas besoin d'avoir beaucoup de décodeurs. Les performances sont cependant dégradées lors d'un défaut de cache de µops. Les instructions doivent alors être chargées depuis le cache d'instruction, par paquets de 4-5, puis sont décodées par 4-5 décodeurs, ce qui ne permet pas d’alimenter les unités de calcul à plein régime.
La solution précédente joue sur la distinction entre pots de décodage et d'émission. Elle permet d'émettre un grand nombre de µops sans pour autant charger un grand nombre d'instructions en même temps. En quelque sorte, ce n'est qu'une méthode de contournement, le CPU superscalaire reste de type étroit. Mais il est aussi possible d'utiliser un '''''front-end large''''', capable de charger une bonne dizaine d'instructions en même temps. La seule difficulté est de tenir compte de la présence de branchements.
Pour rappel, avec un ''front-end'' étroit, les instructions situées après le premier branchement pris sont annulées, elles ne sont pas décodées ni exécutées.
[[File:Fetch sur un processeur superscalaire avec prediction de branchements.png|centre|vignette|upright=2|Fetch sur un processeur superscalaire avec prédiction de branchements.]]
Un ''front-end'' large charge les instructions de destination du branchement et les placent à sa suite. Ils chargent deux blocs à la fois et les fusionnent en un seul qui ne contient que les instructions présumées utiles.
[[File:Cache d'instructions autoaligné.png|centre|vignette|upright=2|Cache d'instructions auto-aligné.]]
Mais cela demande de charger deux blocs de mémoire en une fois, ce qui demande un cache d'instruction multiports. Il faut aussi ajouter un circuit pour assembler plusieurs morceaux de blocs en un seul : le fusionneur (''merger''). En pratique, cette solution demande d'ajouter un second port de lecture au cache, pour un cout en hardware important, avec un impact négatif sur le temps d'accès au cache. Et il faut rajouter le fusionneur, qui prend un étage de pipeline à lui tout seul. Et encore, cette solution ne gère pas le cas où un bloc contient plusieurs branchements !
[[File:Implémentation d'un cache d'instructions autoaligné.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache d'instructions auto-aligné.]]
Les exemples précédents partent du principe qu'il n'y a qu'un seul branchement dans un bloc. Mais quand les blocs deviennent assez longs, il est fréquent d'avoir plusieurs branchements dans un bloc. Et il est même possible d'avoir plusieurs branchements pris. Dans un bloc de 8-10 instructions, ce n'est pas rare, et les CPU superscalaires à 8-10 voies sont la règle dans les CPU des années 2020. Pour gérer ce cas, il faut ajouter des ports supplémentaires au cache d'instruction et adapter le fusionneur, pour qu'il puisse fusionner trois ou quatre blocs. De plus, il faut utiliser une unité de prédiction de branchement capable de ''prédire plusieurs branchements par cycle''.
===Le décodage superscalaire large===
Le décodage des instructions n'est pas censé dépendre de l'implémentation du chargement. En théorie, une fois plusieurs blocs d'instruction fusionnés, on peut décoder les instructions en parallèle. Cependant, certains processeurs effectuent le décodage en tenant compte de la manière dont les branchements découpent les blocs. Les processeurs Atom d'Intel utilisent une solution de ce type, qui couple prédiction de branchement et décodage parallèle.
Ils chargent/décodent des paquets de 3 instructions consécutives, chaque paquet étant séparé du précédent par un branchement. Pour cela, en plus d'avoir un fusionneur adapté, ils regroupent les décodeurs en ''clusters'', chacun regroupant 3 décodeurs, et pouvant décoder trois instructions consécutives. Les micro-architectures Tremont et Crestmont avaient deux ''clusters'' (6 décodeurs au total), la micro-architecture Skymont en intègre trois (9 décodeurs au total).
Avec deux ''clusters'', le fonctionnement est le suivant. Si le code est composé d'une suite d'instruction sans branchements, seul le premier ''cluster'' est utilisé, limitant le décodage à trois instructions par cycle. Par contre, si l'une des trois instructions décodée est un branchement, alors le second ''cluster'' décode les trois instructions situées après ce branchement, à partir de l'adresse de destination. Avec un troisième ''cluster'', c'est la même chose, sauf qu'il faut qu'il y ait un branchement dans les trois instructions décodées par le second ''cluster''.
Mais comment faire pour savoir quels décodeurs activés, quels ''clusters'' sont actifs ? C'est la prédiction de branchement qui commande. Avec deux ''clusters'', elle détermine si un branchement est présent dans les trois instructions à charger, et quelle est son adresse de destination. Sans branchement, elle prévient les décodeurs et les trois instructions chargées sont décodées dans un ''cluster'' libre. Si elle prédit un branchement, elle charge les instructions adéquates, et active les deux ''clusters''. Avec trois branchements, c'est le même mécanisme, sauf que l'unité de prédiction de branchement doit être capable de prédire deux branchements par cycle.
Il faut noter que les décodeurs d'un ''cluster'' sont des décodeurs simples, sans microcode. Sur les processeurs Tremont et Crestmont, le microcode était unique et était partagé entre tous les ''clusters''. Un seul ''cluster'' pouvait décoder une instruction complexe avec le microcode, l'autre devait se limiter à des instructions simples uniquement. Depuis Skymont, le microcode est partiellement dupliqué, avec un microcode par ''cluster''.
Le cout en hardware peut paraitre prohibitif, pour un gain en performance faible. Sauf que c'est oublier que ce sont des processeurs Atom, sur lesquels beaucoup d'instructions sont microcodées. Les processeurs Atom ont un budget en transistor limité, ce qui fait qu'il est préférable pour eux d'implémenter des instructions en microcode que d'utiliser des unités de calcul dédiées ou des circuits de décodage complexes. Pour limiter la casse, le microcode n'est que partiellement dupliqué. Seul le microcode pour les instructions fréquente est dupliqué. Il y a un microcode secondaire pour certaines instructions, qui est lui unique et partagé par tous les ''clusters''.
===Le contournement sur les processeurs superscalaires larges===
Pour rappel, la technique du contournement (''register bypass'') permet au résultat d'une instruction d'être immédiatement utilisable en sortie de l'ALU, avant même d'être enregistré dans les registres. Implémenter la technique du contournement demande d'utiliser des multiplexeurs pour relier la sortie de l'unité de calcul sur son entrée si besoin. Il faut aussi des comparateurs pour détecter des dépendances de données.
[[File:Pipeline Bypass.png|centre|vignette|upright=1|Pipeline Bypass]]
La sortie de chaque ALU doit être reliée aux entrées de toutes les autres, avec les comparateurs qui vont avec. Sur les processeurs ayant plusieurs d'unités de calculs, cela demande beaucoup d’interconnexions et de comparateurs. Pour N unités de calcul, cela demande 2 * N² interconnexions, implémentées avec 2N multiplexeurs de N entrées chacun. Si c'est faisable pour 2 ou 3 ALUs, la solution est impraticable au-delà. Non seulement ce serait un enfer à câbler, mais les fils seraient tellement longs que la fréquence du processeur en prendrait un coup.
Notez que cela vaut pour les processeurs superscalaires, mais aussi pour tout processeur avec beaucoup d'unités de calcul. En théorie, un CPU à exécution dans le désordre, non-superscalaire, mais avec beaucoup d'unités de calcul, fait face au même problème. En pratique, avoir une dizaine d'ALU implique processeur superscalaire à exécution dans le désordre. D'où le fait qu'on parle du problème maintenant.
La seule solution praticable est de ne pas relier toutes les unités de calcul ensemble. À la place, on préfère regrouper les unités de calcul dans différents '''agglomérats''' ('''cluster'''). Le contournement est alors possible entre les unités d'un même agglomérat, mais pas entre agglomérats différents. Évidemment, certaines possibilités de contournement sont perdues, mais c'est compensé par un gain en fréquence et un cout en circuit/fils réduit. C'est un bon compromis, ce qui explique que presque tous les processeurs modernes l'utilisent. Les rares exceptions sont les processeurs POWER 4 et POWER 5, qui ont préféré se passer de contournement pour garder un processeur très simple et une fréquence élevée.
===Le banc de registre des processeurs superscalaires larges===
Pour émettre deux opérations entières simultanément, il faut lire deux fois plus d'opérandes. Et il faut aussi écrire deux résultats dans les registres, en même temps. Pour cela, on double les ports du banc de registre. En général, il faut au maximum 2 ports de lecture et un port d'écriture par unité de calcul. Le problème, c'est que plus un banc de registres a de ports, plus il utilise de circuits, est compliqué à concevoir, consomme de courant et chauffe. Avec plusieurs dizaines d'unités de calcul différentes, ajouter autant de ports impacterait la fréquence du banc de registres et réduirait les performances, voire est totalement impraticable à cause des contraintes thermiques. Les processeurs superscalaires larges doivent donc trouver des solutions.
La première solution utilise un banc de registre unique, mais n'utilise pas autant de ports que le pire des cas le demanderait. Le processeur détecte quand il n'y a pas assez de ports pour servir toutes les micro-opérations. Quand ça arrive, l'unité d'émission émet assez de micro-opérations pour exploiter les ports disponibles, mais met en attente les micro-opérations en trop, le temps que les ports se libèrent. Pour cela, le banc de registre est géré par un circuit d'arbitrage spécialisé, intégré à l'unité d'émission, l’'''arbitre du banc de registres''' (''register file arbiter'').
Une autre solution est de dupliquer le banc de registres en plusieurs exemplaires qui contiennent exactement les mêmes données, mais avec moins de ports de lecture/écriture. Un exemple est celui des processeurs POWER, Alpha 21264 et Alpha 21464. Sur ces processeurs, le banc de registre est dupliqué en plusieurs exemplaires, qui contiennent exactement les mêmes données. Les écritures dans les registres sont envoyées à tous les bancs de registres, afin de garantir que leur contenu est identique. Chaque exemplaire a exactement deux ports de lecture. La conception du processeur est simplifiée, que ce soit au niveau du câblage, que de la conception des bancs de registres.
Une dernière solution découpe le banc de registres en plusieurs bancs de registres plus petits, avec un réseau d'interconnexions pour échanger des données entre bancs de registres. Dans la plupart des cas, cette séparation est invisible du point de vue de l'assembleur et du langage machine. Le processeur se charge de transférer les données entre bancs de registres suivant les besoins. Sur d'autres processeurs, les transferts de données se font via une instruction spéciale, souvent appelée ''COPY''.
[[File:Banc de registres distribué.png|centre|vignette|upright=2|Banc de registres distribué.]]
Sur de certains processeurs, un branchement est exécuté par une unité de calcul spécialisée. Or les registres à lire pour déterminer l'adresse de destination du branchement ne sont pas forcément dans le même agglomérat que cette unité de calcul. Pour éviter cela, certains processeurs disposent d'une unité de calcul des branchements dans chaque agglomérat. Dans les cas où plusieurs unités veulent modifier le ''program counter'' en même temps, un système de contrôle général décide quelle unité a la priorité sur les autres. Mais d'autres processeurs fonctionnent autrement : seul un agglomérat possède une unité de branchement, qui peut recevoir des résultats de tests de toutes les autres unités de calcul, quel que soit l’agglomérat.
==La macro-fusion : une optimisation du décodage parallèle==
Les processeurs superscalaires supportent la technique dite de '''macro-fusion''', qui permet de fusionner deux-trois instructions consécutives en une seule micro-opération. Par exemple, il est possible fusionner une instruction de test et une instruction de saut en une seule micro-opération de branchement. Il s'agit là de l'utilisation la plus importante de la macro-fusion sur les processeurs x86 modernes.
La macro-fusion est utilisée pour fusionner un test et un saut en un branchement unique. L'optimisation est présente sur la plupart des CPU superscalaires modernes. Les CPU x86 l'implémentent, mais aussi quelques CPU ARM et les processeurs Apple de série M (M1 à M5, et potentiellement plus quand ils seront sortis). La fusion des instructions se fait lors du décodage des instructions, grâce à la coopération des décodeurs. Elle marche systématiquement si l'instruction de test et le saut sont consécutives, qu'elles forment bien une paire d'instruction. Par contre, insérer une instruction entre les deux empêche la macro-fusion de faire son travail, sauf si l'instruction insérée est un NOP.
Les processeurs ARM64 avaient une forme spécifique de macro-fusion, utilisée pour un cas très précis : charger une constante immédiate de 32 ou 64 bits, dans un registre 64 bits. Les CPU ARM 64 bits utilisent des instructions codées sur 32 bits, qui ne peuvent encoder que des constantes immédiates de 16 bits. Pour charger une constante de 32/64 bits, il faut s'y prendre en plusieurs fois. Une première instruction MOVZ charge les 16 premiers bits, puis 2 à 4 instructions MOVK remplissent le reste. MOVZ met à zéro les 48 bits de poids fort, MOVK permet de sélectionner le doublet à modifier dans le registre (on modifie 16 bits, dont on choisit la place, le reste du registre est laissé tel quel). ARM permet de fusionner cette suite d'instructions en une seule µop MOV avec une constante immédiate. On parle alors de '''''MOVZ + MOVK fusion'''''.
Une dernière utilisation, [https://www2.eecs.berkeley.edu/Pubs/TechRpts/2016/EECS-2016-130.pdf proposées pour le jeu d'instruction RISC-V], fusionnait un calcul d'adresse et une instruction LOAD/STORE en une seule instruction d'accès mémoire. Elle a été envisagée à une époque où le jeu d'instruction RISC-V ne gérait pas les modes d'adressage base + indice. L'idée était d'avoir une unité mémoire qui gérait le mode d'adressage base + indice et de fusionner des instructions pour l'exploiter. Mais de nos jours, le jeu d'instruction RISC-V intègre le mode d'adressage base + indice, ce qui fait que la macro-fusion n'a aucun intérêt pour ce cas précis.
La macro-fusion a de nombreuses limitations en pratique. En théorie, on pourrait l'utiliser au-delà des deux situations mentionnées plus haut. Par exemple, pour fusionner une addition et une multiplication en une seule instruction MAD. Mais l'intérêt est assez faible. Notons que la macro-fusion ne permet que de fusionner des paires d'instructions. Aller au-delà demanderait un cout en circuit trop important. Déjà que tester deux paires utilise pas mal de comparateurs...
==Le ''stack engine'' : une optimisation de la pile d'appel==
Les processeurs modernes intègrent une optimisation liée au pointeur de pile. Pour rappel, sur les architectures modernes, le pointeur de pile est un registre utilisé pour gérer la pile d'appel, précisément pour savoir où se trouve le sommet de la pile. Il est manipulé par les instructions CALL, RET, PUSH et POP, mais aussi par les instructions d'addition/soustraction pour gérer des cadres de pile de taille variable. De plus, il peut servir d'opérande pour des instructions LOAD/STORE, afin de lire/écrire des variables locales, les arguments d'une fonction, et autres. C'est donc un registre général adressable, intégré au banc de registre, altéré par l'unité de calcul entière.
L'incrémentation/décrémentation du pointeur de pile passe donc par l'unité de calcul, lors des instructions CALL, RET, PUSH et POP. Mais, l'optimisation que nous allons voir permet d'incrémenter/décrémenter le pointeur de pile sans passer par l'ALU, ou presque. L'idée est de s'inspirer des architectures avec une pile d'adresse de retour, qui intègrent le pointeur de pile dans le séquenceur et l'incrémentent avec un incrémenteur dédié.
===Le ''stack engine''===
L'optimisation que nous allons voir utilise un '''''stack engine''''' intégré à l'unité de contrôle, au séquenceur. Le processeur contient toujours un pointeur de pile dans le banc de registre, cela ne change pas. Par contre, il n'est pas incrémenté/décrémenté à chaque instruction CALL, RET, PUSH, POP. Un compteur intégré au séquenceur est incrémenté à la place, nous l’appellerons le '''compteur delta'''. La vraie valeur du pointeur de pile s'obtient en additionnant le compteur delta avec le registre dans le banc de registre. Précisons que si le compteur delta vaut zéro, la vraie valeur est dans le banc de registre et peut s'utiliser telle quelle.
Lorsqu'une instruction ADD/SUB/LOAD/STORE utilise le pointeur de pile comme opérande, elle a besoin de la vraie valeur. Si elle n'est pas dans le banc de registre, le séquenceur déclenche l'addition compteur-registre pour calculer la vraie valeur. Finalement, le banc de registre contient alors la bonne valeur et l'instruction peut s'exécuter sans encombre.
L'idée est que le pointeur de pile est généralement altéré par une série d'instruction PUSH/POP consécutives, puis des instructions LOAD/STORE/ADD/SUB utilisent le pointeur de pile final comme opérande. En clair, une bonne partie des incrémentations/décrémentation est accumulée dans le compteur delta, puis la vraie valeur est calculée une fois pour toutes et est utilisée comme opérande. On accumule un delta dans le compteur delta, et ce compteur delta est additionné quand nécessaire.
Précisons que le compteur delta est placé juste après le décodeur d'instruction, avant même le cache de micro-opération, l'unité de renommage et l'unité d'émission. Ainsi, les incrémentations/décrémentations du pointeur de pile disparaissent dès l'unité de décodage. Elles ne prennent pas de place dans le cache de micro-opération, ni dans la fenêtre d'instruction, ni dans la suite du pipeline. De nombreuses ressources sont économisées dans le ''front-end''.
Mais utiliser un ''stack engine'' a aussi de nombreux avantages au niveau du chemin de données/''back-end''. Déjà, sur les processeurs à exécution dans le désordre, cela libère une unité de calcul qui peut être utilisée pour faire d'autres calculs. Ensuite, le compteur delta mémorise un delta assez court, de 8 bits sur le processeur Pentium M, un peu plus pour les suivants. L'incrémentation se fait donc via un incrémenteur 8 bits, pas une grosse ALU 32/64 bits. Il y a un gain en termes de consommation d'énergie, un incrémenteur 8 bits étant moins gourmand qu'une grosse ALU 32/64 bits.
===Les points de synchronisation du delta===
La technique ne fonctionne que si la vraie valeur du pointeur de pile est calculée au bon moment, avant chaque utilisation pertinente. Il y a donc des '''points de synchronisation''' qui forcent le calcul de la vraie valeur. Plus haut, nous avions dit que c'était à chaque fois qu'une instruction adresse le pointeur de pile explicitement, qui l'utilise comme opérande. Les instructions CALL, RET, PUSH et POP ne sont pas concernées par elles utilisent le pointeur de pile de manière implicite et ne font que l'incrémenter/décrémenter. Mais dans les faits, c'est plus compliqué.
D'autres situations peuvent forcer une synchronisation, notamment un débordement du compteur delta. Le compteur delta est généralement un compteur de 8 bits, ce qui fait qu'il peut déborder. En cas de débordement du compteur, le séquenceur déclenche le calcul de la vraie valeur, puis réinitialise le compteur delta. La vraie valeur est donc calculée en avance dans ce cas précis. Précisons qu'un compteur delta de 8 bits permet de gérer environ 30 instructions PUSH/POP consécutives, ce qui rend les débordements de compteur delta assez peu fréquent. À noter que si le compteur delta vaut zéro, il n'y a pas besoin de calculer la vraie valeur, le séquenceur prend cette situation en compte.
Un autre point de synchronisation est celui des interruptions et exceptions matérielles. Il faut que le compteur delta soit sauvegardé lors d'une interruption et restauré quand elle se termine. Idem lors d'une commutation de contexte, quand on passe d'un programme à un autre. Pour cela, le processeur peut déclencher le calcul de la vraie valeur lors d'une interruption, avant de sauvegarder les registres. Pour cela, le processeur intègre un mécanisme de sauvegarde automatique, qui mémorise la valeur de ce compteur dans le tampon de réordonnancement, pour forcer le calcul de la vraie valeur en cas de problème.
La technique du ''stack engine'' est apparue sur les processeurs Pentium M d'Intel et les processeurs K10 d'AMD, et a été conservée sur tous les modèles ultérieurs. L'implémentation est cependant différente selon les processeurs, bien qu'on n'en connaisse pas les détails et que l'on doive se contenter des résultats de micro-benchmarks et des détails fournit par Intel et AMD. Selon certaines sources, dont les manuels d'optimisation d'Agner Fog, les processeurs AMD auraient moins de points de synchronisation que les processeurs Intel. De plus, leur ''stack engine'' serait placé plus loin que prévu dans le pipeline, après la file de micro-opération.
==La micro-fusion et la délamination==
La '''micro-fusion''' est une optimisation qui retarde le décodage réel de certaines instructions assez loin dans le pipeline. Elle concerne surtout les instructions ''load-op'', mais pas que. D'autres instructions mémoire peuvent subir cette optimisation. L'essentiel est que, sans micro-fusion, ces instructions sont décodées en plusieurs micro-opérations. La micro-fusion retarde le décodage final de ces instructions, qui se fait assez tard dans le pipeline. Pour comprendre l'intérêt, nous allons devoir faire quelques explications.
L'optimisation en question fait le décodage en deux temps. Prenons l'exemple d'une opération ''load-op'', qui est censée être décodée en deux micro-opérations : une lecture, puis une opération. Le décodage produit une '''macro-opération''' (terme d'Intel), qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. La macro-opération est techniquement une micro-opération comme une autre, sauf que ce n'est pas la micro-opération finale. L'unité d'émission découpe cette macro-opération en deux micro-opérations, qui sont émises l'une après l'autre. Pour résumer, les instructions ''load-op'' ne sont complétement découpées en micro-opération lors de l'émission, pas lors du décodage.
L'optimisation impacte ce qui se situe entre le décodeur d'instruction et l'unité d'émission : l'unité de renommage, la file de micro-opérations, le ''Loop Stream Detector'' et/ou le cache de micro-opération. L'intérêt de l'optimisation est que l'on fusionne deux micro-opérations en une seule macro-opération. Le cache de micro-opération et la file de micro-opération peuvent mémoriser plus de micro-opérations, vu que certaines sont fusionnées. Quant à l'unité de renommage, elle renomme une seule macro-opération au lieu de renommer deux micro-opérations, ce qui augmente le débit du renommage de registre. Par contre, cela complique un peu le travail de l'unité d'émission, qui doit découper les instructions ''load-op'' en deux et émettre les micro-opérations l'une après l'autre.
Il faut noter qu'il n'y a pas de fusion proprement dite. Le décodeur ne décode pas deux micro-opérations séparées, avant de les fusionner. En réalité, il génère directement une macro-opération, qui correspond à deux micro-opérations, que ce soit plus tard dans le pipeline ou sur une autre architecture. D'ailleurs, la micro-fusion a lieu à l'intérieur d'une instruction, qui est censée être traduite en plusieurs micro-opérations. Et encore : pas toutes. La conséquence est que la technique n'a de sens que sur les processeurs CISC, avec des instructions assez complexes pour être décodées en plusieurs micro-opérations. En pratique, seuls les CPU x86 sont concernés.
===Les domaines de fusion===
La micro-fusion n'est pas spécifique aux processeurs superscalaires. En théorie, on peut l'implémenter sur un processeur non-superscalaire à émission dans l'ordre. Cependant, je ne connais aucun processeur à émission dans l'ordre qui implémente la micro-fusion, même si son implémentation est en théorie possible sur de tels processeurs. La micro-fusion est implémentée différemment selon que l'émission se fasse dans l'ordre, dans le désordre, avec une fenêtre d'instruction, avec des stations de réservation, etc.
J'ai dit plus haut que les micro-opérations sont générées lors de l'émission, mais le moment exact varie suivant le processeur. Pour simplifier le tout, nous parlerons de '''scission''' quand le processeur traduit une macro-opération en deux/trois micro-opérations. Le moment où a lieu la scission est théoriquement dans l'unité d'émission, mais celle-ci prend plusieurs formes selon que le processeur utilise l'émission dans l'ordre, dans le désordre, avec une fenêtre d'instruction, avec des stations de réservation, etc.
Les processeurs à exécution dans l'ordre sont le cas le plus simple. L'unité d'émission est alors en charge du découpage des macro-opérations en micro-opérations. La file de micro-opération ou le cache de micro-opérations mémorisent des macro-opérations. À l'opposé, le tampon de ré-ordonnancement mémorise lui des micro-opérations. Le reste du processeur n'est pas affecté.
Sur les processeurs à exécution dans le désordre, les différences sont nombreuses. Le tampon de ré-ordonnancement peut mémoriser soit les micro-opérations finales, soit des macro-opérations. Il en est de même avec la fenêtre d'instruction et/ou les stations de réservation, qu'elles soient centralisées ou décentralisées. Tout dépend de comment se fait l'implémentation.
Une implémentation simple effectue la scission des macro-opérations dans l'unité d'émission, comme sur les processeurs à exécution dans l'ordre. Sur de nombreux processeurs, l'unité d'émission et de renommage sont simplement fusionnées, ce qui fait que la scission a lieu juste après le renommage de registres. En conséquence, le tampon de re-ordonnancement et les fenêtres d'instruction ne voient que des micro-opérations. Les macro-opérations disparaissent juste avant. Cette implémentation est préférée avec une fenêtre d'instruction centralisée, car on voit mal comment scinder une macro-opération juste avant l'ALU.
Une autre implémentation fait la scission en sortie de la fenêtre d'instruction ou des stations de réservation, qu'elles soient centralisées ou décentralisées. Dans ce cas, le tampon de re-ordonnancement fait de même. L'avantage est que le tampon de ré-ordonnancement stocke des macro-opérations, ce qui augmente sa taille effective. Par exemple, il utilise une seule entrée pour une instruction ''load-op'', au lieu de deux sans micro-fusion de ce type.
===La délamination===
La scission peut parfois avoir lieu plus tôt, dans des circonstances très précises. Concrètement, cela ne concerne que quelques micro-architectures d'Intel, pour des instructions très précises. La raison est les limitations du format des micro-opérations, pas une histoire d'optimisation. Le processeur aimerait pouvoir faire la micro-fusion, mais ne peut pas à cause de ces limitations. Une telle situation cause alors une '''délamination''' : les micro-opérations sont scindées précocement.
Par exemple, sur la micro-architecture SandyBridge d'Intel, les opérations ''load-op'' sont fusionnées, sauf si elles utilisent l'adressage indicé. Les micro-opérations de ce processeur ne peuvent avoir que deux opérandes. Trois opérandes est de trop, et les opérations ''load-op'' en adressage indicé dépassent cette limite. Dans ce cas, les micro-opérations sont fusionnées en sortie du décodeur, mais sont scindés avant d’entrer dans la file de micro-opération. L'avantage n'est pas évident, vu que l'unité de renommage suit de près le décodeur d'instruction. Il est que le cache de micro-opérations mémorise des macro-opérations, pas deux micro-opérations.
===La micro-fusion des processeurs Intel et AMD===
La micro-fusion est apparue sur le Pentium M d'Intel, et a été conservée telle quelle sur les processeurs Intel suivants. Les processeurs AMD supportent la micro-fusion depuis au moins la micro-architecture AMD K8. Mieux que ça, la délamination n'était pas utilisée car les micro-opérations acceptaient plus de 2 opérandes. Que ce soit chez AMD ou Intel, elle concerne deux types d'instructions : les écritures mémoire et les instructions ''load-op''.
Sur le Pentium M, il y avait quelques limitations, l'optimisation se limitant par exemple aux registres entiers et flottants, mais pas aux registres MMX, mais pas les registres SSE (nous verrons ces registres dans quelques chapitres). Mais les processeurs modernes n'ont plus cette limitation. La micro-fusion des CPU Intel concerne deux types d'instructions : les écritures mémoire et les instructions ''load-op''.
Pour les écritures, la situation est plus complexe que pour les instructions ''load-op''. Sur les processeurs Intel précédents, les écritures étaient réalisées dans deux unités séparées : le calcul d'adresse dans une unité de calcul, l'écriture proprement dite dans l'unité mémoire. Elles prenaient donc deux micro-opérations. Le processeur a changé ses unités mémoire, ce qui fait qu'elle pouvait faire les deux en une seule micro-opération. Il s'agissait alors d'une optimisation du chemin de données, plus que de la micro-fusion proprement dite, mais je la mentionne ici malgré tout.
La micro-fusion sur ce processeur avait un avantage en plus des avantages usuels : elle utilisait mieux les décodeurs. Les Pentium M avaient trois décodeurs pour décoder plusieurs instructions en même temps, chose qu'on détaillera dans le chapitre sur les processeurs superscalaires. Un seul décodeur pouvait décoder toutes les instructions, les deux autres ne peuvent décoder que les instructions simples, qui se décodent en une seule micro-opération. Avec la micro-fusion, les trois décodeurs peuvent gérer les écritures mémoire et les opérations ''load-op'', vu qu'elles deviennent des instructions simples. Sans cela, elles auraient été limitées au premier décodeur.
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wikitext
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Les processeurs vus auparavant ne peuvent émettre au maximum qu'une instruction par cycle d'horloge. Ils peuvent avoir plusieurs instructions qui s'exécutent en même temps, dans des unités de calcul séparées. C'est le cas dès qu'une instruction multi-cycles s'exécute. Par contre, ils ne peuvent démarrer qu'une seule instruction par cycle. Et quand on court après la performance, ce n'est pas assez ! Les concepteurs de processeurs ont inventés des processeurs qui émettent plusieurs instructions par cycle : les '''processeurs à émissions multiples'''.
Un processeur à émission multiple charge plusieurs instructions en même temps, les décode en parallèle, puis les émet en même temps sur des unités de calculs séparées. Pour cela, il faut gérer les dépendances entre instructions, répartir les instructions sur différentes unités de calcul, et cela n'est pas une mince affaire. En général, pour un processeur à émission multiple capable d'émettre N instructions en parallèle, on parle de '''processeur à N voies''', ou encore un ''processeur à N pipelines''.
[[File:Superscalarpipeline.svg|centre|vignette|upright=1.5|Pipeline RISC classique à cinq étages sur un processeur superscalaire. On voit bien que plusieurs instructions sont chargées en même temps.]]
Les processeurs à émission multiple sont de deux types : les processeurs VLIW et les '''processeurs superscalaires'''. Nous mettons les processeurs VLIW de côté en attendant le prochain chapitre. La raison est qu'ils ont un jeu d'instruction spécialisé qui expose le parallélisme d'instruction directement au niveau du jeu d'instructions, là où les processeurs superscalaires restent des processeurs au jeu d'instruction normal. La différence principale entre processeur VLIW et superscalaire est qu'un processeur superscalaire répartit les instructions sur les unités de calcul à l’exécution, là où un processeur VLIW délègue cette tâche au compilateur.
==Le nombre de voies d'un processeur superscalaire==
Les processeurs superscalaires les plus simples ne permettent que d'émettre deux micro-opérations à la fois, d'où leur nom de processeur ''dual issue'', ce qui se traduit en '''processeur à double émission'''. Les processeurs triple émission permettent eux d’émettre trois instructions à la fois. A l'opposé, les CPU superscalaires les plus puissants peuvent émettre jusqu'à 8-10 instructions simultanément. En 2026, les CPU superscalaires peuvent monter jusqu’à 10 µops émises en même temps, ce qui est énorme !
Et cela nous amène à faire une distinction entre les processeurs superscalaires dits '''étroits''' et ceux dits '''larges'''. Dans ce wikilivre, on part du principe que les processeurs superscalaires étroits émettent jusqu'à 4-5 µops à la fois, alors que les larges peuvent en émettre plus, l'intervalle entre les deux est une zone grise. Le nombre exact n'est pas fixé dans le marbre, la distinction est volontairement vague.
Nous parlerons de la '''largeur d'un CPU superscalaire''' pour parler du nombre de voies, du nombre de µops émises en même temps. Plus un CPU superscalaire est large, plus il est performant ''toute chose égale par ailleurs''. Mais dans les faits, vous pouvez oublier la partie en italique. Élargir un CPU superscalaire demande de rajouter beaucoup de circuits. Et ce cout en circuit aura un impact sur la performance. A budget en transistors limité, il y a un compromis entre élargir un CPU et rajouter du cache ou la taille des fenêtres d'instructions/ROB et autres.
===Les contraintes d’appariement===
Prenons un processeur double émission, capable d'émettre deux instructions simultanément. Émettre deux instructions en même temps n'est pas toujours possible. Par exemple, si deux instructions sont dépendantes, on ne peut pas les émettre en même temps. Mais oublions un instant ces histoires de dépendances de données, et partons du principe que le CPU ait affaire à deux instructions indépendantes, une paire idéale. Un CPU double émission "parfait" pourrait exécuter n'importe quelle paire d'instruction. Par exemple, il pourrait émettre deux multiplications consécutives, deux lectures consécutives, une lecture et une écriture en même temps, etc.
En pratique, aucun processeur ne permet cela. Implémenter un CPU superscalaire "parfait" aurait un cout en circuit beaucoup trop conséquent. Par exemple, pour émettre deux multiplications en même temps, il faudrait deux multiplieurs séparés. Idem pour exécuter deux accès mémoire simultané : cela demande d'avoir deux unités mémoire et un cache multiport. Mais en pratique, aucun CPU superscalaire ne fait cela. La totalité des CPU double émission se débrouille avec un seul circuit multiplieur et une seule unité mémoire.
Et cela entraine l'apparition de dépendances structurelles, qui font que certaines paires d'instructions sont impossibles. Par exemple, impossible d'émettre deux multiplications en même temps avec un seul circuit multiplieur. Mais émettre une multiplication en parallèle d'une addition est parfaitement possible. Il y a donc des paires d'instructions autorisées et des paires interdites. Et la logique est la même sur les CPU à triple ou quadruple émission, et au-delà. : des triplets ou quadruplet d'instructions sont impossibles à émettre simultanément, alors que d'autres le sont. Pour le dire autrement, il y a des '''contraintes d'appariement''' sur les instructions à émettre en même temps.
===L'impact des contraintes d’appariement sur la performance===
Ces contraintes d’appariement ont un impact sur les performance, mais celui-ci peut être grandement mitigé. Les programmes informatiques utilisent en pratique beaucoup plus d'opérations entières de base que de multiplication, branchements et accès mémoire. Il y a environ 5 opérations entières de base pour une multiplication entière. En pratique, il est rare de devoir exécuter deux multiplications à la fois. Idem pour les décalages et rotations, qui sont assez éloignés les uns des autres. Deux branchements consécutifs sont quant à eux plus fréquents. Deux accès mémoire consécutifs est assez rare, mais ils restent assez proches les uns des autres malgré tout.
La conséquence est que certaines paires d'instructions sont privilégiées par rapport au reste. Les paires regroupant deux calculs basiques (additions, soustractions, ...) sont systématiquement supportées, car dupliquer des ALU entières est facile. Les paires regroupant un calcul et une autre instruction sont elles aussi systématiquement supportées. Par contre, les paires avec deux branchements, deux accès mémoire, deux décalages/rotations, ou deux multiplications/divisions sont fréquemment interdites. Seuls les CPU superscalaires larges peuvent les permettre, et encore : sous conditions. Le résultat est que le processeur peut se débrouiller avec une seule unité mémoire et une unité de branchement.
===Terminologie pour la suite du chapitre===
Décrire les contraintes d’appariement demande de dire quelles combinaisons d’instructions sont autorisées ou interdites. Et pour cela, nous allons introduire les abréviations suivantes :
* INT est un raccourcis pour parler d'une opération entière simple, qu'une ALU entière peut exécuter.
* MUL correspond à une opération entière complexe, typiquement une multiplication, éventuellement à une division.
* FLOAT désigne une opération flottante, peut importe laquelle.
* MEM désigne un accès mémoire, à savoir une instruction ou µop mémoire.
* BRANCH désigne une instruction de branchement.
Cette terminologie permettra de définir des paires d'instructions, qu'elles soient possibles ou interdites. Par exemple, l'expression INT + FLOAT désigne une paire d'instruction regroupant une instruction entière et une instruction flottante, peu importe l'ordre des deux instructions. Il en sera de même pour les triplets, quadruplets, ou plus. Par exemple, l'expression INT + INT + FLOAT + MUL désigne un quadruplet d'instructions regroupant : deux instructions entières, une instruction flottante, et une multiplication entière.
J'utiliserais aussi des parenthèses pour regrouper certaines combinaisons. Par exemple, l'expression INT + (MUL /FLOAT) veut parler d'une paire d'instruction où la première est une opération entière basique, la seconde est : soit une multiplication, soit une opération flottante.
==Le ''front-end'' des processeurs superscalaires==
Un processeur superscalaire doit charger, décoder, et exécuter plusieurs instructions par cycle. Par exemple, un processeur triple émission doit charger 3 instructions lors d'un premier cycle, puis les décoder au cycle suivant, et les exécuter au cycle suivant. Il travaille donc pas paquets de 3 instructions, dans cet exemple.
Intuitivement, charger, décoder et exécuter plusieurs instructions à la fois demande de dupliquer des circuits. Par exemple, il faut dupliquer les décodeurs pour décoder plusieurs instructions. Les unités de calcul sont aussi dupliquées, sauf sur certaines processeurs qui arrivent à ruser, mais laissons cela de côté pour plus tard. Mais d'autres circuits sont simplement modifiés, comme l'unité de chargement ou l'unité d'émission. Voyons ce qu'il en est dans le détail.
{|class="wikitable"
|-
! rowspan="2" | Processeur sans émission multiple
| rowspan="2" | Chargement
| rowspan="2" | Décodage
| rowspan="2" | Renommage
| rowspan="2" | Émission
| Exécution / ALU
| rowspan="2" | ''Commit''/ROB
|-
| Exécution / ALU
|-
! rowspan="4" | Processeur superscalaire
| rowspan="4" | Chargement
| rowspan="2" | Décodage
| rowspan="4" | Renommage
| rowspan="4" | Émission
| Exécution / ALU
| rowspan="4" | ''Commit''/ROB
|-
| Exécution / ALU
|-
| rowspan="2" | Décodage
| Exécution / ALU
|-
| Exécution / ALU
|}
Nous allons d'abord voir ce qu'il en est pour le ''front-end'', à savoir la partie du CPU qui s'occupe de charger et décoder les instructions. Elle regroupe l'unité de chargement, les décodeurs, l'unité de prédiction de branchement, la file de µops, la file d'instruction, et divers caches. En soi, les changements portent surtout sur l'unité de chargement et les décodeurs.
===Le chargement de plusieurs instructions consécutives===
Un processeur superscalaire charge plusieurs instructions en même temps, ''en tenant compte de la présence de branchements''. La partie en italique est importante et elle a une conséquence très forte : la manière de faire est fortement différente entre un CPU superscalaire étroit et large.
Un CPU superscalaire étroit fait au plus simple : il charge un bloc de 2, 3, 4 instructions consécutives en mémoire RAM. Il faut alors doubler/tripler/quadrupler la taille du bus connecté au cache d'instruction. Par exemple, pour charger quatre instructions de 32 bits chacune, il suffit de lire un bloc de 128 bits dans le cache d'instruction. Un bloc de 8, 16, 32 octets est donc lu depuis le cache et est ensuite découpé en instructions, envoyées chacun à un décodeur.
Charger plusieurs instructions consécutives ne marche bien qu'en absence de branchements. La présence de branchements casse cette dynamique, et il faut gérer leur présence.
* Sans prédiction de branchement, toutes les instructions d'un bloc sont décodées et exécutées en même temps, même s'il y a un branchement dans le tas.
* Avec prédiction de branchement, les instructions situées après le branchement ne sont pas décodées ni exécutées. L'unité de chargement coupe le bloc chargé au niveau du premier branchement pris, remplit les vides avec des NOP, avant d'envoyer le tout à l'unité de décodage. Les instructions à l'adresse de destination seront chargées au cycle suivant, en chargeant un nouveau bloc.
[[File:Fetch sur un processeur superscalaire avec prediction de branchements.png|centre|vignette|upright=2|Fetch sur un processeur superscalaire avec prédiction de branchements.]]
Un autre défaut est que sur le CPU charge un bloc de 128 bits à la fois, les instructions doivent être alignées sur 128 bits. Et on peut généraliser à n'importe quelle taille de bloc. Si les instructions ne sont pas alignées, il faut gérer la situation. Il arrive qu'une instruction soit à cheval sur deux blocs, avec un morceau dans le premier bloc, un autre dans le second. Dans ce cas, l'instruction est chargée en deux fois, et des circuits doivent gérer la situation pour recoller les morceaux. Sur les CPU avec des instructions de taille fixe, le problème ne survient que rarement. Mais il est fréquent avec des instructions de taille variable.
Un autre défaut est lié aux branchements. Imaginez qu'un branchement s'exécute et branche vers une instruction de destination. Rien n'indique que l'instruction de destination sera au tout début d'un bloc. Si ça se trouve, elle sera en troisième position d'un bloc de 4 instructions. Une solution simple charge le bloc en respectant l'alignement, et les deux premières instructions du bloc ne sont pas à exécuter. Il y a donc une petite perte de performance.
Certains CPU, comme l'IBM RS/6000, ont la machinerie charger un bloc de N instructions même s'il n'est pas aligné. La machinerie en question se trouve dans le cache d'instruction et est tout sauf simple à expliquer,ce qui fait que je me permets de la passer sous silence. Un détail, cependant : elle ne permet pas de charger des blocs qui sont à cheval sur deux lignes de cache.
===Le décodage parallèle des instructions===
Pour le décodage des instructions, plusieurs instructions sont décodées en même temps. On parle alors de '''décodage parallèle'''. Pour ce faire, un processeur superscalaire contient plusieurs décodeurs, chacun pouvant décoder une instruction en parallèle des autres. Prenons par exemple un processeur superscalaire à 4 voies : le décodage se fera dans quatre décodeurs séparés, qui fonctionneront en parallèle. Cependant, cette implémentation ne marche bien que pour les processeurs RISC, les processeurs CISC devant faire avec un microcode gourmand en circuits.
Les processeurs CISC utilisent des décodeurs hybrides, avec un microcode qui complémente un décodeur câblé. Dupliquer le microcode aurait un cout en transistors trop important, ce qui fait que seuls les décodeurs câblés sont dupliqués. Les CPU CISC superscalaires disposent donc de plusieurs décodeurs simples, capables de décoder les instructions les plus courantes, avec un seul microcode. La conséquence est qu'il n'est pas possible de décoder deux instructions microcodées en même temps. Par contre, il reste possible de décoder plusieurs instructions non-microcodées ou une instruction microcodée couplée à une instruction non-microcodée. Vu qu'il est rare que deux instructions microcodées se suivent dans un programme, le cout en performance est extrêmement mineur.
Il faut noter qu'une instruction correspond à une ou plusieurs µops. Il est donc possible de charger 5 instructions et de se retrouver avec 8 µops en sortie des décodeurs. Et c'est la source d'une distinction très importante. Plus haut, j'ai parlé de processeurs superscalaires à N voies. La terminologie peut avoir deux interprétations. La première est que le processeur charge/décode N instructions à la fois. Une seconde est qu'il est capable d'exécuter/émettre N µops en même temps.
Les deux ne sont pas équivalentes, vu qu'un processeur superscalaire peut, par exemple, charger/décoder N instructions et émettre/exécuter N+2 µops. La distinction est particulièrement importante sur les processeurs superscalaires larges. Certains d'entre eux sont capables de charger 5 instructions et d'en émettre le double ! Un exemple classique était les processeurs Athlon d'AMD, qui pouvaient décoder deux instructions par cycle, mais émettre 4 µops par cycle. Ce n'était pas un problème, car beaucoup d'instructions, même basiques, étaient décodées en 2 µops.
===L'émission parallèle des instructions===
La superscalarité modifie en profondeur l'unité d'émission, notamment au niveau de son interface. Avant, elle recevait une micro-opération sur son entrée, et fournissait la micro-opération émise sur une sortie. Et cela vaut aussi bien pour une unité d'émission simple, un ''scoreboard'', une fenêtre d'instruction ou des stations de réservation. Mais avec l'émission multiple, les sorties et entrées sont dupliquées. Pour la double émission, il y a deux entrées vu qu'elle doit recevoir deux micro-opération décodées/renommées, et deux sorties pour émettre deux micro-opérations.
Dans ce qui suit, nous ne parlerons pas d'entrée et de sortie, mais de '''ports de décodage''' et de '''ports d'émission'''. Les ports de décodage reçoivent des micro-opérations provenant de l'unité de décodage, les ports d'émissions sont pour les micro-opérations émises. Les ports d'émission injectent les micro-opérations émises dans le pipeline, elle sont propagée au banc de registre, aux ALUs, etc. Un processeur superscalaire a forcément plusieurs ports d'émission (et de décodage).
Si l'interface de l'unité d'émission change, l'intérieur est tout autant modifié. Sur un CPU non-superscalaire, l'unité d'émission reçoit une µop "candidate à l'émission", et détecte les dépendances entre avec les µops en vol, en cours d'exécution dans le pipeline. Et c'est toujours le cas sur les processeurs superscalaires : l'unité d'émission détecte les dépendances entre les µops candidates et les µops en vol. Mais avec la siperscalarité, elle doit en plus tester les dépendances entre les µops candidates.
Si l'unité d'émission est un ''scoreboard'', il doit détecter les dépendances entre instructions émises simultanément et les sérialiser si besoin. Avec une fenêtre d'instruction, il n'y a pour ainsi dire rien à faire, vu que les dépendances sont éliminées par le renommage de registre et que les signaux de réveil gèrent les dépendances RAW. C'est la raison pour laquelle les processeurs superscalaires modernes n'utilisent pas de ''scoreboard''.
==Les processeurs implémentés avec plusieurs pipelines==
Nous venons de voir comment la superscalarité impacte le ''front-end'', il est maintenant de voir ce qu'il en est de l'unité d'émission et des ''back-ends''. Un processeur superscalaire peut utiliser l'exécution dans le désordre et le renommage de registres, mais ce n'est pas une obligation. Historiquement, les premiers processeurs superscalaires n'utilisaient pas d'exécution dans le désordre. Le meilleur exemple est celui du Pentium 1 et 2 d'Intel. Ils étaient tous deux des processeurs superscalaires, mais n'avaient pas d'exécution dans le désordre, qui est apparue sur le Pentium 3. les explications sont plus simples si on met de côté l'exécution dans le désordre.
Vous vous dites que l'implémentation d'un processeur superscalaire n'est pas la même suivant que le CPU utilise l'exécution dans le désordre, ou non. Mais dans les faits, la distinction est plus subtile que ca. Pour l'expliquer, je vais utiliser une classification originale, qui sépare les processeurs superscalaires en trois sous-types. La distinction se fait sur la manière dont la superscalarité est implémentée en matériel.La classification que j'utilise distingue :
* Les processeurs avec plusieurs pipelines, sans exécution dans le désordre.
* Les processeurs superscalaires avec un pipeline dynamique.
* Les processeurs avec des fenêtres d'instruction décentralisées.
La distinction n'est pas qu'une question d'implémentation matérielle. Elle impacte aussi le ratio entre instructions chargées/décodées et instructions émises. Vous vous dites que les deux sont égales, mais ce n'est le cas que sur les processeurs avec N pipelines ! Sur les autres processeurs, il est possible de décoder 4 instructions, mais d'en émettre maximum 6 par cycle ! Et sur les CPU avec des fenêtres d'instruction décentralisées, il y a aussi une différence entre le nombre d'instructions qui sont ''dispatch'' et ''schedule''.
La catégorie la plus simple est celle des '''processeurs avec plusieurs pipelines'''. Ce sont des processeurs superscalaires sans exécution dans le désordre. Ils partent d'un processeur non-superscalaire, et ajoutent un second pipeline, en sortie de l'unité d'émission. Le second pipeline permet l'émission parallèle d'une seconde instruction.
Le second pipeline n'est pas identique au pipeline originel, sur plusieurs points. Premièrement, il n'a pas exactement les mêmes circuits. Le second pipeline est généralement composé d'une unité de calcul, d'une FPU, éventuellement d'un second banc de registres, guère plus. Il permet d'exécuter une seconde opération de calcul, pas plus, ce qui est à l'origine de contraintes d'appariemment assez fortes. De plus, il n'a pas forcément la même longueur, il peut avoir des étages en moins ou en plus. Il s'agit de la forme la plus simple de processeur superscalaire et nous allons leur consacrer cette section.
===La double émission entière-flottante===
L'exemple le plus simple utilise un second pipeline pour les opérations flottantes, séparé du pipeline originel. L'ajout d'un pipeline flottant permet d'émettre une micro-opération entière en même temps qu'une micro-opération flottante, ce qui s'appelle la '''double émission entière-flottante'''. La micro-opération entière s'exécute dans l'ALU entière, la micro-opération flottante dans la FPU. Les exemples les plus notables sont le PA-RISC 7100, le POWER 1 (RIOS .& et .9) et le PowerPC 601. L'Apollo DN10000 et l'Intel i860 utilisaient aussi cette forme de double émission, mais étaient des prototypes de CPU VLIW.
[[File:Double émission entière-flottante.png|centre|vignette|upright=2|Double émission entière-flottante]]
Pour bien expliquer les choses, prenons le processeur illustré ci-dessous, avec deux ''back-end'' séparés : un pour la FPU, et un autre pour le reste. Les instructions entières et mémoire passent toutes par le ''back-end'' généraliste.
[[File:CPU non-superscalaire basique, avec une FPU.png|centre|vignette|upright=1.5|CPU non-superscalaire basique, avec une FPU]]
Les deux ''back-end'' sont des pipelines séparés, mais il faut que l'unité d'émission soit spécialement conçue pour en profiter. Un processeur simple émission peut démarrer une seule µop par cycle : soit la µop est envoyée au ''back-end'' flottant, soit elle est envoyée au ''back-end'' général. Avec la double émission entière-flottante, le processeur peut envoyer une µop dans chaque pipeline, à chaque cycle. Vu que la FPU et son banc de registre forment déjà un pipeline séparé, les seules modifications se font au niveau du ''front-end'', unité d'émission inclue.
{|
|-
|[[File:CPU simple émission avec une FPU.png|centre|vignette|upright=1.5|CPU simple émission avec une FPU.]]
|[[File:Double émission entière flottante avec un second pipeline.png|centre|vignette|upright=1.5|CPU avec un second pipeline flottant.]]
|}
Notez que le terme double émission ''entière''-flottante est un peu trompeur. En réalité, la technique permet d'émettre une instruction flottante avec n'importe quelle autre instruction non-flottante, avec des restrictions pour les branchements. Il est par exemple possible d'exécuter un calcul flottant en parallèle d'un accès mémoire.
Sur les CPU 32 bits, il est possible de faire les multiplications dans la FPU. Pour rappel, la FPU contient un multiplieur entier 53-54 bits, pour multiplier les mantisses de deux flottants 64 bits, qu'on peut utiliser pour faire les multiplications entières 32 bits. Cela permet d'émettre une multiplication en même temps qu'une opération entière dans l'ALU. Ainsi, le CPU pouvait émettre deux instructions : une opération entière de base, avec soit une multiplication, soit une opération flottante. En clair, une émission de type INT + (MUL /FLOAT). Par contre, on perd la possibilité d'émettre une multiplication entière avec une opération flottante, mais c'était un compromis qui en valait la peine.
Le CPU PA-RISC 7100 implémentait cette optimisation. Il s'agissait d'un CPU double émission entière-flottante, qui utilisait donc un partitionnement assez simple. Le combo partitionnement + reconditionnement permettait ici de gagner en performance, pour un cout en matériel très limité. D’autant plus limité que le jeu d'instruction prévoyait le reconditionnement de la FPU. Les multiplications ne lisaient pas leurs opérandes dans les registres entiers, mais dans les registres flottants.
===La double émission entière===
Une autre possibilité ajoute un second pipeline, capable d'exécuter des opérations entières simples, appelé le pipeline entier. Le processeur supporte alors la '''double émission entière''', à savoir qu'ils peuvent émettre une opération entière en plus d'une autre instruction. L'opération entière en question est une opération simple, comme une addition, une soustraction, une opération bit à bit, une comparaison, etc. Les exemples classiques sont les processeurs Intel i960 et Pentium. L'implémentation était différente entre l'i960 et le Pentium : Le Pentium avait une seconde ALU entière, alors que le i960 rusait.
Le Pentium dupliquait l'ALU entière, pour créer un second pipeline entier. Sur le Pentium originel, les contraintes d'appariement étaient assez strictes. Le Pentium avait une FPU, mais ne pouvait pas l'utiliser en double émission. Il lui était impossible d'exécuter une opération flottante en même temps qu'une opération entière (branchements inclus). Le Cyrix 6x86 était une sorte de Pentium produit par l'entreprise Cyrix, avec une microarchitecture différente. Il avait des contraintes d’appariement réduites. Par exemple, il pouvait émettre une opération flottante en parallèle d'une opération entière. Nous détaillerons ces processeurs dans le prochain chapitre, qui porte justement sur les CPU superscalaires x86.
[[File:CPU simple et double émission avec un second pipeline entier.png|centre|vignette|upright=2.5|CPU simple et double émission avec un second pipeline entier.]]
L'Intel i960 n'avait pas de FPU, juste une ALU entière et une unité mémoire. Il utilisait l'unité mémoire comme une seconde ALU entière limitée. Pour rappel, une unité mémoire contient une AGU, à savoir une ALU spécialisée dans les calculs d'adresse. Elle est capable de faire des additions, soustractions, et quelques décalages limités (des décalages par 2, 4, 8, pas plus). L'Intel i960 ajoutait des connexions entre AGU et banc de registre, afin que celle-ci serve de seconde unité de calcul. L'AGU est déjà reliée aux deux ports de lecture, pour lire les opérandes du calcul d'adresse, il suffit de la connecter sur le port d'écriture. Le processeur peut alors émettre deux instructions/µops entières, sous certaines conditions.
[[File:Emission multiple des opérations entières, double émission.png|centre|vignette|upright=2|Émission multiple des opérations entières, double émission.]]
==Les processeurs superscalaires dynamiques==
Les processeurs précédents, avec 2 pipelines, avaient une unité d'émission assez simple. Elle avait deux ports de décodage, et deux ports d'émission. Le nombre de ports de décodage et d'émission étaient identiques. Vous vous dites que c'est naturel, et intuitif, que c'est normal pour un processeur superscalaire. Mais en réalité, la majorité des processeurs superscalaires a plus de ports d'émission que de décodage. Expliquer pourquoi va cependant nous demander de parler de comment la superscalarité exploite les unités de calcul.
Posons-nous cette question : de combien d'unités un processeur superscalaire a besoin ? Les unités en question ne sont nécessairement des unité de calcul, l'unité mémoire et l'unité de branchement comptent aussi. La réponse dépend du nombre de voies. Si le ''front-end'' charge et décode un paquet de N instructions, exécuter ces N instructions simultanément demandera là aussi au moins N unités de calcul. Notez le terme : ''au moins'', car c'est là tout l'enjeu de cette section.
La réponse dépend aussi des contraintes d’appariement. Pour un CPU superscalaire "parfait", sans contraintes d’appariement, toutes les unités doivent être dupliquées, y compris l'unité mémoire. Un processeur à double émission parfaite devrait dupliquer l'ALU entière, le ''barrel shifter'', le circuit multiplieur, la FPU, l'unité mémoire, et l'unité de branchement, ce qui ferait passer de 6 unités à 12. Le cout en circuit est énorme, même pour de la double émission ! Et pour un CPU à N pipelines, le cout en circuit encore plus prohibitif ! En pratique, les processeurs superscalaires qui font ça sont très rares. La majeure partie des processeurs superscalaires utilisent d'autres techniques : le partitionnement, la duplication partielle des ALUs, la duplication des autres unités.
===Le partitionnement des unités fonctionnelles===
Les CPU superscalaires les plus simples ne dupliquent pas leurs unités de calcul, ils se contentent d'exploiter les unités existantes. Et pour expliquer comment, nous allons partir de l'exemple d'un processeur non-superscalaire contient une ALU entière, une FPU, une unité mémoire et une unité de branchement. Les quatre unités peuvent fonctionner en parallèle, à savoir qu'une unité peut exécuter une instruction à elle toute seule, sans interagir avec les autres. Cela suffit pour créer un processeur quadruple émission, qui peut émettre en même temps : une opération entière, une opération flottante, un branchement, un accès mémoire.
Le principe marche aussi sur un processeur avec moins de 4 unités, par exemple sans FPU et/ou sans unité de branchement, ou avec au contraire des unités en plus. L'idée générale est d’émettre une µops séparée dans chaque unité fonctionnelle. Utiliser ainsi les unités existantes, pour rendre un CPU superscalaire, s'appelle le '''partitionnement superscalaire'''. Le terme n'est pas beaucoup utilisé en-dehors de quelques vieux articles académiques.
Le partitionnement est fortement dépendant du jeu d'instruction, car il demande de bien séparer instructions entières, flottantes, branchements et instructions mémoire. Et autant c'est bien le cas sur les CPU RISC, autant les CPU CISC ne sont pas dans ce cas. Les CPU CISC ont des instructions ''load-op'', qui effectuent une instruction arithmétique et une µop mémoire. Et ces instructions sont très compliquées à implémenter avec le partitionnement. Et au-delà de ça, les CPU CISC ont beaucoup d'instructions qui sont décodées en plusieurs µops, à exécuter dans un ordre bien précis. On peut pas émettre les µops en question simultanément.
Le partitionnement a un cout en circuit très limité, pour un gain en performance lui aussi limité. Pour reprendre le CPU de l'exemple précédent, il est rare que l'on ait à exécuter ces quatre instructions en même temps. En pratique, les combinaisons fréquentes sont les combinaisons calcul + accès mémoire, calcul + branchement, calcul entier + calcul flottant. Utiliser une quadruple émission de ce type n'est donc pas une bonne idée, alors que la double émission parait plus adaptée.
Et c'est là que la différence entre ports d'émission et de décodage devient intéressante. L'idée est d'avoir une unité d'émission avec deux ports de décodage, et 4 port d'émission (un par unité). Les contraintes d’appariement varient alors suivant le processeur, mais la règle générale est que si deux micro-opérations tombent dans deux unités différentes, on peut les émettre en même temps. En clair, on peut émettre une opération entière avec une opération flottante, une opération entière avec un branchement, un accès mémoire avec un branchement, etc. Et cela rend le partitionnement bien plus intéressant que prévu.
Les tout premiers CPU superscalaires étaient des CPU double émission, qui utilisaient le partitionnement avec : une ALU entière, une unité mémoire et une FPU. Nous parlerons de '''partitionnement INT-FLOAT-MEM'''. L'avantage sur la double émission flottante est que les combinaisons INT + MEM et FLOAT + MEM étaient autorisées. L'intérêt était d'émettre une opération en parallèle d'un accès mémoire, ce qui est un doublet d'instruction assez fréquent. Les exemples classiques sont l'HyperSPARC, de l'alpha 21064 et du PowerPC 603.
Les contraintes d’appariement variaient grandement suivant le processeur. Le PowerPC 603 implémentait une double émission "parfaite". C'est à dire que toutes les combinaisons possibles à deux instructions étaient possibles, que ce soit INT + FLOAT, INT + MEM, FLOAT + MEM. En plus de cette double émission "parfaite", le CPU utilisait la technique dite de ''branch folding'', qui permettait d'exécuter un branchement sans utiliser d'unité de calcul, ce qui fait qu'il était qualifié de ''CPU 2-way + Branch''.
A l'opposé, le processeur alpha 21064 avait pas mal de contraintes d’appariement, à savoir que certaines combinaisons de deux instructions étaient interdites, bien que compatibles avec les unités disponibles. Une des raisons est que le banc de registre n'avait pas assez de ports de lectures, ce qui fait que certaines combinaisons avec une écriture mémoire n'étaient pas permises. Les concepteurs avaient volontairement inséré ces contraintes afin de simplifier le design du processeur.
Avant de poursuivre, précisons que la FPU regroupe un additionneur flottant et un multiplieur flottant. Et ce fait peut être exploité pour approfondir le partitionnement. La '''double émission FADD/FMUL''' permet d'émettre une addition flottante en même temps qu'une multiplication flottante. Elle a été utilisée sur les processeurs x86, Alpha et SPARC. Les autres circuits de calcul flottant sont souvent regroupés avec l'additionneur. La division est parfois e même port que le multiplieur flottant, parfois sur celui de l'additionneur (quand elle est microcodée et exécutée en enchainant les soustractions).
===La duplication des ALU entières===
Le partitionnement est une technique élégante, simple, facile à implémenter et au cout en circuits modeste. Mais il faut avouer que cela ne donne pas des CPU superscalaires très efficaces. La raison est que le partitionnement permet d'émettre des paires, triplets, quadruplets de micro-opérations qui sont rares en pratique.
Les combinaisons les plus fréquentes en pratique sont des paires/triplets d'opérations entières, souvent des paires/triplets d'additions ou d'opérations entières simples. Il est donc primordial d'émettre plusieurs opérations entières simultanément. Le fait d'émettre et d'exécuter plusieurs opérations entières en même temps s'appelle l''''émission entière multiple'''.
Pour exécuter la seconde/troisième opération entière, il faut dupliquer les ALU entières (ou réutiliser l'AGU comme ALU entière comme le fait l'Intel i960). Le processeur doit avoir deux ALU entières pour de la double émission entière, trois pour de triple émission entière, etc. De plus, il faut ajouter des ports au banc de registre, pour lire deux fois plus d'opérandes et décrire deux résultats. Et enfin, il faut rajouter un port d'émission pour pouvoir émettre une micro-opération entière en plus.
[[File:Processeur non-superscalaire basique 03.png|centre|vignette|upright=2|Processeur non-superscalaire basique]]
La tendance est de multiplier les ALU entières, mais pas le circuit multiplieur. Le cout en transistors est alors grandement réduit, au prix de l'apparition de dépendances structurelles. Le CPU peut émettre deux additions en même temps, ou une addition et une multiplication, mais pas deux multiplications. Il en est de même avec le ''barrel shifter'', qui n'est pas dupliqué. Il est donc possible d'émettre un décalage avec une opération de base, mais pas deux décalages en parallèle.
Mais ces contraintes d’appariement ne sont pas un problème, car il est rare de devoir émettre deux multiplications/décalages en même temps. La plupart des programmes sont majoritairement remplis d'additions, avec des multiplications assez rares et des décalages qui le sont encore plus. La moyenne est proche d'une multiplication pour 4/5 additions. Vu que des multiplications consécutives sont très rares, dupliquer le multiplieur est presque inutile. Disposer de plusieurs circuits multiplieurs ou de plusieurs ''barrel shifters'' serait donc un cout en circuits qui ne servirait que rarement et n'en vaut pas la chandelle.
Il faut noter que sur les CPU 32 bits, les multiplications peuvent être exécutées dans la FPU ou dans un multiplieur séparé, tout dépend de si le CPU exécute les multiplications dans la FPU ou pas.
{|class="wikitable"
|-
! Voie d'émission n°1 !! Voie d'émission n°2 !! Voie d'émission n°3
|-
| ALU entière || ALU entière || FPU
|}
Reste à connecter les unités de calcul à l'unité d'émission (indirectement, car il y a des étages de pipeline entre les deux). Une implémentation basique utilisée un port d'émission par unité. Prenons l'exemple d'un CPU superscalaire avec 4 ALU entières, une FPU, et une unité mémoire. Vu qu'il y a 6 unités, cela fait donc 6 ports d'émission.
L'exemple historique le plus impressionnant est celui du Motorola 88110, un CPU double émission qui possède 10 unités. Il contient deux ALU entières, un circuit multiplieur, un circuit diviseur, une unité de manipulation de bits, une unité mémoire, un additionneur flottant, et deux unités graphiques pour des calculs impliquant des pixels. Le multiplieur est utilisé à la fois pour les multiplications entières, flottantes et le produit de deux pixels. Idem pour le diviseur, qui sert pour les divisions entières et flottantes.
Et chaque unité a son propre port d'émission. La conséquence est que les contraintes d'appariement du Motorola 88110 sont simples : tant que deux µops atterrissent dans des unités séparées, la paire est permise. Il est par exemple possible d'émettre simultanément deux opérations entières simples, vu qu'il y a deux ALU. Par contre, impossible d'émettre simultanément deux multiplications, deux divisions, deux opérations flottantes, deux manipulations de bit, deux accès mémoire, etc. De plus, le partage du multiplieur fait qu'on ne peut pas émettre une multiplication entière avec une multiplication flottante. Idem avec les divisions, vu que le diviseur est aussi partagé. Ce sont les seules contraintes.
===Le partage des ports d'émission===
La présence d'un circuit multiplieur et d'un ''barrel shifter'' pose des problèmes pour le partitionnement. Il est possible d'avoir un port d'émission dédié au multiplieur, et un autre au ''barrel shifter'', qui sont séparés de ceux pour l'ALU entière. Il est alors possible d'émettre une opération entière, une multiplication et un décalage, simultanément. Nous parlerons de '''partitionnement entier''' pour désigner cette possibilité.
[[File:Partitionnement superscalaire entier.png|centre|vignette|upright=2|Partitionnement superscalaire entier.]]
Le partitionnement entier est cependant très rare, car le gain en performance serait trop faible au regard des couts en circuit. Quelques processeurs historiques l'utilisaient, mais ce n'est plus le cas de nos jours. La raison est que les multiplications et les décalages sont assez rares dans le code, ce qui fait que le port d'émission associés sont sous-utilisés. Et un port d'émission a un cout en circuit assez important. Et c'est sans compter qu'ajouter des ports sur le banc de registres juste pour un multiplier sous-utilisé n'en vaut pas la peine. L'idéal serait de trouver un moyen de réduire le nombre de ports d'émissions, sans réduire le nombre d'unités de calcul.
[[File:Emission multiple des opérations entières, implémentation naive.png|vignette|Émission multiple des opérations entières, implémentation naive]]
La solution consiste à '''partager les ports d'émission''', à savoir connecter un port d'émission à plusieurs unités de calcul. L'exemple classique est justement lié aux circuits multiplieur et ''barrel shifters''. L'idée est que le multiplieur et le ''barrel shifter'' sont mis sur le même port d'émission qu'une ALU entière.
Prenons par exemple le processeur à double émission entière illustré ci-contre. Un port d'émission est relié à une ALU entière seule, et l'autre port d'émission alimente la seconde ALU entière et le multiplieur. La conséquence est que le processeur peut émettre deux opérations entières, dont une multiplication. Si on avait utilisé un port d'émission dédié au multiplieur, il aurait été possible d'émettre deux opérations entières et une multiplication. On perd donc une voie, mais on gagne en flexibilité et on économise des circuits. Notons que ce partage signifie aussi que le multiplieur partage les ports sur le banc de registre, ce qui fait une double économie.
[[File:Emission multiple des opérations entières, implémentation courante.png|centre|vignette|upright=1.5|Émission multiple des opérations entières, implémentation courante]]
En général, le ''barrel shifter'' et le multiplieur sont placés sur deux voies d'émission séparés, ce qui permet d'émettre un décalage et une multiplication en même temps. Les mettre sur le même port ne le permettrait pas.
{|class="wikitable"
|-
! Voie d'émission n°1 !! Voie d'émission n°2 !! Voie d'émission n°3
|-
|
* ALU entière
* Multiplieur
|
* ALU entière
* Barrel shifter
| FPU
|-
|
* Additions, soustractions, opérations bit à bit, etc.
* Multiplication
|
* Additions, soustractions, opérations bit à bit, etc.
* Décalages et rotations
| Opération flottante
|}
Terminons concernant les multiplieurs avec une dernière subtilité. Pour rappel, les processeurs modernes intégrent en réalité deux multiplieurs différents. Le résultat d'une multiplication est très large et prend deux registres. Par exemple, une multiplication de deux opérandes 64 bits donne un résultat sur 128 bits, ce qui ne tient pas dans un registre, mais en prend deux. L'instruction de multiplication classique ne calcule que les 64 bits de poids faible. mais elle est complétée par d'autres instructions de multiplication qui peuvent faire le calcul complet.
Pour résoudre le problème, les processeurs modernes intègrent deux instructions de multiplications : une qui calcule les bits de poids faible du résultat, une autre qui calcule les bits de poids fort. Et ces deux instructions sont associées à deux multiplieurs séparés, aux circuits différent. Le multiplieur qui calcule les bits de poids faible du résultat est appelé le ''low multiplier'', l'autre est appelé le ''high multiplier''.
Une autre possibilité est d'utiliser une instruction '''MULX''' ou ''FULL MUL'', qui calcule les 128 bits de résultat en une seule opération, et mémorisent le résultat dans deux registres. C'est plus rare, mais possible. Une telle opération est scindée en deux µops : une par moitié de résultat. Et ces deux µops vont chacune dans le multiplieur adéquat.
Toujours est-il que cela fait en réalité deux multiplieurs à connecter aux ports d'émission. Le seconde multiplieur est placé sur un second port d'émission, différent du premier multiplieur. Et ce port d'émission est naturellement partagé avec une ALU. En général, il va sur le même port que le ''barrel shifter'' sur les architectures à double émission, sur un port avec une ALU entière sur la triple émission. L’avantage de mettre les deux multiplieurs sur deux ports d'émission est qu'une multiplication complète peut être réalisée en utilisant les deux multiplieurs en parallèle. Les deux sous-multiplications sont émises en même temps, exécutées en même temps. pas besoin d'exécuter l'une puis la seconde, d'où un gain performance appréciable.
Nous venons de voir comment partager un port d'émission entre une ALU et un multiplieur. Mais au-delà de cet exemple, le partage des ports d'émission peut appliquer à n'importe quelle unité. Prenons l'exemple d'un CPU superscalaire avec 4 ALU entières, une FPU, et une unité mémoire. Vu qu'il y a 6 unités, cela fait donc 6 ports d'émission. Cependant, il est rare qu'un bloc de 6 instructions contienne exactement 4 opérations entières, une opération flottante, et un accès mémoire. Beaucoup de ports d'émission seraient sous-utilisés.
La solution est de partager des ports d'émission, pour passer à la quadruple émission. Le CPU peut alors répartir 4 instructions sur les ports d'émission adéquats, à chaque cycle. Le CPU a donc 4 ports de décodage et 6 ports d'émission. Une implémentation classique permet n'importe quelle combinaison de 4 instructions compatible avec les 6 unités. Par exemple, il devient possible d'émettre simultanément 4 additions, la combinaison 2 * INT + FLOAT + MEM, 3 * INT + MEM, et bien d'autres.
L'exemple relie une ALU entière, la FPU et l'unité mémoire sur le même port. Le CPU a alors quatre ports d'émission, qui ne sont pas "identiques". Trois d'entre eux sont reliés à une ALU entière chacun, rien d'autre. Le quatrième est lui relié à une ALU entière, la FPU et l'unité mémoire. On économise alors deux ports d'émission, mais cela entraine l'apparition de contraintes d’appariement. Le CPU peut émettre 3 opérations entières + n'importe quelle autre opération. Mais les autres combinaisons sont interdites. Le CPU peut émettre 6 opérations entières simultanément, grâce à 6 ALU entières. Les accès mémoire ou opérations flottantes ne viennent pas en plus, mais en remplacement des opérations entières.
Regrouper plusieurs ALU sur un même port d'émission est donc à l'origine de dépendances structurelles, de nouvelles contraintes d’appariement. Dans certaines situations de '''''port contention''''', on a assez d'ALU pour exécuter N micro-opérations, mais la répartition des ALUs sur les ports l'empêche. Impossible d'émettre deux micro-opérations sur deux ALU si elles sont sur le même port d'émission. On peut réduire les cas de ''port contention'' en répartissant correctement les ALU sur les ports d'émission, mais sans jamais les supprimer complétement.
Un exemple est celui du PowerPC 604. Il implémentait la quadruple émission, alors qu'il avait 5 unités de calcul. Mais deux unités partageaient un même port d'émission. Dans le détail, il avait deux ALU entières, un circuit multiplieur/diviseur, une FPU, une unité mémoire. La FPU et le multiplieur étaient sur le même port d'émission. En conséquence, le CPU pouvait émettre seulement les combinaisons INT + INT + MEM + (MUL/FLOAT).
: Il est intéressant de voir l'exemple d'un processeur superscalaire parfait, sans contraintes d'appariement, à N voies. Pour cela, on part d'un processeur non-superscalaire, avec M unités de calcul. Un tel processeur peut s'implémenter avec N ports d'émission, chacun relié à M unités de calcul possibles, ce qui fait que les M unités de calcul sont dupliquées en N exemplaires. Si on prend par exemple un CPU non-superscalaire avec une ALU, une FPU, une unité mémoire et une unité de branchement, un port d'émission sera relié à une ALU, une FPU, une unité mémoire et une unité de branchement.
===La duplication des autres unités fonctionnelles===
Dupliquer les ALU entière est une première étape, mais il est aussi possible de dupliquer les autres unités fonctionnelles. Par exemple, il est possible de dupliquer l'unité mémoire ou l'unité de branchement. Reste à voir quelles unités dupliquer, et pourquoi. Précisons que dans ce qui va suivre, nous allons parler de la duplication des unités en général, pas seulement des unités mémoire/branchement. Nous allons continuer de parler de la duplication des ALU entières dans ce qui suit, mais de manière plus générale.
Pour un processeur à N voies, il est théoriquement possible de dupliquer toutes les unités en N exemplaires. Mais ce n'est jamais fait en pratique, car le cout en circuits serait trop important et le gain en performance trop faible. Mieux vaut dupliquer certaines unités bien précises, quitte à avoir des contraintes d'appariement. Et à ce petit jeu, toutes les duplications ne se valent pas, certaines sont plus rentables en matière de performance, le cout en circuit n'est pas le même selon l'unité, etc.
La rentabilité en performance dépend surtout des contraintes d'appariement. Les contraintes d'appariement entrainent une baisse de performance significatives si elles interdisent des paires d'instructions fréquentes. Aussi, les opérations très fréquentes, souvent appairées, gagnent à dupliquer l'unité associée. Et au contraire, les unités rarement utilisées ne doivent pas être dupliquées. Il se trouve que les unités les plus utilisées sont les ALU entières, suivies par les unités mémoire et l'unité de branchement.
Le cout en circuit n'est aussi pas le même. Dupliquer les ALU entière est trivial, car elles ont un budget en transistors assez faible. Les circuits multiplieurs, diviseurs, et les ''barrel shifter'' ont eux un cout en transistor plus élevés. Si on devait faire un classement, on aurait : ALU entière < ''barrel shifter'' < multiplieur. Pour les unités mémoire, le cout en transistor est là aussi conséquent.
Le résultat final est que dupliquer les ALU entières est privilégié sur le reste, comme l'a vu dans la section précédente. Les unités mémoire arrivent en seconde place, suivie par les multiplieurs/''barrel shifter'' à la troisième place, et les unités de branchement à la quatrième place. Les CPU superscalaires larges ont donc tendance à multiplier les unités mémoire en second. Les multiplieurs et ''barrel shifters'' sont eux aussi dupliqués sur les CPU superscalaires larges, mais cela vient souvent après avoir dupliqué les unités mémoire. La raison est que les accès mémoire sont critiques pour la performance des CPU à exécution dans le désordre, pas les multiplications.
Pour les unités de branchement, une subtilité complique le fait d'en installer plusieurs. Que faire quand deux branchements sont pris ? La solution la plus simple est de ne pas se trouver dans cette situation : on n'utilise qu'une seule unité de branchement et on n’exécute qu'un seul branchement par cycle. La majorité des processeurs superscalaires étroits font ainsi. Les processeurs superscalaires larges ont cependant deux unités de branchements, mais ils n'acceptent qu'un seul branchement pris à la fois. Si les deux branchements pris sont exécutés en même temps, le processeur n’exécute que le plus récent, dans l'ordre du programme.
===Les CPU superscalaires mélangent les trois techniques===
Les CPU superscalaires utilisent toutes les techniques à la fois : partitionnement, duplication de l'ALU entière, duplication des autre unités fonctionnelles. Chaque processeur utilise ces trois stratégies à sa sauce, en fonction de son budget en transistor. Les quatre techniques ont cependant un cout en circuit différent, et donnent des gains de performances eux aussi forts différents.
* Le '''partitionnement superscalaire''' a un cout en circuit modéré, car on n'a pas besoin de dupliquer d'ALU.
* La '''duplication des ALU entières''' est la technique la plus importante : elle a un cout en circuit modéré, et donne des gains en performance impressionnants.
* La '''duplication des autres unités''' a un cout en circuit variable, pour des gains en performance eux aussi variables.
* Le '''partage des ports d'émission''' réduit le cout en circuit du CPU, pour des pertes de performances mineures si bien fait.
L'usage du partitionnement seul, sans duplication, était surtout le fait des processeurs commercialisés entre les années 1989 et 1993. Le partage des ports d'émission a lui aussi mis un peu de temps pour s'imposer. Globalement, les processeurs superscalaires ont évolués progressivement, pour se rapprocher d'une sorte de standard. Mais pour comprendre ce qu'est ce standard, et en quoi les CPU historiques s'en sont progressivement rapprochés, il faut étudier l'histoire des CPU superscalaires.
L'histoire des CPU superscalaires a commencé dès 1960, mais est resté un projet de recherche pendant plusieurs décennies. De nombreux designs ont été conçus, mais abandonnés avant la production, comme l'ACS-1 d'IBM. Les années 1980 ont vu l'arrivée de prototypes de processeurs VLIW, mais qui n'étaient pas superscalaires. Par exemple, l'Apollo DN10000 et l'Intel i860 pouvaient émettre deux instructions à la fois, sous conditions, mais demandaient que le compilateur fasse une bonne partie du travail.
Les premiers CPU superscalaires commercialisés sont sortis en 1989. Deux CPUs superscalaires sont sortis cette année là : le RS/6000 d'IBM et l'i960CA d'Intel. Puis, la compétition s'est aussi lancée dans la bataille. Les CPU commercialisés avant l'année 1993 étaient à double émission, à l'exception du SuperSPARC qui utilisait la triple émission. Les modèles après 1993 hésitaient entre double et quadruple émission. Dans le tableau ci-dessous, les processeurs quadruple émission sont en bleu, les triple émission sont en rouge, les autres ne sont pas en couleur.
{|class="wikitable"
|-
! !! IBM !! HP PA-RISC !! SPARC !! Intel!! Alpha !! Autres
|-
! 1989
| RS/6000 || || || i960CA || ||
|-
! 1990
| || || || || ||
|-
! 1991
| || || || || || Motorola 88110
|-
! 1992
| RSC || PA 7100 || class="f_rouge | SuperSPARC || || 21064 ||
|-
! 1993
| PPC 601 || || HyperSPARC || Pentium || ||
|-
! 1994
| class="f_bleu | POWER 2 || PA 7200 || || || class="f_bleu | 21164 ||
|-
! 1995
| 603/604 || class="f_bleu | PA 8000 || class="f_bleu | UltraSPARC 1 || Microarchitecture P6 (+ concurrence AMD) || || class="f_bleu | MIPS R1000
|-
! 1996
| class="f_bleu | 620 || || || || class="f_bleu | 21264 ||
|-
! ...
|| ... || ... || ... || ... || ... || ...
|}
Les premiers CPU à double émission sont assez représentatifs des CPU à double émission modernes. Il faut dire que se limiter à deux voies ne permet pas de faire beaucoup de choses. Voici le tableau chronologique disant quel CPU utilisait quelle technique.
* Les CPU en vert utilisaient la double émission entière-flottante.
* Les CPU en rouge utilisaient la double émission entière "pure".
* Les CPU en jaune utilisaient un ''partitionnement complet'' entre ALU, FPU et unité mémoire.
* Les CPU sans couleur utilisaient un grand nombre d'unités, avec beaucoup de ports d'émission.
* Les CPU barrés utilisent la triple ou quadruple émission et seront vu dans la section suivante.
{|class="wikitable"
|-
! !! IBM !! HP PA-RISC !! SPARC !! Intel!! Alpha !! Autres
|-
! 1989
| class="f_vert | RS/6000 || || || class="f_rouge | i960CA || ||
|-
! 1990
| || || || || ||
|-
! 1991
| || || || || || Motorola 88110
|-
! 1992
| class="f_vert | RSC || class="f_vert | PA 7100 || <s>SuperSPARC</s> || || class="f_jaune | 21064 ||
|-
! 1993
| class="f_vert | PPC 601 || || class="f_jaune | HyperSPARC || class="f_rouge | Pentium || ||
|-
! 1994
| <s>POWER 2</s> || PA 7200 || || || <s>21164</s> ||
|}
C'est en 1994, que la quadruple émission est arrivée et que les CPU ont essayé divers implémentations. Il y avait alors trois stratégies pour la double/triple/quadruple émission, qui partageaient des problèmes similaires.
La première implémentation dupliquait les ALUs et les FPUs, ce qui permettait d'émettre deux opérations flottantes avec deux opérations entières. Le POWER 2 dupliquait ses FPUs à la perfection, alors que le 21264 séparait l'additionneur et le multiplieur flottant. Les accès mémoire étaient traités comme des opérations entières et le processeur pouvait souvent en émettre deux à la fois. Mais une telle organisation n'est plus utilisée de nos jours, car, sans instructions flottantes à exécuter, elle est équivalente à de la double émission.
La seconde implémentation utilisait deux ALU entières (dont un multiplieur), une unité mémoire et une FPU.Cette organisation est intéressante, mais encore trop stricte pour donner de bons résultats, les quadruplets avec exactement deux opérations entières, un accès mémoire et une opération flottante étant trop rares. L'usage de ces 4 unités en double ou triple émission a été utilisé sur le PA 7200 et le SuperSPARC. Malheureusement, en plus de problèmes au niveau de son cache, le SuperSPARC avait de nombreuses contraintes d’appariement, car le banc de registre n'avait pas assez de ports pour alimenter certaines combinaisons d'instructions. De plus, s'il émettait une multiplication, il ne pouvait pas émettre de seconde µop.
Enfin, une troisième implémentation utilisait un grand nombre d'unités fort différentes, bien plus que quatre, avec au minimum deux ALU entières. Prenons l'exemple de l'UltraSPARC, qui avait : deux ALU entières, une unité mémoire, une unité de branchement, un additionneur flottant, un multiplieur flottant, un diviseur flottant (aussi utilisé pour le calcul des racines carrées), et 2 unités graphiques pour les calculs sur des pixels. En tout, cela fait 9 unités différentes, pour de la quadruple émission.
Dans le même genre, les processeurs MIPS R8000 et R10000 avaient une implémentation plus moderne, dans le sens où toutes les unités étaient dupliquées. Le CPU avait deux ALU, deux FPU et deux unités mémoire. Il pouvait donc émettre quatre instructions à la fois, tant que le paquet collait avec ces six unités. Moitié opérations entières, moitié opérations mémoire, avec de quoi remplacer les opérations entières par des opérations flottantes. Le PA 8000, lui, dupliquait toutes ses unités en deux exemplaires, ce qui n'est pas l'idéal, aucun processeur moderne ne fait cela aujourd'hui.
Le tout est résumé dans le tableau ci-dessous, avec :
* en vert les CPU utilisant la première stratégie ;
* en rouge les CPU utilisant la seconde stratégie ;
* en jaune les CPU utilisant la troisième stratégie.
{|class="wikitable"
|+ Processeurs quadruple émission historiques
|-
! Année !! Processeur !! Unités
|-
! 1991
| class="f_jaune | Motorola 88110 || class="f_jaune | 2 ALU + MUL + DIV + BIT + MEM + FADD + 2 unités graphiques
|-
|-
! rowspan="2" | 1994
| class="f_vert | POWER 2 || class="f_vert | 2 ALU/MEM + 2 FPU (+ 2 Branchements via ''branch folding'')
|-
| class="f_rouge | 21164 || class="f_rouge | 2 ALU + FPU + MEM
|-
! rowspan="3" | 1995
| PA 8000 || 2 ALU + 2 ''barrel shifters'' + 2 MEM + 2 FPU (FMA) + 2 FPU (DIV et SQRT) + 2 SIMD
|-
| class="f_jaune | UltraSPARC 1 || class="f_jaune | 2 ALU + MEM + BRANCH + FADD + FMULFDIV + 2 unités graphiques
|-
| MIPS R8000 et R10000 || 2 ALU + 2 FPU + 2 MEM
|-
! rowspan="2" | 1996
| class="f_rouge | 620 || class="f_rouge | 2 ALU + FPU + MEM
|-
| class="f_vert | 21264 || class="f_vert | 2 ALU/MEM + 2 FPU (FADD + FMUL)
|}
Malheureusement, ces CPUs historiques n'avaient ni assez d'unités de calcul entières, ni d'unités mémoire, pour remplir la quadruple émission.
Environ la moitié des instructions d'un programme correspond à des instructions entières. Pour en profiter, un processeur à N voies doit disposer d'au minimum N/2 ALU entières, l'idéal étant d'aller au-delà. Les CPU superscalaires historiques avaient 2 ALU pour de la quadruple émission, ce qui était très limite. En comparaison, les CPU superscalaires modernes mettent le paquet niveau ALU entière. La plupart des CPU x86 modernes descendent rarement sous les 2/3, la plupart remplit presque la totalité de la largeur du CPU. Pour donner un exemple, la microarchitecture Golden Cove d'Intel est un processeur à 6 voies, avec 5 ALU entières.
Pour être précis, un programme informatique exécute environ 40% de son code dans des instructions arithmétiques, un autre 40% dans les accès mémoire, et un le reste pour... le reste. La conséquence est que les processeurs modernes dupliquent leurs unités mémoire. Par exemple, la microarchitecture ''Golden Cove'' d'Intel dispose de trois unités mémoire : deux spécialisées dans les écritures, trois dans les lectures. La microarchitecture ''Gracemont'' utilise la pentuple émission et peut émettre 4 µops entières et 4 µops mémoire. Notez que le ratio est équilibré entre opérations entières et mémoire, avec soit égalité, soit un avantage pour les ALU entières.
Une autre régularité est que la largeur totale du processeur peut être occupée par des opérations entières/mémoire. Pour le dire autrement, sur un processeur quadruple émission, il pourra émettre un mix de 4 instructions entière/mémoire, avec zéro opération flottante. Idem avec des processeurs triples ou pentuple émission, voire plus. Si le processeur émet une opération flottante, elle remplace une opération entière.
Prenons l'exemple des processeurs AMD K6, sortis en 1997, juste avant les AMD Athlon. Ils avaient 10 unités de calcul, 6 ports d'émission, 4 ports de décodage. Voici exactement comment étaient répartie les unités de calcul sur les ports d'émission. C'était des processeurs quadruple émission, ce qui fait que la moitié de la largeur du processeur sert pour des opérations entières, et l'autre moitié pour les accès mémoire.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !
|-
| ALU entière || ALU entière || FPU || Unité de branchement || Unité LOAD || Unité STORE
|-
| || Multiplieur || || || || Unité de calcul d'adresse (instruction LEA)
|-
| || ''Barrel shifter'' || || || || Unité pour les instructions PUSH
|}
Les microarchitectures K7, K8 et K10, utilisées sur les anciens CPU AMD Athlon, sont un exemple moins représentatif. Ces microarchitectures utilisent le partage des ports d'émission au maximum. C'était des microarchitectures à triple émission, avec six ports d’émission. Il y avait trois ports d'émission pour les opérations flottantes, et trois ports d'émission pour les micro-opérations entières/mémoire. Il y avait trois ALU entières et trois unités mémoire, chaque ALU partageait un port d'émission avec une unité mémoire. Elle pouvait donc émettre soit trois opérations entières, soit trois µops mémoire, soit un mix des deux. En plus des mix avec les opérations flottantes et branchements.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || FADD || FMUL || FPU (autres opérations)
|-
| Multiplieur || || || || ||
|-
| LOAD/STORE || LOAD/STORE || LOAD/STORE || || ||
|}
Les CPU superscalaires larges dupliquent les multiplieurs et/ou les ''barrel shifters'', et même les unités de branchement. La raison est que quand la largeur du CPU augmente, le processeur traite des paquets d'instructions de plus en plus gros. Par exemple, pour un CPU à 10 voies, cela veut dire émettre 10 instructions en même temps. Il est alors plus fréquent d'avoir deux multiplications, deux décalages, deux accès mémoire, deux branchements. Par exemple, la moyenne est d'une multiplication tous les 5 instructions. Les CPU superscalaires à 10 voies ont donc tendance à avoir deux multiplications par paquet d'instruction, en moyenne. Avoir deux multiplieurs est alors un gain en performance clair.
Par exemple, la microarchitecture ''Golden Cove'' a deux ''barrel shifters''. C'est une architecture à 6 voies.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
==Les µops mémoire sur les processeurs superscalaires==
Plus haut, nous avons volontairement passé sous silence les accès mémoire. La raison à cela est que leur support sur les CPU superscalaire peut se faire de plusieurs manières différentes, qu'il vaut mieux expliquer dans une section dédiée. Les différentes implémentations sont décrites dans la liste suivante, nous allons les voir une par une.
* Avec la première méthode, les accès mémoire sont exécutés par le pipeline pour les opérations entières.
* Avec la seconde méthode, les accès mémoire ont un pipeline dédié ; c'est l'''émission parallèle des accès mémoire''.
* Avec la troisième méthode, il est possible d'émettre plusieurs accès mémoire simultanément : c'est l'''émission multiple des accès mémoire''.
Voyons ces trois cas dans le détail. Nous verrons notamment les différentes formes d'émission multiple des accès mémoire.
===Les accès mémoire traités dans le pipeline entier===
Dans le cas le plus simple, les accès mémoire sont traités comme des opérations entières un peu spéciales. L'unité mémoire est sur le même port d'émission que l'ALU entière, ce qui fait que les accès mémoire remplacent des opérations entières. Faire ainsi permet d'utiliser une ALU entière pour les calculs d'adresse, pas besoin de rajouter une unité de calcul d'adresse séparée. Typiquement, un processeur de ce type place l'unité mémoire après l'unité de calcul. Les opérations entières n'utilisent que l'ALU entière, mais pas l'unité mémoire. Les accès mémoire exécutent un calcul d'adresse dans l'ALU entière, puis l'adresse calculée est envoyée à l'unité mémoire. Le tout est illustré ci-dessous, dans le cas d'un processeur historique à double émission entière-flottante.
[[File:Processeur non-superscalaire basique 01.png|centre|vignette|upright=1.5|Processeur non-superscalaire basique]]
Un exemple de CPU double émission de ce type est celui du Power PC 440, un CPU destiné à l'embarqué. Vu qu'il était destiné à l'embarqué, il n'avait pas de FPU, il n'avait pas besoin de manipuler de nombres flottants. Il n'a donc que des ALU entières, un multiplieur et une unité mémoire. Il dispose de deux ports d'émission. Le premier est connecté à une ALU entière et un circuit multiplieur, le second est relié à l'unité mémoire et une seconde ALU entière. Une organisation simple, mais très efficace !
[[File:PowerPC 440.png|centre|vignette|upright=2|Microarchitecture du PowerPC 440.]]
L'implémentation économise une unité de calcul d'adresse, mais n'a pas de cout en performance significatif. Les accès mémoire étant très lents, émettre une µop entière en parallèle d'un accès mémoire ne sert pas à grand-chose. On peut émettre cette µop entière un cycle plus tard, elle sera terminée avant même que l'accès mémoire soit terminé, même si l'accès mémoire se fait dans le cache L1 ou L2.
Pour comprendre pourquoi, faisons quelques calculs. Un accès mémoire prend deux-trois cycles quand il tombe dans le cache L1. Et on doit attendre qu'il soit terminé pour en émettre un nouveau. Combien d'instructions arithmétiques peut-on lancer pendant ce temps, sur un CPU triple émission ? Au premier cycle, on peut en émettre 2 (l'instruction mémoire prend une place, donc 3-1), puis 3 au second cycle. Ce qui fait 5 instructions arithmétiques au total. Or, il se trouve qu'il y a une instruction d'accès mémoire pour 5 instructions arithmétiques, environ.
Par contre, ce compromis change quand on passe à la quadruple émission, voire au-delà. Dans ce cas, il devient intéressant de pouvoir émettre une nouvelle instruction mémoire à chaque cycle. Ce qui nous amène à la section suivante...
===L'émission parallèle des accès mémoire===
A partir de la quadruple émission, la tendance a été de séparer l'unité mémoire des ALU entières. Cela permet d'émettre des µops mémoire en même temps que des µops entières et/ou flottantes., ce qui porte le nom d''''émission parallèle des µops mémoire''', ou encore ''émission mémoire parallèle''. Par exemple, un processeur quadruple émission peut émettre en même temps deux opérations entières, une opération flottante et un accès mémoire. L'accès mémoire vient en plus des opérations entières, il n'est pas possible de remplacer l'accès mémoire par une opération entière.
La technique ne permet pas de faire les calculs d'adresse dans l'ALU entière. Il faut donc utiliser une unité de calcul d'adresse séparée. Elle est intégrée dans l'unité mémoire, qui fait l'interface entre le cache et le banc de registres. Le cout en circuits est très faible, car les unités de calcul d'adresse n'utilisent guère plus qu'un additionneur et un circuit de décalage très simple.
L'émission mémoire parallèle est plus facile à implémenter sur les CPU RISC, qui ont des instructions mémoire séparées du reste. Les CPU CISC ne sont pas dans ce cas, ce qui fait que séparer l'unité mémoire du pipeline entier est compliqué. Les CPU superscalaires historiques étaient pour moité des CPU RISC et pour moitié des CPU CISC, ce qui fait qu'ils n'utilisaient pas ou peu l'émission mémoire parallèle.
Les premiers processeurs superscalaires se contenaient de l'émission parallèle mémoire, ils ne pouvaient émettre qu'un seul accès mémoire à la fois, l'unité mémoire n'était pas dupliquée. Et ce n'est pas tant un problème que ça, du moins sur les processeurs à double ou triple émission. En effet, il est rare que l'unité mémoire doive faire deux accès simultanés. Notons que le processeur peut exécuter une instruction mémoire en parallèle d'un calcul ou d'un branchement, seuls les accès mémoire simultanés sont impossibles.
===L'émission multiple des accès mémoire avec une LSQ===
Les processeurs superscalaires larges travaillent sur des paquets de 8 à 10 instructions, il est plus fréquent d'avoir plusieurs accès mémoire par paquet. Dans ces conditions, il est utile d'avoir une '''émission multiple des accès mémoire''', à savoir d'émettre plusieurs micro-opérations mémoire en même temps. Les processeurs superscalaires modernes sont capables d'émettre plusieurs lectures/écritures simultanément. Par exemple, ils peuvent émettre une lecture en même temps qu'une écriture, ou plusieurs lectures, ou plusieurs écritures.
Il faut noter que selon le processeur, il peut y avoir des restrictions quant aux accès mémoire émis en même temps. Par exemple, certains processeurs peuvent émettre une lecture avec une écriture en même temps, mais pas deux lectures ni deux écritures. Ou encore, ils peuvent émettre deux lectures, une lecture et une écriture, mais pas deux écritures en même temps. Dans la majorité des cas, les processeurs ne permettent pas d'émettre deux écritures en même temps, alors qu'ils supportent plusieurs lectures. Il faut dire que les lectures sont plus fréquentes que les écritures. Les processeurs qui autorisent toutes les combinaisons de lecture/écriture possibles, sont rares.
L'émission multiple des accès mémoire s'implémente dans l'unité mémoire. Pour rappel, l'unité mémoire s'interpose entre le cache L1 et le reste du pipeline. Dans le cas le plus simple, elle incorpore une ''load/store queue'' et des unités de calcul d'adresse. L'émission multiple des accès mémoire demande de rendre la ''Load-store queue'' multi-ports, afin de gérer plusieurs micro-opérations mémoire simultanées. Il faut aussi dupliquer les unités de calcul d'adresse reliées à la LSQ, chaque port d'émission mémoire devant avoir sa propre unité de calcul d'adresse.
: Dans ce qui suit, nous parlerons d'AGU (''Adress Generation Unit'') pour désigner les unités de calcul d'adresse, et de LSQ pour designer la ''Load-store queue''.
[[File:Processeur non-superscalaire basique 02.png|vignette|upright=1|Processeur non-superscalaire basique]]
Dupliquer les ports de la LSQ et les AGU est nécessaire. Mais qu'en est-il du cache ? La réponse varie suivant le processeur. Il y a deux grandes méthodes pour implémenter l'émission multiple des accès mémoire.
La première méthode ajoute des ports de lecture/écriture au cache de données, pour faire des lectures/écritures simultanées. Il faut alors dupliquer des unités de calcul, rajouter les ports sur le cache, mais aussi rajouter des ports sur la ''load/store queue'', pour qu'elle échange des données/commandes mémoire avec le cache. Le cout en circuits est alors conséquent
La seconde duplique les unités de calcul, mais pas les ports d'accès au cache. Les accès mémoire sont alors accumulés dans la ''load/store queue'', qui sont ensuite traités un par un par le cache. Un exemple est celui des processeurs AMD de micro-architecture K7 K8, à savoir les anciens AMD Athlon et AMD Athlon 64, qui pouvaient calculer trois adresses simultanément, mais ne pouvaient faire qu'un seul accès au cache par cycle. Le cout en circuit est modéré : les unités de calcul coutent très peu, les ports de la ''load/store queue'' coutent déjà un peu plus.
Quelques processeurs utilisaient des solutions intermédiaires. Un processeur utilisant cette technique est, par exemple, capable d'émettre quatre µops mémoire en même temps, mais avec seulement deux ports sur le cache. Un exemple classique étant les Pentium 1 et 2 d'Intel, dont nous parlerons dans le chapitre suivant.
===L'émission séparée des LOAD et STORE===
De rares processeurs ont des ports d'émission qui peuvent faire indifféremment lecture comme écritures. Mais les processeurs modernes préfèrent séparer ports d'émission pour les lectures et les écritures. Un exemple est celui des processeurs Intel de micro-architecture Nehalem, qui avaient un port de lecture et un port d'écriture tous deux reliés à la ''Load-store queue'', chacun avec leur propre unité de calcul d'adresse. Comme autre exemple, les processeurs skylake ont une LSQ avec deux ports de lecture et un port d'écriture, ce qui permet d'émettre deux lectures en même temps qu'une écriture. Dans cette section, nous allons étudier le cas avec des ports séparés pour les lectures et écritures.
En général, les processeurs ont un peu plus de ports de lectures que d'écritures. Une raison est qu'un programme a, en moyenne, un tout petit peu plus de lectures que d'écritures. Mais la différence n'est pas énorme, c'est un léger déséquilibre. Une seconde raison est que l'exécution dans le désordre marche bien mieux quand les lectures ont lieu le plus tôt possible. Donc mieux vaut privilégier les lectures à l'émission, pour qu'elles se fassent un peu en avance. En pratique, la différence n'est pas très marquée. Il est courant d'avoir un port de lecture et un d'écriture, les CPU superscalaires très larges ont souvent deux ports de lecture et deux d'écriture. A la rigueur, quelques CPU ont trois ports de lecture et deux d'écriture.
Le cas le plus simple est celui où on peut émettre une lecture et une écriture en même temps. Il s'implémente facilement si la LSQ est en réalité une simple ''Store queue'', à savoir qu'elle met en avance les écritures uniquement. Pour rappel, les écritures sont mises en attente dans la ''Store queue'', mais les lectures sont exécutées immédiatement. Une fois l'adresse à lire connue, la lecture consulte la ''Store queue'' pour détecter les dépendances de données, puis s'exécute. La donnée à lire est lue soit depuis la ''Store queue'', soit depuis le cache.
[[File:Emission LOAD - Store séparée.png|vignette|upright=1|Émission LOAD - Store séparée]]
L'implémentation de l'émission multiple est alors très simple. La ''Store queue'' a déjà deux ports, avec un pour les lectures et un autre pour les écritures. Idem pour le cache, qui a naturellement un port de lecture et un d'écriture. Émettre une lecture et une écriture simultanément ne demande donc pas de modification digne de ce nom. La ''Store queue'' doit juste supporter une lecture et une écriture simultanée.
Ajouter l'émission d'une seconde lecture n'est pas compliquée : il faut juste rajouter un second port de lecture sur le cache et la ''Store queue''.
Pour rappel, l'unité mémoire est précédée par une structure qui met en attente les micro-opérations mémoire avant leur émission finale. La structure en question varie suivant l'implémentation, mais un cas particulier se marie bien avec l'émission multiple des µops mémoire. Il s'agit du cas avec une file de µops séparée pour les lectures et une autre pour les écritures, appelées respectivement la ''file de µops LOAD'' et la ''file de µops STORE''. Il est alors possible d'émettre une lecture et une écriture lors du même cycle d'horloge. Le port de lecture alimente une unité de calcul d'adresse dédiée, directement reliée au cache. Le port d'écriture du cache alimente une unité de calcul, qui est suivie par une file d'écriture, elle-même reliée au cache. Les processeurs AMD de micro-architecture K6 utilisaient cette technique.
[[File:Double émission avec le Load Ordering, Store Ordering.jpg|centre|vignette|upright=2.5|Double émission avec le Load Ordering, Store Ordering]]
==Les CPU superscalaire à exécution dans le désordre==
La superscalarité modifie aussi les circuits dédiés à l'exécution dans le désordre. Elle modifie les unités de renommage de registre, le ROB et les autres structures liées à l'exécution dans le désordre, au sens large. Aucune structure n'est épargnée. Elles ont tous des prots de lecture/écriture en plus, afin d'encaisser l'émission, le ''commit'' ou le renommage simultané de plusieurs µops.
Par exemple, le ROB doit être modifié pour émettre et terminer plusieurs instructions en même temps, en ajoutant des ports de lecture/écriture. Pour un CPU superscalaire à 8 voies, on se dit que le ROB peut retirer 8 µops par cycle maximum. Mais certains processeurs récents ont un ROB qui peut retirer le double ! Un exemple est celui des CPU de micro-architecture Skymont, qui peuvent émettre 8 µops par cycle, mais en retirer 16. Quelques CPU de marque AMD étaient aussi dans ce cas. L'avantage est que cela permet de réduire la taille du ROB, du banc de registre et de quelques autres structures matérielles liées à l'exécution dans le désordre. Le gain sur-compense le cout en transistor nécessaire pour retirer 16 µops par cycle.
Dans cette section, nous allons voir comment les étages du pipeline dédiés à l'exécution dans le désordre sont modifiées sur un CPU superscalaire.
===La superscalarité avec une file/fenêtre d'instruction centralisée===
Plus haut, nous avons montré qu'un processeur pouvait avoir plus de ports d'émission que de ports de décodage. On dit aussi que sa ''largeur de décodage'' était supérieure à sa ''largeur d'émission''. La '''largeur de décodage''' est le nombre de µops fournies par l'unité de décodage par cycle d'horloge, la '''largeur d'émission''' est le nombre maximal de µops émises par cycle d'horloge. Et n'allez pas croire qu'un surplus de ports d'émission est du gâchis. Sur les processeurs avec exécution dans le désordre, ce surplus peut être utilisé.
Mais avant toute chose, évacuons un détail. Vous avez sans doute pensé que le surplus peut être exploité par les instructions machines décodées en plusieurs µops . Par exemple, si une instruction est décodée en deux µops, on pourrait avoir un port d'émission en plus pour en profiter. Mais les ports de décodage sont *en sortie du décodeur*, et contiennent des µops, pas des instructions.
Le surplus de ports d'émission peut occasionnellement utiliser le surplus de ports de décodage, mais cela implique que des µops ont été mises en attente dans l'unité d'émission, pour être émises par la suite. Et cela implique l'usage d'une fenêtre d'instruction ou d'une file de µops. Le principe est que les µops sont accumulées dans la fenêtre d'instruction, en attendant leurs opérandes ou la résolution d'une dépendance. Et si l'occasion se présente, une µops est émise sur chaque port d'émission.
Il y a donc un gain en performances, mais il faut faire quelques précisions sur son origine. La largeur d'émission utilisée ne peut pas dépasser, *en moyenne*, la largeur de décodage. Et c'est intuitif : un CPU qui décode 4 µops par cycle ne peut pas émettre 6 par cycle en moyenne, sur le temps long, il n'y a pas de µops en surplus qui sortent du vide. Par exemple, sur un processeur quadruple émission, si on analyse combien d'instructions sont émises par cycle, il peut y avoir des cycles où la largeur d'émission est totalement utilisée, mais ce sera compensé par des périodes où elle est fortement sous-utilisée. Les µops sont accumulées en cas de sous-utilisation, puis consommées en cas d'utilisation complète. Les deux périodes se compensent. Et c'est là que l'on peut comprendre d'où vient le gain en performance.
Les cycles où les ports d'émission sont sous-utilisés existent systématiquement, que le processeur utilise l'exécution dans le désordre ou pas. Ils sont liés à la présence de dépendances de données, aux contraintes d’appariement, etc. Elles tendent à réduire la moyenne du nombre de µops émises par cycle. Par contre, ce sont les cycles de rattrapage, où les ports en surplus sont utilisés, qui font remonter la moyenne. Le gain en performance est donc lié à ces cycles de rattrapage, où les µops accumulées sont émises dans les ports en surplus. Et ils n'existent que sur les processeurs avec une file/fenêtre d'instruction.
Réduire le nombre de ports d'émission permet de garder des fenêtres d'instruction et un ROB simples, rapides et économes en énergie. Et mine de rien, c'est là un compromis important : à quoi bon augmenter le nombre de ports d'émission si c'est pour que ce soit compensé par une fréquence plus faible ? Par contre, réduire le nombre de ports augmente la ''port contention'', surtout si on a mal réparti les ALU. Il faut donc trouver un compromis entre réduire le nombre de ports d'émission d'un côté, réduire la ''port contention'' de l'autre.
La différence entre largeur de décodage et d'émission a un impact assez fort sur le banc de registre, et précisément sur son nombre de ports de lecture. Le banc de registre a besoin de plus de ports de lecture avec une fenêtre d’instruction qu'avec des stations de réservation. Rappelons la terminologie utilisée dans ce cours. Les fenêtres d'instruction se contentent de mémoriser la micro-opération et quelques bits pour détecter la disponibilité des opérandes. Par contre, les stations de réservations mémorisent aussi les opérandes des instructions. Et cette différence a une influence le nombre de ports de lecture du banc de registre.
Supposons que toutes les instructions sont dyadiques, à deux opérandes. Comptons le nombre de ports nécessaires pour alimenter les unités de calcul, sans utiliser d'arbitre de banc de registre. Avec une fenêtre d'instruction, il faut le double du nombre de ports d'émission. Mais avec des stations de réservation, il faut le double des ports de décodage. La raison est que les registres sont lus après émission avec une fenêtre d'instruction, avant avec des stations de réservation (sous-entendu, après le décodage). Or, comme dit plus haut, les processeurs superscalaires larges ont souvent plus de ports d'émission que de décodage.
===La superscalarité à fenêtres d'instruction décentralisées===
Les processeurs précédents utilisaient une unité d'émission simple, qui pouvait utiliser l'émission dans l'ordre ou dans le désordre. Elle peut être remplacée par une fenêtre d'instruction centralisée dans que cela quoi que ce soit aux explications précédentes, idem avec une station de réservation centralisée. En soi, l'exécution dans le désordre est donc totalement compatible avec une implémentation simple de la superscalarité. Par contre, des subtilités surviennent avec les fenêtres d'instruction décentralisées.
Pour rappel, sur ces processeurs, les µops sont émises en deux phases. Une première phase de ''dispatch'' qui envoie les µops vers la fenêtre d'instruction adéquate, sans détecter les dépendances de données. La seconde phase de ''schedule'' gère les dépendances de données, elle met en attente les µops en attendant que l'unité soit disponible pour les exécuter, en attendant aussi que les opérandes soient disponibles. Et à ce petit jeu, il y a une différence entre le nombre de µops qui sont ''dispatch par cycle'' et celles qui sont ''schedule''. Dit autrement, la largeur d'émission est scindée en une '''largeur de ''dispatch''''' et une '''largeur de ''schedule''.
Par exemple, prenons un processeur triple émission avec deux stations de réservation : une pour les µops entières/mémoire, et une autre pour les µops flottantes. L'unité d'émission peut ''dispatch'' maximum trois µops par cycle : soit trois µops entières/mémoire, soit trois flottantes, soit un mix de trois µops différentes. Les stations de réservation, quant à elles, peuvent chacune ''schedule'' 3 µops par cycle, vers trois ALUs entières pour la station de réservation entière/mémoire, vers trois FPS pour la station de réservation flottante. De quoi ''dispatch'' trois µops, mais d'en ''schedule'' six, à chaque cycle.
Et cet exemple ne sort pas de nulle part : les CPU x86 d'Intel et AMD sont globalement dans ce cas, même si les chiffres varient d'une microarchitecture à l'autre. L'exemple précédent colle parfaitement à la microarchitecture K7 d'AMD, utilisée sur les processeurs Athlon dans les années 2000.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=2.5|AMD K7, microarchitecture.]]
L'exemple précédent avait assez d'unités entières/flottantes pour couvrir toute la largeur de décodage/''Dispatch''. Mais ce n'est pas toujours le cas, comme va le montrer l'exemple suivant.
Le MIPS R10000, qui utilisait un mélange de files de µops et de fenêtres d'instructions : une file de µops les accès mémoire, une fenêtre pour les instructions entières et une autre pour les opérations flottantes. Les branchements et NOPs étaient exécutés dans une unité de branchement distincte. Les trois files/fenêtres peuvent mémoriser 16 µops. Le processeur avait deux ALU entières, une AGU de calcul d'adresse, un additionneur flottant et un multiplieur/diviseur flottant. Il y avait un multiplieur entier sur le port d'émission l'ALU 2.
Le processeur décodait 4 instructions par cycle et produisait jusqu'à 4µops, qui étaient redistribuées sur les trois fenêtres d'instructions. Chacune pouvait accepter 4 µops par cycle, ce qui fait que processeur pouvait ''dispatch'' 4 µops entières, ou 4 µops flottantes, ou 4 µops mémoire, ou un mélange de deux ou trois types de µops. Pour ce qui est du ''schedule'', la fenêtre d'instruction entière pouvait émettre 2 µops, la fenêtre flottante pouvait émettre une addition en même temps qu'une multiplication/divison flottante et qu'un branchement conditionnel flottant, et la file de µops mémoire ne pouvait émettre qu'une µop mémoire à la fois. En tout, cela fait 6 µops ''schedule'' pour 4 µops au ''dispatch''.
[[File:R 10000.png|centre|vignette|upright=2.5|MIPS R10000, microarchitecture.]]
===La superscalarité à fenêtres d'instruction totalement décentralisées===
Prenons un cas extrême de fenêtre d'instruction décentralisée : celui où chaque ALU entière a sa propre station de réservation. En clair : une fenêtre d'instruction par ALU/FPU ! On parle de '''fenêtres d'instruction totalement décentralisées'''. Vous vous dites que ce cas est un peu trop extrême pour être réaliste, mais il n'en est rien. C'est même très courant sur les architectures basse consommation, et sur pas mal de CPU x86 modernes.
Une telle organisation entraine une légère perte de performance, comparé à une fenêtre d'instruction centralisée ou partiellement décentralisée. Et cela peut se comprendre par un exemple. Imaginez un processeur avec deux ALU, donc deux stations de réservation. Il arrivera qu'une station de réservation ait plusieurs µops prêtes, alors que l'autre en ait zéro. Dans une telle situation, une seule µop sera émise au cycle suivant, vu que chaque station de réservation a un seul port d'émission vers une seule ALU entière. Par contre, avec une fenêtre d'instruction centralisée double port, on aurait pu émettre les deux µops en même temps sur deux ALUs séparées.
La perte de performance est donc liée au fait que les µops '''''prêtes''''' sont mal réparties dans les différentes stations de réservation. Il arrivera que des µops prêtes s'accumulent dans une station de réservation, alors que d'autres seront pleines, ou du moins sous-utilisées. Et ce n'est pas quelque chose qui peut être réglé à l'étape de ''dispatch'', car on ne sait pas encore quand les µops auront leurs opérandes de disponibles.
[[File:Comparaison entre une station de réservation totalement décentralisée et une autre qui ne l'est pas.png|centre|vignette|upright=2.5|Comparaison entre une station de réservation totalement décentralisée et une autre qui ne l'est pas.]]
Par contre, décentraliser totalement les fenêtres d'instruction entraine aussi un gain considérable en termes de consommation énergétique. Et c'est la raison pour laquelle les fenêtres d'instructions totalement décentralisées sont utilisées sur les architectures basse consommation. La perte de performance ne peut pas s'expliquer clairement à ce stade du cours, car il nous faudrait parler d'émission superscalaire. Le gain en matière d'énergie vient de l'économie de circuits, qui est assez drastique. Le gain en matière d'énergie vient de l'économie de circuits, qui est assez drastique.
Je rappelle qu'une station de réservation a besoin, pour N instructions, d'environ N^2 circuits (des comparateurs, notamment). Prenons une station de réservation centralisée de 64 entrées et comparons avec 8 stations de 8 entrées chacune. Les deux donneront 64 entrées, mais la première aura un cout en circuit proportionnel à 64², alors que le second aura un cout en circuit de 8 *(8²). Entre les deux, le choix est clair : la seconde solution est plus économe. D'où l'utilisation de cette solution sur les microarchitectures basse consommation.
===L'unité de renommage superscalaire===
Avec la superscalarité, l'unité de renommage de registre doit gérer le cas où des instructions consécutives ont des dépendances de registre. Par exemple, prenons un processeur à double émission, qui renomme deux instructions consécutives. Si elles ont une dépendance de registre, le renommage de la seconde instruction dépend du renommage de la première. La première doit être renommée et le résultat du renommage est utilisé pour renommer la seconde, ce qui empêche d'utiliser deux unités de renommage séparées.
Pour cela, elle renomme les registres sans tenir compte des dépendances, pour ensuite corriger le résultat.
[[File:Unité de renommage superscalaire.png|centre|vignette|upright=2|Unité de renommage superscalaire.]]
Seules les dépendances lecture-après-écriture doivent être détectées, les autres étant supprimées par le renommage de registres. Repérer ce genre de dépendances se fait assez simplement : il suffit de regarder si un registre de destination d'une instruction est un opérande d'une instruction suivante.
[[File:Détection des dépendances sur un processeur superscalaire.png|centre|vignette|upright=2|Détection des dépendances sur un processeur superscalaire.]]
Ensuite, il faut corriger le résultat du renommage en fonction des dépendances. Si une instruction n'a pas de dépendance avec une autre, on la laisse telle quelle. Dans le cas contraire, un registre opérande sera identique avec le registre de destination d'une instruction précédente. Dans ce cas, le registre opérande n'est pas le bon après renommage : on doit le remplacer par le registre de destination de l'instruction avec laquelle il y a dépendance. Cela se fait simplement en utilisant un multiplexeur dont les entrées sont reliées à l'unité de détection des dépendances. On doit faire ce replacement pour chaque registre opérande.
[[File:Correction des dépendances sur un processeur superscalaire.png|centre|vignette|upright=2|Correction des dépendances sur un processeur superscalaire.]]
==Les optimisations des processeurs superscalaires larges==
Les processeurs superscalaires larges ont des optimisations spécifiques, qui n'ont pas de sens sur les processeurs superscalaires étroits. Dans les grandes lignes, elles se classent en deux types. Les premières permettent de charger/décoder plus de 5-10 instructions simultanément. Le problème est alors que les branchements viennent mettre leur grain de sel et qu'il faut en tenir compte. Les secondes corrigent des problèmes qui apparaissent quand un CPU intègre plus de 5 à 10 unités de calcul.
===L'étape de chargement d'un CPU superscalaire large===
Charger plusieurs instructions pose de nombreux problèmes sur les processeurs superscalaires larges, qui émettent de 5 à 10 instructions simultanées. Pour rappel, la stratégie basique pour charger N instructions est de charger un bloc de N instructions consécutives. Les instructions après un branchement ne sont pas décodées ni exécutées, ce qui entraine une petite baisse de performance. Pour un N petit, la perte de performance est mineure. Mais pour un N large, elle devient suffisamment importante pour que la conception du CPU doit alors être repensée de fond en comble.
Les analyses statistiques disent qu'il y a environ un branchement tous les 4 à 6 instructions. Un CPU a donc tendance à décoder des paquets de 3 à 5 instructions consécutives, avant qu'un branchement casse la dynamique. Or, cela pose des problèmes pour utiliser plusieurs décodeurs. L'implémentation basique, qui charge N instructions consécutives pour alimenter N décodeurs, fonctionne donc jusqu'à 4/6 décodeurs. Au-delà de 5 instructions, un CPU superscalaire doit être adapté pour gérer les branchements dans les paquets d'instruction qu'il émet. Le nombre de 5 instructions ne sort donc pas de nulle part.
La première solution utilise un cache de µops, avec un ''front-end'' capable de charger/décoder 4/5 instructions à la fois, pas plus. L'idée est que la majorité des instructions proviennent du cache de µops (plus de 80%), ce qui fait qu'on peut émettre environ 10 instructions à partir du cache de µops, pas besoin d'avoir beaucoup de décodeurs. Les performances sont cependant dégradées lors d'un défaut de cache de µops. Les instructions doivent alors être chargées depuis le cache d'instruction, par paquets de 4-5, puis sont décodées par 4-5 décodeurs, ce qui ne permet pas d’alimenter les unités de calcul à plein régime.
La solution précédente joue sur la distinction entre pots de décodage et d'émission. Elle permet d'émettre un grand nombre de µops sans pour autant charger un grand nombre d'instructions en même temps. En quelque sorte, ce n'est qu'une méthode de contournement, le CPU superscalaire reste de type étroit. Mais il est aussi possible d'utiliser un '''''front-end large''''', capable de charger une bonne dizaine d'instructions en même temps. La seule difficulté est de tenir compte de la présence de branchements.
Pour rappel, avec un ''front-end'' étroit, les instructions situées après le premier branchement pris sont annulées, elles ne sont pas décodées ni exécutées.
[[File:Fetch sur un processeur superscalaire avec prediction de branchements.png|centre|vignette|upright=2|Fetch sur un processeur superscalaire avec prédiction de branchements.]]
Un ''front-end'' large charge les instructions de destination du branchement et les placent à sa suite. Ils chargent deux blocs à la fois et les fusionnent en un seul qui ne contient que les instructions présumées utiles.
[[File:Cache d'instructions autoaligné.png|centre|vignette|upright=2|Cache d'instructions auto-aligné.]]
Mais cela demande de charger deux blocs de mémoire en une fois, ce qui demande un cache d'instruction multiports. Il faut aussi ajouter un circuit pour assembler plusieurs morceaux de blocs en un seul : le fusionneur (''merger''). En pratique, cette solution demande d'ajouter un second port de lecture au cache, pour un cout en hardware important, avec un impact négatif sur le temps d'accès au cache. Et il faut rajouter le fusionneur, qui prend un étage de pipeline à lui tout seul. Et encore, cette solution ne gère pas le cas où un bloc contient plusieurs branchements !
[[File:Implémentation d'un cache d'instructions autoaligné.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache d'instructions auto-aligné.]]
Les exemples précédents partent du principe qu'il n'y a qu'un seul branchement dans un bloc. Mais quand les blocs deviennent assez longs, il est fréquent d'avoir plusieurs branchements dans un bloc. Et il est même possible d'avoir plusieurs branchements pris. Dans un bloc de 8-10 instructions, ce n'est pas rare, et les CPU superscalaires à 8-10 voies sont la règle dans les CPU des années 2020. Pour gérer ce cas, il faut ajouter des ports supplémentaires au cache d'instruction et adapter le fusionneur, pour qu'il puisse fusionner trois ou quatre blocs. De plus, il faut utiliser une unité de prédiction de branchement capable de ''prédire plusieurs branchements par cycle''.
===Le décodage superscalaire large===
Le décodage des instructions n'est pas censé dépendre de l'implémentation du chargement. En théorie, une fois plusieurs blocs d'instruction fusionnés, on peut décoder les instructions en parallèle. Cependant, certains processeurs effectuent le décodage en tenant compte de la manière dont les branchements découpent les blocs. Les processeurs Atom d'Intel utilisent une solution de ce type, qui couple prédiction de branchement et décodage parallèle.
Ils chargent/décodent des paquets de 3 instructions consécutives, chaque paquet étant séparé du précédent par un branchement. Pour cela, en plus d'avoir un fusionneur adapté, ils regroupent les décodeurs en ''clusters'', chacun regroupant 3 décodeurs, et pouvant décoder trois instructions consécutives. Les micro-architectures Tremont et Crestmont avaient deux ''clusters'' (6 décodeurs au total), la micro-architecture Skymont en intègre trois (9 décodeurs au total).
Avec deux ''clusters'', le fonctionnement est le suivant. Si le code est composé d'une suite d'instruction sans branchements, seul le premier ''cluster'' est utilisé, limitant le décodage à trois instructions par cycle. Par contre, si l'une des trois instructions décodée est un branchement, alors le second ''cluster'' décode les trois instructions situées après ce branchement, à partir de l'adresse de destination. Avec un troisième ''cluster'', c'est la même chose, sauf qu'il faut qu'il y ait un branchement dans les trois instructions décodées par le second ''cluster''.
Mais comment faire pour savoir quels décodeurs activés, quels ''clusters'' sont actifs ? C'est la prédiction de branchement qui commande. Avec deux ''clusters'', elle détermine si un branchement est présent dans les trois instructions à charger, et quelle est son adresse de destination. Sans branchement, elle prévient les décodeurs et les trois instructions chargées sont décodées dans un ''cluster'' libre. Si elle prédit un branchement, elle charge les instructions adéquates, et active les deux ''clusters''. Avec trois branchements, c'est le même mécanisme, sauf que l'unité de prédiction de branchement doit être capable de prédire deux branchements par cycle.
Il faut noter que les décodeurs d'un ''cluster'' sont des décodeurs simples, sans microcode. Sur les processeurs Tremont et Crestmont, le microcode était unique et était partagé entre tous les ''clusters''. Un seul ''cluster'' pouvait décoder une instruction complexe avec le microcode, l'autre devait se limiter à des instructions simples uniquement. Depuis Skymont, le microcode est partiellement dupliqué, avec un microcode par ''cluster''.
Le cout en hardware peut paraitre prohibitif, pour un gain en performance faible. Sauf que c'est oublier que ce sont des processeurs Atom, sur lesquels beaucoup d'instructions sont microcodées. Les processeurs Atom ont un budget en transistor limité, ce qui fait qu'il est préférable pour eux d'implémenter des instructions en microcode que d'utiliser des unités de calcul dédiées ou des circuits de décodage complexes. Pour limiter la casse, le microcode n'est que partiellement dupliqué. Seul le microcode pour les instructions fréquente est dupliqué. Il y a un microcode secondaire pour certaines instructions, qui est lui unique et partagé par tous les ''clusters''.
===Le contournement sur les processeurs superscalaires larges===
Pour rappel, la technique du contournement (''register bypass'') permet au résultat d'une instruction d'être immédiatement utilisable en sortie de l'ALU, avant même d'être enregistré dans les registres. Implémenter la technique du contournement demande d'utiliser des multiplexeurs pour relier la sortie de l'unité de calcul sur son entrée si besoin. Il faut aussi des comparateurs pour détecter des dépendances de données.
[[File:Pipeline Bypass.png|centre|vignette|upright=1|Pipeline Bypass]]
La sortie de chaque ALU doit être reliée aux entrées de toutes les autres, avec les comparateurs qui vont avec. Sur les processeurs ayant plusieurs d'unités de calculs, cela demande beaucoup d’interconnexions et de comparateurs. Pour N unités de calcul, cela demande 2 * N² interconnexions, implémentées avec 2N multiplexeurs de N entrées chacun. Si c'est faisable pour 2 ou 3 ALUs, la solution est impraticable au-delà. Non seulement ce serait un enfer à câbler, mais les fils seraient tellement longs que la fréquence du processeur en prendrait un coup.
Notez que cela vaut pour les processeurs superscalaires, mais aussi pour tout processeur avec beaucoup d'unités de calcul. En théorie, un CPU à exécution dans le désordre, non-superscalaire, mais avec beaucoup d'unités de calcul, fait face au même problème. En pratique, avoir une dizaine d'ALU implique processeur superscalaire à exécution dans le désordre. D'où le fait qu'on parle du problème maintenant.
La seule solution praticable est de ne pas relier toutes les unités de calcul ensemble. À la place, on préfère regrouper les unités de calcul dans différents '''agglomérats''' ('''cluster'''). Le contournement est alors possible entre les unités d'un même agglomérat, mais pas entre agglomérats différents. Évidemment, certaines possibilités de contournement sont perdues, mais c'est compensé par un gain en fréquence et un cout en circuit/fils réduit. C'est un bon compromis, ce qui explique que presque tous les processeurs modernes l'utilisent. Les rares exceptions sont les processeurs POWER 4 et POWER 5, qui ont préféré se passer de contournement pour garder un processeur très simple et une fréquence élevée.
===Le banc de registre des processeurs superscalaires larges===
Pour émettre deux opérations entières simultanément, il faut lire deux fois plus d'opérandes. Et il faut aussi écrire deux résultats dans les registres, en même temps. Pour cela, on double les ports du banc de registre. En général, il faut au maximum 2 ports de lecture et un port d'écriture par unité de calcul. Le problème, c'est que plus un banc de registres a de ports, plus il utilise de circuits, est compliqué à concevoir, consomme de courant et chauffe. Avec plusieurs dizaines d'unités de calcul différentes, ajouter autant de ports impacterait la fréquence du banc de registres et réduirait les performances, voire est totalement impraticable à cause des contraintes thermiques. Les processeurs superscalaires larges doivent donc trouver des solutions.
La première solution utilise un banc de registre unique, mais n'utilise pas autant de ports que le pire des cas le demanderait. Le processeur détecte quand il n'y a pas assez de ports pour servir toutes les micro-opérations. Quand ça arrive, l'unité d'émission émet assez de micro-opérations pour exploiter les ports disponibles, mais met en attente les micro-opérations en trop, le temps que les ports se libèrent. Pour cela, le banc de registre est géré par un circuit d'arbitrage spécialisé, intégré à l'unité d'émission, l’'''arbitre du banc de registres''' (''register file arbiter'').
Une autre solution est de dupliquer le banc de registres en plusieurs exemplaires qui contiennent exactement les mêmes données, mais avec moins de ports de lecture/écriture. Un exemple est celui des processeurs POWER, Alpha 21264 et Alpha 21464. Sur ces processeurs, le banc de registre est dupliqué en plusieurs exemplaires, qui contiennent exactement les mêmes données. Les écritures dans les registres sont envoyées à tous les bancs de registres, afin de garantir que leur contenu est identique. Chaque exemplaire a exactement deux ports de lecture. La conception du processeur est simplifiée, que ce soit au niveau du câblage, que de la conception des bancs de registres.
Une dernière solution découpe le banc de registres en plusieurs bancs de registres plus petits, avec un réseau d'interconnexions pour échanger des données entre bancs de registres. Dans la plupart des cas, cette séparation est invisible du point de vue de l'assembleur et du langage machine. Le processeur se charge de transférer les données entre bancs de registres suivant les besoins. Sur d'autres processeurs, les transferts de données se font via une instruction spéciale, souvent appelée ''COPY''.
[[File:Banc de registres distribué.png|centre|vignette|upright=2|Banc de registres distribué.]]
Sur de certains processeurs, un branchement est exécuté par une unité de calcul spécialisée. Or les registres à lire pour déterminer l'adresse de destination du branchement ne sont pas forcément dans le même agglomérat que cette unité de calcul. Pour éviter cela, certains processeurs disposent d'une unité de calcul des branchements dans chaque agglomérat. Dans les cas où plusieurs unités veulent modifier le ''program counter'' en même temps, un système de contrôle général décide quelle unité a la priorité sur les autres. Mais d'autres processeurs fonctionnent autrement : seul un agglomérat possède une unité de branchement, qui peut recevoir des résultats de tests de toutes les autres unités de calcul, quel que soit l’agglomérat.
==La macro-fusion : une optimisation du décodage parallèle==
Les processeurs superscalaires supportent la technique dite de '''macro-fusion''', qui permet de fusionner deux-trois instructions consécutives en une seule micro-opération. Par exemple, il est possible fusionner une instruction de test et une instruction de saut en une seule micro-opération de branchement. Il s'agit là de l'utilisation la plus importante de la macro-fusion sur les processeurs x86 modernes.
La macro-fusion est utilisée pour fusionner un test et un saut en un branchement unique. L'optimisation est présente sur la plupart des CPU superscalaires modernes. Les CPU x86 l'implémentent, mais aussi quelques CPU ARM et les processeurs Apple de série M (M1 à M5, et potentiellement plus quand ils seront sortis). La fusion des instructions se fait lors du décodage des instructions, grâce à la coopération des décodeurs. Elle marche systématiquement si l'instruction de test et le saut sont consécutives, qu'elles forment bien une paire d'instruction. Par contre, insérer une instruction entre les deux empêche la macro-fusion de faire son travail, sauf si l'instruction insérée est un NOP.
Les processeurs ARM64 avaient une forme spécifique de macro-fusion, utilisée pour un cas très précis : charger une constante immédiate de 32 ou 64 bits, dans un registre 64 bits. Les CPU ARM 64 bits utilisent des instructions codées sur 32 bits, qui ne peuvent encoder que des constantes immédiates de 16 bits. Pour charger une constante de 32/64 bits, il faut s'y prendre en plusieurs fois. Une première instruction MOVZ charge les 16 premiers bits, puis 2 à 4 instructions MOVK remplissent le reste. MOVZ met à zéro les 48 bits de poids fort, MOVK permet de sélectionner le doublet à modifier dans le registre (on modifie 16 bits, dont on choisit la place, le reste du registre est laissé tel quel). ARM permet de fusionner cette suite d'instructions en une seule µop MOV avec une constante immédiate. On parle alors de '''''MOVZ + MOVK fusion'''''.
Une dernière utilisation, [https://www2.eecs.berkeley.edu/Pubs/TechRpts/2016/EECS-2016-130.pdf proposées pour le jeu d'instruction RISC-V], fusionnait un calcul d'adresse et une instruction LOAD/STORE en une seule instruction d'accès mémoire. Elle a été envisagée à une époque où le jeu d'instruction RISC-V ne gérait pas les modes d'adressage base + indice. L'idée était d'avoir une unité mémoire qui gérait le mode d'adressage base + indice et de fusionner des instructions pour l'exploiter. Mais de nos jours, le jeu d'instruction RISC-V intègre le mode d'adressage base + indice, ce qui fait que la macro-fusion n'a aucun intérêt pour ce cas précis.
La macro-fusion a de nombreuses limitations en pratique. En théorie, on pourrait l'utiliser au-delà des deux situations mentionnées plus haut. Par exemple, pour fusionner une addition et une multiplication en une seule instruction MAD. Mais l'intérêt est assez faible. Notons que la macro-fusion ne permet que de fusionner des paires d'instructions. Aller au-delà demanderait un cout en circuit trop important. Déjà que tester deux paires utilise pas mal de comparateurs...
==Le ''stack engine'' : une optimisation de la pile d'appel==
Les processeurs modernes intègrent une optimisation liée au pointeur de pile. Pour rappel, sur les architectures modernes, le pointeur de pile est un registre utilisé pour gérer la pile d'appel, précisément pour savoir où se trouve le sommet de la pile. Il est manipulé par les instructions CALL, RET, PUSH et POP, mais aussi par les instructions d'addition/soustraction pour gérer des cadres de pile de taille variable. De plus, il peut servir d'opérande pour des instructions LOAD/STORE, afin de lire/écrire des variables locales, les arguments d'une fonction, et autres. C'est donc un registre général adressable, intégré au banc de registre, altéré par l'unité de calcul entière.
L'incrémentation/décrémentation du pointeur de pile passe donc par l'unité de calcul, lors des instructions CALL, RET, PUSH et POP. Mais, l'optimisation que nous allons voir permet d'incrémenter/décrémenter le pointeur de pile sans passer par l'ALU, ou presque. L'idée est de s'inspirer des architectures avec une pile d'adresse de retour, qui intègrent le pointeur de pile dans le séquenceur et l'incrémentent avec un incrémenteur dédié.
===Le ''stack engine''===
L'optimisation que nous allons voir utilise un '''''stack engine''''' intégré à l'unité de contrôle, au séquenceur. Le processeur contient toujours un pointeur de pile dans le banc de registre, cela ne change pas. Par contre, il n'est pas incrémenté/décrémenté à chaque instruction CALL, RET, PUSH, POP. Un compteur intégré au séquenceur est incrémenté à la place, nous l’appellerons le '''compteur delta'''. La vraie valeur du pointeur de pile s'obtient en additionnant le compteur delta avec le registre dans le banc de registre. Précisons que si le compteur delta vaut zéro, la vraie valeur est dans le banc de registre et peut s'utiliser telle quelle.
Lorsqu'une instruction ADD/SUB/LOAD/STORE utilise le pointeur de pile comme opérande, elle a besoin de la vraie valeur. Si elle n'est pas dans le banc de registre, le séquenceur déclenche l'addition compteur-registre pour calculer la vraie valeur. Finalement, le banc de registre contient alors la bonne valeur et l'instruction peut s'exécuter sans encombre.
L'idée est que le pointeur de pile est généralement altéré par une série d'instruction PUSH/POP consécutives, puis des instructions LOAD/STORE/ADD/SUB utilisent le pointeur de pile final comme opérande. En clair, une bonne partie des incrémentations/décrémentation est accumulée dans le compteur delta, puis la vraie valeur est calculée une fois pour toutes et est utilisée comme opérande. On accumule un delta dans le compteur delta, et ce compteur delta est additionné quand nécessaire.
Précisons que le compteur delta est placé juste après le décodeur d'instruction, avant même le cache de micro-opération, l'unité de renommage et l'unité d'émission. Ainsi, les incrémentations/décrémentations du pointeur de pile disparaissent dès l'unité de décodage. Elles ne prennent pas de place dans le cache de micro-opération, ni dans la fenêtre d'instruction, ni dans la suite du pipeline. De nombreuses ressources sont économisées dans le ''front-end''.
Mais utiliser un ''stack engine'' a aussi de nombreux avantages au niveau du chemin de données/''back-end''. Déjà, sur les processeurs à exécution dans le désordre, cela libère une unité de calcul qui peut être utilisée pour faire d'autres calculs. Ensuite, le compteur delta mémorise un delta assez court, de 8 bits sur le processeur Pentium M, un peu plus pour les suivants. L'incrémentation se fait donc via un incrémenteur 8 bits, pas une grosse ALU 32/64 bits. Il y a un gain en termes de consommation d'énergie, un incrémenteur 8 bits étant moins gourmand qu'une grosse ALU 32/64 bits.
===Les points de synchronisation du delta===
La technique ne fonctionne que si la vraie valeur du pointeur de pile est calculée au bon moment, avant chaque utilisation pertinente. Il y a donc des '''points de synchronisation''' qui forcent le calcul de la vraie valeur. Plus haut, nous avions dit que c'était à chaque fois qu'une instruction adresse le pointeur de pile explicitement, qui l'utilise comme opérande. Les instructions CALL, RET, PUSH et POP ne sont pas concernées par elles utilisent le pointeur de pile de manière implicite et ne font que l'incrémenter/décrémenter. Mais dans les faits, c'est plus compliqué.
D'autres situations peuvent forcer une synchronisation, notamment un débordement du compteur delta. Le compteur delta est généralement un compteur de 8 bits, ce qui fait qu'il peut déborder. En cas de débordement du compteur, le séquenceur déclenche le calcul de la vraie valeur, puis réinitialise le compteur delta. La vraie valeur est donc calculée en avance dans ce cas précis. Précisons qu'un compteur delta de 8 bits permet de gérer environ 30 instructions PUSH/POP consécutives, ce qui rend les débordements de compteur delta assez peu fréquent. À noter que si le compteur delta vaut zéro, il n'y a pas besoin de calculer la vraie valeur, le séquenceur prend cette situation en compte.
Un autre point de synchronisation est celui des interruptions et exceptions matérielles. Il faut que le compteur delta soit sauvegardé lors d'une interruption et restauré quand elle se termine. Idem lors d'une commutation de contexte, quand on passe d'un programme à un autre. Pour cela, le processeur peut déclencher le calcul de la vraie valeur lors d'une interruption, avant de sauvegarder les registres. Pour cela, le processeur intègre un mécanisme de sauvegarde automatique, qui mémorise la valeur de ce compteur dans le tampon de réordonnancement, pour forcer le calcul de la vraie valeur en cas de problème.
La technique du ''stack engine'' est apparue sur les processeurs Pentium M d'Intel et les processeurs K10 d'AMD, et a été conservée sur tous les modèles ultérieurs. L'implémentation est cependant différente selon les processeurs, bien qu'on n'en connaisse pas les détails et que l'on doive se contenter des résultats de micro-benchmarks et des détails fournit par Intel et AMD. Selon certaines sources, dont les manuels d'optimisation d'Agner Fog, les processeurs AMD auraient moins de points de synchronisation que les processeurs Intel. De plus, leur ''stack engine'' serait placé plus loin que prévu dans le pipeline, après la file de micro-opération.
==La micro-fusion et la délamination==
La '''micro-fusion''' est une optimisation qui retarde le décodage réel de certaines instructions assez loin dans le pipeline. Elle concerne surtout les instructions ''load-op'', mais pas que. D'autres instructions mémoire peuvent subir cette optimisation. L'essentiel est que, sans micro-fusion, ces instructions sont décodées en plusieurs micro-opérations. La micro-fusion retarde le décodage final de ces instructions, qui se fait assez tard dans le pipeline. Pour comprendre l'intérêt, nous allons devoir faire quelques explications.
L'optimisation en question fait le décodage en deux temps. Prenons l'exemple d'une opération ''load-op'', qui est censée être décodée en deux micro-opérations : une lecture, puis une opération. Le décodage produit une '''macro-opération''' (terme d'Intel), qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. La macro-opération est techniquement une micro-opération comme une autre, sauf que ce n'est pas la micro-opération finale. L'unité d'émission découpe cette macro-opération en deux micro-opérations, qui sont émises l'une après l'autre. Pour résumer, les instructions ''load-op'' ne sont complétement découpées en micro-opération lors de l'émission, pas lors du décodage.
L'optimisation impacte ce qui se situe entre le décodeur d'instruction et l'unité d'émission : l'unité de renommage, la file de micro-opérations, le ''Loop Stream Detector'' et/ou le cache de micro-opération. L'intérêt de l'optimisation est que l'on fusionne deux micro-opérations en une seule macro-opération. Le cache de micro-opération et la file de micro-opération peuvent mémoriser plus de micro-opérations, vu que certaines sont fusionnées. Quant à l'unité de renommage, elle renomme une seule macro-opération au lieu de renommer deux micro-opérations, ce qui augmente le débit du renommage de registre. Par contre, cela complique un peu le travail de l'unité d'émission, qui doit découper les instructions ''load-op'' en deux et émettre les micro-opérations l'une après l'autre.
Il faut noter qu'il n'y a pas de fusion proprement dite. Le décodeur ne décode pas deux micro-opérations séparées, avant de les fusionner. En réalité, il génère directement une macro-opération, qui correspond à deux micro-opérations, que ce soit plus tard dans le pipeline ou sur une autre architecture. D'ailleurs, la micro-fusion a lieu à l'intérieur d'une instruction, qui est censée être traduite en plusieurs micro-opérations. Et encore : pas toutes. La conséquence est que la technique n'a de sens que sur les processeurs CISC, avec des instructions assez complexes pour être décodées en plusieurs micro-opérations. En pratique, seuls les CPU x86 sont concernés.
===Les domaines de fusion===
La micro-fusion n'est pas spécifique aux processeurs superscalaires. En théorie, on peut l'implémenter sur un processeur non-superscalaire à émission dans l'ordre. Cependant, je ne connais aucun processeur à émission dans l'ordre qui implémente la micro-fusion, même si son implémentation est en théorie possible sur de tels processeurs. La micro-fusion est implémentée différemment selon que l'émission se fasse dans l'ordre, dans le désordre, avec une fenêtre d'instruction, avec des stations de réservation, etc.
J'ai dit plus haut que les micro-opérations sont générées lors de l'émission, mais le moment exact varie suivant le processeur. Pour simplifier le tout, nous parlerons de '''scission''' quand le processeur traduit une macro-opération en deux/trois micro-opérations. Le moment où a lieu la scission est théoriquement dans l'unité d'émission, mais celle-ci prend plusieurs formes selon que le processeur utilise l'émission dans l'ordre, dans le désordre, avec une fenêtre d'instruction, avec des stations de réservation, etc.
Les processeurs à exécution dans l'ordre sont le cas le plus simple. L'unité d'émission est alors en charge du découpage des macro-opérations en micro-opérations. La file de micro-opération ou le cache de micro-opérations mémorisent des macro-opérations. À l'opposé, le tampon de ré-ordonnancement mémorise lui des micro-opérations. Le reste du processeur n'est pas affecté.
Sur les processeurs à exécution dans le désordre, les différences sont nombreuses. Le tampon de ré-ordonnancement peut mémoriser soit les micro-opérations finales, soit des macro-opérations. Il en est de même avec la fenêtre d'instruction et/ou les stations de réservation, qu'elles soient centralisées ou décentralisées. Tout dépend de comment se fait l'implémentation.
Une implémentation simple effectue la scission des macro-opérations dans l'unité d'émission, comme sur les processeurs à exécution dans l'ordre. Sur de nombreux processeurs, l'unité d'émission et de renommage sont simplement fusionnées, ce qui fait que la scission a lieu juste après le renommage de registres. En conséquence, le tampon de re-ordonnancement et les fenêtres d'instruction ne voient que des micro-opérations. Les macro-opérations disparaissent juste avant. Cette implémentation est préférée avec une fenêtre d'instruction centralisée, car on voit mal comment scinder une macro-opération juste avant l'ALU.
Une autre implémentation fait la scission en sortie de la fenêtre d'instruction ou des stations de réservation, qu'elles soient centralisées ou décentralisées. Dans ce cas, le tampon de re-ordonnancement fait de même. L'avantage est que le tampon de ré-ordonnancement stocke des macro-opérations, ce qui augmente sa taille effective. Par exemple, il utilise une seule entrée pour une instruction ''load-op'', au lieu de deux sans micro-fusion de ce type.
===La délamination===
La scission peut parfois avoir lieu plus tôt, dans des circonstances très précises. Concrètement, cela ne concerne que quelques micro-architectures d'Intel, pour des instructions très précises. La raison est les limitations du format des micro-opérations, pas une histoire d'optimisation. Le processeur aimerait pouvoir faire la micro-fusion, mais ne peut pas à cause de ces limitations. Une telle situation cause alors une '''délamination''' : les micro-opérations sont scindées précocement.
Par exemple, sur la micro-architecture SandyBridge d'Intel, les opérations ''load-op'' sont fusionnées, sauf si elles utilisent l'adressage indicé. Les micro-opérations de ce processeur ne peuvent avoir que deux opérandes. Trois opérandes est de trop, et les opérations ''load-op'' en adressage indicé dépassent cette limite. Dans ce cas, les micro-opérations sont fusionnées en sortie du décodeur, mais sont scindés avant d’entrer dans la file de micro-opération. L'avantage n'est pas évident, vu que l'unité de renommage suit de près le décodeur d'instruction. Il est que le cache de micro-opérations mémorise des macro-opérations, pas deux micro-opérations.
===La micro-fusion des processeurs Intel et AMD===
La micro-fusion est apparue sur le Pentium M d'Intel, et a été conservée telle quelle sur les processeurs Intel suivants. Les processeurs AMD supportent la micro-fusion depuis au moins la micro-architecture AMD K8. Mieux que ça, la délamination n'était pas utilisée car les micro-opérations acceptaient plus de 2 opérandes. Que ce soit chez AMD ou Intel, elle concerne deux types d'instructions : les écritures mémoire et les instructions ''load-op''.
Sur le Pentium M, il y avait quelques limitations, l'optimisation se limitant par exemple aux registres entiers et flottants, mais pas aux registres MMX, mais pas les registres SSE (nous verrons ces registres dans quelques chapitres). Mais les processeurs modernes n'ont plus cette limitation. La micro-fusion des CPU Intel concerne deux types d'instructions : les écritures mémoire et les instructions ''load-op''.
Pour les écritures, la situation est plus complexe que pour les instructions ''load-op''. Sur les processeurs Intel précédents, les écritures étaient réalisées dans deux unités séparées : le calcul d'adresse dans une unité de calcul, l'écriture proprement dite dans l'unité mémoire. Elles prenaient donc deux micro-opérations. Le processeur a changé ses unités mémoire, ce qui fait qu'elle pouvait faire les deux en une seule micro-opération. Il s'agissait alors d'une optimisation du chemin de données, plus que de la micro-fusion proprement dite, mais je la mentionne ici malgré tout.
La micro-fusion sur ce processeur avait un avantage en plus des avantages usuels : elle utilisait mieux les décodeurs. Les Pentium M avaient trois décodeurs pour décoder plusieurs instructions en même temps, chose qu'on détaillera dans le chapitre sur les processeurs superscalaires. Un seul décodeur pouvait décoder toutes les instructions, les deux autres ne peuvent décoder que les instructions simples, qui se décodent en une seule micro-opération. Avec la micro-fusion, les trois décodeurs peuvent gérer les écritures mémoire et les opérations ''load-op'', vu qu'elles deviennent des instructions simples. Sans cela, elles auraient été limitées au premier décodeur.
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wikitext
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Les processeurs vus auparavant ne peuvent émettre au maximum qu'une instruction par cycle d'horloge. Ils peuvent avoir plusieurs instructions qui s'exécutent en même temps, dans des unités de calcul séparées. C'est le cas dès qu'une instruction multi-cycles s'exécute. Par contre, ils ne peuvent démarrer qu'une seule instruction par cycle. Et quand on court après la performance, ce n'est pas assez ! Les concepteurs de processeurs ont inventés des processeurs qui émettent plusieurs instructions par cycle : les '''processeurs à émissions multiples'''.
Un processeur à émission multiple charge plusieurs instructions en même temps, les décode en parallèle, puis les émet en même temps sur des unités de calculs séparées. Pour cela, il faut gérer les dépendances entre instructions, répartir les instructions sur différentes unités de calcul, et cela n'est pas une mince affaire. En général, pour un processeur à émission multiple capable d'émettre N instructions en parallèle, on parle de '''processeur à N voies''', ou encore un ''processeur à N pipelines''.
[[File:Superscalarpipeline.svg|centre|vignette|upright=1.5|Pipeline RISC classique à cinq étages sur un processeur superscalaire. On voit bien que plusieurs instructions sont chargées en même temps.]]
Les processeurs à émission multiple sont de deux types : les processeurs VLIW et les '''processeurs superscalaires'''. Nous mettons les processeurs VLIW de côté en attendant le prochain chapitre. La raison est qu'ils ont un jeu d'instruction spécialisé qui expose le parallélisme d'instruction directement au niveau du jeu d'instructions, là où les processeurs superscalaires restent des processeurs au jeu d'instruction normal. La différence principale entre processeur VLIW et superscalaire est qu'un processeur superscalaire répartit les instructions sur les unités de calcul à l’exécution, là où un processeur VLIW délègue cette tâche au compilateur.
==Le nombre de voies d'un processeur superscalaire==
Les processeurs superscalaires les plus simples ne permettent que d'émettre deux micro-opérations à la fois, d'où leur nom de processeur ''dual issue'', ce qui se traduit en '''processeur à double émission'''. Les processeurs triple émission permettent eux d’émettre trois instructions à la fois. A l'opposé, les CPU superscalaires les plus puissants peuvent émettre jusqu'à 8-10 instructions simultanément. En 2026, les CPU superscalaires peuvent monter jusqu’à 10 µops émises en même temps, ce qui est énorme !
Et cela nous amène à faire une distinction entre les processeurs superscalaires dits '''étroits''' et ceux dits '''larges'''. Dans ce wikilivre, on part du principe que les processeurs superscalaires étroits émettent jusqu'à 4-5 µops à la fois, alors que les larges peuvent en émettre plus, l'intervalle entre les deux est une zone grise. Le nombre exact n'est pas fixé dans le marbre, la distinction est volontairement vague.
Nous parlerons de la '''largeur d'un CPU superscalaire''' pour parler du nombre de voies, du nombre de µops émises en même temps. Plus un CPU superscalaire est large, plus il est performant ''toute chose égale par ailleurs''. Mais dans les faits, vous pouvez oublier la partie en italique. Élargir un CPU superscalaire demande de rajouter beaucoup de circuits. Et ce cout en circuit aura un impact sur la performance. A budget en transistors limité, il y a un compromis entre élargir un CPU et rajouter du cache ou la taille des fenêtres d'instructions/ROB et autres.
===Les contraintes d’appariement===
Prenons un processeur double émission, capable d'émettre deux instructions simultanément. Émettre deux instructions en même temps n'est pas toujours possible. Par exemple, si deux instructions sont dépendantes, on ne peut pas les émettre en même temps. Mais oublions un instant ces histoires de dépendances de données, et partons du principe que le CPU ait affaire à deux instructions indépendantes, une paire idéale. Un CPU double émission "parfait" pourrait exécuter n'importe quelle paire d'instruction. Par exemple, il pourrait émettre deux multiplications consécutives, deux lectures consécutives, une lecture et une écriture en même temps, etc.
En pratique, aucun processeur ne permet cela. Implémenter un CPU superscalaire "parfait" aurait un cout en circuit beaucoup trop conséquent. Par exemple, pour émettre deux multiplications en même temps, il faudrait deux multiplieurs séparés. Idem pour exécuter deux accès mémoire simultané : cela demande d'avoir deux unités mémoire et un cache multiport. Mais en pratique, aucun CPU superscalaire ne fait cela. La totalité des CPU double émission se débrouille avec un seul circuit multiplieur et une seule unité mémoire.
Et cela entraine l'apparition de dépendances structurelles, qui font que certaines paires d'instructions sont impossibles. Par exemple, impossible d'émettre deux multiplications en même temps avec un seul circuit multiplieur. Mais émettre une multiplication en parallèle d'une addition est parfaitement possible. Il y a donc des paires d'instructions autorisées et des paires interdites. Et la logique est la même sur les CPU à triple ou quadruple émission, et au-delà. : des triplets ou quadruplet d'instructions sont impossibles à émettre simultanément, alors que d'autres le sont. Pour le dire autrement, il y a des '''contraintes d'appariement''' sur les instructions à émettre en même temps.
===L'impact des contraintes d’appariement sur la performance===
Ces contraintes d’appariement ont un impact sur les performance, mais celui-ci peut être grandement mitigé. Les programmes informatiques utilisent en pratique beaucoup plus d'opérations entières de base que de multiplication, branchements et accès mémoire. Il y a environ 5 opérations entières de base pour une multiplication entière. En pratique, il est rare de devoir exécuter deux multiplications à la fois. Idem pour les décalages et rotations, qui sont assez éloignés les uns des autres. Deux branchements consécutifs sont quant à eux plus fréquents. Deux accès mémoire consécutifs est assez rare, mais ils restent assez proches les uns des autres malgré tout.
La conséquence est que certaines paires d'instructions sont privilégiées par rapport au reste. Les paires regroupant deux calculs basiques (additions, soustractions, ...) sont systématiquement supportées, car dupliquer des ALU entières est facile. Les paires regroupant un calcul et une autre instruction sont elles aussi systématiquement supportées. Par contre, les paires avec deux branchements, deux accès mémoire, deux décalages/rotations, ou deux multiplications/divisions sont fréquemment interdites. Seuls les CPU superscalaires larges peuvent les permettre, et encore : sous conditions. Le résultat est que le processeur peut se débrouiller avec une seule unité mémoire et une unité de branchement.
===Terminologie pour la suite du chapitre===
Décrire les contraintes d’appariement demande de dire quelles combinaisons d’instructions sont autorisées ou interdites. Et pour cela, nous allons introduire les abréviations suivantes :
* INT est un raccourcis pour parler d'une opération entière simple, qu'une ALU entière peut exécuter.
* MUL correspond à une opération entière complexe, typiquement une multiplication, éventuellement à une division.
* FLOAT désigne une opération flottante, peut importe laquelle.
* MEM désigne un accès mémoire, à savoir une instruction ou µop mémoire.
* BRANCH désigne une instruction de branchement.
Cette terminologie permettra de définir des paires d'instructions, qu'elles soient possibles ou interdites. Par exemple, l'expression INT + FLOAT désigne une paire d'instruction regroupant une instruction entière et une instruction flottante, peu importe l'ordre des deux instructions. Il en sera de même pour les triplets, quadruplets, ou plus. Par exemple, l'expression INT + INT + FLOAT + MUL désigne un quadruplet d'instructions regroupant : deux instructions entières, une instruction flottante, et une multiplication entière.
J'utiliserais aussi des parenthèses pour regrouper certaines combinaisons. Par exemple, l'expression INT + (MUL /FLOAT) veut parler d'une paire d'instruction où la première est une opération entière basique, la seconde est : soit une multiplication, soit une opération flottante.
==Le ''front-end'' des processeurs superscalaires==
Un processeur superscalaire doit charger, décoder, et exécuter plusieurs instructions par cycle. Par exemple, un processeur triple émission doit charger 3 instructions lors d'un premier cycle, puis les décoder au cycle suivant, et les exécuter au cycle suivant. Il travaille donc pas paquets de 3 instructions, dans cet exemple.
Intuitivement, charger, décoder et exécuter plusieurs instructions à la fois demande de dupliquer des circuits. Par exemple, il faut dupliquer les décodeurs pour décoder plusieurs instructions. Les unités de calcul sont aussi dupliquées, sauf sur certaines processeurs qui arrivent à ruser, mais laissons cela de côté pour plus tard. Mais d'autres circuits sont simplement modifiés, comme l'unité de chargement ou l'unité d'émission. Voyons ce qu'il en est dans le détail.
{|class="wikitable"
|-
! rowspan="2" | Processeur sans émission multiple
| rowspan="2" | Chargement
| rowspan="2" | Décodage
| rowspan="2" | Renommage
| rowspan="2" | Émission
| Exécution / ALU
| rowspan="2" | ''Commit''/ROB
|-
| Exécution / ALU
|-
! rowspan="4" | Processeur superscalaire
| rowspan="4" | Chargement
| rowspan="2" | Décodage
| rowspan="4" | Renommage
| rowspan="4" | Émission
| Exécution / ALU
| rowspan="4" | ''Commit''/ROB
|-
| Exécution / ALU
|-
| rowspan="2" | Décodage
| Exécution / ALU
|-
| Exécution / ALU
|}
Nous allons d'abord voir ce qu'il en est pour le ''front-end'', à savoir la partie du CPU qui s'occupe de charger et décoder les instructions. Elle regroupe l'unité de chargement, les décodeurs, l'unité de prédiction de branchement, la file de µops, la file d'instruction, et divers caches. En soi, les changements portent surtout sur l'unité de chargement et les décodeurs.
===Le chargement de plusieurs instructions consécutives===
Un processeur superscalaire charge plusieurs instructions en même temps, ''en tenant compte de la présence de branchements''. La partie en italique est importante et elle a une conséquence très forte : la manière de faire est fortement différente entre un CPU superscalaire étroit et large.
Un CPU superscalaire étroit fait au plus simple : il charge un bloc de 2, 3, 4 instructions consécutives en mémoire RAM. Il faut alors doubler/tripler/quadrupler la taille du bus connecté au cache d'instruction. Par exemple, pour charger quatre instructions de 32 bits chacune, il suffit de lire un bloc de 128 bits dans le cache d'instruction. Un bloc de 8, 16, 32 octets est donc lu depuis le cache et est ensuite découpé en instructions, envoyées chacun à un décodeur.
Charger plusieurs instructions consécutives ne marche bien qu'en absence de branchements. La présence de branchements casse cette dynamique, et il faut gérer leur présence.
* Sans prédiction de branchement, toutes les instructions d'un bloc sont décodées et exécutées en même temps, même s'il y a un branchement dans le tas.
* Avec prédiction de branchement, les instructions situées après le branchement ne sont pas décodées ni exécutées. L'unité de chargement coupe le bloc chargé au niveau du premier branchement pris, remplit les vides avec des NOP, avant d'envoyer le tout à l'unité de décodage. Les instructions à l'adresse de destination seront chargées au cycle suivant, en chargeant un nouveau bloc.
[[File:Fetch sur un processeur superscalaire avec prediction de branchements.png|centre|vignette|upright=2|Fetch sur un processeur superscalaire avec prédiction de branchements.]]
Un autre défaut est que sur le CPU charge un bloc de 128 bits à la fois, les instructions doivent être alignées sur 128 bits. Et on peut généraliser à n'importe quelle taille de bloc. Si les instructions ne sont pas alignées, il faut gérer la situation. Il arrive qu'une instruction soit à cheval sur deux blocs, avec un morceau dans le premier bloc, un autre dans le second. Dans ce cas, l'instruction est chargée en deux fois, et des circuits doivent gérer la situation pour recoller les morceaux. Sur les CPU avec des instructions de taille fixe, le problème ne survient que rarement. Mais il est fréquent avec des instructions de taille variable.
Un autre défaut est lié aux branchements. Imaginez qu'un branchement s'exécute et branche vers une instruction de destination. Rien n'indique que l'instruction de destination sera au tout début d'un bloc. Si ça se trouve, elle sera en troisième position d'un bloc de 4 instructions. Une solution simple charge le bloc en respectant l'alignement, et les deux premières instructions du bloc ne sont pas à exécuter. Il y a donc une petite perte de performance.
Certains CPU, comme l'IBM RS/6000, ont la machinerie charger un bloc de N instructions même s'il n'est pas aligné. La machinerie en question se trouve dans le cache d'instruction et est tout sauf simple à expliquer,ce qui fait que je me permets de la passer sous silence. Un détail, cependant : elle ne permet pas de charger des blocs qui sont à cheval sur deux lignes de cache.
===Le décodage parallèle des instructions===
Pour le décodage des instructions, plusieurs instructions sont décodées en même temps. On parle alors de '''décodage parallèle'''. Pour ce faire, un processeur superscalaire contient plusieurs décodeurs, chacun pouvant décoder une instruction en parallèle des autres. Prenons par exemple un processeur superscalaire à 4 voies : le décodage se fera dans quatre décodeurs séparés, qui fonctionneront en parallèle. Cependant, cette implémentation ne marche bien que pour les processeurs RISC, les processeurs CISC devant faire avec un microcode gourmand en circuits.
Les processeurs CISC utilisent des décodeurs hybrides, avec un microcode qui complémente un décodeur câblé. Dupliquer le microcode aurait un cout en transistors trop important, ce qui fait que seuls les décodeurs câblés sont dupliqués. Les CPU CISC superscalaires disposent donc de plusieurs décodeurs simples, capables de décoder les instructions les plus courantes, avec un seul microcode. La conséquence est qu'il n'est pas possible de décoder deux instructions microcodées en même temps. Par contre, il reste possible de décoder plusieurs instructions non-microcodées ou une instruction microcodée couplée à une instruction non-microcodée. Vu qu'il est rare que deux instructions microcodées se suivent dans un programme, le cout en performance est extrêmement mineur.
Il faut noter qu'une instruction correspond à une ou plusieurs µops. Il est donc possible de charger 5 instructions et de se retrouver avec 8 µops en sortie des décodeurs. Et c'est la source d'une distinction très importante. Plus haut, j'ai parlé de processeurs superscalaires à N voies. La terminologie peut avoir deux interprétations. La première est que le processeur charge/décode N instructions à la fois. Une seconde est qu'il est capable d'exécuter/émettre N µops en même temps.
Les deux ne sont pas équivalentes, vu qu'un processeur superscalaire peut, par exemple, charger/décoder N instructions et émettre/exécuter N+2 µops. La distinction est particulièrement importante sur les processeurs superscalaires larges. Certains d'entre eux sont capables de charger 5 instructions et d'en émettre le double ! Un exemple classique était les processeurs Athlon d'AMD, qui pouvaient décoder deux instructions par cycle, mais émettre 4 µops par cycle. Ce n'était pas un problème, car beaucoup d'instructions, même basiques, étaient décodées en 2 µops.
===L'émission parallèle des instructions===
La superscalarité modifie en profondeur l'unité d'émission, notamment au niveau de son interface. Avant, elle recevait une micro-opération sur son entrée, et fournissait la micro-opération émise sur une sortie. Et cela vaut aussi bien pour une unité d'émission simple, un ''scoreboard'', une fenêtre d'instruction ou des stations de réservation. Mais avec l'émission multiple, les sorties et entrées sont dupliquées. Pour la double émission, il y a deux entrées vu qu'elle doit recevoir deux micro-opération décodées/renommées, et deux sorties pour émettre deux micro-opérations.
Dans ce qui suit, nous ne parlerons pas d'entrée et de sortie, mais de '''ports de décodage''' et de '''ports d'émission'''. Les ports de décodage reçoivent des micro-opérations provenant de l'unité de décodage, les ports d'émissions sont pour les micro-opérations émises. Les ports d'émission injectent les micro-opérations émises dans le pipeline, elle sont propagée au banc de registre, aux ALUs, etc. Un processeur superscalaire a forcément plusieurs ports d'émission (et de décodage).
Si l'interface de l'unité d'émission change, l'intérieur est tout autant modifié. Sur un CPU non-superscalaire, l'unité d'émission reçoit une µop "candidate à l'émission", et détecte les dépendances entre avec les µops en vol, en cours d'exécution dans le pipeline. Et c'est toujours le cas sur les processeurs superscalaires : l'unité d'émission détecte les dépendances entre les µops candidates et les µops en vol. Mais avec la siperscalarité, elle doit en plus tester les dépendances entre les µops candidates.
Si l'unité d'émission est un ''scoreboard'', il doit détecter les dépendances entre instructions émises simultanément et les sérialiser si besoin. Avec une fenêtre d'instruction, il n'y a pour ainsi dire rien à faire, vu que les dépendances sont éliminées par le renommage de registre et que les signaux de réveil gèrent les dépendances RAW. C'est la raison pour laquelle les processeurs superscalaires modernes n'utilisent pas de ''scoreboard''.
==Les processeurs implémentés avec plusieurs pipelines==
Nous venons de voir comment la superscalarité impacte le ''front-end'', il est maintenant de voir ce qu'il en est de l'unité d'émission et des ''back-ends''. Un processeur superscalaire peut utiliser l'exécution dans le désordre et le renommage de registres, mais ce n'est pas une obligation. Historiquement, les premiers processeurs superscalaires n'utilisaient pas d'exécution dans le désordre. Le meilleur exemple est celui du Pentium 1 et 2 d'Intel. Ils étaient tous deux des processeurs superscalaires, mais n'avaient pas d'exécution dans le désordre, qui est apparue sur le Pentium 3. les explications sont plus simples si on met de côté l'exécution dans le désordre.
Vous vous dites que l'implémentation d'un processeur superscalaire n'est pas la même suivant que le CPU utilise l'exécution dans le désordre, ou non. Mais dans les faits, la distinction est plus subtile que ca. Pour l'expliquer, je vais utiliser une classification originale, qui sépare les processeurs superscalaires en trois sous-types. La distinction se fait sur la manière dont la superscalarité est implémentée en matériel.La classification que j'utilise distingue :
* Les processeurs avec plusieurs pipelines, sans exécution dans le désordre.
* Les processeurs superscalaires avec un pipeline dynamique.
* Les processeurs avec des fenêtres d'instruction décentralisées.
La distinction n'est pas qu'une question d'implémentation matérielle. Elle impacte aussi le ratio entre instructions chargées/décodées et instructions émises. Vous vous dites que les deux sont égales, mais ce n'est le cas que sur les processeurs avec N pipelines ! Sur les autres processeurs, il est possible de décoder 4 instructions, mais d'en émettre maximum 6 par cycle ! Et sur les CPU avec des fenêtres d'instruction décentralisées, il y a aussi une différence entre le nombre d'instructions qui sont ''dispatch'' et ''schedule''.
La catégorie la plus simple est celle des '''processeurs avec plusieurs pipelines'''. Ce sont des processeurs superscalaires sans exécution dans le désordre. Ils partent d'un processeur non-superscalaire, et ajoutent un second pipeline, en sortie de l'unité d'émission. Le second pipeline permet l'émission parallèle d'une seconde instruction.
Le second pipeline n'est pas identique au pipeline originel, sur plusieurs points. Premièrement, il n'a pas exactement les mêmes circuits. Le second pipeline est généralement composé d'une unité de calcul, d'une FPU, éventuellement d'un second banc de registres, guère plus. Il permet d'exécuter une seconde opération de calcul, pas plus, ce qui est à l'origine de contraintes d'appariemment assez fortes. De plus, il n'a pas forcément la même longueur, il peut avoir des étages en moins ou en plus. Il s'agit de la forme la plus simple de processeur superscalaire et nous allons leur consacrer cette section.
===La double émission entière-flottante===
L'exemple le plus simple utilise un second pipeline pour les opérations flottantes, séparé du pipeline originel. L'ajout d'un pipeline flottant permet d'émettre une micro-opération entière en même temps qu'une micro-opération flottante, ce qui s'appelle la '''double émission entière-flottante'''. La micro-opération entière s'exécute dans l'ALU entière, la micro-opération flottante dans la FPU. Les exemples les plus notables sont le PA-RISC 7100, le POWER 1 (RIOS .& et .9) et le PowerPC 601. L'Apollo DN10000 et l'Intel i860 utilisaient aussi cette forme de double émission, mais étaient des prototypes de CPU VLIW.
[[File:Double émission entière-flottante.png|centre|vignette|upright=2|Double émission entière-flottante]]
Pour bien expliquer les choses, prenons le processeur illustré ci-dessous, avec deux ''back-end'' séparés : un pour la FPU, et un autre pour le reste. Les instructions entières et mémoire passent toutes par le ''back-end'' généraliste.
[[File:CPU non-superscalaire basique, avec une FPU.png|centre|vignette|upright=1.5|CPU non-superscalaire basique, avec une FPU]]
Les deux ''back-end'' sont des pipelines séparés, mais il faut que l'unité d'émission soit spécialement conçue pour en profiter. Un processeur simple émission peut démarrer une seule µop par cycle : soit la µop est envoyée au ''back-end'' flottant, soit elle est envoyée au ''back-end'' général. Avec la double émission entière-flottante, le processeur peut envoyer une µop dans chaque pipeline, à chaque cycle. Vu que la FPU et son banc de registre forment déjà un pipeline séparé, les seules modifications se font au niveau du ''front-end'', unité d'émission inclue.
{|
|-
|[[File:CPU simple émission avec une FPU.png|centre|vignette|upright=1.5|CPU simple émission avec une FPU.]]
|[[File:Double émission entière flottante avec un second pipeline.png|centre|vignette|upright=1.5|CPU avec un second pipeline flottant.]]
|}
Notez que le terme double émission ''entière''-flottante est un peu trompeur. En réalité, la technique permet d'émettre une instruction flottante avec n'importe quelle autre instruction non-flottante, avec des restrictions pour les branchements. Il est par exemple possible d'exécuter un calcul flottant en parallèle d'un accès mémoire.
Sur les CPU 32 bits, il est possible de faire les multiplications dans la FPU. Pour rappel, la FPU contient un multiplieur entier 53-54 bits, pour multiplier les mantisses de deux flottants 64 bits, qu'on peut utiliser pour faire les multiplications entières 32 bits. Cela permet d'émettre une multiplication en même temps qu'une opération entière dans l'ALU. Ainsi, le CPU pouvait émettre deux instructions : une opération entière de base, avec soit une multiplication, soit une opération flottante. En clair, une émission de type INT + (MUL /FLOAT). Par contre, on perd la possibilité d'émettre une multiplication entière avec une opération flottante, mais c'était un compromis qui en valait la peine.
Le CPU PA-RISC 7100 implémentait cette optimisation. Il s'agissait d'un CPU double émission entière-flottante, qui utilisait donc un partitionnement assez simple. Le combo partitionnement + reconditionnement permettait ici de gagner en performance, pour un cout en matériel très limité. D’autant plus limité que le jeu d'instruction prévoyait le reconditionnement de la FPU. Les multiplications ne lisaient pas leurs opérandes dans les registres entiers, mais dans les registres flottants.
===La double émission entière===
Une autre possibilité ajoute un second pipeline, capable d'exécuter des opérations entières simples, appelé le pipeline entier. Le processeur supporte alors la '''double émission entière''', à savoir qu'ils peuvent émettre une opération entière en plus d'une autre instruction. L'opération entière en question est une opération simple, comme une addition, une soustraction, une opération bit à bit, une comparaison, etc. Les exemples classiques sont les processeurs Intel i960 et Pentium. L'implémentation était différente entre l'i960 et le Pentium : Le Pentium avait une seconde ALU entière, alors que le i960 rusait.
Le Pentium dupliquait l'ALU entière, pour créer un second pipeline entier. Sur le Pentium originel, les contraintes d'appariement étaient assez strictes. Le Pentium avait une FPU, mais ne pouvait pas l'utiliser en double émission. Il lui était impossible d'exécuter une opération flottante en même temps qu'une opération entière (branchements inclus). Le Cyrix 6x86 était une sorte de Pentium produit par l'entreprise Cyrix, avec une microarchitecture différente. Il avait des contraintes d’appariement réduites. Par exemple, il pouvait émettre une opération flottante en parallèle d'une opération entière. Nous détaillerons ces processeurs dans le prochain chapitre, qui porte justement sur les CPU superscalaires x86.
[[File:CPU simple et double émission avec un second pipeline entier.png|centre|vignette|upright=2.5|CPU simple et double émission avec un second pipeline entier.]]
L'Intel i960 n'avait pas de FPU, juste une ALU entière et une unité mémoire. Il utilisait l'unité mémoire comme une seconde ALU entière limitée. Pour rappel, une unité mémoire contient une AGU, à savoir une ALU spécialisée dans les calculs d'adresse. Elle est capable de faire des additions, soustractions, et quelques décalages limités (des décalages par 2, 4, 8, pas plus). L'Intel i960 ajoutait des connexions entre AGU et banc de registre, afin que celle-ci serve de seconde unité de calcul. L'AGU est déjà reliée aux deux ports de lecture, pour lire les opérandes du calcul d'adresse, il suffit de la connecter sur le port d'écriture. Le processeur peut alors émettre deux instructions/µops entières, sous certaines conditions.
[[File:Emission multiple des opérations entières, double émission.png|centre|vignette|upright=2|Émission multiple des opérations entières, double émission.]]
==Les processeurs superscalaires dynamiques==
Les processeurs précédents, avec 2 pipelines, avaient une unité d'émission assez simple. Elle avait deux ports de décodage, et deux ports d'émission. Le nombre de ports de décodage et d'émission étaient identiques. Vous vous dites que c'est naturel, et intuitif, que c'est normal pour un processeur superscalaire. Mais en réalité, la majorité des processeurs superscalaires a plus de ports d'émission que de décodage. Expliquer pourquoi va cependant nous demander de parler de comment la superscalarité exploite les unités de calcul.
Posons-nous cette question : de combien d'unités un processeur superscalaire a besoin ? Les unités en question ne sont nécessairement des unité de calcul, l'unité mémoire et l'unité de branchement comptent aussi. La réponse dépend du nombre de voies. Si le ''front-end'' charge et décode un paquet de N instructions, exécuter ces N instructions simultanément demandera là aussi au moins N unités de calcul. Notez le terme : ''au moins'', car c'est là tout l'enjeu de cette section.
La réponse dépend aussi des contraintes d’appariement. Pour un CPU superscalaire "parfait", sans contraintes d’appariement, toutes les unités doivent être dupliquées, y compris l'unité mémoire. Un processeur à double émission parfaite devrait dupliquer l'ALU entière, le ''barrel shifter'', le circuit multiplieur, la FPU, l'unité mémoire, et l'unité de branchement, ce qui ferait passer de 6 unités à 12. Le cout en circuit est énorme, même pour de la double émission ! Et pour un CPU à N pipelines, le cout en circuit encore plus prohibitif ! En pratique, les processeurs superscalaires qui font ça sont très rares. La majeure partie des processeurs superscalaires utilisent d'autres techniques : le partitionnement, la duplication partielle des ALUs, la duplication des autres unités.
===Le partitionnement des unités fonctionnelles===
Les CPU superscalaires les plus simples ne dupliquent pas leurs unités de calcul, ils se contentent d'exploiter les unités existantes. Et pour expliquer comment, nous allons partir de l'exemple d'un processeur non-superscalaire contient une ALU entière, une FPU, une unité mémoire et une unité de branchement. Les quatre unités peuvent fonctionner en parallèle, à savoir qu'une unité peut exécuter une instruction à elle toute seule, sans interagir avec les autres. Cela suffit pour créer un processeur quadruple émission, qui peut émettre en même temps : une opération entière, une opération flottante, un branchement, un accès mémoire.
Le principe marche aussi sur un processeur avec moins de 4 unités, par exemple sans FPU et/ou sans unité de branchement, ou avec au contraire des unités en plus. L'idée générale est d’émettre une µops séparée dans chaque unité fonctionnelle. Utiliser ainsi les unités existantes, pour rendre un CPU superscalaire, s'appelle le '''partitionnement superscalaire'''. Le terme n'est pas beaucoup utilisé en-dehors de quelques vieux articles académiques.
Le partitionnement est fortement dépendant du jeu d'instruction, car il demande de bien séparer instructions entières, flottantes, branchements et instructions mémoire. Et autant c'est bien le cas sur les CPU RISC, autant les CPU CISC ne sont pas dans ce cas. Les CPU CISC ont des instructions ''load-op'', qui effectuent une instruction arithmétique et une µop mémoire. Et ces instructions sont très compliquées à implémenter avec le partitionnement. Et au-delà de ça, les CPU CISC ont beaucoup d'instructions qui sont décodées en plusieurs µops, à exécuter dans un ordre bien précis. On peut pas émettre les µops en question simultanément.
Le partitionnement a un cout en circuit très limité, pour un gain en performance lui aussi limité. Pour reprendre le CPU de l'exemple précédent, il est rare que l'on ait à exécuter ces quatre instructions en même temps. En pratique, les combinaisons fréquentes sont les combinaisons calcul + accès mémoire, calcul + branchement, calcul entier + calcul flottant. Utiliser une quadruple émission de ce type n'est donc pas une bonne idée, alors que la double émission parait plus adaptée.
Et c'est là que la différence entre ports d'émission et de décodage devient intéressante. L'idée est d'avoir une unité d'émission avec deux ports de décodage, et 4 port d'émission (un par unité). Les contraintes d’appariement varient alors suivant le processeur, mais la règle générale est que si deux micro-opérations tombent dans deux unités différentes, on peut les émettre en même temps. En clair, on peut émettre une opération entière avec une opération flottante, une opération entière avec un branchement, un accès mémoire avec un branchement, etc. Et cela rend le partitionnement bien plus intéressant que prévu.
Les tout premiers CPU superscalaires étaient des CPU double émission, qui utilisaient le partitionnement avec : une ALU entière, une unité mémoire et une FPU. Nous parlerons de '''partitionnement INT-FLOAT-MEM'''. L'avantage sur la double émission flottante est que les combinaisons INT + MEM et FLOAT + MEM étaient autorisées. L'intérêt était d'émettre une opération en parallèle d'un accès mémoire, ce qui est un doublet d'instruction assez fréquent. Les exemples classiques sont l'HyperSPARC, de l'alpha 21064 et du PowerPC 603.
Les contraintes d’appariement variaient grandement suivant le processeur. Le PowerPC 603 implémentait une double émission "parfaite". C'est à dire que toutes les combinaisons possibles à deux instructions étaient possibles, que ce soit INT + FLOAT, INT + MEM, FLOAT + MEM. En plus de cette double émission "parfaite", le CPU utilisait la technique dite de ''branch folding'', qui permettait d'exécuter un branchement sans utiliser d'unité de calcul, ce qui fait qu'il était qualifié de ''CPU 2-way + Branch''.
A l'opposé, le processeur alpha 21064 avait pas mal de contraintes d’appariement, à savoir que certaines combinaisons de deux instructions étaient interdites, bien que compatibles avec les unités disponibles. Une des raisons est que le banc de registre n'avait pas assez de ports de lectures, ce qui fait que certaines combinaisons avec une écriture mémoire n'étaient pas permises. Les concepteurs avaient volontairement inséré ces contraintes afin de simplifier le design du processeur.
Avant de poursuivre, précisons que la FPU regroupe un additionneur flottant et un multiplieur flottant. Et ce fait peut être exploité pour approfondir le partitionnement. La '''double émission FADD/FMUL''' permet d'émettre une addition flottante en même temps qu'une multiplication flottante. Elle a été utilisée sur les processeurs x86, Alpha et SPARC. Les autres circuits de calcul flottant sont souvent regroupés avec l'additionneur. La division est parfois e même port que le multiplieur flottant, parfois sur celui de l'additionneur (quand elle est microcodée et exécutée en enchainant les soustractions).
===La duplication des ALU entières===
Le partitionnement est une technique élégante, simple, facile à implémenter et au cout en circuits modeste. Mais il faut avouer que cela ne donne pas des CPU superscalaires très efficaces. La raison est que le partitionnement permet d'émettre des paires, triplets, quadruplets de micro-opérations qui sont rares en pratique.
Les combinaisons les plus fréquentes en pratique sont des paires/triplets d'opérations entières, souvent des paires/triplets d'additions ou d'opérations entières simples. Il est donc primordial d'émettre plusieurs opérations entières simultanément. Le fait d'émettre et d'exécuter plusieurs opérations entières en même temps s'appelle l''''émission entière multiple'''.
Pour exécuter la seconde/troisième opération entière, il faut dupliquer les ALU entières (ou réutiliser l'AGU comme ALU entière comme le fait l'Intel i960). Le processeur doit avoir deux ALU entières pour de la double émission entière, trois pour de triple émission entière, etc. De plus, il faut ajouter des ports au banc de registre, pour lire deux fois plus d'opérandes et décrire deux résultats. Et enfin, il faut rajouter un port d'émission pour pouvoir émettre une micro-opération entière en plus.
[[File:Processeur non-superscalaire basique 03.png|centre|vignette|upright=2|Processeur non-superscalaire basique]]
La tendance est de multiplier les ALU entières, mais pas le circuit multiplieur. Le cout en transistors est alors grandement réduit, au prix de l'apparition de dépendances structurelles. Le CPU peut émettre deux additions en même temps, ou une addition et une multiplication, mais pas deux multiplications. Il en est de même avec le ''barrel shifter'', qui n'est pas dupliqué. Il est donc possible d'émettre un décalage avec une opération de base, mais pas deux décalages en parallèle.
Mais ces contraintes d’appariement ne sont pas un problème, car il est rare de devoir émettre deux multiplications/décalages en même temps. La plupart des programmes sont majoritairement remplis d'additions, avec des multiplications assez rares et des décalages qui le sont encore plus. La moyenne est proche d'une multiplication pour 4/5 additions. Vu que des multiplications consécutives sont très rares, dupliquer le multiplieur est presque inutile. Disposer de plusieurs circuits multiplieurs ou de plusieurs ''barrel shifters'' serait donc un cout en circuits qui ne servirait que rarement et n'en vaut pas la chandelle.
Il faut noter que sur les CPU 32 bits, les multiplications peuvent être exécutées dans la FPU ou dans un multiplieur séparé, tout dépend de si le CPU exécute les multiplications dans la FPU ou pas.
{|class="wikitable"
|-
! Voie d'émission n°1 !! Voie d'émission n°2 !! Voie d'émission n°3
|-
| ALU entière || ALU entière || FPU
|}
Reste à connecter les unités de calcul à l'unité d'émission (indirectement, car il y a des étages de pipeline entre les deux). Une implémentation basique utilisée un port d'émission par unité. Prenons l'exemple d'un CPU superscalaire avec 4 ALU entières, une FPU, et une unité mémoire. Vu qu'il y a 6 unités, cela fait donc 6 ports d'émission.
L'exemple historique le plus impressionnant est celui du Motorola 88110, un CPU double émission qui possède 10 unités. Il contient deux ALU entières, un circuit multiplieur, un circuit diviseur, une unité de manipulation de bits, une unité mémoire, un additionneur flottant, et deux unités graphiques pour des calculs impliquant des pixels. Le multiplieur est utilisé à la fois pour les multiplications entières, flottantes et le produit de deux pixels. Idem pour le diviseur, qui sert pour les divisions entières et flottantes.
Et chaque unité a son propre port d'émission. La conséquence est que les contraintes d'appariement du Motorola 88110 sont simples : tant que deux µops atterrissent dans des unités séparées, la paire est permise. Il est par exemple possible d'émettre simultanément deux opérations entières simples, vu qu'il y a deux ALU. Par contre, impossible d'émettre simultanément deux multiplications, deux divisions, deux opérations flottantes, deux manipulations de bit, deux accès mémoire, etc. De plus, le partage du multiplieur fait qu'on ne peut pas émettre une multiplication entière avec une multiplication flottante. Idem avec les divisions, vu que le diviseur est aussi partagé. Ce sont les seules contraintes.
===Le partage des ports d'émission===
La présence d'un circuit multiplieur et d'un ''barrel shifter'' pose des problèmes pour le partitionnement. Il est possible d'avoir un port d'émission dédié au multiplieur, et un autre au ''barrel shifter'', qui sont séparés de ceux pour l'ALU entière. Il est alors possible d'émettre une opération entière, une multiplication et un décalage, simultanément. Nous parlerons de '''partitionnement entier''' pour désigner cette possibilité.
[[File:Partitionnement superscalaire entier.png|centre|vignette|upright=2|Partitionnement superscalaire entier.]]
Le partitionnement entier est cependant très rare, car le gain en performance serait trop faible au regard des couts en circuit. Quelques processeurs historiques l'utilisaient, mais ce n'est plus le cas de nos jours. La raison est que les multiplications et les décalages sont assez rares dans le code, ce qui fait que le port d'émission associés sont sous-utilisés. Et un port d'émission a un cout en circuit assez important. Et c'est sans compter qu'ajouter des ports sur le banc de registres juste pour un multiplier sous-utilisé n'en vaut pas la peine. L'idéal serait de trouver un moyen de réduire le nombre de ports d'émissions, sans réduire le nombre d'unités de calcul.
[[File:Emission multiple des opérations entières, implémentation naive.png|vignette|Émission multiple des opérations entières, implémentation naive]]
La solution consiste à '''partager les ports d'émission''', à savoir connecter un port d'émission à plusieurs unités de calcul. L'exemple classique est justement lié aux circuits multiplieur et ''barrel shifters''. L'idée est que le multiplieur et le ''barrel shifter'' sont mis sur le même port d'émission qu'une ALU entière.
Prenons par exemple le processeur à double émission entière illustré ci-contre. Un port d'émission est relié à une ALU entière seule, et l'autre port d'émission alimente la seconde ALU entière et le multiplieur. La conséquence est que le processeur peut émettre deux opérations entières, dont une multiplication. Si on avait utilisé un port d'émission dédié au multiplieur, il aurait été possible d'émettre deux opérations entières et une multiplication. On perd donc une voie, mais on gagne en flexibilité et on économise des circuits. Notons que ce partage signifie aussi que le multiplieur partage les ports sur le banc de registre, ce qui fait une double économie.
[[File:Emission multiple des opérations entières, implémentation courante.png|centre|vignette|upright=1.5|Émission multiple des opérations entières, implémentation courante]]
En général, le ''barrel shifter'' et le multiplieur sont placés sur deux voies d'émission séparés, ce qui permet d'émettre un décalage et une multiplication en même temps. Les mettre sur le même port ne le permettrait pas.
{|class="wikitable"
|-
! Voie d'émission n°1 !! Voie d'émission n°2 !! Voie d'émission n°3
|-
|
* ALU entière
* Multiplieur
|
* ALU entière
* Barrel shifter
| FPU
|-
|
* Additions, soustractions, opérations bit à bit, etc.
* Multiplication
|
* Additions, soustractions, opérations bit à bit, etc.
* Décalages et rotations
| Opération flottante
|}
Terminons concernant les multiplieurs avec une dernière subtilité. Pour rappel, les processeurs modernes intégrent en réalité deux multiplieurs différents. Le résultat d'une multiplication est très large et prend deux registres. Par exemple, une multiplication de deux opérandes 64 bits donne un résultat sur 128 bits, ce qui ne tient pas dans un registre, mais en prend deux. L'instruction de multiplication classique ne calcule que les 64 bits de poids faible. mais elle est complétée par d'autres instructions de multiplication qui peuvent faire le calcul complet.
Pour résoudre le problème, les processeurs modernes intègrent deux instructions de multiplications : une qui calcule les bits de poids faible du résultat, une autre qui calcule les bits de poids fort. Et ces deux instructions sont associées à deux multiplieurs séparés, aux circuits différent. Le multiplieur qui calcule les bits de poids faible du résultat est appelé le ''low multiplier'', l'autre est appelé le ''high multiplier''.
Le second multiplieur est souvent placé sur un second port d'émission, différent du premier multiplieur, partagé avec une ALU. L’avantage de mettre les deux multiplieurs sur deux ports d'émission différents est qu'une multiplication complète peut être réalisée en utilisant les deux multiplieurs en parallèle. Les deux sous-multiplications sont émises en même temps, exécutées en même temps. pas besoin d'exécuter l'une puis la seconde, d'où un gain performance appréciable.
Nous venons de voir comment partager un port d'émission entre une ALU et un multiplieur. Mais au-delà de cet exemple, le partage des ports d'émission peut appliquer à n'importe quelle unité. Prenons l'exemple d'un CPU superscalaire avec 4 ALU entières, une FPU, et une unité mémoire. Vu qu'il y a 6 unités, cela fait donc 6 ports d'émission. Cependant, il est rare qu'un bloc de 6 instructions contienne exactement 4 opérations entières, une opération flottante, et un accès mémoire. Beaucoup de ports d'émission seraient sous-utilisés.
La solution est de partager des ports d'émission, pour passer à la quadruple émission. Le CPU peut alors répartir 4 instructions sur les ports d'émission adéquats, à chaque cycle. Le CPU a donc 4 ports de décodage et 6 ports d'émission. Une implémentation classique permet n'importe quelle combinaison de 4 instructions compatible avec les 6 unités. Par exemple, il devient possible d'émettre simultanément 4 additions, la combinaison 2 * INT + FLOAT + MEM, 3 * INT + MEM, et bien d'autres.
L'exemple relie une ALU entière, la FPU et l'unité mémoire sur le même port. Le CPU a alors quatre ports d'émission, qui ne sont pas "identiques". Trois d'entre eux sont reliés à une ALU entière chacun, rien d'autre. Le quatrième est lui relié à une ALU entière, la FPU et l'unité mémoire. On économise alors deux ports d'émission, mais cela entraine l'apparition de contraintes d’appariement. Le CPU peut émettre 3 opérations entières + n'importe quelle autre opération. Mais les autres combinaisons sont interdites. Le CPU peut émettre 6 opérations entières simultanément, grâce à 6 ALU entières. Les accès mémoire ou opérations flottantes ne viennent pas en plus, mais en remplacement des opérations entières.
Regrouper plusieurs ALU sur un même port d'émission est donc à l'origine de dépendances structurelles, de nouvelles contraintes d’appariement. Dans certaines situations de '''''port contention''''', on a assez d'ALU pour exécuter N micro-opérations, mais la répartition des ALUs sur les ports l'empêche. Impossible d'émettre deux micro-opérations sur deux ALU si elles sont sur le même port d'émission. On peut réduire les cas de ''port contention'' en répartissant correctement les ALU sur les ports d'émission, mais sans jamais les supprimer complétement.
Un exemple est celui du PowerPC 604. Il implémentait la quadruple émission, alors qu'il avait 5 unités de calcul. Mais deux unités partageaient un même port d'émission. Dans le détail, il avait deux ALU entières, un circuit multiplieur/diviseur, une FPU, une unité mémoire. La FPU et le multiplieur étaient sur le même port d'émission. En conséquence, le CPU pouvait émettre seulement les combinaisons INT + INT + MEM + (MUL/FLOAT).
: Il est intéressant de voir l'exemple d'un processeur superscalaire parfait, sans contraintes d'appariement, à N voies. Pour cela, on part d'un processeur non-superscalaire, avec M unités de calcul. Un tel processeur peut s'implémenter avec N ports d'émission, chacun relié à M unités de calcul possibles, ce qui fait que les M unités de calcul sont dupliquées en N exemplaires. Si on prend par exemple un CPU non-superscalaire avec une ALU, une FPU, une unité mémoire et une unité de branchement, un port d'émission sera relié à une ALU, une FPU, une unité mémoire et une unité de branchement.
===La duplication des autres unités fonctionnelles===
Dupliquer les ALU entière est une première étape, mais il est aussi possible de dupliquer les autres unités fonctionnelles. Par exemple, il est possible de dupliquer l'unité mémoire ou l'unité de branchement. Reste à voir quelles unités dupliquer, et pourquoi. Précisons que dans ce qui va suivre, nous allons parler de la duplication des unités en général, pas seulement des unités mémoire/branchement. Nous allons continuer de parler de la duplication des ALU entières dans ce qui suit, mais de manière plus générale.
Pour un processeur à N voies, il est théoriquement possible de dupliquer toutes les unités en N exemplaires. Mais ce n'est jamais fait en pratique, car le cout en circuits serait trop important et le gain en performance trop faible. Mieux vaut dupliquer certaines unités bien précises, quitte à avoir des contraintes d'appariement. Et à ce petit jeu, toutes les duplications ne se valent pas, certaines sont plus rentables en matière de performance, le cout en circuit n'est pas le même selon l'unité, etc.
La rentabilité en performance dépend surtout des contraintes d'appariement. Les contraintes d'appariement entrainent une baisse de performance significatives si elles interdisent des paires d'instructions fréquentes. Aussi, les opérations très fréquentes, souvent appairées, gagnent à dupliquer l'unité associée. Et au contraire, les unités rarement utilisées ne doivent pas être dupliquées. Il se trouve que les unités les plus utilisées sont les ALU entières, suivies par les unités mémoire et l'unité de branchement.
Le cout en circuit n'est aussi pas le même. Dupliquer les ALU entière est trivial, car elles ont un budget en transistors assez faible. Les circuits multiplieurs, diviseurs, et les ''barrel shifter'' ont eux un cout en transistor plus élevés. Si on devait faire un classement, on aurait : ALU entière < ''barrel shifter'' < multiplieur. Pour les unités mémoire, le cout en transistor est là aussi conséquent.
Le résultat final est que dupliquer les ALU entières est privilégié sur le reste, comme l'a vu dans la section précédente. Les unités mémoire arrivent en seconde place, suivie par les multiplieurs/''barrel shifter'' à la troisième place, et les unités de branchement à la quatrième place. Les CPU superscalaires larges ont donc tendance à multiplier les unités mémoire en second. Les multiplieurs et ''barrel shifters'' sont eux aussi dupliqués sur les CPU superscalaires larges, mais cela vient souvent après avoir dupliqué les unités mémoire. La raison est que les accès mémoire sont critiques pour la performance des CPU à exécution dans le désordre, pas les multiplications.
Pour les unités de branchement, une subtilité complique le fait d'en installer plusieurs. Que faire quand deux branchements sont pris ? La solution la plus simple est de ne pas se trouver dans cette situation : on n'utilise qu'une seule unité de branchement et on n’exécute qu'un seul branchement par cycle. La majorité des processeurs superscalaires étroits font ainsi. Les processeurs superscalaires larges ont cependant deux unités de branchements, mais ils n'acceptent qu'un seul branchement pris à la fois. Si les deux branchements pris sont exécutés en même temps, le processeur n’exécute que le plus récent, dans l'ordre du programme.
===Les CPU superscalaires mélangent les trois techniques===
Les CPU superscalaires utilisent toutes les techniques à la fois : partitionnement, duplication de l'ALU entière, duplication des autre unités fonctionnelles. Chaque processeur utilise ces trois stratégies à sa sauce, en fonction de son budget en transistor. Les quatre techniques ont cependant un cout en circuit différent, et donnent des gains de performances eux aussi forts différents.
* Le '''partitionnement superscalaire''' a un cout en circuit modéré, car on n'a pas besoin de dupliquer d'ALU.
* La '''duplication des ALU entières''' est la technique la plus importante : elle a un cout en circuit modéré, et donne des gains en performance impressionnants.
* La '''duplication des autres unités''' a un cout en circuit variable, pour des gains en performance eux aussi variables.
* Le '''partage des ports d'émission''' réduit le cout en circuit du CPU, pour des pertes de performances mineures si bien fait.
L'usage du partitionnement seul, sans duplication, était surtout le fait des processeurs commercialisés entre les années 1989 et 1993. Le partage des ports d'émission a lui aussi mis un peu de temps pour s'imposer. Globalement, les processeurs superscalaires ont évolués progressivement, pour se rapprocher d'une sorte de standard. Mais pour comprendre ce qu'est ce standard, et en quoi les CPU historiques s'en sont progressivement rapprochés, il faut étudier l'histoire des CPU superscalaires.
L'histoire des CPU superscalaires a commencé dès 1960, mais est resté un projet de recherche pendant plusieurs décennies. De nombreux designs ont été conçus, mais abandonnés avant la production, comme l'ACS-1 d'IBM. Les années 1980 ont vu l'arrivée de prototypes de processeurs VLIW, mais qui n'étaient pas superscalaires. Par exemple, l'Apollo DN10000 et l'Intel i860 pouvaient émettre deux instructions à la fois, sous conditions, mais demandaient que le compilateur fasse une bonne partie du travail.
Les premiers CPU superscalaires commercialisés sont sortis en 1989. Deux CPUs superscalaires sont sortis cette année là : le RS/6000 d'IBM et l'i960CA d'Intel. Puis, la compétition s'est aussi lancée dans la bataille. Les CPU commercialisés avant l'année 1993 étaient à double émission, à l'exception du SuperSPARC qui utilisait la triple émission. Les modèles après 1993 hésitaient entre double et quadruple émission. Dans le tableau ci-dessous, les processeurs quadruple émission sont en bleu, les triple émission sont en rouge, les autres ne sont pas en couleur.
{|class="wikitable"
|-
! !! IBM !! HP PA-RISC !! SPARC !! Intel!! Alpha !! Autres
|-
! 1989
| RS/6000 || || || i960CA || ||
|-
! 1990
| || || || || ||
|-
! 1991
| || || || || || Motorola 88110
|-
! 1992
| RSC || PA 7100 || class="f_rouge | SuperSPARC || || 21064 ||
|-
! 1993
| PPC 601 || || HyperSPARC || Pentium || ||
|-
! 1994
| class="f_bleu | POWER 2 || PA 7200 || || || class="f_bleu | 21164 ||
|-
! 1995
| 603/604 || class="f_bleu | PA 8000 || class="f_bleu | UltraSPARC 1 || Microarchitecture P6 (+ concurrence AMD) || || class="f_bleu | MIPS R1000
|-
! 1996
| class="f_bleu | 620 || || || || class="f_bleu | 21264 ||
|-
! ...
|| ... || ... || ... || ... || ... || ...
|}
Les premiers CPU à double émission sont assez représentatifs des CPU à double émission modernes. Il faut dire que se limiter à deux voies ne permet pas de faire beaucoup de choses. Voici le tableau chronologique disant quel CPU utilisait quelle technique.
* Les CPU en vert utilisaient la double émission entière-flottante.
* Les CPU en rouge utilisaient la double émission entière "pure".
* Les CPU en jaune utilisaient un ''partitionnement complet'' entre ALU, FPU et unité mémoire.
* Les CPU sans couleur utilisaient un grand nombre d'unités, avec beaucoup de ports d'émission.
* Les CPU barrés utilisent la triple ou quadruple émission et seront vu dans la section suivante.
{|class="wikitable"
|-
! !! IBM !! HP PA-RISC !! SPARC !! Intel!! Alpha !! Autres
|-
! 1989
| class="f_vert | RS/6000 || || || class="f_rouge | i960CA || ||
|-
! 1990
| || || || || ||
|-
! 1991
| || || || || || Motorola 88110
|-
! 1992
| class="f_vert | RSC || class="f_vert | PA 7100 || <s>SuperSPARC</s> || || class="f_jaune | 21064 ||
|-
! 1993
| class="f_vert | PPC 601 || || class="f_jaune | HyperSPARC || class="f_rouge | Pentium || ||
|-
! 1994
| <s>POWER 2</s> || PA 7200 || || || <s>21164</s> ||
|}
C'est en 1994, que la quadruple émission est arrivée et que les CPU ont essayé divers implémentations. Il y avait alors trois stratégies pour la double/triple/quadruple émission, qui partageaient des problèmes similaires.
La première implémentation dupliquait les ALUs et les FPUs, ce qui permettait d'émettre deux opérations flottantes avec deux opérations entières. Le POWER 2 dupliquait ses FPUs à la perfection, alors que le 21264 séparait l'additionneur et le multiplieur flottant. Les accès mémoire étaient traités comme des opérations entières et le processeur pouvait souvent en émettre deux à la fois. Mais une telle organisation n'est plus utilisée de nos jours, car, sans instructions flottantes à exécuter, elle est équivalente à de la double émission.
La seconde implémentation utilisait deux ALU entières (dont un multiplieur), une unité mémoire et une FPU.Cette organisation est intéressante, mais encore trop stricte pour donner de bons résultats, les quadruplets avec exactement deux opérations entières, un accès mémoire et une opération flottante étant trop rares. L'usage de ces 4 unités en double ou triple émission a été utilisé sur le PA 7200 et le SuperSPARC. Malheureusement, en plus de problèmes au niveau de son cache, le SuperSPARC avait de nombreuses contraintes d’appariement, car le banc de registre n'avait pas assez de ports pour alimenter certaines combinaisons d'instructions. De plus, s'il émettait une multiplication, il ne pouvait pas émettre de seconde µop.
Enfin, une troisième implémentation utilisait un grand nombre d'unités fort différentes, bien plus que quatre, avec au minimum deux ALU entières. Prenons l'exemple de l'UltraSPARC, qui avait : deux ALU entières, une unité mémoire, une unité de branchement, un additionneur flottant, un multiplieur flottant, un diviseur flottant (aussi utilisé pour le calcul des racines carrées), et 2 unités graphiques pour les calculs sur des pixels. En tout, cela fait 9 unités différentes, pour de la quadruple émission.
Dans le même genre, les processeurs MIPS R8000 et R10000 avaient une implémentation plus moderne, dans le sens où toutes les unités étaient dupliquées. Le CPU avait deux ALU, deux FPU et deux unités mémoire. Il pouvait donc émettre quatre instructions à la fois, tant que le paquet collait avec ces six unités. Moitié opérations entières, moitié opérations mémoire, avec de quoi remplacer les opérations entières par des opérations flottantes. Le PA 8000, lui, dupliquait toutes ses unités en deux exemplaires, ce qui n'est pas l'idéal, aucun processeur moderne ne fait cela aujourd'hui.
Le tout est résumé dans le tableau ci-dessous, avec :
* en vert les CPU utilisant la première stratégie ;
* en rouge les CPU utilisant la seconde stratégie ;
* en jaune les CPU utilisant la troisième stratégie.
{|class="wikitable"
|+ Processeurs quadruple émission historiques
|-
! Année !! Processeur !! Unités
|-
! 1991
| class="f_jaune | Motorola 88110 || class="f_jaune | 2 ALU + MUL + DIV + BIT + MEM + FADD + 2 unités graphiques
|-
|-
! rowspan="2" | 1994
| class="f_vert | POWER 2 || class="f_vert | 2 ALU/MEM + 2 FPU (+ 2 Branchements via ''branch folding'')
|-
| class="f_rouge | 21164 || class="f_rouge | 2 ALU + FPU + MEM
|-
! rowspan="3" | 1995
| PA 8000 || 2 ALU + 2 ''barrel shifters'' + 2 MEM + 2 FPU (FMA) + 2 FPU (DIV et SQRT) + 2 SIMD
|-
| class="f_jaune | UltraSPARC 1 || class="f_jaune | 2 ALU + MEM + BRANCH + FADD + FMULFDIV + 2 unités graphiques
|-
| MIPS R8000 et R10000 || 2 ALU + 2 FPU + 2 MEM
|-
! rowspan="2" | 1996
| class="f_rouge | 620 || class="f_rouge | 2 ALU + FPU + MEM
|-
| class="f_vert | 21264 || class="f_vert | 2 ALU/MEM + 2 FPU (FADD + FMUL)
|}
Malheureusement, ces CPUs historiques n'avaient ni assez d'unités de calcul entières, ni d'unités mémoire, pour remplir la quadruple émission.
Environ la moitié des instructions d'un programme correspond à des instructions entières. Pour en profiter, un processeur à N voies doit disposer d'au minimum N/2 ALU entières, l'idéal étant d'aller au-delà. Les CPU superscalaires historiques avaient 2 ALU pour de la quadruple émission, ce qui était très limite. En comparaison, les CPU superscalaires modernes mettent le paquet niveau ALU entière. La plupart des CPU x86 modernes descendent rarement sous les 2/3, la plupart remplit presque la totalité de la largeur du CPU. Pour donner un exemple, la microarchitecture Golden Cove d'Intel est un processeur à 6 voies, avec 5 ALU entières.
Pour être précis, un programme informatique exécute environ 40% de son code dans des instructions arithmétiques, un autre 40% dans les accès mémoire, et un le reste pour... le reste. La conséquence est que les processeurs modernes dupliquent leurs unités mémoire. Par exemple, la microarchitecture ''Golden Cove'' d'Intel dispose de trois unités mémoire : deux spécialisées dans les écritures, trois dans les lectures. La microarchitecture ''Gracemont'' utilise la pentuple émission et peut émettre 4 µops entières et 4 µops mémoire. Notez que le ratio est équilibré entre opérations entières et mémoire, avec soit égalité, soit un avantage pour les ALU entières.
Une autre régularité est que la largeur totale du processeur peut être occupée par des opérations entières/mémoire. Pour le dire autrement, sur un processeur quadruple émission, il pourra émettre un mix de 4 instructions entière/mémoire, avec zéro opération flottante. Idem avec des processeurs triples ou pentuple émission, voire plus. Si le processeur émet une opération flottante, elle remplace une opération entière.
Prenons l'exemple des processeurs AMD K6, sortis en 1997, juste avant les AMD Athlon. Ils avaient 10 unités de calcul, 6 ports d'émission, 4 ports de décodage. Voici exactement comment étaient répartie les unités de calcul sur les ports d'émission. C'était des processeurs quadruple émission, ce qui fait que la moitié de la largeur du processeur sert pour des opérations entières, et l'autre moitié pour les accès mémoire.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !
|-
| ALU entière || ALU entière || FPU || Unité de branchement || Unité LOAD || Unité STORE
|-
| || Multiplieur || || || || Unité de calcul d'adresse (instruction LEA)
|-
| || ''Barrel shifter'' || || || || Unité pour les instructions PUSH
|}
Les microarchitectures K7, K8 et K10, utilisées sur les anciens CPU AMD Athlon, sont un exemple moins représentatif. Ces microarchitectures utilisent le partage des ports d'émission au maximum. C'était des microarchitectures à triple émission, avec six ports d’émission. Il y avait trois ports d'émission pour les opérations flottantes, et trois ports d'émission pour les micro-opérations entières/mémoire. Il y avait trois ALU entières et trois unités mémoire, chaque ALU partageait un port d'émission avec une unité mémoire. Elle pouvait donc émettre soit trois opérations entières, soit trois µops mémoire, soit un mix des deux. En plus des mix avec les opérations flottantes et branchements.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || FADD || FMUL || FPU (autres opérations)
|-
| Multiplieur || || || || ||
|-
| LOAD/STORE || LOAD/STORE || LOAD/STORE || || ||
|}
Les CPU superscalaires larges dupliquent les multiplieurs et/ou les ''barrel shifters'', et même les unités de branchement. La raison est que quand la largeur du CPU augmente, le processeur traite des paquets d'instructions de plus en plus gros. Par exemple, pour un CPU à 10 voies, cela veut dire émettre 10 instructions en même temps. Il est alors plus fréquent d'avoir deux multiplications, deux décalages, deux accès mémoire, deux branchements. Par exemple, la moyenne est d'une multiplication tous les 5 instructions. Les CPU superscalaires à 10 voies ont donc tendance à avoir deux multiplications par paquet d'instruction, en moyenne. Avoir deux multiplieurs est alors un gain en performance clair.
Par exemple, la microarchitecture ''Golden Cove'' a deux ''barrel shifters''. C'est une architecture à 6 voies.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
==Les µops mémoire sur les processeurs superscalaires==
Plus haut, nous avons volontairement passé sous silence les accès mémoire. La raison à cela est que leur support sur les CPU superscalaire peut se faire de plusieurs manières différentes, qu'il vaut mieux expliquer dans une section dédiée. Les différentes implémentations sont décrites dans la liste suivante, nous allons les voir une par une.
* Avec la première méthode, les accès mémoire sont exécutés par le pipeline pour les opérations entières.
* Avec la seconde méthode, les accès mémoire ont un pipeline dédié ; c'est l'''émission parallèle des accès mémoire''.
* Avec la troisième méthode, il est possible d'émettre plusieurs accès mémoire simultanément : c'est l'''émission multiple des accès mémoire''.
Voyons ces trois cas dans le détail. Nous verrons notamment les différentes formes d'émission multiple des accès mémoire.
===Les accès mémoire traités dans le pipeline entier===
Dans le cas le plus simple, les accès mémoire sont traités comme des opérations entières un peu spéciales. L'unité mémoire est sur le même port d'émission que l'ALU entière, ce qui fait que les accès mémoire remplacent des opérations entières. Faire ainsi permet d'utiliser une ALU entière pour les calculs d'adresse, pas besoin de rajouter une unité de calcul d'adresse séparée. Typiquement, un processeur de ce type place l'unité mémoire après l'unité de calcul. Les opérations entières n'utilisent que l'ALU entière, mais pas l'unité mémoire. Les accès mémoire exécutent un calcul d'adresse dans l'ALU entière, puis l'adresse calculée est envoyée à l'unité mémoire. Le tout est illustré ci-dessous, dans le cas d'un processeur historique à double émission entière-flottante.
[[File:Processeur non-superscalaire basique 01.png|centre|vignette|upright=1.5|Processeur non-superscalaire basique]]
Un exemple de CPU double émission de ce type est celui du Power PC 440, un CPU destiné à l'embarqué. Vu qu'il était destiné à l'embarqué, il n'avait pas de FPU, il n'avait pas besoin de manipuler de nombres flottants. Il n'a donc que des ALU entières, un multiplieur et une unité mémoire. Il dispose de deux ports d'émission. Le premier est connecté à une ALU entière et un circuit multiplieur, le second est relié à l'unité mémoire et une seconde ALU entière. Une organisation simple, mais très efficace !
[[File:PowerPC 440.png|centre|vignette|upright=2|Microarchitecture du PowerPC 440.]]
L'implémentation économise une unité de calcul d'adresse, mais n'a pas de cout en performance significatif. Les accès mémoire étant très lents, émettre une µop entière en parallèle d'un accès mémoire ne sert pas à grand-chose. On peut émettre cette µop entière un cycle plus tard, elle sera terminée avant même que l'accès mémoire soit terminé, même si l'accès mémoire se fait dans le cache L1 ou L2.
Pour comprendre pourquoi, faisons quelques calculs. Un accès mémoire prend deux-trois cycles quand il tombe dans le cache L1. Et on doit attendre qu'il soit terminé pour en émettre un nouveau. Combien d'instructions arithmétiques peut-on lancer pendant ce temps, sur un CPU triple émission ? Au premier cycle, on peut en émettre 2 (l'instruction mémoire prend une place, donc 3-1), puis 3 au second cycle. Ce qui fait 5 instructions arithmétiques au total. Or, il se trouve qu'il y a une instruction d'accès mémoire pour 5 instructions arithmétiques, environ.
Par contre, ce compromis change quand on passe à la quadruple émission, voire au-delà. Dans ce cas, il devient intéressant de pouvoir émettre une nouvelle instruction mémoire à chaque cycle. Ce qui nous amène à la section suivante...
===L'émission parallèle des accès mémoire===
A partir de la quadruple émission, la tendance a été de séparer l'unité mémoire des ALU entières. Cela permet d'émettre des µops mémoire en même temps que des µops entières et/ou flottantes., ce qui porte le nom d''''émission parallèle des µops mémoire''', ou encore ''émission mémoire parallèle''. Par exemple, un processeur quadruple émission peut émettre en même temps deux opérations entières, une opération flottante et un accès mémoire. L'accès mémoire vient en plus des opérations entières, il n'est pas possible de remplacer l'accès mémoire par une opération entière.
La technique ne permet pas de faire les calculs d'adresse dans l'ALU entière. Il faut donc utiliser une unité de calcul d'adresse séparée. Elle est intégrée dans l'unité mémoire, qui fait l'interface entre le cache et le banc de registres. Le cout en circuits est très faible, car les unités de calcul d'adresse n'utilisent guère plus qu'un additionneur et un circuit de décalage très simple.
L'émission mémoire parallèle est plus facile à implémenter sur les CPU RISC, qui ont des instructions mémoire séparées du reste. Les CPU CISC ne sont pas dans ce cas, ce qui fait que séparer l'unité mémoire du pipeline entier est compliqué. Les CPU superscalaires historiques étaient pour moité des CPU RISC et pour moitié des CPU CISC, ce qui fait qu'ils n'utilisaient pas ou peu l'émission mémoire parallèle.
Les premiers processeurs superscalaires se contenaient de l'émission parallèle mémoire, ils ne pouvaient émettre qu'un seul accès mémoire à la fois, l'unité mémoire n'était pas dupliquée. Et ce n'est pas tant un problème que ça, du moins sur les processeurs à double ou triple émission. En effet, il est rare que l'unité mémoire doive faire deux accès simultanés. Notons que le processeur peut exécuter une instruction mémoire en parallèle d'un calcul ou d'un branchement, seuls les accès mémoire simultanés sont impossibles.
===L'émission multiple des accès mémoire avec une LSQ===
Les processeurs superscalaires larges travaillent sur des paquets de 8 à 10 instructions, il est plus fréquent d'avoir plusieurs accès mémoire par paquet. Dans ces conditions, il est utile d'avoir une '''émission multiple des accès mémoire''', à savoir d'émettre plusieurs micro-opérations mémoire en même temps. Les processeurs superscalaires modernes sont capables d'émettre plusieurs lectures/écritures simultanément. Par exemple, ils peuvent émettre une lecture en même temps qu'une écriture, ou plusieurs lectures, ou plusieurs écritures.
Il faut noter que selon le processeur, il peut y avoir des restrictions quant aux accès mémoire émis en même temps. Par exemple, certains processeurs peuvent émettre une lecture avec une écriture en même temps, mais pas deux lectures ni deux écritures. Ou encore, ils peuvent émettre deux lectures, une lecture et une écriture, mais pas deux écritures en même temps. Dans la majorité des cas, les processeurs ne permettent pas d'émettre deux écritures en même temps, alors qu'ils supportent plusieurs lectures. Il faut dire que les lectures sont plus fréquentes que les écritures. Les processeurs qui autorisent toutes les combinaisons de lecture/écriture possibles, sont rares.
L'émission multiple des accès mémoire s'implémente dans l'unité mémoire. Pour rappel, l'unité mémoire s'interpose entre le cache L1 et le reste du pipeline. Dans le cas le plus simple, elle incorpore une ''load/store queue'' et des unités de calcul d'adresse. L'émission multiple des accès mémoire demande de rendre la ''Load-store queue'' multi-ports, afin de gérer plusieurs micro-opérations mémoire simultanées. Il faut aussi dupliquer les unités de calcul d'adresse reliées à la LSQ, chaque port d'émission mémoire devant avoir sa propre unité de calcul d'adresse.
: Dans ce qui suit, nous parlerons d'AGU (''Adress Generation Unit'') pour désigner les unités de calcul d'adresse, et de LSQ pour designer la ''Load-store queue''.
[[File:Processeur non-superscalaire basique 02.png|vignette|upright=1|Processeur non-superscalaire basique]]
Dupliquer les ports de la LSQ et les AGU est nécessaire. Mais qu'en est-il du cache ? La réponse varie suivant le processeur. Il y a deux grandes méthodes pour implémenter l'émission multiple des accès mémoire.
La première méthode ajoute des ports de lecture/écriture au cache de données, pour faire des lectures/écritures simultanées. Il faut alors dupliquer des unités de calcul, rajouter les ports sur le cache, mais aussi rajouter des ports sur la ''load/store queue'', pour qu'elle échange des données/commandes mémoire avec le cache. Le cout en circuits est alors conséquent
La seconde duplique les unités de calcul, mais pas les ports d'accès au cache. Les accès mémoire sont alors accumulés dans la ''load/store queue'', qui sont ensuite traités un par un par le cache. Un exemple est celui des processeurs AMD de micro-architecture K7 K8, à savoir les anciens AMD Athlon et AMD Athlon 64, qui pouvaient calculer trois adresses simultanément, mais ne pouvaient faire qu'un seul accès au cache par cycle. Le cout en circuit est modéré : les unités de calcul coutent très peu, les ports de la ''load/store queue'' coutent déjà un peu plus.
Quelques processeurs utilisaient des solutions intermédiaires. Un processeur utilisant cette technique est, par exemple, capable d'émettre quatre µops mémoire en même temps, mais avec seulement deux ports sur le cache. Un exemple classique étant les Pentium 1 et 2 d'Intel, dont nous parlerons dans le chapitre suivant.
===L'émission séparée des LOAD et STORE===
De rares processeurs ont des ports d'émission qui peuvent faire indifféremment lecture comme écritures. Mais les processeurs modernes préfèrent séparer ports d'émission pour les lectures et les écritures. Un exemple est celui des processeurs Intel de micro-architecture Nehalem, qui avaient un port de lecture et un port d'écriture tous deux reliés à la ''Load-store queue'', chacun avec leur propre unité de calcul d'adresse. Comme autre exemple, les processeurs skylake ont une LSQ avec deux ports de lecture et un port d'écriture, ce qui permet d'émettre deux lectures en même temps qu'une écriture. Dans cette section, nous allons étudier le cas avec des ports séparés pour les lectures et écritures.
En général, les processeurs ont un peu plus de ports de lectures que d'écritures. Une raison est qu'un programme a, en moyenne, un tout petit peu plus de lectures que d'écritures. Mais la différence n'est pas énorme, c'est un léger déséquilibre. Une seconde raison est que l'exécution dans le désordre marche bien mieux quand les lectures ont lieu le plus tôt possible. Donc mieux vaut privilégier les lectures à l'émission, pour qu'elles se fassent un peu en avance. En pratique, la différence n'est pas très marquée. Il est courant d'avoir un port de lecture et un d'écriture, les CPU superscalaires très larges ont souvent deux ports de lecture et deux d'écriture. A la rigueur, quelques CPU ont trois ports de lecture et deux d'écriture.
Le cas le plus simple est celui où on peut émettre une lecture et une écriture en même temps. Il s'implémente facilement si la LSQ est en réalité une simple ''Store queue'', à savoir qu'elle met en avance les écritures uniquement. Pour rappel, les écritures sont mises en attente dans la ''Store queue'', mais les lectures sont exécutées immédiatement. Une fois l'adresse à lire connue, la lecture consulte la ''Store queue'' pour détecter les dépendances de données, puis s'exécute. La donnée à lire est lue soit depuis la ''Store queue'', soit depuis le cache.
[[File:Emission LOAD - Store séparée.png|vignette|upright=1|Émission LOAD - Store séparée]]
L'implémentation de l'émission multiple est alors très simple. La ''Store queue'' a déjà deux ports, avec un pour les lectures et un autre pour les écritures. Idem pour le cache, qui a naturellement un port de lecture et un d'écriture. Émettre une lecture et une écriture simultanément ne demande donc pas de modification digne de ce nom. La ''Store queue'' doit juste supporter une lecture et une écriture simultanée.
Ajouter l'émission d'une seconde lecture n'est pas compliquée : il faut juste rajouter un second port de lecture sur le cache et la ''Store queue''.
Pour rappel, l'unité mémoire est précédée par une structure qui met en attente les micro-opérations mémoire avant leur émission finale. La structure en question varie suivant l'implémentation, mais un cas particulier se marie bien avec l'émission multiple des µops mémoire. Il s'agit du cas avec une file de µops séparée pour les lectures et une autre pour les écritures, appelées respectivement la ''file de µops LOAD'' et la ''file de µops STORE''. Il est alors possible d'émettre une lecture et une écriture lors du même cycle d'horloge. Le port de lecture alimente une unité de calcul d'adresse dédiée, directement reliée au cache. Le port d'écriture du cache alimente une unité de calcul, qui est suivie par une file d'écriture, elle-même reliée au cache. Les processeurs AMD de micro-architecture K6 utilisaient cette technique.
[[File:Double émission avec le Load Ordering, Store Ordering.jpg|centre|vignette|upright=2.5|Double émission avec le Load Ordering, Store Ordering]]
==Les CPU superscalaire à exécution dans le désordre==
La superscalarité modifie aussi les circuits dédiés à l'exécution dans le désordre. Elle modifie les unités de renommage de registre, le ROB et les autres structures liées à l'exécution dans le désordre, au sens large. Aucune structure n'est épargnée. Elles ont tous des prots de lecture/écriture en plus, afin d'encaisser l'émission, le ''commit'' ou le renommage simultané de plusieurs µops.
Par exemple, le ROB doit être modifié pour émettre et terminer plusieurs instructions en même temps, en ajoutant des ports de lecture/écriture. Pour un CPU superscalaire à 8 voies, on se dit que le ROB peut retirer 8 µops par cycle maximum. Mais certains processeurs récents ont un ROB qui peut retirer le double ! Un exemple est celui des CPU de micro-architecture Skymont, qui peuvent émettre 8 µops par cycle, mais en retirer 16. Quelques CPU de marque AMD étaient aussi dans ce cas. L'avantage est que cela permet de réduire la taille du ROB, du banc de registre et de quelques autres structures matérielles liées à l'exécution dans le désordre. Le gain sur-compense le cout en transistor nécessaire pour retirer 16 µops par cycle.
Dans cette section, nous allons voir comment les étages du pipeline dédiés à l'exécution dans le désordre sont modifiées sur un CPU superscalaire.
===La superscalarité avec une file/fenêtre d'instruction centralisée===
Plus haut, nous avons montré qu'un processeur pouvait avoir plus de ports d'émission que de ports de décodage. On dit aussi que sa ''largeur de décodage'' était supérieure à sa ''largeur d'émission''. La '''largeur de décodage''' est le nombre de µops fournies par l'unité de décodage par cycle d'horloge, la '''largeur d'émission''' est le nombre maximal de µops émises par cycle d'horloge. Et n'allez pas croire qu'un surplus de ports d'émission est du gâchis. Sur les processeurs avec exécution dans le désordre, ce surplus peut être utilisé.
Mais avant toute chose, évacuons un détail. Vous avez sans doute pensé que le surplus peut être exploité par les instructions machines décodées en plusieurs µops . Par exemple, si une instruction est décodée en deux µops, on pourrait avoir un port d'émission en plus pour en profiter. Mais les ports de décodage sont *en sortie du décodeur*, et contiennent des µops, pas des instructions.
Le surplus de ports d'émission peut occasionnellement utiliser le surplus de ports de décodage, mais cela implique que des µops ont été mises en attente dans l'unité d'émission, pour être émises par la suite. Et cela implique l'usage d'une fenêtre d'instruction ou d'une file de µops. Le principe est que les µops sont accumulées dans la fenêtre d'instruction, en attendant leurs opérandes ou la résolution d'une dépendance. Et si l'occasion se présente, une µops est émise sur chaque port d'émission.
Il y a donc un gain en performances, mais il faut faire quelques précisions sur son origine. La largeur d'émission utilisée ne peut pas dépasser, *en moyenne*, la largeur de décodage. Et c'est intuitif : un CPU qui décode 4 µops par cycle ne peut pas émettre 6 par cycle en moyenne, sur le temps long, il n'y a pas de µops en surplus qui sortent du vide. Par exemple, sur un processeur quadruple émission, si on analyse combien d'instructions sont émises par cycle, il peut y avoir des cycles où la largeur d'émission est totalement utilisée, mais ce sera compensé par des périodes où elle est fortement sous-utilisée. Les µops sont accumulées en cas de sous-utilisation, puis consommées en cas d'utilisation complète. Les deux périodes se compensent. Et c'est là que l'on peut comprendre d'où vient le gain en performance.
Les cycles où les ports d'émission sont sous-utilisés existent systématiquement, que le processeur utilise l'exécution dans le désordre ou pas. Ils sont liés à la présence de dépendances de données, aux contraintes d’appariement, etc. Elles tendent à réduire la moyenne du nombre de µops émises par cycle. Par contre, ce sont les cycles de rattrapage, où les ports en surplus sont utilisés, qui font remonter la moyenne. Le gain en performance est donc lié à ces cycles de rattrapage, où les µops accumulées sont émises dans les ports en surplus. Et ils n'existent que sur les processeurs avec une file/fenêtre d'instruction.
Réduire le nombre de ports d'émission permet de garder des fenêtres d'instruction et un ROB simples, rapides et économes en énergie. Et mine de rien, c'est là un compromis important : à quoi bon augmenter le nombre de ports d'émission si c'est pour que ce soit compensé par une fréquence plus faible ? Par contre, réduire le nombre de ports augmente la ''port contention'', surtout si on a mal réparti les ALU. Il faut donc trouver un compromis entre réduire le nombre de ports d'émission d'un côté, réduire la ''port contention'' de l'autre.
La différence entre largeur de décodage et d'émission a un impact assez fort sur le banc de registre, et précisément sur son nombre de ports de lecture. Le banc de registre a besoin de plus de ports de lecture avec une fenêtre d’instruction qu'avec des stations de réservation. Rappelons la terminologie utilisée dans ce cours. Les fenêtres d'instruction se contentent de mémoriser la micro-opération et quelques bits pour détecter la disponibilité des opérandes. Par contre, les stations de réservations mémorisent aussi les opérandes des instructions. Et cette différence a une influence le nombre de ports de lecture du banc de registre.
Supposons que toutes les instructions sont dyadiques, à deux opérandes. Comptons le nombre de ports nécessaires pour alimenter les unités de calcul, sans utiliser d'arbitre de banc de registre. Avec une fenêtre d'instruction, il faut le double du nombre de ports d'émission. Mais avec des stations de réservation, il faut le double des ports de décodage. La raison est que les registres sont lus après émission avec une fenêtre d'instruction, avant avec des stations de réservation (sous-entendu, après le décodage). Or, comme dit plus haut, les processeurs superscalaires larges ont souvent plus de ports d'émission que de décodage.
===La superscalarité à fenêtres d'instruction décentralisées===
Les processeurs précédents utilisaient une unité d'émission simple, qui pouvait utiliser l'émission dans l'ordre ou dans le désordre. Elle peut être remplacée par une fenêtre d'instruction centralisée dans que cela quoi que ce soit aux explications précédentes, idem avec une station de réservation centralisée. En soi, l'exécution dans le désordre est donc totalement compatible avec une implémentation simple de la superscalarité. Par contre, des subtilités surviennent avec les fenêtres d'instruction décentralisées.
Pour rappel, sur ces processeurs, les µops sont émises en deux phases. Une première phase de ''dispatch'' qui envoie les µops vers la fenêtre d'instruction adéquate, sans détecter les dépendances de données. La seconde phase de ''schedule'' gère les dépendances de données, elle met en attente les µops en attendant que l'unité soit disponible pour les exécuter, en attendant aussi que les opérandes soient disponibles. Et à ce petit jeu, il y a une différence entre le nombre de µops qui sont ''dispatch par cycle'' et celles qui sont ''schedule''. Dit autrement, la largeur d'émission est scindée en une '''largeur de ''dispatch''''' et une '''largeur de ''schedule''.
Par exemple, prenons un processeur triple émission avec deux stations de réservation : une pour les µops entières/mémoire, et une autre pour les µops flottantes. L'unité d'émission peut ''dispatch'' maximum trois µops par cycle : soit trois µops entières/mémoire, soit trois flottantes, soit un mix de trois µops différentes. Les stations de réservation, quant à elles, peuvent chacune ''schedule'' 3 µops par cycle, vers trois ALUs entières pour la station de réservation entière/mémoire, vers trois FPS pour la station de réservation flottante. De quoi ''dispatch'' trois µops, mais d'en ''schedule'' six, à chaque cycle.
Et cet exemple ne sort pas de nulle part : les CPU x86 d'Intel et AMD sont globalement dans ce cas, même si les chiffres varient d'une microarchitecture à l'autre. L'exemple précédent colle parfaitement à la microarchitecture K7 d'AMD, utilisée sur les processeurs Athlon dans les années 2000.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=2.5|AMD K7, microarchitecture.]]
L'exemple précédent avait assez d'unités entières/flottantes pour couvrir toute la largeur de décodage/''Dispatch''. Mais ce n'est pas toujours le cas, comme va le montrer l'exemple suivant.
Le MIPS R10000, qui utilisait un mélange de files de µops et de fenêtres d'instructions : une file de µops les accès mémoire, une fenêtre pour les instructions entières et une autre pour les opérations flottantes. Les branchements et NOPs étaient exécutés dans une unité de branchement distincte. Les trois files/fenêtres peuvent mémoriser 16 µops. Le processeur avait deux ALU entières, une AGU de calcul d'adresse, un additionneur flottant et un multiplieur/diviseur flottant. Il y avait un multiplieur entier sur le port d'émission l'ALU 2.
Le processeur décodait 4 instructions par cycle et produisait jusqu'à 4µops, qui étaient redistribuées sur les trois fenêtres d'instructions. Chacune pouvait accepter 4 µops par cycle, ce qui fait que processeur pouvait ''dispatch'' 4 µops entières, ou 4 µops flottantes, ou 4 µops mémoire, ou un mélange de deux ou trois types de µops. Pour ce qui est du ''schedule'', la fenêtre d'instruction entière pouvait émettre 2 µops, la fenêtre flottante pouvait émettre une addition en même temps qu'une multiplication/divison flottante et qu'un branchement conditionnel flottant, et la file de µops mémoire ne pouvait émettre qu'une µop mémoire à la fois. En tout, cela fait 6 µops ''schedule'' pour 4 µops au ''dispatch''.
[[File:R 10000.png|centre|vignette|upright=2.5|MIPS R10000, microarchitecture.]]
===La superscalarité à fenêtres d'instruction totalement décentralisées===
Prenons un cas extrême de fenêtre d'instruction décentralisée : celui où chaque ALU entière a sa propre station de réservation. En clair : une fenêtre d'instruction par ALU/FPU ! On parle de '''fenêtres d'instruction totalement décentralisées'''. Vous vous dites que ce cas est un peu trop extrême pour être réaliste, mais il n'en est rien. C'est même très courant sur les architectures basse consommation, et sur pas mal de CPU x86 modernes.
Une telle organisation entraine une légère perte de performance, comparé à une fenêtre d'instruction centralisée ou partiellement décentralisée. Et cela peut se comprendre par un exemple. Imaginez un processeur avec deux ALU, donc deux stations de réservation. Il arrivera qu'une station de réservation ait plusieurs µops prêtes, alors que l'autre en ait zéro. Dans une telle situation, une seule µop sera émise au cycle suivant, vu que chaque station de réservation a un seul port d'émission vers une seule ALU entière. Par contre, avec une fenêtre d'instruction centralisée double port, on aurait pu émettre les deux µops en même temps sur deux ALUs séparées.
La perte de performance est donc liée au fait que les µops '''''prêtes''''' sont mal réparties dans les différentes stations de réservation. Il arrivera que des µops prêtes s'accumulent dans une station de réservation, alors que d'autres seront pleines, ou du moins sous-utilisées. Et ce n'est pas quelque chose qui peut être réglé à l'étape de ''dispatch'', car on ne sait pas encore quand les µops auront leurs opérandes de disponibles.
[[File:Comparaison entre une station de réservation totalement décentralisée et une autre qui ne l'est pas.png|centre|vignette|upright=2.5|Comparaison entre une station de réservation totalement décentralisée et une autre qui ne l'est pas.]]
Par contre, décentraliser totalement les fenêtres d'instruction entraine aussi un gain considérable en termes de consommation énergétique. Et c'est la raison pour laquelle les fenêtres d'instructions totalement décentralisées sont utilisées sur les architectures basse consommation. La perte de performance ne peut pas s'expliquer clairement à ce stade du cours, car il nous faudrait parler d'émission superscalaire. Le gain en matière d'énergie vient de l'économie de circuits, qui est assez drastique. Le gain en matière d'énergie vient de l'économie de circuits, qui est assez drastique.
Je rappelle qu'une station de réservation a besoin, pour N instructions, d'environ N^2 circuits (des comparateurs, notamment). Prenons une station de réservation centralisée de 64 entrées et comparons avec 8 stations de 8 entrées chacune. Les deux donneront 64 entrées, mais la première aura un cout en circuit proportionnel à 64², alors que le second aura un cout en circuit de 8 *(8²). Entre les deux, le choix est clair : la seconde solution est plus économe. D'où l'utilisation de cette solution sur les microarchitectures basse consommation.
===L'unité de renommage superscalaire===
Avec la superscalarité, l'unité de renommage de registre doit gérer le cas où des instructions consécutives ont des dépendances de registre. Par exemple, prenons un processeur à double émission, qui renomme deux instructions consécutives. Si elles ont une dépendance de registre, le renommage de la seconde instruction dépend du renommage de la première. La première doit être renommée et le résultat du renommage est utilisé pour renommer la seconde, ce qui empêche d'utiliser deux unités de renommage séparées.
Pour cela, elle renomme les registres sans tenir compte des dépendances, pour ensuite corriger le résultat.
[[File:Unité de renommage superscalaire.png|centre|vignette|upright=2|Unité de renommage superscalaire.]]
Seules les dépendances lecture-après-écriture doivent être détectées, les autres étant supprimées par le renommage de registres. Repérer ce genre de dépendances se fait assez simplement : il suffit de regarder si un registre de destination d'une instruction est un opérande d'une instruction suivante.
[[File:Détection des dépendances sur un processeur superscalaire.png|centre|vignette|upright=2|Détection des dépendances sur un processeur superscalaire.]]
Ensuite, il faut corriger le résultat du renommage en fonction des dépendances. Si une instruction n'a pas de dépendance avec une autre, on la laisse telle quelle. Dans le cas contraire, un registre opérande sera identique avec le registre de destination d'une instruction précédente. Dans ce cas, le registre opérande n'est pas le bon après renommage : on doit le remplacer par le registre de destination de l'instruction avec laquelle il y a dépendance. Cela se fait simplement en utilisant un multiplexeur dont les entrées sont reliées à l'unité de détection des dépendances. On doit faire ce replacement pour chaque registre opérande.
[[File:Correction des dépendances sur un processeur superscalaire.png|centre|vignette|upright=2|Correction des dépendances sur un processeur superscalaire.]]
==Les optimisations des processeurs superscalaires larges==
Les processeurs superscalaires larges ont des optimisations spécifiques, qui n'ont pas de sens sur les processeurs superscalaires étroits. Dans les grandes lignes, elles se classent en deux types. Les premières permettent de charger/décoder plus de 5-10 instructions simultanément. Le problème est alors que les branchements viennent mettre leur grain de sel et qu'il faut en tenir compte. Les secondes corrigent des problèmes qui apparaissent quand un CPU intègre plus de 5 à 10 unités de calcul.
===L'étape de chargement d'un CPU superscalaire large===
Charger plusieurs instructions pose de nombreux problèmes sur les processeurs superscalaires larges, qui émettent de 5 à 10 instructions simultanées. Pour rappel, la stratégie basique pour charger N instructions est de charger un bloc de N instructions consécutives. Les instructions après un branchement ne sont pas décodées ni exécutées, ce qui entraine une petite baisse de performance. Pour un N petit, la perte de performance est mineure. Mais pour un N large, elle devient suffisamment importante pour que la conception du CPU doit alors être repensée de fond en comble.
Les analyses statistiques disent qu'il y a environ un branchement tous les 4 à 6 instructions. Un CPU a donc tendance à décoder des paquets de 3 à 5 instructions consécutives, avant qu'un branchement casse la dynamique. Or, cela pose des problèmes pour utiliser plusieurs décodeurs. L'implémentation basique, qui charge N instructions consécutives pour alimenter N décodeurs, fonctionne donc jusqu'à 4/6 décodeurs. Au-delà de 5 instructions, un CPU superscalaire doit être adapté pour gérer les branchements dans les paquets d'instruction qu'il émet. Le nombre de 5 instructions ne sort donc pas de nulle part.
La première solution utilise un cache de µops, avec un ''front-end'' capable de charger/décoder 4/5 instructions à la fois, pas plus. L'idée est que la majorité des instructions proviennent du cache de µops (plus de 80%), ce qui fait qu'on peut émettre environ 10 instructions à partir du cache de µops, pas besoin d'avoir beaucoup de décodeurs. Les performances sont cependant dégradées lors d'un défaut de cache de µops. Les instructions doivent alors être chargées depuis le cache d'instruction, par paquets de 4-5, puis sont décodées par 4-5 décodeurs, ce qui ne permet pas d’alimenter les unités de calcul à plein régime.
La solution précédente joue sur la distinction entre pots de décodage et d'émission. Elle permet d'émettre un grand nombre de µops sans pour autant charger un grand nombre d'instructions en même temps. En quelque sorte, ce n'est qu'une méthode de contournement, le CPU superscalaire reste de type étroit. Mais il est aussi possible d'utiliser un '''''front-end large''''', capable de charger une bonne dizaine d'instructions en même temps. La seule difficulté est de tenir compte de la présence de branchements.
Pour rappel, avec un ''front-end'' étroit, les instructions situées après le premier branchement pris sont annulées, elles ne sont pas décodées ni exécutées.
[[File:Fetch sur un processeur superscalaire avec prediction de branchements.png|centre|vignette|upright=2|Fetch sur un processeur superscalaire avec prédiction de branchements.]]
Un ''front-end'' large charge les instructions de destination du branchement et les placent à sa suite. Ils chargent deux blocs à la fois et les fusionnent en un seul qui ne contient que les instructions présumées utiles.
[[File:Cache d'instructions autoaligné.png|centre|vignette|upright=2|Cache d'instructions auto-aligné.]]
Mais cela demande de charger deux blocs de mémoire en une fois, ce qui demande un cache d'instruction multiports. Il faut aussi ajouter un circuit pour assembler plusieurs morceaux de blocs en un seul : le fusionneur (''merger''). En pratique, cette solution demande d'ajouter un second port de lecture au cache, pour un cout en hardware important, avec un impact négatif sur le temps d'accès au cache. Et il faut rajouter le fusionneur, qui prend un étage de pipeline à lui tout seul. Et encore, cette solution ne gère pas le cas où un bloc contient plusieurs branchements !
[[File:Implémentation d'un cache d'instructions autoaligné.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache d'instructions auto-aligné.]]
Les exemples précédents partent du principe qu'il n'y a qu'un seul branchement dans un bloc. Mais quand les blocs deviennent assez longs, il est fréquent d'avoir plusieurs branchements dans un bloc. Et il est même possible d'avoir plusieurs branchements pris. Dans un bloc de 8-10 instructions, ce n'est pas rare, et les CPU superscalaires à 8-10 voies sont la règle dans les CPU des années 2020. Pour gérer ce cas, il faut ajouter des ports supplémentaires au cache d'instruction et adapter le fusionneur, pour qu'il puisse fusionner trois ou quatre blocs. De plus, il faut utiliser une unité de prédiction de branchement capable de ''prédire plusieurs branchements par cycle''.
===Le décodage superscalaire large===
Le décodage des instructions n'est pas censé dépendre de l'implémentation du chargement. En théorie, une fois plusieurs blocs d'instruction fusionnés, on peut décoder les instructions en parallèle. Cependant, certains processeurs effectuent le décodage en tenant compte de la manière dont les branchements découpent les blocs. Les processeurs Atom d'Intel utilisent une solution de ce type, qui couple prédiction de branchement et décodage parallèle.
Ils chargent/décodent des paquets de 3 instructions consécutives, chaque paquet étant séparé du précédent par un branchement. Pour cela, en plus d'avoir un fusionneur adapté, ils regroupent les décodeurs en ''clusters'', chacun regroupant 3 décodeurs, et pouvant décoder trois instructions consécutives. Les micro-architectures Tremont et Crestmont avaient deux ''clusters'' (6 décodeurs au total), la micro-architecture Skymont en intègre trois (9 décodeurs au total).
Avec deux ''clusters'', le fonctionnement est le suivant. Si le code est composé d'une suite d'instruction sans branchements, seul le premier ''cluster'' est utilisé, limitant le décodage à trois instructions par cycle. Par contre, si l'une des trois instructions décodée est un branchement, alors le second ''cluster'' décode les trois instructions situées après ce branchement, à partir de l'adresse de destination. Avec un troisième ''cluster'', c'est la même chose, sauf qu'il faut qu'il y ait un branchement dans les trois instructions décodées par le second ''cluster''.
Mais comment faire pour savoir quels décodeurs activés, quels ''clusters'' sont actifs ? C'est la prédiction de branchement qui commande. Avec deux ''clusters'', elle détermine si un branchement est présent dans les trois instructions à charger, et quelle est son adresse de destination. Sans branchement, elle prévient les décodeurs et les trois instructions chargées sont décodées dans un ''cluster'' libre. Si elle prédit un branchement, elle charge les instructions adéquates, et active les deux ''clusters''. Avec trois branchements, c'est le même mécanisme, sauf que l'unité de prédiction de branchement doit être capable de prédire deux branchements par cycle.
Il faut noter que les décodeurs d'un ''cluster'' sont des décodeurs simples, sans microcode. Sur les processeurs Tremont et Crestmont, le microcode était unique et était partagé entre tous les ''clusters''. Un seul ''cluster'' pouvait décoder une instruction complexe avec le microcode, l'autre devait se limiter à des instructions simples uniquement. Depuis Skymont, le microcode est partiellement dupliqué, avec un microcode par ''cluster''.
Le cout en hardware peut paraitre prohibitif, pour un gain en performance faible. Sauf que c'est oublier que ce sont des processeurs Atom, sur lesquels beaucoup d'instructions sont microcodées. Les processeurs Atom ont un budget en transistor limité, ce qui fait qu'il est préférable pour eux d'implémenter des instructions en microcode que d'utiliser des unités de calcul dédiées ou des circuits de décodage complexes. Pour limiter la casse, le microcode n'est que partiellement dupliqué. Seul le microcode pour les instructions fréquente est dupliqué. Il y a un microcode secondaire pour certaines instructions, qui est lui unique et partagé par tous les ''clusters''.
===Le contournement sur les processeurs superscalaires larges===
Pour rappel, la technique du contournement (''register bypass'') permet au résultat d'une instruction d'être immédiatement utilisable en sortie de l'ALU, avant même d'être enregistré dans les registres. Implémenter la technique du contournement demande d'utiliser des multiplexeurs pour relier la sortie de l'unité de calcul sur son entrée si besoin. Il faut aussi des comparateurs pour détecter des dépendances de données.
[[File:Pipeline Bypass.png|centre|vignette|upright=1|Pipeline Bypass]]
La sortie de chaque ALU doit être reliée aux entrées de toutes les autres, avec les comparateurs qui vont avec. Sur les processeurs ayant plusieurs d'unités de calculs, cela demande beaucoup d’interconnexions et de comparateurs. Pour N unités de calcul, cela demande 2 * N² interconnexions, implémentées avec 2N multiplexeurs de N entrées chacun. Si c'est faisable pour 2 ou 3 ALUs, la solution est impraticable au-delà. Non seulement ce serait un enfer à câbler, mais les fils seraient tellement longs que la fréquence du processeur en prendrait un coup.
Notez que cela vaut pour les processeurs superscalaires, mais aussi pour tout processeur avec beaucoup d'unités de calcul. En théorie, un CPU à exécution dans le désordre, non-superscalaire, mais avec beaucoup d'unités de calcul, fait face au même problème. En pratique, avoir une dizaine d'ALU implique processeur superscalaire à exécution dans le désordre. D'où le fait qu'on parle du problème maintenant.
La seule solution praticable est de ne pas relier toutes les unités de calcul ensemble. À la place, on préfère regrouper les unités de calcul dans différents '''agglomérats''' ('''cluster'''). Le contournement est alors possible entre les unités d'un même agglomérat, mais pas entre agglomérats différents. Évidemment, certaines possibilités de contournement sont perdues, mais c'est compensé par un gain en fréquence et un cout en circuit/fils réduit. C'est un bon compromis, ce qui explique que presque tous les processeurs modernes l'utilisent. Les rares exceptions sont les processeurs POWER 4 et POWER 5, qui ont préféré se passer de contournement pour garder un processeur très simple et une fréquence élevée.
===Le banc de registre des processeurs superscalaires larges===
Pour émettre deux opérations entières simultanément, il faut lire deux fois plus d'opérandes. Et il faut aussi écrire deux résultats dans les registres, en même temps. Pour cela, on double les ports du banc de registre. En général, il faut au maximum 2 ports de lecture et un port d'écriture par unité de calcul. Le problème, c'est que plus un banc de registres a de ports, plus il utilise de circuits, est compliqué à concevoir, consomme de courant et chauffe. Avec plusieurs dizaines d'unités de calcul différentes, ajouter autant de ports impacterait la fréquence du banc de registres et réduirait les performances, voire est totalement impraticable à cause des contraintes thermiques. Les processeurs superscalaires larges doivent donc trouver des solutions.
La première solution utilise un banc de registre unique, mais n'utilise pas autant de ports que le pire des cas le demanderait. Le processeur détecte quand il n'y a pas assez de ports pour servir toutes les micro-opérations. Quand ça arrive, l'unité d'émission émet assez de micro-opérations pour exploiter les ports disponibles, mais met en attente les micro-opérations en trop, le temps que les ports se libèrent. Pour cela, le banc de registre est géré par un circuit d'arbitrage spécialisé, intégré à l'unité d'émission, l’'''arbitre du banc de registres''' (''register file arbiter'').
Une autre solution est de dupliquer le banc de registres en plusieurs exemplaires qui contiennent exactement les mêmes données, mais avec moins de ports de lecture/écriture. Un exemple est celui des processeurs POWER, Alpha 21264 et Alpha 21464. Sur ces processeurs, le banc de registre est dupliqué en plusieurs exemplaires, qui contiennent exactement les mêmes données. Les écritures dans les registres sont envoyées à tous les bancs de registres, afin de garantir que leur contenu est identique. Chaque exemplaire a exactement deux ports de lecture. La conception du processeur est simplifiée, que ce soit au niveau du câblage, que de la conception des bancs de registres.
Une dernière solution découpe le banc de registres en plusieurs bancs de registres plus petits, avec un réseau d'interconnexions pour échanger des données entre bancs de registres. Dans la plupart des cas, cette séparation est invisible du point de vue de l'assembleur et du langage machine. Le processeur se charge de transférer les données entre bancs de registres suivant les besoins. Sur d'autres processeurs, les transferts de données se font via une instruction spéciale, souvent appelée ''COPY''.
[[File:Banc de registres distribué.png|centre|vignette|upright=2|Banc de registres distribué.]]
Sur de certains processeurs, un branchement est exécuté par une unité de calcul spécialisée. Or les registres à lire pour déterminer l'adresse de destination du branchement ne sont pas forcément dans le même agglomérat que cette unité de calcul. Pour éviter cela, certains processeurs disposent d'une unité de calcul des branchements dans chaque agglomérat. Dans les cas où plusieurs unités veulent modifier le ''program counter'' en même temps, un système de contrôle général décide quelle unité a la priorité sur les autres. Mais d'autres processeurs fonctionnent autrement : seul un agglomérat possède une unité de branchement, qui peut recevoir des résultats de tests de toutes les autres unités de calcul, quel que soit l’agglomérat.
==La macro-fusion : une optimisation du décodage parallèle==
Les processeurs superscalaires supportent la technique dite de '''macro-fusion''', qui permet de fusionner deux-trois instructions consécutives en une seule micro-opération. Par exemple, il est possible fusionner une instruction de test et une instruction de saut en une seule micro-opération de branchement. Il s'agit là de l'utilisation la plus importante de la macro-fusion sur les processeurs x86 modernes.
La macro-fusion est utilisée pour fusionner un test et un saut en un branchement unique. L'optimisation est présente sur la plupart des CPU superscalaires modernes. Les CPU x86 l'implémentent, mais aussi quelques CPU ARM et les processeurs Apple de série M (M1 à M5, et potentiellement plus quand ils seront sortis). La fusion des instructions se fait lors du décodage des instructions, grâce à la coopération des décodeurs. Elle marche systématiquement si l'instruction de test et le saut sont consécutives, qu'elles forment bien une paire d'instruction. Par contre, insérer une instruction entre les deux empêche la macro-fusion de faire son travail, sauf si l'instruction insérée est un NOP.
Les processeurs ARM64 avaient une forme spécifique de macro-fusion, utilisée pour un cas très précis : charger une constante immédiate de 32 ou 64 bits, dans un registre 64 bits. Les CPU ARM 64 bits utilisent des instructions codées sur 32 bits, qui ne peuvent encoder que des constantes immédiates de 16 bits. Pour charger une constante de 32/64 bits, il faut s'y prendre en plusieurs fois. Une première instruction MOVZ charge les 16 premiers bits, puis 2 à 4 instructions MOVK remplissent le reste. MOVZ met à zéro les 48 bits de poids fort, MOVK permet de sélectionner le doublet à modifier dans le registre (on modifie 16 bits, dont on choisit la place, le reste du registre est laissé tel quel). ARM permet de fusionner cette suite d'instructions en une seule µop MOV avec une constante immédiate. On parle alors de '''''MOVZ + MOVK fusion'''''.
Une dernière utilisation, [https://www2.eecs.berkeley.edu/Pubs/TechRpts/2016/EECS-2016-130.pdf proposées pour le jeu d'instruction RISC-V], fusionnait un calcul d'adresse et une instruction LOAD/STORE en une seule instruction d'accès mémoire. Elle a été envisagée à une époque où le jeu d'instruction RISC-V ne gérait pas les modes d'adressage base + indice. L'idée était d'avoir une unité mémoire qui gérait le mode d'adressage base + indice et de fusionner des instructions pour l'exploiter. Mais de nos jours, le jeu d'instruction RISC-V intègre le mode d'adressage base + indice, ce qui fait que la macro-fusion n'a aucun intérêt pour ce cas précis.
La macro-fusion a de nombreuses limitations en pratique. En théorie, on pourrait l'utiliser au-delà des deux situations mentionnées plus haut. Par exemple, pour fusionner une addition et une multiplication en une seule instruction MAD. Mais l'intérêt est assez faible. Notons que la macro-fusion ne permet que de fusionner des paires d'instructions. Aller au-delà demanderait un cout en circuit trop important. Déjà que tester deux paires utilise pas mal de comparateurs...
==Le ''stack engine'' : une optimisation de la pile d'appel==
Les processeurs modernes intègrent une optimisation liée au pointeur de pile. Pour rappel, sur les architectures modernes, le pointeur de pile est un registre utilisé pour gérer la pile d'appel, précisément pour savoir où se trouve le sommet de la pile. Il est manipulé par les instructions CALL, RET, PUSH et POP, mais aussi par les instructions d'addition/soustraction pour gérer des cadres de pile de taille variable. De plus, il peut servir d'opérande pour des instructions LOAD/STORE, afin de lire/écrire des variables locales, les arguments d'une fonction, et autres. C'est donc un registre général adressable, intégré au banc de registre, altéré par l'unité de calcul entière.
L'incrémentation/décrémentation du pointeur de pile passe donc par l'unité de calcul, lors des instructions CALL, RET, PUSH et POP. Mais, l'optimisation que nous allons voir permet d'incrémenter/décrémenter le pointeur de pile sans passer par l'ALU, ou presque. L'idée est de s'inspirer des architectures avec une pile d'adresse de retour, qui intègrent le pointeur de pile dans le séquenceur et l'incrémentent avec un incrémenteur dédié.
===Le ''stack engine''===
L'optimisation que nous allons voir utilise un '''''stack engine''''' intégré à l'unité de contrôle, au séquenceur. Le processeur contient toujours un pointeur de pile dans le banc de registre, cela ne change pas. Par contre, il n'est pas incrémenté/décrémenté à chaque instruction CALL, RET, PUSH, POP. Un compteur intégré au séquenceur est incrémenté à la place, nous l’appellerons le '''compteur delta'''. La vraie valeur du pointeur de pile s'obtient en additionnant le compteur delta avec le registre dans le banc de registre. Précisons que si le compteur delta vaut zéro, la vraie valeur est dans le banc de registre et peut s'utiliser telle quelle.
Lorsqu'une instruction ADD/SUB/LOAD/STORE utilise le pointeur de pile comme opérande, elle a besoin de la vraie valeur. Si elle n'est pas dans le banc de registre, le séquenceur déclenche l'addition compteur-registre pour calculer la vraie valeur. Finalement, le banc de registre contient alors la bonne valeur et l'instruction peut s'exécuter sans encombre.
L'idée est que le pointeur de pile est généralement altéré par une série d'instruction PUSH/POP consécutives, puis des instructions LOAD/STORE/ADD/SUB utilisent le pointeur de pile final comme opérande. En clair, une bonne partie des incrémentations/décrémentation est accumulée dans le compteur delta, puis la vraie valeur est calculée une fois pour toutes et est utilisée comme opérande. On accumule un delta dans le compteur delta, et ce compteur delta est additionné quand nécessaire.
Précisons que le compteur delta est placé juste après le décodeur d'instruction, avant même le cache de micro-opération, l'unité de renommage et l'unité d'émission. Ainsi, les incrémentations/décrémentations du pointeur de pile disparaissent dès l'unité de décodage. Elles ne prennent pas de place dans le cache de micro-opération, ni dans la fenêtre d'instruction, ni dans la suite du pipeline. De nombreuses ressources sont économisées dans le ''front-end''.
Mais utiliser un ''stack engine'' a aussi de nombreux avantages au niveau du chemin de données/''back-end''. Déjà, sur les processeurs à exécution dans le désordre, cela libère une unité de calcul qui peut être utilisée pour faire d'autres calculs. Ensuite, le compteur delta mémorise un delta assez court, de 8 bits sur le processeur Pentium M, un peu plus pour les suivants. L'incrémentation se fait donc via un incrémenteur 8 bits, pas une grosse ALU 32/64 bits. Il y a un gain en termes de consommation d'énergie, un incrémenteur 8 bits étant moins gourmand qu'une grosse ALU 32/64 bits.
===Les points de synchronisation du delta===
La technique ne fonctionne que si la vraie valeur du pointeur de pile est calculée au bon moment, avant chaque utilisation pertinente. Il y a donc des '''points de synchronisation''' qui forcent le calcul de la vraie valeur. Plus haut, nous avions dit que c'était à chaque fois qu'une instruction adresse le pointeur de pile explicitement, qui l'utilise comme opérande. Les instructions CALL, RET, PUSH et POP ne sont pas concernées par elles utilisent le pointeur de pile de manière implicite et ne font que l'incrémenter/décrémenter. Mais dans les faits, c'est plus compliqué.
D'autres situations peuvent forcer une synchronisation, notamment un débordement du compteur delta. Le compteur delta est généralement un compteur de 8 bits, ce qui fait qu'il peut déborder. En cas de débordement du compteur, le séquenceur déclenche le calcul de la vraie valeur, puis réinitialise le compteur delta. La vraie valeur est donc calculée en avance dans ce cas précis. Précisons qu'un compteur delta de 8 bits permet de gérer environ 30 instructions PUSH/POP consécutives, ce qui rend les débordements de compteur delta assez peu fréquent. À noter que si le compteur delta vaut zéro, il n'y a pas besoin de calculer la vraie valeur, le séquenceur prend cette situation en compte.
Un autre point de synchronisation est celui des interruptions et exceptions matérielles. Il faut que le compteur delta soit sauvegardé lors d'une interruption et restauré quand elle se termine. Idem lors d'une commutation de contexte, quand on passe d'un programme à un autre. Pour cela, le processeur peut déclencher le calcul de la vraie valeur lors d'une interruption, avant de sauvegarder les registres. Pour cela, le processeur intègre un mécanisme de sauvegarde automatique, qui mémorise la valeur de ce compteur dans le tampon de réordonnancement, pour forcer le calcul de la vraie valeur en cas de problème.
La technique du ''stack engine'' est apparue sur les processeurs Pentium M d'Intel et les processeurs K10 d'AMD, et a été conservée sur tous les modèles ultérieurs. L'implémentation est cependant différente selon les processeurs, bien qu'on n'en connaisse pas les détails et que l'on doive se contenter des résultats de micro-benchmarks et des détails fournit par Intel et AMD. Selon certaines sources, dont les manuels d'optimisation d'Agner Fog, les processeurs AMD auraient moins de points de synchronisation que les processeurs Intel. De plus, leur ''stack engine'' serait placé plus loin que prévu dans le pipeline, après la file de micro-opération.
==La micro-fusion et la délamination==
La '''micro-fusion''' est une optimisation qui retarde le décodage réel de certaines instructions assez loin dans le pipeline. Elle concerne surtout les instructions ''load-op'', mais pas que. D'autres instructions mémoire peuvent subir cette optimisation. L'essentiel est que, sans micro-fusion, ces instructions sont décodées en plusieurs micro-opérations. La micro-fusion retarde le décodage final de ces instructions, qui se fait assez tard dans le pipeline. Pour comprendre l'intérêt, nous allons devoir faire quelques explications.
L'optimisation en question fait le décodage en deux temps. Prenons l'exemple d'une opération ''load-op'', qui est censée être décodée en deux micro-opérations : une lecture, puis une opération. Le décodage produit une '''macro-opération''' (terme d'Intel), qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. La macro-opération est techniquement une micro-opération comme une autre, sauf que ce n'est pas la micro-opération finale. L'unité d'émission découpe cette macro-opération en deux micro-opérations, qui sont émises l'une après l'autre. Pour résumer, les instructions ''load-op'' ne sont complétement découpées en micro-opération lors de l'émission, pas lors du décodage.
L'optimisation impacte ce qui se situe entre le décodeur d'instruction et l'unité d'émission : l'unité de renommage, la file de micro-opérations, le ''Loop Stream Detector'' et/ou le cache de micro-opération. L'intérêt de l'optimisation est que l'on fusionne deux micro-opérations en une seule macro-opération. Le cache de micro-opération et la file de micro-opération peuvent mémoriser plus de micro-opérations, vu que certaines sont fusionnées. Quant à l'unité de renommage, elle renomme une seule macro-opération au lieu de renommer deux micro-opérations, ce qui augmente le débit du renommage de registre. Par contre, cela complique un peu le travail de l'unité d'émission, qui doit découper les instructions ''load-op'' en deux et émettre les micro-opérations l'une après l'autre.
Il faut noter qu'il n'y a pas de fusion proprement dite. Le décodeur ne décode pas deux micro-opérations séparées, avant de les fusionner. En réalité, il génère directement une macro-opération, qui correspond à deux micro-opérations, que ce soit plus tard dans le pipeline ou sur une autre architecture. D'ailleurs, la micro-fusion a lieu à l'intérieur d'une instruction, qui est censée être traduite en plusieurs micro-opérations. Et encore : pas toutes. La conséquence est que la technique n'a de sens que sur les processeurs CISC, avec des instructions assez complexes pour être décodées en plusieurs micro-opérations. En pratique, seuls les CPU x86 sont concernés.
===Les domaines de fusion===
La micro-fusion n'est pas spécifique aux processeurs superscalaires. En théorie, on peut l'implémenter sur un processeur non-superscalaire à émission dans l'ordre. Cependant, je ne connais aucun processeur à émission dans l'ordre qui implémente la micro-fusion, même si son implémentation est en théorie possible sur de tels processeurs. La micro-fusion est implémentée différemment selon que l'émission se fasse dans l'ordre, dans le désordre, avec une fenêtre d'instruction, avec des stations de réservation, etc.
J'ai dit plus haut que les micro-opérations sont générées lors de l'émission, mais le moment exact varie suivant le processeur. Pour simplifier le tout, nous parlerons de '''scission''' quand le processeur traduit une macro-opération en deux/trois micro-opérations. Le moment où a lieu la scission est théoriquement dans l'unité d'émission, mais celle-ci prend plusieurs formes selon que le processeur utilise l'émission dans l'ordre, dans le désordre, avec une fenêtre d'instruction, avec des stations de réservation, etc.
Les processeurs à exécution dans l'ordre sont le cas le plus simple. L'unité d'émission est alors en charge du découpage des macro-opérations en micro-opérations. La file de micro-opération ou le cache de micro-opérations mémorisent des macro-opérations. À l'opposé, le tampon de ré-ordonnancement mémorise lui des micro-opérations. Le reste du processeur n'est pas affecté.
Sur les processeurs à exécution dans le désordre, les différences sont nombreuses. Le tampon de ré-ordonnancement peut mémoriser soit les micro-opérations finales, soit des macro-opérations. Il en est de même avec la fenêtre d'instruction et/ou les stations de réservation, qu'elles soient centralisées ou décentralisées. Tout dépend de comment se fait l'implémentation.
Une implémentation simple effectue la scission des macro-opérations dans l'unité d'émission, comme sur les processeurs à exécution dans l'ordre. Sur de nombreux processeurs, l'unité d'émission et de renommage sont simplement fusionnées, ce qui fait que la scission a lieu juste après le renommage de registres. En conséquence, le tampon de re-ordonnancement et les fenêtres d'instruction ne voient que des micro-opérations. Les macro-opérations disparaissent juste avant. Cette implémentation est préférée avec une fenêtre d'instruction centralisée, car on voit mal comment scinder une macro-opération juste avant l'ALU.
Une autre implémentation fait la scission en sortie de la fenêtre d'instruction ou des stations de réservation, qu'elles soient centralisées ou décentralisées. Dans ce cas, le tampon de re-ordonnancement fait de même. L'avantage est que le tampon de ré-ordonnancement stocke des macro-opérations, ce qui augmente sa taille effective. Par exemple, il utilise une seule entrée pour une instruction ''load-op'', au lieu de deux sans micro-fusion de ce type.
===La délamination===
La scission peut parfois avoir lieu plus tôt, dans des circonstances très précises. Concrètement, cela ne concerne que quelques micro-architectures d'Intel, pour des instructions très précises. La raison est les limitations du format des micro-opérations, pas une histoire d'optimisation. Le processeur aimerait pouvoir faire la micro-fusion, mais ne peut pas à cause de ces limitations. Une telle situation cause alors une '''délamination''' : les micro-opérations sont scindées précocement.
Par exemple, sur la micro-architecture SandyBridge d'Intel, les opérations ''load-op'' sont fusionnées, sauf si elles utilisent l'adressage indicé. Les micro-opérations de ce processeur ne peuvent avoir que deux opérandes. Trois opérandes est de trop, et les opérations ''load-op'' en adressage indicé dépassent cette limite. Dans ce cas, les micro-opérations sont fusionnées en sortie du décodeur, mais sont scindés avant d’entrer dans la file de micro-opération. L'avantage n'est pas évident, vu que l'unité de renommage suit de près le décodeur d'instruction. Il est que le cache de micro-opérations mémorise des macro-opérations, pas deux micro-opérations.
===La micro-fusion des processeurs Intel et AMD===
La micro-fusion est apparue sur le Pentium M d'Intel, et a été conservée telle quelle sur les processeurs Intel suivants. Les processeurs AMD supportent la micro-fusion depuis au moins la micro-architecture AMD K8. Mieux que ça, la délamination n'était pas utilisée car les micro-opérations acceptaient plus de 2 opérandes. Que ce soit chez AMD ou Intel, elle concerne deux types d'instructions : les écritures mémoire et les instructions ''load-op''.
Sur le Pentium M, il y avait quelques limitations, l'optimisation se limitant par exemple aux registres entiers et flottants, mais pas aux registres MMX, mais pas les registres SSE (nous verrons ces registres dans quelques chapitres). Mais les processeurs modernes n'ont plus cette limitation. La micro-fusion des CPU Intel concerne deux types d'instructions : les écritures mémoire et les instructions ''load-op''.
Pour les écritures, la situation est plus complexe que pour les instructions ''load-op''. Sur les processeurs Intel précédents, les écritures étaient réalisées dans deux unités séparées : le calcul d'adresse dans une unité de calcul, l'écriture proprement dite dans l'unité mémoire. Elles prenaient donc deux micro-opérations. Le processeur a changé ses unités mémoire, ce qui fait qu'elle pouvait faire les deux en une seule micro-opération. Il s'agissait alors d'une optimisation du chemin de données, plus que de la micro-fusion proprement dite, mais je la mentionne ici malgré tout.
La micro-fusion sur ce processeur avait un avantage en plus des avantages usuels : elle utilisait mieux les décodeurs. Les Pentium M avaient trois décodeurs pour décoder plusieurs instructions en même temps, chose qu'on détaillera dans le chapitre sur les processeurs superscalaires. Un seul décodeur pouvait décoder toutes les instructions, les deux autres ne peuvent décoder que les instructions simples, qui se décodent en une seule micro-opération. Avec la micro-fusion, les trois décodeurs peuvent gérer les écritures mémoire et les opérations ''load-op'', vu qu'elles deviennent des instructions simples. Sans cela, elles auraient été limitées au premier décodeur.
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text/x-wiki
Les processeurs vus auparavant ne peuvent émettre au maximum qu'une instruction par cycle d'horloge. Ils peuvent avoir plusieurs instructions qui s'exécutent en même temps, dans des unités de calcul séparées. C'est le cas dès qu'une instruction multi-cycles s'exécute. Par contre, ils ne peuvent démarrer qu'une seule instruction par cycle. Et quand on court après la performance, ce n'est pas assez ! Les concepteurs de processeurs ont inventés des processeurs qui émettent plusieurs instructions par cycle : les '''processeurs à émissions multiples'''.
Un processeur à émission multiple charge plusieurs instructions en même temps, les décode en parallèle, puis les émet en même temps sur des unités de calculs séparées. Pour cela, il faut gérer les dépendances entre instructions, répartir les instructions sur différentes unités de calcul, et cela n'est pas une mince affaire. En général, pour un processeur à émission multiple capable d'émettre N instructions en parallèle, on parle de '''processeur à N voies''', ou encore un ''processeur à N pipelines''.
[[File:Superscalarpipeline.svg|centre|vignette|upright=1.5|Pipeline RISC classique à cinq étages sur un processeur superscalaire. On voit bien que plusieurs instructions sont chargées en même temps.]]
Les processeurs à émission multiple sont de deux types : les processeurs VLIW et les '''processeurs superscalaires'''. Nous mettons les processeurs VLIW de côté en attendant le prochain chapitre. La raison est qu'ils ont un jeu d'instruction spécialisé qui expose le parallélisme d'instruction directement au niveau du jeu d'instructions, là où les processeurs superscalaires restent des processeurs au jeu d'instruction normal. La différence principale entre processeur VLIW et superscalaire est qu'un processeur superscalaire répartit les instructions sur les unités de calcul à l’exécution, là où un processeur VLIW délègue cette tâche au compilateur.
==Le nombre de voies d'un processeur superscalaire==
Les processeurs superscalaires les plus simples ne permettent que d'émettre deux micro-opérations à la fois, d'où leur nom de processeur ''dual issue'', ce qui se traduit en '''processeur à double émission'''. Les processeurs triple émission permettent eux d’émettre trois instructions à la fois. A l'opposé, les CPU superscalaires les plus puissants peuvent émettre jusqu'à 8-10 instructions simultanément. En 2026, les CPU superscalaires peuvent monter jusqu’à 10 µops émises en même temps, ce qui est énorme !
Et cela nous amène à faire une distinction entre les processeurs superscalaires dits '''étroits''' et ceux dits '''larges'''. Dans ce wikilivre, on part du principe que les processeurs superscalaires étroits émettent jusqu'à 4-5 µops à la fois, alors que les larges peuvent en émettre plus, l'intervalle entre les deux est une zone grise. Le nombre exact n'est pas fixé dans le marbre, la distinction est volontairement vague.
Nous parlerons de la '''largeur d'un CPU superscalaire''' pour parler du nombre de voies, du nombre de µops émises en même temps. Plus un CPU superscalaire est large, plus il est performant ''toute chose égale par ailleurs''. Mais dans les faits, vous pouvez oublier la partie en italique. Élargir un CPU superscalaire demande de rajouter beaucoup de circuits. Et ce cout en circuit aura un impact sur la performance. A budget en transistors limité, il y a un compromis entre élargir un CPU et rajouter du cache ou la taille des fenêtres d'instructions/ROB et autres.
===Les contraintes d’appariement===
Prenons un processeur double émission, capable d'émettre deux instructions simultanément. Émettre deux instructions en même temps n'est pas toujours possible. Par exemple, si deux instructions sont dépendantes, on ne peut pas les émettre en même temps. Mais oublions un instant ces histoires de dépendances de données, et partons du principe que le CPU ait affaire à deux instructions indépendantes, une paire idéale. Un CPU double émission "parfait" pourrait exécuter n'importe quelle paire d'instruction. Par exemple, il pourrait émettre deux multiplications consécutives, deux lectures consécutives, une lecture et une écriture en même temps, etc.
En pratique, aucun processeur ne permet cela. Implémenter un CPU superscalaire "parfait" aurait un cout en circuit beaucoup trop conséquent. Par exemple, pour émettre deux multiplications en même temps, il faudrait deux multiplieurs séparés. Idem pour exécuter deux accès mémoire simultané : cela demande d'avoir deux unités mémoire et un cache multiport. Mais en pratique, aucun CPU superscalaire ne fait cela. La totalité des CPU double émission se débrouille avec un seul circuit multiplieur et une seule unité mémoire.
Et cela entraine l'apparition de dépendances structurelles, qui font que certaines paires d'instructions sont impossibles. Par exemple, impossible d'émettre deux multiplications en même temps avec un seul circuit multiplieur. Mais émettre une multiplication en parallèle d'une addition est parfaitement possible. Il y a donc des paires d'instructions autorisées et des paires interdites. Et la logique est la même sur les CPU à triple ou quadruple émission, et au-delà. : des triplets ou quadruplet d'instructions sont impossibles à émettre simultanément, alors que d'autres le sont. Pour le dire autrement, il y a des '''contraintes d'appariement''' sur les instructions à émettre en même temps.
===L'impact des contraintes d’appariement sur la performance===
Ces contraintes d’appariement ont un impact sur les performance, mais celui-ci peut être grandement mitigé. Les programmes informatiques utilisent en pratique beaucoup plus d'opérations entières de base que de multiplication, branchements et accès mémoire. Il y a environ 5 opérations entières de base pour une multiplication entière. En pratique, il est rare de devoir exécuter deux multiplications à la fois. Idem pour les décalages et rotations, qui sont assez éloignés les uns des autres. Deux branchements consécutifs sont quant à eux plus fréquents. Deux accès mémoire consécutifs est assez rare, mais ils restent assez proches les uns des autres malgré tout.
La conséquence est que certaines paires d'instructions sont privilégiées par rapport au reste. Les paires regroupant deux calculs basiques (additions, soustractions, ...) sont systématiquement supportées, car dupliquer des ALU entières est facile. Les paires regroupant un calcul et une autre instruction sont elles aussi systématiquement supportées. Par contre, les paires avec deux branchements, deux accès mémoire, deux décalages/rotations, ou deux multiplications/divisions sont fréquemment interdites. Seuls les CPU superscalaires larges peuvent les permettre, et encore : sous conditions. Le résultat est que le processeur peut se débrouiller avec une seule unité mémoire et une unité de branchement.
===Terminologie pour la suite du chapitre===
Décrire les contraintes d’appariement demande de dire quelles combinaisons d’instructions sont autorisées ou interdites. Et pour cela, nous allons introduire les abréviations suivantes :
* INT est un raccourcis pour parler d'une opération entière simple, qu'une ALU entière peut exécuter.
* MUL correspond à une opération entière complexe, typiquement une multiplication, éventuellement à une division.
* FLOAT désigne une opération flottante, peut importe laquelle.
* MEM désigne un accès mémoire, à savoir une instruction ou µop mémoire.
* BRANCH désigne une instruction de branchement.
Cette terminologie permettra de définir des paires d'instructions, qu'elles soient possibles ou interdites. Par exemple, l'expression INT + FLOAT désigne une paire d'instruction regroupant une instruction entière et une instruction flottante, peu importe l'ordre des deux instructions. Il en sera de même pour les triplets, quadruplets, ou plus. Par exemple, l'expression INT + INT + FLOAT + MUL désigne un quadruplet d'instructions regroupant : deux instructions entières, une instruction flottante, et une multiplication entière.
J'utiliserais aussi des parenthèses pour regrouper certaines combinaisons. Par exemple, l'expression INT + (MUL /FLOAT) veut parler d'une paire d'instruction où la première est une opération entière basique, la seconde est : soit une multiplication, soit une opération flottante.
==Le ''front-end'' des processeurs superscalaires==
Un processeur superscalaire doit charger, décoder, et exécuter plusieurs instructions par cycle. Par exemple, un processeur triple émission doit charger 3 instructions lors d'un premier cycle, puis les décoder au cycle suivant, et les exécuter au cycle suivant. Il travaille donc pas paquets de 3 instructions, dans cet exemple.
Intuitivement, charger, décoder et exécuter plusieurs instructions à la fois demande de dupliquer des circuits. Par exemple, il faut dupliquer les décodeurs pour décoder plusieurs instructions. Les unités de calcul sont aussi dupliquées, sauf sur certaines processeurs qui arrivent à ruser, mais laissons cela de côté pour plus tard. Mais d'autres circuits sont simplement modifiés, comme l'unité de chargement ou l'unité d'émission. Voyons ce qu'il en est dans le détail.
{|class="wikitable"
|-
! rowspan="2" | Processeur sans émission multiple
| rowspan="2" | Chargement
| rowspan="2" | Décodage
| rowspan="2" | Renommage
| rowspan="2" | Émission
| Exécution / ALU
| rowspan="2" | ''Commit''/ROB
|-
| Exécution / ALU
|-
! rowspan="4" | Processeur superscalaire
| rowspan="4" | Chargement
| rowspan="2" | Décodage
| rowspan="4" | Renommage
| rowspan="4" | Émission
| Exécution / ALU
| rowspan="4" | ''Commit''/ROB
|-
| Exécution / ALU
|-
| rowspan="2" | Décodage
| Exécution / ALU
|-
| Exécution / ALU
|}
Nous allons d'abord voir ce qu'il en est pour le ''front-end'', à savoir la partie du CPU qui s'occupe de charger et décoder les instructions. Elle regroupe l'unité de chargement, les décodeurs, l'unité de prédiction de branchement, la file de µops, la file d'instruction, et divers caches. En soi, les changements portent surtout sur l'unité de chargement et les décodeurs.
===Le chargement de plusieurs instructions consécutives===
Un processeur superscalaire charge plusieurs instructions en même temps, ''en tenant compte de la présence de branchements''. La partie en italique est importante et elle a une conséquence très forte : la manière de faire est fortement différente entre un CPU superscalaire étroit et large.
Un CPU superscalaire étroit fait au plus simple : il charge un bloc de 2, 3, 4 instructions consécutives en mémoire RAM. Il faut alors doubler/tripler/quadrupler la taille du bus connecté au cache d'instruction. Par exemple, pour charger quatre instructions de 32 bits chacune, il suffit de lire un bloc de 128 bits dans le cache d'instruction. Un bloc de 8, 16, 32 octets est donc lu depuis le cache et est ensuite découpé en instructions, envoyées chacun à un décodeur.
Charger plusieurs instructions consécutives ne marche bien qu'en absence de branchements. La présence de branchements casse cette dynamique, et il faut gérer leur présence.
* Sans prédiction de branchement, toutes les instructions d'un bloc sont décodées et exécutées en même temps, même s'il y a un branchement dans le tas.
* Avec prédiction de branchement, les instructions situées après le branchement ne sont pas décodées ni exécutées. L'unité de chargement coupe le bloc chargé au niveau du premier branchement pris, remplit les vides avec des NOP, avant d'envoyer le tout à l'unité de décodage. Les instructions à l'adresse de destination seront chargées au cycle suivant, en chargeant un nouveau bloc.
[[File:Fetch sur un processeur superscalaire avec prediction de branchements.png|centre|vignette|upright=2|Fetch sur un processeur superscalaire avec prédiction de branchements.]]
Un autre défaut est que sur le CPU charge un bloc de 128 bits à la fois, les instructions doivent être alignées sur 128 bits. Et on peut généraliser à n'importe quelle taille de bloc. Si les instructions ne sont pas alignées, il faut gérer la situation. Il arrive qu'une instruction soit à cheval sur deux blocs, avec un morceau dans le premier bloc, un autre dans le second. Dans ce cas, l'instruction est chargée en deux fois, et des circuits doivent gérer la situation pour recoller les morceaux. Sur les CPU avec des instructions de taille fixe, le problème ne survient que rarement. Mais il est fréquent avec des instructions de taille variable.
Un autre défaut est lié aux branchements. Imaginez qu'un branchement s'exécute et branche vers une instruction de destination. Rien n'indique que l'instruction de destination sera au tout début d'un bloc. Si ça se trouve, elle sera en troisième position d'un bloc de 4 instructions. Une solution simple charge le bloc en respectant l'alignement, et les deux premières instructions du bloc ne sont pas à exécuter. Il y a donc une petite perte de performance.
Certains CPU, comme l'IBM RS/6000, ont la machinerie charger un bloc de N instructions même s'il n'est pas aligné. La machinerie en question se trouve dans le cache d'instruction et est tout sauf simple à expliquer,ce qui fait que je me permets de la passer sous silence. Un détail, cependant : elle ne permet pas de charger des blocs qui sont à cheval sur deux lignes de cache.
===Le décodage parallèle des instructions===
Pour le décodage des instructions, plusieurs instructions sont décodées en même temps. On parle alors de '''décodage parallèle'''. Pour ce faire, un processeur superscalaire contient plusieurs décodeurs, chacun pouvant décoder une instruction en parallèle des autres. Prenons par exemple un processeur superscalaire à 4 voies : le décodage se fera dans quatre décodeurs séparés, qui fonctionneront en parallèle. Cependant, cette implémentation ne marche bien que pour les processeurs RISC, les processeurs CISC devant faire avec un microcode gourmand en circuits.
Les processeurs CISC utilisent des décodeurs hybrides, avec un microcode qui complémente un décodeur câblé. Dupliquer le microcode aurait un cout en transistors trop important, ce qui fait que seuls les décodeurs câblés sont dupliqués. Les CPU CISC superscalaires disposent donc de plusieurs décodeurs simples, capables de décoder les instructions les plus courantes, avec un seul microcode. La conséquence est qu'il n'est pas possible de décoder deux instructions microcodées en même temps. Par contre, il reste possible de décoder plusieurs instructions non-microcodées ou une instruction microcodée couplée à une instruction non-microcodée. Vu qu'il est rare que deux instructions microcodées se suivent dans un programme, le cout en performance est extrêmement mineur.
Il faut noter qu'une instruction correspond à une ou plusieurs µops. Il est donc possible de charger 5 instructions et de se retrouver avec 8 µops en sortie des décodeurs. Et c'est la source d'une distinction très importante. Plus haut, j'ai parlé de processeurs superscalaires à N voies. La terminologie peut avoir deux interprétations. La première est que le processeur charge/décode N instructions à la fois. Une seconde est qu'il est capable d'exécuter/émettre N µops en même temps.
Les deux ne sont pas équivalentes, vu qu'un processeur superscalaire peut, par exemple, charger/décoder N instructions et émettre/exécuter N+2 µops. La distinction est particulièrement importante sur les processeurs superscalaires larges. Certains d'entre eux sont capables de charger 5 instructions et d'en émettre le double ! Un exemple classique était les processeurs Athlon d'AMD, qui pouvaient décoder deux instructions par cycle, mais émettre 4 µops par cycle. Ce n'était pas un problème, car beaucoup d'instructions, même basiques, étaient décodées en 2 µops.
===L'émission parallèle des instructions===
La superscalarité modifie en profondeur l'unité d'émission, notamment au niveau de son interface. Avant, elle recevait une micro-opération sur son entrée, et fournissait la micro-opération émise sur une sortie. Et cela vaut aussi bien pour une unité d'émission simple, un ''scoreboard'', une fenêtre d'instruction ou des stations de réservation. Mais avec l'émission multiple, les sorties et entrées sont dupliquées. Pour la double émission, il y a deux entrées vu qu'elle doit recevoir deux micro-opération décodées/renommées, et deux sorties pour émettre deux micro-opérations.
Dans ce qui suit, nous ne parlerons pas d'entrée et de sortie, mais de '''ports de décodage''' et de '''ports d'émission'''. Les ports de décodage reçoivent des micro-opérations provenant de l'unité de décodage, les ports d'émissions sont pour les micro-opérations émises. Les ports d'émission injectent les micro-opérations émises dans le pipeline, elle sont propagée au banc de registre, aux ALUs, etc. Un processeur superscalaire a forcément plusieurs ports d'émission (et de décodage).
Si l'interface de l'unité d'émission change, l'intérieur est tout autant modifié. Sur un CPU non-superscalaire, l'unité d'émission reçoit une µop "candidate à l'émission", et détecte les dépendances entre avec les µops en vol, en cours d'exécution dans le pipeline. Et c'est toujours le cas sur les processeurs superscalaires : l'unité d'émission détecte les dépendances entre les µops candidates et les µops en vol. Mais avec la siperscalarité, elle doit en plus tester les dépendances entre les µops candidates.
Si l'unité d'émission est un ''scoreboard'', il doit détecter les dépendances entre instructions émises simultanément et les sérialiser si besoin. Avec une fenêtre d'instruction, il n'y a pour ainsi dire rien à faire, vu que les dépendances sont éliminées par le renommage de registre et que les signaux de réveil gèrent les dépendances RAW. C'est la raison pour laquelle les processeurs superscalaires modernes n'utilisent pas de ''scoreboard''.
==Les processeurs implémentés avec plusieurs pipelines==
Nous venons de voir comment la superscalarité impacte le ''front-end'', il est maintenant de voir ce qu'il en est de l'unité d'émission et des ''back-ends''. Un processeur superscalaire peut utiliser l'exécution dans le désordre et le renommage de registres, mais ce n'est pas une obligation. Historiquement, les premiers processeurs superscalaires n'utilisaient pas d'exécution dans le désordre. Le meilleur exemple est celui du Pentium 1 et 2 d'Intel. Ils étaient tous deux des processeurs superscalaires, mais n'avaient pas d'exécution dans le désordre, qui est apparue sur le Pentium 3. les explications sont plus simples si on met de côté l'exécution dans le désordre.
Vous vous dites que l'implémentation d'un processeur superscalaire n'est pas la même suivant que le CPU utilise l'exécution dans le désordre, ou non. Mais dans les faits, la distinction est plus subtile que ca. Pour l'expliquer, je vais utiliser une classification originale, qui sépare les processeurs superscalaires en trois sous-types. La distinction se fait sur la manière dont la superscalarité est implémentée en matériel.La classification que j'utilise distingue :
* Les processeurs avec plusieurs pipelines, sans exécution dans le désordre.
* Les processeurs superscalaires avec un pipeline dynamique.
* Les processeurs avec des fenêtres d'instruction décentralisées.
La distinction n'est pas qu'une question d'implémentation matérielle. Elle impacte aussi le ratio entre instructions chargées/décodées et instructions émises. Vous vous dites que les deux sont égales, mais ce n'est le cas que sur les processeurs avec N pipelines ! Sur les autres processeurs, il est possible de décoder 4 instructions, mais d'en émettre maximum 6 par cycle ! Et sur les CPU avec des fenêtres d'instruction décentralisées, il y a aussi une différence entre le nombre d'instructions qui sont ''dispatch'' et ''schedule''.
La catégorie la plus simple est celle des '''processeurs avec plusieurs pipelines'''. Ce sont des processeurs superscalaires sans exécution dans le désordre. Ils partent d'un processeur non-superscalaire, et ajoutent un second pipeline, en sortie de l'unité d'émission. Le second pipeline permet l'émission parallèle d'une seconde instruction.
Le second pipeline n'est pas identique au pipeline originel, sur plusieurs points. Premièrement, il n'a pas exactement les mêmes circuits. Le second pipeline est généralement composé d'une unité de calcul, d'une FPU, éventuellement d'un second banc de registres, guère plus. Il permet d'exécuter une seconde opération de calcul, pas plus, ce qui est à l'origine de contraintes d'appariemment assez fortes. De plus, il n'a pas forcément la même longueur, il peut avoir des étages en moins ou en plus. Il s'agit de la forme la plus simple de processeur superscalaire et nous allons leur consacrer cette section.
===La double émission entière-flottante===
L'exemple le plus simple utilise un second pipeline pour les opérations flottantes, séparé du pipeline originel. L'ajout d'un pipeline flottant permet d'émettre une micro-opération entière en même temps qu'une micro-opération flottante, ce qui s'appelle la '''double émission entière-flottante'''. La micro-opération entière s'exécute dans l'ALU entière, la micro-opération flottante dans la FPU. Les exemples les plus notables sont le PA-RISC 7100, le POWER 1 (RIOS .& et .9) et le PowerPC 601. L'Apollo DN10000 et l'Intel i860 utilisaient aussi cette forme de double émission, mais étaient des prototypes de CPU VLIW.
[[File:Double émission entière-flottante.png|centre|vignette|upright=2|Double émission entière-flottante]]
Pour bien expliquer les choses, prenons le processeur illustré ci-dessous, avec deux ''back-end'' séparés : un pour la FPU, et un autre pour le reste. Les instructions entières et mémoire passent toutes par le ''back-end'' généraliste.
[[File:CPU non-superscalaire basique, avec une FPU.png|centre|vignette|upright=1.5|CPU non-superscalaire basique, avec une FPU]]
Les deux ''back-end'' sont des pipelines séparés, mais il faut que l'unité d'émission soit spécialement conçue pour en profiter. Un processeur simple émission peut démarrer une seule µop par cycle : soit la µop est envoyée au ''back-end'' flottant, soit elle est envoyée au ''back-end'' général. Avec la double émission entière-flottante, le processeur peut envoyer une µop dans chaque pipeline, à chaque cycle. Vu que la FPU et son banc de registre forment déjà un pipeline séparé, les seules modifications se font au niveau du ''front-end'', unité d'émission inclue.
{|
|-
|[[File:CPU simple émission avec une FPU.png|centre|vignette|upright=1.5|CPU simple émission avec une FPU.]]
|[[File:Double émission entière flottante avec un second pipeline.png|centre|vignette|upright=1.5|CPU avec un second pipeline flottant.]]
|}
Notez que le terme double émission ''entière''-flottante est un peu trompeur. En réalité, la technique permet d'émettre une instruction flottante avec n'importe quelle autre instruction non-flottante, avec des restrictions pour les branchements. Il est par exemple possible d'exécuter un calcul flottant en parallèle d'un accès mémoire.
Sur les CPU 32 bits, il est possible de faire les multiplications dans la FPU. Pour rappel, la FPU contient un multiplieur entier 53-54 bits, pour multiplier les mantisses de deux flottants 64 bits, qu'on peut utiliser pour faire les multiplications entières 32 bits. Cela permet d'émettre une multiplication en même temps qu'une opération entière dans l'ALU. Ainsi, le CPU pouvait émettre deux instructions : une opération entière de base, avec soit une multiplication, soit une opération flottante. En clair, une émission de type INT + (MUL /FLOAT). Par contre, on perd la possibilité d'émettre une multiplication entière avec une opération flottante, mais c'était un compromis qui en valait la peine.
Le CPU PA-RISC 7100 implémentait cette optimisation. Il s'agissait d'un CPU double émission entière-flottante, qui utilisait donc un partitionnement assez simple. Le combo partitionnement + reconditionnement permettait ici de gagner en performance, pour un cout en matériel très limité. D’autant plus limité que le jeu d'instruction prévoyait le reconditionnement de la FPU. Les multiplications ne lisaient pas leurs opérandes dans les registres entiers, mais dans les registres flottants.
===La double émission entière===
Une autre possibilité ajoute un second pipeline, capable d'exécuter des opérations entières simples, appelé le pipeline entier. Le processeur supporte alors la '''double émission entière''', à savoir qu'ils peuvent émettre une opération entière en plus d'une autre instruction. L'opération entière en question est une opération simple, comme une addition, une soustraction, une opération bit à bit, une comparaison, etc. Les exemples classiques sont les processeurs Intel i960 et Pentium. L'implémentation était différente entre l'i960 et le Pentium : Le Pentium avait une seconde ALU entière, alors que le i960 rusait.
Le Pentium dupliquait l'ALU entière, pour créer un second pipeline entier. Sur le Pentium originel, les contraintes d'appariement étaient assez strictes. Le Pentium avait une FPU, mais ne pouvait pas l'utiliser en double émission. Il lui était impossible d'exécuter une opération flottante en même temps qu'une opération entière (branchements inclus). Le Cyrix 6x86 était une sorte de Pentium produit par l'entreprise Cyrix, avec une microarchitecture différente. Il avait des contraintes d’appariement réduites. Par exemple, il pouvait émettre une opération flottante en parallèle d'une opération entière. Nous détaillerons ces processeurs dans le prochain chapitre, qui porte justement sur les CPU superscalaires x86.
[[File:CPU simple et double émission avec un second pipeline entier.png|centre|vignette|upright=2.5|CPU simple et double émission avec un second pipeline entier.]]
L'Intel i960 n'avait pas de FPU, juste une ALU entière et une unité mémoire. Il utilisait l'unité mémoire comme une seconde ALU entière limitée. Pour rappel, une unité mémoire contient une AGU, à savoir une ALU spécialisée dans les calculs d'adresse. Elle est capable de faire des additions, soustractions, et quelques décalages limités (des décalages par 2, 4, 8, pas plus). L'Intel i960 ajoutait des connexions entre AGU et banc de registre, afin que celle-ci serve de seconde unité de calcul. L'AGU est déjà reliée aux deux ports de lecture, pour lire les opérandes du calcul d'adresse, il suffit de la connecter sur le port d'écriture. Le processeur peut alors émettre deux instructions/µops entières, sous certaines conditions.
[[File:Emission multiple des opérations entières, double émission.png|centre|vignette|upright=2|Émission multiple des opérations entières, double émission.]]
==Les processeurs superscalaires dynamiques==
Les processeurs précédents, avec 2 pipelines, avaient une unité d'émission assez simple. Elle avait deux ports de décodage, et deux ports d'émission. Le nombre de ports de décodage et d'émission étaient identiques. Vous vous dites que c'est naturel, et intuitif, que c'est normal pour un processeur superscalaire. Mais en réalité, la majorité des processeurs superscalaires a plus de ports d'émission que de décodage. Expliquer pourquoi va cependant nous demander de parler de comment la superscalarité exploite les unités de calcul.
Posons-nous cette question : de combien d'unités un processeur superscalaire a besoin ? Les unités en question ne sont nécessairement des unité de calcul, l'unité mémoire et l'unité de branchement comptent aussi. La réponse dépend du nombre de voies. Si le ''front-end'' charge et décode un paquet de N instructions, exécuter ces N instructions simultanément demandera là aussi au moins N unités de calcul. Notez le terme : ''au moins'', car c'est là tout l'enjeu de cette section.
La réponse dépend aussi des contraintes d’appariement. Pour un CPU superscalaire "parfait", sans contraintes d’appariement, toutes les unités doivent être dupliquées, y compris l'unité mémoire. Un processeur à double émission parfaite devrait dupliquer l'ALU entière, le ''barrel shifter'', le circuit multiplieur, la FPU, l'unité mémoire, et l'unité de branchement, ce qui ferait passer de 6 unités à 12. Le cout en circuit est énorme, même pour de la double émission ! Et pour un CPU à N pipelines, le cout en circuit encore plus prohibitif ! En pratique, les processeurs superscalaires qui font ça sont très rares. La majeure partie des processeurs superscalaires utilisent d'autres techniques : le partitionnement, la duplication partielle des ALUs, la duplication des autres unités.
===Le partitionnement des unités fonctionnelles===
Les CPU superscalaires les plus simples ne dupliquent pas leurs unités de calcul, ils se contentent d'exploiter les unités existantes. Et pour expliquer comment, nous allons partir de l'exemple d'un processeur non-superscalaire contient une ALU entière, une FPU, une unité mémoire et une unité de branchement. Les quatre unités peuvent fonctionner en parallèle, à savoir qu'une unité peut exécuter une instruction à elle toute seule, sans interagir avec les autres. Cela suffit pour créer un processeur quadruple émission, qui peut émettre en même temps : une opération entière, une opération flottante, un branchement, un accès mémoire.
Le principe marche aussi sur un processeur avec moins de 4 unités, par exemple sans FPU et/ou sans unité de branchement, ou avec au contraire des unités en plus. L'idée générale est d’émettre une µops séparée dans chaque unité fonctionnelle. Utiliser ainsi les unités existantes, pour rendre un CPU superscalaire, s'appelle le '''partitionnement superscalaire'''. Le terme n'est pas beaucoup utilisé en-dehors de quelques vieux articles académiques.
Le partitionnement est fortement dépendant du jeu d'instruction, car il demande de bien séparer instructions entières, flottantes, branchements et instructions mémoire. Et autant c'est bien le cas sur les CPU RISC, autant les CPU CISC ne sont pas dans ce cas. Les CPU CISC ont des instructions ''load-op'', qui effectuent une instruction arithmétique et une µop mémoire. Et ces instructions sont très compliquées à implémenter avec le partitionnement. Et au-delà de ça, les CPU CISC ont beaucoup d'instructions qui sont décodées en plusieurs µops, à exécuter dans un ordre bien précis. On peut pas émettre les µops en question simultanément.
Le partitionnement a un cout en circuit très limité, pour un gain en performance lui aussi limité. Pour reprendre le CPU de l'exemple précédent, il est rare que l'on ait à exécuter ces quatre instructions en même temps. En pratique, les combinaisons fréquentes sont les combinaisons calcul + accès mémoire, calcul + branchement, calcul entier + calcul flottant. Utiliser une quadruple émission de ce type n'est donc pas une bonne idée, alors que la double émission parait plus adaptée.
Et c'est là que la différence entre ports d'émission et de décodage devient intéressante. L'idée est d'avoir une unité d'émission avec deux ports de décodage, et 4 port d'émission (un par unité). Les contraintes d’appariement varient alors suivant le processeur, mais la règle générale est que si deux micro-opérations tombent dans deux unités différentes, on peut les émettre en même temps. En clair, on peut émettre une opération entière avec une opération flottante, une opération entière avec un branchement, un accès mémoire avec un branchement, etc. Et cela rend le partitionnement bien plus intéressant que prévu.
Les tout premiers CPU superscalaires étaient des CPU double émission, qui utilisaient le partitionnement avec : une ALU entière, une unité mémoire et une FPU. Nous parlerons de '''partitionnement INT-FLOAT-MEM'''. L'avantage sur la double émission flottante est que les combinaisons INT + MEM et FLOAT + MEM étaient autorisées. L'intérêt était d'émettre une opération en parallèle d'un accès mémoire, ce qui est un doublet d'instruction assez fréquent. Les exemples classiques sont l'HyperSPARC, de l'alpha 21064 et du PowerPC 603.
Les contraintes d’appariement variaient grandement suivant le processeur. Le PowerPC 603 implémentait une double émission "parfaite". C'est à dire que toutes les combinaisons possibles à deux instructions étaient possibles, que ce soit INT + FLOAT, INT + MEM, FLOAT + MEM. En plus de cette double émission "parfaite", le CPU utilisait la technique dite de ''branch folding'', qui permettait d'exécuter un branchement sans utiliser d'unité de calcul, ce qui fait qu'il était qualifié de ''CPU 2-way + Branch''.
A l'opposé, le processeur alpha 21064 avait pas mal de contraintes d’appariement, à savoir que certaines combinaisons de deux instructions étaient interdites, bien que compatibles avec les unités disponibles. Une des raisons est que le banc de registre n'avait pas assez de ports de lectures, ce qui fait que certaines combinaisons avec une écriture mémoire n'étaient pas permises. Les concepteurs avaient volontairement inséré ces contraintes afin de simplifier le design du processeur.
Avant de poursuivre, précisons que la FPU regroupe un additionneur flottant et un multiplieur flottant. Et ce fait peut être exploité pour approfondir le partitionnement. La '''double émission FADD/FMUL''' permet d'émettre une addition flottante en même temps qu'une multiplication flottante. Elle a été utilisée sur les processeurs x86, Alpha et SPARC. Les autres circuits de calcul flottant sont souvent regroupés avec l'additionneur. La division est parfois e même port que le multiplieur flottant, parfois sur celui de l'additionneur (quand elle est microcodée et exécutée en enchainant les soustractions).
===La duplication des ALU entières===
Le partitionnement est une technique élégante, simple, facile à implémenter et au cout en circuits modeste. Mais il faut avouer que cela ne donne pas des CPU superscalaires très efficaces. La raison est que le partitionnement permet d'émettre des paires, triplets, quadruplets de micro-opérations qui sont rares en pratique.
Les combinaisons les plus fréquentes en pratique sont des paires/triplets d'opérations entières, souvent des paires/triplets d'additions ou d'opérations entières simples. Il est donc primordial d'émettre plusieurs opérations entières simultanément. Le fait d'émettre et d'exécuter plusieurs opérations entières en même temps s'appelle l''''émission entière multiple'''.
Pour exécuter la seconde/troisième opération entière, il faut dupliquer les ALU entières (ou réutiliser l'AGU comme ALU entière comme le fait l'Intel i960). Le processeur doit avoir deux ALU entières pour de la double émission entière, trois pour de triple émission entière, etc. De plus, il faut ajouter des ports au banc de registre, pour lire deux fois plus d'opérandes et décrire deux résultats. Et enfin, il faut rajouter un port d'émission pour pouvoir émettre une micro-opération entière en plus.
[[File:Processeur non-superscalaire basique 03.png|centre|vignette|upright=2|Processeur non-superscalaire basique]]
La tendance est de multiplier les ALU entières, mais pas le circuit multiplieur. Le cout en transistors est alors grandement réduit, au prix de l'apparition de dépendances structurelles. Le CPU peut émettre deux additions en même temps, ou une addition et une multiplication, mais pas deux multiplications. Il en est de même avec le ''barrel shifter'', qui n'est pas dupliqué. Il est donc possible d'émettre un décalage avec une opération de base, mais pas deux décalages en parallèle.
Mais ces contraintes d’appariement ne sont pas un problème, car il est rare de devoir émettre deux multiplications/décalages en même temps. La plupart des programmes sont majoritairement remplis d'additions, avec des multiplications assez rares et des décalages qui le sont encore plus. La moyenne est proche d'une multiplication pour 4/5 additions. Vu que des multiplications consécutives sont très rares, dupliquer le multiplieur est presque inutile. Disposer de plusieurs circuits multiplieurs ou de plusieurs ''barrel shifters'' serait donc un cout en circuits qui ne servirait que rarement et n'en vaut pas la chandelle.
Il faut noter que sur les CPU 32 bits, les multiplications peuvent être exécutées dans la FPU ou dans un multiplieur séparé, tout dépend de si le CPU exécute les multiplications dans la FPU ou pas.
{|class="wikitable"
|-
! Voie d'émission n°1 !! Voie d'émission n°2 !! Voie d'émission n°3
|-
| ALU entière || ALU entière || FPU
|}
Reste à connecter les unités de calcul à l'unité d'émission (indirectement, car il y a des étages de pipeline entre les deux). Une implémentation basique utilisée un port d'émission par unité. Prenons l'exemple d'un CPU superscalaire avec 4 ALU entières, une FPU, et une unité mémoire. Vu qu'il y a 6 unités, cela fait donc 6 ports d'émission.
L'exemple historique le plus impressionnant est celui du Motorola 88110, un CPU double émission qui possède 10 unités. Il contient deux ALU entières, un circuit multiplieur, un circuit diviseur, une unité de manipulation de bits, une unité mémoire, un additionneur flottant, et deux unités graphiques pour des calculs impliquant des pixels. Le multiplieur est utilisé à la fois pour les multiplications entières, flottantes et le produit de deux pixels. Idem pour le diviseur, qui sert pour les divisions entières et flottantes.
Et chaque unité a son propre port d'émission. La conséquence est que les contraintes d'appariement du Motorola 88110 sont simples : tant que deux µops atterrissent dans des unités séparées, la paire est permise. Il est par exemple possible d'émettre simultanément deux opérations entières simples, vu qu'il y a deux ALU. Par contre, impossible d'émettre simultanément deux multiplications, deux divisions, deux opérations flottantes, deux manipulations de bit, deux accès mémoire, etc. De plus, le partage du multiplieur fait qu'on ne peut pas émettre une multiplication entière avec une multiplication flottante. Idem avec les divisions, vu que le diviseur est aussi partagé. Ce sont les seules contraintes.
===Le partage des ports d'émission===
La présence d'un circuit multiplieur et d'un ''barrel shifter'' pose des problèmes pour le partitionnement. Il est possible d'avoir un port d'émission dédié au multiplieur, et un autre au ''barrel shifter'', qui sont séparés de ceux pour l'ALU entière. Il est alors possible d'émettre une opération entière, une multiplication et un décalage, simultanément. Nous parlerons de '''partitionnement entier''' pour désigner cette possibilité.
[[File:Partitionnement superscalaire entier.png|centre|vignette|upright=2|Partitionnement superscalaire entier.]]
Le partitionnement entier est cependant très rare, car le gain en performance serait trop faible au regard des couts en circuit. Quelques processeurs historiques l'utilisaient, mais ce n'est plus le cas de nos jours. La raison est que les multiplications et les décalages sont assez rares dans le code, ce qui fait que le port d'émission associés sont sous-utilisés. Et un port d'émission a un cout en circuit assez important. Et c'est sans compter qu'ajouter des ports sur le banc de registres juste pour un multiplier sous-utilisé n'en vaut pas la peine. L'idéal serait de trouver un moyen de réduire le nombre de ports d'émissions, sans réduire le nombre d'unités de calcul.
[[File:Emission multiple des opérations entières, implémentation naive.png|vignette|Émission multiple des opérations entières, implémentation naive]]
La solution consiste à '''partager les ports d'émission''', à savoir connecter un port d'émission à plusieurs unités de calcul. L'exemple classique est justement lié aux circuits multiplieur et ''barrel shifters''. L'idée est que le multiplieur et le ''barrel shifter'' sont mis sur le même port d'émission qu'une ALU entière.
Prenons par exemple le processeur à double émission entière illustré ci-contre. Un port d'émission est relié à une ALU entière seule, et l'autre port d'émission alimente la seconde ALU entière et le multiplieur. La conséquence est que le processeur peut émettre deux opérations entières, dont une multiplication. Si on avait utilisé un port d'émission dédié au multiplieur, il aurait été possible d'émettre deux opérations entières et une multiplication. On perd donc une voie, mais on gagne en flexibilité et on économise des circuits. Notons que ce partage signifie aussi que le multiplieur partage les ports sur le banc de registre, ce qui fait une double économie.
[[File:Emission multiple des opérations entières, implémentation courante.png|centre|vignette|upright=1.5|Émission multiple des opérations entières, implémentation courante]]
En général, le ''barrel shifter'' et le multiplieur sont placés sur deux voies d'émission séparés, ce qui permet d'émettre un décalage et une multiplication en même temps. Les mettre sur le même port ne le permettrait pas.
{|class="wikitable"
|-
! Voie d'émission n°1 !! Voie d'émission n°2 !! Voie d'émission n°3
|-
|
* ALU entière
* Multiplieur
|
* ALU entière
* Barrel shifter
| FPU
|-
|
* Additions, soustractions, opérations bit à bit, etc.
* Multiplication
|
* Additions, soustractions, opérations bit à bit, etc.
* Décalages et rotations
| Opération flottante
|}
Terminons concernant les multiplieurs avec une dernière subtilité. Pour rappel, les processeurs modernes intégrent en réalité deux multiplieurs différents. Le résultat d'une multiplication est très large et prend deux registres. Par exemple, une multiplication de deux opérandes 64 bits donne un résultat sur 128 bits, ce qui ne tient pas dans un registre, mais en prend deux. L'instruction de multiplication classique ne calcule que les 64 bits de poids faible. mais elle est complétée par d'autres instructions de multiplication qui peuvent faire le calcul complet.
Pour résoudre le problème, les processeurs modernes intègrent deux instructions de multiplications : une qui calcule les bits de poids faible du résultat, une autre qui calcule les bits de poids fort. Et ces deux instructions sont associées à deux multiplieurs séparés, aux circuits différent. Le multiplieur qui calcule les bits de poids faible du résultat est appelé le ''low multiplier'', l'autre est appelé le ''high multiplier''.
Le second multiplieur est souvent placé sur un second port d'émission, différent du premier multiplieur, partagé avec une ALU. L’avantage de mettre les deux multiplieurs sur deux ports d'émission différents est qu'une multiplication complète peut être réalisée en utilisant les deux multiplieurs en parallèle. Les deux sous-multiplications sont émises en même temps, exécutées en même temps. pas besoin d'exécuter l'une puis la seconde, d'où un gain performance appréciable.
Nous venons de voir comment partager un port d'émission entre une ALU et un multiplieur. Mais au-delà de cet exemple, le partage des ports d'émission peut appliquer à n'importe quelle unité. Prenons l'exemple d'un CPU superscalaire avec 4 ALU entières, une FPU, et une unité mémoire. Vu qu'il y a 6 unités, cela fait donc 6 ports d'émission. Cependant, il est rare qu'un bloc de 6 instructions contienne exactement 4 opérations entières, une opération flottante, et un accès mémoire. Beaucoup de ports d'émission seraient sous-utilisés.
La solution est de partager des ports d'émission, pour passer à la quadruple émission. Le CPU peut alors répartir 4 instructions sur les ports d'émission adéquats, à chaque cycle. Le CPU a donc 4 ports de décodage et 6 ports d'émission. Une implémentation classique permet n'importe quelle combinaison de 4 instructions compatible avec les 6 unités. Par exemple, il devient possible d'émettre simultanément 4 additions, la combinaison 2 * INT + FLOAT + MEM, 3 * INT + MEM, et bien d'autres.
L'exemple relie une ALU entière, la FPU et l'unité mémoire sur le même port. Le CPU a alors quatre ports d'émission, qui ne sont pas "identiques". Trois d'entre eux sont reliés à une ALU entière chacun, rien d'autre. Le quatrième est lui relié à une ALU entière, la FPU et l'unité mémoire. On économise alors deux ports d'émission, mais cela entraine l'apparition de contraintes d’appariement. Le CPU peut émettre 3 opérations entières + n'importe quelle autre opération. Mais les autres combinaisons sont interdites. Le CPU peut émettre 6 opérations entières simultanément, grâce à 6 ALU entières. Les accès mémoire ou opérations flottantes ne viennent pas en plus, mais en remplacement des opérations entières.
Regrouper plusieurs ALU sur un même port d'émission est donc à l'origine de dépendances structurelles, de nouvelles contraintes d’appariement. Dans certaines situations de '''''port contention''''', on a assez d'ALU pour exécuter N micro-opérations, mais la répartition des ALUs sur les ports l'empêche. Impossible d'émettre deux micro-opérations sur deux ALU si elles sont sur le même port d'émission. On peut réduire les cas de ''port contention'' en répartissant correctement les ALU sur les ports d'émission, mais sans jamais les supprimer complétement.
Un exemple est celui du PowerPC 604. Il implémentait la quadruple émission, alors qu'il avait 5 unités de calcul. Mais deux unités partageaient un même port d'émission. Dans le détail, il avait deux ALU entières, un circuit multiplieur/diviseur, une FPU, une unité mémoire. La FPU et le multiplieur étaient sur le même port d'émission. En conséquence, le CPU pouvait émettre seulement les combinaisons INT + INT + MEM + (MUL/FLOAT).
: Il est intéressant de voir l'exemple d'un processeur superscalaire parfait, sans contraintes d'appariement, à N voies. Pour cela, on part d'un processeur non-superscalaire, avec M unités de calcul. Un tel processeur peut s'implémenter avec N ports d'émission, chacun relié à M unités de calcul possibles, ce qui fait que les M unités de calcul sont dupliquées en N exemplaires. Si on prend par exemple un CPU non-superscalaire avec une ALU, une FPU, une unité mémoire et une unité de branchement, un port d'émission sera relié à une ALU, une FPU, une unité mémoire et une unité de branchement.
===La duplication des autres unités fonctionnelles===
Dupliquer les ALU entière est une première étape, mais il est aussi possible de dupliquer les autres unités fonctionnelles. Par exemple, il est possible de dupliquer l'unité mémoire ou l'unité de branchement. Reste à voir quelles unités dupliquer, et pourquoi. Précisons que dans ce qui va suivre, nous allons parler de la duplication des unités en général, pas seulement des unités mémoire/branchement. Nous allons continuer de parler de la duplication des ALU entières dans ce qui suit, mais de manière plus générale.
Pour un processeur à N voies, il est théoriquement possible de dupliquer toutes les unités en N exemplaires. Mais ce n'est jamais fait en pratique, car le cout en circuits serait trop important et le gain en performance trop faible. Mieux vaut dupliquer certaines unités bien précises, quitte à avoir des contraintes d'appariement. Et à ce petit jeu, toutes les duplications ne se valent pas, certaines sont plus rentables en matière de performance, le cout en circuit n'est pas le même selon l'unité, etc.
La rentabilité en performance dépend surtout des contraintes d'appariement. Les contraintes d'appariement entrainent une baisse de performance significatives si elles interdisent des paires d'instructions fréquentes. Aussi, les opérations très fréquentes, souvent appairées, gagnent à dupliquer l'unité associée. Et au contraire, les unités rarement utilisées ne doivent pas être dupliquées. Il se trouve que les unités les plus utilisées sont les ALU entières, suivies par les unités mémoire et l'unité de branchement.
Le cout en circuit n'est aussi pas le même. Dupliquer les ALU entière est trivial, car elles ont un budget en transistors assez faible. Les circuits multiplieurs, diviseurs, et les ''barrel shifter'' ont eux un cout en transistor plus élevés. Si on devait faire un classement, on aurait : ALU entière < ''barrel shifter'' < multiplieur. Pour les unités mémoire, le cout en transistor est là aussi conséquent.
Le résultat final est que dupliquer les ALU entières est privilégié sur le reste, comme l'a vu dans la section précédente. Les unités mémoire arrivent en seconde place, suivie par les multiplieurs/''barrel shifter'' à la troisième place, et les unités de branchement à la quatrième place. Les CPU superscalaires larges ont donc tendance à multiplier les unités mémoire en second. Les multiplieurs et ''barrel shifters'' sont eux aussi dupliqués sur les CPU superscalaires larges, mais cela vient souvent après avoir dupliqué les unités mémoire. La raison est que les accès mémoire sont critiques pour la performance des CPU à exécution dans le désordre, pas les multiplications.
Pour les unités de branchement, une subtilité complique le fait d'en installer plusieurs. Que faire quand deux branchements sont pris ? La solution la plus simple est de ne pas se trouver dans cette situation : on n'utilise qu'une seule unité de branchement et on n’exécute qu'un seul branchement par cycle. La majorité des processeurs superscalaires étroits font ainsi. Les processeurs superscalaires larges ont cependant deux unités de branchements, mais ils n'acceptent qu'un seul branchement pris à la fois. Si les deux branchements pris sont exécutés en même temps, le processeur n’exécute que le plus récent, dans l'ordre du programme.
===Les CPU superscalaires mélangent les trois techniques===
Les CPU superscalaires utilisent toutes les techniques à la fois : partitionnement, duplication de l'ALU entière, duplication des autre unités fonctionnelles. Chaque processeur utilise ces trois stratégies à sa sauce, en fonction de son budget en transistor. Les quatre techniques ont cependant un cout en circuit différent, et donnent des gains de performances eux aussi forts différents.
* Le '''partitionnement superscalaire''' a un cout en circuit modéré, car on n'a pas besoin de dupliquer d'ALU.
* La '''duplication des ALU entières''' est la technique la plus importante : elle a un cout en circuit modéré, et donne des gains en performance impressionnants.
* La '''duplication des autres unités''' a un cout en circuit variable, pour des gains en performance eux aussi variables.
* Le '''partage des ports d'émission''' réduit le cout en circuit du CPU, pour des pertes de performances mineures si bien fait.
L'usage du partitionnement seul, sans duplication, était surtout le fait des processeurs commercialisés entre les années 1989 et 1993. Le partage des ports d'émission a lui aussi mis un peu de temps pour s'imposer. Globalement, les processeurs superscalaires ont évolués progressivement, pour se rapprocher d'une sorte de standard. Mais pour comprendre ce qu'est ce standard, et en quoi les CPU historiques s'en sont progressivement rapprochés, il faut étudier l'histoire des CPU superscalaires.
L'histoire des CPU superscalaires a commencé dès 1960, mais est resté un projet de recherche pendant plusieurs décennies. De nombreux designs ont été conçus, mais abandonnés avant la production, comme l'ACS-1 d'IBM. Les années 1980 ont vu l'arrivée de prototypes de processeurs VLIW, mais qui n'étaient pas superscalaires. Par exemple, l'Apollo DN10000 et l'Intel i860 pouvaient émettre deux instructions à la fois, sous conditions, mais demandaient que le compilateur fasse une bonne partie du travail.
Les premiers CPU superscalaires commercialisés sont sortis en 1989. Deux CPUs superscalaires sont sortis cette année là : le RS/6000 d'IBM et l'i960CA d'Intel. Puis, la compétition s'est aussi lancée dans la bataille. Les CPU commercialisés avant l'année 1993 étaient à double émission, à l'exception du SuperSPARC qui utilisait la triple émission. Les modèles après 1993 hésitaient entre double et quadruple émission. Dans le tableau ci-dessous, les processeurs quadruple émission sont en bleu, les triple émission sont en rouge, les autres ne sont pas en couleur.
{|class="wikitable"
|-
! !! IBM !! HP PA-RISC !! SPARC !! Intel!! Alpha !! Autres
|-
! 1989
| RS/6000 || || || i960CA || ||
|-
! 1990
| || || || || ||
|-
! 1991
| || || || || || Motorola 88110
|-
! 1992
| RSC || PA 7100 || class="f_rouge | SuperSPARC || || 21064 ||
|-
! 1993
| PPC 601 || || HyperSPARC || Pentium || ||
|-
! 1994
| class="f_bleu | POWER 2 || PA 7200 || || || class="f_bleu | 21164 ||
|-
! 1995
| 603/604 || class="f_bleu | PA 8000 || class="f_bleu | UltraSPARC 1 || Microarchitecture P6 (+ concurrence AMD) || || class="f_bleu | MIPS R1000
|-
! 1996
| class="f_bleu | 620 || || || || class="f_bleu | 21264 ||
|-
! ...
|| ... || ... || ... || ... || ... || ...
|}
Les premiers CPU à double émission sont assez représentatifs des CPU à double émission modernes. Il faut dire que se limiter à deux voies ne permet pas de faire beaucoup de choses. Voici le tableau chronologique disant quel CPU utilisait quelle technique.
* Les CPU en vert utilisaient la double émission entière-flottante.
* Les CPU en rouge utilisaient la double émission entière "pure".
* Les CPU en jaune utilisaient un ''partitionnement complet'' entre ALU, FPU et unité mémoire.
* Les CPU sans couleur utilisaient un grand nombre d'unités, avec beaucoup de ports d'émission.
* Les CPU barrés utilisent la triple ou quadruple émission et seront vu dans la section suivante.
{|class="wikitable"
|-
! !! IBM !! HP PA-RISC !! SPARC !! Intel!! Alpha !! Autres
|-
! 1989
| class="f_vert | RS/6000 || || || class="f_rouge | i960CA || ||
|-
! 1990
| || || || || ||
|-
! 1991
| || || || || || Motorola 88110
|-
! 1992
| class="f_vert | RSC || class="f_vert | PA 7100 || <s>SuperSPARC</s> || || class="f_jaune | 21064 ||
|-
! 1993
| class="f_vert | PPC 601 || || class="f_jaune | HyperSPARC || class="f_rouge | Pentium || ||
|-
! 1994
| <s>POWER 2</s> || PA 7200 || || || <s>21164</s> ||
|}
C'est en 1994, que la quadruple émission est arrivée et que les CPU ont essayé divers implémentations. Il y avait alors trois stratégies pour la double/triple/quadruple émission, qui partageaient des problèmes similaires.
La première implémentation dupliquait les ALUs et les FPUs, ce qui permettait d'émettre deux opérations flottantes avec deux opérations entières. Le POWER 2 dupliquait ses FPUs à la perfection, alors que le 21264 séparait l'additionneur et le multiplieur flottant. Les accès mémoire étaient traités comme des opérations entières et le processeur pouvait souvent en émettre deux à la fois. Mais une telle organisation n'est plus utilisée de nos jours, car, sans instructions flottantes à exécuter, elle est équivalente à de la double émission.
La seconde implémentation utilisait deux ALU entières (dont un multiplieur), une unité mémoire et une FPU.Cette organisation est intéressante, mais encore trop stricte pour donner de bons résultats, les quadruplets avec exactement deux opérations entières, un accès mémoire et une opération flottante étant trop rares. L'usage de ces 4 unités en double ou triple émission a été utilisé sur le PA 7200 et le SuperSPARC. Malheureusement, en plus de problèmes au niveau de son cache, le SuperSPARC avait de nombreuses contraintes d’appariement, car le banc de registre n'avait pas assez de ports pour alimenter certaines combinaisons d'instructions. De plus, s'il émettait une multiplication, il ne pouvait pas émettre de seconde µop.
Enfin, une troisième implémentation utilisait un grand nombre d'unités fort différentes, bien plus que quatre, avec au minimum deux ALU entières. Prenons l'exemple de l'UltraSPARC, qui avait : deux ALU entières, une unité mémoire, une unité de branchement, un additionneur flottant, un multiplieur flottant, un diviseur flottant (aussi utilisé pour le calcul des racines carrées), et 2 unités graphiques pour les calculs sur des pixels. En tout, cela fait 9 unités différentes, pour de la quadruple émission.
Dans le même genre, les processeurs MIPS R8000 et R10000 avaient une implémentation plus moderne, dans le sens où toutes les unités étaient dupliquées. Le CPU avait deux ALU, deux FPU et deux unités mémoire. Il pouvait donc émettre quatre instructions à la fois, tant que le paquet collait avec ces six unités. Moitié opérations entières, moitié opérations mémoire, avec de quoi remplacer les opérations entières par des opérations flottantes. Le PA 8000, lui, dupliquait toutes ses unités en deux exemplaires, ce qui n'est pas l'idéal, aucun processeur moderne ne fait cela aujourd'hui.
Le tout est résumé dans le tableau ci-dessous, avec :
* en vert les CPU utilisant la première stratégie ;
* en rouge les CPU utilisant la seconde stratégie ;
* en jaune les CPU utilisant la troisième stratégie.
{|class="wikitable"
|+ Processeurs quadruple émission historiques
|-
! Année !! Processeur !! Unités
|-
! 1991
| class="f_jaune | Motorola 88110 || class="f_jaune | 2 ALU + MUL + DIV + BIT + MEM + FADD + 2 unités graphiques
|-
|-
! rowspan="2" | 1994
| class="f_vert | POWER 2 || class="f_vert | 2 ALU/MEM + 2 FPU (+ 2 Branchements via ''branch folding'')
|-
| class="f_rouge | 21164 || class="f_rouge | 2 ALU + FPU + MEM
|-
! rowspan="3" | 1995
| PA 8000 || 2 ALU + 2 ''barrel shifters'' + 2 MEM + 2 FPU (FMA) + 2 FPU (DIV et SQRT) + 2 SIMD
|-
| class="f_jaune | UltraSPARC 1 || class="f_jaune | 2 ALU + MEM + BRANCH + FADD + FMULFDIV + 2 unités graphiques
|-
| MIPS R8000 et R10000 || 2 ALU + 2 FPU + 2 MEM
|-
! rowspan="2" | 1996
| class="f_rouge | 620 || class="f_rouge | 2 ALU + FPU + MEM
|-
| class="f_vert | 21264 || class="f_vert | 2 ALU/MEM + 2 FPU (FADD + FMUL)
|}
Malheureusement, ces CPUs historiques n'avaient ni assez d'unités de calcul entières, ni d'unités mémoire, pour remplir la quadruple émission.
Environ la moitié des instructions d'un programme correspond à des instructions entières. Pour en profiter, un processeur à N voies doit disposer d'au minimum N/2 ALU entières, l'idéal étant d'aller au-delà. Les CPU superscalaires historiques avaient 2 ALU pour de la quadruple émission, ce qui était très limite. En comparaison, les CPU superscalaires modernes mettent le paquet niveau ALU entière. La plupart des CPU x86 modernes descendent rarement sous les 2/3, la plupart remplit presque la totalité de la largeur du CPU. Pour donner un exemple, la microarchitecture Golden Cove d'Intel est un processeur à 6 voies, avec 5 ALU entières.
Pour être précis, un programme informatique exécute environ 40% de son code dans des instructions arithmétiques, un autre 40% dans les accès mémoire, et un le reste pour... le reste. La conséquence est que les processeurs modernes dupliquent leurs unités mémoire. Par exemple, la microarchitecture ''Golden Cove'' d'Intel dispose de trois unités mémoire : deux spécialisées dans les écritures, trois dans les lectures. La microarchitecture ''Gracemont'' utilise la pentuple émission et peut émettre 4 µops entières et 4 µops mémoire. Notez que le ratio est équilibré entre opérations entières et mémoire, avec soit égalité, soit un avantage pour les ALU entières.
Une autre régularité est que la largeur totale du processeur peut être occupée par des opérations entières/mémoire. Pour le dire autrement, sur un processeur quadruple émission, il pourra émettre un mix de 4 instructions entière/mémoire, avec zéro opération flottante. Idem avec des processeurs triples ou pentuple émission, voire plus. Si le processeur émet une opération flottante, elle remplace une opération entière.
Prenons l'exemple des processeurs AMD K6, sortis en 1997, juste avant les AMD Athlon. Ils avaient 10 unités de calcul, 6 ports d'émission, 4 ports de décodage. Voici exactement comment étaient répartie les unités de calcul sur les ports d'émission. C'était des processeurs quadruple émission, ce qui fait que la moitié de la largeur du processeur sert pour des opérations entières, et l'autre moitié pour les accès mémoire.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !
|-
| ALU entière || ALU entière || FPU || Unité de branchement || Unité LOAD || Unité STORE
|-
| || Multiplieur || || || || Unité de calcul d'adresse (instruction LEA)
|-
| || ''Barrel shifter'' || || || || Unité pour les instructions PUSH
|}
Les microarchitectures K7, K8 et K10, utilisées sur les anciens CPU AMD Athlon, sont un exemple moins représentatif. Ces microarchitectures utilisent le partage des ports d'émission au maximum. C'était des microarchitectures à triple émission, avec six ports d’émission. Il y avait trois ports d'émission pour les opérations flottantes, et trois ports d'émission pour les micro-opérations entières/mémoire. Il y avait trois ALU entières et trois unités mémoire, chaque ALU partageait un port d'émission avec une unité mémoire. Elle pouvait donc émettre soit trois opérations entières, soit trois µops mémoire, soit un mix des deux. En plus des mix avec les opérations flottantes et branchements.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || FADD || FMUL || FPU (autres opérations)
|-
| Multiplieur || || || || ||
|-
| LOAD/STORE || LOAD/STORE || LOAD/STORE || || ||
|}
Les CPU superscalaires larges dupliquent les multiplieurs et/ou les ''barrel shifters'', et même les unités de branchement. La raison est que quand la largeur du CPU augmente, le processeur traite des paquets d'instructions de plus en plus gros. Par exemple, pour un CPU à 10 voies, cela veut dire émettre 10 instructions en même temps. Il est alors plus fréquent d'avoir deux multiplications, deux décalages, deux accès mémoire, deux branchements. Par exemple, la moyenne est d'une multiplication tous les 5 instructions. Les CPU superscalaires à 10 voies ont donc tendance à avoir deux multiplications par paquet d'instruction, en moyenne. Avoir deux multiplieurs est alors un gain en performance clair.
Par exemple, la microarchitecture ''Golden Cove'' a deux ''barrel shifters''. C'est une architecture à 6 voies.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
==Les µops mémoire sur les processeurs superscalaires==
Plus haut, nous avons volontairement passé sous silence les accès mémoire. La raison à cela est que leur support sur les CPU superscalaire peut se faire de plusieurs manières différentes, qu'il vaut mieux expliquer dans une section dédiée. Les différentes implémentations sont décrites dans la liste suivante, nous allons les voir une par une.
* Avec la première méthode, les accès mémoire sont exécutés par le pipeline pour les opérations entières.
* Avec la seconde méthode, les accès mémoire ont un pipeline dédié ; c'est l'''émission parallèle des accès mémoire''.
* Avec la troisième méthode, il est possible d'émettre plusieurs accès mémoire simultanément : c'est l'''émission multiple des accès mémoire''.
Voyons ces trois cas dans le détail. Nous verrons notamment les différentes formes d'émission multiple des accès mémoire.
===Les accès mémoire traités dans le pipeline entier===
Dans le cas le plus simple, les accès mémoire sont traités comme des opérations entières un peu spéciales. L'unité mémoire est sur le même port d'émission que l'ALU entière, ce qui fait que les accès mémoire remplacent des opérations entières. Faire ainsi permet d'utiliser une ALU entière pour les calculs d'adresse, pas besoin de rajouter une unité de calcul d'adresse séparée. Typiquement, un processeur de ce type place l'unité mémoire après l'unité de calcul. Les opérations entières n'utilisent que l'ALU entière, mais pas l'unité mémoire. Les accès mémoire exécutent un calcul d'adresse dans l'ALU entière, puis l'adresse calculée est envoyée à l'unité mémoire. Le tout est illustré ci-dessous, dans le cas d'un processeur historique à double émission entière-flottante.
[[File:Processeur non-superscalaire basique 01.png|centre|vignette|upright=1.5|Processeur non-superscalaire basique]]
Un exemple de CPU double émission de ce type est celui du Power PC 440, un CPU destiné à l'embarqué. Vu qu'il était destiné à l'embarqué, il n'avait pas de FPU, il n'avait pas besoin de manipuler de nombres flottants. Il n'a donc que des ALU entières, un multiplieur et une unité mémoire. Il dispose de deux ports d'émission. Le premier est connecté à une ALU entière et un circuit multiplieur, le second est relié à l'unité mémoire et une seconde ALU entière. Une organisation simple, mais très efficace !
[[File:PowerPC 440.png|centre|vignette|upright=2|Microarchitecture du PowerPC 440.]]
L'implémentation économise une unité de calcul d'adresse, mais n'a pas de cout en performance significatif. Les accès mémoire étant très lents, émettre une µop entière en parallèle d'un accès mémoire ne sert pas à grand-chose. On peut émettre cette µop entière un cycle plus tard, elle sera terminée avant même que l'accès mémoire soit terminé, même si l'accès mémoire se fait dans le cache L1 ou L2.
Pour comprendre pourquoi, faisons quelques calculs. Un accès mémoire prend deux-trois cycles quand il tombe dans le cache L1. Et on doit attendre qu'il soit terminé pour en émettre un nouveau. Combien d'instructions arithmétiques peut-on lancer pendant ce temps, sur un CPU triple émission ? Au premier cycle, on peut en émettre 2 (l'instruction mémoire prend une place, donc 3-1), puis 3 au second cycle. Ce qui fait 5 instructions arithmétiques au total. Or, il se trouve qu'il y a une instruction d'accès mémoire pour 5 instructions arithmétiques, environ.
Par contre, ce compromis change quand on passe à la quadruple émission, voire au-delà. Dans ce cas, il devient intéressant de pouvoir émettre une nouvelle instruction mémoire à chaque cycle. Ce qui nous amène à la section suivante...
===L'émission parallèle des accès mémoire===
A partir de la quadruple émission, la tendance a été de séparer l'unité mémoire des ALU entières. Cela permet d'émettre des µops mémoire en même temps que des µops entières et/ou flottantes., ce qui porte le nom d''''émission parallèle des µops mémoire''', ou encore ''émission mémoire parallèle''. Par exemple, un processeur quadruple émission peut émettre en même temps deux opérations entières, une opération flottante et un accès mémoire. L'accès mémoire vient en plus des opérations entières, il n'est pas possible de remplacer l'accès mémoire par une opération entière.
La technique ne permet pas de faire les calculs d'adresse dans l'ALU entière. Il faut donc utiliser une unité de calcul d'adresse séparée. Elle est intégrée dans l'unité mémoire, qui fait l'interface entre le cache et le banc de registres. Le cout en circuits est très faible, car les unités de calcul d'adresse n'utilisent guère plus qu'un additionneur et un circuit de décalage très simple.
L'émission mémoire parallèle est plus facile à implémenter sur les CPU RISC, qui ont des instructions mémoire séparées du reste. Les CPU CISC ne sont pas dans ce cas, ce qui fait que séparer l'unité mémoire du pipeline entier est compliqué. Les CPU superscalaires historiques étaient pour moité des CPU RISC et pour moitié des CPU CISC, ce qui fait qu'ils n'utilisaient pas ou peu l'émission mémoire parallèle.
Les premiers processeurs superscalaires se contenaient de l'émission parallèle mémoire, ils ne pouvaient émettre qu'un seul accès mémoire à la fois, l'unité mémoire n'était pas dupliquée. Et ce n'est pas tant un problème que ça, du moins sur les processeurs à double ou triple émission. En effet, il est rare que l'unité mémoire doive faire deux accès simultanés. Notons que le processeur peut exécuter une instruction mémoire en parallèle d'un calcul ou d'un branchement, seuls les accès mémoire simultanés sont impossibles.
===L'émission multiple des accès mémoire avec une LSQ===
Les processeurs superscalaires larges travaillent sur des paquets de 8 à 10 instructions, il est plus fréquent d'avoir plusieurs accès mémoire par paquet. Dans ces conditions, il est utile d'avoir une '''émission multiple des accès mémoire''', à savoir d'émettre plusieurs micro-opérations mémoire en même temps. Les processeurs superscalaires modernes sont capables d'émettre plusieurs lectures/écritures simultanément. Par exemple, ils peuvent émettre une lecture en même temps qu'une écriture, ou plusieurs lectures, ou plusieurs écritures.
Il faut noter que selon le processeur, il peut y avoir des restrictions quant aux accès mémoire émis en même temps. Par exemple, certains processeurs peuvent émettre une lecture avec une écriture en même temps, mais pas deux lectures ni deux écritures. Ou encore, ils peuvent émettre deux lectures, une lecture et une écriture, mais pas deux écritures en même temps. Dans la majorité des cas, les processeurs ne permettent pas d'émettre deux écritures en même temps, alors qu'ils supportent plusieurs lectures. Il faut dire que les lectures sont plus fréquentes que les écritures. Les processeurs qui autorisent toutes les combinaisons de lecture/écriture possibles, sont rares.
L'émission multiple des accès mémoire s'implémente dans l'unité mémoire. Pour rappel, l'unité mémoire s'interpose entre le cache L1 et le reste du pipeline. Dans le cas le plus simple, elle incorpore une ''load/store queue'' et des unités de calcul d'adresse. L'émission multiple des accès mémoire demande de rendre la ''Load-store queue'' multi-ports, afin de gérer plusieurs micro-opérations mémoire simultanées. Il faut aussi dupliquer les unités de calcul d'adresse reliées à la LSQ, chaque port d'émission mémoire devant avoir sa propre unité de calcul d'adresse.
: Dans ce qui suit, nous parlerons d'AGU (''Adress Generation Unit'') pour désigner les unités de calcul d'adresse, et de LSQ pour designer la ''Load-store queue''.
[[File:Processeur non-superscalaire basique 02.png|vignette|upright=1|Processeur non-superscalaire basique]]
Dupliquer les ports de la LSQ et les AGU est nécessaire. Mais qu'en est-il du cache ? La réponse varie suivant le processeur. Il y a deux grandes méthodes pour implémenter l'émission multiple des accès mémoire.
La première méthode ajoute des ports de lecture/écriture au cache de données, pour faire des lectures/écritures simultanées. Il faut alors dupliquer des unités de calcul, rajouter les ports sur le cache, mais aussi rajouter des ports sur la ''load/store queue'', pour qu'elle échange des données/commandes mémoire avec le cache. Le cout en circuits est alors conséquent
La seconde duplique les unités de calcul, mais pas les ports d'accès au cache. Les accès mémoire sont alors accumulés dans la ''load/store queue'', qui sont ensuite traités un par un par le cache. Un exemple est celui des processeurs AMD de micro-architecture K7 K8, à savoir les anciens AMD Athlon et AMD Athlon 64, qui pouvaient calculer trois adresses simultanément, mais ne pouvaient faire qu'un seul accès au cache par cycle. Le cout en circuit est modéré : les unités de calcul coutent très peu, les ports de la ''load/store queue'' coutent déjà un peu plus.
Quelques processeurs utilisaient des solutions intermédiaires. Un processeur utilisant cette technique est, par exemple, capable d'émettre quatre µops mémoire en même temps, mais avec seulement deux ports sur le cache. Un exemple classique étant les Pentium 1 et 2 d'Intel, dont nous parlerons dans le chapitre suivant.
===L'émission séparée des LOAD et STORE===
De rares processeurs ont des ports d'émission qui peuvent faire indifféremment lecture comme écritures. Mais les processeurs modernes préfèrent séparer ports d'émission pour les lectures et les écritures. Un exemple est celui des processeurs Intel de micro-architecture Nehalem, qui avaient un port de lecture et un port d'écriture tous deux reliés à la ''Load-store queue'', chacun avec leur propre unité de calcul d'adresse. Comme autre exemple, les processeurs skylake ont une LSQ avec deux ports de lecture et un port d'écriture, ce qui permet d'émettre deux lectures en même temps qu'une écriture. Dans cette section, nous allons étudier le cas avec des ports séparés pour les lectures et écritures.
En général, les processeurs ont un peu plus de ports de lectures que d'écritures. Une raison est qu'un programme a, en moyenne, un tout petit peu plus de lectures que d'écritures. Mais la différence n'est pas énorme, c'est un léger déséquilibre. Une seconde raison est que l'exécution dans le désordre marche bien mieux quand les lectures ont lieu le plus tôt possible. Donc mieux vaut privilégier les lectures à l'émission, pour qu'elles se fassent un peu en avance. En pratique, la différence n'est pas très marquée. Il est courant d'avoir un port de lecture et un d'écriture, les CPU superscalaires très larges ont souvent deux ports de lecture et deux d'écriture. A la rigueur, quelques CPU ont trois ports de lecture et deux d'écriture.
Le cas le plus simple est celui où on peut émettre une lecture et une écriture en même temps. Il s'implémente facilement si la LSQ est en réalité une simple ''Store queue'', à savoir qu'elle met en avance les écritures uniquement. Pour rappel, les écritures sont mises en attente dans la ''Store queue'', mais les lectures sont exécutées immédiatement. Une fois l'adresse à lire connue, la lecture consulte la ''Store queue'' pour détecter les dépendances de données, puis s'exécute. La donnée à lire est lue soit depuis la ''Store queue'', soit depuis le cache.
[[File:Emission LOAD - Store séparée.png|vignette|upright=1|Émission LOAD - Store séparée]]
L'implémentation de l'émission multiple est alors très simple. La ''Store queue'' a déjà deux ports, avec un pour les lectures et un autre pour les écritures. Idem pour le cache, qui a naturellement un port de lecture et un d'écriture. Émettre une lecture et une écriture simultanément ne demande donc pas de modification digne de ce nom. La ''Store queue'' doit juste supporter une lecture et une écriture simultanée.
Ajouter l'émission d'une seconde lecture n'est pas compliquée : il faut juste rajouter un second port de lecture sur le cache et la ''Store queue''.
Pour rappel, l'unité mémoire est précédée par une structure qui met en attente les micro-opérations mémoire avant leur émission finale. La structure en question varie suivant l'implémentation, mais un cas particulier se marie bien avec l'émission multiple des µops mémoire. Il s'agit du cas avec une file de µops séparée pour les lectures et une autre pour les écritures, appelées respectivement la ''file de µops LOAD'' et la ''file de µops STORE''. Il est alors possible d'émettre une lecture et une écriture lors du même cycle d'horloge. Le port de lecture alimente une unité de calcul d'adresse dédiée, directement reliée au cache. Le port d'écriture du cache alimente une unité de calcul, qui est suivie par une file d'écriture, elle-même reliée au cache. Les processeurs AMD de micro-architecture K6 utilisaient cette technique.
[[File:Double émission avec le Load Ordering, Store Ordering.jpg|centre|vignette|upright=2.5|Double émission avec le Load Ordering, Store Ordering]]
==Les CPU superscalaire à exécution dans le désordre==
La superscalarité modifie aussi les circuits dédiés à l'exécution dans le désordre. Elle modifie les unités de renommage de registre, le ROB et les autres structures liées à l'exécution dans le désordre, au sens large. Aucune structure n'est épargnée. Elles ont tous des prots de lecture/écriture en plus, afin d'encaisser l'émission, le ''commit'' ou le renommage simultané de plusieurs µops.
Par exemple, le ROB doit être modifié pour émettre et terminer plusieurs instructions en même temps, en ajoutant des ports de lecture/écriture. Pour un CPU superscalaire à 8 voies, on se dit que le ROB peut retirer 8 µops par cycle maximum. Mais certains processeurs récents ont un ROB qui peut retirer le double ! Un exemple est celui des CPU de micro-architecture Skymont, qui peuvent émettre 8 µops par cycle, mais en retirer 16. Quelques CPU de marque AMD étaient aussi dans ce cas. L'avantage est que cela permet de réduire la taille du ROB, du banc de registre et de quelques autres structures matérielles liées à l'exécution dans le désordre. Le gain sur-compense le cout en transistor nécessaire pour retirer 16 µops par cycle.
Dans cette section, nous allons voir comment les étages du pipeline dédiés à l'exécution dans le désordre sont modifiées sur un CPU superscalaire.
===La superscalarité avec une file/fenêtre d'instruction centralisée===
Plus haut, nous avons montré qu'un processeur pouvait avoir plus de ports d'émission que de ports de décodage. On dit aussi que sa ''largeur de décodage'' était supérieure à sa ''largeur d'émission''. La '''largeur de décodage''' est le nombre de µops fournies par l'unité de décodage par cycle d'horloge, la '''largeur d'émission''' est le nombre maximal de µops émises par cycle d'horloge. Et n'allez pas croire qu'un surplus de ports d'émission est du gâchis. Sur les processeurs avec exécution dans le désordre, ce surplus peut être utilisé.
Mais avant toute chose, évacuons un détail. Vous avez sans doute pensé que le surplus peut être exploité par les instructions machines décodées en plusieurs µops . Par exemple, si une instruction est décodée en deux µops, on pourrait avoir un port d'émission en plus pour en profiter. Mais les ports de décodage sont *en sortie du décodeur*, et contiennent des µops, pas des instructions.
Le surplus de ports d'émission peut occasionnellement utiliser le surplus de ports de décodage, mais cela implique que des µops ont été mises en attente dans l'unité d'émission, pour être émises par la suite. Et cela implique l'usage d'une fenêtre d'instruction ou d'une file de µops. Le principe est que les µops sont accumulées dans la fenêtre d'instruction, en attendant leurs opérandes ou la résolution d'une dépendance. Et si l'occasion se présente, une µops est émise sur chaque port d'émission.
Il y a donc un gain en performances, mais il faut faire quelques précisions sur son origine. La largeur d'émission utilisée ne peut pas dépasser, *en moyenne*, la largeur de décodage. Et c'est intuitif : un CPU qui décode 4 µops par cycle ne peut pas émettre 6 par cycle en moyenne, sur le temps long, il n'y a pas de µops en surplus qui sortent du vide. Par exemple, sur un processeur quadruple émission, si on analyse combien d'instructions sont émises par cycle, il peut y avoir des cycles où la largeur d'émission est totalement utilisée, mais ce sera compensé par des périodes où elle est fortement sous-utilisée. Les µops sont accumulées en cas de sous-utilisation, puis consommées en cas d'utilisation complète. Les deux périodes se compensent. Et c'est là que l'on peut comprendre d'où vient le gain en performance.
Les cycles où les ports d'émission sont sous-utilisés existent systématiquement, que le processeur utilise l'exécution dans le désordre ou pas. Ils sont liés à la présence de dépendances de données, aux contraintes d’appariement, etc. Elles tendent à réduire la moyenne du nombre de µops émises par cycle. Par contre, ce sont les cycles de rattrapage, où les ports en surplus sont utilisés, qui font remonter la moyenne. Le gain en performance est donc lié à ces cycles de rattrapage, où les µops accumulées sont émises dans les ports en surplus. Et ils n'existent que sur les processeurs avec une file/fenêtre d'instruction.
Réduire le nombre de ports d'émission permet de garder des fenêtres d'instruction et un ROB simples, rapides et économes en énergie. Et mine de rien, c'est là un compromis important : à quoi bon augmenter le nombre de ports d'émission si c'est pour que ce soit compensé par une fréquence plus faible ? Par contre, réduire le nombre de ports augmente la ''port contention'', surtout si on a mal réparti les ALU. Il faut donc trouver un compromis entre réduire le nombre de ports d'émission d'un côté, réduire la ''port contention'' de l'autre.
La différence entre largeur de décodage et d'émission a un impact assez fort sur le banc de registre, et précisément sur son nombre de ports de lecture. Le banc de registre a besoin de plus de ports de lecture avec une fenêtre d’instruction qu'avec des stations de réservation. Rappelons la terminologie utilisée dans ce cours. Les fenêtres d'instruction se contentent de mémoriser la micro-opération et quelques bits pour détecter la disponibilité des opérandes. Par contre, les stations de réservations mémorisent aussi les opérandes des instructions. Et cette différence a une influence le nombre de ports de lecture du banc de registre.
Supposons que toutes les instructions sont dyadiques, à deux opérandes. Comptons le nombre de ports nécessaires pour alimenter les unités de calcul, sans utiliser d'arbitre de banc de registre. Avec une fenêtre d'instruction, il faut le double du nombre de ports d'émission. Mais avec des stations de réservation, il faut le double des ports de décodage. La raison est que les registres sont lus après émission avec une fenêtre d'instruction, avant avec des stations de réservation (sous-entendu, après le décodage). Or, comme dit plus haut, les processeurs superscalaires larges ont souvent plus de ports d'émission que de décodage.
===La superscalarité à fenêtres d'instruction décentralisées===
Les processeurs précédents utilisaient une unité d'émission simple, qui pouvait utiliser l'émission dans l'ordre ou dans le désordre. Elle peut être remplacée par une fenêtre d'instruction centralisée dans que cela quoi que ce soit aux explications précédentes, idem avec une station de réservation centralisée. En soi, l'exécution dans le désordre est donc totalement compatible avec une implémentation simple de la superscalarité. Par contre, des subtilités surviennent avec les fenêtres d'instruction décentralisées.
Pour rappel, sur ces processeurs, les µops sont émises en deux phases. Une première phase de ''dispatch'' qui envoie les µops vers la fenêtre d'instruction adéquate, sans détecter les dépendances de données. La seconde phase de ''schedule'' gère les dépendances de données, elle met en attente les µops en attendant que l'unité soit disponible pour les exécuter, en attendant aussi que les opérandes soient disponibles. Et à ce petit jeu, il y a une différence entre le nombre de µops qui sont ''dispatch par cycle'' et celles qui sont ''schedule''. Dit autrement, la largeur d'émission est scindée en une '''largeur de ''dispatch''''' et une '''largeur de ''schedule''.
Par exemple, prenons un processeur triple émission avec deux stations de réservation : une pour les µops entières/mémoire, et une autre pour les µops flottantes. L'unité d'émission peut ''dispatch'' maximum trois µops par cycle : soit trois µops entières/mémoire, soit trois flottantes, soit un mix de trois µops différentes. Les stations de réservation, quant à elles, peuvent chacune ''schedule'' 3 µops par cycle, vers trois ALUs entières pour la station de réservation entière/mémoire, vers trois FPS pour la station de réservation flottante. De quoi ''dispatch'' trois µops, mais d'en ''schedule'' six, à chaque cycle.
Et cet exemple ne sort pas de nulle part : les CPU x86 d'Intel et AMD sont globalement dans ce cas, même si les chiffres varient d'une microarchitecture à l'autre. L'exemple précédent colle parfaitement à la microarchitecture K7 d'AMD, utilisée sur les processeurs Athlon dans les années 2000.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=2.5|AMD K7, microarchitecture.]]
L'exemple précédent avait assez d'unités entières/flottantes pour couvrir toute la largeur de décodage/''Dispatch''. Mais ce n'est pas toujours le cas, comme va le montrer l'exemple suivant.
Le MIPS R10000, qui utilisait un mélange de files de µops et de fenêtres d'instructions : une file de µops les accès mémoire, une fenêtre pour les instructions entières et une autre pour les opérations flottantes. Les branchements et NOPs étaient exécutés dans une unité de branchement distincte. Les trois files/fenêtres peuvent mémoriser 16 µops. Le processeur avait deux ALU entières, une AGU de calcul d'adresse, un additionneur flottant et un multiplieur/diviseur flottant. Il y avait un multiplieur entier sur le port d'émission l'ALU 2.
Le processeur décodait 4 instructions par cycle et produisait jusqu'à 4µops, qui étaient redistribuées sur les trois fenêtres d'instructions. Chacune pouvait accepter 4 µops par cycle, ce qui fait que processeur pouvait ''dispatch'' 4 µops entières, ou 4 µops flottantes, ou 4 µops mémoire, ou un mélange de deux ou trois types de µops. Pour ce qui est du ''schedule'', la fenêtre d'instruction entière pouvait émettre 2 µops, la fenêtre flottante pouvait émettre une addition en même temps qu'une multiplication/divison flottante et qu'un branchement conditionnel flottant, et la file de µops mémoire ne pouvait émettre qu'une µop mémoire à la fois. En tout, cela fait 6 µops ''schedule'' pour 4 µops au ''dispatch''.
[[File:R 10000.png|centre|vignette|upright=2.5|MIPS R10000, microarchitecture.]]
===La superscalarité à fenêtres d'instruction totalement décentralisées===
Prenons un cas extrême de fenêtre d'instruction décentralisée : celui où chaque ALU entière a sa propre station de réservation. En clair : une fenêtre d'instruction par ALU/FPU ! On parle de '''fenêtres d'instruction totalement décentralisées'''. Vous vous dites que ce cas est un peu trop extrême pour être réaliste, mais il n'en est rien. C'est même très courant sur les architectures basse consommation, et sur pas mal de CPU x86 modernes.
Une telle organisation entraine une légère perte de performance, comparé à une fenêtre d'instruction centralisée ou partiellement décentralisée. Et cela peut se comprendre par un exemple. Imaginez un processeur avec deux ALU, donc deux stations de réservation. Il arrivera qu'une station de réservation ait plusieurs µops prêtes, alors que l'autre en ait zéro. Dans une telle situation, une seule µop sera émise au cycle suivant, vu que chaque station de réservation a un seul port d'émission vers une seule ALU entière. Par contre, avec une fenêtre d'instruction centralisée double port, on aurait pu émettre les deux µops en même temps sur deux ALUs séparées.
La perte de performance est donc liée au fait que les µops '''''prêtes''''' sont mal réparties dans les différentes stations de réservation. Il arrivera que des µops prêtes s'accumulent dans une station de réservation, alors que d'autres seront pleines, ou du moins sous-utilisées. Et ce n'est pas quelque chose qui peut être réglé à l'étape de ''dispatch'', car on ne sait pas encore quand les µops auront leurs opérandes de disponibles.
[[File:Comparaison entre une station de réservation totalement décentralisée et une autre qui ne l'est pas.png|centre|vignette|upright=2.5|Comparaison entre une station de réservation totalement décentralisée et une autre qui ne l'est pas.]]
Par contre, décentraliser totalement les fenêtres d'instruction entraine aussi un gain considérable en termes de consommation énergétique. Et c'est la raison pour laquelle les fenêtres d'instructions totalement décentralisées sont utilisées sur les architectures basse consommation. La perte de performance ne peut pas s'expliquer clairement à ce stade du cours, car il nous faudrait parler d'émission superscalaire. Le gain en matière d'énergie vient de l'économie de circuits, qui est assez drastique. Le gain en matière d'énergie vient de l'économie de circuits, qui est assez drastique.
Je rappelle qu'une station de réservation a besoin, pour N instructions, d'environ N^2 circuits (des comparateurs, notamment). Prenons une station de réservation centralisée de 64 entrées et comparons avec 8 stations de 8 entrées chacune. Les deux donneront 64 entrées, mais la première aura un cout en circuit proportionnel à 64², alors que le second aura un cout en circuit de 8 *(8²). Entre les deux, le choix est clair : la seconde solution est plus économe. D'où l'utilisation de cette solution sur les microarchitectures basse consommation.
===L'unité de renommage superscalaire===
Avec la superscalarité, l'unité de renommage de registre doit gérer le cas où des instructions consécutives ont des dépendances de registre. Par exemple, prenons un processeur à double émission, qui renomme deux instructions consécutives. Si elles ont une dépendance de registre, le renommage de la seconde instruction dépend du renommage de la première. La première doit être renommée et le résultat du renommage est utilisé pour renommer la seconde, ce qui empêche d'utiliser deux unités de renommage séparées.
Pour cela, elle renomme les registres sans tenir compte des dépendances, pour ensuite corriger le résultat.
[[File:Unité de renommage superscalaire.png|centre|vignette|upright=2|Unité de renommage superscalaire.]]
Seules les dépendances lecture-après-écriture doivent être détectées, les autres étant supprimées par le renommage de registres. Repérer ce genre de dépendances se fait assez simplement : il suffit de regarder si un registre de destination d'une instruction est un opérande d'une instruction suivante.
[[File:Détection des dépendances sur un processeur superscalaire.png|centre|vignette|upright=2|Détection des dépendances sur un processeur superscalaire.]]
Ensuite, il faut corriger le résultat du renommage en fonction des dépendances. Si une instruction n'a pas de dépendance avec une autre, on la laisse telle quelle. Dans le cas contraire, un registre opérande sera identique avec le registre de destination d'une instruction précédente. Dans ce cas, le registre opérande n'est pas le bon après renommage : on doit le remplacer par le registre de destination de l'instruction avec laquelle il y a dépendance. Cela se fait simplement en utilisant un multiplexeur dont les entrées sont reliées à l'unité de détection des dépendances. On doit faire ce replacement pour chaque registre opérande.
[[File:Correction des dépendances sur un processeur superscalaire.png|centre|vignette|upright=2|Correction des dépendances sur un processeur superscalaire.]]
==Les optimisations des processeurs superscalaires larges==
Les processeurs superscalaires larges ont des optimisations spécifiques, qui n'ont pas de sens sur les processeurs superscalaires étroits. Dans les grandes lignes, elles se classent en deux types. Les premières permettent de charger/décoder plus de 5-10 instructions simultanément. Le problème est alors que les branchements viennent mettre leur grain de sel et qu'il faut en tenir compte. Les secondes corrigent des problèmes qui apparaissent quand un CPU intègre plus de 5 à 10 unités de calcul.
===L'étape de chargement d'un CPU superscalaire large===
Charger plusieurs instructions pose de nombreux problèmes sur les processeurs superscalaires larges, qui émettent de 5 à 10 instructions simultanées. Pour rappel, la stratégie basique pour charger N instructions est de charger un bloc de N instructions consécutives. Les instructions après un branchement ne sont pas décodées ni exécutées, ce qui entraine une petite baisse de performance. Pour un N petit, la perte de performance est mineure. Mais pour un N large, elle devient suffisamment importante pour que la conception du CPU doit alors être repensée de fond en comble.
Les analyses statistiques disent qu'il y a environ un branchement tous les 4 à 6 instructions. Un CPU a donc tendance à décoder des paquets de 3 à 5 instructions consécutives, avant qu'un branchement casse la dynamique. Or, cela pose des problèmes pour utiliser plusieurs décodeurs. L'implémentation basique, qui charge N instructions consécutives pour alimenter N décodeurs, fonctionne donc jusqu'à 4/6 décodeurs. Au-delà de 5 instructions, un CPU superscalaire doit être adapté pour gérer les branchements dans les paquets d'instruction qu'il émet. Le nombre de 5 instructions ne sort donc pas de nulle part.
La première solution utilise un cache de µops, avec un ''front-end'' capable de charger/décoder 4/5 instructions à la fois, pas plus. L'idée est que la majorité des instructions proviennent du cache de µops (plus de 80%), ce qui fait qu'on peut émettre environ 10 instructions à partir du cache de µops, pas besoin d'avoir beaucoup de décodeurs. Les performances sont cependant dégradées lors d'un défaut de cache de µops. Les instructions doivent alors être chargées depuis le cache d'instruction, par paquets de 4-5, puis sont décodées par 4-5 décodeurs, ce qui ne permet pas d’alimenter les unités de calcul à plein régime.
La solution précédente joue sur la distinction entre pots de décodage et d'émission. Elle permet d'émettre un grand nombre de µops sans pour autant charger un grand nombre d'instructions en même temps. En quelque sorte, ce n'est qu'une méthode de contournement, le CPU superscalaire reste de type étroit. Mais il est aussi possible d'utiliser un '''''front-end large''''', capable de charger une bonne dizaine d'instructions en même temps. La seule difficulté est de tenir compte de la présence de branchements.
Pour rappel, avec un ''front-end'' étroit, les instructions situées après le premier branchement pris sont annulées, elles ne sont pas décodées ni exécutées.
[[File:Fetch sur un processeur superscalaire avec prediction de branchements.png|centre|vignette|upright=2|Fetch sur un processeur superscalaire avec prédiction de branchements.]]
Un ''front-end'' large charge les instructions de destination du branchement et les placent à sa suite. Ils chargent deux blocs à la fois et les fusionnent en un seul qui ne contient que les instructions présumées utiles.
[[File:Cache d'instructions autoaligné.png|centre|vignette|upright=2|Cache d'instructions auto-aligné.]]
Mais cela demande de charger deux blocs de mémoire en une fois, ce qui demande un cache d'instruction multiports. Il faut aussi ajouter un circuit pour assembler plusieurs morceaux de blocs en un seul : le fusionneur (''merger''). En pratique, cette solution demande d'ajouter un second port de lecture au cache, pour un cout en hardware important, avec un impact négatif sur le temps d'accès au cache. Et il faut rajouter le fusionneur, qui prend un étage de pipeline à lui tout seul. Et encore, cette solution ne gère pas le cas où un bloc contient plusieurs branchements !
[[File:Implémentation d'un cache d'instructions autoaligné.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache d'instructions auto-aligné.]]
Les exemples précédents partent du principe qu'il n'y a qu'un seul branchement dans un bloc. Mais quand les blocs deviennent assez longs, il est fréquent d'avoir plusieurs branchements dans un bloc. Et il est même possible d'avoir plusieurs branchements pris. Dans un bloc de 8-10 instructions, ce n'est pas rare, et les CPU superscalaires à 8-10 voies sont la règle dans les CPU des années 2020. Pour gérer ce cas, il faut ajouter des ports supplémentaires au cache d'instruction et adapter le fusionneur, pour qu'il puisse fusionner trois ou quatre blocs. De plus, il faut utiliser une unité de prédiction de branchement capable de ''prédire plusieurs branchements par cycle''.
===Le décodage superscalaire large===
Le décodage des instructions n'est pas censé dépendre de l'implémentation du chargement. En théorie, une fois plusieurs blocs d'instruction fusionnés, on peut décoder les instructions en parallèle. Cependant, certains processeurs effectuent le décodage en tenant compte de la manière dont les branchements découpent les blocs. Les processeurs Atom d'Intel utilisent une solution de ce type, qui couple prédiction de branchement et décodage parallèle.
Ils chargent/décodent des paquets de 3 instructions consécutives, chaque paquet étant séparé du précédent par un branchement. Pour cela, en plus d'avoir un fusionneur adapté, ils regroupent les décodeurs en ''clusters'', chacun regroupant 3 décodeurs, et pouvant décoder trois instructions consécutives. Les micro-architectures Tremont et Crestmont avaient deux ''clusters'' (6 décodeurs au total), la micro-architecture Darkmont en intègre trois (9 décodeurs au total).
Avec deux ''clusters'', le fonctionnement est le suivant. Si le code est composé d'une suite d'instruction sans branchements, seul le premier ''cluster'' est utilisé, limitant le décodage à trois instructions par cycle. Par contre, si l'une des trois instructions décodée est un branchement, alors le second ''cluster'' décode les trois instructions situées après ce branchement, à partir de l'adresse de destination. Avec un troisième ''cluster'', c'est la même chose, sauf qu'il faut qu'il y ait un branchement dans les trois instructions décodées par le second ''cluster''.
Mais comment faire pour savoir quels décodeurs activés, quels ''clusters'' sont actifs ? C'est la prédiction de branchement qui commande. Avec deux ''clusters'', elle détermine si un branchement est présent dans les trois instructions à charger, et quelle est son adresse de destination. Sans branchement, elle prévient les décodeurs et les trois instructions chargées sont décodées dans un ''cluster'' libre. Si elle prédit un branchement, elle charge les instructions adéquates, et active les deux ''clusters''. Avec trois branchements, c'est le même mécanisme, sauf que l'unité de prédiction de branchement doit être capable de prédire deux branchements par cycle.
[[File:Front-end découplé de la microarchitecture Tremont.png|centre|vignette|upright=3|Front-end découplé de la microarchitecture Tremont.]]
Il faut noter que les décodeurs d'un ''cluster'' sont des décodeurs simples, sans microcode. Sur les processeurs Tremont et Crestmont, le microcode était unique et était partagé entre tous les ''clusters''. Un seul ''cluster'' pouvait décoder une instruction complexe avec le microcode, l'autre devait se limiter à des instructions simples uniquement. Depuis Skymont, le microcode est partiellement dupliqué, avec un microcode par ''cluster''.
Le cout en hardware peut paraitre prohibitif, pour un gain en performance faible. Sauf que c'est oublier que ce sont des processeurs Atom, sur lesquels beaucoup d'instructions sont microcodées. Les processeurs Atom ont un budget en transistor limité, ce qui fait qu'il est préférable pour eux d'implémenter des instructions en microcode que d'utiliser des unités de calcul dédiées ou des circuits de décodage complexes. Pour limiter la casse, le microcode n'est que partiellement dupliqué. Seul le microcode pour les instructions fréquente est dupliqué. Il y a un microcode secondaire pour certaines instructions, qui est lui unique et partagé par tous les ''clusters''.
===Le contournement sur les processeurs superscalaires larges===
Pour rappel, la technique du contournement (''register bypass'') permet au résultat d'une instruction d'être immédiatement utilisable en sortie de l'ALU, avant même d'être enregistré dans les registres. Implémenter la technique du contournement demande d'utiliser des multiplexeurs pour relier la sortie de l'unité de calcul sur son entrée si besoin. Il faut aussi des comparateurs pour détecter des dépendances de données.
[[File:Pipeline Bypass.png|centre|vignette|upright=1|Pipeline Bypass]]
La sortie de chaque ALU doit être reliée aux entrées de toutes les autres, avec les comparateurs qui vont avec. Sur les processeurs ayant plusieurs d'unités de calculs, cela demande beaucoup d’interconnexions et de comparateurs. Pour N unités de calcul, cela demande 2 * N² interconnexions, implémentées avec 2N multiplexeurs de N entrées chacun. Si c'est faisable pour 2 ou 3 ALUs, la solution est impraticable au-delà. Non seulement ce serait un enfer à câbler, mais les fils seraient tellement longs que la fréquence du processeur en prendrait un coup.
Notez que cela vaut pour les processeurs superscalaires, mais aussi pour tout processeur avec beaucoup d'unités de calcul. En théorie, un CPU à exécution dans le désordre, non-superscalaire, mais avec beaucoup d'unités de calcul, fait face au même problème. En pratique, avoir une dizaine d'ALU implique processeur superscalaire à exécution dans le désordre. D'où le fait qu'on parle du problème maintenant.
La seule solution praticable est de ne pas relier toutes les unités de calcul ensemble. À la place, on préfère regrouper les unités de calcul dans différents '''agglomérats''' ('''cluster'''). Le contournement est alors possible entre les unités d'un même agglomérat, mais pas entre agglomérats différents. Évidemment, certaines possibilités de contournement sont perdues, mais c'est compensé par un gain en fréquence et un cout en circuit/fils réduit. C'est un bon compromis, ce qui explique que presque tous les processeurs modernes l'utilisent. Les rares exceptions sont les processeurs POWER 4 et POWER 5, qui ont préféré se passer de contournement pour garder un processeur très simple et une fréquence élevée.
===Le banc de registre des processeurs superscalaires larges===
Pour émettre deux opérations entières simultanément, il faut lire deux fois plus d'opérandes. Et il faut aussi écrire deux résultats dans les registres, en même temps. Pour cela, on double les ports du banc de registre. En général, il faut au maximum 2 ports de lecture et un port d'écriture par unité de calcul. Le problème, c'est que plus un banc de registres a de ports, plus il utilise de circuits, est compliqué à concevoir, consomme de courant et chauffe. Avec plusieurs dizaines d'unités de calcul différentes, ajouter autant de ports impacterait la fréquence du banc de registres et réduirait les performances, voire est totalement impraticable à cause des contraintes thermiques. Les processeurs superscalaires larges doivent donc trouver des solutions.
La première solution utilise un banc de registre unique, mais n'utilise pas autant de ports que le pire des cas le demanderait. Le processeur détecte quand il n'y a pas assez de ports pour servir toutes les micro-opérations. Quand ça arrive, l'unité d'émission émet assez de micro-opérations pour exploiter les ports disponibles, mais met en attente les micro-opérations en trop, le temps que les ports se libèrent. Pour cela, le banc de registre est géré par un circuit d'arbitrage spécialisé, intégré à l'unité d'émission, l’'''arbitre du banc de registres''' (''register file arbiter'').
Une autre solution est de dupliquer le banc de registres en plusieurs exemplaires qui contiennent exactement les mêmes données, mais avec moins de ports de lecture/écriture. Un exemple est celui des processeurs POWER, Alpha 21264 et Alpha 21464. Sur ces processeurs, le banc de registre est dupliqué en plusieurs exemplaires, qui contiennent exactement les mêmes données. Les écritures dans les registres sont envoyées à tous les bancs de registres, afin de garantir que leur contenu est identique. Chaque exemplaire a exactement deux ports de lecture. La conception du processeur est simplifiée, que ce soit au niveau du câblage, que de la conception des bancs de registres.
Une dernière solution découpe le banc de registres en plusieurs bancs de registres plus petits, avec un réseau d'interconnexions pour échanger des données entre bancs de registres. Dans la plupart des cas, cette séparation est invisible du point de vue de l'assembleur et du langage machine. Le processeur se charge de transférer les données entre bancs de registres suivant les besoins. Sur d'autres processeurs, les transferts de données se font via une instruction spéciale, souvent appelée ''COPY''.
[[File:Banc de registres distribué.png|centre|vignette|upright=2|Banc de registres distribué.]]
Sur de certains processeurs, un branchement est exécuté par une unité de calcul spécialisée. Or les registres à lire pour déterminer l'adresse de destination du branchement ne sont pas forcément dans le même agglomérat que cette unité de calcul. Pour éviter cela, certains processeurs disposent d'une unité de calcul des branchements dans chaque agglomérat. Dans les cas où plusieurs unités veulent modifier le ''program counter'' en même temps, un système de contrôle général décide quelle unité a la priorité sur les autres. Mais d'autres processeurs fonctionnent autrement : seul un agglomérat possède une unité de branchement, qui peut recevoir des résultats de tests de toutes les autres unités de calcul, quel que soit l’agglomérat.
==La macro-fusion : une optimisation du décodage parallèle==
Les processeurs superscalaires supportent la technique dite de '''macro-fusion''', qui permet de fusionner deux-trois instructions consécutives en une seule micro-opération. Par exemple, il est possible fusionner une instruction de test et une instruction de saut en une seule micro-opération de branchement. Il s'agit là de l'utilisation la plus importante de la macro-fusion sur les processeurs x86 modernes.
La macro-fusion est utilisée pour fusionner un test et un saut en un branchement unique. L'optimisation est présente sur la plupart des CPU superscalaires modernes. Les CPU x86 l'implémentent, mais aussi quelques CPU ARM et les processeurs Apple de série M (M1 à M5, et potentiellement plus quand ils seront sortis). La fusion des instructions se fait lors du décodage des instructions, grâce à la coopération des décodeurs. Elle marche systématiquement si l'instruction de test et le saut sont consécutives, qu'elles forment bien une paire d'instruction. Par contre, insérer une instruction entre les deux empêche la macro-fusion de faire son travail, sauf si l'instruction insérée est un NOP.
Les processeurs ARM64 avaient une forme spécifique de macro-fusion, utilisée pour un cas très précis : charger une constante immédiate de 32 ou 64 bits, dans un registre 64 bits. Les CPU ARM 64 bits utilisent des instructions codées sur 32 bits, qui ne peuvent encoder que des constantes immédiates de 16 bits. Pour charger une constante de 32/64 bits, il faut s'y prendre en plusieurs fois. Une première instruction MOVZ charge les 16 premiers bits, puis 2 à 4 instructions MOVK remplissent le reste. MOVZ met à zéro les 48 bits de poids fort, MOVK permet de sélectionner le doublet à modifier dans le registre (on modifie 16 bits, dont on choisit la place, le reste du registre est laissé tel quel). ARM permet de fusionner cette suite d'instructions en une seule µop MOV avec une constante immédiate. On parle alors de '''''MOVZ + MOVK fusion'''''.
Une dernière utilisation, [https://www2.eecs.berkeley.edu/Pubs/TechRpts/2016/EECS-2016-130.pdf proposées pour le jeu d'instruction RISC-V], fusionnait un calcul d'adresse et une instruction LOAD/STORE en une seule instruction d'accès mémoire. Elle a été envisagée à une époque où le jeu d'instruction RISC-V ne gérait pas les modes d'adressage base + indice. L'idée était d'avoir une unité mémoire qui gérait le mode d'adressage base + indice et de fusionner des instructions pour l'exploiter. Mais de nos jours, le jeu d'instruction RISC-V intègre le mode d'adressage base + indice, ce qui fait que la macro-fusion n'a aucun intérêt pour ce cas précis.
La macro-fusion a de nombreuses limitations en pratique. En théorie, on pourrait l'utiliser au-delà des deux situations mentionnées plus haut. Par exemple, pour fusionner une addition et une multiplication en une seule instruction MAD. Mais l'intérêt est assez faible. Notons que la macro-fusion ne permet que de fusionner des paires d'instructions. Aller au-delà demanderait un cout en circuit trop important. Déjà que tester deux paires utilise pas mal de comparateurs...
==Le ''stack engine'' : une optimisation de la pile d'appel==
Les processeurs modernes intègrent une optimisation liée au pointeur de pile. Pour rappel, sur les architectures modernes, le pointeur de pile est un registre utilisé pour gérer la pile d'appel, précisément pour savoir où se trouve le sommet de la pile. Il est manipulé par les instructions CALL, RET, PUSH et POP, mais aussi par les instructions d'addition/soustraction pour gérer des cadres de pile de taille variable. De plus, il peut servir d'opérande pour des instructions LOAD/STORE, afin de lire/écrire des variables locales, les arguments d'une fonction, et autres. C'est donc un registre général adressable, intégré au banc de registre, altéré par l'unité de calcul entière.
L'incrémentation/décrémentation du pointeur de pile passe donc par l'unité de calcul, lors des instructions CALL, RET, PUSH et POP. Mais, l'optimisation que nous allons voir permet d'incrémenter/décrémenter le pointeur de pile sans passer par l'ALU, ou presque. L'idée est de s'inspirer des architectures avec une pile d'adresse de retour, qui intègrent le pointeur de pile dans le séquenceur et l'incrémentent avec un incrémenteur dédié.
===Le ''stack engine''===
L'optimisation que nous allons voir utilise un '''''stack engine''''' intégré à l'unité de contrôle, au séquenceur. Le processeur contient toujours un pointeur de pile dans le banc de registre, cela ne change pas. Par contre, il n'est pas incrémenté/décrémenté à chaque instruction CALL, RET, PUSH, POP. Un compteur intégré au séquenceur est incrémenté à la place, nous l’appellerons le '''compteur delta'''. La vraie valeur du pointeur de pile s'obtient en additionnant le compteur delta avec le registre dans le banc de registre. Précisons que si le compteur delta vaut zéro, la vraie valeur est dans le banc de registre et peut s'utiliser telle quelle.
Lorsqu'une instruction ADD/SUB/LOAD/STORE utilise le pointeur de pile comme opérande, elle a besoin de la vraie valeur. Si elle n'est pas dans le banc de registre, le séquenceur déclenche l'addition compteur-registre pour calculer la vraie valeur. Finalement, le banc de registre contient alors la bonne valeur et l'instruction peut s'exécuter sans encombre.
L'idée est que le pointeur de pile est généralement altéré par une série d'instruction PUSH/POP consécutives, puis des instructions LOAD/STORE/ADD/SUB utilisent le pointeur de pile final comme opérande. En clair, une bonne partie des incrémentations/décrémentation est accumulée dans le compteur delta, puis la vraie valeur est calculée une fois pour toutes et est utilisée comme opérande. On accumule un delta dans le compteur delta, et ce compteur delta est additionné quand nécessaire.
Précisons que le compteur delta est placé juste après le décodeur d'instruction, avant même le cache de micro-opération, l'unité de renommage et l'unité d'émission. Ainsi, les incrémentations/décrémentations du pointeur de pile disparaissent dès l'unité de décodage. Elles ne prennent pas de place dans le cache de micro-opération, ni dans la fenêtre d'instruction, ni dans la suite du pipeline. De nombreuses ressources sont économisées dans le ''front-end''.
Mais utiliser un ''stack engine'' a aussi de nombreux avantages au niveau du chemin de données/''back-end''. Déjà, sur les processeurs à exécution dans le désordre, cela libère une unité de calcul qui peut être utilisée pour faire d'autres calculs. Ensuite, le compteur delta mémorise un delta assez court, de 8 bits sur le processeur Pentium M, un peu plus pour les suivants. L'incrémentation se fait donc via un incrémenteur 8 bits, pas une grosse ALU 32/64 bits. Il y a un gain en termes de consommation d'énergie, un incrémenteur 8 bits étant moins gourmand qu'une grosse ALU 32/64 bits.
===Les points de synchronisation du delta===
La technique ne fonctionne que si la vraie valeur du pointeur de pile est calculée au bon moment, avant chaque utilisation pertinente. Il y a donc des '''points de synchronisation''' qui forcent le calcul de la vraie valeur. Plus haut, nous avions dit que c'était à chaque fois qu'une instruction adresse le pointeur de pile explicitement, qui l'utilise comme opérande. Les instructions CALL, RET, PUSH et POP ne sont pas concernées par elles utilisent le pointeur de pile de manière implicite et ne font que l'incrémenter/décrémenter. Mais dans les faits, c'est plus compliqué.
D'autres situations peuvent forcer une synchronisation, notamment un débordement du compteur delta. Le compteur delta est généralement un compteur de 8 bits, ce qui fait qu'il peut déborder. En cas de débordement du compteur, le séquenceur déclenche le calcul de la vraie valeur, puis réinitialise le compteur delta. La vraie valeur est donc calculée en avance dans ce cas précis. Précisons qu'un compteur delta de 8 bits permet de gérer environ 30 instructions PUSH/POP consécutives, ce qui rend les débordements de compteur delta assez peu fréquent. À noter que si le compteur delta vaut zéro, il n'y a pas besoin de calculer la vraie valeur, le séquenceur prend cette situation en compte.
Un autre point de synchronisation est celui des interruptions et exceptions matérielles. Il faut que le compteur delta soit sauvegardé lors d'une interruption et restauré quand elle se termine. Idem lors d'une commutation de contexte, quand on passe d'un programme à un autre. Pour cela, le processeur peut déclencher le calcul de la vraie valeur lors d'une interruption, avant de sauvegarder les registres. Pour cela, le processeur intègre un mécanisme de sauvegarde automatique, qui mémorise la valeur de ce compteur dans le tampon de réordonnancement, pour forcer le calcul de la vraie valeur en cas de problème.
La technique du ''stack engine'' est apparue sur les processeurs Pentium M d'Intel et les processeurs K10 d'AMD, et a été conservée sur tous les modèles ultérieurs. L'implémentation est cependant différente selon les processeurs, bien qu'on n'en connaisse pas les détails et que l'on doive se contenter des résultats de micro-benchmarks et des détails fournit par Intel et AMD. Selon certaines sources, dont les manuels d'optimisation d'Agner Fog, les processeurs AMD auraient moins de points de synchronisation que les processeurs Intel. De plus, leur ''stack engine'' serait placé plus loin que prévu dans le pipeline, après la file de micro-opération.
==La micro-fusion et la délamination==
La '''micro-fusion''' est une optimisation qui retarde le décodage réel de certaines instructions assez loin dans le pipeline. Elle concerne surtout les instructions ''load-op'', mais pas que. D'autres instructions mémoire peuvent subir cette optimisation. L'essentiel est que, sans micro-fusion, ces instructions sont décodées en plusieurs micro-opérations. La micro-fusion retarde le décodage final de ces instructions, qui se fait assez tard dans le pipeline. Pour comprendre l'intérêt, nous allons devoir faire quelques explications.
L'optimisation en question fait le décodage en deux temps. Prenons l'exemple d'une opération ''load-op'', qui est censée être décodée en deux micro-opérations : une lecture, puis une opération. Le décodage produit une '''macro-opération''' (terme d'Intel), qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. La macro-opération est techniquement une micro-opération comme une autre, sauf que ce n'est pas la micro-opération finale. L'unité d'émission découpe cette macro-opération en deux micro-opérations, qui sont émises l'une après l'autre. Pour résumer, les instructions ''load-op'' ne sont complétement découpées en micro-opération lors de l'émission, pas lors du décodage.
L'optimisation impacte ce qui se situe entre le décodeur d'instruction et l'unité d'émission : l'unité de renommage, la file de micro-opérations, le ''Loop Stream Detector'' et/ou le cache de micro-opération. L'intérêt de l'optimisation est que l'on fusionne deux micro-opérations en une seule macro-opération. Le cache de micro-opération et la file de micro-opération peuvent mémoriser plus de micro-opérations, vu que certaines sont fusionnées. Quant à l'unité de renommage, elle renomme une seule macro-opération au lieu de renommer deux micro-opérations, ce qui augmente le débit du renommage de registre. Par contre, cela complique un peu le travail de l'unité d'émission, qui doit découper les instructions ''load-op'' en deux et émettre les micro-opérations l'une après l'autre.
Il faut noter qu'il n'y a pas de fusion proprement dite. Le décodeur ne décode pas deux micro-opérations séparées, avant de les fusionner. En réalité, il génère directement une macro-opération, qui correspond à deux micro-opérations, que ce soit plus tard dans le pipeline ou sur une autre architecture. D'ailleurs, la micro-fusion a lieu à l'intérieur d'une instruction, qui est censée être traduite en plusieurs micro-opérations. Et encore : pas toutes. La conséquence est que la technique n'a de sens que sur les processeurs CISC, avec des instructions assez complexes pour être décodées en plusieurs micro-opérations. En pratique, seuls les CPU x86 sont concernés.
===Les domaines de fusion===
La micro-fusion n'est pas spécifique aux processeurs superscalaires. En théorie, on peut l'implémenter sur un processeur non-superscalaire à émission dans l'ordre. Cependant, je ne connais aucun processeur à émission dans l'ordre qui implémente la micro-fusion, même si son implémentation est en théorie possible sur de tels processeurs. La micro-fusion est implémentée différemment selon que l'émission se fasse dans l'ordre, dans le désordre, avec une fenêtre d'instruction, avec des stations de réservation, etc.
J'ai dit plus haut que les micro-opérations sont générées lors de l'émission, mais le moment exact varie suivant le processeur. Pour simplifier le tout, nous parlerons de '''scission''' quand le processeur traduit une macro-opération en deux/trois micro-opérations. Le moment où a lieu la scission est théoriquement dans l'unité d'émission, mais celle-ci prend plusieurs formes selon que le processeur utilise l'émission dans l'ordre, dans le désordre, avec une fenêtre d'instruction, avec des stations de réservation, etc.
Les processeurs à exécution dans l'ordre sont le cas le plus simple. L'unité d'émission est alors en charge du découpage des macro-opérations en micro-opérations. La file de micro-opération ou le cache de micro-opérations mémorisent des macro-opérations. À l'opposé, le tampon de ré-ordonnancement mémorise lui des micro-opérations. Le reste du processeur n'est pas affecté.
Sur les processeurs à exécution dans le désordre, les différences sont nombreuses. Le tampon de ré-ordonnancement peut mémoriser soit les micro-opérations finales, soit des macro-opérations. Il en est de même avec la fenêtre d'instruction et/ou les stations de réservation, qu'elles soient centralisées ou décentralisées. Tout dépend de comment se fait l'implémentation.
Une implémentation simple effectue la scission des macro-opérations dans l'unité d'émission, comme sur les processeurs à exécution dans l'ordre. Sur de nombreux processeurs, l'unité d'émission et de renommage sont simplement fusionnées, ce qui fait que la scission a lieu juste après le renommage de registres. En conséquence, le tampon de re-ordonnancement et les fenêtres d'instruction ne voient que des micro-opérations. Les macro-opérations disparaissent juste avant. Cette implémentation est préférée avec une fenêtre d'instruction centralisée, car on voit mal comment scinder une macro-opération juste avant l'ALU.
Une autre implémentation fait la scission en sortie de la fenêtre d'instruction ou des stations de réservation, qu'elles soient centralisées ou décentralisées. Dans ce cas, le tampon de re-ordonnancement fait de même. L'avantage est que le tampon de ré-ordonnancement stocke des macro-opérations, ce qui augmente sa taille effective. Par exemple, il utilise une seule entrée pour une instruction ''load-op'', au lieu de deux sans micro-fusion de ce type.
===La délamination===
La scission peut parfois avoir lieu plus tôt, dans des circonstances très précises. Concrètement, cela ne concerne que quelques micro-architectures d'Intel, pour des instructions très précises. La raison est les limitations du format des micro-opérations, pas une histoire d'optimisation. Le processeur aimerait pouvoir faire la micro-fusion, mais ne peut pas à cause de ces limitations. Une telle situation cause alors une '''délamination''' : les micro-opérations sont scindées précocement.
Par exemple, sur la micro-architecture SandyBridge d'Intel, les opérations ''load-op'' sont fusionnées, sauf si elles utilisent l'adressage indicé. Les micro-opérations de ce processeur ne peuvent avoir que deux opérandes. Trois opérandes est de trop, et les opérations ''load-op'' en adressage indicé dépassent cette limite. Dans ce cas, les micro-opérations sont fusionnées en sortie du décodeur, mais sont scindés avant d’entrer dans la file de micro-opération. L'avantage n'est pas évident, vu que l'unité de renommage suit de près le décodeur d'instruction. Il est que le cache de micro-opérations mémorise des macro-opérations, pas deux micro-opérations.
===La micro-fusion des processeurs Intel et AMD===
La micro-fusion est apparue sur le Pentium M d'Intel, et a été conservée telle quelle sur les processeurs Intel suivants. Les processeurs AMD supportent la micro-fusion depuis au moins la micro-architecture AMD K8. Mieux que ça, la délamination n'était pas utilisée car les micro-opérations acceptaient plus de 2 opérandes. Que ce soit chez AMD ou Intel, elle concerne deux types d'instructions : les écritures mémoire et les instructions ''load-op''.
Sur le Pentium M, il y avait quelques limitations, l'optimisation se limitant par exemple aux registres entiers et flottants, mais pas aux registres MMX, mais pas les registres SSE (nous verrons ces registres dans quelques chapitres). Mais les processeurs modernes n'ont plus cette limitation. La micro-fusion des CPU Intel concerne deux types d'instructions : les écritures mémoire et les instructions ''load-op''.
Pour les écritures, la situation est plus complexe que pour les instructions ''load-op''. Sur les processeurs Intel précédents, les écritures étaient réalisées dans deux unités séparées : le calcul d'adresse dans une unité de calcul, l'écriture proprement dite dans l'unité mémoire. Elles prenaient donc deux micro-opérations. Le processeur a changé ses unités mémoire, ce qui fait qu'elle pouvait faire les deux en une seule micro-opération. Il s'agissait alors d'une optimisation du chemin de données, plus que de la micro-fusion proprement dite, mais je la mentionne ici malgré tout.
La micro-fusion sur ce processeur avait un avantage en plus des avantages usuels : elle utilisait mieux les décodeurs. Les Pentium M avaient trois décodeurs pour décoder plusieurs instructions en même temps, chose qu'on détaillera dans le chapitre sur les processeurs superscalaires. Un seul décodeur pouvait décoder toutes les instructions, les deux autres ne peuvent décoder que les instructions simples, qui se décodent en une seule micro-opération. Avec la micro-fusion, les trois décodeurs peuvent gérer les écritures mémoire et les opérations ''load-op'', vu qu'elles deviennent des instructions simples. Sans cela, elles auraient été limitées au premier décodeur.
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Fonctionnement d'un ordinateur/Les mémoires cache
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/* Les caches Write-through */
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Le cache est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Il est souvent fabriquée avec de la mémoire SRAM, parfois avec de l'eDRAM. Sans lui, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instruction (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie. Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps.
Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un cache ''write-back'', si la donnée à mettre à jour est présente dans le cache, on écrit dans celui-ci sans écrire dans la mémoire RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les caches '''Write-Through''', toute écriture dans le cache est propagée en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps : cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures en RAM. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les données à écrire en RAM, où elles attendent en attendant que la RAM soit libre. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse en attente dans le tampon d’écriture sont fusionnées en une seule. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, et lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
Mais la technique du tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. On peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''. Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''. Ce cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
[[File:Cache Hierarchy.png|vignette|Hiérarchie de caches]]
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une hiérarchie de caches qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas,n on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Il a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicoeurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie d'un ensemble de circuits reliés, comme le contrôleur mémoire ou l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Il a été introduiot sur les processeurs Motorola, et a été utilisé sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la pluaprt des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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/* Les écritures dans le cache : gestion et optimisations */
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Le cache est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Il est souvent fabriquée avec de la mémoire SRAM, parfois avec de l'eDRAM. Sans lui, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instruction (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie. Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps.
Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
'==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si la donnée à mettre à jour est présente dans le cache, on écrit dans celui-ci sans écrire dans la mémoire RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps : cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures en RAM. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les données à écrire en RAM, où elles attendent en attendant que la RAM soit libre. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse en attente dans le tampon d’écriture sont fusionnées en une seule. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, et lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
Mais la technique du tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. On peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''. Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''. Ce cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
[[File:Cache Hierarchy.png|vignette|Hiérarchie de caches]]
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une hiérarchie de caches qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas,n on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Il a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicoeurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie d'un ensemble de circuits reliés, comme le contrôleur mémoire ou l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Il a été introduiot sur les processeurs Motorola, et a été utilisé sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la pluaprt des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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Le cache est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Il est souvent fabriquée avec de la mémoire SRAM, parfois avec de l'eDRAM. Sans lui, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instruction (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie. Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps.
Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si la donnée à mettre à jour est présente dans le cache, on écrit dans celui-ci sans écrire dans la mémoire RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps : cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures en RAM. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les données à écrire en RAM, où elles attendent en attendant que la RAM soit libre. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse en attente dans le tampon d’écriture sont fusionnées en une seule. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, et lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
Mais la technique du tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. On peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''. Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''. Ce cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
[[File:Cache Hierarchy.png|vignette|Hiérarchie de caches]]
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une hiérarchie de caches qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas,n on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Il a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicoeurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie d'un ensemble de circuits reliés, comme le contrôleur mémoire ou l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Il a été introduiot sur les processeurs Motorola, et a été utilisé sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la pluaprt des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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/* Les écritures dans le cache : gestion et optimisations */
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Le cache est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Il est souvent fabriquée avec de la mémoire SRAM, parfois avec de l'eDRAM. Sans lui, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instruction (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie. Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps.
Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si la donnée à mettre à jour est présente dans le cache, on écrit dans celui-ci sans écrire dans la mémoire RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont beaucoup plus simples à implémenter. Ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps : cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures en RAM. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les données à écrire en RAM, où elles attendent en attendant que la RAM soit libre. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse en attente dans le tampon d’écriture sont fusionnées en une seule. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, et lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
Mais la technique du tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. On peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''. Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''. Ce cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
[[File:Cache Hierarchy.png|vignette|Hiérarchie de caches]]
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une hiérarchie de caches qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas,n on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Il a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicoeurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie d'un ensemble de circuits reliés, comme le contrôleur mémoire ou l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Il a été introduiot sur les processeurs Motorola, et a été utilisé sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la pluaprt des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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Mewtow
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/* La hiérarchie mémoire des caches */
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wikitext
text/x-wiki
Le cache est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Il est souvent fabriquée avec de la mémoire SRAM, parfois avec de l'eDRAM. Sans lui, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instruction (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie. Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps.
Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si la donnée à mettre à jour est présente dans le cache, on écrit dans celui-ci sans écrire dans la mémoire RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont beaucoup plus simples à implémenter. Ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps : cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures en RAM. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les données à écrire en RAM, où elles attendent en attendant que la RAM soit libre. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse en attente dans le tampon d’écriture sont fusionnées en une seule. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, et lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
Mais la technique du tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. On peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''. Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''. Ce cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une hiérarchie de caches qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas,n on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Il a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicoeurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie d'un ensemble de circuits reliés, comme le contrôleur mémoire ou l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Il a été introduiot sur les processeurs Motorola, et a été utilisé sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la pluaprt des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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La '''mémoire cache''' est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Sans lui, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instruction (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
Le cache est fabriqué avec de la mémoire SRAM, avec quelques exceptions qui utilisent de l'eDRAM. Les tout premiers processeurs utilisaient un cache externe, séparé du processeur, qui était installé sur un connecteur dédié. Mais de nos jours, le cache est intégré dans le processeur, directement. La loi de Moore a permis d'utiliser des transistors pour le cache, en plus des coeurs du processeur. Et le gain de cette intégration est assez clair : le cache est plus rapide quand il est dans le processeur que dehors.
Les processeurs modernes utilisent même plusieurs mémoires caches. Il y a toute une hiérarchie de mémoires caches, allant d'un cache très petit mais très rapide, à un cache plus lent mais de grande capacité. Les caches en question sont appelés le '''cache L1''' pour le plus petit et le plus rapide, le '''cache L2''' pour le cache intermédiaire, et le '''cache L3''' pour le cache gros et lent. Les processeurs assez anciens n'utilisaient pas de cache L3, ils avaient juste un cache L1 petit et rapide, et un cache L2 moyen en tout.
[[File:Cache Hierarchy.png|centre|vignette|upright=1.5|Hiérarchie de caches]]
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie. Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps.
Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si la donnée à mettre à jour est présente dans le cache, on écrit dans celui-ci sans écrire dans la mémoire RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont beaucoup plus simples à implémenter. Ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps : cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures en RAM. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les données à écrire en RAM, où elles attendent en attendant que la RAM soit libre. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse en attente dans le tampon d’écriture sont fusionnées en une seule. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, et lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
Mais la technique du tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. On peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''. Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''. Ce cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une hiérarchie de caches qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas,n on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Il a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicoeurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie d'un ensemble de circuits reliés, comme le contrôleur mémoire ou l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Il a été introduiot sur les processeurs Motorola, et a été utilisé sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la pluaprt des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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wikitext
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La '''mémoire cache''' est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Sans lui, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instruction (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
Le cache est fabriqué avec de la mémoire SRAM, avec quelques exceptions qui utilisent de l'eDRAM. Les tout premiers processeurs utilisaient un cache externe, séparé du processeur, qui était installé sur un connecteur dédié. Mais de nos jours, le cache est intégré dans le processeur, directement. La loi de Moore a permis d'utiliser des transistors pour le cache, en plus des coeurs du processeur. Et le gain de cette intégration est assez clair : le cache est plus rapide quand il est dans le processeur que dehors.
Les processeurs modernes utilisent même plusieurs mémoires caches. Il y a toute une hiérarchie de mémoires caches, allant d'un cache très petit mais très rapide, à un cache plus lent mais de grande capacité. Les caches en question sont appelés le '''cache L1''' pour le plus petit et le plus rapide, le '''cache L2''' pour le cache intermédiaire, et le '''cache L3''' pour le cache gros et lent. Les processeurs assez anciens n'utilisaient pas de cache L3, ils avaient juste un cache L1 petit et rapide, et un cache L2 moyen en tout.
[[File:Cache Hierarchy.png|centre|vignette|upright=1.5|Hiérarchie de caches]]
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie. Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps.
Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si la donnée à mettre à jour est présente dans le cache, on écrit dans celui-ci sans écrire dans la mémoire RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont beaucoup plus simples à implémenter. Ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps : cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures en RAM. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les données à écrire en RAM, où elles attendent en attendant que la RAM soit libre. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse en attente dans le tampon d’écriture sont fusionnées en une seule. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, et lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
Mais la technique du tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. On peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''. Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''. Ce cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une hiérarchie de caches qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas,n on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Il a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicoeurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie d'un ensemble de circuits reliés, comme le contrôleur mémoire ou l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Il a été introduiot sur les processeurs Motorola, et a été utilisé sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la pluaprt des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
===Le cas particulier des caches ''Write-Through''===
Les caches ''Write-Through'' et ''Write-Back'' ne sont pas égaux du point de vue de l'ECC. L'implémentation de la tolérance aux erreur est bien plus simple sur les caches ''Write-Through''.
En effet, les caches ''Write-Back'' ont un désavantage : quand une donnée est modifiée dans le cache, seul le cache a une copie de la donnée valide. Ils ont donc intérêt à protéger cette donnée contre les erreurs, ce qui implique l'usage de l'ECC au minimum. A l'opposé, les caches ''Write-Through'' n'ont pas ce problème : ils garantissent que toute donnée dans le cache est aussi recopiée ailleurs, que ce soit en mémoire RAM, dans le niveau de cache inférieur, ou dans un ''write buffer''/tampon d'écriture. Ils peuvent donc se contenter d'utiliser un bit de parité par mot, voire par ligne de cache.
En général, les processeurs préfèrent utiliser des caches ''Write-Back'' pour tous les niveaux, L1, L2 et L3, voire L4. Mais quelques rares processeurs préféraient utiliser des ''Write-Through'' pour le niveau L1. Je précise bien : uniquement pour le niveau L1, pas pour les niveaux L2 et L3. Les niveaux L2 et L3 utilisaient des caches ''Write-Back'' protégés avec de l'ECC, seuls les caches L1 se débrouillaient sans.
Un exemple est le Pentium 4 d'Intel, qui se débrouillait avec un L1 ''Write-Through'', sans tampon d'écriture. Les performances en écritures étaient de fait très mauvaises, du fait de l'absence de tampon d'ériture. Les processeurs AMD de microarchitecture Bulldozer avaient eu aussi un cache L1 ''Write-Through'', mais combinés avec un tampon d'écriture, pour conserver des performances acceptables. Le tampon d'écriture en question était un cache de 4 kibioctets, à 4 voies.
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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La '''mémoire cache''' est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Sans elle, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire RAM est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instructions (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
Le cache est fabriqué avec de la mémoire SRAM, avec quelques exceptions qui utilisent de l'eDRAM. Les tout premiers processeurs utilisaient un cache externe, séparé du processeur, qui était installé sur un connecteur dédié. Mais de nos jours, le cache est intégré dans le processeur, directement. La loi de Moore a permis d'utiliser des transistors pour le cache, en plus des cœurs du processeur. Et le gain de cette intégration est assez clair : le cache est plus rapide quand il est dans le processeur que dehors.
Les processeurs modernes utilisent même plusieurs mémoires caches. Il y a toute une hiérarchie de mémoires caches, allant d'un cache très petit mais très rapide, à un cache plus lent mais de grande capacité. Les caches en question sont appelés le '''cache L1''' pour le plus petit et le plus rapide, le '''cache L2''' pour le cache intermédiaire, et le '''cache L3''' pour le cache gros et lent. Les processeurs assez anciens n'utilisaient pas de cache L3, ils avaient juste un cache L1 petit et rapide, et un cache L2 moyen en tout.
[[File:Cache Hierarchy.png|centre|vignette|upright=1.5|Hiérarchie de caches]]
Petit point terminologie avant de poursuivre : j'utiliserais parfois l'expression "niveaux de cache inférieurs". L'expression se fait quand on parle d'un niveau de cache bien précis, souvent le niveau L1. Quand on parle des "niveaux de cache inférieurs au L1", cela veut dire le cache L2 et L3, voire ceux en-dessous s'ils existent. Idem pour les "niveaux de cache inférieurs au L2", qui désigne le cache L3. La mémoire RAM est souvent implicitement comptée dans cette expression, même si elle n'est pas un cache à proprement parler.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie.
Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps. Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si une écriture a lieu dans une ligne de cache, elle ne concerne que ce cache. Elle n'est pas propagée dans les niveaux de cache inférieurs, ni en RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée dans les niveaux de cache inférieurs s'ils existent, puis en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont beaucoup plus simples à implémenter. Ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps. Cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache. Et le même problème survient quand les niveaux de cache inférieurs sont utilisés en écriture. L'écriture ne peut pas être propagée tant que le port d'écriture est occupé.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures en RAM. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les données à écrire en RAM, où elles attendent en attendant que la RAM soit libre. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse en attente dans le tampon d’écriture sont fusionnées en une seule. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, et lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
Mais la technique du tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. On peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''. Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''. Ce cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une hiérarchie de caches qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas,n on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Il a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicoeurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie d'un ensemble de circuits reliés, comme le contrôleur mémoire ou l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Il a été introduiot sur les processeurs Motorola, et a été utilisé sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la pluaprt des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
===Le cas particulier des caches ''Write-Through''===
Les caches ''Write-Through'' et ''Write-Back'' ne sont pas égaux du point de vue de l'ECC. L'implémentation de la tolérance aux erreur est bien plus simple sur les caches ''Write-Through''.
En effet, les caches ''Write-Back'' ont un désavantage : quand une donnée est modifiée dans le cache, seul le cache a une copie de la donnée valide. Ils ont donc intérêt à protéger cette donnée contre les erreurs, ce qui implique l'usage de l'ECC au minimum. A l'opposé, les caches ''Write-Through'' n'ont pas ce problème : ils garantissent que toute donnée dans le cache est aussi recopiée ailleurs, que ce soit en mémoire RAM, dans le niveau de cache inférieur, ou dans un ''write buffer''/tampon d'écriture. Ils peuvent donc se contenter d'utiliser un bit de parité par mot, voire par ligne de cache.
En général, les processeurs préfèrent utiliser des caches ''Write-Back'' pour tous les niveaux, L1, L2 et L3, voire L4. Mais quelques rares processeurs préféraient utiliser des ''Write-Through'' pour le niveau L1. Je précise bien : uniquement pour le niveau L1, pas pour les niveaux L2 et L3. Les niveaux L2 et L3 utilisaient des caches ''Write-Back'' protégés avec de l'ECC, seuls les caches L1 se débrouillaient sans.
Un exemple est le Pentium 4 d'Intel, qui se débrouillait avec un L1 ''Write-Through'', sans tampon d'écriture. Les performances en écritures étaient de fait très mauvaises, du fait de l'absence de tampon d'ériture. Les processeurs AMD de microarchitecture Bulldozer avaient eu aussi un cache L1 ''Write-Through'', mais combinés avec un tampon d'écriture, pour conserver des performances acceptables. Le tampon d'écriture en question était un cache de 4 kibioctets, à 4 voies.
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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/* Un exemple de cache : le cache d'instruction */
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La '''mémoire cache''' est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Sans elle, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire RAM est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instructions (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
Le cache est fabriqué avec de la mémoire SRAM, avec quelques exceptions qui utilisent de l'eDRAM. Les tout premiers processeurs utilisaient un cache externe, séparé du processeur, qui était installé sur un connecteur dédié. Mais de nos jours, le cache est intégré dans le processeur, directement. La loi de Moore a permis d'utiliser des transistors pour le cache, en plus des cœurs du processeur. Et le gain de cette intégration est assez clair : le cache est plus rapide quand il est dans le processeur que dehors.
Les processeurs modernes utilisent même plusieurs mémoires caches. Il y a toute une hiérarchie de mémoires caches, allant d'un cache très petit mais très rapide, à un cache plus lent mais de grande capacité. Les caches en question sont appelés le '''cache L1''' pour le plus petit et le plus rapide, le '''cache L2''' pour le cache intermédiaire, et le '''cache L3''' pour le cache gros et lent. Les processeurs assez anciens n'utilisaient pas de cache L3, ils avaient juste un cache L1 petit et rapide, et un cache L2 moyen en tout.
[[File:Cache Hierarchy.png|centre|vignette|upright=1.5|Hiérarchie de caches]]
Petit point terminologie avant de poursuivre : j'utiliserais parfois l'expression "niveaux de cache inférieurs". L'expression se fait quand on parle d'un niveau de cache bien précis, souvent le niveau L1. Quand on parle des "niveaux de cache inférieurs au L1", cela veut dire le cache L2 et L3, voire ceux en-dessous s'ils existent. Idem pour les "niveaux de cache inférieurs au L2", qui désigne le cache L3. La mémoire RAM est souvent implicitement comptée dans cette expression, même si elle n'est pas un cache à proprement parler.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie.
Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps. Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si une écriture a lieu dans une ligne de cache, elle ne concerne que ce cache. Elle n'est pas propagée dans les niveaux de cache inférieurs, ni en RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée dans les niveaux de cache inférieurs s'ils existent, puis en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont beaucoup plus simples à implémenter. Ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps. Cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache. Et le même problème survient quand les niveaux de cache inférieurs sont utilisés en écriture. L'écriture ne peut pas être propagée tant que le port d'écriture est occupé.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures en RAM. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les données à écrire en RAM, où elles attendent en attendant que la RAM soit libre. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse en attente dans le tampon d’écriture sont fusionnées en une seule. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, et lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
Mais la technique du tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. On peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''. Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''. Ce cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une hiérarchie de caches qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas,n on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Il a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicoeurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie d'un ensemble de circuits reliés, comme le contrôleur mémoire ou l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Il a été introduiot sur les processeurs Motorola, et a été utilisé sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la pluaprt des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
===Le cas particulier des caches ''Write-Through''===
Les caches ''Write-Through'' et ''Write-Back'' ne sont pas égaux du point de vue de l'ECC. L'implémentation de la tolérance aux erreur est bien plus simple sur les caches ''Write-Through''.
En effet, les caches ''Write-Back'' ont un désavantage : quand une donnée est modifiée dans le cache, seul le cache a une copie de la donnée valide. Ils ont donc intérêt à protéger cette donnée contre les erreurs, ce qui implique l'usage de l'ECC au minimum. A l'opposé, les caches ''Write-Through'' n'ont pas ce problème : ils garantissent que toute donnée dans le cache est aussi recopiée ailleurs, que ce soit en mémoire RAM, dans le niveau de cache inférieur, ou dans un ''write buffer''/tampon d'écriture. Ils peuvent donc se contenter d'utiliser un bit de parité par mot, voire par ligne de cache.
En général, les processeurs préfèrent utiliser des caches ''Write-Back'' pour tous les niveaux, L1, L2 et L3, voire L4. Mais quelques rares processeurs préféraient utiliser des ''Write-Through'' pour le niveau L1. Je précise bien : uniquement pour le niveau L1, pas pour les niveaux L2 et L3. Les niveaux L2 et L3 utilisaient des caches ''Write-Back'' protégés avec de l'ECC, seuls les caches L1 se débrouillaient sans.
Un exemple est le Pentium 4 d'Intel, qui se débrouillait avec un L1 ''Write-Through'', sans tampon d'écriture. Les performances en écritures étaient de fait très mauvaises, du fait de l'absence de tampon d'ériture. Les processeurs AMD de microarchitecture Bulldozer avaient eu aussi un cache L1 ''Write-Through'', mais combinés avec un tampon d'écriture, pour conserver des performances acceptables. Le tampon d'écriture en question était un cache de 4 kibioctets, à 4 voies.
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
[[File:Separate unified.png|thumb|Cache d'instruction séparé du cache de données.]]
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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La '''mémoire cache''' est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Sans elle, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire RAM est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instructions (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
Le cache est fabriqué avec de la mémoire SRAM, avec quelques exceptions qui utilisent de l'eDRAM. Les tout premiers processeurs utilisaient un cache externe, séparé du processeur, qui était installé sur un connecteur dédié. Mais de nos jours, le cache est intégré dans le processeur, directement. La loi de Moore a permis d'utiliser des transistors pour le cache, en plus des cœurs du processeur. Et le gain de cette intégration est assez clair : le cache est plus rapide quand il est dans le processeur que dehors.
Les processeurs modernes utilisent même plusieurs mémoires caches. Il y a toute une hiérarchie de mémoires caches, allant d'un cache très petit mais très rapide, à un cache plus lent mais de grande capacité. Les caches en question sont appelés le '''cache L1''' pour le plus petit et le plus rapide, le '''cache L2''' pour le cache intermédiaire, et le '''cache L3''' pour le cache gros et lent. Les processeurs assez anciens n'utilisaient pas de cache L3, ils avaient juste un cache L1 petit et rapide, et un cache L2 moyen en tout.
[[File:Cache Hierarchy.png|centre|vignette|upright=1.5|Hiérarchie de caches]]
Petit point terminologie avant de poursuivre : j'utiliserais parfois l'expression "niveaux de cache inférieurs". L'expression se fait quand on parle d'un niveau de cache bien précis, souvent le niveau L1. Quand on parle des "niveaux de cache inférieurs au L1", cela veut dire le cache L2 et L3, voire ceux en-dessous s'ils existent. Idem pour les "niveaux de cache inférieurs au L2", qui désigne le cache L3. La mémoire RAM est souvent implicitement comptée dans cette expression, même si elle n'est pas un cache à proprement parler.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie.
Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps. Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si une écriture a lieu dans une ligne de cache, elle ne concerne que ce cache. Elle n'est pas propagée dans les niveaux de cache inférieurs, ni en RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée dans les niveaux de cache inférieurs s'ils existent, puis en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont beaucoup plus simples à implémenter. Ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps. Cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache. Et le même problème survient quand les niveaux de cache inférieurs sont utilisés en écriture. L'écriture ne peut pas être propagée tant que le port d'écriture est occupé.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures en RAM. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les données à écrire en RAM, où elles attendent en attendant que la RAM soit libre. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse en attente dans le tampon d’écriture sont fusionnées en une seule. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, et lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
Mais la technique du tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. On peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''. Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''. Ce cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une hiérarchie de caches qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas,n on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Il a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicoeurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie d'un ensemble de circuits reliés, comme le contrôleur mémoire ou l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Il a été introduiot sur les processeurs Motorola, et a été utilisé sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la pluaprt des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
===Le cas particulier des caches ''Write-Through''===
Les caches ''Write-Through'' et ''Write-Back'' ne sont pas égaux du point de vue de l'ECC. L'implémentation de la tolérance aux erreur est bien plus simple sur les caches ''Write-Through''.
En effet, les caches ''Write-Back'' ont un désavantage : quand une donnée est modifiée dans le cache, seul le cache a une copie de la donnée valide. Ils ont donc intérêt à protéger cette donnée contre les erreurs, ce qui implique l'usage de l'ECC au minimum. A l'opposé, les caches ''Write-Through'' n'ont pas ce problème : ils garantissent que toute donnée dans le cache est aussi recopiée ailleurs, que ce soit en mémoire RAM, dans le niveau de cache inférieur, ou dans un ''write buffer''/tampon d'écriture. Ils peuvent donc se contenter d'utiliser un bit de parité par mot, voire par ligne de cache.
En général, les processeurs préfèrent utiliser des caches ''Write-Back'' pour tous les niveaux, L1, L2 et L3, voire L4. Mais quelques rares processeurs préféraient utiliser des ''Write-Through'' pour le niveau L1. Je précise bien : uniquement pour le niveau L1, pas pour les niveaux L2 et L3. Les niveaux L2 et L3 utilisaient des caches ''Write-Back'' protégés avec de l'ECC, seuls les caches L1 se débrouillaient sans.
Un exemple est le Pentium 4 d'Intel, qui se débrouillait avec un L1 ''Write-Through'', sans tampon d'écriture. Les performances en écritures étaient de fait très mauvaises, du fait de l'absence de tampon d'ériture. Les processeurs AMD de microarchitecture Bulldozer avaient eu aussi un cache L1 ''Write-Through'', mais combinés avec un tampon d'écriture, pour conserver des performances acceptables. Le tampon d'écriture en question était un cache de 4 kibioctets, à 4 voies.
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
[[File:Separate unified.png|thumb|Cache d'instruction séparé du cache de données.]]
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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La '''mémoire cache''' est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Sans elle, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire RAM est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instructions (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
Le cache est fabriqué avec de la mémoire SRAM, avec quelques exceptions qui utilisent de l'eDRAM. Les tout premiers processeurs utilisaient un cache externe, séparé du processeur, qui était installé sur un connecteur dédié. Mais de nos jours, le cache est intégré dans le processeur, directement. La loi de Moore a permis d'utiliser des transistors pour le cache, en plus des cœurs du processeur. Et le gain de cette intégration est assez clair : le cache est plus rapide quand il est dans le processeur que dehors.
Les processeurs modernes utilisent même plusieurs mémoires caches. Il y a toute une hiérarchie de mémoires caches, allant d'un cache très petit mais très rapide, à un cache plus lent mais de grande capacité. Les caches en question sont appelés le '''cache L1''' pour le plus petit et le plus rapide, le '''cache L2''' pour le cache intermédiaire, et le '''cache L3''' pour le cache gros et lent. Les processeurs assez anciens n'utilisaient pas de cache L3, ils avaient juste un cache L1 petit et rapide, et un cache L2 moyen en tout.
[[File:Cache Hierarchy.png|centre|vignette|upright=1.5|Hiérarchie de caches]]
Petit point terminologie avant de poursuivre : j'utiliserais parfois l'expression "niveaux de cache inférieurs". L'expression se fait quand on parle d'un niveau de cache bien précis, souvent le niveau L1. Quand on parle des "niveaux de cache inférieurs au L1", cela veut dire le cache L2 et L3, voire ceux en-dessous s'ils existent. Idem pour les "niveaux de cache inférieurs au L2", qui désigne le cache L3. La mémoire RAM est souvent implicitement comptée dans cette expression, même si elle n'est pas un cache à proprement parler.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie.
Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps. Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si une écriture a lieu dans une ligne de cache, elle ne concerne que ce cache. Elle n'est pas propagée dans les niveaux de cache inférieurs, ni en RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée dans les niveaux de cache inférieurs s'ils existent, puis en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont beaucoup plus simples à implémenter. Ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps. Cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache. Et le même problème survient quand les niveaux de cache inférieurs sont utilisés en écriture. L'écriture ne peut pas être propagée tant que le port d'écriture est occupé.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures en RAM. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les données à écrire en RAM, où elles attendent en attendant que la RAM soit libre. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse en attente dans le tampon d’écriture sont fusionnées en une seule. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, et lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
Mais la technique du tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. On peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''. Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''. Ce cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une '''hiérarchie de caches''' qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas, on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
===La hiérarchie mémoire classique d'un processeur moderne===
Le nombre de niveaux de cache varient d'un processeur à l'autre. Les tout premiers processeurs faisaient avec un cache unique, sans hiérarchie de cache. Mais par la suite, la scission entre L1 et L2 est apparue. Puis un cache L3 a été ajouté, avec parfois un cache L4.
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un '''cache L1 de données''' pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Il a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicœurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie d'un ensemble de circuits reliés, comme le contrôleur mémoire ou l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
[[File:Separate unified.png|thumb|Cache d'instruction séparé du cache de données.]]
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Il a été introduiot sur les processeurs Motorola, et a été utilisé sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la pluaprt des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
===Le cas particulier des caches ''Write-Through''===
Les caches ''Write-Through'' et ''Write-Back'' ne sont pas égaux du point de vue de l'ECC. L'implémentation de la tolérance aux erreur est bien plus simple sur les caches ''Write-Through''.
En effet, les caches ''Write-Back'' ont un désavantage : quand une donnée est modifiée dans le cache, seul le cache a une copie de la donnée valide. Ils ont donc intérêt à protéger cette donnée contre les erreurs, ce qui implique l'usage de l'ECC au minimum. A l'opposé, les caches ''Write-Through'' n'ont pas ce problème : ils garantissent que toute donnée dans le cache est aussi recopiée ailleurs, que ce soit en mémoire RAM, dans le niveau de cache inférieur, ou dans un ''write buffer''/tampon d'écriture. Ils peuvent donc se contenter d'utiliser un bit de parité par mot, voire par ligne de cache.
En général, les processeurs préfèrent utiliser des caches ''Write-Back'' pour tous les niveaux, L1, L2 et L3, voire L4. Mais quelques rares processeurs préféraient utiliser des ''Write-Through'' pour le niveau L1. Je précise bien : uniquement pour le niveau L1, pas pour les niveaux L2 et L3. Les niveaux L2 et L3 utilisaient des caches ''Write-Back'' protégés avec de l'ECC, seuls les caches L1 se débrouillaient sans.
Un exemple est le Pentium 4 d'Intel, qui se débrouillait avec un L1 ''Write-Through'', sans tampon d'écriture. Les performances en écritures étaient de fait très mauvaises, du fait de l'absence de tampon d'ériture. Les processeurs AMD de microarchitecture Bulldozer avaient eu aussi un cache L1 ''Write-Through'', mais combinés avec un tampon d'écriture, pour conserver des performances acceptables. Le tampon d'écriture en question était un cache de 4 kibioctets, à 4 voies.
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
[[File:Separate unified.png|thumb|Cache d'instruction séparé du cache de données.]]
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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/* La hiérarchie mémoire classique d'un processeur moderne */
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La '''mémoire cache''' est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Sans elle, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire RAM est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instructions (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
Le cache est fabriqué avec de la mémoire SRAM, avec quelques exceptions qui utilisent de l'eDRAM. Les tout premiers processeurs utilisaient un cache externe, séparé du processeur, qui était installé sur un connecteur dédié. Mais de nos jours, le cache est intégré dans le processeur, directement. La loi de Moore a permis d'utiliser des transistors pour le cache, en plus des cœurs du processeur. Et le gain de cette intégration est assez clair : le cache est plus rapide quand il est dans le processeur que dehors.
Les processeurs modernes utilisent même plusieurs mémoires caches. Il y a toute une hiérarchie de mémoires caches, allant d'un cache très petit mais très rapide, à un cache plus lent mais de grande capacité. Les caches en question sont appelés le '''cache L1''' pour le plus petit et le plus rapide, le '''cache L2''' pour le cache intermédiaire, et le '''cache L3''' pour le cache gros et lent. Les processeurs assez anciens n'utilisaient pas de cache L3, ils avaient juste un cache L1 petit et rapide, et un cache L2 moyen en tout.
[[File:Cache Hierarchy.png|centre|vignette|upright=1.5|Hiérarchie de caches]]
Petit point terminologie avant de poursuivre : j'utiliserais parfois l'expression "niveaux de cache inférieurs". L'expression se fait quand on parle d'un niveau de cache bien précis, souvent le niveau L1. Quand on parle des "niveaux de cache inférieurs au L1", cela veut dire le cache L2 et L3, voire ceux en-dessous s'ils existent. Idem pour les "niveaux de cache inférieurs au L2", qui désigne le cache L3. La mémoire RAM est souvent implicitement comptée dans cette expression, même si elle n'est pas un cache à proprement parler.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie.
Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps. Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si une écriture a lieu dans une ligne de cache, elle ne concerne que ce cache. Elle n'est pas propagée dans les niveaux de cache inférieurs, ni en RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée dans les niveaux de cache inférieurs s'ils existent, puis en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont beaucoup plus simples à implémenter. Ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps. Cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache. Et le même problème survient quand les niveaux de cache inférieurs sont utilisés en écriture. L'écriture ne peut pas être propagée tant que le port d'écriture est occupé.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures en RAM. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les données à écrire en RAM, où elles attendent en attendant que la RAM soit libre. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse en attente dans le tampon d’écriture sont fusionnées en une seule. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, et lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
Mais la technique du tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. On peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''. Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''. Ce cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une '''hiérarchie de caches''' qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas, on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
===La hiérarchie mémoire classique d'un processeur moderne===
[[File:Separate unified.png|thumb|Cache d'instruction séparé du cache de données.]]
Le nombre de niveaux de cache varient d'un processeur à l'autre. Les tout premiers processeurs faisaient avec un cache unique, sans hiérarchie de cache. Mais par la suite, la scission entre L1 et L2 est apparue. Puis un cache L3 a été ajouté, avec parfois un cache L4.
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un '''cache L1 de données''' pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions. La séparation entre cache L1 de données et d’instruction est apparue en même temps que la scission entre cache L1 et L2.
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Il a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicœurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie d'un ensemble de circuits reliés, comme le contrôleur mémoire ou l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Il a été introduiot sur les processeurs Motorola, et a été utilisé sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la pluaprt des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
===Le cas particulier des caches ''Write-Through''===
Les caches ''Write-Through'' et ''Write-Back'' ne sont pas égaux du point de vue de l'ECC. L'implémentation de la tolérance aux erreur est bien plus simple sur les caches ''Write-Through''.
En effet, les caches ''Write-Back'' ont un désavantage : quand une donnée est modifiée dans le cache, seul le cache a une copie de la donnée valide. Ils ont donc intérêt à protéger cette donnée contre les erreurs, ce qui implique l'usage de l'ECC au minimum. A l'opposé, les caches ''Write-Through'' n'ont pas ce problème : ils garantissent que toute donnée dans le cache est aussi recopiée ailleurs, que ce soit en mémoire RAM, dans le niveau de cache inférieur, ou dans un ''write buffer''/tampon d'écriture. Ils peuvent donc se contenter d'utiliser un bit de parité par mot, voire par ligne de cache.
En général, les processeurs préfèrent utiliser des caches ''Write-Back'' pour tous les niveaux, L1, L2 et L3, voire L4. Mais quelques rares processeurs préféraient utiliser des ''Write-Through'' pour le niveau L1. Je précise bien : uniquement pour le niveau L1, pas pour les niveaux L2 et L3. Les niveaux L2 et L3 utilisaient des caches ''Write-Back'' protégés avec de l'ECC, seuls les caches L1 se débrouillaient sans.
Un exemple est le Pentium 4 d'Intel, qui se débrouillait avec un L1 ''Write-Through'', sans tampon d'écriture. Les performances en écritures étaient de fait très mauvaises, du fait de l'absence de tampon d'ériture. Les processeurs AMD de microarchitecture Bulldozer avaient eu aussi un cache L1 ''Write-Through'', mais combinés avec un tampon d'écriture, pour conserver des performances acceptables. Le tampon d'écriture en question était un cache de 4 kibioctets, à 4 voies.
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
[[File:Separate unified.png|thumb|Cache d'instruction séparé du cache de données.]]
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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/* La hiérarchie mémoire classique d'un processeur moderne */
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La '''mémoire cache''' est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Sans elle, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire RAM est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instructions (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
Le cache est fabriqué avec de la mémoire SRAM, avec quelques exceptions qui utilisent de l'eDRAM. Les tout premiers processeurs utilisaient un cache externe, séparé du processeur, qui était installé sur un connecteur dédié. Mais de nos jours, le cache est intégré dans le processeur, directement. La loi de Moore a permis d'utiliser des transistors pour le cache, en plus des cœurs du processeur. Et le gain de cette intégration est assez clair : le cache est plus rapide quand il est dans le processeur que dehors.
Les processeurs modernes utilisent même plusieurs mémoires caches. Il y a toute une hiérarchie de mémoires caches, allant d'un cache très petit mais très rapide, à un cache plus lent mais de grande capacité. Les caches en question sont appelés le '''cache L1''' pour le plus petit et le plus rapide, le '''cache L2''' pour le cache intermédiaire, et le '''cache L3''' pour le cache gros et lent. Les processeurs assez anciens n'utilisaient pas de cache L3, ils avaient juste un cache L1 petit et rapide, et un cache L2 moyen en tout.
[[File:Cache Hierarchy.png|centre|vignette|upright=1.5|Hiérarchie de caches]]
Petit point terminologie avant de poursuivre : j'utiliserais parfois l'expression "niveaux de cache inférieurs". L'expression se fait quand on parle d'un niveau de cache bien précis, souvent le niveau L1. Quand on parle des "niveaux de cache inférieurs au L1", cela veut dire le cache L2 et L3, voire ceux en-dessous s'ils existent. Idem pour les "niveaux de cache inférieurs au L2", qui désigne le cache L3. La mémoire RAM est souvent implicitement comptée dans cette expression, même si elle n'est pas un cache à proprement parler.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie.
Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps. Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si une écriture a lieu dans une ligne de cache, elle ne concerne que ce cache. Elle n'est pas propagée dans les niveaux de cache inférieurs, ni en RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée dans les niveaux de cache inférieurs s'ils existent, puis en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont beaucoup plus simples à implémenter. Ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps. Cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache. Et le même problème survient quand les niveaux de cache inférieurs sont utilisés en écriture. L'écriture ne peut pas être propagée tant que le port d'écriture est occupé.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures en RAM. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les données à écrire en RAM, où elles attendent en attendant que la RAM soit libre. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse en attente dans le tampon d’écriture sont fusionnées en une seule. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, et lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
Mais la technique du tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. On peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''. Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''. Ce cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une '''hiérarchie de caches''' qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas, on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
===La hiérarchie mémoire classique d'un processeur moderne===
Le nombre de niveaux de cache varient d'un processeur à l'autre. Les tout premiers processeurs faisaient avec un cache unique, sans hiérarchie de cache. Mais par la suite, la scission entre L1 et L2 est apparue. Puis un cache L3 a été ajouté, avec parfois un cache L4.
[[File:Separate unified.png|thumb|Cache d'instruction séparé du cache de données.]]
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un '''cache L1 de données''' pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions. La séparation entre cache L1 de données et d’instruction est apparue en même temps que la scission entre cache L1 et L2.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=2|Cache d'instructions.]]
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Il a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicœurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie d'un ensemble de circuits reliés, comme le contrôleur mémoire ou l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Il a été introduiot sur les processeurs Motorola, et a été utilisé sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la pluaprt des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
===Le cas particulier des caches ''Write-Through''===
Les caches ''Write-Through'' et ''Write-Back'' ne sont pas égaux du point de vue de l'ECC. L'implémentation de la tolérance aux erreur est bien plus simple sur les caches ''Write-Through''.
En effet, les caches ''Write-Back'' ont un désavantage : quand une donnée est modifiée dans le cache, seul le cache a une copie de la donnée valide. Ils ont donc intérêt à protéger cette donnée contre les erreurs, ce qui implique l'usage de l'ECC au minimum. A l'opposé, les caches ''Write-Through'' n'ont pas ce problème : ils garantissent que toute donnée dans le cache est aussi recopiée ailleurs, que ce soit en mémoire RAM, dans le niveau de cache inférieur, ou dans un ''write buffer''/tampon d'écriture. Ils peuvent donc se contenter d'utiliser un bit de parité par mot, voire par ligne de cache.
En général, les processeurs préfèrent utiliser des caches ''Write-Back'' pour tous les niveaux, L1, L2 et L3, voire L4. Mais quelques rares processeurs préféraient utiliser des ''Write-Through'' pour le niveau L1. Je précise bien : uniquement pour le niveau L1, pas pour les niveaux L2 et L3. Les niveaux L2 et L3 utilisaient des caches ''Write-Back'' protégés avec de l'ECC, seuls les caches L1 se débrouillaient sans.
Un exemple est le Pentium 4 d'Intel, qui se débrouillait avec un L1 ''Write-Through'', sans tampon d'écriture. Les performances en écritures étaient de fait très mauvaises, du fait de l'absence de tampon d'ériture. Les processeurs AMD de microarchitecture Bulldozer avaient eu aussi un cache L1 ''Write-Through'', mais combinés avec un tampon d'écriture, pour conserver des performances acceptables. Le tampon d'écriture en question était un cache de 4 kibioctets, à 4 voies.
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
[[File:Separate unified.png|thumb|Cache d'instruction séparé du cache de données.]]
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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/* La hiérarchie mémoire classique d'un processeur moderne */
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La '''mémoire cache''' est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Sans elle, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire RAM est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instructions (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
Le cache est fabriqué avec de la mémoire SRAM, avec quelques exceptions qui utilisent de l'eDRAM. Les tout premiers processeurs utilisaient un cache externe, séparé du processeur, qui était installé sur un connecteur dédié. Mais de nos jours, le cache est intégré dans le processeur, directement. La loi de Moore a permis d'utiliser des transistors pour le cache, en plus des cœurs du processeur. Et le gain de cette intégration est assez clair : le cache est plus rapide quand il est dans le processeur que dehors.
Les processeurs modernes utilisent même plusieurs mémoires caches. Il y a toute une hiérarchie de mémoires caches, allant d'un cache très petit mais très rapide, à un cache plus lent mais de grande capacité. Les caches en question sont appelés le '''cache L1''' pour le plus petit et le plus rapide, le '''cache L2''' pour le cache intermédiaire, et le '''cache L3''' pour le cache gros et lent. Les processeurs assez anciens n'utilisaient pas de cache L3, ils avaient juste un cache L1 petit et rapide, et un cache L2 moyen en tout.
[[File:Cache Hierarchy.png|centre|vignette|upright=1.5|Hiérarchie de caches]]
Petit point terminologie avant de poursuivre : j'utiliserais parfois l'expression "niveaux de cache inférieurs". L'expression se fait quand on parle d'un niveau de cache bien précis, souvent le niveau L1. Quand on parle des "niveaux de cache inférieurs au L1", cela veut dire le cache L2 et L3, voire ceux en-dessous s'ils existent. Idem pour les "niveaux de cache inférieurs au L2", qui désigne le cache L3. La mémoire RAM est souvent implicitement comptée dans cette expression, même si elle n'est pas un cache à proprement parler.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie.
Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps. Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si une écriture a lieu dans une ligne de cache, elle ne concerne que ce cache. Elle n'est pas propagée dans les niveaux de cache inférieurs, ni en RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée dans les niveaux de cache inférieurs s'ils existent, puis en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont beaucoup plus simples à implémenter. Ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps. Cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache. Et le même problème survient quand les niveaux de cache inférieurs sont utilisés en écriture. L'écriture ne peut pas être propagée tant que le port d'écriture est occupé.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures en RAM. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les données à écrire en RAM, où elles attendent en attendant que la RAM soit libre. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse en attente dans le tampon d’écriture sont fusionnées en une seule. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, et lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
Mais la technique du tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. On peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''. Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''. Ce cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une '''hiérarchie de caches''' qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas, on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
===La hiérarchie mémoire classique d'un processeur moderne===
Le nombre de niveaux de cache varient d'un processeur à l'autre. Les tout premiers processeurs faisaient avec un cache unique, sans hiérarchie de cache. Mais par la suite, la scission entre L1 et L2 est apparue. Puis un cache L3 a été ajouté, avec parfois un cache L4.
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un '''cache L1 de données''' pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions. La séparation entre cache L1 de données et d’instruction est apparue en même temps que la scission entre cache L1 et L2.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=2|Cache d'instructions.]]
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Il a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicœurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie d'un ensemble de circuits reliés, comme le contrôleur mémoire ou l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Il a été introduiot sur les processeurs Motorola, et a été utilisé sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la pluaprt des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
===Le cas particulier des caches ''Write-Through''===
Les caches ''Write-Through'' et ''Write-Back'' ne sont pas égaux du point de vue de l'ECC. L'implémentation de la tolérance aux erreur est bien plus simple sur les caches ''Write-Through''.
En effet, les caches ''Write-Back'' ont un désavantage : quand une donnée est modifiée dans le cache, seul le cache a une copie de la donnée valide. Ils ont donc intérêt à protéger cette donnée contre les erreurs, ce qui implique l'usage de l'ECC au minimum. A l'opposé, les caches ''Write-Through'' n'ont pas ce problème : ils garantissent que toute donnée dans le cache est aussi recopiée ailleurs, que ce soit en mémoire RAM, dans le niveau de cache inférieur, ou dans un ''write buffer''/tampon d'écriture. Ils peuvent donc se contenter d'utiliser un bit de parité par mot, voire par ligne de cache.
En général, les processeurs préfèrent utiliser des caches ''Write-Back'' pour tous les niveaux, L1, L2 et L3, voire L4. Mais quelques rares processeurs préféraient utiliser des ''Write-Through'' pour le niveau L1. Je précise bien : uniquement pour le niveau L1, pas pour les niveaux L2 et L3. Les niveaux L2 et L3 utilisaient des caches ''Write-Back'' protégés avec de l'ECC, seuls les caches L1 se débrouillaient sans.
Un exemple est le Pentium 4 d'Intel, qui se débrouillait avec un L1 ''Write-Through'', sans tampon d'écriture. Les performances en écritures étaient de fait très mauvaises, du fait de l'absence de tampon d'ériture. Les processeurs AMD de microarchitecture Bulldozer avaient eu aussi un cache L1 ''Write-Through'', mais combinés avec un tampon d'écriture, pour conserver des performances acceptables. Le tampon d'écriture en question était un cache de 4 kibioctets, à 4 voies.
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
[[File:Separate unified.png|thumb|Cache d'instruction séparé du cache de données.]]
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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La '''mémoire cache''' est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Sans elle, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire RAM est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instructions (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
Le cache est fabriqué avec de la mémoire SRAM, avec quelques exceptions qui utilisent de l'eDRAM. Les tout premiers processeurs utilisaient un cache externe, séparé du processeur, qui était installé sur un connecteur dédié. Mais de nos jours, le cache est intégré dans le processeur, directement. La loi de Moore a permis d'utiliser des transistors pour le cache, en plus des cœurs du processeur. Et le gain de cette intégration est assez clair : le cache est plus rapide quand il est dans le processeur que dehors.
Les processeurs modernes utilisent même plusieurs mémoires caches. Il y a toute une hiérarchie de mémoires caches, allant d'un cache très petit mais très rapide, à un cache plus lent mais de grande capacité. Les caches en question sont appelés le '''cache L1''' pour le plus petit et le plus rapide, le '''cache L2''' pour le cache intermédiaire, et le '''cache L3''' pour le cache gros et lent. Les processeurs assez anciens n'utilisaient pas de cache L3, ils avaient juste un cache L1 petit et rapide, et un cache L2 moyen en tout.
[[File:Cache Hierarchy.png|centre|vignette|upright=1.5|Hiérarchie de caches]]
Petit point terminologie avant de poursuivre : j'utiliserais parfois l'expression "niveaux de cache inférieurs". L'expression se fait quand on parle d'un niveau de cache bien précis, souvent le niveau L1. Quand on parle des "niveaux de cache inférieurs au L1", cela veut dire le cache L2 et L3, voire ceux en-dessous s'ils existent. Idem pour les "niveaux de cache inférieurs au L2", qui désigne le cache L3. La mémoire RAM est souvent implicitement comptée dans cette expression, même si elle n'est pas un cache à proprement parler.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie.
Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps. Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si une écriture a lieu dans une ligne de cache, elle ne concerne que ce cache. Elle n'est pas propagée dans les niveaux de cache inférieurs, ni en RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée dans les niveaux de cache inférieurs s'ils existent, puis en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont beaucoup plus simples à implémenter. Ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps. Cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache. Et le même problème survient quand les niveaux de cache inférieurs sont utilisés en écriture. L'écriture ne peut pas être propagée tant que le port d'écriture est occupé.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures en RAM. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les données à écrire en RAM, où elles attendent en attendant que la RAM soit libre. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse en attente dans le tampon d’écriture sont fusionnées en une seule. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, et lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
Mais la technique du tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. On peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''. Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''. Ce cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une '''hiérarchie de caches''' qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas, on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
===La hiérarchie mémoire classique d'un processeur moderne===
Le nombre de niveaux de cache varient d'un processeur à l'autre. Les tout premiers processeurs faisaient avec un cache unique, sans hiérarchie de cache. Mais par la suite, la scission entre L1 et L2 est apparue. Puis un cache L3 a été ajouté, avec parfois un cache L4.
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un '''cache L1 de données''' pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions. La séparation entre cache L1 de données et d’instruction est apparue en même temps que la scission entre cache L1 et L2.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=2|Cache d'instructions.]]
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Il a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicœurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie d'un ensemble de circuits reliés, comme le contrôleur mémoire ou l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
{|
|[[File:Exclusivecache.png|vignette|upright=0.5|Cache exclusif.]]
|[[File:Inclusivecache.png|vignette|upright=0.5|Cache inclusif.]]
|}
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Il a été introduiot sur les processeurs Motorola, et a été utilisé sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la pluaprt des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
===Le cas particulier des caches ''Write-Through''===
Les caches ''Write-Through'' et ''Write-Back'' ne sont pas égaux du point de vue de l'ECC. L'implémentation de la tolérance aux erreur est bien plus simple sur les caches ''Write-Through''.
En effet, les caches ''Write-Back'' ont un désavantage : quand une donnée est modifiée dans le cache, seul le cache a une copie de la donnée valide. Ils ont donc intérêt à protéger cette donnée contre les erreurs, ce qui implique l'usage de l'ECC au minimum. A l'opposé, les caches ''Write-Through'' n'ont pas ce problème : ils garantissent que toute donnée dans le cache est aussi recopiée ailleurs, que ce soit en mémoire RAM, dans le niveau de cache inférieur, ou dans un ''write buffer''/tampon d'écriture. Ils peuvent donc se contenter d'utiliser un bit de parité par mot, voire par ligne de cache.
En général, les processeurs préfèrent utiliser des caches ''Write-Back'' pour tous les niveaux, L1, L2 et L3, voire L4. Mais quelques rares processeurs préféraient utiliser des ''Write-Through'' pour le niveau L1. Je précise bien : uniquement pour le niveau L1, pas pour les niveaux L2 et L3. Les niveaux L2 et L3 utilisaient des caches ''Write-Back'' protégés avec de l'ECC, seuls les caches L1 se débrouillaient sans.
Un exemple est le Pentium 4 d'Intel, qui se débrouillait avec un L1 ''Write-Through'', sans tampon d'écriture. Les performances en écritures étaient de fait très mauvaises, du fait de l'absence de tampon d'ériture. Les processeurs AMD de microarchitecture Bulldozer avaient eu aussi un cache L1 ''Write-Through'', mais combinés avec un tampon d'écriture, pour conserver des performances acceptables. Le tampon d'écriture en question était un cache de 4 kibioctets, à 4 voies.
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
[[File:Separate unified.png|thumb|Cache d'instruction séparé du cache de données.]]
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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La '''mémoire cache''' est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Sans elle, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire RAM est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instructions (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
Le cache est fabriqué avec de la mémoire SRAM, avec quelques exceptions qui utilisent de l'eDRAM. Les tout premiers processeurs utilisaient un cache externe, séparé du processeur, qui était installé sur un connecteur dédié. Mais de nos jours, le cache est intégré dans le processeur, directement. La loi de Moore a permis d'utiliser des transistors pour le cache, en plus des cœurs du processeur. Et le gain de cette intégration est assez clair : le cache est plus rapide quand il est dans le processeur que dehors.
Les processeurs modernes utilisent même plusieurs mémoires caches. Il y a toute une hiérarchie de mémoires caches, allant d'un cache très petit mais très rapide, à un cache plus lent mais de grande capacité. Les caches en question sont appelés le '''cache L1''' pour le plus petit et le plus rapide, le '''cache L2''' pour le cache intermédiaire, et le '''cache L3''' pour le cache gros et lent. Les processeurs assez anciens n'utilisaient pas de cache L3, ils avaient juste un cache L1 petit et rapide, et un cache L2 moyen en tout.
[[File:Cache Hierarchy.png|centre|vignette|upright=1.5|Hiérarchie de caches]]
Petit point terminologie avant de poursuivre : j'utiliserais parfois l'expression "niveaux de cache inférieurs". L'expression se fait quand on parle d'un niveau de cache bien précis, souvent le niveau L1. Quand on parle des "niveaux de cache inférieurs au L1", cela veut dire le cache L2 et L3, voire ceux en-dessous s'ils existent. Idem pour les "niveaux de cache inférieurs au L2", qui désigne le cache L3. La mémoire RAM est souvent implicitement comptée dans cette expression, même si elle n'est pas un cache à proprement parler.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie.
Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps. Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si une écriture a lieu dans une ligne de cache, elle ne concerne que ce cache. Elle n'est pas propagée dans les niveaux de cache inférieurs, ni en RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée dans les niveaux de cache inférieurs s'ils existent, puis en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont beaucoup plus simples à implémenter. Ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps. Cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache. Et le même problème survient quand les niveaux de cache inférieurs sont utilisés en écriture. L'écriture ne peut pas être propagée tant que le port d'écriture est occupé.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les écritures, à savoir : les données à écrire en RAM, mais aussi l'adresse à laquelle écrire. Les écritures attendent dans le tampon d'écriture que les niveaux de cache inférieurs (ou la RAM) soient libres. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse sont fusionnées en une seule, dans le tampon d’écriture. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, ce qui lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
L'usage d'un tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. Mais on peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''.
Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''. Ce cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une '''hiérarchie de caches''' qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas, on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
===La hiérarchie mémoire classique d'un processeur moderne===
Le nombre de niveaux de cache varient d'un processeur à l'autre. Les tout premiers processeurs faisaient avec un cache unique, sans hiérarchie de cache. Mais par la suite, la scission entre L1 et L2 est apparue. Puis un cache L3 a été ajouté, avec parfois un cache L4.
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un '''cache L1 de données''' pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions. La séparation entre cache L1 de données et d’instruction est apparue en même temps que la scission entre cache L1 et L2.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=2|Cache d'instructions.]]
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Il a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicœurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie d'un ensemble de circuits reliés, comme le contrôleur mémoire ou l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
{|
|[[File:Exclusivecache.png|vignette|upright=0.5|Cache exclusif.]]
|[[File:Inclusivecache.png|vignette|upright=0.5|Cache inclusif.]]
|}
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Il a été introduiot sur les processeurs Motorola, et a été utilisé sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la pluaprt des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
===Le cas particulier des caches ''Write-Through''===
Les caches ''Write-Through'' et ''Write-Back'' ne sont pas égaux du point de vue de l'ECC. L'implémentation de la tolérance aux erreur est bien plus simple sur les caches ''Write-Through''.
En effet, les caches ''Write-Back'' ont un désavantage : quand une donnée est modifiée dans le cache, seul le cache a une copie de la donnée valide. Ils ont donc intérêt à protéger cette donnée contre les erreurs, ce qui implique l'usage de l'ECC au minimum. A l'opposé, les caches ''Write-Through'' n'ont pas ce problème : ils garantissent que toute donnée dans le cache est aussi recopiée ailleurs, que ce soit en mémoire RAM, dans le niveau de cache inférieur, ou dans un ''write buffer''/tampon d'écriture. Ils peuvent donc se contenter d'utiliser un bit de parité par mot, voire par ligne de cache.
En général, les processeurs préfèrent utiliser des caches ''Write-Back'' pour tous les niveaux, L1, L2 et L3, voire L4. Mais quelques rares processeurs préféraient utiliser des ''Write-Through'' pour le niveau L1. Je précise bien : uniquement pour le niveau L1, pas pour les niveaux L2 et L3. Les niveaux L2 et L3 utilisaient des caches ''Write-Back'' protégés avec de l'ECC, seuls les caches L1 se débrouillaient sans.
Un exemple est le Pentium 4 d'Intel, qui se débrouillait avec un L1 ''Write-Through'', sans tampon d'écriture. Les performances en écritures étaient de fait très mauvaises, du fait de l'absence de tampon d'ériture. Les processeurs AMD de microarchitecture Bulldozer avaient eu aussi un cache L1 ''Write-Through'', mais combinés avec un tampon d'écriture, pour conserver des performances acceptables. Le tampon d'écriture en question était un cache de 4 kibioctets, à 4 voies.
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
[[File:Separate unified.png|thumb|Cache d'instruction séparé du cache de données.]]
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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La '''mémoire cache''' est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Sans elle, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire RAM est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instructions (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
Le cache est fabriqué avec de la mémoire SRAM, avec quelques exceptions qui utilisent de l'eDRAM. Les tout premiers processeurs utilisaient un cache externe, séparé du processeur, qui était installé sur un connecteur dédié. Mais de nos jours, le cache est intégré dans le processeur, directement. La loi de Moore a permis d'utiliser des transistors pour le cache, en plus des cœurs du processeur. Et le gain de cette intégration est assez clair : le cache est plus rapide quand il est dans le processeur que dehors.
Les processeurs modernes utilisent même plusieurs mémoires caches. Il y a toute une hiérarchie de mémoires caches, allant d'un cache très petit mais très rapide, à un cache plus lent mais de grande capacité. Les caches en question sont appelés le '''cache L1''' pour le plus petit et le plus rapide, le '''cache L2''' pour le cache intermédiaire, et le '''cache L3''' pour le cache gros et lent. Les processeurs assez anciens n'utilisaient pas de cache L3, ils avaient juste un cache L1 petit et rapide, et un cache L2 moyen en tout.
[[File:Cache Hierarchy.png|centre|vignette|upright=1.5|Hiérarchie de caches]]
Petit point terminologie avant de poursuivre : j'utiliserais parfois l'expression "niveaux de cache inférieurs". L'expression se fait quand on parle d'un niveau de cache bien précis, souvent le niveau L1. Quand on parle des "niveaux de cache inférieurs au L1", cela veut dire le cache L2 et L3, voire ceux en-dessous s'ils existent. Idem pour les "niveaux de cache inférieurs au L2", qui désigne le cache L3. La mémoire RAM est souvent implicitement comptée dans cette expression, même si elle n'est pas un cache à proprement parler.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie.
Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps. Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si une écriture a lieu dans une ligne de cache, elle ne concerne que ce cache. Elle n'est pas propagée dans les niveaux de cache inférieurs, ni en RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée dans les niveaux de cache inférieurs s'ils existent, puis en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont beaucoup plus simples à implémenter. Ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps. Cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache. Et le même problème survient quand les niveaux de cache inférieurs sont utilisés en écriture. L'écriture ne peut pas être propagée tant que le port d'écriture est occupé.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les écritures, à savoir : les données à écrire en RAM, mais aussi l'adresse à laquelle écrire. Les écritures attendent dans le tampon d'écriture que les niveaux de cache inférieurs (ou la RAM) soient libres. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse sont fusionnées en une seule, dans le tampon d’écriture. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, ce qui lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
L'usage d'un tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. Mais on peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''.
Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''. Ce cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une '''hiérarchie de caches''' qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas, on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
===La hiérarchie mémoire classique d'un processeur moderne===
Le nombre de niveaux de cache varient d'un processeur à l'autre. Les tout premiers processeurs faisaient avec un cache unique, sans hiérarchie de cache. Mais par la suite, la scission entre L1 et L2 est apparue. Puis un cache L3 a été ajouté, avec parfois un cache L4.
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un '''cache L1 de données''' pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions. La séparation entre cache L1 de données et d’instruction est apparue en même temps que la scission entre cache L1 et L2.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=2|Cache d'instructions.]]
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Il a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicœurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie d'un ensemble de circuits reliés, comme le contrôleur mémoire ou l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
{|
|[[File:Exclusivecache.png|vignette|upright=0.5|Cache exclusif.]]
|[[File:Inclusivecache.png|vignette|upright=0.5|Cache inclusif.]]
|}
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Il a été introduiot sur les processeurs Motorola, et a été utilisé sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la pluaprt des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
===Le cas particulier des caches ''Write-Through''===
Les caches ''Write-Through'' et ''Write-Back'' ne sont pas égaux du point de vue de l'ECC. L'implémentation de la tolérance aux erreur est bien plus simple sur les caches ''Write-Through''.
En effet, les caches ''Write-Back'' ont un désavantage : quand une donnée est modifiée dans le cache, seul le cache a une copie de la donnée valide. Ils ont donc intérêt à protéger cette donnée contre les erreurs, ce qui implique l'usage de l'ECC au minimum. A l'opposé, les caches ''Write-Through'' n'ont pas ce problème : ils garantissent que toute donnée dans le cache est aussi recopiée ailleurs, que ce soit en mémoire RAM, dans le niveau de cache inférieur, ou dans un ''write buffer''/tampon d'écriture. Ils peuvent donc se contenter d'utiliser un bit de parité par mot, voire par ligne de cache.
En général, les processeurs préfèrent utiliser des caches ''Write-Back'' pour tous les niveaux, L1, L2 et L3, voire L4. Mais quelques rares processeurs préféraient utiliser des ''Write-Through'' pour le niveau L1. Je précise bien : uniquement pour le niveau L1, pas pour les niveaux L2 et L3. Les niveaux L2 et L3 utilisaient des caches ''Write-Back'' protégés avec de l'ECC, seuls les caches L1 se débrouillaient sans.
Un exemple est le Pentium 4 d'Intel, qui se débrouillait avec un L1 ''Write-Through'', sans tampon d'écriture. Les performances en écritures étaient de fait très mauvaises, du fait de l'absence de tampon d'ériture. Les processeurs AMD de microarchitecture Bulldozer avaient eu aussi un cache L1 ''Write-Through'', mais combinés avec un tampon d'écriture, pour conserver des performances acceptables. Le tampon d'écriture en question était un cache de 4 kibioctets, à 4 voies. Les performances du cache en écriture étaient cependant inférieures à celles des processeurs concurrents, qui utailisaient des caches ''Write-Back''
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
[[File:Separate unified.png|thumb|Cache d'instruction séparé du cache de données.]]
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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/* Le cas particulier des caches Write-Through */
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La '''mémoire cache''' est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Sans elle, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire RAM est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instructions (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
Le cache est fabriqué avec de la mémoire SRAM, avec quelques exceptions qui utilisent de l'eDRAM. Les tout premiers processeurs utilisaient un cache externe, séparé du processeur, qui était installé sur un connecteur dédié. Mais de nos jours, le cache est intégré dans le processeur, directement. La loi de Moore a permis d'utiliser des transistors pour le cache, en plus des cœurs du processeur. Et le gain de cette intégration est assez clair : le cache est plus rapide quand il est dans le processeur que dehors.
Les processeurs modernes utilisent même plusieurs mémoires caches. Il y a toute une hiérarchie de mémoires caches, allant d'un cache très petit mais très rapide, à un cache plus lent mais de grande capacité. Les caches en question sont appelés le '''cache L1''' pour le plus petit et le plus rapide, le '''cache L2''' pour le cache intermédiaire, et le '''cache L3''' pour le cache gros et lent. Les processeurs assez anciens n'utilisaient pas de cache L3, ils avaient juste un cache L1 petit et rapide, et un cache L2 moyen en tout.
[[File:Cache Hierarchy.png|centre|vignette|upright=1.5|Hiérarchie de caches]]
Petit point terminologie avant de poursuivre : j'utiliserais parfois l'expression "niveaux de cache inférieurs". L'expression se fait quand on parle d'un niveau de cache bien précis, souvent le niveau L1. Quand on parle des "niveaux de cache inférieurs au L1", cela veut dire le cache L2 et L3, voire ceux en-dessous s'ils existent. Idem pour les "niveaux de cache inférieurs au L2", qui désigne le cache L3. La mémoire RAM est souvent implicitement comptée dans cette expression, même si elle n'est pas un cache à proprement parler.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie.
Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps. Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si une écriture a lieu dans une ligne de cache, elle ne concerne que ce cache. Elle n'est pas propagée dans les niveaux de cache inférieurs, ni en RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée dans les niveaux de cache inférieurs s'ils existent, puis en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont beaucoup plus simples à implémenter. Ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps. Cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache. Et le même problème survient quand les niveaux de cache inférieurs sont utilisés en écriture. L'écriture ne peut pas être propagée tant que le port d'écriture est occupé.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les écritures, à savoir : les données à écrire en RAM, mais aussi l'adresse à laquelle écrire. Les écritures attendent dans le tampon d'écriture que les niveaux de cache inférieurs (ou la RAM) soient libres. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse sont fusionnées en une seule, dans le tampon d’écriture. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, ce qui lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
L'usage d'un tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. Mais on peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''.
Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''. Ce cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une '''hiérarchie de caches''' qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas, on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
===La hiérarchie mémoire classique d'un processeur moderne===
Le nombre de niveaux de cache varient d'un processeur à l'autre. Les tout premiers processeurs faisaient avec un cache unique, sans hiérarchie de cache. Mais par la suite, la scission entre L1 et L2 est apparue. Puis un cache L3 a été ajouté, avec parfois un cache L4.
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un '''cache L1 de données''' pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions. La séparation entre cache L1 de données et d’instruction est apparue en même temps que la scission entre cache L1 et L2.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=2|Cache d'instructions.]]
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Il a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicœurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie d'un ensemble de circuits reliés, comme le contrôleur mémoire ou l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
{|
|[[File:Exclusivecache.png|vignette|upright=0.5|Cache exclusif.]]
|[[File:Inclusivecache.png|vignette|upright=0.5|Cache inclusif.]]
|}
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Il a été introduiot sur les processeurs Motorola, et a été utilisé sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la pluaprt des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
===Le cas particulier des caches ''Write-Through''===
Les caches ''Write-Through'' et ''Write-Back'' ne sont pas égaux du point de vue de l'ECC. En effet, les caches ''Write-Back'' ont un désavantage : quand une donnée est modifiée dans le cache, seul le cache a une copie de la donnée valide. Ils ont donc intérêt à protéger cette donnée contre les erreurs, ce qui implique l'usage de l'ECC au minimum. A l'opposé, les caches ''Write-Through'' n'ont pas ce problème : ils garantissent que toute donnée dans le cache est aussi recopiée ailleurs, que ce soit en mémoire RAM, dans le niveau de cache inférieur, ou dans un ''write buffer''/tampon d'écriture. Ils peuvent donc se contenter d'utiliser un bit de parité par mot, voire par ligne de cache. Ce qui entraine des économies substantielles de circuits.
En général, les processeurs préfèrent utiliser des caches ''Write-Back'' pour tous les niveaux, L1, L2 et L3, voire L4. Mais quelques rares processeurs préféraient utiliser des ''Write-Through'' pour le niveau L1. Je précise bien : uniquement pour le niveau L1, pas pour les niveaux L2 et L3. Les niveaux L2 et L3 utilisaient des caches ''Write-Back'' protégés avec de l'ECC, seuls les caches L1 se débrouillaient sans.
Un exemple est le Pentium 4 d'Intel, qui se débrouillait avec un L1 ''Write-Through'', sans tampon d'écriture. Les performances en écritures étaient de fait très mauvaises, du fait de l'absence de tampon d'ériture. Les processeurs AMD de microarchitecture Bulldozer avaient eu aussi un cache L1 ''Write-Through'', mais combinés avec un tampon d'écriture, pour conserver des performances acceptables. Le tampon d'écriture en question était un cache de 4 kibioctets, à 4 voies. Les performances du cache en écriture étaient cependant inférieures à celles des processeurs concurrents, qui utailisaient des caches ''Write-Back''
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
[[File:Separate unified.png|thumb|Cache d'instruction séparé du cache de données.]]
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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Mewtow
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/* Les caches Write-back */
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La '''mémoire cache''' est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Sans elle, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire RAM est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instructions (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
Le cache est fabriqué avec de la mémoire SRAM, avec quelques exceptions qui utilisent de l'eDRAM. Les tout premiers processeurs utilisaient un cache externe, séparé du processeur, qui était installé sur un connecteur dédié. Mais de nos jours, le cache est intégré dans le processeur, directement. La loi de Moore a permis d'utiliser des transistors pour le cache, en plus des cœurs du processeur. Et le gain de cette intégration est assez clair : le cache est plus rapide quand il est dans le processeur que dehors.
Les processeurs modernes utilisent même plusieurs mémoires caches. Il y a toute une hiérarchie de mémoires caches, allant d'un cache très petit mais très rapide, à un cache plus lent mais de grande capacité. Les caches en question sont appelés le '''cache L1''' pour le plus petit et le plus rapide, le '''cache L2''' pour le cache intermédiaire, et le '''cache L3''' pour le cache gros et lent. Les processeurs assez anciens n'utilisaient pas de cache L3, ils avaient juste un cache L1 petit et rapide, et un cache L2 moyen en tout.
[[File:Cache Hierarchy.png|centre|vignette|upright=1.5|Hiérarchie de caches]]
Petit point terminologie avant de poursuivre : j'utiliserais parfois l'expression "niveaux de cache inférieurs". L'expression se fait quand on parle d'un niveau de cache bien précis, souvent le niveau L1. Quand on parle des "niveaux de cache inférieurs au L1", cela veut dire le cache L2 et L3, voire ceux en-dessous s'ils existent. Idem pour les "niveaux de cache inférieurs au L2", qui désigne le cache L3. La mémoire RAM est souvent implicitement comptée dans cette expression, même si elle n'est pas un cache à proprement parler.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie.
Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps. Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si une écriture a lieu dans une ligne de cache, elle ne concerne que ce cache. Elle n'est pas propagée dans les niveaux de cache inférieurs, ni en RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée dans les niveaux de cache inférieurs s'ils existent, puis en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont beaucoup plus simples à implémenter. Ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps. Cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache. Et le même problème survient quand les niveaux de cache inférieurs sont utilisés en écriture. L'écriture ne peut pas être propagée tant que le port d'écriture est occupé.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les écritures, à savoir : les données à écrire en RAM, mais aussi l'adresse à laquelle écrire. Les écritures attendent dans le tampon d'écriture que les niveaux de cache inférieurs (ou la RAM) soient libres. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse sont fusionnées en une seule, dans le tampon d’écriture. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, ce qui lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
L'usage d'un tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. Mais on peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''.
Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''.
Le cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
Quelques processeurs des années 2010 avaient un cache L3 qui était un cache de victime. Les défauts à froid chargeaient la donnée associée dans le cache L2, plus rarement dans le cache L1 directement. En tout cas, les données ne passaient pas par le cache L3. Le seul moyen pour qu'une donnée atterrissent dans le cache L3 est qu'elles aient été évincées du cache L2. C'était une solution adaptée pour une époque où avoir un gros cache était primordial, mais où le budget en transistor était un peu serré. Faire du L3 un cache de victime économisait des transistors, qui pouvaient être utilisés pour faire grossir le cache. De nos jours, les budgets en transistors permettent de faire autrement.
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une '''hiérarchie de caches''' qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas, on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
===La hiérarchie mémoire classique d'un processeur moderne===
Le nombre de niveaux de cache varient d'un processeur à l'autre. Les tout premiers processeurs faisaient avec un cache unique, sans hiérarchie de cache. Mais par la suite, la scission entre L1 et L2 est apparue. Puis un cache L3 a été ajouté, avec parfois un cache L4.
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un '''cache L1 de données''' pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions. La séparation entre cache L1 de données et d’instruction est apparue en même temps que la scission entre cache L1 et L2.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=2|Cache d'instructions.]]
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Il a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicœurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie d'un ensemble de circuits reliés, comme le contrôleur mémoire ou l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
{|
|[[File:Exclusivecache.png|vignette|upright=0.5|Cache exclusif.]]
|[[File:Inclusivecache.png|vignette|upright=0.5|Cache inclusif.]]
|}
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Il a été introduiot sur les processeurs Motorola, et a été utilisé sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la pluaprt des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
===Le cas particulier des caches ''Write-Through''===
Les caches ''Write-Through'' et ''Write-Back'' ne sont pas égaux du point de vue de l'ECC. En effet, les caches ''Write-Back'' ont un désavantage : quand une donnée est modifiée dans le cache, seul le cache a une copie de la donnée valide. Ils ont donc intérêt à protéger cette donnée contre les erreurs, ce qui implique l'usage de l'ECC au minimum. A l'opposé, les caches ''Write-Through'' n'ont pas ce problème : ils garantissent que toute donnée dans le cache est aussi recopiée ailleurs, que ce soit en mémoire RAM, dans le niveau de cache inférieur, ou dans un ''write buffer''/tampon d'écriture. Ils peuvent donc se contenter d'utiliser un bit de parité par mot, voire par ligne de cache. Ce qui entraine des économies substantielles de circuits.
En général, les processeurs préfèrent utiliser des caches ''Write-Back'' pour tous les niveaux, L1, L2 et L3, voire L4. Mais quelques rares processeurs préféraient utiliser des ''Write-Through'' pour le niveau L1. Je précise bien : uniquement pour le niveau L1, pas pour les niveaux L2 et L3. Les niveaux L2 et L3 utilisaient des caches ''Write-Back'' protégés avec de l'ECC, seuls les caches L1 se débrouillaient sans.
Un exemple est le Pentium 4 d'Intel, qui se débrouillait avec un L1 ''Write-Through'', sans tampon d'écriture. Les performances en écritures étaient de fait très mauvaises, du fait de l'absence de tampon d'ériture. Les processeurs AMD de microarchitecture Bulldozer avaient eu aussi un cache L1 ''Write-Through'', mais combinés avec un tampon d'écriture, pour conserver des performances acceptables. Le tampon d'écriture en question était un cache de 4 kibioctets, à 4 voies. Les performances du cache en écriture étaient cependant inférieures à celles des processeurs concurrents, qui utailisaient des caches ''Write-Back''
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
[[File:Separate unified.png|thumb|Cache d'instruction séparé du cache de données.]]
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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/* Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres */
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wikitext
text/x-wiki
La '''mémoire cache''' est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Sans elle, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire RAM est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instructions (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
Le cache est fabriqué avec de la mémoire SRAM, avec quelques exceptions qui utilisent de l'eDRAM. Les tout premiers processeurs utilisaient un cache externe, séparé du processeur, qui était installé sur un connecteur dédié. Mais de nos jours, le cache est intégré dans le processeur, directement. La loi de Moore a permis d'utiliser des transistors pour le cache, en plus des cœurs du processeur. Et le gain de cette intégration est assez clair : le cache est plus rapide quand il est dans le processeur que dehors.
Les processeurs modernes utilisent même plusieurs mémoires caches. Il y a toute une hiérarchie de mémoires caches, allant d'un cache très petit mais très rapide, à un cache plus lent mais de grande capacité. Les caches en question sont appelés le '''cache L1''' pour le plus petit et le plus rapide, le '''cache L2''' pour le cache intermédiaire, et le '''cache L3''' pour le cache gros et lent. Les processeurs assez anciens n'utilisaient pas de cache L3, ils avaient juste un cache L1 petit et rapide, et un cache L2 moyen en tout.
[[File:Cache Hierarchy.png|centre|vignette|upright=1.5|Hiérarchie de caches]]
Petit point terminologie avant de poursuivre : j'utiliserais parfois l'expression "niveaux de cache inférieurs". L'expression se fait quand on parle d'un niveau de cache bien précis, souvent le niveau L1. Quand on parle des "niveaux de cache inférieurs au L1", cela veut dire le cache L2 et L3, voire ceux en-dessous s'ils existent. Idem pour les "niveaux de cache inférieurs au L2", qui désigne le cache L3. La mémoire RAM est souvent implicitement comptée dans cette expression, même si elle n'est pas un cache à proprement parler.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie.
Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps. Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si une écriture a lieu dans une ligne de cache, elle ne concerne que ce cache. Elle n'est pas propagée dans les niveaux de cache inférieurs, ni en RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée dans les niveaux de cache inférieurs s'ils existent, puis en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont beaucoup plus simples à implémenter. Ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps. Cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache. Et le même problème survient quand les niveaux de cache inférieurs sont utilisés en écriture. L'écriture ne peut pas être propagée tant que le port d'écriture est occupé.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les écritures, à savoir : les données à écrire en RAM, mais aussi l'adresse à laquelle écrire. Les écritures attendent dans le tampon d'écriture que les niveaux de cache inférieurs (ou la RAM) soient libres. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse sont fusionnées en une seule, dans le tampon d’écriture. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, ce qui lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
L'usage d'un tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. Mais on peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''.
Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''.
Le cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
Quelques processeurs des années 2010 avaient un cache L3 qui était un cache de victime. Les défauts à froid chargeaient la donnée associée dans le cache L2, plus rarement dans le cache L1 directement. En tout cas, les données ne passaient pas par le cache L3. Le seul moyen pour qu'une donnée atterrissent dans le cache L3 est qu'elles aient été évincées du cache L2. C'était une solution adaptée pour une époque où avoir un gros cache était primordial, mais où le budget en transistor était un peu serré. Faire du L3 un cache de victime économisait des transistors, qui pouvaient être utilisés pour faire grossir le cache. De nos jours, les budgets en transistors permettent de faire autrement.
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une '''hiérarchie de caches''' qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas, on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
===La hiérarchie mémoire classique d'un processeur moderne===
Le nombre de niveaux de cache varient d'un processeur à l'autre. Les tout premiers processeurs faisaient avec un cache unique, sans hiérarchie de cache. Mais par la suite, la scission entre L1 et L2 est apparue. Puis un cache L3 a été ajouté, avec parfois un cache L4.
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un '''cache L1 de données''' pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions. La séparation entre cache L1 de données et d’instruction est apparue en même temps que la scission entre cache L1 et L2.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=2|Cache d'instructions.]]
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Il a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicœurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie d'un ensemble de circuits reliés, comme le contrôleur mémoire ou l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
{|
|[[File:Exclusivecache.png|vignette|upright=0.5|Cache exclusif.]]
|[[File:Inclusivecache.png|vignette|upright=0.5|Cache inclusif.]]
|}
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Les ''Cache on a stick'' ont été introduits sur les processeurs Motorola, et utilisés sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la pluaprt des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
===Le cas particulier des caches ''Write-Through''===
Les caches ''Write-Through'' et ''Write-Back'' ne sont pas égaux du point de vue de l'ECC. En effet, les caches ''Write-Back'' ont un désavantage : quand une donnée est modifiée dans le cache, seul le cache a une copie de la donnée valide. Ils ont donc intérêt à protéger cette donnée contre les erreurs, ce qui implique l'usage de l'ECC au minimum. A l'opposé, les caches ''Write-Through'' n'ont pas ce problème : ils garantissent que toute donnée dans le cache est aussi recopiée ailleurs, que ce soit en mémoire RAM, dans le niveau de cache inférieur, ou dans un ''write buffer''/tampon d'écriture. Ils peuvent donc se contenter d'utiliser un bit de parité par mot, voire par ligne de cache. Ce qui entraine des économies substantielles de circuits.
En général, les processeurs préfèrent utiliser des caches ''Write-Back'' pour tous les niveaux, L1, L2 et L3, voire L4. Mais quelques rares processeurs préféraient utiliser des ''Write-Through'' pour le niveau L1. Je précise bien : uniquement pour le niveau L1, pas pour les niveaux L2 et L3. Les niveaux L2 et L3 utilisaient des caches ''Write-Back'' protégés avec de l'ECC, seuls les caches L1 se débrouillaient sans.
Un exemple est le Pentium 4 d'Intel, qui se débrouillait avec un L1 ''Write-Through'', sans tampon d'écriture. Les performances en écritures étaient de fait très mauvaises, du fait de l'absence de tampon d'ériture. Les processeurs AMD de microarchitecture Bulldozer avaient eu aussi un cache L1 ''Write-Through'', mais combinés avec un tampon d'écriture, pour conserver des performances acceptables. Le tampon d'écriture en question était un cache de 4 kibioctets, à 4 voies. Les performances du cache en écriture étaient cependant inférieures à celles des processeurs concurrents, qui utailisaient des caches ''Write-Back''
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
[[File:Separate unified.png|thumb|Cache d'instruction séparé du cache de données.]]
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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La '''mémoire cache''' est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Sans elle, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire RAM est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instructions (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
Le cache est fabriqué avec de la mémoire SRAM, avec quelques exceptions qui utilisent de l'eDRAM. Les tout premiers processeurs utilisaient un cache externe, séparé du processeur, qui était installé sur un connecteur dédié. Mais de nos jours, le cache est intégré dans le processeur, directement. La loi de Moore a permis d'utiliser des transistors pour le cache, en plus des cœurs du processeur. Et le gain de cette intégration est assez clair : le cache est plus rapide quand il est dans le processeur que dehors.
Les processeurs modernes utilisent même plusieurs mémoires caches. Il y a toute une hiérarchie de mémoires caches, allant d'un cache très petit mais très rapide, à un cache plus lent mais de grande capacité. Les caches en question sont appelés le '''cache L1''' pour le plus petit et le plus rapide, le '''cache L2''' pour le cache intermédiaire, et le '''cache L3''' pour le cache gros et lent. Les processeurs assez anciens n'utilisaient pas de cache L3, ils avaient juste un cache L1 petit et rapide, et un cache L2 moyen en tout.
[[File:Cache Hierarchy.png|centre|vignette|upright=1.5|Hiérarchie de caches]]
Petit point terminologie avant de poursuivre : j'utiliserais parfois l'expression "niveaux de cache inférieurs". L'expression se fait quand on parle d'un niveau de cache bien précis, souvent le niveau L1. Quand on parle des "niveaux de cache inférieurs au L1", cela veut dire le cache L2 et L3, voire ceux en-dessous s'ils existent. Idem pour les "niveaux de cache inférieurs au L2", qui désigne le cache L3. La mémoire RAM est souvent implicitement comptée dans cette expression, même si elle n'est pas un cache à proprement parler.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie.
Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps. Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si une écriture a lieu dans une ligne de cache, elle ne concerne que ce cache. Elle n'est pas propagée dans les niveaux de cache inférieurs, ni en RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée dans les niveaux de cache inférieurs s'ils existent, puis en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont beaucoup plus simples à implémenter. Ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps. Cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache. Et le même problème survient quand les niveaux de cache inférieurs sont utilisés en écriture. L'écriture ne peut pas être propagée tant que le port d'écriture est occupé.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les écritures, à savoir : les données à écrire en RAM, mais aussi l'adresse à laquelle écrire. Les écritures attendent dans le tampon d'écriture que les niveaux de cache inférieurs (ou la RAM) soient libres. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse sont fusionnées en une seule, dans le tampon d’écriture. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, ce qui lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
L'usage d'un tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. Mais on peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''.
Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''.
Le cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
Quelques processeurs des années 2010 avaient un cache L3 qui était un cache de victime. Les défauts à froid chargeaient la donnée associée dans le cache L2, plus rarement dans le cache L1 directement. En tout cas, les données ne passaient pas par le cache L3. Le seul moyen pour qu'une donnée atterrissent dans le cache L3 est qu'elles aient été évincées du cache L2. C'était une solution adaptée pour une époque où avoir un gros cache était primordial, mais où le budget en transistor était un peu serré. Faire du L3 un cache de victime économisait des transistors, qui pouvaient être utilisés pour faire grossir le cache. De nos jours, les budgets en transistors permettent de faire autrement.
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une '''hiérarchie de caches''' qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas, on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
===La hiérarchie mémoire classique d'un processeur moderne===
Le nombre de niveaux de cache varient d'un processeur à l'autre. Les tout premiers processeurs faisaient avec un cache unique, sans hiérarchie de cache. Mais par la suite, la scission entre L1 et L2 est apparue. Puis un cache L3 a été ajouté, avec parfois un cache L4.
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un '''cache L1 de données''' pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions. La séparation entre cache L1 de données et d’instruction est apparue en même temps que la scission entre cache L1 et L2.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=2|Cache d'instructions.]]
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Il a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicœurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie d'un ensemble de circuits reliés, comme le contrôleur mémoire ou l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
{|
|[[File:Exclusivecache.png|vignette|upright=0.5|Cache exclusif.]]
|[[File:Inclusivecache.png|vignette|upright=0.5|Cache inclusif.]]
|}
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Les ''Cache on a stick'' ont été introduits sur les processeurs Motorola, et utilisés sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la plupart des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
===Le cas particulier des caches ''Write-Through''===
Les caches ''Write-Through'' et ''Write-Back'' ne sont pas égaux du point de vue de l'ECC. En effet, les caches ''Write-Back'' ont un désavantage : quand une donnée est modifiée dans le cache, seul le cache a une copie de la donnée valide. Ils ont donc intérêt à protéger cette donnée contre les erreurs, ce qui implique l'usage de l'ECC au minimum. A l'opposé, les caches ''Write-Through'' n'ont pas ce problème : ils garantissent que toute donnée dans le cache est aussi recopiée ailleurs, que ce soit en mémoire RAM, dans le niveau de cache inférieur, ou dans un ''write buffer''/tampon d'écriture. Ils peuvent donc se contenter d'utiliser un bit de parité par mot, voire par ligne de cache. Ce qui entraine des économies substantielles de circuits.
En général, les processeurs préfèrent utiliser des caches ''Write-Back'' pour tous les niveaux, L1, L2 et L3, voire L4. Mais quelques rares processeurs préféraient utiliser des ''Write-Through'' pour le niveau L1. Je précise bien : uniquement pour le niveau L1, pas pour les niveaux L2 et L3. Les niveaux L2 et L3 utilisaient des caches ''Write-Back'' protégés avec de l'ECC, seuls les caches L1 se débrouillaient sans.
Un exemple est le Pentium 4 d'Intel, qui se débrouillait avec un L1 ''Write-Through'', sans tampon d'écriture. Les performances en écritures étaient de fait très mauvaises, du fait de l'absence de tampon d'ériture. Les processeurs AMD de microarchitecture Bulldozer avaient eu aussi un cache L1 ''Write-Through'', mais combinés avec un tampon d'écriture, pour conserver des performances acceptables. Le tampon d'écriture en question était un cache de 4 kibioctets, à 4 voies. Les performances du cache en écriture étaient cependant inférieures à celles des processeurs concurrents, qui utailisaient des caches ''Write-Back''
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
[[File:Separate unified.png|thumb|Cache d'instruction séparé du cache de données.]]
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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Mewtow
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/* La hiérarchie mémoire classique d'un processeur moderne */
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wikitext
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La '''mémoire cache''' est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Sans elle, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire RAM est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instructions (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
Le cache est fabriqué avec de la mémoire SRAM, avec quelques exceptions qui utilisent de l'eDRAM. Les tout premiers processeurs utilisaient un cache externe, séparé du processeur, qui était installé sur un connecteur dédié. Mais de nos jours, le cache est intégré dans le processeur, directement. La loi de Moore a permis d'utiliser des transistors pour le cache, en plus des cœurs du processeur. Et le gain de cette intégration est assez clair : le cache est plus rapide quand il est dans le processeur que dehors.
Les processeurs modernes utilisent même plusieurs mémoires caches. Il y a toute une hiérarchie de mémoires caches, allant d'un cache très petit mais très rapide, à un cache plus lent mais de grande capacité. Les caches en question sont appelés le '''cache L1''' pour le plus petit et le plus rapide, le '''cache L2''' pour le cache intermédiaire, et le '''cache L3''' pour le cache gros et lent. Les processeurs assez anciens n'utilisaient pas de cache L3, ils avaient juste un cache L1 petit et rapide, et un cache L2 moyen en tout.
[[File:Cache Hierarchy.png|centre|vignette|upright=1.5|Hiérarchie de caches]]
Petit point terminologie avant de poursuivre : j'utiliserais parfois l'expression "niveaux de cache inférieurs". L'expression se fait quand on parle d'un niveau de cache bien précis, souvent le niveau L1. Quand on parle des "niveaux de cache inférieurs au L1", cela veut dire le cache L2 et L3, voire ceux en-dessous s'ils existent. Idem pour les "niveaux de cache inférieurs au L2", qui désigne le cache L3. La mémoire RAM est souvent implicitement comptée dans cette expression, même si elle n'est pas un cache à proprement parler.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie.
Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps. Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si une écriture a lieu dans une ligne de cache, elle ne concerne que ce cache. Elle n'est pas propagée dans les niveaux de cache inférieurs, ni en RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée dans les niveaux de cache inférieurs s'ils existent, puis en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont beaucoup plus simples à implémenter. Ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps. Cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache. Et le même problème survient quand les niveaux de cache inférieurs sont utilisés en écriture. L'écriture ne peut pas être propagée tant que le port d'écriture est occupé.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les écritures, à savoir : les données à écrire en RAM, mais aussi l'adresse à laquelle écrire. Les écritures attendent dans le tampon d'écriture que les niveaux de cache inférieurs (ou la RAM) soient libres. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse sont fusionnées en une seule, dans le tampon d’écriture. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, ce qui lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
L'usage d'un tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. Mais on peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''.
Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''.
Le cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
Quelques processeurs des années 2010 avaient un cache L3 qui était un cache de victime. Les défauts à froid chargeaient la donnée associée dans le cache L2, plus rarement dans le cache L1 directement. En tout cas, les données ne passaient pas par le cache L3. Le seul moyen pour qu'une donnée atterrissent dans le cache L3 est qu'elles aient été évincées du cache L2. C'était une solution adaptée pour une époque où avoir un gros cache était primordial, mais où le budget en transistor était un peu serré. Faire du L3 un cache de victime économisait des transistors, qui pouvaient être utilisés pour faire grossir le cache. De nos jours, les budgets en transistors permettent de faire autrement.
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une '''hiérarchie de caches''' qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas, on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
===La hiérarchie de cache d'un processeur, ancien comme moderne===
Le nombre de niveaux de cache varient d'un processeur à l'autre. Les tout premiers processeurs faisaient avec un cache unique, sans hiérarchie de cache. Mais par la suite, la scission entre L1 et L2 est apparue. Puis un cache L3 a été ajouté, avec parfois un cache L4.
Le cache L1 est le cache le plus proche du processeur. La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un '''cache L1 de données''' pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions. La séparation entre cache L1 de données et d’instruction est apparue en même temps que la scission entre cache L1 et L2. Le cache L2 mémorise indifféremment données et instructions.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=2|Cache d'instructions.]]
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Concrétement, c'est le cache L2 sur les anciens processeurs, le cache L3 ou L4 sur les processeurs modernes. Le cache L3/L4 a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicœurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie du contrôleur mémoire ou de l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
{|
|[[File:Exclusivecache.png|vignette|upright=0.5|Cache exclusif.]]
|[[File:Inclusivecache.png|vignette|upright=0.5|Cache inclusif.]]
|}
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Les ''Cache on a stick'' ont été introduits sur les processeurs Motorola, et utilisés sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la plupart des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
===Le cas particulier des caches ''Write-Through''===
Les caches ''Write-Through'' et ''Write-Back'' ne sont pas égaux du point de vue de l'ECC. En effet, les caches ''Write-Back'' ont un désavantage : quand une donnée est modifiée dans le cache, seul le cache a une copie de la donnée valide. Ils ont donc intérêt à protéger cette donnée contre les erreurs, ce qui implique l'usage de l'ECC au minimum. A l'opposé, les caches ''Write-Through'' n'ont pas ce problème : ils garantissent que toute donnée dans le cache est aussi recopiée ailleurs, que ce soit en mémoire RAM, dans le niveau de cache inférieur, ou dans un ''write buffer''/tampon d'écriture. Ils peuvent donc se contenter d'utiliser un bit de parité par mot, voire par ligne de cache. Ce qui entraine des économies substantielles de circuits.
En général, les processeurs préfèrent utiliser des caches ''Write-Back'' pour tous les niveaux, L1, L2 et L3, voire L4. Mais quelques rares processeurs préféraient utiliser des ''Write-Through'' pour le niveau L1. Je précise bien : uniquement pour le niveau L1, pas pour les niveaux L2 et L3. Les niveaux L2 et L3 utilisaient des caches ''Write-Back'' protégés avec de l'ECC, seuls les caches L1 se débrouillaient sans.
Un exemple est le Pentium 4 d'Intel, qui se débrouillait avec un L1 ''Write-Through'', sans tampon d'écriture. Les performances en écritures étaient de fait très mauvaises, du fait de l'absence de tampon d'ériture. Les processeurs AMD de microarchitecture Bulldozer avaient eu aussi un cache L1 ''Write-Through'', mais combinés avec un tampon d'écriture, pour conserver des performances acceptables. Le tampon d'écriture en question était un cache de 4 kibioctets, à 4 voies. Les performances du cache en écriture étaient cependant inférieures à celles des processeurs concurrents, qui utailisaient des caches ''Write-Back''
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
[[File:Separate unified.png|thumb|Cache d'instruction séparé du cache de données.]]
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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/* Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres */
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wikitext
text/x-wiki
La '''mémoire cache''' est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Sans elle, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire RAM est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instructions (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
Le cache est fabriqué avec de la mémoire SRAM, avec quelques exceptions qui utilisent de l'eDRAM. Les tout premiers processeurs utilisaient un cache externe, séparé du processeur, qui était installé sur un connecteur dédié. Mais de nos jours, le cache est intégré dans le processeur, directement. La loi de Moore a permis d'utiliser des transistors pour le cache, en plus des cœurs du processeur. Et le gain de cette intégration est assez clair : le cache est plus rapide quand il est dans le processeur que dehors.
Les processeurs modernes utilisent même plusieurs mémoires caches. Il y a toute une hiérarchie de mémoires caches, allant d'un cache très petit mais très rapide, à un cache plus lent mais de grande capacité. Les caches en question sont appelés le '''cache L1''' pour le plus petit et le plus rapide, le '''cache L2''' pour le cache intermédiaire, et le '''cache L3''' pour le cache gros et lent. Les processeurs assez anciens n'utilisaient pas de cache L3, ils avaient juste un cache L1 petit et rapide, et un cache L2 moyen en tout.
[[File:Cache Hierarchy.png|centre|vignette|upright=1.5|Hiérarchie de caches]]
Petit point terminologie avant de poursuivre : j'utiliserais parfois l'expression "niveaux de cache inférieurs". L'expression se fait quand on parle d'un niveau de cache bien précis, souvent le niveau L1. Quand on parle des "niveaux de cache inférieurs au L1", cela veut dire le cache L2 et L3, voire ceux en-dessous s'ils existent. Idem pour les "niveaux de cache inférieurs au L2", qui désigne le cache L3. La mémoire RAM est souvent implicitement comptée dans cette expression, même si elle n'est pas un cache à proprement parler.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie.
Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps. Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si une écriture a lieu dans une ligne de cache, elle ne concerne que ce cache. Elle n'est pas propagée dans les niveaux de cache inférieurs, ni en RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée dans les niveaux de cache inférieurs s'ils existent, puis en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont beaucoup plus simples à implémenter. Ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps. Cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache. Et le même problème survient quand les niveaux de cache inférieurs sont utilisés en écriture. L'écriture ne peut pas être propagée tant que le port d'écriture est occupé.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les écritures, à savoir : les données à écrire en RAM, mais aussi l'adresse à laquelle écrire. Les écritures attendent dans le tampon d'écriture que les niveaux de cache inférieurs (ou la RAM) soient libres. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse sont fusionnées en une seule, dans le tampon d’écriture. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, ce qui lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
L'usage d'un tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. Mais on peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''.
Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''.
Le cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
Quelques processeurs des années 2010 avaient un cache L3 qui était un cache de victime. Les défauts à froid chargeaient la donnée associée dans le cache L2, plus rarement dans le cache L1 directement. En tout cas, les données ne passaient pas par le cache L3. Le seul moyen pour qu'une donnée atterrissent dans le cache L3 est qu'elles aient été évincées du cache L2. C'était une solution adaptée pour une époque où avoir un gros cache était primordial, mais où le budget en transistor était un peu serré. Faire du L3 un cache de victime économisait des transistors, qui pouvaient être utilisés pour faire grossir le cache. De nos jours, les budgets en transistors permettent de faire autrement.
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
==La hiérarchie mémoire des caches==
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une '''hiérarchie de caches''' qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas, on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
===La hiérarchie de cache d'un processeur, ancien comme moderne===
Le nombre de niveaux de cache varient d'un processeur à l'autre. Les tout premiers processeurs faisaient avec un cache unique, sans hiérarchie de cache. Mais par la suite, la scission entre L1 et L2 est apparue. Puis un cache L3 a été ajouté, avec parfois un cache L4.
Le cache L1 est le cache le plus proche du processeur. La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un '''cache L1 de données''' pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions. La séparation entre cache L1 de données et d’instruction est apparue en même temps que la scission entre cache L1 et L2. Le cache L2 mémorise indifféremment données et instructions.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=2|Cache d'instructions.]]
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Concrétement, c'est le cache L2 sur les anciens processeurs, le cache L3 ou L4 sur les processeurs modernes. Le cache L3/L4 a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicœurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie du contrôleur mémoire ou de l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
{|
|[[File:Exclusivecache.png|vignette|upright=0.5|Cache exclusif.]]
|[[File:Inclusivecache.png|vignette|upright=0.5|Cache inclusif.]]
|}
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Les ''Cache on a stick'' ont été introduits sur les processeurs Motorola, et utilisés sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la plupart des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
===Le cas particulier du cache du processeur MIPS R8000===
La quasi-totalité des caches L2/L3/L4 ne fait pas la différence entre instructions et données, et encore moins entre données entières, flottantes et pointeurs. Cependant, il existe une exception notable : le cache du processeur MIPS R8000. Il avait deux caches L1, un pour les données et un pour les instructions. De plus, il pouvait utiliser un cache L2 externe, placé sur la carte mère.
Les nombres entiers et adresses pouvaient sans problème être chargées dans le cache L1 de données. Mais les nombres flottants ne passaient pas par le cache L1, ils étaient seulement dans le cache L2. Toute lecture/écriture flottante se faisait dans le cache L2 externe, elle contournait automatiquement le cache L1. La raison à cela est que les applications flottantes de l'époque avaient une mauvaise localité spatiale et temporelle, ce qui fait qu'elles profitaient peu de la présence de mémoire cache. Si les flottants passaient dans le cache L1, ils pollueraient le cache, à savoir qu'ils remplaceraient des données bien plus utiles.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
===Le cas particulier des caches ''Write-Through''===
Les caches ''Write-Through'' et ''Write-Back'' ne sont pas égaux du point de vue de l'ECC. En effet, les caches ''Write-Back'' ont un désavantage : quand une donnée est modifiée dans le cache, seul le cache a une copie de la donnée valide. Ils ont donc intérêt à protéger cette donnée contre les erreurs, ce qui implique l'usage de l'ECC au minimum. A l'opposé, les caches ''Write-Through'' n'ont pas ce problème : ils garantissent que toute donnée dans le cache est aussi recopiée ailleurs, que ce soit en mémoire RAM, dans le niveau de cache inférieur, ou dans un ''write buffer''/tampon d'écriture. Ils peuvent donc se contenter d'utiliser un bit de parité par mot, voire par ligne de cache. Ce qui entraine des économies substantielles de circuits.
En général, les processeurs préfèrent utiliser des caches ''Write-Back'' pour tous les niveaux, L1, L2 et L3, voire L4. Mais quelques rares processeurs préféraient utiliser des ''Write-Through'' pour le niveau L1. Je précise bien : uniquement pour le niveau L1, pas pour les niveaux L2 et L3. Les niveaux L2 et L3 utilisaient des caches ''Write-Back'' protégés avec de l'ECC, seuls les caches L1 se débrouillaient sans.
Un exemple est le Pentium 4 d'Intel, qui se débrouillait avec un L1 ''Write-Through'', sans tampon d'écriture. Les performances en écritures étaient de fait très mauvaises, du fait de l'absence de tampon d'ériture. Les processeurs AMD de microarchitecture Bulldozer avaient eu aussi un cache L1 ''Write-Through'', mais combinés avec un tampon d'écriture, pour conserver des performances acceptables. Le tampon d'écriture en question était un cache de 4 kibioctets, à 4 voies. Les performances du cache en écriture étaient cependant inférieures à celles des processeurs concurrents, qui utailisaient des caches ''Write-Back''
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
[[File:Separate unified.png|thumb|Cache d'instruction séparé du cache de données.]]
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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La '''mémoire cache''' est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Sans elle, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire RAM est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instructions (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
Le cache est fabriqué avec de la mémoire SRAM, avec quelques exceptions qui utilisent de l'eDRAM. Les tout premiers processeurs utilisaient un cache externe, séparé du processeur, qui était installé sur un connecteur dédié. Mais de nos jours, le cache est intégré dans le processeur, directement. La loi de Moore a permis d'utiliser des transistors pour le cache, en plus des cœurs du processeur. Et le gain de cette intégration est assez clair : le cache est plus rapide quand il est dans le processeur que dehors.
Les processeurs modernes utilisent même plusieurs mémoires caches. Il y a toute une hiérarchie de mémoires caches, allant d'un cache très petit mais très rapide, à un cache plus lent mais de grande capacité. Les caches en question sont appelés le '''cache L1''' pour le plus petit et le plus rapide, le '''cache L2''' pour le cache intermédiaire, et le '''cache L3''' pour le cache gros et lent. Les processeurs assez anciens n'utilisaient pas de cache L3, ils avaient juste un cache L1 petit et rapide, et un cache L2 moyen en tout.
[[File:Cache Hierarchy.png|centre|vignette|upright=1.5|Hiérarchie de caches]]
Petit point terminologie avant de poursuivre : j'utiliserais parfois l'expression "niveaux de cache inférieurs". L'expression se fait quand on parle d'un niveau de cache bien précis, souvent le niveau L1. Quand on parle des "niveaux de cache inférieurs au L1", cela veut dire le cache L2 et L3, voire ceux en-dessous s'ils existent. Idem pour les "niveaux de cache inférieurs au L2", qui désigne le cache L3. La mémoire RAM est souvent implicitement comptée dans cette expression, même si elle n'est pas un cache à proprement parler.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie.
Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps. Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si une écriture a lieu dans une ligne de cache, elle ne concerne que ce cache. Elle n'est pas propagée dans les niveaux de cache inférieurs, ni en RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée dans les niveaux de cache inférieurs s'ils existent, puis en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont beaucoup plus simples à implémenter. Ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps. Cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache. Et le même problème survient quand les niveaux de cache inférieurs sont utilisés en écriture. L'écriture ne peut pas être propagée tant que le port d'écriture est occupé.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les écritures, à savoir : les données à écrire en RAM, mais aussi l'adresse à laquelle écrire. Les écritures attendent dans le tampon d'écriture que les niveaux de cache inférieurs (ou la RAM) soient libres. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse sont fusionnées en une seule, dans le tampon d’écriture. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, ce qui lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
L'usage d'un tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. Mais on peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''.
Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''.
Le cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
Quelques processeurs des années 2010 avaient un cache L3 qui était un cache de victime. Les défauts à froid chargeaient la donnée associée dans le cache L2, plus rarement dans le cache L1 directement. En tout cas, les données ne passaient pas par le cache L3. Le seul moyen pour qu'une donnée atterrissent dans le cache L3 est qu'elles aient été évincées du cache L2. C'était une solution adaptée pour une époque où avoir un gros cache était primordial, mais où le budget en transistor était un peu serré. Faire du L3 un cache de victime économisait des transistors, qui pouvaient être utilisés pour faire grossir le cache. De nos jours, les budgets en transistors permettent de faire autrement.
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==La hiérarchie mémoire des caches==
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une '''hiérarchie de caches''' qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas, on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
===La hiérarchie de cache d'un processeur, ancien comme moderne===
Le nombre de niveaux de cache varient d'un processeur à l'autre. Les tout premiers processeurs faisaient avec un cache unique, sans hiérarchie de cache. Mais par la suite, la scission entre L1 et L2 est apparue. Puis un cache L3 a été ajouté, avec parfois un cache L4.
Le cache L1 est le cache le plus proche du processeur. La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un '''cache L1 de données''' pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions. La séparation entre cache L1 de données et d’instruction est apparue en même temps que la scission entre cache L1 et L2. Le cache L2 mémorise indifféremment données et instructions.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=2|Cache d'instructions.]]
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Concrétement, c'est le cache L2 sur les anciens processeurs, le cache L3 ou L4 sur les processeurs modernes. Le cache L3/L4 a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicœurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie du contrôleur mémoire ou de l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
{|
|[[File:Exclusivecache.png|vignette|upright=0.5|Cache exclusif.]]
|[[File:Inclusivecache.png|vignette|upright=0.5|Cache inclusif.]]
|}
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Les ''Cache on a stick'' ont été introduits sur les processeurs Motorola, et utilisés sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la plupart des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
===Le cas particulier du processeur MIPS R8000===
Le processeur MIPS R8000 intégrait une forme de ''cache bypassing'', qui est, à ma connaissance, totalement inédite. Et pour la comprendre, faisons un léger rappel. Les processeurs qui supportent les nombres flottants disposent d'instructions de lecture/écriture spécialisées pour les nombres flottants, séparées des instructions LOAD et STORE classiques. Elles sont souvent appelées FLOAD et STORE. Les fait de séparer les instructions LOAD/STORE des instructions FLOAD/FSTORE permet d'implémenter des optimisations, ce qui est le cas ici.
Sur le MIPS R8000, les instructions FLOAD et FSTORE contournaient le cache, à savoir que les flottants étaient lus/écrits sans passer par la mémoire cache. La raison à cela est que les applications de l'époque avaient une bonne localité spatiale et temporlle pour les instructions LOAD et STORE classiques, mais une très mauvaise localité spatiale et temporelle pour leurs équivalents flottant. Concrètement, les applications faisant beaucoup de calculs flottants profitaient peu de la présence de mémoire cache. Si les flottants passaient dans le cache, ils pollueraient le cache, à savoir qu'ils remplaceraient des données bien plus utiles.
Les choses sont cependant compliquées par la hiérarchie de cache un peu bizarre de ce processeur. Le processeur MIPS R8000 avait deux caches L1, un pour les données et un pour les instructions. De plus, il pouvait utiliser un cache L2 externe, placé sur la carte mère. Les instructions LOAD et STORE ne contournaient pas les caches L1 et L2, ce qui fait que les nombres entiers et adresses pouvaient sans problème être copiés dans le cache L1 de données. Les instructions FLOAD et FSTORE ne passaient pas par le cache L1, mais atterrissaient dans le cache L2. En clair, le cache L1 de données était contourné, mais pas le cache L2. Toute lecture/écriture flottante se faisait dans le cache L2 externe, elle contournait automatiquement le cache L1.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
===Le cas particulier des caches ''Write-Through''===
Les caches ''Write-Through'' et ''Write-Back'' ne sont pas égaux du point de vue de l'ECC. En effet, les caches ''Write-Back'' ont un désavantage : quand une donnée est modifiée dans le cache, seul le cache a une copie de la donnée valide. Ils ont donc intérêt à protéger cette donnée contre les erreurs, ce qui implique l'usage de l'ECC au minimum. A l'opposé, les caches ''Write-Through'' n'ont pas ce problème : ils garantissent que toute donnée dans le cache est aussi recopiée ailleurs, que ce soit en mémoire RAM, dans le niveau de cache inférieur, ou dans un ''write buffer''/tampon d'écriture. Ils peuvent donc se contenter d'utiliser un bit de parité par mot, voire par ligne de cache. Ce qui entraine des économies substantielles de circuits.
En général, les processeurs préfèrent utiliser des caches ''Write-Back'' pour tous les niveaux, L1, L2 et L3, voire L4. Mais quelques rares processeurs préféraient utiliser des ''Write-Through'' pour le niveau L1. Je précise bien : uniquement pour le niveau L1, pas pour les niveaux L2 et L3. Les niveaux L2 et L3 utilisaient des caches ''Write-Back'' protégés avec de l'ECC, seuls les caches L1 se débrouillaient sans.
Un exemple est le Pentium 4 d'Intel, qui se débrouillait avec un L1 ''Write-Through'', sans tampon d'écriture. Les performances en écritures étaient de fait très mauvaises, du fait de l'absence de tampon d'ériture. Les processeurs AMD de microarchitecture Bulldozer avaient eu aussi un cache L1 ''Write-Through'', mais combinés avec un tampon d'écriture, pour conserver des performances acceptables. Le tampon d'écriture en question était un cache de 4 kibioctets, à 4 voies. Les performances du cache en écriture étaient cependant inférieures à celles des processeurs concurrents, qui utailisaient des caches ''Write-Back''
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
[[File:Separate unified.png|thumb|Cache d'instruction séparé du cache de données.]]
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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La '''mémoire cache''' est une mémoire intercalée entre la mémoire et un processeur, plus rarement à l'intérieur d'un périphérique. Sans elle, on se croirait à l'âge de pierre tellement nos PC seraient lents ! En effet, la mémoire RAM est très lente comparée au processeur. Le temps mis pour accéder à la mémoire est du temps durant lequel le processeur n'exécute pas d'instructions (sauf cas particuliers impliquant un pipeline). Pour diminuer ce temps d'attente, il a été décidé d'intercaler une mémoire petite mais rapide, entre le processeur et la mémoire. Ainsi, le processeur accède à un cache très rapide plutôt qu'à une RAM beaucoup plus lente.
Le cache est fabriqué avec de la mémoire SRAM, avec quelques exceptions qui utilisent de l'eDRAM. Les tout premiers processeurs utilisaient un cache externe, séparé du processeur, qui était installé sur un connecteur dédié. Mais de nos jours, le cache est intégré dans le processeur, directement. La loi de Moore a permis d'utiliser des transistors pour le cache, en plus des cœurs du processeur. Et le gain de cette intégration est assez clair : le cache est plus rapide quand il est dans le processeur que dehors.
Les processeurs modernes utilisent même plusieurs mémoires caches. Il y a toute une hiérarchie de mémoires caches, allant d'un cache très petit mais très rapide, à un cache plus lent mais de grande capacité. Les caches en question sont appelés le '''cache L1''' pour le plus petit et le plus rapide, le '''cache L2''' pour le cache intermédiaire, et le '''cache L3''' pour le cache gros et lent. Les processeurs assez anciens n'utilisaient pas de cache L3, ils avaient juste un cache L1 petit et rapide, et un cache L2 moyen en tout.
[[File:Cache Hierarchy.png|centre|vignette|upright=1.5|Hiérarchie de caches]]
Petit point terminologie avant de poursuivre : j'utiliserais parfois l'expression "niveaux de cache inférieurs". L'expression se fait quand on parle d'un niveau de cache bien précis, souvent le niveau L1. Quand on parle des "niveaux de cache inférieurs au L1", cela veut dire le cache L2 et L3, voire ceux en-dessous s'ils existent. Idem pour les "niveaux de cache inférieurs au L2", qui désigne le cache L3. La mémoire RAM est souvent implicitement comptée dans cette expression, même si elle n'est pas un cache à proprement parler.
==L'accès au cache==
Le cache contient une copie de certaines données présentes en RAM. La copie présente dans le cache est accessible bien plus rapidement que celle en RAM, vu que le cache est plus rapide. Mais seule une petite partie de ces données sont copiées dans le cache, les autres données devant être lues ou écrites dans la RAM. Toujours est-il que le cache contient une copie des dernières données accédées par le processeur.
Une donnée est copiée dans la mémoire cache quand elle est lue ou écrite par le processeur. Le processeur conserve une copie de la donnée dans le cache après son premier accès. Les lectures/écritures suivantes se feront alors directement dans le cache. Évidemment, au fur et à mesure des accès, certaines données anciennes sont éliminées du cache pour faire de la place aux nouveaux entrants, comme nous le verrons plus tard.
[[File:Principe d'une mémoire cache.gif|centre|vignette|upright=2|Principe d'une mémoire cache.]]
La mémoire cache est invisible pour le programmeur, qui ne peut pas déceler celles-ci dans l'assembleur. Les accès mémoire se font de la même manière avec ou sans le cache. La raison à cela est que le cache intercepte les accès mémoire et y répond s'il en a la capacité. Par exemple, si le cache intercepte une lecture à une adresse et que le contenu de cette adresse est dans le cache, le cache va outrepasser la mémoire RAM et la donnée sera envoyée par le cache au lieu d'être lue en RAM. par contre, si un accès se fait à une adresse pour laquelle le cache n'a pas la donnée, alors l'accès mémoire sera effectué par la RAM de la même manière que si le cache n'était pas là.
[[File:Accès au cache.png|centre|vignette|upright=2|Accès au cache]]
===Les succès et défauts de caches===
Tout accès mémoire est intercepté par le cache, qui vérifie si la donnée demandée est présente ou non dans le cache. Si la donnée voulue est présente dans le cache, on a un '''succès de cache''' (''cache hit'') et on accède à la donnée depuis le cache. Sinon, c'est un '''défaut de cache''' (''cache miss'') et on est obligé d’accéder à la RAM.
Les défauts de cache peuvent avoir plusieurs origines. Tout ce qu'il faut savoir est que lorsque le processeur accède à une donnée ou une instruction pour la première fois, il la place dans la mémoire cache car elle a de bonnes chances d'être réutilisée prochainement. La raison à cela est qu'un programme a tendance à réutiliser les instructions et données qui ont été accédées dans le passé : c'est le ''principe de localité temporelle''. Bien évidement, cela dépend du programme, de la façon dont celui-ci est programmé et accède à ses données et du traitement qu'il fait, mais c'est souvent vrai en général.
La première cause des défauts de cache est liée à la taille du cache. À force de charger des données/instructions dans le cache, le cache fini par être trop petit pour conserver les anciennes données. Le cache doit bien finir par faire de la place en supprimant les anciennes données, qui ont peu de chances d'être réutilisées. Ces anciennes données éliminées du cache peuvent cependant être accédées plus tard. Tout prochain accès à cette donnée mènera à un cache miss. C'est ce qu'on appelle un ''Capacity Cache Miss'', ou encore '''défaut de capacité'''. Les seules solutions pour éviter cela consistent à augmenter la taille du cache ou à optimiser le programme exécuté (voir plus bas).
Une autre raison pour un défaut est donc la suivante. Lorsqu'on exécute à une instruction ou qu'on accède à donnée pour la première fois, celle-ci n'a pas encore été chargée dans le cache. Le défaut de cache est inévitable : ce genre de cache miss s'appelle un ''Cold Miss'', ou encore un '''défaut à froid'''. De tels défauts sont presque impossibles à éliminer, sauf à utiliser des techniques de préchargement qui chargent à l'avance des données potentiellement utiles. Ces méthodes de préchargement se basent sur le principe de localité spatiale, à savoir le fait que les programmes ont tendance à accéder à des données proches en mémoire. Pour donner un exemple, les instructions d'un programme sont placées en mémoire dans l’ordre dans lequel on les exécute : la prochaine instruction à exécuter est souvent placée juste après l'instruction en cours (sauf avec les branchements). Quand on accède à une donnée ou une instruction, le cache peut précharger les données adjacentes pour en profiter. Nous parlerons de ces techniques de préchargement dans un chapitre dédié, vers la fin du cours.
===Le fonctionnement du cache, vu du processeur===
Vu du processeur, le cache prend en entrée toutes les informations nécessaires pour effectuer un accès mémoire : des signaux de commande, une adresse et la donnée à écrire si besoin. Tout cela est passé en entrée du cache, celui-ci répondant aux accès mémoire via divers bits de contrôles, que le processeur peut lire à souhait. Le cache fournit aussi la donnée à lire, pour les lectures, sur une sortie, connectée directement au bus mémoire/processeur. Globalement, le cache a une capacité limitée, mais il prend en entrée des adresses complètes. Par exemple, sur un processeur 64 bits, le cache prend en entrée des adresses de 64 bits (sauf si optimisations), même si le cache en question ne fait que quelques mébioctets.
Les caches sont souvent des mémoires multiports, surtout sur les processeurs récents. Les caches simple port sont rares, mêmes s'ils existent et ont existé par le passé. les caches double port sont eux plus fréquents, et ont généralement un port d'écriture séparé du port de lecture. Mais les caches récents ont plusieurs ports de lecture/écriture et sont capables de gérer plusieurs accès mémoire simultanés.
Les données présentes dans le cache sont (pré)chargées depuis la mémoire, ce qui fait que toute donnée dans le cache est la copie d'une donnée en mémoire RAM. Le cache doit faire la correspondance entre une donnée du cache et l'adresse mémoire correspondante. Du point de vue du fonctionnement, on peut voir le cache comme une sorte de table de correspondance, qui mémorise des données, chacune étant associée à son adresse mémoire. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Cela vaut du point de vue du processeur, le fonctionnement interne du cache étant quelque peu différent selon le cache. Il existe des caches dont le fonctionnement interne est bien celui d'une table de correspondance matérielle, d'autres qui sont beaucoup plus optimisés.
[[File:Fonctionnement d'une mémoire associative à correspondance.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement simplifié d'une mémoire cache : les adresses sont dans la colonne de gauche, les données sont dans la colonne de droite. On voit qu'on envoie l'adresse au cache, que celui-ci répond en renvoyant la donnée associée.]]
==La performance des mémoires caches==
L'analyse de la performance des mémoires caches est plus riche pour celle des autres mémoires. Sa performance dépend de beaucoup de paramètres, mais on peut cependant citer les principaux. Les deux premiers sont tout bonnement sa latence et son débit, comme pour n'importe quelle autre mémoire. La latence est plus importante que son débit, car le processeur est généralement plus rapide que le cache et qu'il n'aime pas attendre. Mais le critère le plus important pour un cache est sa capacité à empêcher des accès mémoire, son efficacité. Plus les accès mémoire sont servis par le cache au lieu de la RAM, meilleures seront les performances. Pour résumer, la performance d'un cache est surtout caractérisée par deux métriques : le taux de défaut, qui correspond à l’efficacité du cache, et la latence du cache.
===Le taux de succès/défaut===
Le '''taux de succès''' (hit ratio) est un premier indicateur des performances du cache, mais un indicateur assez imparfait. C'est le pourcentage d'accès mémoire qui ne déclenchent pas de défaut de cache. Plus il est élevé, plus le processeur accède au cache à la place de la RAM et plus le cache est efficace. Certains chercheurs préfèrent utiliser le '''taux de défauts''', à savoir le pourcentage d'accès mémoire qui entraînent un défaut de cache. Plus il est bas, meilleures sont les performances. Le taux de défaut est relié au taux de succès par l'équation <math>T_\text{succes} = 1 - T_\text{defaut}</math>. Par définition, il est égal à :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d’accès mémoires}}</math>
Plutôt que de comparer le nombre de défauts/succès de cache au nombre d'accès mémoire, il est aussi possible de diviser le nombre de défauts par le nombre total d'instructions. On obtient alors le '''taux de défauts/succès par instruction''', une autre métrique utile. Par définition, elle est égale à :
: <math>\text{Taux de défauts par instruction} = \frac{\text{Nombre de défauts de cache}}{\text{Nombre d'instructions}} = \text{Taux de défauts de cache} \times \frac{\text{Nombre d’accès mémoires}}{\text{Nombre d'instructions}}</math>
Si certains défauts de cache sont inévitables quel que soit le cache, comme les défauts à froids, mentionnés plus haut, d'autres défauts peuvent être évités en augmentant la capacité du cache. C'est le cas des défauts de capacité qui sont causés par un accès à une donnée qui a été éliminée du cache faute de place. Plus le cache est gros, moins il a de chances d'être rempli, moins il doit rapatrier de données, plus son taux de succès augmente. Mais nous reviendrons sur le lien entre taille du cache et taux de défaut plus bas.
Le taux de succès ne dépend pas que du cache, mais aussi de la conception des programmes exécutés. Une bonne utilisation du cache (ainsi que de la mémoire virtuelle) repose sur le programmeur qui doit prendre en compte les principes de localités dès la conception de ses programmes.
Par exemple, un programmeur peut parfaitement tenir compte du cache au niveau de son algorithme : on peut citer l'existence des algorithmes ''cache oblivious'', qui sont conçus pour être optimaux quelle que soit la taille du cache. Le programmeur peut aussi choisir ses structures de données de manière à améliorer la localité. Par exemple, un tableau est une structure de donnée respectant le principe de localité spatiale, tandis qu'une liste chaînée ou un arbre n'en sont pas (bien qu'on puisse les implémenter de façon à limiter la casse). D'autres optimisations sont parfois possibles : par exemple, le sens de parcours d'un tableau multidimensionnel peut faire une grosse différence. Cela permet des gains très intéressants pouvant se mesurer avec des nombres à deux ou trois chiffres.
Je vous recommande, si vous êtes programmeur, de vous renseigner le plus possible sur les optimisations de code ou algorithmiques qui concernent le cache : il vous suffira de chercher sur Google. Il y a une citation qui résume bien cela, prononcée par un certain Terje Mathisen. Si vous ne le connaissez pas, cet homme est un vieux programmeur (du temps durant lequel on codait encore en assembleur), grand gourou de l’optimisation, qui a notamment travaillé sur le moteur de Quake 3 Arena.
{{BlocCitation|Almost all programming can be viewed as an exercise in caching.|auteur=Terje Mathisen}}
===La latence moyenne d'un cache===
Le temps mis pour lire ou écrire une donnée varie en présence d'un cache. Certaines lectures/écritures vont atterrir directement dans le cache (succès) tandis que d'autres devront aller chercher leur contenu en mémoire RAM (défaut de cache). Dans tous les cas, qu'il y ait défaut ou non, le cache sera consulté et mettra un certain temps à répondre, égal au temps de latence du cache. Tous les accès mémoires auront donc une durée au moins égale au temps de latence du cache, qui sera notée <math>T_c</math>.
En cas de succès, le cache aura effectué la lecture ou l'écriture, et aucune action supplémentaire n'est requise. Ce qui n'est pas le cas en cas de défaut : le processeur devra aller lire/écrire la donnée en RAM, ce qui prend un temps supplémentaire égal au temps de latence de la mémoire RAM. Un défaut ajoute donc un temps, une pénalité, à l'accès mémoire. Dans ce qui suivra, le temps d'accès à la RAM sera noté <math>T_m</math>. Fort de ces informations, nous pouvons calculer le temps de latence moyen d'un accès mémoire, qui est la somme du temps d'accès au cache (pour tous les accès mémoire), multiplié par le temps lié aux défauts. On a alors :
: <math>T = T_c + \text{Taux de défaut} \times T_m</math>
On voit que plus le taux de succès est élevé, plus le temps de latence moyen sera bas, et inversement. Ce qui explique l'influence du taux de succès sur les performances du cache, influence assez importante sur les processeurs actuels. De nos jours, le temps que passe le processeur dans les défauts de cache devient de plus en plus un problème au fil du temps, et gérer correctement le cache est une nécessité, particulièrement sur les processeurs multi-cœurs.
Il faut dire que la différence de vitesse entre processeur et mémoire est tellement importante que les défauts de cache sont très lents : alors qu'un succès de cache va prendre entre 1 et 5 cycles d'horloge, un cache miss fera plus dans les 400-1000 cycles d'horloge. Tout ce temps sera du temps de perdu que le processeur aura du mal à mitiger. Autant dire que réduire les défauts de cache est beaucoup plus efficace que d'optimiser les calculs effectués par le processeur (erreur courante chez de nombreux programmeurs, notamment débutants).
===L'impact de la taille du cache sur le taux de défaut et la latence===
Il y a un lien entre taille du cache, taux de défaut, débit binaire et latence moyenne. Globalement, plus un cache est gros, plus il est lent. Simple application de la notion de hiérarchie mémoire vue il y a quelques chapitres. Les raisons à cela sont nombreuses, mais nous ne pouvons pas les aborder ici, car il faudrait que nous sachions comment fonctionne un cache et ce qu'il y a à l'intérieur, ce qui sera vu dans la suite du chapitre. Toujours est-il que la latence moyenne d'un cache assez gros est assez importante. De même, le débit binaire d'un cache diminue avec sa taille, mais dans une moindre mesure. Les petits caches ont donc un gros débit binaire et une faible latence, alors que c'est l'inverse pour les gros caches.
Une grande capacité de cache améliore le taux de succès, mais cela se fait au détriment de son temps de latence et de son débit, ce qui fait qu'il y a un compromis assez difficile à trouver entre taille du cache, latence et débit. Il peut arriver qu'augmenter la taille du cache augmente son temps d'accès au point d’entraîner une baisse de performance. Par exemple, les processeurs Nehalem d'Intel ont vus leurs performances dans certains jeux vidéos baisser de 2 à 3 %, malgré de nombreuses améliorations architecturales, parce que la latence du cache L1 avait augmentée de 2 cycles d'horloge.
Pour avoir une petite idée du compromis à faire, regardons la relation entre taille du cache et taux de défaut. Il existe une relation approximative entre ces deux variables, appelée la '''loi de puissance des défauts de cache'''. Elle donne le nombre total de défaut de cache en fonction de la taille du cache et de deux autres paramètres. Voici cette loi :
: <math>\text{Taux de défauts de cache} \approx K \times \text{Taille du cache}^{- \alpha }</math>, avec <math>K</math> et <math>\alpha</math> deux coefficients qui dépendent du programme exécuté.
Le coefficient <math>\alpha</math> est généralement compris entre 0.3 et 0.7, guère plus, et varie suivant le programme exécuté. Précisons que cette loi ne marche que si le cache est assez petit par rapport aux données à utiliser. Pour un cache assez gros et des données très petites, la relation précédente est mise en défaut. Pour s'en rendre compte, il suffit d'étudier le cas extrême où toutes les données nécessaires tiennent dans le cache. Dans ce cas, il n'y a qu'un nombre fixe de défauts de cache : autant qu'il faut charger de données dans le cache. Le nombre de défauts de cache observé dans cette situation n'est autre que le coefficient <math>K</math> de la situation précédente, mais il n'y a aucune dépendance entre taux de défaut et taille du cache.
L'origine de cette relation s'explique quand on regarde combien de fois chaque donnée est réutilisée lors de l’exécution d'un programme. La plupart des données finissent par être ré-accédées à un moment ou un autre et il se passe un certain temps entre deux accès à une même donnée. Sur la plupart des programmes, les observations montrent que beaucoup de réutilisations de données se font après un temps très court et qu'inversement, peu de ré-accès se font après un temps inter-accès long. Si on compte le nombre de réutilisation qui ont un temps inter-accès bien précis, on retrouve une loi de puissance identique à celle vue précédemment :
: <math>\text{Nombre de réaccès avec un temps inter-accès égal à t} \approx K \times t^{- \beta}</math>, avec t le temps moyen entre deux réutilisations.
Le coefficient <math>\beta</math> est ici compris entre 1.7 et 1.3. De manière générale, les coefficients <math>\alpha</math> et <math>\beta</math> sont reliés par la relation <math>\alpha = 1 - \beta</math>, ce qui montre qu'il y a un lien entre les deux relations.
Précisons cependant que la loi de puissance précédente ne vaut pas pour tous les programmes informatiques, mais seulement pour la plupart d’entre eux. Il n'est pas rare de trouver quelques programmes pour lesquels les accès aux données sont relativement prédictibles et où une bonne optimisation du code fait que la loi de puissance précédente n'est pas valide.
La loi de puissance des défauts de cache peut se démontrer à partir de la relation précédente, sous certaines hypothèses. Si un suppose que le cache est assez petit par rapport aux données, alors les deux relations sont équivalentes. L'idée qui se cache derrière la démonstration est que si le temps entre deux accès à une donnée est trop long, alors la donnée accédée aura plus de chance d'être rapatriée en RAM, ce qui cause un défaut de cache. La chance de rapatriement dépend de la taille du cache, un cache plus gros peut conserver plus de données et a donc un temps avant rapatriement plus long.
==Les lignes de cache et leurs tags==
Du point de vue du processeur, les lectures et écritures se font mot mémoire par mot mémoire. Un processeur avec des entiers de 64 bits recoit des données de 64 bits de la part du cache, et y écrit des mots de 64 bits. Mais quand on regarde comment sont stockées les données à l'intérieur du cache, les choses sont différentes.
===Les lignes de cache===
Les données sont mémorisées dans le cache par blocs de plusieurs bytes, d'environ 64 à 256 octets chacun, qui portent le nom de '''lignes de cache'''. Les lignes de cache sont l'unité de stockage que l'on trouve à l'intérieur du cache, mais elles servent aussi d'unité de transaction avec la mémoire RAM. Sur les caches actuels, on transfère les données entre le cache et la RAM ligne de cache par ligne de cache, dans la limite de la taille du bus mémoire. Mais d'autres caches plus anciens permettaient de faire des transferts plus fins. C’est-à-dire qu'on pouvait mettre à jour quelques octets dans une ligne de cache sans avoir à la recopier intégralement depuis ou dans la mémoire RAM.
En théorie, on pourrait imaginer des caches où les données sont stockées différemment, où l'unité serait le mot mémoire, par exemple. Par exemple, sur un processeur 64 bits, on aurait une ligne de cache de 64 bits. Cela aurait l'avantage de la simplicité : les transferts entre le processeur et la mémoire serait de même taille, l'intérieur du cache ressemblerait à son interface montrée au processeur. Mais cela aurait quelques défauts qui sont compensés par l'organisation en lignes de cache de grande taille.
Le premier avantage des lignes de cache est lié à la localité spatiale, la tendance qu'on les programmes à accéder à des données proches les unes des autres. Des accès mémoires consécutifs ont tendance à se faire à des adresses proches, qui ont de bonnes chances d'être dans la même ligne de cache. Et des accès consécutifs à une même ligne de cache sont plus rapides que des accès à deux lignes distinctes. Une autre raison est tout simplement que cela simplifie considérablement la circuiterie du cache. Pour une capacité identique, il vaut mieux avoir peu de lignes de cache assez grosses, que beaucoup de petites lignes de cache. La raison est que les circuits du cache, comme le décodeur, l'encodeur et autres, ont moins de sorties et sont donc plus simples.
===L'alignement des lignes de cache===
Les lignes de cache sont des blocs de plusieurs dizaines à centaines de bytes, dont la taille est presque toujours une puissance de deux. De plus, les lignes de cache sont alignées en mémoire. Nous avions déjà abordé la notion d'alignement mémoire dans un chapitre précédent, mais le concept d'alignement des lignes de cache est quelque peu différent. Quand nous avions parlé d'alignement auparavant, il s'agissait de l'alignement des données manipulées par le processeur, qui faisait partie du jeu d'instruction du processeur. Ici, nous parlons d'un alignement totalement différent, invisible pour le programmeur, sans lien avec le jeu d’instruction. Voyons de quoi il retourne.
Concrètement, cela veut dire que du point de vue du cache, la RAM est découpée en blocs qui font la même taille qu'une ligne de cache, aux positions prédéterminées, sans recouvrement entre les blocs. Par exemple, pour un cache dont les lignes de cache font 256 octets, le premier bloc est à l'adresse 0, le second est 256 octets plus loin, c'est à dire à l'adresse 256, le troisième à l'adresse 512, la quatrième à l'adresse 768, etc. Une ligne de cache de 256 octets contiendra une donnée provenant d'un bloc de RAM de 256 octets, dont l'adresse est systématiquement un multiple de 256. Il n'est pas possible qu'une ligne de cache contienne un bloc de 256 octets dont l'adresse du premier octet serait l'adresse 64, ou l'adresse 32, par exemple. En clair, les adresses de ces blocs sont des multiples de la taille de la ligne de cache, de la taille des blocs. Cela rappelle les contraintes d'alignement vues dans le chapitre "Le modèle mémoire : alignement et boutisme", mais appliquées aux lignes de cache.
L'alignement des lignes de cache a des conséquences pratiques pour la conception des caches. Notons qu'il est en théorie possible d'avoir des caches dont les lignes de cache ne sont pas alignées, mais cela poserait des problèmes majeurs. Il serait en effet possible qu'une donnée soit présente dans deux lignes de cache à la fois. Par exemple, prenons le cas où une ligne de cache de 256 commence à l'adresse 64 et une autre ligne de cache commence à l'adresse 0. L'adresse 128 serait dans les deux lignes de cache ! Et cela poserait des problèmes lors des lectures, mais encore plus lors des écritures. C'est pour éviter ce genre de problèmes que les lignes de cache sont alignées avec la mémoire RAM dans tous les caches existants.
L'alignement des lignes de cache est une chose que les programmeurs doivent parfois prendre en compte quand ils écrivent du code ultra-optimisé, destiné à des programmes demandant des performances extrêmes. Il arrive que les contraintes d'alignement posent des problèmes. Nous avions vu dans le chapitre sur le boutisme et l'alignement qu'il valait mieux gérer l'alignement des variables des structures de données, pour éviter les accès non-alignés avec le bus mémoire. La même chose est possible, mais pour l'alignement avec des lignes de cache. Si une données, comme un entier ou un flottant, est à cheval sur deux lignes de cache, elle sera chargée en deux fois, en deux lectures. idem pour les écritures.
Typiquement, l'idéal est que, pour une structure de donnée, on puisse en mettre un nombre entier dans une ligne de cache. Ou alors, si la structure est vraiment grande, que celle-ci occupe un nombre entier de lignes de cache. Si ce n'est pas le cas, il y a un risque d'accès non-alignés, c'est à dire qu'une structure se retrouve à cheval sur deux lignes de cache, avec les défauts que cela implique.
===Le tag d'une ligne de cache===
Plus haut, nous avions dit que le cache mémorise, pour chaque ligne de cache, l'adresse RAM associée. Le cache contient donc des paires adresse-ligne de cache qui lui permettent de faire le lien entre ligne de cache et adresse. Mais du fait de l'organisation du cache en lignes de cache de grande taille, qui sont de plus alignées en mémoire, il faut nuancer cette affirmation. Le cache ne mémorise pas la totalité de l'adresse, ce qui serait inutile. L'alignement des lignes de cache en RAM fait que les bits de poids faible de l'adresse ne sont pas à prendre en compte pour l'association adresse-ligne de cache. Dans ces conditions, on mémorise seulement la partie utile de l'adresse mémoire correspondante, qui forme ce qu'on appelle le '''tag'''.
Le reste de l'adresse indique quelle est la position de la donnée dans la ligne de cache. Par exemple, prenons le cas où le processeur gère des nombres entiers de 64 bits (8 octets) et des lignes de cache de 128 octets : chaque ligne de cache contient donc 16 entiers. Si le processeur veut lire ou écrire un entier bien précis, il doit préciser sa place dans la ligne de cache. Et ce sont les bits de l'adresse mémoire non-inclus dans le cache qui permettent de faire ça. En clair, une adresse mémoire à lire/écrire est interprété par le cache comme la concaténation d'un tag et de la position de la donnée dans la ligne de cache correspondante.
[[File:Adressage d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Adressage d'un cache totalement associatif]]
Le cache est donc une grande table de correspondance entre tags et lignes de cache. Lors d'un accès mémoire, le cache extrait le tag de l'adresse à lire ou écrire, et le compare avec les tags de chaque ligne de cache. Si une ligne contient ce tag, alors c'est que cette ligne correspond à l'adresse, et c'est un défaut de cache sinon. Lors d'un succès de cache, la ligne de cache est lue depuis le cache et envoyée à un multiplexeur qui sélectionne la donnée à lire dans la ligne de cache. Le fonctionnement est similaire pour une écriture : la donnée à écrire passe dans un démultiplexeur, qui envoie la donnée au bon endroit dans la ligne de cache sélectionnée.
[[File:Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Lecture d'une donnée dans un cache CPU, organisé en lignes de cache.]]
===Le contenu d'une ligne de cache===
Dans ce qui va suivre, nous allons considérer que chaque ligne de cache mémorise son tag, les données de la ligne de cache proprement dit, et quelques bits de contrôle annexes qui varient suivant le cache considéré.
[[File:Tag d'une ligne de cache.png|centre|vignette|upright=2|Tag d'une ligne de cache.]]
Les caches modernes incluent de nombreux bits de contrôle, mais deux d'entre eux sont communs à presque tous les caches modernes : le bit ''Dirty'' et le bit ''Valid''.
Le '''bit ''Valid''''' indique si la ligne de cache contient des données valides ou non. Si le bit ''Valid'' est à 0, la ligne de cache est en état valide, à savoir qu'elle contient des données et n'est pas vide. Par contre, si ce bit est à 1, la ligne de cache est invalide et son contenu ne peut pas être lu ou écrit. L'utilité de ce bit est qu'il permet d'effacer une ligne de cache très rapidement : il suffit de mettre ce bit à 0. Il existe des situations où le cache doit être effacé, on dit alors qu'il est invalidé. Une section de ce chapitre sera dédié à l'invalidation du cache.
Le '''bit ''Dirty''''' indique qu'une ligne de cache a été modifiée. Par modifiée, on veut dire que le processeur a écrit dedans, qu'il a modifié la ligne de cache. Mais attention : si la donnée a été modifiée dans le cache, la modification n'est pas forcément propagée en mémoire RAM. Le bit ''dirty'' indique si c'est le cas, si l'écriture a été propagée en mémoire RAM. Il précise que la ligne de cache contient des données modifiées, alors que la RAM a des données initiales non-modifiées. Une ligne de cache avec un bit ''dirty'' à 1 est dite ''dirty'', par métonymie. Nous verrons cela en détail dans la section sur les caches ''write-back'' et ''write-through''.
Les caches modernes ajoutent des '''bits de détection/correction d'erreur''' dans les bits de contrôle. Pour rappel, les codes de détection/correction d'erreur permettent de se prémunir contre des erreurs matérielles, qui corrompent les données stockées dans une mémoire, ici une mémoire cache. Ils ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Nous reviendrons dessus dans une section ultérieur de ce chapitre.
Sur certains caches assez anciens, on pouvait transférer les lignes de caches morceaux par morceaux. Ces caches avaient des lignes de cache divisées en sous-secteurs, ces sous-secteurs étant des morceaux de ligne de cache qu'on pouvait charger indépendamment les uns des autres (mais qui sont consécutifs en RAM). Chaque secteur avait ses propres bits de contrôle, mais le tag était commun à tous les secteurs.
[[File:Cache à secteurs.png|centre|vignette|upright=2.5|Cache à secteurs.]]
: Dans ce qui va suivre, le terme "ligne de cache" désignera soit un bloc de données copiées depuis la RAM d'une taille de 64/128/256/... octets, soit la concaténation de ces données avec le tag et des bits de contrôle. Les deux définitions ne sont pas équivalentes, mais l'usage a entériné cet abus de langage. Et il faut avouer que cela rend les explications du chapitre plus simples.
==Les instructions de contrôle du cache==
Plus haut, nous avions dit que le cache est totalement transparent du point de vue du programmeur. Le cache contient des copies de données en RAM, le programmeur n'a rien à faire pour utiliser le cache correctement. Mais la réalité est que pour des raisons diverses, des processeurs incorporent des '''instructions de contrôle du cache'''. Il s'agit d’instructions qui agissent sur le contenu du cache. Elles existent pour des raisons diverses qu'on détaillera plus bas, mais il s'agit globalement d'une question de performances ou de nécessité pour le système d'exploitation.
===Les instructions de préchargement===
La première instruction de contrôle du cache est une '''instruction de préchargement''', qui demande à charger un bloc de données dans le cache. Elle prend en opérande une adresse mémoire, et le contenu de cette adresse est chargé dans une ligne de cache. Bien sûr, des contraintes d'alignement sont à prendre en compte : on charge un bloc de la même taille qu'une ligne de cache, aligné en mémoire sur la taille du bloc, qui contient l'adresse.
L'instruction de préchargement n'est utile que si l'instruction est exécutée bien avant que la donnée ne soit utilisée/lue/écrite. Cela permet de charger une donnée dans le cache à l'avance, d'où le nom de préchargement donné à cette technique. Mais les processeurs modernes gérent des techniques de préchargement automatique, qui ne requièrent pas d'instructions de préchargement. Le préchargement automatique et les instructions de préchargement sont deux solutions complémentaires, mais qui peuvent se marcher sur les pieds. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre, qui sera dédié au préchargement automatique.
Il faut noter que les instructions de préchargement peuvent être ignorées par le processeur. Sous certaines conditions, le processeur peut décider que l'instruction de préchargement ne sera pas exécutée. Par exemple, il ne va pas précharger une donnée déjà présente dans le cache. Ou encore, si le bus mémoire est occupé, il ne va pas exécuter le préchargement, par manque de ressources matérielles.
===Les instructions d'invalidation et de ''flush''===
Les instructions ''flush'' regroupent deux types d'instructions qui sont souvent utilisées en même temps. Il s'agit des instructions d'invalidation et de nettoyage (''clean''). Les deux termes proviennent de la terminologie ARM, il n'y a pas de terminologie standardisé pour les noms de ces instructions.
Dans les grandes lignes, elles permettent de vider le cache, à savoir de rapatrier son contenu en RAM et de réinitialiser le cache à zéro. Elles sont utilisées par le système d'exploitation lors des commutations de contexte, à savoir quand on passe d'un programme à un autre. Elles sont aussi utilisées lors des appels systèmes et routines d'interruption/exception. L'idée est de vider le cache avant d'exécuter un nouveau programme ou une nouvelle routine. Le nouveau programme aura accès à un cache tout propre, les données de l'ancien programme auront été retirée du cache.
Les '''instructions ''clean''''' recopient le contenu de la ligne de cache en RAM. Elles forcent la recopie immédiatement de la ligne de cache en mémoire RAM. Pour faire leur travail, elle vérifient si la ligne de cache a été modifiée, avant de la recopier en RAM. Et pour cela, ils vérifient le bit de contrôle ''dirty'', qui est mis à 1 après une première écriture. Si ce bit est à 0, alors pas besoin de recopier la ligne de cache : elle n'a pas été modifiée, la RAM a déjà la bonne copie. Mais s'il est à 1, le cache et la RAM n'ont pas le même contenu, la recopie s'exécute.
Les '''instructions d'invalidation''' permettent d'invalider une ligne de cache, à savoir d'effacer son contenu. Nous verrons à quoi servent ces instructions dans la section sur les changement de processus. Invalider une ligne de cache est une opération optimisée : le cache n'est en réalité pas réellement effacé. À la place, le bit ''Valid'' de chaque ligne de cache est juste mis à 0. Il faut noter que l'invalidation efface les lignes de cache sans se préoccuper de leur contenu. Elle se moque qu'une ligne de cache contienne une donnée modifiée, ''dirty'' ou quoique ce soit : la ligne de cache est effacée, point.
Il est possible d'invalider une ligne de cache en fournissant une adresse mémoire, mais il est aussi possible d'invalider le cache tout entier. Le choix entre les deux dépend du mode d'adressage de l'instruction d'invalidation. Parfois, il existe une instruction séparée pour invalider tout le cache, et une autre pour invalider une ligne de cache bien précise. Des instructions séparées sont parfois disponibles pour invalider les caches de données et d'instructions, parfois aussi la TLB (un cache qu'on verra dans quelques chapitres). Il est possible de n'invalider que le cache L1, voire le cache L2.
Il faut noter que l'invalidation efface tout le cache, mais ne se préoccupe pas de vérifier si les données ont été modifiées dans le cache. Pour certains caches, comme le cache d'instruction, ce n'est pas un problème, vu qu'il est en "lecture seule". Mais pour les caches de données, les données modifiées sont perdues en cas d'invalidation. Heureusement, il existe des instructions d'invalidation qui fusionnent une instruction ''clean'' et une instruction d'invalidation. Il s'agit d''''instructions d'invalidation spéciales'''.
===Les instructions d'optimisation : instructions non-temporelles et écritures optimisées===
Les '''instructions mémoire non-temporelles''' contournent complètement le cache. Par exemple, une lecture peut lire une donnée, mais celle-ci ne sera pas chargée dans le cache, elle passe directement de la RAM vers les registres. Une section entière de ce chapitre sera dédiée au contournement du cache, à savoir aux situations où les accès mémoire doivent passer directement du processeur à la RAM sans passer par le cache.
D'autres instructions assez rares incorporent des indications pour le cache. Par exemple, l'instruction ''load last'' des processeurs POWER PC implique que la donnée ne sera utilisée qu'une seule fois. Elle est donc chargée dans le cache, mais la ligne de cache est configurée de manière à être remplacée très rapidement, typiquement avec une valeur de LRU/LFU adéquate. La donnée est bien chargée dans le cache, au cas où elle doive être relue suite à une mauvaise prédiction de branchement ou autre, chose qu'une lecture non-temporelle (qui contourne le cache) ne fait pas. Des indications de ce type sont appelées des '''''cache hint'''''.
L''''instruction ''flush''''' permet de préciser qu'une ligne de cache contient une donnée inutile, qui ne sera pas réutilisée par le programme. Pas besoin de la conserver dans le cache, elle peut laisser sa place à des données plus utiles. Or, sans indication, les algorithmes de remplacement d'une ligne de cache risquent de conserver cette donnée trop longtemps, ce qui entraine une certaine pollution du cache par des données inutiles.
Une autre instruction est elle beaucoup plus importante : celle de '''pré-allocation sur écriture'''. Elle sert dans le cas où une ligne de cache est complétement écrite. Par exemple, imaginons qu'on veuille écrire dans une portion de mémoire. Si celle-ci n'est pas dans le cache, le processeur va charger une ligne de cache complète depuis la RAM, écrire dans la ligne de cache, puis recopier la ligne de cache modifiée en mémoire RAM. Une écriture en RAM demande donc de faire une lecture et une écriture. Mais les instructions de pré-allocation sur écriture permettent de prévenir qu'une ligne de cache sera intégralement écrite, et qu'il n'y a donc pas besoin de lire celle-ci depuis la RAM. Notons que l'instruction d'écriture qui suit n'est pas une écriture non-temporelle, vu que les données sont écrites dans la ligne de cache, qui est ensuite envoyée en mémoire RAM dès que nécessaire. De plus, les données écrites peuvent ensuite être relue depuis le cache si nécessaire.
Enfin, certains processeurs MIPS incorporent une instruction pour modifier le tag d'une ligne de cache. Elles servent à optimiser les copies mémoire, à savoir quand on copie un bloc de données d'un endroit à un autre. L'idée est de charger le bloc de données dans le cache avec une instruction LOAD/PREFETCH, de modifier le tag pour qu'il pointe vers l'adresse à écrire, et de laisser faire le cache pour que l'écriture se fasse en RAM. Mais les contraintes pour utiliser cette instruction sont assez drastiques : les données doivent être alignées sur la taille d'une ligne de cache, le bloc de départ et d'arrivée (l'original versus la copie) ne doivent pas se recouvrir, etc.
==L'associativité des caches et leur adressage implicite==
Lorsqu'on souhaite accéder au cache, il faut trouver quelle est la ligne de cache dont le tag correspond à l'adresse demandée. On peut classifier les caches selon leur stratégie de recherche de la ligne correspondante en trois types de caches : totalement associatifs, directement adressés (''direct mapped'') et associatifs par voie.
===Les caches totalement associatifs===
Avec les caches totalement associatifs, toute donnée chargée depuis la mémoire peut être placée dans n'importe quelle ligne de cache, sans aucune restriction. Ces caches ont un taux de succès très élevé, quand on les compare aux autres caches.
[[File:Cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif.]]
Concevoir un cache totalement associatif peut se faire de deux grandes manières différentes. La première consiste tout simplement à combiner une mémoire associative avec une mémoire RAM, en ajoutant éventuellement quelques circuits annexes. La mémoire associative mémorise les tags, alors que la mémoire RAM mémorise les données de la ligne de cache, éventuellement avec quelques bits de contrôle. La ligne de cache est stockée à une adresse A dans la mémoire RAM et son tag est stocké à la même adresse, mais dans la mémoire CAM. Ce faisant, quand on envoie le tag à la mémoire CAM, elle renvoie l'adresse de la ligne de cache dans la mémoire RAM. Cette adresse est alors envoyée directement sur le bus d'adresse de la RAM, et la lecture est effectuée automatiquement. Il faut ajouter quelques circuits annexes pour garantir que les écritures se passent correctement dans les deux mémoires, mais rien de bien terrible.
[[File:Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM.png|centre|vignette|upright=3|Cache fabriqué avec une mémoire associative et une RAM]]
Il est cependant possible d'optimiser un tel cache, en fusionnant la mémoire CAM et la mémoire RAM, afin d'éliminer des circuits redondants. Pour comprendre pourquoi, rappelons que les mémoires CAM sont composées d'un plan mémoire, d'un paquet de comparateurs et d'un encodeur. Quant à la mémoire RAM, elle est composée d'un décodeur connecté au plan mémoire. En mettant une CAM suivie d'une RAM, on a un encodeur dont l'entrée est envoyée à un décodeur.
[[File:Cache totalement associatif naif.png|centre|vignette|upright=3|Cache totalement associatif naif]]
Or, le décodeur réalise l'opération inverse de l'encodeur, ce qui fait que mettre les deux composants à la suite ne sert à rien. On peut donc retirer l'encodeur et le décodeur, et envoyer directement les résultats des comparateurs sur les entrées de commande du plan mémoire de la RAM.
[[File:Cache totalement associatif optimisé.png|centre|vignette|upright=2|Cache totalement associatif optimisé]]
Avec cette méthode, les circuits du cache ressemblent à ce qui illustré ci-dessous. Le tag est envoyé à chaque ligne de cache. Le tag envoyé est alors comparé avec le Tag contenu dans chaque ligne de cache, comme c'est le cas sur les mémoires associatives. Si une ligne de cache matche avec le tag envoyé en entrée, la ligne pour laquelle il y a eu une égalité est alors connectée sur les lignes de bit (''bitlines''). Cela est réalisé par un circuit commandé par le comparateur de la ligne de cache. Il ne reste plus qu'à sélectionner la portion de la ligne de cache qui nous intéresse, grâce à un paquet de multiplexeurs. Cela permet d'effectuer une lecture ou écriture, mais il faut aussi préciser si il y a eu un défaut de cache ou un succès. Un succès de cache a lieu quand au moins des comparaisons est positive, alors que c'est un défaut de cache sinon. En clair, détecter un succès de cache demande juste de connecter une porte OU à plusieurs entrées à tous les comparateurs.
[[File:Organisation générale d'un cache totalement associatif.png|centre|vignette|upright=2|Organisation générale d'un cache totalement associatif.]]
===Les caches directement adressés===
Les caches directement adressés peuvent être vus comme un cache totalement associatif auquel on aurait ajouté des restrictions assez drastiques. Plus haut, on a vu qu'un cache totalement adressé est équivalent à la combinaison d'une CAM avec une RAM. La mémoire CAM prend en entrée un Tag et traduit celui-ci en une adresse qui commande la mémoire RAM interne au cache. Dans ce qui suit, l'adresse interne au cache sera appelé l''''indice''' pour éviter toute confusion.
[[File:Cache hash table - 2.png|centre|vignette|upright=2|Fonctionnement interne du cache, expliquée sous forme abstraite, en utilisant la notion d'indice interne au cache.]]
Les caches directement adressés cherchent à remplacer la mémoire CAM par un circuit combinatoire. Ce circuit traduit le Tag en indice, mais est beaucoup plus simple qu'une mémoire CAM. Mais qui dit circuit plus simple dit circuit plus limité. Un circuit combinatoire n'est pas aussi versatile que ce qui est permis avec une mémoire CAM. En conséquence, une restriction majeure apparait : toute adresse mémoire est associée dans une ligne de cache prédéfinie, toujours la même. L'association entre ligne de cache et adresse mémoire est faite par le circuit combinatoire, et ne peut pas changer.
Les concepteurs de caches s'arrangent pour que des adresses consécutives en mémoire RAM occupent des lignes de cache consécutives, par souci de simplicité. Tout se passe comme suit la mémoire RAM était découpés en blocs de la même taille que le cache. La première adresse du bloc est associée à la première ligne de cache (celle d'indice 0), la seconde adresse est associée à la seconde adresse du_ bloc, et ainsi de suite. Le tout est illustré ci-dessous.
[[File:Cache adressé directement.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé directement.]]
Avec cette contrainte, le circuit de traduction de l'adresse en adresse mémoire pour la RAM interne au cache est drastiquement simplifié, et disparait même. Une partie de l'adresse mémoire sert à indiquer la position de la donnée dans le cache, le reste de l'adresse sert encode le tag et la position de la donnée dans le ligne de cache.
[[File:Cache line.png|centre|vignette|upright=2|Adresse d'une ligne de cache sur un cache adressé directement.]]
Un cache directement adressé est conçu avec une RAM, un comparateur, et un paquet de multiplexeurs. En général, la mémoire RAM stocke les lignes de caches complète. Il arrive que l'on utilise deux mémoires RAM : une pour les tags et une pour les données, mais cette technique augmente le nombre de circuits et de portes logiques nécessaires, ce qui réduit la capacité du cache. L'index à lire/écrire est envoyé sur l'entrée d'adresse de la RAM, la RAM réagit en mettant la ligne de cache sur sa sortie de donnée. Sur cette sortie, un comparateur compare le tag de la ligne de cache lue avec le tag de l'adresse à lire ou écrire. On saura alors si on doit faire face à un défaut de cache. Ensuite, un multiplexeur récupère la donnée à lire/écrire.
[[File:Direct mapped cache - french.png|centre|vignette|upright=2|Cache directement adressé.]]
L'accès à un cache directement adressé a l'avantage d'être très rapide vu qu'il suffit de vérifier une seule ligne de cache : celle prédéfinie. Mais ces caches ne sont cependant pas sans défauts. Vu que le cache est plus petit que la mémoire, certaines adresses mémoires se partagent la même ligne de cache. Si le processeur a besoin d’accéder fréquemment à ces adresses, chaque accès à une adresse supprimera l'autre du cache : tout accès à l'ancienne adresse se soldera par un défaut de cache. Ce genre de défauts de cache causés par le fait que deux adresses mémoires ne peuvent utiliser la même ligne de cache s'appelle un '''défaut par conflit''' (''conflict miss''). Les défauts par conflit n'existent pas sur les caches totalement associatifs. En conséquence, le taux de succès des caches directement adressés est assez faible comparé aux autres caches.
[[File:Cache Block Basic Conflict.svg|centre|vignette|upright=1.5|Exemple de ''Conflict Miss''.]]
===Les caches associatifs par voie===
Les caches associatifs par voie sont un compromis entre les caches directement adressés et les caches totalement associatifs. Pour simplifier, ces caches sont composés de plusieurs caches directement adressés accessibles en parallèle, chaque cache/RAM étant appelé une '''voie'''. Avec ces caches, toute adresse mémoire en RAM est associée à une ligne de cache dans chaque voie.
[[File:Cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Cache associatif par voie.]]
Le schéma ci-dessous compare un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies. On voit que chaque adresse est associée à une ligne de cache bien précise avec un cache directement dressé, et à deux lignes de cache avec un cache associatif à deux voies. L'adresse sera associée à 4 lignes de cache sur un cache associatif à 4 voies, à 8 lignes pour un cache à 8 voies, etc. L'ensemble des lignes de cache associées à une adresse est appelé un '''ensemble'''.
[[File:Cache Fill.svg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre un cache directement adressé et un cache associatif à deux voies.]]
Sur ces caches, toute adresse est découpée en trois parties : un tag, un index, et un décalage, comme sur les caches directement adressés. Comme vous pouvez le voir, l'organisation est identique à celle d'un cache totalement associatif, à part que chaque ensemble tag-ligne de cache est remplacé par une mémoire RAM qui en contient plusieurs.
[[File:Implémentation d'un cache associatif par voie.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache associatif par voie.]]
Le risque de conflits d'accès au cache est donc réduit sur un cache associatif à plusieurs voies, et il est d'autant plus réduit que le cache a de voies. Par contre, leur conception interne fait qu'ils ont un temps d'accès légèrement élevé que les caches directement adressés. Les caches associatifs par voie ont donc un taux de succès et un temps d'accès intermédiaire, situé entre les caches directement adressés et totalement associatifs. Ils sont une sorte de compromis entre réduction des défaut par conflits d'accès au cache et temps d'accès, et complexité des circuits.
==Les optimisations des caches associatifs par voie==
Les caches partiellement associatifs regroupent les caches associatifs par voie et directement adressés, ainsi que leurs variantes. En clair : tous les caches qui ne sont pas totalement associatifs. Ils peuvent être optimisés de nombreuses manières, que ce soit pour gagner en performance ou pour économiser de l’énergie. Dans cette section, nous allons voir quelles sont ces optimisations.
===Les caches pseudo-associatifs===
Les caches adressés par voie contiennent une mémoire SRAM par voie. En théorie, les voies sont accédées en parallèles, en même temps, afin de voir si l'on a un succès de cache ou un défaut. Les '''caches pseudo-associatifs''' sont identiques aux caches associatifs par voie, si ce n'est qu'ils vérifient chaque voie une par une. Ils ont été utilisés sur des processeurs commerciaux, un exemple étant l'IBM 370.
Là encore, on perd en performance pour gagner en consommation d'énergie. Le temps d'accès dans le meilleur des cas est plus faible pour les caches pseudo-associatifs, mais le pire des cas teste tous les caches avant de tomber sur le bon. Les performances sont donc réduites. Mais la consommation énergétique est meilleure, vu qu'on ne vérifie pas forcément toutes les voies en parallèle. On teste la première voie, éventuellement la seconde, peut-être la troisième, etc. Mais dans le cas général, on ne teste qu'une partie des voies, pas toutes, ce qui donne un gain en termes d'énergie.
L'implémentation de caches de ce genre demande que l'on parcoure les voies une par une, en commençant de la première jusqu'à la dernière. Pour cela, un simple compteur suffit. Suivant la valeur du compteur, la voie associée est activée puis accédée. Toute la complexité revient à ajouter un circuit qui prend la valeur du compteur, et active la voie associée, lance un accès mémoire dessus. Vu que les voies sont chacune des caches ''direct mapped'', il suffit pour cela de geler les entrées d'adresse, soit en les déconnectant, soit en utilisant du ''clock gating'' ou de l'évaluation gardée. Les détails d'implémentation, non-cités ici, varient selon le cache.
===La prédiction de voie===
Pour réduire le temps d'accès des caches pseudo-associatifs, certains chercheurs ont inventé la '''prédiction de voie''', qui consiste à faire des paris sur la prochaine voie accédée. L'idée est d'accéder à la voie qui contient la donnée voulue du premier coup, en lisant celle-ci en priorité.
Dans son implémentation la plus simple, le cache reste un cache pseudo-associatif. Lors d'un accès au cache, les voies sont toutes parcoures une par une. Par contre, les voies ne sont donc pas parcourues de la première vers la dernière, mais dans un ordre différent. Cette technique permet de mettre en veille les voies sur lesquels le processeur n'a pas parié, ce qui permet de diminuer la consommation énergétique du processeur. C'est plus efficace que d'aller lire plusieurs données dans des voies différentes et de n'en garder qu'une. L'implémentation est assez simple : il suffit d'ajouter un circuit de prédiction de voie,relié au compteur de voie.
Une amélioration de la technique fait fonctionner le cache comme un intermédiaire entre cache pseudo-associatif et associatif par voies. L'idée est de chercher la voie prédite en premier, puis de chercher dans toutes les voies en parallèle en cas de défaut de cache. Au lieu d'attendre que les comparaisons de tags donnent leur résultat, le processeur sélectionne automatiquement une voie et configure les multiplexeurs à l'avance. Si le processeur ne se trompe pas, le processeur accède à la donnée plus tôt que prévu. S'il se trompe, le processeur annule la lecture effectuée en avance et recommence en faisant un accès en parallèle aux autres voies. Le compromis entre performance et consommation d'énergie est alors différent. On économise de l'énergie par rapport à un cache associatif par voie, au prix d'une petite perte de performance (doublement des temps d'accès). Mais par rapport à un cache pseudo-associatif, l'économie d'énergie est bien moindre, au prix d'un gain en performance assez manifeste.
Prédire quelle voie sera la bonne est assez simple. En vertu du principe de localité, les accès futurs ont des chances de tomber dans les voies les plus fréquemment utilisées ou dans celle plus récemment utilisée. Il suffit de retenir la voie la plus récemment accédée dans un registre, qui sera utilisée comme prédiction. Pour vérifier que la prédiction est correcte, il suffit de comparer le registre et le résultat obtenu après vérification des tags.
Cependant, on peut complexifier l'implémentation pour prendre en compte l'adresse à lire/écrire, l'instruction à l'origine de l'accès mémoire ou tout autre paramètre utile. Par exemple, des instructions différentes ont tendance à aller chercher leurs données dans des ensembles différents et la voie à choisir n'est pas la même. Pour cela, il suffit d'utiliser un cache pour stocker la correspondance instruction - voie. Pour plus de simplicité, la mémoire cache des prédictions est parfois remplacée par une RAM, qui est adressée :
* soit par le program counter de l'instruction à l'origine de l'accès (en réalité, seulement quelques bits de poids faible de l'adresse) ;
* soit par l'adresse à accéder (là encore, quelques bits de poids faible) ;
* soit (pour les modes d'adressage qui utilisent un registre de base et un décalage) par un XOR entre les bits de poids faible de l'adresse de base et le décalage ;
* soit par autre chose.
===La mise en veille sélective des voies===
Les caches associatifs ont tendance à utiliser beaucoup d'énergie, même quand on n'y accède pas. Aussi, certains processeurs détectent quand le cache est peu utilisé et en profitent pour mettre en veille les voies inutilisées. Vous vous demandez certainement ce qui se passe quand une donnée à lire/écrire est dans une voie désactivée. La réponse est que le cache détecte cette situation, car elle déclenche un succès de cache. Les ''tags'' ne sont en effet pas désactivés, seules les données sont mises en veille. L'implémentation est plus simple sur les caches qui séparent les tags et les données dans deux RAM différentes.
Cette optimisation marche surtout sur les gros caches, qui ont des chances d'avoir une portion significative d’inutilisée (pas assez de données pour les remplir), donc généralement les caches L3/L4. Par exemple, les processeurs d'Intel de microarchitecture Ivy Bridge disposent d'un cache de 8 mébioctets à 16 voies, qu'ils peuvent faire passer à 512 kibioctets si le besoin s'en fait sentir. Quand ces processeurs détectent une faible activité, ils mettent en veille 14 voies et n'en gardent que 2 d'actives. Évidemment, les 14 voies sont vidées avant d'être mises en veille, afin qu'une aucune donnée ne soit perdue.
===Les caches ''skew-associative''===
Vous aurez remarqué que dans une voie, les lignes sont accédées en adressage direct : les défauts par conflit sont possibles sur un cache associatif par voie. Pour éviter cela, certains chercheurs ont créé des '''caches ''skew associative''''' (ou associatifs à biais).
Pour faire simple, les index des lignes de cache subissent un petit traitement avant d'être utilisés. Le traitement en question est différent suivant la voie de destination, histoire que deux adresses mémoires avec des index identiques donnent des index différents après traitement. Le traitement en question est souvent une permutation des bits de l'index, qui est différente suivant la voie prise, ou un simple XOR avec un nombre qui dépend de la voie.
[[File:Implémentation d'un cache skew associative.jpg|centre|vignette|upright=2|Implémentation d'un cache skew associative.]]
==L'adressage physique ou logique des caches==
Le cache utilise les adresses à lire/écrire pour déterminer s'il a une copie de la donnée en son sein. Mais l’interaction entre caches et mémoire virtuelle donne lieu à un petit problème : l'adresse utilisée est-elle une adresse virtuelle/logique ou physique ? La réponse varie suivant le processeur : certains caches utilisent l'adresse virtuelle, tandis que d'autres prennent l'adresse physique. On parle de cache '''virtuellement tagué''' dans le premier cas et de cache '''physiquement tagué''' dans le second.
{|
|[[File:Cache tagué virtuellement.png|vignette|Cache tagué virtuellement.]]
|[[File:Cache tagué physiquement.png|vignette|Cache tagué physiquement.]]
|}
===L'accès à un cache physiquement/virtuellement tagué===
La manière d'accéder à un cache dépend de s'il est virtuellement ou physiquement tagué. Il faut utiliser l'adresse virtuelle pour les premiers, physique pour les seconds.
Avec un cache virtuellement tagué, l'adresse logique peut être envoyée directement au cache. La MMU ne traduit les adresses que s'il faut accéder à la mémoire RAM. Ces caches sont donc plus rapides.
Avec un cache physiquement tagué, le processeur doit traduire l'adresse logique en adresse physique dans la MMU, avant d'accéder au cache. La traduction d'adresse se fait soit en accédant à une table des pages en mémoire RAM, soit en accédant à un cache spécifiquement dédié à accélérer la traduction d'adresse, la TLB (''Translation Lookaside Buffer''). Dans la quasi-totalité des cas, la traduction d'adresse passe par la TLB, ce qui fait qu'elle est raisonnablement rapide. Toujours est-il que chaque accès au cache demande d'accéder à la TLB et de faire la traduction d'adresse avant d'accéder au cache. L'accès est donc plus lent que sur les caches virtuellement tagués, où les accès sont plus directs.
[[File:Virtual and Physical addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Cache tagué virtuellement versus physiquement tagué.]]
===Les défauts des caches virtuellement tagués===
Les caches physiquement tagués sont moins rapides que les caches virtuellement adressés. Pourtant, les caches virtuellement tagués sont peu fréquents sur les processeurs modernes. Et la raison est assez intéressante : c'est une question d'adresses homonymes et synonymes.
====Les droits d'accès doivent être vérifiés lors d'un accès au cache====
Un premier problème est que la protection mémoire est compliquée avec de tels caches. Rappelons que certaines portions de mémoire sont accessibles seulement en lecture, ou sont interdites en écriture, sont inexécutables, etc. Ces droits d'accès sont gérés par la MMU, qui vérifie pour chaque accès mémoire que l'accès est autorisé. En bypassant la MMU, l'accès au cache virtuellement tagué ne permet pas de faire ces vérifications. Il est possible de charger une donnée en lecture seule dans le cache, mais d'y faire des accès en écriture pour les accès ultérieurs.
Les solutions à cela sont multiples. La première consiste à consulter la MMU en parallèle de l'accès au cache. L'accès au cache est alors réalisé de manière spéculative, et est ensuite confirmé/annulé une fois que la MMU a rendu son verdict. Les performances du cache restent alors les mêmes : l'accès à la MMU se fait en parallèle de l'accès au cache, pas avant. Une autre solution est d'ajouter les droits d'accès en question dans la ligne de cache, dans les bits de contrôle situés après le Tag. Chaque accès au cache récupère ces bits de contrôle et vérifie si l'accès est autorisé. L'inconvénient est que les lignes de cache deviennent plus longues, les droits d'accès sont dupliqués entre MMU et cache. Mais si le budget en transistor suit, ce n'est rien d'insurmontable.
====Les adresses homonymes perturbent la gestion du cache====
Pour rappel, une adresse logique homonyme correspond à plusieurs adresses physiques différentes. Elles surviennent quand chaque programme a son propre espace d'adressage. Dans ce cas, une adresse logique correspondra à une adresse physique différente par programme.Une autre manière de voir les choses est qu'il y a en réalité deux adresses homonymes, qui ont la même valeur, mais appartiennent à des espaces d'adressage différentes. Et c'est cette seconde interprétation que nous allons utiliser.
Les caches doivent gérer ces adresses homonymes et faire en sorte que la lecture/écriture d'une adresse homonyme se fasse à la bonne adresse physique, dans la bonne ligne de cache. Et autant un cache physiquement tagué n'a aucun problème avec ça, vu qu'il ne gère que des adresses physiques, autant des problèmes surviennent avec les caches virtuellement tagués. Le problème est que les caches virtuellement tagués doivent faire la différence entre deux adresses homonymes de même valeur.
Pour corriger ces problèmes, il existe deux grandes méthodes. La première méthode est simple : '''vider les caches''' en changeant de programme. Leur contenu est rapatrié en mémoire RAM, puis les caches sont remis à zéro. Le vidage du cache recopie les lignes de cache ''dirty'' (modifiées) en RAM, puis efface/invalide tout le cache. C'est à cela que servent les instructions ''clean'' et d'invalidation vues plus haut, elles ont été inventées pour cette situation précise. Lorsque le système d'exploitation déclenche une commutation de contexte, à savoir qu'il change le programme en cours d'exécution, le processeur vide tous les caches du processeur. Les interruptions font la même chose, elles vide tous les caches du processeur.
Une seconde méthode numérote chaque programme en cours d'exécution, chaque processus. Le numéro attribué est spécifique à chaque processus, ce qui fait qu'il est appelé un '''identifiant de processus CPU'''. Le processeur mémorise l'identifiant du programme en cours d'exécution dans un registre dédié. L'identifiant de processus CPU est utilisé lors des accès mémoire. Chaque ligne de cache contient le numéro de l'espace d'adressage associé, dans son ''tag''. Lors de chaque accès mémoire, l'ID du registre est comparé à l'ID de la ligne de cache accédée, pour vérifier que l'accès mémoire accède à la bonne donnée. Cette méthode n'est pas très économe en termes de transistors.
L'usage d'identifiant de processus CPU est clairement meilleure en termes de performance, les commutations de contexte sont plus rapides. Par contre, le budget en transistor est plus important. Un autre défaut de cette méthode est que l'identifiant de processus est généralement codé sur une dizaine de bits, alors que le système d'exploitation utilise des identifiants de processus beaucoup plus larges, de 32 à 64 bits sur les CPU 32/64 bits. L'OS doit gérer la correspondance entre identifiants de processus CPU et ceux de l'OS. Parfois, pour cette raison, les OS n'utilisent pas toujours ce système d'identifiant de processus CPU.
====Les adresses synonymes perturbent aussi la gestion du cache====
La gestion des adresses synonymes est aussi un gros problème sur les caches virtuellement tagués. Pour rappel, il s'agit du cas où des adresses logiques différentes pointent vers la même adresse physique. Typiquement, quand deux programmes se partagent un morceau de mémoire, ce morceau correspondra à des adresses synonymes dans les deux espaces d'adressage. Mais il arrive que l'on ait des adresses synonymes dans le même espace d'adressage, ce n'est pas si rare !
Autant les adresses synonymes ne posent aucun problème avec les caches physiquement tagués, ce n'est pas le cas avec les caches virtuellement adressés. Sur ces caches, deux adresses logiques synonymes vont tomber dans deux lignes de cache différentes. Corriger ce problème demande d'ajouter des circuits annexes pour détecter les adresses synonymes, qui sont vraiment complexes et ont un cout en termes de performance. Aussi, les caches virtuellement tagués sont très peu utilisés sur les processeurs modernes.
===Les caches virtuellement adressés, mais physiquement tagués===
Si les caches physiquement et virtuellement tagués ont des défauts, il existe un intermédiaire qui est un bon compromis entre ces deux extrêmes. Il s'agit des '''caches virtuellement adressés - physiquement tagués''', aussi appelés '''caches pseudo-virtuels'''. Pour comprendre comment ils fonctionnent, précisons que ces caches sont soit des caches ''direct-mapped'', soit des caches associatifs par voie (composés de plusieurs RAM ''direct-mapped'' accédées en parallèle, plusieurs voies).
L'accès à ce genre de cache se fait en deux temps : on accède à un ou plusieurs RAM ''direct-mapped'' et on vérifie ensuite les ''Tags'' pour sélectionner la bonne voie. Sur les caches ''direct-mapped'', on n'a qu'une seule RAM ''direct-mapped''. Sur les caches associatifs, on a plusieurs RAM ''direct-mapped'', appelées des voies, qui sont accédées en parallèle. L'accès se fait donc en deux étapes : adresser les RAM ''direct-mapped'' avec un indice, vérifier les ''tags'' avec le reste de l'adresse.
Une autre chose à rappeler est que l'adresse logique est composée de deux parties : un numéro de page logique qui indique dans quel page se situe l'adresse, un décalage/''offset'' qui indique la position de l'adresse dans la page. La traduction d'adresse transforme le numéro de page logique en numéro de page physique, mais laisse le décalage intouché. L'idée est d'utiliser le décalage pour adresser les RAM avec le décalage, tandis que le numéro de page sert de ''tag''. Le décalage est découpé en deux lors de l'accès au cache : les bits de poids fort forment l'indice (l'adresse envoyée à la voie), les bits de poids faible donnent la position de l'adresse dans la ligne de cache.
L'idée est d'utiliser un numéro de page physique pour les ''tags'', mais d'adresser les voies avec le décalage logique. Les deux servent à des instants différents : vérification des ''tags'' pour l'adresse physique, accès aux voies pour l'adresse logique. Ainsi, le problème des adresses synonymes ou homonymes est résolu par l'utilisation de l'adresse physique pour les tags. Par contre, l'accès au cache est plus rapide, car on utilise l'adresse logique pour la première étape. Le processeur accède à la TLB et récupère l'adresse physique pendant que l'on adresse les voies, les deux sont faits en parallèle, ce qui fait que tout se passe comme si l'accès à la TLB était gratuit. La TLB étant assez rapide comparé au cache, l'adresse physique est disponible quand on doit faire la comparaison avec les ''tags''.
[[File:Virtual - Physical - Pseudo Virtual addressing.svg|centre|vignette|upright=2|Adressage pseudo virtuel des caches.]]
Il s'agit d'un excellent compromis entre performance et correction des problèmes des adresses synonymes/homonymes. Tous les caches des processeurs haute performance utilisent cette méthode, au moins pour leurs caches L1. Les caches L2 tendent à utiliser des caches physiquement adressés, pour lesquels la latence d'accès est suffisante pour qu'on accède à la TLB en amont. La raison est assez simple à expliquer, elle provient d'une contrainte assez précise sur le calcul de l'indice.
La conséquence est qu'un cache ''direct-mapped'' ne peut pas dépasser la taille d'une page, soit 4 kibioctets sur les ordinateurs actuels. Sur les caches associatifs, on peut dépasser cette limite en augmentant le nombre de voies, mais la taille maximale d'une voie reste celle d'une page. Cette contrainte n'est pas trop grave sur les caches de petite taille, dont les caches L1. La plupart d'entre eux ont trouvé un compromis idéal avec moins d'une dizaine de voies par cache, chacun de 4 kibioctets, ce qui donne des caches allant de 16 à 64 kibioctets, soit entre 4 et 16 voies. Par contre, un cache de grande taille doit utiliser un grand nombre de voies, ce qui est peu pratique. Aussi, cette technique de caches pseudo-virtuels n'est pas toujours appliquée sur les caches L2, qui sont physiquement adressés. Il faut dire qu'on accède au cache L2 lors d'un défaut dans le cache L1, et l'adresse physique est disponible à ce moment-là, elle a déjà été récupérée lors de l'accès au cache L1. On peut donc l'utiliser pour adresser le cache L2 sans perte de performance.
==Le remplacement des lignes de cache==
Lorsqu'un cache est rempli et qu'on charge une nouvelle donnée dedans, il faut faire de la place pour cette dernière. Dans le cas d'un cache directement adressé, il n'y a rien à faire vu que la ligne de cache à évincer est déterminée lors de la conception du cache. Mais pour les autres caches, la donnée peut aller dans n'importe quelle ligne ou voie.
Or, le choix des données à rapatrier en RAM doit être le plus judicieux possible : on doit virer de préférence des données inutiles. Rapatrier une donnée qui sera surement utilisée sous peu est inutile, et il vaudrait mieux supprimer des données qui ne serviront plus ou alors dans longtemps. Il existe différents algorithmes spécialement dédiés à résoudre ce problème efficacement, directement câblés dans les unités de gestion du cache. Certains sont vraiment très complexes, aussi je vais vous présenter quelques algorithmes particulièrement simples.
Mais avant de voir ces algorithmes, il faut absolument que je vous parle d'une chose très importante. Quel que soit l'algorithme en question, il choisit la ligne de cache à évincer et recopie son contenu dans la RAM. Ce qui demande d'identifier et de sélectionner une ligne de cache parmi toutes les autres. Pour cela, le circuit de remplacement attribue une adresse chaque ligne de cache ! Vous avez bien vu : chaque ligne de cache est numérotée par une adresse, interne au cache.
===Le remplacement aléatoire===
Premier algorithme : la donnée effacée du cache est choisie au hasard ! C'est contre-intuitif, mais cet algorithme donne des résultats assez honorables, en plus d'utiliser très peu de portes logiques (un générateur de nombres pseudo-aléatoire est un circuit assez simple). Généralement, les défauts de cache sont séparés par un nombre assez important et irrégulier de cycles d'horloge. Dans ces conditions, cette technique donne un bon résultat.
===FIFO : first in, first out===
Avec l'algorithme FIFO, la donnée effacée du cache est la plus ancienne, celle chargée dans le cache avant les autres. Cet algorithme est très simple à implémenter en circuit, concevoir une mémoire de type FIFO n'étant pas très compliqué, comme on l’a vu dans le chapitre dédié à ce type de mémoires. Et on peut dire que dans le cas d'un cache, l'implémentation est encore plus simple et se contente d'un seul registre/compteur. Typiquement, il suffit d'ajouter un registre qui mémorise où se situe la donnée la plus récente. Toute insertion d'une nouvelle donnée se fait à l'adresse suivante, ce qui demande juste d'incrémenter le registre avant d'utiliser son contenu pour l'accès mémoire.
[[File:Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme FIFO de remplacement des lignes de cache.]]
Cet algorithme possède une petite particularité sur les caches associatifs par voie : en augmentant le nombre d'ensembles, les performances peuvent se dégrader : c'est ce qu'on appelle l''''anomalie de Bélády'''.
===MRU : most recently used===
Avec l'algorithme MRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le plus récemment. Cet algorithme s'implémente simplement avec un registre, dans lequel on place le numéro de la dernière ligne de cache utilisée.
Cet algorithme de remplacement est très utile quand un programme traverse des tableaux du premier élément jusqu'au dernier : les données du tableau sont rarement réutilisées, rendant le cache inutile. Il est prouvé que dans ces conditions, l'algorithme MRU est optimal. Mais dans toutes les autres conditions, cet algorithme a des performances assez misérables.
===LFU : least frequently used===
Avec l'algorithme LFU, la donnée supprimée est celle qui est utilisée le moins fréquemment. Cet algorithme s'implémente en associant un compteur à chaque ligne de cache, qui est incrémenté à chaque accès mémoire. La ligne la moins récemment utilisée est celle dont le compteur associé a la plus petite valeur. Implémenter cet algorithme prend pas mal de transistors, car il faut rajouter autant de compteurs qu'il y a de lignes de cache, en plus d'un circuit pour comparer les compteurs et d'un encodeur.
[[File:Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache.png|centre|vignette|upright=2|Algorithme LFU de remplacement des lignes de cache]]
===LRU : least recently used===
Avec l'algorithme LRU, la donnée remplacée est celle qui a été utilisée le moins récemment. Cet algorithme se base sur le principe de localité temporelle, qui stipule qu'une donnée accédée récemment a de fortes chances d'être réutilisée dans un futur proche. Et inversement, la donnée la moins récemment utilisée du cache est celle qui a le plus de chance de ne servir à rien dans le futur. Autant la supprimer en priorité pour faire de la place à des données potentiellement utiles.
Implémenter l'algorithme LRU peut se faire de différentes manières, qui ont pour point commun d'enregistrer les accès au cache pour en déduire la ligne la moins récemment accédée. La manière la plus simple demande d'utiliser un compteur pour chaque ligne de mémoire cache, un peu comme le LFU. La différence avec le LFU est que le compteur n'est pas incrémenté lors d'un accès mémoire. À la place, ce compteur est incrémenté régulièrement, chaque incrémentation ayant lieu en même temps pour tous les compteurs. Quand un bloc est chargé dans le cache, ce compteur est mis à zéro. Quand une ligne de cache doit être remplacée, un circuit va vérifier la valeur de tous les compteurs : la ligne LRU (la moins récemment utilisée), est celle dont le compteur a la valeur la plus haute. Le circuit est composé d'un paquet de comparateurs, et d'un encodeur, comme pour l'agorithme LFU.
===Les approximations du LRU===
Implémenter le LRU demande un nombre de transistors proportionnel au carré du nombre de lignes de cache. Autant dire que le LRU devient impraticable sur de gros caches. Ce qui fait que les processeurs modernes implémentent des variantes du LRU, moins couteuses en transistors, qui donnent un résultat approximativement semblable au LRU. En clair, ils ne sélectionnent pas toujours la ligne de cache la moins récemment utilisée, mais une ligne de cache parmi les moins récemment utilisées. Ce n'est pas un problème si grave que cela car les lignes les moins récemment utilisées ont toutes assez peu de chance d'être utilisées dans le futur. Entre choisir de remplacer une ligne qui a 0,5 % de chances d'être utilisée dans le futur et une autre qui a une chance de seulement 1 %, la différence est négligeable en termes de taux de succès. Mais les gains en termes de circuits ou de temps d'accès au cache de ces algorithmes sont très intéressants.
L'algorithme le plus simple consiste à couper le cache (ou chaque voie s'il est associatif) en plusieurs sections. L'algorithme détermine la section la moins récemment utilisée, avant de choisir aléatoirement une ligne de cache dans cette section. Pour implémenter cet algorithme, il nous suffit d'un registre qui mémorise le morceau le moins récemment utilisé, et d'un circuit qui choisit aléatoirement une ligne de cache. Cette technique s'adapte particulièrement bien avec des caches associatifs à voies : il suffit d'utiliser autant de morceaux que de voies.
Autre algorithme, un peu plus efficace : le '''pseudo-LRU de type M'''. Cet algorithme attribue un bit à chaque ligne de cache, bit qui sert à indiquer de façon approximative si la ligne de cache associée est une candidate pour un remplacement ou non. Il vaut 1 si la ligne n'est pas une candidate pour un remplacement et zéro sinon. Le bit est mis à 1 lorsque la ligne de cache associée est lue ou écrite. Évidemment, au fil du temps, toutes les lignes du cache finiront par avoir leur bit à 1. Lorsque cela arrive, l'algorithme remet tous les bits à zéro, sauf pour la dernière ligne de cache accédée. L'idée derrière cet algorithme est d'encercler la ligne de cache la moins récemment utilisée au fur et à mesure des accès. L'encerclement commence lorsque l'on remet tous les bits associés aux lignes de cache à 0, sauf pour la ligne accédée en dernier. Au fur et à mesure des accès, l'étau se resserre autour de la ligne de cache la moins récemment utilisée. Après un nombre suffisant d'accès, l'algorithme donne une estimation particulièrement fiable. Et comme les remplacements de lignes de cache sont rares comparés aux accès aux lignes, cet algorithme finit par donner une bonne estimation avant qu'on ait besoin d'effectuer un remplacement.
Le dernier algorithme d'approximation, le '''PLURt''', se base sur ce qu'on appelle un arbre de décision. Il a besoin de n − 1 bits pour déterminer la ligne LRU. Ces bits doivent être organisés en arbre, comme illustré plus bas. Chacun de ces bits sert à dire : le LRU est à ma droite ou à ma gauche : il est à gauche si je vaux 0, et à droite si je vaux 1. Trouver le LRU se fait en traversant cet arbre, et en interprétant les bits un par un. Au fur et à mesure des lectures, les bits sont mis à jour dans cet arbre, et pointent plus ou moins bien sur le LRU. La mise à jour des bits s'effectue lors des lectures et écritures : quand une ligne est lue ou écrite, elle n'est pas la ligne LRU. Pour l'indiquer, les bits à 1 qui pointent vers la ligne de cache sont mis à 0 lors de la lecture ou écriture.
{|
|[[File:Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.jpg|vignette|Organisation des bits avec l'algorithme PLURt.]]
|[[File:Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.png|vignette|Ligne de cache pointée par les bits de l'algorithme.]]
|}
===LRU amélioré===
L'algorithme LRU, ainsi que ses variantes approximatives, sont très efficaces tant que le programme respecte relativement bien la localité temporelle. Par contre, Le LRU se comporte assez mal dans les circonstances ou la localité temporelle est mauvaise mais où la localité spatiale est respectée, le cas le plus emblématique étant le parcours d'un tableau. Pour résoudre ce problème, des variantes du LRU existent.
Une variante très connue, l''''algorithme 2Q''', utilise deux caches : un cache FIFO pour les données accédées une seule fois et un second cache LRU. Évidemment, les données lues une seconde fois sont migrées du cache FIFO vers le cache LRU, ce qui n'est pas très pratique. Les processeurs n'utilisent donc pas cette technique, mais celle-ci est utilisée dans les caches de disque dur.
D'autres variantes du LRU combinent plusieurs algorithmes à la fois et vont choisir lequel de ces algorithmes est le plus adapté à la situation. Notre cache pourra ainsi détecter s’il vaut mieux utiliser du MRU, du LRU, ou du LFU suivant la situation.
==Les écritures dans le cache : gestion et optimisations==
Les écritures se font à une adresse mémoire bien précise, qui peut ou non être chargée dans le cache. Si la donnée à écrire est chargée dans le cache, elle est modifiée directement dans le cache, mais elle ne l'est pas forcément en mémoire RAM. Suivant le processeur, les écritures sont ou non propagées en mémoire RAM. Il existe deux stratégies d'écritures, appelées respectivement le ''write-back'' et le ''write-through''.
Avec un '''cache ''write-back''''', si une écriture a lieu dans une ligne de cache, elle ne concerne que ce cache. Elle n'est pas propagée dans les niveaux de cache inférieurs, ni en RAM. Dans ces conditions, une donnée n'est enregistrée en mémoire que si celle-ci quitte le cache, ce qui évite de nombreuses écritures mémoires inutiles.
[[File:Cache write-through.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-through.]]
Avec les '''caches ''Write-Through''''', toute écriture dans le cache est propagée dans les niveaux de cache inférieurs s'ils existent, puis en RAM. Cette stratégie augmente le nombre d'écritures dans la mémoire RAM, ce qui peut saturer le bus reliant le processeur à la mémoire. Les performances de ces caches sont donc légèrement moins bonnes que pour les caches ''write back''. Par contre, ils sont beaucoup plus simples à implémenter. Ils sont utiles dans les architectures avec plusieurs processeurs, comme nous le verrons dans les chapitres sur les architectures multiprocesseurs.
[[File:Cache write-back.png|centre|vignette|upright=2|Cache write-back.]]
===Les caches ''Write-through''===
Sans optimisation particulière, on ne peut écrire dans un cache ''write-through'' pendant qu'une écriture en RAM a lieu en même temps. Cela forcerait à effectuer deux écritures simultanées, en comptant celle imposée par l'écriture dans le cache. Et le même problème survient quand les niveaux de cache inférieurs sont utilisés en écriture. L'écriture ne peut pas être propagée tant que le port d'écriture est occupé.
Pour éviter cela, certains caches ''write-through'' intègrent un '''tampon d’écriture''', qui sert de file d'attente pour les écritures. C'est une mémoire FIFO dans laquelle on place temporairement les écritures, à savoir : les données à écrire en RAM, mais aussi l'adresse à laquelle écrire. Les écritures attendent dans le tampon d'écriture que les niveaux de cache inférieurs (ou la RAM) soient libres. Grâce à lui, le processeur peut écrire dans un cache même si d'autres écritures sont en attente dans le tampon d'écriture.
Par souci d'efficacité, des écritures à la même adresse sont fusionnées en une seule, dans le tampon d’écriture. Cela fait un peu de place dans le tampon d’écriture, ce qui lui permet d'accumuler plus d'écritures avant de devoir bloquer le cache. Il est aussi possible de fusionner des écritures à adresses consécutives de la mémoire en une seule écriture en rafales. Dans les deux cas, on parle de '''combinaison d'écriture'''.
L'usage d'un tampon d'écriture a cependant un léger défaut qui se manifeste dans une situation bien précise : quand le processeur veut lire une donnée en attente dans le tampon d’écriture. La première manière de gérer cette situation est de mettre en attente la lecture tant que la donnée n'a pas été écrite en mémoire RAM. Mais on peut aussi lire la donnée directement dans le tampon d'écriture, cette optimisation portant le nom de '''''store-to-load forwading'''''.
Dans tous les cas, il faut détecter le cas où une lecture accède à une donnée dans le tampon d'écriture. À chaque lecture, l'adresse à lire est envoyée au tampon d'écriture, qui vérifie si une écriture en attente se fait à cette adresse. Pour cela, le tampon d’écriture doit être un cache, dont chaque entrée mémorise une écriture. Chaque ligne de cache contient la donnée à écrire, et le tag de la ligne de cache contient l'adresse où écrire la donnée. Notons que cache d'écriture a une politique de remplacement de type FIFO, le tampon d'écriture non-optimisé étant une mémoire FIFO.
===Les caches ''Write-back''===
Les caches ''write-back'' ont beau avoir des performances supérieures à celles des caches ''write-through'', il existe des optimisations qui permettent d'améliorer leurs performances. Ces optimisations consistent à ajouter des caches spécialisés à côté du cache proprement dit. Ces caches permettent de mémoriser des données qui sont éliminées du cache par les algorithmes de remplacement de ligne cache, sans pour autant faire une écriture en RAM.
En suivant la procédure habituelle de remplacement des lignes de cache, on doit rapatrier la ligne en RAM avant d'en charger une nouvelle. On peut améliorer la situation en faisant l'inverse : on charge la nouvelle ligne pendant que l'ancienne donnée est rapatriée en RAM. Ainsi, la nouvelle ligne est disponible plus tôt pour le processeur, diminuant son temps d'attente. Pour implémenter cette technique, on doit mémoriser l'ancienne ligne de cache temporairement dans un '''cache d’éviction''' (ou ''write-back buffer'').
[[File:Cache d’éviction.png|centre|vignette|upright=2|Cache d’éviction]]
Les caches directement adressés ou associatifs par voie possèdent aussi un tampon d’écriture amélioré. Pour limiter les défauts par conflit de ces caches, des scientifiques ont eu l'idée d'insérer un cache pour stocker les données virées du cache. En faisant ainsi, si une donnée est virée du cache, on peut alors la retrouver dans ce cache spécialisé. Ce cache s'appelle le '''cache de victime'''.
Le cache de victime est géré par un algorithme de suppression des lignes de cache de type FIFO. Petit détail : ce cache utilise un tag légèrement plus long que celui du cache directement adressé au-dessus de lui. L'index de la ligne de cache doit en effet être contenu dans le tag du cache de victime, pour bien distinguer deux adresses différentes, qui iraient dans la même ligne du cache juste au-dessus.
[[File:Victim Cache Implementation Example.svg|centre|vignette|upright=1|Cache de victime.]]
Quelques processeurs des années 2010 avaient un cache L3 qui était un cache de victime. Les défauts à froid chargeaient la donnée associée dans le cache L2, plus rarement dans le cache L1 directement. En tout cas, les données ne passaient pas par le cache L3. Le seul moyen pour qu'une donnée atterrissent dans le cache L3 est qu'elles aient été évincées du cache L2. C'était une solution adaptée pour une époque où avoir un gros cache était primordial, mais où le budget en transistor était un peu serré. Faire du L3 un cache de victime économisait des transistors, qui pouvaient être utilisés pour faire grossir le cache. De nos jours, les budgets en transistors permettent de faire autrement.
===La configuration du fonctionnement du cache===
Sur de nombreux processeurs, il est possible de configurer la mémoire cache pour qu'elle fonctionne soit en mode ''write-back'', soit en mode ''write-through''. Pour cela, les processeurs modernes incorporent des '''registres de configuration du cache'''. Le terme ''registre de configuration du cache'' est assez transparent et indique bien quel est leur rôle. Ils configurent comment le cache est utilisé et permettent notamment de configurer le cache pour dire s'il doit fonctionner en mode ''write-back'' ou ''write-through''. Ils permettent aussi d'activer ou de désactiver la combinaison sur écriture.
Les registres en question sont configurés soit par le BIOS, soit par le système d'exploitation. Ce sont des registres protégés, que les applications ne peuvent pas configurer, elles n'en ont pas le droit. Typiquement, ils ne sont accessibles en écriture qu'en mode noyau.
Sur les processeurs x86, les registres de configuration du cache sont appelés des '''''Memory type range registers''''' (''MTRRs''). Les MTRRs sont assez nombreux, et il y a notamment une différence entre mode réel et protégé. Si vous vous souvenez des chapitres sur le mode d'adressage et la mémoire virtuelle, vous vous souvenez que les processeurs x86 incorporent plusieurs modes de fonctionnement. En mode réel, le processeur ne peut adresser qu'un mébioctet de RAM, avec un système de segmentation particulier. En mode protégé, le processeur peut adresser toute la mémoire et la segmentation fonctionne différemment, quand elle n'est pas simplement désactivée.
Les MTRRs sont séparés en deux : ceux pour le mode réel, ceux pour le mode protégé. Les MTRRs fixes sont ceux qui configurent le cache en mode réel, ils étaient utilisés pour gérer l'accès au BIOS, à la mémoire VGA de la carte graphique, et quelques autres accès aux entrées-sorties basiques gérées nativement par le BIOS. Pour le mode protégé, les processeurs au-delà du 386 incorporent des MTRRs variables, qui servent pour les autres entrées-sorties en général, notamment les périphériques PCI, la mémoire vidéo de la carte graphique, et j'en passe.
De nos jours, les registres de configuration du cache sont désuets et cette fonctionnalité est gérée directement par la mémoire virtuelle. La table des pages contient, pour chaque page mémoire, des bits de contrôle qui disent si la page mémoire est cacheable ou non. Le contournement de cache est alors géré par le système de mémoire virtuelle, le cache de TLB et tout ce qui va avec.
===L’allocation sur écriture===
Que faire quand une écriture modifie une donnée qui n'est pas dans le cache ? Doit-on écrire la donnée dans le cache, ou non ? Si la donnée est écrite dans le cache, on dit que le cache fait une '''allocation sur l'écriture''' (ou ''write-allocate''). Certains caches effectuent une telle allocation sur écriture, mais d'autres ne le font pas ou du moins pas systématiquement.
L’allocation sur écriture peut se décliner en deux sous-catégories : le '''chargement à la demande''' et l''''écriture immédiate'''. Dans le premier cas, on charge la donnée à modifier dans le cache, et on la remplace avec la donnée écrite. Dans l'écriture immédiate, l'écriture a lieu directement dans le cache et la donnée à modifier n'est pas chargée dans le cache. Évidemment, seule une portion de la ligne de cache contient la donnée écrite (valide), et le reste contient des données invalides. Le cache doit savoir quelles sont les portions du cache qui sont valides : cela demande d'utiliser un ''sector cache''.
[[File:Write-back with write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-back avec allocation sur écriture.]]
Sans allocation sur écriture, l'écriture est transférée directement aux niveaux de cache inférieurs ou à la mémoire si la donnée à modifier n'est pas dans le cache. Certains caches de ce genre utilisent une petite optimisation : lors de toute écriture, ils supposent que l'écriture donnera un succès de cache. Si c'est le cas, la ligne de cache qui contient la donnée est mise à jour avec la donnée à écrire. Mais si ce n'est pas le cas, la ligne de cache est invalidée, et l'écriture est transférée directement à la mémoire ou aux niveaux de cache inférieurs.
[[File:Write-through with no-write-allocation.svg|centre|vignette|upright=2|Cache Write-through sans allocation sur écriture.]]
===La cohérence des caches===
Il arrive parfois que la mémoire d'un ordinateur soit mise à jour, sans que les modifications soient répercutées dans les mémoires cache. Dans ce cas, le cache contient une donnée périmée. Or, un processeur doit toujours éviter de se retrouver avec une donnée périmée et doit toujours avoir la valeur correcte dans ses caches : cela s'appelle la '''cohérence des caches'''. Il est possible de se retrouver avec des valeurs périmées dans le cache sur les ordinateurs avec plusieurs processeurs, ou si un périphérique écrit en RAM, les modifications ne sont pas répercutées automatiquement dans les mémoires cache.
Pour résoudre ce problème, on peut interdire de charger dans le cache des données stockées dans les zones de la mémoire dédiées aux périphériques. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires cache. Autre solution : utiliser le fait que les périphériques déclenchent une interruption matérielle pour laisser le contrôleur DMA accéder à la mémoire. Dans ce cas, il suffit de vider les caches à chaque interruption matérielle. Le processeur peut le faire automatiquement, ou fournir des instructions pour.
==La hiérarchie mémoire des caches==
On pourrait croire qu'un seul cache est largement suffisant pour compenser la lenteur de la mémoire. Hélas, les processeurs sont devenus tellement rapides que les caches sont eux-mêmes très lents ! Pour rappel, plus une mémoire peut contenir de données, plus elle est lente. Et les caches ne sont pas épargnés. Si on devait utiliser un seul cache, celui-ci serait très gros et donc trop lent. La situation qu'on cherche à éviter avec la mémoire RAM revient de plus belle.
Même problème, même solution : si on a décidé de diviser la mémoire principale en plusieurs mémoires de taille et de vitesse différentes, on peut bien faire la même chose avec la mémoire cache. Depuis environ une vingtaine d'années, un processeur contient plusieurs caches de capacités très différentes : les caches L1, L2 et parfois un cache L3. Certains de ces caches sont petits, mais très rapides : c'est ceux auxquels on va accéder en priorité. Viennent ensuite d'autres caches, de taille variable, mais plus lents. Les processeurs ont donc une '''hiérarchie de caches''' qui se fait de plus en plus complexe avec le temps. Cette hiérarchie est composée de plusieurs niveaux de cache, qui vont des niveaux inférieurs proches de la mémoire RAM à des niveaux supérieurs proches du processeur. Plus on monte vers les niveaux supérieurs, plus les caches sont petits et rapides.
Un accès mémoire dans une hiérarchie de cache fonctionne comme suit : on commence par vérifier si la donnée recherchée est dans le cache le plus rapide, à savoir le cache L1. Si c'est le cas, on la charge depuis ce cache directement. Si elle n’y est pas, on vérifie si elle est dans le cache de niveau supérieur, le cache L2. Et rebelote ! Si elle n'y est pas, on vérifie le cache du niveau supérieur. Et on répète cette opération, jusqu’à avoir vérifié tous les caches. Si la donnée n'est dans aucun cache, on doit alors aller chercher la donnée en mémoire.
[[File:Hiérarchie de caches.png|centre|vignette|upright=2|Hiérarchie de caches]]
Il y a des différences assez notables entre chaque niveau de cache. Par exemple, les différents niveaux de cache n'ont pas forcément les mêmes politiques de remplacement des lignes de cache. Le cache L1 a généralement une politique de remplacement simple, très rapide, mais peu efficace. De même, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1.
===La hiérarchie de cache d'un processeur, ancien comme moderne===
Le nombre de niveaux de cache varient d'un processeur à l'autre. Les tout premiers processeurs faisaient avec un cache unique, sans hiérarchie de cache. Mais par la suite, la scission entre L1 et L2 est apparue. Puis un cache L3 a été ajouté, avec parfois un cache L4.
Le cache L1 est le cache le plus proche du processeur. La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un '''cache L1 de données''' pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions. La séparation entre cache L1 de données et d’instruction est apparue en même temps que la scission entre cache L1 et L2. Le cache L2 mémorise indifféremment données et instructions.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=2|Cache d'instructions.]]
Le cache le plus proche de la mémoire est appelé le '''cache de dernier niveau''', ''Last Level Cache'' en anglais. Concrétement, c'est le cache L2 sur les anciens processeurs, le cache L3 ou L4 sur les processeurs modernes. Le cache L3/L4 a parfois des caractéristiques totalement différentes des autres caches. Par exemple, sur les processeurs multicœurs, le cache L3 n'est techniquement pas dans le cœur, mais fait partie du contrôleur mémoire ou de l'interface mémoire. Il fonctionne à une fréquence différente du processeur, n'a pas la même tension d'alimentation, etc.
===Les caches exclusifs et inclusifs===
Notons que du point de vue de cette vérification, il faut distinguer les caches inclusifs et exclusifs. Avec les caches inclusifs, si une donnée est présente dans un cache, alors elle est présente dans les caches des niveaux inférieurs, ce qui implique l'existence de données en doublon dans plusieurs niveaux de cache. À l'opposé, les caches exclusifs font que toute donnée est présente dans un seul cache, pas les autres. Il existe aussi des caches qui ne sont ni inclusifs, ni exclusifs. Sur ces caches, chaque niveau de cache gère lui-même ses données, sans se préoccuper du contenu des autres caches. Pas besoin de mettre à jour les niveaux de cache antérieurs en cas de mise à jour de son contenu, ou en cas d'éviction d'une ligne de cache. La conception de tels caches est bien plus simple.
{|
|[[File:Exclusivecache.png|vignette|upright=0.5|Cache exclusif.]]
|[[File:Inclusivecache.png|vignette|upright=0.5|Cache inclusif.]]
|}
Dans les '''caches exclusifs''', le contenu d'un cache n'est pas recopié dans le cache de niveau inférieur. Il n'y a pas de donnée en double et on utilise 100 % de la capacité du cache, ce qui améliore le taux de succès. Par contre, le temps d'accès est un peu plus long. La raison est que si une donnée n'est pas dans le cache L1, on doit vérifier l'intégralité du cache L2, puis du cache L3. De plus, assurer qu'une donnée n'est présente que dans un seul cache nécessite aux différents niveaux de caches de communiquer entre eux pour garantir que l'on a pas de copies en trop d'une ligne de cache, ce qui peut prendre du temps.
[[File:Caches exclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches exclusifs]]
Dans le cas des '''caches inclusifs''', le contenu d'un cache est recopié dans les caches de niveau inférieur. Par exemple, le cache L1 est recopié dans le cache L2 et éventuellement dans le cache L3. Ce genre de cache a un avantage : le temps d'accès à une donnée est plus faible. La raison est qu'il ne faut pas vérifier tout un cache, mais seulement la partie qui ne contient pas de donnée en doublon. Par exemple, si la donnée voulue n'est pas dans le cache L1, on n'est pas obligé de vérifier la partie du cache L2 qui contient la copie du L1. Ainsi, pas besoin de vérifier certaines portions du cache, ce qui est plus rapide et permet de simplifier les circuits de vérification. En contrepartie, l'inclusion fait que qu'une partie du cache contient des copies inutiles, comme si le cache était plus petit. De plus, maintenir l'inclusion est compliqué et demande des circuits en plus et/ou des échanges de données entre caches.
[[File:Caches inclusifs.png|centre|vignette|upright=2|Caches inclusifs]]
Maintenir l'inclusion demande de respecter des contraintes assez fortes, ce qui ne se fait pas facilement. Premièrement, toute donnée chargée dans un cache doit aussi l'être dans les caches de niveau inférieur. Ensuite, quand une donnée est présente dans un cache, elle doit être maintenue dans les niveaux de cache inférieurs. De plus, toute donnée effacée d'un cache doit être effacée des niveaux de cache supérieurs : si une donnée quitte le cache L2, elle doit être effacée du L1. Ces trois contraintes posent des problèmes si chaque cache décide du remplacement des lignes de cache en utilisant un algorithme comme LRU, LFU, MRU, ou autre, qui utilise l'historique des accès. En effet, dans ce cas, le cache décide de remplacer les lignes de cache selon l'historique des accès, historique qui varie suivant chaque niveau de cache. Par exemple, une donnée rarement utilisée dans le L2 peut parfaitement être très fréquemment utilisée dans le L1 : la donnée sera alors remplacée dans le L2, mais sera maintenue dans le L1. On observe aussi des problèmes quand il existe plusieurs caches à un seul niveau : chaque cache peut remplacer les lignes de cache d'une manière indépendante des autres caches du même niveau, donnant lieu au même type de problème.
Pour maintenir l'inclusion, les caches doivent se transmettre des informations qui permettent de maintenir l'inclusion. Par exemple, les caches de niveaux inférieurs doivent prévenir les niveaux de cache supérieurs quand ils remplacent une ligne de cache. De plus, toute mise à jour dans un cache doit être répercutée dans les niveaux de cache inférieurs et/ou supérieurs. On doit donc transférer des informations de mise à jour entre les différents niveaux de cache. Généralement, le contenu des caches d'instruction n'est pas inclus dans les caches de niveau inférieurs, afin d'éviter que les instructions et les données se marchent sur les pieds.
Enfin, il faut aussi savoir que la taille des lignes de cache n'est pas la même suivant les niveaux de cache. Par exemple, le L2 peut avoir des lignes plus grandes que celles du L1. Dans ce cas, l'inclusion est plus difficile à maintenir, pour des raisons assez techniques.
===Les caches eDRAM, sur la carte mère et autres===
D'ordinaire, les mémoires caches sont intégrées au processeur, à savoir que cache et CPU sont dans le même circuit imprimé. Les caches sont donc fabriqués avec de la SRAM, seule forme de mémoire qu'on peut implémenter dans un circuit intégré. Intégrer tous les caches dans le processeur est une solution et efficace. Mais certains processeurs ont procédé autrement.
[[File:Cache-on-a-stick module.jpg|vignette|Cache-on-a-stick module]]
Des processeurs assez anciens incorporaient un cache L1 dans le processeur, mais plaçaient un cache L2 sur la carte mère. Le cache était clippé sur un connecteur sur la carte mère, un peu comme le sont les barrettes de mémoire. On parlait alors de '''''Cache on a stick''''' (COAST). On aurait pu s'attendre à ce que de tels caches soient en DRAM, vu qu'ils sont placés sur des barrettes de RAM, mais la ressemblance avec la mémoire RAM principale s'arrête là. Le cache était fabriqué en mémoire SRAM, même s'il est en théorie possible de faire de tels caches avec de la DRAM.
Les premiers processeurs avec un cache faisaient ainsi, au début des années 90. Les ''Cache on a stick'' ont été introduits sur les processeurs Motorola, et utilisés sur les IBM PC et les Macintosh de l'époque. Les ordinateurs Macintosh utilisaient de tels caches, pour la plupart des modèles. Pour ce qui est des PC, les premiers processeurs x86 faisaient pareil, notamment les processeurs Intel. Le 486, le Pentium et le Pentium 2 utilisaient des ''Cache on a stick''.
L'avantage est que cela permettait de mettre plus de cache, à une époque où les circuits étaient limités en transistors. De plus, cela permettait au consommateur de choisir quelle quantité de cache il voulait, selon ses finances. Il était possible de laisser le processeur fonctionner soit sans mémoire cache, soit avec un cache de 256 Kibioctets, de 512 Kibioctets, etc. Il était possible d'upgrader le cache si besoin.
Pour les CPU Intel, le cache était connecté sur le bus système, au même titre que la mémoire RAM et les entrées-sorties. Il faut dire que les processeurs de l'époque utilisaient un bus système et n'avaient pas de bus mémoire dédié. Mais en théorie, rien n’empêche de connecter le cache sur un bus mémoire dédié. Toujours est-il que les lectures et écritures étaient propagées à la fois dans le cache et la RAM. Les écritures se faisaient dans les deux, systématiquement dans la RAM, mais aussi dans le cache en cas de succès de cache. Les lectures étaient servies soit par le cache en cas de succès de cache, soit par la RAM en cas de défaut de cache. Si le cache répondait en premier, la transaction sur le bus se terminait précocement et l'accès en RAM était abandonné.
[[File:Intel486 Иерархия памяти.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel486 : le cache était connecté sur le bus système.]]
À l'inverse, certains processeurs possédaient un cache fabriqué en mémoire DRAM, et plus précisément avec de la mémoire eDRAM. Le cache n'était pas intégré dans le même circuit imprimé que le processeur, mais profitait d'une architecture en ''chiplet''. Pour rappel, cela veut dire que le processeur est en réalité composé de plusieurs circuits intégré séparés, mais interconnectés et soudés sur un même PCB carré. Avec un cache en eDRAM, le cache avait son propre circuit intégré, séparé du circuit intégré du processeur ou du circuit intégré pour le contrôleur mémoire/IO. Un exemple est celui du cache des processeurs Intel de microarchitecture Broadwell, que nous allons voir dans la section suivante.
==Le ''cache bypassing'' : contourner le cache==
Dans certaines situations, le cache n'est pas utilisé pour certains accès mémoire. Diverses techniques permettent en effet d'effectuer des accès mémoire qui contournent le cache, qui ne passent pas par le cache. Ils sont utilisés quand l'accès en cache fait que des instructions normales ne fonctionnent pas. Par exemple, de tels accès directs à la RAM sont notamment utilisés pour l'implémentation d'instructions atomiques, une classe d'instructions spécifiques utilisées sur les processeurs multicœurs, dont nous parlerons dans plusieurs chapitres. Mais ils sont aussi utilisés pour l'accès aux périphériques, ce que nous allons voir maintenant.
===Accéder aux périphériques demande de contourner le cache===
Pour rappel, un périphérique (au sens d'entrée-sortie) contient des registres d’interfaçage qui ont une adresse au même titre que les cases mémoire. Un périphérique peut à tout instant modifier ses registres d’interfaçage, ce qui se répercute automatiquement dans l'espace d'adressage, mais rien de tout cela n'est transmis au cache. Si les accès aux périphériques passaient par l'intermédiaire du cache, on aurait droit à des problèmes. On aurait encore une fois droit à des problèmes de cohérence des caches. Le problème est géré différemment suivant que l'on utilise un espace d'adressage séparé ou des entrées-sorties mappées en mémoire.
La solution est que les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache. Cela demande d'adapter le cache et le processeur. L'implémentation exacte dépend de comment sont adressés les périphériques. Pour rappel, il y a deux solutions pour adresser les périphériques : soit les périphériques disposent d'un espace d'adressage séparé de celui de la mémoire, soit il y un espace d'adressage unique partagé entre processeur et mémoire. Les deux cas donnent des solutions différentes.
Avec un espace d'adressage séparé, l'espace d'adressage des périphériques n'est pas caché : aucun accès dans cet espace d'adressage ne passe par le cache. La mémoire cache n'est utilisée que pour l'espace d'adressage des mémoires, rien d'autre. C'est de loin le cas le plus simple : il suffit de concevoir le processeur pour. Il dispose d'instructions séparées pour les accès aux registres d’interfaçage et à la RAM/ROM, les premières ne passent pas par le cache, les autres si.
Avec des entrées-sorties mappées en mémoire, la même solution est utilisée, mais dans une version un peu différente. Là encore, les accès aux périphériques ne doivent pas passer par l’intermédiaire du cache, si on veut qu'ils marchent comme ils le doivent. Cela demande d'adapter le cache et le matériel pour que accès aux périphériques mappés en mémoire contournent le cache. Des adresses, voire des zones entières de la mémoire, sont marquées comme étant non-cachables. Toute lecture ou écriture dans ces zones de mémoire ira donc directement dans la mémoire RAM, sans passer par la ou les mémoires caches. Là encore, le processeur doit être prévu pour : on doit pouvoir le configurer de manière à marquer certaines zones de la RAM comme non-cacheable.
Reste qu'il faut marquer des régions de la RAM comme non-cacheable. Pour cela, on améliore les registres de configuration du cache, vus plus haut, afin qu'ils permettent de configurer certaines portions de la RAM pour préciser qu'elles ne doivent pas être mises en cache, qu'il faut activer le contournement de cache pour celles-ci.
===Contourner le cache pour des raisons de performance===
Il arrive que des données avec une faible localité soient chargées dans le cache inutilement. Or, il vaut mieux que ces données transitent directement entre le processeur et la mémoire, sans passer par l'intermédiaire du cache. Pour cela, le processeur peut fournir des instructions d'accès mémoire qui ne passent pas par le cache, à côté d'instructions normales. De telle instructions sont appelées des '''instructions mémoire non-temporelles'''. Non-temporelle, dans le sens : pas de localité temporelle (c.a.d que les données ne seront pas réutilisées plus tard).
Mais il existe aussi des techniques matérielles, où le cache détecte à l'exécution les lectures qui gagnent à contourner le cache. La dernière méthode demande d'identifier les instructions à l'origine des défauts de cache, le processeur accédant directement à la RAM quand une telle instruction est détectée. Si une instruction d'accès mémoire fait trop de défauts de cache, c'est signe qu'elle gagne à contourner le cache. L'idée est de mémoriser, pour chaque instruction d'accès mémoire, un historique de ses défauts de cache. Il existe plusieurs méthodes pour cela, mais toutes demandent d'ajouter de quoi mémoriser l'historique des défauts de cache des instructions. L'historique est mémorisé dans une mémoire appelée la '''table d’historique des défauts de lecture''' (''load miss history table''), qui est souvent un cache.
L'historique en question est, dans sa version la plus simple, un compteur de quelques bits incrémenté à chaque succès de cache et décrémenté à chaque défaut de cache, qui indique si l'instruction a en moyenne fait plus de défauts ou de succès de cache. La table associe le ''program counter'' d'une instruction mémoire à cet historique. À la première exécution d'une instruction d'accès mémoire, une entrée de cette table est réservée pour l'instruction. Lors des accès ultérieurs, le processeur récupérer les informations associées et décide s'il faut contourner le cache ou non.
===Le cas particulier du processeur MIPS R8000===
Le processeur MIPS R8000 intégrait une forme de ''cache bypassing'', qui est, à ma connaissance, totalement inédite. Et pour la comprendre, faisons un léger rappel. Les processeurs qui supportent les nombres flottants disposent d'instructions de lecture/écriture spécialisées pour les nombres flottants, séparées des instructions LOAD et STORE classiques. Elles sont souvent appelées FLOAD et STORE. Les fait de séparer les instructions LOAD/STORE des instructions FLOAD/FSTORE permet d'implémenter des optimisations, ce qui est le cas ici.
Sur le MIPS R8000, les instructions FLOAD et FSTORE contournaient le cache, à savoir que les flottants étaient lus/écrits sans passer par la mémoire cache. La raison à cela est que les applications de l'époque avaient une bonne localité spatiale et temporlle pour les instructions LOAD et STORE classiques, mais une très mauvaise localité spatiale et temporelle pour leurs équivalents flottant. Concrètement, les applications faisant beaucoup de calculs flottants profitaient peu de la présence de mémoire cache. Si les flottants passaient dans le cache, ils pollueraient le cache, à savoir qu'ils remplaceraient des données bien plus utiles.
Les choses sont cependant compliquées par la hiérarchie de cache un peu bizarre de ce processeur. Le processeur MIPS R8000 avait deux caches L1, un pour les données et un pour les instructions. De plus, il pouvait utiliser un cache L2 externe, placé sur la carte mère. Les instructions LOAD et STORE ne contournaient pas les caches L1 et L2, ce qui fait que les nombres entiers et adresses pouvaient sans problème être copiés dans le cache L1 de données. Les instructions FLOAD et FSTORE ne passaient pas par le cache L1, mais atterrissaient dans le cache L2. En clair, le cache L1 de données était contourné, mais pas le cache L2. Toute lecture/écriture flottante se faisait dans le cache L2 externe, elle contournait automatiquement le cache L1.
Comme toute forme de ''cache bypassing'', le MIPS R8000 devait faire face à des problèmes de cohérence des caches, qui apparaissaient des des situations bien spécifiques. Les problèmes survenaient quand des entiers et des flottants étaient mixés entre dans dans une même structure de donnée (voire quand un mot contenait indifféremment entier et flottant, grâce à l'usage d'unions). Une écriture flottante pouvait modifier un mot mémoire, sans que la copie dans le cache L1 soit modifiée. Idem avec une écriture entière, qui pouvait modifier un mot dans le cache L1, sans que le cache L2 soit au courant.
Pour résoudre le problème, les écritures flottants étaient partiellement prises en compte par le cache L1. Le flottant écrit n'était pas écrit dans le cache L1, mais l'adresse de l'écriture était envoyée au cache L1, pour que celui-ci vérifie s'il détient une copie de cette adresse. Si c'est le cas, la ligne de cache correspondante était invalidée. Pour gérer ces invalidations, chaque ligne de cache était associée à un bit de validité, qui était mis à 1 lorsque la donnée était chargée depuis la mémoire RAM. Les écritures flottantes mettaient à 0 ce bit de validité, les écritures entières le remettaient à 1.
==Les caches splittés (''phased caches'')==
Dans cette section, nous allons voir les '''caches splittés''' (''phased caches''), dans lequel le cache est accédé en deux étapes consécutives. Il ne s'agit pas des caches pipelinés, que nous verrons dans le chapitre sur les processeurs pipélinés, mais laissons cela à plus tard. Nous allons partir du principe que ce sont des caches ''direct-mapped'', mais l'optimisation peut être utilisée sur un cache associatif par voie.
L'idée est de scinder le cache en deux : une mémoire pour les tags, une autre pour les données de la ligne de cache. Les bits de contrôle peuvent être mis dans l'une ou l'autre SRAM, mais ils sont souvent mis dans la RAM pour les tags. En faisant cela, quelques optimisations deviennent possibles, afin de réduire la consommation énergétique en contrepartie d'une perte de performance. La technique s'implémente différemment pour les caches totalement associatifs et partiellement associatifs.
Les caches totalement associatifs splittés sont ceux formés en combinant un cache associatif avec une CAM et une RAM combinée. On envoie l'adresse à lire/écrire à la mémoire associative, elle répond en envoyant une adresse à la mémoire RAM. L'accès se fait donc en deux temps, avec l'adresse dans la RAM comme intermédiaire. Il est possible de séparer physiquement les deux étapes en insérant un registre entre la CAM et la RAM, ce qui permet aussi de pipeliner l'accès. Mais c'est rarement fait en pratique, car le cout en circuit d'une mémoire CAM est trop important. L'équivalent pour un cache totalement associatif optimisé, sans CAM et RAM séparée, est trop gourmande en interconnexions pour être implémentée. Les caches totalement associatifs splittés sont donc très rares, l'auteur ne connait aucun exemple de processeur avec un tel cache.
Il existe une technique équivalente pour les caches ''direct-mapped'', mais elle demande une certaine modification du cache. Dans les caches ''direct-mapped'' non-splittés, on trouve une mémoire SRAM dont chaque mot mémoire contient une ligne de cache entière, tag inclus. Dans leurs versions splittés, la SRAM est séparée en deux : une pour les tags, une autre pour les données. Précisons qu'il s'agit bien de deux mémoires SRAM adressables. L'adresse à laquelle accéder est envoyée à la SRAM des tags, puis ensuite à la SRAM des données si besoin.
L'idée est d’accéder aux tags pour déterminer s'il y a un succès de cache ou un défaut, et ensuite d'accéder aux données. On n’accède pas aux données en parallèle des tags. Faire cela est évidemment plus lent. En cas de défaut de cache, le temps d'accès est similaire : le tag ne correspond pas, on n'accède pas à la SRAM pour les données. Par contre, vu qu'on n'a pas activé la SRAM pour les données, on économise un peu d'énergie, ce qui réduit la consommation d'énergie. En cas de succès de cache, on accède à la SRAM pour les tags, puis à celle pour les données. Pas d'économie d'énergie à l'horizon, sans compter que le temps d'accès augmente : on accède au cache en deux étapes au lieu de faire les deux accès en parallèle.
[[File:Phased cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Phased cache]]
Précisons cependant que ce design peut avoir deux avantages en termes de performance. Premièrement, le temps d'accès au cache est légèrement amélioré en cas de défaut de cache. En effet, la SRAM des tags est assez petite, idem pour celle des données. Leur temps d'accès est donc plus faible que pour une grosse SRAM contenant données et tags. Le gain en temps d'accès est donc un avantage, qui ne se manifeste surtout en cas de défaut de cache. Un autre avantage est que l'accès au cache se pipeline plus facilement, ce qui fait qu'on peut effectuer plusieurs accès simultanés au cache. Mais nous verrons cela dans quelques chapitres.
===Le contrôleur de cache 82385 pour les CPU Intel 386===
Il est important de noter que la séparation entre tags et RAM peut être telle que les deux ne sont pas sur la même puce de silicium ! Voire que les deux sont séparés du processeur ! C'était le cas quand les mémoires caches ont été introduites sur les processeurs grand public, notamment sur les premiers processeurs Intel. La miniaturisation n'avait pas avancé au point où placer un cache dans le processeur était possible.
Sur le processeur 386 d'Intel, le cache était un cache splitté, séparé du processeur. Concrètement, le processeur i386 était couplé à un contrôleur de cache Intel 82385 et une mémoire SRAM. Le 82385 contenait les ''tags'' et les bits de contrôle, la SRAM contenait les données, les lignes de cache. Un point important est que les lignes de cache faisaient seulement 32 bits/4 octets, pas plus ! On était loin des lignes de cache actuelles, faisant 64 octets/512 bits. Mais c'était beaucoup plus pratique, vu que le bus système faisait 32 bits de large, idem pour l'interface avec le processeur.
Le schéma ci-dessous montre comment le cache s'intégrait avec le bus système. Pour le bus de commande, le cache servait d'intermédiaire : il recevait les commandes et les filtrait suivant les succès/défauts de cache. En cas de succès de cache, les commandes de lecture n'étaient pas envoyées à la mémoire RAM. Les adresses étaient transmises à la fois au cache et au bus système (avec un registre entre le bus système et le processeur). Le bus de donnée était lui connecté à la mémoire SRAM et au processeur, avec des MUX/DEMUX pour faire le choix de la source des lectures.
[[File:Controleur de cache 82385 pour l'Intel 386.png|centre|vignette|upright=2.5|Contrôleur de cache 82385 pour l'Intel 386]]
Le 82385 surveillait ce qui se passait sur le bus et répondait à la place de la RAM pour certaines lectures. C'était un intermédiaire assez passif, qui se contenait de répondre aux succès et défauts en lecture. Le cache était un cache ''write through'' un peu particulier. En cas de succès de cache pour une écriture, le cache met à jour sa ligne de cache et propage l'écriture en mémoire RAM. Par contre, si une écriture fait un défaut de cache, la donnée n'est pas écrite dans le cache. Le seul moyen pour copier une donnée dans le cache était un défaut pour une lecture.
Le 82385 pouvait commander soit un cache ''direct mapped'', soit associatif à deux voies. Le choix entre les deux était le fait d'une entrée : la mettre à 0 indiquait un cache ''direct mapped'', la mettre à 1 forçait un cache à deux voies. La différence entre les deux est que le 82385 était relié à une mémoire SRAM avec un cache ''direct mapped'', deux SRAM pour deux voies. Pour avoir un cache associatif à deux voies, le 82385 devrait gérer deux signaux ''chip select'' pour activer chaque SRAM/voie suivant les besoins. Il avait précisément quatre signaux CS : deux par SRAM, un pour les lectures, un pour les écritures. Notons que les lignes de cache faisaient 32 bits, ce qui pouvait d'obtenir soit avec une SRAM 32 bits, soit avec deux SRAM 16 bits, soit avec 4 SRAM 8 bits. Le 82385 rajoutait 4 sorties, pour masquer chaque octet dans ces 32 bits, qui sont techniquement des signaux ''Output Enable'' pour 4 SRAM 8 bits.
[[File:Interface entre le 82385 et la SRAM du cache.png|centre|vignette|upright=2|Interface entre le 82385 et la SRAM du cache. Beaucoup d'entrées et de sorties liées au bus d'adresse ne sont pas représentées.]]
Il gérait aussi les accès mémoire non-cacheable, à savoir des accès mémoire qui ne doivent pas être pris en compte par le cache. Il considérait certains accès mémoire comme "à ne pas cacher". Notamment, les accès mémoire à une entrée-sortie ne sont pas cachés. Pour rappel, le processeur utilisait un espace d'adressage séparé pour les entrées-sorties, et utilisait donc un bit IO, qui était utilisé par le 82385 pour savoir si l'accès mémoire doit être caché ou non. Il en est de même pour les accès ayant lieu lors d'une interruption, qui ne passent pas par le cache.
Mais au-delà de cette inhibition automatique du cache, le 82385 avait une entrée NCA (''Non Cacheable Access'') : le cache était "désactivé" quand cette entrée était à 1. C'est un peu une sorte de ''chip select'' pour le 82385, limitée aux accès mémoire. Cette entrée permettait de programmer des intervalles d'adresse auxquels ne pas répondre, en utilisant des circuits de décodage d'adresse adaptés. Il avait aussi une entrée X16, qui permettait d'identifier les accès soit à un composant 16 bits. De tels accès ne doivent pas être mis en cache, sans doute parce que cela ne collait pas avec la taille des lignes de cache (32 bits). Et cette entrée permettait d'inhiber ces accès 16 bits d'agir sur le cache, en utilisant le bit du bus de commande adéquat.
Le 82385 pouvait être intégré dans un système à deux processeurs, voire plus. Pour cela, chaque processeur avait son propre 82385 et sa SRAM rien qu'à lui. Il n'y avait pas de cache partagé entre les deux processeurs. Par contre, les deux caches étaient reliés au même bus système. Pour qu'ils ne se marchent pas sur les pieds, il y avait des circuits d'arbitrage pour gérer l'accès au bus. Un des deux 82385 était mis en mode maitre, l'autre était en mode esclave. Le 82385 maitre pouvait prendre le contrôle du bus, le 82385 esclave devait demander l'autorisation au premier pour accéder au bus système.
Le 82385 gérait une forme limitée de cohérence des caches par invalidation. Dès que le 82385 détectait une prise de contrôle du bus par autre chose que le processeur, il surveillait les adresses transmises sur le bus. En cas de succès de cache, la ligne de cache associée était invalidée. Au-delà de ça, le 82385 avait une entrée FLUSH, qui ordonnait une invalidation totale du cache. Si cette entrée est mise à 1, toutes les lignes de cache sont invalidées. Les ''tags'' sont marqués comme invalides, mais les lignes de cache elles-mêmes ne sont pas touchées.
===L'exemple des processeurs Intel de microarchitecture ''Broadwell''===
Un autre exemple est celui du cache L4 des processeurs Broadwell et de quelques processeurs séparés. Ces processeurs ont une organisation en ''chiplet'' où le processeur incorpore plusieurs puces séparées : une puce pour le processeur proprement dit, une puce nommée ''Crystal Well'' pour le cache L4, et une puce IO pour la communication avec la RAM et la carte mère. Le processeur incorporait un cache L4 de 128 mébioctets, composé de mémoire eDRAM, qui était dispersé entre ''Crystal Well'' et les autres puces. Les données du cache L4 étaient dans ''Crystal Well'', alors que les Tags étaient soit dans le processeur lui-même, soit dans la puce IO !
La puce ''Crystal Well'' était une mémoire DRAM adressable tout ce qu'il y a de plus basique, avec cependant quelques optimisations notables. Par exemple, elle avait deux bus séparés pour l'écriture et la lecture. De plus, elle avait une organisation interne avec 128 banques, contre moins d'une dizaine pour la DDR de l'époque et environ 32 banques pour la DDR5 moderne. Elle contenait aussi quelques circuits pour gérer son rôle de mémoire cache, mais rien en ce qui concerne la gestion des tags eux-mêmes.
Sur les processeurs de microarchitecture ''Broadwell'', les tags étaient placés dans le CPU et précisément dans le cache L3. À chaque accès mémoire au cache L3, les tags du cache L4 étaient consultés en parallèle. De fait, l'accès au cache L4 était assez rapide, malgré le fait que les données étaient dans une puce à part. Ajoutons à cela que le processeur et ''Crystal Well'' n'avaient pas la même finesse de gravure ni la même technologie de fabrication. Les tags étaient implémentés avec de la SRAM contre la DRAM pour les données, ce qui fait que la consultation des tags était plus rapide que l'accès aux données.
Par la suite, dans certains CPU de microarchitecture ''skylake'', les tags ont été déplacés en-dehors du processeur pour finir dans le contrôleur mémoire. En faisant cela, le cache L4 pouvait être utilisé par autre chose que le processeur, et notamment par la carte graphique intégrée au CPU. Avec ''broadwell'', le fait que les tags étaient consultés en cas d'accès au L3 empêchait au GPU intégré de consulter le cache L4. Mais en déplaçant les tags dans le contrôleur mémoire, ce n'est plus le cas vu que la carte graphique a aussi accès au bus mémoire. Par contre, le temps d'accès augmente comparé à la solution précédente. On n'accède pas aux tags du L4 en parallèle du L3 : à la place, il faut consulter les tags du L3, détecter un défaut de cache L3, et ensuite accèder aux tags.
===Les caches RAM-configurables===
Un autre avantage des caches splittés est qu'on peut les modifier pour servir à la fois de mémoire cache, mais aussi de ''local store'', de mémoire RAM de petite taille. Le fonctionnement est assez simple à comprendre. Lors d'un accès au cache, on accède aux tags, puis à la RAM interne au cache. Lors d'un accès au ''local store'', on contourne l'accès au tags et on accède à la RAM interne au cache directement. Il s'agit de la technique du '''cache RAM-configurable''. L'usage de cache RAM-configurable est fréquent sur les cartes graphiques récentes, qui incorporent un ou plusieurs processeurs multicoeurs, dont le cache L1 de données est un cache RAM-configurable.
[[File:Hydride cache - local store.png|centre|vignette|upright=2.0|Hydride cache - local store]]
===La compression de cache===
Une autre optimisation permise par les ''phased caches'' est l'implémentation de techniques de '''compression de cache''', qui visent à compresser des lignes de cache. L'intérêt est qu'on peut stocker plus de données dans le cache, à capacité égale. L'inconvénient est qu'on doit compresser/décompresser les lignes de cache, ce qui demande un circuit en plus et allonge les temps d'accès. En effet, le temps mis pour compresser/décompresser une ligne de cache s'ajoute au temps d'accès. Aussi, la compression de cache sert surtout pour les caches de bas niveau dans la hiérarchie mémoire, les gros caches aux temps d'accès assez longs.
Une première technique, assez simple à implémenter et peu couteuse en circuit, est celle de la '''compression des lignes de cache nulles'''. Elle compresse uniquement les lignes de cache qui ne contiennent que des zéros. L'idée est qu'on ajoute, dans la mémoire des tags, un bit de contrôle pour chaque ligne de cache appelé le bit ''null''. Il indique si la ligne de cache ne contient que des zéros. Quand on lit une ligne de cache, la mémoire des tags est accédée et on vérifie le bit ''null'' : s'il vaut 1, on n'accède pas à la mémoire cache de données et un multiplexeur envoie un zéro sur le port de lecture. Le bit ''null'' est fixé lors de l'écriture d'une ligne de cache : elle passe dans un comparateur avec zéro relié à la mémoire des tags. La comparaison avec zéro peut se faire en parallèle de l'écriture ou avant (dans ce cas, on n'écrit pas la ligne de cache dans le cache).
Les autres techniques de compression de cache permettent de compresser autre chose que des lignes de cache nulles. L'idée est qu'une ligne de cache physique peut par moment mémoriser plusieurs lignes de caches compressées. Par exemple, prenons un cache dont les lignes de cache font 64 octets. Il est possible de compresser deux lignes de cache pour qu'elles fassent chacune 32 octets, et les stocker dans une seule ligne de cache. Les deux lignes de cache auront des tags différents, mais pointeront sur la même ligne de cache physique. Et cela demande d'utiliser un ''phased cache'' dont la mémoire pour les tags est plus grande que la mémoire pour les données. Il n'y a donc plus une bijection entre tags et ligne de cache, mais une relation surjective. Chose qui n'est possible qu'avec un ''phased cache''. De plus, des bits de contrôles associés à chaque ''tag'' indiquent où se trouvent les lignes de cache compressées dans la ligne de cache : est-ce que c'est les 32 octets de poids fort ou de poids faible ?
[[File:Compression de cache.png|centre|vignette|upright=2|Compression de cache]]
Il ne semble pas que les techniques de compression de cache soient implémentées sur les processeurs modernes. Aucun n'utilise de compression de cache, à ma connaissance. Il faut dire que les techniques connues sont de mauvais compromis : le temps d'accès du cache augmente beaucoup, le cout en circuit pourrait être utilisé pour un cache non-compressé mais plus grand. Et notons que la compression de cache ne marche que si les données peuvent se compresser. Si ce n'est pas le cas, une partie de la mémoire des tags est inutilisée.
Une revue de la littérature académique sur la compression de cache est disponible via ce lien, pour les curieux :
* [https://inria.hal.science/hal-03285041 Understanding Cache Compression, par Carvalho et Seznec].
==Les caches adressés par somme et hashés==
Les caches adressés par somme sont optimisés pour incorporer certains calculs d'adresse directement dans le cache lui-même. Pour rappel, certains modes d'adressage impliquent un calcul d'adresse, qui ajoute une constante à une adresse de base. Généralement, l'adresse de base est l'adresse d'un tableau ou d'une structure, et la constante ajoutée indique la position de la donnée dans le tableau/la structure. Les caches hashés et les caches adressés par somme permettent de faire l'addition directement dans la mémoire cache. Voyons d'abord les caches hashés, avant de passer aux caches adressés par somme.
Sur les '''caches hashés''', l'addition est remplacée par une autre opération, par exemple des opérations bit à bit du style XOR, AND ou OR, etc. Seulement, utiliser des opérations bit à bit pose un problème : il arrive que deux couples Adresse/décalage donnent le même résultat. Par exemple, le couple Adresse/décalage 11101111/0001 donnera la même adresse que le couple 11110000/0000. Dit autrement, deux adresses censées être différentes (après application du décalage) sont en réalité attribuées à la même ligne de cache. Il est toutefois possible de gérer ces situations, mais cela demande des astuces de haute volée pour faire fonctionner la mémoire cache correctement.
Sur les '''caches adressés par somme''', le décodeur est modifié pour se passer de l'addition. Pour comprendre comment, il faut rappeler qu'un décodeur normal est composé de comparateurs, qui vérifient si l'entrée est égale à une constante bien précise. Sur un cache ordinaire, l'addition est faite séparément du décodage des adresses par le cache, dans l'unité de calcul ou dans l'unité de génération d'adresse.
[[File:Non sum adressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache normal.]]
Mais les caches adressés par somme modifient le décodeur, qui est alors composé de comparateurs qui testent si la somme adresse + décalage est égale à une constante.
[[File:Cache adressé par somme.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
Chaque circuit du décodeur fait le test suivant, avec K une constante qui dépend du circuit :
: <math>A + B = K</math>
Ce qui est équivalent à faire le test suivant :
: <math>A + B - K = 0</math>
En complément à deux, on a <math>- K = \overline{K} + 1</math>. En injectant dans l'équation précédente, on a :
: <math>A + B + \overline{K} + 1 = 0</math>
En réorganisant les termes, on a :
: <math>A + B + \overline{K} = - 1</math>
Il suffit d'utiliser un additionneur ''carry-save'' pour faire l'addition des trois termes. Rappelons qu'un tel additionneur fournit deux résultats en sortie : une somme calculée sans propager les retenues et les retenues en question. Notons que les retenues sont à décaler d'un cran, vu qu'elles sont censées s'appliquer à la colonne suivante. En notant la somme S et les retenues R, on a:
: <math>S + (R << 1) = - 1 </math>, le décalage d'un cran à gauche étant noté <math><< 1</math>.
Ensuite, -1 est codé avec un nombre dont tous les bits sont à 1 en complément à un/deux.
: <math>S + (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
[[File:Sum + retenue add.png|centre|vignette|upright=2|Sum + retenue add]]
Un simple raisonnement nous permet de savoir si le résultat est bien -1, sans faire l'addition <math>S + (R << 1)</math>. En effet, on ne peut obtenir -1 que si la somme est l'inverse des retenues : un 0 dans le premier nombre correspond à un 1 dans l'autre, et réciproquement. En clair, on doit avoir <math>\overline{S} = R << 1</math>. Pour vérifier cela, il suffit de faire un simple XOR entre la somme et les retenues décalées d'un cran. On a alors :
: <math>S \oplus (R << 1) = 111 \cdots 111111</math>
La comparaison avec -1 se fait avec une porte ET à plusieurs entrées. En effet, la porte donnera un 1 seulement si tous les bits d'entrée sont à 1, ce qui est ce qu'on veut tester.
Au final, l'additionneur pour l'addition adresse + décalage est remplacé par un additionneur carry-save suivi d'une couche de portes XOR et d'un comparateur avec une constante, ce qui économise de circuits et améliore les performances.
[[File:Final circuit of sum addressed cache.png|centre|vignette|upright=2|Cache adressé par somme.]]
En prenant en compte que la constante K est justement une constante, certaines entrées de l'additionneur carry-save sont toujours à 0 ou à 1, ce qui permet quelques simplifications à grand coup d’algèbre de Boole. Chaque additionneur complet qui compose l’additionneur carry-save est remplacée par des demi-additionneurs (ou par un circuit similaire). Autant dire que l'on gagne tout de même un petit peu en rapidité, en supprimant une couche de portes logiques. Le circuit de décodage économise aussi des portes logiques, ce qui est appréciable.
==Les caches à accès uniforme et non-uniforme==
Intuitivement, le temps d'accès au cache est le même pour toutes les lignes de cache. Il s'agit de cache appelés '''caches à accès uniforme''', sous-entendu à temps d'accès uniforme. Mais sur les caches de grande capacité, il arrive souvent que le temps de propagation des signaux varie fortement suivant la ligne de cache à lire. D'ordinaire, on se cale sur la ligne de cache la plus lente pour caler la fréquence d'horloge du cache, même si on pourrait faire mieux. Cependant, les '''caches à accès non uniforme''' ont une latence différente pour chaque ligne d'un même cache. Certaines lignes de cache sont plus rapides que d'autres.
Niveau terminologie, nous allons parler de caches UCA et NUCA : ''Uniform Access Cache'' pour les caches à accès uniforme, ''Non-Uniform Access Cache'' pour les caches à accès non-uniforme.
[[File:Caches UCA et NUCA.png|vignette|Caches UCA et NUCA.]]
Les caches NUCA et UCA sont souvent composés de plusieurs banques séparées, typiquement une par voie. Sur les caches UCA, les banques sont interconnectées avec le processeur de manière à ce que toutes les interconnexions ont la même longueur pour toutes les banques. Typiquement, les banques sont organisées en carré, avec les interconnexions qui partent du centre, avec une disposition en H, illustrée ci-contre
Mais avec les caches NUCA, ce n'est pas le cas. Les interconnexions sont simplifiées et ont des longueurs différentes. Les caches NUCA n'ont pas tous le même genre d'interconnexions, qui dépendent du cache NUCA. En général, les interconnexion forme un réseau avec des sortes de routeurs qui redirigent les données/commandes vers la bonne destination : cache ou processeur. Les banques plus proches du processeur sont accessibles plus rapidement que celles éloignées, même si la différence n'est pas énorme.
Les caches NUCA sont généralement associatifs par voie. Les plus simples utilisent une banque par voie pour le cache, ce qui fait que certaines voies répondent plus vite que les autres. La détection des succès de cache est alors plus rapide si la donnée lue/écrite est dans une voie/banque rapide. En théorie, les défauts de cache demandent de vérifier toutes les banques, et se calent donc sur la pire latence. Mais divers caches se débrouillent pour que ce ne soit pas le cas, soit en vérifiant les banquyes unes par une, soit par un mécanisme de recherche plus complexe.
Les caches NUCA sont surtout utilisés pour les caches L3 et L4, éventuellement les caches L2. Les caches L1 sont systématiquement des caches UCA, car la latence de l'accès au cache L1 est utilisée par le processeur pour décider quand lancer les instructions. Pour simplifier, le processeur peut démarrer en avance une instruction avant qu'une opérande soit lue dans le cache L1, de manière à ce que la donnée arrive en entrée de l'ALU pile en même temps que l'instruction. Une histoire d'exécution dans le désordre et d'émission anticipée des instructions qu'on détaillera dans une bonne dizaine de chapitres. Toujours est-il que tout est plus simple pour le processeur si le cache L1 a un temps d'accès fixe. Par contre, les caches L3 et L4 sont traités en attendant que les données arrivent, le processeur reprend l'exécution des instructions quand les caches L3 et L4 ont terminé de répondre, pas avant.
Avec l'association une banque = une voie, la correspondance ligne de cache → bloc de mémoire qui est statique : on ne peut pas déplacer le contenu d'une ligne de cache dans une autre portion de mémoire plus rapide suivant les besoins. Mais la recherche académique a étudié le cas où la correspondance entre une ligne de cache et une banque varie à l’exécution. Pour nommer cette distinction, on parle de caches S-NUCA (''Static NUCA'') et D-NUCA (''Dynamic NUCA'').
Intuitivement, on s'attend à ce que les caches D-NUCA soient plus performants que les caches S-NUCA. Les lignes de cache les plus utilisées peuvent migrer dans une banque rapide, alors que les lignes de cache moins utilisées vont dans une banque éloignée. Les lignes de cache se répartissent dans le cache dynamiquement dans les banques où elles sont le plus adaptées. Mais paradoxalement, le gain des caches D-NUCA est presque nul, voire insignifiant. La raison est que les caches D-NUCA doivent incorporer un système pour déterminer dans quelle banque se situe la donnée pour détecter les succès/défauts de cache, ainsi qu'un système pour migrer les données entre banques. Et ce système augmente le temps d'accès au cache, réduisant à néant l'intérêt d'un cache D-NUCA. Si on économise quelques microsecondes de temps d'accès en passant d'un cache UCA à un cache S-NUCA, ce n'est pas pour les perdre en passant à un D-NUCA. La majorité des caches D-NUCA sont donc en cours de recherche, mais ne sont pas utilisés en pratique.
==La tolérance aux erreurs des caches==
Une mémoire cache reste avant tout une mémoire RAM, bien que ce soit de la SRAM. Elle n'est pas parfaite et est donc sujette à des erreurs, qui peuvent inverser un bit ou l'effacer. De telles erreurs sont liées à des rayons cosmiques très énergétiques, à des particules alpha produites par le packaging ou le métal deu circuit intégré, peu importe : l'essentiel est qu'ils inversent parfois un bit. Les mémoires modernes savent se protéger contre de telles erreurs, en utilisant trois moyens.
===Les mémoires caches ECC et à bit de parité===
Le premier moyen est l'usage de codes correcteurs d'erreurs, qui ajoutent un ou plusieurs bits à la ligne de cache, dans les bits de contrôle. Les bits ajoutés dépendent de la donnée mémorisée dans le byte, et servent à détecter une erreur, éventuellement à la corriger. Le cas le plus simple ajoute un simple bit de parité pour chaque byte et se contente de détecter les erreurs dans les corriger. Les autres codes ECC permettent eux de corriger des erreurs, mais ils demandent d'ajouter au moins deux bits par byte, ce qui a un cout en circuit plus élevé.
Un simple bit de parité permet de détecter qu'un bit a été inversé, mais ne permet pas de corriger l'erreur. En soi, ce n'est pas un problème. Si une erreur est détectée, on considère que la ligne de cache est invalide. Le cache gère la situation comme un défaut de cache et va chercher la donnée valide en mémoire RAM. Le cout en circuits est donc faible, mais les défauts de cache sont plus nombreux. Les codes ECC sont eux capables de corriger les erreurs, si elles ne modifient pas trop de bits d'un coup. Par contre, ils utilisent deux à trois bits par octet, ce qui a un cout en circuits loin d'être négligeable. Il y a donc un compromis entre défauts de cache et cout en circuits.
La gestion de l'ECC est différente suivant le niveau de cache. Généralement, le cache L1 n'utilise pas l'ECC mais se contente d'un simple bit de parité pour éviter la corruption de ses données. Le cache étant petit, les corruptions de données sont assez rares, et les défauts de cache induits faibles. Il est plus important d'utiliser un code de détection d'erreur simple, rapide, qui ne ralentit pas le cache et n'augmente pas sa latence. Si une ligne de cache est corrompue, il a juste à aller lire la ligne depuis le cache L2, ou un niveau de cache inférieur. Du moins, c'est possible sur le cache en question est un cache inclusif et/ou ''write-through''.
Par contre, le niveau de cache L2 et ceux en-dessous utilisent presque systématiquement une mémoire SRAM ECC. La raison principale étant que ce sont des caches assez gros, pour lesquels la probabilité d'une erreur est assez élevée. Plus une mémoire a de bits et prend de la place, plus il y a une chance élevée qu'un bit s'inverse. Et vu que les caches L2/L3/L4 sont par nature plus lents et plus gros, ils peuvent se permettre le cout en performance lié à l'ECC, idem pour le cout en circuit. Sans compter qu'en cas d'erreur, ils doivent aller lire la ligne de cache originelle en mémoire RAM, ce qui est très lent ! Mieux vaut corriger l'erreur sur place en utilisant l'ECC.
===L'usage du ''memory scrubbing'' sur les caches===
La plupart des erreurs ne changent qu'un seul bit dans un byte, mais le problème est que ces erreurs s'accumulent. Entre deux accès à une ligne de cache, il se peut que plusieurs erreurs se soient accumulées, ce qui dépasse les capacités de correction de l'ECC. Dans ce cas, il existe une solution appelée le ''memory scrubbing'', qui permet de résoudre le problème au prix d'un certain cout en performance.
Pour rappel, l'idée est de vérifier les lignes de caches régulièrement, pour éviter que les erreurs s'accumulent. Par exemple, on peut vérifier chaque ligne de cache toutes les N millisecondes, et corriger une éventuelle erreur lors de cette vérification. En faisant des vérifications régulières, on garantir que les erreurs n'ont pas le temps de s'accumuler, sauf en cas de malchance avec des erreurs très proches dans le temps. Il ne s'agit pas d'un rafraichissement mémoire, car les SRAM ne s'effacent pas), mais ça a un effet similaire.
Et évidemment, le ''memory scrubbing'' a un cout en performance. On peut faire une comparaison avec le rafraichissement mémoire : les rafraichissement réguliers réduisent les performances, car cela fait des accès en plus. Des accès qui sont de plus timés à des instants bien précis qui ne sont pas forcément les plus adéquats. Il est possible qu'un rafraichissement ait lieu en même temps qu'un accès mémoire et le rafraichissement a la priorité, ce qui réduit les performances. La même chose arrive avec les vérifications du ''memory scrubbing''. Malgré tout, la technique a été utilisée sur les caches de certains processeurs commerciaux, dont des processeurs AMD Athlon et Athlon 64. Elle est surtout utilisable sur les caches L2/L3, pour lesquels le cout du pseudo-rafraichissement est acceptable.
===Le cas particulier des caches ''Write-Through''===
Les caches ''Write-Through'' et ''Write-Back'' ne sont pas égaux du point de vue de l'ECC. En effet, les caches ''Write-Back'' ont un désavantage : quand une donnée est modifiée dans le cache, seul le cache a une copie de la donnée valide. Ils ont donc intérêt à protéger cette donnée contre les erreurs, ce qui implique l'usage de l'ECC au minimum. A l'opposé, les caches ''Write-Through'' n'ont pas ce problème : ils garantissent que toute donnée dans le cache est aussi recopiée ailleurs, que ce soit en mémoire RAM, dans le niveau de cache inférieur, ou dans un ''write buffer''/tampon d'écriture. Ils peuvent donc se contenter d'utiliser un bit de parité par mot, voire par ligne de cache. Ce qui entraine des économies substantielles de circuits.
En général, les processeurs préfèrent utiliser des caches ''Write-Back'' pour tous les niveaux, L1, L2 et L3, voire L4. Mais quelques rares processeurs préféraient utiliser des ''Write-Through'' pour le niveau L1. Je précise bien : uniquement pour le niveau L1, pas pour les niveaux L2 et L3. Les niveaux L2 et L3 utilisaient des caches ''Write-Back'' protégés avec de l'ECC, seuls les caches L1 se débrouillaient sans.
Un exemple est le Pentium 4 d'Intel, qui se débrouillait avec un L1 ''Write-Through'', sans tampon d'écriture. Les performances en écritures étaient de fait très mauvaises, du fait de l'absence de tampon d'ériture. Les processeurs AMD de microarchitecture Bulldozer avaient eu aussi un cache L1 ''Write-Through'', mais combinés avec un tampon d'écriture, pour conserver des performances acceptables. Le tampon d'écriture en question était un cache de 4 kibioctets, à 4 voies. Les performances du cache en écriture étaient cependant inférieures à celles des processeurs concurrents, qui utailisaient des caches ''Write-Back''
==Un exemple de cache : le cache d'instruction==
[[File:Separate unified.png|thumb|Cache d'instruction séparé du cache de données.]]
La grande majorité des processeurs utilise deux caches L1 séparés : un '''cache d'instructions''' dédié aux instructions, et un autre pour les données. Une telle organisation permet de charger une instruction tout en lisant une donnée en même temps. Notons que seul le cache L1 est ainsi séparé entre cache de données et d'instructions.
Les deux caches sont reliés au processeur par des bus séparés, l'ensemble ressemble à une architecture Harvard, mais où les caches remplacent les mémoires RAM/ROM. Le cache d'instruction prend la place de la mémoire ROM et le cache de données prend la place de la mémoire RAM. Évidemment, il y a des niveaux de caches en dessous des caches de données/instruction, et ceux-ci contiennent à la fois données et instructions, les deux ne sont pas séparées dans des mémoires/caches séparés. Raison pour laquelle l'ensemble est appelé une '''architecture Harvard modifiée'''. Architecture Harvard, car l'accès aux données et instructions se font par des voies séparées pour le processeur, modifiée car la séparation n'est effective que pour le cache L1 et pas les autres niveaux de cache, et encore moins la RAM.
Sur les processeurs modernes, il arrive très souvent que le processeur doive charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Et à vrai dire, c'est la règle plus que l'exception. L'usage d'une architecture Harvard modifiée permet cela très facilement : on peut accéder au cache d'instruction via un bus, et au cache de donnée avec l'autre.
Le cache d’instruction se situe en théorie entre l'unité de chargement et l'unité de décodage. En effet, ce cache prend en entrée une adresse et fournit une instruction. L'adresse est fournie par le ''program counter'', l'instruction est envoyée dans l'unité de décodage. Le cache se situe donc entre les deux. Le cache de données L1 est connecté au chemin de données, et notamment aux unités de communication avec la mémoire, pas au séquenceur.
[[File:Caches L1 et positions dans le processeur.png|centre|vignette|upright=2.5|Caches L1 et positions dans le processeur]]
===Pourquoi scinder le cache L1 en cache d'instruction et de données===
L'usage d'un cache d’instruction séparé du cache de données est à contraster avec l'usage d'un cache L1 multiport unique, capable de mémoriser à la fois instructions et données. Les deux solutions sont possibles ont été utilisées. Les premiers processeurs avaient un cache L1 unique et multiport, mais ce n'est plus le cas sur les processeurs modernes, car les contraintes ne sont pas les mêmes.
Le compromis à faire est celui entre deux petits caches rapides et un gros cache plus lent. Pour rappel, plus un cache est petit, plus il est rapide et chauffe moins. Donc au lieu d'utiliser, par exemple, un gros cache lent de 64 Kibioctets, on utilise deux caches de 32 kibioctets, plus rapides. La capacité totale est la même, mais le temps d'accès plus faible. En termes de temps d'accès, la meilleure solution est celle des deux caches simple port. Mais pour ce qui est de l'économie de circuits, c'est moins évident. Entre deux mémoires simple port et une mémoire multiport, la différence en termes de transistors est ambigüe et dépend de la capacité des caches. La différence est surtout notable pour les gros caches, moins pour les petits caches.
Il faut aussi tenir compte de la capacité effective. Avec deux caches séparés, la répartition de la capacité du cache L1 est fixée une bonne fois pour toutes. Par exemple, avec un cache d'instruction de 32 KB et un cache de données de 32 KB, impossible d'allouer 40 KB aux données et 20 aux instructions. Alors qu'avec un cache L1 unique de 64 KB, on pourrait le faire sans soucis. La répartition se fait naturellement, en fonction de la politique de remplacement du cache et est proche de l'optimal. C'est là un désavantage des caches d'instructions/données séparés : une capacité effective moindre.
Tout cela explique pourquoi le cache L1 est le seul à être ainsi scindé en deux, avec une séparation entre instructions et données : les contraintes au niveau du cache L1 et L2 ne sont pas les mêmes. Pour les caches L1, le temps d'accès est plus important que la capacité, ce qui favorise les caches séparés. Par contre, pour les caches L2/L3/L4, le temps d'accès n'est pas déterminant, alors que la capacité effective et l'économie en circuits sont significatives.
===La connexion des caches L1 avec le cache L2===
Pour les connexions avec le cache L2, tout dépend du processeur. Certains utilisent un cache L2 multiport, qui permet aux deux caches L1 de lire ou écrire dans le cache L2 simultanément.
[[File:Cache d'instructions.png|centre|vignette|upright=1.5|Cache d'instructions.]]
Si le cache L2 ne gère pas les accès simultanés, il n'y a qu'un seul bus relié aux caches L1 et au cache L2. On doit effectuer un arbitrage pour décider quel cache a la priorité, chose qui est réalisé par un circuit d'arbitrage spécialisé.
[[File:Circuit d'arbitrage du cache.png|centre|vignette|upright=1.5|Circuit d'arbitrage du cache.]]
Généralement, les caches d'instructions peuvent se permettre d'être plus petits que les caches de données, car les programmes sont souvent plus petits que les données manipulées. Songez que des programmes de quelques mébioctets peuvent parfois remplir la RAM avec plusieurs gibioctets de données. Lancez votre navigateur internet et ouvrez une page web un peu chargée, pour vous en convaincre !
===Les spécificités du cache d'instruction : lecture seule, bloquant, etc===
Les instructions sont rarement modifiées ou accédées en écritures, contrairement aux données. Et cela permet d'utiliser un cache simplifié pour les instructions. Autant un cache généraliste doit permettre les lectures et écritures depuis le processeur (avec les échanges avec la RAM), autant un cache d'instruction peut se contenter des lectures provenant du CPU et des échanges avec la RAM. Le cache d'instructions est donc très souvent en « lecture seule » : le processeur ne peut pas écrire dedans, mais juste le lire ou charger des instructions dedans.
Un cache d'instruction est donc plus simple qu'un cache pour les données : on peut retirer les circuits en charge de l'écriture (mais on doit laisser un port d'écriture pour charger les instructions dedans). Le gain en circuits permet d'utiliser un cache d'instruction plus gros ou au contraire de laisser de la place pour le cache de données. Le gain en termes de capacité compense alors un peu les inconvénients des caches séparés.
Par contre, cela complique la gestion du code automodifiant, c'est-à-dire des programmes dont certaines instructions vont aller en modifier d'autres, ce qui sert pour faire de l'optimisation ou est utilisé pour compresser ou cacher un programme (les virus informatiques utilisent beaucoup de genre de procédés). Quand le processeur exécute ce genre de code, il ne peut pas écrire dans ce cache L1 d'instructions, mais doit écrire dans le cache L2 ou en RAM, avant de recharger les instructions modifiées dans le cache L1. Cela qui prend du temps et peut parfois donner lieu à des erreurs si le cache L1 n'est pas mis à jour.
Les algorithmes de remplacement des lignes de cache optimaux pour les données ne le sont pas pour les instructions, de même que la taille optimale du cache, la taille des lignes de cache optimale, ou même les algorithmes de préchargement. Par exemple, pour le remplacement des lignes de cache, un simple algorithme LRU est presque optimal pour les instructions, autant il peut donner de mauvaises performances quand on manipule beaucoup de tableaux. Cela justifie d'utiliser des caches spécialisés pour chacune. On peut adapter le cache d'instruction à son contenu, ce qui le rend plus rapide ou plus petit à performance égale.
Les caches d'instructions sont généralement des caches bloquants. Il ne servirait à rien de rendre un cache d'instruction non-bloquant, le cout en circuits ne se traduirait pas par une augmentation significative des performances. À l'opposé, les caches de données sont non-bloquants sur les architectures modernes, pour des raisons de performance. Ce qui rend la séparation assez intéressante, les deux caches ayant des besoins différents et des implémentations différentes, cela permet d'optimiser le cout en transistors des caches.
===L'impact du cache d'instruction sur les performances===
Sur les architectures conventionnelles, le cache d'instruction a plus d'impact sur les performances que le cache de données. La raison principale est que les instructions ont une meilleure localité spatiale et temporelle que pour les données. Pour la localité spatiale, les instructions consécutives se suivent en mémoire, alors que rien ne garantit que des données utilisées ensemble soient regroupées en mémoire. Pour localité temporelle, elle est très variable pour les données, mais très courante pour les instructions du fait de l'usage fréquent des boucles et des fonctions.
: La présence de branchements atténue la localité temporelle des instruction, sauf que la majorité des branchements sautent à un endroit très proche, seuls les appels de fonction brisent la localité spatiale.
La conséquence est qu'il arrive que certains CPU aient un cache L1 d'instruction plus gros que celui pour les données. On parle alors de '''cache L1 asymétriques'''. Un exemple est celui des processeurs AMD de microarchitecture Zen, dont le cache d'instruction était deux fois plus gros que le cache de données. Leur cache d'instruction faisait 64 kibioctets, contre seulement 32 pour le cache de données.
D'ailleurs, il existe des processeurs assez extrêmes qui se contentent d'un cache d'instruction unique, sans cache de données. C'est le cas sur les processeurs vectoriels ou les GPU que nous verrons dans les chapitres de fin de ce wikilivres. De tels processeurs sont spécialisés dans la manipulation de tableaux de données, traitement qui a une faible localité temporelle. En conséquence, utiliser un cache de données n'est pas vraiment utile, voire peu être contreproductif, alors qu'un cache d’instruction fonctionne parfaitement.
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Fonctionnement d'un ordinateur/Le chemin de données
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wikitext
text/x-wiki
Comme vu précédemment, le '''chemin de donnée''' est l'ensemble des composants dans lesquels circulent les données dans le processeur. Il comprend l'unité de calcul, les registres, l'unité de communication avec la mémoire, et le ou les interconnexions qui permettent à tout ce petit monde de communiquer. Dans ce chapitre, nous allons voir ces composants en détail.
==Les unités de calcul==
Le processeur contient des circuits capables de faire des calculs arithmétiques, des opérations logiques, et des comparaisons, qui sont regroupés dans une unité de calcul appelée '''unité arithmétique et logique'''. Certains préfèrent l’appellation anglaise ''arithmetic and logic unit'', ou ALU. Par défaut, ce terme est réservé aux unités de calcul qui manipulent des nombres entiers. Les unités de calcul spécialisées pour les calculs flottants sont désignées par le terme "unité de calcul flottant", ou encore FPU (''Floating Point Unit'').
L'interface d'une unité de calcul est assez simple : on a des entrées pour les opérandes et une sortie pour le résultat du calcul. De plus, les instructions de comparaisons ou de calcul peuvent mettre à jour le registre d'état, qui est relié à une autre sortie de l’unité de calcul. Une autre entrée, l''''entrée de sélection de l'instruction''', spécifie l'opération à effectuer. Elle sert à configurer l'unité de calcul pour faire une addition et pas une multiplication, par exemple. Sur cette entrée, on envoie un numéro qui précise l'opération à effectuer. La correspondance entre ce numéro et l'opération à exécuter dépend de l'unité de calcul. Sur les processeurs où l'encodage des instructions est "simple", une partie de l'opcode de l'instruction est envoyé sur cette entrée.
[[File:Unité de calcul usuelle.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul usuelle.]]
Il faut signaler que les processeurs modernes possèdent plusieurs unités de calcul, toutes reliées aux registres. Cela permet d’exécuter plusieurs calculs en même temps dans des unités de calcul différentes, afin d'augmenter les performances du processeur. Diverses technologies, abordées dans la suite du cours permettent de profiter au mieux de ces unités de calcul : pipeline, exécution dans le désordre, exécution superscalaire, jeux d'instructions VLIW, etc. Mais laissons cela de côté pour le moment.
===L'ALU entière : additions, soustractions, opérations bit à bit===
Un processeur contient plusieurs ALUs spécialisées. La principale, présente sur tous les processeurs, est l''''ALU entière'''. Elle s'occupe uniquement des opérations sur des nombres entiers, les nombres flottants sont gérés par une ALU à part. Elle gère des opérations simples : additions, soustractions, opérations bit à bit, parfois des décalages/rotations. Par contre, elle ne gère pas la multiplication et la division, qui sont prises en charge par un circuit multiplieur/diviseur à part.
L'ALU entière a déjà été vue dans un chapitre antérieur, nommé "Les unités arithmétiques et logiques entières (simples)", qui expliquait comment en concevoir une. Nous avions vu qu'une ALU entière est une sorte de circuit additionneur-soustracteur amélioré, ce qui explique qu'elle gère des opérations entières simples, mais pas la multiplication ni la division. Nous ne reviendrons pas dessus. Cependant, il y a des choses à dire sur leur intégration au processeur.
Une ALU entière gère souvent une opération particulière, qui ne fait rien et recopie simplement une de ses opérandes sur sa sortie. L'opération en question est appelée l''''opération ''Pass through''''', encore appelée opération NOP. Elle est implémentée en utilisant un simple multiplexeur, placé en sortie de l'ALU. Le fait qu'une ALU puisse effectuer une opération ''Pass through'' permet de fortement simplifier le chemin de donnée, d'économiser des multiplexeurs. Mais nous verrons cela sous peu.
[[File:ALU avec opération NOP.png|centre|vignette|upright=2|ALU avec opération NOP.]]
Avant l'invention du microprocesseur, le processeur n'était pas un circuit intégré unique. L'ALU, le séquenceur et les registres étaient dans des puces séparées. Les ALU étaient vendues séparément et manipulaient des opérandes de 4/8 bits, les ALU 4 bits étaient très fréquentes. Si on voulait créer une ALU pour des opérandes plus grandes, il fallait construire l'ALU en combinant plusieurs ALU 4/8 bits. Par exemple, l'ALU des processeurs AMD Am2900 est une ALU de 16 bits composée de plusieurs sous-ALU de 4 bits. Cette technique qui consiste à créer des unités de calcul à partir d'unités de calcul plus élémentaires s'appelle en jargon technique du '''bit slicing'''. Nous en avions parlé dans le chapitre sur les unités de calcul, aussi nous n'en reparlerons pas plus ici.
L'ALU manipule des opérandes codées sur un certain nombre de bits. Par exemple, une ALU peut manipuler des entiers codés sur 8 bits, sur 16 bits, etc. En général, la taille des opérandes de l'ALU est la même que la taille des registres. Un processeur 32 bits, avec des registres de 32 bit, a une ALU de 32 bits. C'est intuitif, et cela rend l'implémentation du processeur bien plus facile. Mais il y a quelques exceptions, où l'ALU manipule des opérandes plus petits que la taille des registres. Par exemple, de nombreux processeurs 16 bits, avec des registres de 16 bits, utilisent une ALU de 8 bits. Un autre exemple assez connu est celui du Motorola 68000, qui était un processeur 32 bits, mais dont l'ALU faisait juste 16 bits. Son successeur, le 68020, avait lui une ALU de 32 bits.
Sur de tels processeurs, les calculs sont fait en plusieurs passes. Par exemple, avec une ALU 8 bit, les opérations sur des opérandes 8 bits se font en un cycle d'horloge, celles sur 16 bits se font en deux cycles, celles en 32 en quatre, etc. Si un programme manipule assez peu d'opérandes 16/32/64 bits, la perte de performance est assez faible. Diverses techniques visent à améliorer les performances, mais elles ne font pas de miracles. Par exemple, vu que l'ALU est plus courte, il est possible de la faire fonctionner à plus haute fréquence, pour réduire la perte de performance.
Pour comprendre comme est implémenté ce système de passes, prenons l'exemple du processeur 8 bit Z80. Ses registres entiers étaient des registres de 8 bits, alors que l'ALU était de 4 bits. Les calculs étaient faits en deux phases : une qui traite les 4 bits de poids faible, une autre qui traite les 4 bits de poids fort. Pour cela, les opérandes étaient placées dans des registres de 4 bits en entrée de l'ALU, plusieurs multiplexeurs sélectionnaient les 4 bits adéquats, le résultat était mémorisé dans un registre de résultat de 8 bits, un démultiplexeur plaçait les 4 bits du résultat au bon endroit dans ce registre. L'unité de contrôle s'occupait de la commande des multiplexeurs/démultiplexeurs. Les autres processeurs 8 ou 16 bits utilisent des circuits similaires pour faire leurs calculs en plusieurs fois.
[[File:ALU du Z80.png|centre|vignette|upright=2|ALU du Z80]]
Un exemple extrême est celui des des '''processeurs sériels''' (sous-entendu ''bit-sériels''), qui utilisent une '''ALU sérielle''', qui fait leurs calculs bit par bit, un bit à la fois. S'il a existé des processeurs de 1 bit, comme le Motorola MC14500B, la majeure partie des processeurs sériels étaient des processeurs 4, 8 ou 16 bits. L'avantage de ces ALU est qu'elles utilisent peu de transistors, au détriment des performances par rapport aux processeurs non-sériels. Mais un autre avantage est qu'elles peuvent gérer des opérandes de grande taille, avec plus d'une trentaine de bits, sans trop de problèmes.
===Les circuits multiplieurs et diviseurs===
Les processeurs modernes ont une ALU pour les opérations simples (additions, décalages, opérations logiques), couplée à une ALU pour les multiplications, un circuit multiplieur séparé. Précisons qu'il ne sert pas à grand chose de fusionner le circuit multiplieur avec l'ALU, mieux vaut les garder séparés par simplicité. Les processeurs haute performance disposent systématiquement d'un circuit multiplieur et gèrent la multiplication dans leur jeu d'instruction.
Les processeurs modernes intégrent deux multiplieurs, qui calculent des portions différentes du résultat. Pour rappel, une multiplication 64 bits a un résultat codé sur 128 bits. Et idem avec les multiplications 32 bits qui donnent des résultats codés sur 64, etc. Une multiplication a un résultat codés sur un nombre de bits deux dois plus larges que ses opérandes. De nombreux processeurs implémentent deux opérations de multiplications : une qui calcule les bits de poids faibles du résultat, l'autre pour les bits de poids fort. Le résultat est donc coupé en deux, mais on peut l'obtenir en deux opérations distinctes, pour mémoriser le résultat dans deux registres.
Et cela demande l'implication de deux multiplieurs. Un multiplieur qui calcule les bits de poids faible du résultat, un autre pour ceux de poids fort. Par exemple, un processeur 32 bits aura deux multiplieurs 32 bits : un qui calcule les 32 bits de poids faible du résultat, l'autre les 32 bits de poids fort. Il en est de même avec les architectures 64 bits, qui ont deux multiplieurs 64 bits, pour calculer un résultat de 128 bits.
Le cas de la division est plus compliqué. La présence d'un circuit multiplieur est commune, mais les circuits diviseurs sont eux très rares. Leur cout en circuit est globalement le même que pour un circuit multiplieur, mais le gain en performance est plus faible. Le gain en performance pour la multiplication est modéré car il s'agit d'une opération très fréquente, alors qu'il est très faible pour la division car celle-ci est beaucoup moins fréquente.
Pour réduire le cout en circuits, il arrive que l'ALU pour les multiplications gère à la fois la multiplication et la division. Les circuits multiplieurs et diviseurs sont en effet très similaires et partagent beaucoup de points communs. Généralement, la fusion se fait pour les multiplieurs/diviseurs itératifs.
===Le ''barrel shifter''===
On vient d'expliquer que la présence de plusieurs ALU spécialisée est très utile pour implémenter des opérations compliquées à insérer dans une unité de calcul normale, comme la multiplication et la division. Mais les décalages sont aussi dans ce cas, de même que les rotations. Nous avions vu il y a quelques chapitres qu'ils sont réalisés par un circuit spécialisé, appelé un ''barrel shifter'', qu'il est difficile de fusionner avec une ALU normale. Aussi, beaucoup de processeurs incorporent un ''barrel shifter'' séparé de l'ALU.
Les processeurs ARM utilise un ''barrel shifter'', mais d'une manière un peu spéciale. On a vu il y a quelques chapitres que si on fait une opération logique, une addition, une soustraction ou une comparaison, la seconde opérande peut être décalée automatiquement. L'instruction incorpore le type de de décalage à faire et par combien de rangs il faut décaler directement à côté de l'opcode. Cela simplifie grandement les calculs d'adresse, qui se font en une seule instruction, contre deux ou trois sur d'autres architectures. Et pour cela, l'ALU proprement dite est précédée par un ''barrel shifter'',une seconde ALU spécialisée dans les décalages. Notons que les instructions MOV font aussi partie des instructions où la seconde opérande (le registre source) peut être décalé : cela signifie que les MOV passent par l'ALU, qui effectue alors un NOP, une opération logique OUI.
===Les unités de calcul spécialisées===
Un processeur peut disposer d’unités de calcul séparées de l'unité de calcul principale, spécialisées dans les décalages, les divisions, etc. Et certaines d'entre elles sont spécialisées dans des opérations spécifiques, qui ne sont techniquement pas des opérations entières, sur des nombres entiers.
[[File:Unité de calcul flottante, intérieur.png|vignette|upright=1|Unité de calcul flottante, intérieur]]
Depuis les années 90-2000, presque tous les processeurs utilisent une unité de calcul spécialisée pour les nombres flottants : la '''Floating-Point Unit''', aussi appelée FPU. En général, elle regroupe un additionneur-soustracteur flottant et un multiplieur flottant. Parfois, elle incorpore un diviseur flottant, tout dépend du processeur. Précisons que sur certains processeurs, la FPU et l'ALU entière ne vont pas à la même fréquence, pour des raisons de performance et de consommation d'énergie !
La FPU intègre un circuit multiplieur entier, utilisé pour les multiplications flottantes, afin de multiplier les mantisses entre elles. Quelques processeurs utilisaient ce multiplieur pour faire les multiplications entières. En clair, au lieu d'avoir un multiplieur entier séparé du multiplieur flottant, les deux sont fusionnés en un seul circuit. Il s'agit d'une optimisation qui a été utilisée sur quelques processeurs 32 bits, qui supportaient les flottants 64 bits (double précision). Les processeurs Atom étaient dans ce cas, idem pour l'Athlon première génération. Les processeurs modernes n'utilisent pas cette optimisation pour des raisons qu'on ne peut pas expliquer ici (réduction des dépendances structurelles, émission multiple).
De nombreux processeurs modernes disposent d'une unité de calcul spécialisée dans le calcul des conditions, tests et branchements. C’est notamment le cas sur les processeurs sans registre d'état, qui disposent de registres à prédicats. En général, les registres à prédicats sont placés à part des autres registres, dans un banc de registre séparé. L'unité de calcul normale n'est pas reliée aux registres à prédicats, alors que l'unité de calcul pour les branchements/test/conditions l'est. Les registres à prédicats sont situés juste en sortie de cette unité de calcul.
Il existe des unités de calcul spécialisées pour les calculs d'adresse. Elles ne supportent guère plus que des incrémentations/décrémentations, des additions/soustractions, et des décalages simples. Les autres opérations n'ont pas de sens avec des adresses. L'usage d'ALU spécialisées pour les adresses est un avantage sur les processeurs où les adresses ont une taille différente des données, ce qui est fréquent sur les anciens processeurs 8 bits.
==Les registres du processeur==
Après avoir vu l'unité de calcul, il est temps de passer aux registres d'un processeur. L'organisation des registres est généralement assez compliquée, avec quelques registres séparés des autres comme le registre d'état ou le ''program counter''. Les registres d'un processeur peuvent se classer en deux camps : soit ce sont des registres isolés, soit ils sont regroupés en paquets appelés banc de registres.
Un '''banc de registres''' (''register file'') est une RAM, dont chaque byte est un registre. Il regroupe un paquet de registres différents dans un seul composant, dans une seule mémoire. Dans processeur moderne, on trouve un ou plusieurs bancs de registres. La répartition des registres, à savoir quels registres sont dans le banc de registre et quels sont ceux isolés, est très variable suivant les processeurs.
[[File:Register File Simple.svg|centre|vignette|upright=1|Banc de registres simplifié.]]
===L'adressage du banc de registres===
Le banc de registre est une mémoire comme une autre, avec une entrée d'adresse qui permet de sélectionner le registre voulu. Plutot que d'adresse, nous allons parler d''''identifiant de registre'''. Le séquenceur forge l'identifiant de registre en fonction des registres sélectionnés. Dans les chapitres précédents, nous avions vu qu'il existe plusieurs méthodes pour sélectionner un registre, qui portent les noms de modes d'adressage. Et bien les modes d'adressage jouent un grand rôle dans la forge de l'identifiant de registre.
Pour rappel, sur la quasi-totalité des processeurs actuels, les registres généraux sont identifiés par un nom de registre, terme trompeur vu que ce nom est en réalité un numéro. En clair, les processeurs numérotent les registres, le numéro/nom du registre permettant de l'identifier. Par exemple, si je veux faire une addition, je dois préciser les deux registres pour les opérandes, et éventuellement le registre pour le résultat : et bien ces registres seront identifiés par un numéro. Mais tous les registres ne sont pas numérotés et ceux qui ne le sont pas sont adressés implicitement. Par exemple, le pointeur de pile sera modifié par les instructions qui manipulent la pile, sans que cela aie besoin d'être précisé par un nom de registre dans l'instruction.
Dans le cas le plus simple, les registres nommés vont dans le banc de registres, les registres adressés implicitement sont en-dehors, dans des registres isolés. L'idéntifiant de registre est alors simplement le nom de registre, le numéro. Le séquenceur extrait ce nom de registre de l'insutrction, avant de l'envoyer sur l'entrée d'adresse du banc de registre.
[[File:Adressage du banc de registres généruax.png|centre|vignette|upright=2|Adressage du banc de registres généraux]]
Dans un cas plus complexe, des registres non-nommés sont placés dans le banc de registres. Par exemple, les pointeurs de pile sont souvent placés dans le banc de registre, même s'ils sont adressés implicitement. Même des registres aussi importants que le ''program counter'' peuvent se mettre dans le banc de registre ! Nous verrons le cas du ''program counter'' dans le chapitre suivant, qui porte sur l'unité de chargement. Dans ce cas, le séquenceur forge l'identifiant de registre de lui-même. Dans le cas des registres nommés, il ajoute quelques bits aux noms de registres. Pour les registres adressés implicitement, il forge l'identifiant à partir de rien.
[[File:Adressage du banc de registre - cas général.png|centre|vignette|upright=2|Adressage du banc de registre - cas général]]
Nous verrons plus bas que dans certains cas, le nom de registre ne suffit pas à adresser un registre dans un banc de registre. Dans ce cas, le séquenceur rajoute des bits, comme dans l'exemple précédent. Tout ce qu'il faut retenir est que l'identifiant de registre est forgé par le séquenceur, qui se base entre autres sur le nom de registre s'il est présent, sur l'instruction exécutée dans le cas d'un registre adressé implicitement.
===Les registres généraux===
Pour rappel, les registres généraux peuvent mémoriser des entiers, des adresses, ou toute autre donnée codée en binaire. Ils sont souvent séparés des registres flottants sur les architectures modernes. Les registres généraux sont rassemblés dans un banc de registre dédié, appelé le '''banc de registres généraux'''. Le banc de registres généraux est une mémoire multiport, avec au moins un port d'écriture et deux ports de lecture. La raison est que les instructions lisent deux opérandes dans les registres et enregistrent leur résultat dans des registres. Le tout se marie bien avec un banc de registre à deux de lecture (pour les opérandes) et un d'écriture (pour le résultat).
[[File:Banc de registre multiports.png|centre|vignette|upright=2|Banc de registre multiports.]]
L'interface exacte dépend de si l'architecture est une architecture 2 ou 3 adresses. Pour rappel, la différence entre les deux tient dans la manière dont on précise le registre où enregistrer le résultat d'une opération. Avec les architectures 2-adresses, on précise deux registres : le premier sert à la fois comme opérande et pour mémoriser le résultat, l'autre sert uniquement d'opérande. Un des registres est donc écrasé pour enregistrer le résultat. Sur les architecture 3-adresses, on précise trois registres : deux pour les opérandes, un pour le résultat.
Les architectures 2-adresses ont un banc de registre où on doit préciser deux "adresses", deux noms de registre. L'interface du banc de registre est donc la suivante :
[[File:Register File Medium.svg|centre|vignette|upright=1.5|Register File d'une architecture à 2-adresses]]
Les architectures 3-adresses doivent rajouter une troisième entrée pour préciser un troisième nom de registre. L'interface du banc de registre est donc la suivante :
[[File:Register File Large.svg|centre|vignette|upright=1.5|Register File d'une architecture à 3-adresses]]
Rien n'empêche d'utiliser plusieurs bancs de registres sur un processeur qui utilise des registres généraux. La raison est une question d'optimisation. Au-delà d'un certain nombre de registres, il devient difficile d'utiliser un seul gros banc de registres. Il faut alors scinder le banc de registres en plusieurs bancs de registres séparés. Le problème est qu'il faut prévoir de quoi échanger des données entre les bancs de registres. Dans la plupart des cas, cette séparation est invisible du point de vue du langage machine. Sur d'autres processeurs, les transferts de données entre bancs de registres se font via une instruction spéciale, souvent appelée COPY.
===Les registres flottants : banc de registre séparé ou unifié===
Passons maintenant aux registres flottants. Intuitivement, on a des registres séparés pour les entiers et les flottants. Il est alors plus simple d'utiliser un banc de registres séparé pour les nombres flottants, à côté d'un banc de registre entiers. L'avantage est que les nombres flottants et entiers n'ont pas forcément la même taille, ce qui se marie bien avec deux bancs de registres, où la taille des registres est différente dans les deux bancs.
Mais d'autres processeurs utilisent un seul '''banc de registres unifié''', qui regroupe tous les registres de données, qu'ils soient entier ou flottants. Par exemple, c'est le cas des Pentium Pro, Pentium II, Pentium III, ou des Pentium M : ces processeurs ont des registres séparés pour les flottants et les entiers, mais ils sont regroupés dans un seul banc de registres. Avec cette organisation, un registre flottant et un registre entier peuvent avoir le même nom de registre en langage machine, mais l'adresse envoyée au banc de registres ne doit pas être la même : le séquenceur ajoute des bits au nom de registre pour former l'adresse finale.
[[File:Désambiguïsation de registres sur un banc de registres unifié.png|centre|vignette|upright=2|Désambiguïsation de registres sur un banc de registres unifié.]]
===Le registre d'état===
Le registre d'état fait souvent bande à part et n'est pas placé dans un banc de registres. En effet, le registre d'état est très lié à l'unité de calcul. Il reçoit des indicateurs/''flags'' provenant de la sortie de l'unité de calcul, et met ceux-ci à disposition du reste du processeur. Son entrée est connectée à l'unité de calcul, sa sortie est reliée au séquenceur et/ou au bus interne au processeur.
Le registre d'état est relié au séquenceur afin que celui-ci puisse gérer les instructions de branchement, qui ont parfois besoin de connaitre certains bits du registre d'état pour savoir si une condition a été remplie ou non. D'autres processeurs relient aussi le registre d'état au bus interne, ce qui permet de lire son contenu et de le copier dans un registre de données. Cela permet d'implémenter certaines instructions, notamment celles qui permettent de mémoriser le registre d'état dans un registre général.
[[File:Place du registre d'état dans le chemin de données.png|centre|vignette|upright=2|Place du registre d'état dans le chemin de données]]
L'ALU fournit une sortie différente pour chaque bit du registre d'état, la connexion du registre d'état est directe, comme indiqué dans le schéma suivant. Vous remarquerez que le bit de retenue est à la fois connecté à la sortie de l'ALU, mais aussi sur son entrée. Ainsi, le bit de retenue calculé par une opération peut être utilisé pour la suivante. Sans cela, diverses instructions comme les opérations ''add with carry'' ne seraient pas possibles.
[[File:AluStatusRegister.svg|centre|vignette|upright=2|Registre d'état et unit de calcul.]]
Il est techniquement possible de mettre le registre d'état dans le banc de registre, pour économiser un registre. La principale difficulté est que les instructions doivent faire deux écritures dans le banc de registre : une pour le registre de destination, une pour le registre d'état. Soit on utilise deux ports d'écriture, soit on fait les deux écritures l'une après l'autre. Dans les deux cas, le cout en performances et en transistors n'en vaut pas le cout. D'ailleurs, je ne connais aucun processeur qui utilise cette technique.
Il faut noter que le registre d'état n'existe pas forcément en tant que tel dans le processeur. Quelques processeurs, dont le 8086 d'Intel, utilisent des bascules dispersées dans le processeur au lieu d'un vrai registre d'état. Les bascules dispersées mémorisent chacune un bit du registre d'état et sont placées là où elles sont le plus utile. Les bascules utilisées pour les branchements sont proches du séquenceur, le bascules pour les bits de retenue sont placées proche de l'ALU, etc.
===Les registres à prédicats===
Les registres à prédicats remplacent le registre d'état sur certains processeurs. Pour rappel, les registres à prédicat sont des registres de 1 bit qui mémorisent les résultats des comparaisons et instructions de test. Ils sont nommés/numérotés, mais les numéros en question sont distincts de ceux utilisés pour les registres généraux.
Ils sont placés à part, dans un banc de registres séparé. Le banc de registres à prédicats a une entrée de 1 bit connectée à l'ALU et une sortie de un bit connectée au séquenceur. Le banc de registres à prédicats est parfois relié à une unité de calcul spécialisée dans les conditions/instructions de test. Pour rappel, certaines instructions permettent de faire un ET, un OU, un XOR entre deux registres à prédicats. Pour cela, l'unité de calcul dédiée aux conditions peut lire les registres à prédicats, pour combiner le contenu de plusieurs d'entre eux.
[[File:Banc de registre pour les registres à prédicats.png|centre|vignette|upright=2|Banc de registre pour les registres à prédicats]]
===Les registres dédiés aux interruptions===
Dans le chapitre sur les registres, nous avions vu que certains processeurs dupliquaient leurs registres architecturaux, pour accélérer les interruptions ou les appels de fonction. Dans le cas qui va nous intéresser, les interruptions avaient accès à leurs propres registres, séparés des registres architecturaux. Les processeurs de ce type ont deux ensembles de registres identiques : un dédié aux interruptions, un autre pour les programmes normaux. Les registres dans les deux ensembles ont les mêmes noms, mais le processeur choisit le bon ensemble suivant s'il est dans une interruption ou non. Si on peut utiliser deux bancs de registres séparés, il est aussi possible d'utiliser un banc de registre unifié pour les deux.
Sur certains processeurs, le banc de registre est dupliqué en plusieurs exemplaires. La technique est utilisée pour les interruptions. Certains processeurs ont deux ensembles de registres identiques : un dédié aux interruptions, un autre pour les programmes normaux. Les registres dans les deux ensembles ont les mêmes noms, mais le processeur choisit le bon ensemble suivant s'il est dans une interruption ou non. On peut utiliser deux bancs de registres séparés, un pour les interruptions, et un pour les programmes.
Sur d'autres processeurs, on utilise un banc de registre unifié pour les deux ensembles de registres. Les registres pour les interruptions sont dans les adresses hautes, les registres pour les programmes dans les adresses basses. Le choix entre les deux est réalisé par un bit qui indique si on est dans une interruption ou non, disponible dans une bascule du processeur. Appelons là la bascule I.
===Le fenêtrage de registres===
[[File:Fenetre de registres.png|vignette|upright=1|Fenêtre de registres.]]
Le '''fenêtrage de registres''' fait que chaque fonction a accès à son propre ensemble de registres, sa propre fenêtre de registres. Là encore, cette technique duplique chaque registre architectural en plusieurs exemplaires qui portent le même nom. Chaque ensemble de registres architecturaux forme une fenêtre de registre, qui contient autant de registres qu'il y a de registres architecturaux. Lorsqu'une fonction s’exécute, elle se réserve une fenêtre inutilisée, et peut utiliser les registres de la fenêtre comme bon lui semble : une fonction manipule le registre architectural de la fenêtre réservée, mais pas les registres avec le même nom dans les autres fenêtres.
Il peut s'implémenter soit avec un banc de registres unifié, soit avec un banc de registre par fenêtre de registres.
Il est possible d'utiliser des bancs de registres dupliqués pour le fenêtrage de registres. Chaque fenêtre de registre a son propre banc de registres. Le choix entre le banc de registre à utiliser est fait par un registre qui mémorise le numéro de la fenêtre en cours. Ce registre commande un multiplexeur qui permet de choisir le banc de registre adéquat.
[[File:Fenêtrage de registres au niveau du banc de registres.png|vignette|Fenêtrage de registres au niveau du banc de registres.]]
L'utilisation d'un banc de registres unifié permet d'implémenter facilement le fenêtrage de registres. Il suffit pour cela de regrouper tous les registres des différentes fenêtres dans un seul banc de registres. Il suffit de faire comme vu au-dessus : rajouter des bits au nom de registre pour faire la différence entre les fenêtres. Cela implique de se souvenir dans quelle fenêtre de registre on est actuellement, cette information étant mémorisée dans un registre qui stocke le numéro de la fenêtre courante. Pour changer de fenêtre, il suffit de modifier le contenu de ce registre lors d'un appel ou retour de fonction avec un petit circuit combinatoire. Bien sûr, il faut aussi prendre en compte le cas où ce registre déborde, ce qui demande d'ajouter des circuits pour gérer la situation.
[[File:Désambiguïsation des fenêtres de registres.png|centre|vignette|upright=2|Désambiguïsation des fenêtres de registres.]]
==L'unité mémoire==
L''''interface avec la mémoire''' est, comme son nom l'indique, des circuits qui servent d'intermédiaire entre le bus mémoire et le processeur. Elle est parfois appelée l'unité mémoire, l'unité d'accès mémoire, la ''load-store unit'', et j'en oublie. Nous utiliserons le terme d''''unité mémoire''', au même titre qu'on utilise le terme d'unité de calcul.
[[File:Unité de communication avec la mémoire, de type simple port.png|centre|vignette|upright=2|Unité de communication avec la mémoire, de type simple port.]]
Sur certains processeurs, elle gère les mémoires multiport.
[[File:Unité de communication avec la mémoire, de type multiport.png|centre|vignette|upright=2|Unité de communication avec la mémoire, de type multiport.]]
===Les registres d'interfaçage mémoire===
L'interface mémoire se résume le plus souvent à des '''registres d’interfaçage mémoire''', intercalés entre le bus mémoire et le chemin de données. Généralement, il y a au moins deux registres d’interfaçage mémoire : un registre relié au bus d'adresse, et autre relié au bus de données.
[[File:Registres d’interfaçage mémoire.png|centre|vignette|upright=2|Registres d’interfaçage mémoire.]]
Au lieu de lire ou écrire directement sur le bus, le processeur lit ou écrit dans ces registres, alors que l'unité mémoire s'occupe des échanges entre registres et bus mémoire. Lors d'une écriture, le processeur place l'adresse dans le registre d'interfaçage d'adresse, met la donnée à écrire dans le registre d'interfaçage de donnée, puis laisse l'unité d'accès mémoire faire son travail. Lors d'une lecture, il place l'adresse à lire sur le registre d'interfaçage d'adresse, il attend que la donnée soit lue, puis récupère la donnée dans le registre d'interfaçage de données.
L'avantage est que le processeur n'a pas à maintenir une donnée/adresse sur le bus durant tout un accès mémoire. Par exemple, prenons le cas où la mémoire met 15 cycles processeurs pour faire une lecture ou une écriture. Sans registres d'interfaçage mémoire, le processeur doit maintenir l'adresse durant 15 cycles, et aussi la donnée dans le cas d'une écriture. Avec ces registres, le processeur écrit dans les registres d'interfaçage mémoire au premier cycle, et passe les 14 cycles suivants à faire quelque chose d'autre. Par exemple, il faut faire un calcul en parallèle, envoyer des signaux de commande au banc de registre pour qu'il soit prêt une fois la donnée lue arrivée, etc. Cet avantage simplifie l'implémentation de certains modes d'adressage, comme on le verra à la fin du chapitre.
Les registres d’interfaçage peuvent être adressables, même si c'était extrêmement rare et que ca n'a été utilisé que sur de vieux ''mainframes''. Un exemple est celui du Burroughs B1700, qui expose deux registres d’interfaçage pour les données et un registre pour le bus d'adresse. Ils sont tous les trois adressables, ce qui fait que le processeur peut lire ou écrire dans ces registres avec une instruction MOV. Ils sont appelés : READ pour la donnée lue depuis la mémoire RAM, WRITE pour la donnée à écrire lors d'une écriture, MAR pour le bus d'adresse.
Une lecture/écriture était ainsi réalisée en plusieurs étapes, le séquenceur ne se souciait pas d'implémenter les instructions LOAD/STORE en plusieurs micro-opérations. Il fallait tout faire à la main, avec des instructions machines. Pour une lecture, il fallait placer l'adresse dans le registre MAR, puis exécuter une instruction LOAD, et récupérer la donnée lue dans le registre READ. Cela prenait une instruction MOV, suivie d'une instruction LOAD, elle-même suivie par une instruction MOV. avec un second MOV. Pour une écriture, il fallait placer la donnée à écrire dans le registre WRITE, puis placer l'adresse dans le registre MAR, et lancer une instruction WRITE. Le tout prenait donc deux MOV et une instruction WRITE.
===La gestion de l'alignement et du boutisme===
L'unité mémoire gère les accès mémoire non-alignés, à cheval sur deux mots mémoire (rappelez-vous le chapitre sur l'alignement mémoire). Dans le cas où les accès non-alignés sont interdits, elle lève une exception matérielle. Dans le cas où ils sont autorisés, elle les gère automatiquement, à savoir qu'elle charge deux mots mémoire et les combine entre eux pour donner le résultat final. Dans les deux cas, cela demande d'ajouter des circuits de détection des accès non-alignés, et éventuellement des circuits pour la double lecture/écriture.
Les circuits de détection des accès non-alignés sont très simples. Dans le cas où les adresses sont alignées sur une puissance de deux (cas le plus courant), il suffit de vérifier les bits de poids faible de l'adresse à lire. Prenons l'exemple d'un processeur avec des adresses codées sur 64 bits, avec des mots mémoire de 32 bits, alignés sur 32 bits (4 octets). Un mot mémoire contient 4 octets, les contraintes d'alignement font que les adresses autorisées sont des multiples de 4. En conséquence, les 2 bits de poids faible d'une adresse valide sont censés être à 0. En vérifiant la valeur de ces deux bits, on détecte facilement les accès non-alignés.
En clair, détecter les accès non-alignés demande de tester si les bits de poids faibles adéquats sont à 0. Il suffit donc d'un circuit de comparaison avec zéro; qui est une simple porte OU. Cette porte OU génère un bit qui indique si l'accès testé est aligné ou non : 1 si l'accès est non-aligné, 0 sinon. Le signal peut être transmis au séquenceur pour générer une exception matérielle, ou utilisé dans l'unité d'accès mémoire pour la double lecture/écriture.
La gestion automatique des accès non-alignés est plus complexe. Dans ce cas, l'unité mémoire charge deux mots mémoire et les combine entre eux pour donner le résultat final. Charger deux mots mémoires consécutifs est assez simple, si le registre d'interfaçage est un compteur. L'accès initial charge le premier mot mémoire, puis l'adresse stockée dans le registre d'interfaçage est incrémentée pour démarrer un second accès. Le circuit pour combiner deux mots mémoire contient des registres, des circuits de décalage, des multiplexeurs.
===L'unité de calcul d'adresse===
Les registres d'interfaçage sont presque toujours présents, mais le circuit que nous allons voir est complétement facultatif. Il s'agit d'une unité de calcul spécialisée dans les calculs d'adresse, dont nous avons parlé rapidement dans la section sur les ALU. Elle s'appelle l''''''Address generation unit''''', ou AGU. Elle est parfois séparée de l'interface mémoire proprement dit, et est alors considérée comme une unité de calcul à part.
: Rappelons que dans ce chapitre, ainsi que dans les quatre chapitres suivants, nous ne parlons que des architectures à registres généraux. Aussi, nous mettons de côté les anciens processeurs à accumulateur et les CPU 8 bits, commercialisés avant l'arrivée des registres généraux, ainsi que certaines architectures non-conventionnelles comme les DSPs, qui ont des unités de calcul d'adresse dédiées. Mais nous ne parlerons pas de celles-ci dans ce chapitre.
L'AGU est utilisée pour certains modes d'adressage, à savoir ceux qui demandent de combiner une adresse avec soit un indice, soit un décalage, plus rarement les deux. Les calculs d'adresse prennent une adresse de base, et lui ajoutent un indice ou un décalage. Il faut parfois décaler l'indice, de quelques rangs. Pas besoin de multiplications, de divisions, ou d'autres opération plus complexe : décalages et additions/soustractions suffisent. L'AGU est donc beaucoup plus simple qu'une ALU normale et se résume à un additionneur-soustracteur couplé à un décaleur. Son cout en circuits est ridicule.
Mais pourquoi ajouter une AGU, alors que l'ALU entière suffit largement pour implémenter les modes d'adressage complexes. Il est parfaitement possible de faire les calculs d'adresse dans l'ALU entière, puis d'envoyer le résultat à l'unité mémoire. Sauf que faire ainsi pose plusieurs problèmes. Premièrement, cela complexifie le travail du séquenceur, qui doit enchainer deux micro-opérations. Ensuite, cela demande de câbler un chemin reliant la sortie de l'ALU entière à l'unité mémoire. Rien d'impossible, on verra même cela en détail à la fin du chapitre. Mais cette connexion est souvent difficile à câbler.
En ajoutant une AGU, les deux défauts disparaissent. La liaison entre ALU et unité mémoire disparait, l'unité mémoire n'est reliée qu'aux registres. Le séquenceur est aussi simplifié, vu que les accès mémoire ne font plus qu'une seule micro-opération, il n'y a plus besoin d'utiliser une micro-opération pour les calculs d'adresse. Le câblage du processeur est simplifié, au prix d'un cout modéré en transistors. On peut même obtenir nune économie, les simplifications du séquenceur sur-compensant le cout en transistors de l'AGU.
Parlons rapidement de l'implémentation du mode d'adressage "Base + Indice + Décalage", qui additionne une adresse de base, un indice (mis à l'échelle) et un décalage (une constante immédiate). Il demande d'additionner trois opérandes, chose que l'ALU entière ne sait pas faire (sauf exceptions). En théorie, une AGU peut réaliser ce calcul sans cout, en utilisant un additionneur ''carry save'', capable d'additionner trois opérandes à la fois. L'AGU est alors implémentée avec un circuit décaleur, pour décaler l'indice, et un additionneur trois-opérandes. Le résultat est que l'on peut faire les calculs d'adresse en un seul cycle d'horloge, pour un cout en hardware modéré.
[[File:Unité de calcul d'adresse.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul d'adresse]]
Chose étrange, ce n'est pas ce qui était fait sur les premiers processeurs Intel. Sur ces CPUs, le calcul de l'adresse se faisait en deux cycles d'horloge. Lors du premier cycle d'horloge, l'ALU entière faisait le calcul d'adresse "Base + Indice". Lors du second cycle, le résultat de l'addition précédente est additionné avec le décalage, dans l'AGU. Pour cela, l'AGU était reliée à l'ALU entière et à l'unité de contrôle. Difficile de comprendre cette décision, l'implémentation ne profitant que partiellement des avantages mentionnés plus haut pour ce mode d'adressage.
===Le rafraichissement mémoire optimisé et le contrôleur mémoire intégré===
Depuis les années 80, les processeurs sont souvent combinés avec une mémoire principale de type DRAM. De telles mémoires doivent être rafraichies régulièrement pour ne pas perdre de données. Le rafraichissement se fait généralement adresse par adresse, ou ligne par ligne (les lignes sont des super-bytes internes à la DRAM). Le rafraichissement est en théorie géré par le contrôleur mémoire installé sur la carte mère. Mais au tout début de l'informatique, du temps des processeurs 8 bits, le rafraichissement mémoire était géré directement par le processeur.
Divers processeurs implémentaient de quoi faciliter le rafraichissement par adresse. Par exemple, le processeur Zilog Z80 contenait un compteur de ligne, un registre qui contenait le numéro de la prochaine ligne à rafraichir. Il était incrémenté à chaque rafraichissement mémoire, automatiquement, par le processeur lui-même. Un ''timer'' interne permettait de savoir quand rafraichir la mémoire : quand ce ''timer'' atteignait 0, une commande de rafraichissement était envoyée à la mémoire, et le ''timer'' était ''reset''. Et tout cela était intégré à l'unité d'accès mémoire.
Depuis les années 2000, les processeurs modernes ont un contrôleur mémoire DRAM intégré directement dans le processeur. Ce qui fait qu'ils gèrent non seulement le rafraichissement, mais aussi d'autres fonctions bien pus complexes.
===L'interface de l'unité mémoire===
Vu de l'extérieur, l'unité mémoire ressemble à n'importe quel circuit électronique, avec des entrées et des sorties. L'unité mémoire est généralement multiport, avec un port d'entrée et un port de sortie. Le port d'entrée est là où on envoie l'adresse à lire/écrire, ainsi que la donnée à écrire pour les écritures. Si l'unité mémoire incorpore une AGU, on envoie aussi les indices et autres données sur le port d'entrée. Le port de sortie est utilisé pour récupérer le résultat des lectures. Une unité mémoire est donc reliée au chemin de données via deux entrées et une sortie : une entrée d'adresse, une entrée de données, et une sortie pour les données lues.
L'unité mémoire est connectée au reste du processeur grâce à un réseau d'interconnexion qu'on étudiera plus loin. Les connexions principales sont celles avec les registres : les adresses à lire/écrire sont souvent lues depuis les registres, les lectures copient une donnée dans un registre. Il peut y avoir une connexion avec l'unité de calcul pour les opérations ''load-up'', ou pour le calcul d'adresse, mais c'est secondaire.
[[File:Unité d'accès mémoire LOAD-STORE.png|centre|vignette|upright=2|Unité d'accès mémoire LOAD-STORE.]]
===Un exemple : l'unité mémoire du 8086 et ses dérivés===
Après avoir vu la théorie, voyons un exemple du monde réel. Nous allons étudier l'exemple du processeur Intel 8086 et de son dérivé, le 80186. Ces processeurs avaient une particularité : leur unité mémoire était fortement séparée du reste du processeur. Le processeur était séparé en une ''Bus Interface Unit'' et une ''Execution Unit''. L'''Execution Unit'' a un nom trompeur : c'est l'ensemble du processeur, unité mémoire exclue. La ''Bus Interface Unit'' est l'unité mémoire. Elle se charge à la fois du chargement des données et des instructions.
Cependant, nous n'allons pouvoir détailler cette unité dans le détail, car nous n'avons pas encore vu la mémoire virtuelle, ni le préchargement. Mais cela ne nous gênera pas, vous aurez simplement quelques détails passés sous silence pour ce qui est de l'unité de calcul. Toujours est-il que voici à quoi ressemble l'intérieur d'un 80186. Elle contient :
* des registres d'adresse utilisés pour ses fonctionnalités de segmentation ;
* une unité de calcul d'adresse utilisée pour les calculs d'adresse ;
* une interface avec le bus mémoire, qu'on détaillera plus bas ;
* une mémoire FIFO où les instructions sont chargées en avance, appelée la ''Prefetch Input Queue''.
[[File:80186 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture du 80186.]]
Nous détaillerons la ''Prefetch Input Queue'' dans le chapitre sur le préchargement. Les registres et l'unité de calcul seront détaillés dans le chapitre sur la mémoire virtuelle. Il est intéressant de regarder l'interface avec le bus mémoire. Cette interface contient les registres d’interfaçage, ainsi que des circuits annexes.
Pour comprendre ce qu'elle fait, il faut savoir que le processeur communique avec la mémoire avec une séquence très précise, qui dure exactement quatre cycles. Les quatre cycles sont appelés des ''T-states'' et ils sont numérotés de 1 à 4 : T1, T2, T3 et T4.
Pour une lecture, l'adresse est envoyée lors du premier cycle, elle est disponible sur le bus au troisième cycle. Les cycles 1 et 3 sont inutilisés, le processeur se déconnecte du bus lors de ces cycles.
{|class="wikitable"
|-
! T1 !! T2 !! T3 !! T4
|-
| Adresse || || Donnée lue ||
|}
Pour une lecture, l'adresse est envoyée lors du premier cycle, la donnée est envoyée sur le bus lors des trois cycles suivants.
{|class="wikitable"
! T1 !! T2 !! T3 !! T4
|-
| Adresse || colspan="3 | Donnée à écrire
|}
Les ''timings'' vus plus haut ne sont effectivement observés que si la mémoire est assez rapide. Mais le 8086 pouvait être combiné avec des mémoires RAM assez diverses, certaines plus lentes que d'autres. Si la mémoire est trop lente, elle peut prendre plusieurs cycles avant de renvoyer la donnée lue ou d'accepter la donnée à écrire. Pour gérer la situation, le processeur pouvait attendre que la mémoire réponde, avec des ''wait states''.
Pour cela, la mémoire prévenait quand la donnée lue était disponible, ou quand une écriture était terminée. Le processeur avait une entrée READY qui indiquait que la mémoire était disponible ou qu'elle avait terminé son travail. Lors d'une lecture, la mémoire mettait cette entrée READY à 1 quand la donnée lue était disponible sur le bus mémoire. Idem pour une écriture. L'implémentation dans l'unité mémoire est très simple : le processeur restait dans le cycle T3 en attendant que l'entrée READY soit à 1. Lors d'une écriture, cela maintenait à donnée à écrire sur le bus mémoire. Pour une lecture, cela permettait de laisser le registre d’interfaçage des données connecté au bus mémoire, en attendant la donnée lue.
Nous venons de voir que le processeur pouvait rester dans l'état T3 si le besoin s'en fait sentir. Mais cette astuce est utilisée dans d'autres situations. Par exemple, le processeur dispose d'une instruction HALT, qui le déconnecte totalement du bus. Le processeur reste déconnecté tant qu'il ne reçoit pas un RESET ou une interruption. Il s'agit d'une forme limitée de mise en veille, qui n'utilisait pas de méthodes pour économiser de l'énergie. L'instruction HALT était implémentée en restant en permanence dans l'état T2. Le processeur attendait d'avoir terminé toute instruction précédente, puis lançait une pseudo-lecture et restait en état T1 en attendant une interruption ou un RESET.
Le registre d’interfaçage pour les adresses est connecté sur le bus mémoire lors du premier cycle, celui pour les données l'est à des cycles différents suivant l'opération demandée. La connexion/déconnexion des registres d’interfaçage se fait en utilisant des circuits trois-états. Il y a une couche de circuits trois-états entre le registre d’interfaçage et le bus mémoire, qui permet de connecter/déconnecter les registres du bus mémoire, mais aussi d'imposer le sens de transfert suivant qu'on fasse une lecture ou une écriture.
[[File:Circuit d'interfacage mémoire du 8086.png|centre|vignette|upright=2|Circuit d’interfaçage mémoire du 8086.]]
Le circuit en question est un circuit séquentiel assez simple, une petite "machine à état" comme on le dit en termes techniques. Le circuit séquentiel commande les circuits trois-états. Une implémentation naïve serait d'utiliser un compteur pouvant compter de 0 à 3, avec des comparateurs. Il faut, en tout :
* Un comparateur qui détermine si le compteur est au cycle 1. Si c'est le cas, il connecte le registre d’interfaçage d'adresse sur le bus mémoire.
* Un autre comparateur détermine si une lecture est en cours et que l'on est dans le troisième cycle. Si c'est le cas, il configure les circuits trois-états du registre d’interfaçage de données, en mode lecture.
* Un autre comparateur détermine si une écriture est en cours et que l'on est dans les cycles adéquats. Si c'est le cas, il configure les circuits trois-états du registre d’interfaçage de données, en mode écriture.
Afin de simplifier fortement le circuit, le compteur utilisé utilise la représentation ''one hot''. Pour rappel, cela veut dire qu'il y a une bascule pour chaque valeur que peut prendre le compteur. Le compteur ''one hot'' est composé de quatre bascules. La première bascule est à 1 pour le cycle T1, la seconde est à 1 pour le cycle T2, la troisième est à 1 pour le cycle T3, la quatrième l'est pour le cycle T4. Ainsi, on peut se passer de certains comparateurs. Par exemple, le comparateur pour l'adresse disparait : la bascule commande directement les circuits trois-états. Les deux autres comparateurs se transforment des circuits à respectivement une ou quatre portes logiques.
Incrémenter le compteur se fait cependant sous certaines conditions. La machine à état contient des circuits qui décident quand incrémenter le compteur. Pour cela, il y a un circuit qui détermine quand on peut passer du cycle T1 au cycle T2, un autre pour le passage de T2 à T3, etc. Les circuits en question sont un paquet de portes logiques assez simple. Ils reçoivent des signaux de commande provenant du séquenceur, ainsi que des entrées comme l'entrée READY pour les ''wait states''.
[[File:Machine à état de l'unité mémoire du 8086 avec son compateur one hot.png|centre|vignette|upright=2|Machine à état de l'unité mémoire du 8086 avec son compateur one hot]]
Maintenant, parlons des problématiques liées au calcul d'adresse. Tous les accès mémoire demandent de faire un calcul d'adresse, en raison de l'usage de la fonctionnalité de segmentation. Et ce calcul d'adresse prend deux cycles. L'adresse est calculée, puis que l'accès mémoire est réalisé. En tout, cela fait 6 cycles : 2 pour le calcul d'adresse, puis les cycles T1, T2, T3 et T4.
Une optimisation importante est que deux accès mémoire peuvent se recouvrir. A savoir que pendant qu'un accès mémoire a lieu sur le bus mémoire, on calcule l'adresse de l'accès du suivant. Les deux ont lieu dans des circuits séparés, ce qui fait que c'est possible. Pour donner un exemple, on peut calculer l'adresse de la prochaine instruction, pendant que l'instruction mémoire en cours est exécutée. Le séquenceur du processeur est configuré pour démarrer le calcul d'adresse au bon moment. Il attend que le compteur soit dans l'état T3 et T4.
{|class="wikitable"
|-
! Unité de calcul
| class="f_vert" | Instruction 1 || class="f_vert" | Instruction 1 || || || class="f_rouge" | Instruction 2 || class="f_rouge" | Instruction 2 || || || ||
|-
! Bus mémoire
| || || class="f_vert" | Instruction 1 || class="f_vert" | Instruction 1 || class="f_vert" | Instruction 1 || class="f_vert" | Instruction 1 || class="f_rouge" | Instruction 2 || class="f_rouge" | Instruction 2 || class="f_rouge" | Instruction 2 || class="f_rouge" | Instruction 2
|}
: La machine à état est décrite en détail dans cet article de blog : [https://www.righto.com/2024/04/intel-8088-bus-state-machine.html Talking to memory: Inside the Intel 8088 processor's bus interface state machine ].
==Le chemin de données et son réseau d'interconnexions==
Nous venons de voir que le chemin de données contient une unité de calcul (parfois plusieurs), des registres isolés, un banc de registre, une unité mémoire. Le tout est chapeauté par une unité de contrôle qui commande le chemin de données, qui fera l'objet des prochains chapitres. Mais il faut maintenant relier registres, ALU et unité mémoire pour que l'ensemble fonctionne. Pour cela, diverses interconnexions internes au processeur se chargent de relier le tout.
Sur les anciens processeurs, les interconnexions sont assez simples et se résument à un ou deux '''bus internes au processeur''', reliés au bus mémoire. C'était la norme sur des architectures assez ancienne, qu'on n'a pas encore vu à ce point du cours, appelées les architectures à accumulateur et à pile. Mais ce n'est plus la solution utilisée actuellement. De nos jours, le réseaux d'interconnexion intra-processeur est un ensemble de connexions point à point entre ALU/registres/unité mémoire. Et paradoxalement, cela rend plus facile de comprendre ce réseau d'interconnexion.
===Introduction propédeutique : l'implémentation des modes d'adressage principaux===
L'organisation interne du processeur dépend fortement des modes d'adressage supportés. Pour simplifier les explications, nous allons séparer les modes d'adressage qui gèrent les pointeurs et les autres. Suivant que le processeur supporte les pointeurs ou non, l'organisation des bus interne est légèrement différente. La différence se voit sur les connexions avec le bus d'adresse et de données.
Tout processeur gère au minimum le '''mode d'adressage absolu''', où l'adresse est intégrée à l'instruction. Le séquenceur extrait l'adresse mémoire de l'instruction, et l'envoie sur le bus d'adresse. Pour cela, le séquenceur est relié au bus d'adresse, le chemin de donnée est relié au bus de données. Le chemin de donnée n'est pas connecté au bus d'adresse, il n'y a pas d'autres connexions.
[[File:Chemin de données sans support des pointeurs.png|centre|vignette|upright=2|Chemin de données sans support des pointeurs]]
Le '''support des pointeurs''' demande d'intégrer des modes d'adressage dédiés : l'adressage indirect à registre, l'adresse base + indice, et les autres. Les pointeurs sont stockés dans le banc de registre et sont modifiés par l'unité de calcul. Pour supporter les pointeurs, le chemin de données est connecté sur le bus d'adresse avec le séquenceur. Suivant le mode d'adressage, le bus d'adresse est relié soit au chemin de données, soit au séquenceur.
[[File:Chemin de données avec support des pointeurs.png|centre|vignette|upright=2|Chemin de données avec support des pointeurs]]
Pour terminer, il faut parler des instructions de '''copie mémoire vers mémoire''', qui copient une donnée d'une adresse mémoire vers une autre. Elles ne se passent pas vraiment dans le chemin de données, mais se passent purement au niveau des registres d’interfaçage. L'usage d'un registre d’interfaçage unique permet d'implémenter ces instructions très facilement. Elle se fait en deux étapes : on copie la donnée dans le registre d’interfaçage, on l'écrit en mémoire RAM. L'adresse envoyée sur le bus d'adresse n'est pas la même lors des deux étapes.
===Le banc de registre est multi-port, pour gérer nativement les opérations dyadiques===
Les architectures RISC et CISC incorporent un banc de registre, qui est connecté aux unités de calcul et au bus mémoire. Et ce banc de registre peut être mono-port ou multiport. S'il a existé d'anciennes architectures utilisant un banc de registre mono-port, elles sont actuellement obsolètes. Nous les aborderons dans un chapitre dédié aux architectures dites canoniques, mais nous pouvons les laisser de côté pour le moment. De nos jours, tous les processeurs utilisent un banc de registre multi-port.
[[File:Chemin de données minimal d'une architecture LOAD-STORE (sans MOV inter-registres).png|centre|vignette|upright=2|Chemin de données minimal d'une architecture LOAD-STORE (sans MOV inter-registres)]]
Le banc de registre multiport est optimisé pour les opérations dyadiques. Il dispose précisément de deux ports de lecture et d'un port d'écriture pour l'écriture. Un port de lecture par opérande et le port d'écriture pour enregistrer le résultat. En clair, le processeur peut lire deux opérandes et écrire un résultat en un seul cycle d'horloge. L'avantage est que les opérations simples ne nécessitent qu'une micro-opération, pas plus.
[[File:ALU data paths.svg|centre|vignette|upright=1.5|Processeur LOAD-STORE avec un banc de registre multiport, avec les trois ports mis en évidence.]]
===Une architecture LOAD-STORE basique, avec adressage absolu===
Voyons maintenant comment l'implémentation d'une architecture RISC très simple, qui ne supporte pas les adressages pour les pointeurs, juste les adressages inhérent (à registres) et absolu (par adresse mémoire). Les instructions LOAD et STORE utilisent l'adressage absolu, géré par le séquenceur, reste à gérer l'échange entre banc de registres et bus de données. Une lecture LOAD relie le bus de données au port d'écriture du banc de registres, alors que l'écriture relie le bus au port de lecture du banc de registre. Pour cela, il faut ajouter des interconnexions, comme illustré par le schéma ci-dessous.
[[File:Bus interne au processeur sur archi LOAD STORE avec banc de registres multiport.png|centre|vignette|upright=2|Organisation interne d'une architecture LOAD STORE avec banc de registres multiport. Nous n'avons pas représenté les signaux de commandes envoyés par le séquenceur au chemin de données.]]
Ajoutons ensuite les instructions de copie entre registres, souvent appelées instruction COPY ou MOV. Elles existent sur la plupart des architectures LOAD-STORE. Une première solution boucle l'entrée du banc de registres sur son entrée, ce qui ne sert que pour les copies de registres.
[[File:Chemin de données d'une architecture LOAD-STORE.png|centre|vignette|upright=2|Chemin de données d'une architecture LOAD-STORE]]
Mais il existe une seconde solution, qui ne demande pas de modifier le chemin de données. Il est possible de faire passer les copies de données entre registres par l'ALU. Lors de ces copies, l'ALU une opération ''Pass through'', à savoir qu'elle recopie une des opérandes sur sa sortie. Le fait qu'une ALU puisse effectuer une opération ''Pass through'' permet de fortement simplifier le chemin de donnée, dans le sens où cela permet d'économiser des multiplexeurs. Mais nous verrons cela sous peu. D'ailleurs, dans la suite du chapitre, nous allons partir du principe que les copies entre registres passent par l'ALU, afin de simplifier les schémas.
===L'ajout des modes d'adressage indirects à registre pour les pointeurs===
Passons maintenant à l'implémentation des modes d'adressages pour les pointeurs. Avec eux, l'adresse mémoire à lire/écrire n'est pas intégrée dans une instruction, mais est soit dans un registre, soit calculée par l'ALU.
Le premier mode d'adressage de ce type est le mode d'adressage indirect à registre, où l'adresse à lire/écrire est dans un registre. L'implémenter demande donc de connecter la sortie du banc de registres au bus d'adresse. Il suffit d'ajouter un MUX en sortie d'un port de lecture.
[[File:Chemin de données à trois bus.png|centre|vignette|upright=2|Chemin de données à trois bus.]]
Le mode d'adressage base + indice est un mode d'adressage où l'adresse à lire/écrire est calculée à partir d'une adresse et d'un indice, tous deux présents dans un registre. Le calcul de l'adresse peut être fait soit dans l'ALU entière, soit dans une AGU dédiée.
* Si l'unité mémoire intègre une AGU, il suffit de relier l'unité mémoire aux deux ports de lecture du banc de registre. Le schéma du dessous montre ce qu'il en est avec un calcul d'adresse fait dans l'ALU entière.
* S'il est réalisé dans l'ALU entière, on doit connecter la sortie de l'unité de calcul au bus d'adresse. L'instruction mémoire se fait alors en deux étapes : un calcul d'adresse, l'accès mémoire. Il est possible d'ajouter un registre sur cette connexion, afin de simplifier l'implémentation, le registre étant alors peu ou prou le registre d’interfaçage d'adresse. L'unité mémoire lit l'adresse à lire dans le registre intercalé entre l'ALU entière et l'unité mémoire.
[[File:Bus avec adressage base+index.png|centre|vignette|upright=2|Bus avec adressage base+index]]
Le chemin de données précédent gère aussi le mode d'adressage indirect avec pré-décrément. Pour rappel, ce mode d'adressage est une variante du mode d'adressage indirect, qui utilise une pointeur/adresse stocké dans un registre. La différence est que ce pointeur est décrémenté avant d'être envoyé sur le bus d'adresse. L'implémentation matérielle est la même que pour le mode Base + Indice : l'adresse est lue depuis les registres, décrémentée dans l'ALU, et envoyée sur le bus d'adresse.
Le schéma précédent montre que le bus d'adresse est connecté à un MUX avant l'ALU et un autre MUX après. Mais il est possible de se passer du premier MUX, utilisé pour le mode d'adressage indirect à registre. La condition est que l'ALU supporte l'opération ''pass through'', un NOP, qui recopie une opérande sur sa sortie. L'ALU fera une opération NOP pour le mode d'adressage indirect à registre, un calcul d'adresse pour le mode d'adressage base + indice. Par contre, faire ainsi rendra l'adressage indirect légèrement plus lent, vu que le temps de passage dans l'ALU sera compté.
[[File:Bus avec adressage indirect.png|centre|vignette|upright=2|Bus avec adressages pour les pointeurs, simplifié.]]
Dans ce qui va suivre, nous allons partir du principe que le processeur est implémenté en suivant le schéma précédent, afin d'avoir des schéma plus lisibles.
===L'adressage immédiat et les modes d'adressages exotiques===
Passons maintenant au mode d’adressage immédiat, qui permet de préciser une constante dans une instruction directement. La constante est extraite de l'instruction par le séquenceur, puis insérée au bon endroit dans le chemin de données. Pour les opérations arithmétiques/logiques/branchements, il faut insérer la constante extraite sur l'entrée de l'ALU. Sur certains processeurs, la constante peut être négative et doit alors subir une extension de signe dans un circuit spécialisé.
[[File:Chemin de données - Adressage immédiat avec extension de signe.png|centre|vignette|upright=2|Chemin de données - Adressage immédiat avec extension de signe.]]
L'implémentation précédente gère aussi les modes d'adressage base + décalage et absolu indexé. Pour rappel, le premier ajoute une constante à une adresse prise dans les registres, le second prend une adresse constante et lui ajoute un indice pris dans les registres. Dans les deux cas, on lit un registre, extrait une constante/adresse de l’instruction, additionne les deux dans l'ALU, avant d'envoyer le résultat sur le bus d'adresse. La seule difficulté est de désactiver l'extension de signe pour les adresses.
Le mode d'adressage absolu peut être traité de la même manière, si l'ALU est capable de faire des NOPs. L'adresse est insérée au même endroit que pour le mode d'adressage immédiat, parcours l'unité de calcul inchangée parce que NOP, et termine sur le bus d'adresse.
[[File:Chemin de données avec une ALU capable de faire des NOP.png|centre|vignette|upright=2|Chemin de données avec adressage immédiat étendu pour gérer des adresses.]]
Passons maintenant au cas particulier d'une instruction MOV qui copie une constante dans un registre. Il n'y a rien à faire si l'unité de calcul est capable d'effectuer une opération NOP/''pass through''. Pour charger une constante dans un registre, l'ALU est configurée pour faire un NOP, la constante traverse l'ALU et se retrouve dans les registres. Si l'ALU ne gère pas les NOP, la constante doit être envoyée sur l'entrée d'écriture du banc de registres, à travers un MUX dédié.
[[File:Implémentation de l'adressage immédiat dans le chemin de données.png|centre|vignette|upright=2|Implémentation de l'adressage immédiat dans le chemin de données]]
===Les architectures CISC : les opérations ''load-op''===
Tout ce qu'on a vu précédemment porte sur les processeurs de type LOAD-STORE, souvent confondus avec les processeurs de type RISC, où les accès mémoire sont séparés des instructions utilisant l'ALU. Il est maintenant temps de voir les processeurs CISC, qui gèrent des instructions ''load-op'', qui peuvent lire une opérande depuis la mémoire.
L'implémentation des opérations ''load-op'' relie le bus de donnée directement sur une entrée de l'unité de calcul, en utilisant encore une fois un multiplexeur. L'implémentation parait simple, mais c'est parce que toute la complexité est déportée dans le séquenceur. C'est lui qui se charge de détecter quand la lecture de l'opérande est terminée, quand l'opérande est disponible.
Les instructions ''load-op'' s'exécutent en plusieurs étapes, en plusieurs micro-opérations. Il y a typiquement une étape pour l'opérande à lire en mémoire et une étape de calcul. L'usage d'un registre d’interfaçage permet d'implémenter les instructions ''load-op'' très facilement. Une opération ''load-op'' charge l'opérande en mémoire dans un registre d’interfaçage, puis relier ce registre d’interfaçage sur une des entrées de l'ALU. Un simple multiplexeur suffit pour implémenter le tout, en plus des modifications adéquates du séquenceur.
[[File:Chemin de données d'un CPU CISC avec lecture des opérandes en mémoire.png|centre|vignette|upright=2|Chemin de données d'un CPU CISC avec lecture des opérandes en mémoire]]
Supporter les instructions multi-accès (qui font plusieurs accès mémoire) ne modifie pas fondamentalement le réseau d'interconnexion, ni le chemin de données La raison est que supporter les instructions multi-accès se fait au niveau du séquenceur. En réalité, les accès mémoire se font en série, l'un après l'autre, sous la commande du séquenceur qui émet plusieurs micro-opérations mémoire consécutives. Les données lues sont placées dans des registres d’interactivement mémoire, ce qui demande d'ajouter des registres d’interfaçage mémoire en plus.
==Annexe : le cas particulier du pointeur de pile==
Le pointeur de pile est un registre un peu particulier. Il peut être placé dans le chemin de données ou dans le séquenceur, voire dans l'unité de chargement, tout dépend du processeur. Tout dépend de si le pointeur de pile gère une pile d'adresses de retour ou une pile d'appel.
===Le pointeur de pile non-adressable explicitement===
Avec une pile d'adresse de retour, le pointeur de pile n'est pas adressable explicitement, il est juste adressé implicitement par des instructions d'appel de fonction CALL et des instructions de retour de fonction RET. Le pointeur de pile est alors juste incrémenté ou décrémenté par un pas constant, il ne subit pas d'autres opérations, son adressage est implicite. Il est juste incrémenté/décrémenté par pas constants, qui sont fournis par le séquenceur. Il n'y a pas besoin de le relier au chemin de données, vu qu'il n'échange pas de données avec les autres registres. Il y a alors plusieurs solutions, mais la plus simple est de placer le pointeur de pile dans le séquenceur et de l'incrémenter par un incrémenteur dédié.
Quelques processeurs simples disposent d'une pile d'appel très limitée, où le pointeur de pile n'est pas adressable explicitement. Il est adressé implicitement par les instruction CALL, RET, mais aussi PUSH et POP, mais aucune autre instruction ne permet cela. Là encore, le pointeur de pile ne communique pas avec les autres registres. Il est juste incrémenté/décrémenté par pas constants, qui sont fournis par le séquenceur. Là encore, le plus simple est de placer le pointeur de pile dans le séquenceur et de l'incrémenter par un incrémenteur dédié.
Dans les deux cas, le pointeur de pile est placé dans l'unité de contrôle, le séquenceur, et est associé à un incrémenteur dédié. Il se trouve que cet incrémenteur est souvent partagé avec le ''program counter''. En effet, les deux sont des adresses mémoire, qui sont incrémentées et décrémentées par pas constants, ne subissent pas d'autres opérations (si ce n'est des branchements, mais passons). Les ressemblances sont suffisantes pour fusionner les deux circuits. Ils peuvent donc avoir un '''incrémenteur partagé'''.
L'incrémenteur en question est donc partagé entre pointeur de pile, ''program counter'' et quelques autres registres similaires. Par exemple, le Z80 intégrait un registre pour le rafraichissement mémoire, qui était réalisé par le CPU à l'époque. Ce registre contenait la prochaine adresse mémoire à rafraichir, et était incrémenté à chaque rafraichissement d'une adresse. Et il était lui aussi intégré au séquenceur et incrémenté par l'incrémenteur partagé.
[[File:Organisation interne d'une architecture à pile.png|centre|vignette|upright=2|Organisation interne d'une architecture à pile]]
===Le pointeur de pile adressable explicitement===
Maintenant, étudions le cas d'une pile d'appel, précisément d'une pile d'appel avec des cadres de pile de taille variable. Sous ces conditions, le pointeur de pile est un registre adressable, avec un nom/numéro de registre dédié. Tel est par exemple le cas des processeurs x86 avec le registre ESP (''Extended Stack Pointer''). Il est manipulé par les instructions CALL, RET, PUSH et POP, mais aussi par les instructions d'addition/soustraction pour gérer des cadres de pile de taille variable. De plus, il peut servir d'opérande pour des calculs d'adresse, afin de lire/écrire des variables locales, les arguments d'une fonction, et autres.
Dans ce cas, la meilleure solution est de placer le pointeur de pile dans le banc de registre généraux, avec les autres registres entiers. En faisant cela, la manipulation du pointeur de pile est faite par l'unité de calcul entière, pas besoin d'utiliser un incrémenteur dédiée. Il a existé des processeurs qui mettaient le pointeur de pile dans le banc de registre, mais l'incrémentaient avec un incrémenteur dédié, mais nous les verrons dans le chapitre sur les architectures à accumulateur. La raison est que sur les processeurs concernés, les adresses ne faisaient pas la même taille que les données : c'était des processeurs 8 bits, qui géraient des adresses de 16 bits.
==Annexe : l'implémentation du système d'''aliasing'' des registres des CPU x86==
Il y a quelques chapitres, nous avions parlé du système d'''aliasing'' des registres des CPU x86. Pour rappel, il permet de donner plusieurs noms de registre pour un même registre. Plus précisément, pour un registre 64 bits, le registre complet aura un nom de registre, les 32 bits de poids faible auront leur nom de registre dédié, idem pour les 16 bits de poids faible, etc. Il est possible de faire des calculs sur ces moitiés/quarts/huitièmes de registres sans problème.
===L'''aliasing'' du 8086, pour les registres 16 bits===
[[File:Register 8086.PNG|vignette|Register 8086]]
L'implémentation de l'''aliasing'' est apparue sur les premiers CPU Intel 16 bits, notamment le 8086. En tout, ils avaient quatre registres généraux 16 bits : AX, BX, CX et DX. Ces quatre registres 16 bits étaient coupés en deux octets, chacun adressable. Par exemple, le registre AX était coupé en deux octets nommés AH et AL, chacun ayant son propre nom/numéro de registre. Les instructions d'addition/soustraction pouvaient manipuler le registre AL, ou le registre AH, ce qui modifiait les 8 bits de poids faible ou fort selon le registre choisit.
Le banc de registre ne gére que 4 registres de 16 bits, à savoir AX, BX, CX et DX. Lors d'une lecture d'un registre 8 bits, le registre 16 bit entier est lu depuis le banc de registre, mais les bits inutiles sont ignorés. Par contre, l'écriture peut se faire soit avec 16 bits d'un coup, soit pour seulement un octet. Le port d'écriture du banc de registre peut être configuré de manière à autoriser l'écriture soit sur les 16 bits du registre, soit seulement sur les 8 bits de poids faible, soit écrire dans les 8 bits de poids fort.
[[File:Port d'écriture du banc de registre du 8086.png|centre|vignette|upright=2.5|Port d'écriture du banc de registre du 8086]]
Une opération sur un registre 8 bits se passe comme suit. Premièrement, on lit le registre 16 bits complet depuis le banc de registre. Si l'on a sélectionné l'octet de poids faible, il ne se passe rien de particulier, l'opérande 16 bits est envoyée directement à l'ALU. Mais si on a sélectionné l'octet de poids fort, la valeur lue est décalée de 7 rangs pour atterrir dans les 8 octets de poids faible. Ensuite, l'unité de calcul fait un calcul avec cet opérande, un calcul 16 bits tout ce qu'il y a de plus classique. Troisièmement, le résultat est enregistré dans le banc de registre, en le configurant convenablement. La configuration précise s'il faut enregistrer le résultat dans un registre 16 bits, soit seulement dans l'octet de poids faible/fort.
Afin de simplifier le câblage, les 16 bits des registres AX/BX/CX/DX sont entrelacés d'une manière un peu particulière. Intuitivement, on s'attend à ce que les bits soient physiquement dans le même ordre que dans le registre : le bit 0 est placé à côté du bit 1, suivi par le bit 2, etc. Mais à la place, l'octet de poids fort et de poids faible sont mélangés. Deux bits consécutifs appartiennent à deux octets différents. Le tout est décrit dans le tableau ci-dessous.
{|class="wikitable"
|-
! Registre 16 bits normal
| class="f_bleu" | 15
| class="f_bleu" | 14
| class="f_bleu" | 13
| class="f_bleu" | 12
| class="f_bleu" | 11
| class="f_bleu" | 10
| class="f_bleu" | 9
| class="f_bleu" | 8
| class="f_rouge" | 7
| class="f_rouge" | 6
| class="f_rouge" | 5
| class="f_rouge" | 4
| class="f_rouge" | 3
| class="f_rouge" | 2
| class="f_rouge" | 1
| class="f_rouge" | 0
|-
! Registre 16 bits du 8086
| class="f_bleu" | 15
| class="f_rouge" | 7
| class="f_bleu" | 14
| class="f_rouge" | 6
| class="f_bleu" | 13
| class="f_rouge" | 5
| class="f_bleu" | 12
| class="f_rouge" | 4
| class="f_bleu" | 11
| class="f_rouge" | 3
| class="f_bleu" | 10
| class="f_rouge" | 2
| class="f_bleu" | 9
| class="f_rouge" | 1
| class="f_bleu" | 8
| class="f_rouge" | 0
|}
En faisant cela, le décaleur en entrée de l'ALU est bien plus simple. Il y a 8 multiplexeurs, mais le câblage est bien plus simple. Par contre, en sortie de l'ALU, il faut remettre les bits du résultat dans l'ordre adéquat, celui du registre 8086. Pour cela, les interconnexions sur le port d'écriture sont conçues pour. Il faut juste mettre les fils de sortie de l'ALU sur la bonne entrée, par besoin de multiplexeurs.
===L'''aliasing'' sur les processeurs x86 32/64 bits===
Les processeurs x86 32 et 64 bits ont un système d'''aliasing'' qui complète le système précédent. Les processeurs 32 bits étendent les registres 16 bits existants à 32 bits. Pour ce faire, le registre 32 bit a un nouveau nom de registre, distincts du nom de registre utilisé pour l'ancien registre 16 bits. Il est possible d'adresser les 16 bits de poids faible de ce registre, avec le même nom de registre que celui utilisé pour le registre 16 sur les processeurs d'avant. Même chose avec les processeurs 64, avec l'ajout d'un nouveau nom de registre pour adresser un registre de 64 bit complet.
En soit, implémenter ce système n'est pas compliqué. Prenons le cas du registre RAX (64 bits), et de ses subdivisions nommées EAX (32 bits), AX (16 bits). À l'intérieur du banc de registre, il n'y a que le registre RAX. Le banc de registre ne comprend qu'un seul nom de registre : RAX. Les subdivisions EAX et AX n'existent qu'au niveau de l'écriture dans le banc de registre. L'écriture dans le banc de registre est configurable, de manière à ne modifier que les bits adéquats. Le résultat d'un calcul de l'ALU fait 64 bits, il est envoyé sur le port d'écriture. À ce niveau, soit les 64 bits sont écrits dans le registre, soit seulement les 32/16 bits de poids faible. Le système du 8086 est préservé pour les écritures dans les 16 bits de poids faible.
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Fonctionnement d'un ordinateur/Les registres du processeur
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Mewtow
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/* Les différents types de registres architecturaux */
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wikitext
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Le processeur incorpore un ou plusieurs registres, des mémoires de petite taille, capables de mémoriser un nombre entier/flottant. Naïvement, les registres sont utilisés pour stocker les opérandes des instructions et leur résultat. Un programmeur (ou un compilateur) qui programme en langage machine manipule ces registres intégrés dans le processeur. Cependant, tous les registres d'un processeur ne sont pas forcément manipulables par le programmeur. Il faut distinguer les '''registres architecturaux''', manipulables par des instructions, des '''registres internes''' aux processeurs.
==Les types de registres architecturaux communs==
Dans ce qui suit, nous allons parler uniquement des registres architecturaux. Les registres internes seront vu dans les chapitre sur la microarchitecture d'un processeur. Ils servent à simplifier la conception du processeur, à mettre en œuvre des optimisations de performance. Les registres architecturaux, eux, font partie de l'interface que le processeur fournit aux programmeurs. Ils font partie du jeu d'instruction, qui liste les registres, les instructions supportées, comment instructions et registres interagissent, etc. Il existe plusieurs types de registres architecturaux, qui sont assez difficiles à classer, que nous allons décrire ci-dessous.
===Le registre d'état (entier)===
Le '''registre d'état''' est un registre aux fonctions assez variées, qui varient selon le processeur. Au minimum, il contient des bits qui indiquent le résultat d'une instruction de test. Il contient aussi d'autres bits, mais dont l'interprétation dépend du jeu d'instruction. En général, le registre d'état contient les bits suivants :
* le bit d'''overflow'', qui est mis à 1 lors d'un débordement d'entiers ;
* le bit de retenue, qui indique si une addition/soustraction a donné une retenue ;
* le bit ''null'' précise que le résultat d'une instruction est nul (vaut zéro) ;
* le bit de signe, qui permet de dire si le résultat d'une instruction est un nombre négatif ou positif.
Le registre d'état est mis à jour par les instructions de test, mais aussi par les instructions arithmétiques entières (sur des opérandes entiers). Par exemple, si une opération arithmétique entraine un débordement d'entier, le registre d'état mémorisera ce débordement. Dans le chapitre précédent, nous avions vu que les débordements sont mémorisés par le processeur dans un bit dédié, appelé le bit de débordement. Et bien ce dernier est un bit du registre d'état. Il en est de même pour le bit de retenue vu dans le chapitre précédent, qui mémorise la retenue effectuée par une opération arithmétique comme une addition, une soustraction ou un décalage.
Le bit de débordement est parfois présent en double : un bit pour les débordements pour les nombres non-signés, et un autre pour les nombres signés (en complément à deux). En effet, la manière de détecter les débordements n'est pas la même pour des nombres strictement positifs et pour des nombres en complément à deux. Certains processeurs s'en sortent avec un seul bit de débordement, en utilisant deux instructions d'addition : une pour les nombres signés, une autre pour les nombres non-signés. Mais d'autres processeurs utilisent une seule instruction d'addition pour les deux, qui met à jour deux bits de débordements : l'un qui détecte les débordements au cas où les deux opérandes sont signés, l'autre si les opérandes sont non-signées. Sur les processeurs ARM, c'est la seconde solution qui a été choisie.
N'oublions pas les bits de débordement pour les entiers BCD, à savoir le bit de retenue et le bit ''half-carry'', dont nous avions parlé au chapitre précédent.
Sur certains processeurs, comme l'ARM1, chaque instruction arithmétique existe en deux versions : une qui met à jour le registre d'état, une autre qui ne le fait pas. L'utilité de cet arrangement n'est pas évident, mais il permet à certaines instructions arithmétiques de ne pas altérer le registre d'état, ce qui permet de conserver son contenu pendant un certain temps.
Le fait que le registre d'état est mis à jour par les instructions arithmétiques permet d'éviter de faire certains tests gratuitement. Par exemple, imaginons un morceau de code qui doit vérifier si deux entiers A et B sont égaux, avant de faire plusieurs opérations sur la différence entre les deux (A-B). Le code le plus basique pour cela fait la comparaison entre les deux entiers avec une instruction de test, effectue un branchement, puis fait la soustraction pour obtenir la différence, puis les calculs adéquats. Mais si la soustraction met à jour le registre d'état, on peut simplement faire la soustraction, faire un branchement qui teste le bit ''null'' du registre d'état, puis faire les calculs. Une petite économie toujours bonne à prendre.
Il faut noter que certaines instructions sont spécifiquement conçues pour altérer uniquement le registre d'état. Par exemple, sur les processeurs x86, certaines instructions ont pour but de mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. Il existe en tout trois instructions capables de manipuler le bit de retenue : l'instruction CLC (CLear Carry) le met à 0, l'instruction STC (SeT Carry) le met à 1, l'instruction CMC (CompleMent Carry) l'inverse (passe de 0 à 1 ou de 1 à 0). Ces instructions sont utilisées de concert avec les instructions d'addition ADDC (ADD with Carry) et SUBC (SUB with Carry), qui effectuent le calcul A + B + Retenue et A - B - Retenue, et qui sont utilisées pour additionner/soustraire des opérandes plus grandes que les registres. Nous avions vu ces instructions dans le chapitre sur les instructions machines, aussi je ne reviens pas dessus.
Le registre d'état n'est pas présent sur toutes les architectures, notamment sur les jeux d'instruction modernes, mais beaucoup d'architectures anciennes en ont un.
===Le ''program counter''===
Le '''''Program Counter''''' mémorise l'adresse de l’instruction en cours ou de la prochaine instruction (le choix entre les deux dépend du processeur). C'est bel et bien un registre architectural, car ils sont manipulés par les instructions de branchement, bien qu'implicitement. Ce n'est pas un registre utilisé à des fins d'optimisation ou de simplicité d'implémentation.
Lors du démarrage ou redémarrage, il faut initialiser le ''program counter'' avec l'adresse de la première instruction. Le processeur est câblé pour lire une adresse bien précise lors du ''boot'', qui porte le nom d''''adresse de démarrage''', '''CPU Reset vector''' en anglais. L'adresse de démarrage n'est pas toujours l'adresse 0 : les premières adresses peuvent être réservées pour la pile ou le vecteur d'interruptions. Pour déterminer l'adresse de démarrage, il y a deux solutions : soit on utilise une adresse fixée une fois pour toutes, soit l'adresse est configurable.
* Avec la première solution, la plus simple, le processeur démarre l’exécution du code à une adresse bien précise, toujours la même, câblée dans ses circuits. Il s'agit typiquement de l'adresse 0 : le processeur lit le contenu de la toute première adresse et démarre l’exécution du programme à cet endroit.
* Avec la seconde solution, on ajoute un niveau de redirection. Le processeur accède toujours à une adresse fixe au démarrage, mais l'adresse en question ne contient pas la première instruction à exécuter. À la place, elle contient l'adresse de la première instruction. Le processeur lit donc cette adresse, puis la copie dans son ''program counter''. En clair, il effectue un branchement.
Il existe des processeurs où le ''Program Counter'' est adressable, via un nom de registre. Sur ces processeurs, on peut parfaitement lire ou écrire dans le ''Program Counter'' sans trop de problèmes. Ainsi, au lieu d'effectuer des branchements sur le ''Program Counter'', on peut simplement utiliser une instruction qui ira écrire l'adresse à laquelle brancher dans le registre. On peut même faire des calculs sur le contenu du ''Program Counter'' : cela n'a pas toujours de sens, mais cela permet parfois d'implémenter facilement certains types de branchements avec des instructions arithmétiques usuelles.
Le ''program counter'' et le registre d'état sont parfois fusionnés en un seul registre appelé le '''''Program status word''''', abrévié en PSW. L'avantage est que le ''Program status word'' regroupe tout ce qui est utile pour les branchements et test. Les branchements écrivent dans le ''program counter'' pour brancher à l'adresse finale, lire l'adresse dans le ''program counter'' pour certains branchements dits relatifs, les tests/branchements peuvent lire le registre d'état. Avec un PSW, tout cela est regroupé dans le PSW, les tests et branchements altérent tous deux le PSW. L'avantage est mineur et pose des problèmes niveau implémentation matérielle.
Il peut y avoir un avantage en terme de taille des registres. Par exemple, l'ARM1 fusionne le registre d'état et le ''program counter'' en un seul registre de 32 bits. La raison à cela est que ses registres font 32 bits, que le ''program counter'' n'a besoin que de 24 bits pour fonctionner ce qui laisse 8 bits pour le registre d'état. Précisément, le ''program counter'' est censé gérer des adresses de 26 bits, mais les instructions de ce processeur font exactement 32 bits et elles sont alignées en mémoire, ce qui fait que les 2 bits de poids faibles du ''program counter'' sont inutilisés. Au total, cela fait 8 bits inutilisés. Et ils ont été réutilisés pour mémoriser les bits du registre d'état.
===Les registres de contrôle===
Les '''registres de contrôle''' permettent de configurer le processeur pour qu'il fonctionne comme souhaité. Ils sont très variables et dépendent fortement du jeu d'instruction, mais aussi du modèle de processeur considéré. Quelques fonctionnalités importantes sont gérées par ce registre, même si on ne peut pas encore en parler. Des fonctionnalités comme la désactivation des interruptions ou la gestion du mode noyau/hyperviseur, par exemple.
Des bits de contrôle sont dédiés à la gestion du cache. Il est ainsi possible de configurer le cache, voire de le désactiver. Nous ne pouvons pas en parler en détail ici, car nous ne savons pas comment fonctionne une mémoire cache pour le moment. Mais nous détaillerons les bits de contrôle du cache dans le chapitre sur la mémoire cache. Pour le moment, nous ne pouvons parler que d'un seul bit de contrôle du cache :; celui qui l'active ou le désactive.
===Les registres généraux : entiers et adresses===
Les registres de données mémorisent des informations comme des entiers, des adresses, des flottants, manipulés par un programme. Ils sont classés en deux grand types, appelés registres entiers et flottants, dont les noms sont assez transparents. Les registres entiers sont spécialement conçus pour stocker des nombres entiers. Les registres entiers sont aussi appelés des registres généraux, car ils servent non seulement pour les entiers, mais aussi les adresses et d'autres informations codées en binaire.
Les registres entiers ne font pas que mémoriser les opérandes/résultats, et peuvent contenir n'importe quelle information codée par des nombres entiers. Notamment, ils peuvent mémoriser des adresses mémoire. L'avantage est que cela permet de faire des calculs sur des adresses mémoire, chose très importante pour supporter des structures de données comme les tableaux. Nous en reparlerons plus en détail dans le chapitre sur les modes d'adressage.
Pour le moment, vous avez juste à savoir que les registres entiers sont en réalité des '''registres généraux''' utilisables pour tout et n'importe quoi, qui peuvent stocker toute sorte d’information codée en binaire. Par exemple, un processeur avec 8 registres généraux pourra les utiliser sans vraiment de restrictions. On pourra s'en servir pour stocker 8 entiers, 6 entiers et 2 adresses, 1 adresse et 5 entiers, etc. Ce qui sera plus flexible et utilisera les registres disponibles au maximum.
De nombreux processeurs incorporent des registres entiers ou flottants en lecture seule, qui contiennent des constantes assez souvent utilisées. Par exemple, certains processeurs possèdent des registres initialisés à zéro pour accélérer la comparaison avec zéro ou l'initialisation d'une variable à zéro. On peut aussi citer certains registres flottants qui stockent des nombres comme pi, ou e pour faciliter l'implémentation des calculs trigonométriques. Ils sont appelés des '''registres de constante''', leur nom étant assez clair.
===Les registres flottants===
Les '''registres flottants''' sont spécialement conçus pour stocker des nombres flottants. Ils ne sont présents que sur les processeurs qui supportent les nombres flottants. Tous les processeurs modernes séparent les registres flottants et entiers, pour de bonnes raisons. Une des raisons est que les flottants et entiers n'ont pas le même encodage et n'ont pas forcément la même taille. Les flottants font 32 et 64 bits, ce qui posait problème sur les architectures 32 bits. Mais surtout, les flottants et entiers sont vraiment traités séparément dans le processeur : ils ont des circuits de calcul distincts, ils sont traités par des instructions séparées. Les mettre dans des registres séparés aide beaucoup pour la conception du processeur, comme on le verra dans quelques chapitres. Et cela n'entraine pas de problèmes de performances.
Les processeurs qui gèrent les nombres flottants incorporent aussi un '''registre d'état flottant''', qui s'occupe des nombres flottants. Sur les CPU x86, qui utilisaient l'extension x87, il était appelé le ''Status Word''. Celui-ci fait lui aussi 16 bits et contient tout ce qu'il faut pour qu'un programme puisse comprendre la cause d'une exception. Voici son contenu, à peu de chose près.
{|class="wikitable"
|-
! Bit
! Utilité
|-
| U
| Mis à 1 lorsqu'un débordement a lieu.
|-
| O
| Pareil que U, mais pour les overflow
|-
| Z
| Bit mis à 1 lors d'une division par zéro
|-
| D
| Bit mis à 1 lorsqu'un résultat de calcul est un dénormal ou lorsqu'une instruction doit être exécutée sur un dénormal
|-
| I
| Bit mis à 1 lors de certaines erreurs telles que l'exécution d'une instruction de racine carrée sur un négatif ou une division du type 0/0
|}
Les '''registres de contrôle flottant''' configurent les opérations flottantes. Ils configurent quel mode d'arrondi utiliser, comment traiter les infinis, si les flottants utilisés sont simple (32 bits) ou double précision (64 bits). Pour donner un exemple, voici le registre ''control word'' utilisé sur les anciens CPU x86, pour l'extension x87. L'extension x87 ajoutait le support des nombres flottants aux CPU x86, mais ceux-ci n'étaient pas tout à fait compatibles avec la norme IEEE 754. Une différence notable est que les flottants étaient codés sur 80 bits maximum.
{|class="wikitable"
|-
! Bit
! Utilité
|-
| Infinity Control
| Mode de gestion des infinis, codé sur 2 bits :
* 0 : Les infinis sont tous traités comme s'ils valaient <math>+ \infty</math>.
* 1 : Les infinis sont traités normalement.
|-
| Rouding Control
| Mode d'arrondi codé sur 2 bits :
* 00 : vers le nombre flottant le plus proche : c'est la valeur par défaut ;
* 01 : vers - l'infini ;
* 10 : vers + l'infini ;
* 11 : vers zéro
|-
| Precision Control
| Taille de la mantisse, configurée via deux bits. Les valeurs 00 et 10 demandent au processeur d'utiliser des flottants non pris en compte par la norme IEEE 754.
* 00 : mantisse codée sur 24 bits ;
* 01 : valeur inutilisée ;
* 10 : mantisse codée sur 53 bits ;
* 11 : mantisse codée sur 64 bits
|}
===Les registres de débogage===
Les '''registres de débogage''' sont des cousins des registres d'état, et sont utilisés par des logiciels appelés des débogueurs. les débogueurs sont des logiciels qui permettent de trouver des ''bugs'' dans un programme. Ils permettent d'analyser l'exécution d'un programme dans le détail. Par exemple, ils peuvent exécuter le programme instruction par instruction et mémoriser l'état du processeur après chaque instruction. Mais surtout : ils peuvent stopper l'exécution du programme à un point bien précis, appelé un '''''breakpoint'''''. Lorsque le programme est interrompu, l'état du processeur est mémorisé, que ce soit les registres, la pile d'appel, ou bien d'autres informations.
Pour faciliter le travail des débogueurs, certains processeurs intègrent des registres de débogages. Par exemple, les processeurs x86 intégrent 6 registres de débogages, nommés DR0, DR1, DR2, DR3, DR6 et DR7. Les registres DR4 et DR5 n'existent pas, la raison n'est pas connue.
Les registres DR0 à DR3 facilitent l'interruption du programme à un point précis. Le ''breakpoint'' en question correspond à une instruction précise, qui est choisie par un humain, là où il suppose que le bug est déclenché. Le débogueur doit stopper le programme quand il atteint cette instruction. Pour cela, lorsque le ''program counter'' atteint une adresse de ''breakpoint'', il stoppe son exécution. Pour cela, les registres DR0, DR1, DR2 et DR3 contiennent chacun l'adresse d'un ''breakpoint'', ce qui permet de programmer 4 ''breakpoint'' différents.
Les registres DR6 et DR7 permettent de programmer sous quelles conditions l'interruption a lieu. Par exemple il est possible de stopper le programme : soit si l'instruction s'exécute, soit si elle écrit quelque chose dans la mémoire RAM, soit en cas de lecture/écriture en RAM. Il est aussi possible d'activer ou de désactiver chaque registre de débogage. Par exemple, si l'utilisateur ne veut utiliser deux ''breakpoints'', il peut désactiver les registres DR2 et DR3. Cela se fait en configurant quelques bits dans le registre DR7.
==Les types rares de registres architecturax==
Les registres précédents, comme les registres généraux et flottants, sont très commun. A peu près tous les processeurs existant au monde ont un ''program counter'', par exemple. Et les processeur avec des registres généraux sont aujourd'hui la majorité. Il y a bien des processeurs qui se passent de registres d'état (ou de registres à prédicats), ou de registres généraux, mais ce sont souvent des processeurs assez anciens, comme les architectures à accumulateurs. Les registres que nous allons voir sont eux beaucoup plus rares. La majorité des processeurs fait sans et isl étaient pour la plupart utilisés sur des processeurs assez anciens.
===Les registres d'adresse et d'indice===
Quelques processeurs incorporent des registres spécialisés dans les adresses et leur calcul. Les '''registres d'adresse''' contiennent des adresses. Ils étaient surtout présents sur les architectures 16 bits, plus rarement sur les architectures 32 bits. L'usage de registres d'adresse s'explique par le fait que sur les anciennes architectures, les adresses n'ont pas la même taille que les données.
Un exemple est celui des processeurs Motorola 68000, sur lequel les entiers faisaient 32 bits et les adresses faisaient 24 bits. Le packaging du processeur ne permettait pas de mettre trop de broches, ce qui fait que les broches d'adresse étaient limitée à 24 bits, ce qui était suffisant pour l'époque. L'usage de registres d'adresse séparés des registres entiers permettait de gérer au mieux cette différence de taille. Ce problème a été corrigé à l'arrivée du 68020, qui avait des adresses sur 32 bits et 32 broches d'adresse, mais a conservé la séparation entre registres d'adresse et entiers pour des raisons de compatibilité.
Un autre exemple est celui du processeur du CDC 6600, qui avait 8 registres d'adresse couplés à 8 registres d'entrée. Les registres d'adresse fonctionnaient d'une manière totalement inédite, qu'on ne retrouve pas sur d'autres processeurs avec registre d'adresse. Tout registre d'adresse était associé à un registre entier. Concrètement, les 8 registres d'adresse étaient numérotés de 0 à 7, idem pour les registres entier. Le CDC 6600 n'avait pas d'instruction LOAD ou STORE, tout passait par des écritures dans ces registres. Le comportement dépendait du registre concerné.
* Une écriture dans le registre A0 ne faisait rien, il sert d'exception. Le registre D0 n'est pas altéré lors d'une écriture dans le registre A0.
* Les registres A1 à A5 servaient pour les lectures. L'écriture d'une adresse dans un de ces registres entrainait une lecture de cette adresse. La donnée lue était copiée automatiquement dans le registre entier associé, le registre entier de même numéro.
* Les registres A5 à A7 servaient pour les écriture. L'écriture d'une adresse dans un de ces registres entrainait une écriture à cette adresse. La donnée à écrire était prise dans dans le registre entier associé, le registre entier de même numéro.
L'usage de registres d'adresse dédiés est très rare, les processeurs préfèrent utiliser des registres généraux qui servent à la fois de registres entier et de registres d'adresse. La raison est que les adresses sont encodés avec des entiers en binaire. Les opérations effectuées sur les adresses sont des opérations entières basiques : additions/soustractions, parfois multiplications entières, opérations de masquage, bit à bit, etc. Aussi, séparer adresses et entiers dans des registres séparés n'est pas très pertinent.
Prenons un exemple : j'ai un processeur disposant d'un Program Counter, de 4 registres entiers et de 4 registres d'adresse. Si j’exécute un morceau de programme qui ne manipule presque pas d'adresses, mais fait beaucoup de calcul, les 4 registres d'adresse seront sous-utilisés alors que je manquerais de registres entiers. Utiliser 8 registres généraux permet de contourner le problème. On peut se servir de ces 8 registres généraux pour stocker 8 entiers, 6 entiers et 2 adresses, 1 adresse et 5 entiers, etc. Ce qui sera plus flexible et utilisera les registres disponibles au maximum.
Les '''registres d'indice''' servent à calculer des adresses, afin de manipuler rapidement des données complexes comme les tableaux. Ils étaient présents sur les premiers ordinateurs et ont perduré jusqu’aux architectures 16 bits inclues. Dans les faits, ils étaient présent sur une classe particulière de processeurs, appelés les architectures à accumulateur, qui aura droit à son chapitre dédié. Nous parlerons en détail des registres d'indice dans ce chapitre dédié aux architectures à accumulateur.
===Le registre pour les résultats des multiplications===
Le résultat d'une multiplication est très large et prend deux registres. Par exemple, une multiplication de deux opérandes 64 bits donne un résultat sur 128 bits, ce qui ne tient pas dans un registre, mais en prend deux. Et en général, la multiplication de deux opérandes de n {\displaystyle n} bits donne un résultat de 2 × n {\displaystyle 2\times n}, soit deux fois plus de bits. Le résultat complet ne tient pas dans un registre, il en prend exactement deux. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions, que nous avions abordé dans le chapitre sur les instructions, mais faisons un rappel rapide.
La solution la plus simple, se contente de garder les n {\displaystyle n} bits de poids faible. Tous les processeurs qui supportent la multiplication ont une ''instruction MUL'' qui ne calcule que les bits de poids faible du résultat, qui enregistre son résultat dans un seul registre. Une autre instruction permet de calculer le résultat complet. Soit il s'agit d'une instruction MULH, pour calculer les bits de poids fort du résultat. Soit il s'agit d'une instruction MULX ou FULL MUL, qui calcule les tout le résultat en une seule opération, et qui mémorisent le résultat dans deux registres généraux.
Les anciens processeurs MIPS faisaient autrement. Ils disposaient de deux registres spécialisés pour le résultat de la multiplication, séparés des registres généraux, appelés '''registres HO et LO'''. Seule l'instruction de multiplication peut écrire un résultat dans ces deux registres, avec HO pour les bits de poids fort, et LO pour les bits de poids faibles. Par contre, n'importe quelle instruction peut les lire, pour récupérer une opérande dans ces deux registres.
==L'adressage des registres architecturaux==
Outre leur taille, les registres du processeur se distinguent aussi par la manière dont on peut les adresser, les sélectionner. Les registres du processeur peuvent être adressés par trois méthodes différentes. À chaque méthode correspond un mode d'adressage différent. Les modes d'adressage des registres sont les modes d'adressages absolu (par adresse), inhérent (à nom de registre) et/ou implicite.
===Les registres nommés===
Dans le premier cas, chaque registre se voit attribuer une référence, une sorte d'identifiant qui permettra de le sélectionner parmi tous les autres. C'est un peu la même chose que pour la mémoire RAM : chaque byte de la mémoire RAM se voit attribuer une adresse. Pour les registres, c'est un peu la même chose : ils se voient attribuer quelque chose d'équivalent à une adresse, une sorte d'identifiant qui permettra de sélectionner un registre pour y accéder.
L'identifiant en question est ce qu'on appelle un '''nom de registre''' ou encore un '''numéro de registre'''. Ce nom n'est rien d'autre qu'une suite de bits attribuée à chaque registre, chaque registre se voyant attribuer une suite de bits différente. Celle-ci sera intégrée à toutes les instructions devant manipuler ce registre, afin de sélectionner celui-ci. Le numéro/nom de registre permet d'identifier le registre que l'on veut, mais ne sort jamais du processeur, il ne se retrouve jamais sur le bus d'adresse. Les registres ne sont donc pas identifiés par une adresse mémoire.
[[File:Adressage des registres via des noms de registre.png|centre|vignette|upright=2|Adressage des registres via des noms de registre.]]
===Les registres adressés===
Mais il existe une autre solution, utilisée sur de très vieux ordinateurs des années 50 à 70, ou quelques microcontrôleurs. C'est le cas du PDP-10.. L'idée est d'adresser les registres via une adresse mémoire. Les registres se voient attribuer les adresses mémoires les plus basses, à partir de l'adresse 0. Par exemple, un processeur avec 16 registres utilisait les 16 adresses basses, une par registre.
[[File:Adressage des registres via des adresses mémoires.png|centre|vignette|upright=2|Adressage des registres via des adresses mémoires.]]
===Les registres adressés implicitement===
Certains registres n'ont pas forcément besoin d'avoir un nom. Par exemple, c'est le cas du ''Program Counter'' : à part sur certains processeurs vraiment très rares, on ne peut modifier son contenu qu'en utilisant des instructions de branchements. Idem pour le registre d'état, manipulé obligatoirement par les instructions de comparaisons et de test, et certaines opérations arithmétiques.
Dans ces cas bien précis, on n'a pas besoin de préciser le ou les registres à manipuler : le processeur sait déjà quels registres manipuler et comment, de façon implicite. Le seul moyen de manipuler ces registres est de passer par une instruction appropriée, qui fera ce qu'il faut. Mais précisons encore une fois que sur certains processeurs, le registre d'état et/ou le ''Program Counter'' sont adressables.
==La taille des registres architecturaux==
Vous avez certainement déjà entendu parler de processeurs 32 ou 64 bits, voire de processeurs 8 ou 16 bits pour les ordinateurs anciens. Derrière cette appellation qu'on retrouve souvent dans la presse ou comme argument commercial se cache un concept simple, appelé la '''taille des registres'''. Il s'agit de la quantité de bits qui peuvent être stockés dans les registres principaux. Le même terme était autrefois utilisé pour les consoles de jeu, où il était censé désigner la même chose, à savoir la taille des registres du processeur. Mais l'utilisation sur les consoles de jeu était moins stricte, les fabricants de consoles n'hésitait pas à faire gonfler les chiffres par intérêt marketing.
Les registres principaux en question dépendent de l'architecture. Sur les architectures avec des registres généraux, la taille des registres est celle des registres généraux. Sur les autres architectures, la taille mentionnée est généralement celle des nombres entiers, les autres registres peuvent avoir une taille totalement différente. Notamment, sur les processeurs 8 bits, il y a souvent une différence entre la taille des entiers (codés sur 8 bits) et les adresses (codées sur 16 à 24 bits). Dans ce cas, un processeur 8 bits peut parfaitement gérer des adresses 16 ou 24 bits, mais reste un processeur 9 bits par ses entiers sont codés sur 8 bits.
Aujourd'hui, les processeurs utilisent presque tous des registres dont la taille est une puissance de 2 : 8, 16, 32, 64, 128, 256, voire 512 bits. L'usage de registres qui ne sont pas des puissances de 2 posent quelques problèmes techniques en termes d’adressage, comme on le verra dans le chapitre sur l'alignement et le boutisme. Mais ca n'a pas toujours été le cas. Par exemple, les processeurs dédiés au traitement de signal audio, que l'on trouve dans les chaînes HIFI, les décodeurs TNT, les lecteurs DVD, etc. Ceux-ci utilisent des registres de 24 bits, car l'information audio est souvent codée par des nombres de 24 bits.
Aux tout début de l'informatique, les processeurs utilisaient tous l'encodage BCD et codaient leurs chiffres sur 4/5/6/7 bits. La taille des registres était donc un multiple de 4/5/6/7 bits. Les registres de 36 bits et de 48 bits étaient la norme sur les gros ordinateurs de type ''mainframe'', qu'ils soient commerciaux ou destinés au calcul scientifique. Certaines machines utilisaient des registres de 3, 7, 13, 17, 23, 36 et 48 bits ; mais elles sont aujourd'hui tombées en désuétude.
===La taille d'un registre n'est pas toujours égale à celle du bus de données===
La taille d'un registre est souvent comparée à la largeur du bus de données (c'est à dire du nombre de bits qui peuvent transiter en même temps sur le bus de données). Intuitivement, on s'attend à ce que le bus mémoire ait la même taille que les registres, ce qui permet de lire un registre en une fois, en un seul accès mémoire. Mais il existe des processeurs où le bus mémoire est plus petit ou plus grand que les registres.
Le cas le plus fréquent est celui où le bus est plus petit que les registres. Les données doivent alors être lues ou écrites en plusieurs passes. Un exemple est celui du processeur MOS Technology 65C816, utilisé dans la console de jeu SNES. C'était un processeur 16 bits, avec des registres entiers de 16 bits. Cependant, le bus de données faisait lui 8 bits. Les adresses faisaient elles 24 bits, mais cela impacte le bus d'adresse, pas le bus de données. L'inconvénient est que les instructions LOAD et STORE demandaient deux accès mémoire : un pour les 8 bits de poids faible, un autre pour les 8 bits de poids fort.
Un autre exemple est celui des vieux coprocesseurs x87 d'Intel et d'autres entreprises. Ils utilisaient des nombres flottants codés sur 32, 64 et 80 bits. Les toutes premiers étaient connectés à un bus 16 bits, ce qui fait qu'une instruction LOAD/STORE demandait 2, 4 ou 5 accès consécutifs. Les suivants étaient connectés à un bus de 32 bits, ce qui demandait 1, 2 ou 2.5 accès consécutifs (3 en pratique, pas 2,5).
Un autre exemple est celui des anciens processeurs x86 32 bits, sur lequels un registre entier fait 32 bits alors que le bus de données fait 64 bits. La raison à cela est la présence d'un cache entre la mémoire et le CPU. Le bus de données est utilisée pour échanger des données entre RAM et cache, pas directement entre registres et RAM. Pas étonnant donc que les deux n'aient pas la même taille. Cependant, le bus entre cache et registres fait lui bel et bien 32 bits, en théorie.
===Le système d'''aliasing'' de registres sur les processeurs x86===
Les processeurs 8086 et 8088 étaient des processeurs 16 bits, qu'on peut considérer comme des versions améliorées et grandement remaniées du 8008 8 bit. En théorie, la rétrocompatibilité n'était pas garantie, car les jeux d'instruction étaient différents entre le 8086 et le 8008. Mais Intel avait prévu quelques améliorations pour rendre la transition plus facile. Et l'une d'entre elle concerne directement le passage des registres de 8 à 16 bits.
Les CPU Intel 16 bits avaient 4 registres de données, nommés AX, BX, CX et DX. Il faisaient 16 bits, soit deux octets. Et chaque octet était adressable comme des registres à part entière. On pouvait adresser un registre de 16, ou alors adresser seulement l'octet de poids fort ou l'octet de poids faible. Le registre AX fait 16 bits, l'octet de poids fort est un registre à part entière nommé AH, l'octet de poids faible est lui le registre nommé AL (H pour ''High'' et L pour ''Low''). Idem avec les registres BX, BH et BL, les registres CX, CH et CL, ou encore les registres DX, DH, DL. Les autres registres ne sont pas concernés par ce découpage.
Tout cela décrit un système d''''''alias'' de registres''', qui permet d'adresser certaines portions d'un registre comme un registre à part entière. Les registres AH, AL, BH, BL, ..., ont tous un nom de registre et peuvent être utilisés dans des opérations arithmétiques, logiques ou autres. Une même opération peut donc agir sur 16 ou 8 bits suivant le registre sélectionné.
[[File:Register 8086.PNG|centre|vignette|upright=2|Registres du 8086, processeur x86 16 bits. Certains registres sont liés à la segmentation ou à d'autres fonctions que nous n'avons pas encore expliqué à ce point du cours, aussi je vais vous demander de les ignorer.]]
Par la suite, le jeu d'instruction x86 a étendu ses registres à 32 et enfin 64 bits. Et les CPU 32 bits ont utilisé le même système d'''alias'' que les CPU 16 bits, mais légèrement modifié. Sur un registre 32 bits, les 16 bits de poids faible sont adressables séparément, mais pas les 16 bits de poids fort. Les registres 8 et 16 bits ont le même nom de registre que sur les CPU 16 bits, le registre étendu a un nouveau nom de registre.
Pour rendre tout cela plus clair, voyons l'exemple du registre EAX des processeurs 64 bits. C'est un registre 32 bits, les 16 bits de poids faible sont tout simplement le registre AX vu plus haut, qui lui-même est subdivisé en AH et AL. La même chose a lieu pour les registres EBX, ECX et EDX. Et cette fois-ci, presque tous les registres ont étés étendus ainsi, même le ''program counter'', les registres liés à la pile et quelques autres, notamment pour adresser plus de mémoire.
[[File:Rejestry IA32.svg|centre|vignette|upright=2|Registres des processeurs x86 32 bits. Certains registres sont liés à la segmentation ou à d'autres fonctions que nous n'avons pas encore expliqué à ce poitn du cours, aussi je vais vous demander de les ignorer.]]
Lors du passage au 64 bits, les registres 32 bits ont étés étendus de la même manière, et les registres étendus à 64 bits ont reçu un nom de registre supplémentaire, RAX, RBX, RCX ou RDX. Le passage à 64 bits s'est accompagné de l'ajout de 4 nouveaux registres.
Un point intéressant est qu'Intel a beaucoup utilisé ce système d'''alias'' pour éviter d'avoir à réellement ajouter certains registres. Pour le moment, bornons-nous à citer les exemples les plus frappants et parlons du MMX, du SSE et de l'AVX.
Le MMX est une extension du x86, qui ajoute des instructions au jeu d'instruction x86 de base. Elle ajoutait 8 registres entiers appelés MM0, MM1, MM2, MM3, MM4, MM5, MM6 et MM7, d'une taille de 64 bits. En théorie, ces registres devraient être des registres séparés des autres, mais Intel utilisa le système d'''alias'' pour éviter d'avoir à rajouter des registres. Il réutilisa les 8 registres flottants de 80 bits déjà existants. Chaque registre MMX correspondait aux 64 bits de poids faible d'un des 8 registres flottants de la x87 ! Cela posa pas mal de problèmes pour les programmeurs qui voulaient utiliser l'extension MMX. Il était impossible d'utiliser à la fois le MMX et les flottants x87...
[[File:MMX-FPU-Register.JPG|centre|vignette|upright=2|Registres MMX et FPU x87.]]
[[File:AVX registers.svg|vignette|Registres AVX.]]
Par la suite, l'extension SSE ajouta plusieurs registres de 128 bits, les ''XMM registers'' illustrés ci-contre. Le SSE fût décliné en plusieurs versions, appelées SSE1, SSE2, SSE3, SS4 et ainsi de suite, chacune rajoutant de nouvelles instructions. Les registres SSE sont bien séparés des autres, Intel n'utilisa pas le système d'alias.
Puis, l'arrivée de l'extension '''AVX''' changea la donne. L'AVX complète le SSE et ses extensions, en rajoutant quelques instructions et surtout en permettant de traiter des données de 256 bits. Et cette dernière ajoute 16 registres d'une taille de 256 bits, nommés de YMM0 à YMM15 et dédiés aux instructions AVX. Et c'est là que le système d''alias'' a encore frappé. Les registres AVX sont partagés avec les registres SSE : les 128 bits de poids faible des registres YMM ne sont autres que les registres XMM.
Puis, arriva l''''AVX-512''' qui ajouta 32 registres de 512 bits, et des instructions capables de les manipuler, d'où son nom. Là encore, les 256 bits de poids faible de ces registres correspondent aux registres de l'AVX précédent. Du moins, pour les premiers 16 registres, vu qu'il n'y a que 16 registres de l'AVX normal.
Pour résumer, ce système permet d'ajouter des registres de plus grande taille, en étendant des registres existants pour en augmenter la taille. La longévité des architectures x86 a fait que cette technique a beaucoup été utilisée. Mais les autres architectures n'implémentent pas vraiment ce système. De plus, ce système marche assez mal avec les processeurs modernes, dont la conception interne se marie mal avec l'''aliasing'' de registres, pour des raisons que nous verrons plus tard dans ce cours (cela rend plus difficile le renommage de registres et la détection des dépendances entre instructions).
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wikitext
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Le processeur incorpore un ou plusieurs registres, des mémoires de petite taille, capables de mémoriser un nombre entier/flottant. Naïvement, les registres sont utilisés pour stocker les opérandes des instructions et leur résultat. Un programmeur (ou un compilateur) qui programme en langage machine manipule ces registres intégrés dans le processeur. Cependant, tous les registres d'un processeur ne sont pas forcément manipulables par le programmeur. Il faut distinguer les '''registres architecturaux''', manipulables par des instructions, des '''registres internes''' aux processeurs.
==Les types de registres architecturaux communs==
Dans ce qui suit, nous allons parler uniquement des registres architecturaux. Les registres internes seront vu dans les chapitre sur la microarchitecture d'un processeur. Ils servent à simplifier la conception du processeur, à mettre en œuvre des optimisations de performance. Les registres architecturaux, eux, font partie de l'interface que le processeur fournit aux programmeurs. Ils font partie du jeu d'instruction, qui liste les registres, les instructions supportées, comment instructions et registres interagissent, etc. Il existe plusieurs types de registres architecturaux, qui sont assez difficiles à classer, que nous allons décrire ci-dessous.
===Le registre d'état (entier)===
Le '''registre d'état''' est un registre aux fonctions assez variées, qui varient selon le processeur. Au minimum, il contient des bits qui indiquent le résultat d'une instruction de test. Il contient aussi d'autres bits, mais dont l'interprétation dépend du jeu d'instruction. En général, le registre d'état contient les bits suivants :
* le bit d'''overflow'', qui est mis à 1 lors d'un débordement d'entiers ;
* le bit de retenue, qui indique si une addition/soustraction a donné une retenue ;
* le bit ''null'' précise que le résultat d'une instruction est nul (vaut zéro) ;
* le bit de signe, qui permet de dire si le résultat d'une instruction est un nombre négatif ou positif.
Le registre d'état est mis à jour par les instructions de test, mais aussi par les instructions arithmétiques entières (sur des opérandes entiers). Par exemple, si une opération arithmétique entraine un débordement d'entier, le registre d'état mémorisera ce débordement. Dans le chapitre précédent, nous avions vu que les débordements sont mémorisés par le processeur dans un bit dédié, appelé le bit de débordement. Et bien ce dernier est un bit du registre d'état. Il en est de même pour le bit de retenue vu dans le chapitre précédent, qui mémorise la retenue effectuée par une opération arithmétique comme une addition, une soustraction ou un décalage.
Le bit de débordement est parfois présent en double : un bit pour les débordements pour les nombres non-signés, et un autre pour les nombres signés (en complément à deux). En effet, la manière de détecter les débordements n'est pas la même pour des nombres strictement positifs et pour des nombres en complément à deux. Certains processeurs s'en sortent avec un seul bit de débordement, en utilisant deux instructions d'addition : une pour les nombres signés, une autre pour les nombres non-signés. Mais d'autres processeurs utilisent une seule instruction d'addition pour les deux, qui met à jour deux bits de débordements : l'un qui détecte les débordements au cas où les deux opérandes sont signés, l'autre si les opérandes sont non-signées. Sur les processeurs ARM, c'est la seconde solution qui a été choisie.
N'oublions pas les bits de débordement pour les entiers BCD, à savoir le bit de retenue et le bit ''half-carry'', dont nous avions parlé au chapitre précédent.
Sur certains processeurs, comme l'ARM1, chaque instruction arithmétique existe en deux versions : une qui met à jour le registre d'état, une autre qui ne le fait pas. L'utilité de cet arrangement n'est pas évident, mais il permet à certaines instructions arithmétiques de ne pas altérer le registre d'état, ce qui permet de conserver son contenu pendant un certain temps.
Le fait que le registre d'état est mis à jour par les instructions arithmétiques permet d'éviter de faire certains tests gratuitement. Par exemple, imaginons un morceau de code qui doit vérifier si deux entiers A et B sont égaux, avant de faire plusieurs opérations sur la différence entre les deux (A-B). Le code le plus basique pour cela fait la comparaison entre les deux entiers avec une instruction de test, effectue un branchement, puis fait la soustraction pour obtenir la différence, puis les calculs adéquats. Mais si la soustraction met à jour le registre d'état, on peut simplement faire la soustraction, faire un branchement qui teste le bit ''null'' du registre d'état, puis faire les calculs. Une petite économie toujours bonne à prendre.
Il faut noter que certaines instructions sont spécifiquement conçues pour altérer uniquement le registre d'état. Par exemple, sur les processeurs x86, certaines instructions ont pour but de mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. Il existe en tout trois instructions capables de manipuler le bit de retenue : l'instruction CLC (CLear Carry) le met à 0, l'instruction STC (SeT Carry) le met à 1, l'instruction CMC (CompleMent Carry) l'inverse (passe de 0 à 1 ou de 1 à 0). Ces instructions sont utilisées de concert avec les instructions d'addition ADDC (ADD with Carry) et SUBC (SUB with Carry), qui effectuent le calcul A + B + Retenue et A - B - Retenue, et qui sont utilisées pour additionner/soustraire des opérandes plus grandes que les registres. Nous avions vu ces instructions dans le chapitre sur les instructions machines, aussi je ne reviens pas dessus.
Le registre d'état n'est pas présent sur toutes les architectures, notamment sur les jeux d'instruction modernes, mais beaucoup d'architectures anciennes en ont un.
===Le ''program counter''===
Le '''''Program Counter''''' mémorise l'adresse de l’instruction en cours ou de la prochaine instruction (le choix entre les deux dépend du processeur). C'est bel et bien un registre architectural, car ils sont manipulés par les instructions de branchement, bien qu'implicitement. Ce n'est pas un registre utilisé à des fins d'optimisation ou de simplicité d'implémentation.
Lors du démarrage ou redémarrage, il faut initialiser le ''program counter'' avec l'adresse de la première instruction. Le processeur est câblé pour lire une adresse bien précise lors du ''boot'', qui porte le nom d''''adresse de démarrage''', '''CPU Reset vector''' en anglais. L'adresse de démarrage n'est pas toujours l'adresse 0 : les premières adresses peuvent être réservées pour la pile ou le vecteur d'interruptions. Pour déterminer l'adresse de démarrage, il y a deux solutions : soit on utilise une adresse fixée une fois pour toutes, soit l'adresse est configurable.
* Avec la première solution, la plus simple, le processeur démarre l’exécution du code à une adresse bien précise, toujours la même, câblée dans ses circuits. Il s'agit typiquement de l'adresse 0 : le processeur lit le contenu de la toute première adresse et démarre l’exécution du programme à cet endroit.
* Avec la seconde solution, on ajoute un niveau de redirection. Le processeur accède toujours à une adresse fixe au démarrage, mais l'adresse en question ne contient pas la première instruction à exécuter. À la place, elle contient l'adresse de la première instruction. Le processeur lit donc cette adresse, puis la copie dans son ''program counter''. En clair, il effectue un branchement.
Il existe des processeurs où le ''Program Counter'' est adressable, via un nom de registre. Sur ces processeurs, on peut parfaitement lire ou écrire dans le ''Program Counter'' sans trop de problèmes. Ainsi, au lieu d'effectuer des branchements sur le ''Program Counter'', on peut simplement utiliser une instruction qui ira écrire l'adresse à laquelle brancher dans le registre. On peut même faire des calculs sur le contenu du ''Program Counter'' : cela n'a pas toujours de sens, mais cela permet parfois d'implémenter facilement certains types de branchements avec des instructions arithmétiques usuelles.
Le ''program counter'' et le registre d'état sont parfois fusionnés en un seul registre appelé le '''''Program status word''''', abrévié en PSW. L'avantage est que le ''Program status word'' regroupe tout ce qui est utile pour les branchements et test. Les branchements écrivent dans le ''program counter'' pour brancher à l'adresse finale, lire l'adresse dans le ''program counter'' pour certains branchements dits relatifs, les tests/branchements peuvent lire le registre d'état. Avec un PSW, tout cela est regroupé dans le PSW, les tests et branchements altérent tous deux le PSW. L'avantage est mineur et pose des problèmes niveau implémentation matérielle.
Il peut y avoir un avantage en terme de taille des registres. Par exemple, l'ARM1 fusionne le registre d'état et le ''program counter'' en un seul registre de 32 bits. La raison à cela est que ses registres font 32 bits, que le ''program counter'' n'a besoin que de 24 bits pour fonctionner ce qui laisse 8 bits pour le registre d'état. Précisément, le ''program counter'' est censé gérer des adresses de 26 bits, mais les instructions de ce processeur font exactement 32 bits et elles sont alignées en mémoire, ce qui fait que les 2 bits de poids faibles du ''program counter'' sont inutilisés. Au total, cela fait 8 bits inutilisés. Et ils ont été réutilisés pour mémoriser les bits du registre d'état.
===Les registres de contrôle===
Les '''registres de contrôle''' permettent de configurer le processeur pour qu'il fonctionne comme souhaité. Ils sont très variables et dépendent fortement du jeu d'instruction, mais aussi du modèle de processeur considéré. Quelques fonctionnalités importantes sont gérées par ce registre, même si on ne peut pas encore en parler. Des fonctionnalités comme la désactivation des interruptions ou la gestion du mode noyau/hyperviseur, par exemple.
Des bits de contrôle sont dédiés à la gestion du cache. Il est ainsi possible de configurer le cache, voire de le désactiver. Nous ne pouvons pas en parler en détail ici, car nous ne savons pas comment fonctionne une mémoire cache pour le moment. Mais nous détaillerons les bits de contrôle du cache dans le chapitre sur la mémoire cache. Pour le moment, nous ne pouvons parler que d'un seul bit de contrôle du cache :; celui qui l'active ou le désactive.
===Les registres généraux : entiers et adresses===
Les registres de données mémorisent des informations comme des entiers, des adresses, des flottants, manipulés par un programme. Ils sont classés en deux grand types, appelés registres entiers et flottants, dont les noms sont assez transparents. Les registres entiers sont spécialement conçus pour stocker des nombres entiers. Les registres entiers sont aussi appelés des registres généraux, car ils servent non seulement pour les entiers, mais aussi les adresses et d'autres informations codées en binaire.
Les registres entiers ne font pas que mémoriser les opérandes/résultats, et peuvent contenir n'importe quelle information codée par des nombres entiers. Notamment, ils peuvent mémoriser des adresses mémoire. L'avantage est que cela permet de faire des calculs sur des adresses mémoire, chose très importante pour supporter des structures de données comme les tableaux. Nous en reparlerons plus en détail dans le chapitre sur les modes d'adressage.
Pour le moment, vous avez juste à savoir que les registres entiers sont en réalité des '''registres généraux''' utilisables pour tout et n'importe quoi, qui peuvent stocker toute sorte d’information codée en binaire. Par exemple, un processeur avec 8 registres généraux pourra les utiliser sans vraiment de restrictions. On pourra s'en servir pour stocker 8 entiers, 6 entiers et 2 adresses, 1 adresse et 5 entiers, etc. Ce qui sera plus flexible et utilisera les registres disponibles au maximum.
De nombreux processeurs incorporent des registres entiers ou flottants en lecture seule, qui contiennent des constantes assez souvent utilisées. Par exemple, certains processeurs possèdent des registres initialisés à zéro pour accélérer la comparaison avec zéro ou l'initialisation d'une variable à zéro. On peut aussi citer certains registres flottants qui stockent des nombres comme pi, ou e pour faciliter l'implémentation des calculs trigonométriques. Ils sont appelés des '''registres de constante''', leur nom étant assez clair.
===Les registres flottants===
Les '''registres flottants''' sont spécialement conçus pour stocker des nombres flottants. Ils ne sont présents que sur les processeurs qui supportent les nombres flottants. Tous les processeurs modernes séparent les registres flottants et entiers, pour de bonnes raisons. Une des raisons est que les flottants et entiers n'ont pas le même encodage et n'ont pas forcément la même taille. Les flottants font 32 et 64 bits, ce qui posait problème sur les architectures 32 bits. Mais surtout, les flottants et entiers sont vraiment traités séparément dans le processeur : ils ont des circuits de calcul distincts, ils sont traités par des instructions séparées. Les mettre dans des registres séparés aide beaucoup pour la conception du processeur, comme on le verra dans quelques chapitres. Et cela n'entraine pas de problèmes de performances.
Les processeurs qui gèrent les nombres flottants incorporent aussi un '''registre d'état flottant''', qui s'occupe des nombres flottants. Sur les CPU x86, qui utilisaient l'extension x87, il était appelé le ''Status Word''. Celui-ci fait lui aussi 16 bits et contient tout ce qu'il faut pour qu'un programme puisse comprendre la cause d'une exception. Voici son contenu, à peu de chose près.
{|class="wikitable"
|-
! Bit
! Utilité
|-
| U
| Mis à 1 lorsqu'un débordement a lieu.
|-
| O
| Pareil que U, mais pour les overflow
|-
| Z
| Bit mis à 1 lors d'une division par zéro
|-
| D
| Bit mis à 1 lorsqu'un résultat de calcul est un dénormal ou lorsqu'une instruction doit être exécutée sur un dénormal
|-
| I
| Bit mis à 1 lors de certaines erreurs telles que l'exécution d'une instruction de racine carrée sur un négatif ou une division du type 0/0
|}
Les '''registres de contrôle flottant''' configurent les opérations flottantes. Ils configurent quel mode d'arrondi utiliser, comment traiter les infinis, si les flottants utilisés sont simple (32 bits) ou double précision (64 bits). Pour donner un exemple, voici le registre ''control word'' utilisé sur les anciens CPU x86, pour l'extension x87. L'extension x87 ajoutait le support des nombres flottants aux CPU x86, mais ceux-ci n'étaient pas tout à fait compatibles avec la norme IEEE 754. Une différence notable est que les flottants étaient codés sur 80 bits maximum.
{|class="wikitable"
|-
! Bit
! Utilité
|-
| Infinity Control
| Mode de gestion des infinis, codé sur 2 bits :
* 0 : Les infinis sont tous traités comme s'ils valaient <math>+ \infty</math>.
* 1 : Les infinis sont traités normalement.
|-
| Rouding Control
| Mode d'arrondi codé sur 2 bits :
* 00 : vers le nombre flottant le plus proche : c'est la valeur par défaut ;
* 01 : vers - l'infini ;
* 10 : vers + l'infini ;
* 11 : vers zéro
|-
| Precision Control
| Taille de la mantisse, configurée via deux bits. Les valeurs 00 et 10 demandent au processeur d'utiliser des flottants non pris en compte par la norme IEEE 754.
* 00 : mantisse codée sur 24 bits ;
* 01 : valeur inutilisée ;
* 10 : mantisse codée sur 53 bits ;
* 11 : mantisse codée sur 64 bits
|}
===Les registres de débogage===
Les '''registres de débogage''' sont des cousins des registres d'état, et sont utilisés par des logiciels appelés des débogueurs. les débogueurs sont des logiciels qui permettent de trouver des ''bugs'' dans un programme. Ils permettent d'analyser l'exécution d'un programme dans le détail. Par exemple, ils peuvent exécuter le programme instruction par instruction et mémoriser l'état du processeur après chaque instruction. Mais surtout : ils peuvent stopper l'exécution du programme à un point bien précis, appelé un '''''breakpoint'''''. Lorsque le programme est interrompu, l'état du processeur est mémorisé, que ce soit les registres, la pile d'appel, ou bien d'autres informations.
Pour faciliter le travail des débogueurs, certains processeurs intègrent des registres de débogages. Par exemple, les processeurs x86 intégrent 6 registres de débogages, nommés DR0, DR1, DR2, DR3, DR6 et DR7. Les registres DR4 et DR5 n'existent pas, la raison n'est pas connue.
Les registres DR0 à DR3 facilitent l'interruption du programme à un point précis. Le ''breakpoint'' en question correspond à une instruction précise, qui est choisie par un humain, là où il suppose que le bug est déclenché. Le débogueur doit stopper le programme quand il atteint cette instruction. Pour cela, lorsque le ''program counter'' atteint une adresse de ''breakpoint'', il stoppe son exécution. Pour cela, les registres DR0, DR1, DR2 et DR3 contiennent chacun l'adresse d'un ''breakpoint'', ce qui permet de programmer 4 ''breakpoint'' différents.
Les registres DR6 et DR7 permettent de programmer sous quelles conditions l'interruption a lieu. Par exemple il est possible de stopper le programme : soit si l'instruction s'exécute, soit si elle écrit quelque chose dans la mémoire RAM, soit en cas de lecture/écriture en RAM. Il est aussi possible d'activer ou de désactiver chaque registre de débogage. Par exemple, si l'utilisateur ne veut utiliser deux ''breakpoints'', il peut désactiver les registres DR2 et DR3. Cela se fait en configurant quelques bits dans le registre DR7.
==Les types rares de registres architecturax==
Les registres précédents, comme les registres généraux et flottants, sont très commun. A peu près tous les processeurs existant au monde ont un ''program counter'', par exemple. Et les processeur avec des registres généraux sont aujourd'hui la majorité. Il y a bien des processeurs qui se passent de registres d'état (ou de registres à prédicats), ou de registres généraux, mais ce sont souvent des processeurs assez anciens, comme les architectures à accumulateurs. Les registres que nous allons voir sont eux beaucoup plus rares. La majorité des processeurs fait sans et isl étaient pour la plupart utilisés sur des processeurs assez anciens.
===Les registres d'adresse et d'indice===
Quelques processeurs incorporent des registres spécialisés dans les adresses et leur calcul. Les '''registres d'adresse''' contiennent des adresses. Ils étaient surtout présents sur les architectures 16 bits, plus rarement sur les architectures 32 bits. L'usage de registres d'adresse s'explique par le fait que sur les anciennes architectures, les adresses n'ont pas la même taille que les données.
Un exemple est celui des processeurs Motorola 68000, sur lequel les entiers faisaient 32 bits et les adresses faisaient 24 bits. Le packaging du processeur ne permettait pas de mettre trop de broches, ce qui fait que les broches d'adresse étaient limitée à 24 bits, ce qui était suffisant pour l'époque. L'usage de registres d'adresse séparés des registres entiers permettait de gérer au mieux cette différence de taille. Ce problème a été corrigé à l'arrivée du 68020, qui avait des adresses sur 32 bits et 32 broches d'adresse, mais a conservé la séparation entre registres d'adresse et entiers pour des raisons de compatibilité.
Un autre exemple est celui du processeur du CDC 6600, qui avait 8 registres d'adresse couplés à 8 registres d'entrée. Les registres d'adresse fonctionnaient d'une manière totalement inédite, qu'on ne retrouve pas sur d'autres processeurs avec registre d'adresse. Tout registre d'adresse était associé à un registre entier. Concrètement, les 8 registres d'adresse étaient numérotés de 0 à 7, idem pour les registres entier. Le CDC 6600 n'avait pas d'instruction LOAD ou STORE, tout passait par des écritures dans ces registres. Le comportement dépendait du registre concerné.
* Une écriture dans le registre A0 ne faisait rien, il sert d'exception. Le registre D0 n'est pas altéré lors d'une écriture dans le registre A0.
* Les registres A1 à A5 servaient pour les lectures. L'écriture d'une adresse dans un de ces registres entrainait une lecture de cette adresse. La donnée lue était copiée automatiquement dans le registre entier associé, le registre entier de même numéro.
* Les registres A5 à A7 servaient pour les écriture. L'écriture d'une adresse dans un de ces registres entrainait une écriture à cette adresse. La donnée à écrire était prise dans dans le registre entier associé, le registre entier de même numéro.
L'usage de registres d'adresse dédiés est très rare, les processeurs préfèrent utiliser des registres généraux qui servent à la fois de registres entier et de registres d'adresse. La raison est que les adresses sont encodés avec des entiers en binaire. Les opérations effectuées sur les adresses sont des opérations entières basiques : additions/soustractions, parfois multiplications entières, opérations de masquage, bit à bit, etc. Aussi, séparer adresses et entiers dans des registres séparés n'est pas très pertinent.
Prenons un exemple : j'ai un processeur disposant d'un Program Counter, de 4 registres entiers et de 4 registres d'adresse. Si j’exécute un morceau de programme qui ne manipule presque pas d'adresses, mais fait beaucoup de calcul, les 4 registres d'adresse seront sous-utilisés alors que je manquerais de registres entiers. Utiliser 8 registres généraux permet de contourner le problème. On peut se servir de ces 8 registres généraux pour stocker 8 entiers, 6 entiers et 2 adresses, 1 adresse et 5 entiers, etc. Ce qui sera plus flexible et utilisera les registres disponibles au maximum.
Les '''registres d'indice''' servent à calculer des adresses, afin de manipuler rapidement des données complexes comme les tableaux. Ils étaient présents sur les premiers ordinateurs et ont perduré jusqu’aux architectures 16 bits inclues. Dans les faits, ils étaient présent sur une classe particulière de processeurs, appelés les architectures à accumulateur, qui aura droit à son chapitre dédié. Nous parlerons en détail des registres d'indice dans ce chapitre dédié aux architectures à accumulateur.
===Le registre pour les résultats des multiplications===
Le résultat d'une multiplication est très large et prend deux registres. Par exemple, une multiplication de deux opérandes 64 bits donne un résultat sur 128 bits, ce qui ne tient pas dans un registre, mais en prend deux. Et en général, la multiplication de deux opérandes de n bits donne un résultat de 2 × n, soit deux fois plus de bits. Le résultat complet ne tient pas dans un registre, il en prend exactement deux. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions, que nous avions abordé dans le chapitre sur les instructions, mais faisons un rappel rapide.
La solution la plus simple, se contente de garder les n {\displaystyle n} bits de poids faible. Tous les processeurs qui supportent la multiplication ont une ''instruction MUL'' qui ne calcule que les bits de poids faible du résultat, qui enregistre son résultat dans un seul registre. Une autre instruction permet de calculer le résultat complet. Soit il s'agit d'une instruction MULH, pour calculer les bits de poids fort du résultat. Soit il s'agit d'une instruction MULX ou FULL MUL, qui calcule les tout le résultat en une seule opération, et qui mémorisent le résultat dans deux registres généraux.
Les anciens processeurs MIPS faisaient autrement. Ils disposaient de deux registres spécialisés pour le résultat de la multiplication, séparés des registres généraux, appelés '''registres HO et LO'''. Seule l'instruction de multiplication peut écrire un résultat dans ces deux registres, avec HO pour les bits de poids fort, et LO pour les bits de poids faibles. Par contre, n'importe quelle instruction peut les lire, pour récupérer une opérande dans ces deux registres.
==L'adressage des registres architecturaux==
Outre leur taille, les registres du processeur se distinguent aussi par la manière dont on peut les adresser, les sélectionner. Les registres du processeur peuvent être adressés par trois méthodes différentes. À chaque méthode correspond un mode d'adressage différent. Les modes d'adressage des registres sont les modes d'adressages absolu (par adresse), inhérent (à nom de registre) et/ou implicite.
===Les registres nommés===
Dans le premier cas, chaque registre se voit attribuer une référence, une sorte d'identifiant qui permettra de le sélectionner parmi tous les autres. C'est un peu la même chose que pour la mémoire RAM : chaque byte de la mémoire RAM se voit attribuer une adresse. Pour les registres, c'est un peu la même chose : ils se voient attribuer quelque chose d'équivalent à une adresse, une sorte d'identifiant qui permettra de sélectionner un registre pour y accéder.
L'identifiant en question est ce qu'on appelle un '''nom de registre''' ou encore un '''numéro de registre'''. Ce nom n'est rien d'autre qu'une suite de bits attribuée à chaque registre, chaque registre se voyant attribuer une suite de bits différente. Celle-ci sera intégrée à toutes les instructions devant manipuler ce registre, afin de sélectionner celui-ci. Le numéro/nom de registre permet d'identifier le registre que l'on veut, mais ne sort jamais du processeur, il ne se retrouve jamais sur le bus d'adresse. Les registres ne sont donc pas identifiés par une adresse mémoire.
[[File:Adressage des registres via des noms de registre.png|centre|vignette|upright=2|Adressage des registres via des noms de registre.]]
===Les registres adressés===
Mais il existe une autre solution, utilisée sur de très vieux ordinateurs des années 50 à 70, ou quelques microcontrôleurs. C'est le cas du PDP-10.. L'idée est d'adresser les registres via une adresse mémoire. Les registres se voient attribuer les adresses mémoires les plus basses, à partir de l'adresse 0. Par exemple, un processeur avec 16 registres utilisait les 16 adresses basses, une par registre.
[[File:Adressage des registres via des adresses mémoires.png|centre|vignette|upright=2|Adressage des registres via des adresses mémoires.]]
===Les registres adressés implicitement===
Certains registres n'ont pas forcément besoin d'avoir un nom. Par exemple, c'est le cas du ''Program Counter'' : à part sur certains processeurs vraiment très rares, on ne peut modifier son contenu qu'en utilisant des instructions de branchements. Idem pour le registre d'état, manipulé obligatoirement par les instructions de comparaisons et de test, et certaines opérations arithmétiques.
Dans ces cas bien précis, on n'a pas besoin de préciser le ou les registres à manipuler : le processeur sait déjà quels registres manipuler et comment, de façon implicite. Le seul moyen de manipuler ces registres est de passer par une instruction appropriée, qui fera ce qu'il faut. Mais précisons encore une fois que sur certains processeurs, le registre d'état et/ou le ''Program Counter'' sont adressables.
==La taille des registres architecturaux==
Vous avez certainement déjà entendu parler de processeurs 32 ou 64 bits, voire de processeurs 8 ou 16 bits pour les ordinateurs anciens. Derrière cette appellation qu'on retrouve souvent dans la presse ou comme argument commercial se cache un concept simple, appelé la '''taille des registres'''. Il s'agit de la quantité de bits qui peuvent être stockés dans les registres principaux. Le même terme était autrefois utilisé pour les consoles de jeu, où il était censé désigner la même chose, à savoir la taille des registres du processeur. Mais l'utilisation sur les consoles de jeu était moins stricte, les fabricants de consoles n'hésitait pas à faire gonfler les chiffres par intérêt marketing.
Les registres principaux en question dépendent de l'architecture. Sur les architectures avec des registres généraux, la taille des registres est celle des registres généraux. Sur les autres architectures, la taille mentionnée est généralement celle des nombres entiers, les autres registres peuvent avoir une taille totalement différente. Notamment, sur les processeurs 8 bits, il y a souvent une différence entre la taille des entiers (codés sur 8 bits) et les adresses (codées sur 16 à 24 bits). Dans ce cas, un processeur 8 bits peut parfaitement gérer des adresses 16 ou 24 bits, mais reste un processeur 9 bits par ses entiers sont codés sur 8 bits.
Aujourd'hui, les processeurs utilisent presque tous des registres dont la taille est une puissance de 2 : 8, 16, 32, 64, 128, 256, voire 512 bits. L'usage de registres qui ne sont pas des puissances de 2 posent quelques problèmes techniques en termes d’adressage, comme on le verra dans le chapitre sur l'alignement et le boutisme. Mais ca n'a pas toujours été le cas. Par exemple, les processeurs dédiés au traitement de signal audio, que l'on trouve dans les chaînes HIFI, les décodeurs TNT, les lecteurs DVD, etc. Ceux-ci utilisent des registres de 24 bits, car l'information audio est souvent codée par des nombres de 24 bits.
Aux tout début de l'informatique, les processeurs utilisaient tous l'encodage BCD et codaient leurs chiffres sur 4/5/6/7 bits. La taille des registres était donc un multiple de 4/5/6/7 bits. Les registres de 36 bits et de 48 bits étaient la norme sur les gros ordinateurs de type ''mainframe'', qu'ils soient commerciaux ou destinés au calcul scientifique. Certaines machines utilisaient des registres de 3, 7, 13, 17, 23, 36 et 48 bits ; mais elles sont aujourd'hui tombées en désuétude.
===La taille d'un registre n'est pas toujours égale à celle du bus de données===
La taille d'un registre est souvent comparée à la largeur du bus de données (c'est à dire du nombre de bits qui peuvent transiter en même temps sur le bus de données). Intuitivement, on s'attend à ce que le bus mémoire ait la même taille que les registres, ce qui permet de lire un registre en une fois, en un seul accès mémoire. Mais il existe des processeurs où le bus mémoire est plus petit ou plus grand que les registres.
Le cas le plus fréquent est celui où le bus est plus petit que les registres. Les données doivent alors être lues ou écrites en plusieurs passes. Un exemple est celui du processeur MOS Technology 65C816, utilisé dans la console de jeu SNES. C'était un processeur 16 bits, avec des registres entiers de 16 bits. Cependant, le bus de données faisait lui 8 bits. Les adresses faisaient elles 24 bits, mais cela impacte le bus d'adresse, pas le bus de données. L'inconvénient est que les instructions LOAD et STORE demandaient deux accès mémoire : un pour les 8 bits de poids faible, un autre pour les 8 bits de poids fort.
Un autre exemple est celui des vieux coprocesseurs x87 d'Intel et d'autres entreprises. Ils utilisaient des nombres flottants codés sur 32, 64 et 80 bits. Les toutes premiers étaient connectés à un bus 16 bits, ce qui fait qu'une instruction LOAD/STORE demandait 2, 4 ou 5 accès consécutifs. Les suivants étaient connectés à un bus de 32 bits, ce qui demandait 1, 2 ou 2.5 accès consécutifs (3 en pratique, pas 2,5).
Un autre exemple est celui des anciens processeurs x86 32 bits, sur lequels un registre entier fait 32 bits alors que le bus de données fait 64 bits. La raison à cela est la présence d'un cache entre la mémoire et le CPU. Le bus de données est utilisée pour échanger des données entre RAM et cache, pas directement entre registres et RAM. Pas étonnant donc que les deux n'aient pas la même taille. Cependant, le bus entre cache et registres fait lui bel et bien 32 bits, en théorie.
===Le système d'''aliasing'' de registres sur les processeurs x86===
Les processeurs 8086 et 8088 étaient des processeurs 16 bits, qu'on peut considérer comme des versions améliorées et grandement remaniées du 8008 8 bit. En théorie, la rétrocompatibilité n'était pas garantie, car les jeux d'instruction étaient différents entre le 8086 et le 8008. Mais Intel avait prévu quelques améliorations pour rendre la transition plus facile. Et l'une d'entre elle concerne directement le passage des registres de 8 à 16 bits.
Les CPU Intel 16 bits avaient 4 registres de données, nommés AX, BX, CX et DX. Il faisaient 16 bits, soit deux octets. Et chaque octet était adressable comme des registres à part entière. On pouvait adresser un registre de 16, ou alors adresser seulement l'octet de poids fort ou l'octet de poids faible. Le registre AX fait 16 bits, l'octet de poids fort est un registre à part entière nommé AH, l'octet de poids faible est lui le registre nommé AL (H pour ''High'' et L pour ''Low''). Idem avec les registres BX, BH et BL, les registres CX, CH et CL, ou encore les registres DX, DH, DL. Les autres registres ne sont pas concernés par ce découpage.
Tout cela décrit un système d''''''alias'' de registres''', qui permet d'adresser certaines portions d'un registre comme un registre à part entière. Les registres AH, AL, BH, BL, ..., ont tous un nom de registre et peuvent être utilisés dans des opérations arithmétiques, logiques ou autres. Une même opération peut donc agir sur 16 ou 8 bits suivant le registre sélectionné.
[[File:Register 8086.PNG|centre|vignette|upright=2|Registres du 8086, processeur x86 16 bits. Certains registres sont liés à la segmentation ou à d'autres fonctions que nous n'avons pas encore expliqué à ce point du cours, aussi je vais vous demander de les ignorer.]]
Par la suite, le jeu d'instruction x86 a étendu ses registres à 32 et enfin 64 bits. Et les CPU 32 bits ont utilisé le même système d'''alias'' que les CPU 16 bits, mais légèrement modifié. Sur un registre 32 bits, les 16 bits de poids faible sont adressables séparément, mais pas les 16 bits de poids fort. Les registres 8 et 16 bits ont le même nom de registre que sur les CPU 16 bits, le registre étendu a un nouveau nom de registre.
Pour rendre tout cela plus clair, voyons l'exemple du registre EAX des processeurs 64 bits. C'est un registre 32 bits, les 16 bits de poids faible sont tout simplement le registre AX vu plus haut, qui lui-même est subdivisé en AH et AL. La même chose a lieu pour les registres EBX, ECX et EDX. Et cette fois-ci, presque tous les registres ont étés étendus ainsi, même le ''program counter'', les registres liés à la pile et quelques autres, notamment pour adresser plus de mémoire.
[[File:Rejestry IA32.svg|centre|vignette|upright=2|Registres des processeurs x86 32 bits. Certains registres sont liés à la segmentation ou à d'autres fonctions que nous n'avons pas encore expliqué à ce poitn du cours, aussi je vais vous demander de les ignorer.]]
Lors du passage au 64 bits, les registres 32 bits ont étés étendus de la même manière, et les registres étendus à 64 bits ont reçu un nom de registre supplémentaire, RAX, RBX, RCX ou RDX. Le passage à 64 bits s'est accompagné de l'ajout de 4 nouveaux registres.
Un point intéressant est qu'Intel a beaucoup utilisé ce système d'''alias'' pour éviter d'avoir à réellement ajouter certains registres. Pour le moment, bornons-nous à citer les exemples les plus frappants et parlons du MMX, du SSE et de l'AVX.
Le MMX est une extension du x86, qui ajoute des instructions au jeu d'instruction x86 de base. Elle ajoutait 8 registres entiers appelés MM0, MM1, MM2, MM3, MM4, MM5, MM6 et MM7, d'une taille de 64 bits. En théorie, ces registres devraient être des registres séparés des autres, mais Intel utilisa le système d'''alias'' pour éviter d'avoir à rajouter des registres. Il réutilisa les 8 registres flottants de 80 bits déjà existants. Chaque registre MMX correspondait aux 64 bits de poids faible d'un des 8 registres flottants de la x87 ! Cela posa pas mal de problèmes pour les programmeurs qui voulaient utiliser l'extension MMX. Il était impossible d'utiliser à la fois le MMX et les flottants x87...
[[File:MMX-FPU-Register.JPG|centre|vignette|upright=2|Registres MMX et FPU x87.]]
[[File:AVX registers.svg|vignette|Registres AVX.]]
Par la suite, l'extension SSE ajouta plusieurs registres de 128 bits, les ''XMM registers'' illustrés ci-contre. Le SSE fût décliné en plusieurs versions, appelées SSE1, SSE2, SSE3, SS4 et ainsi de suite, chacune rajoutant de nouvelles instructions. Les registres SSE sont bien séparés des autres, Intel n'utilisa pas le système d'alias.
Puis, l'arrivée de l'extension '''AVX''' changea la donne. L'AVX complète le SSE et ses extensions, en rajoutant quelques instructions et surtout en permettant de traiter des données de 256 bits. Et cette dernière ajoute 16 registres d'une taille de 256 bits, nommés de YMM0 à YMM15 et dédiés aux instructions AVX. Et c'est là que le système d''alias'' a encore frappé. Les registres AVX sont partagés avec les registres SSE : les 128 bits de poids faible des registres YMM ne sont autres que les registres XMM.
Puis, arriva l''''AVX-512''' qui ajouta 32 registres de 512 bits, et des instructions capables de les manipuler, d'où son nom. Là encore, les 256 bits de poids faible de ces registres correspondent aux registres de l'AVX précédent. Du moins, pour les premiers 16 registres, vu qu'il n'y a que 16 registres de l'AVX normal.
Pour résumer, ce système permet d'ajouter des registres de plus grande taille, en étendant des registres existants pour en augmenter la taille. La longévité des architectures x86 a fait que cette technique a beaucoup été utilisée. Mais les autres architectures n'implémentent pas vraiment ce système. De plus, ce système marche assez mal avec les processeurs modernes, dont la conception interne se marie mal avec l'''aliasing'' de registres, pour des raisons que nous verrons plus tard dans ce cours (cela rend plus difficile le renommage de registres et la détection des dépendances entre instructions).
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/* Le registre pour les résultats des multiplications */
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Le processeur incorpore un ou plusieurs registres, des mémoires de petite taille, capables de mémoriser un nombre entier/flottant. Naïvement, les registres sont utilisés pour stocker les opérandes des instructions et leur résultat. Un programmeur (ou un compilateur) qui programme en langage machine manipule ces registres intégrés dans le processeur. Cependant, tous les registres d'un processeur ne sont pas forcément manipulables par le programmeur. Il faut distinguer les '''registres architecturaux''', manipulables par des instructions, des '''registres internes''' aux processeurs.
==Les types de registres architecturaux communs==
Dans ce qui suit, nous allons parler uniquement des registres architecturaux. Les registres internes seront vu dans les chapitre sur la microarchitecture d'un processeur. Ils servent à simplifier la conception du processeur, à mettre en œuvre des optimisations de performance. Les registres architecturaux, eux, font partie de l'interface que le processeur fournit aux programmeurs. Ils font partie du jeu d'instruction, qui liste les registres, les instructions supportées, comment instructions et registres interagissent, etc. Il existe plusieurs types de registres architecturaux, qui sont assez difficiles à classer, que nous allons décrire ci-dessous.
===Le registre d'état (entier)===
Le '''registre d'état''' est un registre aux fonctions assez variées, qui varient selon le processeur. Au minimum, il contient des bits qui indiquent le résultat d'une instruction de test. Il contient aussi d'autres bits, mais dont l'interprétation dépend du jeu d'instruction. En général, le registre d'état contient les bits suivants :
* le bit d'''overflow'', qui est mis à 1 lors d'un débordement d'entiers ;
* le bit de retenue, qui indique si une addition/soustraction a donné une retenue ;
* le bit ''null'' précise que le résultat d'une instruction est nul (vaut zéro) ;
* le bit de signe, qui permet de dire si le résultat d'une instruction est un nombre négatif ou positif.
Le registre d'état est mis à jour par les instructions de test, mais aussi par les instructions arithmétiques entières (sur des opérandes entiers). Par exemple, si une opération arithmétique entraine un débordement d'entier, le registre d'état mémorisera ce débordement. Dans le chapitre précédent, nous avions vu que les débordements sont mémorisés par le processeur dans un bit dédié, appelé le bit de débordement. Et bien ce dernier est un bit du registre d'état. Il en est de même pour le bit de retenue vu dans le chapitre précédent, qui mémorise la retenue effectuée par une opération arithmétique comme une addition, une soustraction ou un décalage.
Le bit de débordement est parfois présent en double : un bit pour les débordements pour les nombres non-signés, et un autre pour les nombres signés (en complément à deux). En effet, la manière de détecter les débordements n'est pas la même pour des nombres strictement positifs et pour des nombres en complément à deux. Certains processeurs s'en sortent avec un seul bit de débordement, en utilisant deux instructions d'addition : une pour les nombres signés, une autre pour les nombres non-signés. Mais d'autres processeurs utilisent une seule instruction d'addition pour les deux, qui met à jour deux bits de débordements : l'un qui détecte les débordements au cas où les deux opérandes sont signés, l'autre si les opérandes sont non-signées. Sur les processeurs ARM, c'est la seconde solution qui a été choisie.
N'oublions pas les bits de débordement pour les entiers BCD, à savoir le bit de retenue et le bit ''half-carry'', dont nous avions parlé au chapitre précédent.
Sur certains processeurs, comme l'ARM1, chaque instruction arithmétique existe en deux versions : une qui met à jour le registre d'état, une autre qui ne le fait pas. L'utilité de cet arrangement n'est pas évident, mais il permet à certaines instructions arithmétiques de ne pas altérer le registre d'état, ce qui permet de conserver son contenu pendant un certain temps.
Le fait que le registre d'état est mis à jour par les instructions arithmétiques permet d'éviter de faire certains tests gratuitement. Par exemple, imaginons un morceau de code qui doit vérifier si deux entiers A et B sont égaux, avant de faire plusieurs opérations sur la différence entre les deux (A-B). Le code le plus basique pour cela fait la comparaison entre les deux entiers avec une instruction de test, effectue un branchement, puis fait la soustraction pour obtenir la différence, puis les calculs adéquats. Mais si la soustraction met à jour le registre d'état, on peut simplement faire la soustraction, faire un branchement qui teste le bit ''null'' du registre d'état, puis faire les calculs. Une petite économie toujours bonne à prendre.
Il faut noter que certaines instructions sont spécifiquement conçues pour altérer uniquement le registre d'état. Par exemple, sur les processeurs x86, certaines instructions ont pour but de mettre le bit de retenue à 0 ou à 1. Il existe en tout trois instructions capables de manipuler le bit de retenue : l'instruction CLC (CLear Carry) le met à 0, l'instruction STC (SeT Carry) le met à 1, l'instruction CMC (CompleMent Carry) l'inverse (passe de 0 à 1 ou de 1 à 0). Ces instructions sont utilisées de concert avec les instructions d'addition ADDC (ADD with Carry) et SUBC (SUB with Carry), qui effectuent le calcul A + B + Retenue et A - B - Retenue, et qui sont utilisées pour additionner/soustraire des opérandes plus grandes que les registres. Nous avions vu ces instructions dans le chapitre sur les instructions machines, aussi je ne reviens pas dessus.
Le registre d'état n'est pas présent sur toutes les architectures, notamment sur les jeux d'instruction modernes, mais beaucoup d'architectures anciennes en ont un.
===Le ''program counter''===
Le '''''Program Counter''''' mémorise l'adresse de l’instruction en cours ou de la prochaine instruction (le choix entre les deux dépend du processeur). C'est bel et bien un registre architectural, car ils sont manipulés par les instructions de branchement, bien qu'implicitement. Ce n'est pas un registre utilisé à des fins d'optimisation ou de simplicité d'implémentation.
Lors du démarrage ou redémarrage, il faut initialiser le ''program counter'' avec l'adresse de la première instruction. Le processeur est câblé pour lire une adresse bien précise lors du ''boot'', qui porte le nom d''''adresse de démarrage''', '''CPU Reset vector''' en anglais. L'adresse de démarrage n'est pas toujours l'adresse 0 : les premières adresses peuvent être réservées pour la pile ou le vecteur d'interruptions. Pour déterminer l'adresse de démarrage, il y a deux solutions : soit on utilise une adresse fixée une fois pour toutes, soit l'adresse est configurable.
* Avec la première solution, la plus simple, le processeur démarre l’exécution du code à une adresse bien précise, toujours la même, câblée dans ses circuits. Il s'agit typiquement de l'adresse 0 : le processeur lit le contenu de la toute première adresse et démarre l’exécution du programme à cet endroit.
* Avec la seconde solution, on ajoute un niveau de redirection. Le processeur accède toujours à une adresse fixe au démarrage, mais l'adresse en question ne contient pas la première instruction à exécuter. À la place, elle contient l'adresse de la première instruction. Le processeur lit donc cette adresse, puis la copie dans son ''program counter''. En clair, il effectue un branchement.
Il existe des processeurs où le ''Program Counter'' est adressable, via un nom de registre. Sur ces processeurs, on peut parfaitement lire ou écrire dans le ''Program Counter'' sans trop de problèmes. Ainsi, au lieu d'effectuer des branchements sur le ''Program Counter'', on peut simplement utiliser une instruction qui ira écrire l'adresse à laquelle brancher dans le registre. On peut même faire des calculs sur le contenu du ''Program Counter'' : cela n'a pas toujours de sens, mais cela permet parfois d'implémenter facilement certains types de branchements avec des instructions arithmétiques usuelles.
Le ''program counter'' et le registre d'état sont parfois fusionnés en un seul registre appelé le '''''Program status word''''', abrévié en PSW. L'avantage est que le ''Program status word'' regroupe tout ce qui est utile pour les branchements et test. Les branchements écrivent dans le ''program counter'' pour brancher à l'adresse finale, lire l'adresse dans le ''program counter'' pour certains branchements dits relatifs, les tests/branchements peuvent lire le registre d'état. Avec un PSW, tout cela est regroupé dans le PSW, les tests et branchements altérent tous deux le PSW. L'avantage est mineur et pose des problèmes niveau implémentation matérielle.
Il peut y avoir un avantage en terme de taille des registres. Par exemple, l'ARM1 fusionne le registre d'état et le ''program counter'' en un seul registre de 32 bits. La raison à cela est que ses registres font 32 bits, que le ''program counter'' n'a besoin que de 24 bits pour fonctionner ce qui laisse 8 bits pour le registre d'état. Précisément, le ''program counter'' est censé gérer des adresses de 26 bits, mais les instructions de ce processeur font exactement 32 bits et elles sont alignées en mémoire, ce qui fait que les 2 bits de poids faibles du ''program counter'' sont inutilisés. Au total, cela fait 8 bits inutilisés. Et ils ont été réutilisés pour mémoriser les bits du registre d'état.
===Les registres de contrôle===
Les '''registres de contrôle''' permettent de configurer le processeur pour qu'il fonctionne comme souhaité. Ils sont très variables et dépendent fortement du jeu d'instruction, mais aussi du modèle de processeur considéré. Quelques fonctionnalités importantes sont gérées par ce registre, même si on ne peut pas encore en parler. Des fonctionnalités comme la désactivation des interruptions ou la gestion du mode noyau/hyperviseur, par exemple.
Des bits de contrôle sont dédiés à la gestion du cache. Il est ainsi possible de configurer le cache, voire de le désactiver. Nous ne pouvons pas en parler en détail ici, car nous ne savons pas comment fonctionne une mémoire cache pour le moment. Mais nous détaillerons les bits de contrôle du cache dans le chapitre sur la mémoire cache. Pour le moment, nous ne pouvons parler que d'un seul bit de contrôle du cache :; celui qui l'active ou le désactive.
===Les registres généraux : entiers et adresses===
Les registres de données mémorisent des informations comme des entiers, des adresses, des flottants, manipulés par un programme. Ils sont classés en deux grand types, appelés registres entiers et flottants, dont les noms sont assez transparents. Les registres entiers sont spécialement conçus pour stocker des nombres entiers. Les registres entiers sont aussi appelés des registres généraux, car ils servent non seulement pour les entiers, mais aussi les adresses et d'autres informations codées en binaire.
Les registres entiers ne font pas que mémoriser les opérandes/résultats, et peuvent contenir n'importe quelle information codée par des nombres entiers. Notamment, ils peuvent mémoriser des adresses mémoire. L'avantage est que cela permet de faire des calculs sur des adresses mémoire, chose très importante pour supporter des structures de données comme les tableaux. Nous en reparlerons plus en détail dans le chapitre sur les modes d'adressage.
Pour le moment, vous avez juste à savoir que les registres entiers sont en réalité des '''registres généraux''' utilisables pour tout et n'importe quoi, qui peuvent stocker toute sorte d’information codée en binaire. Par exemple, un processeur avec 8 registres généraux pourra les utiliser sans vraiment de restrictions. On pourra s'en servir pour stocker 8 entiers, 6 entiers et 2 adresses, 1 adresse et 5 entiers, etc. Ce qui sera plus flexible et utilisera les registres disponibles au maximum.
De nombreux processeurs incorporent des registres entiers ou flottants en lecture seule, qui contiennent des constantes assez souvent utilisées. Par exemple, certains processeurs possèdent des registres initialisés à zéro pour accélérer la comparaison avec zéro ou l'initialisation d'une variable à zéro. On peut aussi citer certains registres flottants qui stockent des nombres comme pi, ou e pour faciliter l'implémentation des calculs trigonométriques. Ils sont appelés des '''registres de constante''', leur nom étant assez clair.
===Les registres flottants===
Les '''registres flottants''' sont spécialement conçus pour stocker des nombres flottants. Ils ne sont présents que sur les processeurs qui supportent les nombres flottants. Tous les processeurs modernes séparent les registres flottants et entiers, pour de bonnes raisons. Une des raisons est que les flottants et entiers n'ont pas le même encodage et n'ont pas forcément la même taille. Les flottants font 32 et 64 bits, ce qui posait problème sur les architectures 32 bits. Mais surtout, les flottants et entiers sont vraiment traités séparément dans le processeur : ils ont des circuits de calcul distincts, ils sont traités par des instructions séparées. Les mettre dans des registres séparés aide beaucoup pour la conception du processeur, comme on le verra dans quelques chapitres. Et cela n'entraine pas de problèmes de performances.
Les processeurs qui gèrent les nombres flottants incorporent aussi un '''registre d'état flottant''', qui s'occupe des nombres flottants. Sur les CPU x86, qui utilisaient l'extension x87, il était appelé le ''Status Word''. Celui-ci fait lui aussi 16 bits et contient tout ce qu'il faut pour qu'un programme puisse comprendre la cause d'une exception. Voici son contenu, à peu de chose près.
{|class="wikitable"
|-
! Bit
! Utilité
|-
| U
| Mis à 1 lorsqu'un débordement a lieu.
|-
| O
| Pareil que U, mais pour les overflow
|-
| Z
| Bit mis à 1 lors d'une division par zéro
|-
| D
| Bit mis à 1 lorsqu'un résultat de calcul est un dénormal ou lorsqu'une instruction doit être exécutée sur un dénormal
|-
| I
| Bit mis à 1 lors de certaines erreurs telles que l'exécution d'une instruction de racine carrée sur un négatif ou une division du type 0/0
|}
Les '''registres de contrôle flottant''' configurent les opérations flottantes. Ils configurent quel mode d'arrondi utiliser, comment traiter les infinis, si les flottants utilisés sont simple (32 bits) ou double précision (64 bits). Pour donner un exemple, voici le registre ''control word'' utilisé sur les anciens CPU x86, pour l'extension x87. L'extension x87 ajoutait le support des nombres flottants aux CPU x86, mais ceux-ci n'étaient pas tout à fait compatibles avec la norme IEEE 754. Une différence notable est que les flottants étaient codés sur 80 bits maximum.
{|class="wikitable"
|-
! Bit
! Utilité
|-
| Infinity Control
| Mode de gestion des infinis, codé sur 2 bits :
* 0 : Les infinis sont tous traités comme s'ils valaient <math>+ \infty</math>.
* 1 : Les infinis sont traités normalement.
|-
| Rouding Control
| Mode d'arrondi codé sur 2 bits :
* 00 : vers le nombre flottant le plus proche : c'est la valeur par défaut ;
* 01 : vers - l'infini ;
* 10 : vers + l'infini ;
* 11 : vers zéro
|-
| Precision Control
| Taille de la mantisse, configurée via deux bits. Les valeurs 00 et 10 demandent au processeur d'utiliser des flottants non pris en compte par la norme IEEE 754.
* 00 : mantisse codée sur 24 bits ;
* 01 : valeur inutilisée ;
* 10 : mantisse codée sur 53 bits ;
* 11 : mantisse codée sur 64 bits
|}
===Les registres de débogage===
Les '''registres de débogage''' sont des cousins des registres d'état, et sont utilisés par des logiciels appelés des débogueurs. les débogueurs sont des logiciels qui permettent de trouver des ''bugs'' dans un programme. Ils permettent d'analyser l'exécution d'un programme dans le détail. Par exemple, ils peuvent exécuter le programme instruction par instruction et mémoriser l'état du processeur après chaque instruction. Mais surtout : ils peuvent stopper l'exécution du programme à un point bien précis, appelé un '''''breakpoint'''''. Lorsque le programme est interrompu, l'état du processeur est mémorisé, que ce soit les registres, la pile d'appel, ou bien d'autres informations.
Pour faciliter le travail des débogueurs, certains processeurs intègrent des registres de débogages. Par exemple, les processeurs x86 intégrent 6 registres de débogages, nommés DR0, DR1, DR2, DR3, DR6 et DR7. Les registres DR4 et DR5 n'existent pas, la raison n'est pas connue.
Les registres DR0 à DR3 facilitent l'interruption du programme à un point précis. Le ''breakpoint'' en question correspond à une instruction précise, qui est choisie par un humain, là où il suppose que le bug est déclenché. Le débogueur doit stopper le programme quand il atteint cette instruction. Pour cela, lorsque le ''program counter'' atteint une adresse de ''breakpoint'', il stoppe son exécution. Pour cela, les registres DR0, DR1, DR2 et DR3 contiennent chacun l'adresse d'un ''breakpoint'', ce qui permet de programmer 4 ''breakpoint'' différents.
Les registres DR6 et DR7 permettent de programmer sous quelles conditions l'interruption a lieu. Par exemple il est possible de stopper le programme : soit si l'instruction s'exécute, soit si elle écrit quelque chose dans la mémoire RAM, soit en cas de lecture/écriture en RAM. Il est aussi possible d'activer ou de désactiver chaque registre de débogage. Par exemple, si l'utilisateur ne veut utiliser deux ''breakpoints'', il peut désactiver les registres DR2 et DR3. Cela se fait en configurant quelques bits dans le registre DR7.
==Les types rares de registres architecturax==
Les registres précédents, comme les registres généraux et flottants, sont très commun. A peu près tous les processeurs existant au monde ont un ''program counter'', par exemple. Et les processeur avec des registres généraux sont aujourd'hui la majorité. Il y a bien des processeurs qui se passent de registres d'état (ou de registres à prédicats), ou de registres généraux, mais ce sont souvent des processeurs assez anciens, comme les architectures à accumulateurs. Les registres que nous allons voir sont eux beaucoup plus rares. La majorité des processeurs fait sans et isl étaient pour la plupart utilisés sur des processeurs assez anciens.
===Les registres d'adresse et d'indice===
Quelques processeurs incorporent des registres spécialisés dans les adresses et leur calcul. Les '''registres d'adresse''' contiennent des adresses. Ils étaient surtout présents sur les architectures 16 bits, plus rarement sur les architectures 32 bits. L'usage de registres d'adresse s'explique par le fait que sur les anciennes architectures, les adresses n'ont pas la même taille que les données.
Un exemple est celui des processeurs Motorola 68000, sur lequel les entiers faisaient 32 bits et les adresses faisaient 24 bits. Le packaging du processeur ne permettait pas de mettre trop de broches, ce qui fait que les broches d'adresse étaient limitée à 24 bits, ce qui était suffisant pour l'époque. L'usage de registres d'adresse séparés des registres entiers permettait de gérer au mieux cette différence de taille. Ce problème a été corrigé à l'arrivée du 68020, qui avait des adresses sur 32 bits et 32 broches d'adresse, mais a conservé la séparation entre registres d'adresse et entiers pour des raisons de compatibilité.
Un autre exemple est celui du processeur du CDC 6600, qui avait 8 registres d'adresse couplés à 8 registres d'entrée. Les registres d'adresse fonctionnaient d'une manière totalement inédite, qu'on ne retrouve pas sur d'autres processeurs avec registre d'adresse. Tout registre d'adresse était associé à un registre entier. Concrètement, les 8 registres d'adresse étaient numérotés de 0 à 7, idem pour les registres entier. Le CDC 6600 n'avait pas d'instruction LOAD ou STORE, tout passait par des écritures dans ces registres. Le comportement dépendait du registre concerné.
* Une écriture dans le registre A0 ne faisait rien, il sert d'exception. Le registre D0 n'est pas altéré lors d'une écriture dans le registre A0.
* Les registres A1 à A5 servaient pour les lectures. L'écriture d'une adresse dans un de ces registres entrainait une lecture de cette adresse. La donnée lue était copiée automatiquement dans le registre entier associé, le registre entier de même numéro.
* Les registres A5 à A7 servaient pour les écriture. L'écriture d'une adresse dans un de ces registres entrainait une écriture à cette adresse. La donnée à écrire était prise dans dans le registre entier associé, le registre entier de même numéro.
L'usage de registres d'adresse dédiés est très rare, les processeurs préfèrent utiliser des registres généraux qui servent à la fois de registres entier et de registres d'adresse. La raison est que les adresses sont encodés avec des entiers en binaire. Les opérations effectuées sur les adresses sont des opérations entières basiques : additions/soustractions, parfois multiplications entières, opérations de masquage, bit à bit, etc. Aussi, séparer adresses et entiers dans des registres séparés n'est pas très pertinent.
Prenons un exemple : j'ai un processeur disposant d'un Program Counter, de 4 registres entiers et de 4 registres d'adresse. Si j’exécute un morceau de programme qui ne manipule presque pas d'adresses, mais fait beaucoup de calcul, les 4 registres d'adresse seront sous-utilisés alors que je manquerais de registres entiers. Utiliser 8 registres généraux permet de contourner le problème. On peut se servir de ces 8 registres généraux pour stocker 8 entiers, 6 entiers et 2 adresses, 1 adresse et 5 entiers, etc. Ce qui sera plus flexible et utilisera les registres disponibles au maximum.
Les '''registres d'indice''' servent à calculer des adresses, afin de manipuler rapidement des données complexes comme les tableaux. Ils étaient présents sur les premiers ordinateurs et ont perduré jusqu’aux architectures 16 bits inclues. Dans les faits, ils étaient présent sur une classe particulière de processeurs, appelés les architectures à accumulateur, qui aura droit à son chapitre dédié. Nous parlerons en détail des registres d'indice dans ce chapitre dédié aux architectures à accumulateur.
===Le registre pour les résultats des multiplications===
Le résultat d'une multiplication est très large et prend deux registres. Par exemple, une multiplication de deux opérandes 64 bits donne un résultat sur 128 bits, ce qui ne tient pas dans un registre, mais en prend deux. Et en général, la multiplication de deux opérandes de n bits donne un résultat de 2 × n, soit deux fois plus de bits. Le résultat complet ne tient pas dans un registre, il en prend exactement deux. Pour résoudre ce problème, il existe plusieurs solutions, que nous avions abordé dans le chapitre sur les instructions, mais faisons un rappel rapide.
La solution la plus simple, se contente de garder les n bits de poids faible. Tous les processeurs qui supportent la multiplication ont une ''instruction MUL'' qui ne calcule que les bits de poids faible du résultat, qui enregistre son résultat dans un seul registre. Une autre instruction permet de calculer le résultat complet. Soit il s'agit d'une instruction MULH, pour calculer les bits de poids fort du résultat. Soit il s'agit d'une instruction MULX ou FULL MUL, qui calcule les tout le résultat en une seule opération, et qui mémorisent le résultat dans deux registres généraux.
Les anciens processeurs MIPS faisaient autrement. Ils disposaient de deux registres spécialisés pour le résultat de la multiplication, séparés des registres généraux, appelés '''registres HO et LO'''. Seule l'instruction de multiplication peut écrire un résultat dans ces deux registres, avec HO pour les bits de poids fort, et LO pour les bits de poids faibles. Par contre, n'importe quelle instruction peut les lire, pour récupérer une opérande dans ces deux registres.
==L'adressage des registres architecturaux==
Outre leur taille, les registres du processeur se distinguent aussi par la manière dont on peut les adresser, les sélectionner. Les registres du processeur peuvent être adressés par trois méthodes différentes. À chaque méthode correspond un mode d'adressage différent. Les modes d'adressage des registres sont les modes d'adressages absolu (par adresse), inhérent (à nom de registre) et/ou implicite.
===Les registres nommés===
Dans le premier cas, chaque registre se voit attribuer une référence, une sorte d'identifiant qui permettra de le sélectionner parmi tous les autres. C'est un peu la même chose que pour la mémoire RAM : chaque byte de la mémoire RAM se voit attribuer une adresse. Pour les registres, c'est un peu la même chose : ils se voient attribuer quelque chose d'équivalent à une adresse, une sorte d'identifiant qui permettra de sélectionner un registre pour y accéder.
L'identifiant en question est ce qu'on appelle un '''nom de registre''' ou encore un '''numéro de registre'''. Ce nom n'est rien d'autre qu'une suite de bits attribuée à chaque registre, chaque registre se voyant attribuer une suite de bits différente. Celle-ci sera intégrée à toutes les instructions devant manipuler ce registre, afin de sélectionner celui-ci. Le numéro/nom de registre permet d'identifier le registre que l'on veut, mais ne sort jamais du processeur, il ne se retrouve jamais sur le bus d'adresse. Les registres ne sont donc pas identifiés par une adresse mémoire.
[[File:Adressage des registres via des noms de registre.png|centre|vignette|upright=2|Adressage des registres via des noms de registre.]]
===Les registres adressés===
Mais il existe une autre solution, utilisée sur de très vieux ordinateurs des années 50 à 70, ou quelques microcontrôleurs. C'est le cas du PDP-10.. L'idée est d'adresser les registres via une adresse mémoire. Les registres se voient attribuer les adresses mémoires les plus basses, à partir de l'adresse 0. Par exemple, un processeur avec 16 registres utilisait les 16 adresses basses, une par registre.
[[File:Adressage des registres via des adresses mémoires.png|centre|vignette|upright=2|Adressage des registres via des adresses mémoires.]]
===Les registres adressés implicitement===
Certains registres n'ont pas forcément besoin d'avoir un nom. Par exemple, c'est le cas du ''Program Counter'' : à part sur certains processeurs vraiment très rares, on ne peut modifier son contenu qu'en utilisant des instructions de branchements. Idem pour le registre d'état, manipulé obligatoirement par les instructions de comparaisons et de test, et certaines opérations arithmétiques.
Dans ces cas bien précis, on n'a pas besoin de préciser le ou les registres à manipuler : le processeur sait déjà quels registres manipuler et comment, de façon implicite. Le seul moyen de manipuler ces registres est de passer par une instruction appropriée, qui fera ce qu'il faut. Mais précisons encore une fois que sur certains processeurs, le registre d'état et/ou le ''Program Counter'' sont adressables.
==La taille des registres architecturaux==
Vous avez certainement déjà entendu parler de processeurs 32 ou 64 bits, voire de processeurs 8 ou 16 bits pour les ordinateurs anciens. Derrière cette appellation qu'on retrouve souvent dans la presse ou comme argument commercial se cache un concept simple, appelé la '''taille des registres'''. Il s'agit de la quantité de bits qui peuvent être stockés dans les registres principaux. Le même terme était autrefois utilisé pour les consoles de jeu, où il était censé désigner la même chose, à savoir la taille des registres du processeur. Mais l'utilisation sur les consoles de jeu était moins stricte, les fabricants de consoles n'hésitait pas à faire gonfler les chiffres par intérêt marketing.
Les registres principaux en question dépendent de l'architecture. Sur les architectures avec des registres généraux, la taille des registres est celle des registres généraux. Sur les autres architectures, la taille mentionnée est généralement celle des nombres entiers, les autres registres peuvent avoir une taille totalement différente. Notamment, sur les processeurs 8 bits, il y a souvent une différence entre la taille des entiers (codés sur 8 bits) et les adresses (codées sur 16 à 24 bits). Dans ce cas, un processeur 8 bits peut parfaitement gérer des adresses 16 ou 24 bits, mais reste un processeur 9 bits par ses entiers sont codés sur 8 bits.
Aujourd'hui, les processeurs utilisent presque tous des registres dont la taille est une puissance de 2 : 8, 16, 32, 64, 128, 256, voire 512 bits. L'usage de registres qui ne sont pas des puissances de 2 posent quelques problèmes techniques en termes d’adressage, comme on le verra dans le chapitre sur l'alignement et le boutisme. Mais ca n'a pas toujours été le cas. Par exemple, les processeurs dédiés au traitement de signal audio, que l'on trouve dans les chaînes HIFI, les décodeurs TNT, les lecteurs DVD, etc. Ceux-ci utilisent des registres de 24 bits, car l'information audio est souvent codée par des nombres de 24 bits.
Aux tout début de l'informatique, les processeurs utilisaient tous l'encodage BCD et codaient leurs chiffres sur 4/5/6/7 bits. La taille des registres était donc un multiple de 4/5/6/7 bits. Les registres de 36 bits et de 48 bits étaient la norme sur les gros ordinateurs de type ''mainframe'', qu'ils soient commerciaux ou destinés au calcul scientifique. Certaines machines utilisaient des registres de 3, 7, 13, 17, 23, 36 et 48 bits ; mais elles sont aujourd'hui tombées en désuétude.
===La taille d'un registre n'est pas toujours égale à celle du bus de données===
La taille d'un registre est souvent comparée à la largeur du bus de données (c'est à dire du nombre de bits qui peuvent transiter en même temps sur le bus de données). Intuitivement, on s'attend à ce que le bus mémoire ait la même taille que les registres, ce qui permet de lire un registre en une fois, en un seul accès mémoire. Mais il existe des processeurs où le bus mémoire est plus petit ou plus grand que les registres.
Le cas le plus fréquent est celui où le bus est plus petit que les registres. Les données doivent alors être lues ou écrites en plusieurs passes. Un exemple est celui du processeur MOS Technology 65C816, utilisé dans la console de jeu SNES. C'était un processeur 16 bits, avec des registres entiers de 16 bits. Cependant, le bus de données faisait lui 8 bits. Les adresses faisaient elles 24 bits, mais cela impacte le bus d'adresse, pas le bus de données. L'inconvénient est que les instructions LOAD et STORE demandaient deux accès mémoire : un pour les 8 bits de poids faible, un autre pour les 8 bits de poids fort.
Un autre exemple est celui des vieux coprocesseurs x87 d'Intel et d'autres entreprises. Ils utilisaient des nombres flottants codés sur 32, 64 et 80 bits. Les toutes premiers étaient connectés à un bus 16 bits, ce qui fait qu'une instruction LOAD/STORE demandait 2, 4 ou 5 accès consécutifs. Les suivants étaient connectés à un bus de 32 bits, ce qui demandait 1, 2 ou 2.5 accès consécutifs (3 en pratique, pas 2,5).
Un autre exemple est celui des anciens processeurs x86 32 bits, sur lequels un registre entier fait 32 bits alors que le bus de données fait 64 bits. La raison à cela est la présence d'un cache entre la mémoire et le CPU. Le bus de données est utilisée pour échanger des données entre RAM et cache, pas directement entre registres et RAM. Pas étonnant donc que les deux n'aient pas la même taille. Cependant, le bus entre cache et registres fait lui bel et bien 32 bits, en théorie.
===Le système d'''aliasing'' de registres sur les processeurs x86===
Les processeurs 8086 et 8088 étaient des processeurs 16 bits, qu'on peut considérer comme des versions améliorées et grandement remaniées du 8008 8 bit. En théorie, la rétrocompatibilité n'était pas garantie, car les jeux d'instruction étaient différents entre le 8086 et le 8008. Mais Intel avait prévu quelques améliorations pour rendre la transition plus facile. Et l'une d'entre elle concerne directement le passage des registres de 8 à 16 bits.
Les CPU Intel 16 bits avaient 4 registres de données, nommés AX, BX, CX et DX. Il faisaient 16 bits, soit deux octets. Et chaque octet était adressable comme des registres à part entière. On pouvait adresser un registre de 16, ou alors adresser seulement l'octet de poids fort ou l'octet de poids faible. Le registre AX fait 16 bits, l'octet de poids fort est un registre à part entière nommé AH, l'octet de poids faible est lui le registre nommé AL (H pour ''High'' et L pour ''Low''). Idem avec les registres BX, BH et BL, les registres CX, CH et CL, ou encore les registres DX, DH, DL. Les autres registres ne sont pas concernés par ce découpage.
Tout cela décrit un système d''''''alias'' de registres''', qui permet d'adresser certaines portions d'un registre comme un registre à part entière. Les registres AH, AL, BH, BL, ..., ont tous un nom de registre et peuvent être utilisés dans des opérations arithmétiques, logiques ou autres. Une même opération peut donc agir sur 16 ou 8 bits suivant le registre sélectionné.
[[File:Register 8086.PNG|centre|vignette|upright=2|Registres du 8086, processeur x86 16 bits. Certains registres sont liés à la segmentation ou à d'autres fonctions que nous n'avons pas encore expliqué à ce point du cours, aussi je vais vous demander de les ignorer.]]
Par la suite, le jeu d'instruction x86 a étendu ses registres à 32 et enfin 64 bits. Et les CPU 32 bits ont utilisé le même système d'''alias'' que les CPU 16 bits, mais légèrement modifié. Sur un registre 32 bits, les 16 bits de poids faible sont adressables séparément, mais pas les 16 bits de poids fort. Les registres 8 et 16 bits ont le même nom de registre que sur les CPU 16 bits, le registre étendu a un nouveau nom de registre.
Pour rendre tout cela plus clair, voyons l'exemple du registre EAX des processeurs 64 bits. C'est un registre 32 bits, les 16 bits de poids faible sont tout simplement le registre AX vu plus haut, qui lui-même est subdivisé en AH et AL. La même chose a lieu pour les registres EBX, ECX et EDX. Et cette fois-ci, presque tous les registres ont étés étendus ainsi, même le ''program counter'', les registres liés à la pile et quelques autres, notamment pour adresser plus de mémoire.
[[File:Rejestry IA32.svg|centre|vignette|upright=2|Registres des processeurs x86 32 bits. Certains registres sont liés à la segmentation ou à d'autres fonctions que nous n'avons pas encore expliqué à ce poitn du cours, aussi je vais vous demander de les ignorer.]]
Lors du passage au 64 bits, les registres 32 bits ont étés étendus de la même manière, et les registres étendus à 64 bits ont reçu un nom de registre supplémentaire, RAX, RBX, RCX ou RDX. Le passage à 64 bits s'est accompagné de l'ajout de 4 nouveaux registres.
Un point intéressant est qu'Intel a beaucoup utilisé ce système d'''alias'' pour éviter d'avoir à réellement ajouter certains registres. Pour le moment, bornons-nous à citer les exemples les plus frappants et parlons du MMX, du SSE et de l'AVX.
Le MMX est une extension du x86, qui ajoute des instructions au jeu d'instruction x86 de base. Elle ajoutait 8 registres entiers appelés MM0, MM1, MM2, MM3, MM4, MM5, MM6 et MM7, d'une taille de 64 bits. En théorie, ces registres devraient être des registres séparés des autres, mais Intel utilisa le système d'''alias'' pour éviter d'avoir à rajouter des registres. Il réutilisa les 8 registres flottants de 80 bits déjà existants. Chaque registre MMX correspondait aux 64 bits de poids faible d'un des 8 registres flottants de la x87 ! Cela posa pas mal de problèmes pour les programmeurs qui voulaient utiliser l'extension MMX. Il était impossible d'utiliser à la fois le MMX et les flottants x87...
[[File:MMX-FPU-Register.JPG|centre|vignette|upright=2|Registres MMX et FPU x87.]]
[[File:AVX registers.svg|vignette|Registres AVX.]]
Par la suite, l'extension SSE ajouta plusieurs registres de 128 bits, les ''XMM registers'' illustrés ci-contre. Le SSE fût décliné en plusieurs versions, appelées SSE1, SSE2, SSE3, SS4 et ainsi de suite, chacune rajoutant de nouvelles instructions. Les registres SSE sont bien séparés des autres, Intel n'utilisa pas le système d'alias.
Puis, l'arrivée de l'extension '''AVX''' changea la donne. L'AVX complète le SSE et ses extensions, en rajoutant quelques instructions et surtout en permettant de traiter des données de 256 bits. Et cette dernière ajoute 16 registres d'une taille de 256 bits, nommés de YMM0 à YMM15 et dédiés aux instructions AVX. Et c'est là que le système d''alias'' a encore frappé. Les registres AVX sont partagés avec les registres SSE : les 128 bits de poids faible des registres YMM ne sont autres que les registres XMM.
Puis, arriva l''''AVX-512''' qui ajouta 32 registres de 512 bits, et des instructions capables de les manipuler, d'où son nom. Là encore, les 256 bits de poids faible de ces registres correspondent aux registres de l'AVX précédent. Du moins, pour les premiers 16 registres, vu qu'il n'y a que 16 registres de l'AVX normal.
Pour résumer, ce système permet d'ajouter des registres de plus grande taille, en étendant des registres existants pour en augmenter la taille. La longévité des architectures x86 a fait que cette technique a beaucoup été utilisée. Mais les autres architectures n'implémentent pas vraiment ce système. De plus, ce système marche assez mal avec les processeurs modernes, dont la conception interne se marie mal avec l'''aliasing'' de registres, pour des raisons que nous verrons plus tard dans ce cours (cela rend plus difficile le renommage de registres et la détection des dépendances entre instructions).
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{{Partie{{{type|}}}| Matrices pour la transformée de Fourier discrète :}}
En mathématiques, la transformée de Fourier discrète (TFD, Eng. DFT) sert à traiter un signal numérique. Elle constitue un équivalent discret (c'est-à-dire pour un signal défini à partir d'un nombre fini d'échantillons) de la transformée de Fourier (continue) utilisée pour traiter un signal analogique. Plus précisément, la TFD est la représentation spectrale discrète dans le domaine des fréquences d'un signal échantillonné. [https://fr.wikipedia.org/wiki/Transformation_de_Fourier_discr%C3%A8te Wikipédia]
La transformée de Fourier discrète d'un signal s de N échantillons (s(0), s(1),..., s(N-1) est un vecteur (S(0),S(1), ..., S(N-1)) défini par :
_ N-1_
\
S(k) = | s(n) exp(-i 2kPI/N)^n pour 0 <= k < N
/_n=0_
On obtient ainsi une représentation spectrale discrète du signal échantillonné s(n).
Notre étude nous a permis de comprendre que l'on pouvait utiliser le calcul matriciel pour effectuer ce travail. Dans un premier temps nous construirons manuellement cette matrice. Dans un deuxième temps, nous demanderons au langage C de construire cette matrice.
Nous verrons qu'en prenant le conjugué, multiplié par l'inverse de N, (le nombre d'échantillons), nous allons obtenir la transformée de Fourier discrete inverse.
'''Copier ces fichier avec la bibliothèque sur les matrices complexes :'''
*[[Mathc complexes/a278| dft.h]]
*[[Mathc complexes/a279| f.h]]
'''Le fichier principal :'''
*[[Mathc complexes/a280| c03a.c]] Une matrice 3x3
*[[Mathc complexes/a281| c04a.c]] Une matrice 4x4
*[[Mathc complexes/09y| c04b.c]] Une matrice 4x4 ... [https://fr.wikipedia.org/wiki/Transformation_de_Fourier_discr%C3%A8te Wikipédia]
*[[Mathc complexes/a282| c0a.c]] Une matrice nxn
'''Propriétés :'''
*[[Mathc complexes/a283| c0b.c]] La formule de Bessel
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__NOTOC__
[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
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[[Mathc complexes/Sommaire#Utilitaires Matrices| Sommaire]]
:
'''L'étude de ce chapitre peut ce faire à l'aide de cette [[https://youtube.com/playlist?list=PLi6peGpf8EPNHUnib_ehtvFhNxJMWqn5Y&si=KIbSRJw_xjHl815R Playlist]].'''
{{Partie{{{type|}}}| Matrices pour la transformée de Fourier discrète :}}
En mathématiques, la transformée de Fourier discrète (TFD, Eng. DFT) sert à traiter un signal numérique. Elle constitue un équivalent discret (c'est-à-dire pour un signal défini à partir d'un nombre fini d'échantillons) de la transformée de Fourier (continue) utilisée pour traiter un signal analogique. Plus précisément, la TFD est la représentation spectrale discrète dans le domaine des fréquences d'un signal échantillonné. [https://fr.wikipedia.org/wiki/Transformation_de_Fourier_discr%C3%A8te Wikipédia]
La transformée de Fourier discrète d'un signal s de N échantillons (s(0), s(1),..., s(N-1) est un vecteur (S(0),S(1), ..., S(N-1)) défini par :
_ N-1_
\
S(k) = | s(n) exp(-i 2kPI/N)^n pour 0 <= k < N
/_n=0_
On obtient ainsi une représentation spectrale discrète du signal échantillonné s(n).
Notre étude nous a permis de comprendre que l'on pouvait utiliser le calcul matriciel pour effectuer ce travail. Dans un premier temps nous construirons manuellement cette matrice. Dans un deuxième temps, nous demanderons au langage C de construire cette matrice.
Nous verrons qu'en prenant le conjugué, multiplié par l'inverse de N, (le nombre d'échantillons), nous allons obtenir la transformée de Fourier discrete inverse.
'''Copier ces fichier avec la bibliothèque sur les matrices complexes :'''
*[[Mathc complexes/a278| dft.h]]
*[[Mathc complexes/a279| f.h]]
'''Le fichier principal :'''
*[[Mathc complexes/a280| c03a.c]] Une matrice 3x3
*[[Mathc complexes/a281| c04a.c]] Une matrice 4x4
*[[Mathc complexes/09y| c04b.c]] Une matrice 4x4 ... [https://fr.wikipedia.org/wiki/Transformation_de_Fourier_discr%C3%A8te#Exemple_d'application_à_un_signal Wikipédia]
*[[Mathc complexes/a282| c0a.c]] Une matrice nxn
'''Propriétés :'''
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[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
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[[Mathc complexes/Sommaire#Utilitaires Matrices| Sommaire]]
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'''L'étude de ce chapitre peut ce faire à l'aide de cette [[https://youtube.com/playlist?list=PLi6peGpf8EPNHUnib_ehtvFhNxJMWqn5Y&si=KIbSRJw_xjHl815R Playlist]].'''
{{Partie{{{type|}}}| Matrices pour la transformée de Fourier discrète :}}
En mathématiques, la transformée de Fourier discrète (TFD, Eng. DFT) sert à traiter un signal numérique. Elle constitue un équivalent discret (c'est-à-dire pour un signal défini à partir d'un nombre fini d'échantillons) de la transformée de Fourier (continue) utilisée pour traiter un signal analogique. Plus précisément, la TFD est la représentation spectrale discrète dans le domaine des fréquences d'un signal échantillonné. [https://fr.wikipedia.org/wiki/Transformation_de_Fourier_discr%C3%A8te Wikipédia]
La transformée de Fourier discrète d'un signal s de N échantillons (s(0), s(1),..., s(N-1) est un vecteur (S(0),S(1), ..., S(N-1)) défini par :
_ N-1_
\
S(k) = | s(n) exp(-i 2kPI/N)^n pour 0 <= k < N
/_n=0_
On obtient ainsi une représentation spectrale discrète du signal échantillonné s(n).
Notre étude nous a permis de comprendre que l'on pouvait utiliser le calcul matriciel pour effectuer ce travail. Dans un premier temps nous construirons manuellement cette matrice. Dans un deuxième temps, nous demanderons au langage C de construire cette matrice.
Nous verrons qu'en prenant le conjugué, multiplié par l'inverse de N, (le nombre d'échantillons), nous allons obtenir la transformée de Fourier discrete inverse.
'''Copier ces fichier avec la bibliothèque sur les matrices complexes :'''
*[[Mathc complexes/a278| dft.h]]
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'''Le fichier principal :'''
*[[Mathc complexes/a280| c03a.c]] Une matrice 3x3
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'''Propriétés :'''
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[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
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[[Mathc complexes/Sommaire#Utilitaires Matrices| Sommaire]]
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'''L'étude de ce chapitre peut ce faire à l'aide de cette [[https://youtube.com/playlist?list=PLi6peGpf8EPNHUnib_ehtvFhNxJMWqn5Y&si=KIbSRJw_xjHl815R Playlist]].'''
{{Partie{{{type|}}}| Matrices pour la transformée de Fourier discrète :}}
En mathématiques, la transformée de Fourier discrète (TFD, Eng. DFT) sert à traiter un signal numérique. Elle constitue un équivalent discret (c'est-à-dire pour un signal défini à partir d'un nombre fini d'échantillons) de la transformée de Fourier (continue) utilisée pour traiter un signal analogique. Plus précisément, la TFD est la représentation spectrale discrète dans le domaine des fréquences d'un signal échantillonné. [https://fr.wikipedia.org/wiki/Transformation_de_Fourier_discr%C3%A8te Wikipédia]
La transformée de Fourier discrète d'un signal s de N échantillons (s(0), s(1),..., s(N-1) est un vecteur (S(0),S(1), ..., S(N-1)) défini par :
_ N-1_
\
S(k) = | s(n) exp(-i 2kPI/N)^n pour 0 <= k < N
/_n=0_
On obtient ainsi une représentation spectrale discrète du signal échantillonné s(n).
Notre étude nous a permis de comprendre que l'on pouvait utiliser le calcul matriciel pour effectuer ce travail. Dans un premier temps nous construirons manuellement cette matrice. Dans un deuxième temps, nous demanderons au langage C de construire cette matrice.
Nous verrons qu'en prenant le conjugué, multiplié par l'inverse de N, (le nombre d'échantillons), nous allons obtenir la transformée de Fourier discrete inverse.
'''Copier ces fichier avec la bibliothèque sur les matrices complexes :'''
*[[Mathc complexes/a278| dft.h]]
*[[Mathc complexes/a279| f.h]]
'''Le fichier principal :'''
*[[Mathc complexes/a280| c03a.c]] Une matrice 3x3
*[[Mathc complexes/a281| c04a.c]] Une matrice 4x4
*[[Mathc complexes/09y| c04b.c]] Une matrice 4x4 ... [https://fr.wikipedia.org/wiki/Transformation_de_Fourier_discr%C3%A8te#Exemple_d'application_à_un_signal Wikipédia]
*[[Mathc complexes/a282| c0na.c]] Une matrice nxn
'''Propriétés :'''
*[[Mathc complexes/a283| c0nb.c]] La formule de Bessel (Une matrice nxn)
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[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
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[[Mathc complexes/Sommaire#Utilitaires Matrices| Sommaire]]
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'''L'étude de ce chapitre peut ce faire à l'aide de cette [[https://youtube.com/playlist?list=PLi6peGpf8EPNHUnib_ehtvFhNxJMWqn5Y&si=KIbSRJw_xjHl815R Playlist]].'''
{{Partie{{{type|}}}| Matrices pour la transformée de Fourier discrète :}}
La transformée de Fourier discrète d'un signal numérique s de N échantillons (s(0), s(1),..., s(N-1) est un vecteur (S(0),S(1), ..., S(N-1)) défini par :
_ N-1_
\
S(k) = | s(n) exp(-i 2kPI/N)^n pour 0 <= k < N
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On obtient ainsi une représentation spectrale discrète du signal échantillonné s(n).
Notre étude nous a permis de comprendre que l'on pouvait utiliser le calcul matriciel pour effectuer ce travail.
Dans un premier temps nous construirons manuellement cette matrice.
Dans un deuxième temps, nous demanderons au langage C de construire cette matrice.
Nous verrons qu'en prenant le conjugué de cette matrice, multiplié par l'inverse de N, (le nombre d'échantillons), nous allons obtenir '''la transformée de Fourier discrete inverse'''.
==Copier ces fichier avec la bibliothèque sur les matrices complexes :==
*[[Mathc complexes/a278| dft.h]]
*[[Mathc complexes/a279| f.h]]
==Le fichier principal :==
*[[Mathc complexes/a280| c03a.c]] Une matrice 3x3
*[[Mathc complexes/a281| c04a.c]] Une matrice 4x4
*[[Mathc complexes/09y| c04b.c]] Une matrice 4x4 ... [https://fr.wikipedia.org/wiki/Transformation_de_Fourier_discr%C3%A8te#Exemple_d'application_à_un_signal Wikipédia]
*[[Mathc complexes/a282| c0na.c]] Une matrice nxn
==Propriétés :==
*[[Mathc complexes/a283| c0nb.c]] La formule de Bessel (Une matrice nxn)
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[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
[[Mathc complexes/Sommaire#Utilitaires Matrices| Sommaire]]
'''L'étude de ce chapitre peut ce faire à l'aide de cette [[https://youtube.com/playlist?list=PLi6peGpf8EPNHUnib_ehtvFhNxJMWqn5Y&si=KIbSRJw_xjHl815R Playlist]].'''
{{Partie{{{type|}}}| Matrices pour la transformée de Fourier discrète :}}
La transformée de Fourier discrète d'un signal numérique s de N échantillons (s(0), s(1),..., s(N-1) est un vecteur (S(0),S(1), ..., S(N-1)) défini par :
_ N-1_
\
S(k) = | s(n) exp(-i 2kPI/N)^n pour 0 <= k < N
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On obtient ainsi une représentation spectrale discrète du signal échantillonné s(n).
Notre étude nous a permis de comprendre que l'on pouvait utiliser le calcul matriciel pour effectuer ce travail.
Dans un premier temps nous construirons manuellement cette matrice.
Dans un deuxième temps, nous demanderons au langage C de construire cette matrice.
Nous verrons qu'en prenant le conjugué de cette matrice, multiplié par l'inverse de N, (le nombre d'échantillons), nous allons obtenir '''la transformée de Fourier discrete inverse'''.
==Copier ces fichier avec la bibliothèque sur les matrices complexes :==
*[[Mathc complexes/a278| dft.h]]
*[[Mathc complexes/a279| f.h]]
==Le fichier principal :==
*[[Mathc complexes/a280| c03a.c]] Une matrice 3x3
*[[Mathc complexes/a281| c04a.c]] Une matrice 4x4
*[[Mathc complexes/09y| c04b.c]] Une matrice 4x4 ... [https://fr.wikipedia.org/wiki/Transformation_de_Fourier_discr%C3%A8te#Exemple_d'application_à_un_signal Wikipédia]
*[[Mathc complexes/a282| c0na.c]] Une matrice nxn
*[[Mathc complexes/09z| c0nb.c]] Une matrice nxn ... [https://fr.wikipedia.org/wiki/Transformation_de_Fourier_discr%C3%A8te#Exemple_d'application_à_un_signal Wikipédia]
==Propriétés :==
*[[Mathc complexes/a283| c0bna.c]] La formule de Bessel (Une matrice nxn)
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[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
[[Mathc complexes/Sommaire#Utilitaires Matrices| Sommaire]]
'''L'étude de ce chapitre peut ce faire à l'aide de cette [[https://youtube.com/playlist?list=PLi6peGpf8EPNHUnib_ehtvFhNxJMWqn5Y&si=KIbSRJw_xjHl815R Playlist]].'''
{{Partie{{{type|}}}| Matrices pour la transformée de Fourier discrète :}}
La transformée de Fourier discrète d'un signal numérique s de N échantillons (s(0), s(1),..., s(N-1) est un vecteur (S(0),S(1), ..., S(N-1)) défini par :
_ N-1_
\
S(k) = | s(n) exp(-i 2kPI/N)^n pour 0 <= k < N
/_n=0_
On obtient ainsi une représentation spectrale discrète du signal échantillonné s(n).
Notre étude nous a permis de comprendre que l'on pouvait utiliser le calcul matriciel pour effectuer ce travail.
Dans un premier temps nous construirons manuellement cette matrice.
Dans un deuxième temps, nous demanderons au langage C de construire cette matrice.
Nous verrons qu'en prenant le conjugué de cette matrice, multiplié par l'inverse de N, (le nombre d'échantillons), nous allons obtenir '''la transformée de Fourier discrete inverse'''.
==Copier ces fichier avec la bibliothèque sur les matrices complexes :==
*[[Mathc complexes/a278| dft.h]]
*[[Mathc complexes/a279| f.h]]
==Le fichier principal :==
*[[Mathc complexes/a280| c03a.c]] Une matrice 3x3
*[[Mathc complexes/a281| c04a.c]] Une matrice 4x4
*[[Mathc complexes/09y| c04b.c]] Une matrice 4x4 ... [https://fr.wikipedia.org/wiki/Transformation_de_Fourier_discr%C3%A8te#Exemple_d'application_à_un_signal Wikipédia]
*[[Mathc complexes/a282| c0na.c]] Une matrice nxn
*[[Mathc complexes/09z| c0nb.c]] Une matrice nxn ... [https://fr.wikipedia.org/wiki/Transformation_de_Fourier_discr%C3%A8te#Exemple_d'application_à_un_signal Wikipédia]
==Propriétés :==
*[[Mathc complexes/a283| c0bna.c]] La formule de Bessel (Une matrice nxn)
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__NOTOC__
[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
[[Mathc complexes/a277#Copier ces fichier avec la bibliothèque sur les matrices complexes :| Application]]
Installer ce fichier dans votre répertoire de travail.
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<syntaxhighlight lang="c">
/* ------------------------------------ */
/* Save as : dft.h */
/* ------------------------------------ */
double **dft(
double **M,
double SizeM)
{
int c,r,
IncPower,
Power;
m1_mZ(M);
for(c=C2; c<=SizeM; c++)
{
Power=c-1;
IncPower=c-1;
for(r=R2; r<=SizeM; r++,Power+=IncPower)
c_z_mZ(f(Power,SizeM), M,r,c);
}
return(M); }
/* ------------------------------------ */
/* ------------------------------------ */
</syntaxhighlight>
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text/x-wiki
__NOTOC__
[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
[[Mathc complexes/a277#Copier ces fichier avec la bibliothèque sur les matrices complexes :| Application]]
Installer ce fichier dans votre répertoire de travail.
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<syntaxhighlight lang="c">
/* ------------------------------------ */
/* Save as : f.h */
/* ------------------------------------ */
nb_Z f(
double P,
double N)
{
return( pow_Z(P, exp_Z(i_Z(0, -2*PI/N) ) ) );
};
/* ------------------------------------ */
/* ------------------------------------ */
</syntaxhighlight>
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text/x-wiki
__NOTOC__
[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
[[Mathc complexes/a277#Copier ces fichier avec la bibliothèque sur les matrices complexes :| Application]]
Installer ce fichier dans votre répertoire de travail.
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<syntaxhighlight lang="c">
/* ------------------------------------ */
/* Save as : f.h */
/* ------------------------------------ */
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double P,
double N)
{
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};
/* ------------------------------------ */
/* ------------------------------------ */
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text/x-wiki
[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
[[Mathc complexes/a277| Application]]
Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail.
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<syntaxhighlight lang="c">
/* ------------------------------------ */
/* Save as : c03a.c */
/* ------------------------------------ */
#include "w_a.h"
/* ------------------------------------ */
#include "f.h"
/* ------------------------------------ */
int main(void)
{
double dft3[R3*(C3*C2)] = { 1,0, 1, 0., 1, 0,
1,0, f(1,3).r,f(1,3).i, f(2,3).r,f(2,3).i,
1,0, f(2,3).r,f(2,3).i, f(4,3).r,f(4,3).i };
double f[R3*(C1*C2)] = { 1,0,
1,0,
2,0 };
double **DFT3 = ca_A_mZ(dft3, i_mZ(R3,C3));
double **cDFT3 = conj_mZ(DFT3, i_mZ(R3,C3));
double **cDFT3div3 = smul_mZ(1./3.,cDFT3,i_mZ(R3,C3));
double **F = ca_A_mZ(f,i_mZ(R3,C1));
double **Ft = i_mZ(R3,C1);
clrscrn();
printf(" DFT3 : ");
p_mZ(DFT3,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" F : ");
p_mZ(F,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" Ft = DFT3 * F ");
mul_mZ(DFT3,F,Ft);
p_mZ(Ft,S4,P3,S3,P3,C6);
stop();
clrscrn();
printf(" F : ");
p_mZ(m0_mZ(F),S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" 1/3 cDFT3 : ");
p_mZ(cDFT3div3,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" F = 1/3 cDFT3 * Ft : ");
mul_mZ(cDFT3div3,Ft,F);
p_mZ(F,S4,P3,S3,P3,C6);
stop();
f_mZ(DFT3);
f_mZ(cDFT3);
f_mZ(cDFT3div3);
f_mZ(F);
f_mZ(Ft);
return 0;
}
/* ------------------------------------ */
/* ------------------------------------ */
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran :'''
<syntaxhighlight lang="C">
DFT3 :
+1.000+0.000i +1.000+0.000i +1.000+0.000i
+1.000+0.000i -0.500-0.866i -0.500+0.866i
+1.000+0.000i -0.500+0.866i -0.500-0.866i
F :
+1.000+0.000i
+1.000+0.000i
+2.000+0.000i
Ft = DFT3 * F
+4.000+0.000i
-0.500+0.866i
-0.500-0.867i
Press return to continue.
F :
+0.000+0.000i
+0.000+0.000i
+0.000+0.000i
1/3 cDFT3 :
+0.333-0.000i +0.333-0.000i +0.333-0.000i
+0.333-0.000i -0.167+0.289i -0.167-0.289i
+0.333-0.000i -0.167-0.289i -0.167+0.289i
F = 1/3 cDFT3 * Ft :
+1.000-0.000i
+1.000+0.000i
+2.000+0.000i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
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text/x-wiki
[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
[[Mathc complexes/a277#Le fichier principal :| Application]]
Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail.
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<syntaxhighlight lang="c">
/* ------------------------------------ */
/* Save as : c03a.c */
/* ------------------------------------ */
#include "w_a.h"
/* ------------------------------------ */
#include "f.h"
/* ------------------------------------ */
int main(void)
{
double dft3[R3*(C3*C2)] = { 1,0, 1, 0., 1, 0,
1,0, f(1,3).r,f(1,3).i, f(2,3).r,f(2,3).i,
1,0, f(2,3).r,f(2,3).i, f(4,3).r,f(4,3).i };
double f[R3*(C1*C2)] = { 1,0,
1,0,
2,0 };
double **DFT3 = ca_A_mZ(dft3, i_mZ(R3,C3));
double **cDFT3 = conj_mZ(DFT3, i_mZ(R3,C3));
double **cDFT3div3 = smul_mZ(1./3.,cDFT3,i_mZ(R3,C3));
double **F = ca_A_mZ(f,i_mZ(R3,C1));
double **Ft = i_mZ(R3,C1);
clrscrn();
printf(" DFT3 : ");
p_mZ(DFT3,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" F : ");
p_mZ(F,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" Ft = DFT3 * F ");
mul_mZ(DFT3,F,Ft);
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stop();
clrscrn();
printf(" F : ");
p_mZ(m0_mZ(F),S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" 1/3 cDFT3 : ");
p_mZ(cDFT3div3,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" F = 1/3 cDFT3 * Ft : ");
mul_mZ(cDFT3div3,Ft,F);
p_mZ(F,S4,P3,S3,P3,C6);
stop();
f_mZ(DFT3);
f_mZ(cDFT3);
f_mZ(cDFT3div3);
f_mZ(F);
f_mZ(Ft);
return 0;
}
/* ------------------------------------ */
/* ------------------------------------ */
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran :'''
<syntaxhighlight lang="C">
DFT3 :
+1.000+0.000i +1.000+0.000i +1.000+0.000i
+1.000+0.000i -0.500-0.866i -0.500+0.866i
+1.000+0.000i -0.500+0.866i -0.500-0.866i
F :
+1.000+0.000i
+1.000+0.000i
+2.000+0.000i
Ft = DFT3 * F
+4.000+0.000i
-0.500+0.866i
-0.500-0.867i
Press return to continue.
F :
+0.000+0.000i
+0.000+0.000i
+0.000+0.000i
1/3 cDFT3 :
+0.333-0.000i +0.333-0.000i +0.333-0.000i
+0.333-0.000i -0.167+0.289i -0.167-0.289i
+0.333-0.000i -0.167-0.289i -0.167+0.289i
F = 1/3 cDFT3 * Ft :
+1.000-0.000i
+1.000+0.000i
+2.000+0.000i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
{{AutoCat}}
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Mathc complexes/a281
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2026-09-29T09:46:25Z
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[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
[[Mathc complexes/a277| Application]]
Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail.
{{Fichier|c0a4.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}}
<syntaxhighlight lang="c">
/* ------------------------------------ */
/* Save as : c04a.c */
/* ------------------------------------ */
#include "w_a.h"
/* ------------------------------------ */
#include "f.h"
/* ------------------------------------ */
int main(void)
{
double dft4[R4*(C4*C2)] = {
1, 0, 1, 0, 1, 0, 1, 0,
1, 0, f(1,4).r,f(1,4).i, f(2,4).r,f(2,4).i, f(3,4).r,f(3,4).i,
1, 0, f(2,4).r,f(2,4).i, f(4,4).r,f(4,4).i, f(6,4).r,f(6,4).i,
1, 0, f(3,4).r,f(3,4).i, f(6,4).r,f(6,4).i, f(9,4).r,f(9,4).i, };
double f[R4*(C1*C2)] = { 1, 0,
0, 0,
2, 0,
0, 0 };
double **DFT4 = ca_A_mZ(dft4, i_mZ(R4,C4));
double **cDFT4 = conj_mZ(DFT4, i_mZ(R4,C4));
double **cDFT4div4 = smul_mZ(1/4.,cDFT4,i_mZ(R4,C4));
double **F = ca_A_mZ(f, i_mZ(R4,C1));
double **Ft = i_mZ(R4,C1);
clrscrn();
printf(" DFT4 : ");
p_mZ(DFT4,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" F : ");
p_mZ(F,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" Ft = DFT4 * F : ");
mul_mZ(DFT4,F,Ft);
p_mZ(Ft,S4,P3,S3,P3,C6);
stop();
clrscrn();
printf(" F : ");
p_mZ(m0_mZ(F),S4,P0,S3,P0,C6);
printf(" 1/4 cDFT4 : ");
p_mZ(cDFT4div4,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" F = 1/4 cDFT4 * Ft : ");
mul_mZ(cDFT4div4,Ft,F);
p_mZ(F,S4,P3,S3,P3,C6);
stop();
f_mZ(DFT4);
f_mZ(cDFT4);
f_mZ(cDFT4div4);
f_mZ(F);
f_mZ(Ft);
return 0;
}
/* ------------------------------------ */
/* ------------------------------------ */
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran :'''
<syntaxhighlight lang="C">
DFT4 :
+1.000+0.000i +1.000+0.000i +1.000+0.000i +1.000+0.000i
+1.000+0.000i -0.000-1.000i -1.000+0.000i +0.000+1.000i
+1.000+0.000i -1.000+0.000i +1.000-0.000i -1.000+0.000i
+1.000+0.000i +0.000+1.000i -1.000+0.000i -0.000-1.000i
F :
+1.000+0.000i
+0.000+0.000i
+2.000+0.000i
+0.000+0.000i
Ft = DFT4 * F :
+3.000+0.000i
-1.000+0.000i
+3.000-0.000i
-1.000+0.000i
Press return to continue.
F :
+0 +0i
+0 +0i
+0 +0i
+0 +0i
1/4 cDFT4 :
+0.250-0.000i +0.250-0.000i +0.250-0.000i +0.250-0.000i
+0.250-0.000i -0.000+0.250i -0.250-0.000i +0.000-0.250i
+0.250-0.000i -0.250-0.000i +0.250+0.000i -0.250-0.000i
+0.250-0.000i +0.000-0.250i -0.250-0.000i -0.000+0.250i
F = 1/4 cDFT4 * Ft :
+1.000+0.000i
-0.000+0.000i
+2.000-0.000i
-0.000-0.000i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
{{AutoCat}}
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773550
773546
2026-09-29T09:55:19Z
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[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
[[Mathc complexes/a277| Application]]
Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail.
{{Fichier|c04a.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}}
<syntaxhighlight lang="c">
/* ------------------------------------ */
/* Save as : c04a.c */
/* ------------------------------------ */
#include "w_a.h"
/* ------------------------------------ */
#include "f.h"
/* ------------------------------------ */
int main(void)
{
double dft4[R4*(C4*C2)] = {
1, 0, 1, 0, 1, 0, 1, 0,
1, 0, f(1,4).r,f(1,4).i, f(2,4).r,f(2,4).i, f(3,4).r,f(3,4).i,
1, 0, f(2,4).r,f(2,4).i, f(4,4).r,f(4,4).i, f(6,4).r,f(6,4).i,
1, 0, f(3,4).r,f(3,4).i, f(6,4).r,f(6,4).i, f(9,4).r,f(9,4).i, };
double f[R4*(C1*C2)] = { 1, 0,
0, 0,
2, 0,
0, 0 };
double **DFT4 = ca_A_mZ(dft4, i_mZ(R4,C4));
double **cDFT4 = conj_mZ(DFT4, i_mZ(R4,C4));
double **cDFT4div4 = smul_mZ(1/4.,cDFT4,i_mZ(R4,C4));
double **F = ca_A_mZ(f, i_mZ(R4,C1));
double **Ft = i_mZ(R4,C1);
clrscrn();
printf(" DFT4 : ");
p_mZ(DFT4,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" F : ");
p_mZ(F,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" Ft = DFT4 * F : ");
mul_mZ(DFT4,F,Ft);
p_mZ(Ft,S4,P3,S3,P3,C6);
stop();
clrscrn();
printf(" F : ");
p_mZ(m0_mZ(F),S4,P0,S3,P0,C6);
printf(" 1/4 cDFT4 : ");
p_mZ(cDFT4div4,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" F = 1/4 cDFT4 * Ft : ");
mul_mZ(cDFT4div4,Ft,F);
p_mZ(F,S4,P3,S3,P3,C6);
stop();
f_mZ(DFT4);
f_mZ(cDFT4);
f_mZ(cDFT4div4);
f_mZ(F);
f_mZ(Ft);
return 0;
}
/* ------------------------------------ */
/* ------------------------------------ */
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran :'''
<syntaxhighlight lang="C">
DFT4 :
+1.000+0.000i +1.000+0.000i +1.000+0.000i +1.000+0.000i
+1.000+0.000i -0.000-1.000i -1.000+0.000i +0.000+1.000i
+1.000+0.000i -1.000+0.000i +1.000-0.000i -1.000+0.000i
+1.000+0.000i +0.000+1.000i -1.000+0.000i -0.000-1.000i
F :
+1.000+0.000i
+0.000+0.000i
+2.000+0.000i
+0.000+0.000i
Ft = DFT4 * F :
+3.000+0.000i
-1.000+0.000i
+3.000-0.000i
-1.000+0.000i
Press return to continue.
F :
+0 +0i
+0 +0i
+0 +0i
+0 +0i
1/4 cDFT4 :
+0.250-0.000i +0.250-0.000i +0.250-0.000i +0.250-0.000i
+0.250-0.000i -0.000+0.250i -0.250-0.000i +0.000-0.250i
+0.250-0.000i -0.250-0.000i +0.250+0.000i -0.250-0.000i
+0.250-0.000i +0.000-0.250i -0.250-0.000i -0.000+0.250i
F = 1/4 cDFT4 * Ft :
+1.000+0.000i
-0.000+0.000i
+2.000-0.000i
-0.000-0.000i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
{{AutoCat}}
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773550
2026-09-29T10:14:25Z
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[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
[[Mathc complexes/a277#Le fichier principal :| Application]]
Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail.
{{Fichier|c04a.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}}
<syntaxhighlight lang="c">
/* ------------------------------------ */
/* Save as : c04a.c */
/* ------------------------------------ */
#include "w_a.h"
/* ------------------------------------ */
#include "f.h"
/* ------------------------------------ */
int main(void)
{
double dft4[R4*(C4*C2)] = {
1, 0, 1, 0, 1, 0, 1, 0,
1, 0, f(1,4).r,f(1,4).i, f(2,4).r,f(2,4).i, f(3,4).r,f(3,4).i,
1, 0, f(2,4).r,f(2,4).i, f(4,4).r,f(4,4).i, f(6,4).r,f(6,4).i,
1, 0, f(3,4).r,f(3,4).i, f(6,4).r,f(6,4).i, f(9,4).r,f(9,4).i, };
double f[R4*(C1*C2)] = { 1, 0,
0, 0,
2, 0,
0, 0 };
double **DFT4 = ca_A_mZ(dft4, i_mZ(R4,C4));
double **cDFT4 = conj_mZ(DFT4, i_mZ(R4,C4));
double **cDFT4div4 = smul_mZ(1/4.,cDFT4,i_mZ(R4,C4));
double **F = ca_A_mZ(f, i_mZ(R4,C1));
double **Ft = i_mZ(R4,C1);
clrscrn();
printf(" DFT4 : ");
p_mZ(DFT4,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" F : ");
p_mZ(F,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" Ft = DFT4 * F : ");
mul_mZ(DFT4,F,Ft);
p_mZ(Ft,S4,P3,S3,P3,C6);
stop();
clrscrn();
printf(" F : ");
p_mZ(m0_mZ(F),S4,P0,S3,P0,C6);
printf(" 1/4 cDFT4 : ");
p_mZ(cDFT4div4,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" F = 1/4 cDFT4 * Ft : ");
mul_mZ(cDFT4div4,Ft,F);
p_mZ(F,S4,P3,S3,P3,C6);
stop();
f_mZ(DFT4);
f_mZ(cDFT4);
f_mZ(cDFT4div4);
f_mZ(F);
f_mZ(Ft);
return 0;
}
/* ------------------------------------ */
/* ------------------------------------ */
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran :'''
<syntaxhighlight lang="C">
DFT4 :
+1.000+0.000i +1.000+0.000i +1.000+0.000i +1.000+0.000i
+1.000+0.000i -0.000-1.000i -1.000+0.000i +0.000+1.000i
+1.000+0.000i -1.000+0.000i +1.000-0.000i -1.000+0.000i
+1.000+0.000i +0.000+1.000i -1.000+0.000i -0.000-1.000i
F :
+1.000+0.000i
+0.000+0.000i
+2.000+0.000i
+0.000+0.000i
Ft = DFT4 * F :
+3.000+0.000i
-1.000+0.000i
+3.000-0.000i
-1.000+0.000i
Press return to continue.
F :
+0 +0i
+0 +0i
+0 +0i
+0 +0i
1/4 cDFT4 :
+0.250-0.000i +0.250-0.000i +0.250-0.000i +0.250-0.000i
+0.250-0.000i -0.000+0.250i -0.250-0.000i +0.000-0.250i
+0.250-0.000i -0.250-0.000i +0.250+0.000i -0.250-0.000i
+0.250-0.000i +0.000-0.250i -0.250-0.000i -0.000+0.250i
F = 1/4 cDFT4 * Ft :
+1.000+0.000i
-0.000+0.000i
+2.000-0.000i
-0.000-0.000i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
{{AutoCat}}
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Mathc complexes/a282
0
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2026-09-29T09:49:30Z
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[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
[[Mathc complexes/a277| Application]]
Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail.
{{Fichier|c0na.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}}
<syntaxhighlight lang="c">
/* ------------------------------------ */
/* Save as : c0na.c */
/* ------------------------------------ */
#define CR 200.
/* ------------------------------------ */
#include "w_a.h"
/* ------------------------------------ */
#include "f.h"
#include "dft.h"
/* ------------------------------------ */
int main(void)
{
time_t t;
srand(time(&t));
double **DFT = dft( i_mZ(CR,CR), CR);
double **cDFT = conj_mZ(DFT, i_mZ(CR,CR) );
double **cDFTdivN = smul_mZ(1./CR,cDFT, i_mZ(CR,CR) );
double **F = r_mRZ(i_mZ(CR,C1),9);
double **Ft = i_mZ(CR,C1);
clrscrn();
p_mZ(DFT, S8,P3, S8,P3, C4);
printf(" DFT : \n");
stop();
clrscrn();
p_mZ(F,S8,P3,S8,P3,C4);
printf(" F : \n");
stop();
clrscrn();
mul_mZ(DFT,F,Ft);
p_mZ(Ft,S8,P3,S8,P3,C4);
printf(" Ft = DFT * F \n");
stop();
clrscrn();
p_mZ(cDFTdivN,S8,P3,S8,P3,C4);
printf(" 1/%.0f cDFT : \n",CR);
stop();
clrscrn();
mul_mZ(cDFTdivN,Ft,F);
p_mZ(F, S8,P3, S8,P3, C4);
printf(" F = 1/%.0f cDFT * Ft : \n",CR);
stop();
f_mZ(DFT);
f_mZ(cDFT);
f_mZ(cDFTdivN);
f_mZ(F);
f_mZ(Ft);
return 0;
}
/* ------------------------------------ */
/* ------------------------------------ */
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran : '''
<syntaxhighlight lang="C">
DFT : #define CR 6.
+1.000 +0.000i +1.000 +0.000i +1.000 +0.000i +1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i +0.500 -0.866i -0.500 -0.866i -1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i -0.500 -0.866i -0.500 +0.866i +1.000 -0.000i
+1.000 +0.000i -1.000 +0.000i +1.000 -0.000i -1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i -0.500 +0.866i -0.500 -0.866i +1.000 -0.000i
+1.000 +0.000i +0.500 +0.866i -0.500 +0.866i -1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i +1.000 +0.000i
-0.500 +0.866i +0.500 +0.866i
-0.500 -0.866i -0.500 +0.866i
+1.000 -0.000i -1.000 +0.000i
-0.500 +0.866i -0.500 -0.866i
-0.500 -0.866i +0.500 -0.866i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran : '''
<syntaxhighlight lang="C">
F : #define CR 6.
+9.000 +0.000i
+5.000 +0.000i
-8.000 +0.000i
+2.000 +0.000i
+1.000 +0.000i
+5.000 +0.000i
Ft = DFT * F
+14.000 +0.000i
+15.500 +7.794i
+9.500 -7.794i
-10.000 +0.000i
+9.500 +7.794i
+15.500 -7.794i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran : '''
<syntaxhighlight lang="C">
F = 1/6 cDFT * Ft : #define CR 6.
+9.000 -0.000i
+5.000 -0.000i
-8.000 -0.000i
+2.000 +0.000i
+1.000 +0.000i
+5.000 +0.000i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
{{AutoCat}}
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773549
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2026-09-29T09:54:24Z
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23827
773549
wikitext
text/x-wiki
[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
[[Mathc complexes/a277| Application]]
Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail.
{{Fichier|c0na.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}}
<syntaxhighlight lang="c">
/* ------------------------------------ */
/* Save as : c0na.c */
/* ------------------------------------ */
#define CR 6.
/* ------------------------------------ */
#include "w_a.h"
/* ------------------------------------ */
#include "f.h"
#include "dft.h"
/* ------------------------------------ */
int main(void)
{
time_t t;
srand(time(&t));
double **DFT = dft( i_mZ(CR,CR), CR);
double **cDFT = conj_mZ(DFT, i_mZ(CR,CR) );
double **cDFTdivN = smul_mZ(1./CR,cDFT, i_mZ(CR,CR) );
double **F = r_mRZ(i_mZ(CR,C1),9);
double **Ft = i_mZ(CR,C1);
clrscrn();
p_mZ(DFT, S8,P3, S8,P3, C4);
printf(" DFT : \n");
stop();
clrscrn();
p_mZ(F,S8,P3,S8,P3,C4);
printf(" F : \n");
stop();
clrscrn();
mul_mZ(DFT,F,Ft);
p_mZ(Ft,S8,P3,S8,P3,C4);
printf(" Ft = DFT * F \n");
stop();
clrscrn();
p_mZ(cDFTdivN,S8,P3,S8,P3,C4);
printf(" 1/%.0f cDFT : \n",CR);
stop();
clrscrn();
mul_mZ(cDFTdivN,Ft,F);
p_mZ(F, S8,P3, S8,P3, C4);
printf(" F = 1/%.0f cDFT * Ft : \n",CR);
stop();
f_mZ(DFT);
f_mZ(cDFT);
f_mZ(cDFTdivN);
f_mZ(F);
f_mZ(Ft);
return 0;
}
/* ------------------------------------ */
/* ------------------------------------ */
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran : '''
<syntaxhighlight lang="C">
DFT : #define CR 6.
+1.000 +0.000i +1.000 +0.000i +1.000 +0.000i +1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i +0.500 -0.866i -0.500 -0.866i -1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i -0.500 -0.866i -0.500 +0.866i +1.000 -0.000i
+1.000 +0.000i -1.000 +0.000i +1.000 -0.000i -1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i -0.500 +0.866i -0.500 -0.866i +1.000 -0.000i
+1.000 +0.000i +0.500 +0.866i -0.500 +0.866i -1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i +1.000 +0.000i
-0.500 +0.866i +0.500 +0.866i
-0.500 -0.866i -0.500 +0.866i
+1.000 -0.000i -1.000 +0.000i
-0.500 +0.866i -0.500 -0.866i
-0.500 -0.866i +0.500 -0.866i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran : '''
<syntaxhighlight lang="C">
F : #define CR 6.
+9.000 +0.000i
+5.000 +0.000i
-8.000 +0.000i
+2.000 +0.000i
+1.000 +0.000i
+5.000 +0.000i
Ft = DFT * F
+14.000 +0.000i
+15.500 +7.794i
+9.500 -7.794i
-10.000 +0.000i
+9.500 +7.794i
+15.500 -7.794i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran : '''
<syntaxhighlight lang="C">
F = 1/6 cDFT * Ft : #define CR 6.
+9.000 -0.000i
+5.000 -0.000i
-8.000 -0.000i
+2.000 +0.000i
+1.000 +0.000i
+5.000 +0.000i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
{{AutoCat}}
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773558
773549
2026-09-29T10:15:01Z
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[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
[[Mathc complexes/a277#Le fichier principal :| Application]]
Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail.
{{Fichier|c0na.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}}
<syntaxhighlight lang="c">
/* ------------------------------------ */
/* Save as : c0na.c */
/* ------------------------------------ */
#define CR 6.
/* ------------------------------------ */
#include "w_a.h"
/* ------------------------------------ */
#include "f.h"
#include "dft.h"
/* ------------------------------------ */
int main(void)
{
time_t t;
srand(time(&t));
double **DFT = dft( i_mZ(CR,CR), CR);
double **cDFT = conj_mZ(DFT, i_mZ(CR,CR) );
double **cDFTdivN = smul_mZ(1./CR,cDFT, i_mZ(CR,CR) );
double **F = r_mRZ(i_mZ(CR,C1),9);
double **Ft = i_mZ(CR,C1);
clrscrn();
p_mZ(DFT, S8,P3, S8,P3, C4);
printf(" DFT : \n");
stop();
clrscrn();
p_mZ(F,S8,P3,S8,P3,C4);
printf(" F : \n");
stop();
clrscrn();
mul_mZ(DFT,F,Ft);
p_mZ(Ft,S8,P3,S8,P3,C4);
printf(" Ft = DFT * F \n");
stop();
clrscrn();
p_mZ(cDFTdivN,S8,P3,S8,P3,C4);
printf(" 1/%.0f cDFT : \n",CR);
stop();
clrscrn();
mul_mZ(cDFTdivN,Ft,F);
p_mZ(F, S8,P3, S8,P3, C4);
printf(" F = 1/%.0f cDFT * Ft : \n",CR);
stop();
f_mZ(DFT);
f_mZ(cDFT);
f_mZ(cDFTdivN);
f_mZ(F);
f_mZ(Ft);
return 0;
}
/* ------------------------------------ */
/* ------------------------------------ */
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran : '''
<syntaxhighlight lang="C">
DFT : #define CR 6.
+1.000 +0.000i +1.000 +0.000i +1.000 +0.000i +1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i +0.500 -0.866i -0.500 -0.866i -1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i -0.500 -0.866i -0.500 +0.866i +1.000 -0.000i
+1.000 +0.000i -1.000 +0.000i +1.000 -0.000i -1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i -0.500 +0.866i -0.500 -0.866i +1.000 -0.000i
+1.000 +0.000i +0.500 +0.866i -0.500 +0.866i -1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i +1.000 +0.000i
-0.500 +0.866i +0.500 +0.866i
-0.500 -0.866i -0.500 +0.866i
+1.000 -0.000i -1.000 +0.000i
-0.500 +0.866i -0.500 -0.866i
-0.500 -0.866i +0.500 -0.866i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran : '''
<syntaxhighlight lang="C">
F : #define CR 6.
+9.000 +0.000i
+5.000 +0.000i
-8.000 +0.000i
+2.000 +0.000i
+1.000 +0.000i
+5.000 +0.000i
Ft = DFT * F
+14.000 +0.000i
+15.500 +7.794i
+9.500 -7.794i
-10.000 +0.000i
+9.500 +7.794i
+15.500 -7.794i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran : '''
<syntaxhighlight lang="C">
F = 1/6 cDFT * Ft : #define CR 6.
+9.000 -0.000i
+5.000 -0.000i
-8.000 -0.000i
+2.000 +0.000i
+1.000 +0.000i
+5.000 +0.000i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
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773568
773558
2026-09-29T11:14:37Z
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[[Mathc complexes/a277#Le fichier principal :| Application]]
Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail.
{{Fichier|c0na.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}}
<syntaxhighlight lang="c">
/* ------------------------------------ */
/* Save as : c0na.c */
/* ------------------------------------ */
#define CR 6.
/* ------------------------------------ */
#include "w_a.h"
/* ------------------------------------ */
#include "f.h"
#include "dft.h"
/* ------------------------------------ */
int main(void)
{
time_t t;
srand(time(&t));
double **DFT = dft( i_mZ(CR,CR), CR);
double **cDFT = conj_mZ(DFT, i_mZ(CR,CR) );
double **cDFTdivN = smul_mZ(1./CR,cDFT, i_mZ(CR,CR) );
double **F = r_mRZ(i_mZ(CR,C1),9);
double **Ft = i_mZ(CR,C1);
clrscrn();
printf(" DFT : \n");
p_mZ(DFT, S8,P3, S8,P3, C4);
stop();
clrscrn();
printf(" F : \n");
p_mZ(F,S8,P3,S8,P3,C4);
stop();
clrscrn();
mul_mZ(DFT,F,Ft);
printf(" Ft = DFT * F \n");
p_mZ(Ft,S8,P3,S8,P3,C4);
stop();
clrscrn();
printf(" 1/%.0f cDFT : \n",CR);
p_mZ(cDFTdivN,S8,P3,S8,P3,C4);
stop();
clrscrn();
mul_mZ(cDFTdivN,Ft,F);
printf(" F = 1/%.0f cDFT * Ft : \n",CR);
p_mZ(F, S8,P3, S8,P3, C4);
stop();
f_mZ(DFT);
f_mZ(cDFT);
f_mZ(cDFTdivN);
f_mZ(F);
f_mZ(Ft);
return 0;
}
/* ------------------------------------ */
/* ------------------------------------ */
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran : '''
<syntaxhighlight lang="C">
DFT : #define CR 6.
+1.000 +0.000i +1.000 +0.000i +1.000 +0.000i +1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i +0.500 -0.866i -0.500 -0.866i -1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i -0.500 -0.866i -0.500 +0.866i +1.000 -0.000i
+1.000 +0.000i -1.000 +0.000i +1.000 -0.000i -1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i -0.500 +0.866i -0.500 -0.866i +1.000 -0.000i
+1.000 +0.000i +0.500 +0.866i -0.500 +0.866i -1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i +1.000 +0.000i
-0.500 +0.866i +0.500 +0.866i
-0.500 -0.866i -0.500 +0.866i
+1.000 -0.000i -1.000 +0.000i
-0.500 +0.866i -0.500 -0.866i
-0.500 -0.866i +0.500 -0.866i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran : '''
<syntaxhighlight lang="C">
F : #define CR 6.
+9.000 +0.000i
+5.000 +0.000i
-8.000 +0.000i
+2.000 +0.000i
+1.000 +0.000i
+5.000 +0.000i
Ft = DFT * F
+14.000 +0.000i
+15.500 +7.794i
+9.500 -7.794i
-10.000 +0.000i
+9.500 +7.794i
+15.500 -7.794i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran : '''
<syntaxhighlight lang="C">
F = 1/6 cDFT * Ft : #define CR 6.
+9.000 -0.000i
+5.000 -0.000i
-8.000 -0.000i
+2.000 +0.000i
+1.000 +0.000i
+5.000 +0.000i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
{{AutoCat}}
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Mathc complexes/a283
0
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2026-09-29T10:01:17Z
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[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
[[Mathc complexes/a277| Application]]
Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail.
{{Fichier|c0nb.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}}
<syntaxhighlight lang="c">
/* ------------------------------------ */
/* Save as : c0nb.c */
/* ------------------------------------ */
#define CR 5.
/* ------------------------------------ */
#include "w_a.h"
/* ------------------------------------ */
#include "f.h"
#include "dft.h"
/* ------------------------------------ */
int main(void)
{
time_t t;
srand(time(&t));
double **DFT = dft( i_mZ(CR,CR), CR);
double **F = r_mRZ( i_mZ(CR,C1),9);
double **Ft = i_mZ(CR,C1);
clrscrn();
printf(" DFT : \n");
p_mZ(DFT, S8,P3, S8,P3, C4);
stop();
clrscrn();
printf(" F : \n");
p_mZ(F,S8,P3,S8,P3,C4);
printf(" Ft = DFT * F \n");
mul_mZ(DFT,F,Ft);
p_mZ(Ft,S8,P3,S8,P3,C4);
stop();
clrscrn();
printf(" Bessel's formula: \n\n");
printf(" ||F ||**2 = %.3f \n", pow(norm_Z(F ),2));
printf(" 1/%.0f ||Ft||**2 = %.3f \n\n", CR, 1/CR* pow(norm_Z(Ft),2));
stop();
f_mZ(DFT);
f_mZ(F);
f_mZ(Ft);
return 0;
}
/* ------------------------------------ */
/* ------------------------------------ */
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran :'''
<syntaxhighlight lang="C">
DFT :
+1.000 +0.000i +1.000 +0.000i +1.000 +0.000i +1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i +0.309 -0.951i -0.809 -0.588i -0.809 +0.588i
+1.000 +0.000i -0.809 -0.588i +0.309 +0.951i +0.309 -0.951i
+1.000 +0.000i -0.809 +0.588i +0.309 -0.951i +0.309 +0.951i
+1.000 +0.000i +0.309 +0.951i -0.809 +0.588i -0.809 -0.588i
+1.000 +0.000i
+0.309 +0.951i
-0.809 +0.588i
-0.809 -0.588i
+0.309 -0.951i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran :'''
<syntaxhighlight lang="C">
F :
+3.000 +0.000i
+3.000 +0.000i
-9.000 +0.000i
+5.000 +0.000i
+7.000 +0.000i
Ft = DFT * F
+9.000 +0.000i
+9.326 +12.033i
-6.326 -10.964i
-6.326 +10.964i
+9.326 -12.033i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran :'''
<syntaxhighlight lang="C">
Bessel's formula:
||F ||**2 = 173.000
1/5 ||Ft||**2 = 173.001
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
{{AutoCat}}
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773553
2026-09-29T10:15:23Z
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Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail.
{{Fichier|c0nb.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}}
<syntaxhighlight lang="c">
/* ------------------------------------ */
/* Save as : c0nb.c */
/* ------------------------------------ */
#define CR 5.
/* ------------------------------------ */
#include "w_a.h"
/* ------------------------------------ */
#include "f.h"
#include "dft.h"
/* ------------------------------------ */
int main(void)
{
time_t t;
srand(time(&t));
double **DFT = dft( i_mZ(CR,CR), CR);
double **F = r_mRZ( i_mZ(CR,C1),9);
double **Ft = i_mZ(CR,C1);
clrscrn();
printf(" DFT : \n");
p_mZ(DFT, S8,P3, S8,P3, C4);
stop();
clrscrn();
printf(" F : \n");
p_mZ(F,S8,P3,S8,P3,C4);
printf(" Ft = DFT * F \n");
mul_mZ(DFT,F,Ft);
p_mZ(Ft,S8,P3,S8,P3,C4);
stop();
clrscrn();
printf(" Bessel's formula: \n\n");
printf(" ||F ||**2 = %.3f \n", pow(norm_Z(F ),2));
printf(" 1/%.0f ||Ft||**2 = %.3f \n\n", CR, 1/CR* pow(norm_Z(Ft),2));
stop();
f_mZ(DFT);
f_mZ(F);
f_mZ(Ft);
return 0;
}
/* ------------------------------------ */
/* ------------------------------------ */
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran :'''
<syntaxhighlight lang="C">
DFT :
+1.000 +0.000i +1.000 +0.000i +1.000 +0.000i +1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i +0.309 -0.951i -0.809 -0.588i -0.809 +0.588i
+1.000 +0.000i -0.809 -0.588i +0.309 +0.951i +0.309 -0.951i
+1.000 +0.000i -0.809 +0.588i +0.309 -0.951i +0.309 +0.951i
+1.000 +0.000i +0.309 +0.951i -0.809 +0.588i -0.809 -0.588i
+1.000 +0.000i
+0.309 +0.951i
-0.809 +0.588i
-0.809 -0.588i
+0.309 -0.951i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran :'''
<syntaxhighlight lang="C">
F :
+3.000 +0.000i
+3.000 +0.000i
-9.000 +0.000i
+5.000 +0.000i
+7.000 +0.000i
Ft = DFT * F
+9.000 +0.000i
+9.326 +12.033i
-6.326 -10.964i
-6.326 +10.964i
+9.326 -12.033i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran :'''
<syntaxhighlight lang="C">
Bessel's formula:
||F ||**2 = 173.000
1/5 ||Ft||**2 = 173.001
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
{{AutoCat}}
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2026-09-29T10:22:37Z
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[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
[[Mathc complexes/a277#Le fichier principal :| Application]]
Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail.
{{Fichier|c0nb.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}}
<syntaxhighlight lang="c">
/* ------------------------------------ */
/* Save as : c0nb.c */
/* ------------------------------------ */
#define CR 8.
/* ------------------------------------ */
#include "w_a.h"
/* ------------------------------------ */
#include "f.h"
#include "dft.h"
/* ------------------------------------ */
int main(void)
{
time_t t;
srand(time(&t));
double **DFT = dft( i_mZ(CR,CR), CR);
double **F = r_mRZ( i_mZ(CR,C1), 9);
double **Ft = i_mZ(CR,C1);
clrscrn();
printf(" DFT : \n");
p_mZ(DFT, S8,P3, S8,P3, C4);
stop();
clrscrn();
printf(" F : \n");
p_mZ(F,S8,P3,S8,P3,C4);
printf(" Ft = DFT * F \n");
mul_mZ(DFT,F,Ft);
p_mZ(Ft,S8,P3,S8,P3,C4);
stop();
clrscrn();
printf(" Bessel's formula: \n\n");
printf(" ||F ||**2 = %.3f \n", pow(norm_Z(F ),2));
printf(" 1/%.0f ||Ft||**2 = %.3f \n\n", CR, 1/CR* pow(norm_Z(Ft),2));
stop();
f_mZ(DFT);
f_mZ(F);
f_mZ(Ft);
return 0;
}
/* ------------------------------------ */
/* ------------------------------------ */
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran :'''
<syntaxhighlight lang="C">
DFT :
+1.000 +0.000i +1.000 +0.000i +1.000 +0.000i +1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i +0.707 -0.707i -0.000 -1.000i -0.707 -0.707i
+1.000 +0.000i -0.000 -1.000i -1.000 +0.000i +0.000 +1.000i
+1.000 +0.000i -0.707 -0.707i +0.000 +1.000i +0.707 -0.707i
+1.000 +0.000i -1.000 +0.000i +1.000 -0.000i -1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i -0.707 +0.707i -0.000 -1.000i +0.707 +0.707i
+1.000 +0.000i +0.000 +1.000i -1.000 +0.000i -0.000 -1.000i
+1.000 +0.000i +0.707 +0.707i +0.000 +1.000i -0.707 +0.707i
+1.000 +0.000i +1.000 +0.000i +1.000 +0.000i +1.000 +0.000i
-1.000 +0.000i -0.707 +0.707i +0.000 +1.000i +0.707 +0.707i
+1.000 -0.000i -0.000 -1.000i -1.000 +0.000i +0.000 +1.000i
-1.000 +0.000i +0.707 +0.707i -0.000 -1.000i -0.707 +0.707i
+1.000 -0.000i -1.000 +0.000i +1.000 -0.000i -1.000 +0.000i
-1.000 +0.000i +0.707 -0.707i +0.000 +1.000i -0.707 -0.707i
+1.000 -0.000i +0.000 +1.000i -1.000 +0.000i -0.000 -1.000i
-1.000 +0.000i -0.707 -0.707i -0.000 -1.000i +0.707 -0.707i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran :'''
<syntaxhighlight lang="C">
F :
-3.000 +0.000i
-2.000 +0.000i
+9.000 +0.000i
+9.000 +0.000i
+7.000 +0.000i
-2.000 +0.000i
+9.000 +0.000i
-2.000 +0.000i
Ft = DFT * F
+25.000 +0.000i
-17.778 -7.778i
-14.000 +11.000i
-2.222 -7.778i
+19.000 -0.000i
-2.222 +7.778i
-14.000 -11.000i
-17.778 +7.778i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran :'''
<syntaxhighlight lang="C">
Bessel's formula:
||F ||**2 = 313.000
1/8 ||Ft||**2 = 313.000
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
{{AutoCat}}
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773565
773563
2026-09-29T11:07:55Z
Xhungab
23827
773565
wikitext
text/x-wiki
[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
[[Mathc complexes/a277#Le fichier principal :| Application]]
Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail.
{{Fichier|c0bna.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}}
<syntaxhighlight lang="c">
/* ------------------------------------ */
/* Save as : c0bna.c */
/* ------------------------------------ */
#define CR 8.
/* ------------------------------------ */
#include "w_a.h"
/* ------------------------------------ */
#include "f.h"
#include "dft.h"
/* ------------------------------------ */
int main(void)
{
time_t t;
srand(time(&t));
double **DFT = dft( i_mZ(CR,CR), CR);
double **F = r_mRZ( i_mZ(CR,C1), 9);
double **Ft = i_mZ(CR,C1);
clrscrn();
printf(" DFT : \n");
p_mZ(DFT, S8,P3, S8,P3, C4);
stop();
clrscrn();
printf(" F : \n");
p_mZ(F,S8,P3,S8,P3,C4);
printf(" Ft = DFT * F \n");
mul_mZ(DFT,F,Ft);
p_mZ(Ft,S8,P3,S8,P3,C4);
stop();
clrscrn();
printf(" Bessel's formula: \n\n");
printf(" ||F ||**2 = %.3f \n", pow(norm_Z(F ),2));
printf(" 1/%.0f ||Ft||**2 = %.3f \n\n", CR, 1/CR* pow(norm_Z(Ft),2));
stop();
f_mZ(DFT);
f_mZ(F);
f_mZ(Ft);
return 0;
}
/* ------------------------------------ */
/* ------------------------------------ */
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran :'''
<syntaxhighlight lang="C">
DFT :
+1.000 +0.000i +1.000 +0.000i +1.000 +0.000i +1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i +0.707 -0.707i -0.000 -1.000i -0.707 -0.707i
+1.000 +0.000i -0.000 -1.000i -1.000 +0.000i +0.000 +1.000i
+1.000 +0.000i -0.707 -0.707i +0.000 +1.000i +0.707 -0.707i
+1.000 +0.000i -1.000 +0.000i +1.000 -0.000i -1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i -0.707 +0.707i -0.000 -1.000i +0.707 +0.707i
+1.000 +0.000i +0.000 +1.000i -1.000 +0.000i -0.000 -1.000i
+1.000 +0.000i +0.707 +0.707i +0.000 +1.000i -0.707 +0.707i
+1.000 +0.000i +1.000 +0.000i +1.000 +0.000i +1.000 +0.000i
-1.000 +0.000i -0.707 +0.707i +0.000 +1.000i +0.707 +0.707i
+1.000 -0.000i -0.000 -1.000i -1.000 +0.000i +0.000 +1.000i
-1.000 +0.000i +0.707 +0.707i -0.000 -1.000i -0.707 +0.707i
+1.000 -0.000i -1.000 +0.000i +1.000 -0.000i -1.000 +0.000i
-1.000 +0.000i +0.707 -0.707i +0.000 +1.000i -0.707 -0.707i
+1.000 -0.000i +0.000 +1.000i -1.000 +0.000i -0.000 -1.000i
-1.000 +0.000i -0.707 -0.707i -0.000 -1.000i +0.707 -0.707i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran :'''
<syntaxhighlight lang="C">
F :
-3.000 +0.000i
-2.000 +0.000i
+9.000 +0.000i
+9.000 +0.000i
+7.000 +0.000i
-2.000 +0.000i
+9.000 +0.000i
-2.000 +0.000i
Ft = DFT * F
+25.000 +0.000i
-17.778 -7.778i
-14.000 +11.000i
-2.222 -7.778i
+19.000 -0.000i
-2.222 +7.778i
-14.000 -11.000i
-17.778 +7.778i
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran :'''
<syntaxhighlight lang="C">
Bessel's formula:
||F ||**2 = 313.000
1/8 ||Ft||**2 = 313.000
Press return to continue.
</syntaxhighlight>
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Logiciel Pastèque/Desktop/Matériel/Imprimante ESC/POS
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2026-09-28T13:40:53Z
CKaramel
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Ajout specs Sewoo LK-P21
773445
wikitext
text/x-wiki
Pastèque peut se connecter directement à une imprimante sans nécessiter de pilote ou d'ajouter une imprimante dans le système d'exploitation. Dans ce mode, Pastèque envoie les séquences de commandes directement à l'imprimante. La plupart des imprimantes à tickets thermiques sont compatibles et ne nécessitent pas de drivers ou d'installation particulière. La configuration consiste à identifier les caractéristiques de l'imprimante et indiquer sur quel port elle est connectée.
Attention, l'impression directe ne fonctionne qu'en série ou USB. Les imprimantes en réseau (port ethernet) ne sont pas couvertes. Pour celles-ci utilisez l'impression via l'OS.
== Choix du protocole ==
Le choix du protocole correspond en général au nom du fabricant, pour simplifier. Le tableau ci-dessous répertorie quelques modèles testés, avec le nom du protocole associé.
Le protocole Epson (ESC/POS) est généralement compatible. Il peut y avoir quelques spécificités pour certains fabricants.
{| class="wikitable sortable"
|-
! Nom !! Constructeur !! Protocole !! Caractères par ligne !! Points par ligne
|-
| TM-T20 || Epson || Epson (ESC/POS) || 42 || 576
|-
| HOP-H58 || Hoin || Epson (ESC/POS) || 32 || 384
|-
| RP-320 || Partner || Epson (ESC/POS) || 42 || 512
|-
| LK-P21 || Sewoo || Epson (ESC/POS) || 32 || 470
|-
|}
=== Choix du port ===
=== Windows ===
Utilisez le mode <code>série</code> et indiquez le nom du port sur lequel l'imprimante est branchée pour une connexion directe sur un port série (port COM). Pour un branchement en USB, un port série virtuel peut lui être associé.
La création d'un port série virtuel n'a pas encore été documentée ici.
=== Debian/Ubuntu/Mint ===
Utilisez le mode <code>fichier</code> et indiquez le chemin du fichier représentant le port utilisé. Plusieurs opérations peuvent être nécessaires avant d'avoir une impression fonctionnelle.
==== Vérifier l'appartenance au groupe <code>lp</code> ====
L'utilisateur courant du système d'exploitation doit appartenir au groupe <code>lp</code>. Dans le cas contraire, l'impression pourra être refusée par le système. Ceci s'ajoute avec la commande <code>adduser <user> lp</code> (en root ou avec sudo).
Vous pouvez vérifier les utilisateurs du groupe <code>lp</code> avec la commande <code>grep lp /etc/group</code>, la liste des utilisateurs est indiquée après le 3e <code>:</code>.
==== Trouver le fichier associé à l'imprimante ====
Pour une imprimante USB, vous trouverez les ports utilisés lorsque l'imprimante est branchée avec <code>ls /dev/usb</code>. Le nom de fichier à indique correspond souvent à <code>/dev/usb/lp#</code>, recopiez ce nom dans le champ port.
Vous avez tout. La suite permet de corriger d'éventuels problèmes au redémarrage.
==== Fixer le fichier associé à l'imprimante ====
Sur certains systèmes l'imprimante peut être affectée à un fichier différent au démarrage. Par exemple parfois sur <code>/dev/usb/lp0</code> et parfois <code>/dev/usb/lp1</code>. Si vous rencontrez ce problème, vous pouvez fixer le nom de fichier à l'aide d'une règle udev.
Pour une description détaillée du fonctionnement de udev : https://doc.ubuntu-fr.org/udev
===== Créer la règle udev =====
Pour cela créer un fichier <code>.rules</code> dans <code>/etc/udev/rules.d</code>. Par exemple <code>/etc/udev/rules.d/10-tmt20.rules</code>. Ce fichier contient la règle qui affecte le périphérique à un nom de fichier. Par exemple pour la TM-T20 II :
<pre style="white-space:pre-wrap;">SUBSYSTEMS=="usb", DRIVERS=="usb", ATTRS{manufacturer}=="EPSON", ATTRS{idProduct}=="0e15", SYMLINK+="usb/lp-tmt20"</pre>
Lorsque le périphérique est branché et détecté, la commande <code>udevadm info</code> liste tous les attributs à différents niveau de précision.
<pre style="white-space:pre-wrap;">udevadm info -a -n /dev/usb/lp0</pre>
Les résultats sont regroupés en plusieurs blocs, seuls les attributs d'un même bloc peuvent être utilisés. L'attribut <code>ATTRS{idProduct}</code> peut être suffisant s'il n'y a qu'un seul périphérique du même modèle.
Le nom de fichier à ajouter sera indiqué dans <code>SYMLINK</code>, ci-dessus <code>/dev/usb/lp-tmt20</code> pourra être indiqué dans la configuration de Pastèque.
===== Tester les règles =====
Pour tester la nouvelle règle sans redémarrer, les règles peuvent être rechargées avec la commande <code>udevadm control --reload</code>.
<code>udevadm test 'device'</code> permet de vérifier que la règle sera bien appliquée pour le périphérique. Le <code>'device'</code> est celui indiqué dans udevadm info pour lequel les attributs ont été récupérés.
<code>udevadm trigger</code> relance les règles sans avoir à redémarrer, il faudra peut être éteindre et rallumer l'imprimante pour que la règle soit appliquée correctement.
{{AutoCat}}
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Fonctionnement d'un ordinateur/Les microarchitectures pour le x86 : haute performance
0
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773494
773419
2026-09-28T18:50:39Z
Mewtow
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/* Les microarchitectures "Cove" d'Intel */
773494
wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
Avant de voir chaque processeur indépendamment des autres, nous allons devoir aborder quelques généralités. précisons cependant une chose : dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux.
Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
==Introduction : FPU, SIMD et historique==
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, de AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Voyons pourquoi.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX et les pipelines U/V===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 du Pentium 2/3===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 5 ports d'émission, qui étaient sous-utilisés en pratique. Niveau ALU, on trouve deux ALUs entières, une flottante, une unité pour les instructions SSE et autres, et trois unités pour les accès mémoire (regroupées en une seule unité dans le schéma ci-dessous). Les unités mémoire regroupent une unité de calcul d'adresse pour les lectures, une autre pour les écritures, et une unité pour la gestion des données à écrire. Les unités de calcul d'adresse sont des additionneurs à 4 opérandes, complétement différents des ALU entières. Les ALU entières sont deux unités asymétriques : une ALU simple, et une ALU complexe incorporant un multiplieur. Les deux peuvent exécuter des opérations d'addition, soustraction, comparaison, etc.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. Elle supporte aussi les optimisations des opérations ''load-up'', avec notamment un support des macro-opérations mentionnées plus haut. Les améliorations sont assez diverses, mais aussi assez mineures.
* Le processeur incorpore un cache L2, en plus des caches L1 déjà présents auparavant.
* La prédiction de branchement a été améliorée avec notamment l'ajout d'une ''Fetch Input Queue''.
* L'architecture Core passe à la quadruple émission, soit une instruction de plus que sur le Pentium 2 et 3. Pour cela, un quatrième décodeur est ajouté, il s'agit d'un décodeur simple qui ne fournit qu'une seule micro-opération en sortie.
* Un ''stack engine'' et un ''Loop Stream Detector'' ont été ajoutés, ainsi que le support de la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération.
* Les techniques de désambiguïsation mémoire sont implémentées sur cette micro-architecture.
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 6 ports d'émission, mais on devrait plutôt dire 5. Sur les 5, il y en a un pour les lectures, un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer''. Elle est elle-même reliée au cache de données par deux ports : un port de lecture et un port d'écriture. Les trois ports d'émission restants sont connectés aux unités de calcul.
Les trois ports restants sont chacun reliés à une ALU entière et une unité SIMD pour l'extension SSE. Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, et l'unité SIMD annexe est connectée sur le port restant. Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
===Les microarchitectures Sandy Bridge and Ivy Bridge===
Les micro-architectures suivant la micro-architecture Core ont introduit quelques grandes modifications : le passage à un renommage à banc de registre physique, l'ajout d'un cache de micro-opérations (et d'un ''Loop Stream Detector'').
L'ajout du cache de micro-opérations est un gros changement, particulièrement avec le jeu d’instruction x86. Le décodage des instructions est lent, couteux en énergie. Mais avec l'introduction du cache de micro-opération, la majorité des micro-opérations est non pas décodée, mais lue depuis le cache de micro-opérations. Les décodeurs décodent les instructions pas encore exécutées, mais les exécutions suivantes sont lues depuis le cache de micro-opérations. Et vu la grande présence de boucles, le cache de micro-opérations est l'alimentation principale du pipeline.
Les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder quelques instructions isolées exécutées de-dehors de boucles, pas plus. Concrètement, ils servent pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même..
Voyons maintenant quelles sont les micro-architectures qui implémentent ces optimisations.
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' sont similaires à l'architecture Core, si ce n'est pour le passage à un renommage à banc de registre physique, et l'ajout d'un cache de micro-opérations. Le nombre de ports d'émission passe à 7, avec 4 pour les instructions arithmétiques (flottantes comme entière), 2 pour les lectures, et un pour les écritures (en fait deux, avec un pour le calcul d'adresse, l'autre pour la donnée à écrire). Pour le reste, rien ne change si ce n'est la prédiction de branchement
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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Mewtow
31375
/* Introduction : FPU, SIMD et historique */
773495
wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
Avant de voir chaque processeur indépendamment des autres, nous allons devoir aborder quelques généralités. précisons cependant une chose : dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux.
Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
==Introduction : FPU, SIMD et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe. Parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, de AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Voyons pourquoi.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX et les pipelines U/V===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 du Pentium 2/3===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 5 ports d'émission, qui étaient sous-utilisés en pratique. Niveau ALU, on trouve deux ALUs entières, une flottante, une unité pour les instructions SSE et autres, et trois unités pour les accès mémoire (regroupées en une seule unité dans le schéma ci-dessous). Les unités mémoire regroupent une unité de calcul d'adresse pour les lectures, une autre pour les écritures, et une unité pour la gestion des données à écrire. Les unités de calcul d'adresse sont des additionneurs à 4 opérandes, complétement différents des ALU entières. Les ALU entières sont deux unités asymétriques : une ALU simple, et une ALU complexe incorporant un multiplieur. Les deux peuvent exécuter des opérations d'addition, soustraction, comparaison, etc.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. Elle supporte aussi les optimisations des opérations ''load-up'', avec notamment un support des macro-opérations mentionnées plus haut. Les améliorations sont assez diverses, mais aussi assez mineures.
* Le processeur incorpore un cache L2, en plus des caches L1 déjà présents auparavant.
* La prédiction de branchement a été améliorée avec notamment l'ajout d'une ''Fetch Input Queue''.
* L'architecture Core passe à la quadruple émission, soit une instruction de plus que sur le Pentium 2 et 3. Pour cela, un quatrième décodeur est ajouté, il s'agit d'un décodeur simple qui ne fournit qu'une seule micro-opération en sortie.
* Un ''stack engine'' et un ''Loop Stream Detector'' ont été ajoutés, ainsi que le support de la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération.
* Les techniques de désambiguïsation mémoire sont implémentées sur cette micro-architecture.
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 6 ports d'émission, mais on devrait plutôt dire 5. Sur les 5, il y en a un pour les lectures, un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer''. Elle est elle-même reliée au cache de données par deux ports : un port de lecture et un port d'écriture. Les trois ports d'émission restants sont connectés aux unités de calcul.
Les trois ports restants sont chacun reliés à une ALU entière et une unité SIMD pour l'extension SSE. Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, et l'unité SIMD annexe est connectée sur le port restant. Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
===Les microarchitectures Sandy Bridge and Ivy Bridge===
Les micro-architectures suivant la micro-architecture Core ont introduit quelques grandes modifications : le passage à un renommage à banc de registre physique, l'ajout d'un cache de micro-opérations (et d'un ''Loop Stream Detector'').
L'ajout du cache de micro-opérations est un gros changement, particulièrement avec le jeu d’instruction x86. Le décodage des instructions est lent, couteux en énergie. Mais avec l'introduction du cache de micro-opération, la majorité des micro-opérations est non pas décodée, mais lue depuis le cache de micro-opérations. Les décodeurs décodent les instructions pas encore exécutées, mais les exécutions suivantes sont lues depuis le cache de micro-opérations. Et vu la grande présence de boucles, le cache de micro-opérations est l'alimentation principale du pipeline.
Les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder quelques instructions isolées exécutées de-dehors de boucles, pas plus. Concrètement, ils servent pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même..
Voyons maintenant quelles sont les micro-architectures qui implémentent ces optimisations.
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' sont similaires à l'architecture Core, si ce n'est pour le passage à un renommage à banc de registre physique, et l'ajout d'un cache de micro-opérations. Le nombre de ports d'émission passe à 7, avec 4 pour les instructions arithmétiques (flottantes comme entière), 2 pour les lectures, et un pour les écritures (en fait deux, avec un pour le calcul d'adresse, l'autre pour la donnée à écrire). Pour le reste, rien ne change si ce n'est la prédiction de branchement
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
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Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : FPU, SIMD et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe. Parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, de AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Voyons pourquoi.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX et les pipelines U/V===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 du Pentium 2/3===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 5 ports d'émission, qui étaient sous-utilisés en pratique. Niveau ALU, on trouve deux ALUs entières, une flottante, une unité pour les instructions SSE et autres, et trois unités pour les accès mémoire (regroupées en une seule unité dans le schéma ci-dessous). Les unités mémoire regroupent une unité de calcul d'adresse pour les lectures, une autre pour les écritures, et une unité pour la gestion des données à écrire. Les unités de calcul d'adresse sont des additionneurs à 4 opérandes, complétement différents des ALU entières. Les ALU entières sont deux unités asymétriques : une ALU simple, et une ALU complexe incorporant un multiplieur. Les deux peuvent exécuter des opérations d'addition, soustraction, comparaison, etc.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. Elle supporte aussi les optimisations des opérations ''load-up'', avec notamment un support des macro-opérations mentionnées plus haut. Les améliorations sont assez diverses, mais aussi assez mineures.
* Le processeur incorpore un cache L2, en plus des caches L1 déjà présents auparavant.
* La prédiction de branchement a été améliorée avec notamment l'ajout d'une ''Fetch Input Queue''.
* L'architecture Core passe à la quadruple émission, soit une instruction de plus que sur le Pentium 2 et 3. Pour cela, un quatrième décodeur est ajouté, il s'agit d'un décodeur simple qui ne fournit qu'une seule micro-opération en sortie.
* Un ''stack engine'' et un ''Loop Stream Detector'' ont été ajoutés, ainsi que le support de la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération.
* Les techniques de désambiguïsation mémoire sont implémentées sur cette micro-architecture.
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 6 ports d'émission, mais on devrait plutôt dire 5. Sur les 5, il y en a un pour les lectures, un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer''. Elle est elle-même reliée au cache de données par deux ports : un port de lecture et un port d'écriture. Les trois ports d'émission restants sont connectés aux unités de calcul.
Les trois ports restants sont chacun reliés à une ALU entière et une unité SIMD pour l'extension SSE. Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, et l'unité SIMD annexe est connectée sur le port restant. Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
===Les microarchitectures Sandy Bridge and Ivy Bridge===
Les micro-architectures suivant la micro-architecture Core ont introduit quelques grandes modifications : le passage à un renommage à banc de registre physique, l'ajout d'un cache de micro-opérations (et d'un ''Loop Stream Detector'').
L'ajout du cache de micro-opérations est un gros changement, particulièrement avec le jeu d’instruction x86. Le décodage des instructions est lent, couteux en énergie. Mais avec l'introduction du cache de micro-opération, la majorité des micro-opérations est non pas décodée, mais lue depuis le cache de micro-opérations. Les décodeurs décodent les instructions pas encore exécutées, mais les exécutions suivantes sont lues depuis le cache de micro-opérations. Et vu la grande présence de boucles, le cache de micro-opérations est l'alimentation principale du pipeline.
Les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder quelques instructions isolées exécutées de-dehors de boucles, pas plus. Concrètement, ils servent pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même..
Voyons maintenant quelles sont les micro-architectures qui implémentent ces optimisations.
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' sont similaires à l'architecture Core, si ce n'est pour le passage à un renommage à banc de registre physique, et l'ajout d'un cache de micro-opérations. Le nombre de ports d'émission passe à 7, avec 4 pour les instructions arithmétiques (flottantes comme entière), 2 pour les lectures, et un pour les écritures (en fait deux, avec un pour le calcul d'adresse, l'autre pour la donnée à écrire). Pour le reste, rien ne change si ce n'est la prédiction de branchement
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
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Mewtow
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/* Introduction : FPU, SIMD et historique */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe. Parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, de AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Voyons pourquoi.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX et les pipelines U/V===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 du Pentium 2/3===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 5 ports d'émission, qui étaient sous-utilisés en pratique. Niveau ALU, on trouve deux ALUs entières, une flottante, une unité pour les instructions SSE et autres, et trois unités pour les accès mémoire (regroupées en une seule unité dans le schéma ci-dessous). Les unités mémoire regroupent une unité de calcul d'adresse pour les lectures, une autre pour les écritures, et une unité pour la gestion des données à écrire. Les unités de calcul d'adresse sont des additionneurs à 4 opérandes, complétement différents des ALU entières. Les ALU entières sont deux unités asymétriques : une ALU simple, et une ALU complexe incorporant un multiplieur. Les deux peuvent exécuter des opérations d'addition, soustraction, comparaison, etc.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. Elle supporte aussi les optimisations des opérations ''load-up'', avec notamment un support des macro-opérations mentionnées plus haut. Les améliorations sont assez diverses, mais aussi assez mineures.
* Le processeur incorpore un cache L2, en plus des caches L1 déjà présents auparavant.
* La prédiction de branchement a été améliorée avec notamment l'ajout d'une ''Fetch Input Queue''.
* L'architecture Core passe à la quadruple émission, soit une instruction de plus que sur le Pentium 2 et 3. Pour cela, un quatrième décodeur est ajouté, il s'agit d'un décodeur simple qui ne fournit qu'une seule micro-opération en sortie.
* Un ''stack engine'' et un ''Loop Stream Detector'' ont été ajoutés, ainsi que le support de la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération.
* Les techniques de désambiguïsation mémoire sont implémentées sur cette micro-architecture.
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 6 ports d'émission, mais on devrait plutôt dire 5. Sur les 5, il y en a un pour les lectures, un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer''. Elle est elle-même reliée au cache de données par deux ports : un port de lecture et un port d'écriture. Les trois ports d'émission restants sont connectés aux unités de calcul.
Les trois ports restants sont chacun reliés à une ALU entière et une unité SIMD pour l'extension SSE. Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, et l'unité SIMD annexe est connectée sur le port restant. Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
===Les microarchitectures Sandy Bridge and Ivy Bridge===
Les micro-architectures suivant la micro-architecture Core ont introduit quelques grandes modifications : le passage à un renommage à banc de registre physique, l'ajout d'un cache de micro-opérations (et d'un ''Loop Stream Detector'').
L'ajout du cache de micro-opérations est un gros changement, particulièrement avec le jeu d’instruction x86. Le décodage des instructions est lent, couteux en énergie. Mais avec l'introduction du cache de micro-opération, la majorité des micro-opérations est non pas décodée, mais lue depuis le cache de micro-opérations. Les décodeurs décodent les instructions pas encore exécutées, mais les exécutions suivantes sont lues depuis le cache de micro-opérations. Et vu la grande présence de boucles, le cache de micro-opérations est l'alimentation principale du pipeline.
Les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder quelques instructions isolées exécutées de-dehors de boucles, pas plus. Concrètement, ils servent pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même..
Voyons maintenant quelles sont les micro-architectures qui implémentent ces optimisations.
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' sont similaires à l'architecture Core, si ce n'est pour le passage à un renommage à banc de registre physique, et l'ajout d'un cache de micro-opérations. Le nombre de ports d'émission passe à 7, avec 4 pour les instructions arithmétiques (flottantes comme entière), 2 pour les lectures, et un pour les écritures (en fait deux, avec un pour le calcul d'adresse, l'autre pour la donnée à écrire). Pour le reste, rien ne change si ce n'est la prédiction de branchement
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
| prevText=Les processeurs superscalaires
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2026-09-28T19:05:24Z
Mewtow
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/* Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe. Parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, de AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Voyons pourquoi.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX et les pipelines U/V===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 du Pentium 2/3===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 5 ports d'émission, qui étaient sous-utilisés en pratique. Niveau ALU, on trouve deux ALUs entières, une flottante, une unité pour les instructions SSE et autres, et trois unités pour les accès mémoire (regroupées en une seule unité dans le schéma ci-dessous). Les unités mémoire regroupent une unité de calcul d'adresse pour les lectures, une autre pour les écritures, et une unité pour la gestion des données à écrire. Les unités de calcul d'adresse sont des additionneurs à 4 opérandes, complétement différents des ALU entières. Les ALU entières sont deux unités asymétriques : une ALU simple, et une ALU complexe incorporant un multiplieur. Les deux peuvent exécuter des opérations d'addition, soustraction, comparaison, etc.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. Elle supporte aussi les optimisations des opérations ''load-up'', avec notamment un support des macro-opérations mentionnées plus haut. Les améliorations sont assez diverses, mais aussi assez mineures.
* Le processeur incorpore un cache L2, en plus des caches L1 déjà présents auparavant.
* La prédiction de branchement a été améliorée avec notamment l'ajout d'une ''Fetch Input Queue''.
* L'architecture Core passe à la quadruple émission, soit une instruction de plus que sur le Pentium 2 et 3. Pour cela, un quatrième décodeur est ajouté, il s'agit d'un décodeur simple qui ne fournit qu'une seule micro-opération en sortie.
* Un ''stack engine'' et un ''Loop Stream Detector'' ont été ajoutés, ainsi que le support de la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération.
* Les techniques de désambiguïsation mémoire sont implémentées sur cette micro-architecture.
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 6 ports d'émission, mais on devrait plutôt dire 5. Sur les 5, il y en a un pour les lectures, un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer''. Elle est elle-même reliée au cache de données par deux ports : un port de lecture et un port d'écriture. Les trois ports d'émission restants sont connectés aux unités de calcul.
Les trois ports restants sont chacun reliés à une ALU entière et une unité SIMD pour l'extension SSE. Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, et l'unité SIMD annexe est connectée sur le port restant. Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
===Les microarchitectures Sandy Bridge and Ivy Bridge===
Les micro-architectures suivant la micro-architecture Core ont introduit quelques grandes modifications : le passage à un renommage à banc de registre physique, l'ajout d'un cache de micro-opérations (et d'un ''Loop Stream Detector'').
L'ajout du cache de micro-opérations est un gros changement, particulièrement avec le jeu d’instruction x86. Le décodage des instructions est lent, couteux en énergie. Mais avec l'introduction du cache de micro-opération, la majorité des micro-opérations est non pas décodée, mais lue depuis le cache de micro-opérations. Les décodeurs décodent les instructions pas encore exécutées, mais les exécutions suivantes sont lues depuis le cache de micro-opérations. Et vu la grande présence de boucles, le cache de micro-opérations est l'alimentation principale du pipeline.
Les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder quelques instructions isolées exécutées de-dehors de boucles, pas plus. Concrètement, ils servent pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même..
Voyons maintenant quelles sont les micro-architectures qui implémentent ces optimisations.
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' sont similaires à l'architecture Core, si ce n'est pour le passage à un renommage à banc de registre physique, et l'ajout d'un cache de micro-opérations. Le nombre de ports d'émission passe à 7, avec 4 pour les instructions arithmétiques (flottantes comme entière), 2 pour les lectures, et un pour les écritures (en fait deux, avec un pour le calcul d'adresse, l'autre pour la donnée à écrire). Pour le reste, rien ne change si ce n'est la prédiction de branchement
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
| prevText=Les processeurs superscalaires
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| nextText=Les processeurs VLIW et EPIC
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Mewtow
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/* Introduction : généralités et historique */
773499
wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, de AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Voyons pourquoi.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX et les pipelines U/V===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
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| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
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| ''Barrel Shifter''
|
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| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
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| FPU
|
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| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 du Pentium 2/3===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 5 ports d'émission, qui étaient sous-utilisés en pratique. Niveau ALU, on trouve deux ALUs entières, une flottante, une unité pour les instructions SSE et autres, et trois unités pour les accès mémoire (regroupées en une seule unité dans le schéma ci-dessous). Les unités mémoire regroupent une unité de calcul d'adresse pour les lectures, une autre pour les écritures, et une unité pour la gestion des données à écrire. Les unités de calcul d'adresse sont des additionneurs à 4 opérandes, complétement différents des ALU entières. Les ALU entières sont deux unités asymétriques : une ALU simple, et une ALU complexe incorporant un multiplieur. Les deux peuvent exécuter des opérations d'addition, soustraction, comparaison, etc.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. Elle supporte aussi les optimisations des opérations ''load-up'', avec notamment un support des macro-opérations mentionnées plus haut. Les améliorations sont assez diverses, mais aussi assez mineures.
* Le processeur incorpore un cache L2, en plus des caches L1 déjà présents auparavant.
* La prédiction de branchement a été améliorée avec notamment l'ajout d'une ''Fetch Input Queue''.
* L'architecture Core passe à la quadruple émission, soit une instruction de plus que sur le Pentium 2 et 3. Pour cela, un quatrième décodeur est ajouté, il s'agit d'un décodeur simple qui ne fournit qu'une seule micro-opération en sortie.
* Un ''stack engine'' et un ''Loop Stream Detector'' ont été ajoutés, ainsi que le support de la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération.
* Les techniques de désambiguïsation mémoire sont implémentées sur cette micro-architecture.
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 6 ports d'émission, mais on devrait plutôt dire 5. Sur les 5, il y en a un pour les lectures, un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer''. Elle est elle-même reliée au cache de données par deux ports : un port de lecture et un port d'écriture. Les trois ports d'émission restants sont connectés aux unités de calcul.
Les trois ports restants sont chacun reliés à une ALU entière et une unité SIMD pour l'extension SSE. Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, et l'unité SIMD annexe est connectée sur le port restant. Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
===Les microarchitectures Sandy Bridge and Ivy Bridge===
Les micro-architectures suivant la micro-architecture Core ont introduit quelques grandes modifications : le passage à un renommage à banc de registre physique, l'ajout d'un cache de micro-opérations (et d'un ''Loop Stream Detector'').
L'ajout du cache de micro-opérations est un gros changement, particulièrement avec le jeu d’instruction x86. Le décodage des instructions est lent, couteux en énergie. Mais avec l'introduction du cache de micro-opération, la majorité des micro-opérations est non pas décodée, mais lue depuis le cache de micro-opérations. Les décodeurs décodent les instructions pas encore exécutées, mais les exécutions suivantes sont lues depuis le cache de micro-opérations. Et vu la grande présence de boucles, le cache de micro-opérations est l'alimentation principale du pipeline.
Les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder quelques instructions isolées exécutées de-dehors de boucles, pas plus. Concrètement, ils servent pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même..
Voyons maintenant quelles sont les micro-architectures qui implémentent ces optimisations.
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' sont similaires à l'architecture Core, si ce n'est pour le passage à un renommage à banc de registre physique, et l'ajout d'un cache de micro-opérations. Le nombre de ports d'émission passe à 7, avec 4 pour les instructions arithmétiques (flottantes comme entière), 2 pour les lectures, et un pour les écritures (en fait deux, avec un pour le calcul d'adresse, l'autre pour la donnée à écrire). Pour le reste, rien ne change si ce n'est la prédiction de branchement
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
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| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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/* La microarchitecture Core */
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Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, de AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Voyons pourquoi.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX et les pipelines U/V===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 du Pentium 2/3===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 5 ports d'émission, qui étaient sous-utilisés en pratique. Niveau ALU, on trouve deux ALUs entières, une flottante, une unité pour les instructions SSE et autres, et trois unités pour les accès mémoire (regroupées en une seule unité dans le schéma ci-dessous). Les unités mémoire regroupent une unité de calcul d'adresse pour les lectures, une autre pour les écritures, et une unité pour la gestion des données à écrire. Les unités de calcul d'adresse sont des additionneurs à 4 opérandes, complétement différents des ALU entières. Les ALU entières sont deux unités asymétriques : une ALU simple, et une ALU complexe incorporant un multiplieur. Les deux peuvent exécuter des opérations d'addition, soustraction, comparaison, etc.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. Elle supporte aussi les optimisations des opérations ''load-up'', avec notamment un support des macro-opérations mentionnées plus haut. Les améliorations sont assez diverses, mais aussi assez mineures.
* Le processeur incorpore un cache L2, en plus des caches L1 déjà présents auparavant.
* La prédiction de branchement a été améliorée avec notamment l'ajout d'une ''Fetch Input Queue''.
* Un ''stack engine'' et un ''Loop Stream Detector'' ont été ajoutés, ainsi que le support de la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération.
* L'architecture Core passe à la quadruple émission, soit une instruction de plus que sur le Pentium 2 et 3. Pour cela, un quatrième décodeur est ajouté, il s'agit d'un décodeur simple qui ne fournit qu'une seule micro-opération en sortie.
* Les techniques de désambiguïsation mémoire sont introduites sur cette micro-architecture.
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 6 ports d'émission, mais on devrait plutôt dire 5. Sur les 5, il y en a un pour les lectures, un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer''. Elle est elle-même reliée au cache de données par deux ports : un port de lecture et un port d'écriture. Les trois ports d'émission restants sont connectés aux unités de calcul.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Les trois ports restants sont chacun reliés à une ALU entière et une unité SIMD pour l'extension SSE. Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, et l'unité SIMD annexe est connectée sur le port restant. Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
===Les microarchitectures Sandy Bridge and Ivy Bridge===
Les micro-architectures suivant la micro-architecture Core ont introduit quelques grandes modifications : le passage à un renommage à banc de registre physique, l'ajout d'un cache de micro-opérations (et d'un ''Loop Stream Detector'').
L'ajout du cache de micro-opérations est un gros changement, particulièrement avec le jeu d’instruction x86. Le décodage des instructions est lent, couteux en énergie. Mais avec l'introduction du cache de micro-opération, la majorité des micro-opérations est non pas décodée, mais lue depuis le cache de micro-opérations. Les décodeurs décodent les instructions pas encore exécutées, mais les exécutions suivantes sont lues depuis le cache de micro-opérations. Et vu la grande présence de boucles, le cache de micro-opérations est l'alimentation principale du pipeline.
Les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder quelques instructions isolées exécutées de-dehors de boucles, pas plus. Concrètement, ils servent pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même..
Voyons maintenant quelles sont les micro-architectures qui implémentent ces optimisations.
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' sont similaires à l'architecture Core, si ce n'est pour le passage à un renommage à banc de registre physique, et l'ajout d'un cache de micro-opérations. Le nombre de ports d'émission passe à 7, avec 4 pour les instructions arithmétiques (flottantes comme entière), 2 pour les lectures, et un pour les écritures (en fait deux, avec un pour le calcul d'adresse, l'autre pour la donnée à écrire). Pour le reste, rien ne change si ce n'est la prédiction de branchement
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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Mewtow
31375
/* La microarchitecture Core */
773501
wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, de AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Voyons pourquoi.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX et les pipelines U/V===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 du Pentium 2/3===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 5 ports d'émission, qui étaient sous-utilisés en pratique. Niveau ALU, on trouve deux ALUs entières, une flottante, une unité pour les instructions SSE et autres, et trois unités pour les accès mémoire (regroupées en une seule unité dans le schéma ci-dessous). Les unités mémoire regroupent une unité de calcul d'adresse pour les lectures, une autre pour les écritures, et une unité pour la gestion des données à écrire. Les unités de calcul d'adresse sont des additionneurs à 4 opérandes, complétement différents des ALU entières. Les ALU entières sont deux unités asymétriques : une ALU simple, et une ALU complexe incorporant un multiplieur. Les deux peuvent exécuter des opérations d'addition, soustraction, comparaison, etc.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. Elle supporte aussi les optimisations des opérations ''load-up'', avec notamment un support des macro-opérations mentionnées plus haut. Les améliorations sont assez diverses, mais aussi assez mineures.
* Le processeur incorpore un cache L2, en plus des caches L1 déjà présents auparavant.
* La prédiction de branchement a été améliorée avec notamment l'ajout d'une ''Fetch Input Queue''.
* Un ''stack engine'' et un ''Loop Stream Detector'' ont été ajoutés, ainsi que le support de la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération.
* L'architecture Core passe à la quadruple émission, soit une instruction de plus que sur le Pentium 2 et 3. Pour cela, un quatrième décodeur est ajouté, il s'agit d'un décodeur simple qui ne fournit qu'une seule micro-opération en sortie.
* Les techniques de désambiguïsation mémoire sont introduites sur cette micro-architecture.
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD.
Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
===Les microarchitectures Sandy Bridge and Ivy Bridge===
Les micro-architectures suivant la micro-architecture Core ont introduit quelques grandes modifications : le passage à un renommage à banc de registre physique, l'ajout d'un cache de micro-opérations (et d'un ''Loop Stream Detector'').
L'ajout du cache de micro-opérations est un gros changement, particulièrement avec le jeu d’instruction x86. Le décodage des instructions est lent, couteux en énergie. Mais avec l'introduction du cache de micro-opération, la majorité des micro-opérations est non pas décodée, mais lue depuis le cache de micro-opérations. Les décodeurs décodent les instructions pas encore exécutées, mais les exécutions suivantes sont lues depuis le cache de micro-opérations. Et vu la grande présence de boucles, le cache de micro-opérations est l'alimentation principale du pipeline.
Les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder quelques instructions isolées exécutées de-dehors de boucles, pas plus. Concrètement, ils servent pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même..
Voyons maintenant quelles sont les micro-architectures qui implémentent ces optimisations.
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' sont similaires à l'architecture Core, si ce n'est pour le passage à un renommage à banc de registre physique, et l'ajout d'un cache de micro-opérations. Le nombre de ports d'émission passe à 7, avec 4 pour les instructions arithmétiques (flottantes comme entière), 2 pour les lectures, et un pour les écritures (en fait deux, avec un pour le calcul d'adresse, l'autre pour la donnée à écrire). Pour le reste, rien ne change si ce n'est la prédiction de branchement
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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Mewtow
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/* Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX et les pipelines U/V===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 du Pentium 2/3===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 5 ports d'émission, qui étaient sous-utilisés en pratique. Niveau ALU, on trouve deux ALUs entières, une flottante, une unité pour les instructions SSE et autres, et trois unités pour les accès mémoire (regroupées en une seule unité dans le schéma ci-dessous). Les unités mémoire regroupent une unité de calcul d'adresse pour les lectures, une autre pour les écritures, et une unité pour la gestion des données à écrire. Les unités de calcul d'adresse sont des additionneurs à 4 opérandes, complétement différents des ALU entières. Les ALU entières sont deux unités asymétriques : une ALU simple, et une ALU complexe incorporant un multiplieur. Les deux peuvent exécuter des opérations d'addition, soustraction, comparaison, etc.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. Elle supporte aussi les optimisations des opérations ''load-up'', avec notamment un support des macro-opérations mentionnées plus haut. Les améliorations sont assez diverses, mais aussi assez mineures.
* Le processeur incorpore un cache L2, en plus des caches L1 déjà présents auparavant.
* La prédiction de branchement a été améliorée avec notamment l'ajout d'une ''Fetch Input Queue''.
* Un ''stack engine'' et un ''Loop Stream Detector'' ont été ajoutés, ainsi que le support de la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération.
* L'architecture Core passe à la quadruple émission, soit une instruction de plus que sur le Pentium 2 et 3. Pour cela, un quatrième décodeur est ajouté, il s'agit d'un décodeur simple qui ne fournit qu'une seule micro-opération en sortie.
* Les techniques de désambiguïsation mémoire sont introduites sur cette micro-architecture.
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD.
Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
===Les microarchitectures Sandy Bridge and Ivy Bridge===
Les micro-architectures suivant la micro-architecture Core ont introduit quelques grandes modifications : le passage à un renommage à banc de registre physique, l'ajout d'un cache de micro-opérations (et d'un ''Loop Stream Detector'').
L'ajout du cache de micro-opérations est un gros changement, particulièrement avec le jeu d’instruction x86. Le décodage des instructions est lent, couteux en énergie. Mais avec l'introduction du cache de micro-opération, la majorité des micro-opérations est non pas décodée, mais lue depuis le cache de micro-opérations. Les décodeurs décodent les instructions pas encore exécutées, mais les exécutions suivantes sont lues depuis le cache de micro-opérations. Et vu la grande présence de boucles, le cache de micro-opérations est l'alimentation principale du pipeline.
Les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder quelques instructions isolées exécutées de-dehors de boucles, pas plus. Concrètement, ils servent pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même..
Voyons maintenant quelles sont les micro-architectures qui implémentent ces optimisations.
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' sont similaires à l'architecture Core, si ce n'est pour le passage à un renommage à banc de registre physique, et l'ajout d'un cache de micro-opérations. Le nombre de ports d'émission passe à 7, avec 4 pour les instructions arithmétiques (flottantes comme entière), 2 pour les lectures, et un pour les écritures (en fait deux, avec un pour le calcul d'adresse, l'autre pour la donnée à écrire). Pour le reste, rien ne change si ce n'est la prédiction de branchement
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
| prevText=Les processeurs superscalaires
| next=Les processeurs VLIW et EPIC
| nextText=Les processeurs VLIW et EPIC
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2026-09-28T20:04:21Z
Mewtow
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/* La microarchitecture P6 du Pentium 2/3 */
773503
wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX et les pipelines U/V===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 du Pentium 2/3===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits. La multiplication entière est réalisée dans la FPU.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. Elle supporte aussi les optimisations des opérations ''load-up'', avec notamment un support des macro-opérations mentionnées plus haut. Les améliorations sont assez diverses, mais aussi assez mineures.
* Le processeur incorpore un cache L2, en plus des caches L1 déjà présents auparavant.
* La prédiction de branchement a été améliorée avec notamment l'ajout d'une ''Fetch Input Queue''.
* Un ''stack engine'' et un ''Loop Stream Detector'' ont été ajoutés, ainsi que le support de la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération.
* L'architecture Core passe à la quadruple émission, soit une instruction de plus que sur le Pentium 2 et 3. Pour cela, un quatrième décodeur est ajouté, il s'agit d'un décodeur simple qui ne fournit qu'une seule micro-opération en sortie.
* Les techniques de désambiguïsation mémoire sont introduites sur cette micro-architecture.
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD.
Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
===Les microarchitectures Sandy Bridge and Ivy Bridge===
Les micro-architectures suivant la micro-architecture Core ont introduit quelques grandes modifications : le passage à un renommage à banc de registre physique, l'ajout d'un cache de micro-opérations (et d'un ''Loop Stream Detector'').
L'ajout du cache de micro-opérations est un gros changement, particulièrement avec le jeu d’instruction x86. Le décodage des instructions est lent, couteux en énergie. Mais avec l'introduction du cache de micro-opération, la majorité des micro-opérations est non pas décodée, mais lue depuis le cache de micro-opérations. Les décodeurs décodent les instructions pas encore exécutées, mais les exécutions suivantes sont lues depuis le cache de micro-opérations. Et vu la grande présence de boucles, le cache de micro-opérations est l'alimentation principale du pipeline.
Les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder quelques instructions isolées exécutées de-dehors de boucles, pas plus. Concrètement, ils servent pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même..
Voyons maintenant quelles sont les micro-architectures qui implémentent ces optimisations.
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' sont similaires à l'architecture Core, si ce n'est pour le passage à un renommage à banc de registre physique, et l'ajout d'un cache de micro-opérations. Le nombre de ports d'émission passe à 7, avec 4 pour les instructions arithmétiques (flottantes comme entière), 2 pour les lectures, et un pour les écritures (en fait deux, avec un pour le calcul d'adresse, l'autre pour la donnée à écrire). Pour le reste, rien ne change si ce n'est la prédiction de branchement
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
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Mewtow
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/* La microarchitecture P6 du Pentium 2/3 */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX et les pipelines U/V===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 du Pentium 2/3===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. Elle supporte aussi les optimisations des opérations ''load-up'', avec notamment un support des macro-opérations mentionnées plus haut. Les améliorations sont assez diverses, mais aussi assez mineures.
* Le processeur incorpore un cache L2, en plus des caches L1 déjà présents auparavant.
* La prédiction de branchement a été améliorée avec notamment l'ajout d'une ''Fetch Input Queue''.
* Un ''stack engine'' et un ''Loop Stream Detector'' ont été ajoutés, ainsi que le support de la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération.
* L'architecture Core passe à la quadruple émission, soit une instruction de plus que sur le Pentium 2 et 3. Pour cela, un quatrième décodeur est ajouté, il s'agit d'un décodeur simple qui ne fournit qu'une seule micro-opération en sortie.
* Les techniques de désambiguïsation mémoire sont introduites sur cette micro-architecture.
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD.
Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
===Les microarchitectures Sandy Bridge and Ivy Bridge===
Les micro-architectures suivant la micro-architecture Core ont introduit quelques grandes modifications : le passage à un renommage à banc de registre physique, l'ajout d'un cache de micro-opérations (et d'un ''Loop Stream Detector'').
L'ajout du cache de micro-opérations est un gros changement, particulièrement avec le jeu d’instruction x86. Le décodage des instructions est lent, couteux en énergie. Mais avec l'introduction du cache de micro-opération, la majorité des micro-opérations est non pas décodée, mais lue depuis le cache de micro-opérations. Les décodeurs décodent les instructions pas encore exécutées, mais les exécutions suivantes sont lues depuis le cache de micro-opérations. Et vu la grande présence de boucles, le cache de micro-opérations est l'alimentation principale du pipeline.
Les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder quelques instructions isolées exécutées de-dehors de boucles, pas plus. Concrètement, ils servent pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même..
Voyons maintenant quelles sont les micro-architectures qui implémentent ces optimisations.
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' sont similaires à l'architecture Core, si ce n'est pour le passage à un renommage à banc de registre physique, et l'ajout d'un cache de micro-opérations. Le nombre de ports d'émission passe à 7, avec 4 pour les instructions arithmétiques (flottantes comme entière), 2 pour les lectures, et un pour les écritures (en fait deux, avec un pour le calcul d'adresse, l'autre pour la donnée à écrire). Pour le reste, rien ne change si ce n'est la prédiction de branchement
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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| nextText=Les processeurs VLIW et EPIC
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Mewtow
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/* La microarchitecture Core */
773505
wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX et les pipelines U/V===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 du Pentium 2/3===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. Elle supporte aussi les optimisations des opérations ''load-up'', avec notamment un support des macro-opérations mentionnées plus haut. Les améliorations sont assez diverses, mais aussi assez mineures.
* Le processeur incorpore un cache L2, en plus des caches L1 déjà présents auparavant.
* La prédiction de branchement a été améliorée avec notamment l'ajout d'une ''Fetch Input Queue''.
* Un ''stack engine'' et un ''Loop Stream Detector'' ont été ajoutés, ainsi que le support de la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération.
* L'architecture Core passe à la quadruple émission, soit une instruction de plus que sur le Pentium 2 et 3. Pour cela, un quatrième décodeur est ajouté, il s'agit d'un décodeur simple qui ne fournit qu'une seule micro-opération en sortie.
* Les techniques de désambiguïsation mémoire sont introduites sur cette micro-architecture.
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD.
Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
===Les microarchitectures Sandy Bridge and Ivy Bridge===
Les micro-architectures suivant la micro-architecture Core ont introduit quelques grandes modifications : le passage à un renommage à banc de registre physique, l'ajout d'un cache de micro-opérations (et d'un ''Loop Stream Detector'').
L'ajout du cache de micro-opérations est un gros changement, particulièrement avec le jeu d’instruction x86. Le décodage des instructions est lent, couteux en énergie. Mais avec l'introduction du cache de micro-opération, la majorité des micro-opérations est non pas décodée, mais lue depuis le cache de micro-opérations. Les décodeurs décodent les instructions pas encore exécutées, mais les exécutions suivantes sont lues depuis le cache de micro-opérations. Et vu la grande présence de boucles, le cache de micro-opérations est l'alimentation principale du pipeline.
Les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder quelques instructions isolées exécutées de-dehors de boucles, pas plus. Concrètement, ils servent pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même..
Voyons maintenant quelles sont les micro-architectures qui implémentent ces optimisations.
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' sont similaires à l'architecture Core, si ce n'est pour le passage à un renommage à banc de registre physique, et l'ajout d'un cache de micro-opérations. Le nombre de ports d'émission passe à 7, avec 4 pour les instructions arithmétiques (flottantes comme entière), 2 pour les lectures, et un pour les écritures (en fait deux, avec un pour le calcul d'adresse, l'autre pour la donnée à écrire). Pour le reste, rien ne change si ce n'est la prédiction de branchement
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
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/* Les microarchitectures Sandy Bridge and Ivy Bridge */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX et les pipelines U/V===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 du Pentium 2/3===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. Elle supporte aussi les optimisations des opérations ''load-up'', avec notamment un support des macro-opérations mentionnées plus haut. Les améliorations sont assez diverses, mais aussi assez mineures.
* Le processeur incorpore un cache L2, en plus des caches L1 déjà présents auparavant.
* La prédiction de branchement a été améliorée avec notamment l'ajout d'une ''Fetch Input Queue''.
* Un ''stack engine'' et un ''Loop Stream Detector'' ont été ajoutés, ainsi que le support de la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération.
* L'architecture Core passe à la quadruple émission, soit une instruction de plus que sur le Pentium 2 et 3. Pour cela, un quatrième décodeur est ajouté, il s'agit d'un décodeur simple qui ne fournit qu'une seule micro-opération en sortie.
* Les techniques de désambiguïsation mémoire sont introduites sur cette micro-architecture.
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD.
Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
===Les microarchitectures Sandy Bridge and Ivy Bridge===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique, l'ajout d'un cache de micro-opérations et d'un ''Loop Stream Detector''.
L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder quelques instructions isolées exécutées de-dehors de boucles, pas plus. Sur les processeurs modernes, ils servent pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d'atteidnre le chiffre de 10-20% cité plus haut. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même..
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
| prevText=Les processeurs superscalaires
| next=Les processeurs VLIW et EPIC
| nextText=Les processeurs VLIW et EPIC
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2026-09-28T20:16:35Z
Mewtow
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/* Les microarchitectures Sandy Bridge and Ivy Bridge */
773507
wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX et les pipelines U/V===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 du Pentium 2/3===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. Elle supporte aussi les optimisations des opérations ''load-up'', avec notamment un support des macro-opérations mentionnées plus haut. Les améliorations sont assez diverses, mais aussi assez mineures.
* Le processeur incorpore un cache L2, en plus des caches L1 déjà présents auparavant.
* La prédiction de branchement a été améliorée avec notamment l'ajout d'une ''Fetch Input Queue''.
* Un ''stack engine'' et un ''Loop Stream Detector'' ont été ajoutés, ainsi que le support de la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération.
* L'architecture Core passe à la quadruple émission, soit une instruction de plus que sur le Pentium 2 et 3. Pour cela, un quatrième décodeur est ajouté, il s'agit d'un décodeur simple qui ne fournit qu'une seule micro-opération en sortie.
* Les techniques de désambiguïsation mémoire sont introduites sur cette micro-architecture.
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD.
Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
===Les microarchitectures Sandy Bridge and Ivy Bridge===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même..
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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| next=Les processeurs VLIW et EPIC
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Mewtow
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/* Les microarchitectures Sandy Bridge and Ivy Bridge */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX et les pipelines U/V===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 du Pentium 2/3===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. Elle supporte aussi les optimisations des opérations ''load-up'', avec notamment un support des macro-opérations mentionnées plus haut. Les améliorations sont assez diverses, mais aussi assez mineures.
* Le processeur incorpore un cache L2, en plus des caches L1 déjà présents auparavant.
* La prédiction de branchement a été améliorée avec notamment l'ajout d'une ''Fetch Input Queue''.
* Un ''stack engine'' et un ''Loop Stream Detector'' ont été ajoutés, ainsi que le support de la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération.
* L'architecture Core passe à la quadruple émission, soit une instruction de plus que sur le Pentium 2 et 3. Pour cela, un quatrième décodeur est ajouté, il s'agit d'un décodeur simple qui ne fournit qu'une seule micro-opération en sortie.
* Les techniques de désambiguïsation mémoire sont introduites sur cette micro-architecture.
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD.
Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Cependant, on peut dire qu'elle a introduit un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même..
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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Mewtow
31375
/* Le Pentium 1/MMX et les pipelines U/V */
773509
wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 du Pentium 2/3===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. Elle supporte aussi les optimisations des opérations ''load-up'', avec notamment un support des macro-opérations mentionnées plus haut. Les améliorations sont assez diverses, mais aussi assez mineures.
* Le processeur incorpore un cache L2, en plus des caches L1 déjà présents auparavant.
* La prédiction de branchement a été améliorée avec notamment l'ajout d'une ''Fetch Input Queue''.
* Un ''stack engine'' et un ''Loop Stream Detector'' ont été ajoutés, ainsi que le support de la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération.
* L'architecture Core passe à la quadruple émission, soit une instruction de plus que sur le Pentium 2 et 3. Pour cela, un quatrième décodeur est ajouté, il s'agit d'un décodeur simple qui ne fournit qu'une seule micro-opération en sortie.
* Les techniques de désambiguïsation mémoire sont introduites sur cette micro-architecture.
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD.
Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Cependant, on peut dire qu'elle a introduit un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même..
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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Mewtow
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/* La microarchitecture P6 du Pentium 2/3 */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. Elle supporte aussi les optimisations des opérations ''load-up'', avec notamment un support des macro-opérations mentionnées plus haut. Les améliorations sont assez diverses, mais aussi assez mineures.
* Le processeur incorpore un cache L2, en plus des caches L1 déjà présents auparavant.
* La prédiction de branchement a été améliorée avec notamment l'ajout d'une ''Fetch Input Queue''.
* Un ''stack engine'' et un ''Loop Stream Detector'' ont été ajoutés, ainsi que le support de la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération.
* L'architecture Core passe à la quadruple émission, soit une instruction de plus que sur le Pentium 2 et 3. Pour cela, un quatrième décodeur est ajouté, il s'agit d'un décodeur simple qui ne fournit qu'une seule micro-opération en sortie.
* Les techniques de désambiguïsation mémoire sont introduites sur cette micro-architecture.
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD.
Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Cependant, on peut dire qu'elle a introduit un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même..
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
| prevText=Les processeurs superscalaires
| next=Les processeurs VLIW et EPIC
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2026-09-28T20:31:58Z
Mewtow
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/* La microarchitecture Core */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro et micro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Cependant, on peut dire qu'elle a introduit un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même..
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
| prevText=Les processeurs superscalaires
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| nextText=Les processeurs VLIW et EPIC
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2026-09-28T20:32:20Z
Mewtow
31375
/* La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro et micro-fusion, stack engine, Fetch Input Queue */
773512
wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Cependant, on peut dire qu'elle a introduit un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même..
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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Mewtow
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/* La microarchitecture Nehalem : un vrai Loop Stream Detector */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même..
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
| prevText=Les processeurs superscalaires
| next=Les processeurs VLIW et EPIC
| nextText=Les processeurs VLIW et EPIC
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2026-09-28T20:37:11Z
Mewtow
31375
/* La microarchitecture Nehalem : un vrai Loop Stream Detector */
773514
wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même..
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
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Mewtow
31375
/* La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits ||
|-
| || Multiplieur entier || || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (128 bits) || SIMD bit à bit (128 bits) || SIMD bit à bit (128 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA || FMUL + FMA || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake===
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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Mewtow
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/* Les microarchitectures Haswell et Broadwell */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits ||
|-
| || Multiplieur entier || || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (128 bits) || SIMD bit à bit (128 bits) || SIMD bit à bit (128 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA || FMUL + FMA || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake===
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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| next=Les processeurs VLIW et EPIC
| nextText=Les processeurs VLIW et EPIC
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Mewtow
31375
/* Les microarchitectures Haswell et Broadwell */
773517
wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="4" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits ||
|-
| || Multiplieur entier || || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (128 bits) || SIMD bit à bit (128 bits) || SIMD bit à bit (128 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA || FMUL + FMA || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake===
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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Mewtow
31375
/* Les microarchitectures Haswell et Broadwell */
773518
wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="4" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits ||
|-
| || Multiplieur entier || || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (128 bits) || SIMD bit à bit (128 bits) || SIMD bit à bit (128 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA || FMUL + FMA || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake===
L'architecture '''Skylake''' réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
| prevText=Les processeurs superscalaires
| next=Les processeurs VLIW et EPIC
| nextText=Les processeurs VLIW et EPIC
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2026-09-28T20:54:24Z
Mewtow
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/* La microarchitecture Skylake */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="4" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits ||
|-
| || Multiplieur entier || || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (128 bits) || SIMD bit à bit (128 bits) || SIMD bit à bit (128 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA || FMUL + FMA || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake===
L'architecture '''Skylake''' a eu une longévité hors du commun, avec près de 6 ans d’utilisation ininterrompue. Elle a été la concurrentes des microarchitectures Zen 1, Zen 2 et Zen 3 d'AMD.
Elle réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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Mewtow
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/* Les microarchitectures Haswell et Broadwell */
773520
wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ||
|-
| || Multiplieur entier || ALU branchements || || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (256 bits) || ALU SIMD entière (256 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA (256 bits) || FMUL + FMA (256 bits) || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake===
L'architecture '''Skylake''' a eu une longévité hors du commun, avec près de 6 ans d’utilisation ininterrompue. Elle a été la concurrentes des microarchitectures Zen 1, Zen 2 et Zen 3 d'AMD.
Elle réorganise les unités de calcul et les ports d'émission pour gagner en efficacité. Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légérement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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| nextText=Les processeurs VLIW et EPIC
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Mewtow
31375
/* La microarchitecture Skylake */
773521
wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ||
|-
| || Multiplieur entier || ALU branchements || || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (256 bits) || ALU SIMD entière (256 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA (256 bits) || FMUL + FMA (256 bits) || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake===
L'architecture '''Skylake''' a eu une longévité hors du commun, avec près de 6 ans d’utilisation ininterrompue. Elle a été la concurrentes des microarchitectures Zen 1, Zen 2 et Zen 3 d'AMD. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légèrement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
Un changement extrêmement important concerne la station de réservation centralisée, qui ne l'est plus sur Skylake. Elle est scindée en deux stations de réservations : une pour les µops mémoire, et une autre pour le reste. Mien de rien, c'est à ce moment que la tendance "Intel = station de réservation centralisée " a commencée à s'adoucir. Intel est longtemps resté sur cette organisation avec un '''''Math Scheduler''''' d'un côté, et un '''''MEM scheduler''''' de l'autre.
Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc.
===Les microarchitectures "Cove" d'Intel===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. Elle était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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2026-09-28T21:10:16Z
Mewtow
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/* Les microarchitectures "Cove" d'Intel */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ||
|-
| || Multiplieur entier || ALU branchements || || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (256 bits) || ALU SIMD entière (256 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA (256 bits) || FMUL + FMA (256 bits) || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake===
L'architecture '''Skylake''' a eu une longévité hors du commun, avec près de 6 ans d’utilisation ininterrompue. Elle a été la concurrentes des microarchitectures Zen 1, Zen 2 et Zen 3 d'AMD. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légèrement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
Un changement extrêmement important concerne la station de réservation centralisée, qui ne l'est plus sur Skylake. Elle est scindée en deux stations de réservations : une pour les µops mémoire, et une autre pour le reste. Mien de rien, c'est à ce moment que la tendance "Intel = station de réservation centralisée " a commencée à s'adoucir. Intel est longtemps resté sur cette organisation avec un '''''Math Scheduler''''' d'un côté, et un '''''MEM scheduler''''' de l'autre.
Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc.
===La microarchitecture '''Sunny Cove''' : la station de réservation mémoire est scindée===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. La microarchitecture''Sunny Cove'' suit la tendance entamée avec Skylake de casser la station de réservation principale en plusieurs stations de réservations plus petites. Cette fois-ci c'est la station de réservation pour les µops mémoire qui est scindée en deux une pour les lectures et une pour les écritures.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
''Sunny Cove'' était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
===La microarchitecture '''Golden Cove'''===
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
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| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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Mewtow
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/* La microarchitecture Skylake */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ||
|-
| || Multiplieur entier || ALU branchements || || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (256 bits) || ALU SIMD entière (256 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA (256 bits) || FMUL + FMA (256 bits) || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake : la fin de la station de réservation centralisée===
L'architecture '''Skylake''' a eu une longévité hors du commun, avec près de 6 ans d’utilisation ininterrompue. Elle a été la concurrentes des microarchitectures Zen 1, Zen 2 et Zen 3 d'AMD. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légèrement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
Un changement extrêmement important concerne la station de réservation centralisée, qui ne l'est plus sur Skylake. Elle est scindée en deux stations de réservations : une pour les µops mémoire, et une autre pour le reste. Mien de rien, c'est à ce moment que la tendance "Intel = station de réservation centralisée " a commencée à s'adoucir. Intel est longtemps resté sur cette organisation avec un '''''Math Scheduler''''' d'un côté, et un '''''MEM scheduler''''' de l'autre.
Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc.
===La microarchitecture '''Sunny Cove''' : la station de réservation mémoire est scindée===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. La microarchitecture''Sunny Cove'' suit la tendance entamée avec Skylake de casser la station de réservation principale en plusieurs stations de réservations plus petites. Cette fois-ci c'est la station de réservation pour les µops mémoire qui est scindée en deux une pour les lectures et une pour les écritures.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
''Sunny Cove'' était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
===La microarchitecture '''Golden Cove'''===
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
| prevText=Les processeurs superscalaires
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| nextText=Les processeurs VLIW et EPIC
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Mewtow
31375
/* La microarchitecture Sunny Cove : la station de réservation mémoire est scindée */
773524
wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relévent de la tendance générale :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à segmenter la fenêtre d'instructions en deux ou trois stations de réservation séparées.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ||
|-
| || Multiplieur entier || ALU branchements || || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (256 bits) || ALU SIMD entière (256 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA (256 bits) || FMUL + FMA (256 bits) || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake : la fin de la station de réservation centralisée===
L'architecture '''Skylake''' a eu une longévité hors du commun, avec près de 6 ans d’utilisation ininterrompue. Elle a été la concurrentes des microarchitectures Zen 1, Zen 2 et Zen 3 d'AMD. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légèrement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
Un changement extrêmement important concerne la station de réservation centralisée, qui ne l'est plus sur Skylake. Elle est scindée en deux stations de réservations : une pour les µops mémoire, et une autre pour le reste. Mien de rien, c'est à ce moment que la tendance "Intel = station de réservation centralisée " a commencée à s'adoucir. Intel est longtemps resté sur cette organisation avec un '''''Math Scheduler''''' d'un côté, et un '''''MEM scheduler''''' de l'autre.
Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc.
===La microarchitecture ''Sunny Cove'' : la station de réservation mémoire est scindée===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. La microarchitecture''Sunny Cove'' suit la tendance entamée avec Skylake de casser la station de réservation principale en plusieurs stations de réservations plus petites. Cette fois-ci c'est la station de réservation pour les µops mémoire qui est scindée en deux une pour les lectures et une pour les écritures.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
''Sunny Cove'' était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
===La microarchitecture '''Golden Cove'''===
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
<noinclude>
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2026-09-28T21:13:19Z
Mewtow
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/* Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relèvent de la tendance générale, avec de nombreuses exceptions :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à scinder la fenêtre d'instructions, de plus en plus avec le temps. Le fait est qu'elle a dû grossir avec le temps, au point de devoir être scindée tellement elle prenait de circuits. La microarchitecture Skylake l'a scindée en une station de réservation pour les µops mémoire et une autre pour le reste. La microarchitecture ''Sunny Cove'' a ensuite scindée la station de réservation mémoire en deux : une pour les lectures et une pour les écritures.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ||
|-
| || Multiplieur entier || ALU branchements || || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (256 bits) || ALU SIMD entière (256 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA (256 bits) || FMUL + FMA (256 bits) || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake : la fin de la station de réservation centralisée===
L'architecture '''Skylake''' a eu une longévité hors du commun, avec près de 6 ans d’utilisation ininterrompue. Elle a été la concurrentes des microarchitectures Zen 1, Zen 2 et Zen 3 d'AMD. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légèrement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
Un changement extrêmement important concerne la station de réservation centralisée, qui ne l'est plus sur Skylake. Elle est scindée en deux stations de réservations : une pour les µops mémoire, et une autre pour le reste. Mien de rien, c'est à ce moment que la tendance "Intel = station de réservation centralisée " a commencée à s'adoucir. Intel est longtemps resté sur cette organisation avec un '''''Math Scheduler''''' d'un côté, et un '''''MEM scheduler''''' de l'autre.
Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc.
===La microarchitecture ''Sunny Cove'' : la station de réservation mémoire est scindée===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. La microarchitecture''Sunny Cove'' suit la tendance entamée avec Skylake de casser la station de réservation principale en plusieurs stations de réservations plus petites. Cette fois-ci c'est la station de réservation pour les µops mémoire qui est scindée en deux une pour les lectures et une pour les écritures.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
''Sunny Cove'' était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
===La microarchitecture '''Golden Cove'''===
La microarchitecture '''Golden Cove''' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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Mewtow
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/* La microarchitecture Golden Cove */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relèvent de la tendance générale, avec de nombreuses exceptions :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à scinder la fenêtre d'instructions, de plus en plus avec le temps. Le fait est qu'elle a dû grossir avec le temps, au point de devoir être scindée tellement elle prenait de circuits. La microarchitecture Skylake l'a scindée en une station de réservation pour les µops mémoire et une autre pour le reste. La microarchitecture ''Sunny Cove'' a ensuite scindée la station de réservation mémoire en deux : une pour les lectures et une pour les écritures.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ||
|-
| || Multiplieur entier || ALU branchements || || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (256 bits) || ALU SIMD entière (256 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA (256 bits) || FMUL + FMA (256 bits) || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake : la fin de la station de réservation centralisée===
L'architecture '''Skylake''' a eu une longévité hors du commun, avec près de 6 ans d’utilisation ininterrompue. Elle a été la concurrentes des microarchitectures Zen 1, Zen 2 et Zen 3 d'AMD. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légèrement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
Un changement extrêmement important concerne la station de réservation centralisée, qui ne l'est plus sur Skylake. Elle est scindée en deux stations de réservations : une pour les µops mémoire, et une autre pour le reste. Mien de rien, c'est à ce moment que la tendance "Intel = station de réservation centralisée " a commencée à s'adoucir. Intel est longtemps resté sur cette organisation avec un '''''Math Scheduler''''' d'un côté, et un '''''MEM scheduler''''' de l'autre.
Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc.
===La microarchitecture ''Sunny Cove'' : la station de réservation mémoire est scindée===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. La microarchitecture''Sunny Cove'' suit la tendance entamée avec Skylake de casser la station de réservation principale en plusieurs stations de réservations plus petites. Cette fois-ci c'est la station de réservation pour les µops mémoire qui est scindée en deux une pour les lectures et une pour les écritures.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
''Sunny Cove'' était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
===La microarchitecture ''Golden Cove''===
La microarchitecture '''Golden Cove''' a suivi ''Sunny Cove''. Les microarchitectures suivantes, ''Redwood Cove'' et ''Raptor Cove'', sont des modifications mineures de ''Golden Cove''.
''Golden Cove'' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
Notons qu'il y a trois fenêtres d'instruction séparées pour : les instructions entières/flottantes, les lectures, les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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Mewtow
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/* La microarchitecture Golden Cove */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relèvent de la tendance générale, avec de nombreuses exceptions :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à scinder la fenêtre d'instructions, de plus en plus avec le temps. Le fait est qu'elle a dû grossir avec le temps, au point de devoir être scindée tellement elle prenait de circuits. La microarchitecture Skylake l'a scindée en une station de réservation pour les µops mémoire et une autre pour le reste. La microarchitecture ''Sunny Cove'' a ensuite scindée la station de réservation mémoire en deux : une pour les lectures et une pour les écritures.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ||
|-
| || Multiplieur entier || ALU branchements || || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (256 bits) || ALU SIMD entière (256 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA (256 bits) || FMUL + FMA (256 bits) || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake : la fin de la station de réservation centralisée===
L'architecture '''Skylake''' a eu une longévité hors du commun, avec près de 6 ans d’utilisation ininterrompue. Elle a été la concurrentes des microarchitectures Zen 1, Zen 2 et Zen 3 d'AMD. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légèrement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
Un changement extrêmement important concerne la station de réservation centralisée, qui ne l'est plus sur Skylake. Elle est scindée en deux stations de réservations : une pour les µops mémoire, et une autre pour le reste. Mien de rien, c'est à ce moment que la tendance "Intel = station de réservation centralisée " a commencée à s'adoucir. Intel est longtemps resté sur cette organisation avec un '''''Math Scheduler''''' d'un côté, et un '''''MEM scheduler''''' de l'autre.
Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc.
===La microarchitecture ''Sunny Cove'' : la station de réservation mémoire est scindée===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. La microarchitecture''Sunny Cove'' suit la tendance entamée avec Skylake de casser la station de réservation principale en plusieurs stations de réservations plus petites. Cette fois-ci c'est la station de réservation pour les µops mémoire qui est scindée en deux une pour les lectures et une pour les écritures.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
''Sunny Cove'' était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
===La microarchitecture ''Golden Cove''===
La microarchitecture '''Golden Cove''' a suivi ''Sunny Cove''. Les microarchitectures suivantes, ''Redwood Cove'' et ''Raptor Cove'', sont des modifications mineures de ''Golden Cove''.
''Golden Cove'' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
''Golden Cove'' conserve les trois fenêtres d'instruction séparées de ''Sunny Cove'', savoir : pour les instructions entières/flottantes, pour les lectures, pour les écritures. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Les fenêtres d'instructions peuvent émettre 5 instructions entières, trois lectures et deux écritures en même temps. Le ROB accepte de ''commit'' 8 µops par cycle. Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Niveau unités de calcul, le CPU a pas moins de 5 ALU entières, deux ''barrel shifters'', un multiplieur et deux unités de branchements. Le tout est répartit sur 5 ports d'émission. Pour les unités mémoire, il y a trois unités LOAD pour les lectures et deux unités STORE pour les écritures. Il n'y a plus d'unité flottante proprement dite, mais une unité SIMD qui est capable de faire plusieurs calculs flottants, qu'on ne détaillera pas ici, car nous n'avons pas encore vu les techniques de SIMD.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
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2026-09-28T21:21:33Z
Mewtow
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/* La microarchitecture Golden Cove */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relèvent de la tendance générale, avec de nombreuses exceptions :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à scinder la fenêtre d'instructions, de plus en plus avec le temps. Le fait est qu'elle a dû grossir avec le temps, au point de devoir être scindée tellement elle prenait de circuits. La microarchitecture Skylake l'a scindée en une station de réservation pour les µops mémoire et une autre pour le reste. La microarchitecture ''Sunny Cove'' a ensuite scindée la station de réservation mémoire en deux : une pour les lectures et une pour les écritures.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ||
|-
| || Multiplieur entier || ALU branchements || || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (256 bits) || ALU SIMD entière (256 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA (256 bits) || FMUL + FMA (256 bits) || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake : la fin de la station de réservation centralisée===
L'architecture '''Skylake''' a eu une longévité hors du commun, avec près de 6 ans d’utilisation ininterrompue. Elle a été la concurrentes des microarchitectures Zen 1, Zen 2 et Zen 3 d'AMD. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légèrement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
Un changement extrêmement important concerne la station de réservation centralisée, qui ne l'est plus sur Skylake. Elle est scindée en deux stations de réservations : une pour les µops mémoire, et une autre pour le reste. Mien de rien, c'est à ce moment que la tendance "Intel = station de réservation centralisée " a commencée à s'adoucir. Intel est longtemps resté sur cette organisation avec un '''''Math Scheduler''''' d'un côté, et un '''''MEM scheduler''''' de l'autre.
Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc.
===La microarchitecture ''Sunny Cove'' : la station de réservation mémoire est scindée===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. La microarchitecture''Sunny Cove'' suit la tendance entamée avec Skylake de casser la station de réservation principale en plusieurs stations de réservations plus petites. Cette fois-ci c'est la station de réservation pour les µops mémoire qui est scindée en deux une pour les lectures et une pour les écritures.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
''Sunny Cove'' était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
===La microarchitecture ''Golden Cove''===
La microarchitecture '''Golden Cove''' a suivi ''Sunny Cove''. Les microarchitectures suivantes, ''Redwood Cove'' et ''Raptor Cove'', sont des modifications mineures de ''Golden Cove''.
''Golden Cove'' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois et il y a toujours 4 décodeurs identiques aux générations précédentes. Golden Cove passe à 6 décodeurs simples, et double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant.
Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps. ''Golden Cove'' conserve les trois fenêtres d'instruction séparées de ''Sunny Cove'', savoir : pour les instructions entières/flottantes, pour les lectures, pour les écritures.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Niveau unités de calcul, peu de changements avec ''Sunny Cove'', si ce n'est une ALU entière en plus.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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| next=Les processeurs VLIW et EPIC
| nextText=Les processeurs VLIW et EPIC
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Mewtow
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/* La microarchitecture Golden Cove */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relèvent de la tendance générale, avec de nombreuses exceptions :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à scinder la fenêtre d'instructions, de plus en plus avec le temps. Le fait est qu'elle a dû grossir avec le temps, au point de devoir être scindée tellement elle prenait de circuits. La microarchitecture Skylake l'a scindée en une station de réservation pour les µops mémoire et une autre pour le reste. La microarchitecture ''Sunny Cove'' a ensuite scindée la station de réservation mémoire en deux : une pour les lectures et une pour les écritures.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ||
|-
| || Multiplieur entier || ALU branchements || || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (256 bits) || ALU SIMD entière (256 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA (256 bits) || FMUL + FMA (256 bits) || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake : la fin de la station de réservation centralisée===
L'architecture '''Skylake''' a eu une longévité hors du commun, avec près de 6 ans d’utilisation ininterrompue. Elle a été la concurrentes des microarchitectures Zen 1, Zen 2 et Zen 3 d'AMD. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légèrement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
Un changement extrêmement important concerne la station de réservation centralisée, qui ne l'est plus sur Skylake. Elle est scindée en deux stations de réservations : une pour les µops mémoire, et une autre pour le reste. Mien de rien, c'est à ce moment que la tendance "Intel = station de réservation centralisée " a commencée à s'adoucir. Intel est longtemps resté sur cette organisation avec un '''''Math Scheduler''''' d'un côté, et un '''''MEM scheduler''''' de l'autre.
Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc.
===La microarchitecture ''Sunny Cove'' : la station de réservation mémoire est scindée===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. La microarchitecture''Sunny Cove'' suit la tendance entamée avec Skylake de casser la station de réservation principale en plusieurs stations de réservations plus petites. Cette fois-ci c'est la station de réservation pour les µops mémoire qui est scindée en deux une pour les lectures et une pour les écritures.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
''Sunny Cove'' était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
===La microarchitecture ''Golden Cove''===
La microarchitecture '''Golden Cove''' a suivi ''Sunny Cove''. Les microarchitectures suivantes, ''Redwood Cove'' et ''Raptor Cove'', sont des modifications mineures de ''Golden Cove''.
''Golden Cove'' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant. Mais cela change avec ''Golden Cove''.
Golden Cove double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps. ''Golden Cove'' conserve les trois fenêtres d'instruction séparées de ''Sunny Cove'', savoir : pour les instructions entières/flottantes, pour les lectures, pour les écritures.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Niveau unités de calcul, peu de changements avec ''Sunny Cove'', si ce n'est une ALU entière en plus.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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| nextText=Les processeurs VLIW et EPIC
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Mewtow
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/* La microarchitecture Golden Cove */
773530
wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relèvent de la tendance générale, avec de nombreuses exceptions :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à scinder la fenêtre d'instructions, de plus en plus avec le temps. Le fait est qu'elle a dû grossir avec le temps, au point de devoir être scindée tellement elle prenait de circuits. La microarchitecture Skylake l'a scindée en une station de réservation pour les µops mémoire et une autre pour le reste. La microarchitecture ''Sunny Cove'' a ensuite scindée la station de réservation mémoire en deux : une pour les lectures et une pour les écritures.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ||
|-
| || Multiplieur entier || ALU branchements || || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (256 bits) || ALU SIMD entière (256 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA (256 bits) || FMUL + FMA (256 bits) || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake : la fin de la station de réservation centralisée===
L'architecture '''Skylake''' a eu une longévité hors du commun, avec près de 6 ans d’utilisation ininterrompue. Elle a été la concurrentes des microarchitectures Zen 1, Zen 2 et Zen 3 d'AMD. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légèrement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
Un changement extrêmement important concerne la station de réservation centralisée, qui ne l'est plus sur Skylake. Elle est scindée en deux stations de réservations : une pour les µops mémoire, et une autre pour le reste. Mien de rien, c'est à ce moment que la tendance "Intel = station de réservation centralisée " a commencée à s'adoucir. Intel est longtemps resté sur cette organisation avec un '''''Math Scheduler''''' d'un côté, et un '''''MEM scheduler''''' de l'autre.
Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc.
===La microarchitecture ''Sunny Cove'' : la station de réservation mémoire est scindée===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. La microarchitecture''Sunny Cove'' suit la tendance entamée avec Skylake de casser la station de réservation principale en plusieurs stations de réservations plus petites. Cette fois-ci c'est la station de réservation pour les µops mémoire qui est scindée en deux une pour les lectures et une pour les écritures.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
''Sunny Cove'' était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
===La microarchitecture ''Golden Cove''===
La microarchitecture '''Golden Cove''' a suivi ''Sunny Cove''. Les microarchitectures suivantes, ''Redwood Cove'' et ''Raptor Cove'', sont des modifications mineures de ''Golden Cove''.
''Golden Cove'' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant. Mais cela change avec ''Golden Cove''.
Golden Cove double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps. ''Golden Cove'' conserve les trois fenêtres d'instruction séparées de ''Sunny Cove'', savoir : pour les instructions entières/flottantes, pour les lectures, pour les écritures.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Niveau unités de calcul, peu de changements avec ''Sunny Cove'', si ce n'est une ALU entière en plus.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
===La microarchitecture ''Lion Cove''===
La microarchitecture '''''Lion Cove''''' poursuit la tendance à scinder la station de réservation. La station de réservation pour les opérations entières/flottantes est maintenant scindée en deux : une pour les µops entières, une autre pour les µops SIMD/flottantes. La première dispose de 6 ports d'émission, alors que la seconde n'en a que 4. Les raisons sont certainement que cela simplifie grandement la conception du processeur, en séparant les pipelines entiers et SIMD, surtout que les opérations entières et SIMD sont forts différentes : instructions 2-opérandes d'un côté, 2 à 3-opérandes pour le SIMD ; présence de techniques de ''masking'' pour le SIMD, mais pas pour les opérations entières, etc.
Pour le reste, le processeur de 6 à 8 voies d'émission, et l'unité de chargement peut maintenantn charger 48 cotets, au lieu de 32 auparavant.
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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2026-09-28T21:31:00Z
Mewtow
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/* La microarchitecture Lion Cove */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relèvent de la tendance générale, avec de nombreuses exceptions :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à scinder la fenêtre d'instructions, de plus en plus avec le temps. Le fait est qu'elle a dû grossir avec le temps, au point de devoir être scindée tellement elle prenait de circuits. La microarchitecture Skylake l'a scindée en une station de réservation pour les µops mémoire et une autre pour le reste. La microarchitecture ''Sunny Cove'' a ensuite scindée la station de réservation mémoire en deux : une pour les lectures et une pour les écritures.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ||
|-
| || Multiplieur entier || ALU branchements || || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (256 bits) || ALU SIMD entière (256 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA (256 bits) || FMUL + FMA (256 bits) || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake : la fin de la station de réservation centralisée===
L'architecture '''Skylake''' a eu une longévité hors du commun, avec près de 6 ans d’utilisation ininterrompue. Elle a été la concurrentes des microarchitectures Zen 1, Zen 2 et Zen 3 d'AMD. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légèrement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
Un changement extrêmement important concerne la station de réservation centralisée, qui ne l'est plus sur Skylake. Elle est scindée en deux stations de réservations : une pour les µops mémoire, et une autre pour le reste. Mien de rien, c'est à ce moment que la tendance "Intel = station de réservation centralisée " a commencée à s'adoucir. Intel est longtemps resté sur cette organisation avec un '''''Math Scheduler''''' d'un côté, et un '''''MEM scheduler''''' de l'autre.
Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc.
===La microarchitecture ''Sunny Cove'' : la station de réservation mémoire est scindée===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. La microarchitecture''Sunny Cove'' suit la tendance entamée avec Skylake de casser la station de réservation principale en plusieurs stations de réservations plus petites. Cette fois-ci c'est la station de réservation pour les µops mémoire qui est scindée en deux une pour les lectures et une pour les écritures.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
''Sunny Cove'' était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
===La microarchitecture ''Golden Cove''===
La microarchitecture '''Golden Cove''' a suivi ''Sunny Cove''. Les microarchitectures suivantes, ''Redwood Cove'' et ''Raptor Cove'', sont des modifications mineures de ''Golden Cove''.
''Golden Cove'' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant. Mais cela change avec ''Golden Cove''.
Golden Cove double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps. ''Golden Cove'' conserve les trois fenêtres d'instruction séparées de ''Sunny Cove'', savoir : pour les instructions entières/flottantes, pour les lectures, pour les écritures.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Niveau unités de calcul, peu de changements avec ''Sunny Cove'', si ce n'est une ALU entière en plus.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
===La microarchitecture ''Lion Cove''===
La microarchitecture '''''Lion Cove''''' poursuit la tendance à scinder la station de réservation. La station de réservation pour les opérations entières/flottantes est maintenant scindée en deux : une pour les µops entières, une autre pour les µops SIMD/flottantes. La première dispose de 6 ports d'émission, alors que la seconde n'en a que 4. Les raisons sont certainement que cela simplifie grandement la conception du processeur, en séparant les pipelines entiers et SIMD, surtout que les opérations entières et SIMD sont forts différentes : instructions 2-opérandes d'un côté, 2 à 3-opérandes pour le SIMD ; présence de techniques de ''masking'' pour le SIMD, mais pas pour les opérations entières, etc.
Pour le reste, le processeur de 6 à 8 voies d'émission, et l'unité de chargement peut maintenant charger 48 cotets, au lieu de 32 auparavant. Des ALU entières et SIMD ont été rajoutés.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière |
|-
| Branchements || ''Barrel shifter'' || Branchements || ''Barrel shifter'' || Branchements || ''Barrel shifter'' |
|-
| || Multiplieur entier || || Multiplieur entier || || Multiplieur entier |
|}
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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Mewtow
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/* La microarchitecture Lion Cove */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relèvent de la tendance générale, avec de nombreuses exceptions :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à scinder la fenêtre d'instructions, de plus en plus avec le temps. Le fait est qu'elle a dû grossir avec le temps, au point de devoir être scindée tellement elle prenait de circuits. La microarchitecture Skylake l'a scindée en une station de réservation pour les µops mémoire et une autre pour le reste. La microarchitecture ''Sunny Cove'' a ensuite scindée la station de réservation mémoire en deux : une pour les lectures et une pour les écritures.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ||
|-
| || Multiplieur entier || ALU branchements || || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (256 bits) || ALU SIMD entière (256 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA (256 bits) || FMUL + FMA (256 bits) || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake : la fin de la station de réservation centralisée===
L'architecture '''Skylake''' a eu une longévité hors du commun, avec près de 6 ans d’utilisation ininterrompue. Elle a été la concurrentes des microarchitectures Zen 1, Zen 2 et Zen 3 d'AMD. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légèrement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
Un changement extrêmement important concerne la station de réservation centralisée, qui ne l'est plus sur Skylake. Elle est scindée en deux stations de réservations : une pour les µops mémoire, et une autre pour le reste. Mien de rien, c'est à ce moment que la tendance "Intel = station de réservation centralisée " a commencée à s'adoucir. Intel est longtemps resté sur cette organisation avec un '''''Math Scheduler''''' d'un côté, et un '''''MEM scheduler''''' de l'autre.
Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc.
===La microarchitecture ''Sunny Cove'' : la station de réservation mémoire est scindée===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. La microarchitecture''Sunny Cove'' suit la tendance entamée avec Skylake de casser la station de réservation principale en plusieurs stations de réservations plus petites. Cette fois-ci c'est la station de réservation pour les µops mémoire qui est scindée en deux une pour les lectures et une pour les écritures.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
''Sunny Cove'' était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
===La microarchitecture ''Golden Cove''===
La microarchitecture '''Golden Cove''' a suivi ''Sunny Cove''. Les microarchitectures suivantes, ''Redwood Cove'' et ''Raptor Cove'', sont des modifications mineures de ''Golden Cove''.
''Golden Cove'' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant. Mais cela change avec ''Golden Cove''.
Golden Cove double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps. ''Golden Cove'' conserve les trois fenêtres d'instruction séparées de ''Sunny Cove'', savoir : pour les instructions entières/flottantes, pour les lectures, pour les écritures.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Niveau unités de calcul, peu de changements avec ''Sunny Cove'', si ce n'est une ALU entière en plus.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5 !! Port d'émission n°6 !! Port d'émission n°7 !! Port d'émission n°8 !! Port d'émission n°9 !! Port d'émission n°10
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || LOAD || LOAD || STORE || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' || || || || || ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements || || || || || ||
|}
===La microarchitecture ''Lion Cove''===
La microarchitecture '''''Lion Cove''''' poursuit la tendance à scinder la station de réservation. La station de réservation pour les opérations entières/flottantes est maintenant scindée en deux : une pour les µops entières, une autre pour les µops SIMD/flottantes. La première dispose de 6 ports d'émission, alors que la seconde n'en a que 4. Les raisons sont certainement que cela simplifie grandement la conception du processeur, en séparant les pipelines entiers et SIMD, surtout que les opérations entières et SIMD sont forts différentes : instructions 2-opérandes d'un côté, 2 à 3-opérandes pour le SIMD ; présence de techniques de ''masking'' pour le SIMD, mais pas pour les opérations entières, etc.
Pour le reste, le processeur de 6 à 8 voies d'émission, et l'unité de chargement peut maintenant charger 48 cotets, au lieu de 32 auparavant. Des ALU entières et SIMD ont été rajoutés.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière
|-
| Branchements || ''Barrel shifter'' || Branchements || ''Barrel shifter'' || Branchements || ''Barrel shifter''
|-
| || Multiplieur entier || || Multiplieur entier || || Multiplieur entier
|}
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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/* La microarchitecture Golden Cove */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relèvent de la tendance générale, avec de nombreuses exceptions :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à scinder la fenêtre d'instructions, de plus en plus avec le temps. Le fait est qu'elle a dû grossir avec le temps, au point de devoir être scindée tellement elle prenait de circuits. La microarchitecture Skylake l'a scindée en une station de réservation pour les µops mémoire et une autre pour le reste. La microarchitecture ''Sunny Cove'' a ensuite scindée la station de réservation mémoire en deux : une pour les lectures et une pour les écritures.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ||
|-
| || Multiplieur entier || ALU branchements || || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (256 bits) || ALU SIMD entière (256 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA (256 bits) || FMUL + FMA (256 bits) || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake : la fin de la station de réservation centralisée===
L'architecture '''Skylake''' a eu une longévité hors du commun, avec près de 6 ans d’utilisation ininterrompue. Elle a été la concurrentes des microarchitectures Zen 1, Zen 2 et Zen 3 d'AMD. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légèrement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
Un changement extrêmement important concerne la station de réservation centralisée, qui ne l'est plus sur Skylake. Elle est scindée en deux stations de réservations : une pour les µops mémoire, et une autre pour le reste. Mien de rien, c'est à ce moment que la tendance "Intel = station de réservation centralisée " a commencée à s'adoucir. Intel est longtemps resté sur cette organisation avec un '''''Math Scheduler''''' d'un côté, et un '''''MEM scheduler''''' de l'autre.
Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc.
===La microarchitecture ''Sunny Cove'' : la station de réservation mémoire est scindée===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. La microarchitecture''Sunny Cove'' suit la tendance entamée avec Skylake de casser la station de réservation principale en plusieurs stations de réservations plus petites. Cette fois-ci c'est la station de réservation pour les µops mémoire qui est scindée en deux une pour les lectures et une pour les écritures.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
''Sunny Cove'' était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
===La microarchitecture ''Golden Cove''===
La microarchitecture '''Golden Cove''' a suivi ''Sunny Cove''. Les microarchitectures suivantes, ''Redwood Cove'' et ''Raptor Cove'', sont des modifications mineures de ''Golden Cove''.
''Golden Cove'' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant. Mais cela change avec ''Golden Cove''.
Golden Cove double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps. ''Golden Cove'' conserve les trois fenêtres d'instruction séparées de ''Sunny Cove'', savoir : pour les instructions entières/flottantes, pour les lectures, pour les écritures.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Niveau unités de calcul, peu de changements avec ''Sunny Cove'', si ce n'est une ALU entière en plus.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements ||
|}
===La microarchitecture ''Lion Cove''===
La microarchitecture '''''Lion Cove''''' poursuit la tendance à scinder la station de réservation. La station de réservation pour les opérations entières/flottantes est maintenant scindée en deux : une pour les µops entières, une autre pour les µops SIMD/flottantes. La première dispose de 6 ports d'émission, alors que la seconde n'en a que 4. Les raisons sont certainement que cela simplifie grandement la conception du processeur, en séparant les pipelines entiers et SIMD, surtout que les opérations entières et SIMD sont forts différentes : instructions 2-opérandes d'un côté, 2 à 3-opérandes pour le SIMD ; présence de techniques de ''masking'' pour le SIMD, mais pas pour les opérations entières, etc.
Pour le reste, le processeur de 6 à 8 voies d'émission, et l'unité de chargement peut maintenant charger 48 cotets, au lieu de 32 auparavant. Des ALU entières et SIMD ont été rajoutés.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière
|-
| Branchements || ''Barrel shifter'' || Branchements || ''Barrel shifter'' || Branchements || ''Barrel shifter''
|-
| || Multiplieur entier || || Multiplieur entier || || Multiplieur entier
|}
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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2026-09-28T21:54:57Z
Mewtow
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/* La microarchitecture Golden Cove */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relèvent de la tendance générale, avec de nombreuses exceptions :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à scinder la fenêtre d'instructions, de plus en plus avec le temps. Le fait est qu'elle a dû grossir avec le temps, au point de devoir être scindée tellement elle prenait de circuits. La microarchitecture Skylake l'a scindée en une station de réservation pour les µops mémoire et une autre pour le reste. La microarchitecture ''Sunny Cove'' a ensuite scindée la station de réservation mémoire en deux : une pour les lectures et une pour les écritures.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ||
|-
| || Multiplieur entier || ALU branchements || || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (256 bits) || ALU SIMD entière (256 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA (256 bits) || FMUL + FMA (256 bits) || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake : la fin de la station de réservation centralisée===
L'architecture '''Skylake''' a eu une longévité hors du commun, avec près de 6 ans d’utilisation ininterrompue. Elle a été la concurrentes des microarchitectures Zen 1, Zen 2 et Zen 3 d'AMD. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légèrement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
Un changement extrêmement important concerne la station de réservation centralisée, qui ne l'est plus sur Skylake. Elle est scindée en deux stations de réservations : une pour les µops mémoire, et une autre pour le reste. Mien de rien, c'est à ce moment que la tendance "Intel = station de réservation centralisée " a commencée à s'adoucir. Intel est longtemps resté sur cette organisation avec un '''''Math Scheduler''''' d'un côté, et un '''''MEM scheduler''''' de l'autre.
Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc.
===La microarchitecture ''Sunny Cove'' : la station de réservation mémoire est scindée===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. La microarchitecture''Sunny Cove'' suit la tendance entamée avec Skylake de casser la station de réservation principale en plusieurs stations de réservations plus petites. Cette fois-ci c'est la station de réservation pour les µops mémoire qui est scindée en deux une pour les lectures et une pour les écritures.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
''Sunny Cove'' était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
===La microarchitecture ''Golden Cove'' : un ''Fetch'' doublé===
La microarchitecture '''Golden Cove''' a suivi ''Sunny Cove''. Les microarchitectures suivantes, ''Redwood Cove'' et ''Raptor Cove'', sont des modifications mineures de ''Golden Cove''.
''Golden Cove'' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant. Mais cela change avec ''Golden Cove''.
Golden Cove double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps. ''Golden Cove'' conserve les trois fenêtres d'instruction séparées de ''Sunny Cove'', savoir : pour les instructions entières/flottantes, pour les lectures, pour les écritures.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Niveau unités de calcul, peu de changements avec ''Sunny Cove'', si ce n'est une ALU entière en plus.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements ||
|}
===La microarchitecture ''Lion Cove''===
La microarchitecture '''''Lion Cove''''' poursuit la tendance à scinder la station de réservation. La station de réservation pour les opérations entières/flottantes est maintenant scindée en deux : une pour les µops entières, une autre pour les µops SIMD/flottantes. La première dispose de 6 ports d'émission, alors que la seconde n'en a que 4. Les raisons sont certainement que cela simplifie grandement la conception du processeur, en séparant les pipelines entiers et SIMD, surtout que les opérations entières et SIMD sont forts différentes : instructions 2-opérandes d'un côté, 2 à 3-opérandes pour le SIMD ; présence de techniques de ''masking'' pour le SIMD, mais pas pour les opérations entières, etc.
Pour le reste, le processeur de 6 à 8 voies d'émission, et l'unité de chargement peut maintenant charger 48 cotets, au lieu de 32 auparavant. Des ALU entières et SIMD ont été rajoutés.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière
|-
| Branchements || ''Barrel shifter'' || Branchements || ''Barrel shifter'' || Branchements || ''Barrel shifter''
|-
| || Multiplieur entier || || Multiplieur entier || || Multiplieur entier
|}
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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Mewtow
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/* La microarchitecture Lion Cove */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relèvent de la tendance générale, avec de nombreuses exceptions :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à scinder la fenêtre d'instructions, de plus en plus avec le temps. Le fait est qu'elle a dû grossir avec le temps, au point de devoir être scindée tellement elle prenait de circuits. La microarchitecture Skylake l'a scindée en une station de réservation pour les µops mémoire et une autre pour le reste. La microarchitecture ''Sunny Cove'' a ensuite scindée la station de réservation mémoire en deux : une pour les lectures et une pour les écritures.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ||
|-
| || Multiplieur entier || ALU branchements || || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (256 bits) || ALU SIMD entière (256 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA (256 bits) || FMUL + FMA (256 bits) || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake : la fin de la station de réservation centralisée===
L'architecture '''Skylake''' a eu une longévité hors du commun, avec près de 6 ans d’utilisation ininterrompue. Elle a été la concurrentes des microarchitectures Zen 1, Zen 2 et Zen 3 d'AMD. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légèrement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
Un changement extrêmement important concerne la station de réservation centralisée, qui ne l'est plus sur Skylake. Elle est scindée en deux stations de réservations : une pour les µops mémoire, et une autre pour le reste. Mien de rien, c'est à ce moment que la tendance "Intel = station de réservation centralisée " a commencée à s'adoucir. Intel est longtemps resté sur cette organisation avec un '''''Math Scheduler''''' d'un côté, et un '''''MEM scheduler''''' de l'autre.
Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc.
===La microarchitecture ''Sunny Cove'' : la station de réservation mémoire est scindée===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. La microarchitecture''Sunny Cove'' suit la tendance entamée avec Skylake de casser la station de réservation principale en plusieurs stations de réservations plus petites. Cette fois-ci c'est la station de réservation pour les µops mémoire qui est scindée en deux une pour les lectures et une pour les écritures.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
''Sunny Cove'' était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
===La microarchitecture ''Golden Cove'' : un ''Fetch'' doublé===
La microarchitecture '''Golden Cove''' a suivi ''Sunny Cove''. Les microarchitectures suivantes, ''Redwood Cove'' et ''Raptor Cove'', sont des modifications mineures de ''Golden Cove''.
''Golden Cove'' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant. Mais cela change avec ''Golden Cove''.
Golden Cove double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps. ''Golden Cove'' conserve les trois fenêtres d'instruction séparées de ''Sunny Cove'', savoir : pour les instructions entières/flottantes, pour les lectures, pour les écritures.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Niveau unités de calcul, peu de changements avec ''Sunny Cove'', si ce n'est une ALU entière en plus.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements ||
|}
===La microarchitecture ''Lion Cove'' : la scission du ''math scheduler''===
La microarchitecture '''''Lion Cove''''' poursuit la tendance à scinder la station de réservation. La station de réservation pour les opérations entières/flottantes est maintenant scindée en deux : une pour les µops entières, une autre pour les µops SIMD/flottantes. La première dispose de 6 ports d'émission, alors que la seconde n'en a que 4. Les raisons sont certainement que cela simplifie grandement la conception du processeur, en séparant les pipelines entiers et SIMD, surtout que les opérations entières et SIMD sont forts différentes : instructions 2-opérandes d'un côté, 2 à 3-opérandes pour le SIMD ; présence de techniques de ''masking'' pour le SIMD, mais pas pour les opérations entières, etc.
Pour le reste, le processeur de 6 à 8 voies d'émission, et l'unité de chargement peut maintenant charger 48 cotets, au lieu de 32 auparavant. Des ALU entières et SIMD ont été rajoutés.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière
|-
| Branchements || ''Barrel shifter'' || Branchements || ''Barrel shifter'' || Branchements || ''Barrel shifter''
|-
| || Multiplieur entier || || Multiplieur entier || || Multiplieur entier
|}
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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2026-09-28T21:57:48Z
Mewtow
31375
/* La microarchitecture Lion Cove : la scission du math scheduler */
773536
wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relèvent de la tendance générale, avec de nombreuses exceptions :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à scinder la fenêtre d'instructions, de plus en plus avec le temps. Le fait est qu'elle a dû grossir avec le temps, au point de devoir être scindée tellement elle prenait de circuits. La microarchitecture Skylake l'a scindée en une station de réservation pour les µops mémoire et une autre pour le reste. La microarchitecture ''Sunny Cove'' a ensuite scindée la station de réservation mémoire en deux : une pour les lectures et une pour les écritures.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ||
|-
| || Multiplieur entier || ALU branchements || || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (256 bits) || ALU SIMD entière (256 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA (256 bits) || FMUL + FMA (256 bits) || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake : la fin de la station de réservation centralisée===
L'architecture '''Skylake''' a eu une longévité hors du commun, avec près de 6 ans d’utilisation ininterrompue. Elle a été la concurrentes des microarchitectures Zen 1, Zen 2 et Zen 3 d'AMD. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légèrement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
Un changement extrêmement important concerne la station de réservation centralisée, qui ne l'est plus sur Skylake. Elle est scindée en deux stations de réservations : une pour les µops mémoire, et une autre pour le reste. Mien de rien, c'est à ce moment que la tendance "Intel = station de réservation centralisée " a commencée à s'adoucir. Intel est longtemps resté sur cette organisation avec un '''''Math Scheduler''''' d'un côté, et un '''''MEM scheduler''''' de l'autre.
Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc.
===La microarchitecture ''Sunny Cove'' : la station de réservation mémoire est scindée===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. La microarchitecture''Sunny Cove'' suit la tendance entamée avec Skylake de casser la station de réservation principale en plusieurs stations de réservations plus petites. Cette fois-ci c'est la station de réservation pour les µops mémoire qui est scindée en deux une pour les lectures et une pour les écritures.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
''Sunny Cove'' était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
===La microarchitecture ''Golden Cove'' : un ''Fetch'' doublé===
La microarchitecture '''Golden Cove''' a suivi ''Sunny Cove''. Les microarchitectures suivantes, ''Redwood Cove'' et ''Raptor Cove'', sont des modifications mineures de ''Golden Cove''.
''Golden Cove'' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant. Mais cela change avec ''Golden Cove''.
Golden Cove double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps. ''Golden Cove'' conserve les trois fenêtres d'instruction séparées de ''Sunny Cove'', savoir : pour les instructions entières/flottantes, pour les lectures, pour les écritures.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Niveau unités de calcul, peu de changements avec ''Sunny Cove'', si ce n'est une ALU entière en plus.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements ||
|}
===La microarchitecture ''Lion Cove'' : la scission du ''math scheduler''===
La microarchitecture '''''Lion Cove''''' poursuit la tendance à scinder la station de réservation. La station de réservation pour les opérations entières/flottantes est maintenant scindée en deux : une pour les µops entières, une autre pour les µops SIMD/flottantes. Une autre modification, très liée à la précédente, est que le renommage de registre est lui aussi scindé. Les registres SIMD/flottants sont maintenant renommé indépendamment des registres généraux/entiers.
Les raisons sont certainement que cela simplifie grandement la conception du processeur, en séparant les pipelines entiers et SIMD, surtout que les opérations entières et SIMD sont forts différentes : instructions 2-opérandes d'un côté, 2 à 3-opérandes pour le SIMD ; présence de techniques de ''masking'' pour le SIMD, mais pas pour les opérations entières, etc.
Pour le reste, le processeur de 6 à 8 voies d'émission, et l'unité de chargement peut maintenant charger 48 octets, au lieu de 32 auparavant. Des ALU entières et SIMD ont été rajoutés. L'unité d'émission pour les opérations entières dispose de 6 ports d'émission, alors que celle pour les opérations SIMD n'en a que 4.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière
|-
| Branchements || ''Barrel shifter'' || Branchements || ''Barrel shifter'' || Branchements || ''Barrel shifter''
|-
| || Multiplieur entier || || Multiplieur entier || || Multiplieur entier
|}
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Une différence entre les microarchitectures AMD et Intel est qu'Intel préfére utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfére des stations des fenêtres d'instruction décentralisées. Une autre différence est que les unités flottantes/SIMD sont bien séparées des unités entières, elles ont des ports bien séparés. Intel, en comparaison, préfére mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission. Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
| prevText=Les processeurs superscalaires
| next=Les processeurs VLIW et EPIC
| nextText=Les processeurs VLIW et EPIC
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2026-09-28T22:06:40Z
Mewtow
31375
/* Les processeurs x86 d'AMD */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relèvent de la tendance générale, avec de nombreuses exceptions :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à scinder la fenêtre d'instructions, de plus en plus avec le temps. Le fait est qu'elle a dû grossir avec le temps, au point de devoir être scindée tellement elle prenait de circuits. La microarchitecture Skylake l'a scindée en une station de réservation pour les µops mémoire et une autre pour le reste. La microarchitecture ''Sunny Cove'' a ensuite scindée la station de réservation mémoire en deux : une pour les lectures et une pour les écritures.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ||
|-
| || Multiplieur entier || ALU branchements || || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (256 bits) || ALU SIMD entière (256 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA (256 bits) || FMUL + FMA (256 bits) || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake : la fin de la station de réservation centralisée===
L'architecture '''Skylake''' a eu une longévité hors du commun, avec près de 6 ans d’utilisation ininterrompue. Elle a été la concurrentes des microarchitectures Zen 1, Zen 2 et Zen 3 d'AMD. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légèrement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
Un changement extrêmement important concerne la station de réservation centralisée, qui ne l'est plus sur Skylake. Elle est scindée en deux stations de réservations : une pour les µops mémoire, et une autre pour le reste. Mien de rien, c'est à ce moment que la tendance "Intel = station de réservation centralisée " a commencée à s'adoucir. Intel est longtemps resté sur cette organisation avec un '''''Math Scheduler''''' d'un côté, et un '''''MEM scheduler''''' de l'autre.
Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc.
===La microarchitecture ''Sunny Cove'' : la station de réservation mémoire est scindée===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. La microarchitecture''Sunny Cove'' suit la tendance entamée avec Skylake de casser la station de réservation principale en plusieurs stations de réservations plus petites. Cette fois-ci c'est la station de réservation pour les µops mémoire qui est scindée en deux une pour les lectures et une pour les écritures.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
''Sunny Cove'' était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
===La microarchitecture ''Golden Cove'' : un ''Fetch'' doublé===
La microarchitecture '''Golden Cove''' a suivi ''Sunny Cove''. Les microarchitectures suivantes, ''Redwood Cove'' et ''Raptor Cove'', sont des modifications mineures de ''Golden Cove''.
''Golden Cove'' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant. Mais cela change avec ''Golden Cove''.
Golden Cove double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps. ''Golden Cove'' conserve les trois fenêtres d'instruction séparées de ''Sunny Cove'', savoir : pour les instructions entières/flottantes, pour les lectures, pour les écritures.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Niveau unités de calcul, peu de changements avec ''Sunny Cove'', si ce n'est une ALU entière en plus.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements ||
|}
===La microarchitecture ''Lion Cove'' : la scission du ''math scheduler''===
La microarchitecture '''''Lion Cove''''' poursuit la tendance à scinder la station de réservation. La station de réservation pour les opérations entières/flottantes est maintenant scindée en deux : une pour les µops entières, une autre pour les µops SIMD/flottantes. Une autre modification, très liée à la précédente, est que le renommage de registre est lui aussi scindé. Les registres SIMD/flottants sont maintenant renommé indépendamment des registres généraux/entiers.
Les raisons sont certainement que cela simplifie grandement la conception du processeur, en séparant les pipelines entiers et SIMD, surtout que les opérations entières et SIMD sont forts différentes : instructions 2-opérandes d'un côté, 2 à 3-opérandes pour le SIMD ; présence de techniques de ''masking'' pour le SIMD, mais pas pour les opérations entières, etc.
Pour le reste, le processeur de 6 à 8 voies d'émission, et l'unité de chargement peut maintenant charger 48 octets, au lieu de 32 auparavant. Des ALU entières et SIMD ont été rajoutés. L'unité d'émission pour les opérations entières dispose de 6 ports d'émission, alors que celle pour les opérations SIMD n'en a que 4.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière
|-
| Branchements || ''Barrel shifter'' || Branchements || ''Barrel shifter'' || Branchements || ''Barrel shifter''
|-
| || Multiplieur entier || || Multiplieur entier || || Multiplieur entier
|}
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma.
Pour ce qui est des unités de calcul flottantes, il y a une fenêtre unifiée qui alimente quatre ALU, grâce à 4 ports d'émission. Mais pour les ALU entières, il y a une fenêtre d'instruction par ALU, avec un seul port d'émission connecté à une seule ALU. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
Une fois décodées, les instructions sont placées dans une première file de micro-opérations om elles attendent, puis sont dispatchées soit dans le pipeline entier, soit dans le pipeline flottant. les micro-opérations entières sont insérées dans une fenêtre d'instruction directement, alors que les micro-opérations flottantes doivent patienter dans une seconde file de micro-opérations.
La raison est que les micro-opérations flottantes ayant une grande latence, trop d'instructions flottantes consécutives pourraient bloquer le pipeline flottant, sa fenêtre d'instruction étant pleine. Le pipeline flottant étant bloqué, la première file de micro-opérations serait bloquée et on ne pourrait plus émettre de micro-opérations entières. Pour éviter cela, une solution serait d'agrandir la file de micro-opérations, mais cela la rendrait plus lente et se ferait donc au détriment de la fréquence d'horloge. Alors une solution a été d'ajouter une seconde file de micro-opérations, au lieu d'agrandir la première.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
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Mewtow
31375
/* Les micro-architectures ZEN d'AMD */
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wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relèvent de la tendance générale, avec de nombreuses exceptions :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à scinder la fenêtre d'instructions, de plus en plus avec le temps. Le fait est qu'elle a dû grossir avec le temps, au point de devoir être scindée tellement elle prenait de circuits. La microarchitecture Skylake l'a scindée en une station de réservation pour les µops mémoire et une autre pour le reste. La microarchitecture ''Sunny Cove'' a ensuite scindée la station de réservation mémoire en deux : une pour les lectures et une pour les écritures.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ||
|-
| || Multiplieur entier || ALU branchements || || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (256 bits) || ALU SIMD entière (256 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA (256 bits) || FMUL + FMA (256 bits) || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake : la fin de la station de réservation centralisée===
L'architecture '''Skylake''' a eu une longévité hors du commun, avec près de 6 ans d’utilisation ininterrompue. Elle a été la concurrentes des microarchitectures Zen 1, Zen 2 et Zen 3 d'AMD. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légèrement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
Un changement extrêmement important concerne la station de réservation centralisée, qui ne l'est plus sur Skylake. Elle est scindée en deux stations de réservations : une pour les µops mémoire, et une autre pour le reste. Mien de rien, c'est à ce moment que la tendance "Intel = station de réservation centralisée " a commencée à s'adoucir. Intel est longtemps resté sur cette organisation avec un '''''Math Scheduler''''' d'un côté, et un '''''MEM scheduler''''' de l'autre.
Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc.
===La microarchitecture ''Sunny Cove'' : la station de réservation mémoire est scindée===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. La microarchitecture''Sunny Cove'' suit la tendance entamée avec Skylake de casser la station de réservation principale en plusieurs stations de réservations plus petites. Cette fois-ci c'est la station de réservation pour les µops mémoire qui est scindée en deux une pour les lectures et une pour les écritures.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
''Sunny Cove'' était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
===La microarchitecture ''Golden Cove'' : un ''Fetch'' doublé===
La microarchitecture '''Golden Cove''' a suivi ''Sunny Cove''. Les microarchitectures suivantes, ''Redwood Cove'' et ''Raptor Cove'', sont des modifications mineures de ''Golden Cove''.
''Golden Cove'' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant. Mais cela change avec ''Golden Cove''.
Golden Cove double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps. ''Golden Cove'' conserve les trois fenêtres d'instruction séparées de ''Sunny Cove'', savoir : pour les instructions entières/flottantes, pour les lectures, pour les écritures.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Niveau unités de calcul, peu de changements avec ''Sunny Cove'', si ce n'est une ALU entière en plus.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements ||
|}
===La microarchitecture ''Lion Cove'' : la scission du ''math scheduler''===
La microarchitecture '''''Lion Cove''''' poursuit la tendance à scinder la station de réservation. La station de réservation pour les opérations entières/flottantes est maintenant scindée en deux : une pour les µops entières, une autre pour les µops SIMD/flottantes. Une autre modification, très liée à la précédente, est que le renommage de registre est lui aussi scindé. Les registres SIMD/flottants sont maintenant renommé indépendamment des registres généraux/entiers.
Les raisons sont certainement que cela simplifie grandement la conception du processeur, en séparant les pipelines entiers et SIMD, surtout que les opérations entières et SIMD sont forts différentes : instructions 2-opérandes d'un côté, 2 à 3-opérandes pour le SIMD ; présence de techniques de ''masking'' pour le SIMD, mais pas pour les opérations entières, etc.
Pour le reste, le processeur de 6 à 8 voies d'émission, et l'unité de chargement peut maintenant charger 48 octets, au lieu de 32 auparavant. Des ALU entières et SIMD ont été rajoutés. L'unité d'émission pour les opérations entières dispose de 6 ports d'émission, alors que celle pour les opérations SIMD n'en a que 4.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière
|-
| Branchements || ''Barrel shifter'' || Branchements || ''Barrel shifter'' || Branchements || ''Barrel shifter''
|-
| || Multiplieur entier || || Multiplieur entier || || Multiplieur entier
|}
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4/5'''. Elles se ressemblent beaucoup, chacune accumulant les améliorations des précédentes. Mais le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma. Les µops flottantes utilisent une station de réservation unique, alors qu'il y a une station de réservation par ALU entière. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
Le passage à la micro-architecture n'a pas causé de grands changements. Le Zen 2 a ajouté une unité de calcul d'adresse, ce qui fait qu'on passe à 4 ALU, 3 AGU et 4 FPU. La fenêtre d'instruction flottante reste la même. Par contre, les fenêtres d'instruction entières changent un peu. Ou plutôt devrais-je dire les fenêtres d'instruction mémoire. En effet, le Zen 2 fusionne les fenêtres d'instructions liées aux AGU en une seule fenêtre d'instruction deux fois plus grosse.
Le Zen 5 a ajouté deux autres ALU entières et une unité de calcul d'adresse (6 ALU / 4 AGU)
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
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Mewtow
31375
/* Les micro-architectures ZEN d'AMD */
773540
wikitext
text/x-wiki
Dans ce chapitre, nous allons étudier des exemples de processeurs x86, ceux présents dans nos PC. Nous n'allons pas voir les anciens processeurs comme le 286, le 386 ou le 486. Nous allons commencer avec le Pentium 1, et les processeurs commerciaux qui ont suivis. Tous les processeurs que nous allons voir dans ce chapitre sont des processeurs superscalaires. De fait, ce n'est pas pour rien si ce chapitre se situe après le chapitre sur les processeurs superscalaires. Par contre, nous allons voir que certains n'ont pas d'exécution dans le désordre, car elle est arrivée après la superscalarité.
Le jeu d'instruction x86 pose quelques problèmes pour la superscalarité, car c'est un jeu d'instruction CISC, avec tous les défauts que ça implique. Un jeu d'instruction CISC a en effet de nombreuses propriétés qui collent mal avec l'émission multiple, avec la '''superscalarité'''. Il y en a plusieurs, certaines impactent le chargement des instructions, d'autres leur décodage, d'autres l'exécution, etc.
Premièrement, les instructions sont de longueur variable, entre 1 et 15 octets, ce qui complique leur chargement et leur décodage. En pratique, les processeurs chargent un bloc de 32 à 64 octets, et découpent celui-ci en plusieurs instructions. La conséquence est que l'usage d'instructions trop longues peut poser problème. Imaginez qu'un processeur charge un bloc de 16 octets et que celui-ci ne contienne qu'une seule instruction : on ne profite pas de la superscalarité.
Deuxièmement, une partie des instructions est microcodée, faute de mieux. Et cela pose de sérieux challenges pour l'implémentation des décodeurs. Dupliquer le microcode demanderait trop de transistors, ce qui fait que ce n'est pas fait. À la place, il n'y a qu'un seul microcode, ce qui fait que l'on ne peut pas décoder plusieurs instructions microcodées en même temps. Il est cependant possible de profiter de la superscalarité, en décodant une instruction microcodée en parallèle d'autres instructions non-microcodées. Et heureusement, ce cas est de loin le plus fréquent, il est rare que plusieurs instructions microcodées se suivent.
Troisièmement, la présence d'instructions ''load-up'', qui lisent un opérande en mémoire, peut poser problème, mais est aussi source d'optimisations assez intéressantes. En théorie, une instruction ''load-op'' est décodée en deux micro-opération : une pour lire d'opérande en RAM, l'autre pour faire l'opération arithmétique. Sauf que les processeurs x86 modernes optimisent la gestion des instructions ''load-up''. Par exemple, les premiers processeurs Atom géraient des micro-opérations de type ''load-up'', directement dans le chemin de données !
D'autres processeurs utilisent la technique de la '''micro-fusion''' pour retarder le décodage réel des instructions ''load-up'' assez loin dans le pipeline. Avec eux, une instruction ''load-op'' est décodée en une seule "macro-opération", qui est propagée dans le pipeline, pour être scindée en deux micro-opérations un peu avant les ALU et l'unité mémoire. L'avantage est qu'une macro-opération ne prend qu'une seule entrée dans le tampon de ré-ordonnancement, la fenêtre d'instruction, la file de micro-opération, et les autres structures similaires.
Il faut cependant noter qu'avoir des instructions complexes peut avoir des avantages sur les processeurs superscalaires à exécution dans le désordre. Les avantages sont liés au fait que certaines instructions complexes peuvent être implémentées avec des circuits dédiés, plutot qu'avec une suite de µops ou d'instructions. Les performances sont alors meilleures car une grosse instruction complexe devient une seule µops, ce qui aide le renommage de registres, prend moins de place dans le ROB ou les stations de réservation, etc.
: Pour avoir une petite idée des avantages et inconvénients, je conseille la lecture de cet articles de blog : [https://chipsandcheese.com/p/why-x86-doesnt-need-to-die Why x86 Doesn’t Need to Die]. Il s'agit d'une réponse à cet autre article, plus court : [https://hackaday.com/2024/03/21/why-x86-needs-to-die/ Why X86 Needs To Die].
==Introduction : généralités et historique==
Avant de voir les processeurs dans un ordre chronologique, il est bon de faire quelques généralités, histoire de bien cadrer ce qui va suivre. Les architectures Intel et AMD se classent en deux types : une classe de microarchitectures pour la haute performance, une classe de microarchitectures moins performante mais plus économe.
La première est utilisée sur les PC fixes et parfois sur les serveurs, les processeurs pour ''desktop'' et serveur pouvant être différents. Les microarchitectures pour serveurs sont souvent des variantes des microarchitectures pour ''desktop''. Les serveurs ont surtout besoin d'exécuter un grand nombre d programmes/processus en même temps, ce qui fait qu'elles ont besoin d'un grand nombre de cœurs moins de cœurs performants individuellement. Pour les applications ''desktop'', c'est l'inverse : elles ont besoin de cœurs performants, quitte à en avoir moins.
Pour la seconde catégorie, parler de microarchitecture basse consommation serait peu-être un peu exagéré, car elles ne visent pas non les smartphones et autres appareils embarqué. Mais elles le sont suffisamment pour entrer dans un ordinateur portable, où l'autonomie de la batterie est très importante. Dan ce chapitre, nous allons parler exclusivement des processeurs haute performance, les microarchitectures "basse consommation" seront pour le prochain chapitre.
===Les différences et points communs entre µarchs d'Intel et d'AMD===
Les microarchitectures Intel et AMD ne sont pas très différentes quand on regarde de loin. Elles ont évoluées dans la même direction, avec une introduction précoce de la superscalarité, puis de l'exécution dans le désordre, du renommage de registre, de la prédiction de branchement, d'un cache de µops, etc. Néanmoins, il y a des différences entre les deux qui relèvent de la tendance générale, avec de nombreuses exceptions :
* Intel préfère utiliser une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD préfère des stations des fenêtres d'instruction décentralisées.
* AMD sépare les unités flottantes/SIMD des unités entières, elles ont des ports d'émission bien séparés. Intel, en comparaison, préfère mettre une ALU et une unité FPU/SIMD sur le même port d'émission.
Mais il s'agit là de tendance, avec de nombreuses exceptions. Par exemple, les microarchitectures K6 et Bulldozer d'AMD utilisaient une station de réservation centralisée. De même, les micraorchitectures récentes d'Intel tendent de plus en plus à scinder la fenêtre d'instructions, de plus en plus avec le temps. Le fait est qu'elle a dû grossir avec le temps, au point de devoir être scindée tellement elle prenait de circuits. La microarchitecture Skylake l'a scindée en une station de réservation pour les µops mémoire et une autre pour le reste. La microarchitecture ''Sunny Cove'' a ensuite scindée la station de réservation mémoire en deux : une pour les lectures et une pour les écritures.
Dans ce chapitre, nous ne parlerons pas des unités de prédiction de branchement, ni de la hiérarchie des caches. Et les raisons sont différentes entre les eux. Les unités de prédiction de branchement ont été discutées dans le chapitre sur la prédiction de branchement. De plus, de nombreux processeurs différents utilisent des unités de prédiction de branchement qui ont des algorithmes similaires. Mais la raison principale est que l'unité de prédiction de branchement est complétement détachée du reste du pipeline, cache d'instruction excepté sur certaines microarchitectures. N'importe quelle unité de branchement peut s'adapter à n'importe quel pipeline/microarchitecture, tant que ses ''itmings'' et délais en cycles d'horloge tiennent la route. Il en est plus ou moins de même pour la hiérarchie de caches. Me système mémoire est assez indépendant du reste de la microarchitecture.
Dans ce qui va suivre, vous allez rapidement remarquer quelque chose d'assez évident. Les processeurs x86 ont en quelque sorte deux "pipelines" séparés, assez différents les unes des autres, qui ont évolués en parallèle. D'un côté, il y a le "pipeline" entier/mémoire, qui exécute les opérations entières et les µops mémoire. Il regroupe des ALU entières, des AGU (unité de calcul d'adresse) et les unités mémoire LOAD/STORE. Il communique directement avec la ''Load/Store Queue'', car c'est là dedans que se font les calculs d'adresse. A l'opposé, les calculs flottants sont réalisés dans des pipelines séparés, sauf sur quelques processeurs qui font exception, comme les microarchitectures Core. Nous verrons pourquoi dans la section suivante.
Pour ce qui est des accès mémoire, les microarchitectures Intel et AMD ont évolué différemment. Intel a suivi cette progression :
* Le Pentium 1 utilisait une unité mémoire intégrée dans le pipeline entier.
* Le Pentium 3 a séparé l'unité mémoire du pipeline entier, mais ne restait capable que d'émettre un accès mémoire par cycle.
* La microarchitectures Core a ajouté la possibilité de faire deux émissions mémoire simultanées : une lecture avec une écriture.
* Par la suite, de nouveaux ports de lectures ont été rajoutés.
===Un aparté sur la FPU des processeurs x86===
Les processeurs x86 oint acquis une FPU assez rapidement dans l'histoire. Les processeurs 286 et 386 n'avaient pas de FPU, mais pouvaient faire appel à un coprocesseur spécialisé dans les calculs flottants : le '''coprocesseur x87'''. Le coprocesseur x87 intégrait 8 registres flottants et supportait 8quelques instructions flottante, comme FADD pour l'addition, FSUB pour la soustraction, FMUL pour la multiplication, FDIV pour la division, etc.
Le coprocesseur x87 a été intégré dans le processeur assez rapidement, dès le 486. Pour cela, le 486 intégrait une FPU et les 8 registres flottants. Les instructions FADD, SUB, FMUL, et quelques autres, ont aussi été ajoutées au jeu d'instruction de base du 486. Elles formaient une '''extension du jeu d'instruction x86''', à savoir des paquets d'instructions qui n'étaient pas dans le jeu d’instruction de base, mais qui ont été rajoutés par la suite et sont devenus des standards.
Détail extraordinairement important : le coprocesseur x87 intégrait aussi 8 registres, avec une organisation très spéciale. Les registres n'étaient pas "adressables" avec des noms de registres, ils étaient à la place organisé en pile d'opérande. Vous vous rappelez peut-être que, dans le chapitre "les machines à pile et mémoire-mémoire", j'ai parlé des processeurs avec une pile d'opérande. Le coprocesseur x87 en était un. Et cela posait pas mal de problème pour rendre les opérations flottantes performantes. Notamment, cela posait problème pour le renommage de registres.
Le fait que les registres flottants et généraux soient séparés fait qu'ils sont souvent renommés à part, dans deux unités e renommage différentes. Les registres flottants ont été les premiers à être renommés. De nombreux processeurs renommaient les registres flottants, alors que les registres généraux n'étaient pas renommés. La raison est que quand on un budget en transistor limité, on ne peut pas renommer les deux. Et autant c'est utile de renommer les registres généraux, autant la pile de registre du x87 rendait cela quasiment nécessaire pour avoir des performances convenables.
un autre détail est que les optimisations du renommages sont d'abord arrivées sur le pipeline flottant, avant d'être portées sur le pipeline entier. Un exemple est celui des techniques d'élimination des MOV (''MOV elimination''), qui traitent les instructions MOV entre registres directement dans l'unité de renommage. Ou encore, les techniques avec des idiomes pour mettre à zéro un registre en le Xorant avec lui-même. Elles ont été utilisées d'abord sur les registres flottants/SIMD, avant d'arriver sur les registres généraux. Quelques processeurs les utilsaient pour les registres flottants, mais pas les registres généraux.
Il en est de même avec le renommage dans le ROB versus à banc de registre physique. Quelques CPU renommaient les registres flottants avec un renommage à banc de registre physique, avec que le pipeline entier utilisait encore le renommage dans le ROB. Les processeurs Athlon et Phenom d'AMD étaient dans ce cas, par exemple. Chez Intel, le renommage à banc de registre physique est apparu sur le Pentium 4 et a été appliqué sur tous les registres.
En général, la FPU est précédée par une station de réservation unique (ou par une fenêtre d'instruction sur certains CPU). Il y a souvent un port d'émission pour l'additionneur flottant et un autre pour le multiplieurs, sauf pour les tout premiers modèles d'Intel et AMD. Il y aussi souvent un port pour les instructions FSTORE, les écritures flottantes. Les ports en question servent à transmettre les données à écrire vers l'unité mémoire, ainsi que l'adresse mémoire associée.
{|class="wikitable"
|+ Station de réservation flottante
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3
|-
| FADD (additionneur flottant) || FMUL (multiplication flottante || FSTORE
|}
===Un aparté sur les instructions SIMD des processeurs x86===
L'extension flottante x87 est resté la norme pendant une bonne décennie, sur les CPU 32 bits. Mais par la suite, les choses ont changées avec l'introduction des '''instructions SIMD'''. Je ne vais pas rentrer dans le détail, un chapitre ultérieur détaillera les instructions SIMD. Mais je dois cependant parler des bases de ces instructions, car elles ont remplacé les instructions flottantes progressivement.
Mais avant toute chose, un petit historique,pour vous faire comprendre le vocabulaire utilisé dans ce qui suit. Les premières instructions SIMD ont été introduites en 1996, sur le Pentium MMX. Les instructions en question étaient regroupées dans une '''extension x86''' (un ajout au jeu d'instruction de base), appelé le MMX. Il ne contenait que des instructions SIMD pour des opérandes entiers. Mais par la suite, les extensions '''''Streaming SIMD Extensions''''' (SSE) ont ajouté des opérations flottantes. Les ''Streaming SIMD Extensions'', qu'on va abrévier SSE dans ce qui suit, ont été déclinées en plusieurs versions : SSE1, SSE2, SEE3, SSE4, et quelques intermédiaires. Puis, vint le '''AVX''' (''Advanced Vector eXtensions'').
Les instructions SIMD regroupent plusieurs opérations identiques en une seule instruction, la seule contrainte étant que les opérandes soient différentes. Par exemple, une instruction d'addition SIMD regroupe quatre additions séparées, chacun travaillant sur des opérandes différentes.
[[File:Instructions SIMD.png|centre|vignette|upright=3|Instructions SIMD]]
J'ai donné l'exemple d'une addition SIMD qui regroupe quatre additions flottantes, travaillant chacune sur ses opérandes rien qu'à elle. Les opérandes en question ne sont pas lues depuis les registres généraux ou flottants. A la place, les instructions utilisent un banc de registre dédié, qui contient des registres assez larges. Les instructions SIMD utilisent donc des '''registres SIMD''', qui mémorisent des paquets d'opérandes.
Par exemple, l'extension SSE a ajouté 16 registres XMM, de 128 bits chacun. un registre de 128 bits peut mémoriser : 2 entiers/flottants 64 bits, 4 entiers/flottants 32 bits, 8 entiers 16 bits, 16 entiers 8 bits.
[[File:Vector register.png|centre|vignette|upright=2|Contenu d'un vecteur en fonction du type de données utilisé.]]
L'AVX, quant à elle, donne accès à 16 registres de 256 bits chacun. Pour faire des économies de circuits, ils ont été fusionnés avec les registres XMM du SSE. Les 128 bits de poids faible de ces registres ne sont autre que les registres du SSE.
[[File:AVX registers.svg|centre|vignette|upright=1.5|Registres AVX.]]
Si je parle de ces instructions et registres SIMD, c'est parce qu'ils ont remplacé les instructions/registres flottants d'antan. Le x87 a disparu, les instructions SIMD font office d'instructions flottantes. Le remplacement a eu lieu avec le passage au 64 bits. Les raisons à cela sont multiples, mais la principale est que le x87 était très mal fait, avec une architecture obsolète. Une annexe en parle en détail, mais le x87 utilisait une pile de registre totalement inhabituelle, que les compilateurs ne pouvaient pas utiliser convenablement. Aussi, lors du passage au 64 bits, Intel et AMD en ont profité pour se débarrasser du x87 et le remplacer par quelque chose de plus moderne. Vu que les extensions SIMD faisaient déjà des calculs flottants, elles l'ont remplacé.
Et même dans le processeur, dans sa microarchitecture, le remplacement a été total. Le processeur intègre une ou plusieurs unités de calcul spécialisées dans les instructions SIMD. Et elles remplacent la FPU, totalement. Typiquement, il y a au minimum :
* une unité SIMD spécialisée dans les additions entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications entières ;
* une unité SIMD spécialisée dans les additions flottantes ;
* une unité SIMD spécialisée dans les multiplications flottantes.
* éventuellement une unité SIMD annexe pour les autres instructions SIMD, et elles sont nombreuses.
Les unités SIMD étaient parfois mutualisées avec la FPU, c'est à dire que la FPU x87 était en réalité une sous-partie de l'unité SIMD. Après tout, l'unité SIMD contient plusieurs additionneurs flottants 32/64 bits, idem pour les multiplieurs flottants. Alors autant en profiter pour leur faire faire des calculs flottants normaux, ceux de la FPU x87.
==Les processeurs x86 d'Intel==
Nous allons voir les processeurs Intel à part des processeurs AMD. La raison à cela est que les architectures Intel et AMD ont progressivement évolué, chacune se basant sur la précédente et l'améliorant. Il n'y a pas eu de cassure entre microarchitectures AMD, qui sont chacune la suite de la précédente. Il est donc préférable de voir les architectures AMD dans l'ordre chronologique. Par contre, Intel a eu une gigantesque cassure, avec le processeur Pentium 4. Son architecture se démarquait fortement du Pentium 3, mais elle n'a pas convaincu et a été abandonnée avec les processeurs suivants. Ce qui fait nous verrons l'architecture du Pentium 4 à part.
Nous allons commencer avec les processeurs Intel. N'y voyez pas du favoritisme derrière ce choix, la justification est toute autre. Si je commence par Intel, c'est pour commencer avec les Pentium 1 et 2, qui sont superscalaires, mais sans exécution dans le désordre. L'absence d'exécution dans le désordre les rend bien plus simples à étudier que les autres, ce qui en fait un bon point de départ pour ce chapitre. Les autres processeurs x86 sont tous avec à exécution dans le désordre, à une exception qu'on verra dans le chapitre suivant. AMD n'a pas produit de processeurs ''in-order'', tous les processeurs produits par AMD intègrent l'exécution dans le désordre.
Le Pentium 1 et 2 utilisaient la même architecture, qu'on détaillera dans ce qui suit. Les seules différences importantes étaient la fréquence, le cache, et quelques détails dans le genre. Le Pentium 3 était une nouvelle microarchitecture qui ajoutait l'exécution dans le désordre. Un an et demi plus tard, le Pentium 4 est sorti et a été un échec. Ses performances étaient peu convaincantes face au Pentium 3, et sa consommation énergétique était très importante. La conséquence est que le Pentium 4 et le Pentium 3 ont survécu pendant un long moment, beaucoup de monde préférait acheter un Pentium 3.
Intel a alors amélioré les microarchitectures du Pentium 3 et du 4, indépendamment, pendant environ 7 ans. La microarchitecture du Pentium 3 a subit plusieurs micro-évolutions, chacune avec une finesse de gravure différente, afin de satisfaire les consomateurs. Les premeirs Pentium 3 avaient une finesse de gravure de 250 nm, elle a chuté à 65 sur les derniers modèles.
L'architecture du Pentium 4 a fait la même chose, pour tenter de corriger ses problèmes de performance et de consommation d'énergie. Les premiers Pentium 4 avaient uen finesse de gravure de 180 nm, elle a elle aussi chutée à 65 sur les derniers modèles.
Après l'échec du Pentium 4, les ingénieurs d'Intel ont repris l'architecture P6 et l'ont améliorée fortement, pour donner l'architecture Core. Les micro-processeurs suivants ont fait évoluer cette architecture progressivement, au point où elle ne ressemble plus à l'originale. L'architecture Core a laissé la place à l'architecture Nehalem, puis Sandy Bridge, puis Haswell, puis Skylake, puis Ice Lake, et Golden Cove. Il s'agit de la lignée principale, partant du Pentium 3 et continuant jusqu'à nos jours. Ces microarchitectures ont suivi un motif assez simple, appelé modèle '''tick-tock'''. Chaque microarchitecture était déclinée en deux versions, la seconde ayant une finesse de gravure réduite.
En parallèle, Intel a travaillé sur des processeurs basse performance et basse consommation, avec une microarchitecture très différente. Les processeurs Atom de microarchitecture Bonnel, pour être ensuite remplacés par les microarchitectures Silvermont, puis Goldmont et Gracemont. Ces microarchitectures ont évolué en parallèle de la lignée principale, il s'agit d'une lignée secondaire. Le tout est résumé dans ce schéma ci-dessous.
[[File:IntelProcessorRoadmap-4v.svg|centre|vignette|upright=2.5|Roadmap des processeurs Intel, qui servira de structure pour la suite du chapitre]]
De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire.
Ceci étant dit, commençons par le commencement, avec le Pentium 1.
===Le Pentium 1/MMX : la double émission entière avec deux pipelines===
Le processeur Pentium d'Intel avait un pipeline de 5 étages : un étage de chargement/prédiction de branchement, deux étages de décodage, un étage d'exécution et un dernier étage pour l'écriture dans les registres. Le Pentium 1 était un processeur double émission, intégrant deux pipelines nommés U et V. Chose importante, les deux pipelines n'étaient pas identiques. Le pipeline U pouvait exécuter toutes les instructions, mais le pipeline V était beaucoup plus limité. Par exemple, seul le pipeline U peut faire des calculs flottants, le pipeline V ne fait que des calculs entiers et des branchements.
Les deux pipelines disposaient d'une unité de calcul entière, identique dans les deux pipelines. Mais le pipeline U incorporait un circuit multiplieur/diviseur et d'un ''barrel shifter''. L'unité flottante était sur le port d'émission du pipeline U, idem pour l'unité de calcul vectoriel MMX sur le Pentium MMX. Les deux pipelines avaient chacun une unité de calcul d'adresse, mais ils n'étaient pas identiques : celle du pipeline V ne gérait que l’instruction LEA, celle du pipeline U gérait tous les calculs d'adresse.
{|class="wikitable"
|-
! Pipeline U
! Pipeline V
|-
| ALU entière
| ALU entière
|-
| Multiplieur/diviseur
|
|-
| ''Barrel Shifter''
|
|-
| AGU complexe
| AGU simple (opération LEA)
|-
| FPU
|
|-
| Unité SIMD
|
|}
Les deux pipelines géraient les opérations bit à bit, les additions, les soustractions et les comparaisons. Les autres instructions ne sont exécutables que dans le pipeline U. Pour être plus précis, les deux pipelines supportaient les instructions suivantes, ce qui fait qu'on pouvait en faire deux en même temps :
* Les instructions arithmétiques INC, DEC, ADD, SUB ;
* l'instruction de comparaison CMP ;
* les instructions bit à bit AND, OR, XOR ;
* l'instruction de calcul d'adresse LEA ;
* l'instruction MOV (dépend du mode d'adressage) ;
* les instructions de gestion de la pile PUSH et POP (dépend du mode d'adressage) ;
* l'instruction NOP, qui ne fait rien.
Il faut noter qu'il y a cependant quelques restrictions, beaucoup de paires d'instructions sont interdites. La plupart interdisent au pipeline V de faire quoique ce soit quand une opération particulière est émise dans le pipeline U. Par exemple, si le pipeline U exécute une multiplication ou une division, le processeur ne peut pas exécuter une opération dans le pipeline V. Et c'est pareil avec les branchements : si un branchement est émis dans le pipeline U, l'instruction suivant le branchement n'est pas émise dans le pipeline V, pour éliminer les dépendances de contrôle. De même, si le pipeline U exécute une opération flottante, le pipeline V ne pourra rien exécuter. La seule exception est l'instruction FCXH, qui échange deux registres flottants.
[[File:Intel Pentium arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Microarchitecture de l'Intel Pentium MMX. On voit que certaines unités de calcul sont dupliquées.]]
Un choix assez intéressant a été fait pour le cache de données. Nous avions vu dans le chapitre sur les CPU superscalaires que la superscalarité a un impact sur l'unité mémoire. Il y a alors deux implémentations. La première ne fait rien, l'unité mémoire ne change pas, et le processeur ne peut pas faire deux accès mémoire simultanés. La seconde duplique l'unité mémoire et les ports de lecture/écriture du cache, ce qui autorise des accès mémoire simultanés. Le Pentium 1 utilise une solution intermédiaire.
Les ingénieurs d'Intel étaient partis à la base sur un cache totalement double port, pour obtenir des performances maximales. Mais diverses simulations et observations les ont fait changer d'avis. Les simulations ont montré qu'il est "rare" que les deux pipelines aient besoin de lire/écrire dans le cache en même temps. Et ils ont optimisé le cache de donnée pour en tenir compte. Le cache de données est partiellement multiport : simple port sur certains aspects, double port sur d'autres.
Le cache est un cache splité, à savoir que les données et les ''tags'' sont séparés dans des mémoires séparées. La mémoire pour les ''tags'' est multiport, ce qui permet d'interroger les ''tags'' du cache deux fois par cycle. Un port est relié au pipeline u, un autre au pipeline V. Mais pour les données, le cache n'a qu'un seul port pour lire/écrire des données. Impossible donc de lire deux données en même temps, pour alimenter les deux pipelines. Il utilise cependant 8 banques permet d'accélérer des accès mémoire proches dans le temps, mais dans des cycles d'horloge différents.
Entre les deux mémoires, il y a un circuit qui détecte les conflits, à savoir les situations où les deux pipelines accèdent en même temps au cache. S'ils veulent lire/écrire une donnée dans le même cycle, ce qui est impossible avec un seul port, le pipeline U a la priorité et le pipeline V attend le cycle suivant. Le circuit détecte aussi les conflits de banque, à savoir quand un pipeline accède à une banque en cours d'accès par l'autre pipeline (on rappelle qu'un accès au cache prend plusieurs cycles). Le circuit détecte aussi certaines dépendances mémoires, à savoir des accès consécutifs à la même adresse.
: La TLB du processeur est aussi totalement double port.
===La microarchitecture P6 (Pentium 3) : l'exécution dans le désordre===
Le Pentium 3 utilisait la '''microarchitecture P6''', qui a été dérivée dans de nombreuses variantes, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. Il introduit une exécution dans le désordre simple, avec une fenêtre d'instruction centralisée, avec renommage dans le désordre dans le ROB (tampon de ré-ordonnancement), commandé par une table d'alias. C'était un processeur triple émission, soit une instruction de plus que la double émission du Pentium 1.
[[File:P6 func diag.png|centre|vignette|upright=2|P6 func diag]]
Le pipeline passe de 5 étage sur le Pentium à 14 - 12 étages, dont le détail est le suivant :
* Prédiction de branchement, deux cycles ;
* Chargement des instructions, trois cycles ;
* Décodage de l'instruction, deux cycles ;
* Renommage de registre, un cycle ;
* Copie des opérandes dans le tampon de ré-ordonnancement (lié au renommage de registre dans le ROB) ;
* Dispath dans ou depuis la station de réservation.
* Exécution de l'instruction ;
* Écriture du résultat dans le ROB ;
* Écriture dans le banc de registre physique.
Les instructions sont chargées par blocs de 16 octets, avec un système de fusion de blocs pour gérer les instructions à cheval sur deux blocs. Lors d'un branchement, deux blocs doivent être chargés si l'instruction de destination n'est pas alignée sur 16 octets et cela cause un délai de un cycle d'horloge.
Le décodage des instructions x86 était géré par plusieurs décodeurs. Il y avait trois décodeurs : deux décodeurs simples, et un décodeur complexe. Les décodeurs simples décodaient les instructions les plus fréquentes, mais aussi les plus simples, qui étaient décodées en une seule micro-opération. Les instructions CISC complexes étaient gérées uniquement par le décodeur complexe, basé sur un microcode, qui pouvait fournir jusqu'à 4 micro-opérations par cycle. Le tout est résumé avec la règle 4-1-1. La toute première instruction chargée depuis la file d'instruction va dans le premier décodeur simple. Si jamais le décodeur ne peut pas décoder l'instruction, l'instruction est redirigée dans un autre décodeur, avec un délai d'un cycle d'horloge.
Les stations de réservations étaient regroupées dans une structure centralisée, en sortie de l'unité de renommage. Elles avaient 4 ports d'émission. En réalité, 5 dont deux pour les écritures (un pour l'adresse à transmettre, un pour la donnée). Le tout avait une répartition moitié-moitié pour les calculs et les accès mémoire. Chaque port d'émission pour les calculs était relié à une ALU et une FPU/unité SIMD. Le tableau suivant résume tout.
Vous remarquerez la présence de plusieurs additionneurs flottants. Le premier exécute les opérations x87, l'autre les opérations SIMD. Les opérations SIMD se font sur des registres de 128 bits, mais elles sont en réalité cassées en deux µops, chacune travaillant sur 64 bits.
{|class="wikitable"
|+ Pentium 3
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3" | µops entières
| ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE adresse || STORE donnée
|-
| LEA || ALU SIMD MMX || || ||
|-
| Multiplieur entier || || || ||
|-
! rowspan="3" | µops flottantes
| x87 FADD || FADD 64 bits (SIMD) || ||
|-
| FMUL (x87 et 64 bits) || || ||
|-
| FDIV || || ||
|}
Les premiers Pentium 3 n'avaient pas de cache L2 dans le processeur, celui-ci était sur la carte mère. Mais il a été intégré dans le processeur sur la seconde version du Pentium 3, la version Coppermine.
Le Pentium 3 a servi de base aux microarchitectures d'Intel qui ont suivi. Les changements à chaque nouvelle génération sont assez mineurs : la prédiction de branchement est améliorée, la taille des stations de réservation et du ROB augmente, idem avec les autres structures liées à l'exécution dans le désordre. Les processeurs Intel ont conservé une fenêtre d'instruction centralisée, alors qu'AMD utilise une autre méthode, comme nous allons le voir dans ce qui suit. Les seuls changements notables sont est le passage à un renommage dans le ROB à un renommage à banc de registre physique, ainsi que l'introduction du cache de micro-opération. Et ce sont des modifications qu'AMD a aussi faites, celle-ci étant clairement une bonne idée pour toutes les micro-architectures avec un budget en transistor suffisant. Il est intéressant de garder cela en tête, car une bonne partie des améliorations de chaque micro-architecture proviendra de là.
===La microarchitecture Core : désambiguïsation mémoire, macro-fusion, ''stack engine'', ''Fetch Input Queue''===
La '''microarchitecture Core''' fait suite au Pentium 4, mais reprend en fait beaucoup d’éléments du Pentium 2 et 3. Elle utilise la station de réservation unique avec renommage dans le ROB, provenant du Pentium 2/3. A part ça, les améliorations sont assez diverses : un cache L2, l'arrivé de la désambiguïsation mémoire, une ''Fetch Input Queue'' et un ''stack engine'' primitif. Le processeur introduit aussi la macro-fusion qui fusionne une instruction de test et le branchement qui suit en une seule micro-opération. beaucoup d'optimisations importantes, donc.
[[Image:Intel Core2 arch.svg|centre|vignette|upright=2|Intel Core microarchitecture]]
Il y a quelques modifications au niveau de l'unité de chargement. La file d'instruction a toujours ce système de fusion de blocs, sauf que les branchements ne causent plus de délai d'un cycle lors du chargement. La file d'instruction est suivie par un circuit de prédécodage qui détermine la taille des instructions et leurs frontières, avant de mémoriser le tout dans une file de 40 instructions.
La station de réservation dispose de 5 ports d'émission, dont un pour les lectures et un pour les écritures. Les deux sont reliées à une ''Load/Store Queue'', appelée ''Memory Ordering Buffer'', elle-même reliée au cache de données par un port de lecture et un port d'écriture. Les ports de lecture/écriture du cache font 128 bits, pour gérer naturellement les instructions LOAD/STORE dans les registres SIMD. Les trois ports restants sont chacun reliés à des ALU entières et des unités flottantes/SIMD (pour l'extension SSE). Le multiplieur entier est relié au second port d'émission. L'additionneur flottant SIMD/SSE est connecté au port 1, le multiplieur/diviseur flottant SIMD/SSE est connecté au port 0, une unité SIMD annexe est connectée sur chaque port.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Core (Penryn et Merom)
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5
|-
! rowspan="3 | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD || STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur entier || ''Barrel shifter'' || ||
|-
|-
| || || ALU branchements || ||
|-
! rowspan="3 | µops flottantes et SIMD
| FMUL et FDIV || FADD || ||
|-
| ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ALU SIMD entière (128 bits) || ||
|-
| || MUL SIMD entière (128 bits) || || ||
|}
Le résultat que le processeur peut émettre un mix d'opérations flottantes et entière assez varié, avec un mix allant de trois opérations entières à trois opérations flottantes, avec tous les intermédiaires. Le fait de mettre les ALU SIMD sur des ports différents permet d'émettre une addition et une multiplication flottante/SIMD simultanément.
===La microarchitecture Nehalem : un vrai ''Loop Stream Detector''===
Les microarchitectures '''Nehalem''' et '''Westmere''' n'introduisent pas d'optimisation majeure. A la rigueur, ils introduisent une prédiction de branchement à deux niveaux, et une macro-fusion plus complète. Les unités de calcul sont assez semblables, de même que leur répartition sur les ports d'émission.
Elle a introduit cependant un vrai ''Loop Stream Detector'' (LSD). Pour rappel, le LSD qui permet d'exécuter les boucles directement depuis la file de µops. Le LSD reconnait les petites boucles, qui tiennent dans la file de µops, et lit les µops adéquates depuis celle-ci. Les instructions de la boucle n'ont donc pas à être chargée et décodées.
La microarchitecture Core avait une sorte de pseudo-''Loop Stream Detector'', mais il était localisé dans la file d'instruction. Il était donc moins performant. Ce pseudo-''Loop Stream Detector'' permettait de ne pas charger les instruction x86, mais elles devaient quand même être décodées et passer par la file de µops. Avec Nehalem, ce n'est plus le cas.
[[File:Intel Nehalem arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Intel Nehalem.]]
===La microarchitecture Sandy Bridge : le cache de µops===
Les microarchitectures '''Sandy Bridge''' and '''Ivy Bridge''' ont introduit le renommage à banc de registre physique et l'ajout d'un cache de micro-opérations. L'ajout du cache de micro-opérations est une optimisation particulièrement rentable, particulièrement pour le complexe jeu d’instruction x86. Avec ce cache, les décodeurs servent surtout à alimenter le cache de micro-opérations, parfois décoder des instructions en-dehors de boucles, pas plus. Intel a d'ailleurs reflété ce fait dans sa terminologie. Intel distingue deux voies de chargement : le ''legacy pipeline'' et le cache de micro-opérations. L'unité de chargement et les décodeurs sont regroupés dans la voie du ''legacy pipeline''.
Sur les processeurs modernes, les décodeurs ne servent que pour 10 à 20% des micro-opérations exécutées, le reste est lu depuis le cache de µops. Cependant, Sandy Bridge a un cache de µops assez limité, qui ne permet pas d’atteindre ces chiffres. De nombreuses instructions ne peuvent pas être mémorisées dans le cache de µops, les limitations quand à son utilisation sont assez importantes. Par exemple, le processeur ne consulte pas le cache de µops à chaque cycle, il ne démarre son utilisation qu'après un branchement (donc une boucle potentielle) et cesse de l'utiliser au premier défaut de cache (dans le cache de µops).
Le cache de micro-opérations est complété avec un ''Loop Stream Detector'', placé après le cache en question. Les décodeurs et le cache de micro-opérations alimentent une file de micro-opérations, située juste avant l'étage de renommage de registres. La file de micro-opérations sert en quelque sorte de tampon entre l'étage de "décodage" et celui de renommage. Le ''Loop Stream Detector'' utilise cette file de micro-opérations comme d'un cache lorsqu'une boucle est détectée. Les micro-opérations de la boucle sont lue depuis la file de micro-opérations, pour être envoyée au renommeur de registres.
L'avantage est que le cache de micro-opérations et/ou les décodeurs sont mis en pause et clock-gatés lorsqu'une boucle s'exécute, ce qui réduit la consommation du processeur. Le ''Loop Stream Detector'' et le cache de micro-opération ont globalement le même effet : désactiver tout ce qui est avant, le ''Loop Stream Detector'' appliquant cette méthode au cache de micro-opération lui-même.
Pour le reste, ''Sandy Bridge'' n'innove pas trop. Les unités d'exécution sont globalement les mêmes, leur répartition sur les port est peu changée. LA seule différence intéressante est que ''Sandy Bridge'' n'a plus une unité mémoire dédiée aux LOAD et une aux STORE. Elle en a deux qui peuvent faire indifféremment LOAD et STORE. Le processeur peut donc émettre deux LOAD simultanément, ce qui entraine un gain en performance appréciable.
===Les microarchitectures Haswell et Broadwell===
Les architectures '''Haswell''' et '''Broadwell''' ont ajouté quelques unités de calcul, élargit la sortie du cache de micro-opérations. Un port d'émission pour opération entières a été ajouté, de même qu'un port pour les accès mémoire. Le processeur passe donc à 8 ports d'émission, ce qui permet d'émettre jusqu'à 8 micro-opérations, à condition que le cache de micro-opération suive. Pour le reste, le processeur est similaire aux architectures précédentes, si ce n'est que certaines structures grossissent.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || LOAD/STORE
|-
| ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ''Barrel shifter'' || Manipulation de bits || ||
|-
| || Multiplieur entier || ALU branchements || || ||
|-
! rowspan="4" | µops flottantes et SIMD
| SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || SIMD bit à bit (256 bits) || || ||
|-
| || ALU SIMD entière (256 bits) || ALU SIMD entière (256 bits) || || ||
|-
| FMUL + FMA (256 bits) || FMUL + FMA (256 bits) || || || ||
|-
| FDIV || FADD || || || ||
|}
===La microarchitecture Skylake : la fin de la station de réservation centralisée===
L'architecture '''Skylake''' a eu une longévité hors du commun, avec près de 6 ans d’utilisation ininterrompue. Elle a été la concurrentes des microarchitectures Zen 1, Zen 2 et Zen 3 d'AMD. La microarchitecture ''Skylake'' est une microarchitecture capable de décoder/renommer 4 instructions par cycle, elle peut émettre 6 µops par cycle grâce au cache de µops. Elle a été déclinée en plusieurs microarchitectures légèrement différentes les unes des autres, nommés '''''Kaby Lake''''', '''''Coffee Lake''''', '''''Comet Lake'''''.
Un changement extrêmement important concerne la station de réservation centralisée, qui ne l'est plus sur Skylake. Elle est scindée en deux stations de réservations : une pour les µops mémoire, et une autre pour le reste. Mien de rien, c'est à ce moment que la tendance "Intel = station de réservation centralisée " a commencée à s'adoucir. Intel est longtemps resté sur cette organisation avec un '''''Math Scheduler''''' d'un côté, et un '''''MEM scheduler''''' de l'autre.
Pour le reste, les améliorations sont mineures. A la rigueur, l'unité de renommage de registre ajoute des optimisations comme l'élimination des MOV, les idiomes liés aux opérations avec zéro, etc.
===La microarchitecture ''Sunny Cove'' : la station de réservation mémoire est scindée===
Après Skylake, les microarchitecture d'Intel ont changé de dénomination. Elles sont maintenant nommées non pas avec des noms de lacs, mais ont un nom qui finit par Cove : ''Sunny Cove'', ''Golden Cove'', etc. La seule exception à cette règle est la microarchitecture '''''Palm Cove''''' était un ''die shrink'' de Skylake, ce qui fait qu'elle est à part de celles qui vont suivre, qui sont vraiment des microarchitectures différentes.
La microarchitecture qui suit immédiatement skylake était la microarchitecture '''''Sunny Cove'''''. La microarchitecture''Sunny Cove'' suit la tendance entamée avec Skylake de casser la station de réservation principale en plusieurs stations de réservations plus petites. Cette fois-ci c'est la station de réservation pour les µops mémoire qui est scindée en deux une pour les lectures et une pour les écritures.
La microarchitecture ''Sunny Cove'' passe de quadruple émission à la pentuple émission. Précisément, l'unité de renommage de registres est maintenant capable de renommer 5 µops par cycle. De plus, l'unité de renommage devient plus performante. Ses capacités de ''MOV elimination'' ont été améliorées, et elle devient capable de reconnaitre certains idiomes, comme celui qui met à zéro un registre en le XORant avec lui-même.
''Sunny Cove'' était au départ prévue pour les PC ''desktop'', mais sa production a eu de nombreux problèmes. Elle était censée être produite avec une technologie de gravure 10nm d'Intel lui-même, qui a cependant eu de nombreux problèmes de production. Au final, ''Sunny Cove'' et ses variantes n'ont existées que dans des CPU mobile, basse performance et basse consommation. Elle a été déclinée en deux versions : '''''Willow Cove''''' a un cache retravaillé, alors que '''''Cypress Cove''''' est l'équivalent de ''Sunny Cove'' mais repassé à une technologie de gravure de 14nm. Les deux microarchitecture ont été utilisées sur les plateformes dites '''''Ice Lake''''' et '''''Tiger Lake'''''.
===La microarchitecture ''Golden Cove'' : un ''Fetch'' doublé===
La microarchitecture '''Golden Cove''' a suivi ''Sunny Cove''. Les microarchitectures suivantes, ''Redwood Cove'' et ''Raptor Cove'', sont des modifications mineures de ''Golden Cove''.
''Golden Cove'' altère les décodeurs et l'unité de chargement. Sur toutes les générations précédentes, on reste sur une unité de chargement qui charge 16 octets à la fois. Une telle stagnation sur les unités de chargement et de décodage s'explique encore une fois par la présence du cache de micro-opération fait que ce n'est pas trop un problème. Tout ce qui précède le cache de micro-opérations n'a pas de raison d'évoluer, car ce cache est très puissant. Mais cela change avec ''Golden Cove''.
Golden Cove double la taille du chargement qui passe à 32 octets. Le processeur peut décoder 6 instructions par cycle, et en émettre 6 à destination des fenêtres d'instructions. Il s'agit donc de processeurs superscalaires très larges, ce qui est la norme de nos jours et le restera pendant longtemps. ''Golden Cove'' conserve les trois fenêtres d'instruction séparées de ''Sunny Cove'', savoir : pour les instructions entières/flottantes, pour les lectures, pour les écritures.
[[File:Golden Cove.png|centre|vignette|upright=3|Golden Cove]]
Niveau unités de calcul, peu de changements avec ''Sunny Cove'', si ce n'est une ALU entière en plus.
{|class="wikitable"
|-
! Port d'émission n°1 !! Port d'émission n°2 !! Port d'émission n°3 !! Port d'émission n°4 !! Port d'émission n°5
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière
|-
| ''Barrel shifter'' || Multiplieur || Multiplieur || ''Barrel shifter'' ||
|-
| Branchements || Diviseur || || Branchements ||
|}
===La microarchitecture ''Lion Cove'' : la scission du ''math scheduler''===
La microarchitecture '''''Lion Cove''''' poursuit la tendance à scinder la station de réservation. La station de réservation pour les opérations entières/flottantes est maintenant scindée en deux : une pour les µops entières, une autre pour les µops SIMD/flottantes. Une autre modification, très liée à la précédente, est que le renommage de registre est lui aussi scindé. Les registres SIMD/flottants sont maintenant renommé indépendamment des registres généraux/entiers.
Les raisons sont certainement que cela simplifie grandement la conception du processeur, en séparant les pipelines entiers et SIMD, surtout que les opérations entières et SIMD sont forts différentes : instructions 2-opérandes d'un côté, 2 à 3-opérandes pour le SIMD ; présence de techniques de ''masking'' pour le SIMD, mais pas pour les opérations entières, etc.
Pour le reste, le processeur de 6 à 8 voies d'émission, et l'unité de chargement peut maintenant charger 48 octets, au lieu de 32 auparavant. Des ALU entières et SIMD ont été rajoutés. L'unité d'émission pour les opérations entières dispose de 6 ports d'émission, alors que celle pour les opérations SIMD n'en a que 4.
{|class="wikitable"
|+ Microarchitecture Haswell et Broadwell
|-
! !! Port d'émission 1 !! Port d'émission 2 !! Port d'émission 3 !! Port d'émission 4 !! Port d'émission 5 !! Port d'émission 6
|-
! rowspan="3" | µops entières/mémoire
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière || ALU entière
|-
| Branchements || ''Barrel shifter'' || Branchements || ''Barrel shifter'' || Branchements || ''Barrel shifter''
|-
| || Multiplieur entier || || Multiplieur entier || || Multiplieur entier
|}
==Les processeurs x86 d'AMD==
Les architectures Intel ont évolué progressivement, sans grandes cassure. Il y a une continuité presque ininterrompue entre l'architecture du Pentium 2 et les architectures modernes. Intel a fait des améliorations mineures à chaque nouvelle micro-architecture, si on omet le passage à un renommage à banc de registre physique et l'ajout du cache de micro-opération. A l'opposé, les architectures AMD ont eu de nombreuses cassures dans la continuité où AMD a revu sa copie de fond en comble.
Étudier ces architectures demande de voir trois choses séparément : le ''front-end'' qui regroupe l'unité de chargement et les décodeurs, le ''back-end'' qui gère l'exécution dans le désordre et les unités de calcul, et le sous-système mémoire avec les caches et la ''Load Store Queue''. Leur étude sera plus ou moins séparée dans ce qui suit, pour chaque classe d'architecture.
===La première génération de CPU AMD : les architectures K5, K6, K7, K8 et K10===
La première génération de processeurs AMD est celle des architectures K5, K6, K7, K8 et K10. Il n'y a pas de K9, qui a été abandonné en cours de développement. Les processeurs K5 et K6 portent ce nom au niveau commercial. Par contre, les processeurs d'architecture K7 sont aussi connus sous le nom d''''AMD Athlon''', les AMD K8 sont connus sous le nom d''''AMD Athlon 64''', et les architecture K10 sont appelées les '''AMD Phenom'''. Comme le nom l'indique, l'architecture K8 a introduit le 64 bits chez les processeurs AMD.
Elles ont une architecture assez similaire pour ce qui est du chargement et des caches. Toutes disposent d'au minimum un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. Le K5 n'avait que ces caches, mais un cache L2 a été ajouté avec le K7, puis un L3 avec le K10. L'AMD K5 avait une TLB unique, mais les processeurs suivants avaient une TLB pour le L1 d'instruction et une autre pour le L1 de données. Idem pour le cache L2, avec deux TLB : une pour les données, une pour les instructions.
Les caches L1/L2 sont de type exclusifs, à savoir que les données dans le L1 ne sont pas recopiées dans le L2. Le cache L2 est précisément un cache de victime, qui mémorise les données/instructions, évincées des caches L1 lors du remplacement des lignes de cache. L'introduction du cache L2 a entrainé l'ajout de deux TLB de second niveau : une L2 TLB pour les données et une autre pour les instructions. Les architectures K8 et K10 ont ajouté un cache L3, avec un accès indirect à travers l'interface avec le bus.
: L'AMD K7 originel, aussi appelée Athlon classique, n'avait pas de cache L2, mais celui-ci était placé sur la carte mère et fonctionnait à une fréquence moitié moindre de celle du CPU. L'Athlon Thunderbird, puis l'Athlon XP, ont intégré le cache L2 dans le processeur.
{|class="wikitable"
|-
! Architecture AMD
! colspan="5" | Caches
|-
| rowspan="2" | K5
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="2" | TLB unique || colspan="3" |
|-
| colspan="4" |
|-
| rowspan="2" | K6
| L1 instruction || L1 données || colspan="3" | L2 unifié
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || colspan="3" |
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K7, K8
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié ||
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|-
| colspan="6" |
|-
| rowspan="2" | K10
| L1 instruction || L1 données || colspan="2" | L2 unifié || L3
|-
| TLB L1 instruction || TLB L1 données || TLB L2 instruction || TLB L2 données ||
|}
Fait important, les architectures K5 à K10 utilisent la technique du '''prédécodage''', où les instructions sont partiellement décodées avant d'entrer dans le cache d'instruction. Le prédécodage facilite grandement le travail des décodeurs d'instruction proprement dit. Par contre, le prédécodage prend de la place dans le cache L1 d'instruction, une partie de sa capacité est utilisé pour mémoriser les informations prédécodées. C'est donc un compromis entre taille du cache et taille/rapidité des décodeurs d'instruction.
Sur les architectures K5 et K6, le prédécodage précise, pour chaque octet, si c'est le début ou la fin d'une instruction, si c'est un octet d'opcode, en combien de micro-opérations sera décodée l'instruction, etc. A partir de l'AMD K7, le prédécodage reconnait les branchements inconditionnels. Lorsqu'un branchement inconditionnel est pré-décodé, le pré-décodage tient compte du branchement et continue le pré-décodage des instructions à partir de la destination du branchement. Le système de prédécodage est abandonnée à partir de l'architecture Bulldozer, qui suit l'architecture K10.
La prédiction de branchement de ces CPU tire partie de ce système de pré-décodage, à savoir que les prédictions de branchement sont partiellement mémorisées dans les lignes de cache du L1 d'instruction. Par exemple, l'AMD K5 se passe de ''Branch Target Buffer'' grâce à cela. Si une ligne de cache contient un branchement, elle mémorise l'adresse de destination de ce branchement, en plus des bits de pré-décodage. Si il y a plusieurs branchements dans une ligne de cache, c'est l'adresse de destination du premier branchement pris dans cette ligne de cache qui est mémorisée.
Un défaut de cette approche est que si le branchement n'est pas dans le L1 d'instruction, aucune prédiction de branchement ne peut être faite et le préchargement ne peut pas fonctionner. C'est une limitation que n'ont pas les BTB découplées du cache L1 : elles peuvent prédire un branchement qui a été évincé dans le L2 ou le L3, tant que l'entrée associée est dans le BTB. Les prédictions peuvent même servir à précharger les instructions utiles.
[[File:Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Comparaison du chargement de l'AMD K5 et K6]]
Au niveau du décodage, on trouve de nombreuses différences entre les premières architectures AMD. L'AMD K5 contient 4 décodeurs hybrides, afin de décoder 4 instructions par cycles. Le K5 a quatre décodeurs simples couplés à 4 décodeurs complexes avec chacun un accès au micro-code. Une instruction peut donc passer par a donc deux voies de décodage : un décodage rapide et simple pour les instructions simples, un décodage lent et passant par le microcode pour les instructions complexes. Pour décoder 4 instructions, les deux voies sont dupliquées en 4 exemplaires, ce qui a un cout en circuits non-négligeable.
L'AMD K6 utilise moins de décodeurs et ne peut que décoder deux instructions à la fois maximum. Par contre, il fournit en sortie 4 micro-opérations. Il intègre pour cela deux décodeurs simples, un décodeur complexe et un décodeur micro-codé. Un décodeur simple transforme une instruction simple en une ou deux micro-opérations. Il est possible d'utiliser les deux décodeurs simples en même temps, afin de fournir 4 micro-opérations en sortie du décodeur. Les deux autres décodent une instruction complexe en 1 à 4 micro-opérations. Si jamais la ou les deux instructions sont décodées en 1, 2 ou 3 micro-opérations, les micro-opérations manquantes pour atteindre 4 sont remplies par des NOPs.
Pour le K7 et au-delà, le processeur dispose de décodeurs séparées pour les instructions micro-codées de celles qui ne le sont pas. Le processeur peut décoder jusqu’à 3 instructions par cycle. Le décodage d'une instruction microcodée ne peut pas se faire en parallèle du décodage non-microcodé. C'est soit le décodeur microcodé qui est utilisé, soit les décodeurs câblés, pas les deux en même temps. Le décodage d'une instruction prend 4 cycles. Les instructions non-microcodées sont décodées en une seule micro-opération, à un détail près : le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''.
La différence entre le K6 et le K7 s'explique par des optimisations des instructions ''load-up''. Sur le K6, les instructions ''load-up'' sont décodées en deux micro-opération : la lecture en RAM, l'opération proprement dite. Mais sur le K7, une instruction ''load-up'' est décodée en une seule micro-opération. En conséquence, les décodeurs simples sont fortement simplifiés et le décodeur complexe disparait au profit d'un microcode unique.
[[File:Décodage sur le K5 et le K5.png|centre|vignette|upright=3|Décodage sur le K5 et le K5]]
====Les micro-architectures K5 et K6 d'AMD====
Les deux premières architectures étaient les architectures K5 et K6, l'architecture K6 ayant été déclinée en quatre versions, nommées K6-1, K6-2, et K-3, avec une version K6-3 bis. Elles sont regroupées ensemble car elles ont beaucoup de points communs. Par exemple, tout ce qui a trait au chargement et au cache était similaire, de même que les unités de calcul.
Les deux architectures avaient n'avaient pas de cache L2 et devaient se contenter d'un cache L1 d'instruction et d'un cache L1 de données. L'AMD K5 incorpore une TLB unique, alors que le K6 utilise des TLB séparées pour le cache d'instruction et le cache de données. Une différence entre l'architecture K5 et K6 est que la première utilise des caches normaux, alors que la seconde utilise des ''sector caches''.
Les deux architectures disposaient des unités de calcul suivantes : deux ALU entières, une FPU, deux unités LOAD/STORE pour les accès mémoire, une unité de branchement et une ou plusieurs unités SIMD. Une organisation classique, donc.
Pour les unités entières, il y avait deux ALU simples, un ''barrel shifter'' et un diviseur. Il n'y a pas d'erreur, le processeur incorpore un circuit diviseur, mais pas de circuit multiplieur. La raison est que la multiplication est réalisée par la FPU ! En effet, le multiplieur flottant de la FPU intègre un multiplieur entier pour multiplier les mantisses, qui est utilisé pour les multiplications entières. La même technique a été utilisée sur l'Atom, comme vu plus haut. Le tout était alimenté par deux ports d'émission, appelés ports X et Y. Sur l'architecture K5, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont des ports différents.
{|class="wikitable"
|+ AMD K5
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
| ''Barrel Shifter''
| Diviseur
|}
Sur l'architecture K6, le ''barrel shifter'' et le diviseur sont sur le même port.
{|class="wikitable"
|+ AMD K6
|-
! Port X
! Port Y
|-
| ALU simple
| ALU simple
|-
|
| ''Barrel Shifter''
|-
|
| Diviseur
|}
Niveau unités mémoire, le K5 avait deux unités LOAD/STORE, chacune capable de faire lecture et écriture. Par contre, la ''store queue'' n'a qu'un seul port d'entrée, ce qui fait que le processeur peut seulement accepter une écriture par cycle. Le processeur peut donc émettre soit deux lectures simultanées, soit une lecture accompagnée d'une écriture. Impossible d'émettre deux écritures simultanées, ce qui est de toute façon très rare. L'architecture K6 utilise quant à elle une unité LOAD pour les lectures et une unité STORE pour les écritures. Ce qui permet de faire une lecture et une écriture par cycle, pas autre chose.
Niveau unités SIMD, l'architecture K7 n'avait qu'une seule unité SIMD, placée sur le port d'émission X. L'architecture K8 ajouta une seconde unité SIMD, sur l'autre port d'émission entier. De plus, trois ALU SIMD ont été ajoutées : un décaleur MMX, une unité 3DNow!, une unité mixte MMX/3DNow. Elles sont reliées aux deux ports d'émission entier X et Y ! Elles ne sont pas représentées ci-dessous, par souci de simplicité.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K5 et K6. les unités sur la même colonnes sont reliées au même port d'émission.]]
Si les unités de calcul et le chargement sont globalement les mêmes, les deux architectures se différencient sur l'exécution dans le désordre. L'AMD K5 utilise du renommage de registre dans le ROB avec des stations de réservation. Par contre, l'AMD K6 utilise une fenêtre d'instruction centralisée. De plus, son renommage de registre se fait avec un banc de registre physique.
L'architecture AMD K5 utilisait de deux stations de réservation par unité de calcul, sauf pour les deux unités mémoire partageaient une station de réservation unique (deux fois plus grande). Les stations de réservation sont cependant mal nommées, vu que ce sont en réalité des mémoire FIFO. Une micro-opération n'est émise que si elle est la plus ancienne dans la FIFO/station de réservation. Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique. Le tampon de ré-ordonnancement faisait seulement 16 instructions.
[[File:AMD K5.jpg|centre|vignette|upright=3|AMDK5 Diagramme.]]
L'architecture K6 remplace les stations de réservations par une fenêtre d'instruction centralisée. Les 4 micro-opérations renommées sont écrites dans la fenêtre d'instruction par groupe de 4, NOP de ''padding'' inclus. La fenêtre d'instruction centralisé contient 24 micro-opérations, groupées en 6 groupes de 4 micro-opérations, avec potentiellement des NOP dedans suivant le résultat du décodage. L'avantage est que l'implémentation de la fenêtre d'instruction est simple. La fenêtre d'instruction centralisée permettait d'émettre 6 micro-opérations en même temps (une par unité de calcul/mémoire). Le renommage de registres se faisait dans le tampon de ré-ordonnancement, il n'y avait pas encore de banc de registre physique.
Le processeur utilisait un renommage avec un banc de registre physique. Le banc de registre physique pour les entiers contenait 48 registres, dont 24 étaient des registres architecturaux et 24 étaient des registres renommés. Sur les 24 registres architecturaux, 16 avaient une fonction de ''scratchpad'' que les ''datasheets'' d'AMD ne détaillent pas, les 8 restants étaient les registres généraux EAX, EBX, etc.
[[File:AMD K6 Little foot & Modl 6.png|centre|vignette|upright=3|AMD K6 original.]]
====Les micro-architectures K7, K8 et K10 d'AMD====
Les micro-architectures suivantes sont les architectures K7, K8 et K10. Les architectures K7, K8 et K10 sont assez similaires. La différence principale entre le K7 et le K8 est le support du 64 bits. Les apports du K10 sont la présence d'un cache L3, d'une unité de calcul supplémentaire et d'améliorations de la prédiction de branchement. La taille de certains caches a été augmentée, de même que la largeur de certaines interconnexions/bus.
L'architecture K7 des processeurs Athlon utilisait le renommage de registre, mais seulement pour les registres flottants, pas pour les registres entiers. Le ranommeg des registres flottants étaient réalisé via un banc de registres physique, ne contenant que des registres flottants. Les architectures K8 et K10 utilisent le renommage de registres pour tous les registres, entiers comme flottants. Par contre, le renommage de registre n'est pas réalisé de la même manière pour les registres entiers et flottants. Les registres entiers sont renommés dans le tampon de ré-ordonnancement, comme c'était le cas sur les architectures Intel avant le Pentium 4. Par contre, les registres flottants sont renommés grâce à un banc de registre physique. Le K8 est donc un processeur au renommage hybride, qui utilise les deux solutions de renommage principales.
A partir du K7, le CPU optimise la prise en charge des instructions ''load-up''. Les instructions ''load-op'' sont appelées des macro-opérations dans la terminologie d'AMD, et aussi d'Intel. L'idée est que les instructions ''load-up'' sont décodées en micro-opérations intermédiaires. Elles sont propagées dans le pipeline comme étant une seule micro-opération, jusqu'à l'étage d'émission. Lors de l'émission, les instructions ''load-up'' sont scindées en deux micro-opérations : la lecture de l'opérande, puis l'opération proprement dite. Faire ainsi économise des ressources et optimise le remplissage du tampon de ré-ordonnancement, des fenêtres d'instructions, des stations de réservation, etc.
Le tampon de réordonnancement est combiné avec divers circuits en charge de l'exécution dans le désordre, dans ce qui s'appelle l'''instruction control unit''. Il contient de 72 à, 84 instructions, qui sont regroupées en groupes de 3. Là encore, comme pour le K5 et le K6, le tampon de réordonnancement tient compte de la sortie des décodeurs. Les décodeurs fournissent toujours trois micro-opérations par cycle, quitte à remplir les vides par des NOP. Le tampon de réordonnancement reçoit les micro-opérations, NOP inclus, par groupes de 3, et est structuré autour de ces triplets de micro-opération, y compris en interne.
Pour ce qui est de l'unité mémoire, elle est précédée par une file de µops mémoire, qui émet les accès mémoire dans l'ordre du programme. Elle est souvent qualifiée de ''Load-Store Queue'', mais ce n'est pas la terminologie que nous utilisons dans ce cours. La file de micro-opération lire/écrire 64 bits par cycle depuis le cache L1, ce qui fait un seul accès au cache par cycle. La file de µops mémoire est appelée la ''Pre-Cache Queue''. Si au vu de son nom, vous avez deviné qu'il y avait une ''Post-Cache Queue''. Elle mémorise les lectures/écritures émises, mais qui ont levé un défaut de cache L1. Elle ne fait pas partie de la file de µops mémoire proprement dite.
Les architectures K7, K8 et K10 ont des unités de calcul très similaires. Concrètement, il y a trois ALU entières, trois unités de calcul d'adresse, et une FPU. Le processeur incorpore, aussi un multiplieur entier, relié sur le port d'émission de la première ALU. La FPU regroupe un additionneur flottant, un multiplieur flottant, et une troisième unité LOAD/STORE pour les lectures/écritures pour les nombres flottants. L'architecture K8 ajoute une unité de manipulation de bit, la K10 un diviseur entier.
[[File:Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10.png|centre|vignette|upright=2|Unité de calcul des processeurs AMD K7, K8 et K10]]
La manière d'alimenter les ALU en micro-opérations varie un petit peu entre les architectures K7, K8 et K10. Il y a cependant quelques constantes entre les trois. La première est qu'il y a une fenêtre d'instruction séparée pour les flottants, de 36 à 42 entrées, avec renommage de registre. La fenêtre d'instruction flottante a trois ports d'émission : un pour l'additionneur flottant, un autre pour le multiplieur, et un troisième pour la troisième unité flottante qui s'occupe du reste. La seconde est que chaque ALU entière est couplée avec une unité de calcul d'adresse. Par contre, la méthode de couplage varie d'un processeur à l'autre.
: Les stations de réservation sont nommées des ''schedulers'' dans les schémas qui suivent.
La micro-architecture K7 avait deux fenêtres d'instruction : une pour les opérations flottantes, une autre pour les instructions entières et les accès mémoire. La fenêtre d'instruction entière était reliée à 3 ALU entières et à 3 AGU. Elle pouvait émettre trois micro-opérations en même temps : trois micro-opérations entières, trois micro-opérations mémoire. Les AGU étaient reliées à la file de µops mémoire mentionnée plus haut, ce qui permet d'émettre trois µops mémoire par cycle. Par contre, la file de µops mémoire ne pouvait exécuter qu'une lecture de 64 bits ou une écriture de 64 bits. En clair, trois micro-opérations mémoire peuvent être émises par cycle, cela entraine trois calculs d'adresse simultanés, mais les trois lectures/écritures sont mises en attente dans la file de µops mémoire. Elles s'exécutent alors l'une après l'autre.
La fenêtre d'instruction entière contenait 5 à 6 groupes de 3 macro-opérations. Vous noterez que j'ai parlé de macro-opérations et pas de micro-opérations, car les instructions ''load-up'' sont considérées comme une seule "micro-opération" dans la fenêtre d'instruction entière. Et cela se marie bien avec une fenêtre d'instruction unique partagée entre pipeline entier et pipeline mémoire. Une macro-opération était scindée en deux micro-opérations : une micro-opération mémoire et une micro-opération entière. Il est donc avantageux de regrouper unités mémoire et unités entières à la même fenêtre d'instruction pour ce faire.
[[File:AMD K7.png|centre|vignette|upright=3|AMD K7]]
Sur les architectures K8 et K10, la station de réservation unique de 15 micro-opérations est remplacée par trois stations de réservations, de 8 micro-opérations chacune pour le K8, de 10 pour le K10. Chaque station de réservation entière alimente une unité de calcul entière et une unité de calcul d'adresse. l'unité de calcul d'adresse est reliée à la file de µops mémoire, qui n’exécute toujours qu'un seul accès mémoire par cycle. Le multiplieur est relié à la première station de réservation, sur le même port d'émission que l'ALU.
[[File:AMD Husky microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|AMD Husky micro-architecture]]
La micro-architecture K10 a été déclinée en plusieurs versions, nommées Grayhound, Grayhound+ et Husky, Husky étant une architecture gravée en 32 nm dédiée aux processeurs A-3000. L'architecture Grayhound a plus de cache et un ROB plus grand, la Husky est quand à elle un peu plus différente. Elle n'a pas de cache L3, contrairement aux autres architectures K10, ce qui simplifie fortement son sous-système mémoire. Par contre, les fenêtres d'instructions/stations de réservation et le ROB sont plus grands, pareil pour les files dans l'unité mémoire. Une ALU pour les divisions entières a aussi été ajoutée.
Pour résumer, les architectures K7, K8 et K10 séparent les pipelines entiers et flottants : trois pipelines entiers avec chacun son unité de calcul, et un pipeline flottant avec plusieurs unités de calcul. Les raisons à cela sont assez diverses. Disons que dupliquer des ALU entières simples prend peu de transistors, là où les gros circuits comme le multiplieur ou la FPU ne sont pas dupliqués.
Et cela a un autre avantage : le renommage, ''dispatch'' et l'émission sont plus simples. Les pipelines entiers ont une exécution dans le désordre peu complexe, grâce au grand nombre d'unités de calcul, ce qui fait que le pipeline entier est de seulement 15 cycles au total (chargement et décodage inclus). A l'opposé, la FPU est alimentée par une exécution dans le désordre très complexe, avec banc de registre physique et beaucoup de ressources, mais au prix d'un pipeline flottant plus long de 3 cycles, soit 18 cycles au total.
===La micro-architecture Bulldozer et ses dérivés===
Viennent ensuite les '''micro-architectures Bulldozer''', avec trois révisions ultérieures nommées Piledriver, Steamroller et Excavator. Un détail très important de Bulldozer est que de nombreux circuits sont partagés entre deux cœurs, à un point qui mérite de nombreuses explications. Les processeurs Bulldozer peuvent exécuter deux programmes "en même temps", sur deux cœurs partiellement fusionnés. Cette technique de partage d'unités de calcul entre coeurs s'appelle le '''cluster multithreading''', ou encore les '''architectures à cœurs conjoints''' (''Conjoined Core Architectures'').
Les deux cœurs sont séparés pour ce qui est du chemin de données, du ''back-end''. Ils disposent de deux bancs de registres généraux et les ALU entières sont dupliquées. Toute la logique d'exécution dans le désordre est aussi dupliquée, avec deux ROBs, des stations de réservations séparées, etc. L'unité mémoire est aussi dupliquée, chaque cœur dispose de ses propres ''load queue'' et ''store queue'', ainsi de que son propre cache L1 de données.
En clair, les chemins de données sont totalement séparés, sauf sur deux points : la FPU et les unités SIMD. La FPU est partagée entre deux coeurs, les unités SIMD sont aussi dans ce cas. Le partage de la FPU permet d'éviter de dupliquer trop de circuits et donc d'économiser des transistors. Le problème est que ce partage est source de dépendances structurelles, ce qui peut entraîner des pertes de performances.
Par contre, le ''front-end'' est presque totalement partagé entre deux cœurs. Il n'y a qu'un seul cache d'instruction pour les deux cœurs, la TLB du cache d'instruction est unique, l'unité de prédiction de branchement est partagée entre deux cœurs, les décodeurs d'instruction aussi sont partagés, même la file de µops ! Les seules unités qui sont dupliquées sont la file d'instruction et l'unité de renommage, présentes en deux exemplaires. Concrètement, les deux programmes ont accès au cache à tour de rôle. Un programme a accès au cache à un instant t, mais le cycle suivant pourra être alloué à l'autre programme. Une unité décide de quel programme peut charger ses données, idem pour le décodage.
[[File:AMD Bulldozer microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Bulldozer d'AMD.]]
Au-delà de ce partage entre cœurs, Bulldozer a eu un changement assez important : les stations de réservation sont passées de stations de réservation très décentralisées à une station de réservation unique (pour les µops entières/mémoire), d'environ 40 entrées. L’implémentation de la station de réservation a aussi changée. Car 40 entrées, c'est beaucoup pour l'époque. Elle subit quelques simplifications pour la rendre plus rapide et plus économe en transistors.
Les autres processeurs de l'époque utilisaient une station de réservation qui détectait à chaque instant quelle était l'instruction la plus ancienne, qui soit prête pour l’exécution. Mais Bulldozer n'utilisait pas cette technique. A la place, il mémorisait la place de l'instruction la plus ancienne gra^ce à une ''ancestry table''. Et l'instruction la plus ancienne est privilégiée sur toute les autres. Mais si elle n'est pas prête à s'exécuter, la station de réservation choisit une instruction suivant sa position dans la station de réservation (qui reste une mémoire RAM/associative, ne l'oublions pas).
Bulldozer utilise aussi les optimisations du contournement et du banc de registre, vues dans le chapitre sur les CPU superscalaires. Le banc de registres généraux est dupliqué, afin de garder des bancs de registres avec peu de ports de lecture/écriture. Chaque banc de registre généraux a 4 ports de lecture et deux d'écriture, ce qui permet d'alimenter 2 ALU entières. En tout, cela permet d'alimenter 4 ALU entières, avec 8 ports de lecture et 4 d'écriture. Le tout alimente 2 ALU entières, et 2 AGUs/unités mémoire.
Vu que la FPU est partagée entre deux programmes, sa station de réservation a une taille doublée comparé à la normale. Jugez plutôt : 60 entrées pour la station de réservation, là où les microarchitectures concurrentes d'Intel (''Sandy bridge'') utilisait une station de réservation de 54 entrées pour toutes les instructions entières/flottante/mémoire ! Idem pour le banc de registres flottants, qui n'a pas moins de 160 registres flottants !
Pour ce qui est des instructions SIMD, Bulldozer supporte l'extension AVX, qui fait des calculs du des registres de 256 bits, découpés en entiers/flottants de 64 bits, 32 bits, 16 bits, 8 bits, etc. L'unité SIMD ne gére cependant que des calculs sur 128 bits. Les instructions AVX sont donc découpées en deux µops, chacune traitant la moitié d'un registre SIMD. La performance n'est donc pas améliorée par rapport au SSE. Par contre, les unités SIMD gérent nativement l'opération FMA (une multiplication suivie d'une addition).
{|class="wikitable"
|-
|+ Bulldozer
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4
|-
| FMA - 128 bits || FMA - 128 bits || ALU - 128 bits || ALU - 128 bits
|-
| FMA opérandes entiers - 128 bits || Suffle et permutations || || FSTORE (x87)
|}
La révision Steamroller sépara le ''front-end'' en deux voies distinctes, une par ''thread''. Concrètement, le processeur se contente maintenant de partager la FPU et les unités SIMD entre deux coeurs, pas plus. Pour cela, elle ajouta un second décodeur d'instruction, une seconde file de micro-opération et une seconde unité de renommage de registres, afin d'améliorer les performances.
Niveaux optimisations mineures, les stations de réservation ont été augmentées, elles peuvent mémoriser plus de micro-opérations, idem pour les bancs de registre et les files de lecture/écriture. Un cache de micro-opérations a été ajouté, de même que des optimisations quant au renommage de registre. Des ALU ont aussi été ajoutées, des FPU retirées.
[[File:AMD excavator microarchitecture.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture Excavator d'AMD.]]
===Les micro-architectures ZEN d'AMD===
Les micro-architectures suivantes sont les '''architectures ZEN 1/2/3/4'''. Elles se ressemblent beaucoup, le cœur de l'architecture reste plus ou moins le même. En passant à la suivante, le nombre de registre virtuel augmente, le ''branch target buffer'' augmente en taille, le ROB et les files d'attente grossissent, les caches de micro-opération aussi, les caches grossissent, etc. Une optimisation intéressante est l'ajout d'un cache de micro-opération, qui améliore grandement les performances du ''front-end'', notamment pour les boucles.
La micro-architecture Zen 1 est illustrée ci-dessous. Comme on le voit, les registres flottants ont une unité de renommage séparée de celle pour les entiers, mais les deux utilisent du renommage à banc de registre physique. Il y a par contre une différence au niveau des fenêtres d'instruction, notées ''scheduler'' dans le schéma. Les µops flottantes utilisent une station de réservation unique, alors qu'il y a une station de réservation par ALU entière. La raison de ce choix est que les opérations flottantes ont un nombre de cycle plus élevé, sans compter que les codes flottants mélangent bien additions et multiplication.
[[File:Zen microarchitecture.svg|centre|vignette|upright=3|Micro-architecture Zen 1 d'AMD.]]
La micro-architecture Zen 5 se distingue fortement des 4 microarchitectures précédentes. Premièrement, elle passe à une station de réservation centralisée pour les µops entières, une seconde pour els µops mémoire, et une troisième pour les µops SIMD/flottantes. Le retour à une station de réservation aussi peu décentralisée n'avait pas été vu depuis la microarchitecture Bulldozer.
Une autre différence est qu'elle utilise un décodeur ''clustered'', tel que vu dans le chapitre sur les processeurs superscalaires, dans la section "Le décodage superscalaire large".
==La microarchitecture Netburst du Pentium 4==
Dans cette section, nous allons voir l'architecture du processeur Pentium 4, qu'on a volontairement laissée de côté précédemment. Pourquoi un tel saut dans le temps ? Parce que le Pentium est complément à part des autres architectures Intel. Le Pentium 4 a représenté une rupture en termes de microarchitecture, qui a été un échec tellement retentissant que les processeurs suivants sont repartis sur la base du Pentium 3.
Il introduisait de nombreuses nouveautés architecturales qui étaient très innovantes. Par exemple, il introduisait le renommage avec un banc de registre physique, qui a été utilisé sur tous les processeurs Intel suivants. Mais la plupart de ces innovations étaient en réalité de fausses bonnes idées, ou du moins des idées difficiles à exploiter. Par exemple, le système de pipeline à ''replay'' n'a été utilisé que sur le Pentium 4 et aucun autre processeur ne l'a implémenté.
===Un focus sur la fréquence d'horloge===
La microarchitecture du Pentium 4 a été déclinée en plusieurs versions, dont les finesses de gravure n'étaient pas les mêmes. La microarchitecture Netburst, utilisée sur le Pentium 4, utilisait un pipeline à 20 étage, augmenté à 32 sur une révision ultérieure. Il a existé quatre révisions de l'architecture : Willamette (180 nm), Northwood (130 nm), Prescott (90 nm) et Cedar Mill (65 nm).
Un point important est que le Pentium 4 était prévu pour fonctionner à haute fréquence. Ses 1,5 GHz étaient impressionnants pour l'époque, les autres processeurs tournant à une fréquence proche du GigaHertzs. Pour cela, la solution retenue par Intel a été un pipeline très long, avec beaucoup d'étages. Le Pentium 4 a été décliné en plusieurs versions assez proches, chacune avec sa propre finesse de gravure qui n'ont pas toute le même pipeline. Les micro-architectures ''Willamette'' et ''Northwood'' avaient un pipeline de 20 étages, alors que les autres processeurs de l'époque avaient entre 10 et 15 étages maximum. Les micro-architectures ''Prescott'' et ''Cedar Mill'' étaient une refonte qui a fait grimper le nombre d'étages à 31 ! Du jamais vu, il s'agit d'un record pour un processeur commercial.
Un pipeline aussi long permet d'exécuter beaucoup d’instructions en même temps, chacune dans un étage, mais aussi d'atteindre de hautes fréquences facilement. Le problème est qu'un pipeline avec autant d'étages a beaucoup de problèmes. Un point important est que la prédiction de branchement est cruciale. Pour rappel, la pénalité en cas de mauvaise prédiction dépend du nombre d'étages avant que le branchement soit résolu. Et les branchements sont résolus soit en fin de décodage, soit dans l'unité de calcul. C'est à dire au milieu du pipeline, soit en fin de pipeline. La pénalité en cas de mauvaise prédiction de branchement était énorme sur le Pentium 4, elle atteignait facilement 30 cycles
Pour compenser, le Pentium 4 avait une prédiction de branchement très performante, pour l'époque. J'insiste sur le pour l'époque. Il utilisait un prédicteur qu'on a déjà abordé dans le chapitre sur la prédiction de branchement, précisément un prédicteur adaptatif à deux niveaux avec un historique global de 16 bits. Il avait aussi un ''Branch Target Buffer'' de 4096 entrées. Mais surtout, il intégrait une sorte de précurseur du cache de micro-opération, appelé le cache de traces, qui est détaillé dans la section suivante.
===Le cache de trace du Pentium 4===
Les décodeurs du Pentium 4 ne font pas décoder les instructions, ils mémorisent le résultat dans un cache de micro-opération un peu particulier, appelé le '''cache de trace'''. Une ligne de cache peut mémoriser 6 micro-opérations, ce qui peu sembler peu mais a été repris sur les micro-architectures suivantes. Mais le cache de trace a une grande différence avec un cache de micro-opération normal. Un cache de micro-opération normal mémorise une instruction par ligne de cache. Une instruction est décodée en plusieurs micro-instructions, qui sont enregistrées dans une ligne de cache. Si l'instruction n'utilise par les 6 micro-opérations disponibles, le reste de la ligne de cache n'est pas utilisé. Mais le Pentium 4 optimise le tout de manière ce à ce que ne soit pas le cas.
Sur le Pentium 4, la contrainte du "une instruction par ligne de cache" est abandonnée. Une ligne de cache mémorise 6 micro-opérations consécutives, qui peuvent appartenir à plusieurs instructions. Par exemple, si le décodeur décode 4 instructions consécutives en 6 micro-opérations au total, alors le tout prendra une seule ligne de cache sur le Pentium 4. Et les 4 instructions consécutives n'ont même pas à être consécutives en mémoire : il peut y avoir des branchements pris entre ces instructions !
{|class="wikitable"
|+ Cache de trace
|-
! Ligne de cache
| ADD || SUB || ADD || MOV || MUL || ''shift''
|-
! Ligne de cache
| colspan="3" | ADD ''load-up'' || MUL || colspan="2" | Branch if Equal
|-
! Ligne de cache
| XOR || colspan="4" | POP || SUB
|-
! ...
| colspan="6" | ...
|}
Pour expliquer cela plus concrètement, nous allons devoir introduire les concepts de trace et de bloc de base. Un '''bloc de base''' (''basic block'') est une suite d'instructions sans branchement, qui est séparé par deux branchements. Le début d'un bloc de base est la destination d'un branchement, un bloc de base se termine avec un branchement. Une '''trace''' est formée en concaténant plusieurs blocs de base. Pour donner un exemple, regardez le code illustré ci-contre. Il est composé d'un bloc de base A, suivi par un bloc de base B, qui peut faire appel soit au bloc C, soit un bloc D. Un tel code peut donner deux traces : ABC ou ABD. La trace exécutée dépend du résultat du branchement qui choisit entre C et D.
Le cache de trace mémorise des traces de 6 micro-opérations consécutives. Les traces sont formées en sortie des décodeurs d'instruction, par de subtiles opérations mélangeant mémorisation, décalage et concaténation. Les circuits qui construisent les traces ne sont pas connus, mais ils doivent certainement être très compliqués. toujours est-il qu'un cache de trace peut mémoriser des traces différentes, même si leur début est le même. Par exemple, prenons deux traces, composées des blocs de base A, B, C et D. La première trace est la trace ABC, la seconde est la trace ABD. Les deux traces auront chacune une ligne de cache dédiée.
Une trace est réutilisable quand le premier bloc de base est identique et que les prédictions de branchement restent identiques. Pour vérifier cela, le tag du cache de traces contient l'adresse du premier bloc de base, la position des branchements dans la trace et le résultat des prédictions utilisées pour construire la trace. Le résultat des prédictions de branchement de la trace est stocké sous la forme d'une suite de bits : si la trace contient n branchements, le n-ième bit vaut 1 si ce branchement a été pris, et 0 sinon. Même chose pour la position des branchements dans la trace : le bit numéro n indique si la n-ième instruction de la trace est un branchement : si c'est le cas, il vaut 1, et 0 sinon.
Si la trace est réutilisée par la suite, elle est lue depuis le cache de traces. Pour savoir si une trace est réutilisable, l'unité de chargement envoie le ''program counter'' au cache de traces, l'unité de prédiction de branchement fournit le reste des informations. Si on a un succès de cache de traces, et la trace est envoyée directement au décodeur. Sinon, la trace est chargée depuis le cache d'instructions et assemblée. Il faut signaler que le cache de trace avait sa propre unité de prédiction de branchement séparée de l'unité de prédiction de branchement normale.
[[File:TraceCache.png|centre|vignette|upright=2|Cache de traces.]]
Le cache de traces réduisait la longueur du pipeline en cas de succès de cache de trace. Quand les instructions étaient lues depuis le cache de trace, les étages avant le cache de trace ne sont pas utilisés, tout se passe comme s'ils étaient retirés du pipeline. C'est la même chose avec le cache de micro-opération des processeurs modernes, mais l'idée n'existait pas encore à l'époque. Le cache de trace mémorise des traces décodées, ce qui fait qu'un succès de cache de trace contournait non seulement le cache d'instruction, mais aussi les décodeurs. Le temps d'accès au cache de trace pouvait être assez élevé, même s'il était comparable au temps d'accès du cache d'instruction.
Le cache de traces a depuis été remplacé par une alternative bien plus intéressante, le cache de micro-opérations, plus flexible et plus performant. Comparé à un cache de trace, la contrainte "une instruction par ligne de cache" simplifie grandement l'implémentation d'un cache de micro-opération. Ne parlons pas de la détection des succès de cache, qui demande d'utiliser les prédictions de branchement. Mais le vrai problème avec le cache de trace est tout autre. Il arrive souvent qu'une micro-opération soit présente dans plusieurs lignes de cache en raison du processus de construction des traces, chose impossible avec un cache de micro-opération. Et c'est un problème, qui réduit la capacité effective du cache de trace. Alors certes, une ligne de cache est plus remplie que sur un cache de micro-opération, on est certain que les 6 micro-opération par ligne de cache sont remplies. Mais la redondance réduit grandement cet avantage.
===L'exécution dans le désordre et le chemin de données du P4===
Le renommage de registres se fait avec un banc de registres physiques avec une table d'alias.
Le Pentium 4 avait une exécution dans le désordre très limitée, basée sur la présence de deux files de micro-opération : une pour les accès mémoire, une autre pour les autres instructions. La seconde file regroupait opérations entières et flottantes, elles n'étaient pas séparées. Avec ces deux files, les instructions mémoire étaient exécutées dans l'ordre du programme, les instructions arithmétiques s'exécutaient aussi dans l'ordre du programme, mais une instruction arithmétique pouvait passer avant une instruction mémoire et inversement. L'avantage est que cela permettait de faire des lectures en avance, c'était une forme limitée de lecture non-bloquantes.
Il s'agit bel et bien de deux files d'instructions, pas de fenêtres d'instruction ni de stations de réservation. Le Pentium 4 est le seul processeur commercial qui a utilisé des files de micro-opération séparées, tous les autres utilisent des fenêtres d'instruction : centralisées pour Intel, décentralisées pour AMD (en général). Le Pentium 2 et 3, bien qu'antérieurs, utilisait une station de réservation unique. Cela peut sembler être un retour en arrière, mais les files d'instructions sont bien plus larges : de 42 micro-opérations pour le Pentium 3, on passe à 120 micro-opérations pour le Pentium 4. Et vu la longueur du pipeline, qui fait qu'il y a plus d'instructions en vol, c'était une nécessité. Mais cela n'aurait pas été possible en utilisant des stations de réservation, pour des raisons de consommation électrique et/ou de budget en transistors, ce qui fait que passer à une file de micro-opération été la solution retenue.
Pour les accès mémoire, le Pentium 4 utilisait donc une file de µops mémoire unique, couplée à une file d'écriture (non-représentée sur les schémas qui suivent). La file d'écriture du Pentium 4 était de 24 écritures maximum et gérait le ''Store-to-load forwarding''. Le processeur pouvait émettre une lecture et une écriture à chaque cycle. Il y avait un port d'émission pour les lectures et un autre pour les écritures, tous deux ayant chacun leur propre unité de calcul d'adresse.
Le processeur contenait 3 ALU entières, 2 unités de calcul d'adresse et une FPU. La FPU était complétée par une unité pour faire des copies entre registres flottants, des opérations MOV. Pour les AGU, il y en avait une dédiée aux lectures, une autre pour les écritures. Le tout était relié aux ports d'émissions comme suit :
[[File:Ports d'émission du Pentium 4.png|centre|vignette|upright=2.5|Ports d'émission du Pentium 4]]
Le processeur utilisait deux réseaux de contournement séparés : un pour les opérations flottantes, un pour les opérations entières. Le réseau de contournement pour les opérations entières est aussi relié aux unités de calcul d'adresse. Jusque là, rien de surprenant, le chemin de données du processeur est assez classique.
[[File:Architettura Pentium 4.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du Pentium 4.]]
===Les unités de calcul entières du Pentium 4===
Sur le Pentium 4, les ALU entières étaient cadencées à une fréquence double de celle du processeur. Les ALU entières pouvaient exécuter deux micro-opérations par cycle, ce qui fait que les ports d'émissions reliés aux ALU devaient eux aussi fonctionner à double fréquence. Pour faire la différence entre les deux fréquences, nous parlerons de fréquence/cycle processeur et de fréquence/cycle de l'ALU.
Précisons que seules les ALU entières étaient à double fréquence, pas le multiplieur, pas le ''barrel shifter''. Pour simplifier, nous allons parler d'additionneur plutôt que de l'ALU entière, ce qui sera plus proche de la réalité. Et l'implémentation de l'additionneur du Pentium 4 était très innovante. L'additionneur pouvait exécuter deux additions par cycle, même si les deux additions ont une dépendance. Mais n'allez pas croire que l'implémentation était intuitive, avec un additionneur 32 bit basique très rapide. Non seulement l'additionneur fonctionnait à double fréquence, mais il était aussi pipeliné, avec un système de contournement interne !
Les additionneurs étaient pipelinées, d'une manière très simple. Une addition 32 bits était découpée en trois étapes : deux additions de 16 bits, une dernière étape pour mettre à jour le registre d'état. Pour cela, chaque additionneur était composé de deux additionneur 16 bits chacune, placées l'une après l'autre, avec un registre de pipeline entre les deux. L'additionneur prenait deux cycles d'horloge pour faire son travail : le premier cycle calculait les 16 bits de poids faible, le second calculait les 16 bits de poids fort lors du second cycle. Le tout est appelé '''addition étagée''' (''staggered add'') dans la documentation Intel.
Une addition se fait donc en deux étapes, sauf que c'est compensé par le fait que l'additionneur fonctionnait à une fréquence double de celle du processeur ! Le résultat de ce fonctionnement franchement bizarre, est que les 16 bits de poids faible étaient calculés en une moitié de cycle processeur, alors que l'opération complète prenait un cycle. Deux additions consécutives s'exécutaient donc en 1 cycle et demi, alors qu'on aurait cru au premier abord que cela prendrait seulement un cycle. Si on fait les calculs, on s'apercoit que le rythme de croisière est cependant proche de 2 additions par cycle, bien qu'inférieur. 3 additions consécutives se font en deux cycles, 5 additions en 3 cycles, 7 en 4 cycles, etc.
Et le Pentium 4 ajoutait un système de contournement interne à l'ALU. En clair, si une addition utilise le résultat de l'addition précédente, les deux peuvent s'exécuter en un cycle d'horloge et demi. Les 16 bits de poids faible de la première addition sont disponibles après un cycle ALU, ce qui permet de démarrer le calcul de la seconde addition au cycle suivant.
===Le ''replay pipeline''===
Le processeur est un processeur triple émission : il peut charger et décoder 3 µops par cycle, le ROB peut terminer 3 µops par cycle, etc. Pourtant, les ports d'émission peuvent émettre 6 instructions par cycle : 4 ports, dont deux à double fréquence. Une telle différence s'explique par l'usage d'un ''replay pipeline'', dont nous avons déjà parlé dans ce cours.
Pour rappel, le Pentium 4 suppose que les lectures font tous un succès de cache L1. Si une opération arithmétique utilise la donnée lue comme opérande, le processeur l'émet immédiatement, l'opérande sera disponible une fois l'opération en entrée de l'ALU entière. Mais s'il s'est trompé, le processeur ré-exécute l'instruction après un temps d'attente de quelques cycles, pour se caler sur la latence du cache L2. Et si il y a un défaut de cache L2, l’instruction attend encore. Cela demande de ré-exécuter des instructions émises à tord, ce qui fait que le processeur doit avoir la capacité d'exécution pour. Ce pourquoi le processeur peut émettre 6 µops dans les unités de calcul : 3 µops normales et 3 µops ré-exécutées.
==Les microarchitectures x86 de Cyrix et Via==
Les processeurs x86 grand public sont actuellement conçus et commercialisé par deux acteurs : Intel et AMD. Il faut dire que le jeu d'instruction x86 demande une licence pour être utilisée, qu'Intel et AMD refusent de dsitribuer à leurs concurrents, sauf en de très rares occasions. Cependant, il y a eu dans le passé un troisième acteur, qui a reussit à acquérir les droits de la licence x86 : Cyrix, qui a ensuite été racheté par National Semiconductor, lui-même acquis par Via.
===Les architectures compatibles 386 et 486 de Cyrix===
Cyrix a produits plusieurs CPUs et même des co-processeurs x87, avant d'être racheté. Sa carrière commence avec le Cyrix FasMath, un co-processeur arithmétique pour calculs flottants, compatible avec le x87 d'Intel. Il a ensuite produits plusieurs clones du processeur 386 d'Intel, nommés 486SLC et 486DLC. Une dénomination assez trompeuse, vous en conviendrez, mais qui n'est heureusement pas passée inaperçue et leur a valu de nombreuses critiques. Néanmoins, leurs processeurs étaient plus performants que le 386 de base, ce qui fait qu'ils étaient des upgrades corrects pour les PC avec un 386 (les cartes mères compatibles avec le i386 n’étaient pas compatibles avec le i486). Le 486SRX2 et le 486DRX2, sortis plus tard, étaient des versions avec une fréquence encore plus élevée, ce qui augmentait leurs performances.
Cyrix récidiva avec le 5x86, un processeur offrant des performances s'approchant du Pentium, mais pour la plateforme 486. Le processeur supportait seulement les instructions du 486, pas les instructions ajoutées sur le Pentium. Son bus était similaire à celui du 486. Mais sa microarchitecture se rapprochait du Pentium, bien que n'étant pas aussi complexe. Il y avait une file d'instruction capable de mettre en attente 3 instructions, un cache unifié, une unité de prédiction de branchement. Malheureusement, la prédiction de branchements avait été désactivée en raisons de bugs matériels qui faisaient crasher le processeur. Niveau ALU, mais il y avait une FPU, une ALU entière et une unité mémoire. Mais il n'y avait pas de double émission.
[[File:Cy5x86 arch (cropped).png|centre|vignette|upright=2.5|Cy5x86 arch (cropped).]]
===Le Cyrix 6x86 : une architecture superscalaire avancée===
Le '''Cyrix 6x86''' est là où la superscalarité apparait dans la gamme Cyrix. Le processeur était non pas une upgrade pour des cartes mères existantes, mais un concurrent direct du Pentium. C'était un processeur à double émission, avec exécution dans le désordre et renommage de registre.
L'organisation de ses caches est assez originale. Il avait un cache principal de 16 kibioctets, qui mémorisait à la fois données et instructions, couplé à un cache d'instruction de 256 octets. En termes modernes, on dirait qu'il disposait d'un cache L2, couplé à un cache L1 d'instructions, mais sans cache L1 pour les données. Le cache unifié/L2 était un cache double port. Le cache d'instruction était totalement associatif.
[[File:Cy6x86 arch.png|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le processeur supportait une double émission bien plus complète que celle du Pentium. Il disposait de deux pipelines entiers, nommés X et Y. Le pipeline X était le seul à pouvoir exécuter branchements et opérations flottantes, c'était le seul connecté à la FPU. Par contre, il était possible d'émettre un branchement ou une opération flottante dans le pipeline X, tout en émettant une seconde instruction dans le pipeline Y. Ce que le Pentium ne pouvait pas faire. Certaines instructions ne pouvaient cependant pas être appariées avec une autre : les multiplications/divisions, les ''string instruction'', les ''far jumps'', les accès aux entrées-sorties, et des instructions systèmes.
La FPU pouvait exécuter des instructions en parallèle de l'ALU entière. Elle avait une file de µops de 4 µops flottantes. Elle avait aussi sa propre ''Store queue'', spécifiquement dédiée aux écritures flottantes, séparée de la ''Store Queue'' pour les écritures "normales", celles des registres généraux. Cette séparation est possible du fit que les registres flottants et généraux sont séparés sur le jeu d'instruction x86.
[[File:Cyrix 6x86 arch.svg|centre|vignette|upright=2.5|Cy6x86 microarchitecture.]]
Le Cyrix 6x86 avait de nombreux avantages sur le Pentium. Il intégrait notamment du renommage de registres pour les registres entiers, ainsi que le contournement, ce que ne faisait pas le Pentium. Et il pouvait faire de la double émission entière-flottante, alors que le Pentium ne pouvait pas émettre de seconde µop en parallèle avec une opération flottante. Tout cela le rendait bien plus performant que le Pentium, sur le papier. Sauf que sa FPU était peu performante, proche de celle du 5x86. Les concepteurs du processeur avaient mis le paquet sur les opérations entières, en délaissant les opérations flottantes. Les applications développées pour le Pentium, qui répartissaient au mieux leurs calculs entre FPU et ALU entière, marchaient donc moins bien sur le 6x86.
Le successeur du 6x86, le '''Cyrix Jalapeno''', était un concurrent du Pentium 2/3. Son pipeline passait de 7 à 11 étages, ce qui permettait des augmentation de fréquence importante. Son cache était quadruplé en taille et passait à 8 voies. Et pour ce qui de la superscalarité, il était maintenant capable d'émettre deux µops flottantes par cycle : une partait dans l'additionneur flottant, l'autre dans un multiplieur flottant.
===Les processeurs de marque Via===
Après deux rachats, la licence x86 de Cyrix est passée dans les main de Via. Via avait racheté Cyrix, mais aussi Centaur, un autre concepteur de processeur. Via produisit plusieurs processeurs x86, basés sur des design provenant non pas de Cyrix, mais de Centaur, pour leur microarchitecture. Le premier processeur de cette lignée, le mal-nommé Cyrix III, a d'ailleurs été renommé en C3, parce qu'il n'avait aucun lien avec les microarchitectures de Cyrix et n'utilisait pas leurs technologies.
Les '''processeurs Via C3''' et '''Via C7''' étaient des processeurs 32 bits. Ils étaient prévus pour des ordinateurs portables et ciblainet une faible consommation d'énergie, plutôt que des hautes performances. Ils n'avaient pas d'exécution dans le désordre, mais utilisaient une superscalarité limitée à la double émission.
Le C3 regroupe en réalité deux microarchitecture semblables. Les modèles Samuel 2 et Ezra utilisaient la première version de la microarchitecture, alors que les processeurs Nehemiah avaient une version améliorée de celle-ci. Le pipeline passait de 12 à 16 étages, sa FPU est améliorée, les extensions SIMD sont revues (passage au SSE, abandon du 3DNow!). Les processeurs C7 utilisent cette même microarchitecture, bien qu'améliorée sur quelques détails.
[[File:VIA Nano Architecture Blockdiagram.jpg|vignette|upright=1.5|VIA Nano Architecture.]]
Par la suite, Via sortit le '''Via Nano''' en 2008 . C'était le premier CPU 64 bits de la marque. Il avait tout d'un design moderne, avec exécution dans le désordre, prédiction de branchement complexe, hiérarchie de cache classique, préchargement, etc. Il implémentait la superscalarité en triple émission. Pour cela, son ''front-end'' chargeait 16 octets par cycle, qui étaient accumulés dans une file d'instruction. Trois décodeurs lisaient les instructions dans cette file, puis envoyaient trois µops dans une file de µops de taille inconnue. Le renommage de registre pouvait lui aussi renommer trois µops par cycle.
Niveaux unités, il avait deux ALU entières, une unité LOAD, une unité STORE, deux unités SIMD (une pour les additions SIMD, une pour les multiplications SIMD). Chaque unité avait sa propre file de µops, qui faisait entre 8 et 12 entrées. Les unités LOAD et STORE avaient chacune leur propre file de µops, il n'y avait pas de file de µops partagée entre les deux. L'unité LOAD alimentait une ''load queue'' de 16 lectures, alors que l'unité STORE alimentait une ''store queue'' de 16 écritures. Les unités de calcul sont décrites dans le tableau ci-dessous :
{|class="wikitable"
|-
! !! ALU 1 !! ALU 2 !! FPU/SIMD 1 !! FPU/SIMD 2 !! LOAD !! STORE
|-
! File de µops
| 12 entrées || 11 entrées || 8 entrées || 24 entrées || 8 entrées || 8 à 13 entrées, selon les sources
|-
! rowspan="5" | Opérations
| Opérations entières de base || Opérations entières de base || || || LOAD || STORE
|-
| Décalages et rotations || Multiplication entière 32 bits || Multiplication entière 64 bits || || ||
|-
| CMOV || CMOV || Division entière 64 bits || Division entière 64 bits || ||
|-
| ''Add With Carry'' || Branchements || Division flottante || || ||
|-
| || || SIMD opérations entières + FMUL 128 bits || SIMD opérations entières + FADD 128 bits || ||
|}
Les processeurs qui ont suivis sont des processeurs commercialisés uniquement en Chine, à destination du marché chinois et subventionnés (si ce n'est plus), par l'administration chinoise.Le peu d'informations qui sont disponibles dessus sont disponibles sur le substack ''Chips and cheese'', qui a notamment quelques articles sur les processeurs Longsoon. Pour une histoire complète et une review en profondeur des architectures de Via, je conseille les articles du blog ''Chips and cheese'' :
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-the-3rd-player-in-the-modern-x86-market The Weird and Wacky World of VIA, the 3rd player in the “Modern” x86 market]
* [https://chipsandcheese.com/p/the-weird-and-wacky-world-of-via-part-2-zhaoxins-not-quite-electric-boogaloo The Weird and Wacky World of VIA Part 2: Zhaoxin’s not quite Electric Boogaloo]
* [https://chipsandcheese.com/p/zhaoxin-part-3-a-sort-of-anti-climax Zhaoxin Part 3: A Sort of Anti-Climax]
* [https://chipsandcheese.com/p/via-part-4-a-deep-dive-into-centaurs-last-cpu-core-cns VIA Part 4 – A Deep Dive into Centaur’s Last CPU Core: CNS]
* [https://chipsandcheese.com/p/examining-centaur-chas-die-and-implementation-goals Examining Centaur CHA’s Die and Implementation Goals]
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs superscalaires
| prevText=Les processeurs superscalaires
| next=Les processeurs VLIW et EPIC
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Fonctionnement d'un ordinateur/Les microarchitectures pour le x86 : basse consommation
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2026-09-28T22:52:37Z
Mewtow
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/* Les microarchitectures de Silvermont à Crestmont */
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wikitext
text/x-wiki
Le chapitre précédent étudiait les processeurs x86 destinés aux PC fixe, au ''gaming'', aux serveurs, bref : à ce tout ce qui demande de la performance avant tout. De telles processeurs sont appelés des processeurs haute performance. Mais divers processeurs x86 visent eux, non pas la performance, mais surtout une consommation d'énergie réduite. Ils sont destinés aux PC portables, essentiellement. Cela ne veut pas dire qu'ils ne sont pas performants, mais qu'ils font un compromis différent : moins de performance, moins de consommation.
==Les microarchitectures basse consommation==
Et qui dit basse consommation dit souvent : microarchitectures adaptées. Alors certes, certains modèles basse consommation utilisent les microarchitectures du chapitre précédent, et retirent des coeurs ou du cache. C'est une possibilité, mais elle n'est pas systématique. De nombreux processeurs basse consommation utilisent une microarchitecture adaptée, prévue pour consommer moins. Les microarchitectures de ce genre seront appelées, dans ce chapitre, des '''microarchitectures basse consommation'''.
===Les sources d'économie dans le cas général===
Les microarchitectures basse consommation font des économies à divers endroits. Des économies sur l'exécution dans le désordre : ROB plus petit, fenêtres d'instructions plus petites, ''store queue'' plus petites. Des économies sur les unités : moins d'ALU, moins de FPU, unités SIMD plus petites, moins d'unité mémoire, une seule unité de branchement, etc. Le banc de registre peut avoir moins de ports, ce qui entraine l'apparition de contraintes d’appariement. Et bien d'autres.
Les toutes premières microarchitectures basse consommation se débarrassaient de l’exécution dans le désordre. Les processeurs basse consommation ARM faisaient cela, de même que les processeurs MIPS ou autres destinés à l'embarqué. Chez Intel, les premiers processeurs Atom d'Intel n'utilisaient pas l'exécution dans le désordre, ce qui fait qu'il aura droit à sa propre section dédiée. Mais la loi de Moore a changé la donne avec le temps. Même pour de la basse consommation, l'exécution dans le désordre est utilisée. Le gain en performance est tellement important que le ratio performance/consommation est amélioré. Quitte à gagner 50% de performances avec une consommation augmentée de 30%, autant en profiter, quitte à faire des économies ailleurs.
Niveau prédiction de branchements, ils tendent à ne pas faire trop d'économie. La simple présence d'un pipeline rend la prédiction de branchement nécessaire, et l'exécution dans le désordre la rend encore plus importante. De fait, la prédiction de branchement évite du 'gaspillage", ce qui fait qu'elle améliore aussi bien les performances que la consommation d'énergie, si elle est correctement calibrée. Annuler des instructions exécutées à tord, c'est avant tout gaspiller de l'électricité pour rien.
===Les microarchitectures basse consommation d'Intel===
La première microarchitecture basse consommation d'Intel était celle des processeurs Atom, une gamme de processeurs basse consommation séparée des processeurs pour ''desktop''. Les processeurs Atom ont utilisé plusieurs microarchitectures succesives. La microarchitecture ''Bonnell'' et son ''die shrink'' ''Saltwell'' a été la première. C'était une microarchitecture sans exécution dans le désordre. Les microarchitectures qui suivent sont, dans l'ordre chronologique et en 2026 : ''Silvermont'', ''Goldmont'', ''Tremont'' et ''Gracemont''. Elles utilisent toutes l'exécution dans le désordre.
Outre les processeurs Atom, Intel utilise aussi ces microarchitectures basse consommation dans ses processeurs pour ''desktop''. De nos jours, les processeurs Intel utilisent les deux types de micro-architectures en même temps. Les CPU Intel modernes disposent de deux types de coeurs : les coeurs P et le coeurs E. Leur nom signifie "Performance" et "Efficient", qui trahissent leur but. Les coeurs P utilisent la microarchitecture de la lignée principale, qui est conçue pour la performance. Les coeurs E, quant à eux, utilisent les micro-architectures basse consommation de la lignée secondaire. LA technique est aussi utilisée par les processeurs ARM et quelques autres marques.
Un autre détail est que les microarchitecture basse consommation ne mettent pas le paquet sur les instructions SIMD. Elles se contentent d'utiliser des unités de calcul 128 bits. Pour l'AVX, qui utilise des registres de 256 bits, ,voire 512, les calculs sont fait en deux fois. La conséquence est qu'une instruction SIMD de type SSE ou AVX, est décodée en deux micro-opérations 128 bits.
==Les processeurs Atom d'Intel, de microarchitecture Bonnell==
L'architecture de l'Atom première génération est assez simple. Son pipeline faisait 16 étages, ce qui est beaucoup. C'est un processeur 32 bits, ce qui aura son importance dans ce qui suit. Il était conçu pour être un processeur basse consommation, donc peu puissant. En conséquence, il n'a pas d'exécution dans le désordre, même s'il est superscalaire. C'était la norme à l'époque pour les processeurs basse consommation, que de faire sans exécution dans le désordre. De nos jours, les choses ont bien changée, même les processeurs basse consommation ont exécution dans le désordre, superscalarité et renommage de registres.
===Le ''front-end'' de l'Atom===
Le cache d'instruction permet de lire 8 octets par cycle, qui sont placés dans une file d'instruction, elle-même suivie par deux décodeurs. Le fait que les décodeurs lisent les instructions depuis une file d'instruction fait que les deux instructions décodées ne sont pas forcément consécutives en mémoire RAM. Par exemple, l'Atom peut décoder un branchement prédit comme pris, suivi par l'instruction de destination du branchement. Les deux instructions ont été chargées dans la file d'instruction et sont consécutifs dedans, alors qu'elles ne sont pas consécutives en mémoire RAM.
Sur l'Atom, la majorité des instructions x86 sont décodées en une seule micro-opération, y compris les instructions ''load-up''. Le microcode n'est utilisé que pour une extrême minorité d'instructions et est à part des deux décodeurs précédents. L'avantage est que cela permet d'utiliser au mieux la file de micro-opération, qui est de petite taille. Mais surtout, cela permet de grandement réduire la consommation du processeur, au détriment de ses performances.
Pour avoir un décodage rapide, malgré des instructions complexes, le processeur recourt à la technique du pré-décodage, qui prédécode les instructions lors de leur chargement dans le cache d'instruction. Le prédécodage lui-même prend deux cycles, là où une lecture dans le L1 d'instruction en prend 3. les défauts de cache d'instruction sont donc plus longs de deux cycles. Mais l'avantage du prédécodage est que la consommation d'énergie est diminuée. Prenez une instruction exécutée plusieurs fois, dans une boucle. Au lieu de décoder intégralement une instruction à chaque fois qu'on l'exécute, on la prédécode une fois, seul le reste du décodage est fait à chaque exécution. D'où un gain d'énergie assez intéressant. Les caches de micro-opération, qui sont capables d'exécuter une optimisation similaire, n'existaient pas encore à cette époque.
===Le chemin de données de l'Atom===
Les deux décodeurs alimentent une file de micro-opérations de petite taille : 32 µops maximum, 16 par ''thread'' si le ''multithreading'' matériel est activé. La file de micro-opérations a deux ports d'émission, ce qui permet d'émettre au maximum 2 µops par cycle. Les conditions pour cela sont cependant drastiques. Les deux instructions ne doivent pas avoir de dépendances de registres, à quelques exceptions près liées au registre d'état. Le multithreading matériel doit aussi être désactivé. Les deux instructions doivent aller chacun dans un port différent, et cela tient en compte du fait que les deux ports sont reliés à des unités de calcul fort différentes. Le tout est illustré ci-dessous.
Les deux ports ont chacun une ALU simple dédiée, capable de faire des additions/soustractions, des opérations bit à bit et des copies entre registres. Mais ils ont aussi des opérations qui leur sont spécifiques. La séparation entre les deux pipelines est assez complexe. Il ne s'agit pas du cas simple avec un pipeline entier et un pipeline flottant séparés. En réalité, il y a deux pipelines, chacun capables de faire des opérations entières et flottantes, mais pas les mêmes opérations.
Le premier port permet d’exécuter des opérations entières simples, une addition flottante, des comparaisons/branchements, ou une instruction de calcul d'adresse LEA. Le second port/pipeline est, quant à lui, conçu pour exécuter les instruction ''load-up'' nativement, en une seule micro-opération. Il contient toute la machinerie pour faire les accès mémoire, notamment des unités de calcul d'adresse et un cache L1 de données. A la suite du cache, se trouvent une ALU entière simple, un ''barrel shifter'', et un circuit multiplieur/diviseur. Le circuit multiplieur/diviseur est utilisé à la fois pour les opérations flottantes et entières.
[[File:Intel Atom Microarchitecture.png|centre|vignette|upright=2.5|Intel Atom Microarchitecture]]
Cette organisation difficile à comprendre est en réalité très efficace, très économe en circuit, tout en gardant une performance intéressante. Les instructions simples, ADD/SUB/bitwise sont supportées dans les deux pipelines. Il faut dire que ce sont des opérations courantes qu'il vaut mieux optimiser au mieux. Le processeur peut donc émettre deux opérations simples et fréquentes en même temps, ce qui augmente les performances.
Les opérations plus complexes, à savoir les multiplications/divisions/décalages/rotations/manipulations de bit sont supportées dans un seul pipeline. La raison est qu'il est rare que de telles opérations soient consécutives, et qu'il n'est donc pas utile d'optimiser pour cette situation. Si les deux pipelines devaient supporter ces opérations, cela demanderait de dupliquer les circuits multiplieurs/diviseur, ce qui aurait un cout en circuit important pour un gain en performance assez faible.
===Le système d'exceptions flottantes de l'Atom===
Le processeur étant sans exécution dans le désordre, ses instructions doivent écrire dans les registres dans l'ordre du programme. En conséquence, certaines instructions doivent être retardées, leur émission doit attendre que les conditions soient adéquates. Et cela pose problème avec les opérations flottantes, vu qu'elles prennent pas mal de cycles pour s'exécuter. Imaginez qu'une instruction flottante de 10 cycles soit suivie par une instruction entière. En théorie, on doit retarder l'émission de l'instruction entière de 9 cycles pour éviter tout problèmes. Le cout en performance est donc assez important.
En théorie, les instructions entières et flottantes écrivant dans des registres séparés, ce qui fait que l'on pourrait exécuter instructions entières et flottantes dans le désordre. Sauf pour les instructions de copie entre registres entier et flottants, mais laissons-les de côté. Le problème est qu'une instruction flottante peut parfois lever une exception, par exemple en cas de division par zéro, ou pour certains calculs précis. Si une exception est levée, alors l'instruction flottante est annulée, de même que toutes les instructions qui suivent, y compris les opérations entières.
Ce n'est pas un problème si le processeur gère nativement les exceptions précises, par exemple avec un tampon de ré-ordonnancement. Mais l'Atom étant un processeur sans exécution dans le désordre, les instructions entières devraient être mises en attente tant qu'une instruction flottante est en cours d'exécution. Heureusement, l'Atom d'Intel a trouvé une parade. La technique, appelée ''Safe Instruction Recognition'' par Intel, est décrite dans le brevet US00525721.6A.
L'idée est de tester les opérandes flottantes, pour détecter les combinaisons d'opérandes à problème, dont l'addition/multiplication peut lever une exception. Si des opérandes à problème sont détectées, on stoppe l'émission de nouvelles instructions en parallèle de l'instruction flottante et l'unité d'émission émet des bulles de pipeline tant que l'instruction flottante est en cours. Sinon, l'émission multiple fonctionne. La technique permet ainsi de ne pas écrire dans les registres entiers/flottants dans l'ordre du programme : une instruction entière peut être autorisée à s'exécuter même si elle écrit dans un registre entier avant qu'une instruction flottante délivre son résultat.
==Les microarchitectures de Silvermont à Crestmont==
Les microarchitectures qui font suite à l'architecture Bonnell sont, dans l'ordre chronologique : Silvermont, Goldmont, Tremont, Gracemont et Crestmont. Elles utilisent toute l'exécution dans le désordre, avec renommage de registres. Elles sont aussi superscalaires, avec une progression chronologique de la triple vers la pentuple émission, voire au-delà. Les différentes microarchitecture sont toutes superscalaires, avec une progression chronologique de la triple vers la pentuple émission, voire au-delà. Il faut noter que la microarchitecture Tremont pouvait décoder six instructions par cycles, mais émettre seulement 4 µops par cycle. Idem avec Gracemont , qui était limitée à 5 µops par cyle, là encore à cause de l’unité de renommage.
{|class="wikitable"
|-
! Processeur !! Chargement !! Décodage !! Renommage
|-
! Silvermont
| 16 octets par cycle || 2 instructions par cycle || 2 µops par cycle
|-
! Goldmont
| 16 octets par cycle || 3 instructions/cycle || 2 µops par cycle
|-
! Tremont
| 32 octets par cycle || 6 instructions/cycle || 4 µops par cycle
|-
! Gracemont
| 32 octets par cycle || 6 instructions/cycle || 5 µops par cycle
|-
! Crestmont
| 6 octets par cycle || 6 instructions par cycle || 6 µops par cycle
|}
Les microarchitectures Tremont, Gracemont et Crestmont sont des processeurs superscalaires assez larges, avec exécution dans le désordre, ce qui est assez étonnant pour de la basse consommation, mais qui est devenu la norme depuis longtemps, grâce à la loi de Moore. Néanmoins, cela vient avec des optimisations pour réduire le cout en circuit/énergie. Et ces optimisations sont intéressantes à étudier. Par contre, certaines implémentations de l’exécution dans le désordre sont plus consommatrices que d'autres. Et cela permet de faire le lien avec le chapitre précédent.
Dans le chapitre précédent, j'ai dit que les processeurs Intel utilisaient une station de réservation centralisée, alors qu'AMD préférait la décentraliser à l'excès. AMD pousse le bouchon jusqu'à avoir une station de réservation par unité, que ce soit les ALU, les FPU, les unités mémoire, et même les unités de branchement. Il se trouve que la solution d'AMD est nettement meilleure.
L'utilisation de '''stations de réservations décentralisées''' est une première optimisation. Et quand je dis décentralisé, c'est au point où chaque ALU entière a sa propre station de réservation. Cela réduit les performances par rapport à une station de réservation centralisée, ou un moins un système moins décentralisé, mais entraine un gain en consommation d'électricité non négligeable.
Une seconde optimisation est que les stations de réservation pour les opérations flottantes sont séparées des autres. Il n'y a pas, comme sur les microarchitectures Intel, de ports d'émission qui partagent ue ALU et une FPU, voire une ALU et une unité SIMD. La raison est que si le programme exécuté n'utilise pas d'instructions SIMD, les circuits associés peuvent être ''clock gatés'', voire éteints. Les stations de réservation SIMD ou Flottante, les registres SIMD/flottants, les FPU, les unités SIMD : tout cela est simplement mis en veille. Le gain en termes de consommation est alors assez important, surtout avec les instructions SIMD.
Une troisième optimisation est liée aux FPU, et précisément aux stations de réservation associées. Ou plutôt devrais-je dire : la station de réservation flottante. Car si les ALU entières ont chacune leur propre station de réservation, les FPU et les unités SIMD tendent à avoir une seule station de réservation, partagée entre toutes les FPUs. La raison à cela est que cela convient mieux aux opérations flottantes. Elles ont une durée plus longue, attendent plus longtemps dans les stations de réservation, etc. bref, des détails techniques qui font que c'est mieux ainsi.
Une dernière optimisation, liée à la précédente, est l'usage de '''files d'instructions pour les opérations mémoire'''. Si ces processeurs utilisent des stations de réservation pour les opérations entières, ce n'est pas le cas pour les opérations mémoire. Les accès mémoire sont donc exécutés dans l'ordre, contrairement aux autres opérations. Il arrive aussi que ce soit la même chose, mais pour les opérations flottantes, encore que ce soit plus rare. . Les performances mémoire sont donc un peu réduites, mais le gain en termes d'énergie en vaut la peine.
Une particularité de ces microarchitectures est l'absence du cache de micro-opérations. Pourtant, un tel cache devrait être une source d'économies d'énergie. Lire des µops dans ce cache évite d'avoir à accéder au cache d’instruction, décoder des instructions, etc. Sans doute que le cout en circuit est plus faible, et que ce gain en circuit est considéré comme plus important que les économies d'énergie et les gains en performances qui vont avec.
===Les unités fonctionnelles et l'exécution dans le désordre===
Pour ce qui est de l'exécution dans le désordre, il faut préciser que Silvermont et Goldmont n'utilisent pas le même mécanisme de renommage de registre. Silvermont fait le renommage dans le ROB, avec un banc de registre architectural et un banc de registres renommés. L'avantage est que cette implémentation est économe en circuits, même si elle entraine des déplacements de données et des copies entre registres réguliers. Elle permet notamment de réduire le nombre de ports du banc de registre, en répartissant ceux-ci sur le banc de registre architectural et renommés. Goldmont passe à un renommage avec un banc de registre physique unique.
Silvermont a deux ALU entières, un ''barrel shifter'', un multiplieur entier, une unité mémoire unique, un additionneur flottant et un multiplier flottant. Le tout est repartit sur 5 pseudo-ports d'émission, en réalité 5 stations de réservation de 8 entrées, chacune connectée à quelques unités de calcul. Le tout est organisé comme suit
{|class="wikitable"
|+ Silvermont
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4 !! Station de réservation 5
|-
| 8 entrées || 8 entrées || 6 entrées || 8 entrées || 8 entrées
|-
| colspan="5" |
|-
| ALU entière || ALU entière || LOAD/STORE || FADD || FMUL
|-
| ''Barrel shfiter'' || Multiplieur entier || || ALU SIMD entière (128bits) || ALU SIMD entière (128bits)
|-
| || Branchements || ||
|}
Goldmont fait les modifications suivantes : il rajoute une ALU entière, les stations de réservations augmentent en taille, il fusionne les stations de réservation pour les unités flottantes.
De plus, l'ALU pour les branchements reçoit sa propre réservation de station. L'avantage est que cela permet d'exécuter les branchements en priorité, et dont de savoir s'ils sont pris ou pas en avance, et à quelle adresse brancher cas échant. Le plus tôt ces informations sont connues, au mieux la prédiction de branchement fonctionne bien, au mieux on peut annuler les instructions chargées à tord.
{|class="wikitable"
|-
|+ Goldmont
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4 !! Station de réservation 5 !! Station de réservation 6 !! Station de réservation 7 !! Station de réservation 8
|-
| 10 entrées || 10 entrées || 10 entrées || 8 entrées || colspan="2" | 13 entrées || colspan="2" | 27 entrées
|-
| colspan="8" |
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || Branchements || LOAD || STORE || FADD || FMUL
|-
| ''Barrel shfiter'' || Multiplieur entier || || || || || ALU SIMD entière (128bits) || ALU SIMD entière + MUL SIMD entière (128bits)
|}
Les microarchitectures suivantes ont plus d'unités de calcul.
{|class="wikitable"
|-
|+ Tremont
|-
! Station de réservation 1 !! Station de réservation 2 !! Station de réservation 3 !! Station de réservation 4 !! Station de réservation 5 !! Station de réservation 6 !! Station de réservation 7 !! Station de réservation 8 !! Station de réservation 9 !! Station de réservation 10
|-
| 12 entrées || 12 entrées || 7 entrées || 17 entrées || colspan="2" | 13 entrées || 14 entrées || 13 entrées || colspan="2" | 24 entrées
|-
| colspan="8" |
|-
| ALU entière || ALU entière || ALU entière || Branchements || LOAD || LOAD || STORE || FSTORE (écriture) || ALU SIMD (128 bits) || ALU SIMD (128 bits)
|-
| ''Barrel shfiter'' || Multiplieur entier || || || || || SIMD FMUL (128bits) || SIMD FADD (128bits)
|-
| || || || || || || FDIV ||
|}
{|class="wikitable"
|-
|+ Gracemont
|-
! RS !! RS !! RS !! RS !! RS !! RS !! RS !! RS !! RS !! RS !! RS !! RS !! RS !! RS !! RS
|-
| 15 entrées || 16 entrées || 16 entrées || 15 entrées || colspan="2" | 42 entrées
| colspan="4" | 22 entrées
| 13 entrées || colspan="2" | 24 entrées
|-
| ALU || ALU || ALU || ALU || Branch || Branch
| LOAD || LOAD || STORE || STORE
| FSTORE (écriture) || FSTORE (écriture) || ALU SIMD (128 bits) || ALU SIMD (128 bits) || ALU SIMD (128 bits)
|-
| || MUL entier || MUL entier || || ||
| || || ||
| SIMD FMA (128bits) || SIMD FMA (128bits)
|-
| || DIV entier || DIV entier || || ||
| || || ||
| SIMD FADD (128bits) || SIMD FADD (128bits)
|-
| || LEA || Manipulation de bits || || ||
| || || ||
| SIMD FMUL (128bits) || SIMD FMUL (128bits)
|}
===L'unité mémoire et la FPU des CPU Intel basse consommation===
Silvermont et Goldmont se limitent à une simple unité mémoire, qui a cependant deux ports séparés pour Goldmont. L'économie en circuit est conséquente, car ils se débrouillent avec une ''load queue'' et une ''Store queue'', toutes deux simple port (si on omet le port pour le ''store to load forwarding''). De même, le cache L1 peut se débrouiller avec seulement une implémentation naturelle, à savoir un port de lecture et un d'écriture (le cache est naturellement double port, vu que les entrées de lecture et d'écriture sont séparées sur les cellules de SRAM). Pas besoin d'utiliser de structures matérielle avec un port de plus que de nature, ce qui est un énorme avantage en termes d'économie de circuits et de consommation énergétique.
C'est sur les microarchitecture suivantes que démarrent les hostilités. Tremont ajoute un second port pour émettre une lecture, Gracemont ajoute un second port pour les écritures en plus (4 ports au total). Crestmont uant à elle, dispose de trois ports d'émission pour les lectures et de deux ports d'émission pour les écritures.
De plus, la file de µops mémoire est scindée en deux : une file de µops mémoire, suivie par une station de réservation de petite taille. Les µops mémoire sont accumulées dans la file de µop quand les stations de réservation sont pleines, histoire de ne pas bloquer l'émission en cas de défaut de cache un peu trop prolongé. Prenons une µop mémoire qui est tout juste ''dispatch'' : l'unité de ''dispatch'' regarde si il y a de la place dans la station de réservation. Si c'est le cas, elle envoie la µop mémoire à la station de réservation. Sinon, elle l'envoie dans la file de µops mémoire.
Tremont utilise une file de µops de 21 entrées, alors que la station de réservation en fait 13, ce qui fait un total de 34 entrées. Les performances sont moindres comparé à une station de réservation de 34 entrées, car les µops dans la file de µops mémoire ne peuvent pas être émises tant qu'elles n'ont pas atteint les stations de réservations, même si les conditions sont remplies en matière d'opérandes pour qu'elles puissent passer devant. Mais le gain en circuits est conséquent, de même que l'économie d'énergie, pour une perte de performance plus que tolérable.
Les opérations flottantes étant assez longues, Gracemont utilise le même système pour les opérations flottantes. Une file de µops précède deux stations de réservation. La première accumule des opérations flottantes, destinées à être exécutées dans la FPU (de type SIMD). La file de µops fait 56 entrées, alors que la station de réservation en a 35. Une seconde station de réservation de 18 entrées met en attente les écritures flottantes, à savoir les écritures qui écrivent un flottant simple ou double précision en mémoire RAM.
Le schéma ci-dessous illustre ce qu'il en est sur l'architecture Crestmont. On voit que les files pour µops flottantes et mémoire sont de type ''non-scheduling'', ce qui veut dire que ce sont de simples files d'instruction.
[[File:Crestmont.png|centre|vignette|upright=3|Crestmont]]
===Le ''front-end'' : un changement après Silvermont et Goldmont===
Le ''front-end'' commence avec le cache d'instruction et la file d'instruction. Le cache d'instruction est un cache simple port, capable de lire 16 octets consécutifs par cycle. Ces 16 octets peuvent contenir un nombre variable d'instructions, de 16 instructions maximum à une seule (une instruction x86 fait entre 1 et 16 octets). Sur l'architecture Silvermont, la file d'instruction peut mémoriser maximum 6 blocs de 16 octets, elle a donc une capacité de 6 blocs.
La file d'instruction est suivie par plusieurs décodeurs simples et un microcode. L'architecture Silvermont n'a que deux décodeurs simples, alors que Goldmont en a 3. Le décodage d'une instruction prend trois cycles d'horloge, le décodage est évidemment pipeliné. Il faut noter que les instructions ''load-op'' sont décodées en une seule µop, ils utilisent la technique de la micro-fusion. Ils alimentent une file de µops, capable de mémoriser 32 µops sur Silvermont.
{|class="wikitable"
|-
! !! Silvermont !! Goldmont
|-
! Chargement
| colspan="2" | 16 octets par cycle
|-
! File d'instruction
| 6 blocs, donc 6* 16 octets ||
|-
! Decodage
| Deux instructions par cycle || Trois instructions par cycle
|-
! File de µops
| 32 µops ||
|}
En remplacement du cache de µops, ces microarchitectures, depuis Tremont, utilisent un ''front-end'' tel que décrit dans le chapitre sur les processeurs superscalaires, dans la section "''Les optimisations des processeurs superscalaires larges''". Faisons un rapide rappel, avec une remise en contexte "historique".
Goldmont était une microarchitecture triple émission, avec trois décodeurs simples (et un microcode). La microarchitecture suivante, Tremont, souhaitait augmenter la largeur du processeur. Idéalement, il aurait fallu recréer le ''front-end'' pour pouvoir charger 4 à 5 instructions simultanément, et surtout les décoder. Mais ce n'est pas ce qui a été fait. A la place, elles ont décidées de dupliquer les décodeurs, et de les coller ensemble en utilisant l'unité de prédiction de branchement.
Il y a donc 6 décodeurs, qui sont organisés en deux paquets de trois, en deux ''clusters''. Et cette organisation en ''cluster'' est primordiale pour comprendre la suite. Le processeur ne charge pas 6 instructions consécutives, mais 2 blocs de 3 instructions. Les deux blocs ne sont donc pas consécutifs en mémoire RAM, bien au contraire : ils sont séparés par des branchements. Le premier bloc est chargé normalement, mais le second bloc est décidé par la prédiction de branchement. La conséquence est qu'en absence de branchements, le processeur ne peut que charger/décoder 3 instructions consécutives, pas 6. Pour charger deux blocs non-consécutifs, le cache d'instruction est un cache double port.
Notons que ces ''clusters'' ont leur propre file d'instruction, et leur propre file de µops ! Il y a donc deux files de µops en sortie des deux ''clusters'' de décodeurs. L'unité de renommage choisit à chaque cycle quelle file de µops utiliser, suivant leur remplissage ou d'autres informations. Sur Tremont, l'unité de renommage peut renommer 4 µops, même si le processeur peut décoder 6 instructions en parallèle dans le meilleur des cas. Mais ce n'est pas un problème énorme, car le processeur n'atteint pas toujours les 6 µops par cycle. Il oscille entre 3 et 6 µops par cycle, parfois moins si les conditions ne sont pas réunies. Les files de µops découplent décodeurs et unités de renommages, histoire de fluidifier le trafic.
[[File:Front-end découplé de la microarchitecture Tremont.png|centre|vignette|upright=3|Front-end découplé de la microarchitecture Tremont.]]
La microarchitecture '''Gracemont''' peut décoder deux paquets de 3 instructions chaque. Elle envoie ensuite 5 µops à l'unité d'émission, qui sont distribuées dans deux pipelines : un pipeline flottant/SIMD et un pipeline entier. Et le pipeline entier peut émettre 4 µops entières, deux lectures, deux écritures et deux branchements ! Pire que ça, le ''barrel shifter'' et le multiplieur/diviseur sont dupliqués en deux exemplaires !
[[File:Gracemont.png|centre|vignette|upright=3|Gracemont]]
<noinclude>
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| prev=Les microarchitectures pour le x86 : haute performance
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Mathc complexes/09y
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[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
[[Mathc complexes/a277| Application]]
Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail.
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/* ------------------------------------ */
/* Save as : c04b.c */
/* ------------------------------------ */
#include "w_a.h"
/* ------------------------------------ */
#include "f.h"
/* ------------------------------------ */
int main(void)
{
double dft4[R4*(C4*C2)] = {
1, 0, 1, 0, 1, 0, 1, 0,
1, 0, f(1,4).r,f(1,4).i, f(2,4).r,f(2,4).i, f(3,4).r,f(3,4).i,
1, 0, f(2,4).r,f(2,4).i, f(4,4).r,f(4,4).i, f(6,4).r,f(6,4).i,
1, 0, f(3,4).r,f(3,4).i, f(6,4).r,f(6,4).i, f(9,4).r,f(9,4).i, };
double f[R4*(C1*C2)] = { +2, 0,
+4, 0,
-1, 0,
+3, 0 };
double **DFT4 = ca_A_mZ(dft4, i_mZ(R4,C4));
double **cDFT4 = conj_mZ(DFT4, i_mZ(R4,C4));
double **cDFT4div4 = smul_mZ(1/4.,cDFT4,i_mZ(R4,C4));
double **F = ca_A_mZ(f, i_mZ(R4,C1));
double **Ft = i_mZ(R4,C1);
clrscrn();
printf(" DFT4 : ");
p_mZ(DFT4,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" F : ");
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printf(" Ft = DFT4 * F : ");
mul_mZ(DFT4,F,Ft);
p_mZ(Ft,S4,P3,S3,P3,C6);
stop();
clrscrn();
printf(" F : ");
p_mZ(m0_mZ(F),S4,P0,S3,P0,C6);
printf(" 1/4 cDFT4 : ");
p_mZ(cDFT4div4,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" F = 1/4 cDFT4 * Ft : ");
mul_mZ(cDFT4div4,Ft,F);
p_mZ(F,S4,P3,S3,P3,C6);
stop();
f_mZ(DFT4);
f_mZ(cDFT4);
f_mZ(cDFT4div4);
f_mZ(F);
f_mZ(Ft);
return 0;
}
/* ------------------------------------ */
/* ------------------------------------ */
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran :'''
<syntaxhighlight lang="C">
DFT4 :
+1.000+0.000i +1.000+0.000i +1.000+0.000i +1.000+0.000i
+1.000+0.000i -0.000-1.000i -1.000+0.000i +0.000+1.000i
+1.000+0.000i -1.000+0.000i +1.000-0.000i -1.000+0.000i
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F :
+2.000+0.000i
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-1.000+0.000i
+3.000+0.000i
Ft = DFT4 * F :
+8.000+0.000i
+3.000-1.000i
-6.000+0.000i
+3.000+1.000i
Press return to continue.
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[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
[[Mathc complexes/a277| Application]]
Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail.
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/* Save as : c04b.c */
/* ------------------------------------ */
#include "w_a.h"
/* ------------------------------------ */
#include "f.h"
/* ------------------------------------ */
int main(void)
{
double dft4[R4*(C4*C2)] = {
1, 0, 1, 0, 1, 0, 1, 0,
1, 0, f(1,4).r,f(1,4).i, f(2,4).r,f(2,4).i, f(3,4).r,f(3,4).i,
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double f[R4*(C1*C2)] = { +2, 0,
+4, 0,
-1, 0,
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double **DFT4 = ca_A_mZ(dft4, i_mZ(R4,C4));
double **cDFT4 = conj_mZ(DFT4, i_mZ(R4,C4));
double **cDFT4div4 = smul_mZ(1/4.,cDFT4,i_mZ(R4,C4));
double **F = ca_A_mZ(f, i_mZ(R4,C1));
double **Ft = i_mZ(R4,C1);
clrscrn();
printf(" DFT4 : ");
p_mZ(DFT4,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" F : ");
p_mZ(F,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" Ft = DFT4 * F : ");
mul_mZ(DFT4,F,Ft);
p_mZ(Ft,S4,P3,S3,P3,C6);
stop();
clrscrn();
printf(" F : ");
p_mZ(m0_mZ(F),S4,P0,S3,P0,C6);
printf(" 1/4 cDFT4 : ");
p_mZ(cDFT4div4,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" F = 1/4 cDFT4 * Ft : ");
mul_mZ(cDFT4div4,Ft,F);
p_mZ(F,S4,P3,S3,P3,C6);
stop();
f_mZ(DFT4);
f_mZ(cDFT4);
f_mZ(cDFT4div4);
f_mZ(F);
f_mZ(Ft);
return 0;
}
/* ------------------------------------ */
/* ------------------------------------ */
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran :'''
<syntaxhighlight lang="C">
DFT4 :
+1.000+0.000i +1.000+0.000i +1.000+0.000i +1.000+0.000i
+1.000+0.000i -0.000-1.000i -1.000+0.000i +0.000+1.000i
+1.000+0.000i -1.000+0.000i +1.000-0.000i -1.000+0.000i
+1.000+0.000i +0.000+1.000i -1.000+0.000i -0.000-1.000i
F :
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+3.000+1.000i
Press return to continue.
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[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
[[Mathc complexes/a277#Le fichier principal :| Application]]
Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail.
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<syntaxhighlight lang="c">
/* ------------------------------------ */
/* Save as : c04b.c */
/* ------------------------------------ */
#include "w_a.h"
/* ------------------------------------ */
#include "f.h"
/* ------------------------------------ */
int main(void)
{
double dft4[R4*(C4*C2)] = {
1, 0, 1, 0, 1, 0, 1, 0,
1, 0, f(1,4).r,f(1,4).i, f(2,4).r,f(2,4).i, f(3,4).r,f(3,4).i,
1, 0, f(2,4).r,f(2,4).i, f(4,4).r,f(4,4).i, f(6,4).r,f(6,4).i,
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double f[R4*(C1*C2)] = { +2, 0,
+4, 0,
-1, 0,
+3, 0 };
double **DFT4 = ca_A_mZ(dft4, i_mZ(R4,C4));
double **cDFT4 = conj_mZ(DFT4, i_mZ(R4,C4));
double **cDFT4div4 = smul_mZ(1/4.,cDFT4,i_mZ(R4,C4));
double **F = ca_A_mZ(f, i_mZ(R4,C1));
double **Ft = i_mZ(R4,C1);
clrscrn();
printf(" DFT4 : ");
p_mZ(DFT4,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" F : ");
p_mZ(F,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" Ft = DFT4 * F : ");
mul_mZ(DFT4,F,Ft);
p_mZ(Ft,S4,P3,S3,P3,C6);
stop();
clrscrn();
printf(" F : ");
p_mZ(m0_mZ(F),S4,P0,S3,P0,C6);
printf(" 1/4 cDFT4 : ");
p_mZ(cDFT4div4,S4,P3,S3,P3,C6);
printf(" F = 1/4 cDFT4 * Ft : ");
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p_mZ(F,S4,P3,S3,P3,C6);
stop();
f_mZ(DFT4);
f_mZ(cDFT4);
f_mZ(cDFT4div4);
f_mZ(F);
f_mZ(Ft);
return 0;
}
/* ------------------------------------ */
/* ------------------------------------ */
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran :'''
<syntaxhighlight lang="C">
DFT4 :
+1.000+0.000i +1.000+0.000i +1.000+0.000i +1.000+0.000i
+1.000+0.000i -0.000-1.000i -1.000+0.000i +0.000+1.000i
+1.000+0.000i -1.000+0.000i +1.000-0.000i -1.000+0.000i
+1.000+0.000i +0.000+1.000i -1.000+0.000i -0.000-1.000i
F :
+2.000+0.000i
+4.000+0.000i
-1.000+0.000i
+3.000+0.000i
Ft = DFT4 * F :
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Press return to continue.
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2026-09-29T11:10:37Z
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[[Catégorie:Mathc complexes (livre)]]
[[Mathc complexes/a277#Le fichier principal :| Application]]
Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail.
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<syntaxhighlight lang="c">
/* ------------------------------------ */
/* Save as : c0nb.c */
/* ------------------------------------ */
#define CR 4.
/* ------------------------------------ */
#include "w_a.h"
/* ------------------------------------ */
#include "f.h"
#include "dft.h"
/* ------------------------------------ */
int main(void)
{
time_t t;
srand(time(&t));
double f[R4*(C1*C2)] = { +2, 0,
+4, 0,
-1, 0,
+3, 0 };
double **DFT = dft( i_mZ(CR,CR), CR);
double **cDFT = conj_mZ(DFT, i_mZ(CR,CR) );
double **cDFTdivN = smul_mZ(1./CR,cDFT, i_mZ(CR,CR) );
double **F = ca_A_mZ(f, i_mZ(CR,C1));
double **Ft = i_mZ(CR,C1);
clrscrn();
printf(" DFT :");
p_mZ(DFT, S8,P3, S8,P3, C4);
printf(" F :");
p_mZ(F,S8,P3,S8,P3,C4);
printf(" Ft = DFT * F");
mul_mZ(DFT,F,Ft);
p_mZ(Ft,S8,P3,S8,P3,C4);
stop();
clrscrn();
printf(" 1/%.0f cDFT :",CR);
p_mZ(cDFTdivN,S8,P3,S8,P3,C4);
mul_mZ(cDFTdivN,Ft,F);
printf(" F = 1/%.0f cDFT * Ft :",CR);
p_mZ(F, S8,P3, S8,P3, C4);
stop();
f_mZ(DFT);
f_mZ(cDFT);
f_mZ(cDFTdivN);
f_mZ(F);
f_mZ(Ft);
return 0;
}
/* ------------------------------------ */
/* ------------------------------------ */
</syntaxhighlight>
'''Exemple de sortie écran : '''
<syntaxhighlight lang="C">
DFT :
+1.000 +0.000i +1.000 +0.000i +1.000 +0.000i +1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i -0.000 -1.000i -1.000 +0.000i +0.000 +1.000i
+1.000 +0.000i -1.000 +0.000i +1.000 -0.000i -1.000 +0.000i
+1.000 +0.000i +0.000 +1.000i -1.000 +0.000i -0.000 -1.000i
F :
+2.000 +0.000i
+4.000 +0.000i
-1.000 +0.000i
+3.000 +0.000i
Ft = DFT * F
+8.000 +0.000i
+3.000 -1.000i
-6.000 +0.000i
+3.000 +1.000i
Press return to continue.
1/4 cDFT :
+0.250 -0.000i +0.250 -0.000i +0.250 -0.000i +0.250 -0.000i
+0.250 -0.000i -0.000 +0.250i -0.250 -0.000i +0.000 -0.250i
+0.250 -0.000i -0.250 -0.000i +0.250 +0.000i -0.250 -0.000i
+0.250 -0.000i +0.000 -0.250i -0.250 -0.000i -0.000 +0.250i
F = 1/4 cDFT * Ft :
+2.000 -0.000i
+4.000 -0.000i
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+3.000 +0.000i
Press return to continue.
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